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Tests de paternité : De l’infirmation à la

confirmation ou ‘ton père est bien ton père et il va


le savoir’
Publié le 2 octobre 2012 par docteurjd

Une grossesse médiatisée, un accouchement et


ses suites qui ont fait beaucoup parler.
Maintenant c’est une demande devant la justice
civile qui met Rachida Dati et sa fille sous les feux
des projecteurs. Avec, en bout de course la
question de la reconnaissance de paternité. Une
technique qui a bien évolué.

Les millions de téléspectateurs qui, chaque, semaine,


regardent les multiples déclinaisons de la série ‘Les
Experts’ (CSI en anglais) sont devenus aujourd’hui
familiers des dosages d’ADN, le support de notre
patrimoine génétique présent dans toutes les cellules
de notre corps, sauf les globules rouges, dépourvus de
noyau.

Mais comment faisait-on les tests de paternité avant


d’avoir es tests ADN ? En utilisant les groupes sanguins
de l’enfant et du père putatif !
Précision importante : il ne s’agissait pas d’affirmer une
paternité mais, tout au contraire, de l’infirmer. En clair,
ces tests sanguins permettaient de pouvoir parfois dire
: Monsieur X ne peut pas être le père de l’enfant de
Mme Y.

Petit rappel de biologie. Sur les cartes de donneurs de


sang figurent les groupes A, B, AB et O, agrémentés
des signes + et – pour la présence de groupes Rhésus.
Ces lettres caractérisent ce qu’on appelle le
‘phénotype’, c’est-à-dire l’aspect ‘visible’ du groupe
sanguin, un peu à la façon de la couleur des yeux.

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Ce phénotype ne se voit pas dans le cadre des groupes
sanguins, mais c’est la structure située à la surface du
globule rouge et qu’on appelle une glycoprotéine qui a
une forme variable selon le groupe sanguin.

Ce groupe est génétiquement déterminé par le gène


donné par chacun des parents, A, B et O.

Cette combinaison de deux gènes aboutit à un groupe


désigné par une seule lettre, sauf dans un cas. Il faut
se rappeler qu’il y a des gènes dominants et d’autres
dits récessifs. Pour ‘gagner‘ le dominant a besoin d’être
présent à un seul exemplaire. Pour le récessif, il faut
deux gènes identiques.

Exemple : si vous êtes du groupe sanguin A, dans votre


patrimoine génétique vous avez deux gènes A ou un
gène A et un gène O, AA ou AO. Le gène O est récessif
et s’incline.

Pareil pour B, BB ou BO
Si vous avez reçu le gène A de l’un et le B de l’autre,
vous serez AB, les deux gènes étant dominants.

Enfin pour être du groupe O, la seule possibilité est


d’avoir reçu deux gènes O, être donc génétiquement
OO.

INFIRMATION

Prenons un cas concret. Nous sommes dans les années


60. Mme D à un enfant de groupe sanguin O.
Mme D dit que c’est M.C qui est le père ce cet enfant et
veut qu’il soit reconnu comme tel.
M.C nie être le père.

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Prise de sang, groupe sanguin, M.C est de groupe
sanguin AB.

Il est donc exclu qu’il soit le père de l’enfant car, je le


redis, pour être de groupe O, il faut porter deux gènes
O, être OO.

Si l’enfant avait reçu un gène O de sa mère et un gène


A ou B du père, il serait AO ou BO, ce qui se traduirait
par un groupe sanguin A ou B

Autre situation : l’enfant est O et le père est A.


On ne peut exclure la paternité, mais on ne peut pas
l’affirmer non plus. Dans ce cas, le père peut être AA ou
AO et il a pu donner son gène O.
Mais cela est improuvable.

Donc la technique des groupes sanguins ne pouvait


qu’exclure une présomption de paternité, pas la
prouver.

CONFIRMATION

Virage total dans les années 80 avec la découverte par


sir Alec Jeffreys, biologiste de l’université de Leicester
en Angleterre des techniques d’empreintes génétiques.

Jeffreys constate que sur le brin d’ADN, en dehors des


gènes qui constituent notre patrimoine génétique,
existent des zones a priori sans fonction identifiée, mais
qui sont uniques à chacune et chacun d’entre
nous. Sauf, notons-le chez les vrais jumeaux, c’est-à-
dire ceux qu’on appelle monozygotes, c’’est à dire issus
d’un seul et même œuf.

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Ces zones sont constituées pour moitié du matériel
génétique du père et pour moitié de celui de la mère.

Hormis les jumeaux vrais la probabilité d’avoir deux


empreintes identiques est de l’ordre de 1 sur 10
milliards, à mettre en rapport avec le fait que la Terre
compte environ 7 milliards d’habitants.
Le principe des tests ADN est donc de récupérer des
cellules des personnes d’intérêt, soit par frottis de la
face intérieure de la joue, soit à partir de globules
blancs du sang par exemple.

On dresse ensuite la carte génétique de chacun et on


regarde ces fameuses, zones, appelées ‘allèles’.
ON va rechercher combien de ces allèles sont
identiques entre l’ADN de l’enfant et du père supposé.

Selon les techniques, on recherchera un nombre plus


ou moins grand de correspondances, six à huit
généralement.

Et si ces correspondances existent, on pourra,


contrairement aux tests sanguins, affirmer la paternité
avec un risque d’erreur infinitésimal, de l’ordre,
rappelons-le, du dix milliardièmes.

Seul bémol, c’est une technique biologique donc


susceptible d’être altérée par des fautes de
manipulation, volontaire ou accidentelle, ou des
contaminations.

En France, seul un juge peut ordonner de tels tests


mais des sociétés en proposent sur Internet et il arrive
que des pères saisis de doutes n’hésitent pas à arracher
un peu de cheveux d’un enfant pour les envoyer aux
fins d’examens à ces sociétés.