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L’État dans tous ses états

P.I.E. Peter Lang


Bruxelles • Bern • Berlin • Frankfurt am Main • New York • Oxford • Wien
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Sophie Wintgens et Audrey Weerts (dir.)

L’État dans tous ses états

Géopolitique et résolution des conflits


Vol. 21
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Nous remercions les évaluateurs pour le temps consacré à la lecture critique


des articles du présent ouvrage.

Nous remercions également l’Université de Liège pour son soutien financier.

Cette publication a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé


que ce soit, sans le consentement de l’éditeur ou de ses ayants droit, est illicite. Tous
droits réservés.

© P.I.E. Peter Lang s.a.


éditions scientifiques internationales
Bruxelles, 2017
1 avenue Maurice, B-1050 Bruxelles, Belgique
www.peterlang.com ; brussels@peterlang.com
Imprimé en Allemagne

ISSN 1780-5848
ISBN 978-2-8076-0366-0
ePDF 978-2-8076-0363-9
ePub 978-2-8076-0364-6
Mobi 978-2-8076-0365-3
DOI 10.3726/b11700
D/2017/5678/66

Information bibliographique publiée par « Die Deutsche NationalBibliothek ».


«  Die Deutsche NationalBibliothek  » répertorie cette publication dans la «  Deutsche
Nationalbibliografie  »  ; les données bibliographiques détaillées sont disponibles sur le site
<http://dnb.d-nb.de>.
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Table des matières

Introduction����������������������������������������������������������������������������������������� 9
Sophie Wintgens et Audrey Weerts

Partie 1 
(R e)penser l’État
Le genre de l’État. Comment le gender mainstreaming
renouvelle l’analyse des politiques publiques................................... 21
Catherine Fallon
Foucault, l’État et la gouvernementalité socialiste.
Histoire, méthode, critique................................................................ 37
Pierre Sauvêtre
L’intérêt national entre choix rationnel et construction sociale...... 53
Roxana Hîncu

Partie 2 
Dynamiques étatiques
De l’État participatif. Les rapports populaires à l’État
au Venezuela contemporain .............................................................. 69
Federico Tarragoni
La naissance de l’État théocratique en Iran
après la révolution de 1979................................................................ 89
Kamal Bayramzadeh
La construction des scandales de corruption comme
un des ressorts illicites de l’État. Le cas mexicain......................... 105
María Teresa Martínez Trujillo

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Partie 3 
Essais – Perspectives congolaises
La participation de la femme politique dans le processus
de consolidation de la paix dans un État fragile.
Le cas de la RDC���������������������������������������������������������������������������� 121
Jean-Claude Mputu
L’État congolais, souverain ou sous tutelle ? Essai d’analyse
de la dynamique politique nationale.............................................. 141
Zacharie Baenda et Alexis Bemba

Conclusion....................................................................................... 159
Sophie Wintgens et Audrey Weerts
Bibliographie................................................................................... 165
Index................................................................................................ 183
Biographies des auteurs.................................................................. 187

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Foucault, l’État et
la gouvernementalité socialiste
Histoire, méthode, critique

Pierre Sauvêtre

Introduction
L’objet de cet article est de rendre compte de l’apport de Michel Foucault
à la pensée de l’État. Dans ses cours au Collège de France – surtout ceux
de 1978 et 1979 –, Foucault a rencontré la question de l’État moderne à
partir de la perspective inédite d’une histoire des arts de gouverner. On
peut distinguer trois niveaux d’analyse pour en saisir toute la portée.
Foucault offre d’abord un point de vue inédit sur l’ histoire de l’État dont
il propose une généalogie arc-boutée sur le concept de gouvernementalité.
Il renouvelle ensuite la méthodologie de l’État en ouvrant le champ d’étude
des dynamiques d’étatisation. L’articulation de ces deux premiers niveaux
conduit enfin à une critique de l’État dont la notion de « gouvernementalité
socialiste », seulement esquissée par Foucault, pourrait fournir un ressort
important qu’il revient à ses héritiers d’approfondir.

1. Histoire : la généalogie de l’État


depuis la gouvernementalité
La rencontre de la question de l’État moderne chez Foucault à la fin
des années 1970 est, comme toujours chez lui, inséparable de l’actualité
politique et théorique qui est alors marquée par une critique de la forme-
État venant à la fois d’une partie de la critique théorique en sciences
humaines et sociales1 et de mouvements politiques d’extrême gauche,
certains portant des analyses sur le «  fascisme d’État  » avec lesquelles
Foucault entendait marquer ses distances2 . Le problème n’est pas

1
Voir en particulier Clastres P., La société contre l’État, Paris, Minuit, 1977  ;
Lourau R., L’État-inconscient, Paris, Minuit, 1978.
2
Ce fut le cas dans les années  1970 notamment de la Rote Armee Fraktion que
Foucault devait avoir à l’esprit, lui qui s’était engagé au moment même où il
abordait la question de l’État dans son cours de 1978 dans la défense de Klaus
Croissant, avocat de cette organisation, pour des raisons cependant étrangères
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38 L’État dans tous ses états

circonscrit, selon lui, par un choix entre l’État ou l’absence d’État. Par sa
méthode d’historicisation de l’enquête qui consiste dans la suspension des
universaux et l’analyse de la formation contingente des pouvoirs et des
savoirs, il découvre en suspendant l’existence de l’État que celui-ci n’est
qu’une « péripétie de la gouvernementalité »3, un événement contingent
propre à l’histoire des formes de la rationalité gouvernementale : « On
peut faire la généalogie de l’État moderne et de ses appareils à partir d’une
histoire de la raison gouvernementale  »4. Son geste théorique consiste
donc d’abord à inscrire l’État dans une généalogie des arts de gouverner.
La généalogie d’un phénomène – Foucault l’affirmait dès 1971 dans
son texte intitulé «  Nietzsche, la généalogie, l’histoire  » – ne consiste
pas dans une analyse régressive destinée à retrouver son origine idéale à
partir du repérage d’une identité continue dans l’histoire, mais dans la
recherche des discontinuités, des hasards et des accidents qui peuvent faire
dériver un phénomène d’un autre phénomène hétérogène à son champ
d’appartenance5. C’est de ce point de vue généalogique qu’il soutient
que la modalité spécifique d’exercice du pouvoir de l’État moderne a été
adoptée dans le contexte de la crise du pastorat de l’Église chrétienne aux
XVe et XVIe siècles, lorsqu’une partie du pouvoir pastoral a été transférée
de l’Église vers l’État et que la conduction des hommes a commencé à
se développer en dehors de l’autorité ecclésiastique6 . La crise du pastorat
a provoqué l’explosion des arts de gouverner dans la société civile –
gouvernement des enfants, gouvernement des pauvres, gouvernement de
la famille, de la maison, de son propre corps, de son propre esprit – et ces
multiples processus de gouvernementalité, en « coagulant », ont abouti
au XVIe siècle au processus de « gouvernementalisation de l’État », soit à
la prise en charge de ce vaste problème du gouvernement par un appareil

au soutien politique de cette organisation. Plus en amont mais plus directement,


Foucault pouvait viser des militants maoïstes avec qui il avait sympathisé au début
des années 1970 dans le cadre du GIP (Groupe d’information sur les prisons) et qui
formaient une partie de l’auditoire de son cours. Début 1972, les militants maoïstes
du journal La Cause du peuple avaient coordonné dans la revue de Sartre Les Temps
modernes un dossier intitulé « Nouveau fascisme, nouvelle démocratie ». Voir Les
Temps modernes, n° 310, janvier 1972. Une allusion à ce genre de thèses est faite
dans le cours de 1979. Voir Foucault M., Naissance de la biopolitique. Cours au
Collège de France, 1978-1979, Paris, Seuil/Gallimard, 2004, p. 197 : « […] je crois
que ce qu’il ne faut pas faire, c’est s’imaginer que l’on décrive un processus réel,
actuel et nous concernant nous, quand on dénonce l’étatisation ou la fascisation,
l’instauration d’une violence étatique ».
3
Foucault M., Sécurité, territoire, population. Cours au collège de France, 1977-1978,
Paris, Seuil/Gallimard, 2004, p. 253.
4
Ibid., p. 362.
5
Foucault M., « Nietzsche, la généalogie, l’histoire » [1971], Dits et Écrits I, Paris,
Gallimard « Quarto », 1996 (noté DE I), n° 84, p. 1006.
6
Foucault M., Sécurité, territoire, population, op. cit., p. 236.
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Foucault, l’État et la gouvernementalité socialiste 39

centralisé7. Le terme de « gouvernementalité » se confond en un premier


sens avec le pouvoir pastoral en tant que guidage de la conduite d’autrui
dans sa liberté même, qui a été constitué dès le IIIe siècle dans le cadre des
techniques de salut de l’âme du christianisme primitif. Il désigne alors
une relation de pouvoir spécifique qui ne doit pas être confondue avec
d’autres types de relations de pouvoir, notamment celle de « discipline ».
Le type de pouvoir spécifique exercé par l’État moderne est donc issu
du phénomène hétérogène de la conduite pastorale. Foucault sort ainsi
de l’opposition entre le droit et la guerre : il montre que l’État moderne
n’est fondamentalement ni une institution juridique ni une organisation
purement répressive mais que l’exercice de son pouvoir repose
essentiellement sur l’encadrement des conduites humaines pour les
amener à réaliser par elles-mêmes dans leur liberté des fins déterminées
par le pouvoir.
Avec le processus de gouvernementalisation de l’État dans la seconde
moitié du XVIe  siècle, l’entrée de l’État dans le champ de la réflexion
sur les arts de gouverner (ce que Foucault appelle aussi le champ de la
« rationalité gouvernementale ») coïncide avec l’imposition de la raison
d’État, c’est-à-dire une manière de gouverner l’État ordonnée à la finalité
de l’État lui-même. Cette rationalité politique spécifiquement étatique
décline son exercice à la fois dans l’espace intérieur civil – à travers
l’instrument de la « police »8 qui vise la majoration des forces individuelles
utiles à l’État –, dans les relations internationales – par le mécanisme
du Concert européen qui assure l’équilibre des puissances étatiques –
et dans le domaine économique – via le mercantilisme dont le but est
l’accroissement de la richesse de l’État. À partir du XVIIIe siècle, la critique
des économistes réussit cependant à faire primer la vision selon laquelle il
n’est pas possible, en matière économique, de se comporter en souverain
imposant sa loi. La gouvernementalité libérale issue de cette critique
consiste dans un « moindre gouvernement » qui délimite négativement
l’action de l’État à partir de la définition d’un espace libre, le marché,
sur lequel il n’est pas autorisé à intervenir. L’espace circonscrit sur lequel
l’État peut alors exercer sa juridiction – et dont l’émergence historique
est par conséquent strictement corrélative de la formation spécifique de
la gouvernementalité libérale – est la « société civile » entendue comme
espace social d’organisation des conditions d’existence du marché et de
régulation de ses effets. Il est important de faire remarquer avec Foucault
que ce moindre gouvernement libéral ne signifie pas qu’il y ait moins
d’État. Car dans le contexte d’existence d’un marché indépendant – et
comme Karl Marx, Max Weber ou Karl Polanyi l’avaient à leur tour déjà
souligné –, les interventions de l’État vont se multiplier pour s’assurer de

7
Foucault M. « Qu’est-ce que la critique ? [Critique et Aufklärung] » [1978], Bulletin
de la Société française de Philosophie, vol. 84, n° 2, 1990, p. 38.
8
En un sens classique et élargi différent du sens moderne de « forces de l’ordre ».
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40 L’État dans tous ses états

son inviolabilité : « Vers plus d’État par moins de gouvernement, c’était


ça, en somme, la réponse du XVIIIe siècle », affirme ainsi Foucault9.
Le deuxième grand sens donné par Foucault à la « gouvernementalité »
recouvre en fait cette transformation majeure dans la pratique et la
réflexion du pouvoir d’État qui se déplacent de l’objectif « machiavélien »
de prise et de conservation du pouvoir vers l’objectif du gouvernement
des hommes et des choses. Cette transformation est inséparable de
l’apparition d’un nouveau champ de savoir, l’« économie politique » en
lien avec l’émergence d’un nouveau sujet économique, la « population »
conçue comme masse vivante globale de production et d’échange.
S’exceptant de toute une tradition philosophique et sociologique de la
souveraineté allant de Hobbes à Weber qui voit avant tout dans l’État
un centre capable d’exercer une autorité politique légitime sur l’ensemble
d’un territoire par le moyen de la loi, Foucault juge cette conception
obsolète et développe l’idée que l’État moderne est une instance de
gouvernement qui tire sa légitimité de sa capacité à maintenir en les
sécurisant les mécanismes de reproduction de la vie et de production de
l’économie. L’État ne s’articule plus autour du triangle autorité-territoire-
souveraineté mais bien davantage autour du triangle sécurité-population-
gouvernement.
À la fin du XIXe siècle et encore davantage au début du XXe siècle, la
gouvernementalité libérale rentre cependant en crise et des rationalités
gouvernementales concurrentes s’affrontent pour y répondre. La
gouvernementalité «  sociale  » de type keynésien ne représente pas une
alternative radicale à la gouvernementalité libérale, mais se dote de
techniques administratives d’intervention dans la société civile pour
compenser par des mécanismes assurantiels les effets de désocialisation
générés par le marché. La gouvernementalité néolibérale qui se met en
place d’abord en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale va fournir
une réponse diamétralement opposée au modèle keynésien, en partant
au contraire d’une critique radicale de l’État. Ce n’est pas en effet par
l’insuffisance de l’État mais au contraire par son excès que les néolibéraux
expliquent les problèmes du libéralisme. Ils vont par conséquent mettre
en place une inversion totale des rapports entre l’État et l’économie
de marché à l’œuvre dans le schéma libéral : il ne s’agit plus de fonder
l’économie de marché à partir de la restriction de l’espace d’intervention
de l’État, mais de fonder a contrario la légitimité de l’intervention de
l’État sur l’existence du marché. Autrement dit, l’État n’existe que dans
la mesure où il permet d’étendre l’insertion des mécanismes de marché
à de nouveaux secteurs de la société : le marché est sa raison d’être et
sa finalité («  Il faut gouverner pour le marché, plutôt que à cause du
marché »)10. D’une façon d’autant plus évidente que pour le libéralisme,

9
Foucault M., Naissance de la biopolitique, op. cit., p. 106
10
Ibid., p. 125.
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Foucault, l’État et la gouvernementalité socialiste 41

le néolibéralisme suppose un fort interventionnisme de l’État, mais


c’est un interventionnisme qui est entièrement circonscrit à l’objectif
d’établissement des conditions de concurrence favorables à l’implantation
du marché. Dans sa lecture du néolibéralisme, Foucault distingue enfin
un néolibéralisme américain plus radical que le néolibéralisme allemand
parce qu’il s’agit d’une forme de gouvernement subjective avant d’être
étatique : c’est l’évaluation permanente par le sujet des activités externes –
celles de l’État compris –, mais surtout de ses propres activités dans tous
les domaines, à travers une grille d’analyse économique.

2.  Méthodologie de l’État : les processus d’étatisation


Cette approche de l’État à partir des formes historiques de
gouvernementalité, Foucault a affirmé explicitement qu’elle s’inscrivait
dans la continuité de son analyse «  microphysique du pouvoir  »  mise
en œuvre dans le cas de relations de pouvoir locales dans les asiles, les
hôpitaux, les écoles ou les prisons. Sur le plan de la méthode, il n’y a
en effet pas de «  coupure  » entre le niveau du micro-pouvoir local et
celui du macro-pouvoir de l’État et « une analyse en termes de micro-
pouvoirs rejoint sans aucune difficulté l’analyse de problèmes comme
ceux du gouvernement et de l’État  »11. Dans le cas des formes de
gouvernementalité, il s’agit aussi d’analyser des relations de pouvoir
mobiles, déséquilibrées, venant d’en bas, intentionnelles, non subjectives
et corrélées à des formes de résistance12 . Ces relations de pouvoir sont
extérieures aux institutions afin de comprendre la logique qui sous-tend
celles-ci sans avoir pour cela à assumer le discours que les institutions
tiennent sur elles-mêmes. Tout comme le système pénal repose par
exemple sur les techniques disciplinaires, de la même façon l’État repose
sur la spécificité de la gouvernementalité comme manière pour certains
individus de chercher à aménager les cadres de la conduite des autres
afin qu’ils atteignent par eux-mêmes et dans leur liberté les fins que les
premiers ont prévu pour leur action, qui peut cependant résister en s’y
soustrayant.
Cette perspective permet d’abord d’échapper à un risque majeur
partagé par de nombreuses approches de l’État : celui de l’hypostase qui
consiste à partir de la réalité de l’État pour pouvoir l’expliquer, c’est-à-
dire à ériger l’État en « une réalité transcendante dont l’histoire pourrait
être faite à partir d’elle-même »13. Le passage par l’extériorité des relations
gouvernementales permet a contrario d’adopter le point de vue d’une

11
Foucault M., Sécurité, territoire, population, op. cit., p. 366.
12
Foucault M., Histoire de la sexualité I. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976,
pp. 121-135.
13
Idem.
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42 L’État dans tous ses états

constitution immanente de l’État en évitant trois écueils méthodologiques


qui guettent l’étude de l’État  : l’«  institutionnalocentrisme  » (1), le
fonctionnalisme (2) et l’objectivisme (3).
(1) Il s’agit de substituer au discours que tient l’institution État sur
elle-même le point de vue des technologies de gouvernement
qui sont à la fois extérieures et sous-jacentes à l’exercice de son
pouvoir. Plutôt que d’analyser la structure interne de l’État
à travers l’examen de la logique de chacune des pièces qui la
composent (le gouvernement, le Parlement, les partis, l’opinion
publique, etc.), on peut procéder de l’extérieur à partir des
techniques de gouvernement qui envisagent l’État à partir de
son projet d’ensemble de conduites de la société tout entière
suivant des fins déterminées. On peut ainsi voir comment l’État
contemporain, par exemple, coordonne tout un ensemble de
techniques diverses qui concernent aussi bien le soutien apporté
aux entreprises, la réduction des services publics, la sécurité
intérieure et extérieure, à travers l’objectif global de construire
une «  société entrepreneuriale  »14 dans laquelle il se désinvestit
largement du soutien économique et social à l’activité pour jouer
davantage un rôle d’aménagement de la présence des mécanismes
de marché dans la diversité des secteurs de la société. «  Une
méthode comme celle-là, explique Foucault, consiste à passer
derrière l’institution pour essayer de retrouver, derrière elle et plus
globalement qu’elle, en gros ce qu’on peut appeler une technologie
de pouvoir »15. Elle est « généalogique » et non « génétique » parce
qu’elle ne fonctionne pas par filiation mais par la reconstitution
contingente des réseaux d’alliances, des communications et des
points d’appui que l’exercice du pouvoir d’État trouve dans les
techniques de gouvernement.
(2) Il s’agit ensuite de substituer à l’analyse des grandes fonctions de
l’État une analyse des stratégies et des tactiques historiquement
variables utilisées par l’État pour obtenir conjoncturellement sa
légitimité. Plutôt que de faire la liste des fonctions escomptées de
l’État (notamment des fonctions « régaliennes » : assurer l’ordre,
rendre justice, lever l’impôt) puis d’établir un bilan historique en
voyant si ces fonctions ont été réalisées ou non, il faut s’apercevoir
que l’histoire réelle de l’État n’est sans doute pas réductible aux
succès et aux échecs de sa fonctionnalité, mais que les stratégies
et les tactiques qu’il met en œuvre pour gouverner «  prennent
appui jusque sur ses déficits fonctionnels eux-mêmes  »16.

14
Voir Dardot P. et Laval C., La nouvelle raison du monde. Essai sur la société
néolibérale, Paris, La Découverte, 2009.
15
Foucault M., Naissance de la biopolitique, op. cit., p. 121.
16
Idem.
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Foucault, l’État et la gouvernementalité socialiste 43

Exemplairement, les États contemporains affichent des objectifs


constamment ressassés (et, au demeurant, contradictoires) de
création d’emploi, de croissance économique et de réduction des
déficits publics. Ces objectifs ne sont jamais atteints puisque les
coupes budgétaires (emplois supprimés, retrait du soutien de l’État
à l’activité économique, privatisations) officiellement destinées à
la réduction des déficits alimentent la crise de l’emploi qui creuse
elle-même les déficits. La dette publique n’a ainsi pas cessé de
se creuser depuis que les États affirment l’objectif primordial de
son remboursement. Il n’est pas difficile de voir que cet échec
apparent de l’objectif de réduction de la dette en assure l’auto-
alimentation permanente (il y a toujours plus de dette, donc il
est toujours plus urgent de la rembourser) en servant la stratégie
globale de maintien d’un haut niveau de profit et de rente pour le
capital à travers les tactiques de réduction des services publics et
de maintien d’un faible taux d’emploi.
(3) Il s’agit de substituer à l’analyse objective, qui part de la norme
de l’objet État tout donné avec ses domaines de compétence
prédéfinis, une analyse de la constitution mouvante des champs
d’intervention et des objets de savoir que cible l’activité pratique
de l’État à un moment donné. L’État ne peut pas par exemple être
simplement défini par la norme de souveraineté du territoire, mais
il est redevable d’une analyse historique montrant que ses champs
d’intervention et ses domaines de savoir, tels que l’assistance aux
pauvres17 et le recours aux sciences sociales, ont été réfléchis et
construits à l’intérieur de conjonctures déterminées et à travers
des objectifs spécifiques.
Cette méthode d’« investigation du problème de l’État à partir des
pratiques de gouvernementalité  »18 conduit Foucault à l’idée centrale
que l’État n’est pas une substance mais un construit de la réflexion et
de la pratique. L’adoption du prisme gouvernemental d’étude de l’État
aboutit au fait que l’État n’est pas une réalité inamovible («  l’État
n’a pas d’essence  ») mais le résultat d’un processus d’institution de
gouvernementalités extérieures, qu’il n’est pas un organisme unifiant
des fonctions internes («  l’État n’a pas d’entrailles  ») mais un appareil
de coordination de différentes techniques de gouvernementalité, et qu’il
n’est pas un invariant historique (« l’État n’est pas un universel »)19 mais
un arrangement institutionnel variable en fonction du changement
des stratégies et des buts appelés par la conjoncture. On ne peut pas
parler d’un «  État-chose  »  ; en revanche, affirme Foucault, «  l’État,

17
Voir Procacci G., Le gouvernement de la misère. La question sociale en France 1789-
1848, Paris, Seuil, 1993.
18
Foucault M., Naissance de la biopolitique, op. cit., p. 79.
19
Idem pour ces trois dernières formules.
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44 L’État dans tous ses états

c’est une pratique  »20 et c’est «  un objectif à construire  »21. Il s’agit de


l’étudier à partir d’un «  prisme pratico-réflexif  », c’est-à-dire d’étudier
historiquement les pratiques de réflexion sur l’art de gouverner les États
et leur mode de cristallisation effective dans les institutions étatiques.
C’est la raison pour laquelle Foucault ne s’intéresse véritablement à l’État
qu’à partir du XVIe siècle : car si certains appareils d’État – l’armée, la
fiscalité, la justice – existaient bien avant le XVIe siècle, comme l’explique
notamment Norbert Elias22, c’est cependant seulement à partir du
XVIe siècle que l’État est entré dans la pratique réfléchie des gouvernants.
C’est cette réflexivité ou cette « rationalité gouvernementale » qui définit
selon Foucault le caractère « moderne » de l’État par opposition à un État
pré-moderne.
Cette méthode de passage par l’extérieur des pratiques
gouvernementales implique que le point de vue adopté est davantage
celui d’une analyse des processus d’« étatisation » que d’un examen des
caractéristiques de l’État. Certaines techniques de gouvernement des
conduites existent d’abord à une échelle locale, dans certains secteurs
déterminés de la société, puis à la faveur d’événements, de processus
de diffusions et de transferts, elles en viennent à être centralisées et
coordonnées à l’échelle de l’État : elles s’étatisent. On peut ainsi faire une
histoire de l’État à travers la variation historique des problèmes publics
qui ont été saisis, objectivés et institutionnalisés à l’issue de processus
d’étatisation. Foucault a pu lui-même relire a posteriori ses travaux sur
la maladie mentale, la médecine clinique ou le système pénal comme
l’analyse de processus et de dynamiques d’étatisation :
[…] qu’il s’agisse de la folie, qu’il s’agisse de la constitution de cette catégorie,
de ce quasi-objet naturel qu’est la maladie mentale, qu’il s’agisse aussi de
l’organisation d’une médecine clinique, qu’il s’agisse de l’intégration des
mécanismes et technologies disciplinaires à l’intérieur du système pénal,
de tout façon ça a bien été toujours le repérage de l’étatisation progressive,
morcelée à coup sûr, mais continue, d’un certain nombre de pratiques, de
manières de faire et, si vous voulez, de gouvernementalités. Le problème de
l’étatisation est au cœur même des questions que j’ai essayé de poser23.
Pourquoi et comment une technique de gouvernement d’abord
située et limitée en vient à s’étatiser ? C’est le problème que permet de
poser la perspective de Foucault sur l’État. On peut tirer de ce point
de vue une conséquence qu’on pourrait dire «  topologique  » quant à
la formation de l’État, à savoir que si les détenteurs du pouvoir d’État
jouent un rôle actif dans la réflexion et la coordination à l’échelle
de l’État de différentes gouvernementalités, cela n’empêche pas ces
20
Foucault M., Sécurité, territoire, population, op. cit., p. 282.
21
Foucault M., Naissance de la biopolitique, op. cit., p. 5.
22
Voir Elias N., La dynamique de l’Occident, Paris, Calmann-Lévy, 2003.
23
Foucault M., Naissance de la biopolitique, op. cit., p. 79.
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Foucault, l’État et la gouvernementalité socialiste 45

gouvernementalités de venir d’« en bas » et d’être élaborées en premier


lieu dans la société civile.
L’État, par conséquent, ne vient pas d’en haut comme un organisme qui
se surajouterait et diffuserait ses techniques de pouvoir suivant un mode
pyramidal jusqu’au tréfonds d’une société qui en serait spontanément ou
naturellement vierge ; il n’est pas, pour reprendre une célèbre formule de
Marx, une «  excroissance parasitaire  greffée sur la société civile  »24. Au
contraire, l’État n’exerce pas un pouvoir autonome, il ne fait que cristalliser
en les coordonnant et en les centralisant un ensemble de techniques et de
relations de pouvoir gouvernementales qui ont une existence immanente
et indépendante dans la société civile. Loin d’être naturellement opposés,
l’État et la société civile sont au contraire corrélatifs l’un de l’autre dans
l’exercice de stratégies de gouvernement transversales. La généalogie qu’il
propose du concept de « société civile » montre au contraire que sa formation
est corrélative de la mise en place de la gouvernementalité libérale indexée à
la possibilité de l’espace indépendant du marché. Loin d’être ce qui s’oppose
spontanément à l’État, la société civile est dans l’histoire du libéralisme
l’espace de mise en place des formes de gouvernement des hommes en
adéquation avec l’existence d’un marché libre. La réglementation du
travail et de la production, le système de la propriété, l’organisation de
la satisfaction de besoins et l’encadrement de la vie sociale qui y sont à
l’œuvre sont parfaitement congruents avec l’établissement d’un marché
libre. Il faut alors supposer l’existence de relations de pouvoir inhérentes à
la société civile et on ne peut plus admettre un hiatus « entre un État qui
serait détenteur du pouvoir et qui exercerait son autorité sur une société
civile, laquelle, en elle-même, ne serait pas dépositaire de semblables
processus de pouvoir  »25. Foucault récuse «  le manichéisme affligeant la
notion d’État d’une connotation péjorative en même temps qu’il idéalise la
société comme un ensemble bon, vivant et chaud »26.
Pour terminer sur le cadre méthodologique, il faut souligner que
l’approche foucaldienne de l’État s’inscrit chez lui dans la perspective
théorique plus ample qui est celle d’une « histoire de la vérité ». Elle signifie
que les pratiques gouvernementales sont historiquement soumises à un jeu
de la vérité, qu’elles sont indexées sur des critères de partage du vrai et
du faux qui donnent leur cohérence d’ensemble à la politique d’un État
et permettent de départager les bonnes des mauvaises pratiques. Il faut
ajouter que ces critères de vérité se transforment historiquement en faisant
l’objet de conflits. Foucault évoque ainsi «  l’économie de vérité  » ou le
« cycle de vérités » caractérisant la gouvernementalité pastorale chrétienne,

24
Marx K., La Guerre civile en France, Paris, Éditions sociales, 1968, pp. 257-258.
25
Foucault M., « Entretien avec Michel Foucault » [1980], Dits et Écrits II, Paris,
Gallimard « Quarto », 1996 (noté DE II), n° 281, p. 908.
26
Foucault M., « Un système fini face à une demande infinie » [1983], DE II, n° 325,
p. 1193.
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46 L’État dans tous ses états

puis le fait que, dans le cas de la gouvernementalité par la raison d’État,


« on va avoir aussi tout un champ de vérité, mais évidemment d’un type
entièrement différent  »27. Il prend l’exemple d’une série de pratiques
gouvernementales – « les levées fiscales, les tarifs douaniers, les règlements
de fabrication, les réglementations sur les tarifs des grains, la protection
et la codification des pratiques de marché »28 – en expliquant qu’à partir
du milieu du XVIIIe siècle, une cohérence nouvelle va être donnée entre
ces pratiques par l’adoption d’un « nouveau régime de vérité » dont l’effet
essentiel est de « déplacer toutes les questions que, précédemment, pouvait
poser l’art de gouverner ». Alors que le régime de vérité du pastorat posait
la question « est-ce que je gouverne bien conformément aux lois morales,
naturelles, divines ? », que le régime de vérité de la raison d’État du XVIe
au XVIIIe siècle se demandait « est-ce que je gouverne bien assez, assez
intensément, assez profondément, avec assez de détails […] pour porter
l’État à son maximum de force  ?  », le régime de vérité du libéralisme
va se demander « est-ce que je gouverne bien à la limite de ce trop et de
ce trop peu, entre ce maximum et ce minimum que me fixe la nature
des choses – je veux dire  : les nécessités intrinsèques aux opérations
de gouvernement  ?  »29. Avec le libéralisme, précise ensuite Foucault,
le marché va se constituer comme un «  lieu de véridiction  »30 pour la
pratique gouvernementale, au sens où l’espace d’intervention de l’État va
se déduire de la reconnaissance de la vérité du marché comme instance de
fixation des prix. Foucault introduira finalement la notion de « régime de
juridiction et de véridiction » afin d’ajouter l’idée que le droit se constitue
lui-même historiquement à partir de sa convergence avec les critères de
partage du vrai et du faux. On peut penser à cet égard à la façon dont le
régime de vérité du « social » s’est progressivement étatisé au XXe siècle
dans les pratiques gouvernementales (au point de constituer la forme
cohérente de l’«  État social  ») à travers l’institutionnalisation extensive
d’un « droit social ». Inversement, les discussions contemporaines autour
de la constitutionnalisation de la «  règle d’or  » marquent la prégnance
de l’«  économique  » comme nouveau régime de vérité sur lequel se
branche la gouvernementalité de l’État avec pour corrélat une tendance
à l’économicisation du droit lui-même. Foucault a même pu utiliser la
formule d’«  un État radicalement économique  »31 dans le cas de l’État
néolibéral, dans la mesure où c’est l’intensification de l’économie qui
représente le critère de vérité ultime de son action.
Analyse microphysique du pouvoir poussé à l’échelle de l’État,
passage par l’extériorité des pratiques gouvernementales pour rendre

27
Foucault M., Sécurité, territoire, population, op. cit., p. 279.
28
Foucault M., Naissance de la biopolitique, op. cit., p. 20.
29
Pour l’ensemble des dernières citations, ibid., p. 21.
30
Ibid., p. 34.
31
Ibid., p. 87.
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Foucault, l’État et la gouvernementalité socialiste 47

compte de la constitution immanente de l’État, analyse des processus


d’étatisation et articulation de l’étude de l’État à une histoire des régimes
de véridiction et de juridiction, tels sont les principes complémentaires
qui guident l’originalité de l’approche foucaldienne de l’État. L’État pour
lui, en définitive, « n’est rien d’autre que l’effet mobile d’un régime de
gouvernementalités multiples »32 .

3.  Critique : la gouvernementalité socialiste


Mais les développements foucaldiens sur l’État ne se limitent pas à
l’esquisse d’une généalogie de l’État depuis la gouvernementalité et à la
mobilisation d’une méthode spécifique pour approcher l’étude de l’État.
Ils comportent en effet une dimension supplémentaire que suggèrent
les deux premières  : celle d’une critique de l’État arc-boutée sur une
transformation historique de la rationalité gouvernementale. Car la
généalogie n’a pas simplement un objectif de connaissance : son enjeu
est de « tenir un discours vrai qui soit stratégiquement efficace » de sorte
qu’elle n’a d’intérêt théorique qu’à éclairer les luttes du présent. La visée
de Foucault, c’est par conséquent de souligner que le problème politique
ne se situe pas dans la nature de l’État et de la souveraineté, mais dans la
manière dont nous sommes gouvernés. Cette dimension de critique ne
peut être dissociée de sa réflexion sur la gouvernementalité :
Le gouvernement des hommes par les hommes […] suppose une certaine
forme de rationalité, et non une violence instrumentale. En conséquence,
ceux qui résistent ou se rebellent contre une forme de pouvoir ne sauraient
se contenter de dénoncer la violence ou de critiquer une institution. […].
Ce qu’il faut remettre en question, c’est la forme de rationalité en présence.
[…] La question est : comment sont rationalisées les relations de pouvoir ?
La poser est la seule façon d’éviter que d’autres institutions, avec les mêmes
objectifs et les mêmes effets, ne prennent leur place. Des siècles durant,
l’État a été l’une des formes de gouvernement humain les plus remarquables,
les plus redoutables aussi. […]. La libération ne peut venir que de l’attaque
[…] des racines même de la rationalité politique33.
Les implications du projet foucaldien d’une étude de l’État à partir
des rationalités gouvernementales sont ici clairement posées. Changer le
personnel politique – comme le montrent les situations contemporaines
où les électeurs ne parviennent plus à voir la différence entre les politiques
de la droite et celles de la gauche – n’est pas suffisant, car des institutions

32
Ibid., p. 79.
33
Foucault M., « “Omnes et singulatim”. Vers une critique de la raison politique »
[1981], DE II, n° 291, pp. 979-980.
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48 L’État dans tous ses états

semblables et des objectifs similaires peuvent être reproduits par des


hommes politiques de partis différents.
C’est précisément cette question qu’il aborde lorsqu’il fait allusion,
alors qu’il étudie la gouvernementalité néolibérale, au problème de
l’existence de la « gouvernementalité socialiste ». Si le socialisme s’est
présenté historiquement comme une forme d’opposition radicale au
capitalisme, existe-t-il par-là même une forme de gouvernementalité
socialiste incarnant une transformation radicale de la rationalité
gouvernementale néolibérale  ? C’est par la négative que Foucault
va répondre à cette question en soutenant que le socialisme n’a pas
de gouvernementalité autonome et que lorsqu’il a exercé le pouvoir
d’État historiquement, il s’est toujours branché sur des formes de
gouvernementalités hétéronomes.
Dans le moment du cours de  1979 où il va être question de la
«  gouvernementalité socialiste  », il s’arrête d’abord sur l’emblématique
Congrès de Bad Godesberg en  1959 au cours duquel le Parti social-
démocrate d’Allemagne (SPD) rompt avec le marxisme et adopte la
doctrine : « le marché autant que possible, l’intervention publique autant
que nécessaire ». « La social-démocratie, explique ainsi Foucault, est entrée
entièrement dans le type de gouvernementalité économico-politique
que l’Allemagne s’est donnée depuis 1948. Elle entre si bien dans le jeu
que, six ans plus tard, Willy Brandt devient chancelier de l’Allemagne
fédérale  »34. C’est donc le branchement de la social-démocratie sur la
gouvernementalité néolibérale prônant un interventionnisme fort
soutenant l’extension du marché qui a permis l’arrivée au pouvoir du
SPD. Depuis ce cas d’actualité, Foucault généralise : la gouvernementalité
socialiste est historiquement hétéronome, elle a toujours été branchée sur
d’autres types de gouvernementalité. Ce qui manque au socialisme pour
Foucault, ce n’est donc pas une théorie de l’État, mais une rationalité
gouvernementale propre ou autonome, intrinsèquement socialiste. Le
socialisme s’est doté d’une rationalité historique (la théorie marxiste
de l’évolution historique des modes de production), d’une rationalité
économique (l’économie planifiée par l’État) et il a montré qu’il détenait
une rationalité administrative dans la gestion de domaines comme
celui de la santé ou des affaires sociales (l’État social). Cependant, « il
n’y a pas de gouvernementalité socialiste autonome. Il n’y a pas de
rationalité gouvernementale du socialisme  », c’est-à-dire «  une mesure
raisonnable et calculable de l’étendue des modalités et des objectifs de
l’action gouvernementale  »35. Dans les faits, le socialisme s’est branché
sur la gouvernementalité administrative de l’État de police, comme dans
le cas du communisme d’État, en confondant alors dans sa pratique
gouvernement et administration totale de la société. Il s’est aussi branché

34
Foucault M., Naissance de la biopolitique, op. cit., p. 92.
35
Ibid., p. 93.
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Foucault, l’État et la gouvernementalité socialiste 49

sur la gouvernementalité libérale, comme dans le cas de l’État social


et des politiques keynésiennes, les formes d’intervention du socialisme
venant alors seulement servir de mécanismes de contrepoint, de correctif
à un marché libéré de l’action de l’État. Il s’est enfin branché sur la
gouvernementalité néolibérale, comme dans le cas des partis sociaux-
démocrates contemporains qui, à l’instar des partis de droite, font ni plus
ni moins de l’État un moyen d’extension sociale du marché.
L’avantage du libéralisme sur le socialisme vient du fait qu’il s’est
donné les règles et les instruments de mesure d’une gouvernementalité
qui lui est propre, de sorte qu’on peut l’évaluer en fonction des objectifs
qu’il s’est donnés à lui-même. Le socialisme, au contraire, se jauge en
fonction de sa conformité à un texte si bien que « l’importance du texte
dans le socialisme est à la mesure même de la lacune constituée par un art
socialiste de gouverner ». Le problème du socialisme est donc pour Foucault
le suivant  : «  Y a-t-il une gouvernementalité adéquate au socialisme  ?
Quelle gouvernementalité est possible comme gouvernementalité
strictement, intrinsèquement, autonomement socialiste  ?  ». Quant à la
conclusion qui doit être tirée de cette hypothèse, elle est que « s’il y a
effectivement une gouvernementalité effectivement socialiste, elle n’est
pas cachée à l’intérieur du socialisme et de ses textes. On ne peut pas l’en
déduire. Il faut l’inventer »36 . Ce qui, notons-le, implique que c’est moins
dans l’histoire du socialisme que dans les pratiques contemporaines
d’émancipation qu’il faut rechercher l’invention d’une gouvernementalité
socialiste autonome. En 1983, alors qu’il est interpellé sur la politique du
gouvernement socialiste, Foucault adresse toujours la même question :
«  Y a-t-il une problématique du gouvernement chez les socialistes ou
n’ont-ils qu’une problématique de l’État  ?  »37. C’est donc cette même
question de l’existence de la gouvernementalité socialiste qui est adressée
au pouvoir socialiste en exercice. À l’automne suivant, Foucault conseille
à ses étudiants de Berkeley de faire l’histoire de la gouvernementalité
depuis les années 1930 et il lit les écrits de Jean Jaurès, de Léon Blum et
de François Mitterrand.
Il apparaît donc que la recherche sur la gouvernementalité socialiste
avait une vraie place dans la critique foucaldienne de l’État. C’est sans
doute l’une des directions importantes de prolongement du travail de
Foucault qui n’a pas encore été explorée. On se limitera ici seulement à
quelques indications susceptibles d’être prolongées. La problématisation
foucaldienne de la gouvernementalité socialiste suggère deux voies
de prolongement possibles dans l’analyse historique du socialisme  :
d’une part la mise à l’épreuve de son hypothèse sur l’hétéronomie de
la gouvernementalité socialiste passée, et d’autre part la recherche dans
les socialismes passés ou présents d’éléments pour l’invention d’une

36
Pour toutes ces dernières citations, ibid., p. 95.
37
« Chronologie », DE I, p. 87.
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50 L’État dans tous ses états

gouvernementalité socialiste autonome. Comment évaluer de ce point


de vue les écrits de Jaurès, Blum ou Mitterrand ? S’il faut selon Foucault
« inventer » la gouvernementalité socialiste et que les pouvoirs socialistes
en exercice ont toujours été branchés sur des formes de gouvernementalité
hétéronome, alors il y a fort à parier que les cas de Blum et Mitterrand
devraient permettre de vérifier l’hétéronomie de la gouvernementalité
socialiste. S’agissant de Blum, il a revendiqué en  1938 l’inspiration de
Keynes38 et de sa méthode de branchement d’une rationalité administrative
et sociale sur une gouvernementalité libérale circonscrivant un espace de
libre exercice du marché de manière à pallier aux effets les plus néfastes
du marché. Quant à Mitterrand, si Foucault lui-même a pu risquer après
ses premières mesures de 1981 qu’elles démentaient « l’inexistence d’une
logique de gauche dans la façon de gouverner »39, il ne fait aucun doute
que par la suite et par l’intermédiaire de la construction européenne,
il a été amené à travers des choix de dénationalisation de l’économie
et d’introduction des entreprises dans le champ de la concurrence
mondiale à exercer une gouvernementalité de type néolibérale40. Ce
qui, dans ces deux cas, loin d’en faire des ressources potentielles pour
une gouvernementalité socialiste autonome, valide l’hypothèse de
l’hétéronomie historique de la gouvernementalité socialiste.
En revanche, dans le cas de Jaurès, l’appréciation peut être différente.
Il propose en effet une conception originale de la gouvernementalité
socialiste consistant dans l’étatisation de la «  propriété sociale  ». À la
propriété capitaliste doit se substituer dans l’entreprise la propriété
sociale – ce qui la distingue de la «  propriété sociale  » conférée au
travailleur par les mécanismes redistributifs de l’État social qu’a bien
analysé Robert Castel. La propriété sociale selon Jaurès implique pour sa
part la perception par les ouvriers de l’intégralité des produits du travail
et ce que Jaurès appelle le « gouvernement économique de l’atelier »41,
soit le fait pour les travailleurs de participer à la direction du processus
de production en cessant donc d’être de simples exécutants de tâches
productives décidées par d’autres. Avec cette notion de « gouvernement
économique de l’atelier  », Jaurès introduit une transformation des
rapports entre gouvernants et gouvernés dans l’espace de l’entreprise.
Il faut souligner également que le droit social au sens de Jaurès est un

38
Tortajada R., « Présentation », in Tortajada R. (dir.), Commentaires de la Théorie
générale de Keynes à sa parution, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du
Septentrion, 2009, p. 39.
39
Foucault M., « Est-il important de penser ? » [1981], DE II, n° 296, p. 998.
40
Voir Abdelal R., Capital Rules. The construction of global finance, Cambridge
(Massachusetts)/Londres (Angleterre), Harvard University Press, 2007. L’auteur
pointe le rôle décisif du socialisme mitterrandien dans la constitution de la
mondialisation néolibérale.
41
Voir Jaurès J., « Le but », Études socialistes. Cahiers de la quinzaine, Paris, 1902.
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Foucault, l’État et la gouvernementalité socialiste 51

droit de la production  et pas seulement un droit assurantiel comme


celui de l’État social. En visant l’étatisation de la propriété sociale
qui est d’abord constituée par le biais des organisations du travail –
coopérations ouvrières, syndicats, associations de travailleurs –, Jaurès
propose une gouvernementalité socialiste originale qui ne peut se résumer
au branchement du socialisme sur une forme de gouvernementalité
hétérogène.
La deuxième voie possible pour prolonger la piste de travail
de Foucault est de se demander s’il n’y a pas dans les pratiques
émancipatrices contemporaines des points d’appui pour la formation
d’une gouvernementalité socialiste. À considérer les mouvements actuels,
deux perspectives possibles de rationalités gouvernementales alternatives
se détachent. D’abord, une perspective « éco-socialiste »42 visant à faire
du principe écologique un principe d’institution de la politique et de
l’économie. Les propositions en ce sens consistent soit dans l’inscription
d’une «  règle verte  »43 dans la Constitution soit dans l’utilisation de
l’empreinte écologique comme indicateur et mode d’évaluation qui
comptabilise la pression exercée par les hommes sur les ressources
naturelles et pourrait servir de mode de régulation économique. Des
modes de taxation des marchandises, de réglementations de la production
et des conduites écologiquement responsables déjà à l’œuvre dans la
production agricole pourraient faire l’objet d’un processus d’étatisation,
ce qui reviendrait à définir un État écologique. C’est bien, quoi qu’il
en soit, se donner une gouvernementalité socialiste, au sens de règles de
conduites écologiques à la fois à l’échelle de la population et à l’échelle
de l’individu. La seconde perspective ouverte par diverses mobilisations
actuelles44 dans différents pays du monde est celle d’un « gouvernement
du commun », au sens d’un modèle d’organisation de la société et des
institutions distinct à la fois du modèle privé et du marché ainsi que
du modèle public de l’État45. Le gouvernement du commun définit par
conséquent, et à la différence du projet éco-socialiste, un type non étatique

42
Voir notamment Löwy M., Écosocialisme. L’alternative radicale à la catastrophe
écologique capitaliste, Paris, Mille et une nuits, 2011 et Münster A., Écologie,
Utopie, Écosocialisme. De l’Utopie concrète d’Ernst Bloch à l’Écologie socialiste, Paris,
L’Harmattan, 2013.
43
Du point de vue des propositions politiques programmatiques, voir Mélenchon
J.-L., La règle verte. Pour l’ écosocialisme, Paris, Bruno Leprince, 2013.
44
Dans le cas de l’Italie où le mouvement des «  beni comuni  » a fait des avancées
considérables, voir Arena G. et Laione C. (dir.), L’Italia dei beni comuni, Rome,
Carroci editore, 2012 et Cacciari P., La società dei beni comuni. Una rassegna,
Rome, Ediesse, 2011.
45
Voir Ostrom E., Governing the Commons. The Evolution of Institutions for Collective
Action, New York, Cambridge University Press, 1990 ; Marella M. R., Oltre il
pubblico e il privato. Per un diritto dei beni communi, Verone, Ombre Corte, 2012 ;
Dardot P. et Laval C., Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La
Découverte, 2014.
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52 L’État dans tous ses états

de gouvernementalité socialiste. Il consiste pour tout domaine d’activité


dans une pratique démocratique de coproduction et d’institution par les
seuls participants des règles définissant un usage commun des ressources
qu’ils ont en partage. Pour Pierre Dardot et Christian Laval, s’il veut
être déterminé comme une véritable alternative à la propriété privée,
le gouvernement du commun se doit d’instituer un «  droit d’usage
hors propriété  »46 conçu à partir de l’institution du principe politique
de «  l’inappropriable  » définissant un droit à des pratiques collectives
d’usage de ressources qu’on ne peut cependant s’approprier. Le retrait
de certains biens ou services régis par le fonctionnement du marché
et leur entrée dans la sphère du droit à l’inappropriable pourrait en ce
sens servir de principe d’auto-évaluation du gouvernement du commun.
Toujours du point de vue de la prospective politique, la généralisation
des gouvernements des communs locaux et leur organisation horizontale
dans une fédération globale des communs serait la forme de réalisation
de cette gouvernementalité socialiste sans État.

46
Dardot P. et Laval C., Commun, op. cit., p. 238.
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« Géopolitique et résolution des conflits »

Cette collection accueille des travaux dont l’objectif est d’analyser


les changements géopolitiques ayant marqué la scène européenne et
mondiale depuis 1989.
Au niveau européen, une attention particulière est consacrée aux
conflits post-guerre froide ainsi qu’à la transformation des relations entre
l’Union européenne et les grandes puissances.
Au niveau mondial, d’intenses bouleversements ont radicalement
modifié les grilles de lecture des crises et des conflits, qu’il s’agisse de
la prévention, de la gestion ou de la résolution de ceux-ci. Dans cette
perspective, la collection est ouverte aux réflexions théoriques et aux
études empiriques portant sur le déroulement et les implications
internationales de conflits et processus de paix spécifiques.
La collection « Géopolitique et résolution des conflits » réunit dans
son équipe éditoriale les membres du Centre d’études des crises et des
conflits internationaux de l’Université catholique de Louvain (CECRI-
UCL) et des Chaires Baillet Latour « Union européenne – Russie » et
« Union européenne – Chine » UCL-KUL.

Directeur de collection :
Tanguy DE WILDE D’ESTMAEL

Comité de lecture :
Amine Ait-Chaalal, Raoul Delcorde, Vincent Legrand, Michel
Liégeois, Françoise Massart, Claude Roosens, Valérie Rosoux, Laetitia
Spetschinsky et Tanguy Struye de Swielande

Support technique :
Annick Bacq

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Titres parus dans la collection


N° 1 – Claude Roosens, Valérie Rosoux & Tanguy de Wilde d’Estmael
(dir.), La politique étrangère. Le modèle classique à l’ épreuve, 2004, 454
pages, ISBN 978-90-5201-231-5.
N° 2 – Tanguy de Wilde d’Estmael & Laetitia Spetschinsky (dir.), La
politique étrangère de la Russie et l’Europe. Enjeux d’une proximité,
2004, 263 pages, ISBN 978-90-5201-230-8.
N° 3 – Jean-François Simonart, Russie, États-Unis : partenaires de
l’Allemagne. Les deux clés de la sécurité européenne, 2005, 269 pages,
ISBN 978-90-5201-257-5.
N° 4 – Olivier Lanotte, La France au Rwanda (1990-1994). Entre
abstention impossible et engagement ambivalent, 2007, 533 pages, ISBN
978-90-5201-344-2.
N° 5 – Tanguy Struye de Swielande, La politique étrangère de
l’administration Bush. Analyse de la prise de décision, 2007, 288 pages,
ISBN 978-90-5201-070-0.
N° 6 – Éric Remacle, Valérie Rosoux & Léon Saur (dir.), L’Afrique des
Grands Lacs. Des conflits à la paix ?, 2007, 289 pages, ISBN 978-90-
5201-351-0.
N° 7 – Vincent Legrand, Prise de décision en politique étrangère et
géopolitique. Le triangle « Jordanie-Palestine-Israël » et la décision
jordanienne de désengagement de Cisjordanie (1988), 2009, 410 pages,
ISBN 978-90-5201-532-3.
N° 8 – Grégory Piet, Sophie Wintgens & David Stans, La guerre à Gaza,
de l’analyse du discours médiatique à l’analyse politologique. L’État et les
relations internationales en question, 2010, 222 pages, ISBN 978-90-
5201-662-7.
N° 9 – Gaëlle Pellon & Michel Liégeois, Les organisations régionales
européennes et la gestion des conflits. Vers une régionalisation de la sécurité ?,
2010, 353 pages, ISBN 978-90-5201-663-4.
N° 10 – Nissé Nzereka Mughendi, Les déterminants de la paix et de la
guerre au Congo-Zaïre, 2011, 391 pages, ISBN 978-90-5201-696-2.
N° 11 – Elisabeth Meur, Liban-Syrie : inextricables destins ? Étude de la
relation libanosyrienne de 1998 à 2006, 2011, 229 pages, ISBN 978-
90-5201-754-9.
N° 12 – Laetitia Spetschinsky, Russie-UE. La naissance d’un partenariat
stratégique. La transformation de la politique étrangère russe (1991-
2000), 2011, 317 pages, ISBN 978-90-5201-788-4.

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N° 13 – Céline Bayou & Matthieu Chillaud (dir.), Les États baltes en


transition. Le retour à l’Europe, 2012, 264 pages, ISBN 978-90-5201-
868-3.
N° 14 – Tanguy de Wilde d’Estmael & Tanguy Struye de Swielande, La
Chine sur la scène internationale. Vers une puissance responsable ?, 2012,
512 pages, ISBN 978-2-87574-003-8.
N° 15 – Olha Ostriitchouk, Les Ukrainiens face à leur passé. Vers une
meilleure compréhension du clivage Est/Ouest, 2013, 392 pages, ISBN
978-2-87574-035-9.
N° 16 – Philippe Perchoc, États baltes et le système européen (1985-2004).
Être Européens et le devenir, 2014, 288 pages, ISBN 978-2-87574-132-
5.
N° 17 – Tanguy Struye de Swielande, Duel entre l’Aigle et le Dragon pour
le leadership mondial, 2015, 276 pages, ISBN 978-2-87574-302-2.
N° 18 – Mathias Delori, La réconciliation franco-allemande par la jeunesse.
La généalogie, l’ événement, l’ histoire (1871-2015), 2016, 280 p., ISBN
978-2-87574-323-7
N° 19 – Olha Ostriitchouk, Mémoires de conflits, mémoires en conflits.
Affrontements identitaires, tensions politiques et luttes symboliques autour
du passé, 2016, 285 p., ISBN 978-2-8076-0045-4.
N° 20 – Delphine Deschaux-Dutard & Sabine Lavorel, Puissances
émergentes et sécurité internationale : une nouvelle donne ? Une
perspective pluridisciplinaire sur la puissance et l’ émergence sur la scène
internationale, 2016, 312 p., ISBN 978-2-8076-0102-4.
N° 21 – Sophie Wintgens & Audrey Weerts (dir.), L’État dans tous ses
états, 189 p., 2017, ISBN 978-2-8076-0366-0.

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www.peterlang.com

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