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Forest, Athanase. Le Vampire, dialogue recueilli dans un cauchemar. [Signé : Athanase Forest.]. (1868). 1/
Forest, Athanase. Le Vampire, dialogue recueilli dans un cauchemar. [Signé : Athanase Forest.]. (1868). 1/

Forest, Athanase. Le Vampire, dialogue recueilli dans un cauchemar. [Signé : Athanase Forest.]. (1868).

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JpfA|ïQGUE

LE"VA:M#raE"J'-

RECUEILLI

DANS UN CAUCHEMAR

côto à côte dans un bois, par un beau jour de printemps. Le

ar-et-Jî-sïrproinônent

timbre de la voix de B est sec, dur, métallique, hormis les rares instants où il

se fait doucereux.

Ah! j'étouffe!!!

A. avec contorsions.

B, très-calme.

Pourtant

l'air me semble léger.

A.i; .

Quel poids, ïlà^surmowcoetfr!;;.

B.

Parle.

Puis-je te soulager

?

je me tais ! '•'••'.

Non; .;:;•

A.

"B.:.:

Quel ton sinistre

A, d'un ton sépulcral.

'

et sombre !

Ainsi donc de vertus on ne.trouye,plusombre!!! B, éclatant de rire.

. ;

'

.

.

Quoi! c'est là ce qui met cette bile en ton sang ?

Du reste,; avecfplaisiiF je corMate<.«n passant;;;

2

Que îa parole enfin t'est revenue.

A, désespéré.

Horrible!!!

B.

Du vrai Hamlet?. poursuis-, joue à l'enfant A,.;.avecviolence.

Oh! que ne puis-je l'être, en effet!!

B.

terrible !

i Palsàmbleu! Quel air! quels yeux ! quel teint ! je crois qu'il tourne A, tristement.

Triste railleur !

!

r

B, froidement.

'.'.'

|:;'

:' -"."'

Railler? j'en suis, certe, incapable.

/"'

'

'

1

:

;; 'A.;

'

/

;;

Ainsi d'un noir projet

D'un projet homicide, exterminateur?

tu më rêves coupable,

B. !

Non, plus que tu n'as sous la main, ni canon,

ni

'

'

-

A. '' '':: '

:

"

D'autant

Ni mousquet,

.

De grâce, abrège, Moi, tueur de gens ? Non ; que.suis-je? Pur et simple.

ami, ta liste ! un moraliste,;

Oh! très-pur; Très-simple aussi.

B. je n'en saurais douter,

A, se redressant.

Pas tant ! Voudrais-tu

m'insulter ?

au bleu

: •'"•

Le rôle de

De dindon!

Colombe

B.;.

'A:

'

;

:

En ton vocabulaire,

-.':

:,- :

-vKjl.i

Cemeisëmbjeya

i-> !

.

toufcidroit deitéplaire;,;

.-'

!:!.'

— 3 —

Aimerais-tu donc mieux poser comme serpent ? A, un peu fanfaron.

D'avoir ri du prochain Garde à toi!

parfois on se rèpént ;

B.

;

Tu deviens un phénïx; de prudence ;

Je l'avais soupçonné

Serpent honteux, voilà ma;colombe !

; je cède à l'évidence

A, tâchant de sourire.

;

<

A ton gré ;

Fais de moi ranimai

Ou profane,

qu'il te plaira,

sacré,

en tout cas; privé de ton estime,

B.

Quand un sage a là sienne,

il a tout. 'A".

En victime, !

Je me livre à tes coups, ô Méphistbphélès

B.

Héroïque non moins qu'Horatius Coclès!

A te voir prendre

Que parmi tes vertus la douceur

un ton si plein d'aigreur,

j'augure

ne figure J.

A, embarrassé.

La douceur

! la douceur !

B.

Eh bien ! t'insurges-tu Contre la loi du Dieu qui l'érigé en vertu ?

.

A, consterné.

De toutes parts ainsi tentation •

Pour n'être pas noyé, n'épargne

'B;

et piège 1!

pas le liège!

En moins grotesques

'Ay aigrement.

mots, le Sophisme !

•- "B. ''-:

Mais comptes-y d'avance,;ami;

Très-vrai; je t'absoudrai.

::A, furieux.:

Oh! j'agonise enfin sousle poids qui m'accable! De moi que veux-rtu donc, ô le plus knptacable Des bourreaux ?

Rétro!

, ,-

;P-

'Pauvre fout

. f.A.: '

'Foudoiiblé

-'.

.-

:

denïéehànt,

B.

De deux échos entretien

fort touchant

!

,

O toi, le plus aimé de mes y,ie,ux camarades, Sais-tu que me voici las de tes algarades?

A, au paroxysme de la colère.

Et moi, bien autrement

D'entendre. à,m,es, côtés, lugubre et morne glas,

suis-je las, archilas

(Terme trop vrai,. tr,op juste^en effet, car ri.nlâme:

Ne projette

Un rire continu, tantôt vif, sémillant, Aimable à la rigueur, et quasi biènvëillailt, Tantôt seci, amer; gros de ces impurs miasmes Tuant tous les amours; tous les enthousiasmes

rien moins que de.tuer

mon âme!)

B, ricanant.

C'est de l'épilepsie,

Encor? te tairas-tu

ou je n'y counais rien !

?

'

A, très-menaçant.

'

Quel despoteassyrien A. :'

!

! !

Pour une bonne fois jette là ma personne!

B.

;

;

.

.' -•;:

<.

Quel suicide! d'horreur,.à

sa vue,, on frissonne

,.A.

.

. Tu n'en es pas capable, on le sait, pour ta part. B.

:. -vl; De feindre des vetftus je:h'ai;cùltivé

l'art;.;'V

!

"!

A.

Rôle commode, et qui clairement participe

De l'égoïsme cru ! Moi, j'incarne

un principe.

B, avec hauteur.

Pour un principe

Je le foule aux pieds!

écrit, passe encor ; mais parlant?

A, riant.

J'en saigne!

Vrai, j'en suis tout pantelant,

B.

La saignée autrement

serait bonne,

Si je

te bâlonnais,

échappé de Sorbonne

! !

frappé?

Aristide?

A, avec calme.

pas d'où tu t'es échappé; raison, quand tu m'auras

B.

ici ? Thémistocle?

me semble

Je ne recherche Mais auras-tu

Tiens; qui donc parle Toute odeur du passé

un peu fétide,

Je t'en préviens.

A, avec exaltation.

Eh bien! démolis,

j'y consens,

La morale éternelle et l'auguste

Mais, en ce cas, avoue, à ton immense

Qu'au lieu d'un monument

bon sens,

honte, ou de fonte.

d'or, d'argent,

B.

Qu'importe

le métal ?

A.

Tes mains n'ont

B.

érigé

A trancher

Moi, je n'érige rien; poursuis,

du Flaccus je n'ai jamais

songé ;

pédant, ton

trope

A, tâchant de rire.

Tu m'as coupé le fil !

B.

Quel malheur pour l'Europe,

6

Pour l'un et l'autre

monde ! Ils auraient

si bien ri,

Ou tant pleuré peut-être

Ressemblant

à voir sous queVabri

à la voûte céleste,

fort, très-fort,

Je les colloquais,

moi, d'une main un peu leste.

A.

Et sans effort, c'est clair, puisqu'en

B.

croisant les bras,

D'accord;

je ne suis point un faiseur d'embarras.

A.

Tu laissais

tout aller dans la machine

Comme il va

B.

ronde

Silence ! Barboter

Noriobstantles

amateurs de fronde!

A, avec fierté. Tu laissais les peuples à loisir

dans la fange, au grand air

B.

N'est pas à dédaigner

Ce plaisir

A, d'une voix tonnante.

Dans la fange des vices ! !

B.

Est-ce que ton repas

doit avoir deux services?

Le premier me suffit amplement.

Aura deux points, morbleu

A.

Le sermon

!

B.

Mais c'est donc le démon

Qui t'inspire!

Tu m'inspires,

En effet

A.

B.

Que le ciel te confonde

A.

mon cher, une pitié profonde

!

!

— 7

B.

Mon cher? Plat hypocrite A, d'un ton solennel.

!

!

O pauvre être égaré,

Ame aveugle,

Celte source d'amour qu'entrevoyait Virgile,

Et qu'épanche

Tout homme malheureux, il faut le secourir,

Disent-ils; que, d'abord, il faille s'enquérir

âme obtuse

où n'a jamais

filtré

à longs flots notre saint Évangile ! !

Si cet homme est pervers,

Ils ne le disent point ; donc, vérité palpable,

méchant,

ingrat, coupable,

On peut, on doit aimer

ceux qu'on

n'estime

pas.

J'ai peine à digérer,

B, grinçant des dents.

mon très-cher,

ton repas!

A.

II le faut bien pourtant;

car, voyons; le contraire

De l'amour,

A cette conséquence

c'est la haine;

on ne peut se soustraire

: ayant droit de haïr,

(On l'a bien, n'est-ce

pas ? réponds B, froidement.

!)

De t'obéir

Je ne suis empressé.

J'en prends note

De boxer

A, souriant. Je conçois ton malaise on a droit.

B.

;

Suivant la mode anglaise,

A.

C'est cela; plein droit de se venger,

De sévir, de punir,

Légalement

au besoin,

d'égorger

B, ricanant.

A.

Ou non ; fort bien ! mais, qui le nie ?

La main du punisscur très-souvent

En droit ainsi qu'en fait, d'où ma logique

est punie,

induit droit conduit.

Qu'au meurtre

de tout droit ton fameux

_ 8

B, très-vivement.

Mon droit? c'est en cela que pèche ta majeure f

A mes roulements

Je n'admets pas le droit

d'yeux,

tu l'as vu tout à l'heure,

Salut au converti

!

A, avec pétulance. De haïr ? en ce cas,

B.

Ménage le fracas.

A.

Non, non ; je tonnerai

B-

Selon tes aptitudes.

A.

Puisque tu me parais avoir fait tes études,

Rétracte

ta parole, ou proclame à l'instant

Qu'en toi la charité compte un représentant B, feignant l'embarras.

Cercle vicieux !

A, d'un air soupçonneux.

t

Oui, pour qui goûte le vice,

Un calembour!

B.

A, fronçant le sourcil. Le crime !.,.

B, avec violence.

Ah ! rends-moi le service De ne pas aborder le crime triomphant, Et transformer ainsi la mouche en éléphant,

La simple peccadille en forfait

Ne va pas pleurnicher, comme un bas-bleu sensible,

Sur les malheurs du pauvre

Préférer l'eau de roche au Champagne mousseux, Trouver des plus mauvais que nos- hommes de guerre Fournissent tels sujets à tel futur Daguerre,

Impossible !

ivrogne et paresseux,

Tels beaux panoramas

Où:des;mou]'<t!nls quasi mugissentiles^sanglots;, ;- Où le soi est j®nehé.de cervelles tronquées,

où le sang coule à flots,

;

> ;

' .-.: . .» ;,.-.,

;;.

Parle sabre ou l'obusiavecarLdisséquées D'épouvante, à les voir* garde-toi derfrémir;.

Mais surtout, avant.toutiab&tjens-toi'de,vomir \:v.

,

Sur le luxe effréné de<loiïrdes diatribes ; Pour Dieu, laisse en. repos Pharisiens, et Scribes, Masques de (toute? taille et.de- toute couleur,.

Cyniques écrivains: qiu\ s'en croyant

De la société Grands hommes

Plus vite quelè turfqui;:'la

la fleur, : .

ne sont rien que la lie,

àla

mode,

l'orgie

et que la mode oublie

veille; étala, ou le gala !

Dans toute sa beauté,

A, avec joie.

Tu n'es donc pas des leurs "i

Fi donc!

 

B.

 

Moi, de cette racaille

?

'

• .

A.

".'''<{

La bète'ehtoi

vaudrait mieux'que

Est-ce de l'ironie?

D'un coeur franc dans le.mal ?

ou ton discours part-il,

B.

4'éeaille ?

Ton flair .est peu subtil

;

Tu m'as interr.oni.puï:quand„ma bénigne phrase De tout, droit s'appr,êtait>à;faire.table rase.

A, froidement.

Ta pensée est'vraiment

difficile à saisir.

'-

B-

•.

;

•:•.,,' le plaisir,

.

Le dernier des crétins çomprendrbien

Pourtant,

Qu'importe,

Oui, fay ce que^vouldràs, code de Rabelais Qui trèsrsuavem^ritBchateuMte! mon paféis !

car c'est un fait; ce fait le sollicite ?

après cela, qu'il soit, ou non, licite

?

.

,

— 10 —

Code absurde entre tous ! Ce que tu tien®, mile hommes

Le veulent; qui de vousobtiendra

prix «fcpowrries ?

Nul, je le crains. Du droit ace pointfairé

C'est à toute morale un outrageant

Droit

fi ?

défi !

.

et devoir ! Deux mots marchant

de front sâ^s cessé,'

Chez berger et bergère^ et chez prince et princesse

Quiconque croit ài'ùn

dès lors à l'autre

croit ;'!

!

;

l

Qu'est-ce que le devoir ? le respect franc-du 1 droit;

Toute église, tout temple, ettoute-syriagOgue;

Finiras-tu

bientôt ton cours, sot pédagogue

A.

?:

Prêchent

C'est le type idéal d'une société 1 •.:

droit et devoir, justice et charité ;

B.

Ton

Ton

type? A sa poursuite,

type ? où l'as tu vu ? quel est son domicile ?

allons, vole, imbécile

D'un cerveau délirant pure sécrétion,

(Par euphémisme ;Hegel dirait conception);!

<;.;

!

Le voilà!

.

:>!::•.:•':

A, avec amertume.

Cependant,

tu fais de la satire;

,

Donc le mal te! repousse, un certain bien t'attire,

Donc en toi tu les sens vivre, agir, s'affirmer ï'

Il ne te manque, hélas lïju'un point'unique,

B, éclatant de rire.

aimer !

Tu veux donc que j'étouffe à mon tour, mais à

De

De se tenir debout sur la corde entre :

force

rire, à voir un pleutre,

un pantin qui s'efforce

qui ?

Deux chimères!

,

:

i;

A, avec un faible sourire.

Sans être une, dameSaqui,

Je veux concilier, Avec la charité.

— 11 —

c'est trop vrai, la justice

B.

Ce n'est'sans interstice Qu'elle brille chez toi la charité ! Va, va,

Tes apôtres

Te l'ont dit dans leur langue

du Christ, comme de Jéliova,

un peu beaucoup

.

atroce,

Tu portes dans ton sein une bêle.féroce 1

Avec quelle

A, se frappant,le front.

fureur cet être-là

me hait !

B-

Que diantre aussi, pourquoite

rêvas-tu parfait

A, furieux.

?

Mais tu ne l'es donc pas, toi ?

' B.Y .

Dont je vis entouré,

Pas plus que ce monde

toi compris,

A.

fange immonde

!

Dernier coup, coup de maître!

Oui, fausse humilité,

Pour t'exterminer

mieux,

divine charité ! !

(Il se frappe le coeur.)

Je sens un

vide

un vide

B.

A devenir étique! Poursuis, appelle-moi machine pneumatique!

A.

Ah ! le sang de mon âme, en effet.

B.

Pour n'en pas douter,

cours te heurter

Sang très-pur à ce mur !

!

(Pause.) Eh bien ! ton sang, qu'en fais-je ? à l'instar

Sur toi fonctionnant,

est-ce que je le suce?

d'une puce

j2

,

:. A, se redressant.] :

.;;

Me voici sur ta piste t à la fin je te tiens !

9-.'.

Modèle des chasseurs comme des bons chrétiens!

Je sais ton nom!!

A.

B.

::.:.:

Mon nom? àpprënds-Ie^moi. A, de sa voix la plus tonnante.

Parti!

(B disparait.)

A,l;radieux.j;;

;:,,, ; ,.'.-.,:! ;

Une voix dans l'air, c'•'" :

'

Vampire!!!

'

.;.

.';: ;••';

Tout à ton aise, ô pauvre sot, respire !

ATÇANASEFOIIEST.

Tours (Indre-et-Loire^sçês2&néyerotj,f"e.t§68.

IMPRIMERIE1.1 TOINONB,TU«( A 3AINT-OBR»XlN'