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Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-
saharienne

Technical Report · January 2003


DOI: 10.13140/RG.2.2.32428.87688

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4 authors, including:

Hugh Eva Philippe Mayaux


European Commission European Commission
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Chevallier Damien
French National Centre for Scientific Research
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Thèse CNRS-CNES-DEAL Guyane: Stratégies alimentaires et optimisation du comportement de plongée chez les tortues marines View project

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Suivi des feux de végétation dans les aires protégées
d'Afrique sub-saharienne
Apport des techniques spatiales et des données satellitales
pour le suivi des feux en Afrique sub-saharienne

H.D. Eva, J.-M. Grégoire, P. Mayaux et D. Chevallier

COMMISSION EUROPEENNE
DIRKTION GÉNÉRALE
2003 EUR 20862 FR
Centre Commun de Recherche
Suivi des feux de végétation dans les aires protégées
d'Afrique sub-saharienne
Apport des techniques spatiales et des données satellitales pour le suivi
des feux en Afrique sub-saharienne

H.D. Eva', J.-M. Grégoire', P. Mayaux1 et D. Chevallier2

1 Centre Commun de Recherche de la Commission Européenne (CCR), Ispra, Italie


2 Institut de Recherche pour le Développement (IRD), Ouagadougou, Burkina Faso

2003 EUR 20862 FR

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
AVERTISSEMENT

Ni La Commission Européenne, ni aucune personne


agissant au nom de la Commission n'est responsable de l'usage
qui pourrait être fait des informations ci-après.

EUR 20862 FR
©Communautés Européennes, 2003
Imprimé en Italie

II Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Préface

Depuis des temps immémoriaux, l'espèce humaine a utilisé le feu dans les écosystèmes africains. Les
chercheurs s'accordent à dire que la plus grande partie des milieux africains a été façonnée et entretenue
par la récurrence des feux.A l'époque moderne, l'intensification de l'exploitation du sol en Afrique sub-
saharienne a conduit à une augmentation de l'occurrence des feux et à une réduction des espaces
strictement naturels. Parallèlement, de nombreuses aires protégées ont été créées sur tout le continent
pour préserver la richesse floristique et faunistique. Les feux, qu'ils soient planifiés ou non, ont
également un impact considérable sur la faune sauvage et la végétation de ces espaces protégés. Il y a
dès lors, plus que jamais, un besoin pressant d'informations précises et rapides sur l'activité des feux afin
de garantir une gestion optimale des aires protégées.Depuis plus de 20 ans, le Centre Commun de
Recherche (CCR) de la Commission Européenne s'est activement impliqué dans la recherche pour
améliorer le suivi environnemental du continent africain en support aux politiques et aux actions de
développement durable de l'Union Européenne. Les images enregistrées par les satellites d'observation
de la terre ont joué un rôle-clé dans cette démarche. Plus récemment, l'intégration de ces données avec
des observations de terrain au sein de systèmes d'information géographique a réellement permis le
développement d'outils puissants de prise de décision par les gestionnaires d'aires protégées.
Ce rapport présente brièvement les diverses activités qui peuvent soutenir la gestion des feux en aire
protégée et la recherche sur leur impact écologique. Ces activités, menées au CCR, font partie de son
mandat qui est de soutenir scientifiquement les différentes politiques de la Commission. En tant que tel,
elles démontrent les bénéfices potentiels que l'on peut retirer d'un suivi environnemental permanent. De
tels bénéfices ne peuvent être garantis sur le long terme sans le support actif des gestionnaires
environnementaux au niveau régional pour de tels activités.
Nous espérons que ce rapport pourra servir de point de départ pour la fourniture opérationnelle de
produits spatiaux permettant un développement durable de l'environnement africain.
Les auteurs
Ispra et Ouagadougou, novembre 2003

Foreword

The human race has employed fire in African ecosystems for thousands of years. Indeed it has been
argued that the very landscape of the continent has been formed and maintained by this practice. In
modern times the intensification of land-use in sub-Saharan Africa has lead to an increase in the use of
fire and to a reduction in natural ecosystems. At the same time a number of protected areas have been set
up across the continent to preserve and protect the natural flora and fauna. Fires, both planned and
unplanned, also have an important impact on vegetation and wildlife in these areas. There is therefore a
requirement, now more than ever, to ensure that the management of protected areas are supported by
timely and accurate information on fire occurrence. For over 20 years the European Commission's Joint
Research Centre has been actively involved carrying out research to improve environmental monitoring
in Africa in support of the European Union's commitment to sustainable, development. A key tool in
this activity has been the exploitation of data acquired by Earth orbiting satellites. More recently the
analysis of such data, and their integration with information collected on the ground, has become
increasingly powerful as a management tool using Geographic Information systems.
This booklet gives an overview of the types of activities, which can be developed to support both the
management of fire and research into its impact. These activities have been carried out by the JRC as part
of its mandate to carry out research in support of European Union policy. As such, they are
demonstrations of the potential benefits than can arise from continual monitoring of the environment.
Such benefits can only be secured on a long term with the active support of regional environmental
managers for such services.

We hope this booklet will serve as a starting point for the operational provision of such services.

The authors
Ispra and Ouagadougou, November 2003

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne JU
Remerciements

Frédéric ACHARD (CCR)


Alioune Sylla ALADJI-BONI (ECOPAS coordonnateur régional Burkina Faso)
Luigi BOSCHETTI (CCR)
François BUSSON (ECOPAS assistance technique, Niger)
Dominique DULIEU (ECOPAS coordination scientifique)
Azizou EL-HADJ ISSA (ECOPAS coordonnateur national, Bénin)
Anne FOURNEER (Institut de Recherche pour le Développement)
Hamissou Halilou Malam GARBA (Chef Section Protection et Surveillance du Parc W Niger - SEAD)
Pascale JANVIER (ECOPAS assistance CyberTraker)
Ulrika KNOKE (ECOPAS assistance SIG)
Lt. Arhidio Boubacar KOMBI (Section Protection et Surveillance du Parc W Niger)
Idé NANDOU (ECOPAS coordonnateur national, Niger)
Ottavio NOVELLI (ECOPAS assistance technique, Bénin)
Carlo PAOLINI (ECOPAS assistance technique, régionale)
Ilaria PALUMBO (CCR)
Rol REDLAND (Délégation de la Commission Européenne au Niger)
Louis SAWADOGO (Département Productions Forestières, Burkina Faso)
Lamine SEYDOU (Adjoint au chef de SEAD)
Théophile A. SINADOUWIROU (ECOPAS composante, Bénin)
Joanny TDENDREBEOGO (ECOPAS analyste programmeur)
Roger WILSON (ECOPAS assistance technique, Burkina Faso)

PV Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
SOMMAIRE
LISTE DES FIGURES VI

LISTE DES TABLEAUX VII

ACRONYMES VII

RÉSUMÉ / SUMMARY IX

1. INTRODUCTION: APPORT DES TECHNIQUES SPATIALES POUR LA GESTION DES


ADIES PROTÉGÉES EN AFRIQUE SUB-SAHARIENNE 3

1.1. CARTOGRAPHIE ET suivi DE LA VÉGÉTATION 3


1.2. SUIVI DES FEUX ET DES SURFACES BRÛLÉES 5
1.3. ANALYSE SPATIALE DES MESURES DE TERRAIN 6
1.4. CONCLUSIONS 7

2. ANALYSE DE LA DISTRIBUTION DES FEUX AU NIVEAU PANTROPICAL 11

2.1. D ONNÉES SATELLITALES 11


2.2. LES PRODUITS THÉMATIQUES 11

2.3. RÉSULTATS ■. 12

3. ANALYSE DE LA DISTRD3UTION DES F EUX AU ND7EAU CONTINENTAL : L'AF RIQUE


SUB-SAHARIENNE 19
3.1. MÉTHO
D OLOGIE ET DONNÉES EXPÉRIMENTALES 19
3.2. CARACTÉRISATION D ES AIRES PROTÉGÉES EN FONCTION D ES SUPERFICIES BRÛLÉES 23
3.3. ESTIMATION D U RISQUE D'EMBROUSSAILLEMENT 23

3.4. PERSPECTIVES DE RECHERCHE À COURT TERME 27

4. ANALYSE DE LA DISTRD3UTION DES F EUX AU NTVEAU RÉGIONAL ET NATIONAL :


L'AFRIQUE DE L'OUEST ET LE BURKINA FASO 31
4.1. SAISONNALITÉ DES FEUX EN AFRIQUE D E L ' O U E S T 31
4.2. ANALYSE AU NIVEAU NATIONAL ­ LES FEUX AU BURKINA FASO 32
4.3. UTILISATION D ES ANALYSES RÉGIONALES ET NATIONALES 34

5. ANALYSE DE LA DISTRIBUTION DES F EUX AU NIVEAU LOCAL : SUIVI DE LA SAISON


DE FEU 2002-2003 DANS LE PARC RÉGIONAL DU W, BÉNIN, BURKINA FASO ET NIGER 37

5.1. RÉGION D 'ANALYSE 38


5.2. D ONNÉES SATELLITALES 39
5.3. TRAITEMENT DES DONNÉES SATELLITALES 40
5.4. EXEMPLES D E PRODUITS THÉMATIQUES 41
5.5. ANALYSE DE LA SAISON DE FEU 2002­2003 43
5.6. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES 47

6. CONCLUSIONS 51

7. DOCUMENTS CITÉS DANS LE TEXTE 53

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne V
Liste des figures
Figure 1. Détail d'une image Landsat-TM 4
Figure 2. Synthèse annuelle et profil saisonnier de 5 types d'occupations du sol autour du Parc W 5
Figure 3. Extrait d'une composition colorée Landsat 6
Figure 4. Exemples d'analyse spatiale dérivée des données collectées par le système CyberTracker au
parc national d'Odzala de juillet 2000 à juin 2001 7
Figure 5. Les données TRMM-VIRS 11
Figure 6. Distribution des feux dans les pays tropicaux pendant l'année 1998 13
Figure 7. Répartition des feux actifs détectés par TRMM en 1998 14
Figure 8. Répartition des feux actifs détectés par TRMM en 2000 15
Figure 9. Distribution des surfaces brûlées en Afrique sub-saharienne pendant l'année 2000 20
Figure 10. Localisation des 107 aires protégées retenues pour l'analyse des régimes de feu 20
Figure 11. Saisonnalité des feux dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne: durée de la saison 22
Figure 12. Saisonnalité des feux dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne: pic d'activité 22
Figure 13. Superficies brûlées dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne:
pourcentage 24
Figure 14. Evaluation du risque d'embroussaillement 26
Figure 15. Distribution des aires protégées en fonction de la valeur de l'indice de risque
d'embroussaillement: 26
Figure 16. Distribution spatiale des feux en Afrique de l'Ouest d'octobre 2001 à février 2002 31
Figure 17. Distribution spatiale des feux en Afrique de l'Ouest de février 2002 à juin 2002 31
Figure 18. Nombre de feux observés en Afrique de l'Ouest de janvier 1998 à novembre 2002 32
Figure 19. Densité des feux détectés par TRMM au Burkina Faso de 1998 à 2002 33
Figure 20. Localisation du Parc Régional du W 37
Figure 21. Le Parc W, composantes nationales et certaines zones associées 38
Figure 22. Précipitations mensuelles moyennes dans le Parc W 38
Figure 23. Le réseau hydrographique du Parc W 39
Figure 24. Interface du site Web de l'USGS et imagette MODIS 40
Figure 25. Surfaces brûlées dans le Parc W, dérivées de l'imagerie MODIS 41
Figure 26. Construction de la base de données du SIG « feux » 42
Figure 27. Base de données SIG superposée à une mosaïque d'images Landsat 43
Figure 28. Distribution temporelle des feux durant la saison sèche 2002-2003 dans les trois
composantes nationales du Parc W 44
Figure 29. Pourcentage de la superficie affectée par les feux dans le Parc W 44
Figure 30. Distribution temporelle des feux dans le Parc W 45
Figure 31. Distribution temporelle de l'activité des feux dans les bassins versants du Parc W 46

VI Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Liste des tableaux

Tableau 1. Caractéristiques des principaux systèmes utilisés pour la gestion des ressources naturelles 4
Tableau 2. Nombre de feux détectés par le système TRMM-VIRS 12
Tableau 3 . Nombre total de feux détectés sur 9 pays africains 1998-2002 13
Tableau 4. Densité des feux par pays (nombre de feux rapporté à la surface) 14
Tableau 5. Paramètres pris en compte pour calculer Vindice de Risque d'Embroussaillement (IRE) 25
Tableau 6. Nombre de feux détecté par TRMM au Burkina Faso de 1998 à 2002 32
Tableau 7. Images MODIS retenues sur la région du Parc W 40
Tableau 8. Superficies brûlées par quinzaine durant la saison sèche 2002-2003 dans les trois
composantes nationales du Parc W 43
Tableau 9. Superficies brûlées par type de couvert végétal dans les composantes du Parc W 47

Acronymes
AGIR Appui à la Gestion Intégrée des Ressources naturelles
AVHRR Advanced Very High Resolution Radiometer
CCR Centre Commun de Recherche
ECOFAC Ecosystèmes Forestiers d'Afrique Centrale
ECOPAS Ecosystèmes Protégés en Afrique Sahélienne
ERS-ATSR ESA Remote Sensing Satellite -Along Track Scanning Radiometer
GBA2000 Global Burnt Area 2000 (projet)
IRE Indice de Risque d'Embroussaillement
MERIS Medium Resolution Imaging Spectrometer (à bord du satellite ENVISAT)
MODIS Moderate Resolution Imaging Spectroradiometer (à bord des satellites TERRA-
AQUA)
PNUE Programme des Nations Unies pour l'Environnement
RCA République Centrafricaine
RDC République Démocratique du Congo
SIG Système d'Information Géographique
SPOT-HRV Système Probatoire d'Observation de la Terre - High Resolution Visible Sensor
TRMM Tropical Rainfall Mapping Mission
VGT radiometre VEGETATION à bord du satellite SPOT-4
WCMC World Conservation Monitoring Centre

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne VII
VIII Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Résumé

L'objet du présent rapport est d'illustrer les différentes méthodes basées sur la télédétection
pouvant être employées pour la surveillance des feux de végétation à différentes échelles spatiales,
afin de produire de l'information exploitable dans la gestion des aires protégées.
Le document concerne essentiellement l'Afrique sub­saharienne, région prioritaire pour les actions
de la Commission Européenne en matière de développement durable.
Les résultats présentés concernent l'exploitation des prospections de terrain et celle de l'imagerie
satellitaire à différentes résolutions spatiales et temporelles, qui après interprétation en termes de
cartes d'occupation du sol, d'indices de végétation, de statistiques de nombre d'événements de feu et
d'extension des surfaces brûlées, peuvent être intégrés dans des Systèmes d'Information
Géographique. Les bases de données spatiales résultantes peuvent être interrogées, leur contenu
visualisé et exporté sous forme cartographique ou tabulaire pour être exploité par les gestionnaires
des parcs et les équipes de recherche africaines et européennes.
Le premier chapitre introduit brièvement les différents types d'information spatiale pouvant être
exploités dans trois domaines utiles à la gestion des parcs : la cartographie et le suivi du couvert
végétal ; la détection des feux et l'estimation des surfaces brûlées ; la collecte et l'analyse
d'observations de terrain. Les chapitres suivants traitent exclusivement de la thématique 'feux'.
Une analyse de la distribution des feux au niveau pan­tropical est présentée dans le deuxième
chapitre. Le lecteur peut ainsi se rendre compte de la spécificité du continent africain, en matière
d'activité des feux. Le troisième chapitre, concentré sur l'Afrique sub­saharienne, s'attache à décrire
les différents régime de feu observés dans les aires protégées du continent. Le niveau régional,
l'Afrique de l'ouest, et national, le Burkina Faso, sont abordés dans le quatrième chapitre. Une
analyse au niveau local, focalisée sur le "Parc Régional du W", est détaillée dans le cinquième
chapitre.
En ce qui concerne le niveau pan­tropical, ce travail montre clairement l'importance des feux
(nombre et superficies concernées) en Afrique. Il montre également comment la distribution des feux
et leur intensité peuvent varier d'une année à l'autre pour un pays donné, ceci pouvant rendre
difficile la mise en place de programmes nationaux de gestion des feux. D e plus, l'activité des feux,
exprimée en termes de durée de la saison, de période de plus forte activité et de type de couverts
affectés, est très variable d'un parc à l'autre. Les conditions phytogéographiques et climatiques
n'expliquent qu'en partie cette diversité; la nature des programmes de gestion des feux, lorsqu'ils
existent, contribue également à cette diversité de situations.

Les résultats obtenus au niveau local sur le Parc du W, montrent qu'il est possible de fournir de
l'information en temps semi­réel (avec quelques jours de retard), et qu'une fois traduite en termes de
cartes, cette information apporte un appui à la gestion des feux dans au moins deux domaines: (1)
l'évaluation de l'efficacité des programmes de gestion existants, et/ou leur adaptation si nécessaire;
(2) la conception, la mise en place et la vérification de plans de gestion, lorsqu'ils n'existent pas
encore.

Une effort de recherche est indispensable pour déterminer quels sont les effets à long terme des
régimes de feu sur le couvert végétal naturel. L'évaluation de la probabilité d'embroussaillement par
certaines espèces ligneuses, telle que présentée dans ce rapport, constitue un exemple de ce que l'on
est en droit d'attendre de la recherche. Cette recherche et l'exploitation de ses résultats dans des
programmes opérationnels de gestion des feux nécessitent cependant l'accès à un nombre suffisant de
sites d'observation sur le long terme qui doivent être choisis parmi les aires protégées africaines. Le
Parc Régional du W représente un très bon « candidat », comme site d'observation à long terme, car
il offre une vaste gamme de conditions d'occupation du sol, tant dans le parc lui­même que dans les
zones adjacentes.

Il n'en reste pas moins vrai que beaucoup peut déjà être fait, en termes de support aux
gestionnaires des aires protégées, en exploitant les documents satellitaires et les outils d'analyse de
l'information existants, tout particulièrement au niveau régional ouest­africain et même local. D es
efforts soutenus de recherche sont indispensables, mais cette nécessité ne doit pas cacher les
possibilités opérationnelles qui sont d'ores et déjà disponibles.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afri que sub-sahari enne ΓΧ
Summary
The object of this report is to outline the various techniques that can be employed for monitoring
vegetation fires at different geographic scales, so that meaningful analysis may be made in support of
the management of protected areas. The report focuses on Sub-saharian Africa, a priority area for
European Commission's action on sustainable development. The analysis and results presented here
include ground surveys and satellite imagery of differing resolutions, which after interpretation into
land cover maps, vegetation indices and statistics on fire counts and burnt areas, can be ingested into
Geographic Information Systems. Subsequent the data can be queried, displayed, analysed and output
in cartographic, tabular and statistical formats for exploitation by the park managers as well as by the
researchers in the African countries and in Europe.

In the first chapter, we give an overview of the types of spatial information that can be exploited
at different scales for three aspects of park management: the mapping and monitoring of the
vegetation cover; the detection and monitoring of fires; the collect and analysis of ground
observations. Subsequent chapters, focus specifically on the distribution and extent of vegetation
fires. A pan-tropical analysis of fire distribution is presented in chapter 2; it provides the reader with
indispensable background information on the specificity of the African continent when speaking of
vegetation fires. Chapter 3 concentrates on the spatio-temporal distribution of fires in Sub-saharian
Africa and provides an examination of the differing fire regimes in protected areas across the
continent. Chapter 4 goes "down" to the regional level with an analysis of fire distribution in West
Africa and in Burkina Faso. Finally, a local scale analysis, focused on the "Parc Régional du W", is
discussed in chapter 5.

At the pan-tropical scale, the work demonstrates the importance and extent of fires in Africa. It
also shows that nationally, the distribution and intensity of fires can change between years, posing
problems for national fire management initiatives. Major differences are seen between the duration,
peaks and vegetation types affected by fires in the different parks across Africa. These differences,
while in part due to climatic and phytogeographic differences, also are as a result of differences,
including the absence of, fire management programs.

The results achieved at the local level, over the "Parc Régional du W", demonstrate that the
provision of near-real-time information on fires is achievable, and that when linked to efficient
translation into maps and information at the level of park management, can form a powerful addition
to management tools in at least two domains: the verification of the effectiveness of existing
management schemes, and their necessary adaptation if needed; the conception, implementation and
monitoring of management plans, when missing.

Further research is required to determine the long term effect of fire regimes on the natural
vegetation. The quantification of the probability of encroachment by woody vegetation, as proposed
in this study, is an example of what could be expected from the research. However, this research and
the translation of its output into operational management schemes require access to long-term
observation sites which should be selected among the African protected areas. In this respect, the
"Parc Régional du W" is certainly a very good candidate as it offers a wide range of land-cover
conditions, within the complex, and of land-use in the adjacent areas. Never the less, the present
report demonstrates that existing space observations and analysis tools do provide the park managers
with essential information, and tools, for fire management schemes at the regional and local levels.

X Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Introduction: Apport des techniques spatiales pour la gestion des aires
protégées en Afrique sub-saharienne

Philippe Mayaux, Anne Fournier, Jean-Marie Grégoire et Hugh Eva

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
1. Introduction : Apport des techniques spatiales pour la gestion des aires
protégées en Afrique sub-saharienne

Depuis une vingtaine d'années, la télédétection spatiale a été appliquée à l'étude des écosystèmes
africains dans divers domaines : suivi de la végétation, détection des feux, mesure de la dégradation
forestière (Achard et al, 2002). Le Centre Commun de Recherche (CCR) collecte ces informations
dans une perspective régionale en appui aux politiques de développement de la Commission
Européenne ; la tendance actuelle est de croiser les observations satellitales avec des informations
locales collectées sur le terrain dans le cadre de collaborations établies avec des projets
environnementaux. Parmi les mesures prises pour conserver la diversité biologique, la mise en
protection de certains territoires joue un rôle majeur. Ces aires protégées ont pour vocation le
maintien d'espaces permettant la conservation d'espèces animales et végétales et des processus
écologiques par lesquels ces espèces interagissent au sein de communautés largement auto-régulées.
Une autre vocation des aires protégées - sur laquelle l'attention se focalise de plus en plus - est de
contribuer au bien-être des populations riveraines. Le visage que présentent ces espaces protégés
résulte de contraintes écologiques (climatiques, géologiques, pédologiques, biogéographiques ...) et
d'un contexte humain (historique, socio-économique, culturel, juridique...). La compréhension du
fonctionnement des aires protégées et l'optimisation de leur rôle exige une prise en compte de
l'insertion de ces territoires voulus par les hommes au milieu des paysages déjà anthropises. Une telle
approche spatialisée peut aujourd'hui s'appuyer sur les outils d'observation de la terre et les systèmes
d'information géographique.

Ce rapport illustre l'apport des techniques spatiales à la gestion des aires protégées en Afrique Sub-
saharienne dans les domaines suivants :
- la cartographie et le suivi de la végétation
- la détection des feux et l'estimation des surfaces brûlées
- l'analyse spatiale des observations de terrain.

1.1. Cartographie et suivi de la végétation


La répartition de végétation naturelle intègre les effets de nombreuses variables éco-climatiques
et anthropiques ainsi que de leurs interactions ; celle-ci détermine pour une bonne part la diversité
animale. Une connaissance fine de sa distribution spatiale et de son évolution est donc fondamentale
pour la gestion de toute aire protégée.

1.1.1 .Cartographie des formations végétales


Les techniques de cartographie ont sensiblement évolué depuis l'apparition des photos aériennes
dans un premier temps, puis des images satellitaires ensuite. D'immenses zones réputées peu
accessibles sont devenues rapidement observables par le recours à ces images aériennes. Leur
interprétation s'appuie sur un nombre limité de relevés de terrain judicieusement choisis. Le passage
des photos aériennes analogiques aux images satellitales numériques s'est traduit par un
foisonnement de développements méthodologiques qui ont pour but d'en exploiter pleinement les
caractéristiques essentielles. L'imagerie satellitale donne en effet la possibilité : (i) d'observer
simultanément de vastes surfaces correspondant à la totalité d'une aire protégée, (ii) de réaliser des
traitements numériques sophistiqués (redressement géométrique, agrégation statistique,
classifications digitales...), (iii) de répéter les observations dans le temps pour suivre les
changements inter- et intra-annuel de l'occupation du sol. L'étude diachronique d'images satellitales
anciennes et actuelles représente un outil diagnostic précieux pour la mesure de l'évolution des
formations végétales à moyen et long terme. Ces différentes caractéristiques ont permis de réduire le
temps de production de cartes de végétation et d'en améliorer la précision spatiale. Certaines
limitations thématiques apparaissent toutefois par rapport aux cartes traditionnelles :

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
- La légende de la carte repose sur un compromis entre les exigences de l'utilisateur - qui définit
habituellement ses classes par la structure et la composition spécifique de la végétation vue depuis
le sol - et les possibilités techniques de la télédétection spatiale - limitées essentiellement au
comportement spectral et temporel des pixels observés depuis l'espace. Sa définition doit résulter
d'un dialogue itératif entre producteur et utilisateur de l'information.
- Sauf cas particuliers, les images satellitales ne permettent pas de déterminer la composition
botanique des milieux, donnée qui repose donc toujours sur des relevés au sol suffisamment
nombreux.
- Dans les milieux où les variations saisonnières sont importantes, l'utilisation de plusieurs images
réparties sur le cycle de végétation peut s'avérer nécessaire pour différencier les principales
formations végétales. C'est une limitation seulement si celles-ci ne sont pas disponibles.

La plupart des aires protégées sont maintenant cartographiées à partir des images Landsat TM ou
SPOT HRV (Haute Resolution Visible). Différents sites Internet proposent même depuis le début des
années 2000 des images gratuites ou à des coûts extrêmement faibles. Le tableau 1 détaille les
principaux systèmes utiles pour la gestion des aires protégées, tandis que la figure 1 illustre le
potentiel de discrimination des images Landsat TM dans une partie du Parc Régional du W (Bénin,
Burkina Faso et Niger).

Système Rés. spatiale Répétitivité Canaux Empreinte Précision


Géométrique
|lkonos l-4m 3 jours 4+1 11km ++
SPOT-HRV 5 -10 m 3 - 2 6 jours 4+1 60 km ++
iLandsat TM "_ 1 5 - 30 m 16 jours 7+1 185 km ++
MODIS 250-1000 m 1 jour 36 2330km +
|SPOT - VEGETATION 1000 m 1 jour 4 2250 km +++
ERS ATSR 1000 m 3 jours 5 500 km ++
AVHRR 1100m ljour 5 2400 km pauvre
Tableau 1. Caractéristiques des principaux systèmes utilisés pour la gestion des ressources naturelles.

Figure 1. Détail d'une image Landsat-TM et observations de terrain correspondantes dans la région de La
Tapoa (Parc du W du Niger). Les pistes sont indiquées en jaune, les observations de terrain sont points blancs.
La boucle dufleuveNiger est visible dans la partie supérieure de l'image. Les surfaces brûlées apparaissent en
noir.

1.1.2.Evaluation de la saisonnalité de la végétation


En Afrique de l'Ouest, la durée respective des saisons sèches et humides conditionne en partie ou
grandement le type de végétation, la quantité de biomasse végétale et le niveau des mares
temporaires. Tous ces facteurs influencent la diversité biologique. Dans une perspective de gestion et
d'aménagement des aires protégées pour la faune, il peut être très utile de connaître les variations
saisonnières de la biomasse végétale, notamment son niveau et sa qualité aux périodes dites « de

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
soudure ». Les capteurs optiques à haute fréquence d'acquisition, mais à faible résolution spatiale,
peuvent mesurere l'activité photosynthétique ou l'humidité des formations végétales. C'est l'indice
de végétation de la différence normalisée (Normalised Difference Vegetation Index ­ NDVI), rapport
normalisé entre la réflectance infrarouge et rouge, qui est le plus souvent utilisé pour mesurer
l'activité photosynthétique. L'intégration annuelle de l'indice ND VI calibré par des mesures de
biomasse sur le terrain permet de déterminer la disponibilité en phytomasse herbacée. Notons
cependant que des points fondamentaux comme l'appétibilité des espèces requerront toujours des
investigations au sol. D'autre part, l'obtention de relations inter­annuelles stables entre les mesures
satellitales et la biomasse d'une part, et entre la quantité de biomasse végétale et la distribution des
animaux d'autre part, n'est jamais simple et directe et demande la poursuite de recherches.

■Agriculture • Savane arborée


­ Brousse tachetée Savane herbeuse à annuelles
■ Savane arbustive à perennes

Figure 2. Synthèse annuelle et profil saisonnier de 5 types d'occupations du sol autour du Parc W observé par
le capteur SPOT VEGETATION pour l'année 2000. L'occupation du sol est dérivée de la carte du couvert
végétal du Parc W (de Wispelaere, 2003). On peut noter un démarrage tardif des savanes à annuelles, le
décalage des zones agricoles, le départ rapide de la végétation dans les savanes arborées.

1.2. Suivi des feux et des surfaces brûlées


Les feux de végétation jouent un rôle fondamental dans l'écologie des savanes. Si, sans conteste,
ils représentent une cause de destruction des milieux forestiers tropicaux humides, la majorité des
scientifiques admettent qu'ils ne détruisent pas les savanes, mais qu'ils sont au contraire le principal
facteur de leur maintien. Cette idée correspond à la notion d'« incorporation » d'une perturbation
récurrente. La perturbation récurrente devient ainsi un élément du système, c'est­à­dire que le
système exerce sur elle un certain contrôle, rendant possible une régulation et une stabilisation (Allen
et Starr, 1982; Founder, 2001). La suppression totale des feux ou la pratique des feux précoces ferait
ainsi évoluer les savanes vers des milieux plus fermés en termes de couverture arborée et modifierait
la physionomie et la composition de la végétation et l'équilibre de l'écosystème dans son ensemble.
Π existe des études sur les effets des feux sur la végétation de savane à une échelle locale, mais elles
ne concernent pas l'ensemble des milieux et les résultats en sont souvent difficiles à transposer à
d'autres sites. L'amélioration des techniques de détection des feux et des surfaces brûlées à partir des
images satellitales a fait récemment l'objet de nombreux raffinements algorithmiques. Il reste
cependant difficile de faire le lien entre ces informations quantitatives extraites des données
satellitales et les effets sur la végétation, particulièrement dans le cas des savanes sèches. Les
recherches en cours visent à fournir les bases objectives pour définir une véritable politique des feux
en fonction des vocations des différentes zones des aires protégées (tourisme de vision, conservation
d'espèces ou d'écosystèmes particuliers ...).

Certains paramètres extraits de l'analyse régionale d'images à basse résolution spatiale (~ 1000 m)
permettent de caractériser le régime de feux qui est lié à chaque type de végétation, à la
fragmentation spatiale du paysage et aux pratiques d'utilisation des terres. Ce sont en particulier:
­ la longueur de la saison des feux et la période de brûlis la plus intense (feux précoces ou tardifs)
­ la fraction brûlée de la végétation, autrement dit l'efficacité de la combustion
­ la superficie moyenne des surfaces brûlées et leur distribution spatiale (fragmentation)
­ les variations inter­annuelles temporelles et spatiales des feux

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afri que sub-sahari enne
- l'activité circadienne des feux (Eva et Lambin, 1998).

Dans les chapitres 2 à 5, nous étudierons en profondeur ces différents aspects à des échelles
géographiques différentes, en partant du niveau mondial pour arriver au niveau local, celui d'une aire
protégée.

1.3. Analyse spatiale des mesures de terrain


La collecte de données de terrain fiables reste une étape fondamentale pour toute opération de
cartographie de la végétation et de suivi des feux. On n'insistera jamais assez sur la réflexion
nécessaire à porter sur la nature des données à collecter, sur le plan d'échantillonnage et le type
d'analyse statistique à mettre en œuvre. Ce qui implique également des actions de formation
spécifique des équipes de surveillance des parcs à la prise de données. L'avènement d'ordinateurs de
poche, comme le. CyberTracker, couplés avec des systèmes de positionnement par satellite (le
système américain GPS ou bientôt le système européen Galileo) ont révolutionné la collecte des
données de terrain (Figure 3). Ces dispositifs augmentent la qualité et la constance des mesures de
terrain en proposant un outil convivial aux patrouilles de terrain. Ils permettent l'importation directe
de ces informations, sans erreur d'encodage, au sein de bases de données pour des analyses
numériques et spatiales, dans un laps de temps et un format permettant au gestionnaire de prendre des
décisions. Dans un contexte de ressources limitées, l'utilisation de ces outils permet en outre de
mettre à profit les patrouilles de surveillance pour des observations de routine moyennant une
formation adaptée. La collecte de données écologiques plus pointues doit cependant être réservée à
des équipes spécifiques.

Figure 3. Extrait d'une composition colorée Landsat du 2 mars 2000 dans le parc d'Odzala (Rép. du Congo) et
types de végétation collectés par les écogardes au moyen de systèmes CyberTracker (vert foncé - forêt fermée ;
vert clair - forêt à Marantacées ; rouge - saline ; bleu - forêt inondée).
Les exemples suivants (Figure 4) illustrent l'analyse en cours au sein du parc national d'Odzala
(République du Congo) dans le cadre du programme ECOFAC. Les observations collectées par le
CyberTracker sont directement importées dans la base de données et visualisées sur une carte (a). A
chaque point correspond une observation de terrain détaillant un grand nombre de variables : type
d'observation (faune, flore, présence humaine), conditions de l'observation (type de contact, âge du
contact...), attributs de l'objet observé (nombre et structure familiale des individus, état sanitaire),
interventions de la patrouille (lutte anti-braconnage, suivi écologique...), type de milieu écologique.
La cartographie permet d'évaluer le travail des équipes de surveillance, ce qui est un souci constant
pour le gestionnaire. Les diverses observations écologiques peuvent ensuite être croisées ; il reste à
déterminer les croisements pertinents et à en tirer des interprétations cohérentes se fondant sur des
connaissances scientifiques acquises par ailleurs.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
a) Représentation des observations b) D ensité des patrouilles par c) D ensité de traces d'éléphant d) Présence des crottes
de terrain des patrouilles anti­ quadrat de 2.5 km χ 2.5 km rapportée à la distance parcourue d'éléphant (jaune), des villages
braconnage (calculée en km de patrouille). par quadrat. (bleu) ; densité des patrouilles.

Figure 4. Exemples d'analyse spatiale dérivée des données collectées par le système CyberTracker au parc
national d'Odzala de juillet 2000 à juin 2001.

1.4. Conclusi ons


A travers ces exemples, il apparaît très clairement que les techniques spatiales dépassent
largement les domaines de recherche où elles étaient cantonnées jusqu'à récemment et rendent
chaque jour plus de services aux conservateurs des aires protégées dans leurs tâches de gestion
quotidienne. A cet égard, la. construction d'un système d'information géographique clairement
orienté vers des objectifs de gestion est une nécessité absolue pour l'intégration de données dérivées
de la télédétection et pour l'analyse fine des observations de terrain. Les systèmes d'information
géographique permettent également une extrapolation régionale des conclusions tirées à l'intérieur de
chaque aire protégée (Palumbo et al,. 2003), améliorant la gestion des sites existants ou aidant à en
identifier de nouveaux.

La détection des feux sur de vastes surfaces fait appel soit à des capacités logistiques
importantes sur le terrain, soit à des compétences scientifiques et techniques très spécifiques pour
l'utilisation de la télédétection. De même, la compréhension de l'impact des feux sur la dynamique
de la végétation nécessite l'appui de spécialistes en écologie scientifique. L'ensemble de ces
compétences n'est pas mobilisable au sein des programmes de conservation des aires protégées. Un
lien entre les gestionnaires et des équipes de recherche en écologie des savanes et en télédétection
contribue à maintenir une gestion au fait des derniers raffinements scientifiques. Les équipes de
recherche peuvent, quant à elles, progresser plus rapidement dans l'identification de programmes de
travail utiles à la gestion et dans la collecte d'informations en s'appuyant sur les projets de terrain.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afri que sub-sahari enne
8 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Analyse de la distribution des feux au niveau pantropical
Damien Chevallier et Hugh Eva

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
10 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
2. Analyse de la distribution des feux au niveau pantropical

Pour une période de cinq années entre 1998 et 2003, les informations disponibles à partir des
images du satellite 'TRMM' (Tropical Rainfall Mapping Mission) ont été traitées sur l'ensemble des
pays tropicaux dans le but de cartographier les feux actifs. Cet exercice a pour but de mettre en
évidence la distribution des feux dans les pays tropicaux, le nombre de feux détectés par continent et
par pays, et d'identifier les pays avec la plus grande intensité de feux par rapport à leur superficie.
Les résultats sur l'Afrique de l'Ouest ont ensuite été analysés plus en détail, avec un zoom sur le
Burkina­Faso pour montrer la saisonnalité des feux dans la région.

2.1. Données satellitales


Les feux actifs sont détectés par le spectromètre à basse résolution (2 km) ­ 'VTRS' (Visible and
Infra­Red Spectrometer) du satellite TRMM. L'orbite du satellite (Figure 5) se situe entre 40° S et
40° N, avec une heure de passage qui change chaque jour selon un cycle de quarante jours. Les feux
sont détectés grâce a un algorithme élaboré par la NASA (Giglio et al. 2000), et disponibles sur le
site FTP du TRMM Science D ata and Information System (TSD IS) (ftp­
tsdis.gsfc.nasa.gov/pub/yji/MONTHLY/), mettant à profit les cinq bandes spectrales du capteur (0.63
pm à 12 pm).
Les données sont disponibles à partir de janvier 1998.

Figure 5. Les données TRMM­VIRS couvrent les tropiques de 40ο N à 40o S. Exemple d'acquisition du 2
Juillet 2003.

2.2. Les produits thématiques


Les feux détectés par le système TRMM ont été importés dans un Système d'Information
Géographique et regroupés par année, par continent et par pays pour analyser le nombre de feux
détectés. Il faut rappeler que les chiffres indiqués dans les tableaux ne reprennent que les feux
détectés à l'heure précise du passage du satellite, ce qui ne représente probablement qu'un faible
pourcentage du total de feux puisque le satellite survole un même point qu'une fois par jour au
maximum et à un moment unique au cours de cette journée.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 11
2.3. Résultats
2.3.1. Analyse par continent
Avec une moyenne de plus de 28.000 feux détectés par an, l'Afrique reste le continent le plus actif en
matière de feux (Tableau 2). L'Amérique du Sud et l'Australie suivent avec 18.000 et 15.000 de
moyenne annuelle. Ces cinq dernières années l'activité des feux semble avoir été stable sur
l'ensemble des continents tropicaux, même si 1999 et 2000 semblent montrer une plus faible activité.

1998 1999 2000 2001 2002 Moyenne Densité


Afrique 28452 25486 29310 27895 29196 28068 9
Asie 14318 10481 12314 13194 17526 13567 7
Australie 13470 13271 13488 17511 17669 15082 20
Amérique Centrale 7168 5514 6524 5795 7426 6485 26
Amérique du Sud 18183 20742 15100 17210 18058 17859 10

Tableau 2. Nombre de feux détectés par le système TRMM-VIRS (à noter: les chiffres pour 2002 ont été
augmentés de 20%, car le système TRMM a été hors service du 6 septembre au 17 octobre, période qui
représentait 20% des feux les autres années). Nous ne prenons pas en compte l'Europe et l'Amérique du Nord
car la majeure partie de ces continents n'est pas couverte par l'orbite du satellite. La densité des feux est
calculée par 10.000 km2.

2.3.2.Les régions de forte activité


On observe une constance d'une activité importante des feux dans certaines régions du globe (Figure
6), telles que:
l'arc de deforestation au Brésil et le Yucatan au Mexique
toute une bande des zones de savane et peri-forestière en Afrique qui s'étend du Sénégal
à l'Ethiopie et du Sud du Congo au Nord de l'Angola
au Nord-Ouest de l'Inde
en Indonésie (Kalimantan et Sumatra), Bornéo, Thaïlande, Laos, Vietnam
en Australie.

Il faut toutefois nuancer ce premier constat, car les conséquences écologiques de ces feux
peuvent être très différentes. L'impact d'un feu de savane, pour lequel l'essentiel du carbone sera
réassimilé l'année suivante, est très différent de celui d'un feu de forêt humide qui nécessitera au
moins 50 ans ou plus pour se régénérer. L'impact saisonnier des feux de savane reste cependant
entier.

12 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Figure 6. Distribution des feux dans les pays tropicaux pendant l'année 1998.

2.3.3.Les feux en Afrique - Analyse du nombre d'épisodes de feu


Nous avons mis en évidence dans la première partie que l'Afrique était le continent le plus concerné
par les feux. Sur ce dernier, trois pays (l'Angola, le Soudan et la République Démocratique du
Congo) se démarquent des autres avec un nombre d'épisodes de feu détectés allant de 2000 pour
l'Angola à quasiment 3800 feux détectés, pour le Soudan (Tableau 3).

AFRIQUE 1998 1999 2000 2001 2002 Moyenne des feux


sur 5 années
Angola 1915 2282 2496 2214 1743 2130
Burkina Faso 724 356 440 601 935 611
Gambie 37 3 20 24 51 27
Ghana 348 344 471 602 503 454
Sénégal 587 294 383 255 689 442
Sierra Leone 127 130 104 178 105 129
Soudan 4153 2677 3857 4686 3456 3766
Rép. Dém. Congo 2811 2987 3303 2731 2290 2824
Zambie 1254 1126 1316 980 809 1097

Tableau 3 . Nombre total de feux détectés sur 9 pays africains 1998-2002.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 13
2.3.4.Les feux en Afrique ­ Analyse de la densité des épisodes de feu
Trois pays, la Gambie, le Sénégal et le Burkina Faso ressortent avec une densité de plus de 20 feux
détectés pour 10000 km2. L'Angola reste néanmoins présent dans la tête du classement avec 17 feux
détectés pour 10000 km2 (Tableau 4). On voit (Figures 7 et 8) que même dans des pays comme le
Soudan, les feux sont souvent concentrés dans une région particulière, le delta intérieur du Nil.

Densité Moyenne
Superfície
des feux sur
AFRIQUE (km2)
(l 02 ) 5 années

Gambie 25 10.677 27
Sénégal 22 196.910 442
Burkina Faso 22 273.719 611
Ghana 19 239.980 454
Sierra Leone 18 72.531 129
Angola 17 1.252.421 2130
Nigeria 16 912.038 1496
République Centrafricaine 16 621.499 1015
Botswana 16 580.011 922
Soudan 15 2.490.409 3766
Tanzanie 15 944.976 1396
Zambie 15 754.772 1097
Swaziland 14 17.164 24
Ouganda 14 243.049 337
Mozambique 13 788.628 1018
Togo 13 57.299 73
Rép. D ém. Congo 12 2.337.027 2824
Bénin 12 116.514 135
[Afrique du Sud 12 1.223.111 1408

Tableau 4. Densité des feux par pays (nombre de feux rapporté à la surface).

Les feux en Afrique en 1998


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...
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■ 118- 147
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■ 177-205
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Figure 7. Répartition des feux actifs détectés par TRMM en 1998.

14 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afri que sub-sahari enne
Les feux en Afrique en 2000

Figure 8. Répartition des feux actifs détectés par TRMM en 2000.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 15
16 Suivi des feux de végétation dans ¡es aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Analyse de la distribution des feux au niveau continental
l'Afrique sub-saharienne
Jean-Marie Grégoire et Ilaria Palumbo

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne \f
1g Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
3. Analyse de la distribution des feux au niveau continental : l'Afrique
sub-saharienne

Les feux de végétation sont présents dans la plupart des régions d'Afrique sub-saharienne, où ils
jouent un rôle important de maintien en l'état ou de modification de la morphologie et de la
composition spécifique du couvert. Le phénomène tend à acquérir une importance particulière dans
les aires protégées car le feu y est couramment utilisé pour le braconnage. Les gestionnaires des
parcs, de même que les scientifiques sont ainsi convaincus qu'améliorer le contrôle de la pratique des
feux est essentiel dans tout programme de conservation et de mise en valeur des aires protégées. Pour
ce faire, il est indispensable de disposer d'informations quantitatives fiables sur l'étendue des
surfaces brûlées, les types de couvert végétal touchés par le feu et enfin sur la saisonnalité des feux,
au sein des aires protégées.

Des inventaires de feux de végétation pour le continent africain ne sont cependant disponibles
que depuis peu ( par exemple http://sharkl.esrin.esa.it). De plus, très peu de ces inventaires
fournissent une information quant aux superficies effectivement brûlées par type de couvert végétal
(Eva et Lambin, 1998; Barbosa et al, 1999). C'est dans ce contexte que le Centre Commun de
Recherche (CCR) de la Commission Européenne, en partenariat avec huit institutions de recherche
nationales et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), a lancé en janvier
2001 le projet 'Global Burnt Area - 2000' (GBA2000) dont l'objectif était d'effectuer un inventaire
des surfaces brûlées au niveau mondial par type de couvert végétal durant l'année 2000, en exploitant
l'imagerie moyenne résolution (1 km) offerte par le système d'observation de la Terre SPOT-
VEGETATION (Grégoire et al, 2003a). Les images acquises par le radiometre VEGETATION
(VGT), installé sur le satellite SPOT-4, ont été collectées pour construire une couverture journalière
de l'entièreté du globe pour l'année 2000. Réalisée dans le cadre du programme Millennium
Ecosystem Assessment, cette opération a permis de rassembler l'imagerie acquise entre le 20 octobre
1999 et le 31 décembre 2000. Les images ont ensuite été traitées au CCR, pour la détection des
surfaces brûlées suivant la méthodologie décrite par Tansey (2002) et Silva et al. (2003). La version
finale de la carte mondiale des surfaces brûlées (Tansey et al, 2003) a été rendue publique au mois
de décembre 2002 (http://www.gvm.jrc.it/fire/gba2000/index.htm). L'analyse présentée ici s'appuie
sur la composante "Afrique" des résultats obtenus par le projet GBA2000 (Figure 9) et constitue un
résumé des travaux de Palumbo et al. (2003).

3.1. Méthodologie et données expérimentales


Les superficies brûlées ont été calculées à partir du nombre de pixels SPOT VGT classifies
brûlés dans le produit GBA2000, considérant que l'entièreté du pixel avait été effectivement brûlé.
Ceci est bien sûr une approximation, dans la mesure où un pixel VGT de 1 km2 peut être classifié
comme brûlé dès que 50% de sa surface est affectée par le feu. Cette approximation est cependant la
même pour toutes les aires protégées prises en compte dans cette analyse et ne devrait donc pas
introduire de distorsion dans les comparaisons faites entre aires protégées.

La base de données du PNUE (UNEP/WCMC, 1997) a été utilisée pour sélectionner les 107 aires
protégées africaines ayant une extension au moins égale à 100.000 ha (Figure 10).
L'information sur le type de couvert végétal est extraite de la carte mondiale de couverture du sol
produite par l'Université du Maryland (Hansen et al., 2000). L'analyse de la distribution spatio-
temporelle des surfaces brûlées au sein des aires protégées a été réalisée en environnement ESRI-
ArcView (Marengo et al., 2002) pour dériver trois caractéristiques de la saison de feu: la durée de la
saison, la période d'activité
maximale et la répartition des superficies brûlées par type de couvert végétal. Pour chaque type de
couvert, seuls les mois présentant des superficies brûlées au moins égales à 400 ha (soit 4 pixels
SPOT-VGT) ont été pris en considération dans la phase d'analyse. Enfin, les statistiques de
superficies brûlées ont été calculées sur la base de la surface couverte de végétation au sein de
chaque parc et non pas sur la base de la surface totale du parc.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne \Q
Legend
January to March 2000
April to June 2000
July to September 2000
October to December 2000

Figure 9. Distribution des surfaces brûlées en Afrique sub-saharienne pendant l'année 2000

Figure 10. Localisation des 107 aires protégées retenues pour l'analyse des régimes de feu

20 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
3.2 Caractérisation des aires protégées en termes de saisonnalité des feux
La saison potentielle de feu s'étend généralement sur 6 mois: de novembre à avril au Nord de
l'équateur, et de mai à octobre au Sud. Les deux saisons potentielles de feu ont été divisées pour les
besoins de l'analyse en trois périodes de deux mois chacune: novembre à décembre, janvier à février
et mars à avril pour le Nord; mai à juin, juillet à août et septembre à octobre pour le Sud.

3.1.1 .Durée de la saison de feu (Figure 11)


La durée de la saison de feu est estimée en fonction du nombre de périodes de deux mois pour
lesquelles une activité des feux a pu être observée, durant au moins un des deux mois de la période
considérée.
Trois catégories apparaissent très clairement au sein des parcs de la zone soudanienne et
soudano-guinéenne. La première, qui montre une saison de feu étalée sur quatre mois de novembre à
février, regroupe l'essentiel des parcs d'Afrique de l'Ouest, du Sénégal à la frontière Ouest du
Nigéria. Seuls quelques parcs du Mali, du Burkina Faso, du Togo et du Nigeria ont une saison étalée
sur deux mois, de novembre à décembre. La deuxième catégorie, qui regroupe les parcs de l'Est du
Nigeria, du Cameroun, du Tchad et en partie de la République Centrafricaine (RCA), est caractérisée
par une saison plus longue qui va de novembre à avril, soit six mois. La troisième catégorie
correspond aux parcs situés plus à l'Est. La durée de la saison de feu apparaît plus variable que dans
les deux premiers groupes: de quatre (novembre à février) à huit mois (novembre à juin), avec une
majorité de parcs montrant une saison de six mois (novembre à avril).
Au Sud de l'équateur, la situation est beaucoup plus hétérogène. Il est ainsi difficile de regrouper
les parcs en fonction de'la seule durée de la saison de feu. La situation observée en Angola est
représentative de cette diversité: les cinq parcs retenus dans ce pays montrent quatre saisons
différentes: mai à août, mai à octobre, mai à décembre et juillet à octobre. On peut néanmoins
individualiser deux groupes de parcs dans cette partie Sud de l'Afrique. Le premier correspond aux
parcs de la République Démocratique du Congo (RDC) et en partie de Zambie, avec une saison
étalée sur six mois de mai à octobre. Le second groupe, plus à l'Est (Zambie orientale, Tanzanie
orientale, Zimbabwe et Mozambique), est caractérisé par une saison plus courte: quatre mois, de
juillet à octobre.

3.1.2.Période d'activité maximale (Figure 12)


Au Nord de l'équateur, les parcs peuvent être groupés en deux catégories. Les parcs Ouest-
Africains (Côte d'Ivoire, Ghana, Togo et Bénin) appartiennent à la première catégorie caractérisée
par un pic d'activité des feux en novembre-décembre, c'est à dire dans le premier tiers de la saison
potentielle. Cette observation confirme la spécificité des parcs Ouest-Africains déjà relevée lorsqu'on
ne considère que la durée de la saison de feu. Les mêmes parcs présentant un pic d'activité en début
de saison ont également une saison relativement courte de quatre mois. La deuxième catégorie
correspond aux parcs d'Afrique Centrale (Nigeria oriental, Cameroun, Tchad, RCA et Sud-Soudan).
La plupart des parcs de cette aire géographique ont un pic d'activité des feux pendant la seconde
moitié de la saison sèche, en janvier-février. Quelques parcs, au sud du Tchad et dans la zone
frontalière RCA-Soudan, font exception avec un pic en novembre-décembre. Il est intéressant de
noter que les parcs qui ont un pic en janvier-février correspondent en grande partie à ceux qui
montrent une longue saison des feux (de novembre à avril). Ces caractéristiques spatio-temporelles
de distribution des feux sont fondamentales pour définir l'impact que les feux peuvent avoir sur le
couvert végétal.
Au Sud de l'équateur, la situation est plus hétérogène mais on peut tout de même distinguer trois
groupes. Les parcs de la partie orientale de la RDC et des régions frontalières montrent un pic
d'activité en mai-juin, c'est à dire en début de saison potentielle pour cette partie de l'Afrique. En
Angola et dans l'Ouest de la Zambie, la période de pic se déplace en juillet-août, suivant ainsi le
déplacement de la saison sèche au Sud du Bassin du Congo. Le troisième groupe comprend les parcs
ayant un pic plus tard dans la saison, en septembre-octobre. Ces parcs se situent pour l'essentiel dans
la partie orientale de l'Afrique australe: Tanzanie orientale, Zambie orientale, Zimbabwe,
Mozambique, Botswana et Afrique du Sud.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 21
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Figure 11. Saisonnalité des feux dans les aires protégées d'Afrique sub­saharienne: durée de la saison

Figure 12. Saisonnalité des feux dans les aires protégées d'Afrique sub­saharienne: pic d'activité des feux

22 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
3.2. Caractérisation des aires protégées en fonction des superficies brûlées
La superficie brûlée au sein des parcs, exprimée en pourcentage de la surface occupée par de la
végétation, est très variable: de 1 à 70% de la surface (Figure 13). D'une manière générale les parcs
au nord de l'équateur montrent des pourcentages plus élevés que ceux du sud, de 15 à 70 % pour les
premiers et de 15 à 50 % pour les seconds. Il est intéressant de noter que les pourcentages élevés
correspondent aux parcs montrant un pic d'activité des feux tard dans la saison sèche.
L'analyse des superficies brûlées par type de couvert végétal a été effectuée après regroupement des
13 classes de la carte de l'Université du Maryland en trois grandes catégories:
savane herbeuse: regroupement des classes cropland et grassland
savane arbustive: regroupement des classes wooded grassland, closed shrubland et open
shrubland
savane boisée: regroupement des classes evergreen needleleaf forest, evergreen broadleaf
forest, deciduous needleleaf forest, deciduous broadleaf forest, mixedforest et woodland.
L'analyse s'est concentrée sur les catégories savane boisée et savane arbustive.

3.2.1.Superficies brûlées dans la classe "savane boisée"


L'étendue des surfaces brûlées dans la classe savane boisée est très variable, mais elle est
généralement plus importante dans les parcs de l'hémisphère nord que dans ceux de l'hémisphère
sud. Pour les premiers, il y a au moins 5% des surfaces de savane boisée qui sont affectés par le feu;
de nombreux parcs montrent des valeurs entre 30 et 75%; ce pourcentage a tendance à augmenter
d'Ouest en Est. Pour les seconds, l'essentiel des valeurs se situent entre 5 et 30%; certains parcs
montrant même des valeurs inférieures à 5%. Seuls trois parcs ont des valeurs supérieures à 30%.

3.2.2. Superficies brûlées dans la classe "savane arbustive"


La distribution des superficies brûlées dans la classe savane arbustive est dans l'ensemble fort
semblable à ce qui est observé pour les savanes boisées, que ce soit en termes de pourcentages
moyens de surfaces affectées par les feux qu'en terme de différence entre les parcs situés au Nord et
au Sud de l'équateur.

3.3. Estimation du risque d'embroussaillement


Le risque d'embroussaillement par les espèces ligneuses constitue un problème majeur pour le
maintien de l'équilibre et de la richesse spécifique d'un parc mais aussi pour son exploitation pour le
tourisme de vision. Parmi les nombreux facteurs pouvant influencer l'embroussaillement, comme la
densité des grands herbivores (van Wilgen and Scholes, 1997), le régime des feux joue un rôle
primordial (Bloesch, 2002). Il est proposé ici de combiner les trois caractéristiques du régime des
feux présentées dans les sections précédentes, longueur de la saison, période d'activité maximale et
superficie brûlée par type de couvert, dans un index synthétique permettant d'évaluer le risque
d'embroussaillement d'une région donnée compte-tenu du type de régime des feux qui y est observé.
A chacun des cinq paramètres considérés (Tableau 5) sont attribués un poids dans le calcul de
l'indice (exprimé en pourcent) et une valeur absolue arbitraire allant de 1 à 8 pour les paramètres
temporels (longeur de la saison de feu et période d'activité maximale), et de 1 à 5 pour les paramètres
spatiaux (superficies brûlées). A titre d'exemple, le pic d'activité des feux joue un rôle déterminant
dans l'envahissement par les espèces ligneuses: les feux dits "tardifs" sont connus pour limiter cet
envahissement; contrairement aux feux de début de saison. Un pic d'activité des feux observé en
novembre, pour un parc de l'hémisphère Nord, aura ainsi une valeur de 8 dans l'indice, tandis qu'un
pic observé en mars ou avril aura une valeur beaucoup plus faible de 4 ou 3. De la même façon, plus
faible sera la superficie brûlée au sein d'un parc, et plus élevée sera la probabilité
d'embroussaillement.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 23
Figure 13. Superficies brûlées dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne: exprimées en pourcentage de
la superficie occupée par la classe savane boisée (a) et savane arbustive (b)

24 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Paramètre Poids contribution
(%) 1 2 3 4 5 6 7 8
Longueur de la saison de feux 0.20 8 7 6 5 4 3 2 1
(en mois)
Période du pic d'activité 0.40 Juin Mai Avril Mars Fév. Jan. Dec. Nov.
(Nord et Sud)
Dec. Nov. Oct. Sep. Aût. Juil. Juin Mai
Superficie brûlée; total (%) 0.10 50­70 30­50 15­30 5­15 0­5

Superfície brûlée dans la 0.10 50­75 30­50 15­30 5­15 0­5


zone de savane arbustive (%)
Superfície brûlée dans la 0.20 50­75 30­50 15­30 5­15 0­5
zone de savane boisée (%)

Tableau 5. Paramètres pris en compte pour calculer l'Indice de Risque d'Embroussaillement (IRE)

L'indice est ainsi une combinaison linéaire des cinq paramètres décrivant la saison de feux:

IRE = L*a*poidsL + P*a* poidsP + A*b*poidsA + S*b*poidss + W*b*poidsw


L est la valeur attribuée à la longeur de la saison de feux
Ρ est la valeur attribuée à la période d'activité maximale
A est la valeur attribuée à la superficie totale brûlée
S et W sont les valeurs attribuées aux superficies brûlées dans les classes savane arbustive et savane
boisée
a= 10/8 b= 10/5 sont des facteurs de normalisation.

La valeur de l'indice IRE va de 1, risque minimum d'embroussaillement, à 10, risque maximum


d ' embroussaillement.
L'indice a été calculé pour les 107 aires protégées retenues pour cette étude. Les résultats sont
présentés sur la figure 14.

L'examen de la distribution des aires protégées africaines en fonction de l'indice


d'embroussaillement (Figure 15a) montre que la plupart d'entre elles ont une valeur de l'indice IRE
comprise entre 6 et 8, qui correspond à une probabilité moyenne à élevée d'embroussaillement; deux
aires protégées atteignent la valeur maximale de l'index: 10. Au niveau continental, on observe une
distribution modale, avec plus ou moins le même nombre d'aires protégées ayant une valeur élevée et
une valeur moyenne de l'indice.
Par contre, l'examen des distributions au niveau sous­continental (Figures 15.b et 15.c) montre
que la plupart des parcs à indice élevé se situent dans l'hémisphère Sud. Ainsi, 48% des parcs au Sud
de l'équateur ont un indice compris entre 8 et 10, tandis que seul 9% d'entre eux ont une valeur de
l'indice de 4 et 5. La situation dans l'hémisphère Nord apparaît très différente, puisque 21% des
parcs y ont des valeurs d'indice moyennes à faibles (4 à 5), tandis que seuls 29% d'entre eux ont un
indice supérieur ou égal à 8.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afri que sub-sahari enne 25
■ 0
■ 1-2
3-4
5-6
■ 7-8
■ 9-10

Figure 14. Evaluation du" risque d'embroussaillement, estimé sur la base du régime des feux, au sein des aires
protégées d'Afrique sub­saharienne

Tous parcs Parcs du Nord

25 s*T ■■■ 20-,

20 ""*]

15-

-r
# parcs ■ parcs io
10-

5-
H
M » 1 ■ Ι Ψ fil
| ¡lljri-
1 2 3 4 ! f ¡ 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

index index

Parcs du Sud

20-

# parcs
15

io
m
^^TTF^
1 2 3 4 5
s 6 7 8 9
Lia
10

index

Figure 15. Distribution des aires protégées en fonction de la valeur de l'indice de risque d'embroussaillement:
Afrique sub­saharienne (a), hémisphère Nord (b), hémisphère Sud (c)

26 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
3.4. Perspectives de recherche à court terme
Les estimations de superficies brûlées par type de couvert végétal, au sein des aires protégées,
vont être affinées par:
l'exploitation de la récente carte d'occupation du sol réalisée dans le cadre du projet Global
Land Cover 2000 (GLC2000 ; http://www.gvm.jrc.it/glc2000/defaultGLC2000.htm), en
remplacement de celle de l'Université du Maryland. La feuille "Afrique" de cette carte
mondiale (Mayaux et al, 2002) fournira une information plus précise et plus récente sur le
type de couvert végétal
l'exploitation de l'imagerie satellitaire acquise par les capteurs MODIS et MERIS
respectivement sur les plateformes TERRA-AQUA et ENVISAT. Ces capteurs ont une
résolution spatiale dite moyenne (~ 300m) qui permettra d'affiner les estimations de
superficies brûlées réalisées jusqu'à présent avec des images SPOT-VGT à basse résolution
(1000 m).

La caractérisation du régime des feux va également être améliorée par l'addition d'une
composante pluri-annuelle dans l'analyse. Le CCR dispose en effet d'archives satellitaires à basse
résolution spatiale (1000 et 5000 m) permettant de remonter jusqu'en 1981. Le traitement de cette
archive est en cours pour en extraire des inventaires d'événements de feu et des cartes de surfaces
brûlées. Cette information permettra de replacer les saisons actuelles de feu dans un contexte plus
large, d'en estimer la représentativité et de détecter d'éventuels modifications des régimes de feu
dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 27
2g Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Analyse de la distribution des feux au niveau régional et national
l'Afrique de l'Ouest et le Burkina Faso

Damien Chevallier, Hugh Eva, Philippe Mayaux et Jean-Marie Grégoire

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 29
30 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
4. Analyse de la distribution des feux au niveau régional et national :
l'Afrique de l'Ouest et le Burkina Faso

4.1. Saisonnalité des feux en Afrique de Γ Ouest


Nous avons utilisé les données TRMM (Chapitre 2) durant une période de 8 mois, s'étalant
d'octobre 2001 à mai 2002. La figure 16 montre que les feux commencent dans le Nord de la région
en octobre et descendent vers le Sud jusqu'en février. On peut penser que ce comportement
correspond à la combustion des savanes sèches. D e février à juin (Figure 17), on note une forte
renaissance des feux dans la bande agricole, du Sénégal au Cameroun, qui doit être liée à la
préparation des champs. Ce comportement se reproduit chaque année.

Les feux en Afrique de l'Ouest


( (octobre 2001 a février 2002)

octobre 2001
novembre 2001
décembre 2001
Janvier 2002
février 2002

11

Figure 16. Distribution spatiale des feux en Afrique de l'Ouest d'octobre 2001 à février 2002.

Les feux en Afrique de l'Ouest


2002 a juin 2002)

février 2002
mars 2002
avril 2002
mai 2002
Juin 2002

« «ag- '
900 Kilometers

Figure 17. Distribution spatiale des feux en Afrique de l'Ouest de février 2002 à juin 2002.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 31
70

60

50

3 40
O
Χ
S! 30

20

10

C O C O C O C O C O C O O O ) ο σ> σ> CD o σ o o
G}CJ>C3)CJ503O)CJ>CJ) σι σ> ej) CD o cp
C CL
I

I I I
■=; α. > Sx o o Sx Q. ti. >
03 <5 -^ O ra co .= Φ o ra I I
ro Φ φ O
00 S 00 Ζ CL.
CD
>
O
GO οο ζ
Mois ω 2

Figure 18. Nombre de feux observés en Afrique de l'Ouest de janvier 1998 à novembre 2002.

La distribution temporelle des feux apparaît fort différente dans la partie Sud (feux en début de
saison sèche) et dans la partie Nord (feux en fin de saison sèche), ce qui laisse à penser que nous
avons à faire à deux phénomènes distincts : au Sud, il s'agit de feux de végétation naturelle, qu'ils
aient pour but la chasse ou qu'ils soient d'origine non anthropique, tandis que les feux du Nord, plus
tardifs, correspondent à des zones plus densément peuplées, à forte activité agricole. Il s'agit donc
vraisemblablement de feux à des fins agricoles.

Une autre caractéristique intéressante est la variabilité interannuelle du nombre de feux (figure
18). Si l'année 1998 montre un pic très élevé, l'année suivante est la plus faible de la série étudiée. A
partir de cette date, le nombre de feux augmente chaque année, sans que cela soit statistiquement
significatif sur une série si courte.

4.2. Analyse au niveau national - Les feux au Burk ina Faso


En trois ans le nombre de feux détectés au Burkina Faso est passé de 440 en 2000 à 935 en 2002,
soit plus du double (Tableau 6).

ANNEES
1998 1999 2000 2001 2002 Moyenne des feux sur 5 années
Burkina F aso 724 356 440 601 935 611
Tableau 6. Nombre de feux détecté par TRMM au Burkina Faso de 1998 à 2002.

Il semblerait que l'activité humaine se soit intensifiée ces dernières années. Il faut toutefois être
prudent dans l'analyse de séries de 5 ans et confirmer cette analyse par l'examen de l'évolution de
l'occupation du sol à partir d'images satellitales à haute résolution spatiale. On peut également
remarquer que la distribution spatiale des feux varie d'une année à l'autre (Figure 19).

32 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Les feux au Burkina Faso en 1998

I His
|B<7
33- 3 24T
H '
■|48-Θ3

S
6*-79
80 A4
SS- MO
■ ■ 111 - I »
BH 136-141
■■UÎ-1S7

Les feux au Burkina Faso en 2000

I 11-16

S
17-32
33-47
48-63
MW-7.
BW-94
B W ■-: -110
B i 111 -12e

an ■:­: ■■■··.
MÊÊ 142 - 157

s feux au Buriana Faso en 2002

Figure 19. Densité des feux détectés par TRMM au Burkina Faso de 1998 à 2002.

Outre la variabilité spatiale, on peut noter une forte concentration de feux au Sud­Est de
Ouagadougou et une absence presque totale de feux dans la région de Bobo­Dioulasso (Sud­Ouest)
en 2000.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afri que sub-sahari enne 33
4.3. Utilisation des analyses régionales et nationales
Les analyses nationales et régionales ne peuvent pas être directement utiles à la gestion
quotidienne des aires protégées. Par contre, dans le cadre d'un plan national de prévention et/ou de
gestion des feux de brousse, un diagnostic précis et pluriannuel est indispensable. Les chiffres
absolus ne sont pas intéressants en eux-mêmes, mais bien la perspective régionale et l'évolution
temporelle. Les savanes boisées d'une province donnée brûlent-elles plus fréquemment que celles de
la province voisine ? Constate-t-on une augmentation avec le temps des surfaces brûlées, ce qui
pourrait traduire une dégradation du milieu ? La saison des feux change-t-elle d'une région à l'autre ?
Autant de questions qui doivent accompagner l'établissement d'un plan national de gestion et de
prévention des feux de brousse. De telles expériences existent déjà dans certains pays de la sous-
région, comme le Sénégal par exemple. Des échanges avec les institutions responsables de la
détection des feux et de la gestion des pâturages dans ces pays seraient souhaitables.

34 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Analyse de la distribution des feux au niveau local : Suivi de la saison de
feu 2002-2003 dans le Parc Régional du W, Bénin, Burkina Faso et Niger

Hugh Eva, Jean-Marie Grégoire et Philippe Mayaux

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 35
36 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
5. Analyse de la distribution des feux au niveau local : Suivi de la saison
de feu 2002-2003 dans le Parc Régional du W, Bénin, Burkina Faso et
Niger
Pendant la saison sèche 2002/2003, des images satellitales à moyenne résolution spatiale (250 m)
ont été acquises dans le but de cartographier les surfaces brûlées au sein du Parc W et des zones
adjacentes (Figure 20). Le choix s'est porté sur cette aire protégée pour répondre :
à une demande émanant des services de la Commission de l'Union Européenne quifinancele
projet régional ECOPAS
à la demande des gestionnaires du parc, qui considèrent le feu comme un des outils de
gestion et de protection des terres (Grégoire et al, 2003b)
aux questions d'ordre scientifique que se posent les mêmes gestionnaires quant à l'impact des
feux sur la nature et la structure du couvert végétal.

Figure 20. Localisation du Parc Régional du W

La gestion des feux permettrait de contrôler l'embroussaillement au sein du parc, d'améliorer la


visibilité et donc de rendre la zone plus attractive pour le tourisme de vision ; ce qui n'est pas le cas
actuellement. Le braconnage, qui fait appel au feu pour rabattre le gibier, est fréquent dans le parc et
constitue un problème majeur; ce qui est d'ailleurs le cas dans pratiquement toutes les aires protégées
de la région. De même, la traversée du parc par les troupeaux de bovins peut constituer une source
additionnelle de mise à feu. Une détection rapide des feux non planifiés par les gestionnaires pourrait
aider à réduire certains de ces problèmes. Vue l'étendue du parc et les difficultés de communication,
la télédétection spatiale est probablement le meilleur outil pour faire l'inventaire régulier des
événements de feu (emplacement, date, heure), contribuant ainsi à la gestion journalière du parc. Par

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 37
ailleurs, l'analyse des pratiques de feu observées au sein du parc peut aider à formuler une meilleure
gestion de ces mêmes pratiques.

5.1. Région d'analyse


Le Parc Régional W (10.300 km2) est situé approximativement à 12E et 2.5N dans la région
frontalière Niger, Bénin et Burkina Faso. Plus de la moitié (55%) du parc est située au Bénin ; le
reste étant divisé entre le Burkina (23%) et le Niger (22%). Le parc est entouré d'une zone tampon,
ainsi que de plusieurs zones de chasse et des réserves totales ou partielles (Figure 21).

1 Concession de Châsse de Koskrøna

2 Réserve Partielle de Faune de la Kourilagou

3 Zone Cyiegelique de le Mek-ou

4 Zone Cynégellque de Ojona

5 Reserve Totale de Faune 0e Τ amou

Figure 21. Le Parc W, composantes nationales et certaines zones associées.

Les précipitations annuelles varient de 650 mm au Nord (Niger) à plus de 800 mm dans le Sud
(Figure 22). La saison sèche, ou saison potentielle des feux, débute Vers la fin du mois d'octobre et se
poursuit jusqu'au mois de mars. Elle est accompagnée de vents de secteur NE qui jouent un rôle
majeur dans la propagation des feux. Pris dans son ensemble, le parc appartient à la classe savane
boisée soudaniennelsudanian woodland de la carte d'Afrique de White/ UNESCO (1983). La carte
de végétation produite récemment par le CIRAD (De Wispelaere, 2003) détaille les principaux types
de couvert du parc: Savane arborée et boi sée, Savane arbusti ve dense /clai re, Brousse tachetée,
Galerie forestière, Savane herbeuse et Affleurements rocheux et cui rasses à végétati on très
clairsemée. Le réseau hydrographique du parc est formé par le fleuve Niger, ses affluents locaux en
rive droite (Tapoa, Mékrou, Kompa Gorou et Alibori) et par la Pendjari (Figure 23).

Jan Fev Mar Avr Mai Juin Jul Aou Sep Oct Nov Dec

Figure 22. Précipitations mensuelles moyennes dans le Parc W.

38 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afri que sub-sahari enne
Figure 23. Le réseau hydrographique du Parc W.

5.2. Données satellitales


Comme indiqué plus haut dans ce document (voir Chapitre 3), l'imagerie satellitaire à basse
résolution spatiale (~ 1000 m ; SPOT-VEGETATION) fournit des informations sur la distribution
spatio-temporelle des feux dans un contexte régional ou sub-continental. Une analyse plus fine au
niveau local, susceptible de fournir des informations utiles à la gestion du parc, requiert des images à
plus haute résolution spatiale, telles celles acquises par le système Landsat ETM à 30 m de
résolution. Malheureusement, ces images ne sont disponibles que toutes les trois semaines, au mieux.
En fait, les conditions atmosphériques (brumes et/ou nuages) limitent le nombre d'images Landsat à
une par mois durant la saison sèche, ce qui n'est bien sûr pas suffisant pour effectuer un suivi
systématique des feux dans le parc. Il a donc été décidé d'exploiter des images à moindre résolution
spatiale (250 m) mais plus grande fréquence d'acquisition (journalière) acquises par le capteur
MODIS embarqué sur les satellites TERRA et AQUA de la NASA. Les observations sont faites
chaque jour, vers 10h20 sur le satellite TERRA et 14h20 sur le satellite AQUA, dans deux bandes
spectrales : le proche infrarouge (856 nm) et le visible (645 nm). La trace au sol est de l'ordre de
2000 km. Les données acquises par ces deux systèmes sont disponibles cinq jours après le passage du
satellite, sur le site Web de l'US Geological Survey (htty://edcimswww.cr.usgs.gov/). L'interface
web (Figure 24) permet :
de choisir les images correspondant à la zone géographique et à la période d'intérêt
de faire une sélection en fonction de la qualité des images (sur la base du niveau de
couverture nuageuse, par exemple)

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 39
de décharger gratuitement par FTP les images retenues, à condition de disposer de 279 Mo
d'espace libre par scène (2000 km χ 1500 km).
Il est également possible d'accéder à un produit de synthèse temporelle : synthèse des meilleures
images journalières (une image par jour) pendant huit jours. Ce type de produit permet bien sûr de
limiter l'espace disque nécessaire, mais ses performances, pour la détection et cartographie des
surfaces brûlées, doivent encore être démontrées.
Dans la présente étude, 54 images journalières acquises entre le 14 octobre 2002 et le 28 mars 2003
ont été déchargées du site web de l'USGS et traitées au CCR pour cartographier les surfaces brûlées
(Tableau 7).

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Figure 24. Interface du site Web de l'USGS et imagette MODIS

5.3. Traitement des données satellitales


Chaque image MOD IS est reprojetée (projection géographique en latitude­longitude) et analysée
pour détecter la présence éventuelle de surfaces brûlées. Ces surfaces montrent une réflectance dans
le visible et le proche infrarouge très inférieure à celle des surfaces environnantes non brûlées,
qu'elles soient occupées par de la végétation vivante (« verte ») ou par un couvert plus sec
(«jaunissant »). Il reste bien sûr des confusions possibles, en particulier avec les surfaces d'eau libre,
les ombres des nuages et, dans une moindre mesure, avec la végétation dense; ces trois états de
surface apparaissent en effet sombres dans le visible et le proche infrarouge et peuvent donc être
erronément classifies comme surfaces brûlées.
Compte­tenu de la résolution spatiale de ces images MOD IS (250m), seules les surfaces brûlées de
plus de trois hectares sont détectées. Par ailleurs, l'analyse a montré que l'erreur de superposition
entre deux images journalières successives est inférieure à un pixel, soit 250m.
La dernière étape consiste à grouper les résultats de traitement des images journalières par périodes
de 15 jours pour créer un produit cartographique présentant les surfaces brûlées pendant la quinzaine
correspondante.

L 14-31 Λ av. 1-15 Nov. 15-30 Dec. f-15 £ ec. 15-31 J an. 1-15 Jan. 15-31 Fev. 1-15 =ev. 15-2S «far. 1-15 Mar. 15-30

14-OC1-02 01-NOV-02 17-NOV-02 01-Dec-02 17-D6C-02 02-Jan-03 18-Jan-03 05-Feb-03 21-Feb-03 02-Mar-03 16-Mar-03
16-Oct-02 03-NOV-02 20-NOV-02 03-Dec-02 19-Dec-02 06-Jan-03 22-Jan-03 05-Feb-03 28-Feb-03 02-Mar-03 18-Mar-03
21-Oct-02 08-NOV-02 22-NOV-02 10-Dec-02 26-D6C-02 11-Jan-03 25-Jan-03 05-Feb-03 02-Mar-03 28-Mar-03
21-Oct-02 15-NOV-02 22-NOV-02 12-Dec-02 30-Dec-02 25-Jan-03 07-Feb-03 04-Mar-03
30-Oct-02 24-NOV-02 27-Jan-03 12-Feb-03 07-Mar-03
29-Jan-03 14-Feb-03 09-Mar-03
29-Jan-03 14-Feb-03 09-Mar-03
31-Jan-03 09-Mar-03
13-Mar-03

Tableau 7. Images MODIS retenues sur la région du Parc W. Les images correspondant aux dates en caractères
gras ont été traitées pour cartographier les surfaces brûlées.

40 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
5.4. Exemples de produits thématiques
Une série de cartes de surfaces brûlées constitue le produit thématique de base, disponible à la fin de
la phase de traitement des images satellitaires (Figure 25). Ces cartes peuvent être présentées de
différentes manières, par élaboration temporelle et/ou spatiale des données, en fonction de
l'utilisation visée. Des cartes des surfaces non brûlées et des cartes de la végétation peuvent aussi être
réalisées tout au long de la saison sèche.
Pour faciliter l'interprétation et l'exploitation de ces produits cartographiques, les résultats de
détection des surfaces brûlées peuvent être présentés par pays (composantes « W du Niger », « W du
Bénin » et « W du Burkina »), par bassins versants, par type de couvert végétal, sur la base d'une
grille systématique ...etc. Des informations telles que le type de végétation affectée par les feux, la
distance des zones brûlées aux routes, les points d'eau ...etc, peuvent aider à rinterprétation des
cartes de base.
La Figure 26 illustre comment différentes couches d'informations thématiques peuvent être
combinées et visualisées sur la base d'une grille systématique. D es cellules de 5 km de côté
permettent à chaque composante nationale du projet ECOPAS d'avoir une bonne vue d'ensemble de
la situation au sein du Parc W mais aussi de préserver un niveau de détail suffisant pour des actions
de gestion des feux. L'utilisateur a ainsi accès à un Système d'Information Géographique (SIG) lui
permettant, pour chaque cellule de la grille (Figure 27), de combiner les informations existantes : par
exemple, la superficie brûlée pour un type particulier de couvert végétal au sein du bassin versant
d'un affluent du Niger et pour une période de temps définie par le gestionnaire de la zone.

OLBOI

AIMOMAJÌJABOU

Oct14-31 MAKALONDI A^KAR

Novi-15
Novi 5-31
Deci-15
Deci 5-31
Jan1-15 »"^«i
ι ι «<an15-.31 SABet>. ; OARI

"Feb1-15 'KOUTOUMBOU

Feb15.-28 •
Marchi-16
Marchi 6-30
DIABAOA

, '» 4 <

MAMOUNOU

fa- β MAHADAOA

*\

*- * .. Ρ.φ A. A

:
'*$>'· $¿ 'j ^YJjL

20 20 km

Figure 25. Surfaces brûlées dans le Parc W, dérivées de l'imagerie MODIS. Résultats présentés par quinzaines
pour la saison sèche 2002­2003 (octobre 2002 à mars 2003).

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afri que sub-sahari enne 41
1/. Construction de la grille
Nous créons une grille carrée de 5 km
par 5 km couvrant la zone d'étude. 7<<7V,
Chaque cellule reçoit un identifiant
unique reprenant la colonne (de A à
XX) et la ligne (de 1 à N). La grille est
ensuite coupée aux limites du parc. Le
nom du parc est ajouté comme attribut .,-¿.
à chaque cellule. \-X ) M,'
-jr~j-

A*
2/. Pays
A ce résultat, nous superposons la
couche des pays. Chaque cellule
commune à deux (ou trois) pays est
coupée en deux (ou trois). Chaque
cellule reçoit la référence du pays.

3/. Bassin versant


La couche des bassins versants,
information cruciale sur le cycle de
l'eau, est croisée avec le résultat
précédent. Chaque cellule est
maintenant identifiée par les paramètres
suivants : pays-colonne-ligne-bassin
versant, par ex. NiT19MéPw. La
surface de chaque cellule est calculée.

4/. Type de végétation


Pour chaque cellule, le type de végétation
majoritaire est calculé à partir de la carte
de végétation dérivée de Landsat..

5/ Activité des feux


Les données relatives aux feux
sont alors croisées avec la grille
pour calculer la surface totale
brûlée et le pourcentage pour
chaque cellule.

Figure 26. Construction de la base de données du SIG « feux ».

42 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Régie» d'analyse

Cell identification
Park
Basin
Pays
Feux par mois
Vegetation

Figure 27. Base de données SIG superposée à une mosaïque d'images Landsat.

5.5. Analyse de la saison de feu 2002-2003


Après la fin de la saison des pluies 2002, l'activité des feux a commencé durant la seconde
quinzaine d'octobre dans la composante béninoise du Parc W et dans la première quinzaine de
novembre dans les composantes burkinabé et nigérienne. En fin de saison sèche 2002-2003, plus de
50% de la superficie de chaque composante nationale du parc a été affectée par les feux; soit près de
6000 km2 brûlés sur l'ensemble du parc pendant cette saison (tableau 8). Le maximum d'activité des
feux est observé durant la première moitié de décembre dans la partie nigérienne ainsi que dans la
partie burkinabé, tandis que ce pic d'activité est légèrement plus tardif dans la partie béninoise
(figure 28).

Période
Ocl.14-31 Nov. 1-15 Nov. 16-30 Dec.1-15 Dec. 16-31 Jan.1-15 Jan. 16-31 Fev. 1-15 Fev. 16-28 Mar. 1-15 Mar. 16-31 Total k m ' Pourcentage
Bénin 346 244 448 577 1021 529 64 56 6 1 74 3366 59
Burkina 32 257 368 602 194 39 16 8 3 1 10 1530 65
Niger 30 158 198 406 182 37 86 2 0 1 9 1109 50

Tableau 8. Superficies brûlées par quinzaine durant la saison sèche 2002-2003 dans les trois composantes
nationales du Parc W.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 43
Surfaces brûlées - Parc W - par pays

El Bénin

D Burkina

Q Niger

.EL
Ocl.14-31 Nov. 1-15 Nov.16-30 Dec.1-15 Dec.16-31 Jan.1-15 Jon. 16-31 Fev. 1-15 Fev. 16-28 Mar. 1-15 Mar. 16-31

Période Oct 2003- Mare 2003

Figure 28. Distribution temporelle des feux durant la saison sèche 2002-2003 dans les trois
composantes nationales du Parc W.

5.5.1.Distribution spatio-temporelle des feux dans le Parc W


La distribution des surfaces brûlées dans le Parc W est loin d'être homogène (figure 29); de plus,
certaines zones brûlent à des périodes bien spécifiques. Ceci pourrait être le résultat du programme
de gestion des feux ? Le pourcentage élevé de surfaces brûlées au début du mois de novembre le long
de la piste de ceinture au Burkina (figure 30) pourrait être révélateur de cet effort de gestion des
feux ? On observe également que certaines parties du parc sont presque entièrement affectées par les
feux, avec plus de 80% de la superficie brûlée, tandis que d'autres, notamment le long des rivières et
aux limites extérieures du parc, le sont beaucoup moins.

0-10
10-20
20-30
30-40
40-50
50-60
60-70
70-80
80-90
90-100

Figure 29. Pourcentage de la superficie affectée par les feux à la fin de la période octobre 2002-mars 2003,
pour chaque cellule de 25 km2 dans le Parc W.

44 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Au Bénin, la partie la plus touchée par les feux se situe dans la zone cynégétique de la Djona et dans
la partie Sud-Est du parc, où plus de 70% de la superficie est affectée. Des pourcentages similaires
sont également observés dans la zone cynégétique de la Mékrou et dans la concession de chasse de
Koakrana au Burkina. Au Niger, on observe une forte activité des feux dans le secteur Nord-Est du
parc, ainsi que dans le secteur Sud-Ouest le long de la frontière avec le Burkina. L'intense activité
des feux dans ces deux zones pourrait être due à la densité du réseau de pistes, pour la partie Nord-
Est, et à l'éloignement relatif pour la partie Sud-Ouest. La très faible activité des feux dans la réserve
de faune de Tamou est assez surprenante.

Proportion de cellule
brûlée par mais

0-0.05
0.05-0.2
¡0.2-0.4
¡0.4-0.6
¡0.6-0.8
| 0.8-1
15-30 octobre 1-15 janvier 16-30 janvier

1-15 novembre 16-30 novembre 1-15 février 16-30 février


4i-,

1-15 décembre 16-31 décembre 1-15 mars 16-31 mars

Figure 30. Distribution temporelle des feux dans le Parc W, dérivée des pourcentages de surface brûlée par
quinzaine au sein de cellules de 25 km2.

L'analyse de la distribution temporelle des surfaces brûlées par bassin versant fait ressortir des
éléments pouvant s'avérer intéressants dans une optique de gestion. Ainsi, dans la partie burkinabé
du parc (figure 31.b), l'activité des feux démarre très progressivement dans la 2eme quinzaine
d'octobre sur les bassins de la Mékrou et de la Tapoa pour atteindre un pic dans la lere quinzaine de
décembre et rester à un niveau très bas jusqu'à la fin de la saison. Le bassin de la Pendjari se
comporte de manière fort différente, avec un maximum d'activité des feux dès le début de saison en
novembre; niveau d'activité qui reste élevé jusqu'en décembre et diminue ensuite brutalement. On
peut penser que ce comportement différent est lié à l'activité de chasse ?
Des observations similaires peuvent être faites sur les bassins de la partie béninoise du parc (figure
3 La). Ainsi, la distribution temporelle des feux dans le bassin de l'Alibori/Pako est fort différente de
celle observée sur les bassins Kompa Gorou et Mékrou. Est-ce dû à la proximité de la zone
cynégétique de la Djona ?
Enfin, on peut remarquer que quelque soit le bassin, il y a une légère reprise de l'activité des feux en
fin de saison, vers le mois de mars. Hors du parc, ces feux pourraient être liés aux activités agricoles.
Mais à l'intérieur du parc on ne peut que penser à de la chasse illégale.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 45
Surf« ces bnilées ­ Bénin ­ bassins versants

Β Rompa Gorou

D Petto affluente Niger

D AB) ori/Pako

■ Mékrou

I 300

1 ■
JL. . I
Oet.14-31 Nov. 1-15
I
Nov.16-30 Dec.1-15 Dec.16-31
1Jan.1-15
PírioA
,m r l , B rta ,
Jan. 16-31 F ev. 1-15 F ev. 16-28 Mar. 1-15
M
Mar. 16-31

Surfaces bnilées ­ Bui kiiia Faso ­ bassins versants

GPendjart ■ Mékrou

DTapoa

y 250

BB-D 1 1 · FT
Oei.14-31 Hov. 1-15 Hov.16-30 D« 1-15 Dec.16-31 Ju. 1-15 L16-31 fev. 1-15 F ev. 16-28 Hee. 1-15 M e 16-31
Periode

Surfaces bnilées ­ Niger ­ bassins versants

Figure 31. Distribution temporelle de l'activité des feux dans les bassins versants des composantes béninoise
(a), burkinabé (b) et nigérienne (c) du Parc W.

46 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afri que sub-sahari enne
5.5.2.Distribution des surfaces brûlées par type de couvert végétal
La distribution des surfaces brûlées par type de couvert dans les trois composantes nationales du
parc est synthétisée dans le tableau 9. Les classes « eau », « nuage » et « surface brûlée » qui
représentent 10% de la surface couverte par la carte de la végétation (De Wispelaere, 2003) n'ont pas
été prises en considération. D'où la différence entre les chiffres indiqués dans les tableaux 8 et 9.

Occupation du sol Bénin Niger Burkina


km2 km2 km2
Brousse tachetée dense à herbacées annuelles 145 42.2% 152 31.6% 16 39.8%
Cordon ripicole, galerie forestière et fourrés 168 55.3% 22 42.2% 27 61.1%
Savane arborée et boisée dominée par les herbacées perennes 1,017 61.3% 89 48.0% 276 65.7%
Savane arbustive de l'Atakora à herbacées annuelles 46 45.8% - - 37 67.6%
Savane arborée à boisée de l'Atakora à strate herbacée mixte 44 64.3% - - 11 64.4%
Savane arbustive dominée par les herbacées annuelles 671 66.3% 136 53.8% 449 64.3%
Savane herbeuse, prairie hydromorphe, végétation aquatique 15 58.4% 7 55.4% 16 54.9%
Affleurements rocheux et cuirasses à végétation très clairsemée 255 57.2% 331 614% 154 67.3%
Espace cultivé (cultures et jachères) 3 9.0% - 0.0% 13.9%
Savane arbustive claire dominée par les herbacées annuelles 514 54.6% 272 54.8% 346 66.8%

Total 2,878 58.3% 1,010 49.9% 1,332 64.9%

Tableau 9. Superficies brûlées par type de couvert végétal dans les composantes béninoise, nigérienne et
burkinabé du Parc W durant la saison sèche 2002-2003. Les superficies brûlées sont exprimées en km"" ainsi
qu'en pourcentage de la surface occupée par la classe de végétation correspondante.

Tous les types de végétation sont affectés par les feux, dans des proportions élevées. Les classes
de savane montrent des pourcentages de surface brûlée de 50 à 65%. Seule la « brousse tachetée » se
distingue avec des valeurs plus faibles, de l'ordre de 40% de la surface brûlée en fin de saison. Les
résultats obtenus pour les « cordons ripicoles / galeries forestières », 40 à 60% de la surface brûlée,
sont peu crédibles. Ce pourrait être un artefact introduit pendant la phase de traitement des images
satellitaires, car la résolution spatiale des données MODIS ne permet pas de séparer correctement les
surfaces occupées par ces formations, et probablement non touchées par les feux, des formations de
savane environnantes qui sont affectées par les feux. Ce problème devra faire l'objet d'analyse plus
approfondie lors des traitements à venir.

5.6. Conclusions et perspectives


L'analyse de la saison de feu 2002/2003 sur le Parc W a permis la mise au point de nouvelles
procédures d'exploitation de l'imagerie satellitaire moyenne résolution ainsi que le développement
d'une série de produits thématiques d'aide à la gestion des pratiques de feu. Tous les éléments de la
chaîne d'utilisation de l'imagerie MODIS à 250m ont été développés, testés et intégrés dans un
système unique d'exploitation:
- acquisition et préparation des images (sélection, commande, déchargement du réseau et pré-
traitement)
- traitement pour la détection des surfaces brûlées, basée sur un algorithme ad-hoc
- construction de la base de données « feu »
- élaboration, à l'aide d'un SIG, des produits cartographiques destinés aux gestionnaires du parc et
aux chercheurs.
Les produits thématiques comprennent entre autres des présentations cartographiques de la
distribution des surfaces brûlées, dans le temps et l'espace au sein du parc, ainsi que des statistiques.

Les travaux réalisés ont mis en évidence un certain nombre de difficultés dont il faudra tenir
compte lors de la mise en place d'un système routinier de suivi des feux dans le parc :

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 47
- le service de distribution des images MODIS est devenu plus lent ces derniers mois. Le délai
entre la commande des images et leur disponibilité sur le site de l'USGS-EDC a
considérablement augmenté, avec bien sûr des implications pour un suivi des feux en temps
semi-réel
- la détection des surfaces brûlées nécessite une observation satellitaire au moins tous les cinq
jours. Il est donc indispensable d'exploiter les deux systèmes existants : TERRA (matin) et
AQUA (après-midi)
- la résolution spatiale des données (250 m) peut s'avérer trop grossière pour effectuer des analyses
fines. Il est alors nécessaire de compléter les résultats à l'aide d'images Landsat-TM (30 m) qui
sont coûteuses et dont la fréquence d'acquisition est de l'ordre du mois
-l'algorithme de détection des surfaces brûlées est bien adapté à des applications locales, telle que
la surveillance du Parc W et des zones adjacentes ; il est cependant moins performant lorsque
appliqué à un niveau régional, comme l'Afrique de l'Ouest Soudanienne par exemple. Un effort
de recherche/développement supplémentaire devra être fait pour rendre l'algorithme moins
dépendant des conditions locales.

Suite aux bons résultats obtenus durant la phase expérimentale de suivi de la saison sèche 2002-
2003, l'Unité GVM du CCR a mis en place deux actions pour l'observation systématique de l'activité
des feux pendant la saison 2003-2004 dans la région du Parc W et dans celle du complexe de Sangba
en République Centrafricaine (RCA).

Région du Parc W : l'objectif est de fournir à l'équipe de gestion du parc des informations en temps
semi-réel, de mi-octobre 2003 à mi-mars 2004. A condition bien sûr que la disponibilité des images
MODIS soit effective durant toute cette période. Les moyens requis à Ispra (environnement
informatique et opérateur) sont à la charge du CCR. L'information sur la distribution des feux sera
envoyée par courrier électronique aux trois composantes nationales du Parc W, ainsi qu'à la direction
du projet ECOPAS.

Région du complexe de Sangba : l'objectif n'est pas de fournir de l'information en temps semi-réel
mais plutôt de faire une analyse synthétique de la période des feux en fin de saison sèche.
L'information sera fournie aux gestionnaires du complexe ainsi qu'à la direction du projet ECOFAC.

Exploitation de l'information « feu » par les gestionnaires du Parc W et du complexe de


Sangba : lors du récent atelier de formation qui s'est tenu au CCR en juin 2003 (Utilisation des SIG
pour l'exploitation de l'information environnementale dans la gestion des aires protégées), les
responsables SIG de ces deux parcs et l'équipe du CCR ont mis au point des protocoles communs
d'échange de données qui seront testés pendant cette phase de démonstration 2003-2004.
L'opérationnalité de ces procédures d'échange d'information conditionne bien sûr les possibilités
d'agir sur la gestion des feux mais elle est également essentielle pour vérifier que les techniques
d'exploitation de l'imagerie satellitaire, développées par le CCR, donnent des résultats satisfaisants et
pour en déterminer les points faibles devant faire l'objet d'un effort supplémentaire de recherche.

48 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Conclusions

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 49
50 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
6. Conclusions

Les analyses présentées dans ce rapport montrent clairement les possibilités offertes par les
observations spatiales pour le suivi quantitatif de l'activité des feux à différents niveaux de
perception du phénomème: du niveau pan-tropical à celui d'une aire protégée particulière.
L'information exploitable dans une optique d'aide à la gestion des aires protégées est bien sûr
différente selon le niveau de perception considéré. Au niveau pan-tropical, il n'est pas inutile de
replacer l'Afrique sub-saharienne dans le contexte qui est le sien, à savoir le continent pour lequel est
observée la plus importante activité des feux. Même si l'essentiel de ces feux ont lieu en milieu de
savane, et non de forêt humide comme c'est le cas par exemple en Amérique du Sud, leur impact est
considérable : impact saisonnier, entre autre sur la qualité de l'air et les conditions de navigation
aérienne ; impact pluri-annuel sur l'évolution et/ou le maintien en l'état des couverts de savane.

Au niveau régional ou même national, l'information est exploitable pour la mise en place et le
suivi de programmes nationaux de prévention et/ou de gestion des feux de brousse. Cette information
n'est cependant pas directement exploitable pour la gestion d'une aire protégée donnée.

Au niveau local, l'analyse faite de la saison de feu 2002/2003 sur le Parc Régional du W a permis
la mise au point de nouvelles procédures d'exploitation de l'imagerie satellitaire moyenne résolution
(~ 250 m) ainsi que le développement d'une série de produits thématiques d'aide à la gestion des
pratiques de feu. Les produits thématiques comprennent entre autres des présentations
cartographiques de la distribution des surfaces brûlées, dans le temps et l'espace au sein du parc,
ainsi que des statistiques.

A travers ces exemples, il apparaît très clairement que les techniques spatiales dépassent
largement les domaines de recherche où elles étaient cantonnées et rendent chaque jour plus de
services aux conservateurs des aires protégées dans leurs tâches de gestion quotidienne. A cet égard,
la construction d'un système d'information géographique clairement orienté vers des objectifs de
gestion est une nécessité absolue pour l'intégration de données dérivées de la télédétection et pour
l'analyse fine des observations de terrain.

Un lien entre les gestionnaires et des équipes de recherche en écologie des savanes et en
télédétection contribue à maintenir une gestion au fait des derniers raffinements scientifiques. Les
équipes de recherche peuvent, quant à elles, progresser plus rapidement dans l'identification de
programmes de travail utiles à la gestion et dans la collecte d'informations en s'appuyant sur les
projets de terrain. C'est dans cette optique que le CCR envisage d'étendre ses recherches à d'autres
aires protégées africaines faisant l'objet d'un soutien de la part de l'Union Européenne : en
particulier les complexes du programme AGIR (Appui à la Gestion Intégrée des Ressources
naturelles) en Afrique de l'Ouest, et le complexe de Sangba en République Centrafricaine.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 51
52 Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
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Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne 53
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54 Strivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne
Commission Européenne

EUR 20862 FR - Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne

H.D. Eva, J.-M. Grégoire, P. Mayaux et D. Chevallier


Luxembourg: Office for Officiai Publications of the European Communities
2003-X-54 pp. - 21.0 χ 29.7 cm

Abstract

The object of this report is to outline the various techniques that can be employed for monitoring
vegetation fires at different geographic scales, so that meaningful analysis may be made in support of
the management of protected areas. The report focuses on Sub-saharian Africa, a priority area for
European Commission's action on sustainable development. The analysis and results presented here
include ground surveys and satellite imagery of differing resolutions, which after interpretation into
land cover maps, vegetation indices and statistics on fire counts and burnt areas, can be ingested into
Geographic Information Systems. Subsequent the data can be queried, displayed, analysed and output
in cartographic, tabular and statistical formats for exploitation by the park managers as well as by the
researchers in the African countries and in Europe.

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharie nne 55
Le CCR: exposé de sa mission

La mission du CCR est de fournir un soutien scientifique et technique à la conception, au


développement, à la mise en oeuvre et au suivi des politiques de 1TJE en répondant aux demandes de
celles-ci. En tant que service de la Commission européenne, le CCR joue le rôle de centre de
référence en matière de science et de technologie pour l'Union. Proche du processus d'élaboration des
politiques, il sert l'intérêt commun des États membres tout en étant indépendant des intérêts
particuliers, qu'ils soient commerciaux ou nationaux.

COMMISSION EUROPEENNE
DIRECTION GÉNÉRALE

Centre Commun de Recherche

EUNA20862FRC

OFFICE FOR OFFICIAL PUBLICATIONS


* on» * OF THE EUROPEAN COMMUNITIES
L-2985 Luxembourg

Suivi des feux de végétation dans les aires protégées d'Afrique sub-saharienne

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