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L’Etat et les sociétés privées à intérêt militaire,

Légitimité et encadrement,
Implications françaises et italiennes

Mémoire présenté par le sous-lieutenant Jonathan GUENDOUZ

Sous la direction de Mr Didier DANET, Responsable du Pôle "Action globale et forces


terrestres"
Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan

Direction Générale
de l’Enseignement
et de la Recherche

Filière Relations Internationales


et Stratégiques

Promotion Chef d’Escadrons FRANCOVILLE


L’Etat et les sociétés privées à intérêt militaire,
Légitimité et encadrement,
Implications françaises et italiennes

Mémoire présenté par le sous-lieutenant Jonathan GUENDOUZ

Sous la direction de Didier DANET, Responsable du Pôle "Action globale et forces terrestres"
Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan
Présenté le 3 janvier 2011
Sous la présidence de Mr Didier DANET
En association avec Mr Amaël CATTARUZZA

Direction Générale de
l’Enseignement et de
la Recherche

Filière Relations Internationales


et Stratégiques

Promotion Chef d’Escadrons FRANCOVILLE

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Fiche de Présentation
Option : Relations internationales et stratégiques
Sujet du Mémoire : L’Etat et les sociétés privées à intérêt militaire, légitimité et
encadrement, implications françaises et italiennes
Grade, nom et prénom du rédacteur : Sous-lieutenant GUENDOUZ Jonathan
Directeur de Séminaire : Monsieur Didier DANET
Directeur de mémoire : Monsieur Didier DANET
Jury : Monsieur DANET, Monsieur CATTARUZZA
Date de soutenance :

Résumé du Mémoire :
Les conflits contemporains sont caractérisés par la présence d’une multitude
d’acteurs non-étatiques. Parmi ceux-ci, on trouve les Société Privée à Intérêt Militaire
(SPIM). Ces sociétés sont aujourd’hui des acteurs majeurs des conflits armés et de la sécurité
internationale. Le recours à leurs services a cependant pu être controversé et n’est pas une
pratique répandue dans de nombreux pays européens. Cette situation nuit à ces sociétés
comme aux institutions. Comment alors accompagner le développement des SPIM pour
qu’elles servent au mieux les intérêts de leur pays d’origine tout en réalisant leurs propres
objectifs?
Il faut d’abord établir une nouvelle légitimité pour ces sociétés. En effet, c’est un
préalable à leur développement et à la possibilité d’un recours à leurs services. Il faut
dépasser les controverses généralement liées à leur activité et comprendre les véritables
enjeux qu’elles représentent. Dépasser les idées reçues, c’est dans un premier temps définir
ces sociétés. Bien que l’expression SPIM soit imparfaite c’est celle qui recouvre selon nous
le mieux l’étendue du spectre de services que ces sociétés occupent. La question lexicale et
sémantique n’est pas une préoccupation annexe, elle est au cœur de l’établissement de cette
nouvelle légitimité. Nous utiliserons l’expression SPIM pour décrire l’ensemble des
entreprises qui peuvent fournir des services d’externalisation de certaines fonctions militaires
comme celles qui s’intéressent à la sécurité des entreprises à l’international. Ces sociétés
connaissent la même dénomination mais il faut toujours s’assurer de ne pas faire l’amalgame
entre elles car elle ne couvre pas toutes la même portion du spectre du phénomène de la
privatisation. Elles représentent tout de même un ensemble cohérent parce que nombre

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d’entre elles couvrent une très large partie de ce spectre, parce qu’elles se regroupent dans
les mêmes associations, qu’elles opèrent sur les mêmes théâtres et qu’elles ont souvent les
mêmes clients. Cette dénomination doit être réalisée par les pouvoirs publics et s’établir par
une législation. Ce sera un grand pas vers l’établissement d’une véritable légitimité.
C’est ensuite en s’inscrivant dans la stratégie générale de l’action globale que cette
légitimité peut être gagnée. Les conflits auxquels nous faisons face aujourd’hui évoluent par
des phases qui ne se résument pas à l’action militaire et ou le besoin en terme de sécurité est
énorme. Les acteurs qui participent à l’action globale ne sont pas toujours capables de se
protéger par leurs propres moyens ou d’agir sous la protection des forces nationales. C’est ce
créneau que les SPIM occupent particulièrement bien. Le recours à leurs services offre au
militaire de se recentrer sur son cœur de métier et de se libérer de certaines tâches en les
déléguant au secteur privé. Les SPIM peuvent occuper une place à part entière dans la
stratégie générale de l’Etat dans un conflit. Ce sera à l’Etat d’ajuster le domaine
d’intervention de chaque acteur participant à l’action globale. Il faut intégrer pleinement les
SPIM à la réflexion stratégique, les faire participer à la phase de préparation et les inclure à
la coopération qui doit exister entre les multiples acteurs qui participent à la réalisation de
l’objectif stratégique. C’est de la bonne coordination entre différents acteurs, œuvrant par
des actions ponctuelles et ciblées, dans l’horizon d’un même objectif compris dans le long
terme, que se joue le succès ou l’échec de l’objectif stratégique.
C’est finalement avec l’intérêt que ces sociétés représentent pour l’Etat que leur
légitimité s’établit. Il s’agit d’un intérêt stratégique, économique et politique. Si l’intérêt
économique est très discutable et sujet à caution, l’intérêt politico stratégique est
difficilement réfutable. Les SPIM peuvent représenter un véritable outil de politique
étrangère. Si l’Etat peut faire converger les intérêts des entreprises avec les siens, il peut
parvenir à une communauté politico-stratégique très forte avec celles-ci. Elles favorisent
alors la liberté d’action de l’Etat en se positionnant comme outil de diplomatie informelle.
Une fois cette légitimité établit, il faut donner à l’Etat et aux SPIM les moyens
d’exploiter au mieux leur potentiel pour que chaque acteur réalise au mieux ses intérêts. Cela
passe par l’encadrement. L’encadrement des SPIM passe par un cadre juridique, des outils
de contrôle et de contractualisation et par plusieurs niveaux d’autorité.
Les différents Etats en lien avec les SPIM, Etats d’origine, territoriaux ou
contractant, se doivent d’adapter leur législation afin qu’elles puissent influer sur les
activités de ces sociétés. Cela se conçoit dans un cadre rationnel qui donne la première place
dans le système d’autorité relatif aux SPIM. L’Etat qui laisse une société privée empiéter sur

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ce qui est considéré comme son espace régalien, doit s’assurer que l’activité d’une telle
société ne nuit pas à sa souveraineté. En légiférant cela lui permet de réaffirmer cette
souveraineté. En instaurant un moyen de contrôle de ces sociétés, l’Etat peut se prémunir de
certains risques liés à leur utilisation. Ces moyens de contrôle doivent aller de pair avec une
législation conséquente parce que plus un Etat contrôle les SPIM et plus leurs agissement
pourront être considérés comme une délégation de la puissance publique. Il s’agira alors
pour les institutions de toujours préserver un droit de regard sur ces sociétés pour que les
deux lignes d’intérêts, nationale et privée, ne s’éloignent pas trop. Moins l’Etat aura de
moyens de contrôle face au SPIM et moins il aura de liberté d’action et d’influence dans la
relation qui la lie à un autre acteur. Inversement, des moyens de contrôle efficaces lui
permettraient de se prémunir d’une dérive de la part des sociétés privées qui pourraient aller
à l’encontre de ses intérêts.
Cependant, tout l’intérêt du privé se révèle dans sa flexibilité, sa capacité
d’adaptation, et sa démarche commerciale. Il faudra éviter d’en faire une excroissance
hybride institutionnelle et privée à la fois. L’activité des SPIM en deviendrait inintéressante.
L’utilisation que le politique peut faire de telles sociétés doit rester ponctuelle. La situation
est différente entre des sociétés plus axées sur la sécurité et la formation et des sociétés se
rapportant à l’externalisation. En effet en ce qui concerne celles proposant des services de
sécurité et de formation, une trop grande implication de l’Etat briderai leur capacité
commerciale et n’intéresserait plus le secteur privé ou les autres contractants cherchant une
certaine indépendance chez le fournisseur de services. En ce qui concerne l’externalisation,
cette utilisation ne peut que se comprendre qu’à travers la mise en place d’un moyen de
contrôle sur les sociétés privées pour ne pas porter atteinte aux capacités opérationnelles des
forces ou créer une dépendance face au privé. Dans les deux cas cependant, le contrôle doit
s’établir selon des règles de coopération, ce qui implique la confiance et la transparence. Il
est de la responsabilité de l’Etat de créer un équilibre entre contrôle des activités et liberté
d’action, équilibre subtil mais nécessaire. Il s’agira d’éviter tout pilotage direct de ces
sociétés par les institutions tout en gardant un droit de regard sur leurs activités. Cela doit
passer par la création d’un organisme pouvant restructurer les contrats et s’assurer de leur
bon déroulement, mais aussi par une capacité de labellisation et d’accréditation. Cet
encadrement peut être réalisé à plusieurs niveaux, au niveau de l’Etat, au niveau de l’Union
Européenne et au niveau international.
Des pays européens comme La France et l’Italie ont tout deux un potentiel certain
pour se positionner sur le marché mondial des SPIM mais un pas supplémentaire est

5
nécessaire pour permettre sa réalisation. La réflexion sur le sujet en France devient de plus
en plus précise et se rapproche de plus en plus d’une action du politique sur le sujet. La
situation au niveau des institutions européennes semble elle aussi prête à accueillir une
initiative permettant aux SPIM de s’inscrire plus profondément dans la politique extérieure
des Etats. Un pays européen franchissant le pas et proposant un modèle différent du modèle
anglo-saxon a toutes les chances de se positionner de façon avantageuse sur la scène
européenne, et pourquoi pas de faire figure de chef de fil en matière de recours aux SPIM.

Mots-clés : Action globale, Etat contractant, Etat d’origine, Etat territorial,


Externalisation, France, Italie, Sécurité privée, Société militaire privée, Société privée à
intérêt militaire.

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Option : Relations internationales et stratégiques
Dissertation subject : The state and private companies of military value, legitimacy and
leadership, French and Italian implications
Rank, Last name, First name : Sous-lieutenant GUENDOUZ Jonathan
Head of seminar : Monsieur Didier DANET
Dissertation director : Monsieur Didier DANET
Jury : Monsieur DANET, Monsieur CATTARUZZA
Date of presentation :

Summary of dissertation :
Contemporary conflicts are characterized by the presence of a multitude of non-state
actors. Among these we can find Private Companies of Military Value (PCMV). These
companies are now major players in armed conflict and international security. The use of
their services is often controversial and is not a widespread practice in many European
countries. This undermines those societies and the institutions. How then accompany the
development of PCMV for they serve the best interests of their country of origin while
achieving their own goals?
We must first establish a new legitimacy for these companies. Indeed, it is a
prerequisite for their development and the possibility of using their services. We must go
beyond the controversies usually associated with their activities and understand the real
issues they represent. Overcoming misconceptions is at fist setting a definition for these
companies. Although the term is imperfect, PCMV is what we think best covers the
spectrum of services that these companies hold. Lexical and semantic questions are not a
concern Annex, it is central to the establishment of this new legitimacy. We use the term
PCMV to describe all firms that can provide outsourcing services to certain military
functions as those concerned with security firms abroad. These companies are experiencing
the same name but we must always be sure not to confuse them because they doe not cover
the same portion of the spectrum of the phenomenon of privatization. They still represent a
coherent whole because many of them cover a very large part of this spectrum, because they
are clustered in the same associations, that they operate in the same theaters and that they
often share the same customers. This designation must be made by the government and

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established by legislation. It will be a big step towards establishing a real legitimacy.
It’s then by falling into the overall strategy of the global action that legitimacy can be
won. The conflicts we face today are evolving through phases which are not confined to
military action and where the need in terms of security is enormous. The actors involved in
global action are not always able to protect themselves by their own means or acting under
the protection of national forces. It is this niche that PCMV hold particularly well. The use
of their services permits the military to focus on its core business and to free up by
delegating certain tasks to the private sector. The PCMV can play a full role in the overall
strategy of the state in a conflict. It will be the State responsibility to adjust the focal area of
each actor involved in global action. We must fully integrate PCMV to strategic thinking,
engage them in the preparation phase and include them in the cooperation that must exist
between the many actors involved in achieving the strategic objective. It is the good
coordination between different actors, working through specific actions in the horizon of a
common goal that plays the success or failure of the strategic objective.
It is ultimately the interest that these companies account for the state that establish
their legitimacy. This interest is strategic, economic and political. If the economic benefit is
highly questionable and unreliable, the political and strategic interest is difficult to refute.
The PCMV can be a real tool of foreign policy. If the state can bring together the interests of
business with his, he can reach a common politico-strategic bind with them. They then
promote the freedom of state action by positioning themselves as a tool for informal
diplomacy.
Once you establish this legitimacy, we must give the State and the PCMV the tools to
make the most of their potential so that each player performs to its best interests. This
requires leadership. The supervision of PCMV requires a legal framework, monitoring tools
and several levels of authority.
The various states in connection with PCMV, States of origin, territorial or
contractor, must adapt their legislation so that they can influence the activities of these
companies. It is conceived in a rational framework which gives the State the first place in the
system of authority on PCMV. The State allows a private encroachment on what is
considered its sovereign space, it must be sure that the activity of such a society does not
harm its sovereignty. Legislation must allow it to reassert its sovereignty. By establishing
means to control these companies, the state can protect itself from risks associated with their
use. These means of control must go hand in hand with legislation more consistent because
the more one state controls the PCMV the more their activities may be considered as a

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delegation of public power. Therefore it is important for institutions to always preserve a
right of scrutiny on these companies so that the two lines of interest, national and private, do
not go too. The less the State will have the means to check against the PCMV and the less it
will have freedom of action and influence in the relationship that binds them to another
actor. On the contrary, effective controls would enable him to guard a drift from private
companies that might go against its interests.
However, any private interest lies within its flexibility, adaptability, and its
commercial approach. We must avoid making an outgrowth hybrid of institutional and
private approach. The activity of PCMV would become uninteresting. The use of PCMV by
politics must remain punctual. The situation is different between companies more focused on
safety and training and companies related to outsourcing. Indeed, as regards those providing
security services and training, too much state involvement curb their trade capacity and no
longer interests private sector or other clients seeking some independence from the service
provider. With regard to outsourcing, this use can only be understood through the
establishment of means of control over private companies, in order not to affect the
operational capabilities of forces and create a dependency to the private sector. In both cases,
however, the control must be established according to rules of cooperation, which involves
trust and transparency. It is the responsibility of the state to create a balance between control
of activities and freedom of action, subtle but necessary balance. This will avoid any direct
control of the companies by institutions while maintaining a right to inspect their operations.
This should lead to the creation of an organization that can restructure contracts and ensure
their smooth running, and that also holds an ability to labeling and certification. This
framework can be achieved at several levels, at the state level, at EU and international level.
European countries like France and Italy both have a definite potential to position
themselves on the world market for PCMV, but further steps are necessary for its
implementation. Reflection on the subject in France is becoming more accurate and very
close to an action of politics on the subject. The situation in the European institutions also
seems ready to welcome an initiative allowing PCMV to enter more deeply into the State.
foreign policy. A European country making the step forward and presenting a different
model from the Anglo-Saxons is likely to position itself advantageously on the European
scene, and why not to become leader in the use of PCMV in Europe.

Keywords: Global Action, contracting state, home state, territorial State, Outsourcing,
France, Italy, Private security, private military company, private company of military value.

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Remerciements

Nous remercions particulièrement notre directeur de mémoire, Monsieur Didier


DANET, pour ses conseils et redirections.

Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude au Centro Militare di Studi Stategici
(CeMiSS) et au Centro Alti Studi per la Difesa (CASD) qui nous ont accueilli à Rome.

Nous remercions notre tuteur, le Capitaine MARZULLO, pour son aide et sa


disponibilité.

Nous remercions particulièrement les personnes qui nous ont accordé des entretiens,
notamment Monsieur Gilles SACAZE et le lieutenant-colonel PASQUI.

Nous ne serons oublier notre famille ainsi que Mlle Chloé OUVRELLE pour ses
relectures et son soutien.

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Avertissement

« Les idées et opinions émises dans ce mémoire n’engagent que la responsabilité de son
auteur et ne reflètent en aucun cas celles du directeur de séminaire ou des Ecoles de Saint-Cyr
Coëtquidan. »

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SOMMAIRE

L’ETAT ET LES SOCIETE PRIVEES A INTERET MILITAIRE,


LEGITIMITE ET ENCADREMENT,
IMPLICATIONS FRANCAISE ET ITALIENNES

 PREMIERE PARTIE: Dépasser la question de la légitimité

• CHAPITRE 1: La prolifération des SSP et le débat qu’elles soulèvent.

• CHAPITRE 2: «La privatisation du champs de bataille» comme


paradigme du conflit contemporain.

 DEUXIEME PARTIE: Les relations entre Etats et SPIM

• CHAPITRE 1: Les acteurs de la privatisation de la sécurité

• CHAPITRE 2: Le cadre juridique

• CHAPITRE 3: L’encadrement des SPIM

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Table des abréviations

BAPSC : British Association of Private Security Companies

CBO : Congressional Budget Office

CDEF : Centre de Doctrine d’Emploi des Forces

CICR : Conseil International de la Croix Rouge

DGSE : Direction Générale de la Sécurité Extérieure

DIH : Droit international Humanitaire

DOD : Department of Defense

EMS : Ecole Militaire Supérieure

EPE : Equipe de Protection Embarquée

IPOA : International Peace Operation Association

MONUC : Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo

ONG : Organisation Non Gouvernementale

ONU : Organisation des Nations-Unies

PMC : Private Military Company

PSC : Private Security Company

PSCAI : Private Security Company Association Iraq

ROC : Reconstruction Operation Center

SAS : Special Air Service

SGDSN : Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale

SMP : Société militaire Privée

SPIM : Société Privé à Intérêt Militaire

SPPSMS: Société Privée de Prestation de Services Militaires et de Sécurité

13
SSI : Société de Sécurité Internationale

SSMP : Société de Sécurité Militaire Privée

SSP : Société de Sécurité Privée

UE : Union Européenne

14
«…Le commerce ne peut pas exister sans la guerre, pas
plus que la guerre sans le commerce.»

Jan Coen, Directeur de la Compagnie de Indes néerlandaises en 1641

15
Introduction

« Yves Madelin, dans le Casoar, appelle les jeunes officiers à étudier profondément
les conséquences de cette évolution irrémédiable. Les formes modernes de conflits
protéiformes aux situations fréquentes de « ni guerre, ni paix » ont fait renaître les tentations
d’externalisation du métier des armes ».1

Si cet appel a déjà été pris en considération par des sous-lieutenants de Saint-Cyr, le
sujet qu’il aborde demeure en constante évolution et tous ses aspects n’ont pas encore été
abordés. Nous entendons cet appel et nous nous proposons d’en réaffirmer l’actualité. Cette «
évolution irrémédiable » n’est pas venue à son terme mais elle a mené les conflits
contemporains à connaître une mutation importante, il s’agit de la privatisation de la
conflictualité. Nous nous attarderons dans cette introduction à déterminer les caractéristiques
de ce sujet afin d’en extraire une approche originale. Alors, quel est ce sujet? Pourquoi
l’étudier? Sur quoi s’appuyer? Et comment l’aborder aujourd’hui?

La privatisation des conflits est un double phénomène qui voit d’une part l’apparition
d’acteurs non-étatiques qui participent au conflit et d’autre part la défense d’intérêt privé par
les acteurs étatiques. La privatisation peut relever d’un processus idéologique qui s’appui sur
un processus technique, l’externalisation. L’externalisation est un processus qui mène des
fonctions auparavant étatiques à être assurées par des acteurs civils et non-étatiques par le
biais d’une contractualisation. C’est en cela que l’Etat peut recourir au secteur privé dans les
conflits. La privatisation décrit également l’émergence d’acteurs non étatiques dans les zones
de conflits. Ces acteurs peuvent être des entreprises de reconstruction, des prestataires de
services, des ONG ou des entreprises qui assurent la sécurité de ces différents acteurs.
Lorsque l’on s’intéresse à la mise en œuvre de la violence, « le métier des armes », il y a donc
deux phénomènes de privatisation qui y sont liés, l’externalisation et la privatisation de la
sécurité. Ce lien à la mise en œuvre de la violence pourra être autant direct qu’indirect. Nous
appellerons les sociétés qui peuvent proposer des services occupant une partie du spectre
allant de l’externalisation à la sécurité privée et agissant dans des zones de conflits, les
sociétés privées à intérêt militaire (SPIM). Le Livre Blanc sur la défense nationale définit
ainsi ces nouveaux acteurs : « un organisme civil, privé, impliqué dans le cadre d’opérations

1
CBA Poisbeau, Les sociétés militaires privées : Forces supplétives à laisser dans la seule main d’Adam
Smith?, Armée de Terre, France.

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militaires, dans la fourniture d’aide, de conseil et d’appui militaire, et offrant des prestations
traditionnellement assurées par les forces armées nationales. »2. Le Livre Blanc expose bien le
changement dans le visage de la guerre et l’émergence de nouveaux acteurs. Parmi ces
acteurs, les SPIM sont certainement l’un de ceux dont l’activité a les implications les plus
importantes, comme par exemple l’abandon du monopole étatique de la violence physique
légitime.

Ces sociétés seront au centre de notre étude. Elles occupent une place grandissante
dans l’architecture militaire et de sécurité mondiale. Il nous faudra entamer notre étude par
l’explication du phénomène qu’elles représentent. Il nous faudra également déterminer ce que
sont véritablement ces sociétés. Il y a un travail lexical et sémantique à effectuer sur la
dénomination de ces sociétés. Ceci n’est aucunement une question annexe, et on peut même
affirmer, comme on le verra plus tard, que cette question est au cœur du débat les concernant.
Dans ce phénomène de la privatisation, notre travail se concentrera plus particulièrement sur
les sociétés portant les armes ou se rapprochant du domaine militaire. Nous laisserons de côté
les sociétés plus proches des fournisseurs de services qui n’intéressent pas en particulier le
domaine militaire. Il s’agira dans notre travail de continuellement éviter de faire l’amalgame
entre toutes ces sociétés. Outre un problème de lexique, on verra en quoi les SPIM ne
représentent pas un problème militaire à proprement parler, mais que ce sujet est d’abord de
nature politique et juridique. En effet, les SPIM sont étroitement liées à la destinée des Etats
et de leur activité découle des implications nationales comme internationales. Les SPIM les
plus importantes n’existent pas indépendamment de leur relation à l’Etat. Ainsi, aux Etats-
Unis, 95% des contrats signés avec l’industrie de la sécurité privée le sont avec l’Etat et 60%
du personnel du Pentagone présent en Afghanistan est issu d’un recrutement contractuel.
Ainsi une de nos premières hypothèses sera que le phénomène des SPIM, malgré la vocation
mercantile de ces sociétés, ne peut se comprendre que dans sa relation à l’Etat.

Pourquoi étudier ce sujet? L’étude des SPIM répond de multiples enjeux. Dans ce
domaine, deux mondes s’opposent. Il y a d’une part des sociétés anglo-saxonnes qui ont
connu un développement considérable et qui monopolisent tout le secteur, et d’autre part des
sociétés européennes (en excluant le Royaume Uni) qui n’ont pas connu un tel
développement et qui peinent à se positionner sur le marché mondial. Si cela ressort peut-être
d’une volonté des entrepreneurs européens de faire différemment, on ne peut manquer de

2
Défense et sécurité nationale, le Livre Blanc, Collectif, juin 2008

17
noter un retard flagrant dans ce domaine. Approfondir l’étude des SPIM c’est alors déjà
œuvrer pour une plus grande visibilité de ces sociétés sur la scène internationale. Dans un
deuxième temps, ce sont les Etats européens qui sont à la traine en matière de recours au
secteur privé. Donner une voix européenne sur ce sujet c’est déjà s’y impliquer et pourquoi
pas entamer la construction d’un modèle européen. S’il ne s’agit pas de copier le modèle
anglo-saxon, étudier les SPIM devrait permettre une meilleure vue des possibilités que
peuvent offrir ces entreprises. Il s’agit alors de donner à l’Etat les moyens d’avoir recours le
mieux possible au secteur privé. Si l’on a pu dire que l’utilisation de SPIM était un procédé
de démission de l’Etat, il s’agira pour nous de démontrer qu’elle peut également être un
moyen de démultiplier sa liberté d’action. Notre seconde hypothèse sera alors que les SPIM
représentent un vecteur stratégique pour l’Etat.

Sur quoi s’appuyer pour étudier ce sujet? Nous allons d’abord nous appuyer sur deux
cas particulier, la France et l’Italie. Pourquoi choisir ces objets d’études? La France et l’Italie
sont deux Etats d’Europe qui sont dans la situation décrite plus haut. Bien que des SPIM
soient enregistrées dans leur pays, ces dernières n’ont pas pris l’ampleur des sociétés anglo-
saxonnes et ces deux Etats n’ont pas recours à ces sociétés comme on peut le voir ailleurs. Il
s’agira d’interroger cette situation et d’en tirer les conséquences stratégiques, politiques et
juridiques. La France et l’Italie ont des armées importantes qui sont engagées sur certains
théâtres qui privilégient le rapport avec les SPIM, Afghanistan ou Irak. Les conflits en
Afghanistan et en Irak ont en effet été les deux grands théâtres d’opération des SPIM.
Pourtant, la France et l’Italie sont absentes du marché mondial de la sécurité privée. Ces deux
pays ont dans leur histoire une certaine tradition d’utilisation du mercenariat, des condottieri
italien au « corsaire de la République » Bob Denard. Ils restent cependant très discrets dans le
domaine des SPIM. Les journalistes et les chercheurs français ont réalisé de nombreuses
études sur ce thème et sur ses implications en France. La situation est différente en Italie, où
l’étude de la privatisation n’a pour l’instant pas dépassé le cadre du modèle anglo-saxon.
Nous chercherons à déterminer les conséquences d’un tel positionnement. Notre étude elle-
même ne pourra passer outre des références ponctuelles à ce modèle anglo-saxon, qui
demeure le plus abouti. Nous le prendront comme un modèle plus ou moins homogène en
tant qu’outil dans notre analyse. En référence à ce modèle nous posons comme troisième
hypothèse la possibilité de la création d’un modèle européen de recours aux SPIM.

18
Notre étude s’appuiera sur des textes référence et des entretiens. Nous nous
appuierons en particulier sur Le Document de Montreux,3 le Rapport sur les entreprises
militaires et de sécurité privées et sur l’érosion du recours à la force de la Commission de
Venise4 et sur le Droit International Humanitaire de Genève5. Nos entretiens donneront la
parole à des chefs d’entreprise français et à des militaires italiens.

A la question de savoir pourquoi et comment interroger le sujet des SPIM


aujourd’hui, nous avons soumis trois hypothèses:
• Malgré la vocation mercantile de ces sociétés, le phénomène des SPIM ne peut se
comprendre que dans sa relation à l’Etat.
• Les SPIM représentent un vecteur stratégique pour l’Etat.
• La possibilité de la création d’un modèle européen de recours aux SPIM.

Ces trois hypothèses nous ramènent à une question, comment accompagner le


développement des SPIM pour qu’elles servent au mieux les intérêts de leurs pays
respectifs tout en réalisant leurs propres objectifs? Nous répondrons à cette question par
deux moments qui structurent notre travail.
Tout d’abord nous démontrerons l’émergence d’une nouvelle légitimité des SPIM.
Cela nous mènera à interroger le phénomène qu’elles représentent puis la manière dont elles
s’intègrent à la stratégie générale d’un Etat.
Ensuite, nous aborderons la relation qui existe entre SPIM et Etat. Il nous faudra alors
exposer l’implication des différents acteurs qui y tienne un rôle puis l’encadrement que l’Etat
peut leur donner.

3
MONTREUX DOCUMENT ON PERTINENT INTERNATIONAL LEGAL OBLIGATIONS AND GOOD
PRACTICES FOR STATES RELATED TO OPERATIONS OF PRIVATE MILITARY AND SECURITY
COMPANIES DURING ARMED CONFLICT, Croix Rouge, Montreux, 17 September 2008
4
M.Iain Cameron (membre suède), RAPPORT Sur les entreprises militaires et de sécurité privées et sur
l’érosion du monopole étatique du recours à la force, Commission de Venise, 79e session plénière, 12 et 13 juin
2009, Venise.
5
Définition du mercenariat du Protocole Additionnel aux conventions de Genève, article 47

19
PREMIERE PARTIE

Dépasser la question de la légitimité.

« A partir de maintenant, ces gens ne seront plus appelés mercenaires. La


sentence a confirmé qu’il manquait un profil pénal pour les inculpés et que leur
conduite était absolument légitime et légale »6

• CHAPITRE 1: La prolifération des SSP et le débat qu’elles soulèvent.

• CHAPITRE 2: «La privatisation du champs de bataille» comme


paradigme du conflit contemporain.

6
Le juge Antonello Patanè à la cour d’assise de Bari, le dernier jour du procès de Salvatore Stefio, le 16 juillet
2010: “ L’unico dato positivo di questo processo - ha aggiunto - è che, d’ora in poi, queste persone non
potranno più essere chiamate mercenari. La sentenza ha confermato che mancava qualunque profilo penale
nelle condotte dei due imputati. Condotte assolutamente legittime e lecite che nulla avevano a che vedere con la
militanza”

20
CHAPITRE 1
La prolifération des SSP et le débat qu’elles soulèvent.

• SECTION 1: SSP, SMP, SSMP, SPIM?

• SECTION 2: La controverse générée par les SSPs.

21
SECTION 1: SSP, SMP, SSMP, SPIM?

A. Le phénomène SMP.

1. La naissance des SMP

Bien que l’activité privée de la guerre remonte à l’antiquité, les sociétés militaires
privées au sens où on l’entend aujourd’hui ne prennent pieds qu’à la fin du XXème siècle. Il
est admis de façon générale que c’est la fin de la guerre froide et l’émergence d’une multitude
de conflits de faible intensité7 qui est à l’origine de cette nouvelle forme de société de
services.

« La [fin de la] Guerre Froide a laissé un vide béant et j’ai vu qu’une niche venait de se
créer sur le marché [de la guerre] ».

Eben Barlow, fondateur d’Executive Outcomes, 20028

On a pu voir dans les années 90 le développement des grandes firmes et une


consolidation du marché de la sécurité. La démobilisation dans les armées de part le monde a
donné une main d’œuvre qualifiée facile à recruter et la réduction des effectifs a pousser les
Etats à externaliser certaines tâches autrefois réservées aux militaires. Le déploiement des
forces en projection a également contribué à cette nécessité de la privatisation. Les SMP
naissent pour soutenir l’effort des armées nationales en leur proposant des services
logistiques et de soutien.

La naissance des SMP a également était favorisée par un autre phénomène post guerre
froide, le développement accéléré de compagnies multinationales dans des zones réputées
instables. Ces zones à risques se sont aussi vues multipliées durant cette période ce qui a
augmenté la demande en service de sécurité. L’accès aux ressources naturelles pour les
grands groupes s’est vu ouvert dans de nombreux pays qui refusaient autrefois la présence
occidentale. Ces sociétés ont été accompagnées de SMP grandissante pour leur fournir les
conditions nécessaires à leur essor. On a notamment pu observer cela sur le continent
africain. Les SMP originellement prévues pour combler les besoins en soutien des armées

7
Chute de l’URSS, Guerre du Koweït, Guerres de Yougoslavie, Génocide du Rwanda, Guerres civiles au
Libéria et au Sierra Leone.
8
Singer Peter Warren, Corporate Warriors, Cornell University, 2003.

22
régulières dont la taille s’était réduite s’inscrivent ainsi sur le marché privé et ont accès à une
nouvelle clientèle. Les SMP passent ainsi du service d’un intérêt national à celui d’un intérêt
privé9. Un autre saut sera fait par la suite, un retour au service d’une cause national s’opère
mais cette fois ci c’est envers un Etat tiers, c’est à dire différend de celui dans lequel la SMP
est enregistrée.

Les années 90 ont ainsi pu voir naître les SMP, avec des clients aussi divers que des
gouvernements, des acteurs privés, des organisations internationales, des organisations non-
gouvernementales ou des sociétés privées. L’Afrique et les Balkans ont été au cœur de cette
montée en puissance des SMPs. Que se soit dans le soutien à l’armée nationale d’un petit
pays et à sa formation10, à la protection de sites des nations unies11 ou à la dépollution de
zones de conflit au profit d’une ONG12, les SMP se sont révélées être de toutes les zones de
conflit. Un enthousiasme certain accompagne les premières réussites des SMP dans le monde
anglo-saxon. L’Europe continentale, à part quelques rares exceptions n’a pas profité de la
décennie 90 pour se placer sur le marché de la sécurité privée. On verra par la suite les
conséquences de ce positionnement13.

2. La montée en puissance des SMP

« De véritables entreprises de guerre, souvent d’origine anglo-saxonne, ont, sur ce terreau,


pu apparaitre et fructifier. (…) Il est à noter, d’ailleurs, qu’il ne s’agit plus de mercenariat
traditionnel, individuel, mais de véritables entreprises commerciales, d’autant plus
redoutables qu’elles disposent de moyens importants »14
Michèle Alliot-Marie, Ministre de la Défense Nationale, 2003

Le phénomène SMP s’établit dans un cadre anglo-saxon. Lorsque l’on fait référence
aux SMP, c’est d’abord aux sociétés américaines et britanniques et dans une seconde mesure
aux sociétés sud-africaines, israéliennes ou australiennes15. Les années 2000 ont vu le marché
de la sécurité privée exploser au point qu’en 2007 on pouvait comptait en Irak 50000
hommes travaillant pour le compte de 180 sociétés militaires privées différentes. Aujourd’hui

9
Voir 2ème Partie, Chap.1, Section 2, A
10
Croatie, Gabon, Mauritanie
11
Tchad
12
Liban, Kosovo
13
1er Partie, Chap. 2, Sect. 2, A. 2
14
Propos rapportés lors de l’élaboration de la loi du 14 avril 2003 condamnant le mercenariat.
15
Voir annexe liste SMP

23
le chiffre d’affaire annuel du secteur de la sécurité militaire privée est estimé à plus de 2
milliards de dollars. Comment ce secteur en est-il arrivé à une telle ampleur?

La rapidité de la croissance du secteur de la sécurité privée dans le monde anglo-


saxon est en grande partie du à une attitude libéral dans le domaine des fonctions
gouvernementales. Ainsi, il n’y avait pas de blocage idéologique lorsque la question de
l’externalisation de tâches généralement réservés à la défense s’est posée. C’est une stratégie
générale du gouvernement qui se met en place et qui permet de libérer des forces et des
capitaux pour favoriser une projection importante. On a pu voir pendant la décennie 2000 les
SMP devenir incontournables pour permettre la projection des forces et les Etats Unis ne
peuvent plus concevoir un conflit sans faire appel à leur service. Dans chaque étape d’un
conflit contemporain, les SMP sont présentes. De la montée en puissance à la reconstruction,
que ce soit de la formation des soldats jusqu’à la reconstruction des zones de combat en
passant par la logistique ou la protection des sites, à l’étranger comme sur le territoire
national, on fait appel à leurs savoirs faire. Ces sociétés sont tellement indispensables et
tellement présentes auprès des forces nationales qu’elles finissent bien souvent par aller
jusqu’à participer directement au combat, ce qui est à l’origine de tout le débat qui les
entoure. Les Etats-Unis ont forgé une véritable dépendance à l’égard de ces sociétés et les
opérations menées en Irak et en Afghanistan n’aurait pas été possible sans elles. Les SMP
font aujourd’hui entièrement parti de la stratégie générale américaine, elles occupent une part
entière dans la doctrine, surtout en ce qui concerne la phase de stabilisation des conflits.

B. Un flou lexical.

1. Une profusion de sigles

Le discours sur le recours à l’externalisation dans le domaine de la défense est marqué


par un flou lexical. La prolifération de sociétés proposant des services de sécurité et touchant
au domaine militaire est allée de paire avec une prolifération des termes les désignant. On se
retrouve avec une foule d’acronymes qui alourdissent la réflexion.

Ce manque de précision lexicale vient comme souvent du fait que l’on cherche à
plaquer une définition simple sur une réalité complexe. En effet, les sociétés qui font l’objet
de notre étude répondent à un panel de demandes très variées et de manières très diverses.

24
Une opération militaire et la sécurité d’un site industriel n’ont rien à voir. Trouver leur
dénominateur commun n’est pas chose facile comme le montre la profusion de sigles qui se
rapportent à elles. On parle généralement de sociétés militaires privées (SMP), de sociétés de
sécurité privées (SSP), de Société Privée de Prestation de Services Militaires et de Sécurité
(SPPSMS, appellation retenue par l’ONU) ou de sociétés de sécurité militaire privées
(SSMP). Le terme anglo-saxon de private military company (PMC) est le plus couramment
employé mais il n’exclut pas l’emploi de private security company (PSC). Il en va de même
pour la dénomination des employés de ces sociétés où les termes de contractor, d’agent ou de
partenaire, utilisés par ces sociétés elle mêmes, est remplacé par celui de mercenaire chez leur
détracteurs. Pour GH Bricet des Vallons, « Parler de « société militaire privée » ou d’«
entreprise militaire et de sécurité privée » est une erreur de tactique. Ce terme est à la fois
très vague et très précis. Vague parce qu’il englobe toute une série d’activités et de
prestations très disparates dans leur nature : transport, maintien en condition opérationnelle,
soutien aux opérations, formation, protection rapprochée, etc. Très précis, parce qu’il ne
s’applique qu’à des entreprises capables de mener de façon autonome ou semi-autonome des
opérations militaires clés-en-main pour le compte d’un Etat. »16 GH Bricet des Vallons
préconise de se séparer de l’attribut “militaire” de l’appellation et propose l’expression
société de sécurité internationale (SSI). Cette expression, selon nous, ne rend pas compte de
façon plus précise de la réalité du domaine de la privatisation. En effet, si aucune appellation
ne semble adéquate, c’est que la plupart de ces sociétés proposent des services qui couvrent
un très large spectre, de l’externalisation par l’Etat de fonctions militaires à la sécurité des
opérateurs économiques. C’est, pour Bruno Delamotte, PDG de Risk&Co, l’une des
principales entreprises françaises de sécurité, « Le fait que ces deux extrémités du spectre
soient présentées sous la même dénomination de SMP » qui « brouille le message »17. Pour
Delamotte il existe bien deux réalités séparées dans le phénomène de la privatisation et les
recouvrir d’une même dénomination nuit selon lui à la réflexion. Il y a bien d’un coté
l’externalisation et de l’autre la sureté des industriels. Le problème est que la plupart de ces
entreprises travaillent dans des domaines qui intéressent des secteurs de ce spectre très
différents, et qu’elles constituent une certaine réalité, qui, bien qu’elle est loin d’être
homogène, d’un regard extérieur forme un tout identifiable qu’il faut chercher à qualifier par
une appellation.

16
GH Bricet des Vallons s’exprime le 16/10/2010 sur le site du journaliste Jean-Dominique Merchet,
www.secretdefense.com.
17
Bruno Delamotte s’exprime le sur le site du journaliste Jean-Dominique Merchet, www.secretdefense.com.

25
Ce flou lexical est représentatif d’une réalité complexe, il est vrai, mais il s’explique
également par la nature délicate de certains services proposés et de sensibilités variées.
Certaines sociétés se revendiquent de l’appellation SMP18 alors que d’autres proposant des
services tout à fait similaires se défendent de cette appellation et préfèrent celle de SSP19. Il
en va de même chez leurs employés. Alors que sur internet d’anciens employés exhibent
fièrement un passé de mercenaire, d’autres militent pour une valorisation de leur statut et une
dignité passant par une nouvelle dénomination de leur activité.

Outre la diversité de leur activité et de leur sensibilité, ce flou lexical traduit surtout
un vide juridique, le manque d’une dénomination par la loi. (Ce sera bien cela que notre
travail cherchera à interroger20). Trouver une dénomination commune est la première étape
qui permettra de combler ce vide et de progresser dans la voie qui nous intéresse. Le monde
anglo-saxon est celui qui est le plus habité par le phénomène de la privatisation mais aussi
celui qui en est le plus conscient. L’utilisation de l’expression PMC y est répandue
indistinctement. De même, en Italie, l’expression « Compagnie Militare Private » (CMP), qui
est la traduction de l’expression anglo-saxonne, est utilisée pour décrire ces sociétés.
Seulement, cette expression est particulièrement connotée et fait peur à l’opinion comme aux
politiques. Qui plus est, elle ne rend pas compte d’une grande partie de ce que l’on peut
rencontrer dans la région qui fait l’objet de notre analyse, l’Europe continentale.

Il faut donc faire un autre choix. L’expression la plus aboutie, c’est à dire celle qui
accepte le mieux la diversité de ces sociétés tout en exprimant une même réalité, est selon
nous «société privée à intérêt militaire» (SPIM). C’est le terme retenu par l’enseignement
militaire supérieur français en Avril 201021. Nous utiliserons ce terme tout au long de notre
devoir pour nous référer à la réalité de la privatisation de la défense, cela autant pour des
raisons pratiques de rédaction que pour nous rapprocher du discours institutionnel et ainsi
coller au plus près avec notre objectif. Il nous faudra cependant spécifier lorsque nous nous
référons à un aspect du phénomène qui ne touche qu’une partie de ces entreprises ou lorsque
nous nous référons à un domaine particulier d’intervention de ces entreprises.

18
entretien Pierre Marzialli, PDG de Secopex
19
Voir entretien avec Gilles Sacaze, PDG de Gallice
20
Voir Partie 2, Chap.2.
21
NOUVEAUX ENGAGEMENTS ET PRIVATISATION : JUSQU’OÙ ALLER ?, Cahiers de l’EMS, EMS,
Paris, Avril 2010

26
2. Les SPIM

Il nous faut dès à présent définir ce que nous allons désigner par l’appellation SPIM.
Les sociétés privées à intérêt militaire sont des sociétés proposant des services dans le
domaine de la sécurité et de la défense. Elles peuvent avoir comme clients des
gouvernements, des entreprises, des organisations internationales ou des ONG. Elles peuvent
proposer des services variés qui se rapportent au domaine de la défense, qui comportent donc
un intérêt militaire:

• La formation: Il s’agit de transmettre des compétences techniques sur un large panel


de spécialisations allant de l’agent de sécurité au pilote de chasse.

• Le déminage: Ce service est généralement proposé aux ONG dans des situations post
conflictuelles mais il peut également s’appliquer à des Etats dans le traitement de
stocks de munitions.

• Le soutien: Cette activité tend à remplacer les unités généralement dévolues aux
tâches de logistique, il peut s’agir de maintenance du matériel, d’assistance médicale,
de transport.

• Le conseil: Les SPIM proposent les conseils de spécialistes, souvent sous forme
d’audit, dans les domaines de l’intelligence économique, de la sécurité des biens et
des personnes ou dans le management des forces.

• La protection: Service le plus visible que proposent les SPIM, la protection peut
s’appliquer aux personnes, aux infrastructures, aux convois.

• le renseignement: C’est le domaine le plus sensible auquel touchent les SPIM, il peut
être d’ordre électronique ou humain, collecte et traitement de l’information.

Plusieurs classifications des SPIM ont été proposées à partir des différents services
que ces sociétés peuvent proposer. Nous en retiendrons deux, celle de Peter Singer22 et celle
de Georges-Henry Bricet des Vallons23.

22
Peter Singer, Corporate Warriors, the rise of the privatized military industry, New York, Cornell University

27
Singer classifie les SPIM selon leur rapprochement du champ de bataille, ainsi des
plus éloignées aux plus proches, il distingue

-Les sociétés de soutien, qui proposent des services logistiques, transport, ravitaillement,
soutien technique. La majorité des contrats d’externalisation concernent ces sociétés.
-Les sociétés de conseil, qui proposent des analyses et de la formation
-Les sociétés « fournisseurs », qui sont chargées de missions pouvant impliquer des combats.

GH Bricet des Vallons distingue quant à lui 4 catégories

-Les sociétés « combattantes » qui mènent des opérations offensives comme Sandline et
Executive Outcomes.
-Les sociétés de « soutien », qui assistent les forces en matière de renseignement, de
déminage ou de sureté.
-Les sociétés de « consultance », qui proposent des services de conseils
-Les sociétés de « logistique », qui ne portent généralement pas les armes et qui ne
conduisent pas de missions de sécurité.

SECTION 2: La controverse générée par les SPIM.

« En temps de paix, le mercenaire se dérobe ; en temps de guerre il déserte. ».


Nicolas Machiavel, Le prince.

A. La perte de l’espace régalien de l’Etat

« Cette question est traditionnellement posée, quand, une fois toutes les critiques classiques
balayées, l’opposant à la privatisation de la sécurité à court d’arguments se retranche
derrière un Etat idéalisé et sublimé pour récuser un retour en arrière ou une évolution qu’il
réprouve.24 »

Press, 2003, 360 p.


23
Georges-Henry Bricet des Vallons, Irak terre mercenaire, les armées privées remplacent les troupes
américaines, Favre, Lausanne, 2009, p.88
24
Jean-Jacques Roche, «La privatisation de la sécurité porte-t-elle atteinte aux pouvoirs régaliens de l’Etat», in
Des gardes suisses à Blackwater, IRSEM, numéro 2, volume 1, mai 2010.

28
1. Le monopole de la violence légitime

« Sans être wébérien, je suis favorable à ce que le monopole de la violence légitime demeure
entre les mains de l’Etat. »
Bruno Delamotte, PDG de Risk&CO25

Un des arguments principaux avancé à l’encontre des SPIM est la


déresponsabilisation de l’Etat face à l’utilisation de la violence. Ce qui est un non-problème
dans le monde anglo-saxons, habitué à externaliser des fonctions gouvernementales,
représente le centre du débat sur l’utilisation ou non par l’Etat de SPIM en Europe
continentale. Selon la tradition régalienne, l’utilisation des SPIM mènerait l’Etat à se
dédouaner de l’une de ses principales responsabilités, l’utilisation de la force légitime à
l’extérieur comme à l’intérieur.

Ceci est perçu comme une dérive dangereuse par de nombreux participants au débat26.
En effet, permettre à ces sociétés de s’accaparer une violence légitime affaiblit le pouvoir de
l’Etat et sa prévalence. Cet argument concerne une très petite partie des SPIM et de leurs
capacités. S’il est du ressort de l’Etat de garantir la protection des biens et des personnes, cela
passe par des activités très variées, à l’extérieur comme à l’intérieur, qui ne se rapportent pas
directement à la mise en œuvre de la violence, même si elles contribuent à la rendre possible.
Les activités de logistiques ou de renseignement ne nécessitent pas forcément l’utilisation de
violence. Elles peuvent cependant prendre un caractère militaire et être effectuées par des
SPIM.

A partir de quel stade peut-on affirmer que les SPIM empiètent sur l’espace régalien
de l’Etat? La légitime défense est à placer de quel côté de la frontière? Ce sont des questions
qui se posent encore une fois semble t-il à cause du vide juridique qui entoure les SPIM. Le
renseignement est un exemple intéressant. En effet, il s’inscrit dans un cadre très secret où les
intérêts nationaux sont en compétition et qui est très souvent en relation avec les hautes
sphères du gouvernement. Il devient très difficile de privatiser cette fonction, et pourtant les

25
Bruno Delamotte s’exprime le sur le site du journaliste Jean-Dominique Merchet, www.secretdefense.com.
26
Renou Xavier (ouvrage collectif sous la direction de), La privatisation de la violence. Mercenaires et sociétés
militaires privées au service du marché, Dossiers Noirs, Agone,
Marseille, 2005.
Chapleau Philippe, Sociétés militaires privées, enquête sur les soldats sans armées. L’art de la guerre. Editions
du Rocher, Monaco, 2005

29
SPIM ont beaucoup de solutions à proposer dans ce domaine. Pour préserver l’espace
régalien, l’Etat, en l’absence de politique générale à ce sujet, va exprimer un choix politique
ponctuel et laisser une société s’emparer momentanément des fonctions qui lui sont
réservées. Plus ce fait sera répété fréquemment et plus l’Etat glissera vers un abandon de son
monopole de la violence légitime.

2. Une conception stratocentrée

L’idée selon laquelle l’Etat conserve le monopole de la violence légitime est basée sur
un stratocentrisme très français. Elle est issue d’un système où les relations internationales ne
sont vécues qu’à travers un seul acteur, l’Etat. Elle relève donc du réalisme classique27. Or il
apparait évident que compte tenu de l’objet de notre étude cette conception est très restrictive.
Nous ne pouvons pas ignorer la multiplication des acteurs internationaux. Les SPIM sont en
lien étroit avec de nombreux acteurs qui dépassent le cadre de l’Etat. Comment comprendre
alors la place que les SPIM prennent sur le plan des relations internationales? Est-il possible
de penser ces sociétés dans une totale indépendance à l’Etat? Il s’agit là d’une posture qui
nécessite un choix. Bien que les acteurs soient multiples sur la scène internationale et que
l’Etat a perdu de sa prévalence historique, la suite de notre étude montrera comment les SPIM
ne peuvent être questionnées sans référence à lui.

Nous partons donc d’un cadre de réflexion qui donne à l’Etat la première place
dans le système d’autorités relatif aux SPIM, mais nous n’oublions pas que ce dernier
s’inscrit dans un contexte international où les acteurs sont multiples. Il s’agira pour nous
de dépasser un certain stratocentrisme tout en préservant le lien particulier qui existe entre un
Etat et une SPIM. Le problème de l’atteinte portée aux pouvoirs régalien de l’Etat par les
SPIM est dépassé par la posture que nous adoptons. Ce problème était fondé sur une
conception de l’Etat qui ne se conforme plus à la réalité. Les pouvoirs de l’Etat évoluent en
permanence et ses pouvoirs régaliens n’y échappent pas. La souveraineté absolue de l’Etat
n’existe plus. Elle n’a peut-être d’ailleurs jamais existé. Selon le sociologue Charles Tilly28,
les acteurs non étatiques ont toujours joué un rôle central dans la construction politique de
l’Etat. L’armée citoyenne est une exception.

27
Alex Macleod, Relations internationales, théories et concepts, Montréal, Athéna, 2004
28
Tilly Charles, Contrainte et capital dans la formation de l'Europe, 990-1990, Paris, Aubier, 1992.

30
Les pouvoirs régaliens de l’Etat ne sont pas figés et immuables. Ce qui était considéré
comme les cinq piliers de la puissance publique, monnaie, justice, police, sécurité intérieure
et défense extérieure, en est un bon exemple. C’est ce qu’explique Jean-Jacques Roche,
Directeur de l’Institut Supérieur de l’Armement et de la Défense29. Dans ces cinq domaines
l’Etat recule dans sa primauté. Il ne s’agit pas de s’en alarmer mais d’en prendre conscience
et d’agir en conséquence. La construction européenne a pour une bonne part ôté le pouvoir
d’autodétermination de l’Etat, en particulier dans ces domaines. Les pouvoirs de l’Etat, ainsi,
ne sont pas figés, mais ils cohabitent avec des structures mouvantes et subissent des
influences extérieures. Les SPIM contribuent à la privatisation des personnes et des biens, qui
était autrefois l’attribut de l’Etat, de la même façon que les ONG rognent sur ses prérogatives
diplomatiques. La souveraineté de l’Etat s’adapte au contexte international afin de demeurer
au centre des échanges et de conserver sa place d’acteur central. Cependant dans cette
évolution nécessaire il doit se séparer de certaines postures. Ainsi, l’Etat peut rendre légitime
l’utilisation de la violence par des sociétés privées tout en conservant sa souveraineté. Nous
verrons par la suite comme cela s’organise, ce qui nous permettra même d’évaluer
comment l’Etat parvient à réaffirmer sa souveraineté en permettant à des SPIM de
s’approprier une part de ce qui était considéré comme son espace régalien.30

B. Les SPIM face à l’opinion publique.

« Les décisions politiques oscillent aujourd’hui entre intérêts et contraintes dans un


rapport de force qui doit tenir compte de l’influence de l’opinion publique et d’une certaine
forme de pensée collective »31.

Le décideur politique est constamment confronté à l’opinion publique. Elle a fini par
devenir, par le relais des médias, le dernier rempart face à certaines dérives. Or, on a put voir
l’opinion publique s’offusquer face à la montée en puissance des SPIM. Quelle influence
l’opinion publique a-t-elle sur le phénomène SPIM? Comment le décideur politique doit-il
réagir? Quelle attitude les SPIM peuvent-elles adopter face à ce problème?

29
Jean-Jacques Roche, «La privatisation de la sécurité porte-t-elle atteinte aux pouvoirs régaliens de l’Etat», in
Des gardes suisses à Blackwater, IRSEM, numéro 2, volume 1, mai 2010.
30
1er Partie, Chap.2, Section 2, B.3.
31
NOUVEAUX ENGAGEMENTS ET PRIVATISATION : JUSQU’OÙ ALLER ?, Cahiers de l’EMS, EMS,
Paris, Avril 2010

31
1. Les SPIM vues par les médias

Un site internet américain32 déploie une page consacrée à la liste de tous les articles
parus dans la presse mondiale depuis 1999 sur le thème des SPIM. En suivant la liste des
titres, on peut être frappé par la récurrence de certains thèmes. Il se trouve que la privatisation
est systématiquement associée à «mercenaires», «guerre civile» ou «meurtre». Cette
récurrence est représentative de l’idée que l’opinion médiatique se fait des SPIM. Ces
critiques à l’égard du phénomène SPIM ne sont évidemment pas gratuites, de nombreux
incidents ont eu lieu impliquant la responsabilité de SPIM. On peut bien sûr citer ici la firme
Blackwater (Xe aujourd’hui), qui a concentré toute l’attention des détracteurs de la
privatisation de la défense. Il est vrai que ces sociétés ont commis des bavures et que certains
de leurs agissements méritaient des poursuites judiciaires qui n’ont jamais pu être possible.
Cela étant, il est important de se rappeler que «si les succès sont souvent discret, les échecs
peuvent être retentissants»33.

En Italie, le phénomène des SPIM a attiré l’attention des médias avec ce qu’on
appelle « le cas Quattrochi ». Fabrizio Quattrochi était un contractor italien travaillant pour la
Presidium Corporation en Irak. La Presidium Corporation est une société de sécurité privée
italienne qui offre des services de gardiennage, de gardes du corps, de conseil et de formation
dans des zones de conflits. Son adresse en Italie ne correspond qu’à un regroupement de
containers à Olbia, en Sardaigne34, et ils demeurent injoignables depuis que le scandale à
éclaté dans la presse. Ils poursuivent pourtant leurs activités en Irak. Quattrochi était employé
en Irak comme formateur et comme garde du corps. Il est pris en otage le 13 Avril 2004 à
Bagdad avec 3 autres collègues par un groupe islamiste. Les ravisseurs lancent un ultimatum
à l’Italie, le retrait des troupes d’Irak contre la libération des quatre italiens. Le marché est
refusé par le gouvernement. Tous seront libérés sauf Quattrochi qui est exécuté par ses
ravisseurs. Un film de l’exécution est réalisé puis diffusé sur la chaine télévisé Al-Jazira. La
vidéo sera reprise par les télévisions italiennes, la RAI et TG1. La vidéo nous montre un
homme encagoulé, les mains liées, qui demande en italien le droit d’être à visage découvert et
de se relever. On peut également l’entendre prononcer cette phrase : « maintenant je vais
vous montrer comment meure un italien »35. La mort de Quattrochi créera une émotion très

32
www.privatemilitary.org
33
NOUVEAUX ENGAGEMENTS ET PRIVATISATION : JUSQU’OÙ ALLER ?, Cahiers de l’EMS, EMS,
Paris, Avril 2010
34
http://www.edilportale.com/aziende/presidium-international-corporation_19271.html
35
“Adesso vi faccio vedere come muore un italiano”

32
vive en Italie et occupera la scène médiatique pendant plusieurs semaines. Il se verra décerné
à titre posthume la médaille d’or de la valeur civile, pour son héroïsme et son patriotisme :
« Victime d’un acte de terrorisme brutal à l’encontre de l’Italie, avec un courage exceptionnel
et un amour exemplaire du pays, a affronté l’exécution barbare, en prônant le prestige et
l’honneur de son pays » Cette attribution causera à nouveau un engouement des médias, les
familles de militaires italiens décédés en opération se considérant lésés par ce geste36. Cet
exemple illustre deux comportements intéressants que l’on cherchera à conceptualiser plus
tard dans notre étude. On retrouve d’une part une attitude particulière des autorités face à un
civil portant les armes dans un pays étranger, et d’autre part une certaine opposition avec les
forces armées nationales.

Les SPIM ont également suscité de nombreuses études réalisées par des universitaires,
que ce soit en sociologie, science politique, droit ou économie37. La majorité de ces études ont
une conclusion négative sur la question, ce qui relève généralement, selon nous, d’un a priori
idéologique guidant la réflexion. De rares publications demeurent objectives en déterminant
les risques mais en soutenant également les aspects positifs de la privatisation. C’est tout de
même une attitude qui a tendance à se généralisée dans les ouvrages les plus récents. Une
conclusion se retrouve cependant dans toutes les études, détracteurs comme promoteurs
de la privatisation reconnaissent que les SPIM se trouvent dans un vide juridique qu’il
est important de combler.

2. L’attitude «profile bas»

Si les compagnies américaines (Blackwater, MPRI), britanniques (Sandline) ou sud-


africaines (Executive Outcomes) ont défrayées la chronique, de nombreuses autres sociétés
savent rester dans l’ombre et passer inaperçues malgré l’importance stratégique qu’elles
représentent. C’est notamment le cas de sociétés françaises38 ou italiennes, qui, si elles ne font
pas de vagues, représentent un intérêt tout à fait significatif. C’est ce qu’on appelle l’attitude
low profile. Ce mode de fonctionnement comporte de nombreux avantages. Outre le fait qu’il
permet de ne pas s’attirer les foudres des médias (ce qui a mené Blackwater à être expulsé
d’Irak), c’est une façon de protéger le personnel, mais aussi de mener à bien les missions qui

36
“Vittima di un brutale atto terroristico rivolto contro l'Italia, con eccezionale coraggio ed esemplare amor di
Patria, affrontava la barbara esecuzione, tenendo alto il prestigio e l'onore del suo Paese”
37
Voir bibliographie.
38
Entretien avec Gilles Sacaze, PDG de Gallice

33
leur sont confiées, en limitant l’exposition on limite les risques. Cette attitude passe par des
mesures simples, comme l’utilisation de véhicule discrets, le recrutement de personnel très
qualifié et en petit nombre encadrant des locaux, mais également par le refus d’un
comportement offensif.

Si les compagnies qui partagent cette attitude réussissent, c’est qu’elles n’attirent pas
la désapprobation de l’opinion publique. Pour pérenniser leur activité, c’est selon nous
l’attitude que les sociétés européennes doivent adopter. Evidemment, ces sociétés ne peuvent
pas atteindre l’envergure des sociétés américaines sans passer inaperçues, mais elles doivent
cultiver l’attitude low profile et se fixer un cadre d’action qui leur permet d’évoluer sans
empiéter sur la mêlée, c’est à dire en refusant tant que possible la participation directe aux
combats. Tout en conservant un intérêt militaire, cela leur permettra de se construire une
légitimité face à l’opinion et face au décideur politique.

3. Le décideur politique

« Les SMP comme armées non gouvernementales s’avèrent parfois des instruments plus
efficaces que les armées dans la continuation de la politique par d’autres moyens »
Chef de Bataillon Poisbeau39

Si les SPIM sont aujourd’hui profondément ancrée dans les habitudes anglo-saxonnes,
ce n’est pas le cas en Europe continentale. Les politiques européens montrent généralement
soit une indifférence soit un certain malaise à l’égard de ces sociétés. Les SPIM sont pourtant
largement entrées dans la réflexion stratégique. Cette frilosité de certains politique envers la
question de la privatisation relève surtout de la peur de l’opinion ou dans certains cas d’une
certaine méconnaissance des capacités40 des SPIM. En effet, le politique évite d’adopter une
position claire sur leur statut et sur l’utilisation qu’il fait de ces sociétés, ce qui contribue à
alimenter l’aura de secret qui les entoure et favorise la méfiance que l’opinion cultive à leur
égard.

L’absence de politique générale explicite concernant la privatisation de tâches


relevant généralement de la défense met le décideur politique dans une position de

39
CBA Poisbeau, Les sociétés militaires privées : Forces supplétives à laisser dans la seul main d’Adam
Smith ?, Armée de Terre, France
40
Entretien avec Gilles Sacaze, PDG de Gallice

34
conspirateur. En France les commentateurs du phénomène SMP y voit la continuité d’une
certaine politique des services secrets, la continuité de l’emploi de mercenaires41, barbouzes
au service de la République, et sévissant sur le continent africain.42 S’il est vrai que le milieu
des SPIM est influencé en France par cette tradition, et que un grand nombre de leurs
membres sont originaires des services secrets, la réalité n’est plus la même et il est important
que le décideur politique le fasse comprendre par une explicitation de ses ambitions et des
moyens décisionnels, condition nécessaire à l’utilisation de tout le potentiel représenté par les
SPIM.

41
Chapleau Philippe et Misser François, Mercenaires SA, Desclée de Brouwer, 1998.
42
Bob Denard et Georges Fleury, Corsaire de la République, Robert Laffont, 1998

35
CHAPITRE 2
«La privatisation du champ de bataille» comme paradigme du
conflit contemporain.

• SECTION 1: Multiplicité des acteurs et doctrine de l’action globale

• SECTION 2: Nécessité pour l’Etat de se positionner face aux SSPs.

36
SECTION 1: Multiplicité des acteurs et doctrine de l’action globale.

A. Gagner la bataille, conduire à la paix.

Les engagements contemporains des armées occidentales ont montré une


conflictualité nouvelle dont les différents protagonistes commencent à prendre conscience.
C’est le cas en France, où la doctrine d’emploi des forces cherche à répondre au mieux à ces
nouveaux enjeux, à travers la doctrine de l’action globale. Notre étude va chercher à
déterminer le nouveau paradigme des conflits selon la doctrine française et examiner
comment les SPIM s’y inscrivent.

1. Intervention, stabilisation, normalisation.

La doctrine d’emploi des forces françaises thématise la conflictualité contemporaine


selon ce schéma43. Cette doctrine met l’accent sur la phase décisive, nécessaire pour atteindre

43
GAGNER LA BATAILLE CONDUIRE À LA PAIX, Les forces terrestres dans les conflits aujourd’hui et
demain, Armée de Terre, Economica, Paris, France, 2007.

37
l’objectif stratégique, la normalisation et la paix. Il est important de noter que même si
l’intervention et l’emploi des forces de façon plus traditionnelle et considérée comme
indispensable, c’est la phase de stabilisation qui constitue la phase décisive. Cette phase est
problématique parce qu’elle nécessite un emploi de la force maîtrisé et différent de ce qui
était traditionnellement réservé aux forces armées. Comme le schéma le montre, le niveau de
violence doit dégraisser tout au long de la phase de stabilisation. Des sursauts de violences,
exprimés ici par des pics ne sont cependant pas à exclure et c’est ce qui fait tout l’intérêt de
l’utilisation d’une force militaire lors de la phase de stabilisation. Cependant, cette mutation
de la conflictualité ne donne pas qu’un rôle à la force militaire, elle concerne une multitude
d’acteurs qui vont œuvrer à la réalisation de l’objectif stratégique en accompagnant la force
militaire. Ces différents acteurs doivent agir et coopérer ensemble pour voir le niveau de
violence décroître et atteindre la phase de normalisation, «l’engagement militaire ne permet
plus à lui seul de gagner les guerres ; il conduit simplement à l’établissement des conditions
minimales du succès stratégique qui se dessinent dans la phase de stabilisation, nouvelle
phase décisive des conflits»44.

La phase de stabilisation est le cœur des conflits contemporains. Elle met en scène
une multiplicité d’acteurs qui se doivent d’interagir. Il faut diminuer et contenir la violence
afin de se diriger vers la paix, seulement cela demande aussi le recours à une certaine forme
de violence. La stabilisation est ainsi « le temps de la complexité et de la gestion des
contraires ». C’est comme cela que l’on voit les armées occidentales détruire des maisons
pour en chasser un ennemi retranché puis rembourser le propriétaire de la maison en
dédommagement. La « gestion des contraires», c’est aussi réussir à répondre aux urgences
tout en se positionnant sur une action dans la durée, il s’agit de savoir concilier court terme et
long terme. Cela nécessite une préparation bien en amont du conflit et une coopération entre
les différents acteurs basée sur des objectifs clairement définis et où chacun y trouve un
intérêt. C’est de la bonne coordination entre ces différents acteurs, œuvrant par des
actions ponctuelles et ciblées, dans l’horizon d’un même objectif compris dans le long
terme, que se joue le succès ou l’échec de la transition vers la phase de normalisation.

Pour répondre au mieux aux exigences de cette phase de normalisation, la force


militaire doit s’adapter et se transformer. Elle doit s’adapter non seulement pour pouvoir

44
GAGNER LA BATAILLE CONDUIRE À LA PAIX, Les forces terrestres dans les conflits aujourd’hui et
demain, Armée de Terre, Economica, Paris, France, 2007.

38
passer d’une phase à une autre, mais elle doit aussi savoir répondre aux différentes situations
qu’elle va rencontrer au sein d’une même phase. Ainsi la doctrine demande « des unités aux
qualités multiples, des volumes de forces, des structures et une formation différentes, des
équipements variés», parce qu’elles sont « confrontées à des actions diverses et des tâches
multiples, ce qui nécessite pour elles une aptitude à la flexibilité et à la réversibilité ». Au
delà de ce caractère caméléon qui est demandé aux militaires, il est aussi mis en avant que
cette phase de stabilisation nécessite des effectifs considérables et très qualifiés. Il est clair
que les forces armées des pays occidentaux ne sont pas prêtes à endosser ce rôle. La
réduction continue des effectifs des armées en est le premier frein. De plus, les hommes sont
de plus en plus spécialisés et les technologies utilisées de plus en plus pointues. Ceci rend très
difficile cette capacité d’adaptation et de réversibilité qui est demandée aux forces. Pourquoi
ne pas alors recentrer l’activité des forces militaires sur « le cœur du métier » et externaliser
certaines taches? Si la doctrine française étudie en profondeur le fait de la multiplicité des
acteurs durant les conflits et l’importance des civils durant les différentes phases, elle ne
semble pas prendre en compte le fait des SPIM. Leur emploi et même leur existence sont
complètements occultés. Or il nous semble que leur place est au cœur du débat et c’est ce que
nous allons chercher à démontrer par la suite.

2. Les SPIM et la doctrine d’emploi des forces

Les SPIM sont un épiphénomène flagrant de la nouvelle conflictualité et de la


multiplication des acteurs. Leur domaine de compétences se trouve au centre de la phase
décisive des conflits contemporains, la phase de stabilisation. En effet c’est une période où
les activités civiles sont accompagnées de violence et d’insécurité et où les forces armées ne
peuvent pas répondre à toutes les situations par elles-mêmes. C’est exactement dans ce cadre
que les SPIM présentent un intérêt, qu’elle ne manque pas de faire valoir d’ailleurs. Le cadre
écrit de la doctrine d’emploi des forces françaises ne tient pas compte de cet état de fait et
c’est regrettable. Il est pourtant nécessaire de déterminer les limites du domaine dans lequel
ces sociétés peuvent intervenir. Elles peuvent participer pleinement à la réussite de la
transition entre les phases mentionnées plus haut. Mais pour se faire il faut les intégrer
pleinement à la réflexion stratégique, les faire participer à la phase de préparation et les
inclure à la coopération qui doit exister entre les multiples acteurs qui participent à la
réalisation de l’objectif stratégique à travers l’action globale.

39
Nous allons nous appuyer sur ce schéma pour comprendre la place que peuvent tenir
les SPIM dans l’action globale. Il nous faut démontrer comment les SPIM peuvent être
présentes dans chaque phase et comment elles prennent toute leur importance au cours de la
phase décisive.

a) La phase d’intervention est celle qui se rapproche le plus de la conception


traditionnelle de l’action militaire. L’intervention doit répondre à une décision politique qui
se trouve souvent précipitée et qui met le chef militaire en position d’urgence. L’intervention
nécessite des moyens de projection qui ne sont pas toujours disponibles et qui représentent un
coût d’entretien non-négligeable lorsqu’ils ne sont pas utilisés. La doctrine de gestion des
moyens de projection veut qu’une force de réaction rapide soit toujours en mesure
d’intervenir promptement où que ce soit sur le globe. C’est une fonction que les forces
souhaitent conserver afin de ne pas dépendre d’une entité extérieure. Pourtant, on a pu voir
que les armées françaises étaient dans l’incapacité de répondre à cette nécessité à plusieurs
reprises. On peut citer en exemple le contrat SALIS45, qui rend compte de ce manque de
moyens et du recours à une externalisation pour remplir une fonction stratégique. Il semble

45
Strategic Airlift Interim Solutions, location de 6 Antonov 124.

40
ainsi nécessaire de penser l’utilisation de SPIM dès la phase d’intervention. Si la capacité
d’intervention rapide et unique d’une fraction des forces doit être maintenue par les forces
armées, elles ne doivent pas exclure la possibilité de recourir à une externalisation pour
remplir la fonction logistique de transport et de projection. Lors de déploiements durables,
une SPIM peut assurer la continuité de cette fonction et participer au soutien logistique de la
force. Les SPIM sont donc tout à fait en mesure de participer à la phase d’intervention. Il
faudra cependant bien définir leur implication dans cette phase afin de prévenir tout
risque de confusion et de les éloigner du combat à proprement parler.

b) La période de stabilisation représente, comme on l’a déjà dit, la phase décisive. Or


elle correspond exactement au créneau sur lequel les SPIM se positionnent. Il s’agit de faire
intervenir des moyens civils pour entamer la reconstruction de la zone, d’assurer la reprise de
la vie de la société et de ses membres: « Cette phase doit poser les bases d’une
reconstruction de l’Etat pour laquelle la force militaire œuvre en coordination étroite avec
son environnement afin de mettre en cohérence l’ensemble des lignes d’opérations »46. Les
services que proposent les SPIM, s’ils sont coordonnés avec le reste des acteurs, peuvent
permettre la réussite de la phase de stabilisation. Il s’agit de protection de sites, de sécurité
des personnes, de logistique et de maintenance, de déminage ou de renseignement. C’est bien
ce qui fait la spécificité des SPIM. Certaines de ces fonctions sont déjà utilisées par les forces
françaises. On peut notamment citer la sécurité du camp Warehouse en Afghanistan ainsi que
son soutien logistique, ou les opérations de déminage dans le nord du Tchad47. Mais au delà
de soutenir les forces et de coopérer avec elles dans certains domaines, les SPIM sont aussi
au service de clients civils. Les SPIM ne sont pas une annexe privée des forces militaires en
place, elles constituent des acteurs à part entière du système de coordination civilo-militaire
qui accompagne la phase de stabilisation. Elles sont ainsi également en lien avec des ONG ou
des entreprises de génie civil et peuvent aussi faire de la formation pour les forces de sécurité
civiles locales. Le cas des ONG représente un intérêt certain. Les forces militaires ne peuvent
pas être derrière chaque ONG et assurer leur sécurité rapprochée constamment. Les forces
militaires ont plus d’impact sur le climat général de la zone et n’ont pas la vocation à servir
d’escorte pour les actions humanitaires. Or, les SPIM peuvent tout à fait remplir cette tâche,
la relation client/fournisseur de service étant plus propice à satisfaire aux exigences

46
GAGNER LA BATAILLE CONDUIRE À LA PAIX, Les forces terrestres dans les conflits aujourd’hui et
demain, Armée de Terre, Economica, Paris, France, 2007
47
- NOUVEAUX ENGAGEMENTS ET PRIVATISATION : JUSQU’OÙ ALLER ?, Cahiers de l’EMS, EMS,
Paris, Avril 2010

41
sécuritaires requises par une telle organisation civile. Il en va de même pour la sécurité des
entreprises. La phase de stabilisation nécessite l’implantation de grands groupes pour
restaurer les réseaux routiers, électriques ou hydraulique. La sécurité de ces chantiers peut
dépendre de SPIM. L’amélioration des conditions de vie des populations joue un rôle
important dans la réussite de la phase de stabilisation. S’il est du ressort des forces militaires
de mettre en œuvre les conditions nécessaires à un climat de sécurité, la sécurisation de
sociétés privées relève d’une action ponctuelle qui ne doit pas les concerner. Les SPIM
devront travailler de concert avec les forces armées pour évaluer le niveau de risque et
devront faire preuve d’une capacité d’adaptation devant ce risque tout en sachant leur laisser
la place lorsque la gestion de ce risque dépasse leurs compétences. Les problématiques
auxquelles sont confrontées les SPIM sont très particulières, elles ne correspondent pas aux
capacités des militaires ou des forces de sécurité traditionnelles, « elles exigent des équipes
interdisciplinaires habituées à gérer des problématiques industrielles dans des zones
sensibles ou dégradées. Rien à voir avec le gardiennage d’une ambassade ou le
commandement d’une section de combat »48. De plus, il s’agit de défendre un intérêt privé, ce
qui peut être problématique49, bien que l’implantation de ces sociétés œuvre pour la réussite
de la phase décisive. Il est du ressort de sociétés privées d’assurer la sécurité de sociétés
d’intérêts privés.

Les points de vue italiens que nous avons pu recueillir50 convergent dans ce sens mais
y apporte quelques nuances. Bien qu’ils n’ont pas théorisé ces trois phases, elles
correspondent à une réalité que nombre d’entre eux ont pu expérimenter au Kosovo, en Irak
et en Afghanistan. Les SPIM ont été pour eux une réalité de tous ces conflits. La plupart
d’entre eux considère qu’un recours aux SPIM dans la phase d’intervention est à rejeter
fermement. Cependant, selon le Colonel Pasqui, plus la violence se réduit et plus l’activité
des SPIM devient intéressante. L’option du recours à leurs services se renforce dans le
passage de la phase de stabilisation à la normalisation. Cette option a notamment été retenue
en Irak pour escorter les convois logistiques. Ces convois posaient un problème important
pour les forces italiennes parce qu’ils devaient souvent traverser Bagdad pour rejoindre la
zone de responsabilité italienne. Or, il n’était pas possible de demander aux commandements
de chaque zone de responsabilité que le convoi devait traverser d’en assurer la sécurité.
L’emploi de SPIM pour réaliser cette mission a été la solution retenue. Cette solution n’allait

48
Bruno Delamotte s’exprime le sur le site du journaliste Jean-Dominique Merchet, www.secretdefense.com.
49
Partie 2, Chap1 Sct 2.
50
Entretiens avec des officiers supérieurs italiens, notament avec le Colonel Pasqui (CASD).

42
pas sans poser des problèmes évidents de compte rendu à chaque changement de zone de
responsabilité mais aucun incident dans ces acheminements n’a été à déplorer. C’est bien
parce que la violence était décroissante que cette solution a été envisagée. Il en va de même
pour l’expérience italienne en Afghanistan. L’armée italienne rencontrait des problèmes de
sécurité avec ses installations dans la ville d’Herat. Le Général DelVecchio, commandant la
force en 2005 a alors pris la décision de recourir à des privés pour assurer la sureté du camp.
Une double enceinte a été formée, une enceinte extérieure avec des privés d’origine afghane
et une enceinte intérieure avec des militaires italiens. Lorsque le camp a été attaqué par une
voiture piégée, le commandement s’est félicité d’avoir choisit cette solution qui avait
épargnée les militaires italiens. Le Colonel Pasqui précise cependant que le recours au privé
doit rester une solution ponctuelle en réponse à une menace clairement définie. Il préconise
également le recours à du personnel local. Durant les phases de stabilisation et normalisation,
cela représente deux avantages, d’une part cela favorise l’économie du pays, et d’autre part
cela réduit le sentiment d’occupation chez la population.

c) La phase de normalisation voit se réduire l’importance des forces militaires. Il en


va de même pour les SPIM. Cependant, celles-ci demeurent présentes dans cette phase qui
voit le retour de la paix. D’une part, si le besoin de sécurité se fait de moins en moins présent,
le risque n’est pas totalement éradiqué et la potentialité de l’émergence de nouvelles menaces
est toujours importante. D’autre part, les SPIM proposent beaucoup d’autres services que la
simple sécurité des biens et des personnes. Les domaines du renseignement et de
l’intelligence économique sont encore tout à fait exploitables dans une zone qui connait la
phase de normalisation. Le renseignement peut se faire au profit des Etats qui n’ont plus
beaucoup de forces sur place comme au profit du nouveau gouvernement qui est en train de
vivre la phase de normalisation. Cette phase est également particulièrement propice à
l’activité d’intelligence économique. En effet, pour pérenniser l’amélioration des conditions
de vie nouvellement acquises, il est important de permettre l’implantation de sociétés. Or ces
sociétés ont besoin de conseils sur les aspects sécuritaires de la zone qui a connu des troubles
peu de temps auparavant et qui demeure potentiellement une zone à risque. Il est du ressort
des SPIM d’accompagner ces sociétés dans leur nouvelle implantation.

On a pu voir à travers l’étude de ces trois phases que les SPIM représentent un intérêt
certain dans la mise en place de l’action globale des forces. Quel que soit la phase du conflit,
elles pourraient avoir un rôle à jouer. Il faut tout de même insister sur la phase décisive qui

43
représente le terrain de prédilection pour ces sociétés. Si le discours les concernant est
absent de la doctrine d’emploi des forces, il s’agit de déterminer la position qu’elles
doivent adopter, de leur donner un cadre qui leur permettra d’agir au mieux en
coopération avec les autres acteurs vers la réussite de l’objectif stratégique.

B. Implication du privé dans les opérations extérieures italiennes

La politique extérieure italienne, notamment la question de la défense, ne peut être


étudiée comme cela peut être fait en France. En effet, il n’existe pas en Italie de stratégie
générale clairement définie. On ne retrouve pas de Livre Blanc qui expose les directions
générales que doivent prendre les différents opérateurs de défense et de sécurité. L’approche
italienne est plus pragmatique et reste ancrée dans le cadre des alliances. On retrouve une très
forte répercussion des volontés de l’OTAN et des américains en général dans son
positionnement. Ceci explique le manque flagrant de publications de chercheurs italiens
concernant les SPIM en Italie. Toutes les recherches effectuées dans ce domaine concernent
les SPIM anglo-saxonnes. Il est évident que ces dernières concentrent la quasi-totalité de
l’activité du secteur, cependant, de même qu’en France, cette question demeure légitime en
Italie et c’est ce que nous allons chercher à démontrer ici.

1. « La prolifération des hybrides »51

Les missions militaires italiennes à l’étranger ont été marquées ces dernières années
par un entrelacement étroit entre acteurs étatiques et civils. Les opérations extérieures sont la
plupart du temps allées de pair avec des missions de reconstruction et l’emploi de sociétés
civiles italiennes ou d’ONG. Le développement des activités économiques des acteurs italiens
à l’étranger a suivi le déploiement des forces italiennes, en Irak et en Afghanistan par
exemple. Certains diront cependant que la relation de causalité est en réalité inversée, « le
choix dans ce dernier domaine (les affaires militaires) semblent pourtant de plus en plus
conditionnés par les premières (les activités économiques) ». Quelque soit le sens de la
relation de causalité, acteurs civils et militaires sont étroitement liés. Ainsi on retrouve dans
les zones de conflits où l’armée italienne est déployée, entreprises de génie civil, marchands
d’armes, entreprises de prospection minières et ONG de tout genre.

51
Salvatore Palidda, Missions militaires italiennes à l’étranger : la prolifération des hybrides, Cultures &
Conflits, Numéro 67, automne 2007

44
S’il n’existe pas de Livre Blanc, on peut noter l’existence de directives ministérielles.
En ce qui concerne les missions des forces armées, elles se voient définir comme objectif de
« défendre les intérêts du pays partout dans le monde ». Il découle de l’élargissement des
missions des forces italiennes une coopération civilo-militaire étroite. L’emploi des forces se
conforme aux doctrines de leurs alliés et on peut le rapprocher de la doctrine de l’action
globale française. Tous les différents acteurs de la puissance italienne, industrie, financiers,
services, diplomatie, force armée, ont un rôle à jouer pour défendre les intérêts du pays. C’est
de la coopération entre ces acteurs que relève la réussite de cet objectif. L’action militaro-
humanitaire permet de mettre en valeur de nombreux secteurs qui avantagent l’Etat italien.
Elle n’est plus une façade mais un vecteur de promotion des intérêts italiens à travers les
entreprises italiennes et les ONG. Si les forces armées sont employées pour assurer la sécurité
de ces acteurs et leur permettre d’évoluer dans des zones de conflit, ce n’est pas toujours la
seule solution adoptée.

2. Les SPIM et le gouvernement italien

En Irak jusqu’en 2007, les forces armées italiennes assuraient une mission de
protection des entreprises civiles. L’USR, acronyme d’ « unité d’appui à la
reconstruction »52, était l’organisation qui permettait à des forces armées de protéger les
entreprises italiennes en Irak. Avec le retrait des troupes d’Irak, le gouvernement italien s’est
vu dans l’incapacité de continuer à assurer la protection des employés de ces entreprises.
Pour remédier à ce manque, un décret du sénat sur le financement des missions à l’étranger
prévoit le financement d’une SPIM pour assurer leur protection. Il s’agit d’un contrat de
3498000 euros53 avec la société britannique AEGIS Defence Services. Cette société doit
assurer la sécurité du personnel civil italien présent dans la ville de Nassiriyah en Irak. Le
gouvernement italien qui s’était toujours opposé à l’externalisation de la sécurité s’est vu
dans ce cas obligé d’y recourir pour assurer la continuité de son objectif stratégique. Le
comité de Défense s’est tout de même réuni pour s’assurer qu’un contrôle des activités de la
société de sécurité sera possible. A ce jour, aucune solution n’a été trouvée.

52
« Unità di sostegno alla Ricostruzione »
53
Maura Gualco, “Iraq, nel ddl tre milioni di euro per i “contractors””, l’Unita, 16 mars 2007

45
C. La coexistence des SPIM et des forces armées.

Si on a pu montrer que les SPIM avaient un rôle à tenir au cours des conflits, leur
coexistence avec les forces armées demeure problématique. En effet, dans l’absence de règles
de coopération, des tensions peuvent naître entre les SPIM et les forces armées à différents
niveaux. Du chef militaire au chef d’entreprise, du soldat au contractor, des différences sont
faites, et pourtant leurs fonctions sont des fois très proches. Nous allons chercher à analyser
les rapports qui existent entre ces différents protagonistes. Notre étude portera d’abord sur le
cas de l’armée américaine, et nous verrons ensuite les limites d’une telle coopération.

1. L’armée américaine et les SPIM en Irak

Le phénomène SPIM naît véritablement avec le conflit irakien. Avant ce conflit, le


monde militaire et le monde des SPIM ne se rencontraient que très peu sur les théâtres
d’opération. La coopération entre ces deux mondes n’avait évidemment pas été posée dans
des textes et aucune concertation n’avait eu lieu. C’est par la force des circonstances et une
certaine urgence de situation que les SPIM et les forces armées ont commencé à travailler
ensemble. La situation sécuritaire en Irak a forcé les entreprises privées à avoir de plus en
plus recours aux SPIM pour assurer leur sécurité. C’est principalement sur l’escorte de
convois que se joue le marché de la sécurité en Irak. Les SPIM sont ainsi principalement en
contact avec des sociétés civiles. Mais lors de ces déplacements, elles sont amenées à croiser
des convois militaires, voir à franchir des barrages ou à pénétrer des zones protégées. Afin
d’éviter les confusions et de faciliter le travail de tous, des dispositions concernant la
coopération entre ces SPIM et les troupes militaires étaient à prendre.

C’est à la fin 2004 que sont mis en place des accords entre les SPIM et le
commandement des forces armées. Ces accords concernent principalement la circulation,
puisque c’est l’activité qui cause le plus d’incidents, « ce sera un système interactif, vivant,
évolutif, un dispositif de circulation sécurisé, et non une fortification54 ». Cette coopération
est d’abord mise au point par le renommé PDG de la société AEGI, Tim Spicer. Ce dernier
propose un plan au ministère de la Défense américain qui conduira à la constitution du «
Reconstruction Operation Center » (ROC). Ce centre devra permettre de coordonner les
actions des SPIM et des forces armées, en matière de renseignement et de gestion des

54
Slt LALLELAND, La politique contractuelle du Department of State, ESM, 2009

46
déplacements. Cette coopération devra permettre de centraliser le renseignement collecté par
les différents acteurs afin de servir à tous. Le ROC devient pleinement opérationnel début
2005. Il est lui-même une structure privée entièrement géré par la société AEGIS. Cette
structure prend cependant une forme associative lorsqu’il s’agit de prendre des décisions.
Tous les différents protagonistes y ont leur mot à dire, forces gouvernementales comme
SPIM.

Le ROC fournit trois différents types de services, la fourniture de renseignement,


l’assistance médicale militaire et un système de communication. Les détails de coordination
concernent surtout les déplacements, comme on l’a déjà vu. Le ROC permet aux autorités
militaires de savoir en temps réel où se trouvent les unités privées et les itinéraires que vont
emprunter les convois. Cet effort de coordination a été une avancée considérable pour la
coopération entre les forces de la coalition et les privés sur le terrain. Bien qu’il se limite à
une dimension tactique et qu’il ne répond pas d’une planification stratégique en amont,
cet exemple démontre une certaine capacité d’interopérabilité entre ces deux mondes.

2. Les limites de la coopération.

La coopération entre les armées et les SPIM est avant tout limitée par une question
d’autorité. Il est très difficile pour le chef militaire de travailler avec des entités qu’il ne
commande pas. C’est en tout cas ce qu’ont pu observer les américains dans le cadre du ROC.
C’est notamment ce qui a causé un échec relatif de cette initiative. L’autonomie qui est très
souvent accordée aux SPIM rend difficiles leurs liens avec le monde militaire, basé sur la
hiérarchie. Pourtant la quasi-totalité de leurs employés sont originaires de l’institution
militaire. La question n’est pas de savoir si les contractors sont capables de se soumettre à
l’autorité militaire, elle se pose en d’autres termes. Il s’agit de savoir à qui les employés des
SPIM doivent obéir en priorité. En effet, ils ne sont pas soumis au commandement direct de
l’armée et dans une situation critique cela pourrait devenir très problématique. Qui
commande qui? C’est la question qui se pose.

On a pu voir à travers le ROC que la coopération entre forces armées et SPIM a ses
limites. Lorsque des employés d’une SPIM sont dans une situation difficile et qu’ils ont
besoin de l’intervention de l’armée, celle-ci est très souvent réticente à intervenir. Il s’avère
que dans la plupart des cas ce sont les SPIM qui viennent en aide aux forces armées et non

47
l’inverse. C’est ce que l’on a pu voir en Irak lors de la défense du quartier général de
l’autorité provisoire de la coalition à Najaf. Aussi, le codirecteur de la société américaine
Custer Battles affirme: « nous avons répondu à l’armée au moins une demi-douzaine de fois,
mais ils n’ont pas répondu une seule fois à nos appels d’urgence ». Malgré les structures de
coopération mises en place, les relations entre l’armée et les SPIM sont ainsi souvent
problématiques. Pour le chef militaire les contractors représentent une difficulté de plus à
prendre en compte. En effet, si leur action peut être d’une aide précieuse voir même salutaire,
ils représentent encore un facteur de plus à intégrer à sa réflexion tactique. Des hommes
armés qui, même si ils défendent des intérêts communs, ne répondent pas directement au
commandement de la force. Leur présence dans les zones d’engagement rend plus complexes
les rapports entre les acteurs d’un conflit. Il est ainsi aisé de comprendre la prudence et même
des fois la méfiance du chef militaire vis à vis de ces sociétés.

Un autre frein à la coopération entre l’armée et les SPIM est la différence de


traitement que l’on peut observer entre les employés privés et les soldats réguliers. Des écarts
énormes se créent entre les conditions de vie des deux bords et entre les salaires. Ces détails
matériels qui pourraient sembler insignifiant peuvent être la cause d’une incompréhension
des soldats face aux contractors, d’un certain malaise qui freinerait la coopération au premier
niveau.

En ce qui concerne la coopération entre SPIM et armée en France, certains


comportements y sont un obstacle certain. En effet les services de renseignement militaires
traquent certaines SPIM françaises et surveillent leurs activités55. C’est le cas notamment en
Irak, même si les forces armées françaises ne doivent pas y être officiellement. Au lieu
d’appuyer ces sociétés afin de défendre des intérêts français dans des zones où la France ne
peut assurer la sécurité de ses entreprises, les institutions se méfient des SPIM françaises et
surveillent leurs agissements. Le contrôle n’est bien-sûr pas à exclure face à ces sociétés
qui interviennent dans des domaines sensibles, mais ce contrôle doit s’établir selon des
règles de coopération, ce qui implique la confiance et la transparence.

55
Entretien avec Gilles Sacaze, PDG de Gallice

48
SECTION 2: Nécessité pour l’Etat de se positionner face aux SPIM.

A. Un état de fait à ne pas occulter.

L’année 2010 a vu une recrudescence en France des études institutionnelles sur les
SPIM56. La réflexion sur la privatisation de la sécurité a pris un nouveau tournant, dépassant
la question de la légitimité. Déjà en 2006, un officier français faisait cette prédiction, laissant
entrevoir une évolution inévitable: « le phénomène existait mais a longtemps était ignoré,
puis on en a pris conscience, et il a été toléré faute de mieux. Actuellement, on commence à
l’admettre. Demain il sera probablement reconnu. »57. Ce tournant est confirmé par la
dernière publication de la recherche doctrinale: « pourtant les sociétés militaires privées
existent et agissent. Il n’est en rien possible de le nier ou même de l’ignorer. Plus
médiatisées par leurs bavures ou abus que par leurs bonnes pratiques, elles sont un acteur
majeur des guerres en Afghanistan ou en Irak. Elles sont le deuxième contingent armé des
théâtres d’opération par le nombre. Aujourd’hui, plus que de débattre sur leur présence, une
discussion sur une supervision étatique est préconisée.»58 Ceci représente une nouvelle donne
pour la réflexion sur la privatisation de la sécurité en France. La légitimité des SPIM n’est
plus en question, celle-ci est dépassée. Il s’agit aujourd’hui d’interroger leur fonctionnement
et leur utilisation. C’est ce que nous ferons dans une seconde partie de notre travail.
Pourquoi ce changement de position?

1. Un état de fait.

Impossible de passer à côté du phénomène de la privatisation lorsque l’on s’intéresse


aux questions de défense. Il n’était plus possible de simplement notifier ou même de

56
-Colloque « Les entreprises militaires et de sécurité privées dans le monde contemporain», Faculté de Droit et
de science Politique, Clermont-Ferrand, 4 et 5 mars 2010
-Colloque international sur la privatisation de l’action militaire, Ecole Militaire, Paris, 18 mars 2010
-NOUVEAUX ENGAGEMENTS ET PRIVATISATION : JUSQU’OÙ ALLER ?, Cahiers de l’EMS, EMS,
Paris, Avril 2010
-Des gardes suisses à Blackwater, mercenaires et auxiliaires d'hier et d'aujourd'hui, Etudes de l'IRSEM, Mai
2010, n°2, volume 1
-L’EMPLOI DES SOCIETES MILITAIRES PRIVEES EN AFGHANISTAN ET EN IRAK, Cahiers de la
recherche doctrinale, Paris, 21 Juillet 2010
-Colloque sur les sociétés militaires privées, Fondation pour la recherche stratégique, Paris, 30 septembre 2010.
57
Babinet Christophe, Pallud Eric et Etienne Pascal, Sociologie des sociétés militaires privées et conséquences
pour les missions des armées régulières, Centre d’études en sciences sociales de la défense, Information et
sûreté économiques, février 2006, p.322.
58
-L’EMPLOI DES SOCIETES MILITAIRES PRIVEES EN AFGHANISTAN ET EN IRAK, Cahiers de la
recherche doctrinale, Paris, 21 Juillet 2010, p.79.

49
s’insurger contre ce phénomène. Son importance est telle que l’on ne peut que se résigner à
l’accepter comme un état de fait. Il faut alors chercher à l’encadrer, à l’influencer, à le
modifier pour en tirer le plus possible. Les SPIM sont devenues des acteurs majeurs avec
lesquels il faut travailler. La France semble prête à relever le défi et à s’inscrire dans la partie.
La coopération internationale en matière d’opération est telle qu’il n’est pas possible de ne
pas prendre en compte dans notre doctrine un caractère essentiel de nos alliés. Or, le fait de la
privatisation est très profondément ancré dans la stratégie anglo-saxonne. Ainsi, nous
sommes déjà en situation d’interdépendance avec ces sociétés, de la même façon qu’avec nos
alliés.

Évolution du nombre de Contractors armés en Afghanistan entre septembre 2007 et


septembre 2009.59:

Ce graphique exprime clairement le phénomène auquel les armées françaises ont été
confrontées ces dernières années. Même si la France avait décidé de ne pas faire appel aux
SPIM, elle les rencontrerait sur ses théâtres d’opération. L’évolution du nombre de
contractors en Afghanistan est ainsi un bon exemple. On ne peut pas occulter un acteur aussi
important et la doctrine d’emploi des forces doit l’intégrer. Les SPIM peuvent faire partie
intégrante de la doctrine de l’action globale. C’est la prochaine phase de la réflexion
stratégique sur la privatisation de la sécurité. On peut résumer alors ainsi les étapes de cette
réflexion en France:
• Prise de conscience du phénomène

59
L’EMPLOI DES SOCIETES MILITAIRES PRIVEES EN AFGHANISTAN ET EN IRAK, Cahiers de la
recherche doctrinale, Paris, 21 Juillet 2010

50
• Discussions du phénomène et critiques
• Acceptation
• Reconnaissance et intégration.
Evolution du nombre de contractors armés en Irak entre septembre 2007 et septembre
2009 :

Ce graphique démontre clairement le phénomène auquel les forces de la coalition en


Irak ont été confrontées. C’est le cas pour l’Italie. Les SPIM en Irak sont des acteurs
incontournables qu’il ne faut pas négliger. Le commandement militaire doit l’intégrer à sa
réflexion stratégique et tactique tandis que le politique doit pouvoir s’appuyer sur elles pour
réaliser des objectifs de politique étrangère. Les institutions ne peuvent qu’appréhender ce
phénomène comme un état de fait et tenter de l’influencer dans un sens qui sert leurs intérêts.

2. Un énorme manque à gagner et des pertes à éviter.

Reconnaître cet état de fait c’est également reconnaître tout ce que la politique
actuelle sur les SPIM nous fait perdre. La formation d’un militaire, et en particulier d’un
militaire français, est un investissement énorme. La professionnalisation des armées et la
politique de recrutements et de contrats courts mène de nombreux militaires à mettre fin à
leur carrière de façon prématurée et à chercher une reconversion. Or, les compétences des
militaires ne sont pas souvent mises en valeur dans la vie civile au service de l’Etat. On peut
alors imaginer la perte en termes de retour sur investissement que ces retours précoces à la
vie civile peuvent causés.

51
Certains militaires sont tentés en tant que reconversion de se tourner vers les SPIM.
En effet, celle-ci savent mettre en valeur le bagage que leur passage par l’institution militaire
leur a laissé. Les nombreuses formations dont les militaires peuvent bénéficier ont un prix
élevé et les SPIM savent en profiter. Cela représente souvent une perte nette pour l’institution
et un avantage certain pour la société privée. Mais outre le fait de perdre ce militaire formé et
instruit à ses frais, l’institution peut le voir s’engager dans une société qui sert des intérêts
différents des siens. L’institution est ainsi dans ce cas doublement perdante. D’une part
elle perd un élément dans lequel elle avait investi en termes de formation, d’autre part
elle l’offre à une société défendant des intérêts étrangers.

En négligeant l’importance que peuvent représenter les SPIM, les gouvernements qui
refusent leur utilisation perdent de précieux atouts et font le jeu de sociétés étrangères.
Certains militaires sont expressément recherchés par les SPIM pour la formation spécifique
qu’ils ont reçue. Ces sociétés vont jusqu’à les démarcher sur les théâtres d’opération ou dans
les lieux fréquentés par les militaires autour des régiments. La politique du « personne n’est
irremplaçable » crée des trous dans les effectifs et représente de sérieuses pertes. Ainsi on a
pu voir, au plus fort de la présence de l’armée anglaise en Irak, que l’effectif des anciens
membres du Special Air Service engagés dans des SPIM était plus important que l’effectif des
SAS réguliers eux-mêmes60. Les anciens militaires français sont eux aussi souvent appréciés
sur le marché de la sécurité privée. On voit bien que pour ne pas perdre cette ressource
précieuse, l’Etat pourrait avoir comme solution de faciliter la reconversion de ses militaires
vers des sociétés qu’il peut évaluer et dont les intérêts se rapprochent des siens.

B. Intérêt tactique, économique et politique des SPIM

1. Intérêt tactique

« Employer des Sociétés Militaires Privées peut se justifier pour permettre aux forces
armées de se recentrer sur leur cœur de métier. »

Enseignement n°1 sur l’emploi des sociétés militaires privées61.

60
Geddes J., Autoroute vers l’enfer, Movies Planet, 2007
61
L’EMPLOI DES SOCIETES MILITAIRES PRIVEES EN AFGHANISTAN ET EN IRAK, Cahiers de la
recherche doctrinale, Paris, 21 Juillet 2010

52
Comme on a pu le voir plus haut, c’est le premier argument avancé en faveur des
SPIM. En effet c’est celui que l’on peut défendre le mieux. Avec la restructuration du format
des armées, de nombreuses tâches généralement réservées au militaire sont reversées dans le
domaine civil. Cela permet au militaire de se concentrer sur le « cœur de métier », le métier
de combattant. Des tâches de gardiennage aux tâches hautement techniques, une part des
responsabilités autrefois dévolues au militaire sont aujourd’hui très souvent transférées au
secteur civil. Des entreprises civiles hyperspécialisées voient ainsi le jour afin de répondre à
la nouvelle demande. Alors le militaire peut reprendre sa place essentielle de combattant,
se recentrer sur ses compétences premières et améliorer leur efficacité.

Utiliser des SPIM, c’est aussi pouvoir répondre très rapidement à un besoin
sécuritaire dans un contexte de conflit de très faible intensité. Une SPIM peut être utilisée
ponctuellement sans remettre en cause les capacités des différentes missions assurées par
l’armée. Le secteur privé représente un réservoir de forces vives, variées, flexibles, et
adaptées à un très large panel de besoin, que l’on peut mobiliser sur très court près avis. C’est
en quelque sorte, en exagérant, la dimension privée d’une force de réaction rapide, qui permet
de conserver une certaine liberté d’action. Ceci permet de rationaliser les effectifs
militaires en conservant un format maniable et évolutif adapté aux conflits
contemporains.

Au delà de ces deux aspects, les SPIM ont également comme intérêt le fait d’avoir
une signature visuelle plus faible que les forces armées. En effet les SPIM, malgré la taille de
certaines de ces sociétés, emploient généralement des équipes plus petites que les forces
conventionnelles. Leurs uniformes sont également moins marqués par l’appartenance à un
pays. Au delà de cela, leurs employés sont souvent originaires du pays dans lequel la société
intervient lorsque le contrat est plus long. Ainsi, les populations locales voient moins la
présence étrangère comme une intrusion voir même une occupation. Cela facilite le passage
à la phase de normalisation des conflits en donnant le sentiment aux populations locales
qu’elles sont maîtres de leur destin et non soumis à la volonté d’étrangers.

53
Ainsi, pour résumer, voici selon les cahiers de l’EMS62 les avantages qu’une SPIM
peut donner:

«
- elle permet de recentrer le personnel militaire sur son « cœur de métier » en l’affranchissant
de tâches non directement attachées au service des armes ;

- elle permet d’accéder à des compétences spécialisées difficiles à recruter ou à conserver


dans les armées ;

- elle permet de répondre à faible préavis à un besoin conjoncturel ;

- elle permet à l’issue de l’opération de se libérer d’effectifs et de moyens non


immédiatement nécessaires et de maintenir ainsi un dispositif militaire de juste suffisance ;

- elle permet de respecter un plafond d’effectifs militaires déployés tout en renforçant le


théâtre le cas échéant ;

- elle offre également dans le domaine stratégique l’avantage d’une faible visibilité lors des
phases de reconstruction et peut donner l’apparence d’une normalisation rapide.
»

Malgré ces différents points positifs, l’intérêt tactique du recours à l’externalisation a


été remis en cause à plusieurs reprises. C’est notamment le cas pour le retour d’expérience du
Colonel Thierry Pollet63. Selon lui l’externalisation aurait des conséquences particulièrement
néfastes pour la capacité opérationnelle des armées : « EUFOR a montré que, selon le type de
théâtre et d’engagement, l’externalisation a ses limites. En effet, la planification a souvent
été mise à mal, exigeant de la force qu’elle opère tout en faisant face aux retards récurrents
et au non respect des priorités d’acheminement. Ainsi, un retard de 6 mois dans une livraison
de barbelés a soumis le camp d’Abéché à des vols quotidiens et à une exposition inutile du
personnel. ». Ce cas décrit un manque flagrant de contrôle des autorités sur les sociétés
employées. De plus même en sanctionnant économiquement ces sociétés, leurs fautes auront

62
NOUVEAUX ENGAGEMENTS ET PRIVATISATION : JUSQU’OÙ ALLER ?, Cahiers de l’EMS, EMS,
Paris, Avril 2010
63
Colonel Thierry Pollet, Heracles, n°38, Juin 210, CDEF

54
toujours un impact opérationnel, ce qui est difficile à accepter pour une armée. Si l’utilisation
de SPIM, en externalisation ou en solutions de sécurité, ont un intérêt tactique en règle
générale, cela n’est pas toujours le cas. Il faut pouvoir s’assurer de cet intérêt avant de les
employer et « dès lors qu’elle est mise en œuvre, l’externalisation doit faire l’objet d’une
obligation de résultats. ».

2. Intérêt économique.

Le deuxième argument avancé pour défendre les SPIM est l’intérêt économique
qu’elle représenterait. En effet, il apparait souvent au premier regard que pour le même
travail rendu, l’utilisation d’une SPIM coûte moins cher qu’une opération des forces
conventionnelles. On peut citer ici un cas intéressant, l’IPOA64 proposait à l’ONU de mener à
bien son opération de maintien de la paix au Congo, la MONUC65, pour un coût annuel entre
100 et 200 millions de dollars, alors que ce coût était d’un milliard de dollars par an en
utilisant les casques bleus.

« L’IPOA a formé un consortium d’entreprises privées prêtes à travailler sous le


commandement de l’ONU pour fournir les services nécessaires au soutien du mandat
onusien. Le coût de cette opération serait une fraction de ce que l’ONU payerai pour une
mission similaire»66

Plus encore, l’IPOA assurait pouvoir rétablir la paix plus rapidement et de façon plus
durable que la mission onusienne. Le fait est que selon de nombreux experts de la situation67,
les dires de l’IPOA n’étaient très certainement pas très éloignés de la réalité.

Si l’utilisation de SPIM pour mener à bien cette mission de l’ONU semble être une
solution économiquement avantageuse, cela n’est pas évident pour l’ensemble des cas où
elles peuvent intervenir. Toutefois, il est admis par le principal employeur des SPIM, le
Department of Defense (DoD)68, que l’utilisation du secteur privé est à l’origine
d’importantes économies budgétaires. Ces économies représenteraient annuellement 4,5 à 6

64
IPOA: International Peace Operation Association, un consortium de SPIM qui se sont regroupées afin de faire
du lobbying auprès de l’ONU et de promouvoir leurs capacités en terme d’opération de maintien de la paix.
65
MONUC: Mission de l’Organisation des Nations-Unis en république démocratique du Congo.
66
IPOA, Supporting the MONUC mandate with private services in the democratic republic of Congo,
www.hoosier84.com
67
Rapport spécial de l’ONU, Mr Bernales Ballestros, Nations unies, 1997
68
Quadrennial Defense Review, 2001, http://www.comw.org/qdr/qdr2001.pdf

55
milliards de Dollars.69 Pour Philippe Chapleau70, la réduction des coûts s’estimerait alors entre
6 et 10%. Cela permettrait au DoD d’économiser jusqu’à 60 milliards de dollars entre 2006 et
201271. Ces chiffres sont particulièrement éloquents. Dans une époque de réduction
budgétaire, ils permettent de comprendre tout l’attrait que suscitent ces sociétés. Cependant,
les choses ne sont pas si simples et ces économies brutes peuvent être issues d’une vision
partielle du processus général de la privatisation du secteur de la sécurité et de la défense.
Certaines études nuancent largement l’enthousiasme que ces chiffres pourraient transmettre.

Deux temps sont à distinguer pour véritablement comprendre l’intérêt économique


des SPIM: temps de paix et temps de guerre. Une étude du Congressional Budget Office
(CBO)72 démontre, après l’analyse comparative entre l’option privée et l’option militaire,
qu’il n’y a pas de différence flagrante en termes de coût, sur une période d’un an de temps de
guerre. En effet, pour les mêmes missions, la société Blackwater facture pour l’ensemble de
ses prestations 99 millions de dollars, alors que le coût théorique du déploiement d’un
bataillon d’infanterie sur la même période se situerait entre 88,2 et 110 millions de dollars.
On peut remarquer que la différence n’est pas aussi nette que ce que les chiffres annonçaient
précédemment. Alors on peut se poser la question ; où se situent les économies? Le CBO
rappel qu’à l’issue de la mission, il est possible de mettre fin au contrat avec la SPIM. Cela
n’est pas possible avec le bataillon d’infanterie qui continue à générer des dépenses en temps
de paix, entre 60 et 82 millions de dollars par an.

L’intérêt économique de l’utilisation des SPIM réside donc dans un cadre


général de temps de paix. Or, ces sociétés n’ont pas d’intérêt particulier en temps de paix,
puisqu’elles se définissent par leur rapprochement aux questions militaires. Leur importance
se révèle dans les situations d’alternance, les crises soudaines, les conflits de faible
intensité ou les zones dont le niveau d’insécurité ne cesse d’osciller. Tout l’intérêt du privé
se révèle dans sa flexibilité, sa capacité d’adaptation et l’utilisation ponctuelle dont le
politique peut en faire usage. Si l’Etat ne s’engage pas dans des conflits de longue durée ou
de très haute intensité, l’usage du privé se justifie économiquement. Mais même dans cette
situation certains aspects sont discutables. En effet, une note de la direction des affaires

69
Sami MAKKI, Sociétés militaires privées dans le chaos irakien, in Le Monde Diplomatique, n°608,
novembre 2004
70
Chapleau Philippe, Sociétés militaires privées, enquête sur les soldats sans armées. L’art de la guerre.
Editions du Rocher, Monaco, 2005
71
L’EMPLOI DES SOCIETES MILITAIRES PRIVEES EN AFGHANISTAN ET EN IRAK, Cahiers de la
recherche doctrinale, Paris, 21 Juillet 2010
72
Contractors’ support of US operations in Irak, août 2008

56
financières73 émet comme conclusion que l’externalisation est a priori non rentable d’un point
de vue économique. Le risque principal dénoncé par cette étude concerne l’évolution des prix
liés aux contrats passés avec des SPIM. Ces sociétés peuvent proposer des prix très attractifs
dans un premier temps puis opérer un réajustement des contrats accompagné d’une hausse
des prix. Pour éviter cela, l’Etat doit être en mesure d’effectuer un contrôle efficace, de faire
jouer une certaine concurrence entre les sociétés tout en s’appuyant sur une exigence de
résultats. Cette étude de la direction des affaires financières décrit également des situations
qui font exception au caractère a priori non rentable de l’externalisation. Le niveau
supranational, comme dans le cas de l’ONU cité plus haut, y est ainsi montré comme propice
au caractère rentable de l’utilisation du privé. Cette note prend aussi en compte les opérations
de courte durée ou le recours à des sociétés locales comme favorisant la rentabilité des
services proposés par les SPIM.

Les cahiers de l’EMS74 ont eux aussi une analyse très intéressante du caractère
économique de l’externalisation. Les avantages économiques que représentent les SPIM sont
nuancés et mis en perspective d’un ensemble de facteurs qui les relativisent. On peut citer un
thème que l’on a déjà rencontré dans notre travail, le fait que les SPIM emploient
principalement d’anciens militaires. Faut-il alors ajouter au coût facturé par les sociétés le
coût de la formation de ses employés, de leur retraite? Une autre question intéressante, que
l’on retrouvera plus tard, le financement d’un service privé de cet ordre doit être compris
dans quel budget de l’Etat? En effet, tous ne concernent pas directement la Défense.
L’analyse économique proposée par l’EMS se termine par une mise en garde, « Alors que la
crise financière porte les ferments d’une déstabilisation sociale des Etats, un engagement
massif vers des solutions d’externalisation constitue une prise de risque certaine pour les
armées. ». Ce positionnement est intéressant parce qu’il replace ces sociétés dans le cadre de
la conjecture économique, de laquelle elles dépendent. Par jeu de dépendances, les armées
finiraient par en dépendre également. Il est donc crucial que dans le processus
d’externalisation soit mis en place un moyen de contrôle sur la situation économique des
SPIM, afin d’éviter que l’Etat soit dans l’incapacité d’assurer sa capacité d’intervention
par une éventuelle dépendance au secteur privé.

73
Note de décembre 2008, sur le sujet des sociétés privées sur des « théâtres non stabilisés, au contact potentiel
ou avéré de l’ennemi ».
74
NOUVEAUX ENGAGEMENTS ET PRIVATISATION : JUSQU’OÙ ALLER ?, Cahiers de l’EMS, EMS,
Paris, Avril 2010

57
Pour conclure sur l’intérêt économique de l’externalisation, il faut rappeler que
l’avantage économique que les SPIM représentent est à nuancer. Les écarts de dépenses se
comprennent dans un certain cadre conjecturel et correspondent à certains besoins particuliers
des Etats-clients. Il s’agit, comme on l’a vu, d’une conflictualité hybride et mouvante,
souvent de faible intensité. C’est le créneau sur lequel les SPIM se placent et c’est également
le créneau où leur utilisation par les pouvoirs publics comporte un avantage économique.
Cependant, il faut garder à l’esprit que ces sociétés sont dépendantes de la conjecture
économique et que les avantages qu’elles représentent sur le plan économique ne sont pas
assez flagrants pour qu’ils soient considérés a priori comme un argument significatif justifiant
leur utilisation.

3. Intérêt politique

L’intérêt politique est l’aspect le moins débattu de la question de l’externalisation.


Ecarté par ses détracteurs parce que difficilement réfutable, difficile à exprimer par ses
promoteurs parce que menant à des considérations sur la politique extérieure plus ou moins
controversées, l’intérêt politique que représente les SPIM n’est absolument pas négligeable.
Certains en on bien conscience et cherchent à l’exprimer, mais l’atmosphère de secret qui
entoure ce sujet et les exemples concrets qui lui correspondent étant très sensibles, il n’est pas
aisé de révéler à l’opinion à quel point ces sociétés peuvent être avantageuses sur le plan
politique. Olivier Hubac utilise une formule très juste pour désigner le rôle qu’elles peuvent
tenir : « une force d’appoint en politique étrangère »75. C’est un point capital que les anglo-
saxons utilisent sans scrupules. Pourtant notre pays a depuis toujours fait appel à des
mercenaires pour défendre ses intérêts dans des zones troubles76, souvent par des moyens très
discutables et qui ne se conformaient pas avec les critères de justice de l’opinion publique.
Aujourd’hui, pourquoi se priver de cet outil de politique étrangère, alors qu’il pourrait être
envisagé dans la légalité, par des moyens avouables, sans défrayer la chronique en cas de
révélation à la presse? Les anglo-saxons l’ont bien compris et utilisent pleinement le potentiel
politique de ces sociétés. Les exemples de sociétés employés par le gouvernement américain
dans des pays, zones ou territoires où l’armée américaine ne pouvait s’impliquer sont

75
Hubac Olivier, L’essor du mercenariat entrepreneurial, in Hubac Olivier (dir.), Mercenaires et polices
privées: la privatisation de la violence armée, Manchecourt, èd. Universalis, coll. Le tour du sujet, 2005, p.40
76
Renou Xavier (ouvrage collectif sous la direction de), La privatisation de la violence.Mercenaires et sociétés
militaires privées au service du marché, Dossiers Noirs, Agone,Marseille, 2005, p.392.

58
nombreux, que ce soit au Kosovo ou en Colombie. Quels sont donc les intérêts que de telles
sociétés peuvent apporter à un Etat sur le plan politique?

Si l’on a pu voir dans les développements précédents que l’externalisation pouvait


dans une certaine mesure créer une économie de coûts sur le plan économique, on peut
également parler « d’économie de coûts politiques »77. Cette économie se joue sur différents
plans. Elle est tournée vers des sujets différents, opinion publique intérieure ou internationale,
institutions nationales ou supranationales. La sous-traitance de questions de sécurité à
certaines entreprises permet à l’Etat de contourner des limites, d’être moins visible,
d’affirmer une influence sans engager son image, c’est un véritable outil aux mains du
politique.

Contourner la limite de l’opinion publique, c’est réaliser une option politique tout en
limitant les risques de sa déstabilisation par une opinion publique défavorable. Les SPIM sont
une manière d’y arriver. En effet, leur présence est souvent moins remarquée que les forces
nationales. Cela donne plus de liberté d’action au politique. Cette solution permet également
d’échapper au traumatisme que des morts peuvent causer. La mort d’employés de sociétés
privées a beaucoup moins d’impact que celle d’un soldat régulier. On estime, malgré le
manque de recensement précis, qu’à peu près 1500 civils ont trouvé la mort en Irak et
Afghanistan depuis le début des opérations, ce chiffre se rapproche petit à petit des 5000
morts de la coalition. En Italie, les choses semblent différentes cela dit. En effet, pour
l’opinion italienne il est pire de perdre des civils que de perdre des militaires. Il y a un certain
rapport à la force armée qui est particulier. Le cas Quattrochi en est particulièrement
représentatif. De plus lorsque l’on interroge les militaires italiens sur la question du recours à
des privés armés, la première problématique rencontrée concerne souvent le fait de savoir s’il
est acceptable d’exposer la vie de civils. Il y a un certain retournement de situation par
rapport à l’opinion anglo-saxonne. Outre l’opinion publique intérieure, c’est également
l’opinion publique internationale qui est en jeu. La présence de militaires dans certains pays
peut choquer, voir même compromettre un certain positionnement sur la scène internationale
ou provoquer des sanctions de l’ONU. L’utilisation de SPIM est quant à elle beaucoup moins
officielle et le lien entre l’Etat et ces sociétés ne peut pas se démontrer aussi directement.
Ainsi l’Etat peut mener des opérations en marge de sa position officielle sans remettre
en cause sa place sur la scène internationale.
77
L’EMPLOI DES SOCIETES MILITAIRES PRIVEES EN AFGHANISTAN ET EN IRAK, Cahiers de la
recherche doctrinale, Paris, 21 Juillet 2010

59
Contourner les limites, c’est aussi contourner les limites des institutions. En effet, les
SPIM permettent de contourner les limites d’effectifs imposés par les cadres institutionnels.
Ainsi, on voit souvent citer l’exemple de la Colombie, où le Congrès américain a fixé la
limite des militaires américains présents sur le territoire à 500. Cela n’empêche pas le
gouvernement d’y employer des SPIM afin d’avoir plus d’impact sur place. Cet engagement,
lui ne connait qu’une limite budgétaire. Une certaine externalisation permet également
d’échapper aux parlementaires quant à la décision de se positionner dans telle ou telle zone.
Ainsi l’Etat peut intervenir dans certains conflits périphériques, y défendre ses intérêts,
souvent en assurant la sureté des entreprises françaises présentent sur place. L’utilisation du
privé peut aussi être faite pour camoufler un acte politique. On peut citer en exemple pour la
politique étrangère française, le cas du Rainbow Warrior. Un officier de la DGSE considère
que l’utilisation de mercenaires pour résoudre ce problème aurait largement facilité la gestion
politique de la crise. On pourrait aujourd’hui remplacer le terme de mercenaire par celui de
contractor.78 Un autre exemple, moins médiatisé, montre comment, même sans directive
directe de l’Etat, une SPIM peut servir ses intérêts à l’étranger. Dans un pays africain, un
coup d’état renverse un gouvernement pro américain. Le nouveau gouvernement est pro-
français et il demande des conseils et des moyens dans le domaine de la sécurité. La France
ne peut pas directement aider le nouveau gouvernement au risque de se froisser avec ses
alliés américains. Les services d’une SPIM française sont alors très appréciés pour leur
discrétion et leur efficacité. La présence d’une SPIM française pour répondre aux besoins de
ce nouveau gouvernement permet de préserver les intérêts français sans risquer de
déstabiliser les relations entre la France et les Etats-Unis. Pour cela il faut cependant que
l’Etat français évite tout pilotage des opérations de cette SPIM tout en gardant un droit
de regard sur ses activités.79

Outre le fait de contourner des limites ou de camoufler un acte politique, les SPIM
permettent d’étendre le rayonnement du pays qui les utilise. Si les débordements et bavures
sont évités, cela peut lui être très bénéfique en termes d’influence. Les SPIM sont aussi un
moyen de conserver les capacités d’action de l’Etat dans des zones où il ne peut demeurer,
par manque d’effectifs militaires ou de volonté politique. Ces sociétés savent être discrètes
quant il le faut et font preuve d’une grande flexibilité. Leur structure en opération étant

78
François Dominguez et Barbara Vignaux, « la nébuleuse des mercenaires français », Le Monde diplomatique,
n°593, août 2003
79
Entretien avec Gilles Sacaze, PDG de Gallice.

60
souvent assez réduite, elles sont adaptées à la nouvelle conflictualité, et comme on l’a déjà vu
permettent de diminuer le sentiment d’occupation pour les populations ce qui facilite le lien
avec les forces locales et un retour à la normalisation.

61
DEUXIEME PARTIE

L’Etat et les SPIM.

• CHAPITRE 1: Les acteurs de la privatisation de la sécurité

• CHAPITRE 2: Le cadre juridique

• CHAPITRE 3: L’encadrement des SPIM

62
CHAPITRE 1
Les acteurs de la privatisation de la sécurité

• SECTION 1: Etats, SPIM, Contractants

• SECTION 2: Intérêt privé, intérêt .public.

63
SECTION 1: Etats, SPIM, Contractants

Il faut nous intéresser au type de relations que génère l’externalisation de la sécurité.


Les acteurs qui y entrent en jeu, lorsque l’on simplifie au maximum les liens, sont au nombre
de quatre. Il y a la SPIM, l’Etat dans lequel elle est enregistrée, l’Etat d’origine, l’Etat tiers
dans lequel la SPIM exerce ses activités, l’Etat territorial, et l’Etat, l’entreprise, l’ONG ou
l’Organisation internationale pour laquelle la SPIM peut fournir ses services, le contractant.
Si la SPIM est véritablement l’acteur central de ces relations, c’est bien du point de vue de
l’Etat qu’elles sont intéressantes pour nous à examiner. En effet, selon notre positionnement,
c’est lui qui demeure l’acteur essentiel des relations internationales et il est la condition
d’existence des SPIM. Nous allons étudier les différentes complexions que les SPIM peuvent
générer entre ces quatre acteurs à travers quatre schémas qui matérialisent leurs
interdépendances. Il s’agira à chaque fois pour nous, d’interroger la position de l’Etat, des
vues qu’il peut avoir sur la relation, de l’intérêt que cette relation peut avoir pour lui et des
moyens de contrôle qu’il peut avoir à sa disposition.

A. Schéma n°1: La SPIM travaille pour l’Etat d’Origine dans un Etat tiers.

Ce schéma montre le cas où un Etat est en contrat avec une SPIM pour une opération
menée sur le territoire d’un état tiers. C’est une situation qui semble claire avec des liens

64
d’inter dépendance bien définis. L’Etat contractant a une présence sur le territoire de l’Etat
tiers pour une raison indéterminée, maintien de la paix, humanitaire ou diplomatique par
exemple. Il loue les services d’une SPIM pour remplir des fonctions de logistique, de
protection de convois ou de gardiennage. Immédiatement, plusieurs questions se posent. Quel
lien existe-t-il entre l’Etat contractant et l’Etat territorial? Quels droits l’Etat tiers a-t-il sur la
SPIM? Ce sont des questions épineuses auxquelles l’actualité fait écho. On peut citer en
exemple l’Afghanistan. En mai 2010, l’Etat Afghan sanctionne deux sociétés privées après
qu’elles aient tuées deux civils par erreur sur une route. Quelques mois plus tard, en août, le
président Hamid Karzaï annonce qu’il va fixer une date limite après laquelle il va dissoudre
les compagnies privées de sécurité qui travaillent en Afghanistan. Le 17 octobre, le
gouvernement revient sur cette décision et décide d’autoriser seulement une partie des
sociétés opérant en Afghanistan, seules celles faisant de la logistique et de la protection de
sites pourront continuer à évoluer dans le pays. La protection de convois demeure prohibée.

Cet exemple nous instruit sur le cas que nous étudions. Nous pouvons voir que l’Etat
territorial a un certain droit de regard sur les activités de la SPIM. Même dans un Etat troublé
comme l’Afghanistan, le gouvernement parvient dans une certaine mesure à imposer sa
volonté aux SPIM et aux Etats contractants. On voit aussi qu’il existe un lien fort entre l’Etat
contractant et l’Etat territorial par le biais de la SPIM. Si le gouvernement revient sur sa
décision, c’est très certainement après en avoir débattu avec les Etats contractants. En
revanche, on peut voir dans le cas irakien que cette relation n’existait absolument pas, jusqu’à
ce que Blackwater se fasse exclure d’Irak. Les SPIM qui agissaient en Irak n’étaient pas
soumises à la loi irakienne80. Plus le gouvernement de l’Etat territorial est faible et plus le
gouvernement du pays contractant a de la marge de manœuvre à travers la SPIM qu’il
emploi. Pour que la situation ne dégénère pas l’Etat contractant doit ainsi conservé un certain
droit de regard sur les activités de la SPIM. Si l’Etat territorial est trop faible pour contrôler
les activités des sociétés sur son territoire ce sera alors à l’Etat contractant d’imposer un
certain cadre. Pour la Commission de Venise81, si l’on reconnait que l’Etat faible x est dans
l’incapacité de superviser comme il convient les activités d’une SPIM enregistrée dans un
Etat Européen Y, il convient que Y comble le vide au niveau de la réglementation. C’est son
image et sa fiabilité sur le plan international qui sont en jeu. Comme on a pu le voir avec

80
Coalition Provisional Authority, Order n°17, CPA/ORD/27June2004/17
81
M.Iain Cameron (membre suède), RAPPORT Sur les entreprises militaires et de sécurité privées et sur
l’érosion du monopole étatique du recours à la force, Commission de Venise, 79e session plénière, 12 et 13 juin
2009, Venise.

65
l’affaire Blackwater, l’image des Etats Unis a beaucoup pâtit des débordements de cette
société.

B. Schéma n°2: La SPIM travaille pour un Etat tiers dans celui-ci.

Ce schéma montre l’Etat d’Origine absent de la relation contractuelle, qui s’établit


entre la SPIM et l’Etat territorial. L’Etat territorial est aussi dans ce type de relation l’Etat
contractant. La SPIM peut fournir par exemple de la formation, du conseil en matière de
sécurité ou du renseignement. Quelle place tient l’Etat d’origine de la SPIM dans cette
relation? Absent de la stricte interdépendance créée par le contrat, ce pourrait-il qu’il soit
complètement absent de ce type de relation? Ce point est particulièrement problématique. En
effet, les Etats d’origine n’ont pas le même regard sur les sociétés qui ont choisi de résider
chez eux. C’est notamment pourquoi certaines sociétés s’implantent dans des « paradis
fiscaux », bien qu’elles n’aient aucun rapport structurel avec ces Etats. L’implantation des
SPIM est une question cruciale. En s’implantant à l’étranger, les SPIM échappent au contrôle
des institutions et deviennent des électrons libres, situation qu’on a déjà décrite dans la
première partie. C’est souvent ce qui cause des dérapages et des bavures, ces sociétés n’ayant
plus de compte à rendre qu’à leurs clients. Une autre situation problématique est révélée par
le cas de l’implantation d’une holding de la société britannique AEGIS en Suisse.82 Aucune

82
Jessica Dacey, « La suisse s’inquiète de l’arrivée d’armée privées », www.swissinfo.ch

66
loi suisse ne pourrait permettre à cette société de ne pas s’implanter sur son sol. Certains
s’alarment alors des conséquences que cela pourrait avoir sur la politique étrangère suisse et
sa tradition de neutralité. On peut voir une certaine impuissance d’un Etat, confronté à un
vide juridique, face à une SPIM. Cela montre bien les liens étroits qui existent entre une
SPIM et l’Etat dans lequel elle est implantée, même lorsque cette implantation est
involontaire.

Il est important de faciliter une certaine transparence entre les SPIM et l’Etat à travers
un cadre claire. Cela permettrait de ne pas pousser ces sociétés à fuir vers des Etats moins
regardant ou avec une situation fiscale plus avantageuse. En organisant la cohabitation
entre les SPIM et les institutions, celle-ci aura toutes les chances de se transformer en
coopération. C’est une situation qui, comme on l’a vu, existe déjà de fait, mais qu’il faudra
chercher à avantager.

Lorsque nous sommes dans une situation similaire à celle décrite par le schéma n°2 et
que la SPIM est originaire d’un pays avec lequel elle partage des liens étroits aux regards de
l’origine de son personnel et de ses intérêts, il existe une communauté politico-stratégique
très forte entre les activités des institutions et celles de la SPIM. Si dans certains cas on
peut remarquer que l’Etat pilote l’activité de ces sociétés, cela n’est pas toujours vrai. On
peut retrouver une communauté d’intérêts entre l’Etat et ces sociétés sans que des directives
ayant valeur d’ordres soient données. Les SPIM qui sont profondément ancrées dans un pays
par une accumulation de facteurs (origines des employés, liens avec les institutions, relations
politiques, habitude de certaines structures décisionnelles...) auront tendance à agir
naturellement en fonction des intérêts de l’Etat dans lequel elles sont implantées. Bien sûr la
communauté d’intérêt peut toujours un peu diverger et il s’agit pour les institutions de
toujours préserver un droit de regard sur ces sociétés pour que les deux lignes d’intérêts ne
s’éloignent pas trop83. Cependant, ce droit de regard que l’Etat s’octroi sur ces sociétés peut
très facilement se traduire par un contrôle de ses activités et une certaine subordination. Une
trop grande implication de l’Etat dans une SPIM en contrat avec un autre Etat peut être vécue
comme une certaine ingérence, voir une néo-colonisation. Cela risque de détérioré les
relations avec l’Etat en question ou de froisser la communauté internationale. De plus, cela
bride l’activité de la société privée qui perd de sa compétitivité généralement due à son
indépendance et à sa flexibilité.

83
Voir Partie 2, Chap 1, Section 2, A.

67
Si l’on a pu voir en étudiant ce deuxième schéma que l’Etat d’origine était en relation
étroite avec la SPIM, il nous faut maintenant décrire la relation qu’il partage avec l’Etat
territorial. Bien que sur le schéma l’Etat ne partage pas de lien avec l’Etat territorial, le fait
que la SPIM et l’Etat d’origine soient en étroite relation peut donner une connexion indirecte.
En effet, les SPIM sont souvent présentées comme un vecteur de politique étrangère. L’Etat
d’origine et l’Etat contractant exercent une influence l’un sur l’autre par le biais de cette
société. On peut notamment citer ici l’exemple du Gabon. Le Gabon demandait un soutien en
matière de formation militaire, forces spéciales et spécialistes de différentes natures. L’Etat
français, pour des questions d’effectifs était incapable de fournir ces spécialistes. Après
concertation avec les autorités françaises, c’est une SPIM française qui a remporté le contrat
de formation. Par le biais d’une SPIM française, la France conserve son influence au Gabon
dans le domaine militaire. Les militaires formés par Gallice auront une culture militaire
française et des modes d’action proches des notres. Cela représente un avantage lorsque ce
pays veut s’équiper, il aura plutôt tendance à tourner son regard vers la France. Cela
représente également un intérêt si les deux pays cherchent à mener une opération commune,
leur interopérabilité sera facilitée. Nous rappelons que l’armée française était incapable de
répondre à la demande de l’Etat gabonais et que ce dernier avait laissé entendre que, dans ce
cas, il se tournerait vers une société privée, quel que soit son origine. Le fait que les
institutions françaises aient laissé faire cette société privée permet de préserver les intérêts
français au Gabon en termes de coopération militaire. L’exemple plus récent mettant en scène
la même compagnie française, la formation des gardes côtes du Somaliland, montre encore
une fois comment une SPIM, sans être pilotée par le gouvernement, peut œuvrer pour les
intérêts de la France. La présence de Gallice au Somaliland affirme une présence française et
peut être une porte d’entrée pour d’autres acteurs de la politique étrangère française. Ce
contrat de formation montre encore une fois comment, par l’intermédiaire d’une SPIM, deux
Etats peuvent entretenir une relation diplomatique. Dans ce cas précis, au delà de permettre
une relation entre deux entités étatiques, c’est un début de reconnaissance pour un Etat qui
n’est pas reconnu comme tel par l’ensemble de la communauté internationale. La France
s’introduit par le biais d’une SPIM dans une zone particulièrement intéressante sur le plan
géostratégique sans pour autant qu’il y ait une volonté politique claire à l’origine de ce
positionnement. En contrepartie, le Somaliland fait un pas de plus vers une reconnaissance
internationale. Gallice, quant à elle, s’affirme comme une société importante et signe un
contrat intéressant. Evidemment, cet exemple est tout récent et on pourra lui rétorquer qu’il

68
n’a pas encore eu le temps d’être entaché d’un scandale où que tous les tenants et
aboutissants ne sont pas clairement établis. Cependant, il nous semble qu’il illustre très bien
les différentes relations qui peuvent naître d’une situation similaire à celle exposée dans le
schéma n°2.

C. Schéma n°3: La SPIM travaille pour une entreprise dans un autre Etat que celui d’origine.

Ce schéma montre les relations qui existent lorsqu’une entreprise et une SPIM
enregistrées dans le même pays sont en contrat sur le territoire d’un pays tiers. Ce contrat
entre deux sociétés privées, l’une louant un service à l’autre, ne poserait aucun problème si le
service était d’une autre nature. Or, il s’agit ici de sécurité, très souvent d’hommes en armes,
dans des zones instables. Le fait qu’une entreprise est demandeuse de services de sécurité
privée à l’étranger ne concerne pas seulement les deux acteurs privés, mais elle met dans ce
cas deux Etats en relation. D’une part, l’Etat d’origine, d’autre part, l’Etat dont le territoire
est concerné par les activités des acteurs privés. Le fait qu’une entreprise étrangère puisse
opérer sur un autre territoire, pour de la prospection minière par exemple, engage
nécessairement les deux Etats à travers leurs politiques étrangère. Le fait qu’une de ces
entreprises porte les armes et se réserve le droit de les utiliser en cas de légitime défense
mène à de toutes autres considérations.

69
En effet, on peut faire valoir ce fait comme un aveu d’impuissance de la part de l’Etat
territorial. Incapable d’assurer la sécurité des acteurs internationaux sur son territoire, il se
résoudrait à permettre à une autre entité de faire usage de la violence légitime sur son propre
sol. Cette attitude décrédibilise l’Etat et déstabilise sa souveraineté. Pourtant c’est souvent un
recours nécessaire pour permettre à des entreprises de s’implanter chez lui. Dans des pays
comme l’Irak ou l’Afghanistan, c’est aussi la meilleure solution trouvée jusqu’à maintenant
pour permettre aux différentes entreprises de reconstruction de travailler en sécurité.
Cependant, certains Etats ne permettent pas aux entreprises privées qui assurent la sécurité
des entreprises traditionnelles à porter les armes, même dans des zones considérées comme
instables. Ces pays préfèrent s’appuyer sur leurs forces nationales, moyennant une
rémunération bien sûr. Les SPIM étant concurrentes de ces forces nationales, elles sont
souvent interdites. Il est du ressort des acteurs privés, de l’Etat d’origine et de l’Etat territorial
de négocier pour trouver la solution qui avantage l’intérêt de chacun tout en assurant au
personnel une véritable sécurité. La polémique actuelle autour des enlèvements du personnel
d’Areva est au cœur de ce sujet. Le 16 septembre 2010, 7 employés d’Areva ont été enlevés84.
Leur sécurité était assurée par des gardes non-armés, selon la loi en vigueur au Niger. Après
ces évènements l’armée française a du déployer des moyens considérables au Niger, dont
plusieurs mirages. Cet évènement relance le débat sur la sécurité privée qui accompagne les
entreprises françaises. Une SPIM aurait été largement en mesure d’empêcher les ravisseurs
d’opérer si on lui en avait laissé l’occasion. On remarque un certain disfonctionnement entre
les différents acteurs, Areva, l’Etat du Niger, le prestataire de service (EPEE) et l’Etat
Français. Le gouvernement français a tout intérêt à prendre en compte les erreurs commises
dans ce cas et donner une politique générale sur l’utilisation des SPIM. En effet, le
déploiement de militaires français au Niger a pu être possible, pour un coût considérable,
suite à l’enlèvement des employés d’Areva. Cela n’avait pas été fait depuis près de 25 ans. Si
cela a été possible, faire pression sur les autorités du Niger pour autoriser les agents de
sécurité à porter les armes devait certainement l’être aussi. Cet évènement à relancer le débat
sur les SPIM dans les médias et notamment sur internet où Mr Bruno Delamotte, PDG de
Risk&Co, l’une des principales entreprises françaises de sécurité, après un communiqué

84
Jack GUEZ, « Enlèvements au Niger: Areva reconnaît des défaillances », AFP, 20 septembre 2010

70
publié par Le Monde85, débat de l’avenir de la sécurité privée en France avec GH Bricet des
Vallons sur le site internet du journaliste Jean-Dominique Merchet86.

En ce qui concerne l’Etat d’origine de la SPIM et de l’entreprise traditionnelle, le


schéma n°3 explicite lui aussi une relation qui peut être particulièrement avantageuse. En
effet, le fait de permettre à des entreprises de s’implanter dans des zones troubles grâce à un
contrat avec une société de sécurité favorise l’acquisition de nouveaux marchés et décharge
l’armée nationale de la sécurisation de structures privées. Le cas de l’Irak est particulièrement
révélateur. Absent de la coalition la France n’a pas pu s’imposer dans le marché de la
reconstruction de prime abord. Lorsque des entreprises françaises ont voulu s’intéresser au
marché irakien, elles ont manqué de partenaires pour assurer leur sécurité. Encore très
récemment, les services de renseignement français surveillaient très étroitement les activités
des sociétés qui cherchaient à s’implanter en Irak. Cette attitude est contre-productive et va à
l’encontre de toute logique de marché. Les SPIM ne correspondent cependant pas à la
tradition française de la sécurité, comme on l’a déjà vu, et cela explique une certaine
méfiance des institutions à l’égard de leurs activités. Pourtant, les mentalités sont en train de
changer. La Maison France à Bagdad, tête de pont des entreprises françaises en Irak, favorise
par exemple le contact avec des SPIM françaises87. Boris Boillon, ambassadeur français en
Irak, incite les entreprises françaises à revenir dans ce pays et à participer au marché de la
reconstruction. Selon GH Bricet des Vallons, il aurait « parfaitement compris que l’enjeu
n’est pas seulement économique, il est aussi stratégique pour la France88 ». Ce schéma
montre à quel point les relations entre SPIM et entreprises peuvent être importantes pour
l’Etat d’origine et sa politique étrangère. Ainsi, toujours selon Bricet des Vallons, «
l’affirmation d’acteurs français de premier plan sur ce marché est un enjeu de
souveraineté pour notre pays ».

85
Bruno Delamotte, « Les marchands de peur face au risque terroriste », Le Monde, 28 septembre 2010.
86
GH Bricet des Vallons, « La sécurité privée est un enjeu stratégique pour la France »,
www.secretdefense.blogs.liberation.fr, 15 Octobre 2010.
87
Entretien avec Gilles Sacaze, PDG de Gallice
88
GH Bricet des Vallons, « La sécurité privée est un enjeu stratégique pour la France »,
www.secretdefense.blogs.liberation.fr, 15 Octobre 2010.

71
D. Schéma n°4: La SPIM travaille pour une entreprise étrangère dans un Etat tiers.

Ce schéma pose les liens qui existent entre les mêmes acteurs que dans le schéma 3, à
une exception près. L’entreprise qui demande un service de sécurité est dans ce cas basée
dans un pays étranger. On peut également remplacer cette entreprise par une ONG. A partir
de cette nouvelle donnée, on peut s’interroger, Quel intérêt pour l’entreprise? Quel droit de
regard l’Etat peut-il avoir sur cette relation? Quelle est l’importance de la localisation de
l’entreprise dans ce type de relation.

Les entreprises du CAC 40 sont à la recherche de solutions de sécurité, qu’elles soient


de l’ordre de l’intelligence ou de la protection. Les SPIM françaises leur proposent ce genre
de services et signent régulièrement des contrats de sécurité avec elles. On a vu dans quelle
mesure cela pouvait être considéré comme un outil de politique étrangère pour l’Etat
d’origine. Mais qu’en est-il lorsque la société est étrangère? Soutenir une entreprise étrangère
n’est pas un problème pour une SPIM qui suit une logique de marché et reste motivée par le
profit. L’entreprise suit la même logique et va souvent chercher à réaliser le meilleur contrat,
indépendamment de l’origine de la SPIM.

En ce qui concerne l’Etat d’origine de la SPIM dans ce schéma, la situation est bien
plus problématique. En effet, quel droit de regard peut-il s’octroyer sur ces sociétés?
L’entreprise demandeuse de services de sécurité pourrait très bien être en concurrence directe

72
avec des entreprises de la même origine que la SPIM. Comment l’Etat doit-il réagir à cette
situation délicate? Ici, la SPIM ne peut plus être considérée comme œuvrant pour la politique
étrangère de l’Etat et peut même aller à l’encontre de son intérêt. Moins l’Etat a de liens
dans la relation qui lie une SPIM à d’autres acteurs et moins il a de liberté d’action par
rapport à ses agissements et de moyens de contrôle. L’Etat ne peut être laxiste dans une
telle situation et il se doit d’exercer un minimum d’encadrement sur les agissements de la
SPIM. Cependant, il ne peut agir sur ces sociétés de façon abrupte et rigide. Ceci ferait courir
le risque, d’une part de réduire les possibilités de profits pour ces sociétés, et d’autre part le
risque de voir ces sociétés se délocaliser et devenir de purs électrons libres. Il est alors de la
responsabilité de l’Etat de créer un équilibre entre contrôle des activités et liberté
d’action, équilibre subtil mais nécessaire.

SECTION 2: Intérêt privé, Intérêt public

A. Le double aspect de la privatisation.

La privatisation est définit ainsi dans les Cahiers de l’EMS: « La privatisation est
entendue aux sens suivants: recours à des acteurs privés-les SMP-pour accomplir une partie
des fonctions auparavant totalement exercées en interne par des militaires en uniforme ;
recours aux forces armées pour la défense d’intérêts souvent aux frontières de l’intérêt privé
(embarquement d’EPE à bord des thoniers français) ; apparition d’acteurs privés sur ou aux
marges du champs de bataille (ONG, ect.) »89. Nous avons déjà décrit cette situation de
privatisation dans la première partie. Le point intéressant dans cette définition est constitué
par l’émergence du thème de l’intérêt. En effet, deux intérêts apparemment contradictoires
s’entrechoquent dans cette définition de la privatisation. Ces deux intérêts sont
traditionnellement défendus par deux acteurs différents, l’un suivant une logique privée,
l’autre une logique publique, et ils ont tendance à s’inverser dans le processus de
privatisation.

La doctrine de l’action globale nous montre les forces nationales confrontées à la


gestion d’une multitude d’acteurs souvent issus du secteur privé. Elles se retrouvent dans des
situations où, pour assurer la sureté de ressortissants français, elles défendent des intérêts
privés en faisant usage de la force ou de la dissuasion. Cette situation est particulièrement
89
GAGNER LA BATAILLE CONDUIRE À LA PAIX, Les forces terrestres dans les conflits aujourd’hui et
demain, Armée de Terre, Economica, Paris, France, 2007.

73
bien illustrée par le cas de l’embarquement d’équipes EPE90 sur les navires civils français en
zones à risques. L’évolution de la piraterie sur certaines mers a ouvert la question de l’emport
de personnel militaire sur certains bateaux ne pouvant participer à un convoi. Cette solution
relèverait clairement de la protection individualisée de biens privés. Si la France a choisi cette
solution ce n’est pas le cas de tous les pays de l’UE, l’Espagne par exemple a recours à des
agents privés pour protéger les navires portant son pavillon. Il ressort bien de cet exemple à
quel point il est difficile de fixer clairement la séparation entre la défense d’intérêt privé et
d’intérêt publics. Cela relève d’un choix politique ponctuel. Il en va de même pour le recours
aux SPIM. Comme on l’a vu précédemment, elles peuvent aussi bien être utilisées pour
défendre des intérêts purement privés que les intérêts de l’Etat. C’est à ce dernier qu’il revient
d’ajuster le domaine d’intervention de chaque acteur participant à l’action globale, afin
que la protection des intérêts privés n’aille pas à l’encontre de la défense des intérêts
nationaux.

B. Les SPIM et la relation d’agence

Lorsqu’une SPIM se lie avec l’Etat sur un mode contractuel, on se retrouve dans une
relation tout à fait particulière, définit en économie par la théorie de la relation d’agence91.
Dans cette relation, les deux partis contractant défendent chacun une logique d’intéressement
tout à fait contradictoires. L’Etat sera appelé dans cette relation le « principal » et la SPIM, en
tant que fournisseur de services, « l’agent ». L’idée première serait que dans cette relation
contractuelle, l’agent défende au mieux les intérêts du principal, étant engagé pour cela et
voulant offrir un service de qualité. La théorie de l’agence met à mal cette idée. Il y est
démontré que l’agent sert toujours en premier lieu ses intérêts propres avant de satisfaire les
intérêts du principal. La logique que suivrait l’agent serait en permanence de « maximiser sa
rémunération et minimiser ses efforts»92. On peut donc observer une opposition d’intérêts
dans cette relation. Le problème c’est que la relation d’agence implique la délégation d’une
partie de l’autorité de prise de décision à l’agent. L’intérêt de l’agent sera ainsi toujours
satisfait de manière plus complète que celui du principal.

Dans le cas des SPIM, cette relation d’agence est particulièrement problématique, les
enjeux étant beaucoup plus importants que dans un contrat liant deux entreprises communes,

90
EPE: équipe de protection embarquée
91
Développée par Jensen Michael et Meckling William en 1976.
92
Slt Lallemand, La politique contractuelle du department of state, ESM Saint-Cyr, 2009

74
bien qu’elles aient tendance à se présenter comme des entreprises comme les autres, inscrites
au registre du commerce. Le risque le plus important que dévoile la relation d’agence est
l’opposition des intérêts qu’il peut exister entre une SPIM et l’Etat. En effet, si dans une
opération, l’Etat cherche la meilleure efficacité dans le délai le plus bref et l’acquisition d’une
position stratégique durable, la SPIM pourrait être tentée par la satisfaction d’autres intérêts.
Le secteur privé reste motivé quel que soit la situation par la recherche de profit. On ne peut
le lui reprocher, c’est d’un certain point de vue, qu’on a déjà défendu, ce qui fait tout l’intérêt
d’avoir recours à ses services. Toutefois, cela comporte un risque important, celui du
syndrome du « pompier pyromane ». Les SPIM pourraient favoriser l’installation d’un conflit
dans la durée, bénéficiant directement du non règlement des hostilités. Lorsque des
considérations de profit sont en jeu dans le domaine militaire, on peut observer que les
dérives possibles peuvent avoir des conséquences désastreuses allant directement à l’encontre
des intérêts du contractant. Aucuns exemples clairs d’une telle dérive n’ont été identifiés mais
c’est une tendance qui a de fortes probabilités d’exister.

L’Etat, qui a de nombreuses raisons d’utiliser les SPIM, doit cependant être vigilant
dans sa façon de gérer ses contrats de privatisation. En effet, comme on vient de le voir, la
relation qui le lie aux SPIM n’est pas dénuée de tout risque. Des moyens de contrôle
efficace doivent être mis à sa disposition pour se prémunir d’une dérive mercantile de la
part de sociétés privées qui pourraient aller à l’encontre de ses intérêts.

75
CHAPITRE 2
Le cadre juridique

« Contraindre les SMP aux règles de la guerre et non à celles du libre


marché »93
Chef de Bataillon Poisbeau

• SECTION 1: Cadre national

• SECTION 2: Cadre international

93
CBA Poisbeau, Les sociétés militaires privées : Forces supplétives à laisser dans la seul main d’Adam
Smith ?, Armée de Terre, France

76
Notre étude nous a mené à affirmer la nécessité d’une régulation par l’Etat des SPIM.
Or, cette régulation passe très souvent par un cadre juridique et une législation adéquate. De
plus, le phénomène de privatisation des conflits a été accompagné par un phénomène de
judiciarisation. Nous allons cherche à déterminer ici quelles sont les dispositions législatives
qui peuvent s’appliquer. Il ne s’agira pas de faire une explication exhaustive du cadre
juridique qui accompagne l’activité des SPIM, ce qui a par ailleurs déjà été fait94.
Nous avons à plusieurs reprises mis en lumière un vide juridique, il s’agira de savoir
ce qu’il en est véritablement. Dans la droite ligne de notre axe nous allons chercher à
déterminer les conditions juridiques de l’activité des SPIM dans leur relation avec l’Etat et la
communauté internationale. Ce sera pour nous une base à partir de laquelle nous pourrons
exprimer les futures conditions de développement du secteur privé dans le domaine de la
sécurité et de la défense.

Section 1: Le cadre national

A. Pourquoi une législation nationale?

1. Etat d’origine, Etat contractant, Etat territorial

Le Document de Montreux est un texte réalisé à l’initiative de la Suisse et du Comité


international de la Croix-Rouge. Il a été développé en 2008 avec la participation d’experts
gouvernementaux de nombreux pays95et il tente de clarifier les obligations juridiques relatives
aux SPIM. Il peut être considéré comme une référence bien qu’il n’ait aucune valeur
contraignante. Le Document de Montreux confirme l’idée selon laquelle les Etats sont les
principaux sujets du Droit International Humanitaire, ils en sont également les principaux
artisans. Il est alors de leur responsabilité de veiller à son application. Dans leur relation avec
les SPIM, les Etats sont séparés, comme on l’a déjà vu96, en trois catégories, Etat d’origine,
Etat contractant et Etat territorial. Chacun de ces Etats à un rôle à jouer dans le contrôle de
l’activité des SPIM et le Document de Montreux les met face à leurs obligations juridiques
dans ce domaine. L’Etat d’origine de la SPIM est compétent pour reconnaître des faits qui

94
Devo Silété Roselin, Les Sociétés Militaires Privées au regard du droit international, ESM Saint-Cyr, 2009.
95
35 états dont Afghanistan, Afrique du Sud, Allemagne, Angola, Australie, Autriche, Canada, Chine, Etats-
Unis, France, Irak, Italie, Pologne, Royaume-Uni, Sierra Leone, Suisse et Ukraine.
96
Partie 2, Chap.1, Sct 1

77
auraient été commis par les employés de cette société. Ses tribunaux peuvent ainsi s’en saisir.
L’Etat contractant a l’obligation de faire respecter le droit aux sociétés qu’il engage. Les
dispositions relatives au contrôle et à son droit de regard sur les activités de la société doivent
être stipulées dans le contrat. L’Etat territorial a compétence, par ses tribunaux, pour juger les
faits commis sur son territoire par les membres d’une SPIM. Ainsi, dans la mesure du
possible, ces Etats doivent s’assurer que leur législation leur permet un certain contrôle
de l’activité des SPIM.

2. Législation et responsabilité

Quelles sont les conséquences pour les Etats de telles obligations? Les Etats doivent
se munir d’une législation suffisant pour répondre à ces obligations. Or ce n’est que très
rarement le cas. Si cela peut être difficile pour l’Etat territorial qui est très souvent un Etat
failli ou un Etat qui connait une crise, ce n’est pas toujours le manque de moyens politiques
qui mène les Etats à se déresponsabiliser. En effet, avoir des moyens de contrôle puissant sur
l’activité des SPIM, s’ils permettent de maîtriser les risques qui y sont liés, peut aussi mener
l’Etat à un discrédit sur la scène internationale. « La responsabilité internationale de l’Etat est
conditionnée par le degré de contrôle qu’il est réputé assurer à l’égard de société agissant
pour son compte »97. Aussi, il peut être plus contraignant pour l’Etat de se doter d’un cadre
législatif sur les SPIM que de laisser faire en les considérants comme des sociétés de droit
privé communes. Pourtant, plus l’Etat a de lois contrôlant l’activité des SPIM, qu’il soit Etat
d’origine, contractant ou territorial, et plus il est en mesure d’affirmer ses propres intérêts. Au
regard de la communauté internationale cependant, il sera d’autant plus responsable des
éventuels débordements, crimes ou délits, commis par ces sociétés. Les activités des SPIM
peuvent en effet engager la responsabilité des Etats si l’on peut établir qu’elles ont agi en son
nom et sous ses ordres. Plus encore, même si la faute a été commise à l’insu de l’Etat et de
ses organes de contrôle et dans un cadre outrepassant largement les consignes stipulées dans
le contrat, l’Etat peut être mis en cause. C’est ce que stipule l’article 7 de la Commission du
droit international98 : « Le comportement d’un organe de l’Etat ou d’une personne ou entité
habilitée à l’exercice de prérogatives de puissance publique est considéré comme un fait de
l’Etat d’après le droit international si cet organe, si cette personne ou cette entité agit en cette

97
NOUVEAUX ENGAGEMENTS ET PRIVATISATION : JUSQU’OÙ ALLER ?, Cahiers de l’EMS, EMS,
Paris, Avril 2010
98
Commission du Droit International, Projets d’articles sur la responsabilité de l’Etat pour fait
internationalement illicite, 2001

78
qualité, même s’il outrepasse sa compétence ou contrevient à ses instructions ». Or, plus
l’Etat aura des moyens de contrôle efficaces sur les SPIM et plus ce rapprochement sera
facilité. Plus l’Etat contrôle les SPIM et plus leurs agissements peuvent être considérés
comme relevant d’une délégation de la puissance publique. Inversement, moins un Etat
contrôle les SPIM, moins sa responsabilité peut être mise en cause. De ce fait, on retrouve
une certaine réticence des gouvernements à légiférer sur les SPIM.

B. Différentes législation nationales

Malgré certains inconvénients que cela peut apporter, certains pays se sont tout de
même dotés de législation permettant de contrôler l’activité des SPIM. Même si leurs texte
n’y font très souvent pas directement référence, leur application restreint et oblige ces
sociétés et il est possible de les appliquer.

1. Le modèle anglo-saxon

Les Etats-Unis et la Grande Bretagne, comme on l’a déjà vu, sont les deux pays les
plus concernés par le phénomène de la privatisation du secteur de la défense. Leurs façons
d’aborder les SPIM sur le plan juridique sont très similaires. Plusieurs lois sur les
exportations d’armes et sur les possibilités de recourir au secteur privé se recoupent et les
différences ne sont que minimes.

Aux Etats-Unis, plusieurs textes font explicitement référence aux civils amenés à
réaliser des tâches relevant du domaine de la défense, les contractors. On retrouve ces textes
dans des lois votées par le Congrès ainsi que dans des directives du Department of Defence.
En mars 1998, Les Etats-Unis adoptent l’ « International Traffic in arms Regulations99 .». Ce
texte concerne les personnes physiques et morales. Celles-ci se voit obligées de s’enregistrer
auprès du « Department of State’s Office Defense Trade Control » si elles fabriquent ou
exportent des services et des biens dans le domaine de la défense. Si le contrat est supérieur à
50 millions de dollars, il sera alors soumis à l’autorisation du Congrès. D’un point de vue
pénal, les entreprises en contrat avec le Department of Defence peuvent être poursuivies à
travers la loi sur la compétence militaire extraterritoriale. Le « Military Extraterritorial

99
United States Code, International Traffic Arms Regulation, Titre 22, Section 2751 à 2799.

79
Jurisdiction Act »100 donne le pouvoir au cours fédérales de poursuivre les anciens militaires
et les civils accompagnants les forces armées. Une autre directive, d’octobre 2005, fixe des
règles les concernant101. Cette directive est un guide qui fixe les conditions générales dans
lesquelles peuvent être engagés et employés les membres de SPIM.

La Grande Bretagne organise une réponse à la question des SPIM en 2002, après que
la société Sandline International se soit retrouvée au centre d’un scandale au Sierra Leone.
Cette réponse prend la forme du « Green paper on PMCs »102. Ce rapport met en évidence les
risques et les incertitudes liées aux SPIM. Une régulation y est proposée, suivant les grandes
lignes du modèle américain d’habilitation. Deux propositions doivent retenir notre attention
dans ce rapport, d’abord celle visant à inscrire les SPIM sur un registre spécial géré par le
gouvernement, ensuite la possibilité d’attribuer une licence délivrée par le gouvernement qui
préciserait le type d’activité de la SPIM, les pays autorisés à bénéficier de ses services, et le
recrutement possible par ces sociétés. La même année, après réception de ce rapport et
relecture, la Chambre des Communes insistera sur la nécessité de distinguer des activités
licites et d’autres illicites103. Bien que ces recommandations n’aient pas encore été adoptées
sous forme de lois et qu’il n’existe pas encore de lois spécifiques pour les SPIM, certains
textes permettent d’apporter un cadre à leur activité. Les lois sur l’exportation des armes104,
sur les entreprises de sécurité privée qui réglemente la protection des personnes et des
biens105, ainsi que la loi sur les forces armées106, permettent dans une certaine mesure
d’appliquer un cadre législatif au SPIM.

2. Les cas français et italien

Il n’existe aucune loi en France qui fait spécifiquement référence au cas des SPIM.
Cependant, certains textes sont applicables bien qu’ils ne se référent pas directement à ce
secteur. La loi qui s’en rapproche le plus est celle relative au mercenariat. La loi n°2003-340

100
US Congress, Military Extraterritorial Jurisdiction Act, Chapter 12, voté le 22 novembre 2000.
101
DoD instruction 3020.41: Contractor personnel authorized to accompany the U.S. armed forces, 3 octobre
2005.
102
Foreign and Commenwealth Office, Private Military Companies: Options for Regulation, Return to an
Address of the Honourable the House of Commons, Green Paper, London, FCO, 2002.
103
House of Commons, Ninth report, Commission des affaires étrangères de la Chambre des Communes,
Londres, 23 juillet 2002.
104
United Kingdom, Export Control Act 2002.
105
United Kingdom, Private security Industry Act 2001.
106
United Kingdom, The armed forces (service civilian court) Rules 2009, 7 mai 2009

80
du 14 avril 2003107 fait référence à une définition du mercenariat qui ne couvre pas le champ
des SPIM. On peut cependant remarquer que cette loi est un garde fou permettant d’éviter de
possibles dérives de ces sociétés, bien que ce ne soit pas sont objectif à l’origine. La
définition du mercenariat qui y est faite est trop restrictive pour englober le large panel
d’activités qui intéresse les SPIM. En outre, cette loi se caractérise par une interdiction stricte
et sanctionne cette activité par des peines lourdes, ce qui n pas du tout intéressant pour le cas
des SPIM.

D’autres lois concernent cependant ce secteur. Comme dans les autres pays les lois
sur l’exportation d’armement s’appliquent aux SPIM françaises. En tant que société de droit
privée, les SPIM sont considérées comme des personnes morales et elles doivent se
conformer au droit des sociétés et au droit du travail. Aussi, en matière pénale, elles sont
responsables des faits commis en leur noms par leur représentant et les supérieurs
hiérarchiques de leur personnel, civils ou militaires, seront responsables de leurs actes. La loi
sur les activités de sécurité privée sur le territoire national108 peut aussi être applicable aux
SPIM, ainsi selon la juridiction française, leurs membres seront limités à la légitime défense.
La notion de légitime défense peut varier selon les pays dans lequel les membres d’une SPIM
interviennent, cependant, considéré comme un droit inaliénable, un contrat ou une loi ne
saura empêcher quiconque d’en faire usage.

L’Italie non plus ne connait pas de loi se référant directement aux SPIM. Cependant,
plusieurs lois peuvent cadre leur activité, et certains jugements pourraient faire jurisprudence.
De plus, l’Italie a également signé le Document de Montreux109 et l’article 47 du premier
protocole additionnel à la convention de Genève, relatif à la répression du mercenariat. Un
article de la loi italienne doit retenir notre attention en particulier, l’article 288 du Code
pénale, relatif à l’enrôlement ou l’armement non autorisé au service d’un Etat étranger :

« Celui qui, dans l'état sans l'approbation du gouvernement enrôle ou arme des citoyens,
pour œuvrer en faveur ou au service de l'étranger, est puni d'un emprisonnement de trois à
six ans. (…) »110

107
République Française, Loi n°2003-340 du 14 avril 2003 relative à la répression de l’activité de mercenaire.
108
République Française, Loi n°83-629 du 12 juillet 1983 règlementant les activités privées de sécurité.
109
Le 15.06.2009

110
Art. 288 Arruolamento o armamenti non autorizzati a servizio di uno Stato estero

81
Cet article a été utilisé par le ministère public pour porter le cas Quattrochi111 devant
le tribunal de Bari le 27 septembre 2007. Salvatore Stefio, PDG de la Presidium Corporation
a été accusé de contrevenir à l’article en question. Salvatore Stefio faisait parti des otages en
Irak. Le procès s’est soldé par un non lieu, le 16 juillet 2010. Le juge déclarera à la fin du
procès : « Le seul résultat positif de ce processus est que, à partir de maintenant, ces gens ne
seront plus appelés mercenaires. Leur conduite a été tout à fait légitime et légale et n'avait
rien à voir avec le militantisme »112Ce jugement est particulièrement intéressant pour notre
démarche, puisqu’il affirme la légitimité des SPIM et de leurs membres. Il ne répond pas
cependant au jugement de leurs actes délictueux. Pour répondre à cela, le gouvernement
Berlusconi a soumis une proposition de loi tout à fait intéressante. Cette proposition aurait
permis de donner à tout italien présent en zone de conflit un statut qui le soumettait au code
militaire de guerre. Cela aurait concerné tous les civils italiens en Afghanistan et Irak, comme
les membres des forces armées, c'est-à-dire aussi bien les journalistes, les membres d’ONG,
d’entreprises de reconstruction, de SPIM que les militaires. Le code militaire de guerre
prévoit que tout acte illicite sera jugé par un tribunal militaire et selon le code de la guerre.113
Cela résoudrait nombre de problèmes posés par le statut des membres des SPIM.

Section 2 : Cadre international

A. Pourquoi une législation internationale?

On a pu voir dans la section précédente que la répression des violations au droit par
les SPIM est possible sur le plan juridique, bien qu’aucune législation actuelle n’est vraiment
efficace. On a aussi pu entrevoir que sur le plan politique cela posait beaucoup plus de
problèmes et qu’en fin de compte la compétence des tribunaux nationaux était difficilement
envisageable. Si l’on a pu parler de vide juridique entourant la question des SPIM, c’est

“Chiunque, nel territorio dello Stato e senza approvazione del Governo arruola o arma cittadini, perche’
militino al servizio o a favore dello straniero, e’ punito con la reclusione da tre a sei anni. La pena e’
aumentata se fra gli arruolati sono militari in servizio, o persone tuttora soggette agli obblighi del servizio
militare.”

111
Expliqué en Partie 1, Chap.1, Sct. 2, B. 1.
112
«L’unico dato positivo di questo processo - ha aggiunto - è che, d’ora in poi, queste persone non potranno
più essere chiamate mercenari. La sentenza ha confermato che mancava qualunque profilo penale nelle
condotte dei due imputati. Condotte assolutamente legittime e lecite che nulla avevano a che vedere con la
militanza»
113
C. De Fiores, L’Italia ripudia la guerra ?, Roma, Ediesses-Crs, 2002

82
surtout à cause de l’impunité dont leur personnel semble jouir. Il y a un certain refus des Etats
à légiférer sur leur statut et c’est surtout à cela que tient cette impunité. C’est une immunité
de fait114 mais aussi dans certains cas une immunité de droit. En effet, Paul Brenner,
administrateur du gouvernement provisoire irakien émet en juin 2004 un décret, l’Ordre
n°17115. Une immunité y est accordée aux employés privés travaillant pour les Etats-Unis en
Irak. Si les Etats se dédouanent de leur compétence en matière pénale en ce qui concerne les
SPIM, la solution pourrait être de recourir à des organismes internationaux.

Recourir aux mécanismes internationaux pourrait être vu comme une solution,


seulement le DIH ne traite pas des entités morales. Les SPIM, à l’instar de toute autre société
de droit privé seront considérées comme des personnes morales et leur responsabilité pénale
sur le plan international n’existe pas, elles ne peuvent répondre de leurs actes que devant les
tribunaux de leur Etat d’origine. Aucune instance internationale n’a compétence pour juger
les personnes morales et elles ne s’intéressent qu’aux personnes physiques. Les dirigeants des
SPIM peuvent cependant être considéré comme responsables des actes de leurs employés et
être poursuivis sur le plan international. Il nous faut alors expliciter les possibilités d’un
recours aux législations internationales pour juger les responsables ou membres de SPIM
liées à des faits répréhensibles.

B. Les dispositions internationales.

Comme tous les acteurs d’un conflit, les SPIM sont soumises à la contrainte juridique
du droit international humanitaire et du droit des conflits armés. Pourtant, on a pu voir
qu’elles s’affranchissent régulièrement de ces normes. Comment cela est-il possible et quelles
solutions ont été pensées pour y remédier?

1. Les textes internationaux sur les SPIM

Deux textes à valeur internationale intéressent le cas des SPIM. D’une part, dans le
Droit International Humanitaire, il faudra s’arrêter sur l’article 47 du premier Protocole
Additionnel du 8 Juin 1997 relatif à la protection des victimes dans les conflits armés

114
De nombreux incidents impliquant des membres de SPIM sont restés impunis, comme la fussilade de Nisour
en 2007 qui est l’exemple le plus flagrant, détaillé par Jeremy Scahill dans Blackwater, l’ascension de l’armée
privée la plus puissante du monde, Actes Sud, Coll. Questions de société, 2008, 400 p.
115
Coalition Provisional Authority, Order n°17, CPA/ORD/27June2004/17

83
internationaux. D’autre part dans le droit international général, où l’on peut rencontrer la
Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction
des mercenaires du 4 décembre 1989.

L’article 47 du Premier Protocole Additionnel aux Conventions de Genève définit le


statut de mercenaire. Six critères cumulatifs permettent d’attribuer le statut de mercenaire.
Cette définition est beaucoup trop restrictive et elle ne peut concerner les membres des SPIM.
Elle ne saisit pas du tout la complexité du phénomène de la privatisation des conflits et se
réfère à un modèle du mercenariat aujourd’hui dépassé. La définition du mercenariat qui y est
faite dépeint des activités qui sont proches de celles réalisées par les SPIM mais les critères
cumulatifs rendent les textes inopérants. La convention internationale de 1989 reprend cinq
des six critères de cette définition et ne permet pas plus d’assimiler les SPIM à sa définition
du mercenariat. Analysons deux de ces critères116 pour voir en quoi ils sont inapplicables aux
SPIM:

a) qui est spécialement recruté dans le pays ou à l’étranger pour combattre dans un
conflit armé

Les membres des SPIM ne sont pas recrutés spécifiquement pour un conflit, les
contrats de travail ne stipulent pas de conflits particuliers. De plus aucun recrutement par les
SPIM ne prône l’éventualité de « combattre ». Les missions proposées officiellement ne
dépassent généralement pas le cas de la protection.

b) qui prend une part directe aux hostilités;

Ce critère ne correspond pas à la plupart des activités des SPIM. Qui plus est, le fait
de prendre part directement aux hostilités est une notion assez floue, qui n’est pas définie
dans le DIH et qui peut permettre des interprétations très variées.

Il est évident que les membres des SPIM ne sont pas concernés par la définition du
mercenariat que l’on retrouve dans les textes internationaux. Ceci est notamment du aux
critères cumulatifs de ces définitions. Pourtant le phénomène des SPIM a pu être qualifié de «
mercenariat entrepreneurial ». Les Nations Unies se sont donc penchées sur la possibilité

116
Définition du mercenariat du Protocole Additionnel aux conventions de Genève, article 47.

84
d’une adaptation des textes à cette nouvelle donne. Ainsi, en 2005, le Haut Commissariat aux
Droits de l’Homme émet un rapport dans lequel apparaît l’éventualité d’étendre la définition
du mercenaire afin « d’inclure dans la nouvelle définition la notion d’entreprise ou de société
de mercenaire »117. Cette initiative ne verra certainement jamais le jour. En effet, l’utilisation
des SPIM est vitale pour plusieurs Etats et ils ne seront jamais signataires d’une convention
qui les assimile au mercenariat. Les membres des SPIM ne peuvent être qualifiés de
mercenaires sur le plan juridique. Alors, quel est leur statut?

2. Le statut des membres des SPIM.

Les contractors ne sont pas des mercenaires, ils ne correspondent pas à la


définition qui en est faîte. Alors qu’on avait cru rencontrer un vide juridique on se
retrouve peut-être dans un excès de précision juridique. Qu’en est-il alors de leur statut, à
quel type d’acteur correspondent-ils? Les membres des SPIM ne représentent pas une réalité
extérieure aux conflits. Ils y participent, et de ce fait ils doivent se voir reconnaître une place
définit comme les autres acteurs.

Le DIH reconnaît deux types d’acteurs : combattants et non-combattants. Où se


situent alors les membres des SPIM? Leurs missions traditionnelles les placeraient du côté
non-combattant, mais comme on l’a déjà vu, il est fréquent de voir ces activités glisser vers la
participation aux hostilités et ces membres se rapprocher de la zone des combats. Dans la
plupart des cas on peut les considérer comme des civils, on parle de « civils accompagnant
les forces ». Ils perdent ce statut dès qu’ils participent aux hostilités. Encore une fois, la
définition laisse place à l’interprétation. Est-ce que la formation et l’accompagnement en tant
que conseiller peuvent être considéré comme une participation directe aux hostilités? Leur
statut est alors à déterminer au cas par cas, la diversité des activités réalisées par les SPIM ne
permettent pas de fixer définitivement leur position. Leur statut peut-il être mouvant, oscillant
entre combattant et non-combattant? Ou alors faut-il créer une nouvelle catégorie?

Cette question de la possibilité de faire intervenir une troisième catégorie a été


examinée par le CICR118. Il a été conclu que l’émergence d’une nouvelle catégorie ou de

117
Shameen Shaista, rapporteuse spéciale, Commission des droits de l’homme, Utilisation de mercenaires
comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux
mêmes, Doc. off AG NU, 60e sess., Doc NU A/60/263 (2005), para. 47
118
CICR, Droit International Humanitaire et les défis posés par les conflits armés contemporains, rapport de la
XXVIIIe conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, 2-6 décembre 2003, p.28.

85
sous-catégories aurait une influence négative sur la mise en œuvre du DIH. Aussi le CICR
rappel : « A moins qu’ils ne fassent partie des forces armées d’un Etat, il s’agit de civils. En
tant que tels, ils ne doivent pas être pris pour cible. Cependant, s’ils mènent des activités qui
reviennent à participer directement aux hostilités, ils perdent cette protection contre les
attaques. Aussi doivent-ils respecter le droit humanitaire en toutes circonstances. Le statut
des entreprises elle mêmes n’est quant à lui, pas réglementé par le droit humanitaire »119.
Même si le statut des membres de SPIM n’est pas très clairement établit ou du moins qu’ils
n’occupent pas une place spécifique, ils restent toujours soumis aux règles coutumières du
DIH. Ces règles s’appliquent indépendamment du statut des individus. Le CICR rappel
cependant ici que les entreprises, personnes morales, n’intéressent pas le DIH. Ainsi on peut
bien voir que le cadre juridique international concernant les SPIM est particulièrement
bancal. Ce cadre a besoin d’évoluer pour englober les activités des SPIM et permettent de les
règlementer afin que tous les partis puissent en tirer un meilleur profit.

119
CICR, La privatisation de la guerre, la sous-traitance des tâches militaires, 2006.

86
CHAPITRE 3
L’encadrement des SPIM

« Si l’Etat libéralise trop rapidement et trop brutalement, alors qu’aucun acteur


national en mesure d’assumer ces délégations de souveraineté n’a émergé, nous
nous retrouverons dans un cas de figure dramatique »
Georges-Henry Bricet des Vallons

• SECTION 1: Pourquoi un encadrement ?

• SECTION 2: Quel encadrement ?

87
Section 1 : Pourquoi un encadrement ?

A. Un devoir, un avantage ?

Après avoir déterminé les relations existant entre les différents acteurs de la
privatisation, nous allons chercher à déterminer ce qui fait la ligne directrice du lien entre
l’Etat et les SPIM. Nous sommes revenus à plusieurs reprises sur le fait que l’Etat se doit
d’exercer un certain contrôle sur ces sociétés. Nous allons ici chercher à récapituler les
raisons de ce fait et nous verrons par la suite comment ce contrôle doit s’effectuer. L’Etat se
doit d’exercer un contrôle sur les SPIM d’une part par devoir, d’autre part par avantage.

1. Un devoir

Comme on peut le voir avec le Document de Montreux, les différents Etats en lien
avec les SPIM, Etats territoriaux, d’origine ou contractant, se doivent d’adapter leur
législation afin qu’elle puisse influer sur les activités des SPIM. Cela se conçoit dans un cadre
rationnel qui donne à l’Etat la première place dans le système d’autorité relatif aux SPIM.
L’Etat qui laisse une société privée empiéter sur ce qui est considéré comme son espace
régalien, doit s’assurer que l’activité d’une telle société ne nuit pas à sa souveraineté. En
légiférant cela lui permet de réaffirmer cette souveraineté. En instaurant un moyen de
contrôle de ces sociétés, l’Etat peut se prémunir de certains risques liés à leur utilisation. Ces
moyens de contrôle doivent aller de pair avec une législation conséquente parce que plus un
Etat contrôle les SPIM et plus leurs agissements pourront être considérés comme une
délégation de la puissance publique. Il s’agira alors pour les institutions de toujours préserver
un droit de regard sur ces sociétés pour que les deux lignes d’intérêts, nationale et privée, ne
s’éloignent pas trop. Moins l’Etat aura de moyens de contrôle face au SPIM et moins il aura
de liberté d’action et d’influence dans la relation qui la lie à un autre acteur. Inversement, des
moyens de contrôle efficaces lui permettraient de se prémunir d’une dérive mercantile de la
part des sociétés privées qui pourraient aller à l’encontre de ses intérêts.

C’est bien à l’Etat qu’il revient d’ajuster le domaine d’intervention de chaque acteur
participant à l’action globale, afin que la protection des intérêts privés n’aille pas à l’encontre
de la défense des intérêts nationaux. Il faut intégrer pleinement les SPIM à la réflexion
stratégique, les faire participer à la phase de préparation et les inclure à la coopération qui

88
doit exister entre les multiples acteurs qui participent à la réalisation de l’objectif stratégique.
C’est de la bonne coordination entre différents acteurs, œuvrant par des actions ponctuelles et
ciblées, dans l’horizon d’un même objectif compris dans le long terme, que se joue le succès
ou l’échec de la phase de normalisation. Il faudra bien définir l’implication des SPIM dans
cette phase afin de prévenir tout risque de confusion et de les éloigner du combat à
proprement parler.

2. Un avantage.

Outre le fait d’être un devoir de l’Etat, le contrôle des SPIM, dans une certaine
mesure, peut représenter un avantage. Un certain cadre donné à ces sociétés pourrait
permettre d’évaluer leurs compétences et de faire en sorte que leurs intérêts se rapprochent
des intérêts nationaux. Dans l’éventualité d’une certaine utilisation de ces sociétés par les
pouvoirs publics, on a pu voir qu’elles pouvaient représenter un outil de diplomatie
informelle voir une force d’appui en matière de politique étrangère. Un cadre serait la
possibilité de faire agir des moyens décisionnels, condition nécessaire à l’utilisation de tout le
potentiel représenté par les SPIM. En organisant la cohabitation entre ces sociétés et les
institutions, celle-ci aura toutes les chances de se transformer en coopération. Il existera alors
une communauté politico-stratégique très forte entre les activités des institutions et celles des
SPIM.

Cependant, tout l’intérêt du privé se révèle dans sa flexibilité, sa capacité


d’adaptation, et sa démarche commerciale. Il faudra éviter d’en faire une excroissance
hybride institutionnelle et privée à la fois. L’activité des SPIM en deviendrait inintéressante.
L’utilisation que le politique peut faire de telles sociétés doit rester ponctuelle. La situation
est différente entre des sociétés plus axées sur la sécurité et la formation et des sociétés se
rapportant à l’externalisation. En effet en ce qui concerne celles proposant des services de
sécurité et de formation, une trop grande implication de l’Etat briderai leur capacité
commerciale et n’intéresserait plus le secteur privé ou les autres contractants cherchant une
certaine indépendance chez le fournisseur de services. En ce qui concerne l’externalisation,
cette utilisation ne peut que se comprendre qu’à travers la mise en place d’un moyen de
contrôle sur les sociétés privées pour ne pas porter atteinte aux capacités opérationnelles des
forces ou créer une dépendance face au privé. Dans les deux cas cependant, le contrôle doit
s’établir selon des règles de coopération, ce qui implique la confiance et la transparence. Il est

89
de la responsabilité de l’Etat de créer un équilibre entre contrôle des activités et liberté
d’action, équilibre subtil mais nécessaire. Il s’agira d’éviter tout pilotage direct de ces
sociétés par les institutions tout en gardant un droit de regard sur leurs activités.

B. La question de l’autorégulation

Si l’on a pu affirmer le rôle central que l’Etat doit jouer dans l’activité des SPIM, ces
dernières n’ont pas attendu que le législateur s’intéresse à leur cas pour organiser une certaine
forme d’autorégulation. Ces sociétés ont pris conscience de la nécessité d’agir selon des
règles conformes aux exigences éthiques de leurs clients. Cela s’est traduit d’une part par le
regroupement des sociétés sous forme d’associations et d’autre part par l’établissement de
codes de conduite relatifs à leurs activités.

1. Le regroupement associatif

Les SPIM se sont regroupées sous forme associative depuis peu. Plusieurs éléments
sont à l’origine de cette initiative. Il s’agit d’une part de se construire une image plus propre
et de se détacher de l’empreinte « barbouzarde » que le secteur pouvait connaître. D’autre
part, cela permet d’offrir un interlocuteur unique et un visage aux clients et aux autorités.
Cela garantie de se positionner de façon plus avantageuse dans le secteur des services à
intérêt militaire. On peut citer plusieurs associations de ce type, l’ « International Peace
Operation Association » (IPOA), la « British Association of Private Security Companies »
(BAPSC) ou la « Private Security Company Association of Irak » (PSCAI).

• L’IPOA regroupe une soixantaine de SPIM d’importance très variée et d’origine


diverses. Les services proposés par cette association couvrent l’ensemble du spectre
de la privatisation. Cette association a pour but de promouvoir l’image de ses
membres, d’insister sur leur légitimité et de mettre en valeur leur bonne foi. Elle est
d’abord naît pour revendiquer le potentiel de ces entreprises à réaliser des missions de
maintien de la paix, en proposant un interlocuteur unique à l’ONU.
• Le BAPSC est une association qui regroupe les SPIM britanniques. Elle a surtout un
rôle de lobbying auprès des autorités britanniques. Elle fonctionne comme un
répertoire de sociétés capables de fournir des services dans l’ensemble des domaines

90
allant de l’externalisation à la sécurité des entreprises. Elle permet de présenter les
différentes SPIM britanniques aux autorités comme un ensemble cohérent.
• Le PSCAI regroupe une partie des entreprises présentes en Irak. Cette association a
comme but de fournir un interlocuteur aux autorités irakiennes et d’aider les
entreprises qui y adhère à renouveler leurs permis de port d’armes et les différentes
licences. Elle offre un répertoire d’une quarantaine d’entreprises.

Il serait avantageux pour les sociétés européennes de créer une telle association afin
de présenter un visage unique aux différents clients potentiels, Etats, entreprises,
organisations internationales ou ONG. Cela serait également avantageux pour les clients qui
auraient à leur disposition un interlocuteur fiable et un véritable répertoire de compétences.
Le sujet à était évoqué dans le débat entre Bruno Delamotte et Georges Henry Bricet des
Vallons120. Alors qu’une telle initiative était fortement conseillée par GH Bricet des Vallons,
cet enthousiasme ne semblait pas partager par Bruno Delamotte qui affirmait « nous sommes
concurrents à Paris, lors des appels d’offres, mais alliés sur le terrain pour assurer la
mission dans les meilleures conditions ».

2. Les codes de bonne conduite

Les différentes SPIM se dotent toutes d’un code de conduite ou d’une charte éthique.
Les associations présentent un code auquel toutes les entreprises doivent se conformer. Ceux
de l’IPOA et du BAPSC font directement référence aux textes fondateurs du DIH et aux
droits de l’homme. Les sociétés qui n’adhèrent pas à ces différentes associations, notamment
les sociétés françaises ou italiennes, se dotent de façon autonome d’un tel code et affirment la
conduite éthique de leurs activités. On peut encore une fois citer le PDG de Risk&Co, « La
seule chose sur laquelle il ne peut y avoir de compromis est l’éthique ». La plupart de ces
codes de conduite peuvent être trouvé sur les pages internet des différentes sociétés.
Cependant, on peut mettre en doute la viabilité d’initiatives autonomes comme celles-ci. En
effet, personne ne peut contrôler le fait que ces sociétés respectent effectivement les règles
dont elles se réclament.

Une initiative très récente121 change la donne en ce qui concerne l’autorégulation. A la


suite du Document de Montreux qui regroupait les Etats sur la question de SPIM, La Suisse a
120
Sur le site du journaliste Jean-Dominique Merchet. www.secretdefense.com
121
Le 9 novembre 2010, 58 SPIM signent le même code de conduite.

91
regroupé les SPIM sur la question de l’éthique. Cette rencontre a permis d’établir un
document, l’International code of conduct for private security service providers. Les
signataires de ce document s’engagent tous à respecter scrupuleusement les règles qui y sont
édictées. On y retrouve les plus grandes sociétés du secteur du secteur, notamment Xe
(anciennement Blackwater). La société française GEOS est également signataire, ainsi que la
fameuse AEGIS britannique qui a était en contact avec l’Italie. Ce code représente une
avancée significative en tant qu’il a une vocation internationale et qu’il dépend d’un
organisme extérieur aux sociétés privées. C’est le pendant relatif aux SPIM du Document de
Montreux122.

3. Les limites de l’autorégulation

L’autorégulation des SPIM est sans aucun doute une preuve d’un certain
assainissement du secteur. Les trois niveaux de cette autorégulation, la société seule, dans le
cadre d’une association et dans un cadre supra-associatif (comme on vient de le voir), sont
indispensables mais demeurent insuffisants. L’International code of conduct for private
security service providers doit mettre en place dan les deux ans à venir un organisme qui
permettra de contrôler les activités des signataires et le respect des droits de l’homme. Il
n’aura cependant aucun moyen de sanction mis à part l’exclusion de la charte. Cette initiative
est une avancée certaine mais elle ne peut exclure le rôle des Etats. Elle est à comprendre
comme un protocole additionnel au Document de Montreux. Ainsi, les Etats gardent leur
place d’acteur principal dans la question du contrôle des activités des SPIM. Il ne s’agit pas
que d’une question de droit et de respect des conventions internationales, comme on l’a déjà
vu, il s’agit pour l’Etat de continuer d’affirmer sa souveraineté à travers ces sociétés.

Section 2 : Quel encadrement ?

A. Bonnes pratiques et recommandations

Un certain nombre de textes récents explicitent un certains nombre de consignes pour


une meilleure gouvernance des SPIM par les Etats. On peut notamment citer les « bonnes
pratiques » du Document de Montreux. Ces dernières sont destinées aux Etats et doivent

122
- MONTREUX DOCUMENT ON PERTINENT INTERNATIONAL LEGAL OBLIGATIONS AND
GOOD PRACTICES FOR STATES RELATED TO OPERATIONS OF PRIVATE MILITARY AND
SECURITY COMPANIES DURING ARMED CONFLICT, Croix Rouge, Montreux, 17 September 2008

92
représenter le préalable à tout recours aux SPIM. Elles constituent les éléments élémentaires
d’un encadrement par l’Etat des activités de ces sociétés. Les recommandations123
s’intéressent elles aussi au rôle de l’Etat dans la gestion des SPIM, mais elles s’intéressent à
un champ plus large que le respect des droits de l’homme.

1. Bonnes pratiques

Comme on l’a déjà vu, le Document de Montreux sépare les Etats en trois catégories,
contractant, territorial et d’origine. Des bonnes pratiques correspondent à chaque catégorie.

• En ce qui concerne les Etats contractants, les bonnes pratiques correspondent à des
dispositions pour le recrutement d’une SPIM, la signature du contrat puis le contrôle
de la qualité du service. L’Etat contractant doit en premier lieu délimiter le champ
qu’il souhaite privatiser. Certaines tâches doivent être clairement exclues de ce champ
et d’autres autorisées. Ensuite, il s’agit pour l’Etat de s’assurer de la viabilité de
l’entreprise, en ce qui concerne ses moyens, son personnel, ses antécédents et sa
situation financière. La signature du contrat avec l’entreprise retenue devra prendre en
compte les législations nationales et internationales. Les clauses du contrat doivent
expliciter les obligations et les responsabilités. Pendant la réalisation du contrat et une
fois celui-ci révolu, il est du ressort du contractant de vérifier la qualité du service et
son adéquation avec le droit.
• En ce qui concerne Les Etats territoriaux, leur contrôle des activités des SPIM ne
s’arrête pas lui non plus au respect du droit. L’Etat territorial doit pouvoir s’assurer de
la viabilité des entreprises voulant opérer sur son sol et fournir des autorisations et
licences en conséquence. Le cas du port d’arme est certainement la question la plus
sensible. Cette question devra également être accompagnée de normes quant à l’usage
de ces armes. Il est conseillé aux états territoriaux de mettre en place un organe de
contrôle des SPIM, capable d’inspecter ces sociétés.
• Les Etats d’origine se voient également proposer de bonnes pratiques. Il s’agira pour
eux de mettre en œuvre un dispositif capable de fournir des autorisations d’installation
et d’exploitation. Les activités pouvant relever des SPIM doivent être clairement
établies et distinguées de celles ne pouvant relever que des forces nationales. Ici

123
GAGNER LA BATAILLE CONDUIRE À LA PAIX, Les forces terrestres dans les conflits aujourd’hui et
demain, Armée de Terre, Economica, Paris, France, 2007.

93
encore, il est fait mention de la nécessité de créer un organisme capable de contrôler
ces sociétés et leurs activités.

2. Recommandations

Les Cahiers de l’EMS124 ont émis une liste de recommandations pour l’Etat pour
mieux contrôler un recours au privé. Ces recommandations sont plus portées sur le plan de
l’externalisation que sur celui de la sécurité. Il est principalement recommandé de créer des
outils permettant un certain encadrement des SPIM. Ce sont des outils d’analyse économique,
de contractualisation et de labellisation.
• Recommandations n°6 et n°7: « mettre en place une comptabilité analytique
permettant de mesurer le coût des modes d’actions militaires ».; « se doter d’un outil
méthodologique permettant de juger, (...) de l’intérêt économique du recours au
marché, y compris pour les marchés liés aux opérations » Il s’agit de la mise en place
d’un outil économique permettant de justifier ou non le recours à un prestataire privé.
• Recommandations n°9 et n°10: « se doter d’une capacité d’évaluation de la
prestation fournie dans chaque formation externalisée.» ; « se doter d’une capacité
de contractualisation centralisée ayant accès au retour d’expérience issu des
formations externalisées ». Il s’agit ici d’un outil de contractualisation.
• Recommandations n°11 et n°13: « favoriser au niveau international l’émergence de
normes (...) pour structurer et encadrer l’emploi de la labellisation des SPIM» ; «
développer un système de contrôle-labellisation». Il s’agit dans ces recommandations
de développer un outil de normalisation et de labellisation.

On peut nettement voir plusieurs critères importants se dessiner à travers ces bonnes
pratiques et recommandations. Il y a d’une part l’importance d’œuvrer autant au niveau
national qu’international, et d’autre part la nécessité de créer des outils, permettant de
contrôler la viabilité des entreprises et leur activité à travers le contrat, et permettant une
accréditation à travers la labellisation.

124
GAGNER LA BATAILLE CONDUIRE À LA PAIX, Les forces terrestres dans les conflits aujourd’hui et
demain, Armée de Terre, Economica, Paris, France, 2007.

94
B. Un nouveau modèle?

«L’urgence est à la recherche d’une forme de consensus»


Georges Henry Bricet des Vallons

Tout au long de notre étude nous nous sommes arrêté à de nombreuses reprises sur la
nécessité de déterminer une nouvelle approche de la question des SPIM par le politique. Si
cette démarche est largement amorcée, elle n’a pas encore aboutie, et il devient urgent de
fixer une certaines normalisation du recours aux SPIM afin de permettre aux Etats de se
servir au mieux de ces sociétés, de redynamiser le marché, et de s’assurer d’un respect du
droit. A travers les différents moments de notre étude nous en sommes arrivés à la conclusion
que deux outils principaux seront nécessaires à l’encadrement par l’Etat des SPIM, la
labellisation et les contrats.

1. Les contrats

Un contrat est par définition un acte passé entre deux entités. Sa réalisation doit donc
intéresser chaque partie. Or, comme on l’a déjà vu, dans le cas des SPIM, le contractant peut
être un Etat, une entreprise, une ONG ou une organisation internationale. Comme on l’a déjà
vu également, l’Etat d’origine doit avoir une vue d’ensemble des relations qui lient ces
différents acteurs. La réflexion sur les contrats doit donc réunir ces trois parties, SPIM, Etat
d’origine et contractant. C’est l’Etat qui doit avoir le dernier mot dans cette discussion.
Cependant il ne doit pas avancer seul, cela risquerait de créer un modèle trop rigide, un cadre
trop strict dans lequel les SPIM ne pourraient pas évoluer de manière compétitive. Lorsque
l’Etat décide seul, cela a tendance à créer des modèles technocratiques et administratifs. Les
régulations que l’Etat se doit de mettre en place ne doivent pas peser sur les activités des
SPIM et leurs profits. C’est le seul moyen de maximiser l’efficacité de ces sociétés. L’Etat
doit trouver un moyen de contrôler leur activité sans pour autant leur ajouter des contraintes
et les priver d’une marge de manœuvre qui fait tout leur intérêt. A travers les discussions sur
le modèle de contrats à adopter, une véritable relation de confiance doit se nouer entre l’Etat
et les acteurs privés. C’est dans cette voie que le SGDSN125 semble progresser. Des
fonctionnaires de cette institution ont en effet rencontré à plusieurs reprises des
administrations et des opérateurs privés. Ils proposeront à la fin de l’année des

125
Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale

95
recommandations permettant aux sociétés d’obtenir des contrats en zone de guerre.126 A
l’heure actuelle, tous les contrats de sécurité de l’Union Européenne sont détenus par des
groupes britanniques (Hart security, Page Group). Seule la société française GEOS assure la
sécurité de certaines missions d’observation électorale de l’Union Européenne en Afrique. Il
semble important que plus de société européenne aient accès à ces contrats. Il faut que l’Etat
prenne en compte dans sa réponse au problème de la privatisation les attentes des différents
acteurs. Il doit être possible d’améliorer l’encadrement à travers une meilleure gestion des
contrats.

Comme l’a déjà précisé le Document de Montreux, il est nécessaire de faire un effort
sur la révision des contrats. Une fois le choix de l’entreprise réalisé, plusieurs mesures sont à
prendre pour s’assurer du respect des exigences du contractant et pour faciliter un futur
contrat:
• Se conformer à la législation de l’Etat territorial et à la législation internationale.
• Identification individuelle du personnel.
• Conditions de sous-traitance.
• Normes de transparence.
• Règles d’emploi des armes.
• Obligations de comptes rendus au contractant.
• Recours à des contrôleurs qualité.
• Centralisation des informations relatives aux contrats et à leur exécution.

2. La labellisation

Comme on vient de le voir, certaines mesures sont à prendre pour améliorer


l’encadrement des SPIM à travers le contrat. Cependant, le problème se pose toujours en ce
qui concerne le choix de l’entreprise avant la réalisation du contrat. L’Union Européenne a
rencontré de sérieux problèmes de sécurité en Afghanistan parce que le choix de la société
n’avait pas été judicieux et qu’aucun moyen de contrôle était à sa disposition127. En effet, il
semblerait que la société employé n’était absolument pas compétente pour remplir les
missions de sécurité qui lui étaient confiées. De plus, la situation d’insuffisance a duré
plusieurs mois, « la sécurité n’a pas été assurée entre août 2009 et fin 2009 ». Pour éviter

126
Communiqué de KAIS international le 20/09/10
127
Jean Quatremer, Afghanistan : La Commission européenne est accusée d’avoir exposé la vie de son
personnel à Kaboul, Le Temps, 23 mars 2010.

96
que ce genre de situation se reproduise, il est essentiel de créer une certaine forme de
labellisation qui permette d’être assuré du sérieux d’une entreprise avant de recourir à ses
services. L’émergence d’un nouveau texte pourrait permettre de fixer un certain nombre de
normes. Les sociétés qui s’y conformeraient pourrait alors recevoir une certain accréditation
leur permettant d’offrir leurs services aux entreprises. C’est dans cette voie que souhaite
œuvrer le préfet Jean Louis Blanchou, futur délégué interministériel à la sécurité privée.
Pourtant, les SPIM ont soutenues lors de leurs rencontres avec le SGDSN qu’une législation
supplémentaire serait plus contraignante que positive pour leur secteur. De plus, de telles
accréditations ont déjà été données dans le cadre de contrats d’Etat128. Bien que tout doit
passer par la concertation, de telles accréditations semblent inévitables maintenant que les
autorités publiques se sont saisies du débat. Elles sont également nécessaires pour que les
SPIM européennes sortent d’un certain artisanat et que leurs activités se normalisent un
minimum. Ainsi, pour Ewald Wolfle, président de Prevention Risk Group SAS, « il serait
souhaitable d’avoir une bonne réactivité des autorités en matière d’autorisation (type
CIEMG) pour ne pas voir des marchés échapper aux PME françaises»129.

Si les entreprises et les autorités françaises se sont saisies du débat, c’est également le
cas au niveau européen. La 79e session de la Commission de Venise s’y intéresse et émet un
ensemble de recommandations dont l’Assemblée parlementaire du conseil de l’Europe a pris
note le 26 avril 2010 lors de la 1083e réunion des délégués des ministres. Il y est clairement
mentionné que l’Assemblée Parlementaire est favorable à la mise en place de normes à
l’échelle européenne qui s’appuierait sur des normes nationales éprouvées. C’est une
occasion pour un pays européen de se positionner en chef de file dans ce domaine et
d’exporter son expertise à l’échelle européenne. Outre le fait d’établir des critères de
normalisation permettant l’élaboration d’un label, il est également fait mention de la nécessité
de mettre en place un organisme administratif capable de contrôler les conditions
d’acquisition et de maintien de ce label.

Pour atteindre la possibilité de la labellisation, on observe que l’encadrement des


SPIM doit se faire à plusieurs niveaux et sur deux plans:
• 1er plan, autorégulation des SPIM : sur trois niveaux, l’entreprise, l’association, le
code de conduite international.

128
La société Amarante assure depuis 2008 la protection d’éléments de la fusée Ariane, GEOS fournit des
services de communication à l’OTAN en Afghanistan.
129
Intervention d’Ewald Wolfle le 25/10/2010 sur le site du journaliste Dominique Merchet

97
• 2ème plan, encadrement par les institutions: sur trois niveaux, national, au niveau
d’une organisation régionale (exemple UE), au niveau international (Document de
Montreux, ONU)

98
Conclusion

Les SPIM sont aujourd’hui des acteurs majeurs des conflits armés et de la sécurité
internationale. Le recours à leurs services a cependant pu être controversé et n’est pas une
pratique répandue dans de nombreux pays européens. Cette situation nuit à ces sociétés
comme aux institutions.

Nous en sommes ainsi venus à poser ce problème dans l’introduction : « Comment


accompagner le développement des SPIM pour qu’elles servent au mieux les intérêts de leurs
pays respectifs tout en réalisant leurs propres objectifs? ». Nous y avons répondu à travers
deux axes majeurs. Il a d’abord fallu établir les caractéristiques d’une nouvelle légitimité de
ces sociétés et ensuite exprimer les conditions de leur encadrement. Nous y avons confirmé
nos trois hypothèses de départ. Les SPIM ne peuvent se comprendre que dans leur relation à
l’Etat. Elles représentent un vecteur stratégique pour lui. La création d’un modèle européen
de recours aux SPIM est envisageable.

La légitimité du recours aux SPIM s’établit par deux points principaux. D’une part,
ces sociétés représentent un intérêt certain pour leur Etat d’origine mais aussi pour tous leurs
autres contractants. D’autre part, elles peuvent s’inscrire dans la stratégie générale des pays,
dans le cadre d’une action globale, de façon à œuvrer pour la réussite de l’objectif
stratégique. C’est notamment le cas dans les conflits contemporains comme l’Irak et
l’Afghanistan. L’encadrement des SPIM doit passer par plusieurs initiatives du politique, un
processus législatif clarifiant le statut de ces sociétés et de leurs employés, un cadre normatif
réglant les contrats, un organisme de contrôle de ces sociétés permettant une labellisation et
délivrant des accréditations. Cet encadrement peut être réalisé à plusieurs niveaux, au niveau
de l’Etat, au niveau de l’Union Européenne et au niveau international.

Une légitimité acquise et un encadrement adéquat devrait permettre de réaliser une


véritable communauté politico-stratégique entre les SPIM et l’Etat. Cependant, les relations
entre ces deux acteurs doivent être réglées par la confiance et la transparence et ne doivent
pas sombrer dans des travers administratifs trop rigides. Les organes de contrôle des sociétés
doivent pouvoir s’adapter à la souplesse des entreprises et ne pas leur donner un cadre trop
rigide qui causerait la perte de tout l’intérêt que représentent ces sociétés et mènerait nombre
d’entre elles à se délocaliser.

99
La France et l’Italie ont tout deux un potentiel certain pour se positionner sur le
marché mondial des SPIM mais un pas supplémentaire est nécessaire pour permettre sa
réalisation. La réflexion sur le sujet en France devient de plus en plus précise et se rapproche
de plus en plus d’une action du politique sur le sujet. La situation au niveau des institutions
européennes semble elle aussi prête à accueillir une initiative permettant aux SPIM de
s’inscrire plus profondément dans la politique extérieure des Etats. Un pays européen
franchissant le pas et proposant un modèle différent du modèle anglo-saxon a toutes les
chances de se positionner de façon avantageuse sur la scène européenne, et pourquoi pas de
faire figure de chef de fil en matière de recours aux SPIM.

100
Tables des annexes

Annexe 1 : Recommandations des Cahiers de l’EMS.

Annexe 2 : Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement


et l’instruction des mercenaires du 4 décembre 1989.

Annexe 3 : Enseignements du Cahier de la recherche doctrinale

Annexe 4 : Loi Française du 14 Avril 2003

Annexe 5 : Code de conduite de l’International Peace Operation Association

Annexe 6 : Sources humaines/entretiens

101
ANNEXE 1

Recommandations
Cahiers de l’EMS

- R1 : intégrer la possibilité de recours aux SPIM par nos forces ou par les autres acteurs du théâtre dans
les travaux de planification.

- R2 : quelle que soit la fonction externalisée, dans la génération de force, conserver une compétence
militaire et une capacité de remontée en puissance pour ne pas rendre les armées dépendantes d’un
marché captif.

- R3 : intégrer la problématique des SPIM à la réflexion capacitaire en veillant à :


● la continuité de l’offre ;
● l’élaboration de solutions alternatives (modes d’action,
capacités dégradées, stratégies de substitution, etc. ) ;
● s’assurer de l’interopérabilité des SPIM entre elles, et avec l’ensemble des partenaires de la coalition.

- R4 : approfondir le recours possible à l’externalisation dans les domaines capacitaires connaissant des
RTC et n’étant pas susceptibles d’être impliqués dans l’action armée.

- R5 : intégrer le recours aux SPIM dans l’emploi des forces (dans les domaines évoqués ci-dessus) en
formant les cadres militaires, en organisant les états-majors pour une aptitude au travail collaboratif avec
elles.

- R6 : mettre en place une comptabilité analytique permettant de mesurer le coût des modes d’actions
militaires.

- R7 : à l’image des travaux menés dans le cadre des contrats de partenariats public-privé, se doter d’un
outil méthodologique permettant de juger, avec l’ensemble des paramètres pertinents, de l’intérêt
économique du recours au marché, y compris pour les marchés liés aux opérations.

- R8 : dans le cas particulier des fonctions exercées sur les théâtres d’opérations, ne pas mettre l’analyse
économique au centre du processus de décision entre option militaire et option privée.

- R9 : se doter d’une capacité d’évaluation de la prestation fournie dans chaque formation externalisée
(outils de reporting, indicateurs de performance, organisation chargée d’assumer cette fonction, etc. ).
Disposer à cette fin de contract monitoring team (technique, HSCT, finance).

- R10 : se doter d’une capacité de contractualisation centralisée ayant accès au retour d’expérience issu
des formations externalisées et en mesure de spécifier un effet final recherché (EFR) explicite.

- R 11 : favoriser au niveau international l’émergence de normes en application des principes dégagés au


cours des années récentes (document de Montreux en particulier) pour structurer et encadrer l’emploi et la
labellisation des SPIM.

- R12 : développer une expertise sur le marché des SPIM : solvabilité, expertise, services offerts, objectifs
de développement, stratégies, potentiel.

- R13 : développer un système de contrôle-labellisation en identifiant un acteur étatique unique reposant


sur l’ensemble de ces critères.

- R14 : favoriser la situation de concurrence, notamment en étendant le cadre de prospection au niveau


européen. Rechercher la mutualisation avec nos partenaires (membres de l’UE, autres membres
de la coalition…).

102
ANNEXE 2

Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement


et l’instruction des mercenaires du 4 décembre 1989.

Les Etats parties à la présente Convention,

Réaffirmant les buts et principes consacrés par la Charte des Nations Unies et par la
Déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la
coopération entre les Etats conformément à la Charte des Nations Unies,

Sachant que des mercenaires sont recrutés, utilisés, financés et instruits pour des activités qui
violent des principes du droit international tels que ceux de l'égalité souveraine, de
l'indépendance politique et de l'intégrité territoriale des Etats ainsi que de l'autodétermination
des peuples,

Affirmant que le recrutement, l'utilisation, le financement et l'instruction de mercenaires


doivent être considérés comme des infractions qui préoccupent vivement tous les Etats et que
toute personne ayant commis l'une quelconque de ces infractions doit être traduite en justice
ou extradée,

Convaincus de la nécessité de développer et de renforcer la coopération internationale entre


les Etats
en vue de prévenir, de poursuivre et de réprimer de telles infractions,

Préoccupés par les nouvelles activités internationales illicites liant les trafiquants de drogues
et les mercenaires dans la perpétration d'actes de violence qui sapent l'ordre constitutionnel
des Etats,

Convaincus également que l'adoption d'une convention contre le recrutement, l'utilisation, le


financement et l'instruction de mercenaires contribuerait à l'élimination de ces activités
répréhensibles et, par conséquent, au respect des buts et principes consacrés par la Charte des
Nations Unies,

Conscients que les questions qui ne sont pas réglées par une telle convention continuent d'être
régies par les règles et les principes du droit international,

Sont convenus de ce qui suit:

Article premier

Aux fins de la présente Convention,

1. Le terme "mercenaire" s'entend de toute personne:

a) Qui est spécialement recrutée dans le pays ou à l'étranger pour combattre dans un conflit
armé;

103
b) Qui prend part aux hostilités essentiellement en vue d'obtenir un avantage personnel et à
laquelle est effectivement promise, par une partie au conflit ou en son nom, une rémunération
matérielle nettement supérieure à celle qui est promise ou payée à des combattants ayant un
rang et une fonction analogues dans les forces armées de cette partie;

c) Qui n'est ni ressortissante d'une partie au conflit, ni résidente du territoire contrôlé par une
partie au
conflit;

d) Qui n'est pas membre des forces armées d'une partie au conflit;
et

e) Qui n'a pas été envoyée par un Etat autre qu'une partie au conflit en mission officielle en
tant que
membre des forces armées dudit Etat.

2. Le terme "mercenaire" s'entend également, dans toute autre situation, de toute personne:

a) Qui est spécialement recrutée dans le pays ou à l'étranger pour prendre part à un acte
concerté de violence
visant à:

i) Renverser un gouvernement ou, de quelque autre manière, porter atteinte à l'ordre


constitutionnel d'un Etat; ou

ii) Porter atteinte à l'intégrité territoriale d'un Etat;

b) Qui prend part à un tel acte essentiellement en vue d'obtenir un avantage personnel
significatif et est poussée à agir par la promesse ou par le paiement
d'une rémunération matérielle;

c) Qui n'est ni ressortissante ni résidente de l'Etat contre lequel un tel acte est dirigé;

d) Qui n'a pas été envoyée par un Etat en mission officielle; et

e) Qui n'est pas membre des forces armées de l'Etat sur le territoire duquel l'acte a eu lieu.

Article 2

Quiconque recrute, utilise, finance ou instruit des mercenaires, au sens de l'article premier de
la présente
Convention, commet une infraction au sens de la Convention.

Article 3

1.Un mercenaire, au sens de l'article premier de la présente Convention, qui prend une part
directe à des
hostilités ou à un acte concerté de violence, selon le cas, commet une infraction au sens de la

104
Convention.

2. Aucune disposition du présent article ne limite le champ d'application de l'article 4 de la


présente Convention.

Article 4

Commet une infraction quiconque:

a) Tente de commettre l'une des infractions définies dans la présente Convention;

b) Se rend complice d'une personne qui commet ou tente de commettre l'une des infractions
définies dans la présente Convention.

Article 5

1. Les Etats parties s'engagent à ne pas recruter, utiliser, financer ou instruire de mercenaires
et à interdire les
activités de cette nature conformément aux dispositions de la présente Convention.

2. Les Etats parties s'engagent à ne pas recruter, utiliser, financer ou instruire de mercenaires
en vue de s'opposer à l'exercice légitime du droit inaliénable des peuples à
l'autodétermination tel qu'il est reconnu par le droit international et à prendre, conformément
au droit international, les mesures appropriées pour prévenir le
recrutement, l'utilisation, le financement ou l'instruction de mercenaires à cette fin.

3. Ils répriment les infractions définies dans la présente Convention par des peines
appropriées qui prennent en
considération la nature grave de ces infractions.

Article 6

Les Etats parties collaborent à la prévention des infractions définies dans la présente
Convention, notamment:

a) En prenant toutes les mesures possibles afin de prévenir la préparation sur leurs territoires
respectifs de
ces infractions destinées à être commises à l'intérieur ou en dehors de leur territoire, y
compris des mesures tendant à interdire les activités illégales des individus, groupes ou
organisations qui encouragent, fomentent, organisent ou perpètrent de telles infractions;

b) En coordonnant les mesures administratives et autres à prendre pour prévenir la


perpétration de ces infractions.

Article 7

Les Etats parties collaborent en prenant les mesures nécessaires pour appliquer la présente

105
Convention.

Article 8

Tout Etat partie qui a lieu de croire que l'une des infractions définies dans la présente
Convention a été, est
ou sera commise fournit aux Etats parties intéressés, directement ou par l'intermédiaire du
Secrétaire général de
l'Organisation des Nations Unies, conformément aux dispositions de sa législation nationale,
tous renseignements pertinents dès qu'il en a connaissance.

Article 9

1. Chaque Etat partie prend les mesures nécessaires pour établir sa compétence aux fins de
connaître des infractions définies dans la présente Convention qui sont commises:

a) Sur son territoire ou à bord d'un navire ou d'un aéronef immatriculé dans ledit territoire;

b) Par l'un quelconque de ses ressortissants ou, si cet Etat le juge approprié, par les apatrides
qui ont leur
résidence habituelle sur son territoire.

2. De même, chaque Etat partie prend les mesures nécessaires pour établir sa compétence aux
fins de connaître des infractions définies aux articles 2, 3 et 4 de la présente Convention dans
le cas où leur auteur présumé se trouve sur son territoire et où ledit Etat ne l'extrade pas vers
l'un quelconque des Etats mentionnés au paragraphe 1 du présent article.

3. La présente Convention n'exclut pas une compétence pénale exercée en vertu de la


législation nationale.

106
ANNEXE 3
Enseignement du Cahier de la recherche doctrinale

Enseignement n° 1 :
Employer des Sociétés Militaires Privées peut se justifier pour permettre aux forces
armées de se recentrer sur leur coeur de métier.

Enseignement n° 2 :
Les SMP sont un acteur récent sur les théâtres d’opération de l’époque
contemporaine. Elles représentent une force importante. Il est nécessaire de ne pas
ignorer leur présence pour qu’elles ne deviennent pas un poids contraignant pour
les forces armées.

Enseignement n° 3 :
Sans organe de recensement

Enseignement n° 4 :
L’insécurité mondiale est telle qu’à l’heure actuelle

Enseignement n° 5 :
Les militaires sont souvent tentés par une seconde carrière. Pour certains d’entre
eux

Enseignement n° 6 :
La loi française sur le mercenariat (qui n’est pas synonyme de SMP) est largement
inspirée du Protocole de 1977 additionnel aux Conventions de Genève de 1949.
Ses critères de définition du mercenaire étant cumulatifs

Enseignement n° 7 :
Les SMP sont des entreprises à but lucratif. Aucune loi en France n’empêche la
création d’une telle société

Enseignement n° 8 :
Les contractors français ne peuvent pratiquer en France puisqu’il n’y existe aucune
SMP (à part Secopex). En revanche les compétences des Français sont appréciées
par les pays anglo-saxons.

Enseignement n° 9 :
La fourniture de services de protection est complémentaire au renseignement.
L’insécurité endémique et le désintérêt des forces armées pour les missions de
protection des noncombattants provoquent un afflux de SMP sur les théâtres
d’opérations.

Enseignement n° 10 :
La logistique est le domaine le plus traditionnellement externalisé. Il reste le service
le plus important de la sous-traitance.

Enseignement n° 11 :

107
La frontière entre le service de conseil militaire et opérationnel est floue. Il est alors
facile et tentant pour les SMP de la franchir.

Enseignement n° 12 :
Les débordements et abus des mercenaires de la décolonisation ont conduit les
États et institutions à se doter des lois nationales et internationales. Cependant
celles-ci ne semblent pas adaptées à la régulation aujourd’hui de certains
débordements et abus des contractors.

Enseignement n° 13 :
L’emploi des SMP est un enjeu complexe. Il est essentiel de s’adapter à leur
présence et d’adopter des mesures de contrôles efficaces.

Enseignement n° 14 :
Les SMP ont besoin d’être bien encadrées pour devenir des acteurs non étatiques
de la Défense légitimes.

108
ANNEXE 4
Loi Française du 14 Avril 2003

L'Assemblée nationale et le Sénat ont adopté,


Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

Article unique

Après le chapitre V du titre III du livre IV du code pénal, il est inséré un chapitre VI ainsi
rédigé :

Chapitre VI « De la participation à une activité de mercenaire


Art. 436-1. - Est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 EUR d'amende le fait :

1° Par toute personne, spécialement recrutée pour combattre dans un conflit armé et qui n'est
ni ressortissante d'un Etat partie audit conflit armé, ni membre des forces armées de cet Etat,
ni n'a été envoyée en mission par un Etat autre que l'un de ceux parties au conflit en tant que
membre des forces armées dudit Etat, de prendre ou tenter de prendre une part directe aux
hostilités en vue d'obtenir un avantage personnel ou une rémunération nettement supérieure à
celle qui est payée ou promise à des combattants ayant un rang et des fonctions analogues
dans les forces armées de la partie pour laquelle elle doit combattre ;

2° Par toute personne, spécialement recrutée pour prendre part à un acte concerté de violence
visant à renverser les institutions ou porter atteinte à l'intégrité territoriale d'un Etat et qui
n'est ni ressortissante de l'Etat contre lequel cet acte est dirigé, ni membre des forces armées
dudit Etat, ni n'a été envoyée en mission par un Etat, de prendre ou tenter de prendre part à un
tel acte en vue d'obtenir un avantage personnel ou une rémunération importante.

Art. 436-2. - Le fait de diriger ou d'organiser un groupement ayant pour objet le recrutement,
l'emploi, la rémunération, l'équipement ou l'instruction militaire d'une personne définie à
l'article 436-1 est puni de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 EUR d’amende 164 « Art.
436-3. - Lorsque les faits mentionnés au présent chapitre sont commis à l'étranger par un
Français ou par une personne résidant habituellement sur le territoire français, la loi française
est applicable par dérogation au deuxième alinéa de l'article 113-6 et les dispositions de la
seconde phrase de l'article 113-8 ne sont pas applicables.

Art. 436-4. - Les personnes physiques coupables des infractions prévues par le present
chapitre encourent également les peines complémentaires suivantes :

1° L'interdiction des droits civiques, civils et de famille, suivant les modalités prévues par
l'article 131-26 ;

2° La diffusion intégrale ou partielle de la décision ou d'un communiqué informant le public


des motifs et du dispositif de celle-ci dans les conditions prévues par l'article 131-35

3° L'interdiction de séjour, suivant les modalités prévues par l'article 131-31.

Art. 436-5. - Les personnes morales peuvent être déclarées responsables pénalement, dans
les conditions prévues par l'article 121-2, de l'infraction définie à l'article 436-2.

109
Les peines encourues par les personnes morales sont :

1° L'amende, selon les modalités prévues par l'article 131-38 ;

2° Les peines mentionnées à l'article 131-39. « L'interdiction mentionnée au 2° de l'article


131-39 porte sur l'activité dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de laquelle l'infraction
a été commise. »

La présente loi sera exécutée comme loi de l'Etat.


Fait à Paris, le 14 avril 2003.

110
ANNEXE 5
Code de conduite de l’International Peace Operation Association

INTERNATIONAL PEACE OPERATIONS ASSOCIATION

Code of Conduct
Preamble: Purpose

This Code of Conduct seeks to ensure the ethical standards of International Peace
Operations Association member companies operating in conflict and post-conflict
environments so that they may contribute their valuable services for the benefit of
international peace and human security.

Additionally, Signatories are encouraged to follow all rules of international


humanitarian law and human rights law that are applicable as well as all relevant
international protocols and conventions, including but not limited to:

• Universal Declaration of Human Rights (1948)


• Geneva Conventions (1949)
• Convention Against Torture (1975)
• Protocols Additional to the Geneva Conventions (1977)
• Chemical Weapons Convention (1993)
• Voluntary Principles on Security and Human Rights (2000)

Members of IPOA are pledged to the following principles in all their operations:

1. Human Rights

1.1. In all their operations, Signatories will respect the dignity of all human beings
and strictly adhere to all relevant international laws and protocols on human rights.

1.2. In all their operations, Signatories will take every practicable measure to
minimize loss of life and destruction of property.

2. Transparency

2.1. Signatories will operate with integrity, honesty and fairness.

2.2. Signatories engaged in peace or stability operations pledge, to the extent possible
and subject to contractual and legal limitations, to be open and forthcoming with the
International Committee of the Red Cross and other relevant authorities on the
nature of their operations and any conflicts of interest that might in any way be
perceived as influencing their current or potential ventures.

111
3. Accountability

3.1. Signatories understand the unique nature of the conflict/post-conflict


environment in which many of their operations take place, and they fully recognize
the importance of clear and operative lines of accountability to ensuring effective
peace operations and to the long-term viability of the industry.

3.2. Signatories support effective legal accountability to relevant authorities for their
actions and the actions of company employees. While minor infractions should be
proactively addressed by companies themselves, Signatories pledge, to the extent
possible and subject to contractual and legal limitations, to fully cooperate with
official investigations into allegations of contractual violations and violations of
international humanitarian law and human rights law.

3.3. Signatories further pledge that they will take firm and definitive action if
employees of their organization engage in unlawful activities.

4. Clients

4.1. Signatories pledge to work only for legitimate, recognized governments,


international organizations, non-governmental organizations and lawful private
companies.

4.2. Signatories refuse to engage any unlawful clients or clients who are actively
thwarting international efforts towards peace.

4.3. Signatories pledge to maintain the confidentiality of information obtained


through services provided, except when doing so would jeopardize the principles
contained herein.

5. Safety

5.1. Recognizing the often high levels of risk inherent to business operations in
conflict/post-conflict environments, Signatories will always strive to operate in a
safe, responsible, conscientious and prudent manner and will make their best efforts
to ensure that all company personnel adhere to these principles

6. Employees

6.1. Signatories ensure that all their employees are fully informed regarding the level
of risk associated with their employment, as well as the terms, conditions, and
significance of their contracts.

6.2. Signatories pledge to ensure their employees are medically fit, and that all their
employees are appropriately screened for the physical and mental requirements for
their applicable duties according to the terms of their contract.

6.3. Signatories pledge to utilize adequately trained and prepared personnel in all
their operations in accordance with clearly defined company standards.

112
6.4. Signatories pledge that all personnel will be vetted, properly trained and
supervised and provided with additional instruction about the applicable legal
framework and regional sensitivities of the area of operation.

6.5. Signatories pledge that all their employees are in good legal standing in their
respective countries of citizenship as well as at the international level.

6.6. Signatories agree to act responsibly and ethically toward all their employees,
including ensuring employees are treated with respect and dignity and responding
appropriately if allegations of employee misconduct arise.

6.7. Where appropriate, signatories should seek employees that are broadly
representative of the local population.

6.8. Payment of different wages to different nationalities must be based on merit and
national economic differential, and cannot be based on racial, gender or ethnic
grounds.

6.9. In the hiring of employees engaged in continuous formal employment,


signatories agree to respect the age-minimum standard of 15 years of age as defined
by the International Labor Organization Minimum Age Convention (1973).

6.10. No employee will be denied the right to terminate their employment.


Futhermore, no signatory may retain the personal travel documents of its employees
against their will.

6.11. Signatories agree to provide all employees with the appropriate training,
equipment, and materials necessary to perform their duties, and to render medical
assistance when needed and practical.

6.12. Employees will be expected to conduct themselves humanely with honesty,


integrity, objectivity, and diligence.

7. Insurance

7.1. Foreign and local employees will be provided with health and life insurance
policies appropriate to their wage structure and the level of risk of their service as
required by law.

8. Control

8.1. Signatories strongly endorse the use of detailed contracts specifying the
mandate, restrictions, goals, benchmarks, criteria for withdrawal and accountability
for the operation.

8.2. Contracts shall not be predicated on an offensive mission unless mandated by a


legitimate authority in accordance with international law.

8.3. In all cases-and allowing for safe extraction of personnel and others under the
Signatories' protection-Signatories pledge to speedily and professionally comply with
lawful requests from the client, including the withdrawal from an operation if so
requested by the client or appropriate governing authorities.
113
9. Ethics

9.1. Signatories pledge to go beyond the minimum legal requirements, and support
additional ethical imperatives that are essential for effective security and peace
related operations:

9.2. Rules of Engagement

9.2.1. Signatories that could potentially become involved in armed hostilities will
have appropriate "Rules of Engagement" established with their clients before
deployment, and will work with their client to make any necessary modifications
should threat levels or the political situation substantially change.

9.2.2. All Rules of Engagement should be in compliance with international


humanitarian law and human rights law and emphasize appropriate restraint and
caution to minimize casualties and damage, while preserving a person's inherent
right of self-defense. Signatories pledge, when necessary, to use force that is
proportional to the threat.

9.3. Support of International Organizations and NGOs/Civil Society and


Reconstruction

9.3.1. Signatories recognize that the services relief organizations provide are
necessary for ending conflicts and alleviation of associated human suffering.

9.3.2. To the extent possible and subject to contractual and legal limitations,
Signatories pledge to support the efforts of international organizations,
humanitarian and non-governmental organizations and other entities working to
minimize human suffering and support reconstructive and reconciliatory goals of
peace operations.

9.4. Arms Control

9.4.1. Signatories using weapons pledge to put the highest emphasis on accounting
for and controlling all weapons and ammunition utilized during an operation and for
ensuring their legal and proper accounting and disposal at the end of a contract.

9.4.2. Signatories refuse to utilize illegal weapons, toxic chemicals or weapons that
could create long-term health problems or complicate post-conflict cleanup and will
limit themselves to appropriate weapons common to military, security, or law
enforcement operations.

10. Partner Companies and Subcontractors

10.1. Due to the complex nature of the conflict/post-conflict environments,


companies often employ the services of partner companies and subcontractors to
fulfill the duties of their contract.

10.2. Signatories agree that they select partner companies and subcontractors with
the utmost care and due diligence to ensure that they comply with all appropriate
ethical standards, such as this Code of Conduct.

114
10.3. The future of the peace operations industry depends on both technical and
ethical excellence. Not only is it important for IPOA member companies to adhere to
the principles expressed in this Code, each member should encourage and support
compliance and recognition of the Code across the industry.

11. Application

11.1. This Code of Conduct is the official code of IPOA and its member organizations.
Signatories pledge to maintain the standards laid down in this Code.

11.2. Signatories who fail to uphold any provision contained in this Code may be
subject to dismissal from IPOA at the discretion of the IPOA Board of Directors.

11.3. Member companies will endeavor to impart the basic principles of the IPOA Code of
Conduct to their employees.

Version: 11
Adopted: December 1, 2006
Code of Conduct First Adopted: April 1, 2001

115
ANNEXE 6
Sources humaines/Entretiens

Personnes rencontrées Date et lieu du rendez-vous Problématique de


l’entretien
Monsieur Gilles SACAZE, 11 Juin 2010 Le positionnement des SSP
Siège de Gallice face à l’Etat, Le devenir des
PDG de Gallice.
Paris SSP.

Lieutenant-Colonel PASQUI, 4 Novembre 2010, Les relations entre les SPIM


Directeur du pole étude Palazzo Salvieti, et l’armée italienne en Irak et
stratégique du CASD. Rome en Afghanistan.

General de Division 17 septembre 2010, La politique italienne en


GUARNERA, directeur du CeMiSS, matière de recours aux acteurs
CeMiSS, centre d’études Rome privés.
stratégiques.

Monsieur Giordano Frizzo, 19 novembre 2010, Le devenir des SPIM


PDG de Presi Gruppo. Par téléphone. italiennes.

116
Sources et bibliographie

Plan de la bibliographie

I. Ouvrages généraux

II. Travaux universitaires

III. Articles

IV. Conventions et traités internationaux

V. Publications officielles

VI. Textes nationaux

117
I. Ouvrages Généraux

Sur les SPIM :

BRICET DES VALLONS Georges-Henry, Irak terre mercenaire, les armées privées
remplacent les troupes américaines, Favre, Lausanne, 2009, p.88

BABINET Christophe, PALLUD Eric et ETIENNE Pascal, Sociologie des sociétés militaires
privées et conséquences pour les missions des armées régulières, Centre d’études en sciences
sociales de la défense, Information et sûreté économiques, février 2006, p.322

CECILE Jean-Jacques, Les chiens de guerre de l’Amérique : enquête au coeur des sociétés
militaires privées, Paris, Nouveaux monde éd., 2008, 297 p.

CHAPLEAU Philippe, Les mercenaires : De l’Antiquité à nos jours , Rennes, Ed. Ouest
France, Coll. Histoire, 2006, 127 p.

CHAPLEAU Philippe, Les Sociétés Militaires Privées : Enquêtes sur les soldats sans
armées, Rennes, Ed. Du Rocher, coll. L’Art de la guerre, 2005, 310 p.

CHAPLEAU Philippe et MISSIER François, Mercenaires S.A., Paris, éd. Desclée de


Brouwer, 1998, 220 p.

GEDDES J., Autoroute vers l’enfer, Movies Planet, 2007

HUBAC Olivier (dir), Mercenaires et polices privées, la privatisation de la violence armée,


Universalis, 2005, 192 p.

MAKKI Sami, Sociétés militaires privées dans le chaos irakien, in Le Monde Diplomatique,
n°608, novembre 2004

RENOU Xavier (dir.), La privatisation de la violence : mercenaires et sociétés militaires


privées au service du marché, Agone, Coll. Dossiers Noirs, 2006, 488 p.

118
ROCHE Jean-Jacques (dir.), Insécurités publiques, sécurités privées ? Essais sur les
nouveaux mercenaires, Paris, Economica, Coll. Défense, 2005, p. 420 p.

ROSI Jean-Didier, Privatisation de la violence, des mercenaires aux sociétés militaires et de


sécurités privées, Paris, L’Harmattan, Ed. Questions contemporaines, 2009, 280 p.,

SHAHILL Jeremy, Blackwater , l’ascension de l’armée la puissante du monde, Actes Sud,


Coll. Question de société, 2008, 400 p.

SINGER W. Peter, Corporate warriors, the rise of the privatized military industry, New
York, Cornell University Press, 2003, 360 p.

VIGNOLLES Jean-Marie, De Carthage à Bagdad, le nouvel âge d’or des mercenaires, Paris,
Editions des Riaux, 2006, 300 p.

Autre :

MACLEOD Alex, Relations internationales, théories et concepts, Montréal, Athéna, 2004

TILLY Charles, Contrainte et capital dans la formation de l'Europe, 990-1990, Paris, Aubier,
1992.

DENARD Bob et Georges Fleury, Corsaire de la République, Robert Laffont, 1998

DE FIORES C., L’Italia ripudia la guerra ?, Roma, Ediesses-Crs, 2002

119
II. Travaux universitaires

AUZOU Stanislas, Vers des sociétés militaires privées à la française ?, Institut d’études
politiques de Toulouse, 2008.

CBA Poisbeau, Les sociétés militaires privées : Forces supplétives à laisser dans la seule
main d’Adam Smith?, Armée de Terre, France.

Jean-Jacques Roche, «La privatisation de la sécurité porte-t-elle atteinte aux pouvoirs


régaliens de l’Etat», in Des gardes suisses à Blackwater, IRSEM, numéro 2, volume 1, mai
2010.

LALLEMAND Slt, La politique contractuelle du department of state, ESM Saint-Cyr, 2009

DEVO Silété Roselin, Les Sociétés Militaires Privées au regard du droit international, ESM
Saint-Cyr, 2009.

Des gardes suisses à Blackwater, mercenaires et auxiliaires d'hier et d'aujourd'hui, Etudes


de l'IRSEM, Mai 2010, n°2, volume 1

120
III. Articles

Articles de revue :

ADAMS K. Thomas, « The news Mercenaries and the Privatization of conflict, Parameters,
1999, disponible le 25 novembre 2010 sur
http://www.carlisle.army.mil/usawc/parameters/99summer/adams.htm

AOUL Samia Kazi et al. « Les dangers de la privatisation de la gestion du risque des
investissements en Afrique : Les activités minières et l’emploi de compagnies privées de
sécurité », Table de concertation sur les droits humains au Congo/Kinshasa, Montréal, Mars
2000 disponible le 29 octobre sur http://ieim.uqam.ca/IMG/pdf/spirale.pdf

AVANT Deborah « Privatzing Military training », Foreign Policy in focus, vol VII, n°6,
Institute for Policy Studies, Washington DC, mai 2002 disponible le 25 novembre sur
http://www.fpif.org/pdf/vol7/06ifmiltrain.pdf

BRYDEN Alen and CAPARINI Marina, « Private actors and security governance », Geneva
Centre for the Democratic Control of Armed Forces, Lit Verlat, Geneva, 2007, pp. 336, p.
168-173 http://www.dcaf.ch/_docs/op06_privatising-security.pdf

COTTIER Michael, « Attribution de mandats aux entreprises de sécurité militaires privées et


régulation de leurs activités : éléments à considérer » Revue internationale de la Croix-
Rouge, volume 88, Sélection Française 2006, p. 230 disponible le 29 octobre 2010 sur
http://cicr.org/Web/fre/sitefre0.nsf/htmlall/review-863-p637/$File/irrc_863_Cottier.pdf175

DELAS Olivier et TOUGAS Marie-Louise, « Quelques réflexions entourant la participation


de compagnies militaires privées aux conflits armés », Revue Québécoise de droit
international (Hors-série), 2007, p. 50 disponible le 25 Novembre 20010 sur
http://www.sqdi.org/volumes/pdf/hs07_delastougas.pdf

GARCIA Thierry, « Privatisation du mercenariat et droit international, Cités, 2005/4 N°24


p.119-131, article disponible le 22 octobre 2010 sur

121
http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=CITE&ID_NUMPUBLIE=CITE_024&ID_A
RTICLE=CITE_024_0119

KO'Brien, « Military-Advisory Groups and African Security : Privatized Peacekeeping »,


International Peacekeeping, Londres, Franck Cass, 1998, Vol, 5, pp78-105.

LEYMARIE Philippe., « En Afrique, une nouvelle génération de chiens de guerre », Le


Monde Diplomatique, Paris, Novembre 2004, p. 28 disponible le 25 novembre sur
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/11/LEYMARIE/11673

MAKKI Sami, « Sociétés militaires privées dans le chaos Irakien », Le Monde Diplomatique,
novembre 2004, p.23 disponible le 25 novembre 2009 sur http://www.monde-
diplomatique.fr/2004/11/MAKKI/11663

MARGUIN jean, « Privatisation des Forces armées, une évolution inéluctable ? »,


L’Armement, n° 69, Mars 2000, p. 148 disponible le 25 novembre 2009 sur
http://www.frstrategie.org/barreCompetences/conflits/Jean_Marguin_l_Armement_mars_200
1.pdf

OLSOON Christian « Vrai procès et faux débats : perspectives critiques sur les argumentaires
de légitimations des entreprises de coercition para-privées », Cultures et conflits, n°52,
disponible le 25 octobre 2009 sur http://www.conflits.org/index975.html

PALIDDA Salvatore, « Missions militaires italiennes à l’étranger : la prolifération des


hybrides », Cultures & Conflits, Numéro 67, automne 2007

LE PAUTREMAT Pascal, « Les « contractors » des sociétés militaires privées », Hors-série


n° 18 de la revue Raids, éd. Histoire et Collections, 2005, p.59.

SINGER W. Peter, Warriors for hire in Iraq, disponible le 9 Octobre 2009 sur
http://www.brookings.edu/articles/2004/0415defenseindustry_singer.aspx

122
VEUTHEY Michel, « Le rôle des acteurs non-étatiques dans le respect de droit international
humanitaire », Annuaire français de relations internationales (AFRI), Paris, 2009, Volume
X, pp 993-1020, p.1008

Articles de presse :

BRICET DES VALLONS Georges-Henry, « La sécurité privée est un enjeu stratégique pour
la France », www.secretdefense.blogs.liberation.fr, 15 Octobre 2010.

DACEY Jessica, « La suisse s’inquiète de l’arrivée d’armée privées », www.swissinfo.ch

DELAMOTTE Bruno, « Les marchands de peur face au risque terroriste », Le Monde, 28


septembre 2010

DOMINGUEZ François et VIGNAUX Barbara, « la nébuleuse des mercenaires français », Le


Monde diplomatique, n°593, août 2003

FAINARU Steve « Iraq contractors face growing parallel War » The Washington Post, 16
juin 2007disponible le 8 novembre 2010 sur
http://www.washingtonpost.com/wpdyn/content/article/2007/06/15/AR2007061502602.html
177

GUALCO Maura, “Iraq, nel ddl tre milioni di euro per i “contractors””, l’Unita, 16 mars
2007

GUEZ Jack, « Enlèvements au Niger: Areva reconnaît des défaillances », AFP, 20 septembre
2010

HUGUEUX Vincent, « Les nouveaux chiens de guerre », L’express, Paris, 2 mai 1996
disponible le 25 novembre 2010 sur http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/les-
nouveaux-chiens-deguerre_494002.html

QUATREMER Jean, Afghanistan : La Commission européenne est accusée d’avoir exposé la


vie de son personnel à Kaboul, Le Temps, 23 mars 2010

123
IV. Conventions et traités internationaux

Textes relatifs aux droits et coutumes de la guerre :


Protocole additionnel aux conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des
victimes des conflits armés internationaux (Protocole additionnel I), 8 juin 1977

Protocole additionnel aux conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des
victimes des conflits armés non internationaux (Protocole additionnel II), 8 juin 1977.

Documents de l’Organisation des Nations Unies:

BALLESTROS Enrique Bernales, rapporteur spécial, Commission des droits de l’homme,


Utilisation de mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher
l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, Doc off. NU CDH, 59e sess., Doc.
NU E/CN.4/2003/16 (2002)

SHAMEEN Shaista, rapporteure spéciale, Commission des droits de l’homme Utilisation de


mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher l’exercice du droit
des peuples à disposer d’eux-mêmes, Doc. off. AG NU, 60e sess., Doc. NU A/60/263 (2005),
para. 47 [Rapport des Nations unies sur l’utilisation des mercenaires 2005].

Documents du Comité internationale de la Croix-Rouge

Département Fédéral Suisse des affaires étrangères et CICR, Document de Montreux sur les
obligations juridiques pertinentes et les bonnes pratiques pour les Etats en ce qui concerne
les opérations des entreprises militaires et de sécurités privées opérant pendant les conflits
armés, 17 septembre 2008

CICR, Droit International Humanitaire et les défis posés par les conflits armés
contemporains, rapport de la XXVIIIe conférence internationale de la Croix-Rouge et du
Croissant-Rouge, 2-6 décembre 2003, p.28.

CICR, La privatisation de la guerre, la sous-traitance des tâches militaires, 2006


Autre :
Commission du Droit International, Projets d’articles sur la responsabilité de l’Etat pour fait
internationalement illicite, 2001

Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction


des mercenaires du 4 décembre 1989.

124
V. Publications officielles

NOUVEAUX ENGAGEMENTS ET PRIVATISATION : JUSQU’OÙ ALLER ?, Cahiers de


l’EMS, EMS, Paris, Avril 2010

L’EMPLOI DES SOCIETES MILITAIRES PRIVEES EN AFGHANISTAN ET EN IRAK,


Cahiers de la recherche doctrinale, Paris, 21 Juillet 2010

CAMERON .Iain (membre suède), RAPPORT SUR LES ENTREPRISES MILITAIRES ET


DE SECURITE PRIVEES ET SUR L’EROSION DU MONOPOLE ETATIQUE DU
RECOURS A LA FORCE, Commission de Venise, 79e session plénière, 12 et 13 juin 2009,
Venise.

125
VI. Textes nationaux

France :

Défense et sécurité nationale, le Livre Blanc, Collectif, juin 2008

GAGNER LA BATAILLE CONDUIRE À LA PAIX, Les forces terrestres dans les conflits
aujourd’hui et demain, Armée de Terre, Economica, Paris, France, 2007.

République Française, Loi n°2003-340 du 14 avril 2003 relative à la répression de l’activité


de mercenaire.

République Française, Loi n°83-629 du 12 juillet 1983 règlementant les activités privées de
sécurité.

Italie :

Ripubliche Italiane, Codice Penale, Art. 288 Arruolamento o armamenti non autorizzati a
servizio di uno Stato estero

Etats-Unis :

Congrès Américain:
American service member’s protection act, août 2000, disponible sur
http://www.state.gov/t/pm/rls/othr/misc/23425.htm

Military Extraterritorial Jurisdiction Act, Chapter 12, Voté le 22 novembre


2000 disponible sur http://www.pubklaw.com/hi/pl106-523.pdf

United States Code, International Traffic Arms Regulation, Titre 22, Section 2751 à 2799
disponible le 25 octobre 2009 sur http://www.gpoaccess.gov/cfr/index.html

The Arms Export Control Act 1976 sur


http://www.law.cornell.edu/uscode/22/usc_sup_01_22_10_39.html

CRS Report of Congress, « Private Security Contractor in Iraq: Background, Legal Status
and Others Issues », Disponible sur
http://fas.org/sgp/crs/natsec/RL32419.pdf

126
- Département de la defense:

DoD Instruction 5525.11: Criminal jurisdiction over civilians employed by or accompanying


the armed forces outside the United States, certain service members, and former service
members, 3 mars 2005, disponible sur
2009 sur http://www.dtic.mil/whs/directives/corres/pdf/552511p.pdf

DoD Instruction 3020.41 : Contractor personnel authorized to accompany the U.S. armed
forces, 3 octobre 2005, disponible sur
http://www.dtic.mil/whs/directives/corres/pdf/302041p.pdf

DoD Instruction 2311.01E : Dod Law of war program, 9 mai 2006, disponible sur
http://www.fas.org/irp/doddir/dod/d2311_01e.pdf

- Autres documents

Quadrennial Defense Review, 2001, http://www.comw.org/qdr/qdr2001.pdf

Contractors’ support of US operations in Irak, CBO, août 2008

Coalition Provisional Authority, Order n°17, CPA/ORD/27June2004/17

Royaume-Unis :

United Kingdom, Private security Industry Act 2001.

Foreign and Commenwealth Office, Private Military Companies: Options for Regulation,
Return to an Address of the Honourable the House of Commons, Green Paper, London, FCO,
2002.

House of Commons, Ninth report, Commission des affaires étrangères de la Chambre des
Communes, Londres, 23 juillet 2002.

United Kingdom, Export Control Act 2002

United Kingdom, The armed forces (service civilian court) Rules 2009, 7 mai 2009

127
Index des noms de lieux et de personnes

Lieux:

Afghanistan: 16, 17, 23, 40, 41, 42, 43, 48, 49, 58? 64, 69, 81, 95, 98

Afrique : 22, 95

Bagdad: 31, 41, 70

Balkans: 22

Bari: 81

Colombie: 58, 59

Espagne: 73

Etats-Unis: 16, 23, 59, 78, 82

Europe: 6, 8, 17, 22, 25, 28, 33, 96

France: 4, 5, 17, 33, 34, 36, 43, 47, 48, 49, 59, 67, 69, 70, 73, 79, 99

Gabon: 22, 67

Italie: 2, 4, 17, 18, 28, 31, 32, 41, 43, 76

Irak: 17, 22, 23, 31, 32, 41, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 50, 51, 58, 64, 70, 81, 82, 89, 90, 98

Kosovo: 22, 41, 58

Najaf: 46

Niger: 69

Olbia : 31

Royaume-Uni: 16

Sardaigne: 31

Suisse: 65, 76, 91

Somaliland: 67

Tchad: 22, 40

128
Personnes :

ALLIOT-MARIE Michèle: 22

BLANCHOU Jean-Louis: 96

BOILLON Boris: 70

BRENNER Paul: 82

BRICET DES VALONS Georges-Henry: 24, 26, 69, 70, 86, 90, 94

DENARD Bob: 34, 17

DELAMOTTE Bruno: 24, 28, 69, 90

DELVECCHIO Gen. : 42

KARZAÏ Hamid: 64

MACHIAVEL Nicolas: 27

MADELIN Yves: 15

PASQUI Col.: 41, 42

QUATTROCHI Fabrizio: 31, 58, 81

ROCHE Jean-Jacques: 30

SPICER Tim: 45

STEFIO Salvatore: 81

WOLFLE Ewald: 96

129
Table des Matières

Fiche de présentation………………………………………………………………………...p.3

Presentation Form………………………………………………...…………………………p.7

Avertissement……………………………………………………………………………....p.11

Sommaire…………………………………………………………………………….…….p.12

Table des abréviations………………………………………………………………...……p.13

INTRODUCTION……………………………………………………………………….p.16

PREMIERE PARTIE: dépasser la question de la légitimité…………………………..p.20

CHAPITRE 1: La prolifération des SSP et le débat qu’elles soulèvent……………p.21

SECTION 1: SSP, SMP, SSMP, SPIM?.........................................................p22


A. Le phénomène SMP…………………………………………….p.22
1. La naissance des SMP……………………...……………p.22
2. La montée en puissance des SMP…………...…………..p.23
B. Un flou lexical……………………………………….………….p.24
1. Une profusion de sigles……………………….…………p.24
2. Les SPIM……………………………………….………..p.27

SECTION 2: La controverse générée par les SPIM…………………………..p.28


A. La perte de l’espace régalien de l’Etat………………………….p.28
1. Le monopole de la violence légitime……………………p.28
2. Une conception stratocentrée……………………………p.30
B. Les SPIM face à l’opinion publique…………………………….p.31
1. Les SPIM vues par les médias………………...…………p.32
2. L’attitude « profile bas »………………………...………p.33
3. Le décideur politique…………………………………..p.34
130
CHAPITRE 2: «La privatisation du champs de bataille» comme paradigme du conflit
contemporain……………………….………………………………………………p.36

SECTION 1: Multiplicité des acteurs et doctrine de l’action globale……..p.37


A. Gagner la bataille, conduire à la paix…………………………...p.37
1. Intervention, stabilisation, normalisation………………..p.37
2. Les SPIM et la doctrine d’emploi des forces……………p.39
B. Implication du privé dans les opérations extérieures italiennes...p.44
1. « La prolifération des hybrides »………………………..p.44
2. Les SPIM et l’Etat italien………………………………..p.45
C. La coexistence des SPIM et des forces armées…………………p.46
1. L’armée américaine et les SPIM en Irak………………...p.46
2. Les limites de la coopération…………………………….p.47

SECTION 2: Nécessité pour l’Etat de se positionner face aux SPIM……....p.48


A. Un état de fait à ne pas occulter………………………………...p.48
1. Un ètat de fait……………………………………………p.49
2. Un manque à gagner et des pertes à éviter………………p.51
B. Intérêt tactique, économique et politique des SPIM…………….p.52
1. Intérêt tactique…………………………………………...p.52
2. Intérêt économique………………………………………p.55
3. Intérêt politique………………………………………….p.58

DEUXIEME PARTIE: Les relations entre Etats et SPIM…………….………………p.62

CHAPITRE 1: Les acteurs de la privatisation de la sécurité………………………p.63


SECTION 1: Etats, SPIMs, Contractants……………………..………………..p.63
A. La SPIM travaille pour l’Etat d’origine dans un Etat tiers……..p.63.
B. La SPIM travaille pour un Etat dans cet Etat……………….…..p.65
C. La SPIM travaille pour une entreprise dans un autre Etat que celui
d’origine……………………………………………………………p.69
D. La SPIM travaille pour une entreprise étrangère dans un Etat
étranger...…………………………………………………………...p.72

131
SECTION 2: Intérêt privé, Intérêt public…………………..…………………..p.73
A. Le double aspect de la privatisation…………….………………p.73
B. Les SPIM et la relation d’agence……………….……………….p.74

CHAPITRE 2: Le cadre juridique………………………………….………………p.76

SECTION 1: Cadre étatique…………………………………..…………………p.77


A. Pourquoi une législation nationale?.............................................p.77
1. Etat d’Origine, Etat contractant, Etat territorial…………p.77
2. Législation et responsabilité……………………………..p.78
B. Différentes législations nationales………………………………p.79
1. Le modèle anglo-saxon………………………………….p.79
2. Les cas français et italien………………………………..p.80
SECTION 2: Cadre international…………………………………….…………p.82
A. Pourquoi une législation internationale?......................................p.82
B. Les dispositions internationales…………………………………p.83
1. Les textes internationaux sur les SPIM………………….p.83
2. Le statut des membres des SPIM………………………..p.85

CHAPITRE 3: L’encadrement des SPIM………………………………………….p.87

SECTION 1: Pourquoi un encadrement?......................................................p.88


A. Un devoir, un avantage?...............................................................p.88
1. Un devoir………………………………………………...p.88
2. Un avantage…………………………………...…………p.89
B. La question de l’autorégulation…………………………………p.90
1. Le regroupement associatif……………………………...p.90
2. Les codes de bonne conduite………………….…………p.91
3. Les limites de l’autorégulation………………….……….p.92

SECTION 2:Quel encadrement?...................................................................p.92


A. Bonnes pratiques et recommandations………………….………p.92
1. Bonnes pratiques………………………………….……..p.93
2. Recommandations………………………………………p.94

132
B. Un nouveau modèle…………………………………………….p.95
1. Les contrats……………………………………………..p.95
2. La labellisation………………………………………….p.96

Conclusion…………………………………………………………………………………p.99

Annexes..………………………………………………………………………………….p.101
Bibliographie………………………...……………………………………………………p.117
Index………………………………………………………………………………………p.128

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