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INTRODUCTION

Les installations motrices à vapeur (IMV), qui ont pour origine les cycles thermodynamiques à
vapeur, correspondent aux moteurs les plus puissants. Ce sont des machines à apport de chaleur
externe fournie soit par une combustion, soit par une réaction nucléaire. On les trouve dans les
grandes centrales de production d’électricité, classiques ou nucléaires, où leur puissance atteint plus
de un gigawatt. On les rencontre également avec des tailles plus modestes sur des sites industriels
pour opérer dans un grand nombre de procédés industriels à des puissances pouvant aller d’une
centaine de kilowatts à quelques centaines de mégawatts.
Les cycles de base, dits cycles de Rankine, sont proches des cycles de Carnot, ce qui, a priori, est
un gage d’efficacité, confirmé par l’expérience. Cependant, des raisons techniques entraînent des
modifications qui vont dans le sens d’une détérioration du rendement, compensée par certaines
améliorations. Le cheminement de ces diverses évolutions est présenté dans ce dossier.
Les rejets thermiques de ces installations motrices à vapeur étant importants, comme dans toutes
machines thermiques, la récupération de cette chaleur est capitale. Elle peut être valorisée comme
apport thermique nécessaire à de nombreux procédés industriels ou pour le chauffage résidentiel ou
tertiaire par l’intermédiaire de réseaux de chaleur. La production de l’IMV est alors de deux natures
énergétiques : mécanique (ou électrique) et thermique. On parle de production d’énergie totale ou
encore de cogénération. Des cas typiques d’installations ainsi qu’une analyse énergétique suivie
d’une analyse thermo- économique de l’intérêt d’une telle production sont présentés dans ce
document.
Dans le dossier Convertisseurs thermomécaniques- Cycles moteurs à gaz : Stirling et Joule, la perte
d’énergie à l’échappement des turbines à combustion (TAC) a été soulignée. Compte tenu du niveau
thermique relativement faible retenu pour un fonctionnement classique des IMV, l’apport externe de
chaleur, produit ordinairement par une combustion ou une réaction nucléaire, peut être remplacé par
l’apport enthalpique des gaz d’échappement de la TAC. Sous l’aspect cycle, le couplage de ces deux
machines est traduit par la combinaison d’un cycle de Joule avec un cycle de Hirn. Ceci donne lieu
aux installations dites à cycles combinés dont le rendement est, actuellement, le plus élevé de toutes
les machines thermiques.

Notations et symboles
Symbole Unité Définition

CE coefficient électrique

cp J/(kg · K) capacité thermique massique sous pression constante

d différentielle

Ex J exergie

ec J/kg énergie cinétique massique


ep J/kg énergie potentielle massique
h J/kg enthalpie massique
Liste des indices
points caractéristiques sur un cycle,
1, 2,...
références

A, B, a, b cas d’études

C Carnot, compresseur

c pour le chauffage, chaleur

cogen cogénération

e électrique, eau

ep énergie primaire

ex exergie, exergétique

g global

GV générateur de vapeur

H Hirn

HRS Hirn avec surchauffe

i intermédiaire, no du soutirage

ij relatif à la transformation i-j

M maximum, relatif à la source chaude

m minimum, relatif à la source froide

n nombre de soutirages
P relatif à la pompe

S primaire, source

s isentropique

si relatif au soutirage i

T turbine

t total

th théorique

v valorisée

1.1 Schéma de base d’une installation motrice à vapeur


Les installations motrices à vapeur (IMV) sont des moteurs à apport externe de chaleur qui
fonctionnent de manière cyclique, le fluide échangeant de la chaleur avec une source froide, en
général le milieu ambiant (air ou eau), et une source chaude constituée par des fumées issues d’une
combustion ou un fluide chauffé par une réaction nucléaire. Ce sont des machines à flux continu
dont le fluide, très généralement de l’eau qui est un fluide idéal car bien adapté sur le plan
thermodynamique et intéressant sur le plan économique, subit une évolution thermodynamique
cyclique en traversant un minimum de quatre composants (figure 1) :
 un générateur de vapeur (GV) dans lequel, le fluide (eau) est vaporisé en recevant de la
chaleur. Il passe de l’état 4 à l’état 1. Dans les installations à combustion, pour des raisons
liées aux transferts thermiques, l’eau n’est que partiellement vaporisée dans les faisceaux de
tubes vaporisateurs. Le mélange diphasique, dont le titre en sortie est d’environ 20 % en
vapeur et 80 % en liquide est envoyé dans un ballon où a lieu la séparation des phases par
gravité : le liquide retourne au faisceau de tubes vaporisateurs, alors que la vapeur est dirigée
vers une turbine ;
 une turbine (T) dans laquelle la vapeur se détend, de la haute pression à la basse pression
(1-2), en fournissant le travail moteur sur l’arbre qui entraîne, dans la plupart des cas, un
alternateur (AL). Après détente, la vapeur rejoint un condenseur ;
 un condenseur où elle se condense (2-3), par échange thermique avec un fluide froid, de
l’eau en provenance d’un fleuve, d’une rivière ou d’un aéroréfrigérant (cas de la figure 1).
Elle atteint ensuite une pompe ;
 une pompe chargée de remettre l’eau sous forte pression (3-4). Ce composant consomme de
la puissance pour la communiquer au fluide. L’eau sous pression rejoint le ballon où elle se
mélange avec le fluide diphasique issu du générateur de vapeur.
Figure 1 - Représentation schématique d’une installation motrice à vapeur

Les types d’évolution thermodynamique du fluide dans chacun de ces composants sont :
 une évolution isobare 4-1 dans le générateur de vapeur ;
 une évolution adiabatique 1-2 dans la turbine ;
 une évolution isobare 2-3 dans le condenseur ;
 une évolution adiabatique 3-4 dans la pompe.
Ces quatre hypothèses sont totalement justifiées. Les hypothèses faites au niveau du GV et du
condenseur sont communes à tous les échangeurs de chaleur (dans lesquels, en première
approximation, on néglige les variations de pression dues aux pertes de charge et à la variation
d’énergie cinétique due à celle de la masse volumique). L’hypothèse d’adiabaticité pour les deux
machines est aussi amplement justifiée par comparaison avec les quantités de chaleur mises en jeu
dans les deux échangeurs.
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1.2 Cycle de Carnot
Dans l’étude des générateurs thermodynamiques Convertisseurs thermomécaniques- Conversion de
l’énergie. Cycles générateurs, on a pu mettre en évidence l’avantage des machines frigorifiques ou
des pompes à chaleur à vapeur par rapport aux machines à gaz du fait de la possibilité, dans ces
machines, de réaliser des échanges thermiques avec les sources chaude et froide à la fois isobares et
isothermes. Or, l’isothermicité des échanges avec les sources est une condition nécessaire au
fonctionnement d’une machine de Carnot dont l’efficacité est maximale. La figure 2 met en
évidence un tel cycle dans le domaine diphasique du fluide thermodynamique qui, dans la quasi-
totalité des applications, est de l’eau. On note, sur le diagramme correspondant, la valeur de la
température critique de l’eau : 374 oC (température au‐delà de laquelle il n’est plus possible de
liquéfier l’eau) et celle de sa pression critique : 221 bar. Les zones correspondant au gaz
(température supérieure à la température critique), à la vapeur, au liquide, au mélange liquide-
vapeur, appelée zone diphasique, sont aussi notées sur la figure. Le cycle de Carnot est composé de
deux isothermes 4-1 et 2-3 qui correspondent respectivement aux échanges thermiques avec les
sources chaude (GV) et froide (condenseur) et deux isentropes, l’une pour la compression
adiabatique réversible dans la pompe 3-4, l’autre pour la détente adiabatique réversible dans la
turbine 1-2. Le rendement d’une machine fonctionnant selon ce cycle est le rendement de Carnot
donné par :
avec TM et Tm respectivement les températures des sources chaude et froide égales, dans un cycle de
Carnot, aux températures maximale et minimale du cycle (250 et 20 oC pour cet exemple).

Figure 2 - Diagramme entropique de l’eau et cycle de Carnot dans le domaine diphasique liquide-
vapeur

1.3 Cycle de Rankine. Cycle de Hirn

1.3.1 Description

Figure 3 - Cycle de Rankine d’une IMV et cycle de Carnot associé pour l’eau

Si, au niveau des échangeurs de chaleur, la réalisation des évolutions correspondantes du cycle de
Carnot ne pose pas de problème technique, il n’en va pas de même pour les deux autres
transformations. En particulier, il n’est pas envisageable de pratiquer une compression sur un fluide
diphasique, c’est‐à‐dire sur un mélange liquide-vapeur, dans une pompe. Sur la figure 2, on note
que le début du pompage se ferait sur un fluide contenant 30 % de vapeur et 70 % de liquide. Pour
éviter cette situation, on est conduit à prolonger la condensation 2-3 (figure 3) jusqu’à obtenir le
liquide seul. Le pompage a lieu alors dans la zone du liquide sous-refroidi selon l’évolution 3-4 et le
liquide est envoyé dans le ballon (figure 1). Il y est chauffé par condensation partielle de la vapeur
jusqu’à atteindre son état d’équilibre 5 avec la vapeur. Le cycle ainsi obtenu est le cycle de
Rankine, utilisé couramment dans les petites installations, de l’ordre de quelques centaines de
kilowatts à quelques mégawatts et pour des pressions maximales inférieures à 50 bar environ. La
comparaison des aires de ce cycle et de celle du cycle de Carnot associé (mêmes températures
extrêmes) met en évidence la perte de rendement du cycle de Rankine par rapport à celui du cycle
de Carnot (équation [1]).

Figure 4 - Schéma d’une installation motrice à vapeur fonctionnant sur la base d’un cycle de Hirn,
avec surchauffe

Dans un fonctionnement selon un cycle de Rankine, la détente du fluide a lieu dans la zone
diphasique : la vapeur est saturante sèche en 1 ; elle est nettement humide, c’est‐à‐dire chargée de
gouttelettes d’eau de taille plus ou moins importante, en fin de détente, en 2 (titre en vapeur
inférieur à 70 % dans l’exemple de la figure 3). Une telle situation est dommageable pour le
fonctionnement de la turbine, notamment à cause du glissement des deux phases l’une par rapport à
l’autre, ce qui, en général et du fait d’une mauvaise orientation de la vitesse des gouttes, entraîne
des impacts relativement forts de ces gouttelettes sur les aubages de la turbine et une érosion rapide.
Afin d’éviter cette situation, on pratique une surchauffe (6-1) de la vapeur à la sortie du ballon, dans
le GV, avant qu’elle ne pénètre dans la turbine (figure 4). Il faut que la surchauffe soit suffisante
pour que la majeure partie de la détente ait lieu dans la zone de vapeur surchauffée. En pratique,
cette surchauffe est limitée par le niveau maximal de température admissible dans l’installation (en
pratique de l’ordre de 500 à 600 oC dans les installations classiques, ce qui permet d’utiliser des
matériaux peu onéreux). Ce fonctionnement, utilisé dans les IMV de puissance moyenne (entre 5 et
20 mégawatts environ), correspond au cycle de Hirn (figure 5).
En procédant comme précédemment avec le cycle de Rankine, on constate que le cycle de Hirn a un
rendement nettement plus faible que celui d’un moteur de Carnot fonctionnant entre les mêmes
températures extrêmes. L’écart est d’ailleurs plus important que dans le cas d’un cycle de Rankine.
Il ne faut cependant pas en conclure que le rendement d’une IMV fonctionnant selon le cycle de
Hirn est inférieur à celui d’une IMV fonctionnant selon le cycle de Rankine car les températures
maximales TM sont différentes pour des pressions maximales de cycle identiques.
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1.3.2 Expressions du rendement théorique
Pour ce type de cycles, le rendement théorique ηth est calculé à partir des valeurs des enthalpies
massiques h de l’eau aux divers points caractéristiques du cycle (figure 5). Ainsi, on notera que :
(2)
Outre la définition du rendement d’un moteur, cette relation ne fait appel qu’au premier principe de
la thermodynamique écrit sous sa forme technique :
wt ij + qij = Δhij + Δec ij + Δep ij = Δht ij
avec :
• Δec : variation de l’énergie cinétique et Δep la variation d’énergie potentielle gravifique,
supposées toutes les deux négligeables en première approximation
• Δht : variation d’enthalpie totale.
Dans les études d’avant-projet, on néglige souvent le travail technique mis en œuvre au niveau de la
pompe wt 34 devant le travail technique récupéré sur la turbine wt 12 . Ce fait peut être démontré à
partir de l’expression mécanique du premier principe de la thermodynamique :

avec :
• v : volume massique
• P : pression
• τ : travail massique des forces de frottement qui sont nulles pour une transformation
isentropique (réversible).
Ainsi, pour le pompage, le liquide ayant un volume massique constant, on a :
wt 34 = v ΔP 34
L’application au cycle de Hirn représenté sur la figure 5, où la variation de pression est de l’ordre de
40 bar, soit 4 MPa avec un volume massique de l’ordre de 1 L/kg, donne un travail technique de
pompage égal à 4 kJ/kg. La variation d’enthalpie entre l’entrée et la sortie de la turbine peut être
déterminée à l’aide du diagramme enthalpique de l’eau de la figure 6 sur laquelle a été reportée la
ligne de détente 1-2 (en bleu pour le cycle de Hirn). Elle est de l’ordre de 1,37 MJ/kg. Le travail de
pompage est donc de l’ordre de 0,3 % du travail de détente.
Figure 5 - Cycle de Hirn et cycle de Carnot associé pour l’eau

Figure 6 - Représentation d’une portion des cycles de Hirn (en bleu) et de Hirn avec resurchauffe
(en noir) dans le diagramme de Mollier de l’eau

Cette constatation est très importante. Elle met en évidence l’avantage des machines à vapeur sur
les turbines à gaz (voir Convertisseurs thermomécaniques- Cycles moteurs à gaz : Stirling et Joule,
§ 2.1) pour lesquelles, plus de 50 % (voire 75 %) de l’énergie récupérée sur l’arbre de la turbine
sont utilisés pour la compression du gaz dans le compresseur. Dans une IMV, c’est à moins de un
pour-cent près que la totalité de l’énergie de détente peut être utilisée pour produire, par exemple,
de l’électricité grâce au couple turboalternateur.
Figure 7 - Représentation des cycles de Hirn et de Hirn avec resurchauffe dans le diagramme de
Mollier de l’eau

On note également que, avec ce rapport des énergies de pompage et de détente, l’expression du
rendement peut être simplifiée en assimilant l’enthalpie du point 4 à celle du point 3. On a :

Dans cette équation [3], le fait d’avoir remplacé la différence d’enthalpie entre 4 et 1 par la
différence entre 3 et 1 minimise encore l’écart entre les valeurs de rendement données par les
équations [3].
Figure 8 - Évolutions isentropique puis isobare en domaine liquide

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1.3.3 Considérations sur le diagramme de Mollier de l’eau
On peut compléter cette analyse des transformations de l’eau dans le domaine liquide par les
observations suivantes.
 Dans le diagramme entropique (figures 3 et 5), les points 3 et 4 sont quasiment confondus.
En effet, en partant de l’expression générale de l’entropie d’un fluide (voir
Thermodynamique appliquée- Deuxième principe. Entropie , § 2.3 et § 4.2), on a :

avec :
• α : coefficient de dilatation volumique isobare
• cp : capacité thermique massique isobare.
Pour une évolution isentropique, on obtient :

Exemple
pour l’eau à 20 oC : α = 2,1 × 10– 4 K –1 ; cp = 4,2 kJ/kg. Alors, la dérivée de T par rapport à
P est de l’ordre de 1,5 × 10-8 K/Pa, ce qui implique une différence de température de 0,06 K
pour une différence de pression de 40 bar.
Cette différence de température est totalement insignifiante. Ainsi, dans la suite de ce
document, on confondra toujours ces deux points dans ce diagramme. Plus généralement,
cela signifie que toutes les isobares sont confondues avec la courbe de saturation dans le
domaine du liquide tant que la zone considérée n’est pas trop proche du point critique.
 On a noté, plus haut 1.3.2 , que, dans le diagramme enthalpique également, la différence
entre les points 3 et 4 est très faible par rapport aux ordres de grandeur des variations
d’enthalpie dans la zone de la vapeur sèche ou saturante, telles celles qui séparent 1 et 2. On
note ainsi que, dans ce diagramme également, les isobares du liquide sont confondues avec
la courbe de saturation tant que la zone considérée est suffisamment éloignée du point
critique. La figure 7 met ce résultat en évidence.
 L’enthalpie du point 3, situé sur la courbe de saturation, peut être connue très simplement.
En effet, les diagrammes thermodynamiques de l’eau, ayant comme origine enthalpique
celle de l’eau à l’état de liquide saturé à 0 oC, il suffit de déterminer la différence d’enthalpie
entre ce point caractéristique pour lequel la pression est P 0 et le point 3 pour lequel la
pression vaut P 3 (figure 8). En notant par 3′, le point isobare de 3 ayant la même entropie
que le point de référence 0, on peut écrire :
h 3 = Δh 03 = Δh 03 ′ + Δh 3 ′3 = v ΔP 03 ′ + cp ΔT 3 ′3 ≈ cp θ3
avec θ la température dans l’échelle Celsius. Notons que sur la figure 8, l’écart entre le point
0 et le point 3 ′ a été très fortement exagéré.
L’approximation de la relation est justifiée par le fait que la différence de pression
entre 0 et 3 ′ est de l’ordre de quelques kilopascals, ce qui donne une différence enthalpique
de quelques joules par kilogramme, totalement négligeable devant le terme de variation
enthalpique sous pression constante entre 3 ′ et 3 qui est de l’ordre de quelques dizaines de
kilojoules par kilogramme, soit un rapport de 10 000 environ.
Ce résultat met en évidence la relation très simple qu’il y a entre la température et
l’enthalpie de l’eau liquide sur la courbe de saturation. Comme, par ailleurs, à entropie
constante, la variation d’enthalpie correspond simplement au produit du volume massique
par la variation de pression, on constate l’inutilité de représenter le diagramme enthalpique
de l’eau dans cette zone de liquide saturé (figure 6).
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1.3.4 Évolutions du rendement avec les températures et pressions minimales et maximales
Si le diagramme de Mollier complet comme celui de la figure 7 est peu utilisé en pratique, il permet
cependant de faire une analyse qualitative de l’évolution du rendement des cycles de Rankine et de
Hirn avec les variations de pression et/ou de température.
Considérons le cycle de Rankine 123 (figure 3 et figure 7). Son rendement théorique, donné par
l’équation :

avec :
• α et β : angles compris entre 3-2 et 3-a d’une part, 3-1 et 3-a d’autre part.
Cette relation met en évidence le fait que, pour ce cycle, à température et pression de condensation
données (α = constant), le rendement est d’autant meilleur que le point 1 se déplace à gauche sur la
courbe de saturation (β augmente), ce qui correspond à une pression et une température
d’évaporation de plus en plus élevées. De même, pour un point 1 fixé, le rendement est d’autant
plus élevé que la température de condensation est plus basse (faible valeur de α). Ces résultats sont
totalement conformes à ceux que l’on connaît avec un cycle de Carnot.
On note également qu’un cycle de Hirn, dont le rendement est également donné par l’expression [3]
, qui a la même pression maximale (50 bar sur l’exemple de la figure 7) a un rendement supérieur
à celui du cycle de Rankine car à α identique, l’angle β du cycle de Hirn est supérieur à l’angle β du
cycle de Rankine. On remarque également, pour le cycle de Hirn, que, à pression maximale
constante, plus la température maximale est élevée, plus le rendement augmente (β augmente à α
constant). En revanche, à température maximale constante (600 oC par exemple sur la figure 7)
l’augmentation de la pression ne permet d’augmenter le rendement que jusqu’à une valeur optimale
de P. En effet, lorsque la pression est telle que la droite 3-1’ devient tangente en A à l’isotherme,
l’angle β est maximal, comme le rendement. Poursuivre l’augmentation de pression entraîne alors
une diminution du rendement. En pratique, l’optimum de pression est inférieur à la valeur obtenue
ci-dessus car, en augmentant la pression à température constante, la ligne de détente traverse une
zone de plus en plus humide, ce qui détériore la qualité de la détente. On peut voir également sur la
figure 7 que plus la température maximale du cycle est basse, plus la pression optimale est faible.
Ainsi, comme en pratique, les températures maximales de cycle retenues (pour des questions de
tenue des matériaux pour les centrales classiques ou de technologie de refroidissement des réacteurs
nucléaires PWR) sont de l’ordre de 500 oC (voire moins en centrale PWR), les pressions optimales
sont inférieures à 200 bar environ.
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1.3.5 Influence des irréversibilités de fonctionnement sur le rendement

Figure 9 - Évolutions réelles dans le cas d’un cycle de Hirn

En pratique, les cycles de Rankine et de Hirn sont déformés du fait des irréversibilités qui ont lieu
lors de l’évolution du fluide dans la machine. Cela se traduit par :
 des pertes de pression dues aux pertes de charge et variations de masse volumique dans les
échangeurs et les tuyauteries de liaison. Ces pertes peuvent atteindre plusieurs bars, voire
une dizaine de bars dans les installations de forte puissance. Les évolutions correspondantes
ne sont plus rigoureusement isobares ;
 une augmentation de l’entropie lors de la détente du fluide dans la turbine d’une part, lors de
la compression du liquide dans la pompe d’autre part. L’écart de comportement est
caractérisé par un rendement isentropique défini par (figure 9) :

La figure 9 met en évidence (de manière exagérée pour la clarté du dessin) les écarts entre un cycle
de Hirn réel (exposants prime) et un cycle de Hirn théorique.
Ainsi, pour le cycle réel, le rendement a comme expression :

Évidemment, compte tenu des diverses remarques faites plus haut, le rendement isentropique de la
pompe n’a en réalité que peu d’intérêt pour des études initiales puisque le travail de la pompe lui‐
même peut être négligé. On écrit alors :

Le rendement isentropique de détente est en général de l’ordre de 85 %. Il dépend évidemment de la


qualité de la vapeur détendue : vapeur sèche ou vapeur humide avec une quantité de liquide plus ou
moins importante. Pour un titre en vapeur faible en sortie de turbine (75 à 80 % par exemple), les
irréversibilités seront plus importantes, donc le rendement isentropique sera plus faible que pour un
titre plus élevé. On note également que plus les pertes de charge sont importantes, plus le rendement
diminue du fait de la diminution de la chute enthalpique aux bornes de la turbine et d’une chute
relativement moindre aux bornes du générateur de vapeur.
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1.4 Cycle de Hirn à resurchauffe
Dans les grosses installations (plusieurs dizaines ou centaines de mégawatts), on cherche à travailler
à la température maximale (de l’ordre de 500, voire 550 oC – nota 1) et à une pression maximale de
l’ordre de la pression optimale (160 bar à l’amont de la turbine pour beaucoup d’IMV de centrales
électrogènes).
Nota :
pour certaines installations, actuellement encore rares, on atteint des températures supérieures à
600 oC, voire 700 oC avec des cycles supercritiques.
On note dans ce cas (figure 6 – en noir) que la détente réversible jusqu’à la température ambiante
(du condenseur) conduirait à obtenir de la vapeur humide contenant près de 30 % de liquide, ce qui
n’est pas acceptable. La détente est alors faite en deux temps (figure 6 – en noir – et figure 10) :
 une première détente 1-2 est réalisée dans le domaine de la vapeur surchauffée ;
 la deuxième partie de la détente 3-4 a lieu après une nouvelle surchauffe 2-3 de la vapeur.
Figure 10 - Cycle de Hirn à resurchauffe

La deuxième surchauffe est faite, en général, jusqu’à la même température que celle de fin de
surchauffe. On dit alors que l’on a affaire à un cycle de Hirn à resurchauffe et on peut voir qu’une
très grande portion de la détente totale a lieu dans le domaine de la vapeur sèche (ou surchauffée),
ce qui est favorable au fonctionnement de la turbine. Dans l’exemple de la figure 6, le titre de la
vapeur en sortie est de plus de 85 %. En pratique, le titre est supérieur. En effet, les détentes
représentées en traits pleins sur cette figure sont isentropiques. Avec les irréversibilités qui ont lieu
dans toute détente adiabatique (traits en tiretés gras), l’entropie finale est supérieure (point 4′) ce qui
aurait comme conséquence d’augmenter également le titre en vapeur du mélange diphasique. Il est
alors de l’ordre de 90 % environ.
La figure 11 donne un schéma d’une installation fonctionnant selon un tel cycle.

Figure 11 - Schéma d’une IMV à cycle de Hirn à resurchauffe

Le rendement théorique du cycle de Hirn à resurchauffe est donné par :


(6)
Pour le rendement réel, il suffit de remplacer les enthalpies des points théoriques par celles des
points réels (affectés d’un exposant prime sur les figures, la figure 6 notamment).
On peut analyser facilement l’écart entre les rendements d’un cycle de Hirn et celui d’un cycle de
Hirn avec resurchauffe fonctionnant entre les mêmes pressions et températures extrêmes. En effet,
on peut transformer l’écriture de la relation [6] de manière à y faire apparaître le rendement
théorique du cycle de Hirn associé (une seule surchauffe entre 8 et 1 – figures 6 et 10) :

Figure 12 - Comparaison des rendements des cycles de Hirn et Hirn à resurchauffe en fonction du
rapport des pressions intermédiaire et maximale

Dans cette expression, les premiers termes entre parenthèses du numérateur et du dénominateur sont
les termes qui apparaissent seuls dans le rendement du cycle de Hirn. Ainsi, à ces deux termes on
ajoute au numérateur un terme qui contient celui du dénominateur (h 3 – h 2) et un terme
enthalpique (h 2 ′′ – h 4 ) toujours négatif. Ainsi, on doit conclure que le rendement du cycle de Hirn
à resurchauffe peut être supérieur ou inférieur au rendement du cycle de Hirn selon l’importance
relative des différences enthalpiques contenues dans les deux dernières parenthèses du numérateur.
Si on se fixe les températures et pressions extrêmes du cycle de Hirn à resurchauffe, ce résultat
signifie qu’il y aura un maximum de rendement pour ce cycle à une pression intermédiaire Pi
donnée. Pour une température maximale de 550 oC, une pression maximale de 160 bar et une
pression minimale de 30 mbar (24 oC au condenseur), l’étude paramétrique comparative conduit à
la représentation de la figure 12. Sur cette figure :

avec :
• ηth HRS : rendement du cycle de Hirn à resurchauffe
• ηth H : rendement du cycle de Hirn.
On note, d’après cette figure 12, que le maximum d’écart relatif des rendements est de 4 % et qu’il
a lieu pour un rapport de pression entre la pression intermédiaire et la pression maximum PM de
l’ordre de 0,4 soit une pression intermédiaire de l’ordre de 60 bar pour une pression maximale de
160 bar. En réalité, ce résultat ne peut être qu’approximatif du fait des irréversibilités des détentes.
En particulier, les rendements isentropiques étant meilleurs dans les cycles à resurchauffe, l’écart de
rendement est nettement plus favorable au cycle à resurchauffe. Il convient de noter également que
le rendement du cycle à resurchauffe devient inférieur à celui du cycle de Hirn de base dès que les
pressions intermédiaires tombent en dessous de 5 % environ de la pression maximale (soit de
l’ordre de 8 bar dans l’exemple choisi).
À titre d’exemple, on donne ci‐après les résultats comparatifs entre un cycle de Hirn et le cycle de
Hirn à resurchauffe associé (mêmes températures et pressions maximales et minimales) représentés
sur la figure 6. Les températures, pressions et enthalpies correspondantes sont données dans le
tableau 1. Les détentes sont supposées isentropiques. Le résultat du calcul fait l’objet du tableau 2.
On constate que le cycle à resurchauffe permet d’améliorer la production d’énergie mécanique de
24,5 % au prix d’une augmentation de l’énergie thermique consommée de 20,3 % seulement, ce qui
se traduit par une amélioration du rendement de 3,5 %.

Figure 13 - Cycle de Hirn avec soutirages de vapeur

Caractéristiques des cycles de Hirn et de Hirn avec resurchauffe (figure )

Comparaison énergétique des cycles de Hirn et de Hirn avec resurchauffe


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1.5 Cycles à soutirages de vapeur
Il a été vu, dans le dossier Convertisseurs thermomécaniques- Cycles moteurs à gaz : Stirling et
Joule (§ 1.1), que le rendement d’un cycle pouvait être amélioré en utilisant la chaleur contenue
dans le fluide au cours de son refroidissement ou de sa détente pour réchauffer le fluide lors d’une
autre étape de son évolution. C’est le principe utilisé dans les cycles à rendement maximal comme
le cycle de Stirling et le cycle d’Ericsson.

Figure 14 - IMV à cycle de Hirn avec quatre soutirages de vapeur

Sans remettre en cause les cycles de Hirn, il est possible de les modifier pour mettre en œuvre, au
moins partiellement, ce principe et donc améliorer le rendement des IMV. C’est la pratique des
soutirages de vapeur réalisés sur la ligne de détente du fluide dans la turbine pour préchauffer l’eau
liquide avant son entrée dans le générateur de vapeur. La figure 13 représente un tel cycle de Hirn
avec des soutirages en s 1 , s 2 , s 3 et s 4 . Les soutirages s 4 et s 3 correspondent à de la vapeur
surchauffée alors que les deux autres soutirages ont lieu avec de la vapeur humide. La figure 14
schématise une installation répondant à cette situation. Dans cet exemple, on a supposé que tous les
réchauffeurs Ri sont des échangeurs à mélange, la vapeur issue du soutirage si se mélangeant avec
le liquide en provenance de la pompe Pi –1 . Les indices i sont tels que leur ordre est croissant dans
le sens amont-aval pour l’eau liquide au niveau de ce qu’il est convenu d’appeler le « poste d’eau »
de l’installation. Il est décroissant dans le sens amont-aval au niveau de la turbine. Les soutirages de
vapeur ayant lieu à des pressions différentes, croissante selon l’ordre i, l’eau liquide doit traverser
une pompe avant son entrée dans chaque réchauffeur pour atteindre la pression du soutirage.
Dans l’exemple des figures 13 et 14, on note que le générateur de vapeur n’a plus à fournir de la
chaleur qu’entre les points 44 et 1. Le réchauffage de l’eau entre son état 30 et 44 est réalisé par la
vapeur soutirée en s 1 , s 2 , s 3 et s 4 . C’est un réchauffage « gratuit ». En réalité, ce réchauffage se

de vapeur, les puissances thermiques et mécaniques mises en jeu sont données par :

avec :
• n : nombre de soutirages.
Le rendement du cycle est ainsi donné par :
Pour calculer ce rendement, il faut connaître les valeurs des débits de soutirage. Celles-ci peuvent
être obtenues en faisant une hypothèse sur la qualité du fluide en sortie de chaque réchauffeur. Par
exemple, on pourra supposer que le mélange de l’eau et de la vapeur entrant dans chaque
réchauffeur en sort à l’état de liquide saturé (en pratique on opère un sous-refroidissement de
quelques kelvins). Les points 3i sont alors situés sur la courbe de saturation et le bilan enthalpique
sur un réchauffeur Ri s’écrit :

On a un système de n équations à n inconnues : les débits . Dans l’exemple présenté, la


résolution de ce système s’effectue simplement en commençant par la résolution de l’équation
relative au réchauffeur Rn , puis de proche en proche, en allant vers le réchauffeur R 1 .
Le bilan enthalpique fait sur l’ensemble du poste d’eau, en négligeant le travail des pompes, donne
l’équation suivante :

soit :

L’équation du rendement peut alors être modifiée comme suit :


Performances comparées des cycles de Hirn, Hirn avec un soutirage et Hirn avec deux soutirages
Elle peut encore s’écrire :

Dans cette équation, les premiers termes du numérateur et du dénominateur correspondent aux
numérateur et dénominateur de l’expression du rendement du cycle de Hirn. Ainsi, on note qu’à ce
numérateur et à ce dénominateur on retranche un même terme :

ce qui aurait pour effet d’obtenir un rendement du cycle de Hirn avec des soutirages inférieur si on
ne retranchait encore au dénominateur le terme :

qui est plus beaucoup important que le précédent. Ainsi, on peut affirmer que le rendement d’un
cycle à soutirage est bien, comme il fallait s’y attendre, supérieur à celui du cycle sans soutirage.
Une étude plus complète permettrait de montrer que l’amélioration est d’autant plus sensible que le
nombre de soutirages est plus élevé. Cependant, le gain s’amenuise avec le nombre de soutirages.
En pratique, compte tenu du surcoût d’investissement que représente cette technologie, le nombre
de soutirages est limité à un ou deux soutirages pour les IMV de moyenne puissance (de l’ordre de
50 MW). Il est de six à neuf soutirages pour les installations de forte puissance (250 à 1 300 MW).
Exemple
le cas suivant permet d’avoir un ordre de grandeur de ces gains. Soit le cycle de Hirn qui fait l’objet
de la figure 6 (en bleu), dont les température et pression maximales sont 500 oC et 40 bar. En notant
que h 1 = 3 450 kJ/kg, h 2 = 2 080 kJ/kg et h 3 = 85 kJ/kg (équation ) pour une température de
20 oC environ), son rendement est ηH = 40,7 %. Si pour ce cycle on pratique un seul soutirage en
vapeur humide à la pression de 1 bar, l’enthalpie de la vapeur soutirée est h s1 = 2 590 kJ/kg.
L’enthalpie du liquide sortant du réchauffeur est alors h 31 = 420 kJ/kg (température de 100 oC).
L’équation [7] permet d’obtenir le débit de soutirage en fonction du débit du générateur de
vapeur. Le rapport de ces débits est de 0,134. En appliquant ensuite l’équation
rendement pour le cycle avec soutirage η HS = 43 %, soit un gain de plus de deux points. Si, en plus
de ce soutirage, on effectue un soutirage en vapeur surchauffée à 10 bar, soit à une enthalpie de h
o
s2 = 3 030 kJ/kg, avec un liquide sortant du réchauffeur à 180 C, soit avec une enthalpie égale à
752 , correspondent respectivement à 0,117 et
0,127 fois le débit traversant le GV, , et le rendement η est de 44,1 %, soit un gain de plus de un
point par rapport au cas précédent et de plus de trois points d’amélioration par rapport au cycle de
Hirn, ce qui est considérable. Il convient cependant de préciser que cette amélioration du rendement
(qui diminue avec le nombre de soutirages) se
Exemple
paie par une production moindre d’énergie mécanique. En effet, avec le même débit d’eau dans le
générateur de vapeur, le travail produit avec un soutirage correspond à 95 % du travail obtenu sans
soutirage. Ce chiffre tombe à 86,8 % avec deux soutirages. L’ensemble de ces résultats est résumé
dans le tableau 3.
La configuration d’un poste de réchauffage d’eau utilisant des réchauffeurs à mélange (figure 14)
nécessite d’avoir des pompes en entrée de chaque réchauffeur, ce qui est lourd en investissement et
en maintenance. Ainsi, dans les installations de grande puissance, les réchauffeurs à mélange
(RM) sont quasiment tous remplacés par des échangeurs à surface d’échange (RS), comme cela
est représenté sur la figure 15 dans le cas d’une installation à cycle de Hirn à resurchauffe et sept
soutirages. Le condensat issu d’un soutirage, qui ne peut plus être mélangé avec l’eau circulant sous
forte pression dans le réchauffeur, doit être évacué vers le réchauffeur de numéro d’ordre inférieur
où il est mélangé, après une détente flash, avec la vapeur ou le condensat de ce réchauffeur qui est à
une pression inférieure. Le condensat du réchauffeur RS1 est dirigé vers le condenseur. Pour des
raisons techniques liées notamment au dégazage de l’eau, on garde en général un réchauffeur à
mélange (RM) au milieu du poste d’eau, qui de ce fait est partagé en deux parties à des pressions
différentes quant au circuit d’eau liquide : une partie basse pression avant l’entrée de l’eau dans le
réchauffeur à mélange et une partie haute pression à l’aval. La différence des niveaux de pression de
part et d’autre du réchauffeur à mélange est à l’origine de la différentiation en poste d’eau BP (basse
pression) et poste d’eau HP (haute pression) pour chacune des deux parties amont et aval de ce
réchauffeur. Deux pompes suffisent dans cette configuration :
 une pompe dite d’extraction (PE) qui soutire l’eau du condenseur et la met sous la pression
correspondant à la pression du soutirage, qui alimente le réchauffeur à mélange compte tenu
des pertes de charge ;
 et une pompe dite alimentaire (PA), qui met l’eau sous la pression qu’elle doit avoir à
l’amont de la turbine compte tenu également des pertes de charge dans les canalisations et
surtout dans les différents échangeurs (plus de 200 bar dans les installations de forte
puissance).

Figure 15 - IMV à cycle de Hirn à resurchauffe avec sept soutirages de vapeur

Il convient de préciser que pour éviter la cavitation dans la pompe alimentaire, celle‐ci est précédée
d’une pompe dite nourricière (PN) qui a pour rôle de faire une mise en pression suffisante
(quelques bars) pour éviter ce phénomène dans la PA.
L’analyse énergétique d’un tel cycle est plus complexe, mais pas plus compliquée que celle qui a été
faite ci‐dessus dans le cas d’un cycle de Hirn avec des échangeurs à mélange. Elle est basée sur les
bilans enthalpiques (cf. § 4.2)
au niveau des réchauffeurs, pris individuellement ou par groupes, du générateur de vapeur et des
différents éléments (ou corps) de turbine.
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1.6 Cycles supercritiques

Caractéristiques d’un cycle supercritique à trois surchauffes


Pour améliorer le rendement des centrales électrogènes, on tend à utiliser des cycles supercritiques,
c’est‐à‐dire des cycles dans lesquels le réchauffage de l’eau a lieu à une pression supérieure à la
pression critique, soit supérieure à 221 bar. Il n’y a plus alors de palier de changement de phase
liquide/vapeur, mais une évolution progressive du liquide vers le gaz, comme on peut le voir sur la
figure 16.

Figure 16 - IMV à cycle supercritique à deux resurchauffes

Dans ces installations, la chaudière est très différente puisqu’il n’y a plus de vaporisation. Le GV
est remplacé par des échangeurs gaz chauds (source chaude) – eau liquide et gaz chauds – eau sous
forme gazeuse. Les températures maximales tendent actuellement vers 650 oC et les pressions
avoisinent 300 bar. De tels cycles, d’applications encore peu nombreuses, peuvent avoir trois
surchauffes avec deux réchauffages intermédiaires (figure 16). L’augmentation des température et
pression maximales ainsi que la pratique de trois surchauffes améliorent sensiblement le rendement
d’un tel cycle par rapport à celui de Hirn à resurchauffe. On note d’ailleurs sur la figure 16 que les
détentes réelles de ce cycle se font entièrement en phase gazeuse ou vapeur.
À titre d’exemple, on donne, dans le tableau 4, les caractéristiques de l’eau pour le cycle
supercritique à trois surchauffes représenté sur la figure 16 avec une température maximale de
650 oC et une pression maximale de 300 bar. Les détentes sont isentropiques.
Pour un tel cycle, les expressions permettant le calcul de la quantité de chaleur consommée et de
l’énergie mécanique produite par unité de masse sont :
q=h1–h7+h3–h2+h5–h4
wt = h 1 – h 2 + h 3 – h 4 + h 5 – h 6
On trouve, respectivement, 4 775 kJ/kg et 2 445 kJ/kg, ce qui donne un rendement théorique de
51,2 %. Cette valeur est à rapprocher de celle du rendement du cycle de Hirn à resurchauffe
(550 oC ; 160 bar ; Pi = 22 bar – tableau 2), qui est de 46,9 %. La différence entre les deux cycles
est supérieure à 4 points de rendement, soit une amélioration de 9 % environ.
Bien évidemment, les cycles supercritiques peuvent bénéficier de soutirages afin, comme pour le
cycle de Hirn à resurchauffe, d’améliorer encore leur rendement.
La cogénération correspond à une production conjointe de chaleur et d’énergie mécanique (ou
électrique). Ce procédé est encore appelé « énergie totale » (total energy pour les anglo-saxons) car
il consiste, pour les convertisseurs thermomécaniques, à valoriser au maximum l’énergie thermique
cédée à la source froide Qm qui, généralement est de l’énergie thermique à basse température, donc
à faible contenu exergétique (Convertisseurs thermomécaniques- Conversion de l’énergie. Cycles
générateurs , § 2.3.1) :

avec :
• Ta : température ambiante
• Θ : facteur de Carnot.
Ainsi, pour augmenter l’exergie de cette chaleur Qm donc la valoriser, il faut augmenter la
température du « rejet » ou « déchet » thermique. Plusieurs techniques sont mises en œuvre pour
atteindre cet objectif.
2.1 Installations à contre-pression
Dans tous les cycles du paragraphe 1 , on a supposé une température de rejet de la chaleur à la
source froide voisine de la température ambiante et donc que la condensation de l’eau avait lieu à
des pressions absolues de l’ordre de 20 à 50 mbar, soit nettement inférieures à la pression
atmosphérique de 1 013 mbar. Les installations fonctionnant sur la base de tels cycles sont dites à
condensation par opposition à des installations dans lesquelles le rejet thermique aurait lieu à une
température supérieure à 100 oC soit à une pression en sortie de turbine supérieure à la pression
atmosphérique et dites, pour cette raison : installations à contre-pression. Bien évidemment dans
de telles installations, la chaleur rejetée à la source froide est utilisable soit pour le chauffage
résidentiel ou tertiaire (chauffage urbain), soit pour le conditionnement thermique de certains
procédés industriels.
Les figures 17a et 17b schématisent deux types d’installations, l’une pour laquelle le cycle moteur
est fermé, l’autre pour laquelle le cycle est ouvert sur le procédé. Dans ce dernier cas, la vapeur qui
sort de la turbine est directement utilisée dans le procédé industriel. C’est d’ailleurs ce type
d’installations, ne comportant pas de condenseur et faites pour produire de la vapeur de procédé (et
accessoirement de la force motrice ou de l’électricité), qui sont à l’origine de l’appellation, a
contrario, « à condensation » pour les installations dans lesquelles la condensation a lieu à une
température proche de la température ambiante et dont le seul but est la production de force
motrice. L’exemple de la figure 17a, où l’installation comporte une phase de condensation dans le
cycle moteur, met en évidence l’ambiguïté de cette dernière appellation conservée par l’usage. L’un
des inconvénients des systèmes à cycle ouvert est le fait que l’eau d’alimentation doit être traitée en
permanence de manière à ne pas corroder les divers éléments de l’IMV, la turbine en particulier.

Figure 17 - Installation de cogénération à cycle de Hirn à contre-pression

La valorisation de cette chaleur cédée à l’extérieur change radicalement l’expression du rendement


de l’installation si on conserve comme notion du rendement celle du rapport entre l’énergie (ou la
puissance) utile produite par l’installation et l’énergie (ou la puissance) consommée pour produire
cette utilité. Le rendement théorique de cogénération s’écrit alors :

:
avec ηclassique le rendement d’une installation de production de force motrice seule. Bien que ce
rendement soit minimisé du fait que la température de la source « froide » soit plus élevée, le
rendement de cogénération peut atteindre en pratique 70 à 80 %.
Sur le plan exergétique (Convertisseurs thermomécaniques- Conversion de l’énergie. Cycles
générateurs , § 2.3.1), la comparaison entre une installation de production de force motrice seule
et une installation de cogénération donne le résultat suivant en faisant l’hypothèse que le contenu
exergétique du combustible utilisé est identique à son contenu énergétique :

On note que le gain en rendement exergétique est moins bon que le gain en rendement énergétique,
ce qui est normal puisque le contenu exergétique de la chaleur est plus faible que son contenu
énergétique.
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2.2 Installations à soutirages
Les soutirages de vapeur d’une installation classique à condensation agissent, de fait, comme une
cogénération interne. En effet, après avoir fourni de l’énergie mécanique dans une partie de la
turbine, la chaleur « résiduelle » est utilisée pour préchauffer l’eau d’alimentation du générateur de
vapeur.
Dans les installations à cogénération externe, les soutirages peuvent être utilisés dans des
échangeurs de chaleur pour chauffer un procédé ou faire du chauffage à divers niveaux de
température. Ainsi, l’IMV de la figure 15 peut être modifiée pour fournir de l’eau chaude sous
pression (eau surchauffée) à 180 oC et à 120 oC, par exemple à partir de prélèvements faits sur les
soutirages s 2 et s 3 et d’échanges thermiques dans les échangeurs RS2 et RS3 . La figure 18
schématise une telle installation. Il est évident que cette cogénération a une incidence sur la
production de force motrice (ou d’électricité), donc sur le rendement électrique d’une centrale
électrogène. Elle conduit cependant à un meilleur rendement global du fait d’un soutirage s 4 plus
fort donc d’un rejet thermique à la source ambiante inférieur. L’un des intérêts de cette technique est
la souplesse de fonctionnement du fait de la modularité des soutirages.
Figure 18 - Installation de cogénération à cycle de Hirn à resurchauffe et soutirages pour
production thermique interne et externe

Sur un certain nombre de sites industriels qui doivent utiliser des réseaux de vapeur, on trouve des
installations à contre-pression complétées par des soutirages (figure 19), ce qui permet d’avoir, par
exemple, des réseaux de vapeur à 2 bar (vapeur surchauffée à plus de 120 oC), 7 bar (vapeur
surchauffée à plus de 165 oC) et 12 bar (vapeur surchauffée à plus de 190 oC).

Figure 19 - Installation de cogénération à cycle de Hirn ouvert à contre-pression et soutirages

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2.3 Intérêt technico-économique de la cogénération
Le chiffrage de l’intérêt de la cogénération peut s’appuyer sur plusieurs types de considérations :
représente le rapport entre la puissance électrique et la puissance thermique à fournir :

Figure 20 - Production séparée (cas A) ou combinée (cas B) de chaleur et d’électricité

Les productions peuvent avoir lieu de manière séparée dans le cas A (figure 20a ) ou par
cogénération dans le cas B (figure 20b ). Dans le cas A, on suppose que le rendement de production
thermique de la chaudière vaut ηc alors que le rendement de production d’énergie électrique par
l’IMV vaut ηe . Le cas B est un cas de cogénération par soutirage analogue à celui représenté sur la
figure 18. Schématiquement, ce cas correspond à la production séparée en deux de l’énergie
électrique :


de l’environnement Ta et un rendement ηe 1 = ηe ;

température ambiante.
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2.3.1 Intérêt énergétique
Afin de chiffrer l’intérêt énergétique de la cogénération, on fait une étude comparative des deux

thermoélectrique ηg :

Pour le cas A, on obtient :

Figure 21 - Comparaison énergétique des productions séparée (cas A) et combinée (cas B) de


chaleur et d’électricité ( = 0,9 ; ; = 0,343)

Pour le cas B, l’application du premier principe donne :

La figure 21 donne l’évolution de ces différents paramètres en fonction du coefficient électrique CE


pour des valeurs fixées des rendements. Les valeurs des rendements ηe = ηe 1 = 0,469 ; ηe 2 = 0,343
sont :
 d’une part, celle du cycle théorique de Hirn avec resurchauffe fonctionnant avec des
température et pression maximales de 550 oC et 160 bar, des température et pression
minimales de 24 oC et 30 mbar et une pression intermédiaire de 22 bar (tableaux 1 et 2) ;
 d’autre part, celle d’un cycle analogue mais ayant une température minimale Tc = 100 oC et
une pression minimale de 1 bar. On peut noter, sur cet exemple et comme cela a été
mentionné dans le paragraphe , la très forte diminution du rendement d’une IMV
avec l’élévation de la température de la source froide.
Ce cas B peut être obtenu pratiquement avec une seule IMV à cycle de Hirn avec 1 soutirage à
100 oC utilisé pour fournir de la chaleur à un réseau externe à l’IMV.
La figure 21 met en évidence la très forte influence du coefficient électrique sur l’intérêt
énergétique de la cogénération. Pour CE = 0,52, la production électrique est due uniquement à la
cogénération. Le rendement global de production est alors égal à l’unité puisque, dans cet exemple,

fur et à mesure que CE augmente, la part de production d’énergie électrique non cogénérée
augmente, ce qui diminue le rendement global de l’installation et le gain de consommation primaire.
Ainsi, pour CE = 3, celui‐ci n’est plus que de 10 %, ce qui cependant est encore intéressant sur le
plan énergétique.
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2.3.2 Analyse économique
L’étude économique se fait à partir des coûts. L’analyse suivante, bien que simplifiée, donne des
tendances intéressantes. On suppose que le prix de revient de l’énergie correspond au prix de
l’énergie primaire (combustible fossile, combustible nucléaire, ...) chargé des coûts
d’investissement et d’exploitation, égal à Prep par unité d’énergie (€/kWh), et unique quel que soit
le procédé (ce qui est sans doute critiquable, mais simplifie le raisonnement).
Si on élimine la problématique des bénéfices, pour le cas A, le prix de vente des énergies devra être
le suivant :
 Prc = Prep / ηc par unité d’énergie pour la chaleur ;

 Pre = Prep / ηe par unité d’énergie pour l’électricité.


Pour le cas B (production cogénérée), la solution est quelque peu plus complexe, le prix de vente de
l’une ou de l’autre des énergies pouvant se faire au coût marginal : l’une des deux formes d’énergie
est vendue au prix du marché, le prix de l’autre étant calculé à partir du simple surcoût de
production occasionné par la cogénération. Cette solution revient à minimiser fortement le coût de
l’une ou de l’autre forme d’énergie.
 Solution 1 : la chaleur est considérée comme un sous-produit vendu au coût marginal.
L’électricité est vendue à son prix du marché en production classique :
(Pre )1 = Prep / ηe
Le prix de vente de la chaleur doit être tel que le prix de vente total couvre les frais, c’est‐à ‐
dire le prix de l’énergie primaire chargé :
soit :

 Solution 2 : l’électricité est considérée comme un sous-produit vendu au coût marginal. La


chaleur est vendue à son prix du marché :
(Prc )2 = Prep / ηc
Le prix de vente de l’électricité doit respecter l’équation suivante :

soit :

 L’association des équations et conduit aux résultats


présentés sur la figure 22. Les rendements de conversion sont les mêmes que ceux utilisés
pour l’étude énergétique.

Figure 22 - Prix de vente relatifs des énergies selon le concept technico-économique choisi.
Cogénération par soutirage avec un cycle de Hirn RS ( = 0,9 ; ; )

On note d’après cette figure 22 que les prix de vente de chacun des deux types d’énergie
diffèrent considérablement d’une hypothèse à l’autre, ce qui confirme la réalité d’une vente
au coût marginal. Cependant, si la chaleur produite par cogénération est vendue au prix
marginal 2,7 fois moins chère qu’à partir d’une production classique quel que soit CE, le
rapport, pour l’électricité varie entre 2,7 et 1,09 lorsque le coefficient d’électricité passe de
0,52 à 4.
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2.3.3 Analyse exergo-économique
Ce type d’analyse couple l’étude exergétique des procédés et leur analyse économique. Elle confère
à l’énergie sa vraie valeur et traduit économiquement cette réalité en coûts. Pour cela, on fixe le
coût exergétique global du procédé de cogénération Prex à partir du coût chargé de l’énergie
primaire consommée et du contenu exergétique des énergies mises en jeu (Convertisseurs
thermomécaniques- Conversion de l’énergie. Cycles générateurs , § 2.3.1). Le contenu
exergétique de la chaleur est donné par l’équation [9] ; l’électricité a un contenu exergétique égal
à la quantité d’énergie. L’équation des coûts est alors la suivante :

Avec ce concept, les prix de vente de chaque type d’énergie doivent être les suivants :
 pour l’électricité :

 pour la chaleur :

L’évolution de ces prix de vente de la chaleur et de l’électricité est représentée sur la figure 22. On
peut faire les constatations suivantes :
 compte tenu du faible contenu exergétique de la chaleur (facteur de Carnot égal à 0,217 dans
notre exemple), le prix de vente de l’exergie (ou de l’électricité dans ce concept exergétique)
reste légèrement inférieur au prix de vente du « marché » de l’électricité. Il correspond à
96,6 % de ce prix pour CE = 0,52 (cogénération pure) et tend vers 1 pour les valeurs de CE
élevées ;
 le prix de vente de la chaleur est nettement inférieur au prix du marché : 41 % environ avec
une valeur plus faible pour les faibles valeurs de CE (évolution de 40,1 % à 41,3 % pour une
variation de CE de 0,52 à 4) ;
 le concept exergétique favorise le prix de vente des deux énergies. Ce résultat est
évidemment dû à l’amélioration du rendement global de la production cogénérée par rapport
à la production séparée.
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2.3.4 Conclusion
Que l’analyse soit purement basée sur le premier principe – étude énergétique classique – ou sur
une analyse exergo-économique, les résultats mettent en évidence l’intérêt de la cogénération sur la
production séparée. Cependant, cet intérêt dépend fortement du rapport de production (ou de la
demande) entre électricité et chaleur (CE ).
Une présentation beaucoup plus complète de la cogénération, notamment sur le plan technique et
des applications est faite dans divers dossiers des Techniques de l’Ingénieur (notamment , ).
Il a été vu, dans le dossier Convertisseurs thermomécaniques- Cycles moteurs à gaz : Stirling et
Joule , que les turbines à gaz à cycle ouvert, encore appelée turbines à combustion (TAC),
rejettent des gaz d’échappement à des températures relativement élevées, même lorsque ces
machines fonctionnent selon le cycle de Joule à récupération (Convertisseurs thermomécaniques-
Cycles moteurs à gaz : Stirling et Joule , § 2.2). Les figures 23 et 24, issues de Convertisseurs
thermomécaniques- Cycles moteurs à gaz : Stirling et Joule , illustrent ce résultat. Elles
représentent :
 pour le cas d’une turbine à gaz parfait l’évolution des températures de fin de compression et
de fin de détente en fonction du taux de compression et pour des valeurs de températures
maximales fixées (les compressions et détentes ont lieu adiabatiquement avec une valeur
donnée du rendement isentropique). On note que même avec un récupérateur parfait, qui
permettrait de rejeter des gaz d’échappement à la température de fin de compression et pour
des températures maximales supérieures à 1 000 oC (ce qui est facilement atteint), cette
température est supérieure à 450 oC ;
 pour une TAC, l’évolution réelle du fluide en diagramme entropique (prise en compte de la
variation de la chaleur massique avec la température). Dans ce cas, avec une température
maximale de cycle égale à 1 350 oC et un taux de compression de 15 (rendements
isentropiques de compression et de détente de 80 et 85 %), la température en sortie de la
turbine est de 800 oC, ce qui est considérable. La température de fin de compression étant de
445 oC, même si on ajoute un récupérateur de chaleur sur les gaz d’échappement et compte
tenu d’une efficacité inférieure à l’unité, la température de sortie de l’installation serait de
l’ordre de 500 oC.

Figure 23 - Température de fin de compression et température de fin de détente pour diverses


valeurs de la température de fin de combustion (1 600, 1 400, 1 200, 1 000 et 800 oC) pour une
turbine à gaz parfait ayant des rendements isentropiques de compression et de détente
respectivement de 80 et 90 %
Figure 24 - Exemple de cycle d’évolution du fluide dans une turbine à combustion

Ces exemples montrent que les niveaux de température des gaz d’échappement des turbines à
combustion sont de l’ordre de grandeur des températures maximales atteintes actuellement dans les
IMV. Cette constatation est à l’origine du couplage entre les cycles de Joule (et dérivés) et de
Rankine (et dérivés) qui donne lieu à ce qu’il est convenu d’appeler des cycles combinés.
3.1 Schéma d’installations à cycles combinés
Dans une installation à cycles combinés, le fluide de l’IMV est chauffé par les gaz d’échappement
de la TAC. Le schéma de principe de l’installation est donné sur la figure 25. L’échange thermique
entre les gaz de la TAC et l’eau de l’IMV a lieu dans un échangeur de chaleur appelé chaudière de
récupération qui joue le rôle du GV d’une IMV classique. Compte tenu des niveaux de
température, le cycle de base de l’IMV est un cycle de Hirn avec, éventuellement, des soutirages
(non représentés sur la figure).

Figure 25 - Schéma d’une installation à cycles combinés gaz-vapeur

Afin de limiter les températures atteintes en fin de combustion dans les TAC, on réalise la
combustion avec un excès d’air (100 % d’excès d’air dans l’exemple de la figure 24 –
Convertisseurs thermomécaniques- Cycles moteurs à gaz § 2.4.2.2). Les gaz
d’échappement contiennent alors encore suffisamment d’oxygène pour réaliser, grâce à un apport
supplémentaire de carburant, une nouvelle combustion, dite post-combustion, qui augmente la
température des gaz et améliore le rendement de l’ensemble à l’image de ce qui se passe dans une
turbine à gaz lorsque on effectue une détente réchauffée (Convertisseurs thermomécaniques- Cycles
moteurs à gaz , § 2.3). En particulier, la post-combustion est intéressante lorsque
la TAC dispose d’un récupérateur de chaleur. Le schéma d’une telle installation est représenté sur la
figure 26.

Figure 26 - Schéma d’une installation à cycles combinés avec récupérateur de chaleur sur le cycle à
gaz et post-combustion

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3.2 Analyse du couplage
Le couplage des deux cycles a lieu au niveau de la chaudière de récupération, c’est‐à‐dire lors de
l’échange thermique isobare (aux pertes de charge près) entre le gaz issu de la TAC et l’eau de

qui représente la quantité de chaleur mise en jeu lors de l’évolution isobare de l’eau, est de fait un
diagramme (T, h ). En effet, dans toute transformation sous pression constante, la quantité de
chaleur mise en jeu est égale à la variation d’enthalpie du fluide (Thermodynamique appliquée-

figure 28 représente un tel diagramme d’énergie par unité de masse (pour la représentation de ce
diagramme il a été tenu compte du fait que la chaleur est perdue par le gaz, donc négative) pour
trois valeurs de la température initiale.
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3.2.1 Cycles à un seul niveau de pression
Dans cette partie, on analyse le couplage d’un cycle de Joule avec un cycle de Hirn. Pour un
échange sans pertes dans la chaudière de récupération, la puissance cédée par le gaz doit être égale à
la puissance récupérée par l’eau. La figure 29 donne une représentation de chacun de ces échanges
thermiques.
Figure 27 - Quantité de chaleur mise en jeu et évolution de la température lors d’une évolution
isobare de l’eau

Figure 28 - Quantité de chaleur cédée par le gaz en fonction de l’évolution de sa température

Figure 29 - Puissances échangées dans la chaudière de récupération en fonction de la température


Figure 30 - Combinaison des cycles – Application de la méthode du pincement

Afin de vérifier que la température du gaz reste toujours supérieure à celle de l’eau, le graphique est
modifié. On superpose par translation les parties négatives et positives de l’axe des abscisses de
manière à faire apparaître le pincement, c’est‐à‐dire l’écart minimal de température existant entre
les deux fluides (figure 30). C’est la méthode du pincement qui permet également de mettre en
évidence les irréversibilités de l’échange thermique. En effet, la surface située entre les courbes
d’évolution de chacun des fluides est une bonne approximation de la mesure de la production
anergétique de l’échangeur (
§ 2.5.2). Pour une représentation stricte, il faudrait remplacer l’axe des températures par celui du
facteur de Carnot dont l’évolution est proche de celle de la température.
Figure 31 - Influence du choix de la pression du cycle de Hirn sur les pertes exergétiques

La figure 30a met en évidence un cas pour lequel la récupération de la totalité de la puissance

TAC, est tel que dans une grande partie du diagramme, la température du gaz est inférieure à celle
de l’eau. Il faut alors réduire le débit de l’IMV et donc la puissance récupérée. En admettant que la
pression retenue soit de 50 bar avec une température maximale de vapeur de 550 oC, la diminution

correspond à plus de 80 % de la puissance disponible.


Exemple
on considère une turbine à gaz ayant un taux de compression de 13 et une température maximale de
cycle de 1 400 oC avec des rendements de compression et de détente de 80 et 85 %. Les calculs
présentés dans Convertisseurs thermomécaniques- Cycles moteurs à gaz : Stirling et Joule -
figures 10 et 12 – basés sur l’hypothèse d’un gaz parfait idéal (gaz parfait à capacité thermique
indépendante de la température) donnent, pour ce cycle, un rendement de l’ordre de 35 % et une
température de fin de détente de 650 oC environ. Si on admet que cette turbine délivre une
puissance de 200 MW, la puissance récupérable sur les gaz d’échappement est de 370 MW environ,
soit un débit de gaz de l’ordre de 580 kg/s pour une évolution entre 650 et 20 oC. Les évolutions de
la température du gaz respectant celles de la figure 30b, on peut admettre le résultat précédent, à
savoir que 80 % de cette puissance, soit 300 MW, sont récupérables par un cycle de Hirn sous
50 bar et 550 oC de température maximale tout en conservant un pincement acceptable. Le débit
d’eau est alors de 87 kg/s. Le rendement d’un tel cycle, calculé à l’aide de l’équation
prenant en compte un rendement isentropique de détente de 85 %, est de 36,3 %. La puissance
produite par l’IMV est donc de 100 MW environ. C’est donc au total 300 MW de puissance
mécanique que produit l’installation à cycles combinés pour une consommation d’énergie primaire
par la turbine à gaz de 570 MW, soit un rendement global de 52,6 %. Ce chiffre, même entaché des
imprécisions dues aux approximations faites dans les calculs, met en évidence l’intérêt de la
combinaison des cycles à gaz et à vapeur. Dans l’exemple choisi, par rapport au meilleur de ces
deux cycles, le cycle de Hirn, l’amélioration du rendement est de près de 50 %.
Figure 32 - Cycles combinés à trois cycles de Hirn en parallèle

Comme on peut le voir sur la figure 30b, le couplage d’une turbine à gaz avec une IMV à cycle de
Hirn conduit à des pertes exergétiques, représentées par les surfaces en bleu sur la figure,
relativement importantes. On peut minimiser ces pertes et donc augmenter le rendement en agissant
sur la pression maximale du cycle, comme le met en évidence la figure 31. Cela revient à optimiser
l’adaptation du cycle de Hirn au rejet thermique du cycle de Joule.
Sur la figure 31, on peut noter que si le cycle de Hirn à 200 bar ne peut récupérer autant de chaleur
que le cycle à 50 bar et qu’il augmente légèrement les irréversibilités de transfert le long de la
courbe de saturation, il diminue très nettement ces irréversibilités dans la zone diphasique ainsi que
dans la zone de la vapeur surchauffée. Au total, le rendement de l’installation sera amélioré.
Deux autres remarques peuvent être faites :
 en sortie de chaudière de récupération, la température des gaz d’échappement de la TAC doit
rester supérieure à 120 oC, voire 140 oC de manière à éviter toute condensation acide
éventuelle dans la cheminée ;
 considérant les puissances généralement mises en œuvre dans les IMV, on couple souvent
plusieurs TAC avec une seule IMV.
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3.2.2 Cycles à plusieurs niveaux de pression
Le couplage avec plusieurs cycles de Hirn à des pressions différentes permet encore de minimiser
les irréversibilités des échanges, donc d’améliorer le rendement global de l’installation.
Figure 33 - Schéma d’une installation à cycles combinés et trois niveaux de pression alimentés en
parallèle

La figure 32 donne un exemple d’un tel couplage en diagramme (T, ) alors que sur la figure 33
est représenté le schéma de l’installation. Trois cycles de Hirn en parallèle sont mis en œuvre pour
récupérer la quasi-totalité de l’énergie contenue dans les gaz d’échappement de la turbine à gaz. La
turbine à vapeur comporte trois corps : un corps basse pression (BP), un corps moyenne pression
(MP) et un corps haute pression (HP). Afin d’optimiser les échanges, les cycles sont imbriqués au
niveau de la récupération thermique et ont des débits différents. Dans l’ordre aval-amont des gaz
d’échappement (des basses températures vers les hautes températures) on trouve : un préchauffeur
d’eau HP (a-b ), un préchauffeur d’eau MP (c-d ), le réchauffeur d’eau – vaporiseur suivi du
surchauffeur BP (e-f ), puis pour le cycle MP le réchauffeur d’eau – vaporiseur suivi du
surchauffeur (g-h ). Pour le cycle HP, après le préchauffeur (a-b), l’apport thermique (i-j ) est réalisé
par des soutirages sur l’un des corps de turbine (non représentés sur la figure 33), le reste de
l’énergie thermique étant pris dans la chaudière de récupération (aux gaz d’échappement aux
températures les plus élevées) entre j et k pour poursuivre le réchauffage de l’eau, sa vaporisation et
sa surchauffe.
Malgré la complexité de cet exemple, on peut noter qu’il n’est pas optimisé, l’écart entre les
courbes d’évolution thermique du gaz et de la vapeur est encore élevé. Un autre exemple avec
divers niveaux de pression en série est donné sur les figures 34 et 35.
En pratique, les cycles sont encore davantage imbriqués avec une généralisation des soutirages,
voire une post-combustion, et l’optimisation de ces installations est relativement complexe à
réaliser. Cependant, les gains énergétiques sont importants et méritent des études soignées. En effet,
alors qu’actuellement les rendements pratiques des bonnes TAC sont de l’ordre de 35 % et ceux des
IMV de 42 %, on atteint 55 % de rendement avec les centrales à cycles combinés.
Une présentation beaucoup plus complète de ces installations avec des exemples pratiques est faite
dans les dossiers , , des Techniques de l’Ingénieur.
Figure 34 - Cycles combinés à trois cycles de Hirn en série

Figure 35 - Schéma d’une installation à cycles combinés et trois niveaux de pression alimentés en
série