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L’ESPERLUETTE

Bureau de dépôt - Bruxelles X


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Périodique trimestriel du CIEP/MOC


n° 91 • janvier • février • mars • 2017
Signe typographique qui représente la conjonction de coordination “et”

Espace public
conquête politique
& 91
PHOTO
© REPORTAGE

© MATTHIEU CORNÉLIS
Sommaire

EDITO
L’espace est un doute… 3

ANALYSE
Espace public - conquête
politique
Bouge-toi de là: l’espace public
en questions 4
Explorer l’espace public pour
réduire les inégalités.
Paroles de femmes 7

MOUVEMENT EN CAMPAGNE

Militer pour la protection


sociale au Togo 11
Petit menteur illustré 14
Précarité énergétique
et les dispositifs
d'accompagnement 14
Petite enfance, un enjeu
primordial pour le MOC 15
& 91

VIE DE L’ISCO
PHOTO

A la découverte des syndicats


© REPORTAGE

anglais 16
Les enfants du Hasard 18 © NAIMA REGUERAS

EN

E
RÉGIONS n novembre, une délégation de permanents des organisations du MOC
Au cœur du Repair Café a atterri à Lomé (Togo) pour un séjour d'immersion et de découverte
de la Docherie 20 des partenaires de l'ONG Solidarité mondiale (syndicats, mutuelles de
Autodétermination des ainés santé, centres de santé, organisations de femmes, centre de formation pro-
en maison de repos 22 fessionnelle, etc.). La deuxième partie du voyage s'est concentrée sur le
2 Bénin.
Pendant 15 jours, notre fil rouge a été la protection sociale du Sud au Nord
EN BREF 22 et du Nord au Sud. Que de rencontres, parfois difficiles mais toujours riches
dans l'échange et l'accueil; tous ces témoignages et images resteront gra-
AGENDA 23 vées dans nos mémoires par leur dynamisme, leur courage mais surtout
par leurs motivations et envie de relever les défis. Quelle belle leçon de vie!
«Aller voir et sentir est essentiel pour revenir dans notre mouvement et por-
FICHE PÉDAGOGIQUE ter ce message au cœur de l'éducation permanente à la cityenneté mon-
Capitalisme, patriarcat, racisme: diale.» n
une lecture systémique
des dominations COMITÉ DE RÉDACTION: LAHCEN AIT AHMED, VIRGINIE DELVAUX, FRANCE HUART (COORDINATION), MARIE-FRÉDÉRIQUE LORANT,
ZOÉ MAUS, FLORENCE MOUSSIAUX, MICHÈLE STESSEL, NICOLE TINANT

SECRÉTARIAT: FRANCINE BAILLET, LYSIANE METTENS

ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉRO: DIANE AMEWOUNOU, JÉROMINE CHAUMARD, VIRGINIE DELVAUX, FRANCE HUART,
CLAUDINE LIENARD, MARIE-FRÉDÉRIQUE LORANT, ZOÉ MAUS, FLORENCE MOUSSIAUX, MICHÈLE STESSEL, ÉTUDIANTS DU
GROUPE X ISCO-ECOLE SYNDICALE CNE-TRANSCOM

PHOTOS: MATTHIEU CORNÉLIS, DANIEL CORNESSE, NAIMA REGUERAS


(VOYAGE D’IMMERSION DE SOLIDARITÉ MONDIALE TOGO-BÉNIN, NOVEMBRE 2017)

CIEP COMMUNAUTAIRE: TÉL: 02/246.38.41, 42, 43 - FAX: 02/246.38.25 - COURRIEL: COMMUNAUTAIRE@CIEP.BE

EDITEUR RESPONSABLE: VIRGINIE DELVAUX - CHAUSSÉE DE HAECHT 579 - 1030 BRUXELLES

DESIGN: DCL PRINTERS - COURRIEL: DCL.PRINTERS@SKYNET.BE - IMPRIMÉ SUR PAPIER 100% RECYCLÉ SANS CHLORE
Edito

PAR VIRGINIE DELVAUX,


DIRECTRICE CIEP-ISCO

«
LCOMMUNAUTAIRE
’espace
est un doute…

J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intan-


gibles, intouchés et presque intouchables, immuables, en-
racinés; des lieux qui seraient des références, des points
de départ, des sources: mon pays natal, le berceau de ma fa-
mille, la maison où je serais né, l’arbre que j’aurai vu grandir
(…). De tels lieux n’existent pas, et c’est parce qu’ils n’exis-
dre de la conquête mais aussi d’odyssée politique dont il
s’agit.
Toujours selon Perec, «On vit quelque part: dans un pays, dans
une ville de ce pays, dans un quartier de cette ville, dans une
rue de ce quartier, dans un immeuble de cette rue, dans un
appartement de cet immeuble. Il y a longtemps qu’on aurait
dû prendre l’habitude de se déplacer librement, sans que cela
nous coute. Mais on ne l’a pas fait: on est resté là où on était,
les choses sont restées comme elles étaient. Ensuite, il a été
trop tard, les plis étaient pris. On s’est mis à se croire bien là
où l’on était. (…) On a du mal à changer, ne serait-ce que ses
meubles de place. Déménager, c’est toute une affaire. On reste
dans le même quartier, on le regrette si l’on en change. Il faut
des événements extrêmement graves pour que l’on consente
à bouger»3. Au-delà de la beauté des mots et de la justesse
du propos, relisez cette dernière phrase en tentant de la com-
prendre de part et d’autre du point de vue: de celui de ceux
qui se déplacent et de celui de ceux qui se bougent pour sou-
tent pas que l’espace devient question, cesse d’être évi-
tenir une reconnaissance de droits à ces derniers. C’est alors
dence, cesse d’être approprié. L’espace est un doute: il me
là aussi que l’espace public prend tout son sens quand il per-
faut sans cesse le marquer, le désigner; il n’est jamais à moi,
met la mobilisation autour de problématiques sociales à dé-
il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête»1.
battre en société. Pensons à la mobilisation au Parc Maximi-
La conquête, comme le nomme Georges Perec dans son ou-
lien à Bruxelles, aux manifestations «Refugees welcome», etc.
vrage si poétique Espèces d’espaces, au CIEP, nous avions
Espace public, conquête politique.
parlé d’odyssée - L’odyssée de l’espace territorial2 - pour dé-
«Les cailloux ne discriminent pas. Si un rocher (ou un immeu-
signer une campagne de sensibilisation dans laquelle, en
2011, le ton était donné d’entrée de jeu: «L’espace est poli-
ble) doit tomber sur vous, il tombera, que vous soyez un homme 3
ou une femme»: ce commentaire sarcastique d’un géo-
tique»! Nous sommes en 2017 et c’est toujours bien de l’or-
graphe sur les rapports de genre dans l’espace aurait
presque pu me faire sourire si je ne venais pas d’entendre le
matin même un écho de l’étude menée récemment à Bordeaux
sur l’utilisation d’un des premiers espaces publics proposé aux
enfants: la cour de récréation4. Et les constats sont affligeants:
plus de 80% de l’espace y est en fait non mixte avec un mo-
nopole centralisateur important. En clair, les petites filles ne
peuvent se mouvoir que très partiellement (dans 20% de l’es-
pace) et, de plus, le long des bords de la cour de récréation
(à la frontière finalement). Dès lors, ne nous étonnons plus de
la réalité des plafonds de verre, de la discrimination dans l’em-
ploi, dans les fonctions, du sentiment de peur en rue. Espace
public, conquête politique.
Bonne lecture, conquête, tout de même! n
& 91

1. Georges PEREC, Espèces d’espaces, Paris, Galilée, 1974.


2. www.ciep.be/images/Campagnes/2011_Campagne2/CIEP_territoire%20
PHOTO

bD_%20FORMATa3.pdf
© REPORTAGE

3. Id.
4. Edith MARUÉJOULS-BENOIT, Mixité, égalité et genre dans les espaces du loisir
des jeunes: pertinence d’un paradigme féministe, Bordeaux, 2014 (https://tel.ar-
© DANIEL CORNESSE chives-ouvertes.fr/tel-01131575/file/These_Edith_MARUEJOULS_BENOIT.pdf)
Analyse

Espace public
conquête politique

Bouge-toi de là:
l’espace public en questions1
PAR ZOÉ MAUS, des mouvements de protestation, de ré- L’existence d’une rue ou d’un lieu où se
PERMANENTE CIEP COMMUNAUTAIRE volte ou d’insurrection montre bien com- rencontrent les gens ne suffit pas à en
ment l’espace fait l’objet de réappropria- faire un espace public au sens métapho-
tions symboliques par les rique. Il faut en effet qu’il y ait confron-
contestataires, les révoltés ou les insur- tation de points de vue et existence de
gés. Qu’il s’agisse de la rue ou de bâti- débats pour qu’existe l’espace public.
ments, des espaces sont domestiqués L’espace public est donc un lieu de re-

L
ors de la dernière journée par les foules pour y instaurer de nou- lations. Cet aspect est également bien
d’études d’actualité politique du veaux liens»3. énoncé par le sociologue Dominique Wol-
CIEP consacrée à la pluralité des ton qui le définit comme «le lieu, acces-
4 mobilisations et à la convergence des ÉLÉMENTS DE DÉFINITION sible à tous les citoyens, où un public
luttes2, plusieurs intervenants ont mis Qu’entend-t-on exactement par «espace s’assemble pour formuler une opinion
en évidence le fait que les mouvements public»? L’espace public peut recouvrir publique. L’échange discursif de positions
sociaux s’inscrivent dans un espace, deux significations, deux sens qui témoi- raisonnables sur les problèmes d’intérêts
sur un territoire dans lequel les acteurs gnent d’angles d’approche bien diffé- généraux permet de dégager une opi-
de ces mouvements déambulaient, rents. On peut en effet concevoir l’es- nion publique. Cette «publicité» est un
qu’ils pouvaient également occuper, ou pace public comme étant un lieu phy- moyen de pression à la disposition des
sur lequel ils avaient un ancrage. Une sique (une place, une rue, un quartier, citoyens pour contrer le pouvoir de
autre question a aussi été abordée: les une école, le parlement), mais aussi l’État»5.
blocages, la fluidité, et la libre circula- comme étant un «discours». Comme le
tion de ces groupes et collectifs. Pour dit Antoine Fleury, l’espace public est «un L’ESPACE PUBLIC COMME ESPACE
les intervenants, il s’agit de prendre en terme polysémique qui désigne un es- DE DÉLIBÉRATION
considération les caractéristiques de pace à la fois métaphorique et matériel. Cette notion de formation de l’opinion pu-
l’espace public dans lequel ces mouve- Comme espace métaphorique, l’es- blique mais également de publicité ren-
ments et groupes se développent et pace public est synonyme de sphère pu- voie à la conception d’Habermas de l’es-
agissent, si l’on veut comprendre leur blique ou du débat public. Comme es- pace public. Selon ce philosophe, c’est
fonctionnement et les enjeux auxquels pace matériel, les espaces publics cor- au XVIIIe siècle que l’espace public appa-
ils sont confrontés. Ainsi, les notions respondent tantôt à des espaces de ren- rait comme un espace de médiation en-
d’action collective et de citoyenneté contres et d’interactions sociales, tan- tre l’État et la sphère privée, un espace
d’une part et celles d’espace public et tôt à des espaces géographiques ou- où les citoyens ont l’opportunité de dé-
de territoire d’autre part, sont donc for- verts au public, tantôt à une catégorie libérer publiquement des questions po-
tement articulées. En effet, «l’histoire d’action»4. litiques. C’est aussi à cette époque, que
Analyse
la bourgeoisie s’affirme comme «tiers
pouvoir». Au sein de cet espace, la dis-
cussion est ouverte et accessible à
«toutes et tous». Les intérêts exclusive-
ment privés ne sont pas admis et les iné-
galités de statut social doivent être mises
entre parenthèses afin de garantir aux lorisation de sphères publiques mi- ligne Thierry Paquet9. C’est donc par l’ac-
participants de pouvoir débattre d’égal neures dans l’opinion publique. Elle met tion, et le fait d’y faire quelque chose,
à égal. Ces éléments définissent un es- en évidence l’existence de «contre-pu- ensemble, collectivement que l’espace
pace public bourgeois, tel qu’il a pu se blics subalternes» qui ont des fonctions acquiert son caractère et sa dimension
développer au moment de l’émergence contestataires, et qui, malgré qu’ils publique. Ces éléments font d’un espace
de cette classe sociale comme nouvelle puissent être parfois «enclavés», sont pu- de transit et de flux, un lieu d’ancrage
force politique. blics. Ces contre-publics permettent et d’action pour les groupes sociaux et
Cependant, des sociologues, comme de compenser les privilèges de partici- les collectifs.
Yves Sintomer6, ou des philosophes, pation injustes dont bénéficient les Or on assiste actuellement à une recon-
comme la féministe Nancy Fraser7, re- membres des groupes sociaux domi- figuration de ces espaces et un rétrécis-
mettent en question ces grands prin- nants. sement des lieux accessibles à toutes
cipes, notamment l’idée que l’espace pu- et tous, et ce, à peu près partout dans
blic permettrait de gommer les inégali- ACCÈS, APPROPRIATION ET le monde. Selon le sociologue français
tés sociales ou que les rapports de pou- OCCUPATION DE L’ESPACE PUBLIC Yves Gilbert, les questions en rapport
voir et de domination y seraient par en- Ces critiques ne sont pas sans lien avec avec l’espace public sont de trois ordres:
chantement effacés. Tous deux souli- la deuxième signification d’espace public. l’accès, l’appropriation et l’occupation
gnent qu’il y a toujours eu pluralité d’es- Comme mentionné plus haut, les es- pleine et réelle des espaces publics10.
paces publics et non pas, comme le vou- paces publics renvoient également à des La question de l’accès est celle qui est
drait Habermas, un espace public unifié. lieux appartenant au domaine public. Le sans doute la plus mouvante. Quelles
Selon Sintomer, si «Habermas reconnait terme d’espace public tend aujourd’hui sont en effet les conditions d’accès à l’es-
la multiplicité des espaces publics, il tend à s’imposer pour désigner les lieux fré- pace public? L’accès recouvre la possi-
à la renvoyer à la diversité des thèmes quentés par le public, indépendam- bilité ou pas pour des individus ou des
abordés ou des lieux géographiques dif- ment du statut de ces lieux. Certains groupes sociaux, de pouvoir entrer et
férents d’où ils surgissent et n’aborde lieux privés, ouverts au public - comme être reconnus dans l’un ou l’autre espace
qu’allusivement la fragmentation so- un centre commercial ou une galerie public. C’est la question des frontières
ciale des espaces publics»8. Nancy Fra- marchande - sont souvent qualifiés d’es- qui est ici posée. En effet, qu’est-ce qui
ser démonte également cet espace pu- paces publics, tout en répondant aux rè- définit des catégories d’exclus et pour
blic unique, en montrant notamment que gles des espaces privés. À l’inverse, il quelles raisons? Est-on exclu d’un espace
la pleine ouverture de cet espace n’a été y a aussi des usages privés du domaine public pour des raisons culturelles, so-
atteinte que difficilement, au fil du public: une rue d’enclave résidentielle, ciales, politiques? L’est-on parce qu’on
temps (aux hommes issus des milieux une place publique occupée par une dé- est un sans domicile fixe? Ou parce qu’on
populaires, ensuite aux femmes et aux monstration commerciale ressemblent est jeune? Ou pour des raisons d’acces-
groupes ethniques racisés) et que la à des espaces publics mais en sont-ils sibilité physique? Toutes et tous ne
mise entre parenthèses des inégalités encore vraiment? «L’essentiel n’est pas sont en effet pas égaux face aux es-
revient à faire fi de leur existence et ne dans le statut juridique de ce territoire paces publics.
favorise pas la parité de participation à pratiqué par un ensemble d’individus iso- Déviations d’une manifestation vers des
cet espace. Par ailleurs, pour elle, la cul- lés ou en groupe à un moment donné, rues non fréquentées, maisons de
ture est également mise de côté dans mais par cette activité elle-même qui fait jeunes ou des maisons de quartier re-
l’espace public bourgeois. Or les groupes «collectif» et confère à cet endroit une léguées dans des quartiers mal entrete-
5
sociaux investis de pouvoirs inégaux ten- dimension sociale et politique» sou- nus, peu éclairés, peu desservis par des
dent à donner naissance à des styles cul-
turels valorisés de façon inégale. Les
contributions des membres de ces
groupes minorisés sont marginalisées,
à la fois au quotidien et dans les espaces
publics officiels: moins d’accès aux
moyens matériels qui pourraient assu-
rer une parité de participation, reléga-
tion dans des espaces peu visibilisés,
que ce soit les médias ou les lieux de
culture, mais aussi relégués dans la rue,
dans les cités et dans des lieux écartés.
Qu’on pense par exemple aux «cul-
tures minoritaires» (le rap, le cinéma de
série B, la littérature policière, mais aussi
& 91

les cultures ouvrières, les cultures «eth-


PHOTO

niques»). N. Fraser souligne également


l’existence de subordination et d’encla-
© REPORTAGE

vement de certains groupes sociaux,


d’où l’importance de l’existence et la va- © MATTHIEU CORNÉLIS
Analyse
L’APPROPRIATION, toyennes se réapproprient les lieux de
ENTRE OCCUPATION EXCLUSIVE délibération et de décision, comme les
ET OCCUPATION CITOYENNE parlements ou les salles des conseils
PLEINE ET ENTIÈRE communaux, pour entendre ce qui se dit
Yves Gilbert pose également la question et se faire entendre.
des mécanismes d’occupation exclusive Ces mécanismes d’appropriation doivent
transports en commun, décision des permettre de libérer le jeu des acteurs
ou dominante d’un espace par un
pouvoirs publics de favoriser les trans- et d’orienter les interactions vers des pro-
groupe ou sa confiscation par des
ports en commun souterrains, nécessi- jets communs, vers de l’action collective,
groupes à leur profit exclusif. Est-ce que
tant escalators ou escaliers peu faciles en fonction de mécanismes de partici-
des groupes se réapproprient certains
d’accès, mise en place de dispositifs vi- pation, délibération et régulation. Ils doi-
quartiers ou se posent en seuls occu-
sant à empêcher les sans-abri (mais vent surtout permettre des réappropria-
pants légitimes de certains lieux ou es-
aussi les jeunes ou les migrants) de s’as- tions collectives des espaces publics.
paces? C’est le cas des rues privatisées,
seoir ou de s’allonger dans les parcs ou Face à l’espace public excluant, il
des «condominiums»12 ou d’autres es-
sur les places, autant d’exemples met- convient, comme l’exprimait le philo-
tant en évidence la différence d’accès paces traditionnellement occupés par
une catégorie de la population. Alors que sophe allemand Oskar Negt, de consti-
à l’espace selon les publics. Ces exem- tuer un espace public «oppositionnel»14.
ples renforcent aussi l’idée développée les pouvoirs publics sont largement
démissionnaires dans la défense du bien Élément de résistance et de formulation
par Manuel Delgado dans son ouvrage d’alternatives, il s’agit, pour les groupes
L’espace public comme idéologie11, où commun et du vivre ensemble, ils font
sociaux écartés de la délibération pu-
il montre «comment l’espace public en preuve d’une grande volonté dès lors qu’il
blique (que ce soient les syndicats, les
tant que lieu où se montrent les relations s’agit d’autoriser le libéralisme urbanis-
collectifs militants, les associations fé-
humaines, mais également la misère, la tique et ses abus, peuvent-ils se montrer
ministes, etc.), d’entrer en action et de
désobéissance, la tristesse, la laideur a obsédés par le contrôle de certaines
prendre la parole en dehors de l’espace
été l’objet de manipulations et d’adap- rues et places - désormais contraintes
politique reconnu, en saisissant la
tations de la part des pouvoirs publics, de se transformer en «espaces publics
contestation comme une ébauche d’un
en collaboration avec les urbanistes, ar- de qualité». Le cas de la maxi prison
processus créatif de l’appropriation po-
chitectes et services d’aménagement du d’Haren au Nord de Bruxelles ou celui de
litique, qui se prolonge à travers une dé-
libération permanente. n
territoire de tous poils.» Il souligne leur l’implantation de centres commerciaux
action qui a contribué à mettre en gigantesques en périphérie bruxelloise
place une dynamique reposant sur la ou en plein centre de Charleroi, au mé-
transformation de grands secteurs de pris de la préservation d’espaces com-
l’espace urbain, la gentrification de muns accessibles à toutes et tous en
centres historiques, la reconversion de sont des exemples. On peut égale-
quartiers industriels entiers, la dispersion ment citer le piétonnier à Bruxelles, la
1. Les grandes lignes de cet article sont issues du
d’une misère croissante qu’on ne parvient gestion des parkings par des sociétés cours «Pratiques et Enjeux de l’Action Sociale»
plus à cacher. Cet espace public de privées, le choix d’autoriser ou non des donné en collaboration avec Lahcen Ait Ahmed et
moins en moins public est de plus en jardins partagés ou l’occupation des Gabor Tverdota en Master en Ingénierie et Action
Sociale à l’Hénallux.
plus fragmenté, «(pour éviter) que cet es- terre-pleins des rues dans certaines com- 2. Antoine FLEURY, L’espace public
pace idéal ne soit «souillé» par la réalité, munes, l’occupation des places par (www.hypergeo.eu/spip.php?article482#)
des sociétés privées pour des événe- 3. Journée d’Etudes Politiques du CIEP «Pluralités des
redoutant par dessus tout le conflit, tou- mobilisations et convergence des luttes?», Louvain-
jours susceptible de mettre à bas leurs ments publicitaires. Pour Manuel Del- la-Neuve, 24 février 2017. Les actes seront pu-
illusions d’embellissement et de gado, ce processus se déroule en pa- bliés prochainement et disponibles en ligne sur
www.ciep.be/Les-cahiers-du-CIEP/Archives/
contrôle». rallèle d’une démission des agents pu- 4. Yves GILBERT, Espace public et sociologie d’inter-
6 blics de leur devoir de garantie des droits vention, Nouvelle édition [en ligne], Perpignan,
Presses universitaires de Perpignan, 2009 (généré
démocratiques fondamentaux - profiter
le 26 février 2017). Disponible sur Internet:
de la rue en toute liberté, accéder à un http://books.openedition.org/pupvd/687
logement digne - et du démantèlement 5. Voir le site de Dominique WOLTON:
www.wolton.cnrs.fr/spip.php?article67
des restes de ce qui fut prétendument
6. Yves SINTOMER, Sociologie de l’espace public et
l’État-providence. corporatisme de l’universel, In L’Homme et la so-
Mais lorsqu’on parle d’appropriation, il ciété, N° 130, 1998, Illusion identitaire et histoire,
pp. 7-19.
s’agit également des mécanismes per- 7. Nancy FRASER, Repenser la sphère publique: une
mettant à des individus ou des groupes contribution à la critique de la démocratie telle
de «s’impliquer, de s’approprier les qu’elle existe réellement, Extrait de Habermas and
the Public Sphere, sous la direction de Craig Cal-
codes et règles des espaces sur les- houn, Cambridge, MIT Press, 1992, pp. 109-142.
quels ils prennent pied» ou de créer au 8. Yves SINTOMER, op. cit., note de bas de page 11,
p. 11.
contraire de nouvelles règles d’occupa- 9. Thierry PAQUET, L’espace public, Paris, Ed. La dé-
tion. Par exemple, le sociologue philo- couverte, p. 93 (Collection Repères).
sophe Pierre Sansot13 montre com- 10. Yves GILBERT, op. cit.
11. Manuel DELGADO, L’espace public comme idéo-
ment l’appropriation de la rue par les ma- logie, Toulouse, CMDE-Collection les réveilleurs de
nifestants correspond à la fois à la do- la nuit, 2016.
& 91

mestication d’un espace habituellement 12. Un condominium est, en Asie du Sud-Est et au Bré-
sil, un groupe d’appartements dans un immeuble
PHOTO

impropre à leur communication solidaire, ou lotissement clos et sécurisé.


et à un moyen pour eux de se compter 13. Cité par YVES GILBERT, op. cit., p. 15.
© REPORTAGE

14. Oskar NEGT, «L’espace public oppositionnel au-


dans l’action collective. C’est également jourd’hui», dans Multitudes, 4/2009, n°39, pp. 190-
© NAIMA REGUERAS le cas lorsque des citoyens et des ci- 195.
Analyse

Explorer l’espace public


pour réduire les inégalités.
Paroles de femmes
PAR CLAUDINE LIENARD, s’agissait d’affuter et de faire porter la constitue un espace privé? Savons-
MILITANTE FÉMINISTE ET ÉCOLOGISTE voix des femmes concernant les poli- nous par exemple que l’espace dédié au
tiques publiques qui organisent l’espace travail - les usines, les bureaux - appar-
public. Le thème de la sorcière, choisi tient à la part «publique» de même que
parfois comme fil conducteur d’ateliers celui affecté à la consommation comme
d’expression collective, fait à nouveau les magasins? Pensons-nous que les par-
ESPACES PUBLICS, FEMMES,… sens3. Ce personnage stéréotypé lements, où se forgent les politiques pu-
évoque un cheminement historique et bliques communes, et autres assem-
blées de mandataires, constituent éga-

L
ors d’un récent séminaire à l’ULB, symbolique d’empowerment, de prise
Emilie Hache1 a déroulé son plai- de pouvoir des femmes souvent en lement des «espaces publics»? La ques-
doyer pour le «reclaim»2 des éco- marge des processus officiels, mais in- tion importe car les lois et règlements
féministes, que l’on peut traduire par la téressant par sa capacité initiatique, qui y sont en vigueur diffèrent et ce qui
réappropriation/réhabilitation/réinven- ses connotations transgressives et so- est autorisé en espace privé ne l’est pas
tion tant de l’idée de nature que de ce lidaires. Il a donc été réactivé pour forcément en espace public et vice-
que l’on entend par féminité. A travers aborder l’espace qu’il soit public, noc- versa.
les actions et les textes évoqués, se turne ou… les deux. Mais au fait, le ciel,
dessinent des militantes qui se lèvent, étoilé ou non, fait-il partie de l’espace PEUT-ON FAIRE PIPI DEHORS?
forment cercle, se prennent la main - public? De quoi parle-t-on exactement? Rassurons-nous: nous avons globalement
jeunes, âgées - pour rendre au monde acquis des repères mentaux et culturels
la force et l’énergie des femmes qu’il a UNE NAVETTE SPATIALE EST-ELLE qui nous indiquent quels comporte-
méprisées et oubliées, se privant de sa- DANS L’ESPACE PUBLIC? ments adopter d’une part dans l’espace
voirs et de pratiques précieuses. À la L’espace public évoque aussi bien la rue, dit «privé», espace du domicile qui se
sortie de la conférence, devant la mer les places que les parcs, les bords de confond avec celui du couple, de la fa-
de voitures coincées sur les boule- routes ou les gares, pour ne citer que mille et d’autre part, dans celui dit «pu-
vards, s’ébauche un lien entre ce quelques exemples. Cela semble précis, blic», de l’extérieur, du village ou de la
chaos, les propos de la philosophe fran- mais pouvons-nous toujours savoir avec cité, de l’entreprise ou des institutions. 7
çaise et les groupes avec qui j’ai par- certitude que l’endroit où nous nous te- Ces repères sont construits par l’éduca-
tagé l’expérience sensible de la ville. Il nons ressort de la gestion publique ou tion, les expériences sociales, les injonc-
tions reçues tout au long de notre vie.
S’ils semblent identiques pour toutes les
personnes composant la société où nous
évoluons, l’analyse montre que des
nuances, plus ou moins importantes,
dans leur nature et leur transmission
aboutissent à des différences. Tout
n’est pas admis ou réprouvé de la
même manière selon le groupe social au-
quel nous appartenons.
Nous examinerons ici ce qui distingue les
catégories «hommes» et «femmes»
dans l’usage des espaces publics. Cela
demande un effort d’observation car si
& 91

toutes les sociétés humaines sont orga-


PHOTO

nisées à partir de cette différenciation


sexuelle, comme l’a montré la célèbre
© REPORTAGE

ethnologue Françoise Héritier, celle-ci


© NAIMA REGUERAS reste peu explicitée, peu «dite». Sa prise
Analyse

de conscience a été initiée et approfon-


die par le mouvement féministe, mais elle
est relativement récente et n’a fait
qu’entamer sa percolation dans les dif-
férents champs sociaux. Ainsi, les sec-

& 91
teurs de l’architecture, l’urbanisme et l’or-
ganisation des déplacements y sont en-
core très peu ouverts en tout cas dans PHOTO
© REPORTAGE

leurs structures officielles faute, très cer-


tainement, d’intégrer systématiquement, © MATTHIEU CORNÉLIS
dans leurs cursus de formation et de re-
cherche, les apports féministes. Et que faire pour les «protéger» et les préser- passe et se transmet dans l’espace pu-
nous disent les chercheurs-chercheuses ver, mais le résultat est semblable. La blic n’est sans doute pas inutile.
qui prennent l’analyse de genre comme pression exercée sur les femmes ne
outil d’investigation? concerne pas seulement le lieu. On at- DÉPÊCHE-TOI, MA FILLE!
tend d’elles également qu’elles se com- Prendre sa place dans l’espace public,
MADAME, SOYEZ GENTILLE ET portent «dehors» comme «dedans», même si cela se fait quotidiennement,
BOUGEZ VOTRE VOITURE! c’est-à-dire qu’elles n’oublient jamais n’est donc pas évident pour les femmes.
La sociologue Annie Dussuet a montré qu’elles sont épouses, mères, filles… et L’exercice cumule plusieurs difficultés.
que dans l’espace public les échanges que leur mission principale consiste à - L’accès aux modes de circulation
se pratiquent principalement sur le veiller aux autres, aux enfants, à la trans- Les comptages indiquent que les
mode de la transaction économique mission de la vie même lorsqu’elles évo- femmes sont davantage usagères des
alors que, dans l’espace privé, le prin- luent «dehors». transports en commun, passagères
Tout cela est bien sûr peu conscient mais dans les voitures, moins bénéficiaires de
cipe du don prévaut4. C’est ainsi que, en
constitue toutefois le fondement de véhicules de fonction, moins cyclistes.
corollaire, l’anonymat et l’indifférence pri-
nos comportements. A l’heure où l’aspi- Les études qui fondent l’organisation des
ment à l’extérieur, alors que la person-
ration à une organisation sociale plus ho- mobilités privilégient également les dé-
nalisation et l’affectif colorent les relations
rizontale et plus participative se mani- placements domicile-travail alors que les
en privé. Poursuivant les travaux de Jac-
feste, réfléchir à ce qui se construit, se femmes sont concernées plus que les
queline Coutras5, la sociologue fait le lien
entre les différences de la socialisation
des filles et des garçons (comment les DES APPORTS DE CHERCHEURS-CHERCHEUSES
enfants se transforment-ils en adultes
sous les influences croisées de la famille,
FÉMINISTES… À CREUSER
de l’école, des médias, des expé-
• Les espaces sont sexués et confortent la différenciation des rôles sociaux se-
riences?), la traditionnelle répartition
lon le sexe. Les peurs urbaines sont à examiner comme marqueurs des iné-
sexuée des tâches (production pour les
galités sociales entre femmes et hommes (JACQUELINE COUTRAS).
uns, reproduction pour les unes) et ces
• Les critiques féministes de la dichotomie public-privé constituent une contribu-
8 spécifications spatiales. Nous fonction-
tion de premier plan à la philosophie politique occidentale (LAURE BERENI).
nons toujours peu ou prou avec cette
• L’identité de genre est une caractéristique centrale de l’espace public (MARY-
ligne de partage comme référence:
LÈNE LIEBER).
aux femmes, le soin des enfants, de la
• Les espaces de loisirs attribués aux jeunes mettent la mixité à l’épreuve (EDITH
famille et donc en lien avec la maison et
MARUÉJOULS).
les espaces privés tandis que les
• La ville est faite par et pour les hommes (YVES RAIBAUD).
hommes restent en charge prioritaire-
• Croiser les phénomènes spatiaux avec la variable genre permet de les repla-
ment de la production des biens, de la
cer sur deux axes de progrès, l’un relevant de la justice spatiale, l’autre de l’am-
gestion de la cité et occupent, pour ce biance urbaine (MARIE-CHRISTINE BERNARD-HOHM).
faire, l’espace public du travail salarié et • La géographie et la spatialité diffèrent selon les sexualités (MARIANNE BLIDON).
du débat politique. • La représentation spatiale du genre et de l’altérité participe à l’exclusion sociale
A l’arrivée, on comprend mieux que les (CLAIRE HANCOCK).
femmes se sentent moins bien que les • La mobilité est genrée dans ses motifs et ses modalités (CLAIRE GAVRAY - CLAU-
hommes dans l’espace public et que les DINE LIENARD).
hommes s’autorisent des comporte- • Le métro constitue une articulation entre espace public et espace familier (MA-
ments dérangeants envers les femmes: RION TILLOUS).
ils leur signifient tout simplement que leur • La mobilité urbaine des retraité-e-s se différencie selon le genre (MONIQUE HAI-
véritable place est dans l’espace privé. CAULT).
Elles ne sont tolérées qu’à certains en- • Le harcèlement de rue contribue à recréer et à fixer les identités de genre en
droits, à certaines heures dans l’espace fortifiant la frontière genrée entre espaces publics et privés, en objectivant les
public. Certains le font pour les écarter femmes (CAPUCINE COUSTÈRE).
et les contraindre, d’autres laissent
Analyse
hommes par les courses et les visites des femmes, tout concourt à maintenir
médicales, l’accompagnement des en- un rapport de pouvoir qui empêche une
fants ou des personnes âgées. Ap- véritable démocratisation de la société.
prendre la conduite et acquérir un per- Cela maintient également la division
mis de conduire ou un moyen de loco- sexuée des rôles sociaux.
motion, circuler,… tout cela exige des
moyens économiques et les femmes en LÀ, IL FAUDRAIT PLUS DE BANCS de genre sur la mobilité» a permis la
disposent moins. ET D’ANIMATION prise de conscience, par les partici-
- La répartition des fonctions dans Outre les chercheurs-chercheuses fémi- pantes, d’un conditionnement des
les territoires nistes, les organisations de femmes femmes à un usage limité des espaces
Installer des logements sociaux là où constituent des alliées précieuses pour publics, largement intériorisé et non ques-
c’est moins cher sans trop tenir compte permettre aux femmes de témoigner de tionné.
de la proximité des transports en com- ces difficultés. Elles se mobilisent pour - «Balade des sorcières»7
mun pénalise davantage les femmes. Dé- déconstruire les mécanismes sociaux qui Initié par l’Université des Femmes, ce pro-
velopper une seule crèche, école ou mai- les fabriquent et les perpétuent. Elles ou- gramme d’animation destiné à un public
son de retraite communale plutôt qu’un vrent des chantiers collectifs pour ima- familial comporte deux volets. Le premier
réseau d’accueillant-e-s, d’implantations giner des pistes et proposer des solu- propose à toutes et tous, des contes,
scolaires et de services de soins à do- tions. Elles mettent à égalité l’apport des jeux, des livres, des panneaux infor-
micile aura une incidence sur les dépla- théorique des chercheurs-chercheuses matifs pour s’approprier une connais-
cements des unes et des autres. De et l’expérience pratique des femmes de sance plus approfondie de la réalité his-
même pour l’option de concentrer les toutes conditions. Elles réconcilient, torique et symbolique des sorcières. Le
services dans le centre des villes ou de grâce à des bagages culturels différents deuxième divise le public selon le sexe
les multiplier en périphérie. L’analyse gen- - par exemple avec les associations de pour permettre au groupe féminin d’ex-
rée des données socio-géographiques femmes dites «migrantes» -, les aspira- périmenter l’espace public urbain la
- comme celle menée depuis quelques tions relatives à l’organisation des es- nuit: parcours, visite de lieux intéressants
années dans la région de Bordeaux - per- paces, mais aussi celles pour leur amé- pour les femmes (planning familial, as-
met de mieux se rendre compte des dif- nagement, leur décoration, leur anima- sociations de femmes, maisons d’ac-
férences d’occupation du territoire et de tion. cueil, etc.) et de rencontrer des femmes
leurs effets sur les déplacements des Citons quelques exemples pointés dans «de pouvoir» (échevine, inspectrice de
femmes et des hommes. le champ de l’éducation permanente ou police, responsable d’association, direc-
- La cohérence des temps populaire: trice d’école, etc). Le groupe masculin
Les horaires de travail, d’école, d’ouver- - Suivi formatif de projets associa- est invité à s’initier à l’intérieur aux vir-
ture des services publics, des transports tifs «mobilité» tuosités des activités domestiques
en commun… exigent toujours plus de Des séances d’animation sont mises sur (contes, films, rencontres d’hommes
jongleries pour les familles et principa- pied avec des associations de femmes. de métiers atypiques - nettoyeur, cuisi-
lement pour les femmes assignées da- Les participantes sont invitées à définir nier, soignants - ateliers artistiques
vantage à la fameuse conciliation travail- collectivement leur vision de la mobilité, mettant en œuvre les aptitudes fines et
famille. Certes, les hommes sont éga- à pointer les atouts et les difficultés liés précises, animation lecture, etc.). Un
lement concernés mais le souci de aux déplacements des membres de leurs temps d’échanges clôture l’activité: les
tout concilier, cette «charge mentale» de associations, à recadrer les problèmes jeunes (enfants et adolescent-e-s) des
la gestion des organisations familiales évoqués dans le contexte communal et deux groupes se racontent leurs aven-
et amicales, pèse encore largement sur urbain, à élaborer des projets visant à tures et présentent leurs nouveaux pou-
le cerveau des femmes. Ce sont d’ail- ouvrir la question de la mobilité dans leur voirs. Constat soulevé: les femmes
leurs des organisations de femmes qui programme d’activités associatives. éprouvent le besoin d’apprentissages et
ont initié, en Italie et en France notam- Inscrit dans le cadre de la préparation de services accessibles pour utiliser l’es- 9
ment, des «bureaux des temps» où se aux élections communales et mené pace commun ou public - notamment la
développent des concertations pour par l’Université des Femmes en collabo- soirée et la nuit - de manière aussi com-
harmoniser les horaires. ration avec la Commune de Saint-Josse- plète que les hommes.
- La violence ten-Noode, le projet «Vis ta vi(ll)e! Regards
Le «harcèlement de rue» s’est imposé
comme thème politique sous la poussée
des révélations multiples de ce que
toutes les femmes connaissent - au
moins une fois - lorsqu’elles se déplacent
dans l’espace public6: remarques désobli-
geantes, invites sexuelles, attouche-
ments, insultes, etc. Pour les fémi-
nistes, ces comportements, très majo-
ritairement masculins, s’inscrivent dans
un continuum de violences envers les
femmes qui vise à leur rappeler la
& 91

constance de la domination masculine.


PHOTO

De la banalisation de la culture pornogra-


phique à l’importance occultée du viol,
© REPORTAGE

en passant par la tolérance de la pros-


titution et de la marchandisation du corps © DANIEL CORNESSE
Analyse
- Balade «Traces de femmes» toyenne «officielle» et inciter les femmes
Des femmes se réunissent en quelques à prendre davantage leur part et leur
séances autour d’une conteuse pour met- place dans les dispositifs destinés à ou-
tre au jour chacune un personnage et vrir à tous et toutes, l’organisation de l’es-
une histoire de sorcière liés à leurs vé- pace et son aménagement. L’espace pu-
cus, à leurs histoires personnelles. La blic, collectif, nous renvoie des signes
- Atelier d’exploration urbaine8 dernière réunion est ouverte au public. qui forgent notre perception de la société
Organisé par l’Université des Femmes, Installées en cercle, les participantes ras- dans laquelle nous évoluons, de son his-
un parcours urbain a été défini collecti- semblent au centre un objet symbole de toire, de ses cultures. Il peut ainsi deve-
vement pour relier en soirée des lieux leur démarche et partagent leurs récits. nir un puissant facteur d’égalité sociale.
repérés par les participantes comme Ensuite, toutes sortent pour une prome- n
étant insécurisants. Des carnets permet- nade guidée à la découverte des traces
1. Emilie HACHE, Hériter de l’écoféminisme, Sémi-
tent de noter de manière individuelle les de femmes dans les quartiers proches. naire «Esthétiques et pratiques de la Terre»,
sensations éprouvées lors des arrêts pré- Déterminée suite à des recherches au- Bruxelles, ULB, 23 février 2017.
2. Du titre de son dernier ouvrage Reclaim. Recueil
vus. Ensuite, la mise en commun a près des services communaux, dans les de textes écoféministes, Ed. Cambourakis, 2016.
comme objectif de dégager collective- bibliothèques, auprès d’historien-ne-s 3. Voir page 9.
ment des observations. Le groupe est et d’habitant-e-s, chaque étape est pré- 4. Annie DUSSUET, Femmes des villes: des individues
ou des personnes, In Femmes et Villes, (dir. Syl-
invité à formuler des souhaits et/ou des sentée par une participante. Sont évo- vette DENÈFLE), Tours, Presses Universitaires Fran-
revendications qui sont, par la suite, mis qués des personnages, des institu- çois-Rabelais, 2004, p. 372-375 (Collection Pers-
tions, des lieux historiques, des associa- pectives «Villes et Territoires», no 8, Maison des
sous forme de slogans sur des panneaux Sciences de l’Homme «Villes et Territoires»).
placés sur le parcours testé. Ils sont tions, des services, des éléments artis- 5. Notamment Jacqueline COUTRAS, Crise urbaine
aussi transmis par courrier aux autori- tiques, etc. L’activité ouvre l’observation et espaces sexués, Paris, Armand Colin, 1996.
que, si les femmes sont actives et por- 6. Comme l’a dénoncé la jeune cinéaste Sofie Pee-
tés communales concernées. Cet ate- ters dans son documentaire Femmes de la rue.
lier constitue une variante - axée sur les teuses d’histoires précieuses et di- 7. Claudine LIENARD, Le défi de l’accès des femmes
expériences sensuelles - de la marche verses, peu de traces d’elles sont valo- aux espaces publics la nuit. Expérience d’un dis-
positif d’animation en milieu urbain, Bruxelles, Uni-
exploratoire, outil mis au point par des risées dans le paysage urbain. Statues, versité des femmes, Analyse N°5/2013, www.uni
féministes canadiennes dans le cadre de noms de rue, plaques commémora- versitedesfemmes.be/se-documenter/telechar
tives… le déficit de traces officielles des gement-des-etudes-et-analyses/product/185-le-
la lutte contre l’insécurité des femmes defi-de-l-acces-des-femmes-aux-espaces-publics-
et utilisé dans plusieurs pays, selon di- femmes et de leur histoire accentue l’im- la-nuit
verses formules9. Réservée aux femmes pression, pour les femmes, de ne pas 8. Anne BARRÉ et Claudine LIENARD, Accès des
être à leur place dans l’espace public. femmes à l’espace public: une intervention fémi-
ou au public mixte - simultanément ou niste en zone urbaine, Bruxelles, Université des
successivement -, cette marche peut être - Atelier «Carte des femmes» femmes, Etude 2/2015 www.universitedes
centrée sur l’observation des aménage- Réaliser ensemble une carte de sa femmes.be/se-documenter/telechargement-des-
etudes-et-analyses/product/193-acces-des-
ments ou sur l’expérimentation (jeux de commune ou de sa région qui ressem- femmes-a-l-espace-public-une-intervention-femi
rôles: marcher, par exemple, en se met- ble aux femmes est l’objectif poursuivi niste-en-zone-urbaine
tant à la place d’un enfant dans sa pous- par cet atelier ludique. Il permet de dé- 9. Pour en savoir plus, voir: Guide de réalisation d’une
marche exploratoire. Carnet d’enquête, Ville de Lé-
sette). Elle fait émerger la perception que coincer l’imagination à partir de ques- vis disponible: www.urbansecurity.be/IMG/pdf/Gui
le sentiment d’insécurité ressort aussi tions et de suggestions (méthodologie deEnquete_marche_exploratoire.pdf?429/
de la fresque d’émergence de MaJo Han- Guide méthodologique des marches explora-
d’un contexte culturel urbain marqué par toires. Des femmes s’engagent pour la sécurité
la domination masculine. En Belgique, sotte à partir d’un slogan, par exemple, de leur quartier, Saint-Denis, Editions du CIV, 2012
l’association Garance et Vie féminine uti- «Libérons nos corps, prenons la rue!») (Cahiers pratiques Hors Série).
et de détourner des cartes (géogra- 10. Edmée OLLAGNIER, Femmes et défis pour la for-
lisent cette méthode dans le cadre de mation des adultes. Un regard critique non-
la lutte contre l’insécurité des femmes. phiques, touristiques…) de manière à y conformiste, Paris, L’Harmattan, 2014, p. 66.
inscrire ses envies, ses rêves ou ses de-
10 mandes. Des noms de rues sont fémi-
nisés, des affectations de lieux détour-
nées, des installations ajoutées,… Les
QUELQUES RÉFÉRENCES
cartes produites peuvent être exposées
BIBLIOGRAPHIQUES
et commentées par les auteures. L’ate- • MARIE-CHRISTINE BERNARD-HOHM, L’USAGE
lier ouvre la créativité pour se donner des DE LA VILLE PAR LE GENRE. LES FEMMES, 2011,
idées et des audaces d’intervenir pour EN LIGNE SUR WWW.AURBA.ORG. ONGLET: PRODUC
TION/ÉTUDES/POPULATION ET MODES DE VIE/.
transformer l’espace public en un espace
• CHRISTINE BULOT ET DOMINIQUE POGGI, DROIT
pour tous les publics inclus, femmes DE CITÉ POUR LES FEMMES, LES EDITIONS DE
comprises. L’ATELIER-LES EDITIONS OUVRIÈRES, PARIS,
2004.
La méthodologie de ces activités est fé- • SYLVETTE DENÈFLE (DIR), UTOPIES FÉMINISTES
ministe. Comme le souligne la formatrice ET EXPÉRIMENTATIONS URBAINES, PRESSES UNIVER-
SITAIRES DE RENNES, RENNES, 2008.
suisse Edmée Ollagnier, elle offre aux
• EMMANUELLE FAURE, EDNA HERNANDEZ-
femmes «une méthode de formation et
GONZALEZ ET CORINNE LUXEMBOURG
d’apprentissage qui utilise un cadre po- (SOUS LA DIR.), LA VILLE: QUEL GENRE? L'ESPACE
litique, dénonce les discriminations, et PUBLIC À L'ÉPREUVE DU GENRE, PARIS, EDITIONS
& 91

insiste sur la prise de conscience avec DU TEMPS DES CERISES, 2017.


PHOTO

des objectifs de changement dans leurs • MARION PAOLETTI, NICOLE MOSCONI, YVES
dimensions individuelles et collectives»10. RAIBAUD, «LE GENRE, LA VILLE», DANS TRAVAIL,
© REPORTAGE

GENRE ET SOCIÉTÉS, N°33, ED. LA DÉCOU-


Ces animations peuvent ainsi constituer
VERTE, PARIS, AVRIL 2015.
© MATTHIEU CORNÉLIS un premier pas vers la participation ci-
Mouvement en campagne

Militer pour la protection sociale


au Togo

PAR DIANE AMEWOUNOU ET visibles» de la société, à travers un pro- 2009, l’organisation des examens
JÉROMINE CHAUMARD, CHARGÉES gramme de promotion de leurs droits est attribuée exclusivement à la Direc-
DE PROJETS ET DE PLAIDOYER, dans les petites et moyennes entre- tion des Examens, Concours et Cer-
SADD-LOMÉ (TOGO) prises. Une étude réalisée en collabora- tifications.
tion avec la JOC, avait révélé la mécon- • La réintroduction des droits des tra-
naissance des textes par les acteurs de vailleurs au cœur du débat public,
l’apprentissage et les conditions illégales grâce aux Forums des Solidarités So-
dans lesquelles sont formés les appren- ciales des Travailleurs du Togo
tis: l’obligation de réaliser des travaux (FSSTT).

C
réée en 2001 au Togo, par
d’anciens responsables de la domestiques et/ou champêtres pour les
JOC nationale et internationale patrons, les punitions corporelles, l’obli- LES FSSTT, DES ESPACES
l’association Solidarité et Action pour le gation pour les filles apprenties de «pu- D’ÉCHANGES CITOYENS
Développement Durable (SADD)1 a ins- rifier» l’atelier en cas de grossesse en Depuis 2005, un espace citoyen
crit son action dans la continuité des offrant boissons, vivres et divers objets d’échanges et de réflexion a été initié en
mobilisations sociales engagées par la aux maitre-artisans, le manque de pro- partenariat avec les six centrales syndi-
JOC. Ses actions s’ancrent dans la gramme de formation entrainant l’impos- cales (aujourd’hui, sept). Organisés tous
prise de conscience des mauvaises sibilité de passer des examens, l’impo- les deux ans et regroupant actuellement
conditions de travail et de vie des ap- sition de sommes exorbitantes pour des les syndicats, les organisations de la so-
prentis ainsi que de certaines catégo- «cérémonies de libération» à la fin de la ciété civile, le gouvernement et parfois
ries de travailleurs considérés comme formation qui coutent une fortune aux ap- des acteurs socio-politiques de l’Afrique
«vulnérables» en raison des violations et prentis ou à leur famille. de l’Ouest, ces Forums se sont consa-
d’atteintes aux droits fondamentaux du Face à cette situation, des actions crés tout d’abord aux enjeux liés aux
travail et par rapport auxquels l’État d’éducation, de sensibilisation et de for- DESC des travailleurs. Au fil des années,
reste inactif. Devenue opérationnelle mation ont été menées sur les droits et ils se sont transformés en espace de ré-
en 2003, SADD mène une série d’ac- devoirs des apprentis, sur la vulgarisa- flexion sur les thématiques liées à la pro-
tions pour la défense et la promotion tion des textes ainsi que des actions de tection et au respect des droits humains 11
des droits économiques, sociaux et cul- plaidoyer pour exiger la prise en charge (droits civils et politiques, les DESC), à
turels (DESC) de certaines catégories par l’État de l’organisation du certificat la mise en œuvre de la démocratie et de
de travailleurs, notamment ceux de la de fin d’apprentissage. En agissant l’État de droit, des réformes politiques,
zone franche2, les enseignants des contre le lobby puissant des maitres-ar- constitutionnelles et institutionnelles, à
écoles privées laiques et confession- tisans qui maintenait les apprentis dans la séparation des pouvoirs. Par ces mo-
nelles, les travailleurs des mines, les ar- ces conditions, SADD a obtenu des amé- bilisations et en créant un espace régu-
tisans et les apprentis. Suite au liorations considérables du système lier de débats et de propositions, les Fo-
contexte politique de 2005, marqué de l’apprentissage. Notamment: rums contribuent à l’émergence, dans
par la mort du président Eyadéma et la • La création d’une Commission inter- l’espace public, de la question des
prise du pouvoir par son fils, SADD ministérielle, pilotée par la Direction droits économiques et sociaux. Les dif-
s’est emparée de la cause des droits ci- de l’Enseignement technique et de la férentes éditions ont permis de mener
vils et politiques, en se penchant sur le Formation professionnelle, avec des plaidoyers pour l’entrée effective des
suivi des élections, en développant le comme objectif de réécrire les textes personnes travaillant dans le secteur in-
contrôle citoyen de l’action publique et sur le statut des apprentis. La JOC et formel dans le système de protection so-
les plaidoyers en faveur d’une meilleure SADD participent à cette commission. ciale et leur inscription à la Caisse na-
gouvernance. • La généralisation de l’organisation du tionale de sécurité sociale, ainsi que l’ap-
Certificat de fin d’apprentissage à tous plication du Code du travail en zone
L’APPRENTISSAGE, les corps de métier. Elle permet aux franche. Des résultats ont aussi été ob-
PREMIER CHANTIER apprentis d’obtenir un diplôme à un ta- servés sur le plan politique et social: la
La vocation première de SADD a été de rif abordable, reconnu aussi bien au conclusion en 2006 d’un Accord politique
défendre la cause des apprentis, «les in- Togo qu’à l’étranger. Depuis mars global entre les acteurs de la vie poli-
Mouvement en campagne
teurs du travail et l’impossibilité pour le cotisations, le respect des mesures de
travailleur de saisir un inspecteur du tra- sécurité et santé sur le lieu de travail,
vail en cas de conflits sociaux, l’absence l’assurance maladie. Les artisans qui
de liberté syndicale et du droit de n’avaient aucune forme de protection so-
grève, l’absence de matériel de protec- ciale ont pu bénéficier d’une mutuelle de
tion individuelle sont quelques-unes des santé (MUSARTO). Actuellement, près de
tique; le vote d’un nouveau code de sé- caractéristiques des conditions de tra- 1.000 bénéficiaires y ont accès à des
curité sociale qui étend son champ d’ap- vail dans ce secteur. Il résulte de ces der- soins de qualité à moindre cout dans
plication à de nouvelles catégories de nières des risques accrus d’accidents toute la région maritime3.
travailleurs (économie informelle et les graves du travail avec des invalidités et
indépendants); la création de l’Institut Na- des amputations et lorsque ces acci- LES DROITS DES TRAVAILLEURS
tional d’Assurance Maladie (INAM) pour dents se produisent, il est fréquent de DES MINES
les fonctionnaires (avec la volonté au- voir les victimes abandonnées à leur Les travailleurs du secteur minier (envi-
jourd’hui d’être étendue à tout travailleur). sort… Face à cette situation, SADD a ron 2.000 travailleurs) ont des conditions
La création de la Délégation pour l’Or- mené des actions de revalorisation so- de travail et de vie semblables à celles
ganisation du Secteur informel a permis cio-juridique au profit de ces travailleurs des travailleurs de la zone franche. Les
l’ouverture de plusieurs mutuelles pour avec un lobbying et des plaidoyers exi- actions menées ont pris surtout la
ses travailleurs et la mise en place de geant l’application du code du travail forme de plaidoyers pour la révision du
mécanismes de transfert monétaire et dans cette zone, des sensibilisations et code minier devenu caduque et pour l’éla-
d’octroi de crédit aux populations les plus des formations sur les droits et devoirs boration d’une convention collective
pauvres. du travailleur, sur les textes juridiques spécifique au secteur. Des activités
nationaux et internationaux. Ces actions d’éducation aux droits humains et du tra-
DÉFENDRE LES TRAVAILLEURS ont permis la création du premier syn- vail ont été organisées. La situation des
DE LA ZONE FRANCHE dicat dans la zone franche, en dépit des mineurs est dénoncée par SADD à tra-
SADD s’investit énormément en faveur menaces et des intimidations des chefs vers la publication de rapports pério-
des travailleurs de la zone franche. En d’entreprise. En 2011, SADD a obtenu diques et de conférences-débats média-
1989, une loi favorisant les zones la soumission des entreprises de cette tisées. SADD soutient la création des syn-
franches a été votée pour trouver une zone aux dispositions du code du travail dicats des mines dans les entreprises
solution au problème du chômage tout (intégralement et sans aucune restric- minières du nord du Togo et forme les
en stimulant les investissements et en tion), qui s’est concrétisée dans une loi. leaders syndicaux.
relançant l’économie. Cette législation Des conventions collectives interprofes-
accordait beaucoup d’avantages aux in- sionnelles et sectorielles spécifique à la EN FAVEUR D’UNE MEILLEURE
vestisseurs et mettait de facto les tra- zone franche ont ensuite été adop- GOUVERNANCE PUBLIQUE
vailleurs dans des conditions misérables. tées. Malgré les défis à relever, les tra- L’implication de SADD dans un plaidoyer
Elle ne respectait pas la législation so- vailleurs de la zone franche ne subissent pour une meilleure gouvernance publique
ciale et était anticonstitutionnelle. La vio- plus aucune discrimination: ils sont ca- trouve son origine d’une part dans le
lation des droits des travailleurs des en- pables de se défendre et de revendiquer constat de la faible capacité de mobili-
treprises implantées dans cette zone et leurs droits ainsi que de faire entendre sation de la grande majorité des orga-
l’atteinte à leur dignité en sont des consé- leur cause devant les juridictions com- nisations de la société civile pour un
quences. L’absence de contrat de tra- pétentes. contrôle citoyen de l’action publique et
vail en bonne et due forme, de sécurité d’autre part, dans l’absence ou la faible
sociale pour les travailleurs, ainsi que de Avec l’appui de WSM, SADD mène participation des citoyens aux prises de
congés (même de maternité pour les aussi des actions de plaidoyer pour une décision dans la gestion des affaires pu-
femmes), des licenciements abusifs meilleure protection sociale en faveur de
12 surtout pour les femmes enceintes, de ses groupes cibles, notamment leur dé-
bliques. En outre, la faible capacité de
réactivité et de mobilisation citoyenne,
longues heures de travail sans repos, claration à la caisse nationale de sécu- pour la surveillance des politiques pu-
l’impossibilité de contrôle des inspec- rité sociale et le paiement régulier des bliques, peut aussi être pointée, ainsi que
l’absence d’une culture militante, d’ob-
jectivité et du vivre ensemble.
Les 20km de Bruxelles En octobre 2016, suite à ces constats
et sous l’impulsion de SADD, les Univer-
sités Sociales du Togo (UST)4 sont lan-
Rejoignez l'équipe des coureurs de Solidarité Mondiale.
cées. Ces nouveaux espaces de dia-
Les fonds récoltés soutiendront une organisation partenaire de Soli-
logue pluriels et diversifiés sont ainsi mis
darité Mondiale en Indonésie, Garteks fédération «vêtements et tex-
sur pied avec les objectifs ambitieux de
tile», qui milite pour de meilleures conditions de travail pour les tra-
permettre d’échanger sur les problèmes
vailleurs du textile.
de société vécus par les Togolais et les
INFOS PRATIQUES: grands enjeux nationaux, en valorisant
DATE: 28 MAI les savoir-faire des citoyens, et de pro-
LIEU: BRUXELLES poser des stratégies d’action afin de te-
INSCRIPTION EN LIGNE: nir en éveil les gouvernants sur le res-
WWW.SOLMOND.BE/20KM-DE-BRUXELLES-2017-C-EST-REPARTI-INSCRIPTIONS-OUVERTES pect des principes fondamentaux de la
INFOS: SOLIDARITÉ MONDIALE DIEUDONNÉ WAMU OYATAMBWE - TÉL.: 02/246.38.83 gouvernance. Dans une logique de
MAIL: WAMU.OYATAMBWE@SOLMOND.BE synergie d’acteurs, les UST sont com-
posées d’associations plurielles aux
Mouvement en campagne
orientations politiques variées (dévelop-
pement, droits de l’Homme, mouvements
citoyens, universitaires, syndicats, reli-
gieux, mouvements paysans, etc.) Sa
première édition s’est centrée sur «Jus-
tice et équité sociales, regards croisés
des acteurs». Érigées en véritable lieu lièrement les associations qui prennent
de formation citoyenne et civique, de dé- des positions qui ne sont pas les
bats et d’analyse des «maux qui minent mêmes qu’elles.
le Togo», elles ont placé la question du Pour alerter l’Union Européenne (UE) et
vivre ensemble et de la réconciliation na- les différents responsables du PAS-
tionale comme les facteurs clés d’un dé- CRENA, mais également la société civile
veloppement harmonieux et apaisé, et le gouvernement, le groupe des 06
gage de la prospérité sociale et écono- OSC a rencontré l’ambassadeur de l’UE
mique. Pour augmenter la mobilisation avec ses conseillers politiques, ainsi que
et développer les conditions d’une plus les responsables des faitières nationales
forte implication des organisations de la associées à la rédaction de l’avant-pro-
société civile, dans la surveillance des jet de loi. Ces rencontres ont permis d’ex-
& 91

politiques publiques et leur participation primer les inquiétudes, d’obtenir la ver-


active dans les processus décision-
PHOTO

sion du texte approuvée en Conseil des


nels, SADD - à travers les UST et le ministres et d’alerter l’opinion publique.
© REPORTAGE

groupe des 06 OSC5 - participe au ren- Un séminaire sur les avantages, les in-
forcement de leur empowerment en fa- © DANIEL CORNESSE convénients et les risques des modifica-
vorisant la création d’une dynamique ci- tions proposées de la loi 1901 a égale-
toyenne. Ainsi, il s’agit de contribuer à de la méthode utilisée, fondée sur une ment été organisé, ainsi qu’une confé-
la promotion et au renforcement du dia- consultation partielle et non représenta- rence de presse sur le sujet. Suite à ces
logue entre les acteurs politiques et ceux tive de la société civile, de la difficulté actions, le groupe des 06 OSC a réussi
de la société civile, à travers l’appren- d’obtenir la version définitive des textes, à faire suspendre l’adoption du texte au
tissage et la promotion d’une culture du les acteurs de la société civile craignent Parlement. En outre, l’ensemble des par-
vivre ensemble. Concrètement, il s’agit que ce projet de loi constitue en fait une tenaires techniques et financiers ayant
de développer de nouvelles pratiques col- restriction de la liberté d’association, à participé à la nouvelle proposition de loi
lectives de dialogue grâce à des coali- l’instar d’autres pays africains (Burundi, ont revu leurs positions, en étant très vi-
tions ponctuelles ou pérennes, assorties Éthiopie, Congo et Mauritanie) où la mo- gilants aux dérapages que pourrait en-
de production de rapports de position- dification de cette loi s’est soldée par une trainer cette refonte. À ce jour, aucune
nement médiatisés sur diverses théma- vague de restrictions de la liberté d’as- copie n’a été transmise et on ne peut
tiques: la décentralisation, la réforme du sociation, un nouveau mécanisme de mu- donc dire à quel point le texte diffère de
Code minier, le rôle tenu par l’armée sèlement de la société civile et d’étouf- l’avant-projet de loi. n
dans la répression des manifestations fement des difficiles transitions démo-
et la réforme de la loi 1901 sur le sta- cratiques en cours8. Même si au Togo,
tut des associations… il n’y a pas eu de décision récente pour 1. Partenaire de l’ONG WereldSolidariteit-Solidarité-
Mondiale (WSM), SADD a été rencontrée dans le
dissoudre une association, certains cadre du Voyage d’immersion au Togo et au Bé-
UN IMPRESSIONNANT TRAVAIL actes peuvent mettre à mal ce droit. Ce nin de Solidarité mondiale en novembre 2016.
2. Zone géographique où des avantages fiscaux sont
DE PLAIDOYER POLITIQUE fut le cas par exemple lorsqu’un minis- offerts aux entreprises.
La réforme de la loi de 1901 est l’une tre a menacé de revoir le financement 3. Pour plus d'info, écouter l'histoire digitale d'une
des actions importantes de plaidoyer me- d’une association des droits de l’Homme, bénéficiaire réalisée par Laurence Delperdange des
Equipes populaires du BW
13
née par SADD avec le groupe des 06 qui bénéficiait d’un financement d’un or- www.facebook.com/equipespopulairesbw/
OSC. En avril 2016, le Conseil des mi- ganisme onusien, suite à ses prises de www.histoires-digitales.be/
positions durant le processus électoral 4. Pour les UST, consulter www.ust.tg
nistres a adopté un projet de loi relatif 5. Autres regroupements d’organisations togolaises
à la liberté d’association, en estimant de 2015. pour un plaidoyer commun.
avoir pris «en compte l’évolution de la Aujourd’hui, l’associatif togolais se ca- 6. Clarification et distinction des associations des au-
tres formes d’organisations; définition des condi-
gouvernance administrative et écono- ractérise par une foule de structures for-
tions de fusion et de scission des associations;
mique ainsi que les mutations connues melles ou non, allant du simple regrou- obligations des associations en termes notamment
par le monde associatif». L’objectif pement de femmes revendeuses d’un de production de rapports périodiques attestant
de leur vitalité; sanctions des associations en cas
était de «corriger les limites de la loi de marché, à un conglomérat de réseaux d’inobservations des règles prescrites.
1901 sur les associations actuelle- de microcrédit en passant par une as- 7. Le PASCRENA est un projet d’appui à la société
ment en vigueur, et régir le domaine de sociation de salubrité publique ou une civile et à la réconciliation nationale.
8. Les analyses du PASCRENA ont révélé dans ces
la création et de la gestion des structures ONG dotée d’un centre sanitaire payant. pays des entraves sérieuses à l’exercice de la li-
associatives». Les innovations proposées Ce foisonnement d’associations est le berté d’association: les lenteurs administratives
signe de la vitalité de l’espace civique dans la délivrance des récépissés mais aussi des
par ce projet de loi étaient de plusieurs restrictions moins visibles, pernicieuses, existent
ordres6. pour le développement d’une société dé- pour museler la liberté d’association, par exem-
Même si ce projet est justifié par les ac- mocratique mais il est aussi perçu par ple lorsque ce droit peut difficilement être exercé
pour des associations considérées proches de l’op-
tions menées par certains acteurs de la les pouvoirs publics comme un contre- position ou ayant une approche déviant du discours
société civile dans le cadre du Pro- pouvoir dans et au-delà des considéra- étatique officiel. La proclamation continue d’un dis-
gramme de la Délégation de l’Union eu- tions politiques. Devant ce désordre, les cours anti-associatif, qui stipule que les associa-
tions font de la politique surtout lorsqu’elles
ropéenne au Togo (PASCRENA)7, il sus- autorités pourraient être tentées d’assai- prennent des positions contre le gouvernement,
cite aujourd’hui l’inquiétude. Au regard nir le milieu associatif en visant particu- nuit énormément à leur libre activité.
Mouvement en campagne

Petit menteur
illustré:
la nouvelle édition

L
a nouvelle édition du Dictionnaire
participatif, engagé et décalé des
Équipes Populaires pourrait bien
vous intéresser car elle constitue un
savoureux outil de débat ou, tout sim-
plement, un petit livre de chevet à dé-
guster sans modération…, car, sans
crier gare, le néo-libéralisme colonise
les esprits. En effet, austérité, compé-
titivité, handicap salarial, poids de la
dette publique: le martèlement inces-
sant de ces mots a un impact réel sur
notre vision du monde et brise l’espoir
que des alternatives sont possibles.

Édité dans le cadre de la campagne des


Équipes Populaires «Démasquons les
mots qui mentent», Le Petit Menteur il-
lustré vise à dénoncer, de manière hu-
moristique, l’invasion grandissante du INFOS ET INSCRIPTION: MOC - TÉL.: 02/246.28.51 - WWW.MOC.BE
néo-libéralisme dans le langage, dans les
esprits et dans les décisions politiques.
Il est le fruit de nombreuses contributions La précarité énergétique
pertinentes… et, parfois, très imperti-
nentes. Il comporte 70 définitions, des
extraits de citations commentées ainsi
et les dispositifs
qu’une boite à outils pédagogiques très
utile pour les formateurs et animateurs-
d’accompagnement
animatrices.

L
a précarité énergétique: une réalité inquiétante qui touche 21,3% des mé-
Une tempête de cerveaux assurée dans nages en Belgique! Cela veut dire que plus d’un ménage sur cinq consacrent
14 les groupes de citoyens critiques, actifs
et solidaires… n
une part trop importante de leurs revenus disponibles aux dépenses éner-
gétiques. Ou se privent de chaleur, renoncent à cuisiner… Ces privations ont des
conséquences sur toutes les dimensions de la vie. Des services existent pour ac-
compagner les ménages en situation de précarité énergétique. Lesquels? A quels
besoins répondent-ils? Que pensent les usagers de ce qui leur est proposé… ou
imposé? Et les professionnels de ces services, quel est leur point de vue? L’étude
réalisée par le Réseau wallon pour l’accès durable à l’énergie (RWADÉ), RTA (Réa-
lisation, téléformation et animation) et le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté
(RWLP) montre à quel point la précarité énergétique rend précaire jusqu’au sens de
la vie. Nourrie par des interviews et des groupes de réflexion, ce travail de recherche
et d’évaluation donne aussi de précieuses indications pour orienter les mesures d’ac-
compagnement. Il permet aussi de renforcer le pouvoir d’agir des personnes, leur
crédit et leur légitimité. Et pour cela, l’éducation permanente est un précieux ou-
til!
Les Équipes populaires organisent à l’occasion de cette recherche une journée d’étude
pour débattre et analyser. n
LE PETIT MENTEUR ILLUSTRÉ, ÉDITIONS ÉQUIPES PO-
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WWW.EQUIPESPOPULAIRES.BE
Mouvement en campagne

Petite enfance,
l’enfance universel et accessible au
plus grand nombre, favorisant le bien-être
et le développement de tous les enfants,
et prenant en compte la diversité des be-
un enjeu primordial soins des familles.
Ce cahier met également le focus sur
des initiatives originales cherchant à ré-
pour le MOC pondre aux besoins d’aujourd’hui mais
ne rentrant pas toujours dans les cases
des activités normées du secteur. Raids,
BébéBus, Winnie-Kot et Ligue des Fa-
milles nous font donc écho de leurs spé-
ternationale relative aux Droits de l’En- cificités, de leurs obstacles, de la ma-
PAR ZOÉ MAUS,
fant. Pour lui, il y a urgence à mieux ar- nière dont elles voient la société en 2016
PERMANENTE CIEP COMMUNAUTAIRE
ticuler les différents niveaux de pouvoir et des nouveaux défis que cela pose.
afin d’assurer une cohérence et une coor- Ces acteurs mettent notamment en
dination des politiques, depuis la nais- avant les difficultés liées au financement
sance jusqu’à l’âge adulte. Il évoque éga- de leurs projets, mais aussi la nécessité
lement la nécessité de prendre en d’avoir des lieux d’accueil intégrés, per-
compte des changements intervenus au mettant un multi-accueil prenant en

D
e nombreux rapports, sortis en compte la diversité des publics et des
sein des familles dans leur accompagne-
début d’année, ont largement attentes, de manière solidaire et ci-
ment. Selon Bernard De Vos, une logique
relaté la grande précarité dans toyenne. Enfin, différentes organisa-
inclusive est nécessaire dans les milieux
laquelle se trouvait une part croissante tions du MOC (Vie Féminine, CSC et
des enfants belges, tant à Bruxelles d’accueil.
ANMC) exposent leur point de vue sur
qu’en Wallonie, et l’urgence qu’il y avait Perrine Humblet, sociologue et experte
les politiques de la petite enfance et les
à mettre en place des politiques de la à l’Observatoire de l’Enfant de la COCOF,
différents enjeux auxquels elles doi-
petite enfance permettant à tous de s’est penchée sur la situation sur
vent faire face: nombre de places d’ac-
grandir dans la dignité et le respect. Le Bruxelles, à partir d’études menées et
cueil, statut des accueillantes, formation
MOC a consacré, en février 2016, une de données statistiques, en pointant l’im-
des travailleurs-euses, arbitrage entre
journée d’étude à cet enjeu primordial, portance d’améliorer le croisement des
bien-être des enfants et bien-être des tra-
donnant la parole à des acteurs diver- données et la précision de nouvelles re-
vailleurs, conditions de travail, commer-
sifiés et complémentaires: experts et cherches à mener dans le domaine. Elle
cialisation et financement de la sécurité
témoins de terrain, chercheurs, institu- met en évidence la nécessité de renfor-
sociale et couts pour les familles. Autant
tionnels, ainsi que des représentants de cer une approche régionale (et non com-
d’enjeux auxquels le MOC doit faire face
nos organisations socioculturelles et munautaire) des politiques publiques de
comme le souligne Christian Kunsch, Pré-
socio-économiques. Dans le prolonge- l’enfance en Région bruxelloise.
sident du MOC, dans sa conclusion, re-
ment de cette journée, un Cahier du Ensuite, Benoît Parmentier, administra- plaçant la thématique dans la trajectoire
CIEP a été publié. teur général de l’Office de la Nais- d’un combat culturel et social à poursui- 15
En introduction, Bernard De Vos, Délé- sance et de l’Enfance, entame, depuis vre voire, disons le fortement, à réinves-
gué général aux Droits de l’Enfant, ana- plus d’un an, un processus de refonte de tir de manière urgente. n
lyse la situation de la petite enfance en la politique d’accueil de l’ONE. Quinze ob-
FWB sous le prisme de la Convention in- jectifs prioritaires ont été définis, abor-
dant ainsi toute une série d’enjeux
comme le refinancement des milieux
d’accueil, la réactualisation du cadre ju-
ridique, la simplification des modalités
d’inscriptions. Ces objectifs seront mis
en œuvre au travers de six axes: gou-
vernance, accessibilité, formation et
conditions de travail, financement et ac-
compagnement des structures.
Enfin, Anne Teheux, directrice de la Fé-
dération des Soins Maternels et Infan-
tiles, pose, elle, un regard féministe et
& 91

critique sur le secteur. Selon elle, trois


PHOTO

fonctions de l’accueil doivent être mises CE CAHIER EST DISPONIBLE AU SECRÉTARIAT DU CIEP
en évidence: sociale, éducative et éco- TÉL.: 02/246.38.41 - MAIL: INFO@CIEP.BE.
© REPORTAGE

nomique. C’est en travaillant sur ces trois IL EST TÉLÉCHARGEABLE GRATUITEMENT SUR
© MATTHIEU CORNÉLIS axes que l’on pourra avoir un accueil de WWW.CIEP.BE/LES-CAHIERS-DU-CIEP/ARCHIVES/
Vie de l’ISCO
de grève, et réduisant l’activité politique
des syndicats5. Cette loi modifie les rè-
gles sur les fonds politiques syndicaux
constitués par les cotisations politiques
des membres de manière à promouvoir
cet axe du travail du syndicat. Aupara-
vant, les adhérents, qui se refusaient à
À la découverte des la perception de ce montant, avaient la
possibilité de se désengager de cette
obligation (opt-out), mais depuis ils doi-

syndicats anglais… vent déclarer leur engagement (opt-in).


Un double objectif est poursuivi par cette
loi: déforcer le pouvoir des syndicats en
limitant leurs actions et porter un coup
fatal au Parti travailliste, dont les syndi-
cats affiliés pourraient perdre une bonne
partie de leurs cotisants.
Au Royaume-Uni, on regroupe sous le
terme «grève» aussi bien les grèves clas-
PAR ISABELLE VOSS, AVEC LA puisqu’il permettait de lier la crise du dé-
siques, les grèves perlées, l’interdiction
COLLABORATION DE PHILIPPE LECOCQ, ficit démocratique en Europe, à l’impor-
de prester des heures supplémentaires
FREDDY VANDERLINDEN ET tance croissante du projet ultra-libéral,
et les grèves du zèle. Les conditions de
JULIEN DEJON (ÉTUDIANTS DU GROUPE X deux sujets traités dans la formation.
grève sont les suivantes:
DE L’ISCO-CNE-TRANSCOM)
En prélude au voyage, une visite au Syn-
• La grève doit être en rapport avec un
dicat européen des services publics
litige lié au travail, ce qui exclut les
(EPSU) a permis de mieux cerner le
grèves dites «politiques»;
contexte hostile, dans lequel évoluent les
À L’ORIGINE DU PROJET • Le litige doit être en rapport avec son
syndicats britanniques. Trois points y ont
propre employeur, ce qui complique
été abordés:

D
u 6 au 7 juin dernier, les étu- les actions collectives touchant des
diants ISCO de l’École syndi- • Les conséquences de l’adoption du
groupes de travailleurs, tels que les
cale CNE-Transcom ont rencon- statut juridique des syndicats et des personnes «outsourcées»6 dépendant
tré à Londres des représentants de limitations strictes du droit de grève, d’employeurs différents, mais travail-
deux syndicats britanniques. L’objectif depuis les années 1980, par le gou- lant au même endroit;
du séminaire était d’aborder la question vernement Thatcher et ses succes- • Le vote en faveur de la grève doit avoir
«de la personnalité juridique au droit seurs, dont le projet de loi syndicale lieu par bulletin secret;
de grève, l’héritage thatchérien des syn- ou Trade Union Act et leurs répercus- • 50% des personnes habilitées à voter
dicats britanniques et ses consé- sions sur l’établissement du rapport (en ce compris les non-syndiqués) doi-
quences sur le mouvement syndical en de force, la représentativité en entre- vent être en faveur de la grève dans
Grande-Bretagne». Cette démarche prise et le taux de syndicalisation; le respect de règle très précises;
s’inscrivait dans le cadre du programme • Les similitudes entre la position du • Dans six des services publics consi-
de la 4ème année, axée sur l’approche in- gouvernement fédéral belge actuel et dérés comme «essentiels», la grève
ternationale des questions socio-poli- son homologue britannique et les n’est autorisée que si elle a le soutien
tiques et économiques et qui visait dangers à prendre en compte pour les d’au moins 40% des membres éligi-
l’étude des enjeux supranationaux. Les syndicats; bles au vote (et d’une majorité des vo-
16 étudiants ont ainsi eu la possibilité de • Les perspectives d’avenir et les nou- tants);
mettre sur pied un projet de rencontre veaux combats à mener. • Si plus de 50 personnes sont impli-
avec des organisations syndicales euro- quées, le résultat du scrutin doit
péennes pour échanger sur les sys- INTERPELLÉS PAR CES
tèmes et acquis sociaux, les enjeux et RENCONTRES
les stratégies déployées en termes À Londres, les rencontres avec des re-
d’action collective. présentants des syndicats de UNITE the
Vu l’actualité syndicale belge et les at- UNION1 et de UNISON2 ont permis de
taques du gouvernement Michel contre mieux comprendre le fonctionnement
les droits sociaux et syndicaux (notam- des syndicats britanniques, mais égale-
ment, le projet d’imposition de la person- ment les enjeux et les restrictions sur leur
nalité juridique et de limitation du droit droit de grève. Depuis l’arrivée au pou-
de grève), le choix du groupe s’est tout voir de Margaret Thatcher en 1979, le
naturellement orienté vers les syndica- droit de grève a fait l’objet d’attaques in-
listes britanniques, ces derniers ayant cessantes de la part des différents gou-
déjà expérimenté le «thatchérisme», vernements3. Actuellement, le Royaume-
qui a contribué de manière dramatique, Uni se classe parmi les pays possédant
& 91

à, non seulement, limiter l’influence la législation la plus sévère en la matière4.


PHOTO

des syndicats, mais également à réduire En mai 2016, le gouvernement conser-


considérablement leurs affiliés. En plus, vateur de David Cameron a voté la loi
© REPORTAGE

le référendum sur le Brexit du 13 juin syndicale Trade Union Act renforçant les
constituait un autre sujet d’étude, mesures coercitives en matière de droit © NAIMA REGUERAS
Vie de l’ISCO
faire l’objet d’une vérification indépen- européenne. En parallèle à la négocia-
dante et un préavis de grève doit être tion, on peut toujours faire appel à la
déposé; consultation, notamment en ce qui
• L’embauche d’intérimaires en tant concerne les pensions.
que briseurs de grèves est permise; Malgré toutes ces restrictions, les syn-
• Les superviseurs aux piquets de dicats britanniques continuent à mobili-
grève sont tenus de donner leur nom ser leurs membres pour augmenter leurs pris au sérieux le risque d’un Brexit, mais
à la police et doivent détenir une au- affilés, en ciblant les nouveaux types de à leurs yeux ce n’était pas un plan «B»,
torisation écrite du syndicat7; travailleurs: les migrants et les jeunes, mais plutôt un plan «Z».
• Un code de pratiques sur la tenue du à qui ils octroient des avantages et des Au-delà du renforcement des contacts
piquet et sur l’usage des médias so- services en fonction de leurs besoins. intergroupes, cette visite de deux jours
ciaux a été mis en place; Ils s’investissent aussi dans des cam- à Londres nous a permis de sortir de l’ac-
• Les travailleurs ne sont pas protégés pagnes nationales et internationales tualité de nos entreprises pour aller à la
contre le licenciement en cas de avec d’autres acteurs de la société ci- rencontre de collègues évoluant dans un
grèves sauvages, de même que les vile, en soutien des droits humains et syn- environnement différent. Ces moments
participants à des actions de solida- dicaux, par exemple dans leur travail sur d’échange et de partage ont renforcé
rité. les chaines d’approvisionnement ou nos convictions et nous motivent encore
dans la lutte contre la mauvaise gouver- davantage à mener le combat, tant au
DU CÔTÉ DES NÉGOCIATIONS nance. niveau de nos entreprises, nos secteurs
COLLECTIVES De par leur engagement politique, les qu’au niveau intersectoriel, contre cette
La manière de conclure des accords col- syndicats ont réinvesti la scène politique droite ultra-libérale, qui a considérable-
lectifs constitue une autre différence ma- en ré-établissant le lien avec le Parti tra- ment amoindri la force syndicale de l’au-
jeure avec le système belge. La Grande- vailliste et en formant des militants tre côté de la Manche et qui s’est atta-
Bretagne se classe en avant-dernière po- prêts à s’engager pour favoriser le quée aux plus faibles, en redessinant
sition en Europe, en termes du nombre New Labour et son leader Jeremy Cor- complètement le système des soins de
de travailleurs couverts par la négocia- byn9. Les objectifs visés sont de contri- santé. Le résultat du référendum sur le
tion collective8. De manière générale, les buer à les soutenir aux prochaines Brexit nous a encore montrés à quel
négociations collectives sont annuelles élections et de construire un message point la solidarité, l’activisme et la vigi-
et n’ont pas force de loi. Elles se anti-austérité et anti-crise puissant. En- lance constituent plus que jamais les mai-
concentrent essentiellement sur les sa- fin, au niveau national, ils luttent contre tres-mots de nos luttes. n
laires, les conditions de travail, l’égalité les contrats «zéro heure»10 et les faux in-
au travail, la santé et la sécurité au tra- dépendants. 1. L’UNITE the UNION est l’un des plus grands syn-
vail, les procédures disciplinaires, les po- dicats britannique. Il est actif dans les secteurs
litiques internes aux entreprises (alcool du transport, de l’aéronautique civile et des
SITUATION DES TRAVAILLEURS DES dockers, de construction, de la construction au-
et drogues, absences au travail, forma- tomobile, de l’industrie manufacturière, chimique,
SOINS DE SANTÉ
tion, etc.). graphique et pharmaceutique, des services, des
La rencontre avec l’UNISON nous a per- soins de santé, de l’éducation, de l’alimentation,
Néanmoins, bien qu’un processus formel
mis de comprendre les défis auxquels des finances, des services publics, du non-mar-
existe dans la plupart des grandes en- chand, des communes ou de l’État gouvernement.
les travailleurs des soins de santé sont
treprises et aboutisse à un accord 2. Syndicat actif dans les services publics, l’UNISON
confrontés: privatisations à outrance, re- couvre les secteurs suivants: gouvernements ré-
écrit, des accords verbaux peuvent
groupements d’hôpitaux, difficultés d’ac- gionaux, soins de santé, éducation, police et jus-
aussi être conclus, le plus souvent tice, non-marchand, énergie, eau et transport et
cès aux soins pour les patients, méde-
dans des petites structures, même si sous-contractants dans les soins de santé.
cine à deux vitesses, emploi de main 3. https://worksmart.org.uk/work-rights/trouble-
ceux-ci sont uniquement valables pour work/industrial-action/can-our-employer-refuse-
d’œuvre issue des pays d’Europe de
les entreprises affiliées aux organisations pay-us-when-we-were-strike, consulté le 7 novem-
syndicales. Les négociations peuvent se l’Est, manque de reconnaissance du per- bre 2016. 17
faire à plusieurs niveaux (niveaux de l’en- sonnel. Là encore, le Royaume-Uni fait 4. Violations des droits syndicaux dans le monde, CSI,
juin 2016, p. 80.
treprise, de l’unité technique d’entreprise office de précurseur tant les attaques sur 5. Keith EWING et John HENDY QC, «Loi syndicale
et des sites locaux ou national) avec les le système des soins de santé (National draconienne au Royaume-Uni: à qui le prochain?»,
Health Service, NHS) de la part des der- dans Equaltime, consulté 15 octobre 2015.
délégués d’entreprise et sans aide de 6. L’outsourcing est l’externalisation (ou sous-traitance)
leur permanent, mais aussi sans néces- niers gouvernements et de l’actuel ont pour une entreprise de certaines de ses activités
sairement se retrouver sur un document été virulentes. auprès d’un prestataire de service spécialisé dans
le domaine concerné.
officiel. Ce type de négociation se dé- 7. Equaltimes: consulté le 15 octobre 2015 - Loi syn-
roule de manière graduelle. EN CONCLUSION dicale draconienne au Royaume-Uni: à qui le pro-
Au lendemain du 13 juin, nos collègues chain?, par Keith Ewing, John Hendy QC: disponi-
Comme la négociation collective n’est ble: Equaltimes: 7 novembre 2016-
pas obligatoire, les employeurs sont en britanniques se sont réveillés groggys. http://www.equaltimes.org/si-le-royaume-uni-passe-
position de force, et ce, d’autant plus que Ils souhaitaient que le Brexit n’obtienne ce-projet#.WCDw_MszVIk
8. Ibid, p. 5.
les représentants du personnel pas né- jamais la faveur de leurs concitoyens. Ce 9. Élu à la tête du New Labour en 2015, Jeremy Cor-
cessairement syndiqués, peuvent siéger projet de sortie de l’Union européenne byn, pacifiste partisan du maintien de son pays
au Conseil d’entreprise. En cas de ne pouvait s’avérer que totalement im- dans l’Union européenne, a insufflé un virage à
gauche au Parti travailliste, après des années de
conflit grave et long, un organe d’arbi- productif dans leur cas, sachant qu’un centrisme sous la direction de Tony Blair.
trage représentant les travailleurs l’Ar- avenir «moins thatchérien» pour leur mo- 10. Illégal en Belgique, ce type de contrat est de plus
dèle syndical ne pourrait pas se réaliser en plus répandu en Grande-Bretagne: l’entre-
bitration and Consultation Service (ACAS) prise ne s’engage pas à employer le salarié un nom-
intervient en tant que médiateur. Le gou- sans garder de liens forts avec l’Europe bre minimum d’heures. Ainsi, certaines semaines,
vernement n’est jamais impliqué, sauf et un syndicalisme plus ancré dans la vie le travailleur travaille 10, 20, voire 50 heures ou
plus tandis que d’autres semaines, zéro heure. Avec
dans la mise en œuvre de certaines rè- socio-économique. Et le Brexit promet- ce contrat, aucun droit aux congés de maladie,
glementations, comme la législation tait tout le contraire. Pourtant, ils avaient au congé de maternité.
Vie de l’ISCO
sée et notre compréhension complexe
du monde.
Je voudrais éviter dans cet exercice
d’adopter la position haute de certains
pédagogues, qui, au terme de la projec-
tion, déclaraient «qu’il s’agissait là de pra-
tiques dignes du XIXe siècle!». Quel pa-

Les enfants radoxe ces joutes oratoires blessantes


de la part de personnes qui traitent des
facteurs d’apprentissage. Cette lecture
à l’emporte-pièce est binaire là où une
1
du Hasard analyse fine est nécessaire. Selon Ed-
gard Morin, une des difficultés de l’en-
seignement aujourd’hui est que la voca-
tion des enseignants s’est dissoute au
profit de la professionnalisation3. Point
de dissolution chez cette institutrice!
Comme chacun-e d’entre nous, elle est
faite d’ombre et de lumière. Sa vocation
PAR MARIE-FRÉDÉRIQUE LORANT, a suscité chez moi des émotions di-
à l’évidence est en pleine lumière. L’air
PERMANENTE CIEP COMMUNAUTAIRE verses. On y voit des pratiques pédago-
de rien, elle éveille les consciences,
giques variées qui produisent, selon les
donne le gout de chercher à compren-
cas, plus ou moins de succès.
dre le monde, participe à construire la
confiance en soi chez ses élèves. Au dé-
CE QUI NOUS RAPPROCHE…
tour d’un dessin ou d’un événement, elle
La critique peut sembler facile à l’égard pratique, avec doigté et abondance, l’art

Q u’est-ce qui m’amène à pous- de ceux qui s’exposent, cinéaste, insti- du questionnement et de la maïeutique:
ser les portes d’un cinéma à tutrice, enfants, familles. Ma posture se «Toi t’as fait de l‘art, comme Picasso. Tu
Charleroi pour visionner Les veut respectueuse. La bienveillance connais Picasso?». «Ceux qui ont fait les
enfants du Hasard de Thierry Michel et n’empêche pas l’expression des désac- attentats, ils sont musulmans comme
Pascal Colson? Notamment mon désir cords. À l’instar de Brigitte, qui a un style vous, non?».
de clarifier les pratiques pédagogiques bien à elle, alliant aussi bien les gros Me reviennent les propos de l’islamo-
favorisant l’émancipation des publics yeux, la théâtralisation de ses coups de logue français Rachid Benzine, au lende-
d’adultes en formation. Mais ce film ou- gueule et le respect inconditionnel de la main des attentats de Bruxelles: «Quand
vre de multiples autres portes: le pas- personne, j’adopte cette position du res- on ne connait pas son histoire, on se ra-
sage de l’enfance à l’adolescence, l’his- pect inconditionnel et du désaccord. conte des histoires et ça finit par faire
toire ouvrière et de l’immigration, des Pour le réalisateur, ce film a le mérite de des histoires…». Cela n’est pas seule-
questions identitaires et religieuses. susciter le débat. Passer à côté de ce- ment vrai pour l’une ou l’autre commu-
Seuls quelques-uns de ces sujets seront lui-ci serait du gâchis. C’est à travers les nauté, il s’agit d’un principe universel. La
abordés ici. débats, comme ceux provoqués par Bri- pédagogie de projet menée par l’institu-
Le film nous plonge dans la vie d’une gitte dans sa classe, que nous nous ai- trice autour de l’histoire commune qui
classe de 5-6ème primaire de Cheratte2, dons à grandir les uns les autres. unit le charbonnage et les familles des
orchestrée de main de maitre par une Comme l’écrit Paolo Freire, «Personne enfants de la classe, constitue à fois une
institutrice peu commune, Brigitte. Nous n’éduque autrui, personne ne s’éduque application de cette maxime et de la
18 parcourons avec eux leur année scolaire seul, les hommes s’éduquent ensemble «désegmentarisation» des savoirs (his-
depuis la rentrée des classes jusqu’à la par l’intermédiaire du monde». Le débat toire, géographie, français, etc.) au
remise officielle de leur diplôme. Le film nous permet de développer notre pen- profit d’une approche holistique. On
découvre les différentes étapes du pro-
jet: situation géographique et histo-
rique de Cheratte, élaboration d’un
questionnaire et interviews des grands-
parents, visite conjointe entre les géné-
rations du site délabré de l’ancien char-
bonnage, descente dans une mine pé-
dagogique, production d’un arbre généa-
logique et de leur propre ligne du
temps. Quelle émotion que de les enten-
dre énumérer les étapes qui ont compté
dans leur vie, sources d’individualisation
et de confiance en soi. L’émotion me tra-
verse aussi en voyant ce mineur retraité
& 91

visitant son ancien charbonnage être


PHOTO

confronté à l’impermanence de la vie.


Je partage avec cette institutrice une au-
© REPORTAGE

tre croyance pédagogique, favorisant la


© MATTHIEU CORNÉLIS réussite scolaire des enfants issus de mi-
Vie de l’ISCO

tant sous les bureaux. Et du coup, on


tombe vite dans la culpabilisation des
élèves qui révèlent l’échec des choix pé-
dagogiques. De quoi être conforté dans
l’idée de laisser définitivement tomber
l’approche transmissive au profit de pé-
dagogie interactive.
& 91

Une autre scène m’a laissée les bras bal-


lants. L’institutrice de morale montre à
PHOTO

son unique élève le livre du Petit Prince:


© REPORTAGE

«Tu connais?» lui demande-t-elle. «Oui»


répond-il; «C’est l’histoire d’une petite fille
© DANIEL CORNESSE
et d’un vieux monsieur…». L’institutrice
réagit: «Non, ce n’est pas une petite fille,
lieu populaire, celle de l’alliance sacrée CE QUI NOUS SÉPARE…
c’est un garçon!». Le spectateur com-
entre les enseignants et les familles. Elle L’eau et le feu, Barahm et Mohamed Ali, prend la méprise: l’une parle du texte de
est composée de bienveillance mu- deux élèves que tout ou presque oppose. Saint-Exupéry, l’autre du film de Mark Os-
tuelle et d’attente forte à l’égard des L’un est tout en introversion et excelle borne. À l’évidence, nous sommes tous
élèves. «Ils sont tous en mesure de réus- dans l’expression écrite, l’autre est ma- susceptibles de faire des erreurs d’inter-
sir leur CEB» déclare Brigitte à la réunion lin comme un singe et tout en agilité. Pas prétation, de croire que l’on se comprend
de parents. Il m’est arrivé de rester sans facile que la pulsion et la norme de l’un alors qu’en réalité, chacun parle de
voix devant les propos tenus par d’au- n’écrasent l’espace et la différence de choses différentes. Ce qui est interpel-
tres enseignants au sujet des parents, l’autre. Il est certes du rôle de l’institu- lant dans cette scène, c’est de consta-
les accusant de faire preuve de désin- trice de soutenir l’apprentissage du ter que la représentation de l’élève
térêt à l’égard de la scolarité de leurs en- «respect», de la «civilisation» et de la n’est convoquée que pour la forme, l’ins-
fants, de démissionner de leur rôle édu- «moralisation». Quel mot choisir pour dé- titutrice ne la creuse pas et émet tout
catif et de charger injustement les crire le passage de l’état pulsionnel à ce- de suite un jugement d’erreur à l’égard
équipes pédagogiques de rattraper «l’ir- lui de la socialisation? Quelle est la per- de ce qu’il connait. On peut comprendre
rattrapable». Il va sans dire que lorsque tinence des recadrages et d’une pseudo que la fois suivante, il se méfiera de li-
l’on est porteur de pareille représenta- médiation face à la classe? Dans cette vrer spontanément sa représentation
tion ou méconnaissance, la rencontre régulation du conflit, elle quitte la pos- avec cette fois le risque qu’on lui re-
avec les parents de milieu populaire est ture de l’interrogation et du recadrage proche de ne pas être suffisamment par-
à haut risque, la construction du lien d’at- pour adopter des positions de «mère mo- ticipatif.
tachement est plus qu’hypothétique. rale» et de «sauveuse». Dans le même Le film se clôture avec les enfants qui
L’institutrice a visiblement réussi à tis- ordre d’idée, la remise des bulletins de- traversent la cité à vélo, emmenés par
ser cette alliance sacrée avec les familles vant toute la classe couplée de commen- une des filles. Cette scène m’a reconnec-
des enfants. Le partage des fêtes de taires qui encensent les uns et répriman- tée au film Wadjda, où on y voit, en Ara-
part et d’autre, la prise en compte de dent les autres me laisse dubitative. Le bie saoudite, une petite fille qui rêve
drames familiaux qui interfèrent dans la sociologue américain Erving Goffman at- d’avoir un vélo, pourtant réservé aux 19
scolarité des enfants sont authentiques. tire notre attention sur l’importance de seuls garçons. Autres pays, autres rap-
On perçoit que Brigitte est ancrée dans ne jamais faire perdre la face d’un sujet ports entre les genres. n
le quartier bien au-delà du simple fait d’y devant un groupe. Dans une classe,
enseigner. Sa pratique de proximité comme au théâtre, certaines interactions
avec les familles fait écho aux témoi- ont lieu devant le public tandis que d’au- SORTIE NATIONALE: 22 MARS
gnages d’autres enseignants4 pour qui tres doivent se produire en «coulisse».
le fait d’habiter dans un quartier popu- Dans ma représentation, l’évaluation, po- BANDE ANNONCE:
laire permet de déconstruire les préju- sitive ou négative, de la performance WWW.YOUTUBE.COM/WATCH?V=G0G9MNOV_JK

gés échafaudés lorsqu’on habite des uni- scolaire et comportementale est liée aux
POUR INFO: WWW.ENFANTSDUHASARD.COM
vers séparés. Habiter le même quartier interactions qui doivent avoir lieu en
ou des quartiers semblables modifie aparté. Rien d’étonnant à ce que Moha-
considérablement les relations aux pa- med Ali ait envie d’en découdre avec Ba-
rents et aux élèves et permet de créer rahm que l’institutrice met en avant.
des liens authentiques bienveillants et Les séquences pédagogiques sur l’ac-
consistants. Il est évident que face à un cord du déterminant et les calculs des 1. Le «Hasard» est le nom du charbonnage qui jouxte
public d’adultes en formation, l’alliance aires sont à l’inverse de la pédagogie du l’école.
2. Cheratte est une ancienne cité minière de la ré-
se joue davantage avec l’étudiant qu’avec projet, des moments de visible ennui et gion liégeoise.
sa famille. Il demeure que de le connai- de découragement tant pour la prof que 3. Edgar MORIN, La voie: pour l’avenir de l’humanité,
tre dans sa globalité, au-delà de son sta- pour les élèves. On y voit alors des en- Paris, Fayard, 2011.
4. Régis FÉLIX et onze enseignants d’ATD Quart
tut d’étudiant, est un atout de consoli- fants couchés sur les bancs, jouant avec Monde, Tous peuvent réussir, Paris, Chronique So-
dation du lien et de l’accrochage. leur rapporteur, leurs jambes s’impatien- ciale, 2013.
En régions

Au cœur du Repair Café comment appelle-t-on les personnes


qui font appel au service d’un Repair
Café? Des consommateurs responsa-

de la Docherie bles, des consomm’acteurs, des ci-


toyens-consommateurs critiques? Ils
apportent un grille-pain et un nettoyeur
à vapeur. De quoi mettre au travail nos
deux réparateurs. Jean se charge du
grille-pain et Guy du nettoyeur à vapeur.
Jean est le spécialiste de l’électro-
nique. Mais faute d’autre chose, au-
jourd’hui, ce sera le grille-pain. Quelques
touche Dampremy, Charleroi-Ville, Jumet tours de tournevis et le diagnostic est
PAR MARIE-FRÉDÉRIQUE LORANT, vite posé: c’est la résistance et donc, on
PERMANENTE CIEP COMMUNAUTAIRE, et Roux. C’est devenu un quartier dor-
mant et pauvre, qui a subi de plein fouet ne peut le réparer.
EN COLLABORATION AVEC Jean a fait des études de technicien, spé-
GRAZIELLA FORTINO ET COLINE OLIVIER, le déclin industriel fermetures des char-
bonnages et des entreprises liées à la cialisation TV couleur, mais «je n’ai jamais
CIEP-MOC DE CHARLEROI-THUIN eu l’occasion d’en toucher une, même
sidérurgie. «Tout cela s’est éteint et nous
aussi! Il n’y a plus de commerce. Il faut pas la mienne!» nous précise-t-il. Sa vie
retrouver autre chose. On est en train professionnelle a débuté chez un fabri-

S
amedi 17 décembre 8h30, je cant italien bien connu de machine à
de chercher à reconstruire par le biais
laisse ma petite famille derrière écrire. Dès le début, cette entreprise
d’activités sans toutefois que ces der-
moi, en route pour le Repair s’est engagée dans la micro-informa-
nières soient coûteuses». Elle est enga-
Café de la Docherie organisé par le Co- tique, tout en menant une politique so-
gée dans le Comité Bel’Doch et dans le
mité Bel’Doch et le Ciep Charleroi-Thuin. ciale progressiste de maintien des ou-
groupe des Chipies. Les Chipies offrent
Je me gare dans la rue et emboite le vriers au travail et en favorisant l’évolu-
le café et mettent à disposition leurs Sin-
pas de Jean qui semble se diriger vers tion des compétences de son person-
ger et autres machines si des de-
le même endroit que moi. Pourquoi suis- nel, par la reconversion en interne de ses
mandes de type «coutures ou tricot» vien-
je là? Je n’ai apporté aucun électromé- mécaniciens, en électroniciens via la for-
nent à se faire: entretien et réglage de
nager à réparer, même si j’en ai bien mation. Par la suite, Jean est devenu suc-
machine, réparation de vêtements,
l’un ou l’autre en panne chez moi. Je cessivement programmeur, ingénieur
conseil, fabrication de tenture, etc. Bri-
suis en «immersion» au CIEP Charleroi- «système», support IT. «Au début de l’in-
gitte, «la fée de la couture», a toujours
Thuin. formatique, on était les Kings!». Au-
su coudre. Sa maman le lui a appris. Elle
jourd’hui, il est pensionné et comme il
a cousu elle-même les robes de mariée
UN PROJET LANCÉ PAR a du temps, il dit vouloir rendre ce qu’il
de ses filles. Du dessin jusqu’à la
LE MOC CHARLEROI a reçu. Sa méthode d’intervention au Re-
confection finale. Elle prête aussi main
Les bénévoles du Repair Café ont le pair Café est systématique et rigoureuse.
forte à sa nièce qui est dans une école
même profil. Pensionnés, ils ne veulent La première question qu’il pose aux vi-
20 pas rester chez eux à ne rien faire et veu-
de stylisme liégeoise et qui ne sait pas
coudre.
lent éviter de jeter ce qui pourrait être Lancé en avril 2016, suite à une propo-
réparé. Philosophes, ils ont conscience sition de José Vermandere, permanent
qu’ils vont à contre-courant de l’air du Ciep-MOC de Charleroi, le Repair Café
temps, celle où on ne répare plus, où ré- est aujourd’hui soutenu par Graziella For-
parer revient plus cher que de racheter. tino, permanente et Coline Olivier, ani-
Alors, cela leur parait normal que chan- matrice. Brigitte connaissait déjà bien le
ger les mentalités ne se fait pas en un principe pour l’avoir vu à la TV: il s’agit
claquement de doigt, que ça prend du de s’entraider, d’éviter de jeter et de dé-
temps. Il faut longtemps pour que les es- penser de l’argent inutilement. Le Repair
prits s’imprègnent. Il faut répéter et ça Café est l’un des projets qui vise à re-
finit par percoler. lancer la dynamique du quartier: jardin
Brigitte, qui «fait partie des pavés de la partagé, école de devoirs, théâtre, res-
rue Finlande», est native de la Docherie. taurant social, Comité Bel’Doch (lutte
Fille de mineur, elle a quitté le quartier contre les incivilités), groupe de couture
pendant 20 ans puis y est revenue en des Chipies, donnerie, le projet «Coucou
& 91

rachetant la maison de sa grand-mère. les immondices».


PHOTO

Lorsque ses petits-enfants viennent la


voir, ils parlent des terrils comme «les DES RÉPARATEURS
© REPORTAGE

montagnes à mamie». Elle me parle avec Sur ces entrefaites, entre dans le local,
amour et lucidité de La Docherie, qui un couple, nos premiers «clients». Au fait © DANIEL CORNESSE
En régions
siteurs: «Avez-vous lu le mode d’emploi?». d’Italien, il a été traité de sale macaroni
Son interrogation n’a rien de moralisa- dès son plus jeune âge: «Probable-
teur car, lorsque le visiteur lui répond par ment que ce vécu de l’enfance m’a
la négative, il leur répond: «Tant mieux, amené au respect de l’autre dans son
ça vous a permis de passer par chez altérité».
nous!». Ensuite, il fonctionne par essai
et erreur. Il préfère de loin qu’on lui ap- DU CÔTÉ DES DÉPOSANTS dant dix-huit ans, il a dû arrêter de tra-
porte une machine montée que démon- Notre visiteuse a eu connaissance du Re- vailler pour des raisons de santé. Le Re-
tée. Il la démonte alors soigneuse- pair Café via Internet: «On en parle beau- pair Café lui donne l’occasion de s’oc-
ment, n’oubliant pas de photographier coup, c’est tendance! C’est vraiment cuper et de rencontrer des gens. Jean-
sur son smartphone chaque étape du dé- bien, c’est l’aide entre humains, de fa- Michel est aussi bricoleur à ses heures.
montage afin de pouvoir la remonter çon bénévole.» Comme la plupart des Mais pour l’instant, il n’a pas osé,
avec précision en sens inverse. Il sait usagers du Repair Café, ils n’habitent pas même s’il en rêve, se lancer comme ré-
d’expérience que l’oubli d’une vis peut la Docherie, ni même Charleroi. Ils parateur au sein du Repair Café. Il est
s’avérer fatale… Il me montre sa boite viennent de loin parce qu’il n’y a en a pas admiratif des réparateurs attitrés qu’il dé-
à embouts de démontage qui permet de beaucoup dans la région. Et puis, il faut crit comme pugnaces, allant au bout du
tout dévisser. Impressionnant! Même le temps que le système soit connu. bout. Dans le Repair Café, l’échec est
pour une non-bricoleuse comme moi. «Il Bien que n’étant pas née à Charleroi, elle possible. Il faut composer avec cette réa-
y a vingt ans, ça n’existait pas. Pour dé- se sent Carolo de cœur. Elle trouve qu’il lité.
monter, il fallait casser!». Aujourd’hui, y a une chaleur humaine qu’on ne
l’état d’esprit change, même les firmes trouve pas ailleurs. Le Repair Café, ce UN AUTRE MONDE
emboitent le pas et commencent à ven- n’est pas seulement la réparation des EST POSSIBLE…
dre des pièces détachées. Et il ajoute machines et outils cassés. C’est aussi En quittant le Repair Café de la Bel’Doch,
qu’il n’y a pas de secret: être deux ré- le retissage de liens sociaux dans une j’étais convaincue qu’un autre monde
parateurs a des avantages: il y a plus société de plus en plus «anonymisée»: était décidément possible. Celui de re-
dans deux têtes que dans une seule. faire vivre des lieux de vie sinistrés par
«Aujourd’hui, il fait froid. Si j’étais restée
Après «le king de l’informatique», c’est la désindustrialisation. Celui de conscien-
chez moi, j’aurai ruminé dans mon fau-
au tour de Guy, le «baroudeur», de se ra- tiser comment les propos racistes tenus
teuil sur le froid. Depuis que je suis ici
conter: il n’est pas du quartier. Sa fille, entre enfants peuvent marquer une
et du fait que tout le monde se parle, je
infirmière et membre du Comité destinée. Celui où on met ensemble des
n’ai même plus froid!» «Il faut arrêter
Bel’Doch, lui a parlé du Repair Café. Pour compétences pour lutter contre l’obso-
d’acheter! Je pense qu’on doit se poser
lui, le principe de la réparation n’est pas lescence programmée. Celui où on re-
des questions. Quand je dis ça à mon
neuf: il a toujours fait ça pour les copains. tisse du lien social et déconstruit les pré-
fils, il s’exclame: «oh maman!»
Une partie de sa carrière professionnelle jugés que l’on a les uns vis-à-vis des au-
Le déposant du grille-pain et du nettoyeur
a été mise au service de la protection tres. Celui où les anciennes générations
à vapeur se lance: «Moi, j’ai été élevé
et de la prévention des travailleurs. Aussi, partagent leur savoir avec les jeunes.
dans un home. Il y avait des Polonais,
une des premières actions dévelop- Depuis, j’ai trouvé le Repair Café le plus
des Italiens, etc. On ne faisait pas la dif-
pées au Repair Café a été d’installer un proche de chez moi et j’y suis allée avec
disjoncteur différentiel pour écarter férence. On était une bande, on se te-
nait les coudes contre les autres caïds». ma fille de 7 ans pour porter mon robot
tout danger d’électrocution en cas de mixeur. L’expérience a été très différente:
perte de courant d’une machine défec- Et il évoque son souvenir de voir passer
à Morlanwez le «train d’Italie qui était noir c’était moins dans la rencontre hu-
tueuse. Tout en continuant de démonter
de monde!». maine et davantage dans l’apprentissage
le nettoyeur à vapeur, Guy nous raconte
C’est à ce moment que le nettoyeur à à réparer par soi-même. Là, le Repair
son parcours. Electro-technicien de for-
Café reste un concept, la communica-
mation avec compétence en électro- vapeur est déclaré réparé par Guy. Tout
tion est exclusivement centrée sur l’ob-
21
nique, il démarre sa carrière dans son un symbole! Il faudra toutefois que le cou-
ple revienne encore une fois, car ils ont jectif. Du coup, je suis ressortie avec un
domaine pendant quelques années.
oublié le bouchon qui permet de s’assu- robot démonté, qui est depuis remisé
Puis, vient l’opportunité de partir deux
rer qu’il est opérationnel. Il y des oublis dans une armoire jusqu’à ce que je re-
mois au Sahara comme mécanicien
qui en disent long sur le plaisir de se re- trouve du temps pour poursuivre l’expé-
chauffeur. In fine, cela durera neuf
voir. rience… Chaque mode de fonctionne-
mois. En 1974, il découvre la séche-
ment a ses avantages et ses inconvé-
nients. n
resse au Sahel et plus encore. C’est une Jean-Michel est «le gardien des clés», pas
période particulière de décolonisation qui celles du paradis mais de l’Espace ci-
l’amène à rencontrer énormément de toyen (antenne sociale du CPAS), qui ac-
monde. Il réalise que la sécheresse est cueille notamment le Repair Café.
bien plus qu’un problème climatique. Son Comme Brigitte, il est né ici et n’a jamais
retour au travail ne sera que de courte quitté le quartier. Il me raconte l’âge d’or
durée. Régulièrement, il entreprendra des de la Docherie, quand il y avait un groupe
missions de logisticien pour Oxfam So- folklorique, où on faisait la fête une se-
lidarité. Il s’occupera ensuite, depuis maine durant et où les gens sortaient
Bruxelles, de la logistique des projets de sans pour autant se bagarrer. Il y avait QUAND? TOUS LES 3 SAMEDIS DU MOIS DE 9H30 À
ÈME

développement. Sa carrière se termine le jeu de balle, on décorait les façades. 13H


OÙ? ESPACE CITOYEN DE LA DOCHERIE, RUE JEAN ES-
comme adjoint à la direction. À la ques- Tout cela faisait vivre les commerçants.
TER 169 À MARCHIENNE-AU-PONT
tion de savoir si quelque chose l’avait pré- Jean-Michel partage avec ses co-béné- NOUS RECHERCHONS DES BÉNÉVOLES:
disposé à cette ouverture, il raconte qu’il voles le déplaisir de jeter: «Je suis INTÉRESSÉ, CONTATEZ
a grandi à Verviers et qu’en tant que fils quelqu’un de conservateur.» Facteur pen- COLINE OLIVIER TÉL.: 071/31.22.56
En régions
Ici et
maintenant
FOCUS SUR LES INITIATIVES
Autodétermination des ainés CITOYENNES

en maison de repos
M
is en lumière par le film
Demain, de plus en plus de ci-
toyen-ne-s se mobilisent,

D
epuis plusieurs années, la Com- sur le terrain et découvert des initiatives seuls ou en groupes, pour apporter
mission 3e âge du MOC de Liège- positives. Une brochure a ainsi été rédigée des réponses à ce qui nous pose pro-
Huy-Waremme1 s’intéresse aux pour partager le résultat des réflexions me-
blème dans la société.
questions traitant du logement des ainés. nées, des avis et des expériences positives
Qu’en est-il dans le monde? Et près de
Progressivement, le thème de l’autodéter- ou négatives. Son objectif est d’essayer
chez nous? En collaboration avec le
mination des ainés en maison de repos et de développer et partager une réflexion sur
le sujet. n
Foyer culturel de Perwez, le CIEP-MOC
en maison de repos et soins (MR et MRS)
du Brabant wallon et de nombreux par-
a retenu son attention.
S’autodéterminer c’est avoir la possibilité INFOS PRATIQUES: tenaires vous invitent à faire le point sur
pour une personne de décider par elle- DISPONIBLE AU SECRÉ- la question, à l’occasion de confé-
même pour elle-même. Cet enjeu peut sem- TARIAT DU MOC DE rences, films ou expositions pour abor-
LIÈGE-HUY-WAREMME der des thèmes qui nous touchent de
bler aller de soi, mais aujourd’hui, la per-
TÉL.: près et surtout de rencontres avec
ception négative du vieillissement dans no- 04/232.61.61.
tre société ne favorise pas un contexte pro- des habitants, nos voisins qui sont pas-
pice à l’autodétermination des personnes POUR PLUS D’IN- sés à l’action et ont décidé de changer
âgées. Ainsi, au nom de la dépendance, FORMATIONS SUR la monde à leur façon.
de la sécurité et de la prévention, le droit LA DÉMARCHE, Nos rendez-vous… sous forme de pe-
de s’autodéterminer pour des adultes CONTACTEZ: tit déjeuner dès 10h30 au Centre cultu-
âgés est bien trop vite remis en question. JEAN-BENOÎT MUTSERS rel de Perwez. n
Certaines décisions modifiant le quotidien MAIL: MUTSERS@MOCLIEGE.ORG
SOPHIE LIBERT - TÉL.: 04/232.61.69 DATES ET THÈMES ABORDÉS:
de ces personnes reposent davantage sur DIMANCHE 30 AVRIL: L’ÉDUCATION
MAIL: LIBERT@MOCLIEGE.ORG
la crainte d’un possible risque plutôt que DIMANCHE 28 MAI: LA MOBILITÉ
sur base de faits concrets, au détriment 1. La Commission rassemble des ainés de différentes DIMANCHE 25 JUIN: LE LOGEMENT
parfois du choix des personnes concer- organisations (CSC Séniors, Vie Féminine, Enéo
et les Équipes Populaires) et de différents groupes RENSEIGNEMENTS: CIEP-MOC BRABANT WALLON -
nées. locaux du MOC Liège-Huy-Waremme. WWW.CIEPBW.BE/
De plus, le secteur des maisons de repos
subit un certain nombre de changements.
Le transfert de la matière vers les entités
régionales entraine notamment des modi- En bref
fications importantes au niveau de l’admi-
nistration ou des orientations politiques. Un
autre aspect est l’augmentation en maisons
de repos de la population des ainés très
22 dépendants, bien souvent arrivés dans des
situations d’urgence et/ou vers le premier
lit disponible. Il devient dès lors difficile de
répondre à toutes les demandes sans une
augmentation du nombre de lits disponi-
Une nouvelle vail est-il devenu insoutenable? Que se
passe-t-il dans les entreprises et les or-
ganisations pour que de plus en plus de
bles proportionnelle à l’accroissement du
nombre de demandes.
revue en ligne personnes se consument à cause de leur
Dès lors, quels sont les souhaits des per- travail? Comment comprendre les liens

L
a revue Sociétés en changement entre le burnout, cette «maladie liée au
sonnes âgées? Comment laisser la place
vient d’être lancée par l’Institut travail», vécue par des individus isolés
aux choix quotidiens des ainés en manque
d’analyse du changement dans mais de plus en plus nombreux, et les
d’autonomie? Comment savoir si ceux-ci
l’histoire et les sociétés contempo- conditions actuelles du travail? Deux so-
sont bien à l’origine de leurs choix? Dans
quelle mesure sommes-nous prêts à les
raines (IACCHOS) de l’UCL, réunissant ciologues, Thomas Périlleux et Patricia
laisser prendre des risques? Comment ré- dix centres de recherche en sciences Vendramin, apportent des éclairages
pondre aux choix individuels dans un lieu sociales. Son objectif est de nourrir, en complémentaires qui conduisent à inter-
de vie communautaire? huit pages et trois fois par an, une inter- peller les politiques publiques sur la né-
Après plusieurs mois d’échanges, de for- prétation complexe de questions de so- cessité de rendre le travail plus soute-
mations et d’informations (matinées ciété, dans un esprit de rigueur et de nable et sortir du piège de l’épuisement.
d’étude, tables rondes, rencontres de pluralité, afin de permettre aux lecteurs n
chercheurs, de directeurs, de travailleurs non spécialisés de s’informer de façon
et de résidents, visites de maisons de re- fiable. NUMÉRO ACCESSIBLE EN LIGNE SUR
pos,…), les membres de la Commisssion Le premier numéro s’est penché sur une HTTPS://UCLOUVAIN.BE/FR/INSTITUTS-RECHERCHE/IAC-
ont pris conscience des nombreux enjeux question de plus en plus brulante: Le tra- CHOS/SOCIETES-EN-CHANGEMENT-NOTES.HTML
Agenda

Dates à
COLLOQUE
«LE SOCIALE FACE CAMÉRA»
en honneur de Pierre Reman
INFOS PRATIQUES:
DATE: 13 MAI

épingler
LIEU: LOUVAIN-LA-NEUVE
PROGRAMME:
HTTPS://UCLOUVAIN.BE/FR/FACULTES/ESPO/FOPES Adresses
INSCRIPTION: FOPES-UCL - CHANTAL GRANDMAIRE
MAIL.: SECRETARIAT-OPES@UCLOUVAIN.BE des centres
FÊTE DES PARTENARIATS régionaux du
CIEP
INFOS PRATIQUES:
DATE: 14 MAI
FESTIVAL THÉÂTRE-ACTION LIEU: PARC DE LA VERTEFEUILLE (CHAUSSÉE DE RENAIX
194 À TOURNAI)
INFOS PRATIQUES: CONTACT: CIEP HAINAUT OCCIDENTAL-SOLIDARITÉ BRABANT WALLON
DATE: JEUDI 20 ET VENDREDI 21 AVRIL À 20H MONDIALE - ELISE DEPAUW boulevard Fleur de Lys, 25
LIEU: THÉÂTRE JARDIN PASSION, RUE MARIE HENRIETTE, MAIL: ELISE.DEPAUW@CIEP-HO.BE 1400 Nivelles
39 À NAMUR 067/21.89.91
CONTACT ET INFOS: K-FÉ CITOYEN:
BRUXELLES
ÉQUIPES POPULAIRES NAMUR LAURENT QUOIBION «LES COMMUNITY LAND TRUST» rue Plétinckx, 19 - 1000 Bruxelles
GSM: 0497/28.96.15
INFOS PRATIQUES: 02/557.88.35
TRAVAIL,DISCRIMINATIONS DATE: 15 MAI À 20H00
LIEU: CEFA DE VIRTON (RUE DES FOSSÉS, 22) CHARLEROI - THUIN
ET RAPPORTS DE FORCES: boulevard Tirou, 167 - 6000 Charleroi
CONTACT: CIEP-MOC LUXEMBOURG
TOUS CONCERNÉS? VÉRONIQUE QUINET 071/31.22.56
INFOS PRATIQUES: MAIL: V.QUINET@MOCLUXEMBOURG.BE DINANT - PHILIPPEVILLE
DATE: SAMEDI 22 AVRIL DE 14H À 18H WWW.MOCLUXEMBOURG.BE
rue E. Dinot, 21/Bte 6 - 5590 Ciney
LIEU: FERME DU DOUAIRE À OTTIGNIES
PROGRAMME: ATELIERS ET DÉBAT, INTERVENTION D’AL- «LA QUESTION DU GENRE. 083/21.24.51

TAY MANÇO (IRFAM) ELLE EST UN AUTRE?» HAINAUT CENTRE


CONTACT: GÉNÉRATION ESPOIR La Louvière:
Apéro-Débat avec Lidia Rodriguez (Monde se- rue du Marché, 6 - 7100 La Louvière
TÉL.: 010/41.22.03
MAIL: INFO@GENERATIONESPOIR.BE lon les Femmes) 064/23.80.20
WWW.GENERATIONESPOIR.BE INFOS PRATIQUES: Mons:
DATE: 16 MAI À 20H00 rue Marguerite Bervoets, 10 - 7000 Mons
DÉMOCRATIE ET POUVOIR LIEU: ROULOTTE L’AUDACIEUSE (PLACE DES SAUVER- 065/35.39.63
DIAS À PERWEZ)
DU PEUPLE HAINAUT OCCIDENTAL
INFOS: LE FOYER PERWEZ - TÉL.: 081/23.45.55
CONFÉRENCE-DÉBAT Tournai:
INFOS PRATIQUES: «LE TRAVAIL C’EST LA SANTÉ?» av. des Etats-Unis, 10 Bte 8
7500 Tournai
DATE: 24 AVRIL ET 15 MAI À 19H00 Journée d’étude de l’Action Femmes CNE
LIEU: MUTUALITÉ CHRÉTIENNE-MARCHE (AV DU MONU- 069/88.07.64
Représentation de la pièce «Nous sommes
MENT, 8A)
Ath:
les petites filles des sorcières que vous n’avez
RENSEIGNEMENTS: CIEP-MOC LUXEMBOURG rue de Gand, 28 - 7800 Ath
pas pu brûler»
VÉRONIQUE QUINET 068/84.34.31
MAIL: V.QUINET@MOCLUXEMBOURG.BE INFOS PRATIQUES: Mouscron:
DATE: 18 MAI DE 9H00 À 16H00 rue St-Pierre, 52 - 7700 Mouscron
WWW.MOCLUXEMBOURG.BE
LIEU: THÉÂTRE DE NAMUR 056/33.48.68
23
DIMENSION GENRE INSCRIPTION: CNE AÏCHA OUSSAÏ
LIÈGE-HUY-WAREMME
MAIL: AICHA.OUSSAI@ACV-CSC.BE
DANS LES VIOLENCES Liège:
SUR LE LIEU DE TRAVAIL AFRIK@FONCK rue St-Gilles, 29 - 4000 Liège
Journée solidaire, festive et familiale 04/232.61.61
Journée d’études CSC-Solidarité Mondiale avec Huy:
INFOS PRATIQUES:
Amanda Villatoro, responsable Égalité de genre av. Albert 1er, 6 - 4500 Huy
DATE: 3 JUIN
de la CSA (CSI en Amérique Latine) 085/21.11.33
LIEU: CASERNE FONCK À LIÈGE (RUE RANSONNET, 2),
INFOS PRATIQUES: INFOS: SOLIDARITÉ MONDIALE LIÈGE LUXEMBOURG
DATE: 24 AVRIL NICOLAS LAERMANS - WWW.MOCLIEGE.BE rue des Déportés, 39 - 6700 Arlon
LIEU: AÉROPOLIS CHAUSSÉE DE HAECHT 579 À 1031 063/21.87.33
BRUXELLES «DÉMOCRATIE ET MÉMOIRE(S)»
INSCRIPTION ET PROGRAMME: SOLIDARITÉ MONDIALE Conférences «L’engagement citoyen par NAMUR
WWW.SOLMOND.BE/ la mémoire» Centre L'Ilon - rue des Tanneries, 1
Intervenants: Territoires de la Mémoire - Fonda- 5000 Namur - 081/22.68.71
tion Merci
VERVIERS
INFOS PRATIQUES: rue du Centre, 81 - 4800 Verviers
DATE: 15 JUIN À 19H30 087/33.77.07
LIEU: MUTUALITÉ CHRÉTIENNE BASTOGNE (RUE P.THO-
MAS, 10) CANTONS DE L’EST
INFOS: CIEP-LUXEMBOURG ISABELLE PAQUAY VHS - Rotenbergplatz, 19
MAIL: I.PAQUAY@MOCLUXEMBOURG.BE 4700 Eupen
WWW.MOCLUXEMBOURG.BE 087/59.46.30
Le Centre d’Information et d’Education Populaire du MOC (CIEP),
est chargé des activités éducatives et culturelles du MOC.

Organisés en équipes régionales et communautaires, nous appuyons


à travers la formation les activités du MOC et des organisations qui
le constituent. Notre souci est de donner aux groupes et aux indivi-
dus les outils nécessaires à leur engagement comme acteurs et ci-
toyens et de participer au développement d’une société démocratique
par une réelle démocratisation du savoir et une valorisation de l’ac-
tion collective.

Notre originalité réside essentiellement dans la philosophie de no-


tre travail et dans notre expérience accumulée d’une pédagogie par-
ticipative notamment à travers l’ISCO.

L’éducation permanente est notre quotidien, la formation


notre spécialité.

Contact:
Centre d’Information et d’Education Populaire
Chaussée de Haecht, 577-579
1030 Bruxelles
Tél.: 02/246.38.41-42-43
Fax: 02/246.38.25
Courriel: communautaire@ciep.be

Avec le soutien de

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