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LE CONTENTIEUX ADMINISTRATIF

Pr : Rachid Othmani

Licence fondamentale
Semestre 6

Année universitaire : 2020-2021

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INTRODUCTION
L’étude du contentieux est importante pour nourrir le débat juridique
et faciliter le progrès du droit, de même que le respect de ce dernier
suppose qu’il soit connu par ceux qui doivent s’y conformer et par ceux
également dont la tâche est de veiller à ce qu’il en soit bien ainsi.

L’intérêt de cette matière se trouve accrue du fait que le


fonctionnement des tribunaux administratifs depuis presque le début ses
années 90 présente déjà un bilan positif, et donc il y a un développement
quantitatif et qualitatif de la jurisprudence, ce qui rend impératif
l’acquisition d’une familiarité suffisante avec les règles du contentieux. Il
convient dans un premier lieu de préciser le cadre conceptuel de cette
matière, un aperçu historique sur son évolution juridique.

Pour se faire, on va définir le contentieux administratif et aussi voir


ce concept dans la science administrative, la science juridique et dans la
sociologie , pour voir enfin sa conception.

Donc pour définir le contentieux administratif, on droit d’abord


définir le terme contentieux.

Le mot contentieux, vient du latin « contentious », qui signifie


« querelle », « débat », « discussion », donc contestation.

Quant à l’expression « contentieux administratif », elle désigne


l’ensemble des litiges qui peuvent naître de l’activité administrative ; que
cette activité soit juridique (acte unilatéral ou contrat), ou qu’elle soit
matérielle (ex : travaux publics).

Dans un sens large, l’expression «contentieux administratif » désigne


l’ensemble des procédés juridiques permettant d’obtenir la solution
juridictionnelle des litiges que suscite l’activité administrative.

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Du point de vue conceptuel, le contentieux permet de découvrir ce


que l’on peut qualifier de pathologie de l’administration. En effet,
l’administration commet des abus, des erreurs, des fautes, parfois elle fait
preuve d’ignorance, d’inertie ou au contraire de précipitation excessive…,
donnant lieu ainsi à des préjudices qui peuvent être la conséquence d’une
illégalité.

L’étude de cette pathologie est utile, mais elle ne doit pas faire
perdre de vue l’autre aspect de l’administration, celui d’une administration
qui fait face à ses obligations, dans de bonnes conditions ; l’administration
qui enseigne, soigne, construit, assure l’ordre et la sécurité,… ce qui
constitue donc la règle.

Du point de vue juridique, le contentieux conduit à analyser les


techniques juridiques mises en œuvre pour assurer le règlement des litiges
par le recours au juge.

Ces techniques juridiques sont constituées par des recours


juridictionnels, des procédures qui permettent d’organiser le procès et la
confrontation équitable des points de vue ; c’est aussi le jugement et les
règles qui permettent d’en obtenir l’exécution.

Dans ce sens le contentieux administratif s’identifie à la justice


administrative c’est-à-dire aux précédés juridictionnels qui ont pour but
d’assurer la protection de l’administré contre l’administration.

Le recours au juge apparait ainsi comme un moyen d’obtenir justice


contre l’administration.

Il faut juste rappeler que le recours au juge n’est pas le seul moyen
de résoudre les litiges qui peuvent naitre de l’action administrative, d’autres
procédés peuvent être appliqués : le recours gracieux ou hiérarchique, on a

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

aussi les organismes de réclamations des administrés (ex : en matière


fiscale, l’institution du médiateur etc…).

Toujours dans le cadre conceptuel, et du point de vue science


administrative, l’étude du contentieux administratif est utile pour les
autorités responsables de l’administration, car elle permet de déceler les
insuffisances des services qui peuvent découler soit des carences des
agents, soit de l’inadaptation des institutions ou des mécanismes juridiques.

Mais elle permet aussi de comprendre que les mécanismes de


contrôle les mieux élaborés sur le plan technique ne sont pas toujours
capables de rendre les services que l’on attend d’eux parce qu’ils ne sont
pas à la portée des administrés.

Ainsi, les autorités administratives peuvent, en se penchant sur le


contentieux né du fonctionnement de leurs services, prendre les mesures
des défaillances dont ils font preuve : elles peuvent ainsi en rechercher les
causes et en imaginer les remèdes. La connaissance du contentieux est ainsi
un moyen d’améliorer le fonctionnement de l’administration et de prévenir
le retour des erreurs que l’on a décelées.

Par exemple, l’exercice du pouvoir de police par les agents


d’autorités sous l’empire du dahir du 23 Janvier 1960, avait donné lieu à
beaucoup de recours en annulation pour excès de pouvoir, qui à l’époque
étaient obligatoirement précédés d’un recours administratif préalable.

Ainsi et constatant la multiplication des irrégularités, les autorités


responsables rédigèrent une circulaire à l’intention des gouverneurs chargés
de la diffuser et dans laquelle il était indiqué de façon très précise les règles
que les agents d’autorité devaient respecter dans l’édition de leurs
décisions : compétences des pachas, et caïds, règles de forme, règles

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

relative la publicité (publication, notification), respect des textes législatifs


et réglementaires, motivation des décisions, respect des principes généraux
du droit etc…

Cette circulaire, signée par le secrétaire d’Etat à l’intérieur (12


Novembre 1964), s’achevait par une formule très significative : « Vous
voudrez bien, en diffusant le présente circulaire aux pachas et caïds placés
sous votre autorité, leur signaler que j’attache une grande importance à la
nécessité d’améliorer rapidement la qualité de leurs arrêtés et décisions ».

Plus tard encore, on a assisté à l’élaboration du guide des agents


d’autorité en 1982 et aussi en 2015 ( voir trois numéros de la revue
REMALD « guide des agents d’autorités , dans le même esprit, qui est
d’apporter aux agents les informations nécessaires pour leur éviter de
prendre des décisions irrégulières.

Mais, il faut dire que l’étude du contentieux administratif ne permet


pas de prendre l’exacte mesure des dysfonctionnements de l’appareil
administratif parce que de nombreux litiges ne parviennent jamais à la
connaissance du juge, pas plus d’ailleurs qu’à celle des responsables des
services administratifs .cela s’explique par la naissance de certaines
institutions tel que le médiateur et qui permet de trouver des solutions sans
recourir à la justice... .(On trouvait ça aussi à l’époque des Saadiens ou du
VIZIR Echchikayat), donc ses institutions parmi d’autres renouent quelque
part avec la tradition du tribunal des plaintes ; c’est le cas aussi de
l’institution « Bniquat Echikayat » qui recevait les doléances de la
population jusqu'à l’année 1957.

Toujours dans le cadre conceptuel, et du point de vue science


juridique, il faut dire que la mise en place d’un mécanisme destiné à
permettre de juger l’administration constitue une « performance » à la fois

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

juridique et politique. Il faut dire que juger l’Etat n’est pas une chose aisée
dès lors que l’Etat est le plus puissant.

Il faut donc donner au juge de l’administration une position forte


pour qu’il puisse s’imposer à l’autorité administrative quelle qu’elle soit :
la force du juge c’est naturellement son indépendance. Ceci conduit à
insister sur un facteur idéologique : le contrôle juridictionnel de
l’administration est une conquête de l’Etat de droit, il est indissociable de
l’idéologie libérale. On ne dénoncera jamais assez l’imposture qui consiste
à créer des institutions qui ne peuvent permettre la protection parce qu’elles
sont en réalité au service d’une idéologie qui est la négation des libertés et
du droit.

Un dernier point concernant le cadre conceptuel est celui de la


sociologie et le droit du contentieux administratif. En effet, comme les
autres phénomènes de la vie sociale, le contentieux administratif, en
entendant par-là l’ensemble des litiges dont le règlement appartient aux
juridictions administratives, est susceptible de faire l’objet d’une étude
sociologique c’est-à-dire une étude portant sur des faits : - par exemple, sur
l’influence politique de la juridiction administrative ou sur sa sensibilité
aux changements politiques ou constitutionnels, - sur la façon dont les
magistrats administratifs comprennent leur mission on sur la façon dont ils
sont considérés et jugés par leurs justifiables, ou par l’opinion publique en
général (notamment, quant au degré de la confiance qui peut leur être
faite) ; - sur ce que sont les activités administratives qui suscitent le plus de
litiges ; - on encore s’agissant de l’aboutissement des recours exercés, sur
la proportion des décision de rejet et des décisions d’annulation ou de
condamnation (et cela, de façon générale ; ou dans les limites d’un
contentieux particulier).

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Une telle étude est importante, connaître ce qu’est, à certains égards,


la réalité, c’est non seulement et bien entendu satisfaire un intérêt
intellectuel, mais aussi servir un intérêt pratique. En effet, des constatations
faites, des enseignements pourront être tirés, en vue (le cas échéant) de
préparer et accomplir les réformes adéquates.

Il faut également préciser que, du point de vue conception du droit


du contentieux administratif et contrairement à un usage presque général, il
ne faut pas confondre le régime juridique du contentieux administratif avec
les règles du fond qui constituent le droit administratif.

Sans doute, ce régime et ces règles ne sont pas sans lien. Entre le
premier et les secondes existe une relation de protecteur à protégé, le
protecteur étant au service du protégé ; C’est-à-dire que le régime du
contentieux est destiné à assurer le respect des règles de fond (ou, en
d’autres termes, du « droit substantiel ») et le dévouement des
affrontements auxquels elles peuvent donner lieu ; d’ou une fonction de
pacification.

Du point de vue historique maintenant, il faut souligner que la


situation présente résulte en fait d’un processus historique où on trouve
l’influence du droit français et le désir de créer un système mieux adapté
aux réalités juridiques et politiques marocaines. D’où une évolution
historique qui date d’avant le protectorat, période pendant laquelle, il a été
inconcevable de critiquer l’administration car en critiquant celle-ci, on
critique le sultan, le système donc ne pratiquait pas la séparation des
pouvoirs, le droit applicable a été le droit musulman, donc on ne
connaissait pas l’existence d’un droit administratif et encore moins le
contentieux administratif, et on voit mal comment le juge pourrait
condamner le pouvoir dont il émane. Toutefois, il était possible de formuler

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

des réclamations contre les abus des fonctionnaires qui ne respectaient pas
la volonté du souverain. C’est le cas des plaintes comme on a dit, adressées
aux tribunaux sous les Saadiens et qu’on trouvait aussi avec la dynastie
alaouite.

Les prémices d’un droit administratif ont été avec l’acte d’Algésiras
du 7 Avril 1906, qui contenait des dépositaires (art 105 à 119) sur les
services publics, l’expropriation, l’adjudication pour les travaux publics et
les concessions. Sous le protectorat, on n’a pas mis un conseil d’Etat
comme en France, mais uniquement de limiter le contentieux à des
domaines bien précis.

En effet, le dahir sur l’organisation judiciaire du 12 Août 1913, a


mis en place des juridictions modernes qui ont des compétences en matière
civile, commerciale, pénale et aussi les litiges concernant l’administration.

Après l’indépendance, il y’avait des réformes en deux temps ; dans


un premier, le but a été de compléter l’organisation juridictionnelle et de
l’adapter à la situation nouvelle issue de l’indépendance, dans un second
des mesures ont été adoptées tendant à une simplification et un
accroissement de la cohérence des mécanismes de l’organisation
juridictionnelle et surtout ceux qui concernent le traitement contentieux de
la matière administrative.

On a commencé par la suppression du contrôle qu’exerçait la cour de


cassation française sur les juridictions modernes, d’où la mise en place
d’une cour suprême par le DAHIR du 27 septembre 1957. Cette nouvelle
juridiction va transformer sensiblement la physionomie du contentieux
administratif, par une chambre administrative au sein de cette cour, pour
connaître les recours en cassation. L’innovation est que cette chambre
administrative est désormais compétente pour statuer en premier et dernier

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

ressort sur les recours en annulation dirigés contre les décisions irrégulières
de l’administration.

Donc, l’interdiction précédemment formulée à l’égard des tribunaux


de première instance et des cours d’appels d’annuler les actes administratifs
subsiste, mais elle est levée pour la nouvelle cour suprême. L’existence de
cette chambre administrative et de ce nouveau recours affirme le caractère
spécifique du contentieux administratif. La jurisprudence de la cour
suprême va d’ailleurs très rapidement confirmer l’autonomie de ce
contentieux et l’existence d’un droit administratif totalement dégagé du
droit privé.

Cette autonomie et même quelque fois rappelée en termes


vigoureux : « Attendu que le principe de la séparation des pouvoirs
judiciaires et administratifs est inscrit en termes formels dans les alinéas 4
et 5 de l’article 8 du Dahir du 12 Août 1913 sur l’organisation judiciaire.

Et même après les transformations et les réformes introduites par la


loi du 26 Janvier 1965 unifiant les juridictions, marquées par la fusion des
juridictions traditionnelles aux juridictions modernes, on remarque que le
décret Royal du 3 Juillet 1967 portant loi, reprend les grandes lignes du
système antérieur, et donc on fixant la compétence des différents tribunaux,
on y trouve l’expression désormais traditionnelle : « en matière
administrative », ce qui confirme la compétence de la chambre
administrative. Par conséquent ceci ne fait que renforcer le principe de
l’unité de juridiction et de la compétence des tribunaux de droit commun
pour juger le contentieux administratif.

En 1974, on a assisté à une réorganisation de l’appareil


juridictionnel réalisée par le Dahir du 15 Juillet 1974 et le nouveau code de
procédure civile du 28/9/1974, qui ont apportés un certain nombre de

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modification à la situation antérieure tout en conservant au système de


traitement de contentieux administratif la physionomie générale qu’il avait
acquise au cours de la période précédente.

Les tribunaux de première instance connaissent la compétence en


matière administrative exercée jusqu’alors par les tribunaux régionaux. De
sa part le code de procédure civile, dans ses articles 18 et 25 a élargi la
compétence de la chambre administrative du tribunal de 1 ere instance, pour
connaître toutes les affaires administratives.

Ces innovations parmi d’autres nous donnent la possibilité de dire


que le schéma général du traitement contentieux de la matière
administrative demeure fidèle au système crée en 1913 perfectionné en
1957, et les réformes de 1974 introduisent dans ces mécanismes des
éléments de simplification et parachèvent la construction entreprise.

Toutefois, ses réformes n’étaient pas sans critiques, et on peut


soulever à ce niveau deux critiques majeures ; la première concernait le
contentieux de l’excès du pouvoir : réserver son règlement à une seule
juridiction pour l’ensemble du pays conduisait à limiter son développement
et à rendre quelque peu théorique, voire illusoire, le contrôle de la
régularité de l’action administrative. Seul un rapprochement du juge et de
l’administré pouvait transformer en réalité pratique le recours pour excès
de pouvoir.

La seconde critique visait le contentieux de la pleine juridiction


confié aux tribunaux de première instance, accusés de connaissance
insuffisante du droit administratif et de « dérive civiliste ». Peu au fait des
impératifs de l’action administrative, ils ne semblaient pas à même de
réaliser le difficile équilibre entre les droits des citoyens et ceux de la
puissance publique.

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

L’idée, donc, de la création de véritables juridictions administratives


faisait son chemin pour aboutir aux profondes réformes de 1991, donnant
lieu à la création des tribunaux administratifs.

Donc, attendu que, dans un pays où l’administration est un moteur de


développement, et dont les initiatives se sont multipliées mais aussi
ramifiées sur le territoire par le jeu de la décentralisation et de la
déconcentration, le problème de son contrôle se pose avec acuité.

Le respect des droits des administrés est une nécessité et aussi les
directives de l’Etat ne doivent pas être bafouées. L’administré doit savoir
que si l’administration ne respecte pas ses droits, des recours lui sont
ouverts.

Pour se faire, et suite aux orientations de feu SM Hassan 2 dans le


discours royal du 08 Mai 1990, un projet de loi a été élaboré par le
gouvernement, voté par la chambre des représentants le 12 Juillet 1991,
instituant ainsi les tribunaux administratifs.

Le nombre de ses tribunaux a été fixé par un décret « 3 Novembre


1993 » qui a créé 7 tribunaux dont le siège a été fixé au chef au lieu des
sept régions crées en 1971, « Rabat – Casablanca – Fès – Meknès –
Marrakech – Agadir – Oujda », et ce pour rapprocher la justice des
justiciables.

D’un autre côté les magistrats de ses tribunaux sont soumis au statut
de la magistrature, de même que la procédure reste régie par les
dispositions du code de procédure civile, avec quelque adaptation à l’instar
de la création d’une « institution » qui est le commissaire Royal de la loi et
du droit, et l’appel été porté devant la cour suprême. Toutefois, à partir de
2006, on a institué les cours d’appels administrative « 2ème degré », et le

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

pourvoi été porté devant la cour suprême devenue cour de cassation en date
du 30 octobre 2011.

Il faut souligner à la fin de cette introduction, que le recours donc des


personnes en litige avec l’administration, est une tradition ancestrale au
Maroc, introduite depuis 1913, suivie d’un processus de construction de
cette institution, articulé à l’ensemble de l’édifice de l’Etat, donne à voir
l’architecture institutionnelle d’un Etat de droit, qui selon Carré de
Malberg, dans sa définition de l’Etat de droit : « Un Etat qui dans ses
rapports avec ses sujets et pour la garantie de leur statut individuel, se
soumet lui-même à un régime de droit, et cela entant qu’il enchaine son
action sur eux par des règles, dont les unes déterminent les droits réservés
aux citoyens, dont les autres fixent par avance les voies et moyens qui
pourront être employés en vue de réaliser les buts étatiques. Ne pas se
soumettre à la règle qu’il a lui-même édictée, ce serait par l’Etat, saper les
fondements de son institution. D’où l’importance de la place de la justice
administrative dans l’Etat de droit. Sa perfectibilité dépend largement de la
justice administrative puisqu’elle a pour rôle de sanctionner les écarts de
l’administration au droit et à la loi.

Concernant la justice administrative et l’Etat de droit, on peut dire


que juger, c’est trancher les litiges par le droit. Etre juge, c’est donc
nécessairement se mettre au service de l’Etat de droit. Le juge assure la
prééminence du droit comme régulateur des rapports sociaux , et dans le
même temps, comme « puissance modératrice de la démocratie » selon
l’expression de pierre Bouretz, il limite le pouvoir politique et prévient ou
freine les dérives de celui-ci.

Il faut souligner que l’Etat de droit pour rappel, est né dans des
circonstances historiques particulières, sous des terminologies diverses,

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

avec des acceptions nationales parfois différentes. la notion d’Etat de droit


s’est progressivement imposée comme une notion juridique clé de nos
sociétés, à tel point que l’histoire européenne peut être lue comme celle de
l’émergence de l’Etat de droit. Nul plus qu’Emmanuel Kant, ne pourrait
sans doute revendiquer le titre de « père spirituel » de l’Etat de droit, le
« Rechtsstaat » se situant à la confluence de l’héritage des lumières et de la
tradition des libéraux allemands. Cette idée libérale de l’Etat était aussi
présente chez Jean Locke et Thomas Hobbs, comme chez Montesquieu et
Jean jacques Rousseau. Et depuis le printemps des peuples 1848 jusqu'à
l’effondrement en des deux étapes en 1945 puis en 1989 des deux
totalitarismes européens du 20ème siècle, les histoires nationales racontent la
constitution progressive d’Etats respectueux du droit et procédant de la
volonté librement exprimée des peuples.

L’Etat de droit c’est donc à la fois un type d’Etat, c’est-à-dire un


objet que l’on décrit, mais c’est aussi une idée de l’Etat c’est-à-dire un
objectif que l’on s’assigne, c’est une notion à la fois descriptive et
normative.

Donc, on pose la question, quel est le rôle de la justice administrative


dans l’affermissement de l’Etat de droit ?

Il est certain donc qu’elle joue un rôle central dans l’Etat de droit en
sanctionnant les écarts de l’administration au droit et à la loi, mais aussi en
veillant au respect de la hiérarchie des normes et en assurant la protection
des droits fondamentaux. Sans juge il n’y a pas d’Etat de droit. Mais pour
que l’Etat de droit puisse être une réalité, le juge doit en outre disposer
d’un statut adapté et de pouvoirs suffisants.

Le juge administratif a toujours veillé à l’application du principe de


la légalité et au respect de la hiérarchie des normes, de même que la

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jurisprudence administrative, est aussi une source autonome de protection


des droits fondamentaux. Sur un autre plan, le garantie de l’Etat de droit
suppose aussi une justice administrative indépendante, efficace et disposant
de pouvoirs effectifs.

Au cœur d’un procès administratif, se trouvent les notions


d’indépendance d’impartialité et d’équité.

Dans le contexte marocain, depuis l’avènement du protectorat, on a


assisté à une genèse de justice administrative, et en 1962 dans la première
constitution, on trouve le principe de la séparation des pouvoirs et
l’institutionnalisation de la judiciaire comme institution autonome.

Aujourd’hui dans le préambule de la constitution de 2011, le


Royaume du Maroc, « réaffirme son attachement aux droits de l’Homme
tels qu’ils sont universellement reconnus ».Dans l’article premier, on
trouve à l’alinéa 2, « le régime constitutionnel du Royaume est fondé sur le
séparation, l’équilibre et la collaboration des pouvoirs ».

L’art 6 aussi dispose : « la loi est l’expression suprême de la volonté


de la nation. Tous, personnes physiques ou morales, y compris les pouvoirs
publics, sont égaux devant elle et tenus de s’y soumettre.

On trouve aussi tout un titre de la constitution « le titre 7 »


concernant le pouvoir judiciaire, qui est indépendant du pouvoir législatif et
exécutif et l’article 109 de la constitution dans son dernier alinéa
sanctionne toute personne qui tente d’influencer les juges de manière
illicite.

L’art 117, parle du juge qui est en charge de la protection des droits
et libertés et de la sécurité judiciaire des personnes et des groupes, aussi
que l’application de la loi.

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

L’article 118, dans son alinéa 2 dispose « tout acte juridique, de


nature réglementaire ou individuelle, pris en matière administrative, peut
faire l’objet de recours devant la juridiction administrative compétente ».

Ajoutons à cela, les discours et les messages Royaux et dans


lesquels le Roi insiste toujours sur la protection des droits de l’Homme et
sur la réforme de l’administration, cette dernière qui doit être au service
du citoyen.

Cela dit, l’importance de la justice administrative est omniprésente


pour concrétiser l’Etat de droit et aussi pour donner une image fidèle d’un
pays qui respecte l’équation : droit des citoyens / respect de
l’administration.

Pour se faire nous allons voir un chapitre préliminaire portant sur la


physionomie du contentieux administratif, et un chapitre portant sur les
juridictions administratives (CH1), puis un chapitre portant sur la
procédure administrative contentieuse (CH 2), et enfin les caractères
généraux du recours pour excès du pouvoir (CH3).

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Chapitre préliminaire :La physionomie du contentieux


Administratif
Si l’on définit le contentieux administratif comme l’ensemble des
moyens d’obtenir un règlement juridictionnel des litiges dont la solution est
soumise aux règles du droit administratif, on est conduit à circonscrire
dans trois chapitres ce contentieux, mais avant il convient de voir les
procédés non juridictionnels de règlement des litiges administratifs ainsi
que les actes insusceptibles de recours .

Le contentieux suppose ainsi un règlement des litiges par des


juridictions. Au sens plein du terme, il n’y a contentieux que lorsqu’il y a
intervention d’un tribunal, même si au sens courant du terme on a tendance
à englober tous les procédés de solution des litiges, voire tous les litiges,
sous le terme de contentieux. Il faut donc soigneusement exclure du
contentieux les procédés non juridictionnels de règlement des litiges.

Section 1 : Les procédés non juridictionnels de règlement des


litiges administratifs
A ce niveau on va voir les recours administratifs ,le mécanisme de retrait
des actes administratifs et l’arbitrage .

Sous section 1 : Les recours administratifs

Ce sont des procédés qui permettent à l’administré de s’adresser non


pas à des tribunaux mais à des administrations en leur demandant de se
prononcer favorablement sur les requêtes. Il est évident que ces recours

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

administratifs permettront souvent d’éviter le recours au procédé


juridictionnel.

Le recours gracieux est celui qui est adressé à l’auteur de la décision


en lui demandant de procéder à une nouvelle étude qui le conduira peut-
être à adopter une position différente.

Le recours hiérarchique est celui qui s'adresse au supérieur de


l'auteur de la décision critiquée en lui demandant, d'user de son pouvoir de
commandement pour faire obtenir satisfaction au requérant.

Il existe également des procédures de recours spécifiques, par


exemple en matière contractuelle : c’est le cas de la loi sur les marchés de
travaux organisant le règlement des litiges qui peuvent survenir entre les
entreprises et le maitre d'œuvre.

De même le code des douanes et impôts indirects a crée des


commissions consultatives au niveau régional et au niveau national qui ont
notamment pour mission d'examiner les réclamations des usagers et de
donner un vis à I' autorité compétente pour statuer sur les contestations ou
les litiges en matière douanière.

L'importance pratique de ces recours est très grande dans le


fonctionnement de l’administration ; ils permettent non seulement de régler
les litiges administratifs, mais aussi de dissiper les malentendus, d'autant
plus nombreux que la complexité des procédures administratives n'est pas
toujours à la portée de la compréhension des administrés ; c'est cette
considération qui a conduit à la mise sur pied d'un bureau des requêtes
placé auprès des gouverneurs de province ou de préfecture.

C'est d’ailleurs cette même considération qui avait conduit au


lendemain de l’indépendance à créer un bureau de recherche et

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

d'orientation au Cabinet royal ; ce dernier a été supprimé par le dahir du 9


décembre 2001 du fait de la création du Diwan Al Madhalim(devenu par la
suite Al WASSIT « le médiateur » -qui a vu le jour en 2011- qui, dans
certaines conditions, est amené à jouer le rôle de médiateur , contribuant
ainsi à résoudre les litiges qui peuvent opposer les usagers des services
publics à l'administration. .

On peut penser que par l'intermédiaire de ses délégués auprès des


ministères, voire des services extérieurs des départements ministériels, AL
WASSIT « le médiateur » pourra ainsi régler à la source bon nombre de
conflits qui ne viendront pas devant le juge.

Cependant, ces recours présentent par rapport aux recours


juridictionnels une insuffisance qui tient au fait que ce sont les services qui
sont à l’origine de la décision qui sont appelés à préparer les éléments de la
réponse ; au contraire, le juge, oblige de répondre au recours juridictionnel
porté devant lui, le fera en appréciant par lui même son bien-fondé, sans
être en rien lié par la décision administrative initiale.

Sous section 2 : Le retrait des actes administratifs

Avec le retrait, l'administration se fait justice elle même. Elle revient


sur une décision qu'elle a prise, le plus souvent d'ailleurs, à la suite d'un
recours administratif. Le terme de retrait doit être réservé à la mesure qui,
rétroactivement, met fin à l’existence de la décision initiale. C'est dans son
caractère rétroactif que le retrait se distingue de l'abrogation qui n’a d’effet
que pour l'avenir et ne soulève pas les mêmes problèmes.

Pour les actes administratifs n’ayant pas créé de droit, c’est à dire
essentiellement les mesures défavorables comme les sanctions ou les
punitions, les interdictions de toute sorte, le retrait est toujours possible,

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

que ce soit spontanément, que ce soit à la suite d’une demande des


intéressés.

Mais pour les actes ayant crée des droits au sens le plus large du
terme, c'est-a-dire des nominations, des autorisations, des permissions,
etc.. , une distinction doit être faite. Si l'acte est légal, le retrait est
impossible, car c'est la sécurité même des administrés qui est en cause. A
partir du moment où l’administration a pris une décision qui crée des droits
pour des administrés, il n’y a aucune raison de permettre qu’elle revienne
sur sa position si la mesure est régulière. Par conséquent, le retrait d’un tel
acte serait lui-même irrégulier et pourrait être annulé. Mais si l’acte est
illégal, il peut être retiré quand bien même ce retrait lèse un intérêt
individuel, car ce faisant, l’administration se contente de respecter le droit.
Elle devance, en quelque sorte, le juge et c’est en cela qu’on s’aperçoit bien
que le retrait est un procédé de règlement des litiges. L'administration se
comporte comme le ferait le juge administratif : si son acte est légal elle ne
peut pas le retirer, s'il est illégal, elle peut. Mais il y a une condition : ce
retrait ne peut avoir lieu que pendant le délai du recours pour excès de
pouvoir.

Sous section 3 : L'arbitrage

Il consiste pour les parties à un litige de choisir, d'un commun


accord, par un acte appelé « compromis », une personne qui tranchera leur
différent de façon définitive. L'art. 306-2 du C.P.C. exclut expressément la
possibilité de recourir à l'arbitrage à propos des litiges « concernant des
actes ou des biens soumis à un régime de droit public ».

II semble toutefois qu'on puisse l'admettre pour les contrats à


caractère international et pour les services à caractère industriel
commercial, ou les contrats conclus dans les termes du droit commun.

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Section 2 : Les actes insusceptibles de recours


Une limite importante au contentieux administratif vient de ce qu'il
existe un certain nombre d'actes de l’administration qui ne sont pas
susceptible d’être discuté devant les tribunaux, que ce soit pour en obtenir
l’annulation par la voie de recours pour excès de pouvoir , que ce soit pour
obtenir des indemnités du fait des dommages qu'ils ont causés. La
jurisprudence française connait bien cette catégorie d'actes sous le nom
d'actes de gouvernement. La jurisprudence marocaine a peu eu l’occasion
de s’y référer mais elle n'en écarte pas pour autant l'existence.

L'arrêt de la Cour suprême du 30 avril 1959 (Fédération nationale


des syndicats de transporteurs routiers du Maroc) y fait allusion d'une
manière qui pour être négative n’en est pas moins caractéristique: « Enfin,
cette décision n’est pas au nombre des actes de la puissance publique qui,
en raison des autorités qu'ils mettent en cause, échappent à toute procédure
juridictionnelle ».

Si donc l'acte attaqué dans cette affaire n'en fait pas partie, il n'est pas
moins certain qu'il existe des actes insusceptibles de tout recours
juridictionnel. Entrent certainement dans cette catégorie, tous les actes faits
par le Roi sans contreseing, les actes concernant les rapports du
gouvernement avec le parlement et les actes concernant les rapports avec
les Etats étrangers. II s'agit donc là d'un ensemble de questions d'ordre
nettement plus constitutionnel qu'administratif.

Depuis l'arrêt de la Cour suprême "Sté propriété agricole Abdelaziz"


(C.S.C. 20 mars 1970), on doit ajouter tous les actes du Roi pris en matière
administrative soit en période normale, soit en période exceptionnelle.

20
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Chapitre 1 : les juridictions administratives


En principe, la juridiction chargée de trancher les litiges entre
l’administration et les particuliers est la juridiction administrative

Au Maroc, il existe trois types d’instances judicaires spécialisées


dans le domaine du contentieux administratif, à savoir :

-les tribunaux administratifs ;

-les cours d’appel administratives ;

-la chambre administrative au sein de la cour de cassation.

Section 1 : Bases légales des tribunaux administratifs


Les tribunaux administratifs sont d’une apparition relativement
récente ; ils n’ont été crées qu’au début des années 90 du siècle dernier par
la loi n° 41.90 du 3 novembre 1993, mais avant cette date les tribunaux
ordinaires et la chambre administrative au sein de la cour suprême étaient
compétents pour statuer sur les litiges mettant en cause l’administration .

Le nombre des tribunaux administratifs a été fixé à sept (7) en vertu


de l’article premier du décret n° 2.92.59 du 3 novembre 1993 pris en
application des dispositions de la loi n° 41-90 instituant les tribunaux
administratifs.

Leurs lieux et ressorts respectifs ont été définis dans un tableau


annexé au décret n° 2-92-59 précité.

Les tribunaux administratifs ont été institués au niveau des sept


villes suivantes : Rabat, Casablanca, Fès, Marrakech, Meknès, Agadir,
Oujda.

21
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Sous section 1 : la composition des tribunaux administratifs

En vertu de l’article 2 de la loi n° 41.90 Le tribunal administratif


comprend :

-Un président,

-des magistrats,

-Un greffe

Un ou plusieurs commissaires royaux de la loi et du droit désignés


par le président du tribunal administratif parmi les magistrats de celui-ci et
sur proposition de l’assemblée générale pour une période de deux ans.

L’assemblée générale des tribunaux administratifs définit le mode de


fonctionnement interne de ces tribunaux.

Elle se compose des magistrats appartenant à ces tribunaux ainsi que


des commissaires royaux de la loi et du droit en exercice.

L’assemblée générale se réunit dans la première quinzaine de


décembre pour arrêter le nombre des sections, la composition, les jours et
heures des audiences, ainsi que la répartition des affaires entre ces diverses
sections.

Sous section 2 : la procédure devant les tribunaux administratifs

Le tribunal administratif est saisi par une requête écrite signée par un
avocat inscrit au tableau de l’un des barreaux du Maroc et contenant sauf
disposition contraire, le nom, prénom, qualité ou profession, domicile ou
résidence du défendeur et du demandeur, ainsi que, s’il y a lieu ,la qualité
et le domicile du mandataire du demandeur, si l’une des parties est une
personne morale.

22
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Le greffier du tribunal administratif délivre au demandeur un


récépissé du dépôt de la requête.

Après enregistrement de la requête, le président du tribunal


administratif transmet immédiatement le dossier à un juge rapporteur qu’il
désigne et au commissaire royal de la loi et du droit.

Le président du tribunal administratif peut accorder l’assistance


judicaire conformément à la procédure en vigueur.

Les audiences des tribunaux administratifs sont tenues et leurs


jugements rendus publiquement par trois magistrats assistés d’un greffier.

La présidence de l’audience est assurée par le président du tribunal


administratif ou par un magistrat désigné à cette fonction par l’assemblée
générale annuelle des magistrats du tribunal administratif

La présence du commissaire royal de la loi et du droit à l’audience


est obligatoire. Il expose , et en toute indépendance, ses conclusions écrites
et orales sur les circonstances de fait et les règles de droit applicables. Ses
conclusions sont développées sur chaque affaire en audience publique

Les parties peuvent se faire communiquer, à titre d’information, une


copie des conclusions du commissaire royal de la loi et du droit.

Les règles du code de procédure civile sont applicables devant les


tribunaux administratifs sauf dispositions contraires prévues par la loi.

Sous section 3 : la compétence des Tribunaux Administratifs

On trouve à ce niveau la compétence en raison de la matière et la


compétence territoriale.

23
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Paragraphe 1 : la compétence en raison de la matière

D’abord il faut rappeler que les règles de compétence à raison de la


matière sont d'ordre public. De même que l'incompétence à raison de la
matière peut être soulevée par les parties à tout stade de la procédure. Elle
est relevée d'office par la juridiction saisie.

Les tribunaux administratifs sont compétents, pour juger en premier


ressort, les recours en annulation pour excès de pouvoir formés contre les
décisions des autorités administratives, les litiges relatifs aux contrats
administratifs et les actions en réparation des dommages causée par les
actes ou les activités des personnes publiques, à l'exclusion toutefois de
ceux causés sur la voie publique par un véhicule quelconque appartenant à
une personne publique.

Une décision administrative est entachée d'excès de pouvoir soit en


raison de l'incompétence de l'autorité qui l'a prise, soit pour vice de forme,
détournement de pouvoir, défaut de motif ou violation de la loi.

La personne à laquelle une telle décision fait grief peut l'attaquer


devant la juridiction administrative compétente .

La requête en annulation pour excès de pouvoir doit être


accompagnée d'une copie de la décision administrative attaquée. Au cas où
un recours administratif préalable a été formé, la requête doit être
également accompagnée d'une copie de la décision rejetant ce recours ou,
en cas de rejet implicite, d'une pièce justifiant son dépôt.

La requête en annulation pour excès de pouvoir est dispensée du


paiement de la taxe judiciaire

Les recours en annulation pour excès de pouvoir contre les décisions


des autorités administratives doivent être introduits dans le délai de

24
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

soixante jours à compter de la publication ou de la notification à l'intéressé


de la décision attaquée.

Dans le cas d’un recours gracieux ou hiérarchique, le silence gardé


plus de 60 jours par l'autorité administrative vaut rejet. Si l'autorité
administrative est un corps délibérant, le délai de 60 jours est prolongé, le
cas échéant, jusqu'à la fin de la première session légale qui suivra le dépôt
du recours.

Lorsque la réglementation en vigueur prévoit une procédure


particulière du recours administratif, le recours en annulation n'est
recevable qu'à l'expiration de ladite procédure et dans les mêmes conditions
de délais.

Le silence conservé pendant une période de 60 jours par


l'administration à la suite d'une demande dont elle a été saisie équivaut sauf
disposition législative contraire, à un rejet. L'intéressé peut alors introduire
un recours devant le tribunal administratif dans le délai de 60 jours à
compter de l'expiration de la période de 60 jours ci-dessus spécifiée.

Le recours en annulation n'est pas recevable contre les décisions


administratives lorsque les intéressés disposent pour faire valoir leurs droits
du recours ordinaire de pleine Juridiction.

Sur demande expresse de la partie requérante le tribunal administratif


peut, à titre exceptionnel, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution des
décisions administratives contre lesquelles a été introduit un recours en
annulation pour excès de pouvoir

La saisine d'une juridiction incompétente, même de la Cour de


cassation, interrompt le délai de recevabilité du recours en annulation pour
excès de pouvoir qui ne recommence à courir qu'à compter de la

25
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

notification au demandeur de la décision statuant définitivement sur la


juridiction compétente.

Les tribunaux administratifs sont également compétents pour


connaître des litiges nés à l'occasion de l'application :

- de la législation et de la réglementation des pensions et du capital-


décès des agents de l'Etat, des collectivités territoriales, des établissements
publics et du personnel de l'administration de la Chambre des représentants
et de la Chambre des conseillers,

- de la législation et de la réglementation en matière électorale et


fiscale, du droit de l'expropriation pour cause d'utilité publique, des actions
contentieuses relatives aux recouvrements des créances du Trésor, des
litiges relatifs à la situation individuelle des fonctionnaires et agents de
l'Etat, des collectivités territoriales et des établissements publics, des
fonctionnaires de l’administration de la chambre des conseillers.

Ils sont, en outre, compétents pour l'appréciation de la légalité des


actes administratifs et ce conformément à l’article 44 de la loi n° 41.90 qui
dispose que :

« Lorsque l'appréciation de la légalité d'un acte administratif


conditionne le jugement d'une affaire dont une juridiction ordinaire non
répressive est saisie, celle-ci doit, si la contestation est sérieuse, surseoir à
statuer et renvoyer la question préjudicielle au tribunal administratif ou à la
Cour de cassation selon la compétence de l'une ou de l'autre juridiction
telle qu'elle est définie aux articles 8 et 9 de la loi 41/90. La juridiction de
renvoi se trouve de ce fait saisie de plein droit de la question préjudicielle.

26
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

La juridiction répressive a plénitude de juridiction pour l'appréciation


de la légalité de tout acte administratif invoqué devant elle soit comme
fondement de la poursuite soit comme moyen de défense »

Le président du tribunal administratif ou la personne déléguée par lui


est compétent, en tant que juge des référés et des ordonnances sur requête,
pour connaître des demandes provisoires et conservatoires

Paragraphe 2 : La compétence territoriale

Les règles de compétence territoriale prévues par les articles 27 à 30


du Code de procédure civile sont applicables devant les tribunaux
administratifs, sauf dispositions contraires de la présente loi ou d'autres
textes particuliers

Toutefois, les recours en annulation pour excès de pouvoir sont


portés devant le tribunal administratif du domicile du demandeur ou devant
celui dans le ressort territorial duquel la décision a été prise.

Le tribunal administratif saisi d'une demande entrant dans sa


compétence territoriale est également compétent pour connaître de toute
demande accessoire ou connexe et de toute exception qui ressortiraient
normalement à la compétence territoriale d'un autre tribunal administratif.

Le tribunal administratif de Rabat est compétent pour les litiges


relatifs à la situation individuelle des personnes nommées par dahir ou par
décret et le contentieux relevant de la compétence des tribunaux
administratifs mais né en dehors du ressort de ces tribunaux.

Lorsqu'un tribunal administratif est saisi d'une demande présentant


un lien de connexité avec une demande relevant de la compétence de la
cour de cassation en premier et dernier ressort ou de la compétence du
tribunal administratif de Rabat, il doit, soit d'office, soit à la demande de

27
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

l'une des parties, se déclarer incompétent et transmettre l'ensemble du


dossier à la cour de cassation ou au tribunal administratif de Rabat. Ces
juridictions sont alors saisies de plein droit des demandes principales et
connexes.

La cour de cassation saisie d'une demande relevant de sa compétence


en premier et dernier ressort est également compétente pour connaître de
toute demande accessoire ou connexe et de toute exception ressortissant en
premier degré à la compétence des tribunaux administratifs

Section 2 : Les cours d’appel administratives


Les cours d’appel administratives ont été créés par la loi n° 80-03
instituant les cours d'appel administratives promulguées par le dahir n° 1-
06-07 du 15 moharrem 1427 (B.O. n° 5400 du 2 mars 2006).

Le ressort des cours d’appel administratives est fixé par décret à


(Rabat et Marrakech).

Sous section 1: la composition des cours d’appels


administratives

La cour d'appel administrative comprend:

- un premier président, des présidents de chambres et des conseillers

- un greffe.

La cour d'appel administrative peut être divisée en chambres suivant


la nature des affaires dont elle est saisie

Le premier président de la cour d'appel administrative désigne sur


proposition de l'assemblée générale, pour une période de deux ans
renouvelable parmi les conseillers, un ou plusieurs commissaires royaux de
la loi et du droit

28
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Les audiences des cours d'appel administratives sont tenues et leurs


décisions sont rendues publiquement par trois conseillers dont un président,
assistés d'un greffier.

La présence du commissaire royal de la loi et du droit à l'audience est


obligatoire.

Le commissaire royal de la loi et du droit expose à la formation de


jugement, et en toute indépendance, ses avis par écrit, qu'il peut expliciter
oralement sur les circonstances de fait comme sur les règles de droit
applicable.

Ses avis sont développés sur chaque affaire en audience publique.

Les parties peuvent se faire délivrer copie des conclusions du


commissaire royal de la loi et du droit.

Le commissaire royal de la loi et du droit ne prend pas part aux


délibérations.

Le premier président de la cour d'appel administrative exerce en


matière de récusation des magistrats, les mêmes attributions dévolues par le
chapitre V du titre V du code de procédure civile au premier président de la
cour d'appel.

Les règles du code de procédure civile et de la loi n° 41-90 instituant


des tribunaux administratifs sont applicables devant les cours d'appel
administratives, sauf dispositions contraires prévues par la loi.

29
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Sous section 2 : la compétence des cours d'appel administratives

Les jugements rendus par les tribunaux administratifs sont


susceptibles d'appel dans un délai de trente jours à compter de la date de
notification du jugement conformément aux dispositions prévues aux
articles 134 à 141 du code de procédure civile.

Le même délai d'appel prévu par les articles 148 et 153 du code de
procédure civile s'applique aux ordonnances rendues par les présidents des
tribunaux administratifs.

L'appel est présenté au greffe du tribunal administratif qui a rendu le


jugement en appel par une requête écrite signée par un avocat, sauf lorsque
l'appel est interjeté par l'Etat et les administrations publiques au quel cas le
recours à l'avocat est facultatif.

L'appel est dispensé du paiement de la taxe judiciaire.

La requête d'appel accompagnée des pièces est transmise au greffe de


la cour d'appel administrative compétente dans un délai maximum de 15
jours à compter de la date de son dépôt au greffe du tribunal administratif .

L'appel contre les décisions ordonnant le sursis à l'exécution d'une


décision administrative n'a pas d'effet suspensif. Toutefois, la cour d'appel
doit statuer sur la demande d'appel relative au sursis à exécution d'une
décision administrative dans un délai de soixante (60) jours à compter de la
date de réception du dossier par le greffe de la cour d'appel.

Les décisions rendues par défaut par les cours d'appel administratives
sont susceptibles d'opposition.

Le premier président de la cour d'appel administrative ou le vice-


président exerce les compétences de juge des référés lorsque la cour est
saisie du litige.

30
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Le premier président de la cour d'appel administrative peut accorder,


sur requête, l'assistance judiciaire conformément aux conditions prévues au
décret royal portant loi n° 514-65 du 17 Rajab 1386 (1er novembre 1966)
relatif à l'assistance judiciaire.

La décision du rejet, rendue par le président du tribunal administratif


en matière d'assistance judiciaire, est susceptible d'appel devant la cour
d'appel administrative dans un délai de 15 jours à compter de la date de la
notification.

La requête d'appel accompagnée des pièces est transmise à la cour


d'appel dans un délai de 15 jours à compter de la date du dépôt de la
requête.

La chambre de conseil statue sur l'appel dans un délai de 15 jours à


compter de la date de la notification.

Section 3 : La cour de cassation


La cour de cassation siège à Rabat. L’expression « cour de
cassation » a été substituée à l’appellation antérieure « Cour suprême » en
vertu de l’article unique de la loi n° 58.11 relative à la cour de cassation
modifiant le dahir n°1.57.233 du 27 septembre 1957 relatif à la cour
suprême.

La chambre administrative au sein de la cour de cassation demeure


compétente pour statuer en premier et dernier ressort sur :

- les recours en annulation pour excès de pouvoir dirigés contre les


actes réglementaires ou individuels du chef de gouvernement ;

- les recours contre les décisions des autorités administratives dont le


champ d'application s'étend au-delà du ressort territorial d'un tribunal
administratif.

31
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Les dispositions de l'article 13 de la loi n° 41-90 instituant des


tribunaux administratifs demeurent en vigueur en ce qui concerne l'appel
des décisions relatives à la compétence à raison de la matière. La cour de
cassation transmet le dossier après en avoir statué à la juridiction
compétente .

Les décisions rendues par les cours d'appel administratives sont


susceptibles de pourvoi en cassation devant la Cour de cassation, sauf les
décisions rendues en matière d'appréciation de la légalité des décisions
administratives.

Le délai du pourvoi en cassation est fixé à 30 jours à compter de la


date de notification de l'arrêt objet du recours.

Sont applicables en matière de pourvoi en cassation les règles


prévues par le code de procédure civile.

La Cour de cassation peut lorsqu'elle prononce la cassation d'un arrêt


rendu dans une action en annulation, évoquer et statuer si l'affaire est en
état.

Un pourvoi en cassation peut être formulé dans les cas suivants :

-Violation de la loi interne ;

-Violation d’une règle de procédure ayant causé un préjudice à une


partie ;

-Incompétence ;

-Excès de pouvoir

-Défaut de base légale ou défaut de motifs.

32
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Chapitre 2 : La procédure administrative


contentieuse
La doctrine définit l’action en justice comme un droit subjectif ayant
pour objet le pouvoir d'accomplir les actes nécessaires à 1' obtention d'une
décision du juge statuant par application du droit sur le fond d'une
prétention juridique.

L’expression "procédure administrative contentieuse » retenue en


matière administrative désigne l’ensemble des règles qui régissent la
conduite des procès dont l’accomplissement est nécessaire pour obtenir une
décision rendue par le juge administratif.

Nous allons voir les caractéristiques de la procédure administrative


contentieuse ainsi que l’instance.

Section 1 : Les caractéristiques de la procédure


administrative contentieuse

En principe il y’a trois critères qui caractérisent la procédure


administrative contentieuse. Elle est écrite, inquisitoire et contradictoire.

Sous section 1 : La procédure est écrite

Aux termes de l'article 3 de la loi n 41/90 « le tribunal administratif


est saisi par une requête écrite… ».Il ressort de cet article que le tribunal
administratif ne peut être saisi que par la voie d'une requête écrite.

D’après la doctrine l’importance de cette obligation est évidente. En


effet, comme le précise Michel ROUSSET "la pertinence d’une
argumentation apparait beaucoup mieux dans un texte écrit que dans une
argumentation orale ".

33
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Sous Section 2 : La procédure est inquisitoire

La procédure administrative contentieuse est réputée de nature


inquisitoire .il est expliqué à ce propos que l’inégalité des pouvoirs des
parties en cause est une caractéristique du contentieux administratif.
L’administration détient les moyens de preuve dont le requérant a besoin ;
ce dernier peut difficilement en obtenir connaissance. Par ailleurs,
l’administration occupe, dans la plupart des cas, la position privilégiée de
défendeur à l’instance. Le demandeur sur lequel pèsent les charges
essentielles de la preuve, se trouve donc être la personne la plus
défavorisée. Donc le caractère inquisitoire permet de rétablir l’égalité dans
l’instance ainsi :

-le juge possède le pouvoir d’apprécier l’opportunité des mesures


d’instruction qui lui sont demandées. Il n’est pas tenu d’ordonner d’office
les enquêtes et expertises ou autres mesures de versification à la requête
des parties.

-Le juge peut ordonner des mesures d’instruction en dehors de toute


demande des parties. Cette prérogative correspond au caractère inquisitoire
de la procédure administrative contentieuse.

-Le juge administratif détient le pouvoir pour assurer sa conviction


d’exiger des parties tous les renseignements qu’il estime utile.

Il faut signaler qu’aux termes de l’article 7 de la loi n 41/90 « les


règles du code de la procédure civile sont applicables devant les tribunaux
administratifs ». Toutefois il faut noter que la loi de 1991 instituant les
tribunaux administratif a mis l’accent sur le caractère inquisitoire de la
procédure ce qui apparait dans le rôle confié au juge rapporteur ; il peut
procéder d’office ou à la demande des parties à tous les actes d’instruction

34
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

qu’il estime nécessaire. Grace à son rôle actif, ce juge va souvent venir en
aide au requérant qui se trouve dans une situation d’inégalité face à
l’administration.

Sous Section 3 : La procédure est contradictoire

Le caractère contradictoire de la procédure implique la participation


effective à la procédure de toute personne dont les droits ou les intérêts
peuvent être mis en cause, afin de présenter ses moyens de défense.
Concrètement, cela se traduit par les transmissions effectuées sur
l’instruction du juge rapporteur par intermédiaire du greffe.

Section 2 : L’instance

La procédure administrative contentieuse de l’instance se déroule en


trois étapes successives : l’introduction de l’instance, l’instruction et le
jugement.

Sous Section 1 : L’introduction de l’instance

En cas de litige opposant un individu ou une société à


l’administration, l’instance c'est-à-dire le procès administratif est déclenché
d’abord par le dépôt d’une requête au tribunal administratif mais cette
opération n’est pas aussi simple car pour être recevable cette requête ou la
demande doit remplir certaines conditions bien fixées par la loi. Elles
touchent successivement au requérant et à la requête.

Paragraphe 1 : Les conditions s’attachant au requérant

Aux termes de l’article premier du code de procédure civile. «Ne


peuvent ester en justice que ceux qui ont qualité, capacité et intérêt pour
faire valoir leurs droits. »

35
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Il ressort de cet article que le requérant doit satisfaire à trois


conditions : la capacité, l’intérêt et la qualité d’agir.

A- La capacité d’agir

Cette condition diffère selon qu’il s’agisse d’une personne physique


ou morale.

Si le requérant est une personne physique, il devra avoir atteint l’âge


de la majorité, dans le cas des personnes morales ; il faut faire la distinction
entre les personnes morales de droit privé et les personnes morales de droit
public.

Dans le cas des personnes morales de droit privé la capacité découle


des règles statutaires qui déterminent les organes capables de représenter
valablement l’institution en justice.

B- L’intérêt d’agir

La nécessité pour le demandeur de justifier d’un intérêt est attesté par


le principe « Pas d’intérêt, pas d’action »

L’acte administratif doit porter atteinte à une personne,la


jurisprudence aussi considère que l’intérêt d’agir doit être légitime

C- La qualité d’agir

La qualité d’agir peut être définie comme « le titre juridique


conférant le droit d’agir, c'est-à-dire le droit de solliciter du juge qu’il
examine le bien fondé d’une prétention »

Paragraphe 2 : Les conditions liées à la requête

Pour être recevable cette requête ou cette demande doit remplir


certaines conditions bien fixées par la loi.

36
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

A- La conformité de la requête introductive d’instance à l’article


32 du CPC

Le tribunal administratif doit être saisi par une requête écrite,


rédigée en langue arabe « contenant, sauf disposition contraire, les
indications et énonciations prévues par l'article 32 du code de la
procédure». Celui-ci dispose que « les requêtes ou procès- verbaux de
déclaration doivent indiquer les noms, les prénoms, qualité ou profession,
domicile ou résidence du défendeur et du demandeur, si l'une des parties est
une société, la requête ou le procès verbal doit indiquer la dénomination
sociale, la nature et le siège de la société ».

Ces requêtes ou procès-verbaux doivent, en outre, énoncer


sommairement 1'objet de la demande, les faits et les moyens invoqués, les
pièces dont le demandeur entend éventuellement se servir doivent être
annexées à la demande ».

B - La requête doit être présentée par un avocat inscrit au


tableau d’un barreau du Royaume

En matière administrative, le ministère d'un avocat est obligatoire,


les pourvois et les mémoires signés du requérant lui même ne sont pas
recevables. Cette règle découle des dispositions de l'article 3 de la loi
instituant les tribunaux administratifs « le tribunal est saisi par une requête
signée par un avocat ».

Cette exigence trouve son explication dans la complexité du


contentieux administratif, toutefois l’Etat est dispensé du ministère d’un
avocat.

37
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

B- la Conformité de la demande aux délais de la procédure


prévus par un texte spécial

L’exercice des actions en justice est souvent enfermé dans certaines


limites de temps. L’idée qui justifie l’existence des délais en question
répond à une double nécessité, celle d’assurer la stabilité de situations
juridiques créées par les actes administratifs et celle d’éviter toute
incertitude dans les actions de l’administration qui visent un but d’intérêt
général.

D -La recevabilité de la demande et le recours administratif


préalable
L’autre élément qui conditionne la recevabilité de la demande est lié
au recours administratif préalable.
Il faut savoir que dans de nombreuses situations litigieuses la loi
impose de s’adresser préalablement à l’administration avant de saisir le
juge administratif. Cette procédure s’impose comme une obligation
relevant de l’ordre public dans des domaines comme en matière fiscale, où
l’article 243 du code général des impôts précise qu’avant de saisir le juge
administratif, il faut adresser une réclamation à l’administration fiscale.
Sous Section 2 :L'instruction du procès administratif
Dans cette phase, il convient ici de mettre l’accent sur deux
institutions à savoir : l'institution du juge rapporteur et l'institution du
commissaire royal.
Paragraphe 1 : Le juge rapporteur
Il sera question ici de relater l’ensemble des tâches confiées au juge
rapporteur.
Le juge rapporteur veille au bon déroulement de la procédure
administrative contentieuse .Ainsi aux termes de l'article 4 de la loi n 41/90

38
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

« après enregistrement de la requête, le président du tribunal administratif


transmet immédiatement le dossier à un juge rapporteur qu'il désigne ».
Le juge rapporteur procède immédiatement à la notification de la
requête à la partie défenderesse dans les conditions fixées par les articles
36,37,38, et 39. Cette notification doit être accompagnée d’une convocation
par application des dispositions de l’article 36 du code de procédure civile.
De même, l’article 516 du même code précise que cette convocation doit
être adressée au représentant légal de l’entité publique.
Le juge rapporteur fixe les délais de réponse et le jour de
comparution par application des dispositions de l’article 40 du CPC.
L’article 55 du CPC de son côté annonce que le juge peut, soit sur la
demande des parties, soit d’office, ordonner avant dire droit au fond une
expertise, une visite des lieux, une enquête, une vérification d’écriture ou
toute autre mesure d’instruction.
Lorsque l’affaire est en état d’être jugée, le juge rapporteur se
dessaisit de l’affaire et fixe la date d’audience. Il n’est fait état par le
tribunal d’aucun mémoire et d’aucune pièce produite par les parties à
l’exception des conclusions aux fins de désistement.les mémoires et pièces
produites tardivement sont rejetés du dossier et tenus au greffe à la
disposition de leurs dépositaires.
Le juge rapporteur dresse un rapport écrit dans lequel il relate les
incidents de la procédure et l’accomplissement des formalités légales,
analyse les faits et les moyens des parties et reproduit ou résume s’il y a
lieu les conclusions des parties.

39
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Paragraphe 2 :Le commissaire royal


Aux termes des dispositions de l'article 4 de la loi n 41/90 «près
enregistrement de la requête, le président du tribunal administratif transmet
immédiatement le dossier à un juge rapporteur qu'il désigne et au
commissaire royal de la loi et du droit visé à l'article 2 de la loi précitée».

Il résulte de la formulation de ce passage que le renvoi du dossier au


juge rapporteur et au commissaire royal se fait au début de la procédure et
simultanément.
La doctrine ne manque pas de reconnaitre qu'une telle démarche
procédurale permet :
- au commissaire royal dans une phase avancée du procès de
Constituer une idée générale sur la nature du litige ainsi que de la
problématique juridique posée.
- d'instaurer une collaboration fructueuse entre le commissaire royal
et le juge rapporteur surtout si l’affaire se révélerait irrecevable dès le
premier examen de la requête introductive du procès administratif.
Sous Section 3 : Le jugement
Avant de rendre le jugement, le tribunal et lors de l’audience procède
à l’audition du rapporteur, du commissaire royal, des avocats et les
représentants de l’administration.
Après la délibération le juge rend son verdict .Le jugement doit être
écrit, rédigé en langue arabe et comporter les mentions suivantes à peine de
nullité :
- Le jugement doit être rendu au nom de SM le Roi et en vertu de la
loi par application des dispositions de l’article 124 de la constitution de
2011. Celui-ci dispose « les jugements sont rendus et exécutés au nom du
Roi et en vertu de la loi »

40
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Le jugement doit comporter les énonciations prévues par l’article 50


du CPC :
- Noms des juges et du greffier,
- Nom du juge rapporteur, celui-ci fait partie de la formation de
jugement, son nom doit figurer à peine de nullité du jugement qui sera
rendu.
- Noms et prénoms des parties et noms de leurs mandataires et leur
convocation.
- Signature du Président, du juge rapporteur et du greffier.
- Rappel des conclusions des parties, l’analyse sommaire de leurs
moyens, le visa des pièces produites.
- Date du jugement, sa mention est une formalité substantielle.
- Le jugement doit être motivé à peine de nullité.
-Visa des dispositions légales appliquées.

41
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Chapitre 3 : les caractères généraux du recours


pour excès de pouvoir
Le droit administratif marocain connait le principe selon lequel tous
les actes de l’administration doivent être conformes aux règles de droit qui
leur sont supérieures. C’est le principe de la hiérarchie des normes qui est
désormais un principe constitutionnel en vertu de l’article 6-3° de la
Constitution. Mais ce principe ne peut s’appliquer que s’il est entouré d’un
certains nombres de garanties, que s’il y a un moyen d’obliger
l’administration à le respecter. Le recours pour excès de pouvoir est la
technique qui permet au juge de contrôler l’action de l’administration.
C’est le mécanisme juridictionnel qui tend à l’annulation des actes
administratifs irréguliers. Ce recours a été créé au Maroc par le dahir du 27
septembre 1957 relatif à la cour suprême.(aujourd’hui cour de cassation).

Le recours pour excès de pouvoir est absolument général, c’est une


pièce de base du droit administratif . Ainsi tous les actes de l’administration

doivent pouvoir être soumis au contrôle du juge.

Il faut dire que le recours pour excès de pouvoir n’est pas


suspensif d’une part et c’est un recours en annulation d’autre part.
Cela veut dire que le fait qu’une décision administrative fasse l’objet d’un
recours pour excès de pouvoir n’empêche pas l’administration de procéder
à son exécution. Cette règle découlait de l’article 15 du dahir du 27
septembre 1957, repris par l’art. 361 du Code de procédure civile. L’art. 24
de la loi créant les tribunaux administratifs dit la même chose, sous une
forme différente.

Le dépôt d’un recours n’affecte en rien le fonctionnement de


l’administration. Cette règle est justifiée par le fait que l’action

42
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

administrative étant en principe inspirée par l’intérêt général, il est normal


que cette action ne soit pas paralysée par le simple dépôt d’un recours, ce
qui permettrait facilement aux administrés d’user de procédés dilatoires qui
retarderaient la mise en œuvre des actes administratifs .D’ou la question
suivante : Dans quelle condition le juge accorde-t-il le sursis ?

La première condition tient au fait que la demande de sursis ne doit


pas être formée isolément. Elle ne peut intervenir que si un recours en
annulation a été introduit.

La deuxième condition a trait à la recevabilité du recours ; cette


recevabilité doit être examinée de façon approfondie. En effet, la cour
estime qu’on ne peut accorder le sursis à exécution que dans la mesure où
le recours pour excès de pouvoir lui-même est recevable car la demande de
sursis n’est pas autonome ; elle est liée au recours en annulation qui doit
être recevable.

Enfin, la dernière condition d’octroi du sursis à exécution concerne


le préjudice qui résulterait pour le requérant de l’application immédiate de
la mesure administrative critiquée. Ainsi le requérant doit convaincre le
juge que le dommage qu’il subirait du fait de l’exécution serait à la fois très
grave et difficilement réparable.

Dés lors que la juridiction se prononce favorablement sur la demande


du requérant, l’administration ne peut plus mettre en œuvre sa décision et
elle doit attendre que le tribunal ait statué sur le fond. Si à ce moment là le
recours est admis l’interdiction d’exécuter deviendra définitive, si au
contraire le recours est rejeté, l’administration retrouvera sa liberté d’action
et pourra mettre en œuvre sa décision.

43
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

D’autre part, le recours pour excès de pouvoir est un recours en


annulation c'est-à-dire que le but de ce recours est de faire annuler un acte
administratif. Le juge, s’il constate l’irrégularité de l’acte, prononcera son
annulation. Si au contraire, il n’a pas été convaincu par les arguments du
requérant et s’il estime que l’acte n’est pas irrégulier il rejettera la
demande.

Les effets de la décision seront totalement différents selon qu’il


s’agira d’une annulation ou au contraire d’un rejet du recours.

Section 1 : le recours est un recours en annulation


Ainsi ,et comme le recours est un recours en annulation , il donne
lieu à des effets portant sur l’annulation elle-même et également des effets
du rejet du recours .

Sous section 1 : Les effets de l’annulation de l’acte administratif

L’annulation d’un acte administratif par la voie du recours pour


excès de pouvoir a deux effets fondamentaux. Le premier est d’entraîner la
disparition rétroactive de l’acte. La décision est censée n’avoir jamais
existé et ses effets même passés sont anéantis. En fait, il est évident que ce
principe de rétroactivité se heurte à des limites dues à la nature même des
choses, et qu’il est impossible de ne tenir aucun compte dans la pratique de
l’exécution d’un acte annulé. L’annulation a, d’autre part, pour second
caractère de s’imposer à tous, on dira que la décision du juge a l’effet
absolu de la chose jugée.

Il convient de rechercher quelles seront les conséquences de la


disparition rétroactive de l’acte administratif vis-à-vis des différentes
catégories d’intéressés.

44
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

A. Le requérant

Le succès dans son action entraîne pour lui un certain nombre de


conséquences que l’on peut analyser en partant de l’idée selon laquelle il
doit se retrouver dans la même situation que si l’acte n’avait pas été fait.
C’est ainsi que si la décision administrative portait atteinte à une situation
dont il était bénéficiaire, il va automatiquement se retrouver dans la
position antérieure. Le fonctionnaire révoqué sera réintégré, l’automobiliste
dont le permis de conduire aura été illégalement retiré se le verra restitué,
ainsi de suite…Mais lorsque l’administré a sollicité de l’administration une
mesure et qu’il s’est heurté à un refus illégal, l’annulation de refus ne
vaudra pas octroi de l’avantage demandé.

Ainsi l’annulation d’un refus illégal de permis de conduire, ne vaut


pas délivrance de ce permis, l’annulation d’un refus illégal d’inscription sur
une liste d’aptitude à concourir, voire l’annulation d’un concours, ne valent
en aucune manière inscription sur la liste ou la réussite au concours.

C- Les tiers

L’effet absolu de la décision d’annulation a pour conséquence


qu’elle s’imposera aussi bien aux tiers qu’aux parties au procès. Les tiers
subiront donc les inconvénients de la disparition de l’acte ou bénéficieront
de ses avantages. C’est ainsi que si le recours était dirigé contre un acte
réglementaire, par exemple une interdiction de stationner, cet acte
disparaîtra pour tout le monde et les tiers pourront parfaitement se prévaloir
de l’annulation de l’acte. Il est des cas où cet effet sur les tiers est
parfaitement sensible, voire préjudiciable, et il était logique de leur ouvrir
une possibilité de protestation, c’est l’objet de la tierce opposition,
expressément prévue par l’art 379-C du C.P.C.

45
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

La loi instituant les tribunaux administratifs ne contient pas de


disposition sur la tierce opposition, mais il convient de leur appliquer les
règles du code de procédure civile en la matière, et notamment celles qui
sont suivies devant la cour de Cassation puisqu’en vertu de l’art. 7 de la loi
41-90, les règles du C.P.C. sont applicables devant eux.

C-L’administration

L’administration ne peut plus invoquer l’acte annulé, celui-ci est


censé n’avoir jamais existé. Par ailleurs, l’administration a l’obligation de
remettre les choses en état, exactement comme si l’acte attaqué n’était pas
intervenu. Dans un certain nombre de cas, il est évident que cette
rétroactivité soulève des difficultés. Ainsi en est-il en particulier en ce qui
concerne la fonction publique. C’est ainsi que lorsqu’un fonctionnaire a été
irrégulièrement révoqué ou licencié ; il doit être non seulement réintégré
mais on doit procéder à ce qu’on appelle une reconstitution de carrière.

Sous section 2-Les effets du rejet du recours

Il s’agit là d’un problème beaucoup plus simple. En cas de rejet,


l’acte subsiste et il n’y a aucun changement dans la situation. Il faut
cependant préciser que la décision du juge n’a alors qu’un effet relatif,
c’est-à-dire qu’elle ne s’impose pas à tout les justiciables mais seulement
au requérant. On déduit de cette situation que la tierce opposition n’est pas
recevable contre les décisions de rejet puisqu’elles n’ont pas d’effet sur les
tiers et ne peuvent donc leur porter préjudice. Il leur appartient d’attaquer
eux-mêmes l’acte qu’ils désirent voir disparaître. Le rejet ne signifie pas
nécessairement que la décision est légale, mais seulement que le requérant
n’a pas su démontrer son illégalité. Ceci a pour conséquence que toute
autre personne pourra former un recours sans qu’on puisse lui opposer la
chose jugée. Mais sur le plan pratique, si le nouveau requérant se contente

46
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

d’invoquer les mêmes arguments, son recours n’aura pas plus de chance de
succès, il lui faudra développer une autre argumentation.

Section 2 : Les conditions de recevabilité du recours


pour excès de pouvoir
Pour que le juge saisi d’un recours pour excès de pouvoir puisse se
prononcer sur la régularité d’un acte administratif, il faut que la requête soit
conforme à un certain nombre d’exigence.

Sous section 1 : Les conditions tenant au requérant

Le requérant doit démontrer sa capacité et son intérêt. La condition


de capacité ne soulève guère de difficultés.

Plus délicate est la condition d’intérêt. C’est là une exigence qui est
fondamentale en procédure et qui se formule habituellement par le principe
« pas d’intérêt, pas d’action ». L’intérêt pourrait se définir comme
l’existence d’un lien entre le requérant et l’acte attaqué. Il faut qu’il y ait
une relation entre celui qui forme le recours et la décision qui fait l’objet du
recours.

Sous Section 2 : Les conditions tenant à l’acte attaqué

Le recours pour excès de pouvoir tend exclusivement à l’annulation


des actes administratifs. De ce fait, il semblerait que la présence d’un acte
administratif soit la condition nécessaire et suffisante de la recevabilité du
recours. Cependant, si cette formule est exacte elle demande néanmoins à
être précisée, d’une part parce que les contours de l’acte administratif ne
sont pas toujours extrêmement nets, d’autre part parce que parmi les actes
administratifs seuls ceux constituant une véritable décision susceptible
d’effet peuvent faire l’objet d’un recours.

47
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Paragraphe 1 : L’exclusion des actes qui ne constituent pas des


actes administratifs

Il s’agit des actes législatifs des actes royaux et des actes


juridictionnels.

A-L’exclusion des actes législatifs

Compte tenu de l’objet même du recours pour excès de pouvoir,


moyen de contrôle de l’administration, il est évident que les lois ne sont pas
susceptibles d’être déférées à la cour de Cassation pour une éventuelle
annulation. Il s’agirait alors d’un contrôle de constitutionnalité et non d’un
contrôle de légalité. C’est dans ce sens que l’art. 25-2e du C.P.C interdit
aux juridictions de se prononcer sur la constitutionnalité des lois.

B- l’exclusion de tous les actes du Roi pris en matière


administrative

Une conception matérielle de l’acte administratif avait été défendue


permettant de soumettre au même régime tous les actes ayant une nature
identique, spécialement au même régime juridictionnel. Cette thèse a été
infirmée par la cour suprême dans sa décision « Sté propriété agricole
Abdelaziz » du 20 mars 1970 en vertu de laquelle « Sa Majesté le Roi
exerce ses pouvoirs constitutionnels en qualité d’Imam des croyants
conformément à l’art. 19 de la Constitution ( la constitution de 1962 à
1996), et qu’à cet égard il ne peut être considéré comme une simple
autorité administrative au sens de l’art 1er du dahir du 27 septembre 1957 ».
Ainsi tout acte du Roi pris en matière administrative échappe au recours en
annulation pour excès de pouvoirs.

48
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

C-L’exclusion des actes juridictionnels

Ici encore il résulte de la nature même du recours pour excès de


pouvoirs destiné à sanctionner l’irrégularité des actes administratifs, qu’il
ne peut être formé contre des décisions de justice. Toutefois il existe un
certain nombre d’organismes à qui le législateur a confié le pouvoir de
prendre des décisions sans préciser si ces décisions auraient le caractère
administratif ou juridictionnel. Pratiquement, chaque fois que l’on crée un
organisme nouveau, une commission quelconque, un conseil, qui est chargé
de trancher des questions où se manifestent des oppositions de points de
vue, on est en droit de se demander si ses décisions auront le caractère
administratif ou juridictionnel et par conséquent si elles seront susceptibles
de recours pour excès de pouvoir ou de recours en appel ou en cassation. Se
pose alors évidemment le problème des critères de distinction entre l’acte
administratif et l’acte juridictionnel. Il s’agit beaucoup plus d’une série
d’indices dont la réunion permet de pencher dans un sens ou dans l’autre.

La composition de l’organisme est déjà un premier élément


important, comprend-il ou non des magistrats ? Est-il composé
uniquement de fonctionnaires ou de personnes exerçant des professions
libérales ? Autrement dit, donne-t-il des garanties suffisantes
d’indépendance, d’impartialité, pour qu’on puisse le reconnaître comme
une juridiction ? Deuxième élément : la nature des pouvoirs ;en effet pour
qu’un organisme soit une juridiction, il faut qu’il ait pouvoir de décision.
Un organisme consultatif n’est jamais une juridiction. De plus, cette
décision ne doit pas être susceptible d’être réformée par une autorité
administrative à la suite d’un recours hiérarchique. Troisième élément :
l’existence d’une procédure contradictoire ; pour qu’il y ait juridiction, il
faut que les parties puissent faire valoir leurs droits, faire entendre leurs

49
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

arguments et que l’organisme soit amené à y répondre par une décision


motivée. Il n’y a pas de jugement sans motivation. Quatrième élément : la
nature de la question posée. On admet en effet traditionnellement que l’acte
juridictionnel tranche un litige et que par conséquent s’il n’y a pas de
contestation, il n’y a pas de décision juridictionnelle mais une décision
administrative. Par ailleurs y a-t-il des recours contre la décision, et quel
type de recours ? Enfin, un dernier élément : le texte constitutif ; une
juridiction ne peut être créée que par une loi. L'article 71 de la Constitution
range dans les matières qui sont du domaine de la loi « l'organisation
judiciaire et la création de nouvelles catégories de juridictions». On ne
saurait donc reconnaitre le caractère de juridiction à un organisme que s'il
appartient à une catégorie créé par la loi et non pas à un organisme qui a été
l’œuvre d’un texte d'ordre administratif.

Au total, on utilise donc pour savoir si un organisme est une


juridiction ou non un ensemble de critères, ce qui ne rend pas la solution de
la question plus facile. On peut souvent être hésitant légitimement sur le
résultat ; par exemple pour les commissions locales et nationales créés par
la loi instituant la TVA (B.O. 1986, p. 2), ou pour les commissions locales
de taxation et la Commission nationale du recours fiscal (article 226 du
code générale des impôts).

C'est sans doute pour couper court à toute hésitation que le


législateur a inséré dans les textes créant un certain nombre d'ordres
professionnels, des dispositions précisant expressément que les décisions
des conseils statuant en matière disciplinaire sont susceptibles d'annulation
devant la juridiction compétente pour juger les recours pour excès de
pouvoir (ordre des architectes, ordre des vétérinaires, ordre des experts
comptables).

50
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Paragraphe 2 : L'exclusion des actes administratifs qui ne


constituent pas des décisions

L’acte doit constituer une décision. Le recours pour excès de pouvoir


est limité donc aux actes administratifs susceptibles d’entraîner des effets.
Il y a là une exigence qui est tout à fait comparable à celle précédemment
rencontrée à propos de l'intérêt du requérant. Il n’est pas normal de faire
des recours contre des actes qui n'ont par eux mêmes aucune conséquence,
contre de simples velléités ou des éventualités. On dira que la décision n'est
susceptible de recours que si elle fait grief. Le recours ne sera donc pas
recevable contre les actes préparatoires tels que l’avis d’une commission ou
un avertissement.

Dans l’arrêt du 22/2/1961, « Société coopérative agricole vinicole


d'Oujda », la Cour est amenée à décider qu'une mise en demeure, simple
acte préparatoire à une décision de retrait d'autorisation, n'est pas par elle-
même une décision administrative faisant grief, seules susceptibles d'être
déférées a la Cour suprême par la voie du recours en annulation pour excès
de pouvoir. En revanche, la Cour suprême (cour de cassation) a décidé
qu’en faisant notifier à l'intéressé l'avis émis par une commission
consultative, l'autorité administrative lui a donné la force d'une décision
faisant grief.

Le point de savoir si un acte administratif constitue ou non une


décision sera souvent une question de fait. II faudra examiner les termes
dans lesquels l'administration s’est prononcée pour savoir si
l’administration avait ou non l'intention de prendre une position définitive.

51
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

SOMMAIRE

Introduction…………………………………………………………….2

Chapitre préliminaire :La physionomie du contentieux


Administratif…………………………………………………..............16

Section 1 : Les procédés non juridictionnels de règlement des


litiges administratifs………………………………………….............16
Sous section 1 : Les recours administratifs………………….………....16
Sous section 2 : Le retrait des actes administratifs……………………18
Sous section 3 : L'arbitrage……………………………………………..19
Section 2 : Les actes insusceptibles de recours………………....20
Chapitre 1 : les juridictions administratives…………………....21
Section 1 : Bases légales des tribunaux administratifs……..…21
Sous section 1 : la composition des tribunaux administratifs……….. 22
Sous section 2 : la procédure devant les tribunaux administratifs….. 22
Sous section 3 : la compétence des Tribunaux Administratifs………. 23
Paragraphe 1 : la compétence en raison de la matière………………..24
Paragraphe 2 : La compétence territoriale……………………………27
Section 2 : Les cours d’appel administratives….…………….…28
Sous section 1 : la composition des cours d’appels administratives....28
Sous section 2 : la compétence des cours d'appel administratives…..30
Section 3 : La cour de cassation…………………..…………….. 31
Chapitre 2 : La procédure administrative contentieuse….….33
Section 1 : Les caractéristiques de la procédure
administrative contentieuse………………………………………...33
Sous section 1 : La procédure est écrite………………………………..33

52
Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Sous Section 2 : La procédure est inquisitoire…………………………34


Sous Section 3 : La procédure est contradictoire……………………...35

Section 2 : L’instance…...…………………………………………...35
Sous Section 1 : L’introduction de l’instance………………………….35
Paragraphe 1 : Les conditions s’attachant au requérant……………..35
A- La capacité d’agir…………………………………………………….36
B- L’intérêt d’agir……………………………………………………….36
C- La qualité d’agir……………………………………………………...36
Paragraphe 2 : Les conditions liées à la requête……………………….36
A- La conformité de la requête introductive d’instance à l’article 32 du
CPC………………………………………………………………..……..37
B - La requête doit être présentée par un avocat inscrit au tableau d’un
barreau du Royaume……………………………………………………37

C- la Conformité de la demande aux délais de la procédure prévus par


un texte spécial…………………………………………………………..38
D -La recevabilité de la demande et le recours administratif
préalable………………………………………………………………….38
Sous Section 2 :L'instruction du procès administratif………………...38
Paragraphe 1 : Le juge rapporteur……………………………………..38
Paragraphe 2 :Le commissaire royal…………………………………...40
Sous Section 3 : Le jugement……………………………………………40
Chapitre 3 : les caractères généraux du recours pour excès de
pouvoir………………………………………………………………….42
Section 1 : le recours est un recours en annulation………...….44
Sous section 1 : Les effets de l’annulation de l’acte administratif……44
A- Le requérant………………………………………………………….45
B- Les tiers………………………………………………...……………..45
C-L’administration……………………………………………………...46

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Le contentieux administratif Pr Rachid Othmani

Sous section 2 : Les effets du rejet du recours…………………………46


Section 2 : Les conditions de recevabilité du recours pour
excès de pouvoir………………………………………………………47
Sous section 1 : Les conditions tenant au requérant…………...……..47
Sous Section 2 : Les conditions tenant à l’acte attaqué……….…..…...47
Paragraphe 1 : L’exclusion des actes qui ne constituent pas des actes
administratifs………………………………………………………….…48
A-L’exclusion des actes législatifs………………………………………48
B- l’exclusion de tous les actes du Roi pris en matière administrative
…………………………………………………………………………….48
C-L’exclusion des actes juridictionnels………………………………...49
Paragraphe 2 : L'exclusion des actes administratifs qui ne constituent
pas des décisions…………………………………………………………51

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