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La force vitale

La force de vivre mise à nue et observée dans ses fondements se perçoit dans l’énergie déployée par
la vie. Indépendamment des forces propres à tel ou tel individu, cette force vitale universelle nous
entraîne tous dans l’existence. Mais avec le malheur et la souffrance, l’Homme voit son énergie se
réduire. Si le goût de vivre semble alors l’avoir quitté, c’est pourtant cette force vitale qui le fait
persévérer.

1. L’Homme et la déperdition d’énergie

La détresse érode l’état de l’esprit et se répercute sur le psychisme :

 Hugo, affaibli psychologiquement par le deuil, sent la vie s’échapper de son


corps. Il n’a plus la force d’avancer, se sent faible au point de chuter :
« J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs /Je marche sans trouver
de bras qui me secourent /….../Morne, épuisé » IV-XIII

 Bien qu’ils ne soient pas forcément malades, les Tchernobyliens, fatigués par
la mort environnante, apeurés par la radiation, sentent également leurs
forces physiques les quitter :
« Tout le monde autour de nous se plaignait, même nos amis, de ne plus
avoir la force de marcher …..tout le monde était devenu sombre p. 124 »
« Sans lui, j’ai physiquement mal. Je ne peux pas vivre seule… » p. 240

 Nietzsche est convaincu du lien indissociable entre le corps et l’esprit. La


douleur physique due à sa maladie l’a d’abord dégoûté de la vie, avant que
la guérison suscite en lui de la joie (action du corps sur l’esprit). Il décrit :
« Un esprit […] qu’envahit soudain l’espoir, l’espoir de la santé, l’ivresse de la
guérison […] une réjouissance qui succède à une longue privation et une
longue impuissance » Préface § 1

Lorsque la force de vivre est au plus bas, la vie se résume à un état végétatif, où l’être semble
économiser le peu d’énergie qui lui reste.

 Dans plusieurs poèmes, Hugo se décrit à la 3e personne , il n’est plus que le


spectateur de sa vie (Voir V-VI). À son image, il dépeint Adam et Eve, exilés
de leur paradis, comme des zombies : Froids, livides, hagards

 Ce mécanisme de « mise en veille » se retrouve chez les témoins de


Tchernobyl, notamment chez les enfants, décrits comme de tristes
automates. Leur passivité reflète impuissance et faiblesse : « Ils vont
continuellement à des enterrements. On ne peut ni les étonner ni les rendre
heureux. Ils sont toujours somnolents, fatigués. Ils ne jouent pas, ne
s’amusent pas » p. 123 « Ils observent au lieu de vivre » p. 129 .« Dans mon
for intérieur, j’avais la sensation permanente de n’être qu’une spectatrice »
p. 155
 Nietzsche, au cœur de sa maladie, dit aussi avoir vécu une forme
d’« isolement radical ». La douleur l’a épuisé au point de le rendre
grabataire, de le paralyser

2. L’Homme et l’énergie naturelle

Agir contre nature, contre cette force naturelle, provoque une perte d’énergie. En effet, si la force
vitale est le principe irréductible de la vie, l’Homme qui lui porte atteinte entraîne fatalement son
propre affaiblissement :

 Certains liquidateurs de Tchernobyl, notamment les chasseurs, sombrent dans la démence


ou le suicide. L’Homme ne peut pas être plus fort que la vie elle-même. Porter atteinte à la
force du vivant revient à s’autodétruire :
« Un travail de fous. On ne peut quand même pas éplucher toute la terre, ôter tout ce qui
est vivant… L’équilibre psychique était rompu » p. 159 « La deuxième fois, c’était une biche…
J’ai juré de ne plus jamais en tuer. Elles ont des yeux tellement expressifs… » p. 100 p. 96-97

 Les victimes se trouvent alors dans une situation paradoxale : ils doivent renoncer à l’amour,
réprimer leur instinct de reproduction et donc refuser de satisfaire cette force naturelle
fondamentale. Cet effort contre nature ne fait qu’accentuer leur faiblesse :
« Je ne pourrai plus avoir d'enfant […] Nous n'avons pas le droit. Le péché... La peur […] Je
devais savoir que ce n’était pas notre faute… La faute de notre amour… » p. 89_92 « J'ai peur
d'aimer. J'ai un fiancé. […] “Pour certains, c'est un péché d’enfanter.” Le péché d'aimer » 111

 Puisque c’est de notre nature profonde que provient la force de vivre, Nietzsche s’insurge
contre les morales qui imposent le refoulement des désirs, des pulsions et instincts :
« Ils sont la cause de notre grande injustice envers notre nature » § 294
« [L’homme] n’a plus le droit de se confier à aucun instinct, […] armé contre lui-même »305

La nature est bienfaitrice pour la force de vivre. La nature ramène ainsi la vie de l’Homme à
l’essentiel 

 Dans le deuil, Hugo a trouvé une forme d’apaisement au cœur de la nature. Les
contemplations sont ainsi des contemplations de la nature :sa vision apaisante, l’isolement
qu’elle procure ont permis au poète d’oublier la plupart de ses souffrances et de surpasser
l’épreuve de la mort.
Le vallon où je vais tous les jours est charmant, /[…] Il vous fait oublier que quelque chose
existe »

 L’abomination causée par l’énergie nucléaire met en évidence que la seule énergie qui
compte est celle du vivant. Dans ce cadre, la nature, plus tenace que l’atome, fascine et
donne espoir. Elle reste la seule valeur à laquelle se fier.
« Une chose extraordinaire m’est arrivée là-bas. Je me suis approché des animaux… »121
Pourquoi partir ? C’est beau ici ! Tout fleurit, tout pousse […] Tout vit ici.
Absolument tout ! » p. 42

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