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Université Mohammed V – Agdal

Faculté des Lettres et des Sciences


Humaines – Rabat

Master Langue et Culture Amazighes

Mémoire pour l’obtention de master :

Etude syntaxique des interrogatives en amazighe

Présenter par : Sous la direction de :

Hicham Mokhtari Mme. le Professeur


Fatima Boukhris

2012 - 2013

0
Remerciements
Je tiens par le présent travail à exprimer ma sincère et profonde gratitude

tout d’abord à Madame le Professeur Fatima Boukhris qui a bien voulu assurer

la direction de ce travail et auprès de qui j’ai toujours trouvé patience et

encouragement. Ses remarques et ses critiques m’ont éclairé et m’ont permis de

surmonter bien des difficultés.

Mes plus vifs remerciements vont également aux professeurs du Master

Langue et Cultures Amazighes qui ont veillé au bon déroulement de notre cursus

pendant deux ans, durant lesquels ils nous ont fait profiter de leurs grandes

expériences et nous ont transmis leurs enseignements.

Par ailleurs, j’exprime ma profonde gratitude à mes parents et toute ma

famille, en guise de sincère reconnaissance, de la patience et du sacrifice dont ils

ont fait preuve. Qu’ils trouvent dans ce modeste travail un petit peu de

satisfaction.

1
Sommaire

Remerciements
Sommaire
Liste des symboles et abréviations
0. Introduction générale

Chapitre 1 : Les types d’interrogatives en amazighe


1.0. Introduction
1.1. Les morphèmes interrogatifs
1.2. Les questions oui/non
1.3. Les questions explicatives
1.4. Les questions directes et indirectes

Chapitre 2 : Syntaxe des interrogatives


2.0. Introduction
2.1. Ordre des constituants
2.2. Syntaxe des interrogatives

Conclusion générale
Bibliographie
Table des matières
Annexe

2
Liste des symboles et abréviations

ao. : Aoriste
ac. : Accompli
Ang : Anglais
AP : Arabe palestinien
AS : Arabe standard
COMP : Complémenteur
cl. : Clitique
EA : Etat d’annexion
Fr : Français
Fin : Finlandais
GG : Grammaire Générative
Inter. : Interrogation
inac. : Inaccompli
Jap : Japonais
prép. : Préposition

partic. : Participe

QON : Question oui/non

sg. : Singulier
SVO : Sujet – verbe – objet
* : Phrase agrammaticale
ø : Ensemble vide

3
Introduction générale

0.1 Objet d’étude

Notre travail part du constat que l’interrogation se réalise de la même

façon dans tous les parlers amazighes. D’une part la phrase interrogative dans la

langue amazighe partage plusieurs traits universels communs aux langues

naturelles, d’autre part elle dispose de ses propres caractéristiques qui lui

donnent sa spécificité. L’objet de cette étude, est de procéder à une analyse de

certains aspects de l’interrogation en amazighe, pour relever les règles

syntaxiques, qui gèrent les relations entre les composants de la phrase

interrogative, et de dresser l’inventaire des différents types de questions

amazighes.

Bien que le tarifit est le dialect de base de cette étude, étant donné le stade

avancé des études linguistiques en amazighe, nous avons choisi de voir la

question de notre travail dans l'ensemble des dialectes amazighes marocains, au

lieu de focaliser sur un seul. En adoptant une approche comparative avec

d'autres langues naturelles, nous allons essayer de répondre aux questions

suivantes :

• Quel est le comportement syntaxique des morphèmes interrogatifs ?

• Quels sont les types de questions dans la langue amazighe ?

4
• Les règles de Déplacement-Wh sont-elles applicables aux interrogatives

amazighes ?

0.2 Revue de littérature

Dans les études linguistiques amazighes, rares sont les travaux consacrés

particulièrement au sujet des interrogatives, à part quelques exceptions. La revue

de littérature sur la question peut être classée par ordre chronologique (période

coloniale et postcoloniale) ou par cadres théoriques.

i. Dans la période coloniale, les auteurs (Justinard (1926), Renisio

(1932), entres autres) présentaient souvent les interrogatives sous

formes de dialogues et d’énoncés traduits ou dans des manuels

destinés particulièrement à l’apprentissage de l’amazighe (Aspinion

(1953)). Ces travaux n’avaient aucun intérêt pour l’examen des

aspects grammaticaux de l’interrogation, le sujet n’a bénéficié, dans

aucun de ces travaux d’une étude spécifique.

ii. Il fallait attendre les travaux réalisés dans le cadre fonctionnaliste

(Penchoen (1973), Bary (1983) et Bouyelmani (1998)…), qui ont

montré de l'intérêt envers l’étude des particules et des phrases

interrogatives. Ces études fournissent généralement des descriptions

faisant partie de grammaires des dialectes étudiés.

5
iii. La grammaire générative (GG), est le courant théorique qui a

accordé, depuis ses débuts, le plus d’importance à la question des

interrogatives. Bien que l’amazighe bénéficié d’un bon nombre des

travaux qui se sont penchés sur l’analyse syntaxique de plusieurs

aspects dans ce cadre, peu d’études ont traité la question des

interrogatives, en dehors de ceux de F. Ennaji (1982), M. Ennaji

(1989) et Boukhris (1998).

0.3 Cadre théorique

Le cadre théorique adopté dans le présent travail est celui de la GG. Ce

courant développé par Noam Chomsky dans les années 1950, considère le

langage en tant que système inné, propre à l'humain, qui lui permet de produire

et de comprendre un nombre potentiellement infini de phrases même celles

jamais prononcées ni entendues. Depuis son apparition, la GG a beaucoup

évolué et chacun des modèles élaborés dans cette théorie, implique une approche

différente par rapport aux divers aspects de l'interrogation. Malgré ces

considérables changements théoriques, les principales hypothèses concernant les

interrogatives décrites par Chomsky (1977) sont restées inchangées. Dans son

travail « On Wh-movement » Chomsky expose un certain nombre de

caractéristiques du Déplacement-Wh, qui sont les suivant :

i. Le Déplacement-Wh laisse une trace.

ii. Le Déplacement-Wh se produit vers la position COMP.

6
iii. Le Déplacement-Wh est cyclique.

iv. Le Déplacement-Wh respecte la Contrainte de Subjacence.

0.4 Organisation du travail

Ce travail est organisé en deux chapitres. Le premier chapitre est consacré

à la présentation des différents types de phrases interrogatives, à savoir les

questions oui/non (dorénavant QON) par intonation et par morphèmes

interrogatifs, les questions-m et les questions directes et indirectes.

Dans le deuxième chapitre, nous rappelons quelques données importantes

sur l’ordre des constituants dans la phrase amazighe en général, puis l’ordre

spécifique aux phrases interrogatives. Nous terminons par l’examen de

l’applicabilité des règles du Déplacement-Wh aux interrogatives en amazighe.

7
Chapitre 1
Les types des interrogatives en amazighe

1.0 Introduction

L’objet de ce chapitre est de présenter une typologie détaillé des diverses

structures interrogatives attestées en amazighe, en nous basant sur les données

exposées dans des travaux antérieurs, notamment Penchoen (1973), F. Ennaji

(1982) et Bouylmani (1998), entre autres. Dans la langue amazighe comme la

pluparts des langues naturelles on distingue entre : les questions qui requièrent

une réponse par oui/non (QON), dites aussi questions totales par ce qu’elles

portent sure l’ensemble de la phrase et les questions qui nécessitent une réponse

explicative, elles sont dites questions partielles car elles portent sur un

constituent précis de la phrase. Ces dernières sont introduites par une particule

interrogative, pour cette raison nous allons appeler celles-ci (questions-m) en

s’inspirant de M. Ennaji (1989) et Bouylmani (1998) qui ont fait le même choix

à l’instar de Wh-questions de l’anglais.

Premièrement, nous exposerons les différents types des QON qui peuvent

êtres marquées par l’intonation ou introduites par la particule interrogative,

ensuite nous passons aux questions-m positives et négatives, enfin nous

distinguerons entre les questions directes et indirectes dans les deux types.

8
1.1 Les morphèmes interrogatifs

Avant d’entamer notre sujet principal, il est nécessaire de donner quelques

indications importantes sur la morphologie des interrogatifs en amazighe. En

anglais, les morphèmes interrogatifs sont appelés wh-words, parce qu’ils

commencent tous avec wh- (what, where, when, whom…etc) à l’exception de

how. En français, comme ils commencent par Qu- (quel, que, quoi, quand…etc),

ils sont nommés mots-Qu.

En amazighe, la plupart des morphèmes interrogatifs commencent par m-

(mani, mermi, matta, manasra…etc), nous avons donc choisie d’appeler ces

morphèmes éléments-m, en s’inspirant de M. Ennaji (ibid.). Au niveau

morphologique, les morphèmes interrogatifs amazighes sont essentiellement des

structures composées. Penchoen (1973) dit à ce propos :

˝il est, en effet, claire qu’historiquement, la plupart des monèmes

interrogatifs ont été formés à partir d’une marque d’interrogation *m

précédant un terme qui s’emploie en énoncé non-interrogatifs. C’est

clairement le cas, dans ce parler, pour mani puisqu’on a aussi ani

« où, lorsque »˝ Penchoen (1973 : 209).

D’après cette citation, nous pouvons dire que les morphèmes interrogatifs

amazighes sont composés de m- attaché à un autre élément (m+X). Cependant la

majorité des éléments non-interrogatifs aux quels s’attache ce m- n’ont pas

9
survécus, en l’absence d’études diachroniques, il est difficile d’identifier ces

éléments. Ils sont donc analysés comme des structures homogènes.

Dans toutes les langues naturelles, les morphèmes interrogatifs

appartiennent à plusieurs catégories différentes. En amazighe, les interrogatifs

peuvent être divisés en trois classes 1 : i) les pronoms interrogatifs, ii) les

adverbes interrogatifs et iii) les adjectifs interrogatifs.

1.2 Les questions oui/non (QON)

Dans les différentes langues naturelles, les QON sont généralement

marquées par quatre outils d’ordre : morphologique, syntaxique, phonologique

ou par l’insertion d’une particule interrogative. Les questions marquées

morphologiquement n’existe pas en amazighe, elles se trouvent dans des langues

comme l’eskimo et le coréen 2 . La même chose pour les questions marquées

syntaxiquement, qu’on trouve dans l’anglais et le français, où l’inversion sujet-

verbe vient marquer l’interrogation et l’ordre SVO change alors en VSO,

comme le montrent les exemples suivants :

(1) a. Alex is sad.

b. Is Alex sad? (Ang)

(2) a. Tu viens demain.

1
L’inventaire des morphèmes interrogatifs est présenté en annexe. Pour un inventaire plus détaillé des
interrogatifs en tarifit cf. Lafkioui (2007).
2
Cf. Dryer (2011)

10
b. Viens-tu demain ? (Fr)

Quant aux deux derniers aspects, à savoir phonologique et l’insertion des

particules interrogatives, ils seront traités par la suite.

1.2.1 QON par intonation

L’outil phonologique le plus commun pour distinguer un énoncé

interrogatif d’un déclaratif est l’intonation (montante). Plus de 100 langues ont

une intonation particulière pour marquer un énoncé comme une QON (Dryer

2011).

D’autres langues emplois l’intonation dans des contextes restreints ou

n’utilisent plus l’intonation. Hirst (1998) note que dans l'anglais britannique

(British English) l’intonation (montante) indique plutôt la surprise, l’anglais

britannique comme le suédois et le finlandais n’ont donc pas de questions par

intonation. L’amazighe, par contre, fait partie des langues qui bénéficient de cet

outil. Considérons les exemples suivants :

(3) a. ṯiwešša ?

demain

« Est-ce demain ? »

b. izeddaγ ḏi wejda ?

il+habiter+inac dans Oujda

11
« Il habite à Oujda ? »

c. ṯenniḏ as x umešri i nssumw nhara ?

tu+dire+ac lui sur le+repas que nous+préparer+ac aujourd’hui

« Tu lui as raconté qu’est-ce-que nous avons prépare au repas

aujourd’hui ? »

Dans les exemples (3a), (3b) et (3c), on n’observe aucun marqueur

interrogatif. Seule l’intonation indique qu’il s’agit d’une question et non pas

d’une phrase déclarative. Ce type d’interrogation par intonation est compatible

avec des énoncés verbaux (3b), (3c) et non verbales (3a), il ˝s’emploie

particulièrement, mais non exclusivement, lorsque le locuteur est à peu près

certain de la réponse qu’elle soit positive ou négative˝ Bouylmani (1998 : 874).

1.2.2 QON introduites par une particule interrogative

Dans les langues naturelles qui utilisent une particule pour marquer les

QON, cette particule apparaît dans l'une ou plusieurs des trois positions de

phrases : i) initiale comme dans (4) de l’arabe standard, ii) centrale en finlandais

(exemple (5)) et iii) finale comme le cas du japonais illustré par (6).

(4) hal tašrabu lqahwata ?

est-ce+que tu+bois le+café

« Est-ce que tu bois du café ? » (AS)

12
(5) sataa ko ulkona ?

Pleut+il est-ce+que dehors

« Est-ce qu’il pleut ? » (Fin)

(6) are wa Fujisan desu ka ?

cela est Fuji+mont est-ce+que Inter.

« Est-ce que cela est le mont Fuji ? » (Jap)

Les particules qui formes les QON en amazighe sont principalement ma et

is (est-ce que)3, comme dans les exemples suivants :

(7) a. ma ddarn ?

est-ce+que ils+vivre+ac

« Est-ce qu’ils sont vivants ? »

b. is ifta ?

est-ce+que il+partir+ac

« Est-il partie ? »

(8) a. ma d aryaz ?

est-ce+que c’est homme

« Est-ce l’homme ? »

b. is d umam ?

est-ce+que c’est ton+frère

3
Voire la section sur les interrogatifs pour plus de détails.

13
« Est-ce ton frère ? »

(9) a. ma d aziza ?

est-ce+que c’est bleu

« Est-ce le bleu ? »

b. is d amllal ?

est-ce+que c’est blanc

« Est-ce le blanc ? »

(10) a. ma d šekk ?

est-ce+que c’est toi

« Est-ce toi ? »

b. is d nkk ?

est-ce+que c’est moi

« Est-ce moi ? »

(11) a. ma snnež ?

est-ce+que en+haut

« Est-ce en haut ? »

b. is ddaw ?

est-ce+que en+bas

« Est-ce en bas ? »

14
Dans (7a-b) ma et is introduisent des phrases verbales. Dans (8a-10b) ils

introduisent des phrases non verbales. ma et is sont compatibles avec le nom (8),

le nom de qualité (9), le pronom (10), l’adverbe (11) et le numéral. Les

interrogatifs is et ma sont toujours suivis par la particule prédicative d dans la

phrase non verbale sauf quand ils s’emploient avec un adverbe.

Il faut noter que l’interrogatif is attire les pronoms personnels clitiques et

les particules d’orientation d et n.

(12) a. is d uškin ?

est-ce+que ici ils+venir+ac

« Sont ils venus (ici) ? »

b. is as tn ifka ?

est-ce+que lui les il+donner+ac

« Les lui a-t-il donnés ? »

Par contre, ma n’entraine aucune anticipation des pronoms personnels

clitiques, ni des particules d’orientation.

(13) a. ma yexḍer d ?

est-ce+que il+arriver+ac ici

« Est il arrivé (ici) ? »

b. ma yarra as t ?

est-ce+que il+rendre+ac lui le

15
« Le lui a-t-il rendu ? »

Alors que les exemples (7a-13b) au-dessus montrent que les interrogatifs

ma et is ont la possibilité d’être à l’initial, seul ma apparait en position finale.

Les phrases (14a) et (15a) sont grammaticales, tandis que (14b) et (15b) sont

agrammaticales :

(14) a. yawweḥ ma ?

il+rentrer+ac est-ce+que

« Est-il rentré ? »

b. * tugm is ?

elle+puiser+ac est-ce+que

« A-t-elle puisé ? »

(15) a. šekk zi nnadu ma ?

toi de Nador est-ce+que

« Es-tu de Nador ? »

b. * tssent Ali is ?

tu+connaître+ac Ali est-ce+que

« Est-ce que tu connais Ali ? »

Les interrogatifs ma et is apparaissent souvent en combinaison avec

ša/kra et niγ/nγ, ou en dédoublement quand il s’agit d’une interrogation double.

16
Nous relevons donc les formes suivantes : ma…ša, ma…niγ, is…kra, is…nγ et

ma…ma, is…is.

(16) a. ma γarwm ša n rḥmu ?

est-ce+que vous+avoir+ac de la+chaleur

« Fait-il chaud chez vous ? »

b. is illa kra n umaynu ?

est-ce+que il+être+ac de nouvelles

« Y a-t-il des nouvelles ? »

(17) a. ma ṯẓumd niγ ?

est-ce+que tu+jeûner+ac ou

« Est-tu en jeûne (ou quoi) ? »

b. is d askka nγ d assa ?

est-ce+que c’est demain ou c’est aujourd’hui

« Est-ce demain ou aujourd’hui ? »

(18) a. ma i šekk ma i nešš ?

est-ce+que pour toi est-ce+que pour moi

« Est-ce pour toi ou pour moi ? »

b. is idda, is ikšm ?

est-ce+que il+partir+ac est-ce+que il+entrer+ac

« Est-il parti ou est-il entré ? »

17
Il y a d’autres formes qui deviennent de plus en plus fréquentes. Ils

s’agissent de ø…ša et ø…niγ. Ces formes expriment l’interrogation sans faire

appel aux interrogatifs qui dans ce cas ne sont nécessaires que pour répéter ou

insister sur une question dans une conversation.

(19) a. ṯeṭsad ša ?

Tu+dormir+ac

« As-tu dormi ? »

b. mamš ?

comment

« Comment ? »

c. ma ṯeṭsad ša ?

est-ce+que tu+dormir

« Est-ce que tu as dormi ? »

L’exemple (19c) est une répétition de la question (19a) que l’interlocuteur

n’a pas entendue. Il faut noter que ø…niγ est compatible avec le verbe, le nom

de qualité, le nom, le pronom, l’adverbe et le numéral. Cependant ø…ša n’est

compatible qu’avec le verbe et le nom de qualité.

(20) a. šekk niγ ?

toi ou

« Est-ce toi ? »

18
b. * šekk ša ?

(21) a. umaš niγ ?

frère+ton ou

« Est-ce ton frère ? »

b. * umaš ša ?

1.2.3 QON négatives

La négation en amazighe se fait par le morphème de négation war4, qui

occupe toujours une position préverbale. Les QON négatives gardent la même

structure que leurs correspondantes positives, le morphème de négation se place

à l’initial dans les QON par intonation (22) et suit directement l’interrogatif

quand il s’agit d’une QON par particule interrogative (23). Ces questions

négatives expriment la demande comme elles peuvent aussi exprimer le doute

dans l’exemple (23) ou la surprise dans (22).

(22) war yemriš ?!

ne+pas il+marier+ac

« Je ne crois pas qu’il n’est pas marié ?! »

(23) ma war yeffir ?!

est-ce+que ne+pas il+sortir+ac

« Je pense qu’il est sortie ?! »

4
Les variantes de war sont : wa, u et ur.

19
En guise de récapitulation, nous avons montré que les QON en amazighe

peuvent être marquées par l'intonation (montante) seulement, comme elles

peuvent être introduites par des particules interrogatives qui sont principalement

is et ma. Ces deux morphèmes interrogatifs ont les caractéristiques suivantes :

(i) Ils introduisent des phrases verbales et non verbales.

(ii) Ils sont compatibles avec le nom, le pronom, le nom de qualité,

l’adverbe et le numéral.

(iii) Ils apparaissent souvent mais pas obligatoirement, en combinaison

avec ša/kra et niγ/nγ.

(iv) Le morphème is, contrairement à ma, entraine l’anticipation de

pronoms personnels clitiques et des particules d’orientation

spatiale.

Notons que, ces QON peuvent passer de la forme positive à la forme

négative, en gardant leurs structures, par la simple adjonction du morphème de

négation. Ce dernier se place au début des QON par intonation et directement

après le morphème interrogatif dans les QON introduites par une des particules

interrogatives.

1.3 Les questions explicatives (questions-m)

Les questions explicatives, appelées aussi partielles diffèrent des QON en

ce qu’elles portent sur un constituent spécifique de la phrase et provoquent une

20
réponse explicative autre que oui/non. Ces questions sont construites avec des

interrogatifs. Toutes les langues naturelles ont un ensemble de morphèmes

interrogatifs caractérisant les questions explicatives, qui appartiennent

généralement à des catégories différentes (les pronoms interrogatifs, les

adverbes interrogatifs, les adjectifs interrogatifs, les verbes interrogatifs 5 ). Il

existe deux modèles communs aux langues pour la position des interrogatifs : i)

en position initiale, tels-que l’anglais (24) ou l’arabe standard (25) et ii) en

position finale comme le japonais en (26).

(24) Where am I ?

où suis je

« Où suis-je ? » (Ang)

(25) man huwa lbadilu ?

qui est le+remplaçant

« Qui est le remplaçant ? » (AS)

(26) Kore wa ikura desu ka ?

ce est combien est-ce+que Inter.

« Combien ça coûte ? » (Jap)

Les questions explicatives peuvent êtres positives comme le montrent les

exemples (24-26), ou négatives comme il est illustré par (27) et (28).

5
Cf. Dryer (2011 : chapitre 93).

21
(27) Who Can't Give Blood ?

qui ne.pouvoir.pas donner sang

« Qui ne peut pas donner du sang ? » (Ang)

(28) man lam yanžaḥ ?

qui ne+pas il+réussir

« Qui n’a pas réussi ? » (AS)

Dans cette section nous allons essayer d’exposer les caractéristiques des

questions explicatives (questions-m) positives en amazighe. Quant aux

questions-m négatives, elles présentent les mêmes caractéristiques des QON

négatives. Pour cette raison, nous nous contentons de ce qui a été dit.

Tout comme en anglais et en arabe standard, les interrogatifs en amazighe

occupent toujours la position initiale de la phrase, sauf pour certaines

particularités que nous signalerons ultérieurement. Les catégories grammaticales

auxquelles appartiennent ces interrogatifs ont été mentionnés auparavant, et

c’est ainsi que les questions seront présentés ici selon les interrogatifs qui les

introduits.

i) Les pronoms :

Les pronoms interrogatifs fonctionnent comme des noms et partagent

certaines de leurs compatibilités. Ils peuvent tous avoir la fonction de sujet,

complément d’objet direct, indirect et complément circonstancielle.

22
(29) a. wi iwṯin ?

qui il+frapper+partic

« Qui a frappé ? » (Sujet)

b. may ttegg yemmam ?

que elle+faire+inac Mère+ta

« Que fait ta mère ? » (Complément d’objet direct)

c. u mi ṯewšiḏ aman ?

qui à tu+donner+ac eau

« À qui as-tu donné de l’eau ? » (Complément d’objet indirect)

d. ma s tunft tiflut ?

quoi avec tu+ouvrir+ac porte

« Avec quoi as-tu ouvert la porte ? » (Complément circonstancielle)

Ces interrogatifs entrainent l’exclusion de l’indicateur du thème, en plus

de l’anticipation des pronoms personnels et des particules d’orientations

spatiales.

(30) a. min ṯesγa εiša ?

que elle+acheter+ac Aicha

b. * min εiša ṯesγa ?

que Aicha elle+acheter+ac

« Qu’a acheté Aicha ? »

23
(31) a. wi t iksin ?

qui la il+prendre+partic

b. * wi iksin t ?

qui il+prendre+partic la

« Qui l’a pris ? »

Notons d'abord que le verbe qui suit les pronoms u et ma quand ils

fonctionnent comme sujet prend la forme participiale (i_n). Ensuite que tous les

pronoms interrogatifs peuvent être utilisés pour se référer aux humains et non-

humains à l'exception de min qui est [- humain]. Enfin, tandis que tous les

interrogatifs se placent à l'initiale, nous avons relevé un cas particulier illustré

par (32-33), où l'interrogatif se place en finale. Il s'agit du pronom mi qui, d’une

part et contrairement aux autres interrogatifs, n'apparaît jamais au début de la

phrase, d’autre part il remplit toujours la fonction complément d’objet direct.

(32) a. ifka mi ?

il+donner+ac quoi

b. * mi ifka

quoi il+donner+ac

« Qu’a-t-il donné ? » (Complément d’objet direct)

(33) a. tesγa εiša mi ?

elle+acheter+ac Aicha quoi

24
b. * mi tesγa εiša ?

quoi elle+acheter+ac Aicha

« Qu’a acheté Aicha ? » (Complément d’objet direct)

ii) Les adverbes :

Les adverbes interrogatifs à l’inverse des pronoms, ne fonctionnent pas

comme des noms. Ils sont utilisés comme des formes adverbiales, mais jamais

comme sujets ou compléments :

(34) a. milmi iγra lktab ?

quand il+lire+ac livre

« Quand a-t-il lu le livre ? »

b. mnšk iswa uγrum ad ?

combien il+coûter+ac EA+pain ce

« Combien coûte ce pain ? »

En outre, ils excluent l’indicateur de thème et entraine l’anticipation des

particules d’orientation et des pronoms personnels, tout comme les pronoms

interrogatifs :

(35) a. mamnk as iskr Lahsen ?

comment à+lui il+faire+ac Lahsen

« Comment Lahsen l'a-t-il fait ? »

25
b. * mamnk Lahsen as iskr ?

comment Lahsen à+lui il+faire+ac

« Comment Lahsen l'a-t-il fait ? »

(36) a. mani d ṯusa ?

où vers+ici elle+venir+acc

« Où est-elle venu (vers ici) ? »

b. * mani ṯusa d ?

où elle+venir+acc vers+ici

« Où est-elle venu (vers ici) ? »

Les adverbes interrogatifs, peuvent, à eux tout seuls, constituer une

question comme le montre l’exemple (37) :

(37) a. may ?

« Où ? »

b. mism ?

« Comment ? »

c. mnšk ?

« Combien ? »

Les adverbes interrogatifs de quantité diffèrent des autres dans la mesure

où ils sont compatibles avec les noms. Ils sont suivis, mais pas obligatoirement,

26
de la préposition génitive n lorsqu’ils déterminent un nom (38) et des

focalisateurs ad et ay/a lorsqu’ils s’emploient avec un verbe (39). Ces

interrogatifs sont invariable à l’exception de mnnaw qui s’accord en genre avec

le nom qu’il détermine (40) :

(38) a. mšta n yewḏan ?

combien de EA+personnes

« Combien de personnes ? »

b. mešḥar ṯazarṯ ?

combien figue

« Combien les figues ? »

(39) a. mšḥal ay jin yirdn ?

combien c’est ils+faire+ac blé

« Combien vaut le blé ? »

b. šḥal ihwa ?

combien il+descendre+ac

« Combien il est descendu ? »

(40) a. mnnaw wussan ?

combien EA+jours

« Combien de jours ? »

b. mnnawt tmγarin ?

27
combien EA+femmes

« Combien de femmes ? »

iii) Les adjectifs :

Les adjectifs interrogatifs man et matta sont invariables. En d’autres

termes, ils ne s’accordent ni en genre ni en nombre. Ces adjectifs peuvent êtres

suivis par un nom (41a) ou un pronom (41b), mais jamais par un verbe (41c).

(41) a. matta taγawsa lli tsiggilt ?

quel chose que tu+chercher+ac

« Quelle est la chose que tu cherches ? »

b. man wen daysen ?

quel celui entre+eux

« Lequel d’entre eux ? »

c. * matta tannayt Mohammed ?

quel tu+voir+ac Mohammed

« Quel Mohammed as-tu vu ? »

d. * man ?

« Quel ? »

e. * matta ?

« Quel ? »

28
L’agrammaticalité de (41d) et (41e) montre que les adjectifs interrogatifs

n’apparaissent jamais seul.

1.4 Les questions directes et indirectes

Jusqu'à présent, nous n’avons parlé exclusivement que des questions

directes. Il est important d’ajouter que ces questions ont la structure

interrogative d’une phrase indépendante, dans le sens où elles fonctionnent en

autonomie, et ne dépendent d'aucune autre proposition, comme dans (42) :

(42) mani irwl ?

où il+fuir+ac

« Où s’est-il enfui ? »

Par contre, les questions indirectes sont des phrases, où la structure

interrogative est enchâssée dans une autre proposition principale. Comparons

l’exemple (42) ci-dessus avec (43) :

(43) seqsa mani irwl !

Demander+imp+2sg où il.fuir

« Demande où il s’est enfui ! »

On remarque qu’à l’opposé de (42), la question dans (43) est précédée du

verbe seqsa dont elle en est le complément. D’ailleurs, la phrase principale qui

29
constitue la question indirecte est toujours un énoncé verbal, formé avec des

verbes appartenant à une classe limitée (nous y reviendrons).

(44) a. xẓaṛ ma ffγen !

regarder+imp+2sg est-ce+que ils+sortir+ac

« Regard est-ce qu’ils sont sortis ! »

b. nniγ as ma ṯusmeḏ !

je+dire+ac à+lui est-ce+que tu+être jaloux+ac

« Je lui ai dit est-ce que tu es jaloux ! »

Notons que l’intonation des questions directes diffère de celles des

questions indirectes. Alors que les premiers se caractérisent par une intonation

montante, ces derniers ont une intonation descendante. Ceci implique que

l’utilisation des interrogatifs dans les QON est obligatoire comme le montre

l’exemple (45) :

(45) a. raεa is idda !

regarder+imp+2sg est-ce+que il+partir+ac

« Regard s’il est partis ! »

b. * raεa idda !

regarder+imp+2sg il+partir+ac

« Regard s’il est partis ! »

30
Les questions indirectes sont utilisées pour demander ou poser une

question d’une manière indirecte (46a) ou comme forme de politesse (46b) :

(46) a. ini yi ma irzan šrjam.

dir+imp+2sg à+moi qui il+casser+partic fenêtre

« Dis moi qui a cassé la fenêtre ! »

b. εafak, ini yi mani tella lmaḥṭa ?

s'il+vous+plaît dir+imp+2sg à+moi où elle+être+ac gare

« S’il vous plaît, dites moi où est la gare ! »

Pour réitérer ou insister sur question que l’interlocuteur n’a pas entendue

ou dont il veut esquiver la réponse, on emploie des structures comme (47) :

(47) nniγ aš ma ṯkemmraḏ !

Je+dire+ac à+toi est-ce+que tu+finir+ac

« Je t’ai demandé si tu as fini ! »

Ou pour rapporter une question (48) :

(48) ṯnna aš yemma ma ad ṯššaḏ.

elle+dire+ac à+toi mère+ma est-ce+que tu+manger+ao

« Ma mère te demande si tu veux manger. »

Les verbes supports des questions indirectes appartiennent à une classe

limitée. D'une manière générale, ils expriment l’interrogation ou l’incertitude

31
comme seqsa (demander). D’autres verbes comme ini (dire), xẓaṛ, raεa

(regarder), représentent certainement une notion claire de l’interrogation quand

ils sont utilisés avec les questions indirectes, même s'ils ne traduisent pas

intrinsèquement cette notion.

˝The list of verbs which take INT CCs is interesting: apart from clearly

interrogative verbs like sqsa (ask), most of the other verbs are non-

assertive˝ Sadiqi (1986 : 212)

D’après cette citation, l’auteur nous dit que la majorité des verbes utilisés

avec les questions indirectes n’implique pas la notion d’interrogation. Ces

verbes mêmes s’emploient avec les complétives déclaratives. Ceci nous mène à

signaler qu’il ne faut pas confondre les questions indirectes avec les complétives

déclaratives, puisque les premiers expriment une demande, alors que les

deuxièmes sont une déclaration.

(49) εliγ mani illa.

voir.je où il.être

« J’ai vu où il est. »

(50) εlu mani illa !

toi.regarder où il.être

« Regarde où il est ! »

32
L’exemple (49) est une déclaration que le locuteur connaît l’information,

alors que dans (50), le locuteur demande une information d’une façon indirecte.

Même s’il les deux phrases contiennent l’adverbe de lieu mani (où) et le verbe

εlu (regarder). Pour plus d’illustration considérons ces exemples empruntés à

Gross (1968 : 160) :

(51) a. Jean lui demande (comment + quoi) faire.

b. Jean lui dit (comment + quoi) faire.

En français ces deux phrases sont clairement différentes, l’exemple (51a)

est une question, alors que (51b) est une déclaration. Le rôle des verbes

demander et dire ici est évident. Le premier étant un verbe de demande et le

deuxième verbe d’ordre (Roulet 1978 : 448), on comprend qu’avec ˝demande

c’est Jean qui est le sujet de faire, alors qu’avec dit, c’est le pronom lui qui est le

sujet de faire˝ Gross (ibid.). Maintenant considérons les phrases correspondantes

amazighes de (51) :

(52) a. seqsa Ahmed (mamš + min) γa negg !

demander+imp+2sg Ahmed (comment + quoi) faire.

« Demande à Ahmed (comment + quoi) faire ! »

b. innaš Ahmed (mamš + min) γa negg.

il+dire+ac Ahmed (comment + quoi) faire.

« Ahmed vous a dit (comment + quoi) faire. »

33
Les phrases en (52) peuvent êtres interprétées de manières différentes,

(52a) est une question, alors que (52b) est une déclaration, comme nous l’avons

vu dans (51). Sauf que (52b) accepte aussi une autre interprétation, elle peut être

comprise comme question rapportée (Ahmed vous demande (comment + quoi)

faire.). Dans ce cas là, le verbe seul ne suffit pas pour interpréter la phrase. C’est

le contexte qui joue rôle important pour enlever l’ambiguïté.

1.5 Conclusion

Dans ce chapitre, nous avions comme principal objectif de présenter une

brève typologie des interrogatives dans la langue amazighe. D’abord nous

avons montré que les QON peuvent êtres marquées par l’intonation seulement.

Par ailleurs, les QON sont introduites par les particules interrogatives is et ma,

qui occupent toujours la position initiale de la phrase interrogative. Ces QON

qui portent sur la totalité de l’énoncé sont dites questions totales et nécessitent

une réponse par oui ou non. Elles sont positives ou négatives ; dans se dernier

cas, le morphème de négation vient se placer à l’initial dans les QON par

intonation et directement après l’interrogatif dans les QON introduites par

particule.

Ensuite, nous avons traité les questions partielles qui contrairement aux

questions totales (QON), ne portent que sur un seul constituant de la phrase et

évoquent une réponse explicative autre que oui ou non. Ces questions

34
explicatives se caractérisent par l’emploi d’un interrogatif en m-. Donc, elles

sont appelées questions-m à l’instar des Wh-questions 6 comme nous l'avons

mentionné. Les interrogatifs utilisés dans les questions-m sont réparties en trois

classes : i) les pronoms interrogatifs fonctionnant comme des noms. Ils excluent

l’indicateur du thème, attirent les pronoms personnels et les particules

d’orientation et peuvent avoir les fonctions de sujet, complément d’objet direct

ou indirect ou complément circonstanciel ; ii) les adverbes interrogatifs sont

utilisés comme formes adverbiales, mais jamais comme sujets ou compléments.

Ils entrainent eux aussi l’anticipation des pronoms personnels et excluent

l’indicateur du thème. Les adverbes diffèrent des pronoms dans la mesure où ils

peuvent à eux seul constituer un énoncé ; iii) les adjectifs interrogatifs. Cette

classe ne comporte que deux interrogatifs. Il s’agit de matta et man. Les deux

sont invariables en genre et en nombre, ils ne peuvent êtres suivies que d’un

nom ou pronoms et n’apparaissent jamais seul.

Puis, nous avons comparé les questions directes et indirectes. Les

premiers sont des phrases indépendantes caractérisées par une intonation

montante. Quant aux deuxièmes, elles sont des structures constituées d’une

interrogative subordonnée à une proposition principale formée avec un verbe tiré

d’une classe limité. Leur intonation est descendante et la présence d’un

interrogatif dans les questions indirectes est obligatoire.

6
En anglais, la majorité des morphèmes interrogatifs commencent par wh- (who, what, when…etc). Les
questions introduites par ces morphèmes sont dites Wh-questions.

35
Enfin, signalons que tout au long de ce chapitre, nous avons essayé de

donner des exemples d’autres langues naturelles. Ce fut d’abord à titre

d'illustration, mais notre objectif en faisant cela est de placer cette description

dans un contexte universel pour bien voir les points de convergences et de

divergences entre la langue amazighe et les autres langues naturelles.

36
Chapitre 2

Syntaxe des interrogatives

2.0 Introduction

La présentation de l’ordre des constituants est une étape incontournable,

dans un travail sur la syntaxe. Ce chapitre prend en charge l’analyse de quelques

aspects syntaxiques de la phrase interrogative. Ainsi, il s’articule sur deux

sections : la première sera consacrée à la présentation de l’ordre des constituants

en amazighe et des principaux aspects de la syntaxe de la phrase, dans la

deuxième section nous continuions à discuter l’ordre des mots, cette fois

spécifique aux phrases interrogatives, puis nous passons à l’examen du

déplacement-Wh dans les interrogatives amazighes.

2.1 Ordre des constituants

Dans toute phrase, chaque élément apparaît dans une position spécifique.

C’est par les relations qu’entretiennent ses constituants qu'une phrase est définie.

L’ordre des constituants est sans doute l’une des questions sur la quelle

beaucoup de linguistes se sont penchés. La langue amazighe a eu sa part des

réflexions concernant ce sujet. Depuis Basset (1959), VSO est admis comme

étant l’ordre le plus normal de l’amazighe. De même, les analyses syntaxiques

des berbérisants de l’école fonctionnaliste (Bentolila (1981), Chaker (1983),

37
entre autres) est basé sur les énoncés minimaux dont la structure de base est

VSO. Ainsi, les travaux des générativistes retiennent l’ordre VSO comme étant

basique, Sadiqi (1986 : 9) explique que basique signifie neutre et non marqué. Il

en est de même pour Cadi (1989 : 43) qui considère VSO comme étant non

marqué, ˝non contraint par le contexte et la situation˝. Souscrivant aux mêmes

thèses, El Moujahid (1993 : 44) présente l’ordre VSO comme ordre canonique.

D’après cette brève revue de littérature, il nous semble bien claire que

l’ensemble des chercheurs ont été unanimes sur la question de l’ordre en

amazighe. Les études tranchent de façon définitive que la langue amazighe est

une langue VSO. Dans la section suivante, nous ne ferons que rappeler ce qui a

été dit par les prédécesseurs étant donné qu’aucun travail sur la syntaxe ou la

morphosyntaxe de l’amazighe ne peut être compris sans quelques informations

préalables sur les principaux aspects de la syntaxe de la phrase.

2.1.1 L’amazighe langue VSO

Les ordres attestés en amazighe sont les suivant :

(1) a. inγa εmar ṯiγaṭin. VSO

Il+tuer+ac Amar chèvres

« Amar a tué les chèvres. »

b. εmar inγa ṯiγaṭin. SVO

38
Amar il+tuer+ac chèvres

« Amar a tué les chèvres. »

c. inγa ṯiγaṭin εmar. VOS

il+tuer+ac chèvres Amar

« Amar a tué les chèvres. »

d. ṯiγaṭin inγi tnt εmar OVS

chèvres il+tuer+ac les Amar

« Les chèvres, c’est Amar qui les a tuées. »

e. εmar ṯiγaṭin inγi tnt SOV

Amar chèvres il+tuer+ac les

« Amar, les chèvres, il les a tuées. »

f. ṯiγaṭin εmar inγi tnt OSV

chèvres Amar il+tuer+ac les

« Les chèvres, Amar les a tuées. »

VSO est l’ordre basique en amazighe. Les phrases qui ont cet ordre ne

sont ni marquées ni contraintes par un contexte ou une situation spécifiques.

Toutes les phrases qui acceptent l’un des cinq ordres acceptent aussi l’ordre

VSO.

39
SVO est l’ordre le moins marqué après VSO. D’ailleurs la majorité des

phrases d’ordre VSO, acceptent également l’ordre SVO. Même s’il n’est pas

contraint par le contexte, SVO est moins fréquent que VSO, Cadi (1987) montre

que 78% des énoncés réalisent l’ordre VSO et 22% réalisent SVO. Il est

considéré comme étant l’ordre sous-jacent, qui devient VSO par montée du

verbe.

L’ordre VOS est plutôt marginal. Il est utilisé dans des phrases exprimant

la surprise, mais avec une forte dépendance de l'intonation. Il est analysé par

Cadi (1990) comme ˝une dislocation à droite du sujet lexical˝.

OVS est l’ordre le plus marqué. L’utilisation de OVS nécessite un

contexte spécifique, voire même une intonation spécifique. Il est souvent utilisé

quand le locuteur est sûr de sa déclaration ou pour accuser le sujet de l’action

exprimée par le verbe. Cet ordre implique l’apparition d’un objet direct clitique

du verbe, pour cette raison Cadi (1990) considère que OVS n’appartient pas à la

phrase de base.

Les deux derniers ordres SOV et OSV présentent un point de désaccord.

Bien qu’ils soient présentés par Sadiqi (1986 : 11) comme étant fortement

limités, ils sont exclus par Cadi (1990 : 16) et considérés agrammaticaux.

40
2.1.2 L’amazighe langue prépositionnelle

Les langues affichant l’ordre VSO comme ordre dominant sont dites

prépositionnelles. Étant une langue VSO, l’amazighe partage plusieurs

propriétés avec les langues du même groupe, telles que l’arabe standard. Parmi

les similitudes, ces langues sont dites à tête initiale (head initial languages), en

d’autres termes, la tête précède ses compléments dans l’ordre de surface. Ce

type de langue revêt les faits suivants :

Le complément génitif suit toujours le terme déterminé :

(2) a. aγrum n imendi

pain de orge

« Le pain d’orge »

b. tifawt n tussna

lumière de savoir

« La lumière du savoir »

Le déterminant démonstratif suit le nom :

(3) a. abuhari a

fou ce

« Ce fou »

b. abriḏ in

41
route là.bas

« La route là-bas »

L’adjectif (nom de qualité) suit le nom déterminé :

(4) a. εmar miγis

Amar malin

« Amar le malin »

b. ul abxxan

cœur noir

« Le cœur noir »

La relative suit le nom qu’elle modifie :

(5) a. tafruxt nna tẓṛid

fille que tu.voir

« La fille que tu as vue »

b. aryaz nni immuṯn

homme qui il+mourir+partic

« L’homme qui est mort »

Par contre le morphème de négation précède le verbe :

(6) a. wa iffiγ nhar a

42
ne.pas il+sortir+ac aujourd’hui ce

« Il n’est pas sorti aujourd’hui »

b. ur nddi s lmadrasa

ne+pas nous+aller+ac à école

« Nous ne sommes pas allés à l'école »

Le numéral apparaît en tête de la phrase :

(7) a. iž n ufanṭṛus

un de imbécile

« Un imbécile »

b. sin n tfarxin

deux de filles

« Deux filles »

Le morphème interrogatif fonctionne comme tête de phrase :

(8) a. min igga uγyur ?

quoi il+fair+ac âne

« Qu’a fait l’âne ? »

b. ma zi iggwd ?

quoi de il+peur+ac

« Il a peur de quoi ? »

43
En guise de récapitulation, et à partir des données précédentes, nous

pouvons retenir les points suivants :

(i) VSO est l’ordre de base en amazighe.

(ii) Bien qu’il soit attesté, l’ordre SVO est moins fréquent que VSO. Il

est considéré comme l’ordre sous-jacent.

(iii) Affichant l’ordre VSO comme ordre de base, l’amazighe fait partie

du groupe des langues prépositionnelles, dites aussi langues à tête

initiale (head initial languages).

(iv) Le fait (iii) implique certaines propriétés dont l’apparition du

morphème interrogatif en tête de phrase.

2.2 Syntaxe des interrogatives

Dans certaines langues telles que l'anglais et le français, l'ordre des

constituants dans les questions est différent de celui des phrases déclaratives. En

effet, l’inversion sujet-verbe est parfois obligatoire.

(9) a. You are keen.

Tu es enthousiaste

« Tu es enthousiaste »

b. Are you keen?

44
es tu enthousiaste

« Es-tu enthousiaste ? » (Ang)

(10) a. Vous Parlez français.

b. Parlez-vous français ? (Fr)

Ces exemples montrent que l’ordre SVO des énoncés déclaratives (9a) et

(10a) change en VSO dans les interrogatives (9b) et (10b). Dans la langue

amazighe, l’ordre des constituants ne change pas dans tous les types des

questions. L’insertion d’un interrogatif est suffisante pour constituer une

question.

2.2.1 L’ordre des constituants dans les interrogatives

Nous avons vu que l'ordre basique des mots en amazighe est VSO. Cet

ordre est utilisable dans tous les contextes et il est maintenu dans les phrases

interrogatives aussi.

(11) a. isγa Lahsen aγu.

il+achter+ac Lahsen lait

« Lahsen a acheté du lait. »

b. manasra isγa Lahsen aγu ?

quand il+achter+ac Lahsen lait

« Quand Lahsen a-t-il acheté du lait ? »

45
Les questions construites avec des pronoms interrogatifs, comme dans les

déclaratives, acceptent en plus de l’ordre basique VSO, les ordres SVO, OVS et

SOV. À titre d'illustration considérons, l’équivalent interrogatif des exemples

présentés dans (1) :

(12) a. min inγa εmar ? VSO

que il+tuer+ac Amar

« Qu’est-ce que Amar a tué? »

b. εmar inγa mi ? SVO

Amar il+tuer+ac quoi

« Amar a tué quoi ? »

d. ṯiγaṭin u ṯnt inγin ? OSV

chèvres qui les il+tuer+partic

« Les chèvres, qui les a tuées ? »

e. εmar min inγa ? SOV

Amar quoi il+tuer+ac

« Amar a tué quoi ? »

Ces exemples démontrent que l’ordre des constituants dans les questions

introduites par les pronoms est non restreint contrairement aux adverbes

interrogatifs, qui imposent des restrictions sur l’ordre des constituants puisque

seul l’ordre VSO est possible.

46
(13) a. ṯeffaγ ṭeyyara n uliman.

elle+sortir+ac avion de Allemagne

« L’avion pour l’Allemagne est partie. »

b. mermi ṯeffaγ ṭeyyara n uliman ?

quand elle+sortir+ac avion de Allemagne

« Quand est-ce que l'avion pour l'Allemagne est partie ? »

(14) a. ṭeyyara n uliman ṯeffaγ

avion de Allemagne elle+sortir+ac

« L’avion pour l’Allemagne est partie. »

b. * mermi ṭeyyara n uliman ṯeffaγ?

quand avion de Allemagne elle+sortir+ac

« Quand est-ce que l'avion pour l'Allemagne quitte ? »

L’ordre des questions introduites par les adjectifs est aussi restreint. Mais

à la différence des adverbes, le seul ordre possible est SVO. Ceci est bien dû au

fait que les adjectifs interrogatifs sont toujours suivis par un nom ou un pronom

et ne peuvent jamais être suivis d'un verbe (cf. chapitre 1).

(15) a. man aḏrar imγaren g Igzennain ?

quel montagne il+grandir+partic dans Igzennain

« Quelle est la plus haute montagne des Igzennain ? »

b. * man imγaren aḏrar g Igzennain ?

47
quel il+grandir+partic montagne dans Igzennain

« Quelle est la plus haute montagne des Igzennain ? »

2.2.2 Le déplacement-WH

Bien que ses racines ont commencé bien avant, la théorie unifiée de

Déplacement-Wh a vu le jour avec la publication de l'article de Chomsky sur le

« Wh-mouvement » en 1977. Depuis, cet article inspirant a ouvert la porte à des

recherches intensives sur le processus du déplacement-Wh dans la plupart des

langues du monde entier. Une revue de littérature pour toutes ces études, sera

trop longue pour qu'elle soit présentée dans le cadre de notre travail. Nous citons

à titre d’exemples : pour le français Obenauer (1981) et Bellier (1989), pour

l’anglais McCloskey (2000), Abu-Jarad (2008) pour l’arabe palestinien et

Btoosh (2010) pour l’arabe standard (entre autres).

En ce qui concerne le déplacement-Wh, les langues sont divisés en trois

groupes: (i) les langues avec déplacement-Wh, (ii) les langues avec Wh-in-situ

et (iii) les langues avec déplacement-Wh facultatif, où les élément-Wh apparaît

in situ ou déplacées. En général les langues VSO ont toujours le déplacement-

Wh.

(16) a. hal namat albintu ?

est-ce que dormir+elle la+fille

« Est-ce que la fille dort ? » (AS)

48
b. zurt Mona laysh ?

visiter+tu Mona pourquoi

« Pourquoi as-tu visité Mona ? » (AP)

Alors qu’il ne se trouve pas dans les langues SOV7. Mais Beaucoup de langues

SVO, ont la fonction du déplacement-Wh. les langues SVO, comme l'anglais et

le français, ont la possibilité de construire des interrogatives à Wh- initial et in

situ, d'autres langues, comme le chinois, n'admettent que les interrogatives in

situ.

(17) a. Where are you from?

Où être tu de

« D'où es-tu ? »

b. Tu parle avec qui ?

La langue amazighe, comme la plupart des autres langues VSO, possède

le déplacement-Wh. Pourtant, peu de travaux ont été consacrés à l’étude de cette

question. Pour ce qui est des phrases interrogatives, les exemples présentés ci-

dessous nous permettent d'affirmer que les questions oui/non et les questions

explicatives sont construites en amazighe en plaçant la particule interrogative au

début d'une phrase sans aucune sorte d'inversion. La différence entre la question

7
cf. Greenberg (1966) cité par F. Ennaji (1982).

49
et la déclaration, comme nous l’avons déjà signalé, est attribuée à la présence

des particules interrogatives.

(18) a. ẓṛin yur

voir+ils+ac lune

« Ils ont vu la lune ».

b. ma ẓṛin yur ?

est-ce+que voir+ils+ac lune

« Est-ce qu’ils ont vu la lune ? »

(19) a. ikᵂrz ufllaḥ amttul

il+labourer+ac EA+payasan champ.

« Le paysan a labouré le champ ».

b. ikᵂrz ufllaḥ mi ?

il+labourer+ac EA+payasan quoi

« Qu’a-t-il labouré le paysan ? »

c. ma ikᵂrz ufllaḥ ?

quoi il+labourer+ac EA+payasan

« Qu’a-t-il labouré le paysan ? »

Remarquons que les exemples (19b) et (19c) ont le même sens. Le

premier est caractérisé par le placement de l’interrogatif mi en final, alors que

50
dans le deuxième l’interrogatif ma occupe une position initiale. Aucun de ces

deux interrogatifs ne peux être placé dans la position de l’autre.

(20) a. * twwet ma ?

frapper+tu+ac qui

b. * mi twwet ?

qui frapper+tu+ac

« Qui as-tu frappé ? »

Les exemples (20a) et (20b) sont agrammaticaux. En sachant que ma et mi

ont le même sens et les mêmes fonctions syntaxiques, nous pouvons dire que ces

deux interrogatifs sont en distribution complémentaire. En d’autres termes, ma

et mi sont des variantes positionnelles. Comme le montre (19b) et (19c)

l’interrogatif peut se placer soit au début ou à la fin de la phrase, nous

confirmons donc que le déplacement-Wh existe en amazighe. Bien que le

premier choix (au début) soit le plus fréquent, les deux possibilités sont

correctes. Par conséquent, le déplacement-Wh dans ce cas n’est pas obligatoire.

Le déplacement-Wh laisse une trace marquée chez les générativistes par ( ).

(21) a. isγa mi ?

il.acheter quoi

« Il a acheté quoi ? »

b. ma isγa ?

51
quoi il.acheter

« Qu’est-ce qu’il a acheté ? »

A partir de la discussion ci-dessus, on pourrait avoir dire que l’amazighe

possède à la fois l’option de laisser les interrogatifs in situ comme le chinois, ou

les déplacés vers la position initiale comme l'anglais. Pour vérifier quels sont les

interrogatifs qui permettent ce type de déplacement, nous considérons les

exemples suivants :

(22) a. * tzdeγ εiša g mani ?

elle+habiter+ac Aïcha dans où

« Aïcha habite où ? »

b. mani g tzdeγ εiša ?

où dans elle+habiter+ac Aïcha

« Où habite Aïcha ? »

(2 3) a. * isafaṛ ḏi min ?

il+voyager+ac dans quoi

« Il a voyagé par quel moyen ? »

b. min ḏi isafaṛ ?

Quoi dans il+voyager+ac

« Par quel moyen il a voyagé ? »

(24) a. * iffeγ marmi ?

52
il+sortir+ac quand

« Il est sorti quand ? »

b. marmi iffeγ ?

quand il+sortir+ac

« Quand est-il sorti ? »

Nous remarquons que les exemples (22-24a) où l’interrogatif prend la

place finale (in-situ) sont agrammaticaux, alors que leurs correspondants (22-

24b) où l’interrogatif est déplacé dans la position initiale sont grammaticaux.

Nous concluons que le déplacement-Wh ici est obligatoire, ceci d’ailleurs

comme nous allons voir par la suite, est la règle général du déplacement-Wh en

amazighe. La seul exception c’est le cas des variantes positionnelles ma et mi.

En revanche, F. Ennaji (1982) postule que le déplacement-Wh est facultatif dans

les questions directes et obligatoire dans les questions indirectes :

˝To sum up, we have seen that wh movement is optional in direct echo

and non-echo questions and obligatory in indirect wh-questions˝ F.

Ennaji (1982: 83).

L’auteur argument en considérant les énoncés tel que (25) et (26) (emprunté à

l’auteur même8) comme étant grammaticaux.

(25) t-safr-t manasra ?

8
Nous avons respecté dans cet exemple la notation adoptée par l’auteur.

53
tu+voyager+ac quand

« Quand vous avez voyagé ? »

(26) t-zdeγ Amina g mani ?

elle+habiter+ac Amina dans où

« Amina habite où ? »

Toutefois, dans notre investigation auprès des locuteurs de parlers

différents, nous n’avons pas pu observer de tels cas et les structures comme (25)

et (26) ont été jugées agrammaticales par nos informateurs.

Notons que dans (22) et (23) la préposition est déplacé avec l’interrogatif

au début de la phrase. Le déplacement accompagné obligatoirement d’un

changement dans l’ordre de la préposition qui suit directement son complément

est une marque du déplacement-Wh. Les phrases (27a-b) correspondantes

respectivement à (22) et (23) où l’ordre inter-prép n’est pas inversé son

agrammaticales.

(27) a. * g mani tzdeγ εiša ?

b. * ḏi min isafaṛ ?

Un autre argument que nous pouvons avancer en faveur de la présence du

déplacement-Wh en amazighe, est l’attraction des particules d’orientation

spatiale par les interrogatifs. Ces déictiques qui suivent le verbe dans une phrase

54
déclarative, sont déplacés dans une interrogative avant le verbe et viennent se

positionner directement après l’interrogatif pour indiquer l’existence du

déplacement-Wh :

(28) a. iksi d γars ššaqur

il+prendre+ac ici vers+lui hache

« Il a soulevé une hache sur lui (vers ici) »

b. min d γars iksi ?

quoi ici vers+lui il+prendre+ac

« Qu’est-ce qu'il a soulevé sur lui (vers ici) »

c. * min iksi d γars ?

quoi il+prendre+ac ici vers+lui

« Qu’est-ce qu'il a soulevé sur lui (vers ici) »

Le déplacement-Wh en amazighe est confirmé aussi par le mouvement

des clitique objets directs et indirects en position préverbale dans les énoncés

interrogatifs. Ils partagent le même comportement syntaxique que nous avons vu

avec les déictiques.

(29) a. ṯennim as t

vous+dire+ac lui le

« Vous lui avez dit »

55
b. mermi as t ṯennim ?

quand lui le vous+dire+ac

c. * mermi ṯennim as t ?

quand vous+dire+ac lui le

« Quand vous lui avez dit ? »

La dernière observation est relative aux questions indirectes. Dans les cas

des interrogatives indirectes introduites par des verbes operateurs, l’interrogatif

n’occupe pas la position initiale de la phrase, mais il suit directement le verbe

operateur. En d’autres termes, l’interrogatif se déplace vers la position COMP

de la subordonné.

(30) seqsa marmi ṯeffar ṭeyyaṛa ?

demande quand elle +sortir+ac avion

« Demander quand est-ce que l'avion quitte ? »

Cela peut être représenté par (31).

(31) seqsa / Comp marmi / ṯeffar ṭeyyaṛa ?/

Pour résumer, il ressort de la discussion ci-dessus que le déplacement-Wh

en amazighe est marqué par les faits suivants :

(i) Ce déplacement laisse une trace que l’on marque par ( ).

(ii) Le comportement des variantes positionnelle ma et mi.

56
(iii) Le déplacement des clitiques objet directs et indirects.

(iv) L’attraction des particules d’orientation spatiale.

(v) Le déplacement des prépositions accompagnées de leur complément.

2.3 Conclusion

Notre objectif principale dans ce chapitre était d’examiner l’existence du

déplacement-Wh en amazighe. Après une brève revue de littérature des travaux

qui ont traité la question de l’ordre des constituants, nous avons commencé par

rappeler les données exposées par les berbérisants, qui sont tous d’accord que

l’amazighe est une langue VSO. Ainsi, elle fait partie du groupe des langues

dites prépositionnelles.

Nous avons montré par la suite que les questions introduites par des

adverbes ou des adjectifs interrogatifs imposent des restrictions sur l’ordre des

constituants, les premiers n’acceptent que l’ordre VSO, alors que dans les

seconds seul l’ordre SVO est permis. Contrairement à ceux construites par des

pronoms où l’ordre n’est pas restreint.

Enfin, nous avons conclu que le déplacement-Wh dans les interrogatives

amazighes est obligatoire à l’exception des questions construites avec les

variantes positionnelle ma et mi. La présence de ce déplacement est confirmée

par plusieurs faits (cité supra).

57
Conclusion générale

Pour conclure, nous avons essayé dans ce travail de toucher certains

aspects de la syntaxe des interrogatives. Ainsi, dans le chapitre 1, nous avons

traité les différents types de questions attestées dans la langue amazighe. Le

premier type était les QON, dites aussi questions totales, qui sont marquées

seulement par l'intonation sans avoir besoin de faire appel à aucun outil tel que

l'inversion du sujet-verbe ou autre, ces mêmes QON peuvent être aussi

introduites par les morphèmes interrogatifs is et ma. Le deuxième type des

interrogatives que nous avons présentées, sont les questions explicatives ou

questions partielles. Ce genre de questions est construit par l'utilisation d'un

certain nombre de morphèmes interrogatifs en m-, pour cette raison, en

s'inspirant des travaux de nos prédécesseurs, nous avons fait le choix de les

appeler questions-m. Les interrogatifs employés dans ces questions ont été

classés sous trois catégories, à savoir : les pronoms interrogatifs, les adverbes

interrogatifs et les adjectifs interrogatifs. Par la suite, nous avons montré que les

QON et les questions-m peuvent fonctionner en autonomie, elles sont appelées

alors questions directes. Dans le cas où ces questions sont enchâssées dans une

autre proposition principale dont elles dépendent, elles sont dites questions

indirectes. En amazighe, comme il a été montré, les propositions principales des

questions indirectes sont construites par des verbes d'une classe limitée.

58
Dans le chapitre 2, nous avons commencé d’abord, par rappeler certaines

données importantes sur l’ordre des constituants dans la langue amazighe. Ainsi,

en affichant l’ordre VSO, l’amazighe fait partie des langues prépositionnelles,

dites aussi langues à tête initiale (head initial languages), cela implique certains

faits dont l’apparition des morphèmes interrogatifs en tête de phrase. Ensuite,

nous avons montré que le passage des phrases déclaratives aux phrases

interrogatives, n’entraîne aucun changement au niveau de l’ordre des

constituants. Par contre, les questions introduites par les adverbes et les adjectifs

interrogatifs imposent des restrictions sur l’ordre des constituants, ce qui n’est

pas le cas pour celles introduites par les pronoms interrogatifs. Enfin, nous

avons prouvé que les règles du Déplacement-Wh s’appliquent aux interrogatives

amazighes.

59
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de linguistique, vol. 36 n°1, pp. 128-138. Asie Orientale.

65
Table des matières

Remerciement ..................................................................................................... 1
Sommaire ............................................................................................................. 2
Liste des abréviations et symboles ..................................................................... 3
0. Introduction générale ..................................................................................... 4

Chapitre 1 : Les types des interrogatives en amazighes ................................. 8


1.0. Introduction ................................................................................................. 8
1.1. Les morphèmes interrogatifs ...................................................................... 9
1.2. Les questions oui/non ............................................................................... 10
1.2.1 QON par intonation.............................................................................. 11
1.2.2 QON introduites par une particule interrogative ................................. 12
1.2.3 QON négatives .................................................................................... 19
1.3. Les questions explicatives ........................................................................ 20
1.4. Les questions directes et indirectes .......................................................... 29
1.5. Conclusion ................................................................................................. 34

Chapitre 2 : Syntaxe des interrogatives ......................................................... 37


2.0. Introduction .............................................................................................. 37
2.1. Ordre des constituants .............................................................................. 37
2.1.1 L’amazighe langue VSO ..................................................................... 38
2.2.2 L’amazighe langue prépositionnelle ................................................... 41
2.2. Syntaxe des interrogatives ........................................................................ 44
2.2.1 L’ordre des constituants dans les interrogatives ................................. 45
2.2.2 Le déplacement-WH ........................................................................... 48
2.3. Conclusion ................................................................................................ 57

Conclusion générale ......................................................................................... 58


Références Bibliographiques ........................................................................... 60
Table des matières ............................................................................................ 66
Annexe ............................................................................................................... 67

66
Annexe

Tableau 1 : inventaire des interrogatifs en tarifit (Ayt-Bouyehyi)

Interrogatif Pronom Adverbe Adjectif

min (que) + - -
u (qui) + - -
mermi (quand) - + -
mayemmi/maγar (pourquoi) - + -
mamš (comment) - + -
mešḥar (combien) - + -
mani (où) - + -
aništ (de quelle taille) - + -
man (quel) - - +

Tableau 2 : inventaire des interrogatifs en tamazight (Béni-Mellal)

Interrogatif Pronom Adverbe Adjectif

ma (que/qui/quoi) + - -
Matta (quel) - - +
mani (où) - + -
maxallig (pourquoi) - + -
manimk (comment) - + -
mešta (combien) - + -
manasra (quand) - + -

67
Tableau 3 : inventaire des interrogatifs en tachelhyt (Imi n tanout)

Interrogatif Pronom Adverbe Adjectif

ma (que/qui) + - -
man (quel) - - +
mani (où) - + -
maxx (pourquoi) - + -
manimk (comment) - + -
mnnaw (combien) - + -
managu (quand) - + -

68
Corpus (Extraits)

Nous présentons ici, un extrait du corpus qui était la base de notre travail.

Pour constituer le corpus de notre étude, nous avons fait appel d’abord aux

textes et aux corpus déjà existants, ensuite aux données collectés sur terrain

auprès des locuteurs appartenant à plusieurs parlers de l’amazighe et enfin à

notre compétence de locuteur natif.

Le corpus comprend trois contes rifains que nous avons collectés auprès

de nos informateurs, accompagné de traduction en français et quelques énoncés

présenté ainsi :

1er ligne : notation phonologique

2ème ligne : traduction française littérale

3ème ligne : traduction française

69
1- man disn aš iεžbn ?
lequel dans+eux toi il+plaire+partic
« Lequel d’entre eux te plait ? » (Ayt Seghrouchen)

2- ma g ižran ?
qu’est-ce+que dans il+arriver+partic
« Qu’est ce qui est arrivé ? » (Ayt Seghrouchen)

3- mani illa ?
où il+être+ac
« Où est-il ? » (Ayt Seghrouchen)

4- mani zi ikku ?
où par il+passer+ac
« Il est passé par où ? » (Ayt Seghrouchen)

5- mlmi γa irah ?
quand par il+partir+ao
« Quand est ce qu’il va partir ? » (Ayt Seghrouchen)

6- maymi as t tnnit ?
Pourquoi lui le tu+dire+ac
« Pourquoi tu le lui a dis ? » (Ayt Seghrouchen)

7- ma zi iggwd ?
quoi par il+avoir peur+ac
« De quoi il a peur ? » (Ayt Seghrouchen)

8- ma s t iwtu ?
quoi avec le il+frapper+ac
« Avec quoi il l’a frappé ? » (Ayt Seghrouchen)

9- ma x inyu ?
quoi sur il+monter+ac
« Sur quoi monte t-il ? » (Ayt Seghrouchen)

10- ma di t ižu ?
quoi dans le il+mettre+ac
« Dans quoi il l’a mit ? » (Ayt Seghrouchen)

11- mism as t tžra ?

70
comment lui le elle+passer+ac
« Comment il lui est arrivé (cet accident) ? » (Ayt Seghrouchen)

12- mšḥal ay žin yirdn ?


combien est ils+fair+ac blé
« Combien vaut le blé ? » (Ayt Seghrouchen)

13- wi g iraḥn ?
qui dans il+partir+partic
« Qui est parti ? » (Ayt Seghrouchen)

14- man agu yiwl ?


quel temps il+marier+ac
« Quand s’est-il marié ? » (Imi n tanout)

15- ma s tbbit akššuḍ ?


quoi avec tu+couper+ac bois
« Avec quoi as-tu coupé le bois ? » (Imi n tanout)

16- mnšk iswa uγrum ad ?


Combine il+coûter+ac pain ce
« Combien coûte ce pain ? » (Imi n tanout)

17- min išša Ahmed


Que il+manger+ac Ahmed
« Qu’a-t-il mangé Ahmed ? » (Ayt-Bouyehyi)

18- man aryaz ?


quel homme
« Quel homme ? » (Ayt-Bouyehyi)

19- iššur wanu ?


il+remplir+ac puits
« Le puits est-il remplie ? » (Ayt-Bouyehyi)

20- min ṯeggᵂid nhara ?


que pétrir+2sg+ac aujourd’hui
« Qu’as-tu pétri aujourd’hui ? » (Ayt-Bouyehyi)

21- ṯenniḏ as x umešri i nssumw nhara ?


Dire+2sg+ac lui sur EA+repas que nous+préparer+ac aujourd’hui

71
« Tu lui as raconté qu’est-ce-que nous avons prépare au repas
aujourd’hui ? » (Ayt-Bouyehyi)

22- is ifta ?
est-ce+que il+partir+ac
« Est-il partie ? » (Imi n tanout)

23- ma yexḍer d ?
est-ce+que il+arriver+ac ici
« Est il arrivé (ici) ? » (Ayt-Waryaghel)

24- u ṯufiḏ ḏi ṯaddarṯ ?


qui tu+trouver+ac dans maison
« Qui as-tu trouvé dans la maison ? » (Ayt-Bouyehyi)

25- miš ṯegga arbat nni ?


comment elle+fair+ac Rabat celle
« Comment elle est Rabat ? » (Ayt-Bouyehyi)

26- matta šk ?
comment toi
« Comment vas-tu ? » (Ayt-Bouyehyi)

27- mamš težžiḏ


comment tu+être+ac
« Comment vas-tu ? » (Ayt-Bouyehyi)

28- min ḏin ?


quoi là-dans
« Qu’est-ce qu’il y a ? » (Ayt-Bouyehyi)

29- mermi rεiḏ ?


quand aïd
« C’est quand le aïd ? » (Ayt-Bouyehyi)

30- mani ṯeggᵂarḏ ?


où tu+marcher+ac
« Où vas-tu ? » (Ayt-Bouyehyi)

72
Contes rifains

1- εmar aγyur ḏ εmar miγis

εmar aγyur ḏ εmar miγis xeddmen ag žida ṯamẓa, arkᵂssen udži, ižž n nhar iraḥ

εmar aγyur aḏ yarws, εmar miγis iraḥ aḏ d yawi refḍur, rami d yḏwer εmar

miγis, yufa εmar aγyur inγa qqaε ṯiγaṭin, yžža ižž išari, inna as εmar miγis:

maγa ṯen ṯenγiḏ ? inna as netta : ira uryeγ x ṯšežžṯ tetteγ ṯasriγwa, uša tseddaεnt

ay, neṯnint tarrant ifeẓ, maša išari lla, inna as : tseddaεnt ay uša nγiγṯent, inna as

εmar miγis i rexxu maš ḏas γa negg, min ḏas γa nini i žida ? yak aḏ anγ ṯešš,

rexdenni mšawaren žarasn, nnan aḏ awṛn s džirṯ, s minzi nettaṯ s džirṯ war twiri

ša, rami awḥn, ṯennasn maγa ṯεeḍrem ? nnan as :

qa nufa arbiε aṭṭas uša nežža ṯiγṭin aḏ eššent, wwin d aman tfaraγn tnifest, nettaṯ

tγir as qa tezzgen ašeffay, ruxenniṯ raḥen ṭṭsen, inna as: εmar miγis i εmar

aγyur :

s džirṯ aḏ aš d sfaqγ anraḥ anεaq.

gi rweṣt n džirṯ, iraḥ εmar miγis issudm as i εmar aγyur g qemmum ṯaneqqiṭ n

tamment, inna as d netta :

a εmar nneγ anu d šiḥaža,

inna as: kka ssenni anuyar anεaq,

kkan uyun, inna as εmar miγis i εmar aγyur :

73
blleε d ṯawwarṯ nni šway šway

kka netta iqerεit id, yarbut id x wεru ins, qqimen ggun, uca yenna as εmar aγyur

i εmar miγis :

a εmar nneγ ssataḥ ay šiḥaža, qa mmuṯγ s rweḥran

inna as εmar miγis: min d ṯeksiḏ ?

inna as: yak ḏ ššek i ḏay innan abud ṯawwarṯ nni

inna as: ssasit ag ṯeẓṛut nni

kka netta yessas ṯawwarṯ, yabud ṯaẓṛut, qqimen ggun, inna as: εaweḏ a εmar

nneγ qa mmuṯγ, inna-as: miš yuγn εawḏ a εmar aγyur ?

inna as: yak ḏ ššek i ḏay innan ssas ṯawwarṯ, abud ṯaẓṛut,

inna as: ssasit ssasit

xeḍren γa yežž n dšar, uxa snekkan iγuyyan: "qaqaṯ ay iγraren, aženna iweṭṭa d

a ymaziγen", kkarn iwḏan n dšar nni awṛen ssin, kka εmar miγis iraḥ iksi

ṯinεašin, iks id aṭṭas n waṛṛuḍ, εmar aγyur iqqim itxezza waha, ruxenniṯ qqimen

šiḥaža ag ižž n ṯeẓṛut, ṯeγr id xasen žida, ṯenn asn:

mi škum d iwwin danita ?

inna as εmar miγis: qa wuḏfen d išeffan, uxa nawṛ

74
ṯenna asn žida: bbim-ay ṯiššin

inna as εmar miγis: qa γam ḏinni iž n ṯiššet ṯemγar udži wit γa yenγn

ṯenna as: ammi ḥennu maš γa negg rexxu ?

inna as εmar miγis: aḏ as neg ḏrus n rgaz ḏ šiḥaža n ruqiḏ uša atemmeṯ

ṯenna as nettaṯ: waxxa, kka ggin as t, ṯegg as ṯimessi ḏeg šewwaf, uša εmar miγis

yeqqar as: "aṯmun a žida, aṯmun a žida"

εmar aγyur yeqqara as: "aman a žida, aman a žida"

ṯraḥ γar weṯmun ṯešmeḍ, kka εmar miγis inya x yižž uyis, iksi ṯinεašin nni ira

yeks id zi dšar nni, yuya γar yewḏan nnes, εmar aγyur yeqqim weḥḏes, inya x

yižž n weγyur, yugi aḏ as yuya, ikkar iqessas iḍaren, uxa yeqqim itmenḍa,

ixešš d γars ižž n yizem, inna as: min ḏay γa ṯušeḏ ašk ssiwḍeγ mani ma ṯxseḏ ?

inna as εmar aγyur: min ṯazzuḏ ? neš war γari min ḏaš γa wšeγ

inna as izem nni: wšay aγyur nni,

inna as: aqeddin ksiṯ, issiwḍiṯ γa yewḏan ines, iqqim akisn dinni, uša tawyen

izem nni aḏ isu, qqan as a εmmi buharu, iqqar asen netta war ḏay qqarem ša a

εmmi buharu, inim-ay riy, maša εmar aγyur itettu, iqqar as a εmmi buharu, uša

yeššiṯ.

kkiγ d sih ḏ ssih ira γari ši n ṯsira n ṯaḍuft qarsent.

75
Traduction : Amar l’imbécile et amar le malin

Amar l’imbécile et Amar le malin travaillaient chez grand-mère l’ogresse

comme des bergers. Un jour amar le malin est parti chercher le repas, il a laissé

Amar l’imbécile seul. À son retour il a trouvé que Amar l’imbécile a tué tout le

troupeau sauf un seul mouton.

Il lui dit : pourquoi tu les as tués ?

Il lui répond : je suis monté sur l'arbre pour me reposer et manger de la caroube,

les chèvres me dérangeaient le mouton non.

Amar le malin lui dit : maintenant qu'allons-nous faire ? Grand-mère l'ogresse

va nous manger.

Ils ont pensé de s'échapper la nuit parce qu'elle ne voit pas dans l'obscurité.

Quand ils sont rentrés elle leur dit : pourquoi vous êtes en retard ?

Ils ont répondu : nous avons trouvé beaucoup d’herbes et on a laissé les

chèvres manger, puis ils ont commencé à verser de l’eau dans un pot, elle a cru

qu’ils traient du lait. Au milieu de la nuit amar le malin commence à mettre des

gouttes de miel dans la bouche de amar l’imbécile et lui demande de le suivre et

fermer la porte doucement. Mais amar l’imbécile n’a pas compris il a enlevé la

76
porte et il la mit sur son dos, après la marche d’une distance Amar l’imbécile a

dit à Amar le malin : aide-moi un peu je suis très fatigué.

Amar le malin lui dit : qu'est-ce que tu portes ?

Il lui répond : c'est toi qui m’as dit de porter la porte

Il lui dit : pose-la sur la roche

Mais l'imbécile a remplacé la porte par la roche et il a refait la même chose, c'est

là que amar le malin lui dit de poser la roche. Ils sont arrivés à un bourg (dšar) et

commencent à crier : « criez-vous escargots, le ciel tombe oh ! Imazighen » les

habitants du bourg se sont enfuis. Amar le malin a profité de l'occasion pour

ramasser de l'argent et des habilles pendant que amar l'imbécile n'a pas bougé.

Pendant qu'ils se reposaient grand-mère l'ogresse est venue, elle leur a dit : que

faites-vous ici ?

Amar le malin lui répond : nous nous sommes enfuis des voleurs.

Elle leur dit : tuez-moi les poux

Amar le malin lui dit : tu as de grands poux personne ne peut les tuer

Il lui propose de les tuer avec du feu et elle s'est immolée.

Amar le malin a monté sur un cheval est parti chez sa famille, amar l'imbécile a

monté sur un âne qui n'a pas voulu marcher, il lui a coupé les sabots. Cependant,

77
un lion est venu lui proposer de le transporter à condition de garder l'âne. En

route amar l'imbécile appelait le lion « oncle buharu », le lion refusait ce nom,

mais amar l'imbécile oubliait à chaque fois et continue à l'appeler comme ça,

alors le lion la dévorer.

2- uššen ḏ weγyur

ižž nhar ṯaṛwa n wuššen yenγiṯen žžuε bḏan sγuyyun x babaṯsen awyaneγ d min

γar neš umi γar yeffeγ ibḏa yeggur yeggur itwara ižž n weγyur iksi d reḥwayž

deg γažnen ibḏa iḥeṭṭaṯ iggur awarnas arami yiwḍ weγyur nni γar ižewwaren bḏa

sseḍḍaran d xas išewwaren aγi ḏ weγrum, uššen ifaḥ, yawweḥ d γa ṯaddarṯ iḍaq

d kis myarru ḏ lxennaza ixešš d γa ṯaddaṯ inna as i ṯemγarṯ nnes: ddez manaya,

umi ḏ tiwešša yekka yeqqen myarru nni ḏ lxennaza i wḍar, iffeγ d zi ṯaddarṯ iksi

d ižž isežžas ḏ ižž n ṯγašt uša yuya d γa webriḏ nni id itek weγyur ḥuma aṯ iḥḍa

ḏin, ibḏa iḥeṭṭa iḥeṭṭa ar ami d yargeb weγyur ibḏa wuššen yezzuḥuf ikked xas

weγyur

inna as: maš yuγin tzeḥḥifḏ ?

inna as: a weddi ḏay ṯaḏarešt ṯεeḏmay ṯεeḏmay, aqeš azzux aḏ uyarex war

zemmarex, uša yenna as i weγyur ma ay ṯešṯiḏ kiš ?

inna as weγyur: γari reḥwayež n išewwaren, mara war teggeḏ walu

inna as wuššen: kun hani, kseyayi kiš waha twarid ṯidarešta ṯεeḏmay.

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iksiṯ weγyur, ša amšum nni n wuššen mermi ma yuyar šway weγyur aḏ as

yekkes ṯašnift n weγrum aḏ ibḏa isekkef d aγi, uša aγyur itaša netta yefsus iqqar

as i wuššen: man aya a yamšum ?

inna as wuššen: ttadarešt ig idduqzen

aḏ yuyar šwayt weγyur aḏ as iεaweḏ arami d iqebber aḏ yaweḍ γar išewwaren

isekfas min tuγa ḏin ḏ aγi iksiyyas min ša ḏin ḏ aγrum uša yarwer aγyur meskin

yiweḍ γa yšewwaren ruḥen ad sḍan maša war ufin walu γar iγažnen xwan, uša

ṭṭfent id ššaṯen ḏays aγaš aγaš aγaš armani ṯεeḏmen s weεmuḏ uša

nnan as: ṯiwešša ma anγ d ṯawyeḏ uššen nni ḏanγ yežžin s žžuε niγ atemṯeḏ

aγyur min yegga, iruḥ γar yefri n wuššen uša yegga ixf nnes yemmuṯ, ṯuššent

ṯekkad zeg iḍs

ṯenna as i wuššen: aqaš džirṯ a waržix ižž n ṯyaža atyeg arebbi ttamimunt

ttamesεut

inna as wuššen: iwa sižž

ṯenna as ṯuššent: kkar šek yedžan ḏ ayaz

ikka yssiž wuššen yufa nišan min ṯwarža ṯemγarṯ nnes ḏ ttiḏet iraγaz d i ṯemγarṯ

nnes γa bara; wišem d yežžin ḏ amimun, neš išm yewwin kta w kta

inna as: maš γar neg aṯid nessiḏf ?

ṯenna as: šed anewwar nneš γar unewwar nnes

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ša armani iẓeyyar mliḥ, amšum nni n weγyur yawer zzays, uša ṯeqqar as ṯemγarṯ

nnes: a εmmi zza ḥya ṭṭef ḏeg zyan

iqqar as: ṭṭfex ḏeg wa iqḍud γari wa, šem ḏ tamšumt wi šem d yežžin ḏ amšum

neš i šem yuyen ktar w ktar. ṯεawḏas amar nneγnit: a εmmi zza ḥya ṭṭef ḏeg zyan

inna as: ṭṭfex ḏeg wa iqḍud γari wa, šem ḏ tamšumt wi šem d yežžin ḏ amšum

neš i šem yuyen ktar w ktar, armani ṯyeṣṣiwḍ weγyur nni γa yšewwarn bḏan

teggen xas arrisaṯ sšeḍḥent ḏini, γaṛsenas aεeddis nnan as i weγyur arriṯ manis it

iḏ ṯeksiḏ, iksiṯ id weγyur issasiṯ γa yefri yuyar uša yesmeḥ ḏays, zi sennit ṯeffeγ

d ṯuššent ṯufa γa yizan taḏfen tefγen zeg uqemmum n wuššen, ura ḏ aεeddis ṯufiṯ

yefṯeq uša ṯebḏa ṯazzu ṯisineft zi γar ṯxeyyeḍ aεeddis n wayaz nnes, ṯebḏa ṯeggur

tseqsa wi γar yetša ṯisineft ? uša ṯruḥ γar ba yaḍiṛ

ṯeqqar as: a ba yaḍiṛ a ba yaḍiṛ ušayi d ṯisineft aḏ armex ṯayeddit n wuššen qa

ṯeqqaṛs

yenna as: raḥ γar ba yadžun

ṯruḥ γar ba yadžun ṯenna as: a ba yadžun a ba yadžun ušayi ṯisineft aḏ armex

ṯayeddit n wuššen aqa ṯeqqaṛs

uša ižžen yesqaḏat γar wenneγnit armani ṯiwḍ γar ba sini yušaz d ṯisineft atarem

ṯayeddit n wuššen, umi d γar ṯawweḥ ṯufiṯ immuṯ qqiemen ṯaṛwa n tuššent: a

yemma umi γar nini baba ?

ṯennasen: wenni γar ṯerqam zi ṭṭaf iniṯ as baba

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Traduction : Le chacal et l’âne.

Un jour les fils du chacal souffraient de faim, ils demandaient à leur père

d'aller chercher à manger. Le chacal est sorti, en train de marcher il voit un âne

qui transporte quelque chose et il le suit, jusque son arrivée chez des

moissonneurs qui commencent à faire descendre du lait et du pain depuis les

bâts de l'âne. Alors, le chacal décide de fourbé l'âne, le jour suivant il a mis des

bandages sur le pied, prétend qu'il ne peut pas marcher et demande à l'âne de le

porter. En route le chacal à voler toute la nourriture que l'âne transportait. à son

arrivée l'âne était puni par les moissonneurs et charger de leur ramener le chacal

ou bien ils vont le tuer. L'âne est allé devant la caverne du chacal et fait

semblant qu'il est mort. Le chacal heureux, attache sa queue à celle de l'âne pour

le rentrer dans la caverne, à ce moment l'âne court de toute vitesse pour ramener

le chacal chez les moissonneurs qui le punissent et le tue.

3- ḥemmu leḥraymi
ḥažit-kum umažit-kum sir matxaf mara ṯwaḍḍa aḏ tnaf iž n wayraz ɣar-s iž n

uhenžir qaren-as ḥemmu leḥraymi baba-s ḏ afedžaḥ ɣares bezzaf n reksibeṯ,

ifunasen ḏ iqarqašen war džint ḏ tišemrarin ura ḏ tibaršanin, baba s išarz

tammurṯ nnes qaɛ. yuṯa wenẓa bezzaf, yar d asegwas mliḥ. ixares baba s aḏ yegg

ṯwiza. Iɛarḏed iwḏan aḏ mžan. sentaren xedmen innas baba s i ɛma nnes ruḥ ɣar

ṯaddarṯ inasen aḏ ɣarsen I iyaẓiḏen iqarqašen, aḏ swežḏen ṯimɣarin aɣrum iraḥ

ɛmar s ṯazra innas i yemmas : " a yemma ! innam baba ɣares i ifunasen

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iqarqašen ". yemma s ṯqqim ɣar ṯɣezzar, war ṯumin. iɛwaḏa s memmis, ṯegga

min das yenna. Iɛḏer ḥemmu leḥraymi ḏi ṯaddarṯ bezzaf. iḏfari ṯ baba s, isseqsa x

memmis umi yuḏef baba s isseqsa ṯamɣarṯ nnes xmi n imsaren arami tɣar s i

ifunasen qaɛ ṯṭir-as bezzaf, ixiyyeq, ixemmem aḏ yuwweṯ memmis zeg was nni

inna s : " raḥ ɛaḏ d suyṯ xwatšiš ḏ suyeṯ ɛwantiš aḏ d asen aḏ ššent". Usnit id

ṯimɣarin ɣar ṯaddarṯ aqemmum itazzer s iḏammen: - wi ḏ akent iggin amya ?

amya a ɛma ! i ḏ-as yenna baba s. issen ila ḏ memmis i ḏas-ent yennan aḏ ggen-t

manayenni išṯi d iž n uqabu yarezzu, yuṯa ḥemmu nnes. Inna-s ɛaweḏ: “ ruḥ

inasen I ifedžaḥen aḏ d assen aḏ ššen rux." yuwweḏ ḥemmu, inna-sen : "

innakum baba, sšemḏeṯ marra min ṯsmunem ḏ imendi !” . ggin min ḏasen yenna

ḥemmu leḥraymi. Sšemḏen imendi nni, ṯqqim ɣar iž n tiḏrit iggi t ḏi žžib nnes.

Umi uḏfen ɣar wexxam aḏ ššen inḍar waryaz nni ṯiḏrit nni ḏi ṯmessi. Inna-s

baba-s n ḥemmu leḥraymi: - min ṯeggiḏ ? Inna-s netta :

- nsešmeḏ imendi qaɛ muḥessa ḏ iž n tidrit! Iksi d qabu n rɣas. yuṯa zay-s

ḥemmu leḥraymi. inna-s : “ixessak aḏ tuyarḏ rux aḏ tefɣeḏ zi ṯaddarṯ inu”

ḥemmu leḥraymi išṯi qabu nni akiḏes issentar iggur ḏi refyafi… arami yufa iž n

umšan ḏ aṣebḥan iẓẓu ḏay-s akeššuḏ nni, inna-s : ṯiwešša aḏ d kkex ssa ixessa aḏ

šafeɣ ṯuṛuḏ ṯazarṯ" ṯiwešša nnes, ikk-d senni yufi ṯ yuṛu aṭṭas x warṯu issentar

iqqar: iwa ešš. hay hay hay ṯazarṯ n ḥemmu leḥraymi ṯmuzrešt I ṯqemmumt inu

qurriɛ I žida mu šeppuš iwa ešš, hayhay ṯazarṯ n ḥemmu lehraymi arami I senni

tekka ḥenna ṯamẓa. - ha ḥemmu ha ṯsa inu, ušay šway n tazarṯ ! a ḥemmu, a

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memmi ḥennu, ušay t id zi ṯfust nnes n ḥenni. Issiɣ as fus nnes. žida ṯamẓa ṯeṭfi ṯ

mliḥ, tẓiyar xa-s ṯenna-s: - war tfetreḏ zeg fus inu. ṯeksi ṯ ḏi ṯxanšet arami uḏen

ɣar iɣzar, inna-s ḥemmu lehraymi. - a ḥenna! Ma war teggeḏ ruḏu aḏ tezzadžeḏ

? - ass a war ḏay-s bu ṯzatšiṯ? ṯuwwi ṯ akiḏes ɣar ṯaddarṯ ṯenasen t I yessis: -

uyeɣ-akent id ḥemmu leḥraymi. Iɛežbasent rḥar, seḏḥant s refraḥeṯ. ṯeggi ṯ ḏeg

xezzan n zbib ḏ teɣyatš ḥma aḏ iṣṣeḥ ḥemmu, ḥuma aḏ ṯ ṯeššent, ɛḏan wessan,

ḥemmu iṣeḥ, ṯenna ṯemẓa I yessis: - ṯexḏer rweqt n mašša. Neš aḏ raḥeɣ aḏ

ɛaḏeɣ ɛentiṯkent kennint ɣaṣent-as

zzaṯ ma aḏ as ɣarṣen t innasent ḥemmu leḥraym : - rux aḏ ayi ṯɣasent, žžent-ayi

aḏ šeḏḥeɣ šway žžentayi aḏ irareɣ aḏ neḍweɣ, yuri sennež uxezzam imendi, igga

ḏ aferyunt ḏi ṯqesmaṯ nnes iɛežbasent rḥar i ṯamẓiwin ṯimezyanin. Nant-as aḏ

sent yegg ṯaferyunt qaɛ . kur išten ṯarezzu aḏ tegg ḏ tamezwarut. Innasent

ḥemmu leḥraymi aḏ yessizwa s ṯenni ṯameẓyant ṯuri sennež iɣas-as s iɣems-as s

ukembuš. ṯuri wis sin ṯenna-as : - min ḏas ṯeggiḏ i utešma ? Inna-as: - arzuɣ aḏ-

as ṯaɣ mliḥ iɣarṣ-as raḏ ḏ nettaṯ. Amya, iɣasa-sent qaɛ . arami ḏ tusa žida ṯamẓa,

inna-as : - i hya žida ! usin d išeffan šṯin yessi-m, awreɣ weḥḏi war ḏay iẓri ḥedd

rexdenni issentar ḥemmu leḥraymi ittet ṯammemt. ṯenna-as ṯemẓa : - mana yenni

a ḥemmu min tetteḏ ? - aẓem aqemmum a žida ! ṯaẓem aqemmum nnes, yuša-as

ižen ureṭṭim n ṯamment. ṯenna-as : - azzuɣ aḏ ḏay ṯaniḏ šway zi ṯammemt nni .

iwša-s areṭṭim neɣni , inna-s : - mara ṯexseḏ aḏ am ušeɣ aṭṭas, azem aqemmum

inem mliḥ. - waxxa. ṯazem aqemmum nnes arami I ḏas d ḏhan waḏan. Išṯi d

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ḥemmu leḥraymi iž n uṣfeḏ n tmessi, itšatay-as arami yewweḏ ɣar uɛeddis n

ṭemẓa. yuyar ḥemmu. Ha neš kkiɣ d ssa ḏ ssa ufiɣ iž n ṯyuya n tsira snuffareɣ-t

awarni ṯawwarṯ iɛefsi-t uyenduz uṯiɣ-ṯ s debbuz.

Traduction : ḥemmu le rusé

Il y avait un homme agriculteur qui a beaucoup de bétail et qui a un

garçon qui s'appelait ḥemmu leḥraymi (ḥemmu le rusé), il avait des vaches

tacheté. Lors d'une bonne saison, il a appelé les gens à travailler chez lui pour

récolter. Pendant qu'ils travaillaient, il a dit à son fils : « va à la maison et dit

leurs d'égorger les poules tachetées et que les femmes préparent le pain ».

ḥemmu leḥraymi est allé en vitesse et dit à sa mère : « maman ! Mon père te dit

d'égorger les vaches tachetées ». La mère n'a pas cru ce qu'elle entendait, mais

après l'insistance de son fils elle a fait ce qu'il lui a dit. Face à cette situation le

père dit à son fils : « va inviter tes tentes chez nous pour manger ». Après

quelque temps les femmes sont venues leurs bouches qui coulent de sang, le

père s'est rendu compte que c'est son fils qui a fait cela. Une autre fois le père dit

à ḥemmu leḥraymi : va demander aux moissonneurs de venir manger, ḥemmu

est allé leur dire : mon père vous dit de bruler toute la moisson. C'est ici que le

père décide de chasser ḥemmu leḥraymi de la maison.

Dans son chemin ḥemmu leḥraymi trouve un très bel endroit où il a planté un

bâton en lui disant : « demain il faut que tue me fait naitre des figues ». Le

lendemain ḥemmu leḥraymi est revenu pour trouver beaucoup de figues et

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commence à dire : « aller manger, les figues de ḥemmu leḥraymi les plus mûres

pour moi les moins mûres pour les voisins ». Un moment l'ogresse est passé, elle

attrape ḥemmu leḥraymi, le ramène chez elle et demande à ses filles de l'égorger

pendant quelle est partie inviter sa soeur. ḥemmu leḥraymi utilise sa ruse et

réussie à tuer les filles de l'ogresse, après son retour il lui dit : « les voleurs ont

kidnappé tes filles ». ḥemmu leḥraymi commence à mettre du miel dans la

bouche de l'ogresse jusqu'un moment où elle l'ouvre bien, ḥemmu leḥraymi

prend une étincelle de feu et le fonce dans le ventre de l'ogresse.

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