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BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE

CAMILLE JULLÏAN
MEMBRE
DE

L'INSTITUT

PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE

DE LA GAULE A LA FRANCE
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LIBRAIRIE HACHETTE

DE LA GAULE A LA FRANCE

JuLLiAN.

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Gaule à la France.

Jullian. » VII. Renan. petit in-16. De Un la Gaule à la France. variantes. Quinet. • Majoration temporaire de 85 U73-21. : II. » IV. br. cart. » 4 fr. Duruy. cart. G. Un vol. in-i6. Jullian. » » Cei deux volumes ont obtenu III. état moral . • Ouvrage couronné par l'Académie française. — Extraits de /'« Esprit des Lois » et des Œuvres diverses. état matériel 25 fr. Paul BHODARD. broché 8 fr. Michelet. C. petit in-16. publiées avec introduction. publiés avec une introduction. Un vol. La Chnlisation Gallo. par M. petit in-16. Un vol. » Vercingétorix. Jullian. lois. tableau de la Gaule sous la vol. Mignet. brochés î. reproductions de monnaies et 7 cartes et plans. » VI. publéis et annotés par M. Imp. commentaires et tables. vol. Thiers. Fustel de Coula7iges). La Civilisation Gallo-Itomaine. petitin-8. Les Invasion» c/auloises et la colonisation grecqua. Tocqueville. 50 70 — Esprit des taire. Extraits des Historiens du XIX' siècle {Chateaubriand. — Coulommiers. 5 fr. Taine. Ze Gouvernement de Rome 35 fr. par M. avec un commenfr. » V. 25 fr. Considérations sur les causes de la Grandeur des Bomains et de leur décadence. Craud PrU Gobert en La Conquête romaine et les premières 1908. Grand Prix Gobert de l'Académie française. Un vol. par M.. Jullian. G.OUVRAGES DE M. » Gallia. des notices et des notes. . cartonné 8 fr. i^ivasiotis germaniques 25 fr. Les Empereurs de Trêves (e« préparation) . petit in-8. La Gaule inàépendante le 25 36 fr. Nos Origines liistoriques. Un domination nombreuses 7 fr.Romaine. Sept volumes grand in-S". petit in-16. vol. 5 Un contenant 12 fr. Augustin Thierry. G.. CAMILLE JULLIAN LIBRAIRIE HACHETTE Histoire de la Gaule. cartonné <*/o. illustré de gravures. toile romaine. cartonné Montesquieu. fr. livre I". Guizol.

BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE CAMILLE JULLIAN MEMBRE DE L'INSTITUT PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE DE LA GAULE A LA FRANCE NOS ORIGINES HISTORIQUES LIBRAIRIE HACHETTE 79. BOULEVARD SAINT-GERMAIN. . _ PARIS i BLBcrrr^^-^ -^ ""'"'ri"" ^^^<^'OH AfA/LAIiLE 1922 No.

768450 Tous droiu de tradaction. de r«producli«a et d'adaptatiou réservët poar tous ptjn. Copyright par Librairit Bachttte 1992. .

EN FRATERNELLE AMITIÉ.A ALFRED RÉBELLIAU. . QUI M'A DONNÉ L'IDÉE ET LA VOLONTÉ DE CE LIVRE.

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on trouvera d'utiles . Les armes et instruments de silex. Bouleverseateliers. De la — — — — — — — — — — — — — « Quel espoir y a-t-il d'arriver à la connaissance de ce les passé lointain? Qui nous dira ce que pensaient hommes. le passé ne meurt jamais complète- 1. Outre le manuel classique de Déchelette. Renaissance indusUne nouvelle race. dont l'éloge n'est plus à faire (Manuel d'archéologie. — durée d'une époque historique. ments physiques et décadence. Paris. une nouvelle édition est préparée par Breuil). t.DE LA GAULE A LA FRANGE L'ÉPOQUE DES CHASSEURS TEMPS PALÉOLITHIQUES ' L'histoire peut et doit remonter très loin dans terre et des âmes. trielle. — le passé et de la Définition de la plus lointaine époque. Le refuge dons les cavernes. conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là. laissé dix ou quinze siècles avant notre ère? Quel souvenir peut nous rester de ces générations qui ne nous ont pas un « seul texte écrit? Heureusement. L'homme sur les plateaux de France. Des plus anciens témoins de la vie Foyers et humaine. 1908. Picard. Des Merveilles d'art. I. Rôle des hommes de France à cette époque. L'homme conquiert la terre sur Vanimal. ejforls nouveaux. Apparition de l'écriture.

L'Humanité préhistorique (1921. Peyrony. 4-5. Alcan). la volonté et le cœur. introduction. éduquer les l'intelligence. l'oublier. De ce qu'ils ont fait pour conquérir et cultiver le sol.Germain (1889. et en particulier dans la première. I. Paris. il peut y retrouver et distinguer ces différentes époques d'après ce que chacune d'elles a laissé en lui K » C'est ainsi que Fustel de Coulanges a commencé La Cité antique. Ussel. disposer les hommes en sociétés durables. La Cité antique. de notre France d'aujourd'hui. Paris. La Préhistoire (1910. façonner l'outillage du travail et du combat. Eyboulet). la riche Bibliographie générale de Montandon. des travaux préhistoriques et Schleicher). L'homme peut bien il mais le garde toujours en lui. on peut retrouver la trace de nos aïeux les plus anciens. Amiens. c'est par ces paroles qu'il annonçait son dessein de reconstituer les croyances et les institutions primitives des Grecs et des Romains. La Renaissance du Livre). Paris. 2 vol. Salomon Reinach. Les Hommes contemporains du renne (1914. Georg). Genève. Mais ce qu'il a dit en ces termes du monde antique et de l'âme humaine. Didot) Gabriel et Adrien de Mortillet. des éléments éternels à l'intérieur de notre vie morale. Fustel de Coulanges devait développer ces mêmes idées dans ses leçons à la cour impériale. p. qui fut consacrée aux temps préhistoriques de la Gaule « Je voudrais montrer tout ce que nous devons à ces \ieux âges. ou. . de Morgan. il est le produit et le résumé de toutes époques antérieures. Fustel de Coulanges. 99). corps et esprit.. 1. plutôt. 1896. tout ce que ces \'ieux âges ont mis en nous. résumés chez Comment.8 DE LA GAULE A LA FRANCE. est également vrai de la France. Yvert). dans la Description raisonnée du Musée de Saint. Éléments de préhistoire (1914. Époque des alluvions et des cavernes. Quelques : . de tout cela il existe encore des vestiges visibles à la surface de notre terre. . écrit de sa main (Revue archéologique de 1908. Cartailhac. Comme répertoire archéologiques. p. » On a retrouvé et publié le résumé de cette leçon. parus (1917 et 1920. t. ment pour l'homme. années plus tard (La Cité antique est de 1864). Dans ce qu'elle est. La France préhistorique (2« édit. Car. Parmi les livres plus anciens. Paris. des ancêtres communs dont l'un et l'autre peuple étaient descendus. S'il descend en son âme. tel qu'il est lui-même à chaque époque. en 1870.

et nous n'avons pas non plus le droit de revendiquer pour notre ascendance seulement les Celtes ou les Ligures. et que les siècles à venir figure de la France. et qui dès lors ne s'est point interrompu. Ce n'est point la Révolution qui a créé la France. Et si les siècles du sol.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. cette patrie. Mais chacune de ces périodes ou chacun de ces états politiques a contribué à nous faire ce que nous sommes. le résultat d'une longue. L'historien ne fera jamais qu'une œuvre incomles plète ou mutilée s'il analyse les institutions ou mœurs humaines à l'écart ou en dehors de la terre sur laquelle . ils qui les ont suivies ont perfectionné la culture ont également suscité des motifs nouveaux d'union et d'accord à la société humaine qui devait devenir notre patrie. pas l'étude du sol ou de la matière et celle de l'âme ou de Ce sont — la société. long que soit passé qui fut nécessaire à ici les premiers âges de ce passé que je veux essayer Je ne séparerai de connaître. qui a commencé dès le jour où les hommes ont apparu sur notre sol. d'hommes. sa vie. De la même manière que les plainec blé de la Bourgogne ou de la Beauce doivent leurs sillons originels aux générations inconnues des temps préhistoriques. de même les habitudes sociales qui nous groupent pour l'amour et la défense de ces moissons remontent à des germes déposés par ces premières générations. Pour qu'il se soit bâti une terre de France et que nous devenions des Français. et ce n'est pas davantage la Monarchie. Elle est. 9 La France lions est l'œuvre de dizaines de siècles et de mil. d'imaginer et d'exposer.. lente et patiente élaboration. n'apporteront pas un trait nouveau à la une richesse imprévue à son terroir. Nous ne sommes pas uniquement les fils intellectuels du Moyen Age chrétien ou de la Rome latine. Car je suis de ceux qui croient un devoir de plus à que les destinées si nationales de la patrie française le commen- cent à peine. il a fallu un interminable travail humain. Et nul ne peut affirmer que ce travail soit terminé. sa formation.

besoins du cœur du corps. Les divinités avant le les plus tenaces français. Et jour où la science historique s'apercevra plus simples cer- arrivera enfin. ou encore. et des milliers d'habitudes que hommes ont peu à peu reçues de cette terre. ce qui les faisait se grouper hommes. et j'appellerai cette époque l'époque des chasseurs. en d'autres : temps. peut-être de ce que l'intuition des âmes elle les a déjà deviné les : que la France résulte d'abord d'une taine nature de sa terre. l'instrument de pierre dont ils se servaient d'ordinaire. ce qui les faisait comme. l'époque paléolithique. on appelle ce temps celui de la pierre taillée. . Mais cette dénomination ne marque qu'un des éléments dont a été faite la vie de ces hommes. des silex taillés par la main de l'homme. et qui vivent encore après avoir déjà milliers d'années vécu des Christ. écrivait Ortelius. toute l'histoire nous parle aujourd'hui il comme du sol y a dix mille ans d'une intimité irrésistible entre la terre et l'être humain. à com- prendre comment est née notre nation. la reUgion ou la patrie. La plus ancienne période de notre histoire est généralement définie d'après la nature des seuls témoins qu'elle nous a laissés d'elle comme ce sont des pierres.10 elles se DE LA GAULE A LA FRANCE. 1. comme il est le plus reculé que nous puissions connaître. on l'appelle le temps de « la pierre ancienne ». la raison sociale des vivre. révolutions politiques et transformations matérielles. sont les divinités des le sources et des collines. Geographia historiée oculas. les a déter- minées et Tâches de l'esprit et de la culture. sont développées et qui pour une part '. Car la chasse était alors. à force d'analyses et d'analogies. ce fut l'agriculture ou la guerre. J'aime mieux une expression plus compréhensive. pour ainsi : parler. qui caractérise la nature même de cette vie et ses pratiques principales.

Une loi identique préside à cette période. il a persisté des dizaines de milliers d'années. et le retour des Juifs à Jérusalem. comme l'Arménie. luttant pour l'indépendance. les ralentissements ou les arrêts d'un siècle dans une marche plusieurs fois . ce plus ancien et ce plus long des âges de l'humanité se présente en une unité parfaite. qui. cela n'étonnera pas l'historien.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. à travers des variations nombreuses dans la suite des années. et c'est pour cela que nous voyons aujourd'hui tant d'événements semblables à ceux qui ont hommes sous les règnes de Darius. au-dessus des détails innombrables et contradictoires. des agité les : populations. notre même période de l'humanité que l'ère des cités antiques et des tribus gauloises. Nous avons beau vivre siècle appartient à la d'une allure très différente des Celtes ou des Grecs. peut-être bien plus tard encore. offre l'image il nous d'une civilisation qui se développe normalement. et. suivant un rythme intelligent et d'une réelle beauté ainsi : tout que la civilisation hellénique partit des idoles informes de la religion primitive l'art et de la pensée dans pour aboutir aux merveilles de les temps de Périclès ou de historique dans Platon. et n'a dû prendre fin que dix millénaires avant notre époque. 11 L'âge des chasseurs a commencé sans doute aussitôt qu'il y eut des hommes. en un progrès parfois ralenti mais toujours continué. Malgré sa durée considérable. Que ou deux mille ans pour une grande période historique? Qu'importent les retards. Que l'on puisse voir une même période un espace de plusieurs fois dix mille ans. de César ou de Théodose une invasion germanique se produisant sous la double forme de l'infiltration et de l'irruption. sortis victorieux de la captivité signifient mille de Babylone ou du triomphe de Titus. des Il êtres en quête de leur nour- riture. aperçoit les retours périodiques des forces et des mêmes mêmes aspirations.

le maître du sol.12 DE LA GAULE A LA FRANCE. des invasions qui menacent. Il n'en aura pas chassé l'animal. que l'homme y vit en chasseur de la bête j'entends par là qu'il demande à la chasse le principal de sa nourric'est : ture. Nous assisterons. Cette conquête de la terre. de la terre de France je ne dis pas culture du sol. la terre. plus largement ouverte sur tous les spectacles de la nature. l'intelligence plus dégourdie. l'homme la fit deux séries de forces bras et : les unes qu'il tira les à l'aide de de sa propre autres qu'il nature. mais. qu'il dispute la possession de la terre. millénaire? Depuis Cyrus jusqu'à maintenant. de cette bataille impitoyable pour obtenir son droit à la liberté et à la souveraineté. en même temps. lui : les sens plus aiguisés. des conflits qui les affaiblissent. il sera désormais son maître. et aussi le maître de soi-même. il sortira plus convaincu du devoir de la vie commune. Car. plus fort que lui. qu'il est en état de bataille contre l'animal. la loi du premier âge de la pierre. appartiendra à l'homme. le cœur plus proche des sentiments d'humanité. et en premier lieu à celles . et il finira même par voir de la beauté dans ce monde extérieur qui tout d'abord n'avait éveillé en lui que le besoin de la violence et le désir de la force. par l'homme. emprunta aux matières voisines. Quand cette période sera terminée. c'est tou- jours la même : loi qui préside aux convulsions des sociétés humaines les des patries qui veulent se former et grandir dans les régions naturelles de la terre. je dis possession de la surface. Ce qui fait l'unité. des empires qui les oppriment et dont elles se dégagent. décidément. durant ces milliers d'années. son son intelligence. à la conquête.

est déterminé par les siècles dont il ne reste d'autres traces humaines que les silex abandonnés sur avait vécu K 1. nous permet de remonter jusqu'à l'homme dont il fut le compagnon. à la pensée qui l'a modifié. et rien que d'un bâton. à la main qui l'a façonné.L' ÉPOQUE DES CHASSEURS. nous devons nous résigner à ne rien savoir des premiers épisodes de la bataille et du travail humains. L'histoire de cette bataille et de ce travail ne commence que lorsque nous rencontrons sur le sol un objet arrangé ou fabriqué par l'homme. par sa forme. était. Et le premier de ces objets que nous connaissions. deux subdivisions : phase ancienne dite chellcenne (de Glielles en Seine-et-Marne). l'utilisant : telle qu'elle brute et informe c'est possible et même probable. où l'homme a mis et a laissé quelque chose de lui-même. par sa nature. par les contours que la taille lui a donnés. phase récente dite acheuléenne (de Saint-Acheul près d'Amiens). de ces massues de bois ou de ces pierres de jet nulle trace n'a pu demeurer jusqu'à nous. qu'il se soit ensuite armé d'une pierre pour la lancer ou pour doubler par elle la vigueur de son combattu avec poing. de ces poings humains. le bois et la pierre. * * Un premier épisode. et ce silex. je le répète. du sol. aux œuvres auxquelles il a servi. nous permet de reconstituer un chapitre de la vie de l'homme et un aspect de sa demeure. . au regard qui l'a aperçu. de ses intentions ou de ses goûts. ses — Qu'il ait d'abord membres. à l'esprit qui l'a choisi. Ce simple débris. dans cette période des chasseurs. dans ces temps paléolithiques. est le caillou de silex taillé. qu'il se soit plus tard armé d'un bâton. mais comme. 13 que lui fournit la surface qui étaient visibles de lui et à sa portée. le sol aux endroits mêmes où l'homme Époque dite paléolithique inférieur . par cela seul que l'homme l'a travaillé. et rien qu'avec eux. mais sans la travailler.

par ou la le plein air des plateaux de France. Parles courez aujourd'hui. beaucoup plus humide ce qui pouvait faire ressembler notre pays aux régions tropicales. Car lignes intérieures de la France étaient déjà tracées. Ils portent et ils le ne le nourrissent pas soutiennent déjà. préparer ses armes et réfléchir dominant la Somme.14 DE LA GAULE A LA FRANCE. Il fleuves. la Seine Meuse. mais ils le drues. avec ses plateaux gaie- ment étendus au-dessus des berges des ou au marécage qui enlise. les les conditions de la vie humaine étaient dès lors supérieures à celles de l'Afrique équatoriale. avec ses vallées aux replis harmonieux. sa forme et son apparence. les hippopotames. pouvait regarder sans crainte le ciel et la nature. Et cependant. beaucoup plus : chaud. On suppose qu'elle faisait corps avec l'île voisine de la GrandeBretagne et que le Détroit était remplacé par un isthme et la Manche par un golfe de l'Océan. Ne nous le représentons pas. où les vastes marécages alternent avec d'impénétrables forêts. avec l'alternance de ses plaines et de ses montagnes. la France n'était point en ce temps-là achevée dans sa structure. vous pourriez trouver les silex sans nombre déposés par : nos plus lointains ancêtres. au sud de la Somme. L'homme n'y était pas éternellement en proie à la forêt qui étouffe trouvait sur ces plateaux de il vastes espaces découverts d'où sur son œuvre. qu'il s'installa tout d'abord. les grands fauves du désert. à notre connaissance. par exemple. Il a débuté. d'Amiens à Abbeville sous ces terres à blé qui ne finissent point. On suppose aussi que le climat était fort différent du nôtre. tremblant de froid ou fuyant de peur. Assurément. qu'il devait enrichir si plus tard de cultures encore. les hôtes habituels de nos parages ne différaient : point de ceux de l'Afrique la plus sauvage c'étaient les éléphants. comme s'abritant sous les roches ou se cachant dans les cavernes. longues esplanades limoneuses qui s'étendent. les rhinocéros. C'est sur ces plateaux. En tout cas. Ils ont vécu et travaillé sur . au début de sa vie.

S'il est vrai qu'on ait trouvé sur ces plateaux des traces fait de foyers et d'ateliers. Cette terre fut essentiellement pour eux un « sol d'éducation où se sont formées les premières habitudes »' de de l'Avre et de la Somme notre vie sociale. si elles me demande ne sont pas déjà nées. une des villes les plus laborieuses de France et dont les destinées furent le plus constantes. 92) le rôle de ces terrasses limoneuses de la Picardie à l'époque agricole je l'utilise pour l'époque antérieure des chasseurs. des journées de travail à après ces mêmes du et je heures de chasse. l'essentiel est déjà tuer la société humaine. l'atelier. I. 15 ces espaces découverts où. 1. Ces hommes-là ont beau être des chasseurs qui courent et se déplacent : il leur faut. cinquante mille ans après eux. la tribu naîtront de ces habitudes. 1"^ p. et. Le foyer. Paris. leurs héritiers vivent et travaillent encore. s'étalait une des stations les plus anciennes et les plus actives des hommes façonneurs du silex. de longs instants de repos autour foyer. de chasse. qui forme le t. A ce confluent où se fonda Amiens. c'est l'arrêt attentif en vue d'une besogne utile à plusieurs. pour définir : Hachette). de l'Histoire de France de Lavisse (1903. comme plus tard le mêmes terres. qui éclaire et qui réconforte. lieux où elles habitent. .. Car ces populations des hauts plateaux de France ne me paraissent pas avoir été d'humeur instable. avant les heures l'atelier. les gisements en abondent dans les On dirait qu'il hommes au sol. Le silex qu'elles travaillent est recueilli sur place. les cellules pour consti- sont prêtes en atten- dant l'édifice. La famille. retient et fixe les fera le blé de ces C'est l'expression dont se sert Vidal de La Blaclie (p.VÈPOQVE DES CHASSEURS. sur cette terrasse de Saint-Acheul qui domine la cité moderne. c'est la station ensemble autour d'un feu qui réchauffe. Voyez son admirable Tableau de la géographie de la France.

l'arme : Je songe. mais de la matière à travailler soigneusement. grâce à la pointe qui la termine. si finement ouvragés. — . bois 1. Mais je crois qu'ils furent aussi autre chose. tel que sera la hache et tel que le sera l'épée Il en d'autres temps. Avec cette pierre aux côtés amincis.16 DE LA GAULE A LA FRANCE. Cet outil de silex. A coup sûr. en face d'eux. nous sommes encore très loin de l'épée. à des armes et à des épées. il peut piquer et percer. : la plus profondément humaine qu'ait imaginée l'homme et cependant. moustériens et surtout aurignaciens. Alors. aux pointes si ténues. trancher et couper. le c'est donc le compagnon fidèle de l'homme. combat contre les animaux ou contre d'autres hommes. Mais il y en eut ensuite de si petits. que je n'ai pu encore examiner. de J'emploi simultané de l'arme de contact (coup de poing) et de l'arme de jet (caillou lancé donnant naissance à la fronde d'un côté et à la flèche de l'autre). à propos de ces outils silex. Ici se pose la question. lui aussi. Car. il peut frapper d'estoc et de taille*. et avec elle encore. voilà le bras doté de deux ressources que la nature lui a refusées elle ne lui a permis que la force brutale. d'y avoir ménagé deux faces symétriques. là le est légèrement aplati. bien empoigné par la main. dont la rencontre sur les côtés forme un double tranchant et qui à l'extrémité se confondent en une même pointe. Les plus gros et les plus anciens ont servi sans doute au combat. de manière à : présenter deux faces presque parallèles et peut-être est-ce premier perfectionnement que l'intelligence humaine a imposé au caillou de pierre. avec cet instrument. On nie d'ordinaire l'existence de l'emmancliement pour la plupart de ces pièces. le silex de Saint-Acheul nous en montre déjà l'embryon solide et complet. On est convenu de ne parler de flèches que pour les temps postérieurs. il peut frapper de taille. le choc ou la pesée du poing qui brise et qui abat. non pas des corps à abattre brusquement. des de travail et non pas seulement de guerre. que l'on nepeut s'empêcher d'entrevoir.

voyez l'excellent traité de M. les linéaments d'une autre sorte de travail. le cintre de la poignée fait contraste avec l'amincissement de : la pointe. pour créer avec la matière des formes plaisantes. JuLLiAN. on n'aurait pu les faire plus égales de dimension et plus semblables de forme. qu'à moins de les polir. d'ailleurs. de la mâchoire de Mauer(prèsdeHeidelberg. sur son geste. l)et du crâne de Piltdown (dans le Sussex d'Angleterre). disons déjà le mot. bien audessus des animaux qui l'entourent. voici qu'apparaissent. Paris. — De la Gaule à la France. il OU cuir. J'ai entre les mains un beau silex de Saint-Acheul il ne me paraît pas une arme bien terrible. Sa pensée est très ferme et son geste est très sûr. Enfin. 19. qui ne soient pas seulement utiles. Les Hommes fossiles.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Gardons-nous de dire que l'homme de Saint-Acheul est parvenu au style géométrique et à l'art d'imitation. Aucun squelette humain ne nous a été conservé de cette époque. et le voilà en mesure d'atteindre la souveraineté absolue. n. voilà l'homme. 1921. p. à côté de la lutte qui détruit l'industrie qui produit. Je ne peux faire état. 1. cf. ses Cet homme-là. Nous les ^ \ . Après avoir vaincu la bête par l'arme. ignorons absolument la race qui peuplait alors ' pla- teaux de France ^ Mais ce que nous voyons d'elle permet de croi. mais agréables. Boule. Mais il est sur la route qui mène à l'un et à l'autre. cette fois. Pour tout ce qui concerne les races primitives. si à côté de l'arme nous avons l'instrument. il domptera la matière par l'outil. de celui que l'homme peut faire sur sa pensée. Et si cette hypothèse est vraie. les indices d'une recherche d'art. pour ce qui nous concerne.e qu'elle était bien douée et en marche vers le progrès. ne nous est connu que par domiciles et par ses œuvres de pierre. l'ensemble rité de la pièce a tout à la fois la régulad'une figure d'cpure et la symétrie élégante d'une feuille de hêtre. Masson. 2 . même à cette époque reculée. les bords en courbe sont d'une netteté presque linéaire. les éclats ont été si habilement enlevés sur les deux faces. mais il est en tout cas une chose faite avec un soin infini.

: : . 2. ce furent des modifica: tions dans la structure de notre sol la Grande-Bretagne détacha de la France. Il devint plus hauteurs. en compagnie de Boule. Haug. Je suis obligé. les neiges quittèrent moins longtemps des animaux émigrèrent. et je ne peux admettre. Le froid. des changements de ' arrêtèrent ce progrès. dit-on. les grottes et stations de la Vézère. se à ce qu'on pense. 1802-3 est reliée « La Grande-Bretagne au Continent au moins jusqu'au début du quaternaire supérieur. la vie des humains fixèrent au lit et à l'étiage qu'ils ne devaient plus abancela. et. d'autres. Colin). » J'ai visité. parfois à la fin du paléolithique. Paris. de nouvelles conditions de vie. paléolithique. où il semble que l'homme devint plus malheureux et son intelligence moins ouverte. 1895. On dut évacuer le plus souvent les plateaux et les terrasses.18 DE LA GAULE A LA FRANCE. Les Périodes géologiques 1. en dépit des objections qui m'ont été souvent faites. de me séparer de l'opinion courante. Des révolutions. apparurent. cf. se transforma également. les glaciers se rapprochèrent de la les le plaine. comme mammouth hommes et l'ours gris. p. en même temps. c'est que certainement leurs habitants ont vu et utilisé ces grottes et ces berges elles de rivières avec la structure qu'elles ont de nos jours paraissent n'avoir subi aucune modification depuis les temps moustériens. nos fleuves et nos rivières se sans nul doute. l'homme de Saint-Acheul dans l'ère dans les chasseurs. nos contours maritimes prirent la direction et l'aspect qu'ils présentent encore aujour- d'hui. sur ce point. et ce qui m'a frappé. climat. qui place cette constitution de la structure actuelle de la France à une époque plus tardive. beaucoup plus. en tout tout genre l'outil et cas. L'époque fut. Paléolithique moyen ou moustérien. Traité de géologie. (1908-11. t. entre autres. D'abord. qui suivit temps des un véritable Moyen Age. Et ce furent pour les de nouveaux ennemis. qu'on n'y ait pas ressenti le contre-coup de la révolution géologique qui aurait amené la rupture avec la Bretagne. II. ou. si loin que nous soyons ici de la Manche. donnera Et par fut troublée.

et dont on a pu reconstituer l'ossature et imaginer l'aspect corps rieure ^ : On vigoureux sans doute. Boule. l'impression de deux races différentes. mais front surbaissé et crâne à capacité restreinte -. dans la Comme nature et comme peine et médiocrité dans le travail : : 1. L'Homme fossile de La Chapelleaux-Saints (1913. aux heures mauvaises de dans les grottes. dans la race. 19 exposés aux vents. du chelléen. Masson). Des temps plus Peut-être. Paris. sans vigueur. sans harmonie. moustérien de l'autre) et . l'accès et la jouissance. beaucoup de petits objets. comme l'a bien montré M. que le type moustérien de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze) ou du Neanderthal (Prusse rhénane). les silex Il nous a paru que celle qui avait travaillé était d'espèce supé- sur les terrasses de la Somme ne peut en dire autant de celle qui a végété longtemps dans les grottes de la France centrale. ce n'est pas le résultat d'un choix intelligent entre cent cailloux à façonner. aux frimas et aux pluies.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. pour l'ensemble en moyenne. 2. La comparaison des outillages (cheiiéen et acheuléen d'un me donne cependant. Il est fait à l'aide d'un un éclat arraché à un bloc. se réfugia sous eut souvent à en disputer aux bêtes fauves durs arrivaient. Le plein air continu fut impossible. et par suite de ces perturbations de la nature. qu'on a voulu rapprocher du pithécanthrope. d'importants changements se produisirent parmi les races humaines. les roches. La trace ethnique la moins incertaine que nous ayons du paléolithique primitif est la mâchoire de Mauer (près de Heidelberg). on sent humain. L'homme. C'est toujours le silex qui. et il l'année. contemporaine. et l'outil de la grotte périgourdine du Mousvoilà tier! Celui-ci n'est jamais taillé que sur une face effort de moins pour l'ouvrier. semble-t-il. côté. mais qui n'est autre. à la rigueur moins évolué. Voyez le livre de M. en est la matière principale. vrai chef-d'œuvre d'analyse et de reconstitution. il fallut aussi chercher des abris. Mais quelle différence entre l'arme élégante du plateau de Saint-Acheul par exemple. Boule. Les dimensions en sont assez faibles rarement plus de dix centimètres. tête aux fortes mâchoires. mais lourd et ramassé.

Mais ces temps-là. pour me servir d'une expression qui deviendra plus tard la formule d'une religion universelle. la caverne : . de nouveaux profits sont acquis pour les hommes pour la terre de France. éner- giques et puissants. soit des séries d'instruments tout prêts. à propos de cette époque. en la grotte obscure du Moustier. on avait pénétré plus avant dans le sol de la France. que l'homme a manqué de souffle ou son bras le et qui. font même la mérovingiennes au regard de On de dirait docilité. Ce n'est plus seulement aux cailloux du lieu que l'on s'adresse pour confectionner les outils on va chercher au loin soit la matière première pour les fabriquer. La recherche de ces domiciles obligea les hommes à une exploration plus soigneuse de leur domaine. De même. Hommes et choses se transportaient plus aisément. prononcé tout à l'heure. Une circulation plus régulière sillonna le sol de la France. On remonta et on descendit le cours des fleuves. On négligeait souvent le plateau pour se replier dans : mais par là même. et J'ai s'élaboraient les éléments d'une vie nouvelle.20 DE LA GAULE A LA FRAACE. et même dans la vie sociale et la tâche agricole. et. l'établissement de principes nouveaux. de nouvelles choses apparaissent. Et cependant. et cela fait songer aux temps qui ont suivi la fin de la civilisation romaine. à tout prendre. l'expression de Moyen Age. même dans ces pénibles débuts de la vie de caverne. à côté des silex de Chelles et de Saint-Acheul. on fouilla le fond des vallées et les flancs des montagnes. on s'était réfugié sur le giron de la terre et on lui devait son salut. pour avoir amené en tant de choses ruine ou décadence. par lesquels devait s'épanouir la civilisation de la France chrétienne et moderne. n'en virent pas moins en religion et en morale. effet que les poteries céramique gréco-romaine. on le connaissait plus profondément.

Ces outils eux-mêmes. l'homme s'habitua à le ces grottes. maîtresse absolue dans l'outillage. Il y a l'outil qui racle. l'effort qui devait faire la France ne Le labeur humain ne ce passage s'en continuait pas moins. Puis. pas plus que dans l'histoire connue. Il en fit domicile de sa vie tant qu'il fut nécessaire. la pierre ne règne plus en. Peu à peu. Enfin. L'homme de temps n'a pas perfectionné ses armes. La chose peut d'ailleurs dater des temps de Saint-Acbeul. si grêles et si disgracieux qu'ils ^ soient parfois. L'outillage se diversifie. celui qui perce. témoignent d'un certain zèle pour trouver des formes ou des emplois nouveaux. mais il a singulièrement accru ses moyens de travail. comme « le compagnon des bois » du Moyen Age. celui qui scie. il conserva de sa résidence dans les cavernes un souvenir mystique et une religieuse reconéloignés. C'est peut-être un timide et un farouche. . affirmer que tous ces instruments variés ont dû servir à fabriquer mille choses diverses avec le bois ou le cuir s'est donc point interrompu dans du plateau à la caverne. D'abord. quand les glaciers se furent quand il put revenir à déplus longs séjours sur les terres découvertes. si Et je peux ^. la plupart de ces instruments ont dû tiges être emmanchés dans des de bois * : et c'est le pre' mier emploi de ces combinaisons de matières qui devaient faire plus tard la gloire des manufactures. tout au contraire.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. plus de rapports entre les tribus humaines. Puis. 2. 21 Cela suppose des échanges et des ententes. quand la température se fut radoucie. à côté du silex. On a avancé jusqu'à l'époque précédente la découverte du procédé de l'emmanchement. Mais il a ouvert quelques ce voies à l'industrie de l'avenir. et bien d'autres sortes encore. l'essai d'un commerce et la piste d'une route. Pour changer de lieux et d'instruments. on taille et on utilise l'os. 1. Il n'y a pas en préhistoire. celui qui coupe. de catastrophes qui bouleversent le monde et substituent une humanité nouvelle à une humanité disparue.

auxquelles collaborent Boule. Cartailhac. depuis 1906.22 DE LA GAULE A LA FRANCE. après naissance. à un contact plus constant avec la franche lumière et la libre nature. Capitan. comme celle de ce Moyen Age. à l'humanité des chasseurs. . un les vrai froid de steppe. à la musculature solide. humaine se fit gloire d'être une famille de trode nouvelles et brillantes destinées. Une noupeut-être velle espèce d'hommes se les présenta sur notre sol. à la tête fine. sur ces grottes. et permit. Monaco) L'archéologie préhistorique est peut-être actuellement celle qui possède en France la meilleure méthode et les plus com^ plets instruments de travail. qu'elle possédait dans un corps très sain une intelligence 1. Il s'habitua à d'audacieux voyages. un complet dévelopses facultés. l'antilope. stationnements de De nouveaux animaux arrivèrent. pement de toutes ce besogneux Moyen Age. allait être réservé. plus séduisants comme butin. etc. au cerveau développé. puissante. mais à la tournure dégagée. Et tant que dura la civilisation des chasseurs. conçue pour ainsi dire dans le sein de la terre. Peyrony. Breuil. la société glodytes. à des expéditions hasardeuses. Ses facultés physiques et intellectuelles se réveillèrent à ce jeu plus intense. une ou. appelée d'ailleurs par vie : conditions plus faciles de la race au front droit et vaste. (Pe/ntares et gravures murales des cavernes paléolithiques. Voyez maintenant. se montra plus clémente. des cavernes *. hors des cavernes. sous les généreux auspices du prince Albert de Monaco. Au surplus. paraît être à la fois dans des faits de nature et des faits de race. le renne. le cheval. moins dangereux pour l'homme comme adversaires. race dont on devine. dit-on. à ses œuvres. devenue fille L'origine de cette Renaissance. il il devint clair et sec. les longues courses de chasses. et si le froid demeura très rigoureux. pêches interminables. les magnifiques publications entreprises par l'Institut de Paléontologie humaine. La nature. mieux. véritable Renaissance.

Voyez. au moins des armes humaines car on a dû en faire présent à des dieux ou à des morts. 23 non moins saine K Et établis alors. les lamelles de pierre trouvées à Volgu (en Saône-et-Loire). magdalénienne. sous le travail de l'artiste de Volgu. plus loin. manche de bois 2. lourd et robuste. qu'elle atteignit — la délicatesse des objets. pour une souplesse incroyable. de ' Solutré (Saône-et-Loire). l'antique coup de poing. le formant paléolithique supérieur. posés par générations nouvelles. La vieille On pourrait pratique du silex fut portée à sa perfection. pour arriver à rupture. la lame a jus- qu'à près de 40 centimètres de longueur et quelques milli- mètres à peine d'épaisseur. s'est transformé en une feuille de silex à peine plus pesante que la feuille de saule dont elle imite et amplifie les formes. commença les la floraison d'une civilisation splendide-. perçoirs étroits et pointus vrilles. donnés par une légèreté et d'une sûreté infmies. un tel résultat. Race dite de Cro-Magnon (Tayac en Dordogne). grande il n'y aura que le métal pour ramener. sur notre sol. pour l'utilité de l'outilje sache. pointes à crans. solutréenne. il la ciseler sans a fallu des centaines de coups. que œuvres d'une ténuité aussi. son allongement progressif en pointe : mais ici. dire. où principes par les générations antérieures parvinrent à leur les apogée. En principe. Jamais. Et voyez. comme des burins aux extrémités angulaires.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. qu'on devine incorporées dans un 1. mais pour eux. Il est vrai que ce ne sont pas des armes. Époques dites aurignacienne. de La Madeleine (Dordogne) : là. . les instruments d'Aurignac (Haute-Garonne). longtemps après. c'est la lame de Saint-Acheul. grattoirs massifs. produisirent des chefs-d'œuvre presque du pre- mier coup. si le mot ne jurait pas avec la matière. la pierre n'a livré des : : main d'une — lage. avec l'aplatissement de ses deux côtés. où d'autres principes.

pourvues. l'organe créé l'industrie. et peut-être l'outil avait-il fois éveillé le besoin.24 DE LA GAULE A LA FRANCE. des aiguilles avec chas d'une exiguïté telle. et aussi de tiges denticulées qui annoncent déjà la forme des scies de métal. des marcurrent. d'une soie plus mince encore. des industries nouvelles prenaient nais- sance dans ce monde de travail et de réflexion. maintes Plus nouvellement venu. Voilà. de la couture. du temps de La Madeleine. l'outillage en os. des besoins en quantité étaient satisfaits par ces outils de silex. en face de cette variété d'instruments. des harpons. et teaux. cependant. des pointes aussi voici. des perçoirs. de façon indissoluble. nous n'avons plus seulement devant nous des instruments. des os évidés en tube. A chaque jour. Et ces os renfermaient l'ocre rouge destinée à colorer leurs tatouages. reil appade chasse et de pêche. stimulé sans doute par l'imitation de la pierre. tout comme les épées de plus tard. égala alors son con- du temps d'Aurignac. de ne pouvoir retrouver la matière à laquelle ils s'appliquaient et la façon qui en était tirée! Vestiaire. que le seul métal pourrait en produire de semblables. habitation. fines que celles de silex. ici. ces pendeloques. Chose étrange! ces hommes ne se sont point préoccupés . lamelles d'une rare petitesse. mais aussi des récipients. de la chimie. des bâtons de couleur. comman- dement. ce suif qui sert à éclairer. ce sont les premiers essais de la bijouterie. Et je ne parle pas des épingles. des tubes à Car maintenant. Quel dommage. Ils ont eu des galets creusés en soucoupe. des pendeloques en dents perforées. des ciseaux. L'esprit sens pour ne négliger aucun des humain rayonne en tout emplois de la matière. Cette ocre qui sert à colorer. ces aiguilles. de la droguerie. Les hommes d'alors ont connu l'idée d'imiter avec la pierre ou l'os la paume de la main ou la coquille qui retient et conserve le liquide et la poudre. et ces godets contenaient les matières grasses destinées à faire la lumière dans les grottes. des poinçons.

de sûreté plantes ce '. dit Déchelette du (p. élégants et fins. leurs engins dirait 25 de combat '. les grosses armes de pointe avaient été réduites en leur puissance. d'améliorer leurs armes. a été la surprise et la joie de tous ceux que passionne la recherche des plus anciens âges de l'humanité et de la France -. Paris. sous nos yeux et de nos jours. ».cavernes. 2. On que depuis le premier âge du silex. 150). les temps où nous sommes parvenus furent peut-être les plus pacifiques de l'histoire plus de coups de poing. dans l'observation. Leroux). Le monde de France n'invente que des manières de travailler. D'où leur est venu don imprévu. l'outil de bataille a perdu de sa force et de sa valeur. mais ils ont su reproduire avec une exactitude extraordinaire les êtres de vie qu'ils voyaient autour d'eux. « Chapelle Sixtine de l'art quaternaire plafond de la grotte d'Altamira en Espagne 3. petits.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. d'os ou de pierre. Voyez le Réperloire de l'art quaternaire de Salomon Reinach (1913. Déjà. peut-être. qui les a fait parfois comparer à des Michel-Ange préhistoriques ^? La race était-elle supérieurement douée. où l'archéologie permet de juger d'une société. animaux et humains même. et pas encore de haches ni d'épées. Dans la mesure où la chose peut faire connaître l'homme. le perfectionnement de la flèche et de sa pointe. . : Mais voici maintenant la plus grande merveille de ces temps où régnaient les chasseurs de rennes et de chevaux sauvages. merveille dont la découverte. lors du reflux dans les . Maintenant. Assez rarement jusqu'ici. ne peuvent être des instruments bien redoutables. Sauf. de netteté dans l'intelligence. 4. ces milliers d'objets que nous avons à notre disposition. Ces chasseurs ont été d'incomparables artistes qu'ils aient : non voulu imaginer des figures ou composer des scènes. légers. de discipline dans le geste? La rareté 1.

Ces mêmes les causes. de plain-pied. l'attention soutenue et la notation impeccable des choses et des êtres de la nature? Je sans doute jamais ne sais et nous ne saurons Mais nous voyons les effets et c'est. et ce n'est que de nos jours. cela va de soi l'art des cavernes n'a pas produit que des hommes de génie. fixées à tout jamais. de cerfs. les 1. sans rien qui nous l'ait fait prévoir'. en noir ou de nos cavernes. sont obtenus avec quelques teintes plates et uniformes. que la science moderne a pu reconstituer ces allures et ce dispositif : l'œil et la main du chasseur préhistorique les avaient retenus aussi fidèlement que la plaque sensible. On croit la revoir. et c'est déjà de l'excellente gravure. une grande époque d'art qui se manifeste. sur Qu'il les parois ait parfois : dans une attitude de vérité absolue. jetées sur Ajoutez aussi les ornements de style géométrique. La sculpture sur pierre a fourni en bas-relief des frises de chevaux courant ou des humains se tenant debout. la glyptique a donné des os de renne ou de mammouth taillés en types d'animaux. comme le fait . Et tout cela. ces images. Certaines allures. justement remarquer Déclielette (p. La bête y vit. Enfin la peinture se manifeste en d'innombrables images de chevaux. 231). dans ces images des maladresses. : matières présentent d'autres figures incisées. calme ou troublée. courant ou se baissant en ocre.2G DE LA GAULE A LA FRANCE. à l'aide de la photographie instantanée. y d'informes tâtonnements. ces chefs-d'œuvre d'art. de taureaux. et il y a bien des figures d'une surprenante beauté. Toutes les manières de reproduire la figure nous sont subitement révélées. des guerres tourna-t-elle son esprit vers les préoccupations supérieures de la pensée et de l'art? La vie de chasse développa-t-elle chez elle l'acuité des sens qui perçoivent. fuyant devant l'homme ou se retournant contre lui. de bisons. certain dispositif des membres d'un cheval au galop ont été saisis par le regard du peintre avec une précision invraisemblable. Mais le plus grand nombre est réussi. de mammouths.

— — 1. correspondant à un besoin impérieux de sa vie? A-t-il considéré l'animal comme une sorte de dieu. cette image peinte à titre de souvenir. et sa présence en image ne serait-elle pas le signe de ralliement d'un groupe d'hommes ou la marque de quelque entente entre ce groupe et un groupe allié? dans ce cas. ou d'une tribu. Paris. réalisé la tâche la terre et ses 27 l'homme a bien de ce temps. chacun de ces animaux ne serait-il pas l'enseigne. comme une puissance supérieure. de l'animal il a pris le corps à la fois du chasseur et la vision de l'artiste. et. il a fait le mouvement de par la force la vie. ou le représentant d'un être vivant. ou d'une famille. qui était de conquérir l'animal. On peut encore supposer. voilà l'image débute par l'idolâtrie '. Avec presque rien de la terre. l'art aurait commencé par être un agent de la vie sociale -. de ces sculptures. dont la figure allait protéger sa demeure? dans ce cas. A-t-il regardé l'animal. Les Religions de la préhistoire. dans un sens religieux. A désir la vue de un pro- j blême s'est aussitôt posé. Ou encore. dans un sens laïque. pour être plus sûr de la capturer dans la chasse. dans quel l'homme a-t-il été amené à reproduire sur la pierre de sa caverne ou l'os de son bâton l'image de ses animaux de chasse ou de voisinage? Est-ce simplement par désœuvrement. parois rugueuses d'une caverne. en la rapprochant par l'imitation figurée? dans ce cas. sacrée qui et l'art commence. simplement comme une proie à maîtriser de toutes les manières.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Cette fois. l'image de la bête chassée donnée en ex-voto à la divinité. 1921. Picard. Sous quelle impulsion. 2. Mainage. et toutes ses facultés lui obéissent maintenant assez pour qu'il puisse comprendre et copier la nature. . par intuition d'art? Ou n'a-t-il pas eu quelque intention plus pratique. ces peintures. et faire à sa façon une œuvre de créateur. au contraire. Sur les hypothèses possibles au sujet de la vie religieuse à l'époque préhistorique. a-t-il voulu l'attirer. vojez le livre si documeiité de Th. propres facultés. l'art est à son origine une opération magique. ou l'insigne. la dompter au préalable.

trop d'images et trop diverses. L'art apparaît dans toute son indépendance et toute sa franchise. quelle initiale que soit la cause de ce travail esthétique. renaît tout à coup sous son regard grâce à la vertu magique de l'intelligence et de l'art. les plus nombreuses et les plus belles de ces la lumière du jour. que cette cause a vite disparu. et œuvre de non pas de besoin. une nouvelle découverte. où sont peintures. plus encombrée de de ses ancêtres. quand ses yeux se Et quand. pour qu'elles soient uniquement le produit d'une dévotion. doit faire le pèlerinage des Eyzies sur la Vézère. main passé. Il décou- l'homme . elles apparaîtraient plus nette- moins belle. magique ou sociale. quand il aura peu à peu discerné sur dant encore du gées par une si les parois ces bêtes monstrueuses. d'ailleurs. Ce sont sincérité et de goût. S'il y avait des arrière-pensées cultuelles. et il se sentira enveloppé de confiance dans les destins de l'humanité.28 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. pour bien juger l'époque qui les a produites. quittant seront habitués à la faible lueur des lampes. disparues depuis des milliers d'années. il aura pénétré par l'étroite entrée de la grotte. Tout Français qui a le culte et l'image serait ment. quand il songera que ce lointain longtemps oublié des hommes. moins vivante. On a l'impression que ces artistes ont aimé ce qu'ils fai- saient et qu'ils le faisaient par amour. dans les grottes et sur les ivoires. et que l'effet seul a été recherché. Parler de ces images ne suffit pas. nous avons de ce temps. Vraiment. il faut visiter les grottes où elles s'appliquaient comme en un musée. est bien probable. Pour bien les comprendre. et vivantes cepenfait de quelques couleurs trouvées et arranhabile. religieuse. A la fin fit de cette belle période d'industrie et d'art. qui pouvait entraîner son existence dans une voie plus grandiose encore. simple. une émotion religieuse l'étreindra. il faut les voir. tout homme qui a la curiosité respectueuse de son passé. moins marques et de symboles.

L'écriture est de la parole humaine fixée et visible pour tous. Je voudrais me représenter maintenant les conditions matérielles et morales dans lesquelles ont vécu les 1. Ce furent d'abord de simples traits ou des encoches sur os ou sur corne. des ronds. . et exige la présence immédiate. Jamais il n'avait assuré à ses facultés une telle souveraineté. de vaincre l'espace et le temps. vrit récriture. établir par là entre des êtres éloignés les uns des autres une sorte de relation magique. l'homme a trouvé le principal agent de la sociabilité humaine. tantôt isolés. à l'art. à des états d'âme ou à des faits. imite et conserve. aux aïeux et aux descendants. des bandes. Assurément. et ces signes devaient révéler une pensée ou un désir. et qui ont pu n'être compris que de quelques-uns. à l'aide de peroxyde de fer. On utilisa des galets sur lesquels on peignit. et ces signes. peuvent se rapprocher ou se combiner. il a ajouté l'écri- ture. devaient être compris de tous. l'art procure des jouis- sances supérieures. en outre. l'os signes conventionnels : ce sont des demi-cercles. Jamais l'homme n'avait fait une découverte plus capable de combattre le néant.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Mais on alla bientôt plus loin '. Celle-ci ne dure pas. peut-être seulement de leur auteur. destinés peut-être à rappeler des faits de chasse. c'est-à-dire qu'il 29 imagina des signes pouvant ou le bois. une communion dans l'intelligence ou la décision. des s'imprimer sur la pierre. hommes Époque dite azilienne (Le Mas-d'Azil en Ariège). Celle-là travaille et produit. annoncer un acte accompli ou à exécuter. ces signes étaient en petit nombre et de forme naïve. A l'industrie. tout ainsi que nos Cette lettres fois. C'était pour ainsi dire mieux et plus que la parole. tantôt enchevêtrés. mais l'écriture unit entre eux les vivants et les unit aux morts et à l'avenir. correspondre à des paroles.

je ne peux apporter que des impressions. Ils ne vivaient ni dans les délices du paradis ni dans les terreurs de la géhenne. siècles. Ces chasseurs d'Aurignac ou de La Madeleine n'étaient ni plus malheureux ni plus heureux que nous ne sommes nous-mêmes. n'en était pas moins très largement assurée par la pêche. pour n'être pas aussi variée que la nôtre. évidemment. . Ce n'est pas à l'aide d'une peinture murale ou d'un silex taillé que l'on devinera les vertus et les vices des hommes. l'historien a le droit et le devoir de pousser sa recherche jusqu'au plus intime des âmes. il consiste à s'adapter aux conditions que l'on connaît et dans lesquelles on doit vivre. peine et tremblement. puisqu'ils ne savaient ce que c'était et ce que cela voulait dire. Le bonheur ne consiste pas à vivre dans certaines conditions matérielles ou mentales. Làdessus. les huttes et lits de branchage. Pourtant. Ils avaient tous les moyens de se défendre contre : les intempéries les : la fourrure ou le cuir des bêtes. Mais il est tout aussi ridicule de notre part de n'y voir que misère. La subsistance de ces hommes. et vrai- ment une société humaine digne de ce nom. la chasse. qu'il ait l'audace Il faut de toutes les curiosités. Placer à cette origine du monde l'Éden ou l'âge d'or fut une fable enfantine.30 DE LA GAULE A LA FRANCE. nous manquons de mille choses que nos héritiers jugeront indispensables à la vie et dont l'ignorance actuelle nous vaudra de leur part une ridicule pitié. Soyons sûrs que même nous autres. la cueillette des -fruits naturels. ce que valait leur société. à défaut de la chance des solutions. j'entends jusqu'à quel point le connaissaient si bonheur ou c'était le bien. N'ayons donc pas pitié des chasseurs et des troglodytes de jadis ils pouvaient atteindre toute la part de bonheur à laquelle doit prétendre l'âme d'un être vivant. Nos premiers aïeux ne se sentaient point privés de ce que nous appelons le confort. je de cette longue période. et en particulier ceux des derniers voudrais savoir leur degré de bien-être et de ils bien faire. Ces minces aiguilles .

ce n'est pas la nature des choses auxquelles on s'applique. affiner leur intelli- inventions inestimables c'est-à-dire gence. perce et racle. l'art sous toutes ses formes. que ces peintures d'animaux soient vraiment. auparavant. Qu'on ne se trompe pas sur la supériorité intellectuelle de notre époque et sur la grandeur de ses découvertes. n'oserais pas dire prits invisibles. Mais le travail matériel n'était pas plus impérieux. On a vu qu'il leur laissa des loisirs pour faire des et de véritables œuvres d'art. et. comme on l'a sup- des images de piété. de ces hommes était sœur ou mère de Nous ignorons davantage leurs croyances et leurs mœurs. c'est l'élan vers le nouveau. cet outillage scie. c'est c'est l'éclat le pro- grès qui est fait sur le passé. l'avenir. Tandis que l'époque païenne et l'époque chrétienne ont inscrit dans toutes leurs ruines l'empreinte de leurs dieux et la marque de leur culte. des idoles de Je que leur religion fût uniquement d'Esleur culte uniquement de pratiques magidivinités. C-e qui fait la valeur d'une intelligence et l'éminence d'une invention. aviation. réfléchir et rêver. 31 qui annoncent un vestiaire délicat et complique. de femmes et de chevaux. électricité ou vapeur. c'est la portée dans auparavant. la période du silex n'a rien livré qui ressemble à coup sûr à une pierre rituelle ou à un signe de dévotion. et. taille. que les découvertes d'un Edison ou d'un Pasteur.L'ÉPOQUE DES CHASSEVRS. pas plus absorbant qu'il ne l'est de nos jours. Car je doute de plus en plus que ces sculptures d'hommes. durs à la fatigue et assidus à la besogne. étaient sans nul cloute fort occupes à toutes ces affaires de chasse ou d'installation. découvrir l'écriture. l'arme d'estoc et de suppose une tension continue de l'esprit ou une divination subite. Or. annonce une habitation et un Ils mobilier sufïîsants. . d'une pensée imprévue. tout aussi bien L'intelligence la nôtre. posé. pour cultiver leur esprit. une suite d'expériences et de déductions ou la fixation rapide d'une lueur de génie.

des idées toutes faites. esclave et sujette. combien de fois avons-nous lu et lisons-nous ces expressions et bien d'autres similaires ! Pour expliquer leur degré de barbarie. C'est à peine de l'attitude des morts dans la tombe. n'avons-nous pas constaté que chez eux. si l'on a des figures féminines. de la pierre si. aux pires atrocités. on les a comparés aux plus ignorants des nègres africains. Débarrassons-nous des prépas. à l'endroit des Magdaléniens jugés contemporains. à tout le moins. Mais celle est de fait que de toutes les archéologies. je ne leur je aucun de nos vices. mais ne leur dénierai aucune de nos vertus. dit-on. On a attribué à ces premiers hommes des mœurs atroces. pure calomnie. et. en admettant qu'on : puisse se servir de ce mot à leur égard. était alors. Je ne nierai pas qu'ils ont pu faire la guerre et cependant. Les hommes de la pierre ont pu vivre avec des instruments pareils il n'empêche qu'ils à ceux des sauvages contemporains ne sont pas restés des sauvages. c'est de la même manière qu'on a . l'horreur hirsute des habitants des cavernes. de la part de nos ennemis. Des artistes et des inventeurs de ce genre on qu'ils me fera difTicilement croire aimaient uniquement le sang et le mensonge. il ques. Je me suis toujours demandé si ou des Aurignaciens. De ce que nous ignorons leurs mœurs. on a à la essayé de conclure croyance en l'âme et en son immortalité. De ce que leur vie s'est déroulée très loin dans le passé. nous n'avons pas le droit de dire qu'elles fussent féroces. pas autre chose qu'un être du bétail. La sauvagerie des temps primitifs. il ne résulte pas qu'elle fût seulement consacrée au meurtre et à la destruction.1-2 DE LA GAULE A LA FRANCE. les nous avons dit qu'ils remettaient en usage ce n'était plus ignobles et les plus sanglantes coutumes de l'ère préhistorique. Quand la Grande Guerre nous a fait assister. l'arme du : combat ne refuserai s'est point perfectionnée et que l'instrument du travail n'a cessé de progresser? A tout prendre. taillée est jusqu'ici la plus laïque. La femme.

3 . de même que Paris s'est continué depuis l'époque ligure jusqu'à la nôtre. en villages autour de lénaires de l'origine ». p. pour les produire. Boule. a-t-on encore répété pour ces mil: c'était vraiment le temps du « coup où chacun se faisait d'abord sa place. en dernier lieu. et se succédant pendant des siècles. et non pas en maître et esclave. Je ne le crois pas. Certaines sta- tions sur les plateaux de la Somme se sont prolongées depuis les premiers temps du silex jusqu'au plus bel âge de la civilisation des chasseurs. La comparaison avec le c'est une bête que l'on chasse. L'Anthropologie. près desEyzies. la d'homme '. Découvertes du docteur G. Si je femme est de l'autre pense à quelque mythe pour traduire mon impression sur la famille de ce temps-là. 33 Il faudrait le prouver. 1. voici que l'on vient de découvrir. en tribus. ne parlons pas de bétail pour cette époque elle ignore les animaux domestiques. une superbe image côté. y voyons d'hommes associés qui sont La vie de chasse et de pêche la guerre civile et la dévas- amène plus souvent l'entente des familles et la formation de tribus qu'elle ne provoque tation des choses. à côté des : : figures féminines. ce n'est pas la dispersion. Ce qui apparaît dans ces gisements de silex taillés. Hommes fossiles. Il a fallu. des images de rennes ou de bisons. Ces centaines de peintures que nous font songer à des centaines venus les créer ou les voir. foyers et d'ateliers. 309 et 305. 1912. je préfère à tout autre celui d'Adam et d'Eve. et peut-être déjà par-dessus des tombes. . D'abord. et renne tombe à faux tel n'est point le cas de la femme. On ne se réfugie pas dans les cavernes pour se défier ou s'entre- déchirer. à la même place.L'ÉPOQUE DES CHASSEUIiS. Homo de poing lupus homini. Je sens au contraire des hommes qui se rapprochent en familles. Lalannc à Lausscl (Dordogne) XXIII.L'homme est d'un : ils apparaissent tous deux en couple d'égaux. c'est l'accumulation. beaucoup d'hommes vivant ensemble. JuLLiAN. Les t. — De la Gaaile à la France. Et puis.

depuis l'invention de l'arme de silex jusqu'à celle de la peinture pariétale. jusqu'à de nouvelles découvertes. ses véritables animateurs. de la Marne. fleuves. si rapprochées. furent vraiment les centres actifs de la première industrie du silex nulle part vous n'en trouverez de vestiges plus denses. dans la vie de nos plateaux ou dans celle de nos cavernes. chasse. par-dessus familles. hommes. y a déjà chez nous. de la Meuse. qu'on dirait un sanctuaire de ralliement de tribus innombrables. de la Seine. tribus. montant ou descendant par les rivières de France. un lieu de rendez-vous ou de pèlerinage où des milliers de chasseurs se sont rassemblés. des nationalités. si nombreuses. l'Europe de ces périodes est passée. On signalera en Espagne d'aussi mais ces grottes belles peintures que celles des Eyzies françaises de la Vézère sont si riches. qui indique une civilisation propre à notre terre. concevoir Peut-on enfin. à peu près simultanément. Sur nos plateaux du : : Nord ont été recueillis les silex les plus robustes et les .34 DE LA GAULE A LA EHAJSCE. et qui aurait. n'est point possible. aux différentes étapes de cette civilisation. à l'est comme à l'ouest du Rhin. c'est à la France et aux Eyzies qu'il faut s'adresser. Il n'y a rien. préludé aux Gaulois et à la France? Gela. sur notre sol. autour de nos une nature particulière et une intensité de vie que il nous ne rencontrerons pas dans les régions plus lointaines de l'Europe. A l'heure où j'écris (je dis cela. Ce que nous appelons des frontières. semble entièrement inconnu de ces Et cependant. si l'on veut parler d'une grande fraternité de troglodytes et de sa capitale. On est également tenté de croire que les hommes de nos pays ont été. une formation politique qui ressemblât à une nation. par les mêmes phases. Au nord comme au sud de la Manche et des Pyrénées. sociétés de une entente plus vaste. parce que nous sommes toujours à la merci d'une nouvelle découverte). Les bords de la Somme.

L'ÉPOQUE] DES CHASSEURS. en d'autres temps. Au moment actuel de la science tout nous invite à supposer que c'est ici qu'a été donné le branle à la vie intelligente de l'Europe dans les premiers temps de sa destinée. C'était la surface seule qu'ils les terre souveraine. Il n'empêche que la vie civilisée commençait à peine. cultures. en France comme ailleurs en Europe. le souffle inspirateur est venu de la Grèce et de Rome. qui fixe. senti la première impression de la qui appelle les vivants et morts. avaient voulu conquérir et qu'ils possédaient maintenant. Mais de cette terre. 35 mieux Centre travaillés de l'ère primitive. Je n'ignore pas qu'il a dû y avoir des enfouissements voulus de morts dès les temps moustériens. ils avaient déjà. comme. êtres à demi errants. ces tribus n'en demeuraient pas moins des chasseurs. ce sont nos gîtes qui approvisionnent les du musées européens des c'est pièces les plus typiques dans nos cavernes qu'il faut se du Moyen Age paléolithique. à demi nomades. Mais je songe ici au culte de la tombe. Ils possédaient leurs sentiers et leurs stations d'habitude. et les galets porteurs d'écriture proviennent de la grotte où coule un torrent pyrénéen. de tradition par les les cités et les patries. Ils ignoraient que la terre est une source de vie par les tombes \ de fraternité par Mais une autre période d'histoire allait commencer. ils ne connaissaient que la surface. rendre pour avoir l'im- pression la plus juste de l'esthétique des chasseurs. dans cette religion des cavernes. Ces hommes. . celle où l'homme découvrit la valeur de la terre et associa la vie du sol à sa propre vie. — 1. dans la vie courante.

l'archéologie de la pierre polie n'apparaît clairement ni dans ses périodes ni dans son évolution ni dans sa répartition. mais non décadence absolue. — Avènement de Terre-Mère. découverte du métal. Mais faut avouer que tous ces livres laissent.II L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS TEMPS NÉOLITHIQUES OU DE LA PIERRE POLIE * La grande révolution de comme force agricole. — La céramique. On a donné les chiffres de 7 500 à 6 000 ans avant notre ère pour il . Voyez les mêmes livres que pour l'époque précédente. vie solidaire. de nouvelles découvertes et de nouvelles statistiques. découverte de la terre sur les origines de cette révolution. . — La conquête de mer. lechien. Les premières cultures. une impression moins nette que pour les temps paléolithiques. Jusqu'à. déesse souveraine. Nou- — — — — Incertitude de — notre histoire : la la science — velles industries. Nouveaux instruments . — Ce que France animaux. Discipline de la terre et de l'âme. — Groupements humains forteresses. paraît impossible. prépondérance de la hache. villages. marchés. 2. Exploration minéraloDomestication des terre. Toute datation. Déclin des œuvres de Vesprit. plus considérables que tous ceux qui 1. des temps néolithiques. — — — les la : la la doit à cette rôle de la époque : éléments nouveaux d'une Bourgogne. même approximative. la gique de — Nouveaux éléments de relations routes. Dans ère ^j il le cours des derniers millénaires avant notre prodi- se produisit chez les hommes de France de gieux changements. Migrations humaines dans cette période. — Les résidences des morts.

Les Hommes fossiles. 1. Corrèze). Mais celle-ci. Dès l'époque moustérienne (squelette de La Chapelle-auxSaints. Les animaux eux était fournissaient à l'homme le principal de sa nourriture et l'essentiel de son vêtement. qu'ils appliquèrent le meilleur de leurs pensées. ne tenait qu'une place secon- daire dans leurs besoins et leurs espérances. La théorie de 1' « hiatus ». sont-ils bonne heure aperçus que arbustes de leur nourriture sor- taient de grains enfouis dans les profondeurs de la terre. « » terre un Esprit supérieur qui enfante De nouvelles générations vont surgir qui connaîtront » enfin la terre. p. bois ou silex. en obserse vateurs étaient. de réunion le mains savaient entr'ouvrir y déposer leurs morts '. et. et ils n'avaient dès lors cessé de regarder lieu le sein de la terre comme un leurs fosses et de refuge.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 3 300 pour le début de certaines stations néolithiques lacustres delà Suisse. Ils découvrirent la valeur productrice de la terre. même . Ce n'est pas que la terre fût demeurée une inconnue pour leurs ancêtres. De la terre n'occupait et n'utilisait que la surcette surface. c'est-à-dire de l'absence de transition entre le paléoUthique et le néohthique. sans renoncer à la chasse. me paraît définitivement abandonnée. 10000 ans avant l'époque on descendu à 4 800. 37 avaient jusque-là modifié leurs corps et leurs âmes. les face foulée par ses pieds. j'emploie ce le mot « connaître dans son sens commencement de est cette période néolithique (Boule songe à actuelle. et à bon droit. 61). attentifs qu'ils les sol ou de culte. Elle les portait dans leurs stationnements et dans leurs marches. c'est à l'agriculture qu'ils demandèrent surtout les moyens de vivre. et je doute qu'on ait déjà eu l'idée de voir dans la et qui nourrit. il se battre contre sa besogne ordinaire et pour ainsi dire son devoir d'être vivant. qu'il rencontrait sur familles et les tribus ne savaient pas ce qu'était un domicile. ses cavernes leur avaient offert un asile aux heures pénibles de leur existence. des habitudes et des sentiments enracinés en un point du sol. pour creuser des de et sans doute. que les choses. malgré tout.

et enfin. Nous allons rencontrer. ils en firent aux nouveaux modes de leur exisun objet que l'on possède et une étendue vie. ils se l'imaginèrent que telle l'on délimite. et cela nous rappellera l'unité et la grandeur de la période précédente. si naturelle. plus large. elles sentirent son attrait divin. tant de sources de qu'une puissance souveraine. C'est la véritable histoire de la terre de France qui commence avec eux. évidemment. propriété du sol. la prééminence de est devenu pour nous une chose l'homme dans le monde.38 le DE LA GAULE A LA FRANCE. Elles comprirent sa force féconde. sociales et religieuses. se déterminant dans un ordre naturel. tour. frontières de d'idées. tant d'efforts. recevant et exigeant d'elle tant de bienfaits. pareille aux femmes et m. de transfor- mations économiques. ils tirèrent d'elle de la pierre. les Tour à lin hommes lui confièrent les grains de blé ou de pour améliorer leurs conditions matérielles. de l'argile. des demeures et des villages faits pour l'éternité. celle des temps des chasseurs et des troglodytes. dans ces temps d'agriculteurs. ils bâtirent à sa surface des tombes. que cette longue époque nous paraît étrangère et inutile à notre destinée. aux temps des chasseurs. n'aura produit une telle suite de découvertes. labeurs de paix ou entreprises de guerre. — — — — . métal. ont contribué chacune pour sa part à nous faire ce que nous sommes. humain et religieux à la fois. l'histoire aux Jamais de l'humanité. Au contraire. que nous pouvons nous dire les héritiers directs. une chaîne d'événements et un ensemble de phénomènes d'une unité parfaite et d'une grandeur réelle. tout cela e^dge encore pour nous groupes sociaux. ils modifièrent son aspect et sa nature même afin qu'elle s'adaptât tence. si longue soit-elle. Mais le bienfait suprême que nous devons aux millénaires paléolithiques.ères qui les avaient engendrés. tout ce que les agriculteurs des temps nouveaux vont remuer de faits et blé. Ces deux époques. du métal pour compléter leur outillage de travail et de combat. les élèves immédiats de ces lointains ancêtres.

les rapports entre les êtres ou entre les faits. instituant sur notre sol des habitudes nouvelles. . à sa faculté de noter thèses. à l'ingéniosité de ses hypo- A quelle race attribuer le mérite d'avoir ouvert à notre histoire de France la voie de l'ambition agricole? Est-ce à nos anciens troglodytes S qui se seraient peu à peu détournés de la contemplation artistique de la nature pour rielle? se mettre délibérément à son exploitation maté- Est-ce à de nouveaux venus. une température plus douce permit aux habitants de la terre de remarquer avec plus d'attention les richesses et les variétés de ses produits. 3. dès les temps gaulois. ne crois constante. 2. les saisons prirent des proportions plus harmonieuses. pour une part. qui sera ^? éternellement la patrie du pain blanc ou nous est-elle arrivée de proche en proche. de nombreux individus de la race des derniers temps troglodytiques. J'en doute encore pour mon pas impossible que la stabilisation du climat ait été acquise avant les temps de la pierre polie. je crois. soit entraînée par la rumeur populaire. le goût pour un autre genre de vie? La découverte du blé que l'on cultive et du pain que l'on fabrique s'est-elle faite chez nous. Car je crois à la persistance. les glaciers recu- lèrent sur les plus hauts sommets. Car c'est au génie observateur de l'homme qu'il faut revenir en dernière analyse. provoquée pour ainsi dire par l'excellence de notre terre. la régularité de ses fonctions créatrices. C'est et 1. soit introduite par quelques émigrants indus- trieux ou une bande d'heureux conquérants? questions à nous poser! Que de Que de réponses à attendre de la science de demain! Celle d'aujourd'hui. sur tous ces points. à la ténacité de ses expériences. 39 Ce changement dans la vie des hommes fut peut-être.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. sur notre sol. l'opinion je compte. Le climat perdit de sa rigueur. amené par un changement dans la vie de la nature '. Connue comme telle.

l'expression de Déchelette {Manuel. d'Espagne. à l'allure moins dégagée. Race l'Ouest. C'était l'opinion et . Les déplacements de masses humaines sont rarement des faits d'accord et de calme. Aux popuune race lations anciennes \ d'autres vinrent se mêler ^ : au crâne plus fuyant.40 DE LA GAULE A LA FRANCE. s'établirent au milieu ou à côté des descendants des troglodytes magdaléniens. des trois principaux types physiques actuels. Elle paraît jusqu'ici dominer dans le Nord et dans l'Est. de plus atroce cause de batailles et 1. 339 et suiv. Dans son livre sur Les Hommes fossiles (p. Soyons d'ailleurs sûrs qu'il a dû venir des émigrants de plusieurs espèces et que tout ce monde s'est vite mélangé. d'Italie. par la Méditerranée. On l'a fait arriver tour à tour d'Extrême-Orient. qui semble bien dériver de la race magdalénienne dite de Cro-Magnon. il n'y eut pas de besoin plus impérieux. à la fin du néolithique. de Belgique. p. dite de Furfooz (Belgique) l'homme du Nord. l'homme Alpin 3. Ces migrations n'ont pas dû se produire sans troubles et sans luttes. terre à son prix. d'Asie.). M. t. à' la stature moins élevée. ou de Grenelle (Paris). Race dite des Baumes-Chaudes (Lozère). On la dit dominante dans 2. Toutes les hypothèses possibles ont été imaginées. dans l'ensemble des de la plus grande révolution qui ait multitudes humaines . et que l'aurore de la civilisation rurale ne fut pas traversée de lueurs sanglantes '\ J'ai peine à le penser. de désir plus énergique. et l'homme Méditerranéen. opinion dont je regrette de me séparer. d'Afrique. On s'est complu à croire que les premières familles d'agriculteurs étaient douces et pacifiques. I. En tout cas le début de la vie agricole fut accompagné en France de larges mouvements d'hommes. Boule constate l'apparition et la fixation. Depuis le jour où l'homme estima la d'êtres. à propos surtout des premiers temps du bronze). mais elle ne sait pas quels premiers promoteurs et les vacille et tâtonne. et peutêtre cette race était-elle plus apte aux besognes rudes et continues qu'allait exiger le travail de la terre. 487 . Elle a réussi à fixer siècles l'apparition ébranlé les en furent les épisodes successifs.

ou le plaisir de voir. il n'a pas renoncé. L'esprit changea d'allure. : autant de deuils que de joies restera en son : et il en sera ainsi tant qu'il âme le vice et le mal. Du jour où l'habitant de la terre se mit à la travailler. 41 de meurtres. capables de prendre à leur service les conquêtes de l'intelligence.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Ce qui est chose d'art lui est devenu indifférent ou difficile. On dirait qu'il a perdu la force. Certes. de ces peinsi tures et de ces sculptures saisissantes de vérité. et de longtemps. C'est par la cupidité du sol et de ses richesses que s'expliquent les courses les les invasions les plus brutales. il ne renoncera jamais à tracer. aussi bien désordonnées des Cimbres et des Teutons. les unes et les autres de ces invasions. les regards changèrent de direction. ou des signes qui que nous ont révélées grottes lui rappelleront les objets familiers : mais ces dessins les sont maintenant incorrects et informes. Nous n'admirerons celles plus. les comme du Périgord. dans une certaine mesure. de les copier pour renouveler lui-même l'allégresse de ses yeux. L'homme n'a plus la tentation de reproduire ce que la nature lui présente. d'en noter exactement les traits. et. que marches méthodiques des légions romaines car à bien regarder les choses. les facultés changèrent de domaine. en leur objet. Anciennes ou récentes. à dessiner de sa main des figures semblables à celles qu'il aperçoit. Telle est la loi inéluctable. il sema dans l'univers. que l'acquisition et la possession d'un peu de cette terre. des semences innombrables de mort. que toute découverte humaine apporte à l'homme autant de ruines que de profits. ou l'envie. à travers des germes de vie. je ne distingue pas. et sur pierre se gravures réduisent souvent à des lignes incohé- . les populations de la Gaule se mirent toutes peu à peu à leur nouvelle vie.

De tous les grains de 1. l'esprit se stérilisa. lorsque les bienfaits de la paix romaine laissèrent espérer que les initiatives de l'art et de la science helléniques allaient faire éclore des prodiges inattendus. Pline l'Ancien (II. Ce qu'on imposa d'abord et surtout à la terre. des sentiet. Et aux siècles où disparut l'art paléolithique. préoccupée par la seule recherche du bien-être de chaque jour. Au surplus. une réfutation imprévue. au temps des invasions barbares. Il faut toujours réserver l'avenir. quand on conclut uniquement d'après des faits d'archéologie. XIV. genre se sont produits à la fin du monde — antique. ments. garder et féconder le blé. 3-4). des genres de vie jusque-là inconnus. Au milieu de l'atonie intellectuelle que subit l'Empire romain. ni exploiter ou même conserver les découvertes de son passé ^. 3. et il s'en est ensuite détourné dans des faits de ce Bien un accès de timidité subite. Dans la mesure où l'on peut apphquer ces deux expressions aux représentants de l'époque dite azilienne.42 DE LA GAULE A LA FRANCE. Il L'art est ramené à l'enfance. l'homme s'est placé au seuil de sa il plus merveilleuse découverte. l'humanité ne sut plus ni découvrir. s'y est arrêté. *. ainsi qu'il devait des siècles plus tard. j'entrevois l'intelligence faisant effort pour transformer la vie matérielle de la terre et la vie sociale des hommes. ce fut de recevoir. n'est plus question de l'écriture. ces époques de décadence ne sont jamais absolues. 2. j'aperçois avec le Christianisme des germes d'une transformation morale qui compensera le déclin de l'esprit. Les traces en dispa- raissent avec les dernières générations des troglodytes magdaléniens ^ Ainsi. la volonté s'atrophia. Ceci dit dans l'état actuel de nos connaissances. rentes l'être. et que tout au contraire. Ce que je dis là est inspiré d'un témoin et observateur de la faillite intellectuelle de l'Empire romain (l'expression de faillite m'est suggérée par St. au lieu d'un appoint nouveau. Gsell). auxquels le hasard d'une découverte peut apporter. . Il s'agit moins de l'affaissement de l'humanité que d'une crise où elle évolue vers des principes. 117.

Je suppose que les arbres fruitiers sortirent eux aussi de la période sauvage pour entrer définitivement dans j'entends par là que d'habiles pratiques l'âge civilisé permirent de tirer le plus de fruits possible. La vigne avait sans doute hommes sur les mystérieuses : déjà attiré l'attention des vertus de ses grappes. Les frères Cotte ont signalé des traces de chanvre dans la caverne néolithique de l'Adaouste dans les Bouches-du-Rhône {Bull. 77). p. à peu près au même rang et dans les mêmes conditions que de nos jours. On eut le millet. noisetiers. 2. culture. noyers. . les deux arbres qui se prêtèrent le : le mieux aux leçons humaines. il devint très vite plus estimé et le plus répandu de tous. si oublié depuis que le maïs l'a remplacé sur nos terres maigres. du pommier et du poirier. alors ignoré : On je a dit en revanche que chanvre -. sorbiers ou on dut longtemps encore les accepter tels que les offrait la nature.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. de la Soc. et qui sont devenus les plus chers au paysan de France. le blé fut peut-être 43 le connu le et honoré premier. le seigle. hêtres. Je les place ici. D'autres céréales accompagnèrent d'assez bonne heure froment. 1917. en tout cas. On ne peut affirmer. à cause de l'usage alimentaire qu'on a certai- nement tiré des faînes et des glands. Les terrains à blé furent les plus nombreux parmi ceux que l'on cultiva. et les meilleurs. Et il en est toujours ainsi sur le sol de France. Car pour les autres. chênes S prunelliers. l'avoine. fraisiers. d'Anilirùpologic. était m'étonnerais qu'il en fût ainsi 1 . on eut aussi l'orge. que l'on connût mais la présence de pépins de l'art de fabriquer le vin raisins dans les débris de cette époque nous donne le droit de supposer que l'on s'approcha bien près de la joyeuse découverte. pour ces temps reculés. Le blé eut le lin : comme le principal concurrent pour l'emploi de la terre grain qui nourrit partagea le sol arable avec le le grain qui habille.

brûler des broussailles. de Voyez le roman posthume de Louis Hémon. la culture ne comporte plus : les coups de fantaisies et les longs loisirs de la vie de chasse. également. abattre des forêts. Cette fertilité de la terre. de la conquête décisive du sol. pour loger et nourrir ces grains. dépendent d'événements qui pouvoir de l'homme. Maria Chapde: laine (1921. cette fois. Le : sort de ses moissons est lié à l'espèce de la terre et au cours des saisons il convient de choisir et d'expérimenter le terrain et l'époque. La terre ne pourra plus pousser à sa guise ses arbres et ses plantes. et souple. et avoir enfin devant soi la terre nue prête au labour et à la semence. où elle faudra qu'elle concède prendra et retiendra habitudes exigées par lui. se vêtir et se dénuder au hasard de sa nature. de ne pas semer ses grains en été et de ne pas astreindre au blé un sol qui ne pourrait supporter que le millet. à son Par contre-coup. et le regard de l'homme per- cevra une poésie plus douce dans ces paysages qu'il aura tout à la fois nuancés et disciplinés. les Il à l'homme des espaces réservés. le com- mencement de l'interminable bataille contre la nature. faire suivant de la terre » ^. Son aspect va devenir plus et plus gaie entre les bois et varié encore. dépend d'un labourage et d'un entretien continus ou périodiques le maître doit classer plus rigoureusement ses occupations dans le cadre de ses heures. « il fallut. de pluies. il sentira s'imposer âme une discipline et des sentiments nouveaux. 32) roman de mœurs canadiennes où tant d'épisodes de la vie des défricheurs peuvent donner une idée de nos temps néolithiques. Alors. surtout p. Paris.44 DE LA GAULE A LA FRANCE. enfin. Ce fut. Ces mêmes récoltes. . les clairières des emblavures et des linières jetteront les une note plus vive marécages. dessécher des marécages. Notre sol de France prendra un air plus aimable et plus accueillant. il recevra lui-même. la parole des défricheurs canadiens. Grasset. le ne sont point sous 1.

les Le tranchet pour couper plus grosses branches. Le silex ' : dégrossi et taillé a toujours servi en pleine période agricole. puis le pic. de la confiance ou de la résignation.Inférieure. rapidement façonnés par l'enlèvement d'éclats. dite robenhaiisienne (Robenhausen près de Zurich). p. puis la hache. p. commune de Blangj' : la station du a donné son nom à la première époque néolithique (en laissant l'azilien dans le paléolithique). On a souvent constitué. du reste. En Campigny .V ÉPOQUE chaleurs ou d'orages : DES AGRICULTEURS. ne pouvaient suffire. terre les à labourer. dans la confection : de son outillage. 350 et s. Mais on 1. On ne cessa dès lors de chercher de nouveaux outils. I. l'agriculteur de la nouvelle époque se conforma. une époque tardenoisienne (le pays du Tardenois dans l'Aisne). finit par s'apercevoir - que les parties lisses Seine. anciens instruments fut inventé. et cette opinion paraît reprendre corps (cf. il n'y a que des différences de destination et de forme le procédé de fabrication est identique. caractérisée surtout par une multiplicité de très petits silex dits silex pygmées. Je partage encore là-dessus le scepticisme de Déchelette (Manuel. il 45 faut donc qu'il s'attende aux Inconnues du lendemain. aux ses instruments principes des ciseleurs de silex furent simplement des fragments de pierre. Deuxième époque néolithique. pour creuser le sol. t. Breuil dans L'Anthropologie de 1921. après l'azilien. et d'en trouver. par une taille à coups répétés. et il se reconnaît peut-être moins libre et moins puissant. moins souverain sur la terre que dans les temps où la force de son bras et l'habileté de son regard suffisaient à lui procurer un gibier de choix. moissons à récolter. 2. Au début. 336). arbres à abattre. pour rompre les troncs les plus résistants. aux limites du paléolithique et du néolithique. il sait plus profondément ce que sont des angoisses ou des espérances. Devant ces besognes inattendues. Entre le pic ou le tranchet de l'agriculteur normand du Campigny et le coup de poing de Chelles ou le burin d'Aurignac.).

de choc. aussi glabres. Comme l'ouvrier de ce temps-là était à il la fois fort patient et fort habile. oubliant que pour une bonne moitié de sa durée. hache avaient plus de force coupante. à polir la pierre. réussit à faire des instruments. mais encore à des batailles contre d'autres hommes. et destinée non point seulement à des batailles contre les arbres de la forêt. taillée pour les plus petites. toutes également en pierre. L'épée seule sera plus puissante mais il faudra le métal pour la constituer. aussi mêlée à son être. que rendait les tranchants et les pointes plus et égalisées de la l'aiguisement redoutables. ou de pierre « nouvelle » (néolithique). Elle fut aussi indispensable à sa vie. tout naturellement. maintenant polie. La hache n'allait pas tarder à devenir la compagne habituelle de l'homme. puisqu'elle complétait sa force dans ses travaux de construction tout autant que dans devoirs de défense ou ses envies de destruction. et on en arriva ainsi. Les pointes de lances et de flèches. Elle fut vraiment le traducteur et l'amplificateur de ses gestes. que l'épée le sera au guerrier gaulois et au chevalier du Moyen Age. De nombreux vestiges nous montrent que le maître de la hache avait à sa disposition bien d'autres armes. cette hache est devenue l'agent le plus terrible de la volonté humaine. aussi lustrées que les plus travaillés des marbres et des métaux. ses et bien plus encore. d'hast ou de jet. l'emblème de son activité. et qui font aujourd'hui l'admiration de nos la techniciens de la pierre. aiguisée et tranchante. polie pour les plus grandes. Car cette lourde masse. au silex taillé. les têtes de maillets et de massues abondent dans les ruines des temps : . il fut inféodé à la pierre ancienne. C'est pour cela que l'on a appelé cet âge de l'histoire l'âge de la pierre polie. des têtes de hache aussi fines.46 DE LA' GAULE A LA FRANCE. insérée dans un long manche de bois et maniée par un bras robuste qui à distance lui transmet sa vigueur et par cette vigueur décuple le poids brutal et la force pénétrante de la pierre.

Si l'on examine ces industries dans leur destination. d'y voir cependant l'esprit humain appliqué à tant de choses et arriver à résoudre les problèmes les plus ardus et les discordes. avec les procédés et les Instruments pour filer. » Il parlait des temps héroïques de la Grèce. et cependant cette sorte d'arme était déjà en germe dans le coup de poing clielléen. PUne. est à rappeler Ici (je ne parle que de la Gaule). manieurs de la hache de pierre. corme et peutl'industrie du vêtement. nous pouvons parler de même pour les hommes des temps néolithiques. 44 (45). et bientôt ses fours et ses pains. loin de nuire aux progrès industriels. avec ses blés. dans leurs rapports avec les besoins humains.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 117. Ajoutons les poignards et les couteaux. en principe d'oa ou de corne. pesons. contemplative. ^. est formé du même radical que pugnus. : linguistique très nette des conditions préhistoriques. nat. déchiré par les combats aux conquérants et aux pirates. les avoir surexcités. on constal'industrie alimentaire. 2. Hist. semblent au contraire fois. 47 Nous n'avons plus. Remarquez qu'en latin pugio. poiré. fuseaux. : avec ses boissons fermentées. ses meules de tera grès. comme à l'époque des troglodytes. cidre. . « poing » il y a là une survivance. carder et tisser. l'impression d'une vie paisible et en partie raissent à la terre. Des indices de lutte et de meurtre appachaque pas au milieu de ces découvreurs de L'arsenal ne doit point faire négliger l'atelier. en proie des inventions nouvelles. « poignard ». Faisons rapidement l'inventaire de leurs industries. ses gâteaux de farine. rures des qui s'ajoutent au cuir et aux fourtemps primitifs. Le lent développement du poignard avant la découverte du métal. armés de l'épée de métal. 1. a dit Pline l'Ancien que de voir dans le monde d'autre- morcelé entre tant de tribus. « « C'est une merveille ». fusaïoles. néolithiques *. Guerres et dangers. II. avec le être déjà bière et vin. — lin et ensuite la laine.

s. épingles. jour plus nombreuses. manteaux. Revue arch. essais colliers. Revue des Études anciennes. première ébauche d'une mode éternelle. avec ses premiers trice immédiate de la précédente. pics. aiguilles. Cotte. J. en espèces voici les récipients. haches. en os. les fils et les graines de l'herbe. avec ses innombrables bracelets et bagues. Si l'on examine enfin les objets de ces mêmes industries voici les suivant leur manière de servir ou d'agir. accompagna* avec ses teintures bleues et rouges. lesquels rompent. . aux coquillages. armes. aux écailles. avec ses vases d'argile ou d'osier. le les tiges de jonc et il d'osier. harpons. les croissants et les cercles empruntent leur diversité et leur vertu magique aux dents d'animaux. elles utilisent toutes les pierres possibles. le bois. auxquels la souplesse permet de donner la forme du corps. et Ch. t. — voici les engins qui 1. — tuniques. instruments. de franges et de passements. et seulement pour h\ fin de cette période. l'os et le cuir depuis longtemps en usage. mais suffira de peu pour l'atteindre. 15 mai 1917. scies. et peut-être chemises et pantalons.. ciseaux. — tranchets. D'après les découvertes et recherches des frères Cotte. marteaux. jattes ou cruches. aux pierres dures ou rares. Tissage et vannerie sont arrivés aux résultats qui importent.48 DE LA GAULE A LA FRANCE. poinçons. dont les pendeloques. auxquels l'emploi de l'argile et de l'osier — chaque va donner mille formes on eut même de petits et mille dimensions nouvelles : flacons à fard. percent ou taillent. fournies par la guède et le kermès pour la coloration des costumes ou des tatouages. . l'industrie de l'ameu- — et je n'ai blement. et aussi l'argile. avec ses vêtements. Il ne manque que métal. pots. Bulletins et p. 1919. l'industrie de la parure et de la toilette. d'Anthropologie de Paris. du tissu peignes et dévidoirs. Si l'on la examine ensuite ces différentes industries suivant matière employée. 1918. 6G et Mémoires de la Soc. molles et dures. I. on verra qu'outre la pierre. jarres. plus à parler des industries de l'agriculture et de la — guerre.

comme Avec découverte. l'homme ses doigts. cette glaise ou boue informe. Mais laissons agir est temps. mal cuits. cordages. ils ont proclamé que la terre leur avait fait le plus beau de l'argile que pétrir. au gré de le tour à tour le vase qui renferme. entre les moyens de proil duire que la nature a mis entre les mains de l'homme. Si les peuples de ce temps usaient déjà du langage imagé qui fut cher à la Grèce. de flanc qui annoncent les anses. ajoute à ses vases les organes qui : en varieront plus tard rebords au sommet. larges blocs qui conservent les aujourd'hui encore le rainures profondes creusées sous frottement incessant des têtes de haches. tout pareils à ceux de nos faucheurs. ici des des taille. — et voici enfin les outils auxiliaires. L'industrie d'élite déjà. boursouflures de base qui annoncent tion ne se déroule jamais isolément : Une inven- cent détails surgissent aussitôt à sa suite pour la soutenir et l'accompagner. 4 . il moule qui le répète.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. fils 49 et boutons. dont faut signaler avec insistance les débuts à l'époque de ' : la pierre polie car vraiment. JoLLiAM. Gela valait presque. là ailleurs des bourrelets formes et les usages des amincissements à la les pieds. ses présents. la céramique. est point de plus riche et de plus souple n'en à façonner et durcir. aident à attacher. les deux premières que rhumanité le avait faites. aiguisoirs en pierre à trou de suspension. Pour le moment n'en tire que des vases fort vulgaires. — De la Gaule à la France. tournés à la main. feu du bois et l'arme de pierre. elle Et après sa naissance. presque aussitôt les née avec la céramique. la tuile qui conduit. l'image qui reproduit. Je me range du côté de ceux qui n'acceptent pas la céramique à l'époque paléolithique. terre. la brique qui supporte. en leur révélant l'argile. allait fabriquer. 1. et polissoirs de grès ou de granit. Parmi il ces industries. il en est une.

habiles à forer et perspi- des puits. les collections du Musée archéologique de la Société polymathique du Morbihan {Catalogue. patients caces. A la fin seulement des temps néolithiques. on demanda au Grand-Pressigny des blocs de silex brut. 1. de la Soc. dont les ouvriers locaux devaient tirer leurs pointes de lances ou leurs tranchants de scies. de tous les points de la contrée qui deviendra un jour la : Gaule. Peu à peu sans doute. rouge comme les gouttes du sang ^ Je sais bien que véritables chefs-d'œuvre : salle II. aussi.50 DE LA GAULE A LA FRANCE. tard Il fallait. Il fallait à leurs armes et à leurs outils en silex taillé une pierre à la fois solide et souple ils reconnurent les gisements du Grand-Pressigny en Touraine. ils acquirent le même flair que leurs ancêtres les chasseurs pour dépister un gîte de gibier. 1921). tout ainsi que plus les plombiers de cette même Gaule s'en iront quérir leurs lingots de métal dans l'île voisine de Bretagne. et qui devait avoir pour les destinées de l'humanité les plus profondes conséquences. L'exploration de la terre. Peut-être pas avant les premiers temps du métal. des pierres rares portant en elles les couleurs souveraines du ciel et de la vie on se procura la callaïs. Bull. le corail. pour découvrir un gisement de matière utile. les du travail néolithique '. 2. d'origine volcanique ou autre on sut trouver l'obsidienne et les jades. des pierres dures et compactes. Ce furent des prospecteurs décidés. et surtout. Il fallait. 3. doré comme un rayon de soleil ^. et de celle-là on forma des têtes : de haches d'un poids énorme et d'un galbe étonnant. vitrine 17. pour les haches à polir. pour les parures et les amulettes. voilà la principale ambition des hommes de ce temps. à sonder des parois. par Marsille. et peut-être en relation avec la migration des Indo-Européens. Vannes. aux teintes vertes et bleues de l'horizon. voyez . et bientôt. Voyez au Musée de Saint-Germain. l'ambre. à scruter des surfaces. Mais pour tous les produits des temps de la pierre polie.

et que les temps néolithiques. en particulier pour les usages religieux. sans transition. et par le cuivre qui lui ressemblait ^. je suppose.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. de placer vers l'an 2500 les premiers développements du métal dans nos pays. ne fut utilisç d'abord que comme 4. On continua. On est convenu. L'exploration vie des de la terre. le métal prenait mille formes sous l'action de la chaleur il y avait en la matière nouvelle que l'on façonne et de la pierre qui se durcit. de l'arme en pierre polie. perle de collier. allèrent très vite je veux dire que : comme de l'argile : la hache en pierre polie reçut de bonne heure comme concurrente la hache de cuivre. et j'imagine que nombre de ces objets étaient réservés aux morts ou aux dieux. Mais je me place au point de vue probable des hommes de ce temps. s'accompagnèrent de l'usage du métal *. à en fabriquer beaucoup en ces temps-là. Il ne vit la mer ' : d'abord en eux que des pierres plus brillantes. Et je sais aussi qu'ils appartiennent en principe au règne végétal ou au règne animal et ne peuvent pas être assimilés à des pierres. l'ambre et 51 le corail ne se recueillent qu'aux rivages de mais l'exploration des mers fut la suite naturelle de l'exploration des profondeurs du sol. à peine épanouis. Et l'idée vint aux polisseurs de hache de fabriquer avec le cuivre des instruments semblables. à tort ou à raison. leur fit en ce nouvel âge de la les hommes. 3. ne pas oublier animaux qui 1. des objets d'ornement plus rares ^ Mais il constata bien vite qu'à la différence de la pierre. L'arme de métal dériva. même du temps du bronze. je pense. ou très petites (jusqu'à 20 millimètres). C'est en particulier le cas des haches qui ont une dimension inusitée. très grandes (jusqu'à 468 milhmètres). Au cours de ces recherches. et tout d'abord il fut frappé par l'or aux couleurs de rayon solaire. 2. Il ne faut pas croire que la présence de haches polies exclue les temps du métal. et à plus forte raison l'or. l'homme aperçut le métal. Les choses. Le cuivre. « Les racines de l'âge métalhque sont . L'époque du cuivre (énéolithique) et l'époque contemporaine de l'or (chrysolithique) m'ont toujours paru s'amalgamer plus qu'à moitié avec les temps néolithiques.

en 1 courant près des chasseurs à la poursuite d'un gibier î commun? Nous ne le savons guère. l'aurochs. mieux. l'ours et le loup tinrent bon dans nos bois et nos montagnes. Cette fois. Comment l'idée en est-elle venue? Est-ce en une saison de misère que la bête. le bison et l'élan Vosges et les Ardennes. mais ce que nous savons. 1919. a suggéré à l'homme qu'elle pouvait devenir son esclave en échange de la subsistance? Ou.S2 DE LA GAULE A LA FRANCE. plutôt. et elle gardera même jusqu'à nos jours cette allure hiératique qui est un héritage des troglodytes. et d'avoir fait du chien un animal domestique et un commensal fidèle. s'éloigna vers le levant d'été. on y mit la même ardeur qu'autrefois. en attendant un dernier exil dans les forêts de l'Europe orientale. l'homme ne fut plus seul dans ces parties de course et de bataille. 150). une nouvelle réussite de ces temps de se réfugièrent dans les labeur héroïque. l'animal ne s'est-il pas proposé joyeusement. On continua à pratiquer beaucoup la chasse et la pêche. et cette ardeur durera autant que les hommes. L'humanité complète ou transforme ses gains ou ses idées. en ami de tout instant. en serviteur. dans . ou. les millénaires avaient été leur pensée maîtresse dans l'intelligence et le de leur ancienne jeunesse. a dit justement Ischer dans un bon résumé sur la chronologie du néolithique {Indicateur d'antiquités suisses. et ce fut la joie de l'homme que de les pourchasser ou de les combattre. bêtes les plus puissantes avaient disparu de notre Le renne. Car rien de ce qui a une fois agité cœur humains n'en disparaît pour toujours. les temps où s'épanouit le néolithique ». ce fut une nouvelle découverte. Il est vrai que les sol. aux jours laissés libres par le travail de la terre. et dès le début de la période agricole. Mais le cerf et le sanglier. p. rôdant pour sa nourriture aux abords des foyers humains. en auxiliaire. elle ne les substitue jamais absolument les uns aux autres. Le chien l'accompagna. traqué de toutes parts.

que cette éducation progresse chaque jour. contrées aux rivages hospitaliers. les premières générations qui travaillèrent la terre voulurent aussi la parcourir en tout sens. : compagnons de l'homme. c'est 53 qu'à partir de ce moment commença l'éducation le intellectuelle et morale d'un nouvel être vivant. de trait ou la vie sociale ^ animaux. Il ne put exploiter que la matière en ces animaux. à : du chien ce qui donna le porc. on eut besoin de charge. II s'agit de la charrue en bois. Aucun d'entre eux ne valut pour l'homme le camarade universel qu'était le chien. régions du globe. absorbant ses espérances et ses décisions dans le retour périodique de ses moissons et de ses labours. mais il tira d'eux d'utiles éléments de nourriture et de vestiaire. cependant. Cette passion de la terre s'alHait étrangement à l'esprit d'aventure et de curiosité. la vie l'amour du sol aient fixé l'homme sur un terroir pour n'en plus bouger. et le cheval.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Mais en France. aux vallons ouverts. ces nouveaux domestiques assurèrent au moins le le lui : secours de leur force vivante bœuf fut attelé à la charrue. en Europe. et du cuivre. tandis que dans le chien il exploitait surtout l'imitation de celui l'intelligence. apparut à l'horizon de Pour garder et nourrir ces Des lieux de culture et des lieux de séjour leur furent réservés sur la terre c'est à la terre encore qu'on demandait un abri et un appui pour les d'enclos et de pâturages. ( 1. aux paysages variés et attirants. le mouton. sans doute à l'époque . la Ces deux faits ne peuvent se placer qu'à la fin de cet âge. agricole et Il est possible que dans d'autres aux vastes espaces monotones. Plus tard. On essaya ensuite l'asservissement d'autres bêtes. et que nous ne pouvons en prévoir terme. le premier après l'homme. le bœuf et la chèvre.

Les tailleurs de mottes de silex du Grand-Pressigny finirent par travailler pour des milliers de clients ce fut une vraie cité industrielle qui développa autour des tailleries sur trois lieues d'étense due. les silex spéciaux s'échangèrent long des fleuves. 4. 1921. produit. celui de de Saint. et de là les blocs partaient pour des centaines de lieues. p. ch. le les pierres rares. Revue des Études anciennes. le lointain connaître dans de ses horizons aussi bien que sol. se : 1. de vallée en vallée. De proche en proche. La Transhumance des troupeaux en Provence et en Bas-Languedoc (bonne thèse de doctorat en droit de Montpelher. Ceci a été fort bien mis en lumière dans un travail qui fit sensation. et ayant d'abord servi à l'ensemble du trafic et des : marches. Hannezo {Les Poijpes. voyez Rouquette. Je ne peux pas cependant ne pas l'accepter. [1920]). 3. et il voyage que les plus hardis des chasseurs arriva ceci.54 DE LA GAULE A LA FRANCE. lu en 1900 au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris {Comptes rendus. devenait firent circuler les précieuses Un ' un élément de trafic. 2. Nos chemins de transhumance (par exemple les carraïres ou drailles du Midi) sont peut-être des pistes de temps immémorial. jusque vers les vallées de la Meuse et du Rhin ^ De larges pistes^ où les bestiaux pouvaient également passer^. brochure. me paraissent avoir prouvé surabondamment qu'ils bordaient et jalonnaient des pistes contemporaines. Les possesseurs des gisements de callaïs en Armorique pendeloques sur les rivages de l'Océan. L'origine armoricaine de la callaïs n'est point prouvée et est encore fort discutée.Venant sur la dissémination des produits des ateliers du Grand-Pressigny. par-dessus les cols des montagnes. Le centre le plus important après celui-là est celui de Spiennes en Belgique. 37 et suiv. Ils dans les profondeurs de son le surent aller plus loin dans la course et d'autrefois. cf. Les dernières recherches sur les tumuli de l'âge du bronze.ez Masson). avec ses 25 puits (et davantage) mais je ne sais si on a étudié l'aire de sur 25 hectares d'ateliers dispersion de ses produits. à peine reconnu. et en particulier celles de J. que le terrien à l'origine fut et un rural qui s'établit. Des relations s'étaient formées entre les groupes humains pour se communiquer les nouvelles découvertes et s'en à la fois un nomade qui explore transmettre les objets. par terre ou par mer. 1913) .

conduisant à d'autres rivages par des lignes plus et plus droites La possession du fleuve et de l'océan fut le résultat d'ambitions routières. un réseau invisible de chemins innom: brables. ce fut le désir de nouveaux chemins. Cette conquête suivit de très près celle de la terre.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. On voulut circuler : sur elle à la manière dont on circulait sur le sol attira vers le fleuve. golfe en golfe sur les rives de l'une et de Car. une dernière s'était produite. 16. ce qui fit sillonner par de terre. 1. devait à la vrir les plus lointains des conduire à décou- La mer les portait mondes et à leur imposer sa loi. Nos prefils de nos premiers paysans. monter sur la mer. 1 Strabon. et un cabotage commença de l'autre mer. c'est lui qui. Et la mainmise sur fin le eaux. à la suite de tant d'inventions provoquées par la surface de la terre. 55 frayèrent à travers plaines et montagnes. Et l'on se lança à la conquête d'un nouveau domaine. ce fut le désir de l'utiliser ce qui comme la la route. . provoquée par la surface des eaux. les larges et sa route surtout à la mer. I. continuant ceux de rapides. ouvrira la Gaule à la civilisation grecque. elle invitait à des relations indéfinies avec tous habitants du globe le vaisseau qui vient de la dompter sera le principal instrument de la vie universelle. fleuves et océans. hâta. des rames servirent de propulseurs. suivant le mot d'un Ancien \ de « vivre les en amphibie ». imitées de s'inspira flotte. rivières et mers. donc du cygne qui nage et du bois qui de larges vaisseaux furent creusés dans des troncs d'arbres. On pattes ou de nageoires. dans quelques siècles. L'un et l'autre fait sont miers marins ont été L'homme se presque inséparables. demandant sa nourriture surtout à la terre.

que des variétés locales des lieux de groupement. une Puis. dressa le village de montagne. les trois éléments dont sortira notre vie lac — urbaine sont déjà constitués. 2. en partie enfoncées dans le groupées au voisinage d'une source ou près du repli d'un cours d'eau S non loin des terres de culture et ce fut là vraiment le lieu de séjour des familles humaines. de ces places d'habitation. ouvert. 1899. leur vraie patrie. par le Jahresbericht de la Société Suisse de Préhistoire. précieux recueil annuel composé par E. Les palafittes ou cités lacustres ne sont. marché. nous trouvons trois espèces à l'époque néolithique. servit moins souvent à des domiciles permanents qu'à des rendezEnfin. la fixité de ces routes de terre et de mer : s'expliquent par l'instal- lation de résidences définitives un voyageur de commerce n'évolue qu'entre des places stables et connues. De ces résidences. village. notamment en Suisse. Forteresse. Entre la bourgade néolithique et la plus grande ville de nos jours. Par exemple au plateau des Hautes-Bruyères dans Villejuif. perché sur un rocher ou sur un promontoire en vue d'espaces découverts. aux cabanes séparées les unes des autres. dominant un repli de la Bièvre et la source de Cachan. . on eut des enceintes en pierres sèches. L'intensité et la régularité de ces relations. 200 et s. On se tiendra au courant des découvertes et publications qu'ils ont provoquées. pleines d'êtres vivants.56 DE LA GAULE A LA FRANCE. ce fut le village de société de seuils et de foyers. Tatarinofî et paraissant à Zurich (Béer). On sol. la cité est fille de la terre. : — ou de marais. de trafic. qui barraient le cap ou qui enfermaient le rocher. refuge en temps de danger plutôt que résidence de travailleurs. de toutes manières. Rollain. p. entre le hameau 1. lieu de protection. eut d'abord le village terrestre. bâti sur pilotis. entre les « caps barrés » de la Côte d'Or et les métropoles chrétiennes de la Saône. d'Anthropologie de Paris. mais qui. je crois. Bulletins de la Soc. La société citadine vient de naître du labeur agricole. se vous de marché ou à des réserves de denrées ^. Pour celui-ci. de fraternité.

. ou bien (les dolmens) formées par des dalles de pierre non dégrossies. sur ces enceintes. plus visibles que les siennes mêmes. hectares. de plus petites encore. que la coup emparée des âmes et des corps de la race humaine. Dès lors. fermée à ses extrémités par de puissantes murailles et qui les domine de profondes vallées de la Bourgogne A côté du vivant. sur les hauteurs. et la plus forte. Voyez. plus durables. Pour ses défunts. cistes ou coffres de pierre. J'en trouve d'un est le hectare à peine. plus solides. vaste esplanade rocheuse de dix ses rebords escarpés les riches plaines et '. qui font songer à des tels « villes : les espaces » du Grand-Pressigny déjà nommé. il demeure fidèle au passé et semblable à ses aïeux. Nous en reparlerons. 2. simples villages comme les nôtres. Ce furent d'ordinaire de longues allées ou des chambres étroites. et j'en trouve de considérables. j'en trouve. le mort voulut aussi avoir sa résidence. du reste.. l'enquête de la Société Préhisto1. rique Française (Guébhard. les unes et les autres imitant dans leur ensemble [les grottes où avaient vécu les ancêtres car les vieux usages restent imposés au mort. menhirs. ces deux dernières sortes nous paraissant de plus en plus à caractère funéraire. et recouvertes de terre. les agglomérations humaines sont de toute espèce et de toute étendue. Grottes artificielles. cromlechs. Viré. etc. ou le camp de Chassey. A côté de ces salles terre s'était tout à : Et ceci était la dernière preuve. depuis 1906). tout comme Içs gutres. de huttes de Villejuif et différences infinies « 57 la Cité » de formes et de dimensions de Paris. Bulletin. le vivant construisit de véritables demeures. ce sont des mais ce : hameau germe qui s'épanouira dans la cité. qui ne sont peut-être que les châteaux forts des chefs de clans. allées couvertes. La tombe de pierre ou de terre est contemporaine de l'enceinte de pierre 2. ou bien taillées dans le roc. etc.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. dolmens. .

Elle portait les foyers. l'homme croyait naïvement que lui aussi était sorti du sein de la terre. de hautes pierres debout les menhirs) rappellent la mémoire de ceux dont cadavres ont disparu. que la Terre soit devenue la divinité grande divinité. Il était désormais certain que ni le travail des uns ni la mémoire des autres ne quitteraient plus la terre qu'ils avaient choisie.) est un des desiderata de la science. le blé sortait de ses entrailles. Elle était bien la force souveraine. Bien des mottes que nous croyons féodales sont de l'ère du bronze. Elle accueillait à nouveau les morts dans son giron. Ils avaient près d'eux les vestiges de ceux qu'ils avaient aimés. et se souvenant du temps des cavernes. hauts parfois les comme aussi des collines. Comment s'étonner. signe quel qu'il soit devenu. poypes. Les vivants n'habitent pas loin de là. mère de tout et de tous. Et ce furent aussi.58 DE LA GAULE A LA FRANCE. d'astres. aujourd'hui encore aussi fermes et compacts que œuvres de la nature ^ Le mort. Esprits de tout genre. Grâce à elle. les familles duraient autour du foyer. des blés et des tribus. d'animaux ou de tribus. pour abriter les restes des tertres du mort ou pour conserver la trace de sa vie. reléguant derrière les à son service ou dans son cortège. maux. par excellence. les tribus s'entendaient le long des pistes. elle. sans doute pour les amener à une autre vie. ou des monceaux de terre. (les funéraires où gisent les corps des défunts. qui avaient pu survivre de l'ère des troglodytes? C'était la Terre qui maintenant faisait vivre les humains et les ani- manière dont la mère allaite ses enfants. . sur la terre. alors la plus après cela. Une étude sur les iumuli préhistoriques de la France (mottes. a son monument de souvenir et symbole d'existence. Elle était vraiment la Mère. C'est donc vers elle que les hommes tournèrent leurs regards de dévots et leurs âmes de fidèles. à la 1. etc. elle portait les tombes. des animaux et des hommes.

Le défunt revivait en la reine et la elle. Lune et forêts. ces menhirs pareils à des rochers. etc. où toutes les familles et toutes les tribus fraternisèrent. mais qui sait leur vertu sacrée n'était pas comme une des actions innombrables de la Terre même. C'étaient les Esprits des ancêtres. Pourtant. à la rigueur. en l'honneur desquels on copiait la Terre. les œuvres mêmes de on élevait ces tertres pareils à des collines. faire concurrence à la Terre. beau car dir et disparaître. La Terre était mère des morts aussi bien que des vivants K donnât lieu à des pratiques cruelles ou ridicules. qui rafraîchissent. Elle 59 anima un culte universel. et Le soleil. rôle infernal Qu'on songe à l'expression latine de Mania mater Larum. ainsi que la mère protège ber- ceau de l'enfant. eux aussi. Elle protégeait ces tombes. resplenéclairer et réchauffer de temps immémo- je bien avant qu'il n'eût l'idée de connaître la terre. . la dépendance de les traits la Terre : c'était sous d'une femme aux le seins visibles. gardait un l'homme l'avait vu aller et venir. qui désaltèrent. sottes ou vulgaires. on les mit également sous son image à elle. la plus bienfai- sante. rial. cela va de soi Que cette religion : la foi arrive à la pureté nécessaire. que créant par montagnes et sources : avaient également leurs Génies divins plantes et se rassembler les les sources sur- tout. regardée et qui courent et si qui murmurent comme des êtres vivants. au de Cérès et de Proserpine. assurément. lui-même. et ils vivaient aussi tout proches des vivants. D'autres divinités. Car ces Esprits. d'ailleurs. la plus constante. celle-ci. qu'on gravait sur les pierres tombales. la plus mystérieuse de toutes? Un seul groupe de divinités pouvait. doute cependant qu'il ne fût pas alors jugé inférieur à l'aidant seulement à créer plutôt étoiles. se montraient ou persistaient très auprès rôle : d'elle. étaient immortels. magiques ou symboil faudra des millénaires pour que liques. qui font pousser les hommes.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. et je n'affirmerai pas 1. ces dolmens pareils à des grottes.

l'homme s'apprêtait à mieux com- prendre ses destinées et à s'y résigner joyeusement. il par se Quiconque voudra la pliera aux règles qui lui lui arracher sera son ennemi. à coup sûr. Pourtant. . bien qu'il soit interdit de parler ici d'une nation. d'hommes fois. garants de consolations et d'espérances. qui a ses habitudes sur elle. d'une France. et déjà les principaux vestiges de dessin qui nous restent de ce temps. simulacres de la Terre. la langue rapprochait jour où le sculpteur la montrerait en Image féminine. et permettront de la défendre. En parlant de la Terre le il comme d'une mère. et reconnaissant de l'Océan à la Méditerranée et des Alpes aux Pyrénées. le L'homme ». sentir autour de soi A vie et dompte la une puissance souveraine qui crée la mort. ne ressemblait à ce que nous appelons une lions patrie. à la d'une Gaule. et surtout à une grande patrie comme la France. ont fondé l'amour de notre terre. et aussi les germes d'impressions d'où émaneront les plus belles formes de l'art et du langage. et par quoi il semble se rattacher à l'esthétique des troglodytes. Mais enfin ce culte de la Terre et faisaient descendre dans les âmes humaines des germes de sentiments supérieurs. les avantages d'une entente définitive.60 DE LA GAULE A LA FRANCE. où traduirait par la pierre la splendeur de la maternité veillant sur l'enfance. n'en sépare pas la vie de sa vie. ni et de ses morts. Rien. suivant le sens étymologique du mot. celui qui la possède elle et d'une manière continue. et de parler aussi des accords et des sentiments que ces mots supposent. presque tous les éléments qui feront la patrie ont été dès lors les déposés par Ils défricheurs de notre sol. Il culte du culte de ses foyers en est vraiment «l'habitant c'est-à-dire. y soit qu'elle ce culte des morts parvenue. ce sont des figures de femmes. à une association humaine s'étendant sur des milet des millions d'hectares.

De vastes sociétés religieuses s'établissent dans des espaces délimités. dans se de sur la Terre. Les hauts lieux de la Bourgogne sont occupés au fond de toutes les baies de l'Armorique. Des contrastes se dessinent partout. à des solennels. Et il existe aussi quelque chose qui annonce leur besoin et leur désir de s'associer. Quelque chose existe déjà. se . en commuIls nion avec d'autres hommes. Marchandises et voyageurs vont et viennent sur les pistes. Partis du Grand-Pressigny en : les terres . plus d'images et de beautés dans les visions du regard. du Parisis se sont différenciés Brie et Beauce ont commencé à paraître . Côte d'Or et du Jura : l'on routes vitales. qui engendreront plus de variété dans la vie matérielle. jusqu'en Suisse par les cols de la Touraine. Comtat Venaissin inaugure dans .L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. jusqu'en Armorique par celle de la Loire. religion sont unis dans la créatrice foi. Ils rassemblent jours elle. et on peut prévoir le moment où ils installeront un marché commun sur les marais des bords ou dans l'île de la Cité. plus de relations et d'échanges dans la vie sociale. pour apporter leurs hommages. reine et déesse. Des centres de groupement se fixent pour l'éternité de culture ne devant point bouger. les plaines sa vie de verdure féconde. en opposition avec l'âpreté des montagnes qui les environnent les terres basses de la Bourgogne portent leurs champs de blé entre les rochers du couchant et les marécages des rivières. les familles de pêcheurs ou de marins s'apprêtent à commencer une vie qui ne s'arrêtera point. par lesquelles. le village ne bougera plus. les colis de silex pénètrent jusqu'en Belgique par la route de Sambre-et-Meuse. pour une peut parler maintenant de ces si grande part. qui annonce de tout côté nos pays et nos villes. Les plateaux des forêts voisines le . et la terre de ces espaces est ces sociétés mère. il y a des hameaux sur les deux rives de la Seine parisienne. en lui des lieux consacrés. leur à tous. pour l'homme de Notre terroir de France a pris la plupart de ses aspects d'aujourd'hui. Cet amour du la sol le 6l met en communication.

qu'elle exerçait déjà une sorte de prééminence. fera la France. Aussi bien ce trafic ne sort pas des limites qui seront plus tard celles de la Gaule. du Rhône et du Rhin et ici encore nous : sommes à Ce n'est un des carrefours pas un hasard si le sol est le essentiels de la France. telles que jadis les grottes : des Eyzies. une capitale industrielle et nous sommes ici à un des centres de la France.G2 DE LA GAULM A LA FRANCE. 1. Voici. . p. une capitale agricole et : commerciale. I. Au-dessus de ces hameaux. Bourges et Poitiers. presque déjà des capitales. a contribué à fonder l'unité gauloise l'unité française. La chose a été remarquée par Déchelette. 352-3. cachées mystés'étalent librement à la rieusement sous la terre surface. se montrent des foyers d'une vie plus intense. dans une et large mesure. qui surveille à blé de la plaine et cette tranchée les terres de la Dheune par où le chemin de la Loire s'en vient rejoindre celui de la Saône. elle possède Alésia et Cluny. t. au Camp de Chassey en Bourgogne. Voici. aux nœuds de ces routes. Manuel. cette : région de Gaule la plus habitée^ car c'est Bourgogne fut un des alors la terroirs de France où il plus riche et le plus varié. et Lj'on est à sa porte : on dirait. tout ensemble ville de séjour et de maîtrise. La Bourgogne. Elles ne sont plus. comme si l'entente humaine reconnaît déjà la valeur de ces limites. entre Tours. dans ces temps néolithiques. elles au Grand-Pressigny en Touraine. au milieu de ces tribus. et où passe le plus de grandes routes.

Caractère originel. — — — — — — — — — — — — — — — La découverte de terre avaient sociale des cole. Le Nord-Est de l'Europe. LIGURES Da Autre événement capital: les migrations indo-européennes. Hypothèses sur les étapes et les routes. Les grands ment d'une race. Elle est essencaractère général de Vanité indo-européenne. la marine. Ligures. nom d'une époque. à des troupes d'immigrants ou de conque- . tiellement un fait d'Europe. leurs habitudes intel- lectuelles et morales. la terre se termine. la famille et la tribu. la charrue. se duisit la vie un autre événement qui politique allait transformer aussi de nos ancêtres. Progrès dans la vie travaux de défrichement. ITALO-CELTES . matérielle et hommes de Au cours de cet âge agripro- environ deux mille ans avant l'ère chrétienne. Persistance des populations antérieures. la Limagne. Cambre. but et moyens des migrations. Les règles de la vie morale. le mégalithe. d'un groupement humain. industrielle . Ce fut la soumission du pays. et nulleLes lieux saints de l'Occident. Indices en faveur de cette hypothèse. l'agriculture et l'exploitation de la la vie profondément modifié France. l'éducation de Les principes de la vie sociale se fixent. le bronze. les lieux de la terre dénommés les Ilalo-Celtes identiques aux Ligures.III L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS INDO-EUROPÉENS . en son entier. pour toujours. Similitude des noms de lieu. les langues italo-celtiques. centre probable de ces migrations. Extension de Vunité primitive de l'Occident de l'Europe.

que les éléments indo-européens se soient adaptés. à l'installation. du moins dans ses conséquences. de même que la civilisation gallo-romaine est née de l'adaptation d'éléments gaulois aux éléments classiques. et il lois. pour les continuer. de populations indo-européennes. Sauf la possibilité. Au tion. les de nos sociétés. sur notre sol. A toutes et sa Rome a imposé son langage. sinon dans ses procédés. qui demeure grande. à quarante siècles de distance. Ces deux faits. sans tenir compte de reste. Celui-ci. deux millénaires aupara- vant. a donné. il De ce que Rome les les nous Indo- reste en nos parlers et en nos usages d'innomil brables vestiges. En examinant mots 1. avec nos premiers vainqueurs. rants. fort étranger aux terres de France. L'agricul- ture nous a fourni l'élément essentiel de notre travail et l'allure stable nous a valu droit. les troupes indoeuropéennes arrivaient d'un pays lointain. ses religion. de notre de notre esprit'. sa littérature.64 DE LA GAULE A LA FRANCE. l'espace. et ils ont collaboré à la même œuvre. ont également contribué à former notre civilisation moderne ils se suivent dans le temps. . ses mœurs en fut de même. ils se sont déterminés sur . Aujourd'hui. et en reste autant de ce que Européens ont imposé à nos aïeux. au demeurons tributaires du triomphe des même titre que de l'Empire romain ^ pour comprendre le caractère de cette migraconquête romaine qu'il faut la comparer. nous Indo-Européens. vie agricole et migration indo-européenne. De même que l'Empire des Césars et l'unité latine. l'unité indo-européenne a groupé autour de la Gaule les contrées limitrophes. ces contrées de l'Occident européen. considéré surtout comme propagateur de la culture hellénique. 2. son art. l'invasion qui vint ensuite éléments originels de notre langue. c'est à la ce qu'on appellera plus tard les limites naturelles. De même que les légions de Rome. à des éléments antérieurs.

la couche indo-européenne. Puis. nous discernerons sans peine. 5 . au même titre qu'eux. au nord-ouest même de l'Europe. y compris ceux de l'Irlande. 2. est que les Troyens. l'Inde. et. En revanche. et il n'importe que les de Finlande ne parlent plus une langue indo-européenne. chaque jour plus forte. de souche indo-européenne. s'appuyant tout à la fois sur les côtes extrêmes de l'Atlantique et sur les vallées centrales de l'Europe. constituées par des alluvions il successives qu'ont déposées les civilisations disparues. — De la Gaulo à la Franco. comme le sol de notre terre. de tous les rivages de l'Atlantique européen. « sa mer » et son domaine elle elle a été la grande dominatrice des eaux occidentales et septentrionales. a pris pour les elle toute l'Europe. elle. Entre l'Empire romain et l'unité indo-européenne Méditerranée et à celui de l'Atlantique occidental. souverains des grands chemins du monde. '^ : Voilà pourquoi. au delà de l'apport chrétien. sauf des parages écartés plaines la dans elle péninsules méridionales ou d'immenses espaces les : orientales de la Russie grande médiatrice de l'Europe continentale. de la Scandinavie et de la Baltique '. et. étaient. Ma conviction. pour parler : comme les Anciens. Au delà de l'Europe vers le levant. 1. le Turkestan et monotones dans a été. les idées dont est remplie notre âme. n'a pas traversé la Méditerranée de l'Afrique. laissant à l'écart de sa route rivages de Syrie.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. ceux qui combattirent les Grecs. : elle a fait. il a dédaigné l'Irlande. déserts d'Arabie et plaines de Chaldée de Troie au Bengale les Ugnées de cette espèce ont présenté un instant une chaîne ininterrompue. les hommes de cette origine Peut-être sans en excepter la Finlande. maîtres des mers et des fleuves. il y a cette différence qxxe celui-là s'est limité au bassin de la a fini par s'arrêter au Rhin. également. au sud de ces mers. hommes JuLLiAN. elle n'a rien connu. la Perse. Car notre âme et notre langue sont. L'unité indo-européenne. on la vit gagner peu à peu l'Asie Mineure. au Danube et à l'Euphrate. dont est 65 formée notre langue. la couche romaine. plus loin encore.

6G DE LA GAULE A LA FRANCE. il a fait de l'Océan Pacifique. bien avant les temps historiques et jusqu'à nos jours. et les Italiotes. aux antipodes de son berceau. sans arrêt et sans lassitude. et l'on a même cru un instant que cette langue était la mère de celles de l'Europe. et les Celtes de l'Occident. parlant la langue mère. et peut-être la et des émigrants fondateurs. C'est en Europe que leur race s'est constituée '. à l'origine. après la réac- Dans la mesure où il y a eu. que leurs ont fini : par quérants ils coutumes se sont établies. et il il a déjà maîtrisé annexé les deux Amériques. l'Indo-Européen est en train de conquérir l'univers. je les appelle ainsi rentée aux nôtres. et les Germains de l'Europe centrale ^. Car. C'est en 1. l'Afrique. Europe enfin. et les Grecs. En Ils réalité. Dans la mesure de leurs éléments indo-européens. s'est J'appelle cette lignée et la langue qu'elle parlait espèce pour me conformer à l'usage courant. a parlé une langue étroitement appaet langue indo-européennes. que de l'Inde serait partie la migration initiale. une race déterminée. C'est de l'Europe qu'ils sont venus. . fini par fonder un domaine plus vaste et plus durable de l'Empire romain. que leur langue s'est organisée. l' Indus et le Gange leurs courses de conne sont point partis de là. et de l'Europe la plus lointaine. C'est en Europe qu'ont grandi les principales souches de la famille. à bien voir les faits d'aujourd'hui. origine de nos destinées. il s'apprête à la reprendre. éducateurs de l'Ancien Monde. ce qu'on doit dire également des autres groupes. insérant leurs familles partout où il y a des terres. S'il a perdu l'Asie au temps de la décadence ont que celui latine. de la langue mère qu'une conquête. et les Slaves innombrables. fondateurs de l'Empire méditerranéen. Cet usage est venu de ce que l'habitant de l'Inde. l'Inde n'est dernière. une nouvelle mer à son nom. 2. ils ne sont point issus de l'Asie.

et c'est d'ici. par les vallées des grands fleuves. Je me la représente sous la forme d'une vaste association de tribus. Kœnigsberg. De là vont les rivages ou les pistes qui ont conduit les Européens aux extrêmes limites de leurs migrations. sur lesquelles Iles s'ouvrent fiords et détroits. Angleterre mondiale. et qui mènent aux niques. des chemins qui portent en Pologne. Oder. vers le couchant. : voilà les villes modernes qui détiendraient aujourd'hui l'héritage des fondateurs de l'Europe. des Mongols et des Turcs. pour être plus juste et plus exact. et qui Weser. qui n'a jamais été constatée que les groupes orientaux.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. Chemins maritimes des Saxons. dans 2. Espagne. Arya. faut-il renoncer d'ordinaire à l'expression compliquée d' et recourir « indo-européen » au simple mot d' « européen » '. Britan- aux rivières normandes. où l'on sent toutes proches les routes de la Grèce ^ Et voici. aux estuaires de l'Atlantique. au Pas de Calais. J'indique ici. au delà du seuil de Moravie. et. Elbe et reçoivent la mer ou qui la continuent. Riga. 3. s'étendant C'est dans l'Europe tiers le siège depuis les îles et les presqu'îles danoises jusqu'au et depuis les rivages fond de la Prusse et de la Poméranie jusqu'aux derniers fiords de la Norvège Hambourg. Voici au sud. des Angles et des Vikings. comme route de migration (sans doute la migra- .Visby. ou France. qu'elle a esquissé les plus audacieuses tentatives d'empire universel ou d'unité Aussi. aux rades -. Vistule. au 1. les routes de mer. est de plus en plus abandonnée. la de mer Baltique. en Allemagne. en Bohême. Voici à s'en gauche. jusqu'au fond de l'Adriatique. du nord-est que je placerai volon-| de la nation ancestrale. que l'antique famille conquérante a repris vigueur. aux caps espagnoles de l'Armorique. L'expression de Aryen. 67 tlon asiatique des Arabes. Regardez sur la carte ces lieux et ces régions.Bergen etTrondhjem.

celles de Troie. et à qui quelques générations suffiront pour pénétrer jusqu'à Kiev et jusqu'à Voyez à la même proche à travers les plaines époque. comme cela a dû arriver à l'époque préhistorique? . puis descendant aux portes de Constantinople. Voyez. divergent tant de voies souveraines'. Du fond de l'Adriatique on continuait jusqu'à Dodone. à travers la mer mer Caspienne. immensités de ouvrent la voie vers Noire. Réunissons ensemble querons mieux les les aventures rapides des Vikings : '^ et l'extension interminable des Slaves et conquêtes et les directions nous nous explide l'unité indo-européenne. arrivant presque aux rives du golfe Persique et au pied des montagnes du Thibct. débordant à l'ouest de l'Elbe. de nos jours. vers la '. qui ont ressemblé à ces sives de leurs émigrants par leur d'aller invincible désir de se déplacer. qui. 1. J'indique ici. sur les mers et les fleuves. sont partis les principaux mouvements d'hommes qui ont premiers refait sur ces mêmes routes les antiques étapes des Européens. Niémen et levant. par leur volonté toujours plus loin. vers les terres d'Asie. d'Ecbatane. gagnant de proche en comme une inondation qui se tend.68 DE LA GAULE A LA FRANCE. et. les chemins suivis au Moyen Age par le commerce des fourrures. Il est vrai que les Vikings n'ont réussi à prendre que des domaines restreints (encore que les royaumes anglo-saxons de la Grande-Bretagne se rattachent à ce même mouvement). de la Méditerranée occidentale. que nous retrouverons après Gharlemagne sur toutes les côtes de l'Atlantique. les migrations des peuples slaves. comme routes de migrations. s'ils y avaient rencontré une population et des chefs moins résistants. lion hellénique). les Duna. 2. la route des caravanes porteuses des olTrandcs liyperboréennes. de Samarcande et de Delhi Vous chercheriez en vain dans le monde un carrefour d'où la Russie. sur celles même Paris. Aussi. d'autres fleuves. moins organisés. par les poussées succes- bandes en marche. les Vikings ou les Normands. mais qui sait ce qu'ils auraient pu fonder en Occident. c'est de là que dans les temps historiques. le long des routes frayées par leurs ancêtres des temps préhistoriques.

entre la Vistule et le Niémen. en ces régions. 1. les cheveux blonds. dans une sorte d'immobilité hiératique. 3. A l'époque historique. avec son complément indispensable. Le nom de Prusse. de tribus agricoles ^ et laborieuses. les yeux bleus. Leur langue '. 2. au temps du roi Théodoric. Cela fait songer aux horizons et aux habitudes des bords de la Baltique. et peut-être encore au lendemain de l'an mille. ou « la race de l'Extrême-Nord ». porté dans le pays de l'ambre par les populations indigènes. C'était un ensemble haut. songeons à la paille de froment détail qui avait qui enveloppait les offrandes hyperboréennes sans doute une valeur symbolique. la peau blanche. les chairs molles. Paris.VÊPOQVE DES MIGRATEURS. Outre le texte formel de Tacite. est passé ensuite à leurs maîtres allemands. C'est ici qu'il faut rappeler l'admirable ouvrage de Meillet. le saule et le bouleau. étaient surtout familiers le hêtre. nous rencontrons sur les rives de la Baltique. Or. la forêt. parmi les arbres de la forêt. 1912. : . et auquel. la pêche. 69 D'autres indices nous invitent également à nous tourner du côté de la Baltique pour y chercher le berceau de ces l'aide envahisseurs de la première heure. Leur espèce physique semble caractérisée par le front le crâne allongé. telle nous la revoyons au temps de l'historien Tacite. Introduction ù l'étude comparative des langues indo-européennes {3^ édit.. lorsque les Allemands ses voisins s'approchèrent pour la détruire enfin ^. ce type d'homme demeure le mieux conservé. était celle d'un peuple qui connaissait mer. le chêne. Champion). Cette nation a vécu là pendant bien plus d'un millénaire. Les Dialectes indo-européens (1908. Paris. que nous pouvons reconstituer à la des débris laissés dans les idiomes héritiers. et qui elle-même se nommait celle des Estes. toutes différentes des Germains qui les assaillirent plus tard par le sud-ouest. Hachette). une nation que les Grecs ont appelée celle des Hyperboréens. Telle l'ont décrite les voyageurs européens antérieurs à Hérodote.

en Italie. des caravanes ou des cabotages étaient organisés. dieu souverain de ces hommes ^. Variarum. 13. 1. la route suivie par leurs ancêtres en bandes de conquérants le chemin de migration était chemin de commerce *. rameau ou descendants des Estes au Samland). Cassiodore. et de là. CXLVI. 633-4 (homines humanissimi. héritiers de la terre originelle. Pareil fait se constate en Afrique. sur les rivages de la mer. Patrologia Latina. 2.70 DE LA GAULE A LA FRANCE. en Gaule. la matière mystérieuse et magique où semblaient s'être renfermés les rayons du soleil. Pendant toute la durée des temps antiques. Je n'hésite pas à voir dans ces Hyperboréens les fils de la nation mère. sous Crésus b les Hyperboréens ne font pas la guerre». pendant des mois de marche. les Estes du même pays envoient à Théodoric un présent d'ambre. ceux qui ne sont point partis et qui sont demeurés sur le sol natal. 2 (ambassade des Estes à Théodoric). t. Germanie. V. 4. Il y a là. 45 (les Estes laborant patientiiis). les quatre textes suivants voyages et renseignements d'Aristée. Or ce culte de l'ambre. plus que le diamant. la chose précieuse valut plus que l'or. un des plus curieux phénomènes de ténacité historique que je connaisse. plus que tout bien de ce monde car il y avait un dieu en elle. s'étendant sur seize siècles. Je ne suis pas d'ailleurs convaincu que ce culte. L'une de ces coutumes était la recherche. A mille ans de distance. Migne. : Comparez les rapportant : . allant et revenant par exemple de Délos à Dodone et à Aquilée (près de Venise). Adam de Brème. à propos des Sembi vel Pruzzi. au vi* siècle avant notre ère. des perles d'ambre. Tacite. enveloppées dans la paille de froment. ne fussent pas des morceaux d'ambre. n'ait pas été concurrencé de très bonne heure par celui de la Terre-Mère. IV. On vantait leur humeur honnête et hospitalière K Leur langue ressemblait à celle des Bretons d'Angleterre. c. 3. Dans cet invincible devenu : : immuablement Hérodote. même chez les Hyperboréens du Samland. jusqu'aux bords de la mer hyperboréenne ^. les peuples de la lignée indo-européenne semblent l'avoir conservé en eux-mêmes avec une indomptable fidélité. en troupes pacifiques. Ces marchands refaisaient. dociles aux coutumes des aïeux. J'ai peine à croire que les fameuses offrandes hyperboréennes. Pour l'introduire en Grèce.

et pourquoi partirent-ils? Il faut bien se poser ces questions. il ne peut s'agir de qualités immuables les dangers de la vie ou de mauvais contacts pourront changer ces vertueux Hyperboréens en cohortes de guerriers ou en hordes de pillards. Enfin. Qu'étaient exactement ces hommes. que valaient-ils. attrait exercé 71 par l'ambre sur ils les peuples de l'Europe.VÈPOqVE DES MIGRATEURS. peuples de ces régions le sens du un certain idéal de justice et de bonté. et 1. le pays où ils s'établiront. et ils l'avaient transmis à leurs des- cendants. je vois l'héritage moral laissé par leurs fondateurs. Tous les : hommes. un désir intense d'organiser la société sur des principes rigoureux et pour une durée éternelle. de leur origine que de leur éducation. quels qu'ils soient. Il : communément les populations au sang desquelles ils mêleront le leur. puisque leur départ a donné le branle à l'histoire de la moitié du monde. ils Quand étaient partis de là-bas. la race. J'ai également indiqué les les mérites que les Anciens ont : cru reconnaître chez travail. dépendent moins de leur nature que de leur histoire. l'amour de la paix entre eux et l'humeur accueillante. C'étaient ils dès lors des agriculteurs. encore que ce soit possible. J'ai déjà indiqué leur nature physique. et les peuples comme les hommes. . ce qu'on appelle ne faut pas d'ailleurs lui attribuer une grande importance elle va se modifier suivant les nouvelles conditions de leur vie. connaissaient l'or et le cuivre ^ Je ne dis pas le bronze. un sentiment profond de la solidarité humaine. Mais là encore. je crois que ces peuples du Nord étaient arrivés au même degré de civilisation que la plupart des tribus occiils dentales auxquelles vont imposer leur maîtrise. avaient emporté avec eux le fétiche de leur foi. Les institutions communes qu'ils ont léguées aux populations de leur descendance dénotent chez eux le respect religieux du droit.

le pillage de l'Empire romain par les bandes germaniques. l'humeur paisible et laborieuse de ces Hyperboréens ne les empêcha pas de courir le monde et de le conquérir. . 2. et devenir la terreur du monde. Mais.72 DE LA GAULE A LA FRANCE. On ne s'empare pas des Iles Britanniques et de l'Armorique française sans être les maîtres de la mer. lançant les et. les désastres de l'Europe sous les chevauchées des Huns ou des Mongols. premiers départs. plus étendues ou plus fertiles. en particulier au point de vue chronologique. N'ayons pas à la pensée. après tout. Mais ne nous imaginons pas leurs départs comme des aventures de guerre. l'outillage préhistorique de ces terres hyperboréenncs. voilà peut-être l'élément principal de leur force. pour nous expliquer ces temps lointains. s'imposer que par la crainte ou Gaule et : par la violence. Qu'on se rappelle l'histoire des Cimbres et des Teutons ^ s' avançant péniblement à travers l'Europe pour 1. Car. couvrant de ses barques la Baltique et la mer du Nord. et spécialement du Samland. si pacifique que soit une migration d'hommes. le jour venu. peut-être de meilleures armes de combat'. C'est pour cela que je regrette de n'avoir pu étudier à fond. J'ai peine à croire que les Cimbres et les Teutons fussent de purs Germains. Les Hyperboréens ne partaient pas pour brûler ou tuer. l'élément italo-celtique a été fort important parmi eux. il faut qu'ils aient eu des avantages militaires qui manquaient aux autres agriculteurs des temps néolithiques peut-être une cohésion plus grande entre leurs troupes. : Mais c'étaient aussi des navigateurs intrépides je ne représente pas leur société sans une marine puissante. . Évidemment. leurs conquêtes comme des histoires de destruction. Ils s'éloignaient de leurs terres afin d'en chercher d'autres. Cette marine. la ruée sainte des Arabes en Afrique ou en Espagne. ce qui leur assure la supériorité sur les populations de l'ouest. elle ne peut. me mettant l'accord entre tous ces rivages.pour que ces la mêmes Hyperboréens le aient soumis également Danube.

300. Mais je ne dirai pas que la faim fut l'unique conseillère de ces départs '. en demeures et en villes. Ces « printemps sacrés » étaient des nations en marche. "Voilà l'image des vingt épisodes dont a été faite la migration indo-euro- péenne. ont su rencontrer des terres de labour. et si à la fin ces malheureux firent tant de mal. Marescq). et que le blé et le Un y poussent sous un ciel plus gai. la nouvelle jeunesse qui s'en allait vers un nouvel horizon. en affamés pressés de nourriture. de « terre promise ». Ses dieux la protégeaient. La bonne terre a été le mot d'ordre de ces émigrants. franc. Le mot magique de terre. le On a entendu dans ces foules errantes les sentiers langage que et près des Moïse tenait à Israël sur rives du désert du Jourdain. ce fut parce qu'ils s'exaspérèrent de trouver toutes les places prises sur le sol. La population croissait sans relâche. C'était. ici par le terre de marécage. Les Indo-Europécns avant l'hisposthume]. montagne. 311 (trad. Et l'on devait connaître la richesse plus grande des plaines du sud. Elle avait le désir de fonder ailleurs des familles. . obtenir 73 un sol vacant qu'ils pussent défricher. là y fut vite limitée. Ces familles nordiques pouvaient se dire parmi les plus déshéritées de l'espèce humaine. de former des tribus. partout par la forêt.. s'en saisir et les conserver. toire mot de von Ihering. au contraire. elle devenait à l'état de pléthore. à ceci près que ces migrateurs des premiers jours. La labour. de bâtir des foyers.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. avec moins de peine pour les hommes. De plus nobles motifs les accompagnèrent. et que le droit de vivre leur était partout refusé. par la 1. p. et que par là même on l'estimait plus haut. 1895. Paris. On ne partait pas à l'aventure et en désordre. ayant affaire à des sociétés plus informes. a agi sur ces âmes avec une force d'autant plus grande qu'on venait à peine de découvrir le prix de la chose. C'est le '[ouw. arrivant sur des espaces moins occupés. transformer en sillons. presque à chaque génération.

plus importants pour notre histoire que les campagnes gauloises des proconsuls romains Domitius et César. mais toute vraisemblance nous est même interdite. de l'Espagne et de l'Italie. Nous aimerions savoir par où sont venus ceux des IndoEuropéens qui ont soumis la France et avec elle les régions voisines des Iles Britanniques. puis s' avançant plus loin après quelques années. d'un groupe indo-européen dans une ont grande région est la fin d'une très longue histoire. ils venaient de faire un très long séjour en Épire. et avant d'arriver à Dodone. et je n'ai rien trouvé qui s'appuyât sur des indices réels. comme les Celtes et les Francs des temps historiques? Ont-ils gagné le Rhin en longeant au nord la lisière des . On s'arrêtait longtemps à de certaines étapes.74 DE LA GAULE A LA FRANCE. sans doute autour du sanctuaire de Dodone. qui se sont mis en route il y a quinze siècles. essayant d'y constituer une vie normale. Nos ancêtres sont-ils arrivés par mer. n'ont pas encore achevé leurs destinées de colons. par malheur. Quand les Hellènes se répandirent en Grèce. Ces marches étaient lentes et longues. comme les Vikings leurs derniers descendants? Ont-ils suivi par terre les rivages de la Frise et des PaysBas. voire une génération d'hommes. Les Slaves. j'imagine qu'ils fond de l'Adriatique L'établissement ébauché d'autres domiciles au ou sur les bords du Danube. non seulement nous ne savons rien de certain. Là-dessus. et nous aimerions aussi connaître les épisodes de la conquête. C'est par dizaines d'années et peut-être par siècles qu'il faut compter pour évaluer le temps employé à la conquête de l'Europe. telle que fut l'installation définitive d'Israël sur la terre de Chanaan. sur des témoignages de confiance. J'ai cherché sans relâche quelques hj'pothèses qui permettent une lueur de vérité. remontant ensuite les fleuves.

de ce que nous ignorons la marche de ces événe- ments. noms de attentive personne ne savait ce qu'étaient ces Indo-Européens. ayant pris pied d'abord en pire propagea-t-elle ensuite au delà des monts. 39). Si l'on pense la retrouver à l'aide des plus anciens sanctuaires fédéraux connus. 43) ce qui me paraît correspondre à un parcours immémorial de peuples et de commerce. le monde nouveau s'engoufîrat-il en Occident par des vagues parallèles. et je n'y répondrai pas davantage. comme nous l'avons fait pour la migration hellénique. la silva Herculis chez les Chérusques du moyen Weser (id. conquise. Mais. 51). ainsi qu'à Voilà pour les l'époque des Suèves ou des Alamans? en Bohême ou — questions d'étapes. pareille à l'Em- romain? ou encore. une science plus riche et mieux outillée fournira un jour des lueurs inattendues qui éclaireront la marche des IndoEuropéens vers les terres du couchant. Il.L'ÉPOQUE DES MIGBATEURS. du persan et des langues européennes.. la forêt centrale et sainte des Semnons ou Suèves du Brandebourg (Germanie. Annales. C'est sur cette ligne que la piste d'invasion serait le plus malaisé à reconstituer. : : . il ne s'ensuit pas que nos l'ignorer à leur tour. 2. d'un immense campement situé en Souabe. 12).. C'est en 1816 que parut l'ouvrage initial. celui de Bopp sur la grammaire comparée du sanscrit. I. ne se doutait de cette unité qui est à l'origine de notre 1. petits-fils soient con- damnés à débris lieux ou une connaissance plus rigoureuse des nécessités géographiques ou des habitudes sociales. on peut prendre pour jalons le lucus Tamfanae chez les Sicambres de la Ruhr (Tacite. le bois de Castor et Pollux chez les Lugiens de Posnanie (id. Une étude plus migrations. On sait qu'il a été précédé dans cette voie par Frédéric Schlegel et les publications de la Société Asiatique fondée à Calcutta en 1784. et auxquelles je ne que suscite le — saurais répondre. se tique? ou l'invasion. 75 grandes forêts centrales de l'Europe S comme essayèrent Voilà les questions de faire les Slaves du Moyen Age? problème de la route. et après elle les îles et ce qui se produisit lors de l'Empire celItalie. Il y a un siècle ^. La Gaule fut-elle d'abord les péninsules. des traces laissées par les d'objets.

186). p. la multitude qui obéit et se discipline. les populations pri- mitives ne disparurent nulle part. en particulier par l'examen des noms de lieu. Déjà tielles d'ailleurs nous soupçonnons deux choses essen- sur cette victoire occidentale des Indo-Européens. et c'est l'étendue qu'elle assigna à ses domaines. vie civilisée D'aujourd'hui à un siècle. t. à cette fatale disparition des indigènes en Australie ou aux États-Unis. Qu'il y ait eu résistance ou accord. Je dis les vaincus. Quelques mil- de Celtes ont conquis la Gaule ligure.76 DE LA GAULE A LA FRANCE. en supposant qu'il y eût bataille. la Gaule celtique. l'avait pressentie {De Originibus gcniiumdiictis potissimum ex indicio linguarum [écrit en 1710]. Mais il est possible que les possesseurs du sol aient fait souvent accueil et place aux étrangers. Dutens. dans ses moissons de demain des espérances infinies. comme cela s'est maintes fois produit dans l'histoire des colonies grecques ou des migrations slaves. Le vieux fond vivant et agissant est resté à sa place sous de liers nouveaux maîtres. avec son intelligence coutumière. IV. pas une cette seule fois les vainqueurs n'ont taillé dans ses rangs des sant au plus grand nombre. le plus grand nombre. se passa alors un fait semblable à ces multiples péripéties de conquêtes ou de colonisations que présente l'histoire connue de l'Europe et en particulier de la Gaule. qui sait ce que la science découvrira? l'histoire vient A voir les fruits magnifiques que j'ai de récolter. II« partie. à la masse des envahis brèches irréparables. quelques mil- liers de Romains. . s'impo- mais masse est demeurée ce qu'elle était. Rien ne fait songer à ces inassacres que les Espagnols pratiquèrent dans l'AméIl rique du Sud. Ce qui a triomphé dans cette : his- toire. c'est la force et le prestige d'une minorité. '. édit. quelques milliers de 1. Mais Leibniz. c'est la place qu'elle laissa aux vaincus.

et qui doit ses traits et ses humeurs à la nature du climat . L'élément purement physiologique ou physique. s'efface rapidement ou se réduit à quelques trois : doute qu'elles se soient prolongées plus de signes extérieurs sans portée profonde. et en tout cas sans action sur l'âme. ou qu'elles soient de la souche hyperboréenne nouvellement implantée. nous voyons que les deux groupes d'hommes se sont associés de très bonne heure. et. cela n'est point invraisemblable : je ou quatre générations. qu'elles remontent aux lointains troglodytes. et pour ainsi dire une âme de société.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. toutes s'amalgament désormais entre elles. la Gaule romaine. la race. La plus histoire de notre sol est celle de redites régulières. et l'influence du climat et du sol vint s'ajouter à celle de la multitude humaine pour faire oublier aux Indo-Européens primitifs leur nature des jours du départ. durent les coutumes des envahisseurs. qu'elles proviennent d'Espagne ou d'Italie. Qu'entre vainqueurs et vaincus aient subsisté des oppositions sociales. Mais. A chaque fois que nous examinons des conquêtes. de riverains de la Méditerranée ou de montagnards alpins arrivés au temps de la pierre polie. de leur sang et de leur caractère. une mentalité d'ensemble. en retour des leçons de langue ou d'obéissance qu'ils acceptèrent des arrivants. sous César ou sous Clovis. Francs. une physionomie de peuple. quelques milliers d'Indo- Européens ont conquis la Gaule néolithique. un tempérament collectif. lations Il se forme peu à peu parmi les popu- d'une même contrée un caractère commun. Toutes les espèces humaines qui habitent alors la Gaule. ainsi que les Celtes ont fait pour les Ramains. prendre l'idiome et Les millions d'hommes qui l'habitaient alors. et que la tare de la défaite a disparu je ne peux interpréter autrement la victoire indo-européenne. Un vaste travail de métissage s'opéra dans notre Occident. ils pesèrent sur eux de tout le poids de leur nombre. à la formation de laquelle la race ne sert de presque rien. 77 quinze siècles avant cette vieille troisième et dernière conquête.

Les institutions morales et religieuses durent égale- aux autres. Je fais et dont allusion à une théorie assez en vogue aujourd'hui. à l'endroit de ces générations primordiales. et que les Césars se sont bornés à l'accepter et à la continuer. on trouvera l'expression la plus complète chez Piganiol. s'adapter les unes ment boréens et la Terre des néolithiques soleil et terre besognent trop ensemble pour que leu. se refusent à voir que cette unité existait déjà. Alpes et Pyrénées. de Boccard). sans exception. se soit continuée dans les âmes sous la forme d'une bataille entre les dieux.78 DE LA GAULE A LA FRANCE. une fois réglée par les armes ou les lois. et nous poursiècles. à la manière de vivre. lui appartenait. Voici quelle fut l'étendue du premier empire que nous connaissons en Occident. Paris. aux événements de l'histoire. et Toute la Gaule. et du sol. Mais 1. rivages et fleuves. Dans quelques au temps des Celtes. aux relations entre les hommes. plaines montagnes. les lignes principales de cette physionomie seront tracées pour la Gaule.s déités ne se hâtent pas de contracter alliance ou mariage. . ' : : allons constater l'extraordinaire unité de langage que ce régime fonda en Occident rien ne nous interdit de supposer que cet Occident eût préludé par des idiomes similaires à la communauté européenne. les Essai SUT origines de Rome (1917. J'ai peine à croire que la lutte entre anciens et nouveaux habitants. de cette erreur Incurable que l'Empire romain provoque chez tant d'his: Nous toriens ils : sous prétexte qu'il a assuré l'unité de la Gaule. Gardons-nous. telle que serait la concurrence entre le Soleil des Hyperse pénétrer. rons les décrire. Nous essaierons tout à l'heure d'exposer les principes originels de la morale et du droit européens rien ne nous dit que quelques-uns de ces principes ne fussent pas communs aux fondateurs et aux sujets du régime nouveau.

ils possédaient les rives de l'Atlantique. où les avaient attirés les mines plus que le sol. il ans et davantage. frontières à d'autres. langues celtiques. la marque la plus nette de l'unité de l'Europe occidentale. Je rappelle ici une fois pour toutes que dénommer celtiques ou Celtes un ensemble de langues. au sud des Alpes. peut-être plus occupée que la Sardaigne et la Sicile. y compris les collines de Rome et les montagnes du Latium.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. Et c'est pour cela que a récemment dénommé ce langage. mais d'antiques populations résistèrent dans les replis de danubiennes. au nord. les hautes terres de l'intérieur. ceux que les Modernes appelleront du nom de Celtiques^ aujourd'hui. En Espagne. trois mille les descendantes de ce langage qui fut. 2. les la vallée de l'Èbre et sur les larges espaces de l'Andalousie. au moins jusqu'à l'Elbe. Enfm. filles ou nièces de l'idiome parlé autrefois en Gaule et dans les Iles les Italiotes : Britanniques. De cette immense communauté sociale devaient sortir plus tard deux groupes principaux de peuples et d'idiomes. filles du latin. En appelant celtique le monde occidental des temps primitifs. des hommes de même langue que ceux de France habitaient l'Allemagne de la plaine. : La . pareils encore. la Grande-Bretagne. nous commettons la même erreur d'expression que si nous traitions de franc l'Empire romain d'Occident sous les fils de Théodose. le premier-né Corse. et c'est par suite d'une conquête qu'il s'est étendu d'abord à la France (et d'ailleurs il n'est jamais passé dans les Iles Britanniques). ni les Pyrénées. et. de si les îles de la Méditerranée occidentale furent plus la effleurées qu'entamées par conquête '. occupaient la vallées Bohême et les hautes Européens revendiquaient pour eux la plaine du Pô et une bonne partie de l'Italie péninsulaire. complète- ment absorbée par elle. qui furent. sont y a l'on 1. langues romanes. recouverte jusqu'aux terres hautes de l'Ecosse. l'Irlande. il n'en fut pas même des îles de l'Océan. ni le 79 Rhin ne servaient de une nationalité distincte. de races ou de peuples de l'Occident avant le yi"-' siècle est un abus de langage le nom de Celtes n'existait peut-être pas avant cette date. ni les Alpes. Au delà du Rhin. il a été d'abord limité à une petite région. Au sud des Alpes.

comme ils signifiaient l'aspect. peut-être de l'indo-européen '. pourquoi enfin en France. comme la terre les retient à tout jamais. Cimena ^ se retrouve dans celui de la forêt Giminienne. ces mots ont traversé sans périr les révolutions politiques et les changements de langue. . des Bretons ou des Gaulois. le bruit ou la grandeur de la colline qui se dresse. rivières. de 1. rappelle le lac Léman. en Espagne. tant de sources ou de rivières se nomment ou se sont nommées Dives ou Divonne. Et comme les mots qui s'appliquent au sol s'y attachent et s'y enracinent. Gomme ces vocables. de lacs et "de montagnes. pourquoi la Limagne d'Auvergne. que les ancêtres des Latins de Rome ou des Ombriens du Tibre. Voilà pourquoi l'Elbe germanique. Albis. moins éloigné de la langue mère. en Angleterre. ils furent les mêmes partout où l'on parla cette langue. ne furent d'abord que des mots communs. Alba ou Albis. aussi immuables qu'elle-même. plantée au cœur de l'Italie ainsi que nos montagnes au centre delà Gaule. vers 622. l'idiome italo-celtique. regio. qui fut un marais desséché. : noms de mer d'Irlande et la noms de sources. c'est-à-dire « l'eau divine » car les hommes de l'époque italo-celtique honoraient avec ferveur la divinité des eaux pures et salutaires. Et peut-être Cimenice le 2. pourquoi le nom primitif de nos Cévennes. et par bien d'autres que les ancêtres des Irlandais. Mais que ce mot ne nous induise pas en erreur n'oublions pas que cet idiome a été parlé au sud des Pyrénées et sur les bords de l'Elbe et du Danube. la Campanie. : Un des signes les plus visibles et les plus persistants de cette unité italo-celtique est la similitude des lieu entre l'Elbe et les Pyrénées. porte le même nom que l'Aube champenoise. dans le Périple d'Aviénus. de la fontaine qui murmure. acceptés avec la terre par les maîtres et les parlers nouveaux. de l'eau qui s'étale.80 DE LA GAULE A LA FRANCE.

on peut essayer de le retrouver. 6 . un nom à devenu une : seule et même personne pour ses milliers de riverains. \ — Le la Gaule à la France. temps. régler ses rapports avec la vie humaine. et c'est. faire presque entrer la source. qui nous ont transmis des témoignages sur l'histoire de l'Occident. Quoique ce nom ne soit point parvenu jusqu'à nous. Puisque ces Italo-Celtes avaient un langage commun. immen on divinisait plus qu'à demi une fontaine en lui donnant un nom. le voici nom. en même ou la colline Maintenant que lui. le Rhin porte un seul depuis sa source jusqu'à la mer. fixer nature. les hommes de ce temps nous ont fourni le moyen de connaître ces sentiments et de pénétrer dans ces âmes. par l'octroi de ces mots défila prise nitifs. suivant les sentiments qu'elles suscitaient en leurs âmes. Donner un nom à une son rôle ou sa portion du sol. il est probable qu'ils eurent JuLLiAN. par où plus d'un navigateur du Midi tenta sans doute d'atteindre les mystérieux marchés de l'ambre. de possession du sol que les agriculteurs néolithiques avaient commencée. c'est la caractériser. 81 En dénommant ainsi les formes de la terre. il un nom pour désigner l'ensemble originel de leurs tribus. Ce mot de Ligures est la plus vieille appellation collective que présente l'Occident. Les plus anciens écrivains. la fraternité d'alliance qui s'était manifestée par ce langage. grecs ou latins. et peut-être à l'estuaire de l'Elbe. Ils achevaient également. sources ou montagnes.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. ont appelé Ligures les populations qui l'habitaient aux époques les plus reculées. Nomen. Ils ont mentionné des Ligures sur IcsJ collines de Rome et sur celles de Marseille. la rivière dans le cycle de cette vie humaine. sur les caps de l'Atlantique espagnol et sur les rivages de la Normandie. une énergie qui rapproche cent tribus. la transformer en un être qui a son unité et qui fait image.

82 DE LA GAULE A LA FRANCE. Les Ligures seraient donc le peuple et la langue qui auraient dominé en Gaule et en Occident avant l'apparition du nom gaulois ou du nom celtique. c'est qu'il est fils et petit-flls de Romain et de Gaulois ces trois noms. Parmi eux se trouvaient des hommes pareils à nos Flamands et d'autres pareils à nos Provençaux. On se présente — de l'autre. Ce fut le premier nom général qui y définit des multitudes humaines. et dont on a tellement abusé et mésusé. Mais je répète et je dis un nom. Pas davantage. : i nous rappr'>che des temps où cet Occident avait son il nous conduit aux lieux mêmes où elle régnait ^ Nous sommes donc invités à croire qu'il était le nom. J'ai également supposé que les Italo-Celtes avaient comme nom collectif celui d'Ambrons. pendant quelques générations. de dire qu'il est un Ligure. et qu'on pourrait aussi en rapprocher celui d'Ombriens. et non pas un Gaulois ou un Romain. Sauf. l'existence de groupes politiques dUtincts ayant. qui fut celui de l'État espagnol de l'Èbre. l'enquête sur ces vastes appellations collectives. Y a-t-il un rapport entre ces noms et celui de l'ambre? Cela ne pourrait être que si « ambre « était de pnvenance indo-européenne primitive. Je dirai de même pour le nom ibère. des bruns venus du Midi. Ce qui est vrai. nul historien n'a le droit d'attribuer à a remarqué qu'à l'époque historique. 2. sous forme de nombreux îlots. des Alpins solides et trapus. Nul d'entre nous n'a le droit. de cette grande famille. avant les Ligures. une langue. porté ces noms l'un ù côté 1. des blonds venus du Nord. 4. en examinant sa structure physique et ce qu'il croit être sa race. et : espèces ethniques qui se sont juxtaposées *. je ne dis pas une race. un peuple à la rigueur. le nom de Ligures sporadiquement en Occident dans les mêmes conditions qu'au Moyen Age celui de Romani. Je crois à peine commencée. des Méditerranéens agiles et souples. lequel se manifeste. et ceux de Francs et de Français après eux. 3. qualifient des situations politiques qui se sont succédé ^ et non pas des unité. . d ailleurs. Ces Ligures renfermaient des hommes de toute origine. étendue par toute la Gaule. sur la surface de l'ancien Empire romain. bien entendu. en faisant des Ibères une race s'étant. ou l'un des noms ^.

ont également travaillé à faire le génie de notre nation et à faire le génie de chacun de l'autre. de notre tempérament de peuple. Chaque siècle. le Druide de la Loire. et avant eux le laboureur armé du pic néolithique. et à côté d'eux a travaillé à cette même tâche le Grec de Marseille. lançant des hordes . fait dire La récente découverte des siècles ligures a des choses nouvelles : « Arrière Gaulois et aux fanatiques Romains Nous ! sommes Gaulois. Sur l'organisation générale. en passant mais nos nous. Et l'œuvre éternelle n'est peut- être pas encore terminée. Chaque période de nos anciennes destinées possède aujourd'hui ses admirateurs ou ses dévots. Notre France. chaque nom d'histoire a part de labeur. aux plus fragiles conjec- Que l'expression d'Empire ne nous égare pas. est le produit d'une création dix à vingt fois millénaire. tures. celuilà développant l'esprit. On a dit pendant longtemps et des écri: vains d'intelligence rare écrivent encore « Nous sommes : Romains avec Jules romantique César. sur trices les institutions direc- de cet énorme Empire d'Occident. » Nous ne sommes aïeux ni des Ligures ni des ont été tour à tour l'un et par ces phases successives. Cette unité ne ressemblait ni à l'Empire d'Attila. le vergobret de la Gaule. jusqu'à nouvel ordre. ont travaillé cinquante générations de Chré- tiens et de philosophes. après eux encore. celui-ci défrichant la terre. Le poète et le juriste de Rome. nous sommes réduits.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. » Les enthousiastes de l'époque « et leurs derniers héritiers se récrient » Nous sommes des Gaulois formés par les Druides. Aucun ne mérite d'être traité en fait sa ouvrier principal. le chasseur ciseleur de silex et. vies et terres. et. 83 l'époque ligure l'origine de notre civilisation nationale. le Ligure des dolmens. ils nous ont aidés à devenir des Français. Ligures. corps et âmes.

de reliés marchés. communs étroite- à tous. auxquelles pouvaient et devaient se soumettre tous les hommes de cette lignée. car elle devait reposer sur de fortes similitudes de cultes. d'institutions et de langues. situés sur rivages ou les îles côtières. Je me : suis toujours représenté l'ancien monde européen comme assez sem- blable d'allure à la Chrétienté médiévale en des espaces choisis et traditionnels. à une Peut-être il tribu suzeraine. et ces sanctuaires maritimes. et surtout l'étain et ces sanctuaires. résidence. De ces lieux saints de l'Occident où s'est formé le patrimoine collectif des Européens. ces centres religieux. ces espaces consacrés. des sanctuaires gouvernés par des prêtres. plus libre. Voyez par exemple mins de Rome. les chemins de Saint-Jacques ou les che- . réunissant entre eux les lieux sacrés l'ambre. quelques-uns de les non les moindres. ces pèlerinages. mi-chemin de son cours. car je doute qu'elle le ait obéi à un seul souverain. où le marest chand coudoie le fidèle. ni à celui de Xerxès. ni à celui de ment fonde serré par des lois et des ordres Rome.vous de milliers de pèlerins. lieux de rendez. placés sous l'invocation de divinités universelles. servant à la fois de lieux de prières. circulant l'or ou l'argent. sur et Gien. C'était : une communauté à la fois plus libre et plus pro- plus profonde. organisés sous forme de caravanes. de caravansérails. entre Orléans 1. l'un et l'autre. le corail et le cuivre. les pierres dures. des pistes connues de temps immémorial. eux aussi par des traites familières. et enfin. *. telles les abbayes du Moyen Age. celui où nous trouverons bientôt la Loire. je commence à en entreen voir quelques-uns dans l'ombre de la préhistoire : Gaule. et sur ces pistes. où souvent le même voyageur et.84 DE LA GAULE A LA FRANCE. à un corps suprême. principal élément d'union et d'alliance était- l'élément religieux et sacerdotal. la Terre leur mère ou le Soleil leur maître. à les Druides. et peut-être aussi de manufactures. juxtaposi- du fond de sa tion de vingt peuples divers.

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
dans
les. Iles

85

Britanniques, cette

île

d'Anglesey qui fut

peut-être le trait d'union cultuel entre Irlande et Grande-

Bretagne; un autre aux Pays-Bas, en cette île de Walcheren où commencent les grandes routes de l'Escaut, de

Meuse et du Rhin ^; plus loin sur ce rivage, l'îlot sacré de Heligoland, face à l'ouverture de l'Elbe; de l'autre côté de l'Occident, un lieu saint à Aquilée, près de Venise, à l'endroit d'où l'on descend des Alpes, où l'on arrive de l'Adriatique -. Au delà de ces sanctuaires proprement italoceltiques, commençait la ligne de ceux que revendiquaient pour eux les terres helléniques, comme celui de Dodone en Épire, ou qui demeuraient dans la contrée des ancêtres indo-européens, comme celui de l'île de Fehmarn au pasla

sage des détroits danois ^ et, l'aïeul et peut-être le plus sacré de tous, celui de l'ambre baltique au Samland, entre
Vistule et Niémen. Car,

même

après migrations et disper-

sions, les relations continuèrent

d'abord entre

les

hommes

ou

les prêtres.

Ces pérégrinations lointaines, accomplies grâce à des trêves de dieux et à des protections de prêtres, n'étaient

pas

le

principal dans la vie de ces

hommes.

Elle se passait

surtovit à cultiver et à récolter.

plus fortes, avec des

L'œuvre de défrichement continua, dans des proportions moyens plus perfectionnés, sous une

coordination plus régulière des bras et des volontés.
1. C'est, je crois, le

Dans

sanctuaire insulaire dont parle Strabon (IV, faisant face à la Bretagne et consacré à une déesse du sol indigène analogue à celle de Samothrace : et ce doit être le temple 'bien connu de Néhalennia à Domburg (Corpus inscr. Latin., t. XIII, n'5 8 775 et suiv.). L'importance de ces vieux sanctuaires insulaires
4, 6),

et maritimes suffirait à rappeler le rôle de la marine dans l'histoire primitive de l'Europe. 2. Le fameux sanctuaire de Bélénus, à Aquilée, est, dans les temps de l'Empire romain, Théritier de ce lieu saint. 3. Si c'est là qu'il faut placer le sanctuaire fédéral de la Terre

chez

les

peuples baltiques de l'ouest (Tacite, Germanie, 40).

86

DE LA GAULE A LA

FRAJSCE.

la légende d'Hercule, vainqueur de l'hydre de Lerne, nettoyeur des écuries d'Augias, chasseur des oiseaux du lac Stymphale, s'est dissimulé le souvenir et le symbole des vastes conquêtes agricoles dont la Grèce a été le témoin. Mais la Gaule a eu aussi les siennes, et si la légende ne les

a point célébrées, et leur grandeur.
le

elles

n'en eurent pas moins leur beauté

C'est après l'arrivée des Indo-Européens que je placerai

formidable travail de la Limagne, immense marais qui

fut alors transformé en cette terre merveilleuse, la joie

des yeux de France ^ Cette fois, ce n'est plus la besogne médiocre et pénible d'un travailleur isolé ce sont des milliers d'hommes qui s'attachent ensemble à des milliers d'hectares; c'est l'assaut discipliné contre le marécage, mille canaux qui le pénètrent comme des tranchées d'at:

taque, des ingénieurs qui calculent

les

pentes, qui atten-

dent le résultat pour donner de nouveaux ordres, l'armée des laboureurs succédant à l'armée des terrassiers. Nous

avons

le tort "de

réserver ces

mots

d'orgueil scientifique,
Ils

ingénieur ou calcul, à nos entreprises contemporaines.
ce que, depuis Henri

valent tout autant pour ces tâches d'autrefois. Songeons à

IV ou au Moyen Age, a représenté de de méditation, de volonté, le dessèchement des marais de la Garonne et de Normandie, du Lay etdela Sèvre et sachons admirer les créateurs de la Limagne Niortaise au même titre que les moines de Maillezais ou les Flapeine,
:

mands
d'eux.

appelés par Sully. L'histoire se doit également à
se sont fait oublier et à

ceux qui

ceux qui ont

fait parler

La Limagne
1.

est le chef-d'œuvre de ce

temps; mais en

Voyez

le

chapitre consacré à la

Limagne d'Auvergne dans

la Géologie agricole de Risler, si précieuse même pour l'histoire, Paris, Berger-Levrault). t. II, p. 404 et suiv. (1889, de Dienne, Histoire du 2. Je renvoie à deux livres essentiels
:

marais en France avant 1789, paru en 1891, Paris, Champion; Etienne Clouzot, Les Marais de la Sèvre Niortaise et du Lay, 1904, Paris, Champion. Et il y aurait bien des monographies de grand intérêt à écrire encore sur ce sujet.
dessèchement des lacs
et

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.

87

Bourgogne, en Soissonnais, en Picardie, en Agenais, en Languedoc, dans le Coratat, en Alsace, dans toutes nos
provinces d'aujourd'hui, des affaires pareilles furent réussies.

Nous ne voyons
:

le le

chasseur qui court la forêt ou

marécage

temps reculés que sauvage perdu dans j'aperçois plus volontiers le bûcheron qui
d'ordinaire en ces
le
le terrassier

défriche l'une,

qui dessèche l'autre.

On

insiste

sans cesse, pour décrire cette époque, sur la note de barbarie
vail.
:

j'ai le

droit et le devoir d'insister sur celle de tra-

Fouillée

avec audace, la terre

livrait

de

nouvelles

richesses métalUques.

On connut

l'étain après le cuivre,

l'or. Le hasard d'une expérience heureuse ou quelque renseignement venu d'Orient révéla la possi-, bilité d'un alliage entre les métaux et l'union du cuivre

l'argent après

:

et de l'étain produisit le bronze, malléable, solide et bril-

comme un métal créé par l'homme *. Grâce au bronze, la hache fut perfectionnée chaque jour. Gomme arme de combat, elle fut aidée par le poignard, puis par l'épée, dont nous verrons plus tard le triomphe. Des objets de tout genre apparurent sous l'action du métal 2, fines et longues aiguilles pareilles à des dards, agrafes ou fibules aux têtes ornées de spirales car le bronze se prêtait à la rigidité de la pointe qui transperce et à la souplesse du fil qui s'enroule. Depuis que les Hyperboréens, descendus vers le sud, se trouvaient en contact direct avec les vieilles civilisations de l'Orient, ils purent
lant, qui fut
:

1. Je n'ose, au sujet de ce problème de rorigine du bronze, me décider entre la thèse de l'origine unique, qui serait en Orient, et celle des origines multiples, dont une quelque part dans le monde indo-européen. N'oublions pas que ces populations primitives de l'Europe se pénétraient certainement beaucoup plus que nous ne pensons. 2. Pour l'âge du bronze, ou le premier âge du métal, voir le partie, 1910. Manuel de Déchelette, t. II,

V

88

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

connaître et adopter

progrès réalisés aux bords de la

Méditerranée

*.

Des animaux domestiques furent affectés à de nouveaux usages. Le cheval, qui venait à peine d'être soumis, fut attelé à des chars ou à des chariots car la roue avait été découverte; et ce n'est sans doute pas à pied que partirent tous les émigrants. Le bœuf fut attaché à la charrue, et rhom«ie n'eut plus qu'à manœuvrer le soc au
:

lieu

de

le

conduire lui-même.
le

L'attelage du bœuf, le labour à la charrue, voilà, pour

nos pays agricoles de France,
à la
fois l'outil et la terre associés
le sillon

signe d'une ère nouvelle,

de travail et de sentiment. C'est l'homme, l'animal, en une

commune

entreprise; c'est

qui se creuse sans peine et s'allonge sans erreur;

c'est le sol qui le reçoit

joyeusement;

c'est le

laboureur

et la bête qui s'avancent

ensemble, en une marche rythmée,

\

'

ciel et l'or du soleil. Assurément, les génétemps ne définirent pas la poésie sainte de ces choses avec la virtuosité d'un Millet ou d'un Victor Hugo. Mais soyons sûrs qu'elles la sentirent confusément, qu'elles comprirent la magie religieuse du labourage. Les principales images, d'ailleurs enfantines et grossières, que nous ont laissées leurs artistes, représentent des charrues et des attelages de bœufs ^. Aux siècles disparus des troglodytes, l'homme fixait la figure de l'animal de chasse, espérance de sa vie et but de ses courses il fixe maintenant le simulacre du labeur, dont la pensée domine son âme. Enfin, ces nouveaux instruments et ces nouvelles matières du travail industriel permirent de construire des édifices

sous l'azur du

rations de ce

:

plus

solides

et

plus

durables

*.

On

s'attaqua avec plus

1. Mais je ne peux croire qu'ils n'aient pas imaginé par eux-mêmes bien des choses de métal. 2. Les gravures rupestres des Alpes de Tende, si patiemment mises en lumière par Bicknell; de ce dernier, surtout A guide to the prehisioric rock engravings in the Ilalian Maritime Alps, 1913, Bordighera, Bessone. 3. C'est à dessein que je me suis interdit d'insister sur les monuments mégalithiques au chapitre précédent, avant l'introduction

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
d'énergie à la pierre,

89

comme on l'avait fait à la terre. Les demeures des vivants restaient toujours en bois mais, pour les demeures ou les souvenirs des morts, on bâtit des dolmens chaque jour plus massifs, des menhirs chaque jour plus hauts'. Le Men-er-Hroeck de Locmariaquer dresse son pilier à plus de 20 mètres; la grande dalle qui
:

recouvre la chambre sépulcrale de Gavr'inis a plus de 12 mètres carrés. Pour amener ces blocs, pour dresser ces
il fallut des charpentes, des rouleaux, des cordages de dimensions considérables et d'une solidité à toute épreuve, et il fallut en outre des équipes d'hommes orga-

obélisques,

nisées,

manœuvrant avec ensemble
il il

sous l'ordre d'un seul

chef, et

fallut enfin, chez ce chef, des calculs attentifs

et minutieux. Certes,

ne

les faisait

pas par

écrit,

il

ne

savait ce qu'étaient l'épure, le papier, le chiffre et la méca-

nique

:

tout se passait en son cerveau, par souvenirs et

Mais lui aussi, comme le dessiccateur de la LJmagne, valait sa valeur de savant. Cette construction de mausolées indestructibles nous ramènera à la même conclusion que le dessèchement des marais, que la dénomination des détails du sol l'éducation de la terre est terminée, par le labour, par le tombeau, par la sainteté du nom. Attendons quelques génénous verrons cette terre imprimer son rations encore image sur les sociétés politiques.
réflexions.
:

:

En même temps que la terre, les familles et les tribus humaines qui l'habitaient recevaient, elles aussi, leurs façons
définitives, les règles de leur vie et les lignes de leur droit-.

du métal. Dans un sens contraire, Déchelette les étudie sous la rubrique âge de la pierre polie (t. I de son Manuel). 1. Ce qui n'exclut pas le rapetissement de ce genre de construction à une époque postérieure. 2. Je m'inspire, pour ce qui suit, de Fu-tel de Coulanges, La qui ait été l«nté Cité antique, le premier et le plus grand eflui
'.

mais ce ne sont pas des esclaves. » : . au besoin. dans la vie elle participe à son culte et à ses titres : où il sera père et maître. Mais enfin. Ils sont sous sa juridiction et sa discipline. et peut-être les poètes ou les prêtres la comparaient-ils à l'union féconde entre la Terre-Mère et le Soleil dominateur tout ainsi que cet accord entre les dieux suprêm. placée sous la sauvegarde des dieux et la sanction du culte. pour reconstituer la morale et le droit primitifs des Indo-Européens. comme dira le rituel romain. eux aussi. le mariage est l'origine le : d'une famille éternelle. P. pourvu de droits et honoré de la titres. la vie conjugale est indissoluble. auxiliaire et associée Le père de famille a pour compagne. femme Car qu'il s'est choisie et qui a accepté de vivre avec lui. sol : pour ainsi parler. la juge. Celui-ci guide et. Le principe de la vie sociale est la famille. C'est une union librement consentie. et que les institutions se sont ou établies ou préparées. ibi Gaia. Son devoir. est de les préparer à devenir pères de famille à leur tour. Elle possédait. et peut-être déjà les champs qu'elle cultive.90 DE LA GAULE A LA FRAyCE.se sont formées. la maison qui l'abrite. en les élevant corps et âmes. sa réplique ou son emblème sur le car toute lignée humaine doit montrer son lieu de rési- dence. dépendent du père. Cette famille était l'idéal de la vie terrestre. violence. ubi Gaius. C'est dans une époque plus ancienne. dans une antiquité sans date. membre de la société. Il est vrai que l'homme demeure la le maître. Pour être vraiment un homme. constituée par l'homme au jour du mariage. l'épouse oubliera la famille de sa naissance pour ne plus connaître que celle de son mari. la mariage n'est plus ou n'est point un acte de femme enlevée comme un butin de chasse ou de guerre.es. l'espace qu'elle habite. Les enfants. elle sera mère et maîtresse. 4 « Les populations grecques et italiennes sont infiniment plus vieilles que Romulus et Homère. il faut être père de famille. devant les dieux elle est son égale. que les croyances ".

en parler. Tout dans sieurs l'univers ressemble à se une famille. les vivants veulent se souvenir d'eux. La communion avec des les morts est un devoir : les hommes. Et sans doute l'élément familial se retrouvait. Rien. des fils aux parents. mais une affection agissante. ainsi que la famille. Si le père engendre. son foyer et son feu sacré. qui ne doit jamais s'éteindre. à la manière de ce feu immortel. une « piété » continue. la famille vivra le temps comme sur l'espace. sous la forme d'une paternité et d'une fraternité morales. les prier. ce serait les faire supprimer de la mémoire périr une seconde fois.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. c'est le foyer de cet âtre. Le seuil et l'âtre en sont des endroits consacrés. cette tribu aura. au-dessus du roi . sans cesse exprimée par des paroles et des actes. pour que ses fils engendrent après lui. c'est membres de ces familles. et cette piété est le levain impérissable qui fait surgir et s'animer toute vie sociale. Il ne faut pas que l'oubli atteigne les aïeux qui sont morts que leurs tombes soient au voisinage de la maison ou dans un champ dans c'est : sacré des terres lointaines. de ces villages. Si t)lu- groupent pour former un village. dans les sacerdoces ou les royautés religieuses des grands maisons sanctuaires régionaux. entre les citoyens d'une tribu. leur sacrifier. Entre les ces tribus. son chef. Le despotisme y était inconnu. prêtre et roi. circule du père à l'épouse. Au-dessus du père de famille était le devoir familial. de un échange religieux de sentiments et de devoirs. Mais ce qu'elle a surtout de divin et d'éternel. Si plusieurs villages s'entendent pour former une tribu. entre les voisins d'un village. ce village aura. juge. L'afïection. à un tyran gouvernant à sa guise. 91 La maison ce que serait est une chose sainte. comme diront plus tard les Latins. ainsi que la maison. Car. ou. dans ces sociétés d'autrefois. et d'une mort dont on ne revient plus. ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître. Elle est pour le père un temple pour un prêtre.

Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Les êtres passaient. On a pu ramener à neuf principes la morale fonda« Tu dois mentale des premiers Indo-Européens Tu dois respecter et respecter et honorer les dieux. léna). même d'Homère parlent à leurs rois : c'est un dernier écho de la tradition primitive des Indo-Européens. l'étranger et le mendiant. honorer tes parents. Ce qui commande véritablement à des hommes. Tu dois obéir à l'ordre de ta tribu. léna) et Alt-arisches Jus civile (1892-6. Je crois bien que l'Europe occidentale avait trouvé. Une morale impérieuse avait été établie pour eux tous. Alt-arisches Jus gentium (1889. qui est la pour tous. Tu ne dois pas mentir. parmi ses prêtres ou ses conducteurs. dois honorer ton hôte. aussi bien pour le chef que pour les Un souffle de liberté et d'égalité agite ces hommes. Il connaissait donc les règles de la Il est vrai qu'il ne les morale absolue et immuable. Rappelons-nous la manière indépendante dont les Grecs autres. de tribu était l'Esprit de la tribu. » Toute la loi d'Israël fut dans les dix commandements que Moïse édicta pour son peuple en marche nous en retrouvons de semblables dans le monde européen à l'époque de ses migrations. Tu ne dois pas tuer. ' : — — — — — — — — — — : — connaissait point toutes. Tu ne dois pas voler. ce n'est pas un chef. . Tu Tu dois maîtriser tes Tu dois te tenir propre et pur. sens. familles et tribus restaient. pas plus d'ailleurs qu'Israël lui1. c'est la loi. des législateurs aussi capables que Moïse ou Hammourabi de formuler des préceptes de conduite ou de rédiger des articles les de loi : seulement les articles de la loi se répétaient par la parole et n'étaient pas inscrits sur des tables. Je les indique d'après les deux ouvrages de Leist.92 DE LA GAULE A LA FRANCE. Des obligations plus précises réglaient les rapports entre hommes.

c'est qu'on a reconnu la nécessité ou la beauté de la discipline morale. : il ont aussi droit à des égards y a donc des devoirs même envers par cela seul qu'il est un homme. parmi ses ordres. Il n'empêche que cette morale européenne ne fait point une part exclusive au sentiment égoïste et fermé de la famille et de la tribu. Des préludes à la bonté.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. au droit universel. tous ces devoirs devaient être à chaque ils instant violés par des milliers d'hommes.endiant ou à des sympathies le misérable. de la vérité. Mais ce qui importe. le vol. l'hôte. l'étranger. et je ne suis point sûr que ces prohibitions fussent limitées à la famille ou à la tribu. Enfin. on peut prévoir le jour où respect et amour passeront à des groupes plus étendus. celui aimer son prochain comme soi-même ». ceux de son groupe. A coup sûr. . vaste patrie ou humanité tout entière. 93 même d' a nous n'entendons point. c'est que quelques-uns des maîtres des aient voulu les inscrire dans le cœur de tous. de l'existence humaine. Si la débauche. le meurtre et le mensonge sont interdits. que le Christ : ajoutera aux dix commandements. Par cela seul qu'il y est question d'amour et de respect pour quelques-uns. s'y manifestent. comme le les sont encore. c'est que l'élite hommes comprît déjà. le m.

p.. 27 et s. La rupture dut se faire d'elle-même. Je me décide. . Pour les arguments en faveur de cette thèse. Relations religieuses avec la Grande-Bretagne. ne longue durée. souveraine de l'Océan. sociale et religieuse. Le roi de tribu. A propos des sacrifices humains. plus très reli- sociale. 1919. Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale. capitale des morts. L'assemblée des Druides au centre sacré de la Gaule. L'âge de répée se prépare et l'âge du fer commence. après de longues hésitations. Le « pays ». voyez Revue des Études anciennes. Approche des Méditerranéens et fondation de Marseille. — — — — — — — — — — — — — >•> — — L'unité de l'Europe occidentale se disloqua à la veille de l'an mille avant notre ère. Hiérarchie druidique et dieux généraux. La rupture de Vanité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France. 1. Les « pays se groupent en provinces ou « cités ». à voir dans l'organisation druidique la survivance d'institutions antérieures au nom celtique. Sacrifices communs et communauté religieuse. gieuse que Une aussi vaste communauté. sans ces convulsions sanglantes qui brisèrent l'Empire romain. renfermait point en germes d'une Aucune puissance matérielle n'existait pour la maintenir. d'image. L'Armorique. L'Armorique. centre de vie agricole. Caractères de la civilisation druidique : pas d'écriture. Dangers qui naissent des ambitions commerciales.IV L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS LIGURES ET DRUIDES *. 102 et s. de temple. plus commerciale elle les que politique. p.

enracinés à cette terre. et peut-être. comme société que la nature l'avait créée comme Un nouveau pas. qui avaient fait de la terre la base de la vie sociale. tendance des régions naturelles de l'Europe à se suffire à elles-mêmes. Aucune trace de gouvernement central ou général ne résulte des faits linguistiques. Les plus anciennes générations avaient pris possession du sol. . Au sud des Pyrénées. L'Italie. les contours intellectuels et sur hommes. Mais l'unité la plus nette et la plus forte qui apparut alors dans le monde occidental fut celle de notre pays au lendemain et à la faveur de la décadence de la société italo-celtique. et ne vécurent plus que sous le reflet des États étrangers qui grandirent sur l'Èbre « et en Andalousie. plus décisif encore. avec elles. ces 1. terre de Saturne ».L'ÉPOQUE DES PRÉTRES-ROIS. religieux ou autres qu'on a pu constater dans le monde occidental à la première époque indo- européenne. celles de l'Irlande. A l'est du Rhin. les tribus indo-européennes allèrent à l'isolement. 95 aucun gouvernement ne prenait intérêt à sa conservation la '. l'être qui devait devenir la Gaule et la France se montra enfin sous la forme d'une personnalité religieuse et politique. et se laissèrent peu à peu assauvagir par les forêts et les marécages qui les enserraient. d'autres étaient venues. et ce fut sous la domination du robuste peuple du Tibre et des Apennins. de plus récentes avaient fixé les lois fondamentales de cette vie. Voici maintenant que tout jamais accord fraternel. moraux de l'entente des hommes. archéologiques. dans le rayonnement de ses vallées et à l'ombre de ses montagnes familières. était fait vers \ l'avènement de notre patrie. prit et garda. à vivre chacune pour soi. Elle avait contre elle le jeu des forces géographiques. bien enfermée dans le cadre providentiel de ses : mers. s'y rapprochent pour un pour une communauté nationale. ou perdit et reprit une certaine homogénéité. Un lien religieux assez étroit continua à grouper ensemble les tribus de la GrandeBretagne. les Ombriens. telle terre. les populations furent chaque jour plus indifférentes à leurs voisines du couchant.

en réunissant les tronçons de la Gaule chrétienne. Chaque année. contribuera à parfaire l'unité de la Gaule. c'était assemblée nationale. qu'on appelait les Druides. ce n'était que concile et cénacle en réalité. les prêtres des tribus. en cherchant pour elle des capitales. Lyon ou Trêves. elles esquissent parfois de la De même mérite de réparer un instant nouvelles patries hommes car. à des jours lieu consacré solennels. manière encore. sur la Loire. imposant à nouveau la même langue et les mêmes dieux. Si dangereuses que soient ces grandes formations impériales pour le repos et la santé du monde. Ce lieu de rencontre avait été expressément accepté parce qu'on le disait au centre de la contrée habitée par toutes les tribus de même sang. La conquête indo-européenne avait évidemment préparé ce jour où une nation devait se fonder en France. elles ne font pourtant pas que le mal. et ce lieu était. l'Empire carolingien a eu le le mal fait par les épigones de Dagobert. comme je l'ai déjà indiqué.96 DE LA GAULE A LA FRANCE. parler. Pour avoir ainsi cherché et choisi ce centre. fait elle avait rendu les routes plus fréquentées accessibles. se réunissaient en un pour y tenir leurs assises. L'unité gauloise (je me sers de ce mot de Gaule par anticipation) était essentiellement d'ordre religieux. Elle avait obligé les familles de ce pays à se connaître et à se comprendre. en De lui même manière. les obtiennent toujours un bénéfice à se serrer plus : près les uns des autres. l'Empire romain. même groupés pat la violence. mille ans plus tard. elle et les lointains plus avait. en lui rappelant sans cesse ses vraies frontières. près de la forêt d'Orléans. lui aussi. il fallait donc que l'on eût l'idée d'une de prêtres et . les montagnes et le Rhin. pour la ainsi que la contrée tout entière sentît et respirât d'un souffle plus régulier et plus général. image symbole de patrie. En : apparence.

3. Je répète que je ne les me sers de cette expression de ligure que celtique. qu'ils installeront un puissant monastère et leurs plus célèbres écoles car là. Mandeure au pied du Jura. n. indiquant la valeur rituelle et frontière aux époques les plus anciennes. les Deux mille ans plus tard. ce est-il possible : car les prêtres et les fidèles d'alors aimaient plus encore les que nous les les lignes tracées. J'incline à accepter l'hypothèse de Soyer sur l'emplacement de « l'ombilic » gaulois. la capitale. hommes de Rhin. Voyez p. '. limites dans le droit fécial primitif. foyer et capitale. Voyez l'importance des Et je pourrais citer bien des faits cultuelle d'une ligne 2. 4. domine. vaut plus que les murailles. diront-ils. lorsque moines bénédictins voudront refaire l'unité intellectuelle et morale de cette Gaule devenue chrétienne. pour désigner JfLLus. près de la fontaine Saint-Sébastien {Bullelin de la Section de Géographie. plus que les frontières. et. qui sera le plus révéré des lieux gaulois au voisinage du Rhin. résidence il d'une famille sociale. 7 . Regardez les lieux extrêmes de la Gaule ligure* l'île de \Yalcheren avec son sanctuaire cher aux marins de la mer du Nord. 229. future station d'Hercule. temps antérieurs à l'Empire la — De Gaule à la Franco. 3. l'île attirante de Sein aux neuf prophétesses. Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire. à. Il était admirablement placé pour commander à tout ce qui sera la Gaule. c'est de lui marquer un centre. Aquitaine et Bourgogne'. en tant que demeure de tribus parentes. c'est au même endroit. le : : 1.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. p. contours précis et visibles. pour une nation. 16). On eut alors pour centre. de lui imposer un cœur qui le foyer. plus au sud. fallait qu'on eût la notion de son étendue et l'indication de les le ses limites. autour duquel s'unissent terres et forces vives. on touche à la fois à France. 1920. pour doter une nation d'un domicile certain. à Fleury-sur-Loire. le sanctuaire de la Loire ^. pour une famille. le rocher de Monaco. contrée. : enceintes consacrées Il n'importe d'ailleurs le principe souverain. Je ne dis pas que cette contrée correspondît exactement à la France. les Encore cela que temps lui aient assigné pour frontières deux mers et les deux chaînes de montagnes. pour définir une région.

Je pourrais ajouter les nombres rigoureusement exacts. le fleuve médian de la France? Toujours est-il que là où était le centre du pays. L'îlot de Santa-Clara à SaintSébastien? 2. Je disais tout à l'heure que la religion aimait les lignes précises^ : mais elle aimait également les images concrètes qui dessinent la pensée. les solennels rassem- 1. D'après Aviénus. voyez les dénombrements primitifs. et qui les a conduits exactement à la moitié du cours de la Loire. de telles idées conviennent à ces générations anciennes. L'esprit laïque. Mais c'est précisément pour cela que de tels mots. la terre et la vie L'adaptation est maintenant absolue entre la vie de de la société. ce n'était pas seulement la terre universelle à laquelle elles donnaient le baiser de dévotion. occupés par des enceintes sacrées. si elles se tenaient en ce saint des saints pour sentir palpiter son cœur. cap Cerbère qui abrite le port de Vénus. de méta- tifiques ont phores et de figures. c'était la terre propre de leur nation. depuis la Genèse jusqu'à Samuel. vers 164-172. Si ces pieuses réunions avaient pour objet de culte la Terre-Mère. le cap du Figuier aux abords de l'île enchantée de Saturne \ tous ces angles naturels de la Gaule. les habitudes scienpeu à peu chassé cette allure magique que l'homme imprimait à terre sa vie. Elles vivaient.98 DE LA GAULE A LA FRANCE. l'histoire de sa conquête. la mère même de leur société. Si nous voulons nous rendre compte de la manière dont ces fondateurs de la Gaule se représentaient leur nation et sa terre. relisons l'Ancien Testament. d'images et de symboles. les tribus associées qui s'arrêtent. la description de la Terre Promise. Les hommes de ce temps ont-ils donc mesuré les étapes sur les routes pour arriver au milieu même de leur réseau? ou est-ce le hasard qui les y a conduits. sont à égale distance de « l'ombilic » divin de la Loire. là s'assemblaient ses prêtres. On dira que ce sont là symboles et images. . l'unissant à la vie de la par des paroles mystérieuses et d'émouvantes for- mules. bien plus que les nôtres.

2. en état de pureté rituelle. ils obéissaient au même désir. si l'on veut établir une concordance plus exacte. comme s'il était une seule famille^. telle que Gergo\ie ou Bibracte. 1915. 99 blements de leurs hommes autour de « la pierre de témoignage » *. .L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. ch. Esdras. 3. s'y assembler reste. Sion ou Jérusalem rappelle plutôt une capitale militaire de la Gaule celtique. sur les ombilics des pays celtiques. membres d'une un peuple qui s'identifie avec son Dieu. pour l'ombilic druidique. les centres religieux principaux au temps des Juges. groupés sur le giron de la terre maternelle. et monte aux pour jours de fête vers la ville sacrée sa capitale. en particulier Samuel. nous observons des épisodes de vie collective qui nous rappellent les prêtres de la Gaule. serait avec Silo ou Mitspa. Que l'on n'objecte pas que ces conquérants de Chanaan étaient des Sémites. renforcer la fraternité natio- 1. Au même chez les tribus arriérées de l'Australie. 193 et s'. . et que nous n'avons parlé que d'Indo-Européens. Les divergences entre les hommes ou que les entre les sociétés humaines sont moins si fortes ressemblances. Il me paraît certain que « l'ombilic » de la Gaule était représenté par une pierre. et les Juges. Revue des Études anciennes. En réalité. pour prendre un sentiment plus fort de ses attaches et de ses intérêts. qui place son foyer au temple de ce Dieu. l'analogie véritable. et aujourd'hui encore la lecture de l'Ancien c'est Testament réussit à nous passionner. 3. Loth. Lorsque les hommes d'un clan. se rendent autour de la pierre mystique qui est l'emblème de leur vie sociale et qu'ils accomplissent les gestes et les actes solennels. Les Druides ne faisaient pas autrement dans leur enceinte divine. c'est une sorte de renaissance de sa conscience collective. et le repos accordé enfin à l'arche dans la colline sainte de Sion ^. la solidarité fraternelle qu'à chaque instant nous entendons l'écho de nos pensées des ou de nos traditions nation. tels que je me les figure au temps primitif. cf. Finistère). § 1. p. ne sont pas loin de ressembler aux Druides. analogue à celles de Delphes ou d'Irlande ou à la pierre de Kermaria (dans Pont-L'Abbé. c'est pour vivifier à nouveau leur société.

sur qui l'on rejetait toutes les fautes et toutes les tares de la société. on pensait effacer ces tares et expier ces fautes. la religion sociale s'est abêtie dans les rites magiques d'un clan atrophié. Essai historique sur le sacrifice (1920. conscience de conscrences » ^ Seulement. 033. comme un nouveau un nouveau traité de sauvegarde qu'elle contractait avec ses dieux. J'emprunte expressions et renseignements au célèbre ouvrage de Durkheim. : Les prêtres. de force et de pureté. 2. Par le meurtre rituel de quelques hommes émissaires. Alcan). ils tranchaient des litiges.100 DE LA GAULE A LA FRANCE. leurs même les langue. qu'ils avaient une ascendance commune. un réveil de la solidarité publique. rajeunir et réconforter cette société : c'était pour elle bail de vie. communauté de sang les et cette fraternité d'alliance. on unissait dans ce renouveau toutes les tribus associées ces sacrifices d'expiation et de purification devenaient aussi des actes de communion et d'alliance. on englobait. des relations commerciales existaient entre leurs coutumes étaient pareilles. en particulier p. on confondait. ils adoraient mêmes Cette les dieux. un resserrement du lien fédéral. Paris. nale. Druides les renouvelaient dans les journées des assises par plus efficaces et les plus solennels des sacrifices. . Ce n'était pas en effet un groupement artificiel auquel présidaient les rites druidiques. purifier. à côté de leur rôle religieux. qui étaient des victimes humaines -. Nourry). et peut-être se souvenaient-ils. en Australie. Voyez maintenant Loisv. tandis qu'en Gaule elle s'épanouissait dans l'image éternelle d'une grande nation. exerçaient de très importantes fonctions de juges : ils punissaient des coupables. « la conscience collective. Paris. Les prêtres et les dévots qui se rendaient aux bords de la Loire parlaient la tribus. car l'esprit de la 1. Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912. Par là même. ainsi que les Juifs à Jérusalem.

consolidaient encore ces attaches nationales qui s'étaient renouées dans le sang de leurs Il sacrifices. verdure immuable au milieu de la forêt dépouillée. Les prêtres. Les dieux qu'on avait adorés aux heures saintes demeu1. des titres. prêt à disparaître vers le sud. Il est possible que son autorité fût purement nominale mais ce n'en était pas moins une souveraineté magnifique. au moment où la terre reçoit les semences nouvelles. et elle répondait à un idéal qu'on peut supposer en leurs âmes. s'arrête et revient pour recommencer sa course. pleines terre dans toute sa maternité. n'a rien vu de comparable. « le roi des sacrifices des ». des pratiques génécontinuaient la loi de l'alliance. au solstice de juin. L'un d'eux était regardé comme le premier et le chef de tous. une gloire quasi divine. Puis. des noms donnaient une sanction permanente à l'unité. au moment où fêtes. été. avaient intérêt à rappeler sans cesse cette loi car elle faisait en partie leur puissance. des institutions.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. qu'avait lieu la cueillette du gui. J'imagine aussi d'espérances en l'éternité de la vie. et peut-être est-ce en ces fêtes de décembre. avaient lieu en hiver. Il y avait une hiérarchie dans ce clergé. est vrai que ces fêtes J'imagine qu'elles avaient lieu en ne duraient que quelques instants. Je m'inspire pour cette expression de l'Ancien Testament. 10. etc. Juges. que rales : : d'être pour des millions d'hommes occidental. 18-19. le soleil apparaît dans toute sa gloire et la que d'autres moins sanglantes et plus paisibles. le prêtre des prêtres. 3. Le monde jusqu'au temps empereurs romains. Ces Druides n'étaient pas égaux entre eux. . Par la suppression des préils à batailles ou à querelles. sagesse divine textes ' 101 était en eux. Mais dans l'intervalle de ces fêtes. 2. au solstice de décembre. rentrés chacun en sa tribu. et où le soleil. le juge des juges.

que ne peux m'empêcher de le voir présider. en admettant qu'il l'ait jamais été? Disait-on simplement «la Teutatès? nation ». a une telle allure de Génie de peuple. l'astreignant au travail et par son je à la paix. ne sont peut-être que de nouveaux venus. avait fondé la nation dont il portait le nom. tonnerre. sur la Loire. qu'une place importante ait été faite un jour. 1. d'Esprit social. c'est fort probable. ouvrant des routes et des marchés. ou. nombre et noms de dieux nous que inté- ressent moins. à Bélénus le Soleil. que le fait même des prières communes et celui de l'enceinte où tant d'hommes sont assemblés. Enfin. — — acceptés par les prêtres à la suite de révolutions politiques ou sociales. une dernière question se pose à propos de cette assemblée. mais Certains indices m'ont parfois rendu l'iiypotlièse fort tentante. Ésus. des mots de Gaule et de Gaulois '. — Je ne pense pas qu'on puisse supposer l'existence. le dieu des champs et des batailles. Terre et peut-être aussi son époux. père et éducateur du peuple. Ceux que nous trouverons bientôt sur les Taran. dès ce temps-là. aux assises religieuses de ses tribus associées. dieu d'alliance disait il : son fils nom de la national on de lui que. dieux adoptifs. nous ne pouvons encore les distinguer. . lui révélant l'industrie et les arts. il y a encore bien des motifs pour l'écarter. le dieu du ciel et du bords sacrés de la Loire. auprès d'eux. J'ai peine cependant à croire que Teutatès n'ait point déjà existé signifie le dieu « comme ». dans ces enceintes de prières. le dieu souverain. Quel nom lui donnait-on? et quel nom ' ' donnait-on à la terre qui la renfermait? Le nom de Ligures était-il toujours celui de ces populations. comme on disait le dieu « national )>. nom et son histoire. plutôt. Nous vou- drions les connaître exactement. Qu'à côté ou même au-dessus de lui on ait adoré la Terre.102 DE LA GAULE A LA FRANCE. d'empereur et de législateur. de la société fédérale qu'elle représentait. Ce Teutatès. mère du dieu et de la nation. qu'il l'avait ensuite disciplinée. raient les dieux communs de toutes les tribus. Au reste. Tentâtes.

L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS.
Je ne
ce
dois

103

pas parler de Celtes, car

les

hommes de
j
I

nom

habitaient encore au delà du Rhin.

Ainsi, l'histoire ancienne de la Gaule s'inaugure dans
l'unité; et cette unité résulte
la région naturelle qu'est la

de l'accord profond entre' France et la société humaine

qui s'y est établie.
Pareil fait étonne ceux des historiens ou des sociologues
la pensée demeure dominée soit par le morcellement du monde antique en cités rivales, soit par l'émiettement

dont

actuel des populations sauvages en tribus qui s'ignorent;
et
ils

se refusent à reconnaître cette loi

du passé, que

l'his-

toire générale de l'Europe (pour

ne parler que de l'Eu-

rope) a

commencé sous les auspices de vastes fraternités humaines. Car ce que je dis de la Gaule, je pourrais le répéter d'autres régions de notre monde. A l'arrière des destinées

du Latium et des douze acropoles de l'Étrurie, il y eut, je crois, l'unité de « la Terre de Saturne », dont les mythes nous ont conservé le souvenir, et que l'archéologie reconstituera un jour. Avant de se décomposer en ligues ou en royaumes, la Grèce a connu le prestige d'une large société religieuse, qui lui a imposé la communauté de langue et de mythes et qui lui a laissé le regret éternel de l'accord disparu. Ce régime des cités antiques que nous voyons au temps de Thémistocle ou de Cincinnatus, ce n'est pas une société qui commence et se forme, c'est une société qui se disloque et finit. Ou, plutôt, si c'est le point de départ d'une civilisation nouvelle, d'un Hellénisme universel ou de l'Italie romaine, c'est en même temps la décomposition, qui se continue et s'achève, de l'Italie de Saturne ou de l'Hellénisme des fils de Dodone. Ainsi va le monde, ainsi se fait l'histoire, qu'une ancienne unité s'efface quand une nouvelle unité se prépare. En France, au dixième siècle,
classiques de l'Italie, des trente villes

104

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

\ on observera

prodromes d'une grande nation, qui
de cela,
le

est

déchirement féodal /sera le dernier terme de la rupture de l'Empire romain. Mais le grand mérite de la France, la loi providentielle
la nôtre; et à côté
les

devenue f

de ses destinées, et cela apparut dès l'origine, c'est que forces d'unité l'emportèrent toujours rapidement sur

les forces

diale,

ou

la conscience

de dispersion. Le souvenir de l'unité primorou l'instinct de l'unité nécessaire,

ne se perdirent jamais. L'idée d'une amitié collective, d'une union sacrée planera toujours au-dessus des divisions les plus fortes. Ce ne fut pas l'épisode symbolique d'un jour, compris de quelques initiés et oublié après eux, que ce rassemblement des prêtres de toutes les tribus aux abords de la Loire, au centre de la terre gauloise ce fut le premier signe d'une histoire qui ne finira plus. L'émotion ressentie en ces solennités druidiques ne disparaîtra pas. Elle pourra s'affaiblir pour longtemps, les masses pourront l'ignorer elle renaîtra sans cesse, quelle que soit la forme que lui donneront de nouvelles générations. Il y aura toujours des âmes d'élite qui conserveront l'espérance d'une grande patrie; et cela devait suffire pour
: :

assurer l'éternité à l'idée souveraine.

Si
les

grande et

si

sainte

que parût cette unité de

la Gaule,

hommes

qui la maintenaient ne se résignaient point
ils

à n'en pas sortir;

n'avaient pas perdu la tradition ou

le désir d'une unité plus grande et plus sainte encore.

Les liens étaient rompus avec les gens de l'Italie, et sans doute aussi, sauf quelques navigations commerciales vers Heligoland ou les marchés de l'ambre, les liens avec les parents plus lointains. La famille indo-européenne vivait de plus en plus en sociétés qui s'ignorent, chacune se transformant à part, les unes pour se civiliser, les autres pour dépérir. Mais le sentiment de la parenté et de l'alliance demeurait encore très vif, chez les prêtres de la Gaule,

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-BOIS.
à
l'endroit

105

de

leurs

voisins

des

Iles

Britanniques.

marine armoricaine, les échanges de trafic étaient fort intenses entre les deux rives de la Manche et du Détroit. On commençait à recourir, pour le bronze, à l'étain de Cornouailles. La mer servait de route, et non pas de frontière. Sur les côtés opposés, c'était la même
Grâce à
la

civihsation, l'ardeur à bâtir des mégalithes ', le goût d'une certaine céramique- et sans aucun doute de très étroites affmités de langage. Les prêtres des deux îles s'appelaient des Druides, comme les nôtres; et ils se réunis-

saient

eux aussi en des lieux consacrés, au centre de leurs
les

tribus ^

Entre

Druides de Gaule et
relations

les

Druides de Grandeet

Bretagne,

les

étaient profondes

continues.
l'île

Ceux du continent avaient même pour ceux de
respect particulier.
Ils

un

traitaient leurs voisins en maîtres

ou en initiateurs
«

:

c'était en Bretagne, disaient-ils,

que leur

discipline

»

avait été découverte, c'est-à-dire qu'avaient

été réglés les rites de leur culte, ou leur code de morale, ou leurs méthodes d'enseignement. Il serait possible que le Druidisme breton ait vu se lever autrefois un législateur célèbre, dont les leçons auraient pénétré en Gaule, dont la tradition, soigneusement recueillie, se serait conservée intacte dans les sanctuaires de l'île. Pour la connaître dans toute sa pureté, prêtres et néophytes d'ici n'hésitaient pas à passer le Détroit et à se mettre à l'école de leurs
voisins, dépositaires de la loi sacrée.

L'histoire religieuse et intellectuelle de la France est coutumière de ces hommages rendus aux Iles Britan-

1

niques. Ces néophytes gaulois qui traversent la
L'Irlande

mer pour

1.

est,

comme

et

l'Angleterre possède quelques-uns ques les plus puissants du monde.

notre Armorique, fort riche en dolmens; des monuments mégalithi-

2. Je m'en tiens aux recherches de Loth sur les vases à quatre anses (Revue des Études anciennes, 1908, p. 175 et s.). Le caractère armoricain de ces vases a été combattu par Déchelette, Manuel, t. II, p. 377. 3. Surtout l'île d'Anglesey

106

DE LA GAULE A LA FRANCE.

puiser aux sources vraies de la tradition druidique, annon-

cent ces dévots du cloître ou ces fervents de l'école qui,

au temps de Brunehaut ou de Charlemagne, appelèrent, pour régénérer la France ou pour l'instruire, l'Irlandais Colomban ou Alcuin le Breton. Des deux côtés du Détroit se transmettait l'habitude d'une alliance morale qui pouvait préparer un meilleur avenir aux terres occidentales de l'Europe.

Cette civilisation druidique excluait tout ce qui, depuis
la

conquête romaine,

fait partie

intégrante de notre vie

ordinaire.

Et c'est pourquoi ce mot de civilisation fait sourire, quand on le voit appliqué aux prêtres et aux éducateurs de ces temps reculés.
Ils
ils le

ignoraient l'écriture, ou,

s'ils

en connaissaient l'usage,

condamnaient. Entre le dieu et le fidèle pour le sacrement ou la prière, entre le chef et le citoyen pour l'ordre et l'obéissance, du maître à l'élève pour la science, de
la

l'homme à l'homme pour
suffisait; et,

promesse ou
la

l'amitié, la parole

mémoire des faits accomplis, elle suffisait encore. C'était évidemment priver les hommes de la sécurité et des joies que donne l'écriture, témoin infaillible du mot prononcé, écho fidèle des choses disparues. Pourtant, ne croire qu'en la parole, lui attribuer une
pour conserver
valeur solennelle et magique, faire qu'un

mot

lie

à jamais

une volonté plus que ne le ferait un signe sur le bronze, tracer pour toujours dans l'âme invisible l'empreinte des
âges passés et des ancêtres partis, incorporer par là à
l'esprit,

de façon indélébile, la croyance et la tradition,

fortifier ainsi

deux des

facultés maîtresses de l'homme,

la

cela avait une grandeur une beauté que nous ne devons point méconnaître. Nous voyons bien, aux services que nous rend l'écriture, le désastre que serait pour nous d'en être dépouillés; nous ne voyons pas assez les faiblesses intellectuelles et morales qu'a amenées sa divulgation.
et la religion
:

mémoire

du mot

et

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS.

107

Les Druides interdisaient d'imaginer la figure des dieux le doute de reproduire la figure des hommes monde était prive de ces merveilles que sont pour le regard les images divines, de ces joies que sont pour les survivants les images des êtres perdus. Mais cela n'empêchait pas
et sans
:

force

de songer au mort, de revoir nettement ses traits par la du souvenir, et de l'aimer encore de l'esprit et des

yeux; et la divinité ne pouvait que gagner en splendeur et en pureté, de ne point être représentée par des lignes matérielles.

L'usage n'était point venu de
bâtir des édifices.
terre
:

tailler la pierre et

d'en

Un

dieu n'avait point sa demeure sur la

l'endroit consacré

l'on priait et sacrifiait était

un

lieu

d'assemblée pour

les fidèles, et

non pas un

lieu

de

résidence pour la divinité. C'était en bois qu'étaient les

demeures des hommes. Seules, les enceintes sacrées des villes et les tombes des morts avaient droit à la pierre mais c'était pierre brute que le métal n'avait point polie.

:

Et

cette

tradition

continuait tout à la fois le respect

ancestral pour la pierre et l'inquiétude religieuse qu'a
éveiller l'emploi

pu

de ce métal.

telles prescriptions supprimaient beaucoup d'art beaucoup de science; mais la vie morale n'en prenait pas une fâcheuse allure. Nous avons été tellement éduqués par l'art et par l'écriture, que nous ne comprenons plus l'existence sans eux, que nous traitons de sauvages ou de barbares les siècles ou les peuplades qui en sont dépourvues. En réalité, il peut exister des civilisations qui ne les con-

De

et

naissent point, j'entends des sociétés hostiles à la lettre
et à l'image
le travail,
l'esprit

moulées qui pourtant enseignent

la

bonté et

qui honorent la justice et la vérité, qui cultivent
libre

de l'homme, où la réflexion et l'imagination se
carrière.

donnent

Des poésies admirables peuvent

n'avoir jamais été écrites et se transmettre de bouche en

1.

La valeur

religieuse des murailles doit

remonter aux temps

primitifs.

les codes de morale n'ont pas été mieux observés. bouche. A la décharge des temps druidiques. Israël n'y a pas été étranger. On ne considérait la mort que comme un passage à une autre vie. Ces prodigieux inventeurs qu'ont été les hommes du silex et de la hache ignoraient le calcul écrit. le jeu de la poutre et de la paille n'est pas de mise pour l'historien. Pour avoir été gravés sur des tables de bronze ou de marbre. il : Européen de toute sa vertu. On les ne fera pas un crime ou une aux Druides longtemps que et Grecs ou Italiotes. il Je suis de plus en plus persuadé que la civilisation et peut-être la langue du Nord-Ouest sont demeurées les moins éloignées de l'indo-européanisme primitif. Rome. L'Indol'origine réservait à la parole toute sa force. il faut rappeler que la mort n'éveillait pas alors les mêmes désespoirs. je reconnais qu'il en restait de les sacrifices humains. Athènes et Carthage les ont connus. Il irait habiter au loin. lettre et l'image laissait à il l'Égyptien ou au Sémite la n'en valait ni plus ni moins d'être demeurés. plus fidèles comme intelligence et faiblesse les lois comme cœur. Les sacrifices humains ont été de tous les peuples et de tous les temps. religieuses ou juridiques de l'Empire romain. La religion a singulièrement perdu à devenir une forme de l'art. par exemple Mais en cela encore. Le tombeau était pour le défunt une station d'attente ou de voyage à la veille de l'installation dans un second domicile. et certaines pratiques populaires. aux habitudes aux des aïeux ^ Parmi ces habitudes. au delà des mers. de l'Europe chrétienne et du monde moderne montrent avec quelle lenteur^ l'homme se déshabitue du rite de meurtre.108 DE LA GAULE A LA FRANCE. 1. Le dogme de l'immortalité humaine avait de plus en plus pénétré dans les cœurs. même . les mêmes angoisses que de nos jours. ne faut pas se payer de mots ou se nourrir de préjugés. en ces parages inconnus vers lesquels semblaient terribles et cruelles.

c'est parce que l'Océan les attirait. c'était ne point les séparer de celui qu'ils devaient servir après la tombe. et surtout sur les caps et de l'Armorique. Le mort n'était pas un être aboli.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. reste immuable. un affaissement du . dont l'un serait recouvert même à marée basse cf. polymathique du Morbihan pour l'année 1882. Ce prestige de la mort. au voisinage de la mer. sur les paysages de France. c'était le On se suicidait avec la même spontanéité qu'on sacrifiait un homme. sol. en si grand nombre. les appelait. Et « les alignements » de Carnac sont un immense champ des morts. il devenait un Esprit puissant et mystérieux. Ces piliers rappellent des êtres disparus. qui gardait à demi sa place parmi les vivants. . L'amour de Dieu a bâti nos cathédrales au centre de nos cités. que la marée haute recouvre leurs pierres '. menhirs tertres et à la religion funértiire. Immoler un homme. Il s'en trouve parfois de si proches des vagues. Je songe aux cromlechs de l'îlot d'Er-Lanic. J'ai peine à croire que la chose soit due à. et cromlechs appartiennent bien Car dolmens. comme si le défunt 1. de la Soc. cette apothéose du défunt. Bull. brûler des serviteurs sur le corps de leur maître. l'idéal a travaillé la matière. la fureur de la gladiature a bâti les amphithéâtres aux faubourgs de nos villes. Car l'idée dominante de toute génération laissera chez nous ses vestiges et ses témoins. Si ces morts sont là. et la matière. de Closmadeuc. en vue de l'Océan. se sont exprimés par des empreintes ineffaçables sur l'aspect de notre sol. Des corps ont reposé sous ces dans ces chambres de pierre. la gloire des morts a dressé les menhirs et les dolmens sur les les collines plateaux de nos campagnes. se porter les 109 caps de l'Armorique. même façonnée. et peut-être la pierre debout était-elle le simulacre de l'homme qui avait vécu. rapprocher de sa demeure définitive. à la place où on a déposé leurs restes ou sacrifié en leur nom. à l'entrée du Morbihan.

mais on y voyait aussi celles de chefs ou de prêtres illustres amenés du reste de la Gaule. fais allusion à la poésie de Claudien {In Rufinum.) . l. dira-t-on plus tard. un être amphibie. Oceani prœtenlus aquis. était venu en les Armorique pour rappeler tenir. ou qui projette au loin ses promontoires pour se laisser embrasser par elle. 123 et Est locus. mais comme un concile. ombres qu'il voulait entre- par son évocation. je me représente l'organisme druidique. c'était le rendez-vous des morts de la Gaule. garants de l'unité nationale. non pas comme un monastère. Voilà. que ces désirs suprêmes convergeant vers les mêmes rivages. étaient en les représentants de petites sociétés locales ^ faut maintenant descendre dans ces sociétés. et.110 DE LA GAULE A LA FRANCE. la rive universelle des trépassés. Je suppose que ces morts s'embarquaient là pour la résidence lointaine de leur nouvelle vie : Ulysse. L'Armorique est une capitale de tombes. il leur fit refaire la route qu'elles avaient suivie en partant K C'était. non pas comme une société de prêtres \ivant ensemble. etc. ubi ferlur Ulixes. En d'autres termes. que ces rivages et ces tombes enveloppant le sol des vivants. et voir les forces de dispersion après les énergies de rassemblement. autrefois habitant de la terre et était ensuite emporté par le flot. outre les assemblées des vivants au centre de la Loire. que ces routes sillonnées par des morts. mais comme une assemblée périodique de prêtres ayant cliacun son ressort. La baie des Trépassés? 2. même temps Il Ces Druides. Je : suiv. voilà un nouveau principe d'unité pour notre terre. Car beaucoup de ces morts n'étaient pas du pays. outre les lois communes données par les prêtres. On voyait là les sépultures de ces marins armoricains dont la pensée nous revient à chaque époque de notre histoire. 1. cette Armorique qui s'entr'ouvre sans cesse pour recevoir la mer et l'étreindre. extremum pandit qiia Gallia litus. Je reconnais d'ailleurs les objections que l'on peut faire à ce système.

du mamelon qui porte la ville de Senlis. tout ainsi que ' la nation. aux mêmes places. ses blés et ses lins. et. l'histoire le fleuve les marais et les landes qui le rétré- Trois millénaires et peut-être davantage pour de ces pays de France. des terres de culture qu'avoisinaient villages et refuges. torrent et l'Auxois dominant cissent. son : les deux rives de son groupé autour de sa coHine sainte d'Alésia. une tribu agricole qui. elle aussi. Voyez. . avait ses hameaux. aux extrémités. qui désigna primitivement un groupe humain. Chacune d'elles possédait. ces champs qui s'étalent auprès. ce qui se présenta longtemps encore. à l'entour. enserré par les pinèdes autour du bassin d'Arcaforteresses. et le dévot pays de Montbéliard dans le rayonnement du lieu sacré de Mandeure. 2. les 111 L'unité sociale est la tribu. et la Maurienne allongée sur -. vivait indissolublement unie à une étendue tribu et pays ne faisaient qu'un. a donné naissance à notre mot de « pays ». Ce DES PRÊTRES-ROIS. qui désigne un terroir de France. déterminée du sol Un demi-millier de tribus se partageaient les terres de : France. ses marché central. des : forêts qui les bordaient et où passait ses la frontière la forêt avait d'ailleurs. avait lié partie définitive avec la terre.U ÉPOQUE pagus. et le Perthois de Champagne aux riches cultures. ces villages disséminés au milieu d'eux. nos vieux « pays » sont les héritiers directs des tribus ligures et le pays de Buch. un marché sacré. et leBlayais girondin. au centre de son domaine. Des caps de l'Armorique aux sommets des Alpes. lieu de foire et de prières tout ensemble. que Latins appelleront mot de pagus. à leur voisinage. les territoires des collines droites comme des sentinelles : là habitait et travaillait. trois mille ans en arrière de nous. domaines existent toujours et forment pays » de France. Sauf les cas. ces bois qui ferment l'horizon. Peut-être divisée en deux pagi. c'est une des beautés de 1. C'est qu'en efïet chaque tribu. qui oublie en chon. de migrations intérieures. ces hautes ces « hameaux et La plupart de ses lieux forts. bien entendu.

comme pour juives des fils de Jacob. Ces Druides que nous avons vus siéger aux bords de la Loire doivent être des rois déchus. ceux du Perthois en agriculteurs. les dieux des sources et des collines. soit de l'ancêtre. soit de quelque particularité gens de Senlis. voilà une des causes les plus profondes de notre solidité comme nation. Leurs dieux étaient. Les chefs étaient les anciens et les principaux des villages. Mais il une seule et même autorité. ceux de en éleveurs : la Maurienne les car la raison d'être de ces sociétés fut et resta l'exploitation du sol. à la base de notre vie commune. ses dieux et ses chefs. pareil au père de famille en sa maison. il aussi déjà dans le détail l'image des terroirs qui s'unissent en cette unité. L'existence. offre notre destin que. qui avait inauguré sa les tribus vie. et eut un roi à côté de pour exercer les fonctions civiles et militaires. ayant son nom. au-dessus desquels étaient le roi et le prêtre de toute la tribu. qui faisait vivre les gens de Buch en pêcheurs et résiniers. Je distingue l'un de l'autre le roi et le Druide. réel ou supposé. outre divinités générales. s'appelant les Silvanectes à cause de la forêt qui les enlace. les corbeau ou gui. en Gaule ainsi que dans tout le monde européen. de ces sociétés rurales. qui se confondait souvent avec la déité de la colline la plus haute ou de la fontaine la plus abondante. Les coutumes du pays dépendaient surtout de la nature du terroir. ses coutumes. soit de l'animal ou de la plante qui lui servait d'arme parlante. et l'Esprit ou le Génie de la tribu. il fut relégué il comme prêtre dans les fonctions lui religieuses. présentant déjà à son origine l'image de l'unité. de son sol. est probable qu'ils ont été à l'origine était en sa tribu chef et prêtre à la fois. . Le chef originel. Son nom était tiré. sanglier. par exemple. Chacun de ces pays formait un petit État.112 DE LA GAULE A LA FRANCE. leur persistance à travers les âges. Dans la suite des temps.

à la fin du repas. Il suffit. la vierge figure choisirait son époux. Son père admira son geste comme un prodige suscité par les dieux. Mais. Les Origines magiques de la royauté. Loyson (iy20. 8 . ils se montrent en chefs de grandes maisons. dernier témoin de l'antique royaume figure où s'installèrent les Phocéens -. il donnait un festin pour les fiançailles de sa fille. pour retrouver ce royaume. trad. 11 ou fils de rois des environs. Y 2. Ils vivent sur leurs terres en maîtres de métairies plus qu'en despotes de palais. C'était le chef de la tribu qui. de regarder celui qui accueOlit à Marseille les Grecs de Phocée et de le comparer aux rois hellènes des temps homériques. à l'horizon de Marseille. supérieure à la force l'infini. il les invita au banquet. dédaignant ceux de sa race. vous retrouverez chez leurs rois la même allure Agamemnon ou Ulysse sont également les chefs de petits domaines. cents rois de tribus. les chefs y avait ou fils de chefs de villages. accueillant pour les * hôtes ainsi que l'ordonnait la là les rois loi de ses ancêtres. au dessus des cinq une et sainte. entre lesquels. simples et généreux ^ : compris celle du Jarret son affluent.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. Ithaque et les îles ses sujettes ne renferment guère plus d'hommes et de cnanips que l'arrondissement de Marseille. il faut supprimer de l'arrondissemenL le terroir de Ce>Teste et La Ciotat. Le jour où les Grecs arrivèrent. occupait la fertile vallée de l'Huveaune et les montagnes boisées qui l'environnent. — De la Gauio à la France. 1. JcLLiAN. la force morale. elle tendit à l'un des Grecs la coupe du mariage. pour la reconstituer. 113 — 11 n'empêche que leur assemblée. Je crois cependant que. sans nul doute. représente l'autorité universelle. ils engagent de nombreux hôtes à leurs banquets et ils savent nourrir les mendiants. Quand il apprit la venue des étrangers. Lisez l' Iliade et l'Odyssée patriarcale. en pères de famille riches. Geutimer). Paris. maté- démembrée à La physionomie de ces roitelets est peut-être ce que nous connaissons le mieux dans cette très ancienne Gaule. 3. Voyez maintenant le livre de Frazer. et il accorda au Phocéen la fille de son sang et une portion de sa terre. rielle.

Je citerai quelques-unes de ces provinces. Une Gaule. Un désir naturel de large sociabilité. Alors. par-dessus « de France. naquit « la province ».114 DE LA GAULE A LA FRANCE. formés du Limousin. l'influence des chemins fluviaux. terres de résistance.Vienne. Corrèze. dont les avec les résulta : ^ plateaux fromentiers et les forêts giboyeuses descendaient également vers le double confluent de la Seine avec l'Oise et la Marne. et il en une société fédérale. Il était impossible à un petit pays de France de vivre dans l'isolement. plus puissants que celle-là. les intérêts du commerce. société de cinq cents rois sous la souverai- neté religieuse d'un concile de Druides et de son grand prêtre. comme un axe d'équilibre et une route de communication. anciennes. moins étendus que celui-ci. pour montrer le pays » les plus ces comment groupes se sont fondés. et d'autres encore Ghifïre supposé pour les trois départements qui ont été 1. la pénétration de longues routes. qui sera plus tard l'Auvergne au milieu et au travers de ce pays s'allongeait. s'entendirent montagnes des Puys. c'était un assemblage trop simple et trop théorique pour résister à l'action du temps et la tribu et le conseil aux passions des d'alliance se sont hommes. s'associèrent pour exploiter ensemble la région parisienne. amenèrent les tribus limitrophes à se confédérer. Trois ou quatre tribus. On eut un État fédéral avec les pays de Saintonge des deux côtés de la Charente. terres de culture. les nécessités militaires imposées par des dangers communs. Tôt ou tard. comment ils répondent à l'appel irrésistible de forces géographiques et d'intérêts humains. Haute. les plus stables. en dehors et peut-être en dépit de l'autorité centrale. Autour de la Vienne se réunirent les douze tribus du Limousin. il devait se rapprocher de ses voisins immédiats. la ligne régulière de l'Allier. Creuse. Les bas pays de la Limagne. Entre interposés peu à peu des organes de tout genre. .

Buch. pour en adopter une autre. C'est le cas des pays de Senlis. Leur caractère initial. « la province ». La province joignit ensemble des pays qui avaient les mêmes intérêts la Charente est une voie d'appel pour tous les terroirs de Saintonge. et. ce qui fit le principe de celle-ci. ces organismes étaient nés pour toujours. ils même origine. d'entente économique unité agricole. le Commencé peut-être mille mouvement s'achevait à peine temps. c'est l'utilisation en commun d'une route. de la convergence de ses rivières.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. ne fut point partout uniforme. en Touraine ou en Orléanais sur les 115 deux rives de la Loire. c'est d'avoir été des sociétés de « le pays » fut une commerce. de Maurienne. surtout dans les régions de forêts et de montagnes '. La force militaire d'un groupe accrut souvent son étendue. la en Anjou autour de l'éventail des rivières de Maine. Par là même. de la disposition de ses vallées. d'un carrefour. caractère. de ici. C'est de la structure de la terre française qu'ils dépendaient. ici la Loire ou là les confluents parisiens. ils garderont une fixité que nulle nation au monde ne présente en ses provinces ^. Ces formations ne se produisirent pas toutes en même ère. ans avant notre dix siècles plus tard. Il retardé ou accéléré suivant les événements politiques. déjà nommés 2. le même ainsi que les pays dont ils étaient formés. c'est l'exploitation en commun d'un terroir de culture. et ils devaient être inva: : 1. Ce sont des forces qu'il faut se garder de diminuer . une unité commerciale. D'autres se séparèrent de l'association qu'elles avaient acceptée d'abord. Mais dans l'ensemble avaient la ils se ressemblèrent tous. Nos organismes provinciaux dépendirent de circonstances diverses et connurent des fluctuations nombreuses. Des tribus préférèrent vivre isolées. une fois constitués. La récente guerre a montré la vitalité extraordinaire de nos anciennes provinces et de leur nom. Ce qui fit le principe de celui-là.

Remarquez y a là contact entre deux zones géologiques. les terrains crétacés de Saintonge. durant les temps celtiques. il existe un Limousin. des ligues plus vastes. Pleine-Selve est en Gironde. surtout le commerce maritime. On quitte le Limousin pour entrer en : Auvergne au les lieu d'Eygurande signifie « et ce mot. Quand vous allez de Saintes à Blayç. Aujourd'hui encore. . limite qui continue celle des deux provinces. cette structure. ces landes qui vous entourent. Leur qu'il . ou de l'Armorique. voilà trois mille ans. ration de pagi évolua en cité et peuple. et cette frontière des celle des Eygiirande esL eu Corrèze. 1905). et ce Pleine-Selve. était la fédé- mais c'est que. et on trouverait bien d'autres cas où nos limites provinciales se conforment à des limites géologiques voyez la belle Carte géologique de la France au millionième (2<= éd. avec sa langue. les fédérations spontanées des pays gaulois.116 DE LA GAULE A LA FRANCE. et le commerce en fut également la cause principale. la plus ancienne des ligues 1. l'eau frontière qui séparait jadis deux provinces gauloises i. nom. C'est à cette cause qu'est due la société des « tribus de la mer ». indiquent et montrent jadis le désert qui limitait -. mais à la limite de la CharenteInférieure. il se forma des sociétés. au village de Pleine-Selve vous sortez de la Saintonge pour descendre dans les pays de Gironde. une Auvergne les limites que tracèrent. deux départements ne fait que continuer deux provinces. en bouleversements administratifs. 3. . mais à la limite du Puy-de-Dôme. parce que c'est actuellement celle qui désigne ces groupements de « pays ». Je me suis servi de l'expression de « province ». au midi la société fédérale des pays santons Ce mouvement de concentration des forces locales ne s'arrêta pas aux unions provinciales ^ Dans certaines régions. 2. un des plus anciens de u notre sol. et il existe souvent ces provinces ont un Berry. une Saintonge. ses traditions et l'ardent amour riables comme dépit des des siens. que nous ne trouverons celui de cioitas : d'ailleurs qu'à l'époque latine. ce « plan de la forêt ».. les terrains tertiaires de la Gironde.

: une large entente groupa fut quelque chose les rivages et les vaisseaux Hanse baltique autour de Visbj'^ et de son île. en dehors de rassemblée des Druides.. 117 qui ont uni ensemble des terres et des mers de France. 3. Loire à celle de la Seine. De même. telles qu'elles sont exposées dans la Géographie de la Gaule romaine de E. 1876-1893. ses gisements d'étain si précieux à l'époque du bronze. 1600-1200). Le centre était le golfe de Morbihan ^. une entreprise de commerce et peut-être aussi de piraterie. 2. l'Empire maritime de Minos le Cretois. si grands qu'aient été les services rendus par cet ouvrage (4 vol. commerçant et flibustier à la hanse du Morbihan ^. En tout cas. A l'autre extrémité du monde européen. II. qui la faisait ressemavancée bler à un immense promontoire. et les gisements similaires de l'Angleterre voisine. 479-484). par exemple le culte de la hache (cf. ce lieu de Locmariaquer a dû jouer un rôle central et faire sacré dans cette ligue de mer. Déchelette. où se dirigeaient ombres des morts. peut-être De l'embouchure de la ce même à celle de l'Escaut. Et bien des traits de cette civilisation minoenue se rencontrent dans l'archéologie contemporaine de l'Armorique et de l'Occident. à l'aurore songé à 1. j'ai du grand menhir de Locmariaquer (Men-er-Hroeck) « la pierre de témoignage » ou « l'ombilic » d'alliance des Armoricains. t. dont les replis. la comme qui se divise lui-même en ports et réduits innombrables ^. Paris. havre et abri aux dimensions puissantes. On peut placer la thalassocratie mlnoenne dans la seconde moitié de l'avant-dernier millénaire avant notre ère (la période du minoen récent des archéologues. la présence sur ces rivages de mau: fameux. les caps et les îles font une véritable citadelle de mer. I). et à la même époque. p. Il n'y a plus à faire état des théories sur les modifications du rivage depuis les temps historiques.L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS. Avant de me décider pour le caractère funéraire. Desjardins (t. Il me paraît maintenant difficile de nier l'existence de relations entre la marine armori- . Hachette). Tout prédisposait notre Bretagne à ce rôle maritime la contexture de ses rivages. sa situation prééminent au milieu de l'Atlantique. fils solées à tout instant les désirs des vivants et les lui aussi les de pères indo-européens. de cimetières universels. embrassait la les îles et rivages de la manière de mer Egée.

mer. intérêts de commerce. et un jour peut-être pays de Bourgogne et pays de Franche-Comté en arriveront aux batailles pour conquérir ce chemin de la Saône qui t marche » à leur frontière commune ^ Les marins de l'Armorique verront avec déplaisir d'autres marins. . avec sa double puissance d'estoc et de taille. IV. de notre histoire. soumise aux pensées les plus : rapides de l'intelligence qui la guide. con- une chaîne de montagnes. A l'horizon de tout gain commercial il y a. soit directement. Le goût de l'épée se propageait. qui servit de lien entre les mondes méditerranéen et atlantique. 1. étaient principes ou appétits nouveaux. soit par l'intermédiaire de Cadix. un gisement métallique ou une source thermale de leur voisinage. s'approcher de ces marchés de l'étain dont ils voudront garder le monopole. la seuil sur un convoitise et la concurrence. De nouveaux temps de combats se préparaient. 2. du Sud ou du Nord.118 DE LA GAULE A LA FRANCE. prolongeant comme un bras de métal le bras vivant qui la tient. Ces provinces économiques qui se déve- loppent peuvent devenir jalouses voiter les unes des autres. Strabon. la colère et la guerre. qui allaient détruire le caractère pacifique et sacerdotal de l'État druidique. l'Atlantique la gloire et la maîtrise que Tout cela. la marine de France avait conquis sur la nature lui offre par l'Armorique. 3. Ce n'était pas une arme plus meurtrière que la hache mais. pour les sociétés humaines. un débouché sur la rive d'un fleuve. elle était devenue le caine et la marine Cretoise. D'autres événements en rapprochaient la venue. fédérations empire de la de tribus.

je n'accepte que des Phocéens pour la venue en Gaule. chaque tribu même. et des marins ambitieux de l'empire des mers. Cependant. ce n'est pas la guerre que les hommes du Déchelette fait apparaître l'épée au troisième âge du bronze. du fait de cette arrivée. Vers l'an 600 avant notre ère. 1. les Phocéens fondèrent un premier comptoir à Marseille. Et par là encore. Les archéologues de l'école de Déchelette font finir l'époque du bronze et commencer l'âge du fer vers l'an 900. Il est étudié au point de vue archéologique par Déchelette. immédiatement antérieurs à l'époque celtique.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-EOLS. en Périgord comme en Lorraine. Il ne serait pas impossible que les Druides aient pris des mesures contre la propagation du fer. et non pas d'exploitation et le directe. héritiers de Minos. Les navigateurs grecs de la Méditerranée. II. pourra : '^. l'étranger s'avançait vers ces terres heureuses et riches. II. Le premier âge du fer. mille dangers de lutte surgiront pour les fils des Hyperboréens. 3. En même temps. 199 et suiv. finirent par les découvrir et rêvèrent de les les exploiter à leur profit. Eux aussi. p. et que le bronze demeurait une chose rare il faut le faire venir de loin. le roi du pays leur ayant concédé un port et la colline à triple butte qui le domine au Nord. Rhodiens ou Phocéens \ étaient des trafiquants en quête de cuivre. Au cours du vu» siècle avant notre ère. au même titre que Armoricains exploitaient les mers du Nord. bientôt avoir son métal et forger ses épées ^. en Armorique comme en Franche-Comté. Jusqu'à nouvel ordre. correspond aux derniers temps ligures. d'étain et d'ambre. 2. Manuel. IP partie. il est matière de commerce. Mais voici qu'on vient de découvrir le fer fer se rencontre sur tous les territoires de la France. 4. qu'il place . Chaque province. qu'on appelle l'époque de Hallstalt (Autriche) et qu'on place entre 900 et 500. 1913. t. Samiens.). en 1600-1300 (t. 119 moyen souverain par l'homme ^ lequel l'homme peut commander à II est vrai qu'elle était en bronze.

commerçant ce n'est pas un preneur de terres. et il sait l'art de bien dire. à leur tour. il a la curio- sité de tous il les hommes et de toutes les choses. en m'aidant des textes et traditions relatifs aux H3'perboréens et aux Ligures. s'il le faut. Qu'entre ces cinq cents rois il n'y eût jamais conflit et combat. ce serait sottise que de le croire mais le besoin de l'accord était le plus puissant parmi les : hommes. J'ai reconstitué ce pacifisme en examinant l'état habituel des grandes sociétés agricoles et sacerdotales. Pour bonheur de la Gaule.120 DE LA GAULE A LA FRANCE. soldat. Ulysse leur patron a beau être marin. que les ardeurs militaires qui naîtront dans les provinces. Midi leur apporteront tout d'abord. Les Grecs qui viennent s'installer. et ils ne se de battront que pour se défendre. je redoute moins l'arrivée des Grecs à Marseille. en remarquant ce que les voyageurs classiques ont dit de la Grande-Bretagne en un temps où elle était l'image de la Gaule druidique. Mais ils ne tiennent pas à conquérir. il ne il cesse de réfléchir sur les faits. et son rêve et pirate aussi des : est de vivre jusqu'à son dernier jour auprès du foyer de ses aïeux. sont des négociants et. c'est uniquement troquer des marchandises autour d'un port confortable et d'une résidence inviolable. ce moment. Ses élèves. des guerriers. ce sont hommes d'intelligence fine et d'un goût parfait. Et puis. la terre et le prêtre qui leur commandaient étaient des maîtres de concorde K 1. l'intensité du travail agricole unissaient les familles entre elles et les tenaient unies à la vie régulière du sol. discerne et aime le les belles oeuvres et les nobles actions. . cette société druidique vivait dans la La force de la religion. les êtres et les causes. Ce qu'ils veulent. En paix. pourront éduquer les élèves des Druides.

ou. — — — — — — la conquête romaine. les rois de toute la Gaule. pement de la vie provinciale. son allure Le cfief gaulois. plutôt. caractère propre au régime municipal de la Gaule. — — et sa vie. ne sont là qu'à titre . Des cérémonies solennelles. En suit. de sa sainteté. Persistance et force des éléments d'unité. — L'éducation de la jeunesse. la société théocratique de la Gaule ligure était condamnée à disparaître. Le caractère des hommes de Gaule se fixe. Je répète" que ceci. DévelopOrganisation du système routier. Vimpérinlisme gaulois en Europe. La brutalité de — — — De — la religion Littérature poétique. La Gaule n'est pas en décadence. Formation et croissance des centres urbains . les lieux de foire. la communion dépit de sa grandeur. Intensité de la vie agricole. à cause de cela humeur même. le nom de Gaule devient prépondprant. la fédération religieuse laborieuse et pacifique. commence l'éducation classique de la Gaule. au cours du sixième siècle avant notre ère. migrations. les Celtes envahirent la Gaule et en conquirent la majeure partie : im des État guerrier se substitua à tribus ligures '.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS LA GAULE DES CELTES ET DES BELGES Autres invasions ou Ce que fut sons doute l'invasion celtique. organisation des cités. Il y a une patrie La Grèce gauloise. — gauloise. Beauté historique de V unité — — — gauloise. et l'alinéa qui d'hypothèse et de reconstruction. de son 1. Peu de temps après la fondation de Marseille.

l'autre côté Leur isolement. ni pour la langue. absorbée par les semailles et la moisson. en firent un groupe politique plus solide. 1. nous ramène à dire que les Celtes primitifs étaient un groupement de tribus ligures. la jalousie et la convoitise à l'endroit des hommes plus riches et des terres plus heureuses qu'on savait au couchant. reste et des frontières une armée qui Druide des sans force contre un roi Druides. vers 133 et suiv. ce qui. et le Ces maîtres. tribus d'entre ils Rhin et Pyrénées. Philological Society. 1921. Entre Ligures et Celtes. 46) sions historiques. ne suffisaient pas à créer entre ses invasion. ne m'a fait découvrir aucune séparation caractéristique entre éléments celtiques et éléments ligures. HolgerPedersen. : . voisins immédiats de la Gaule. était d'hommes en armes. ni pour les coutumes. n'étaient point très différents d'eux-mêmes. était incapable d'arrêter l'élan d'un ennemi On : avait multiplié les lieux de refuge sur les hauteurs ils la terre et de la garder. et peut-être n'étaientqu'une arrière-garde de ces tribus. je n'aperçois contraste qui compte ^ Les Celtes. étaient domiciliés aux rivages de la mer du Nord. membres un La organisé. La toponymie. les ont ramenés aux langues celtiques. (indication voisine de 500 avant notre ère). depuis ils les îles de la Hollande jusqu'à celles appartenaient à la même famille d'Européens du Danemark que les . n'empêchaient pas un conquérant d'occuper Une entente de prêtres ne valait pas. ni pour les dieux. plus 1. Les Ligures ne purent que s'enfuir ou se résigner à des maîtres ^ que l'on surveille. si bien qu'on a pu dire que le ligure est un dialecte celtique(endernierlieu. dansP/2z7oZo(7/ca. traduit en expresLondres. les périodique autour des autels. donnèrent à ces Celtes une énergie particulière. Et toutes les études qu'on a pu faire dans ces dernières années sur les documents épigraphiques attribués aux Ligures. roi des sacrifices. 2. laissée à l'écart de du fleuve. des conditions d'exis- tence plus rudes. D'après le Périple de Festus Aviénus. pour assurer la paix et la concorde. lien qui pût résister à la brutalité d'une vie des hommes.122 DE LA GAULE A LA FRANCE. t. p. qui est peut-être la source principale d'informations. l'émoi des pieuses assemblées. leçons des Druides. d'ailleurs.

nulle transformation intellectuelle ne pourra plus déloger ^ 1. à propos de ces noms. en Gascogne jusIl semble que la blesse du monde ligure. et. A leur tour. La question est de savoir d'où vient la langue dite ibérique. à Agde. en montrant la faiait incité les voisins à prendre leur part de butin. à la à des millions d'êtres établis en Gaule. plus reculée. et les habituèrent ainsi à prendre à leur tour ce les nom de Celtes. celle d'une religion sur une autre religion. à une migration vers l'Èbre de Je tiens à répéter la même : . d'une langue sur une autre langue. ibérique. et s'abstenir entièrement. à Antibes. 123 le jour venu. visible surtout dans la structure. il renferme 3. Celtes. imposèrent leur pouvoir toire facile. qu'à la Garonne. des formations nationales. Je n'ai jamais varié d'opinion sur le basque deux éléments originels. Elle consista surtout en ce que des chefs. de la Garonne et de l'Océan. des groupements politiques sous des noms déterminés. et que parler d'une race ibérique qui aurait précédé en Gaule une race ligure est peut-être une des plus funestes aberrations qu'ait produite l'historiographie récente de nos origines. italo-celtique. ce fut pour eux une vicmanière dont les Francs. devaient plus tard soumettre cette même Gaule. d'autres riverains de mer du qu'il faut chercher dans l'histoire du passé. l'un. visible surtout dans le vocabulaire. aux seuils des grandes routes qui menaient vers l'intérieur à Arles. Les Grecs de Marseille s'établirent à Nice. de nom celtique. partis des mêmes rivages. tout ainsi que dans celle du présent. celle des Alpes et de l'Italie. Je répète encore qu'Ibères signifie État. de conceptions ethniques. et avec lui pénétra au nord des Pyrénées cette langue basque de Veskuara que nul événement la poli- tique. à la façon le encore dont Gaulois devaient un jour accepter nom de Francs ^ conquête celtique. la route du Rhône et du Nord à Nice et à Antibes. Cette victoire ne fut donc pas celle d'une race sur une autre race. le royaume des Ibères ^ s'étendit en Languedoc jusqu'au Rhône.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. : . entreprenant. celle de l'Aude. l'autre. J'incline parfois vers une origine asiatique. Ligures ou Ibères. nation ou Empire de l'Èbre. 2. Des bords de l'Èbre. à Arles et à Agde.

A la fm tout se rangea. monde et sans habitants eux-mêmes propagèrent dès lors un l'appela tout entière soit la Celtique. Les Ibères furent réduits aux angles extrêmes de la Gaule méridionale. Voir en dernier lieu. au Roussillon et surtout toirs aux coteaux. de la même manière que les Phéniciens à Cadix ou les Étrusques en Toscane. qui ne leur sommets souverains de Cévennes sinage et de la les l'intérieur. où leurs tribus vécurent en fédération sous le nom d'Aquitains.124 DE LA GAULE A LA FRANCE. Et on du nom du peuple les lieux qui en tenait la plus grande part et soit éminents. le très bon travail de Gavel. sans tenir deux populations rivales. nom mj'stérieux dont je ne peuples de l'Orient. Il resta quelques Ligures indépendants au fond des Alpes. n'y eut pas de grand fleuve. Ambiderrière le tions. Ils acceptèrent à leur voiGrecs de Marseille. Quant aux Belges. Loire. Toulouse et Narbonne. autrefois voisins et le Nord. 1920. qui après tout ne cherchaient pas à annexer des territoires autour de leurs comp- de commerce. sur le basque. Champion. franchirent Rhin les miers arrivés eux pour disputer aux prepays d'entre l'Escaut et la Marne. et les Celtes retinrent pour eux et Paris la meilleure et la plus grosse part. Paris. appétits. nom doute les unique qui signifiait la grande contrée aux limites visibles. querelles et batailles s'acharnèrent pen- dant des générations sur malheureux sol de la Gaule. parents des Celtes. entre ces deux les vallées : groupes de peuples l'union fvit toujours assez étroite pour que nul n'ait songé à voir dans la terre de Gaule une terre divisée entre Tout au et des contraire. comme ils de même origine que les Celtes. fût réservé sur tout son parcours. les Belges. depuis Rouen Il jusqu'à Bordeaux. aux pinèdes et aux m^ontagnes de la Gascogne. Éléments de phonétique basque. ils se partagèrent les bois et l'Oise et à étaient du Nord jusqu'à Beauvais près de Reims près de la Marne mais. A eux appartinrent les ceux de l'Auvergne. Seine. compte de ce dualisme le encoches de la frontière. de préférence la Gaule. . des Bourgogne. Rhône et Garonne.

pour leur obéir et le prendre. Belges ou Celtes. la maîtrise de l'épée. (Ici . 1. qui fera le pouvoir suprême. passaient les grands vols des oiseaux sauC" st cette époque. des Ligures des Alpes et des Aquitains de Gascogne. l'époque de La Tène. La principale direction était celle du sud-est. Les Gaulois. où prêtres et agriculteurs ne sont plus que les auxiliaires d'ambitions militaires. la puissance en hommes. l'assurance de la volonté. — Je nommerai Gaulois. ils n'avaient qu'à suivre le vol des oiseaux ou la fuite des nuages sur les routes divines du ciel. saurais dire s'il 125 a été apporté par les nouveaux venus. de la enserrés par la règle pacifique tribu et de ses quatre habitudes. l'esprit A peine formé par la conquête de la Gaule. et le fer dont elle se forge est le métal essentiel des âges nouveaux '. gauloise ou celtique. mqnde et la vic- d'écrivain Et ceci n'est point formule et métaphore moderne car véritablement les Gaulois ont cru : que leurs dieux leur donneraient l'empire de la terre et que. dans le ciel. il fut impossible à ces hommes de demeurer en place. Celle-ci devient l'emblème et la marque de la domination humaine. désormais ou s'il n'est pas l'écho de quelque appel des Druides réunis à leur concile de la Loire. tous les la Gaule. exception faite des Grecs hommes de de Marseille. avec prédominaîice oujets en fer. dans l'exubérance de leur jeunesse de combattants.L'ÉPOQUE DES GUERJRIERS. ou. le contact avec les dieux. les de bataille emportera ses chefs vers points de l'horizon pour la conquête du toire universelle. mais la bravoure au combat. Alors. à la manière des Anciens. par où. la vertu magique. verront dès lors devant eux de grands rois qui les conduiront dans leurs guerres. Ce n'est plus la prière. du nom de la slation célèbre du lac de Neuchâtel. que les arciiéologues appellent le second âge du let.

d'étape en étape. où l'arrêta le Jupiter des Latins. avec lequel c'étaient les ils s'entendirent. en Transylvanie de l'autre. franchissant la Manche. Et plus loin encore. en Serbie. dédaignant les le conquêtes par terre. au delà du Rhin. mères d'importants États d'un côté. . Au nord. de leur flotte devenue redoutable par ses vaisseaux de haut bord. les : Gaulois laissèrent des colonies. Il est bon de rappeler ici que le nom celtique n'a jamais réellement pénétré dans les lies Britanniques. Au cours de ces étapes. revendiquaient droit de disposer des routes de la mer. Il n'y est jamais venu que du fait de spéculations scientifiques modernes.126 DE LA GAULE A LA FRANCE. La mer du sud recevait également de la Gaule ses maîtres. comme. sur la terre. l'autre à Rome. au delà des Alpes. que la nature avait dessinés pour inviter la Gaule à l'empire maritime de l'Ouest. de nos jours. on allait aux pays chauds et bienheureux de Grèce et de l'Italie : et deux troupes de Celtes. l'une à Delphes. en Souabe. ils étaient peu soucieux des choses maritimes. et qui. parties des bords de la Loire. en Autriche. en Emilie. la vages. et par où. finirent par arriver. Au sud-ouest. on vit des royaumes de Gaulois surgir dans la Thrace voisine de Byzance et dans la Phrygie voisine de la mer Egée. en Lombardie. qui durèrent des générations. en Vénétie. souche en Grande-Bretagne de provinces à leur nom Au nord-ouest. les Grecs de Marseille ce dont les Celtes de Provence et de Languedoc ne furent nullement jaloux. morceau du monde. en Bavière. d'autres Celtes passèrent en Espagne pour s'établir au pourtour de l'État des Ibères. du trafic de l'Atlantique. des producteurs de domaines ou de manufactures s'entendraient avec des armateurs de navires ou des courtiers : : 1. . les Gaulois d'Armorique. en Bohême. et ils préférèrent s'aboucher avec les Hellènes. dans les Marches. de la valeur privilégiée de leurs rivages. où l'Apollon des Grecs l'arrêta. des marchés de l'étain et de l'ambre droits qu'ils tenaient d'un usage immémorial. Belges qui réclamaient leur firent ^.

treize siècles plus tard. et non pas pour en conquérir il imita Ulysse son ancêtre et non pas Alexandre son contemporain. Moins de deux siècles suffirent pour assurer aux hommes de Gaule l'empire de l'Europe occidentale. Dès lendemain de sa naissance. son roi n'en possédait qu'une partie. et déjà elle voulait être la première en ce monde. cents avant notre ère. la et que des bords de la Loire et de Seine partit l'élan qui devait rendre l'Orient au monde chrétien. à Tarente. d'autres fonder un le taillé royaume en Portugal. des tribus qui n'étaient point de ce nom gaulois. De même. deux avait encore. et au ce fut pour découvrir : même vers le cercle Polaire. pour les rois de la Loire. Et l'on parla des Celtes à Carthage. Pythéas. au sortir de l'an mille.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. Si le : même pas une seule fois elle plus glorieux de ses marins. la nation française passera subitement de la crise de son adolescence à la gloire de commander. alors qu'il il accourait des Gaulois près de Byzance et de Rome. des terres. Une épopée de marches et de combats les conduisit partout aux confins de la civilisation méditerranéenne. à leurs batailles. Qu'il eût mieux valu. Ceux qui titre ne prirent pas des terres s'engagèrent à naires dans les États de merce- du sud afin de se mêler. lorsqu'on vit l'Angleterre et l'Italie soumises par des Normands. sur les bords du Nil. La France n'avait point encore accompli sa crois- sance. des Champenois menacer l'Allemagne. remplacer par l'achèvement de leur domaine naturel leurs courses prodigieuses vers de chimériques horizons Au lieu des dieux du ciel qui leur montraient l'univers. à Thulé de Norvège. terres et mers. ils I au . Marseille était alors la sagesse ne songea à étendre hors de Méditerranée ses entreprises navales et à faire sur la l'Atlantique concurrence aux Armoricains de Gaule. le nom celtique s'était sa place dans toutes les parties de l'univers. 127 Au reste. C'est ainsi que. y nord des Pyrénées et à l'ouest des Alpes. poussa un jour jusque dans delà la mer d'Irlande. de commeroe. à Antioche. coûte que coûte.

et c'était un ferment de plus pour accroître la cohésion du le nom gaulois et soulever l'orgueil de ceux qui « gestes » que Dieu accomplit par les Francs à Jérusalem et àConstantinople. d'un autre Brennos. Et si nombreux qu'on suppose les émigrants. vainqueur o Rome. Sans doute y fit naître des rivalités inquiétantes. roi Du « jour où il y eut un de guerre. Les poètes gaulois racontaient que les deux conquérants de l'Europe avaient été Bellovèse et Ségovèse. Elles contribuaient à former un esprit national. les chefs le roi des des i différentes tribus aspirèrent à ce titre. adversaire de l'Apollon de Grèt Des hymnes et des poèmes naissaient sous les pas des conquérants. Toutefois. neveux du roi Ambigat ils s'étaient mis en route. ces folles aventures ne compromirent pas les principes d'unité qui s'étaient déposés en la Gaule. et ils ne savaient pas occuper la Gaule. Mais ne demandons pas à ces batteurs d'estrade du passé — l'intelligence politique qui manqua si souvent à des rois de France. l'un pour franchir : les Alpes. l'autre pour traverser le Rhin. en sa résidence du Berry pour gouverner les Celtes. Ces courses triomphales n'étaient point inutiles au maintien de l'entente celtique. n'ont-ilspas donné r portaient. ceux qui voulaient être chefs au loin. Les nos aïeux une conscience plus nette de leur nom de Français En Gaule même. mêlé de rumeurs de miracle s. L'écho des victoires du Danube ou du Tibre revenait jusqu'en Gaule. mais le roi Ambigat . à être > . les femmes étaient assez fécondes pour réparer les brèches était resté faites | par le départ dans le royaume de Gaule. la prépondérance de l'esprit miUtaire ne diminuait pas encore il le respect de l'unité.128 DE LA GAULE A LA FRANCE. les auraient dû écouter le déesses de la terre qui leur révéIls leraient les frontières de leur nation. conducteur des Celtes. ne pouvant l'être chez eux. Il ne partait que les plus audacieux de la jeunesse. On racontait les hauts faits d'un Brennos. voulaient remplir monde.

cette ambition d'une royauté unique entretenait la supré- matie de l'honneur convoité. dont l'autorité. évidem- ment.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. la Limagne dispensatrice de biens sans cesse : renouvelés. il put dire que l'Auvergne 1. — De la Gaulo à lu 9 . Mais il est impossible de vérité. Franco. Luern et Bituit. 129 et plus d'une « fois ou se combattit à qui le possé» derait. s'étendit au-dessus des Belges et des Celtes. dit-on. Mais. rois des Puys et de la Limagne en même temps que dictateurs militaires de la Gaule. l'autre le fils : Ceux-ci étaient. vieillard puissant et sage. tout ainsi que la légende do croire à sou existence et JvLLiA. le père. par cela seul qu'elle existait. et nous venons devoir le fameux Ambigat. jusce qui per- qu'aux Pyrénées et jusqu'au Rhin. Tous deux étaient des Arvernes. Celui-là. rois ». Il appartint longtemps au cheJ: des tribus du Berry. étaient invinciblement attirés pour y chercher leur dieu. adorateurs des cimes. se bornant à donner à ses deux neveux le mot d'ordre pour conquérir le monde. au roi des Bituriges. faits tout ensemble pour abriter et maîtriser une nation. elle dresse ce puy de Dôme où les hommes. l'un met de supposer que les Gaulois acceptèrent un instant une royauté héréditaire. les refuges inviolables et les aires dominatrices des plateaux de Gergovie ou de Corent. En ces temps de croyance où l'homme sentait partout dans la nature l'expression d'une pensée divine. Acquérir le principat de toute la Gaule devint le rêve suprême de quiconque se sentit le désir de commander à des hommes. mais qui. à la difïérence de Charlemagne guerroyant aux côtés de son neveu Roland.N. le Charlemagne celtique. ne pas y rcconnaîUe un grand fond de de Charlemagne n'empêche pas à sou Empire. demeure majestueux et immobile en son palais. elle a les eaux chaudes pleines de vertus sacrées. la légende l'a obscurci de ses nuages ^ Mais nous connaissons par l'histoire quelques-uns des rois de la Gaule qui régnèrent après lui. Et vraiment c'était justice que l'Auvergne arrivât sous les Gaulois à commander à elle en détient et le centre et les plus hauts la France lieux.

Luern. cette royauté de toute la Gaule devrait inspirer à l'histoire une sympathie plus grande que d'un Cyrus ou d'un Alexandre la : et je ne dis pas cela parce qu'il s'agit des Gaulois et de France. et près de lui un poète chantant sa gloire. à l'ombre . Je veux simplement. Leur pouvoir ne sort pas des frontières de la Gaule. je le répète. marchant contre les Romains à la tête de cent cinquante mille hommes et de ses meutes de chiens de guerre.130 DU LA GAULE A LA FRAXCE. pareille à celle d'un laboureur divin qui fait lever la richesse sous le soc de sa charrue. Or. Je veux seule- ment que l'historien n'absorbe pas son zèle. Si folle et si vaniteuse qu'elle ait pu être. des figures d'histoire. et ces terres et ces hommes sans autre unité que d'appartenir à un seul maître. ont été reçus à leur cour. Bituit. debout sur un char plaqué d'argent. sont. je ne trouve pas que cette royauté de la Gaule soit moins grandiose que celle d'un Cyrus ou d'un Alexandre. Ils nous ont montré Luern paradant à travers les routes en un cortège de fête. avait été construite par A mon celle sens même. de coutumes. Luern et Bituit. la justice et la vérité. ce qu'on appelle les Empires de Cyrus ou d'Alexandre. lançant des pièces d'or. Des voyageurs grecs ou italiens les ont vus. pour ce seul motif que les hasards de l'écriture nous ont mieux conservé le récit de leurs victoires et l'apologie de leurs grandeurs. et ils l'exercent du centre même de cette Gaule. au contraire. de religions. que l'éducateur ne concentre pas ses éloges sur les chefs et sur les pays qui ne sont pas nôtres. pour les nôtres. les dieux pour servir de socle à la Gaule et de trône à son roi. ce sont des États faits de contrées disparates. de langues hostiles ou dissemblables. sont moins les maîtres d'un Empire que les symboles vivants et directeurs d'une unité nationale. Et ils nous ont aussi montré Bituit. une étendue incohérente sans limites marquées par la divinité. d'êtres différents.

outre la Terre. La Lantjue ijaaloisc. Kliiicksicck. Voyez Dottin. Le plus grand dieu des Gaulois demeurait Tentâtes. Ésus le génie des combats. le mélange s'est : fait entre tous les êtres du pays. d'exclure de représenter auprès d'eux les criminels de communion gauloise. car la tradition fut d'abord assez forte pour détourner du culte des images. appartiennent à la même espèce d'hommes car. Au-dessus de la royauté des Arvernes. Taran la lumière et le tonnerre du ciel. fds de la Terre. depuis les temps de la conquête celtique. collaboraient à maintenir cette union. Sirona pareille à une Diane. Paris. ou mieux. hommes et terre. à façonner une nation. Leurs sujets ou leurs fidèles parlent la même langue ^. Le panthéon gaulois s'enrichit sans cesse de noms nouveaux: je ne dis pas de figures. Prêtres et rois. guide des bandes en marche aux heures de conquête. sa mère et sa compagne Andarta pareille à une Victoire ou à une Minerve. nous y reconnaîtrons les empreintes d'un esprit national. La nature l'assiste en lui donnant comme compagnons Bélénus le soleil. législateur et éducateur de son peuple. la vie morale de ces hommes. . 131 de SCS plus hautes montagnes et sous l'appui de ses plus grands dieux. Et il y a en outre des déesses près de lui.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. l'union fraternelle des hommes. le conseil sacré n'en conserve pas moins les la souve- raineté morale. Pénétrons plus avant dans et : 1. soldats et chefs. 1920. gardien de l'alliance entre ses tribus aux jours de la paix. et si consacré par les siècles majeure partie des attri- butions politiques et judiciaires sont passées aux chefs militaires. s'étend par les l'unité : et religieuse tressée jadis lieu la Druides leur assemblée se réunit toujours au sur les bords de la Loire. guerrière s'appliquant à elle comme morale le vêtement s'adapte au corps. d'autres encore. Épona protectrice des chevaux. d'autres encore. il lui reste le droit de prier dieux au nom la de toutes les tribus.

je crois l'équivalent du Clarus Mons de Clermont. Mais. Le Jupiter italien n'a fait que grandir en s'arrêtant au Capitole. Tentâtes. ces collines étaient de longue date puissances et lieux divins. fût attribuée à l'une des présences d'une divinité souveraine. un mais les besoins religieux des peuples furent plus forts que l'idéalisme des chefs. Je fais allusion ici aux villes appelées Lugdunum (Lyon à Fourvières. Bélénus s'empara de quelques et. ceux de Paris à Montmartre. on mulseul dieu ^ et un seul sanctuaire Tentâtes descendit sur les montagnes impérieuses. et. les gens d'Alsace et de Lorraine au Donon. A côté tiplia leurs domiciles. 1. les noms tirés des dieux particuliers. et l'Apollon des Grecs en animant à Delphes le sommet du réchauffe. comme les : prêtres d'Israël. etc. puisque Bélénus était le soleil qui eaux chaudes des Vosges ou de cette même Auvergne. Leyde). caressées par le soleil levant. Les Druides se réservaient le droit de définir leur nature. au lieu d'être engendrée par une humble divinité du sol. se dispersa en les espèces de mille bonnes Mères ou Matrones. Aucun de ces dieux ne portait atteinte à l'unité morale de la Gaule. En même temps la Grande INIère. Peut-être auraient-ils préféré. ces eaux chaudes. Remarquez qu'en matière de noms de personnes (et les noms de personnes révèlent toujours le plus ancien état de la croyance). créatrice des eaux salubres. 2. les Arvernes au puy de Dôme. de les voir face à face en leur présence invisible. Divicus. qu'on adora aux sources et aux fontaines la Marne (Matronà) fut une Mère. de dire leurs noms. et on adora des Mères à la Fontaine de Nîmes. de lui. Fourvières à Lyon ou Cler- mont en Auvergne-. Diviciaciis. sont extrêmement rares. et qu'en revanche abondent les noms associés à la divinité générale. et chaque peuplade put l'avoir chez soi. et aussi la source de la Durance. et. etc. comme ces sources. après avoir multiplié les êtres divins. Divico.. « claires collines ». tels que Moïse devant lahvé. Laon. mot que . Saint-Bertrand-de-Gomminges. l'unité rehgicuse ne put que gagner à ce que la sainteté des choses de la nature.132 DE LA GAULE A LA FRANCE. on attribua aussi à sa présence les : Parnasse et la source de Castalie.

Les Druides. i:. parlaient surtout de la vie des dieux. et. que se donnait l'enseignement. dieux Druides qui enseignent. Mais ils enseignaient aussi les devoirs de la morale. composés les Druides. des dieux qui agitent. un système d'éducation publique. de l'immortalité des âmes.i Les Druides avaient l)eau ne plus être les rois de la Gaule c'étaient eux qui préparaient son avenir en formant sa jeunesse. par la mémoire qui retient. une nation qui conquiert. grottes ou mystérieux recoins des forêts. et une éducation nationale. en racontant ce que avaient fait pour elle. et surtout de ne point craindre la mort. Et ils parlaient encore les de la fortune de la Gaule. des rois qui commandent.:. Car cette Gaule d'autrefois. à défaut de l'écriture. et. présentait ce qu'on chercherait vainement à Rome ou à Athènes.s aci-nniEfi^. c'est-à-dire par cette chaîne d'influences secrètes qui va de la pensée du maître à la pensée du disciple. à travers ce la hommes que leurs passions monde. ce qu'on trouverait seulem. où l'histoire de la nature était suivie de partant du chaos des éléments la genèse à l'apocalypse. par Les Gaulois eurent leurs poèmes didactiques. des idées communes et même langue.ent dans les États modernes. le devoir qui soutient bon soldat. il se donnait par la parole qui prononce. chefs qui combattent. il en devait résulter l'éclosion d'une vie littéraire intense et variée. s'installent sur la terre. C'était dans des endroits consacrés. . à deux mille ans de distance de notre époque. Les jeunes gens affluaient de partout pour recevoir les leçons de leurs prêtres. et la sainteté du lieu ajoutait encore : à la valeur durable du précepte ou du récit. par l'attention qui écoute. évidemment.L-ÉPOQii-: Di'. de la création et des destinées du monde.

vie sociale.13'» DE LA GAULE A LA IRAIS CE. les bardes. En relisant les textes dont les Anciens l'ont décrite. compositeurs et chanteurs à la fois. homme des temps modernes. Un poète était l'ornement nécessaire des cortèges et des cérémonies. Il n'y eut pas de grand seigneur ou de roi qui ne fût accompagné de son barde. les traits s'en dessinent et des couleurs se dégagent. sa Gaulois annonce un même. Cela. fit rire proconsul et prières. où les étaient célébrés les aïeux et les gloires des grands chefs. sans doute. Ils eurent leurs poèmes épiques. héraut attitré de sa puissance. analogue aux jongleurs de la France féodale. son caractère manières d'être. qui ne se payaient pas de mots. je crois entendre les frères seigneurs de l'Atlas ou Tharaud parlant des Léon Gautier parlant des preux de ses le Charlemagne. Elle prit dans la vie de ce temps une telle place. et qui. après les sacrifices et les pas pour esquisser quelque mystère théâtral. et ce fut le chant du poète qui préluda au discours de l'ambassadeur. où étaient racontés les faits et gestes de leur nation. et je doute que dans lieux consacrés. Quand les Romains menacèrent Bituit. et se place à longue distance des Romains. n'acceptaient point celles qui s'entouraient de rythmes et d'images. le d'où sortit monde. Par son physique. pour finir à sa destruction par l'eau ou le feu. leurs hymnes pieux pour invoquer les dieux. Peu à peu se fixe la physionomie de cette société gauloise. qui pourtant faisaient sentir leurs approches. Elle me rappelle tantôt cette féodalité marocaine que nous venons de rattacher à la France. . et tantôt cette chevalerie française que nous verrons apparaître dans la suite de cette histoire. une classe de poètes. escorté d'un barde. s'ils étaient esclaves des formes. il leur adressa un noble de sa cour. que la Gaule renferma. la poésie n'intervînt légionnaires. leurs poésies lyriques.

lui. et sur lesquels brillent les ors de la ceinture. chapeaux de feutre ou turbans. souliers. des armes et du collier : et songe malgré soi à des marquis de Versailles et non pas à ces Romains uniformément drapés dans des toges blanches et monotones. le cavalier de l'Islam qu'il nous semble reconnaître. Aux heures des la différence A jours de bataille. Bottines. ce guerrier est déjà un seigneur. c'étaient ensuite d'interminables festins au milieu de la . la poursuite ou l'arrêt. ce sont les vêtements aux couleurs vives et bariolées. qui ne prend l'épée que pour le Gaulois ne sort pas de sa demeure sans avoir le glaive à son côté. l'on le vert ou le jaune. ce glaive qui est la preuve de sa liberté et son insigne d'homme. c'est. Mais ce qu'il aime et ce qui nous manquera depuis la fin de notre noblesse de cour. un manteau ou flottant sur l'épaule ou encadrant le buste et fermé sur la poitrine. où se heurtent l'écarlate. Mais si je regarde sa vie morale. et. Quand la ne marche pas avec son roi dans les sentiers de guerre. son costume tient à la fois du nôtre et de de l'Oriental. 135 Au celui physique. Ce sont alors bruyantes journées de chasse au sanglier ou au à la suite de ces meutes de chiens gaulois qui n'avaient point leurs pareils pour la quête. parmi les êtres d'aujourd'hui. d'un mufle de bête ou d'un fétiche mysté- monté sur un cheval paré comme taille. rieux. parades militaires. brandisles sant de la main la grande épée de déployant éclats des couleurs qui le revêtent. il use de cela aussi bien que nous. Ce cavalier gaulois est déjà un chevalier. chaussons ou espadrilles. capuchons ou cache-nez. faisant faire à sa mon- ture les voltiges d'une fantasia savante. les du Romain. Il porte d'amples pantalons. soit en une cerf. il vit dans ses domaines. soit en un donjon il campé les sur une montagne aux flancs abrupts. je suis tenté de croire que notre société féodale se prépare. vaste ferme à l'orée d'une forêt giboyeuse.UÉPOQVE DES GUERRIERS. une tunique serrée par une ceinture. il se couvre d'un casque orné de cornes monstrueuses.

. . 2 vol. les ouvriers sont à leur solde ou * travaille à complaire aux riches. entouré d'une assemblée de parents. ainsi du corps. ou qu'ils à leur merci. chaufTce par les troncs d'arbres brûlant dans l'immense cheminée. le maître trônant à la place d'honneur. 1014) demeure de premier ordre. 1917 et 1921.m fi DE LA GAULE A LA FRANCE.. Leroux et Musées Nationaux). est Il en un grand propriétaire et un chef de bande. avec elle. d'hôtes. est le possesseur d'immenses biens-fonds. liques les y a longtemps que : ces années idyl- ont pris fm les derniers survivants des petits propriétaires vivent dans la dépendance ou sous l'hypo- thèque des grands seigneurs leurs voisins.. l. et. au début de commun au profit si elle de tous les hommes d'une il tribu. L'important est de recourir aux collections du Musée de Saint-Germain et aux catalogues si soigneusement dressés par Salomon Reinach (Catalogue sommaire.. à ses armes. flanqué de serviteurs innombrables qui ressemblaient à des gardes Ce effet féodal. a connu ensuite le partage de ces terres en portions égales entre tous pères de famille.S?8. grande salle. Dans les villes même. la culture des terres en Gaule a connu. ces chauds tapis de laine aux tons colorés. Paris. A sa maison sont destinés ces cofïres en bois massif. les villages de paysans penchés aux bords des sources ou blottis aux recoins des hautes citadelles. Le Manuel de Déchelette (t. et si la sa vie agricole. ces ornements d'émail où l'ouvrier a su faire descendre les couleurs du ciel ou 1. d'amis. La campagne entière est à ces derniers. IIP p. éclairée par les flambeaux de résine. qui s'étendent sur des milliers d'hectares. Catalogue illustré. de clients et de parasites. L'industrie C'est s'ingénient à fixer sur la terre cuite ces teintes vives qu'affectionne le regard du noble gaulois. II. 3" édit. pour eux que les bijoutiers cisèlent ou martèlent les colliers d'or ou fondent les plus belles perles de verre. pour eux que les céramistes tournent les grands vases noirs aux flancs saillants comme des carènes. que nous dirions aujourd'hui.

et ils les paient au prix qu'on voudra. C'est L. Mais. par exemple celle de l'émaillerie gauloise au Beuvray. montés en force et en appétit. n'ont fait que confirmer ses thèses. ceci d'extraordinaire. Un seul érudlt moderne a su rendre justice aux efforts des Gaulois en matière économique et faire certaines réserves sur les progrès apportés par les Romains en celte matière. raffolaient fut en relation avec les colons de Phocée. à sa chevelure. que leur terre était admirablement douée pour la vigne. ces sociétés de trans: C'est également le luxe des grands qui fait vivre ces marchands grecs venus de port qui s'organisent sur Paris dont il les fleuves tels. et que jamais pourtant. A ces riches il faut les la coupes d'argile façonnées aiguières de bronze et peintes par des potiers de Grèce. et que la bière. l'argenture. Fouillrs dii mont Bcuvraij. Rej-nier. ils demandent aux Grecs de leur apporter sans cesse des amphores de vin. en effet. . pendant le demi-millénaire où la Gaule libre Il y avait. 137 du sang. 1899. le cidre et l'hydromel du pays ne leur suffisent pas.. ces « nautes « de m'est impossible de ne pas reporter l'exis- tence jusqu'aux temps gaulois. charrettes de campagne ou voitures de vitesse la carrosserie de Gaule pouvait être estimée la : première du monde K Marseille. les aux courbures car ils élégantes. toutes choses gracieuses à voir : ont l'esprit assez ouvert pour comprendre et celle ils beauté de la matière travaillée par l'artiste de la phrase modelée par le poète. que les Gaulois du vin. et elle Europe pour livrer à ses maîtres chars de guerre ou de fête. ces produits chimiques qui la parent des nuances d'une jeunesse nouvelle ou d'un blond éternel.L'ÉPOQUE DES CUEPRIERS. les trépieds de métal à la structure mystérieuse. Autun. l'émail- lerie. Voir Bulliot. dans son livre De l'économie publique et rurale des Celles. jamais la vigne 1. chariots de camionnage. Dejussieu. Et les découvertes archéologiques. l'étamage. 2 vol. 1818. la tonnellerie. elle Car l'industrie gauloise est habile à découvrir n'a pas de rivale en : a inventé le savon. comme la sont aussi grands buveurs de vin. que les environs de Marseille la Grecque offraient d'excellents vignobles.

138

DE LA GAULE A LA FRANCE.

ne parvint à sortir du terroir marseillais. J'ai peine à croire que les Grecs aient pu réussir à en empêcher l'évasion. Je supposerai plutôt qu'une loi gauloise en interdisait l'importation, et que cette loi venait des Druides. Ainsi que d'autres prêtres de l'Ancien Monde et du Nouveau, ils ont redouté les conséquences de l'ivresse avec l'abus du vin, et peut-être aussi, avec l'extension du vignoble, le discrédit des terres à blé. Si les Gaulois buvaient du vin, ce n'était que du vin de luxe, importé du dehors, et je suppose aussi qu'ils le buvaient à l'insu de leurs Druides et en dépit de leur religion ce qui serait un autre trait de ressemblance entre leur vie et celle des fils de l'Islam.
:

C'est

évidemment
les

l'aristocratie qui a fourni

aux

écri-

vains anciens
tel qu'ils

principaux traits du caractère gaulois,

le

ont essayé de le décrire. Mais si les chefs donnaient ton à la nation, il est permis de supposer que la masse des hommes s'étaient déjà mis à le prendre. « La race gau» ^

lors son humeur, son tempérament, une âme d'une certaine tenue; et on parlait de cette âme et de sa nature à la façon dont on parlait de l'âme d'Athènes ou du Génie du peuple romain, encore que Rome et Athènes fussent des patries municipales, et la Gaule une vaste société nationale. Le Gaulois a l'intelligence éveillée, rapide, souple et
loise

avait dès

j'ose dire

précise.

Il

sait

apprendre, comprendre, imiter et inventer.

C'est

un

être de clarté et de logique.

Deux

défauts gâtent cette intelligence. L'imagination,
:

vraiment, est trop débordante
ce qui ne sera
sissent, son

il

voit ce qui n'est pas et
le désir le saifin.

pas; quand l'espérance ou

âme s'emporte dans

des illusions sans

détourne de la réflexion et de l'acte; son pays est un repaire de rhéteurs
Puis,
il

sacrifie trop à la parole, qui le

1.

En

traduisant ainsi l'expression de Strabon, IV,

4,

2

:

Tb

:pj>,ov

ra),/,'.xôv.

L'Ll'OnUlù
et

DhS

GUtltlUhilS.

l;;'j

autant que par
servent

de bavards; ses chefs doivent s'imposer par l'éloquence la bravoure, et les plus angoissants dangers
d'occasion

à

de

beaux discours, ordonnés

et

majestueux.

Des qualités éminentes de cœur relèvent le mérite de l'esprit. Nul écrivain de l'Antiquité, pas môme de ces Romains auxquels les Celtes firent tant de mal, n'eût osé accoler à leur nom ces mots de ruse et de perfidie qu'on répétait à satiété à l'endroit d'adversaires. Le Gaulois est un être de premier élan, qui ne sait pas dissimuler sa pensée. Sur le champ de bataille, il ne veut
combattre qu'à ciel ouvert; il ne cachera ni son corps devant l'ennemi ni son âme dans une discussion. La fidélité au serment et le respect du droit ont conservé chez
lui

leur valeur

primitive. Vérité et justice
Il

ne se

séparent pas à son sentiment.

a l'horreur de

une forme du mensonge; et il a aussi celle de la lâcheté, qui est une forme de la bassesse. Ce qui manquait le plus aux Gaulois, c'était la discil'iniquité, qui est
Ils savaient prendre de bonnes résomais combien vite abandonnées! Amis du plaisir, joyeux de vivre, on eût dit qu'ils avaient peur des déci-

pline de la volonté.
:

lutions

sions

fixes,

froides

et

continuées,

qui

exigent

l'effort

et la peine d'une longue tension de soi.

Ce sont,

et je crois

que Michelet a eu raison de
mobiles et crédules.

le dire

^,

de grands enfants,

On

leur attribua la vivacité et l'incon-

sistance des passions politiques, et le goût des révolutions.

Leur bon sens
de
la plus

et leur finesse

ne

les

préservaient pas, en

matière de gouvernement, des plus sottes imprudences et

Aucun de

dangereuse imprévoyance. ces travers n'était d'importance au regard

de la morale; et toutes ces qualités faisaient des Gaulois de très braves gens, enclins à l'idéal, et qui étaient des hommes d'esprit. Mais, dans les temps prochains où

1.

monde

Histoire de France, livre I, chap. 1 «Ce sont les enfants naissant. » Écrit en 1833 au plus tard.
:

du

140

DE LA GAULE A LA FHANCE.

rimpérialisme romain allait étouffer les lois de la morale, ces qualités ne seraient pour un peuple qu'une très médiocre
sauvegarde.

Ce que
ils

c'est l'excès

aux habitants de la Gaule, de leur individualisme. Obéir leur répugne, veulent faire par eux-mêmes. Ils ne sont nullement
je reprocherai le plus
la faculté d'organisation, et ils

dépourvus de

ont su doter

leur pays d'un ensemble d'institutions intelligentes, judiciaires, militaires

ou

fiscales

:

mais

ils

ne s'y conforment

Chaque peuplade aime à agir à sa guise; et, dans chaque peuplade, l'individu compte plus que l'État. L'amour de sa personnalité, la vanité de son nom ou l'orgueil de ses actes, la passion de la gloire, dominent
guère.
les chefs, et,

sous de tels stimulants, ils arrivent à faire de très belles choses, mais ils en viennent aussi aux pires
aberrations de l'amour-propre et de la jalousie. Quelques-

dévouer avec un admirable héroïsme à ce commune, que ce fût la Gaule ou leur cité. Mais le monde gaulois n'était pas encore parvenu à connaître cette abnégation aveugle et absolue que la religion de la patrie inspira aux cités méditerranéennes dans l'âge de leur maturité. n'empêche que ces Gaulois sont maintenant les Il d'une seule famille, -"^yant même physionomie et fils même tempérament. Quel que fût le sang originel des plus lointains ancêtres, leurs descendants s'étaient tellement mêlés, corps et âmes, ils avaient tellement subi ensemble les influences du climat et du sol, de l'histoire et de l'éducation, qu'il existe sur la terre de Gaule une espèce humaine avec sa nature propre, avec des traits dessinés pour toujours. Les révolutions qui vont suivre changeront peu de chose à cette nature, ne supprimeront ou n'ajouteront aucun trait essentiel. Et tel nous nous sommes imaginé le chef arvei-ne Vercingétorix au temps de César dans la Gaule finissante, tel nous apparaîtra Roland, neveu de Charlemagne, dans le rêve de la France adolescente.
uns surent
se

qui représentait pour eux la cause

L'ÉPOQUE DES GUEIUUEIIS.

141

Le
Ce

sol,

égaleiiiunt, avait reçu sa ligure définitive, ses

espaces de culture, ses routes et ses domiciles humains.
qu'il faudrait
:

à ses cultures, c'est un peu plus de
les

variété

il

n'a pas encore adopté, par exemple, l'olivier

et la vigne,

malgré

timides essais des temps néoli-

thiques.
leuse,

INIais les

Gaulois, en dépit de leur

humeur

batail-

n'ont rien laisse perdre des terres fécondes que

leurs aïeux avaient découvertes; le grand seigneur, qui

champs, qui leur doit le les entretenir en bon père de famille, et n'oublie pas d'amender et d'engraisser ses emblavures, au moment opportun, avec la marne calcaire ou argileuse du sous-sol. Qu'on ne nous répète plus que la Gaule de ce temps était encombrée et hérissée de forêts impénétrables, et qu'il fallait attendre les Romains pour défricher ces espaces incultes. Les Romains n'ont supprimé ou amoindri aucune des forêts celtiques, et les seules brèches qui y aient été faites par le travail des hommes viennent de bûcherons chrétiens. Mais ces forêts elles-mêmes étaient
vit le plus

souvent près de
ses

ses

plus fort

de

ressources,

sait

loin

d'atteindre les formidables proportions

qu'on leur
les

attribue.
les

Landes, grandes hêtraies ou rouvraies de l'Ile-de-France elles
cite les
les

On

Ardennes,
leurs

Vosges,

:

existent toujours,

et

bords seuls cnt été rognés.

Nulle part,

le

bois ne gênait la culture; les Gaulois avaient
cjui

toute l'étendue

leur était nécessaire

pour récolter

le

blé de leur nourriture.

elle-même était un réservoir de vie variée. Elle avait ses larges pistes de chasse, sans cesse foulées par des chevauchées, et ses
reste, la forêt

Au

sentiers de pèlerinage, qui conduisaient

aux lieux sacrés
des arbres

des

sources,

des

clairières,

des

grottes ou

fameux. Une exploitation forestière valait alors ce que peut valoir de nos jours une mine de charbon c'était de
:

la forêt

que

le

Gaulois tirait

les bois

de ses demeures, car

142
il

DE LA GAULE A LA FRANCE.

voulait ignorer l'usage de la pierre; et les sous-bois ser-

vaient au pacage de porcs innombrables, un des aliments
favoris de ce temps. Abri, vivres et chaleur,

l'homme devait

presque tout à la forêt. Une nombreuse population de « compagnons des bois », forgerons, bûcherons, charbonniers,
cueilleurs de simples, sorciers et
«

sauvages

»,

y avaient

élu

domicile.

Des

villages s'étaient formés sur les hauteurs

au

milieu des arbres. La forêt n'étaitplusqu'unmodeparticulier

de

la discipline

du

sol plie

pour toujours à

la vie

humaine.

Cette

vie

humaine

s'étendait, s'agitait

partout. Elle

avait désigné les lieux favorables à ses résidences et à ses

rendez-vous,
Il

les lignes utiles

à sa circulation.

existait encore des villages en

nombre

sur les hauteurs

inexpugnables des Alpes, des Vosges ou du Limousin,
sur les promontoires rocheux qu'enserrent les boucles des
rivières
villes

du Quercy ou du Rouergue,
le

et les plus

grandes
le

elles-mêmes, Bibracte ou

mont Beuvray dans
celle-là, les

Morvan de Bourgogne, Gergovie
vergne, malgré
ci,

près de Clermont d'Au-

les

135 hectares de

75 de celle-

n'étaient que d'énormes refuges dressés au milieu des

bois et des rochers, à plus de 800

ou de 700 mètres de
tendait aussi vers des

hauteur. Mais la vie en
sites plus hospitaliers.

commun

Lutèce était née dans l'île des PariBordeaux, autour de Vestey de la Devèse, à l'endroit où ce ruisseau sacré rejoint la Garonne; Avaricum ou Bourges, sur la presqu'île qu'entourent les marais de l'Yèvre et de l'Auron; Narbonne, auprès de l'Aude en sa fin; Arles et Lyon, sur les collines qui dominent, là-bas la fourche et le delta du Rhône, ici son confluent avec la Saône; Toulouse, sur le large plateau^ qui commande le passage de la Garonne et le débouché des routes
siens;

venues de

la

mer

Intérieure; Orléans et Nantes, ports sur
la
ville,

de Vieille-Toulouse, d'où 1. Plateau descendra à son emplacement actuel.

sous

Auguste,

le merveilleux isolement de sa colline. les grands rassemblements de foule. et cinquante lieux de ce genre. En cent autres lieux. : marchés de paysans. la « 143 Loire. où l'on s'embarque pour la Grande-Bretagne. : Pour satisfaire à cet intense va-et-vient. de vastes esplanades invitaient les hommes à des réunions périodiques. L'activité des hommes ne se concentrait pas dans ces endroits de domicile permanent. citadelle et port sur la Gironde. qui devaient demeurer ou devenir métropoles des provinces de France. routes populeuses. bénis des dieux et chéris les des hommes. où pouvaient passer en masse. les vieilles pistes des défricheurs néolithiques s'étaient transformées en de très larges routes. entre toutes. Nîmes. de parler et de crier ensemble en quelques heures fiévreuses ou plaisantes on y dépensait plus de vie que dans la longue succession des mois de travail banal. le passage incessant de marchands et d'étrangers. Blaye. jours de fête qui étaient en même temps des jours de foire. à la lisière d'un bois fréquenté.VÈPOQUE DES GUERRIERS. et. et émotions qu'y provoquaient nités. à la fois villages de travailleurs.^ sans trouble et sans arrêt. et les troupeaux aux époques^ . en ces âges anciens. à des points frontières. toujours à portée des bonnes terres et des les Ailleurs. sanctuaires de pèlerins Boulogne sur Manche. auprès d'une source illustre. ont rendue plus vénérée et plus célèbre que les plus peuplées des métropoles. Dreux à portée de la Beauce aux moissons inépuisables. se tiennent « modestes bourgades des paj'S ». marché sur la Seine. Locmariaquer. gîtes d'étapes. Rouen. l'attrait la passion des affaires. les On aima beaucoup. au-dessus des eaux jaillissantes de sa Fontaine divine. la à des carrefours de routes. sur ses monts ». le voisinage des divi- du plaisir. la joie de faire nombre. Alésia de Bourgogne. que ses eaux bienheureuses. de jouir. port des Vénètes du Morbihan et peut-être leur lieu saint.

Les provinces. sur le sol de France. les grandes lignes de voies ferrées qui encadrent ou qui sillonnent la France actuelle sont les héritières de routes que les Gaulois ont connues. sur ce Rhône tempétueux Romains jugeront indomptable. à leur tour. convois d'artillerie le CCS routes étaient construites et entretenues ou d'intendance.144 DE LA GAULE A LA FRANCE. On ne sait : comment mais soyons assurés que des règlements comnmns à toute la Gaule veillaient à leur bon état. Et ils ont su également ouvrir des passages. et les caravanes en toute saison. long du Rhône. au Petit ou au Grand Saint-Bernard. les guerriers de transhumance. s'emparent de ce sol pour le marquer à leur empreinte. Sauf dans les régions . César en fit près de soixante-quinze en vingt-quatre heures. et les Helvètes ébauchent la Suisse. ces derniers venus des groupes humains. Voilà donc tracées pour toujours. les lignes générales qui guideront les gestes et les mouve- ments de sa vie. : . De nouvelles ont apparu les Salyens viennent de dessiner la Provence. au moins dix mille hommes. marchait à raison de trente kilomètres par jour et davantage. des « ports » suffisants. à Roncevaux ou au Pertus dans les Pyrénées. avec quatre légions. les Séquanes la Franche-Comté. Verdun et Metz. les Volques le Languedoc. Hannibal. les Allobroges le Dauphiné. et peutà Pont-Saint-Esprit. de Marseille à Bordeaux par Narbonne et Toulouse. de Paris au Rhin par Reims. Des bords du Rhin au col de Roncevaux par Paris et Bordeaux. et aux mois de campagne. Quand les Carthaginois ou les Romains entrèrent dans le pays. fantassins. à Nevers. de être même les que Boulogne à Marseille par Alésia ou par Langres. cavaliers. ils n'éprouvèrent jamais la moindre difficulté à transporter leurs troupes. au Cenis ou au Genèvre dans les Alpes. sur les routes d'Auvergne. à Paris. On avait bâti des ponts de bois à Orléans.

la tribu pays » (pagus) est réduit à une vie obscure de travail et de dévotion autour du lieu traditionnel où respire son Génie tutélaire. sanctuaire pour les Médiomatriques de Lorraine. chaque province. Arverncs et Bibracte chez Éducns La Gaule s'acheminait donc à son tour vers ce régime municipal qui fit la beauté. De la telle ses marqu'Athènes pour JvLLi. des règlements de finances. C'est la province qui a pris la direction des affaires publiques. bourg principal pour les Rèmes de Champagne. Elle a son chef militaire. roi ou vergobret. à l'époque fabuleuse d'Hercule et de Thésée. sont institués au-dessus des coutumes des cantons ruraux. faisant d'une ville cenle trale son autel et son foyer. Les tribus des plateaux et des confluents parisiens se ranîle. — Gaule à la l-rauce. et le domicile moral de tous le ses citoyens. geront ainsi sous les lois de Lutèce en son devint citadelle pour les J'ai déjà nommé les trois plus célèbres de ces capitales. Metz. La ligue de tribus se muait en une « cité ». le lieu de rassemblement de leurs forces associées. reculées 145 où dominent la forêt ou la montagne. le cénacle et le donjon de leur union indestructible. avaient fait d'elle leur capitale. Une loi commune. Il va se passer chez nous ce que la Grèce avait vu. Et ici se présente un fait de première importance pour les destinées de la Gaule et de la France. forum de chands temple de ses dieux. 10 . qui est en même temps juge et administrateur. leur ville unique et maîtresse. les Gergovie chez de Bourgogne. peut-être les premières nées des métropoles de la Gaule celtique : Avaricum ou Bourges chez les les Bituriges du Berry. Surtout. et Reims.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS.vN. lorsque les villages épars des dèmes de et l'Attique avaient reconnu la suprématie d'Athènes. l'acropole de ses chefs. chaque ligue de tribus veut avoir sa capitale. la grandeur et le charme du monde méditerranéen. patrie de sol et d'âme. devenues le plus souou « le vent des affaires de guerre. près de mille ans auparavant. Besançon Séquanes de Franche-Comté.

Sous le régime municipal qui s'inaugure. de ses la campagne ne compte plus : villages épars et ses sanctuaires vieillots. au contraire. n'est jamais treinte et de fertilité médiocre. ce 1. ville.146 DE LA GAULE A LA FRANCE. les villes auront beau croître en étendue et en beauté. ville et campagne ont trop besoin l'une de l'autre pour ne pas s'entendre et travailler chacune à titre égal. en montagnes et en sources célèbres. auront leurs fils passionnés. de la cité. elles aussi. en forêts. La terre où ils habitent a trop de valeur pour qu'ils ne réclament pas leur part de gloire et de pouvoir en face de la capitale. fut en partie comme chez les Gaulois la ville n'absorba pas le territoire. en villages. en lieux de prières. leurs bienfaits et leurs séductions. par : exemple. abondante en cultures. et qui transmettront à ces fils leurs coutumes. qui est une région naturelle de la France. Bourgogne ou Berry. le lieu demeures que par d'ailleurs et de ses richesses ses elle de convergence de ses cultes. en champs de foire. elles demeureront toujours encadrées et soutenues par des terres fécondes et sacrées qui. Auvergne. Alésia. que Rome. Mais chez les Hébreux. la A Rome. Bibracte ou Langres. Bibracte chez les Éduens. en domaines. la Tyr ou Carthage. qu'un terroir d'étendue resEn Gaule. Gergovie. vu l'importance du temple et la force de l'unité religieuse. Bibracte ou Bourges commandent à un immense et opulent territoire. est une colline trop sainte pour se laisser perdre dans le rayonnement d'une métropole. En France. Jérusalem valut plus chez les Hébreux que. Toutefois. chef-lieu de tribu rurale. ou Mais le Marseille ici-même régime municipal s'annonçait dans Gaule sous une allure différente de celle qu'il avait prise aux thage. ses marchés et ses remparts. Les hommes et les dieux de cette campagne ne se résigneront jamais à n'être que les sujets anonymes et dociles d'une ville lointaine. Je devrais ajouter Jérusalem. à Athènes ou à Caravec ses sanctuaires. est l'énergie éminente et le principe substantiel rives de la mer Intérieure. . l'Attique ou Sparte pour la Laconie. telle ^.

des ruines et des sites humains se référant à l'époque gauloise. tiques et des assemblées religieuses. Voici. erreur dont on commence enfin à revenir. Tout cela ne fait-il pas une patrie? et la gloire de leurs aïeux. moins de dix millions. qui n'est lions. Je ne puis en aucune manière souscrire aux chiffres très faibles donnés par les systèmes courants. Ces hommes ont même langue et même nom. ou au milieu d'humbles travailleurs qui ne comprenaient que la besogne du pain quotidien. l'examen attentif des évidemment qu'approximatif. Ils ont des chefs souverains. ils sont à la fois un peuple et une ils église. Pareille erreur a été souvent commise pour le Moyen Age français. résulle de textes. fidèles qui la servent. ne parlerai-je pas d'une patrie gauloise? Voici une contrée que la nature a pourvue de vaut mieux. et l'existence d'une patrie ne dépend point du Il est certain que ces patriotes de d'élite isolées la tion. Par les souvenirs de leur histoire ils communient dans le passé. Mais cela s'est vu en d'autres temps et chez les nations les plus solides. . ce qui solidarité entre les terres intérieures. La Gaule est un corps qui a sa pensée. C'est la méconnaître absolument le caractère et l'intensité de vie antique. et une vie très puissante. Et il se trouvera des hommes qui aimeront cette Gaule comme une femme. après cela. et la même vie. et qui sauront mourir pour elle. Gaule furent l'excepau milieu d'ambitieux qui restaient attachés à la fortune de leur cité ou à l'intérêt de leur maison.L'ÉPOQUE DES CUElilUERS. communient dans le présent par l'adoration de dieux nationaux. ils ont des lieux de rendez-vous universels. quelc|ues âmes nombre des 1. se répand en tous ses membres. sa tête et ses organes. les uns rois et les autres prêtres. et parfois même moins de cinq milCe chilTre. et. une mère ou une déesse. ils communient dans l'avenir par les leçons d'espérance et de foi que reçoit leur jeunesse. d'une étroite dans ce pays. trente millions d'hommes' qui ont fixé pour toujours les foyers de leurs résidences et les routes de leurs relations. des conseils polifrontières naturelles. 147 Comment.

On a prononcé le mot de décadence à propos de l'état de cette Gaule elle avait. III (écrit peu avant 1856). trop bavards et trop personnels. et chaque cité. de même. En grandissant. chaque famille même. allemands et français. Les Gaulois étaient trop vifs. chaque tribu. est également certain que la force prise par les cités une entrave à l'entente gauloise. Rœmische (p. pour ne point se livrer avec ardeur aux discussions et aux conflits politiques. atteint le degré de civihsation qui lui était départi par les destins. le patriotisme municipal fit concurrence au patriotisme national. t. Mais les luttes de partis sont inséparables d'une vie de liberté et de l'exubérance d'un tempérament. Mommseii. et elle ' : descendait la pente qui entraîne vers la mort vieillissantes. étaient des hommages rendus à l'unité d'une nation.148 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. ses Mazarins et ses Frondeurs. les nations justifier 1. p. fut souvent : si funestes qu'elles soient devenues. luttaient pour l'hégémonie de la Grèce. Les écrivains qui ont parlé ainsi ont voulu la défaite de la Gaule. eut ses Armagnacs et ses Bourguignons. le triomphe de Rome et Gescbichte. la 241 219 de . a-t-on dit. première édition). ils se divisèrent en deux camps. A propos de cette lutte pour le principat entre Arvernes et Éduens. après lui ou d'après lui. ses Huguenots et ses Papistes. Mais des querelles de cette sorte. La France a traversé des crises tout aussi redoutables. Les Éduens de la Bourgogne disputèrent aux Arvernes de l'Auvergne le privilège de commander à la Gaule Athènes et Sparte. et je viens d'y faire allusion : compromise d' « que ». et bien d'autres écrivains. je veux dire par là ses partisans des Arvernes et ses partisans des Éduens. son unité morale n'a été un instant pour reparaître ensuite en la forme union sacrée plus solide et plus douce. Il est certain enfm que l'esprit de parti troubla souvent la vision de l'intérêt général.

ni les dences urbaines. ce ne sont pas seulement des marchandises et de bons rapports. ce qui s'échange. pour les tremblements de la décrépitude. ni la régularité des résidieux à figure humaine. rien en un mot de ce qui assurait l'exis- aux cités de la Grèce et de les l'Italie les agréments de les tence et la sécurité des relations. et non pas remarques d'historien. ni les pièces de monnaie. n'était que les tâtonnements d'une adolescence qui désire s'instruire et qui hésite sur la loi de son avenir. Mais voici que Grecs ont bâti Marseille. chez les Gaulois. ni les de l'art. Elle ne connaissait ni les lettres de l'écriture et de l'épigraphie. c'est que. Alors. les routes et les villes de leur pays. Ce qui manquait A la Gaule. rimpérialismc latin. quel signe reconnaîtrcz-vous qu'un être est en décasi vous brisez sa vie par une mort violente? Que de fois ce mot de décadence a alors été brutalement proféré le ou perfidement insinué pour amener chute de la France. avec caractères helléniques. et que les rues et les temples de leur Grecs ouvrent aux Gaulois entre Gaulois et Grecs. Mais ce sont propos d'une politique misérable. Que les prêtres de Gaule aient vu d'abord avec déplaisir cette pénétration d'idées étrangères.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. c'est possible mais ils ont : vite accepté et suivi portait les eux-mêmes le courant invincible qui Gaulois à une existence nouvelle. fut divulguée L'écriture. d'entrer dans le monde se à accepter la qu'elle recueillait avant plus brillant des renouveaux ou la plus ! complète des victoires Ce qu'on a pris. même. . mais aussi des leçons et des sentiments. que Gaulois ouvrent aux marchands les de Marseille cité. nouveau. par delà l'apothéose préparer ravènement d'un empire A dence. progrès ou en dédaignait les avantages. ni les édifices images de pierre. elle vivant à l'écart en ignorait les de la civilisation méditerranéenne. et parfois 149 des empires du passé.

ils firent dessiner des emblèmes empruntés à leurs cultes Sur le ou à leur vie militaire^. Ils combinèrent en spirales ou en courbes d'une variété infinie le prestigieux signe en S. le sceau mystérieux de la divinité. Mais enfin le désir d'avoir les dieux près de soi fut plus fort que tout. elles hésitèrent à modeler des dieux à la ressemblance des hommes. Éduens. en ce tempslà. modèle des statères d'or et des drachmes d'argent. les Leroux. pour ces temples où la divinité siégeait en un asile inviolable. ressemblait à : Hermès. Voyez Blauclict. Les Celtes de Provence et de Languedoc ne pouvaient visiter Marseille sans être saisis d'admiration pour ces remparts droits et solides. c'était un peu échange de dévotions. et les Gaulois taillèrent dans des troncs d'arbres leurs premières idoles. Arvernes. le serpent linéaire qui semble avoir été pour eux et. Ils s'habituaient de plus en plus à comparer leurs dieux avec ceux des Grecs rapports de marchands. Ils comprirent que 1. pour peindre ou graver les documents qu'on voulait soustraire à l'oubli. ainsi qu'avaient fait les Grecs pour leurs plus lointaines Art émis. Leurs mains mala- droites tardèrent plus longtemps à façonner des images. dans la Gaule. par respect pour la tradition. à la surface aplanie. et que Tentâtes. . 2. En supposant que Gaulois n'en aient pas eu l'idée par eux-mêmes. on s'en servit pour les actes publics.150 DE LA GAULE A LA FRANCE. 1905. pour ces rues où les maisons s'alignaient en un rythme symétrique. éducateur des hommes. législateur de son peuple. Paris. Grecs et Gaulois trouvèrent bientôt que Bélénus ressemblait à Apollon. et après s'être bornés à copier grossièrement les images des pièces grecques. Armoricains et autres frappèrent des monnaies de bon aloi et de type constant. Les Gaulois apprirent à traduire leurs pensées par des figures qui en furent les symboles"^. aux pierres énormes et régulières. Traité des monnaies gauloises.

ut non Grœci in Galliam emigrasse. en hésitant. ut deos eorum adorare liceret (Justin. 151 c'était la pierre taillée qui faisait cette puissance et cette harmonie. Les expressions de Trogue-Pompée sont évidemment excessives et tendancieuses : mais cela même semblerait prouver qu'il a voulu rappeler les droits de la Grèce comme éducatrice de la Gaule et réagir contre les prétentions de l'amour-propre romain. 4 Ab his (les Marseillais) Galli et usum. dolmens et tertres élevés étaient disparus des usages funéraires. Les morts. Je ne suis pas sûr que point pris contact avec Druides eux-mêmes n'aient d'Artémis ou les lettrés les prêtres de Marseille. que les Druides se sont inspirés de Pythagoi'e. Mais. Tune et legibus. 1. et que les Druides et l'élite des Gaulois ont dû Ctre curieux de toutes les choses helléniques qui étaient à leur portée. résistaient au progrès et se contentaient de chambres misérables creusées dans la terre : car il y avait longtemps que menhirs. les les vivants se entraîner aux choses nouvelles. deposila ac mansuefacla barbaria. Mais on ne peut pas non plus la négliger. adeoque magnus hominibus et rébus imposilus est nitor. non armis vivere (ceci est exagéré). tune viiem putare (très tardivement). On ne peut certes pas accepter telle quelle l'assertion 2. 8). étant donné que ce détail remonte sans doute à un écrivain grec contemporain d'Auguste. 5). Car le Gaulois aimait ses voisins. -. XLIII. sed Gallia in Grœciam translata viderctur. sans renoncer laisse Barbares Qu'on l'initier donc la à la culture méditerranéenne. voyez ce roi gaulois qui demande aux Marseillais d'être admis dans leur ville. et jugeait inutile de construire pour les défunts une solennelle sur un Celte demeure faisaient un sol qu'ils allaient quitter pour toujours. le prêtres même goût des entretiens avec ceux qu'il appelait des Gaule demander à la Grèce de Peu importe qu'elle s'en instruise d'abord lentement. XL III. et le Grec. Et l'on vit peu à peu clans la Gaule se dresser des remparts pour les villes et peut-être des temples pour les dieux *. et . 5. cuUioris. à rencontre des morts. avait étrangers. 9. contemporain d'Auguste). vitse. C'est ce qu'on appelait « le philhellénisme » des Gaulois. et agronim : cultus (ceci est exagéré) et urbes mœnibus cingere didicerunt. d'Ammien Marcellin (XV. Justin (résumé de Trogue-Pompéc. et il était curieux d'apprendre ce qui venait de loin.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. disciple les d'Hérodote. qui est un homme du pays. tune olivam serere consuerunt. eux.

sans rien perdre de ses libertés. Provence. » 2. après cette défaite. qu'elle a reçu d'eux la forme de ses dieux... à de chères habitudes. : territoire.. Mais son ambition eut pour appui la sottise de Marseille et celle de la Gaule. Les progrès les plus sûrs d'un peuple ne sont pas les plus rapides.. chap. p. originale et charmante *. Admirons. comme nation. ce qui vaut mieux encore.. au delà des Alpes. D'une alliance spontanée entre la nature gauloise et'r'éducation hellénique. elle coupa la Gaule en deux comme . Mais Rome. l'histoire était en droit d'attendre une civilisation nouvelle. en supprimant l'hégémonie arverne et en soutenant. 6. ni ceux qui lui ont été imposés. qui portent une certaine probité dans rexcrcice du crime. On n'avait pas même cette justice des brigands. ]\Iarseille eut recours à cette amitié pour se débarrasser du voisinage. sans rien perdre de ses facultés propres. à l'aide de son alliance. les prétentions des Éduens. des Celtes de Provence. « la profondeur » de la politique romaine-. : . » Considérations ^ur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence.. Cupidité des particuliers. les directions de son art et de ses lettres. Rome ne le permit pas. C'est de cette manière douce et consentie que Rome s'est fait élever jadis par les Grecs.. et. avarice pubhque. mais 1. Languedoc et Dauphiné. avec Montesquieu. 205) revendique hautement pour l'historien le droit de rechercher ce qui « La considéaurait pu arriver sous un autre cours d'événements ration des cas hypothétiques a cela d'utile qu'elle oblige à distinguer soigneusement ce qui dans l'histoire est nécessaire de ce qui n'y : est que contingent. en annexant les terres du Midi. Elle vainquit Bituit. qui toutes deux crurent en l'amitié du peuple romain. 1867. Litlré (Études sur les Barbares et le Moyen Age. ne travailla que pour elle.152 DE LA GAULE A LA FRAS'CE. Mais il ne faut pas méconnaître que Montesquieu ne fut jamais dupe des Romains « Ils ne faisaient jamais la paix de bonne foi. parfois gênant. et qu'elle les a reçues en les adaptant aux traditions de sa langue et aux pratiques de son esprit. roi des Arvernes et chef de toute la Gaule et.

L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. la il de ses aïeux. Pas une seule fois Vercingétorix ne parla ou ne combattit au nom des Arvernes. imposant à l'univers le respect de son droit et de sa liberté '. les réussit-il un instant toutes fut vaincu par le cités ville contre royale Jules César. ce qu'elle était et ce qu'elle pouvait devenir. la cité sainte des Celtes. Mais la Gaule. rappelons qu'elle était 153 de criminels. unie et invincible. Vercingétorix. En vain l'héritier des chefs à soulever Il le arvernes. et. sut prendre la Gaule chef. 29 : Verdngétorix proclame (se) iinum Cailla' cffcclurum. dont le par réclamer la Gaule pour lui-même. Je suis convaincu que César rapporte toLiiis consilium des paroles réellement prononcées. Jules César. vainquit devant Gergovie. levée contre l'étranger. eut la vision de la Gaule entière. plus fort que lui. VII. ne formant qu'un seul corps. finit et la garder. Dans il ses heures d'espérance et d'enthousiasme. Alors. De bello Gallicn. . La guerre civile éclata entre les deux partis gaulois. qui ne procéda pas autrement que le bandit d'outreRhin. Ariovistc. tout fut fini Du moins elle avait montré. cujiis consensui ne orbis (jiiidcm terranini possil obsisterc. proconsuls avides de gloire et brasseurs d'alTaires en quête service au de placements. mais toujours au était sa vraie patrie et le nom de la Gaule. n'ayant qu'une seule volonté. par cette suprême résis- tance et par l'apparition de ce chef. Les autres se confièrent en un proconsul de Rome. par la vertu de sa concorde. Romain devant pour Alésia. Ils rivalisèrent d'ailleurs de maladresse et de crédulité. 1. noble entre tous. Cette Gaule ses mot sacré du ralliement de hommes. Les uns se confièrent en des mercenaires germains. mais qui.

autre paix romaine. la vigne. culture. la Gaule transforma à sa vie politique et sa vie morale. Le régime municipal. Intensité de la commerciale . de inestimables services rendus par le Corpus inscriptionum Latinarum. Ce ne fut pas seulement une nation qui perdit sa liberté pour être la de toute étude sur la Gaule romaine. décadence maritime. cités et Les tombeaux de pierre. en tète les rappeler . Lyon capitale Amour-propre gallo-romain. XII et XIII. . Elle fut soumise à des maîtres. parus à l'ouvrage est en ce Berlin en différentes parties depuis 1888 moment inachevé. romaines. Victoire La fièvre d'art. 1. — Nouveaux — — Plus de variété dans la : La construction en pierre les villes villes et routes. Souveraineté de la tangue et de la littérature latines. Mœurs Faiblesse du génie latin. — L'armée gallo-romaine. la fois Incorporée à l'Empire romain. Il est bon. — Gaule des éléments d'unité. relatifs à la Gaule. sites — — La terre. triomphe du style classique. — L'Empire en état de siège. et la soldats barbares et pacifisme des civils. elle nement et prit les usages de ces maîtres. héritières — vie industrielle et — — — — — « ». source d'audes pays persistance des — Toute-puissance du grand domaine. torité. t. de villes gauloises. gallo-romaines. — Ce que fut passer l'invasion germanique. son gouveret ses habitudes. — Rome laisse principe d'unité. de la mythologie. — urbains. — Maintien en son Conseil.VI L'ÉPOQUE IMPÉRIALE L ETAT ROMAIN Beauté apparente de VEmpire romain.

plus de partis qui se quepaix et loi Au . car les écrivains de Et nous délirons à leur suite nous ont élevés et élèvent encore notre jeunesse. ce furent cette nation qui entrèrent société civilisée 155 les hommes de comme Romains dans la grande : du monde méditerranéen car Marseille. Et plutôt plus'quc moins. à deux mille ans de la défaite de nos pères. c'était un spectacle splendide que Empire romain. façonnés aux mêmes coutumes. image du se sous la d'un empereur divin. le pêcher. et ce que valurent. promenades joie d'été. la joie du Midi. remit à Gaule. et le cerisier. et la vigne. l'oli- gourmets. la ciel le travail garantis à la terre. Gaule lui-même compléta son éducation sous Il dut au nouveau régime des cultures qu'il avait ignorées jusque-là. une mentalité de vaincus qui acceptent leurs maîtres et qui les Rome adorent. patrie unique et école suprême de cent millions d'hommes '. d'un côté l'éducation et de l'autre 1q gouvernement. des familles. . ce qu'on a appelé « le génie latin » et « la paix romaine ». plus de nations qui s'entre-déchirent. Voyons la réalité à travers les phrases. Plus de rois ennemis. et plus de jouissances au cœur des hommes. 1. ils prolongent en nous. ils nous imposent leurs sentiments de vainqueurs. rellent. joie des siestes et des joie des vier. province d'un immense État. joie de France entière. et ces hommes comprenant tous. priant les mêmes dieux. conquise par César. ses maîtres romains. tels que seraient les enfants d'un père de famille : historiens et siècles poètes de Rome ont déliré pendant des dans : l'admiration de cette œuvre. Ils connurent le platane à la fraîcheur inaltésol Le de la rable. qui mirent à la surface plus de variété.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. celui de cet l'Italie le soin d'instruire la premier abord. parlant une même langue.

Je ne dis pas que l'éducation romaine ait détourné les Gaulois de la terre. le sol de la riche que soit le par Gaule. celle de la nature par le cultivateur. . plus de vie à assurer aux hommes. de façon plus délicate et moins monotone. aimée en ce temps-là. Voilà des siècles que la Brie et la Beauce ont leurs blés. l'Artois ses lins et le Quercy ses chanvres. en ce genre. ceux de la Bourgogne encadrant Beaune. au contraire. plus de terres à donner au grain. et surtout de ce luxe de table qui fut la frénésie de la civilisation latine. : la Champagne manquant Mais. au voisinage des embouchures de fleuves. les serres. ceux des coteaux parisiens. les amenèrent à multiplier dans leurs domaines les vergers. les jardins fleuristes. et non pas à la forêt ou au marécage. non point avec plus de force. Mais les : Romains n'y songèrent point. la si seule à l'appel. et davantage. des Graves bordelaises. C'était pour notre pays une richesse sans limite. La vigne fut. a été fait par les néolithiques ou les Ligures. Ils l'ont. des bords de la Moselle. les potagers. et ils abandonnèrent la tâche aux moines chrétiens ou aux ouvriers de Sully. ceux du Rhône aux flancs de la Côte-Rôtie. Les recherches du bien-être et du luxe. Certes. Il y a beau temps que l'essentiel. elle occupa rapidement les terrains qui lui étaient favorables et engendra aussitôt les vignobles de gloire française ceux du Languedoc autour de Béziers leur capitale. les pépinières. était encore abominablement enlaidi par de vastes étendues de marais stériles et funestes il restait un noble travail à faire pour de nouveaux Hercules. don fait à la terre de Gaule conquête romaine.13(i DE LA GAULE A LA FRANCE. mais avec plus de goût. et c'était pour ses habitants un motif de plus d'aimer la vie que leur faisait la terre. gardons-nous de croire que cette conquête en ait provoqué une autre. à peine inférieure à celle du blé. le grand bienfait. Que la vigne gauloise soit fille des cépages de Marseille ou de ceux de la Campanie (car cette affaire fut surtout aux mains de vignerons grecs). Les terrains que soumettent les vignerons sont enlevés à d'autres cultures.

cela va sans dire. temps de la Par suite de cet appel forcené à la pierre et à l'argile. roses et de violettes. dans assises les de marbres pyrénéens. ce qui lui restait d'or et de cuivre. et qui semblaient continuer dont ils sortaient. en ciment. 1. et même d'espérance morale. couvrit. Il prit l'apparence que nous lui voyons aujourd'hui. du Rouergue ou du Gévaudan K Les : la brique et de la pierre de taille étaient venus Gaule montra que.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. réservé aux habitations et aux marches humaines changea brusquement d'aspect. le forçage ou l'hybridation. que quelques faits. et la tombes \ aux abords des demeures. Je ne cite. durs la terre i gaire. On eût dit que la vie humaine. de fait politique. qui ne devait plus s'interrompre. s'ouvrit à une vie plus profonde. et. la . Picard). Une végétation de murailles en pierre. en brique. il livra ce qu'on sut en tirer d'argent. Les Vases céramiques ornés de Gaule romaine (1901. et l'on \ commença de la ' à tailler largement dans les bancs de calcaire les Saintonge ou du Jura. de France reçut ainsi la plus gaie si de ses parures. de pensée religieuse. des plomb et de fer. de fruits et de fleurs. il se couvrit d'édifices attachés le sol comme le rocher. de plaisir vulà lui. Sondé et creusé en tout sens par les prospecteurs de mines et de carrières. plus que pays au monde. elle était capable de les faire durer éternellement. les plus connus ou les plus caractéristiques. poussa de partout. 157 : par la grefYc. i Afin d'orner le sol se les tables des vivants et les des morts. Il n'y eut pas de groupement social. Mais qui sait la Marseille n'avait pas été première à la tisser sur la terre de Gaule? Le sous-sol. Voyez le travail de Déclielette. de son côté. qui ne se traduisît par un édifice bâti et immuable. et l'on puisa sans arrêt dans gile couches d'ar- de l'Auvergne. Paris. à y produire toutes les espèces possibles de légumes. et de dresser des villes aussi drues que ses moissons.

3''. Mont-Louis De Pachtere. La Civilisation romaine (à Nîmes). cirques. amphithéâtres et thermes pour l'amuse- ment de tout monde. 1889. ces mêmes ensembles de pierre. Clermont gallo-romain. Aguœ Sextiœ. 5 vol. ornés de statues. Allmer. taines K et le les eaux pures des sources loin- A part la lumière qui éclaire et qui réchauffe. Paris.. publication municipale. fil porteur de paroles. formant un réseau de chemins coupés à angles aux contours réguliers. Recherches sur les aqueducs et cloaques de la Gaule romaine. dans Nîmes et le Gard. arcs de triomphe pour le glorifier l'histoire. basiliques et curies pour les séances des magistrats du sénat. Ces mêmes principes de construction. la ville moderne n'offre aucun élément que n'ait réalisé la ville romaine. que On construisit des villes qui. de hauts et larges monuments précédés de colonnades. Picard. de maisons. ne pouvait plus dans un cadre de pierre.. 1921. 1919. ressemblèrent aux nôtres chaussées rectilignes. 1916. Dragon. ces mêmes attitudes de la vie sociale. . . Blanchet. 1. Fr. qui leur amènent. Clerc. Autun et ses monuments. couronnés de frontons et dominant en souverains le peuple des maisons le culte humaines tassées à et leurs pieds : temples pour des dieux. Castan Besançon et ses environs. dans Allmer et Dissard. Association Pro Auentico . au travers ou au-dessous de un système d'égouts qui les débarrassent des matières usées. Delaroche. à l'occasion du Congrès de l'Assoc. Secretan. Besançon. : somme toute. Jacquin. se retrouvent dans de simples bourgades. Aix. nouv. Lyon. Citons ici les meilleures monographies de villes gallo-romaines : Harold de Fonlenay. t. de Boccard. s'agiter au delà même de la mort.éd..15» DE LA GAULE A LA FRANCE. I. en un conduit souterrain ou sur les arcades d'un aqueduc. 2. bordées de trottoirs et droits. Aulun. 1888-1893. entou- rées de portiques. Musée de Lyon. éd. 1912. Paris. Paris. 1910. 1901. Arles antique. Paris à l'époque (jallo-romaine. Aventicum. 1908. dans Mélanges littéraires publiés par la Faculté des Lettres. Inscriptions antiques. des places centrales. elles aussi. et un système de canaux ces rues et de ces édifices. théâtres. Lausanne. 1912 (Nîmes. Clermont. qui. Dejussieu. Audollent. et. Constans. pour rAvancement des Sciences). çà et là. Mazauric. bénéficiaire de tous les architectes du monde antique -.

le plus souvent. chemins ferrés ces levées ». les sillons nécessaires De même. des bourgades et des forteresses de la liberté. là passait elle. 1. ni leur allure. Les Fins il' Annecy. les ont leurs théâtres. et pjarées Il comme la loi n'était pas jusqu'aux routes à quoi maçonnerie n'y avait eu ne s'imposât comme du temps. qui a su franchir marécages sur pilotis. Annecj'. en solidité et en résistance. « Là où trouve ces ». est le travail le plus fouillé que nous possédions sur un viens de Gaule. . leurs aqueducs et leurs édifices publies^. de ciment. la il et d'eau chaude. ne sont. on enfonça sous terre une muraille compacte de blocs.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Mais qu'on ne s'y trompe pas. qui. aussi stable dans sa masse de pierre du sous-sol cjue les arcades des arènes au-dessus du pavé des villes. ces villages. qui a su gravir les les montagnes par des pentes continues. ces villes de la Gaule romaine. déjà la route de la Gaule indé- pendante. C'est et la première. ces villas. Là où qu'une surface fragile. survécu jusqu'à nous. et un modèle du genre. leurs thermes et leurs temples. celles-ci à surface très mince et nécessitant sans cesse des chargements ou une réfection. eux aussi. routes de pierre qui sont les témoins de la voie latine. et également décorées de portiques. dans villas. profonde parfois d'un mètre. 159 ont leurs rues. Et c'est pour cela qu'elle a. que les héritières enrichies des fermes. elle qui a tracé pour guider les marches humaines. par Marteaux Le Roux (1913. elles aussi en pierre et en brique. et 2. Abry). en tant d'endroits. La grandeur romaine a procuré à nos routes de Gaule un vêtement de pierre presque inusable : Rome ces « ne leur je a indiqué « ni leur direction «. et la voie romaine fut alors pareille. dans les marchés sacrés de la campagne. à un chemin de ronde sur la courtine d'un rempart -. pourvues d'eau froide des sanctuaires. Ceci est la grande différence entre la route romaine et nos routes contemporaines. de cailloux. La monogi'aphie de Boulse.

Vichy. Luxeuil. Ils se transportèrent dans leurs nouveaux : domiciles. sont des villes entièrement neuves. édifiées sur des coteaux qui n'avaient reçu jusque-là que on les des villageois au labour ou des dévots en prière a construites pour remplacer Bibracte et Gergovie. et d'autres encore. et cent autres mais la Gaule indépendante n'ignora les mérites tière coloniale : . aucune de ces villes n'est une création franchement origielles furent tracées pour nale. Au reste. Vienne. combien de villes romaines ne sont que les avatars de résidences celtiques ou ligures Avant d'être la colonie capitale du Midi. elle les Gaulois et leurs aïeux ont aimé de la Cité. aux temples et aux thermes de marbre. devient le lieu de séjour de leur aris- n'existe l'île que parce que tocratie. juchées l'existence à la fortune ou : trop haut. La Gaule romaine a suscité des villes d'eaux magnifiques. et l'habitation se humaine familiarisa chaque jour davantage avec les coteau ou la plaine. après avoir été le port des marchands allobroges.160 DE LA GAULE A LA FRANCE. dieux et magistrats en tête c'était le déplace- ment non pas la fondation d'un foyer municipal. sous un gères. Luchon. quelques-uns de ces lieux bâtis doivent aux habitudes des âges nouveaux. et Les hommes de villas de villages ou de vieilles comme les rudes repaires de hauteur où de villes. Narbonne a été le siège d'un puissant royaume. s'étaient sentis attirés les terres et les routes d'en bas. et qui n'était pas très loin de là. Glermont. ciel inclément. A côté. Autun. ont quitté les malheurs des temps et de le pratiques avaient logé leurs aïeux. Rien ne nous dit que Trêves ne soit pas l'héridu lieu sacré ou du marché central des Trévires. capitale romaine des Arverncs. Sans doute. Néris. avant par fit l'arrivée de César. Lutèce a beau couvrir de superbes édifices et 1 à la mode latine sa pieuse colline de la rive gauche. Mais on a vu que Gaulois eux- mêmes. imaginée de toutes pièces : recevoir les habitants d'une ville antérieure. capitale romaine des Éduens. et la loi de Rome ne que les inviter à s'en rapprocher plus vite. Aix-en-Savoie. loin des routes passaces villes.

d'aucune de ces eaux. où la population gauloise ne s'était groupée qu'en hameaux ou en fermes. Tellement il est vrai de dire que les Romains furent plus souvent les sectateurs du passé que les prophètes de l'avenir 1 siques Pour venir plus tard que les vivants aux habitudes clasdu Midi. depuis la portaient haute d'une coudée jusqu'au mausolée de cent pieds. 1914 (Annales de 1. éternelles et connues de tous. image ou inscription et d'ordinaire ils bordaient les grandes routes. un travail de premier ordre que celui de Fr Comment la Belgique fut romaniséc. XXVIII). Paris. s'en éleva de dimensions et de formes infinies. ils Mais tous étaient de pierre ou de marbre.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. pour rappeler davantage le défunt aux êtres qui Bonnard. H . En Flandre. A tombe le 11 sans nom et sans figure. aussi complètement. Nîmes. dans le bas. Narbonne. à l'oinbre de ces même Fontaine. Si les habitants de Nîmes ont quitté les « monts » d'où jaillit leur Fontaine. les morts de la Gaule finirent par les accepter magistrats. Arles. à demi invisible. et cette région devait un jour produire les plus riches ateliers de labeur citadin que la Gaule ait jamais possédés dans ses frontières. une abondante floraison de colonies romaines ou latines. Pion. Orange. Jui-LUN. ils voulurent la avoir leurs demeures de pierre. t. — De la Gaulo à la France. au contraire. et protection de dieux au elles 161 nom celtique sourdent toujours sous la '. comme grands ou la plèbe. le long de la Méditerranée et du Rhône. comme aux les dieux. Vienne mais c'est que les hommes de ces pays : s'étaient de longue date façonnés à la vie municipale. La Gaule thermale. Béziers. mêmes collines et au contact divin de cette On vit alors. succéda monument stèle funéraire en façon de temple ou de statue. . Aix. Avignon. 1908. lignes droites surgis- sant de la terre. les Eux comme les encore. la Société royale d'Archéologie de Bruxelles. 2. aucune ville n'apparut à l'époque romaine"-. C'est Cumont. c'est pour demeurer à quelques pas de là.

à Autun (pyramide dite « pierre de Couard »). et le grand seigneur trouvait sur son domaine de quoi satisfaire aux nécessités courantes. et fer même pour ses armes. La . Maintenant. blé. autant que elle survivaient. tout objet fabriqué hors de la Gaule fut aussitôt souhaité par industrielle. La mort. ses ouvriers ne travaillaient que pour quelques-uns. et les plus étranges ou les plus fières des ruines de la Gaule romaine. désirs futiles Gaule fut aussitôt souhaité par l'univers. porcs et gibier pour sa nourriture. la mort a repris sur cette terre l'empire que lui avait donné la roche brute au temps des menhirs et des dolmens. plus septentrionale et la plus célèbre est « la pile » de Cinq-Mars près de Toui's. î. des maisons de commerce aux velléités impéférents les Gaulois de l'ancien régime : Le mot est répandu surtout dans l'Ouest et le Sud-Ouest. mais il y en a bien d'autres. la Pennelleprèsde Marseille. Grâce au prestige de la pierre que l'on taille et de l'édifice que l'on dresse. mausolées de Saint-Remy et des Trévires. laine. il se fonde des manufactures aux ambitions universelles. chanvre et lin pour ses vêtements. argile pour ses poteries.162 DE LA GAULE A LA FRANCE. la vie. En Pi'ovence (pyramide de Fourrières). Du môme genre. bois pour ses bâtisses et ses meubles. « piles » ^ et « pyramides » ^. Ses habi- tants connurent alors en leur intensité cette production commerciale qui laissaient indifcar les terres d'une cité suffisaient jadis à la faire vivre. sont des œuvres de souvenir imposées par ses morts à la terre de Gaule. Le travail et le rôle de la matière grandissaient chaque jour dans cette vie internationale que représentait l'EmIl ouvrait aux besoins nouveaux ou aux du monde entier les richesses de chacune des provinces de ce monde. marqua le sol à son empreinte. cette activité elle. 2. Tourmagne de Nîmes. tout objet fabriqué par la pire romain. y planta des bâtisses indéracinables.

de Narbonne et de Boulogne. de Hainaut. Celle des « nautes de la les cité le de Paris » fut maîtresse de la Saône étaient les armateurs maritimes à Arles. Ce fut. cet entrain qu'on eût pu espérer en cette Gaule si bien faite pour la mer. l'absinthe vermifuge de Saintonge car la production agricole elle-même s'organisa de Besançon. 1913. ses successeurs impériaux ne l'ont point remplacée. sous cet Empire dont rien n'entravait la puissance. Paris. de la Manche.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. . riales. 1C3 Les céramistes d'Auvergne. et Seine et de ses affluents. Toutefois. sur les rivières et les routes. de l'Atlantique. Les petits ports de la Méditerranée. une presse. de Gévau- dan. Des bronziers de Flandre ou de Hainaut expédient leurs fibules en Allemagne et jusqu'en Asie. La Verrerie en Gaule sous l'Empire romain. Un maître verrier de Normandie avait des succursales qui faisaient ressembler sa firme à l'administration d'une province^. de Roucrgue. sont réduits à d'humbles besognes de cabotage et de pêche. Boulogne commandait au Détroit. travaillent pour toute la Gaule. Laurens. dans la vie maritime. cette ardeur. et exportent bien au delà de ses frontières. et par moments une ruée formidable. : en façon industrielle. Celle-ci et Narbonne dominaient sur la mer du Sud. Ce même César a détruit la flotte gauloise du Morbihan. Voyez l'ouvrage capital de Morin-Jean. ce ne fut pas. Les commissionnaires d'Italie achetaient en gros les lainages d'Artois. de Langres ou les matelas de Quercy. L'initiative commerciale se concentrait dans ces trois ports d'Arles. On eût dit que les chefs de Rome avaient organisé en leur faveur le monopole des routes de la mer un grand empire préférera toujours centraliser le travail plutôt que multiplier les énergies. Marseille a perdu toute activité maritime depuis que César lui a ravi la liberté. et la Rhône partagés entre nautes fluviaux à Lyon et : 1. les jambons de Flandre ou de Franche-Comté. Des corporations de batellerie ou de camionnage se chargèrent de les exploiter.

et le hochet du caducée à la main. Bélénus se transforma en Apollon. Quelle déchéance. Ces Rome d'une .. Paris. Il nous manque un recueil similaire à celui d'Espérandieu. Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine depuis 1907. eux aussi. et s'il fut d'abord le Mercure ou l'Hermès de l'antique tradition hellénique. \ '. . et d'une manière générale pour tout ce qui concerne l'arcliéologie figurée et l'archéologie domestique de Ja Gaule romaine. le père du peuple. Leroux et Musées). costumes et emblèmes par à ceux des dieux du dehors qui leur ressemblaient comme 1. que ce dernier avatar infligé dieux. se changea en Mercure. pour l'invisible Teutatès. Ésus en Mars. pour l'architecture ou l'archéologie monumentale. furent frappés à mort. ne peux admirer ceux qui les remplacèrent. en son allure de dieu aimable et frivole. les ailes aux talons et au pétase. l'Armorique végète le long de ses rivages forces vives de la France ont été frappées par longue stérilité. nous avons des recueils de première utilité : Espérandieu. Je rappelle la visite au IMusée de Saint-Germain. car en réalité Je ne devrais i)as dire frappés à mort les dieux gaulois subirent une métamorphose plutôt qu'ils ne disparurent. Taran en Jupiter. Paris. roi de la Gaule. les peuples.1C4 DE LA GAULE A LA FRANCE. inutiles. régulateur du monde habité et arbitre des hommes. et tous les dieux indigènes. Catalogue illustré du Musée des Antiquités nationales au Château de Saint-Germain (2 vol. prirent noms. et c'est celui-ci qu'on adora partout dans la Gaule. plus enclins à rabaisser qu'à rehausser leurs à ne plus songer qu'au Mercure de la fable. Reinach. si belles que soient les formes dont les artistes les ont revêtus. 1917 et 1921. Pour tout ce qui suit. Tentâtes. être de sagesse et Les dieux gaulois et je : d'intelligence. l'un après l'autre. en arrivèrent les mythes de ses conquérants! Les autres divinités gauloises perdirent moins à leurs nouveaux aspects. admirablement disposé pour l'intelligence du passé. parus publique). Ministère de l'Instruction (7 vol.

cjui arriva dans la Gaule au temps des Antonins. grands ou médiocres. à défaut des dieux qui s'abandonnaient.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Des statues de Mercure se dressèrent sur les sommets. et les Gaulois si bien. Léda et son cygne. c'était autre chose et du monde gréco-romain. panthère. Ganymède des figures : et son aigle. l'antique divinité c'était. la Grande Mère des dieux et des hommes. Les cultes locaux eux-mêmes. avec cette mère et cette reine. tenant des nourrissons sur les genoux. depuis Homère en son Iliade et Ovide en ses Métamorphoses. limpides et sautillantes. se travestirent en lourdes Cybèles. durent pactiser avec les plus grands dieux de l'Olympe méditerranéen. Prométhée et son vautour. Mais cette fois. fut révélé aux Gaulois et accepté de leur foi naïve ou de leurs âmes surprises. Bacchus et sa Phaéton et son char. et même ces sources qui d'ailleurs demeuraient les plus chères des puissances divines. mais à son tour la spirale ou le serpent linéaire disparut devant le triomphe du foudre ou du caducée. et de gaies fontaines. Tout ce que les Anciens avaient raconté sur leurs dieux. mieux que les banales idoles sous un nom étranger. des frères. en Junons ou en Dianes. En vain les emblèmes mystiques chers aux aïeux essayèrent de lutter. et mille autres histoires de ce genre. que beaucoup en oublièrent aussitôt Mercure et Jupiter. au puy de Dôme. devinrent . jusqu'au jour où se rapprochèrent toutes de Cybèle. copies informes des banales images que l'industrie religieuse de l'Empire fabriquait à foison pour les étalages des boutiques et les bancs des marchés au voisinage des sanctuaires. au Donon. en elles Minerves. Hercule et ses douze travaux. à Montmartre. le de la Terre qui reprenait ses droits sentirent sur le sol et sur les humains. 165 Les déesses s'habillèrent en Victoires. La mythologie classique n'en recouvrait pas moins la Gaule entière de ses images et de ses fables. et leur emprunter tantôt des noms et tantôt bien des ruisseaux s'appelèrent des Apollons ou des Mars.

sur les mosaïques qui ornaient les grandes salles des thermes publics et les chambres d'apparat des villas seigneuriales. la Gaule s'initiait aux beautés de l'art. dieux en images et religion en féeries. Paris juge de beauté entre trois déesses. et qu'en se convertissant à cette religion nouvelle. et encore. qu'elle avait ignorées jusque-là. ait marqué pour elle un progrès moral. Comprenaient-ils vraiment ce que signifiaient ces mythes. chose comme larise Il est vrai que quelques-unes de ces figures et de ces scènes étaient des chefs-d'œuvre. et je suppose plutôt qu'ils ne voyaient là qu'aventures merveilleuses. en ces tableaux vivants dont s'éjouissait le populaire dans ces mille théâtres qui se construisirent sur le sol des cités. dont on éduqua les la matière et regards des foules. leur beauté poétique ou leur sens mystérieux? J'en doute. On eut des mosaïques . et toujours. Aux jours de frairie qui assemblaient à Soissons ou à Champlieu les laboureurs et les bûcherons de l'Ile-de-France. des Niobides massacrés par Apollon. jeunes vieux. quelque ces mélodrames ou ces acrobaties que popude nos jours la vogue du cinéma. pour offrir un passe-temps entre deux services. Icare et Dédale tombant du ciel. Les épisodes de la guerre de Troie se déroulèrent en reliefs d'une vie saisissante sur les flancs des vases d'argent exposés dans les sanctuaires. légères ou pathétiques. misérables et lettrés. leurs yeux contemplaient. Et je ne trouve pas que la conversion de la Gaule à l'anthropomorphisme païen.166 DE LA GAULE A LA FRANCE. Elle put admirer les corps des Vénus ou des Athlètes aux pourtours de ses théâtres ou dans les salles de ses thermes. en pierre ou en chair. On les vit reproduites sur la vaisselle de table. On les représenta même en action. les inévitables amours de Léda. sur les riches vases d'argent qu'on vouait aux dieux secourables et qu'ils conservaient dans les trésors de leurs temples.

et il se trouva bien peu de morts. on en vint à décrire par la pierre les occupations de l'existence humaine. Le boutiquier de Sens. le viticulteur de Trêves *. depuis Nice fille de Marseille et déjà reine sur la Côte d'Azur. artistes grecs appelés à grands frais ou artistes indigènes nourris de leurs leçons. même des plus humbles. et. jusqu'à Tongres. est le mausolée d'Igel. L'homme à son tour voulut son image. et ses arcades.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. le forgeron d'Autun. leur épouse et leurs enfants à leurs côtés. fût-ce de travail ou de marché. Des bustes ou des statues de vivants peuplèrent les places publiques ou les maisons de campagne. Et nos musées de France sont aujourd'hui 1. près de Trêves. et ses piles d'étoffes. Le plus célèbre et le plus intact des mausolées à figures de genre. le batelier transportant des barriques. le capuchon rejeté sur le dos. le commerçant de Bordeaux. la fièvre d'art se propagea par toute la Gaule. La Maison Carrée de Nîmes déploya le les grâces élégantes de sa façade. . portraits de citoyens méritants ou de propriétaires vaniteux. datant des abords de l'an 200. ayant à la main le coffret du maître de maison. à scènes de la vie réelle (mais mêlées de scènes mythologiques). De la religion. la tunique tombant sur les genoux. qui n'eussent souhaité ou obtenu leurs figures sur leurs tombes. 1G7 OÙ les animaux de la fable ou les combats de l'arène apparurent avec les couleurs de la réalité. le porc que l'on sacrifie. cette fièvre pénétra tous les replis des âmes humaines. telle que l'avait le dieu. Pont du Gard l'harmonieuse simplicité de Œuvres anciennes achetées au les delà des Alpes par de riches amateurs. en bons pères de famille. qui l'avait importée. scènes dieux. le charretier conduisant sa charrette. œuvres récentes façonnées sur place pour orner forums des villes ou les salles des villas. le le les drapier derrière sa banque changeur avec sa sébile pleine de pièces. perdue dans ses broussailles et ses marécages à la lisière de la Germanie. le bœuf qui laboure. se montrèrent sur leurs mausolées en ressemblance absolue. De même qu'on représentait les batailles des héros et les amours des plus prosaïques.

elles nous rappellent des pensées et des tâches qui ressemblent aux nôtres. une note originale. au contraire. elles nous présentent des hommes loi sous la qui peut-être furent nos aïeux. et de copie en copie il n'aboutissait qu'à de misérables plagiats. je m'arrête devant ces œuvres avec un réel plaisir.168 DE LA GAULE A LA FRANCE. délaissa l'usage de ses idiomes nationaux. il Cet art ne vivait plus que des conventions de l'école. étouffée par les progrès continus de l'art mythologique. elle avait disparu. la Cette fois. elles nous apportent des sensations de notre passé. elles viennent de notre sol. gaulois ou ligures seuls. Moins de trois siècles après la conquête. Il était si commode pour la paresse et la routine humaines! La reproduction de la vie réelle. « remplis de ces portraits de bourgeois ou d'artisans. Il m'est indifférent qu'elles soient moins belles. La Gaule. n'inventait plus rien en attitudes héroïques ou en phy- sionomies divines. Et aussi^ aux derniers temps de sa décadence. Rome assura l'éducation par l'écriture et les belles-lettres. Voilà enfin. sont vivantes. de ces bas-reliefs qui racontent le les jours et les ouvrages » du travail de la Gaule. Le malheur est que cette note s'effaça très vite. l'art religieux des Gréco-Romains réussit à mettre fin aux tentatives personnelles et fécondes des artistes de la Gaule. exige l'effort de l'observation et le souci de la vérité. A côté de l'éducation par l'art et par l'image. les Aquitains furent réfractaires à la langue des vainqueurs. poème de leur vie. sa valeur diminuait de jour en jour. et tout autrement que devant Vénus d'Arles ou l'Athlète de Vaison. Elles. de Rome. Mais par là même les images de cet art gagnaient en vogue ce qu'elles perdaient en mérite. en quatre siècles. et si Veskuara : dut évacuer les basses terres de la Gascogne. au moins. une expression nouvelle de notre vie nationale. elle conserva .

des immigrants et des marchands italiens. ICO un inviolable refuge dans les landes et les vallons du Pays Basque. Toulouse. par celle de l'aristocratie indigène. Les Éduens instituèrent une université à Autun. les dieux de la Gaule devenant romains. Mais les grands seigneurs du Nord ne tardèrent pas à se modeler sur les riches bourgeois du Midi dans les fastueuses villas penchées sur les coteaux de la Moselle ou dans les manoirs perdus au fond des Ardennes. Bordeaux. il en sortit aussi des poètes qui copièrent tôt. surexcités par les salaires qu'ils attendaient des préceptorats aristocratiques ou de l'enseignement public dans les villes. par l'influence des colons militaires. qui s'empressa de faire la cour à ses maîtres. et. Il sortit de ces écoles des avocats qui eurent leurs heures de célébrité et se firent applaudir à Rome même. avant d'être la ville de Clémence Isaure. Une nuée de maîtres se répandirent sur la Gaule. et des philosophes. et aussi ces inscriptions en majestueux caractères dont on décora les frontons des temples. curieuse et passionnée. et Toulouse. plus visité des empereurs. sortis de Grèce ou d'Italie ou formés spontanément dans les milieux indigènes. Narbonnc. furent envahis par une population d'écoliors. Le Midi. soumis plus touristes. Arles. et je me demande si ce ne fut pas pour faire oublier un antique collège des Druides. des garnisons. Partout ailleurs le latin s'imposa. L'école eut la mission de discipliner ces bonnes volontés. des lois et des usages publics : car le latin admise pour les actes de l'État et des cités. Virgile en voulant l'imiter. fut plus riche en villes et en colons. enfin. Nîmes. par celle. on récita des vers : de Lucain. mérita d'être appelée « la cité de Pallas et ». c'est en était la seule langue la lin qu'il fallut les prier. des marchands et des gagné plus vite aux lettres latines: et j'entends par lettres la connaissance des poètes et des orateurs de Rome. Bélénus devenant Apollon et Teutatès Mercure. les socles des statues et les parois des tombeaux. les offrandes aux dieux.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. installés en directeurs de .

la misère de sa destinée l'emporta. à l'intelligence éveillée et souple. Gomme je préférerais que ces Gaulois. c'était pour se préparer à la latinité et triomphante. de devenir l'éducatrice de l'Occident. et pendant quelque temps ce et Italiens puisèrent que Gaulois aux sources plus pures de la pensée antique. ces œuvres de poètes. lui « nom de sa Cannebière (de cannabis. le jour où elle s'était déclarée l'amie de Rome: accepté car aucun peuple ne réussit à faire sa part à l'amitié de Rome. Et deux les siècles après César. Mais il n'avait plus en Gaule qu'une situation égale à celle qu'on lui avait faite à Rome. chez les écrivains gaulois. ouvrirent Grèce. fut chez elle les elle se réfugia dans l'étude d'Homère et le culte des lettres grecques. comme l'industrie. aux leçons du Portique ou de l'Académie les âmes des petits-fils des derniers vergobrets gaulois. donnera chanvre »). ces figurines de statuaires.170 DE LA GAULE A LA FRANCE. Marseille avait : dieux et la langue d'Italie latin. si quelques étudiants le y venaient le encore. Des rhéteurs ou des conférenciers qui ne songent qu'à faire de l'esprit avec la science de leurs devanciers. semble n'être plus qu'une empreinte de formes et de moules toujours les mêmes. Puis. des poètes qui ne savent s'exprimer qu'à l'aide de réminiscences. des métaphores mythologiques consacrées par des siècles d'écriture. et de le gagner à la conscience. ces vases de céramistes. eussent employé les leçons de leurs et : maîtres à rendre des idées et des spectacles de chez eux! . montrent également que les formes et les moules ont fini par s'user à force de servir. obsédante monotone. nelle obéissance aux préceptes de l'école comme l'art. Le grec n'était point exclu de cet enseignement. C'est cette latinité que nous retrouverons. C'en était fini avec cette ambition que Marseille avait pu concevoir. l'éterla littérature. Le non pas grec. tout au contraire. et dans leurs contours sans netteté ou leurs dessins sans vigueur. En lâtre hellénique vain s'efîorça-t-elle de maintenir son rôle d'écoà demi persécutée sur cette mer qui : avait été sienne. cette destinée qu'elle s'était faite à elle-même.

cière de leurs aïeux.*. combats de gladiateurs ou exécutions judiciaires dans tales les amphithéâtres des capide cités. Leur histoire était 171 leur nature était assez langue latine. qu'ils traîtres à leur passé. sous l'inspiration d'une âme gauloise. non plus seulement pour souveraine de leur vie présente. courses de chars dans les cirques des métropoles de provinces. : ils empruntèrent les jeux. Mais nul de ces catéchumènes des lettres classiques ne songea à modeler avec elles les souvenirs de son passé ou L'idée ne leur vint d'imiter les et ces les images de ses regards. de leur propre histoire. et à Paris comme à Rom. poèmes des Druides et les chants des bardes. les plaisirs tableaux vivants. la riche. assez belle. Je ci'ois la légende bien plus ancienne que le Moyen Age. mystères mythologiques. et partout. d'une mort Oublieux les sans descendance. promenades et jeux d'oisifs dans les thermes. aux héros de la que Rémus avait fondé la nation des Rèmes et Ils voulurent avoir la louve romaine. même pas de transcrire. peut-être même antérieure à cette époque. de traduire. d'épopées superbes. datant au moins de l'époque romaine. On me dira qu'un combat de gladiateurs n'était pas 1. rien ne délecta plus la plèbe ou les riches que les prouesses sanglantes de la gladiaturc. de strophes émues. De Rome et les vices enfin. mais pour nourrifamille les unissaient ' . pour fournir à de paysages pittoresques. que des liens de Grèce et de Rome. mimes et pantomimes sur les théâtres innombrables des villes et des lieux de foire. une nouvelle et ample moisson de drames vivants. et je me demande si la fidélité extraordinaire et presque mystique des Rèmes à f alliance romaine n'est pas en paille la conséquence de cette légende. baignades en commun. on s'amu^^a à Paris à l'instar de Rome.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. fils Gaulois s'imaginèrent étaient les de l'Hercule de la fable. . oeuvres moururent d'une double mort.

Les colons grecs de Marseille. à la mort et au meurtre que de distraire ses Le monde en droit de demander d'autres leçons à ses maîtres romains. Tels étaient les Gaulois conquis par César. Mais n'en faisaient pas spectateurs de ces sacrifices distraction et de joie un motif de et la multitude entassée dans les arènes ne demandait loisirs. quelques centaines de milliers d'immigrants italiens ou grecs sur les routes. Nos aïeux tels seront les : parle du caractère transmis à y a deux mille ans avaient reçu leur part nécessaire de qualités et de défauts. Mettez aujourd'hui un enfant de Saintonge dans une école de Marseille. il est vrai. était Qu'on ne me parle plus du « génie latin ». s'adapter au . Elle est autre chose. à Lyon.17_' DE LA a ALLE A LA FRANCE. et ce fut tout. être innocente. je ne parle pas des manières dont l'éducation l'enveloppe. la Le génie latin n'a pas transformé rament des hommes de Gaule. finirent par mouvement de l'ambiance. Gallo-Romains conquis par Clovis je la naissance. à Béziers. les colons romains de Lyon. à Orange. Je pouvait : n'en suis point sûr. Leur arrivée ne modifia pas davantage l'humeur native des hommes. et elle vaut mieux. et pouvait choisir les un autre genre : de vie ou de mort. mourait malgré elle le et gladiateur était libre. cela ne suffit pas pour changer le sang de trente millions d'habitants. d'il loin de troubler l'esprit de leurs hôtes gaulois. Ce race. et. et nous leur ressemblons. La victime du dieu. en tout cas. Ce sang absorba celui des nouveaux venus. qu'on ne fasse pas de la France l'élève et l'héritière de ce génie. à Narbonne. à Arles. dans les foires ou dans les villes. si plus barbare que ces sacrifices humains jadis cliers aux Gaulois et interdits depuis par la loi de Rome. ils le nature et le tempé- qu'ils étaient comme sont restés : quelques dizaines de milliers de colons militaires à Fréjus.

où la poésie chantera Charlemagne et Roland non plus Hercule ou César. loyal et crédule. La Gaule. Ainsi fera la France de ce que Rome lui a apporté de meilleur. resté sur la terre et au et jamais milieu des siens. Nous avons vu ce que Rome enseigna de nouveau. comme Rome du Latium régime municipal . cles ou lui ou le ses fils prendront les gestes. au moment de qui : sa défaite. Même après quatre siè- de loi romaine. qu'il discipliné. Elle conservera le goût des lettres écrites et des œuvres d'art. les N'attribuons pas au génie de ce Latin de notre langue. il au Latin. Notre droit a emprunté à la législation romaine des principes généraux que les Gaulois partageaient avec tous les fils des de notre droit et les clartés Européens.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. et ce fut dans leur vie poli- tique et sociale. Là encore. seront consacrées par leurs fils à présenter et à proclamer la vie nationale. et la France n'a gardé la langue latine qu'à de la mettre à son allure propre. le mal se mêle abondamment au bien. tenace. et ce fut dans la vie matérielle et morale des peuples. ornement et force d'une petite patrie. demeura un être ardent. l'aceent et l'imagination du cru. enseignées à nos ancêtres par les hommes du Midi. qu'il 173 tienne ensuite boutique à la Gannebière ou à la Grand'Rue. Besançon par exemple capitale et citadelle des Séquanes. et où ces formes de la pensée. ce qu'elle conserva Voyons du passé. Gaulois. mais les lettres et l'art de la Gaule n'auront une valeur que le jour où ils ne seront plus inspirés par le génie latin. prime-sautier. la condition où et l'art bâtira des églises romanes et non plus des amphi- théâtres. inconstant. formaliste et ne ressembla fourbe plus traditions demi. évoluait vers ce imposa peu à peu sa loi au monde méditerranéen une ville chef-lieu de cité.

le passé continuait. déjà vieille. le Médoc est vraiment une patrie campagnarde on l'aime comme telle. au temps de César. il a son patois. que le nom de la peuplade ou de la cité soit passé à la ville qui lui servait de chef-lieu. d'un millier d'années. les antiques cantons des tribus fixité (pagi) le persistaient en une presque hiératique. I nouvelle parure de temples et de monuments non plus seulement un centre d'administration. Sa faisait d'elle. Mais. retenaient intacts leur nom traditionnel. celle des Medulli. la pour y vivre la joyeuse vie. et ce canton n'était autre qu'une tribu ligure. ses habitudes et ses joies propres. dans cette Gaule romaine. son accent. tel fut respecté par les empereurs. et le Médoc n'est autre qu'un canton rural de cité gallo-romaine. et c'est pour cela d'hui qu'il s'appelle encore aujour- mot. les Gaulois. leur territoire rural. se OU Athènes de l'Attique. Quel est le Parisien de l'Hurepoix ou de la plaine Saint-Denis qui n'eût reconnu en Lutèce sa capitale. depuis qu'elle avait sur la colline de la Seine ses thermes aux colonnes de marbre. Il est maintes fois arrivé. Les peuplades ou « cités gauloises «. I : du même . et qu'il s'y donnait des fêtes magnifiques? Les seigneurs du Dauphinéallobroge avaient quitté leurs rudes manoirs de la montagne pour se bâtir « des hôtels sur les bords riants du Rhône. que de petits « pays » à l'indestructible vitalité Pour un habitant du Médoc. à Vienne belle ». ville arrivait à la suprématie sur les hommes. ses arènes aux gradins innombrables. auxquelles ces villes commandaient. Et au dedans de ces grandes provinces. par les progrès du bien-être. leurs et limites. et dans ce territoire.174 DE LA GAULE A LA FRANCE. courager A cela l'Empire ne cessa d'enbornant à retirer aux chefs des et la souveraineté politique. Tel domaine des Arvernes il avait été soumis par César. mais un lieu de joie. dans ce décor nouveau. l'Auvergne. entre la Gironde et la mer. une résidence rêvée. cités leurs titres indigènes j Par la la force des choses. prolongeant ainsi une existence près de trois fois millénaire. Lutèce finit par s'appeler Paris.

et bien d'autres ont fait leur vocable à de même. ses habitants et ses édifices retenaient pieusement. mais nulle autorité. en Gaule et partout. et de rappeler à tion française. L'organisation sociale ne fut point davantage modifiée dans ses éléments essentiels. Napoléon héritier et législateur de la PvévoluD'abord Napoléon. plus de regret de la liberté et un sentiment plus juste de la valeur des hommes. Mais par là l'antique peuplade gauloise enracinom dans sa ville maîtresse. les cadres et les titres de sa plus lointaine histoire. celui des Parisiens. Nulle patrie au monde. qui devint Bourges. Au début de l'Empire. pour le malheur de la Gaule et du monde. l'éveil de l'industrie. figurer l'Empire C'est une sottise que de se romain comme une ce propos vaste société démocratique. a désiré s'entourer d'une noblesse. qui furent portés au pouvoir par les plus riches. ne montre aujourd'hui en des formes plus nettes et des noms plus tenaces. n'eurent qu'à accepter. où la dispersion de la fortune aurait mis plus d'égahté. les Bituriges du Berry imposèrent Avaricum. Les empereurs romains. et.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. 175 du même mot que le territoire. provoquèrent un la talistes. à défaut de l'ancienne aristocratie. les Lcmoviques du Limousin à dénommer Limoges. dont elle était la capitale. l'avènement des professions libérales. Puis le progrès s'arrêta. hors la patrie française. par là notre sol. l'envoi de colons. prédominance des grands propriétaires et des gros capiLa plèbe pouvait gronder dans les arènes cela lui valait plus de pain et plus de jeux. Ceux-là désormais comptèrent. qui possédaient des terres et qui en possédaient . en avoir une toute neuve. la trace et le souvenir de ces nations qui avaient fait la grandeur du passé gaulois. ainsi que tant de maîtres absolus. en un mot nait son toujours respecté et vivant. : instant la diffusion de la richesse mobilière et de la petite propriété. les Piétons du Poitou servirent à dénommer Poitiers.

176

DE LA GAULE A LA FRANCE.
:

beaucoup

je n'ai

pas à parler

ici

de ceux qui possédaient

des armes,

les soldats et leurs chefs,

que nous retrouverons

tout à l'heure. Les vrais détenteurs de l'autorité civile
furent, ainsi qu'aux
les

la

et et

temps gaulois, les maîtres de domaines moindres propriétés faisaient le décurion, sénateur de cité; les plus grandes faisaient le clarissime, sénateur noble d'Empire, et il importait peu, pour devenir noble clarissime, d'être seigneur terrien en Gaule ou en Italie.
:

Le grand domaine
territoire

resta l'unité foncière, et, pour ainsi

dire, la cellule initiale des

groupements sociaux. Chaque
ville et

de

cité,

en dehors de la

de quelques gros

villages, était divisé en

une centaine de biens-fonds, vastes chacun de plusieurs milliers d'hectares, ayant chacun son
maître, sa villa, ses fermes et ses ateliers; et
il

n'est

même

pas sûr que ces villages eux-mêmes n'aient point dû se résigner un jour à subir le patronage du sénateur leur voisin '.
Il

n'en allait pas autrement dans la Gaule de Vercingétorix.

De même que
la

les tribus et les cités, ces

grands domaines

sont venus jusqu'à nous, et on dirait qu'ils n'ont traversé

domination des empereurs que pour prendre un nom Le passe de notre France ne veut point mourir, il s'enracine à son sol, il ne le quitte pas, il exige que nous nous souvenions de lui, il nous rappelle que nous vivons encore par lui. J'ai trouvé sans peine les traces des cités en nos provinces, en nos départements même, et celles des tribus en nos pays, en nos cantons ou nos arrondislatin.

sements même; et nos communes rurales, elles, sont filles de la villa gallo-romaine, petites-filles du domaine gaulois. Là où sont aujourd'hui l'église et le bourg, sur la hauteur et près de la source, s'étageaient autrefois la villa du maître
et les
1.

communs de

ses

services; des terres
p. 53, éd.
et

de culture,
Habent
privali

Cf.

Frontin {Gromatici,

Lachmann)

:

non cxiguum popiilum plebeium

vicos circa villam.

L'ÉPOQUE IMPÉIUAl.h'.

i'H

aujourd'hui coinme autrefois, partent du bas du coteau et du pied des dernières maisons, et forment le même décor

de verdure autour de

la niasse

des demeures humaines;

au

loin, les bois qui

ferment

l'iiorizon et

séparent la comle

mune

des villages voisins, limitaient jadis

domaine du

seigneur et servaient d'asile nécessaire aux troupeaux de

son cheptel et au gibier de ses chasses.

Le nom même de la villa n'a point changé. Nos Fleury de rilc-de-P'rance, nos Flcurey de Bourgogne, nos Floirac du Midi, sont autant de FZor/ac»/n, bien-fonds d'unFlorus, Gaulois au nom romain; nos Berny ont été possédés par un Brcnnus, Gaulois
le

fidèle à

un nom

celtique; et

il

y a des
:

Vitry, Victoriacum, des Mercurey, Mercuriaciim, qui furent

bien d'un temple de la Victoire, d'un temple de Mercure
le dieu, lui aussi, était

car

grand propriétaire '. -Mais, de ces domaines à nos communes, l'iiistoire n'a transmis que des noms et des cadres, les mots et les lignes fixés au sol, les aspects fixés à la nature. Tout ce qui est
les

condition humaine a ciiangé. C'est aujourd'hui l'égalité

absolue entre
les siens, et

habitants,

le

maire du village choisi par

cliacun d'eux maître en sa maison et sur les
:

champs de son bien
en équipes,
eux.
lui

et c'était autrefois

une

terre et des

hommes dépendant d'un

seul chef, et ses esclaves, répartis

servant de valets de ferme et de laboureurs,
villa,

sous la surveillance de l'intendant de la

esclave

comme

De

la

ses vieilles assises et ses

base au sommet, l'édifice de la Gaule montrait contours consacrés.

nouveaux
1.

L'État romain fut sans doute oblige d'instituer de districts pour servir de ressorts à son adrainisJe

certain

me sépare de l'opinion courante en ce qui concerne un nombre de noms formés à l'aide de noms de dieux. L'ouvrage essentiel sur ces noms de lieu est maintenant le li\Te posthume de
la

Longnon, Les Noms de lieu de depuis 1920, Paris, Champion).
JuLi.iAN.

France (en cours de publication
12

Do

!a (iaulc

à

la ^'rancc.

178

DE LA GAULE A LA FRANCE.

Ce furent les provinces d'Empire, au nombre de neuf d'abord et de dix-sept à la fin. Et nous retrouverons ce chiffre de dix-sei)t dans le plus ancien nombre des provinces ecclésiastiques ou des résidences d'archevêques
tration.
i

Embrun

et

Tarentaise

^

pour

les

provinces des Alpes,

Cologne et Mayence pour les provinces frontières de Germanie, Reims, Besançon - et Trêves pour celles de Belgique, Lyon, Sens, Tours et Rouen pour celles dites de
Lyonnaise, Bordeaux, Bourges et Auch ^ pour les pays au sud de la Loire, Narbonne, Aix et Vienne'' pour la partie de la Gaule jadis conquise sur Bituit. Mais, à part cette survie dans l'Église, les provinces de Rome n'exercèrent point une influence profonde sur nos destinées. Leurs noms et leurs limites s'effacèrent au temps de la royauté franque. Il n'y eut de vivace que la province d'Auch, entre Garonne et Pyrénées, qui devint la Gascogne et il est vrai qu'elle qui l'est restée jusqu'à nos jours correspondait à une région naturelle, et que, pour l'étas'étaient bornés à prendre l'ancien blir, les Romains domaine des Aquitains. Ailleurs, où la nature et le passé avaient fourni de trop faibles éléments à la géographie politique, la province d'Empire eût sombré tout entière sans le respect de l'Église pour les formes romaines. Mais, du passé et de la nature, Rome avait retenu le
:

principal, qui était la Gaule.

Pas une seule

fois

il

ne vint à ses empereurs

la

pensée

lieu (Moutiers)

Tarentaise (Taranlasia) a été primitivement le nom du chefde la province. La province fut partagée plus tard entre les provinces voisines. 2. Besançon a fait partie sous le Bas Empire de la province dite Sequania ou Maxima Scquanorum; auparavant, de la Germanie Supérieure. Mais j'incline à croire qu'il appartenait à la Belgique aux premiers temps de l'Empire. 3. D'abord Éauze. 4. Arles forma plus tard une province ecclésiastique distincte de celle de Vienne. Pour ces provinces et leurs subdivisions diocésaines, voyez V Atlas historique de la France, de Longnon (depuis 1884, Paris, Hachette). Et du même, Géographie de la Gaule au VI'' siècle (1878, Paris, Hachette), p. 180 et s.
1.

L'ÉPOQUE IMPÉRIALE.
de
l'aire

179

disparaître ce

nom

et d'abolir avec lui les souve-

nirs

d'entente et de gloire nationales qu'il renfermait.

Toutes les provinces s'appelèrent des Gaules ou furent dites en Gaule; et les deux Germanies elles-mêmes, autour de Mayence et de Cologne, étaient dites des provinces gauloises car ce nom de Germanie était là pour
:

rappeler un
surveiller.

voisinage

et

l'ennemi

qu'elles

avaient

à

Par
de
la

même, Rome

indiquait les frontières nécessaires

Gaule avec une netteté qui leur avait manqué trop souvent. Les Pyrénées prirent à leur ligne de faîte une valeur de limite fatale; il en fut ensuite de même pour les Alpes; et le Rhin compléta enfin son renom religieux ou poétique de fleuve sacré et de fossé providentiel par la mission formelle et militaire de marquer la fin de la Gaule, de l'Empire et du monde civilisé, et de les protéger contre la barbarie germanique. A des contours précis la Gaule romaine ajouta un centre fixe, Lyon, qui fut choisi à la bonne place, mieux garantie par la loi du sol que la montagne divine du Dôme ou le sanctuaire druidique de la Loire. Ces lieux saints convenaient

à des foyers nationaux en ces temps à demi magiques
et les dieux.

où l'union de la Gaule se faisait surtout par le symbole Mais nous sommes arrivés, en dépit des dieux

le sol, à des manières de vie plus positives et plus matérielles, où les accords humains résultent surtout de routes qui se rencontrent,

qui pullulent plus ciue jamais sur

de marchés où l'on s'assemble, de marchandises qu'on
échange. Le symbole, d'ailleurs, on l'avait à
cette
«

claire

montagne

»

Lyon avec de Fourvières que caressent les
un
les

rayons du

soleil

à son lever, et qui se pose, pareille à
la

ombilic de la Terre-Mère, à l'endroit où s'unissent

eaux

de rivières sacrées. Mais
en

rencontre de ces rivières faisait
lieu

même temps le

carrefour de chemins nombreux, l'arrivée

de troupes humaines, un
devint
le

de foire universelle. Lyon,
auguste des voies

qui n'avait été jusque-là qu'une bourgade insignifiante,

point de départ,

le milliaire

ISO

DE LA GAULE A LA l'HANCE.

romaines, la métropole économique de la Gaule, et la résidence de son grand Conseil. Car il existe toujours un Conseil de la Gaule, où se

rassemblent ses chefs, prêtres et magistrats à la fois, et, n'étaient langue, dieux et idées, Vercingétorix eût pu

une assemblée de vergobrets ou à un concile de Druides. Chaque année, au mois d'août, les délégués des cités de la Gaule se réunissent aux Terreaux de Lyon, au confluent de la Saône et du Rhône. Comme les Druides, ils sont prêtres, et conune eux, ils adressent des prières solennelles aux dieux généraux de la Gaule, dont le
croire à

temple et
les

l'autel s'élèvent sur le flanc
les

de la cofline;

comme
ils

vergobrets ou

rois

des anciens conseils,

sont

nobles et chefs dans leurs cités respectives, et ils délibèrent sur les affaires politiques des provinces gauloises.
la réalité nous ramène à Ceci n'est que l'apparence peu de chose. Les droits politiques du Conseil se bor:

naient à l'examen de la conduite des gouverneurs, et ses devoirs rehgieux consistaient à sacrifier aux deux divinités

souveraines de l'Empire, celle de Rome et celle d'Auguste, à qui seules sont dédiés le temple et l'autel du Confluent. Les empereurs, en empruntant au passé gaulois ces formes du conseil et du sanctuaire indigènes,
les

apphqualent à surveiller

les

agents de leur pouvoir et
Ils

à sanctionner la majesté de leur puissance.

songeaient

moins à la hberté et à la dignité de la Gaule qu'à l'avangardèrent bien, par ils se tage de leur domination exemple, de réunir à la Gaule de Lyon celle de Narbonne, de rejoindre les deux tronçons de cette grande nation brisée par la défaite de Bituit l'Arverne. Leur
:

i

politique

était

faite

surtout

d'utiUtarisme impérial et

d'empirisme administratif; efle

manqua

toujours de ces

vues d'avenir, de ces vastes horizons, de ce large et fécond libéraUsme qui auraient dû être le devoir des maîtres d'un grand Empire. Et ceux qui, à propos de tout, admirent et célèbrent l'Empire romain et son gouvcrne,

ment, ne sont que d'inconscients flagorneurs du succès.

où se rencontraient les marchands sur une place de foire et les pèlerins en un sanctuaire tel. isi Mais (lu les faits étaient plus forts que les lois. Et l'on sait ce que peut valoir un nom : collectif. la Gaule saisit plus d'une fois l'occasion de manifester ses désirs et de faire comprendre aux héritiers de César liberté. tous. qu'il n'avait point tué en elle tous les germes de la L'opinion publique. vie générale et inspirateur de pensées En dépit des tyrannies impériales et de la veulerie de l'obéissance. ressortissants de Lyon ou de Narbonne. s'exprimait et l'Italie. La Gaule Midi dépendait de Narbonne en administration ses : intérêts frontière économiques la rattachaient à Lyon. après .uf. étaient tous devenus des Gaulois dans l'esprit de leurs chefs et à leurs propres yeux. iMPdniALF. le sommet du mont Donon.pnniJF. citoyens romains devant la loi. Mais ici.. Quand. ou de vétérans de Jules César laissés à Arles. qui réveilla monde pour la révolter contre l'insanité de Néron. prenaient et portaient également le nom de Gaulois. Je répète que ces hommes. ce sont les deux moitiés d'une immense région qui se rejoignent pour faire de Lyon l'acropole. Lyon ressemblait à ces lieux de rendezvous que la Gaule avait jadis institués aux limites communes de deux cités. le forum et l'entrepôt de toute la Gaule. le comme le les contemporains. qu'ils fussent petits-lils de Lucter l'ami de Vercingétorix. en Gaule. plus haut que dans n'importe quel pays de l'Empire. par exemple. Qu'ils fussent vêtus de la toge latine ou de la cagoule celtique. symbole de communes. même Rome dirent le Ce fut le coq gaulois. où se rapprochaient tribus d'Alsace et tribus de Lorraine. bâti à sa même. surtout lorsqu'il s'applique à la terre et aux hommes. et c'est ainsi que les Anciens ont parlé de lui.

Du lac de Constance aux rivages de mer du Nord. quoique les recrues de Gaule fussent en majorité. « l'armée de Gaule ». Tous n'y étaient pas d'espèce gauloise. ainsi qu'on l'appelait d'ordinaire. invoquer l'unité et l'indépendance de la patrie gauloise. et qu'il valait mieux obéir dans la paix et la concorde. et d'une armée propre à la Gaule. ils ne s'en estimaient pas moins solidaires en leurs pensées. l'État mort de romain parut se disloquer. et res- ponsables de leurs décisions vis-à-vis de la Gaule. Les intérêts du moment étaient plus forts que les souvenirs du passé et que le respect de la dignité humaine. durant trois siècles. sa fermeté aux heures de péril. C'était vraiment. Le pays mettait en : son armée sa confiance et sa gloire. et l'on entendit une dernière fois parler des Druides. c'est un ferment le d'unité aussi actif qu'un nom et qu'une capitale rempart achève l'œuvre du foyer. C'était une force militaire incomparable. les délégués des cités gauloises se réunirent spontanément à Reims. Je dis une dernière fois. homogène malgré la des diversités d'origine. Mais entre la Gaule et l'armée du Rhin. il se forma peu l'armée était là pour défendre à peu d'étroites relations la Gaule. Un dernier élément de cette cohésion nationale fut l'exis- tence d'une armée à la frontière du Rhin. et la Gaule la nourrissait. montèrent la garde contre les Germains.182 DE LA GAULE A LA FRANCE. car cette assemblée proclama que^ les temps de la liberté avaient causé en Gaule trop de querelles et de misères. elle faisait sa sécurité aux jours de paix. Vitellius. Mais une telle assemblée et la déclaration qui la termina montrèrent à l'univers que. si les Gaulois pensaient en serviteurs de l'Empire. : . cinquante à cent mille hommes. Et qu'une nation sente à sa frontière une armée permanente qui soit à elle et pour elle. nomine Galliamm.

mais je me nomme « la paix romaine ». — Mais cette administration romaine était lente. La paix romaine a. ce fut pour la Gaule. elle se serait entre-déchirée et serait ensuite devenue la proie des Barbares. le culte de leurs traditions et l'existence d'une patrie libre. de l'administration. permis aux Gaulois de travailler. et qu'elle a accordé son amitié à Arioviste. Mais n'oublions pas que ces guerres civiles ont été entretenues par la politique du Sénat. les lois n'empêchèrent pas les pauvres et les dépendance des plus riches. pendant ces trois siècles. tatillonne et bureaucratique. l'obéisles règles sance à l'État. mais parfois aussi un monstre exécrable. trois siècles durant. 183 C'est grâce à ce rempart que la Gaule profita. Rome leur a fait connaître la discipline publique. INIais ils ont sacrifié en échange les héritages de leur histoire. de s'enrichir. roi des Germains. de ce aue sans les Anciens ont J'ai dit qu'elle a été fin. encore qu'il soit tout aussi possible que dans un eût réussi sursaut de patriotisme. que Rome a ouvert la principale brèche dans l'unité gauloise. qui fut parfois un très honnête homme. au . Et n'oublions pas davantage que le règne de Rome infligea à la Gaule ces guerres civiles entre prétendants et entre armées qui sont la tare la plus ignoble dont ait souffert l'humanité. ramenait à la volonté d'un despote improvisé. pour eux un sujet de dithyrambes suis réservé le droit de discuter cet enthousiasme. à la Vercingétorix. — C'est possible. et que. La paix romaine. de jouir sans inquiétude des biens de la terre et des joies de l'âme. ce fut la fin des guerres civiles et des invasions germaniques si César déshérités de tomber sous la et la souveraineté de l'État se : n'avait pas conquis la Gaule. à recouvrer l'unité et à chasser le elle Germain. de s'instruire et de s'amuser. ont dit les Anciens et ont répété les Modernes après eux.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE.

Autour des villes anciennes. plus complètement peut-être que ne l'eussent lait Arvcrnes ou Éduens. cours de CCS guerres. : bella. Rome elle-même rouvrit la Gaule aux Germains. Aucun château fort. L'on disait déjà tout haut c[ue la paix romaine allait supprimer pour toujours les guerres et les armées ^ Une effroyable réalité répondit à ce rêve. n'ait fort bien accompli sa tâche. les murailles des enceintes tombèrent en ruines. . aucune garnison ne surveilla les routes et les campagnes ^ Lutèce développa librement ses riches demeures et ses somptueux édifices sur la hommes prirent résolument Montagne Sainte-Geneviève. Histoire Auguste. il ne suffît pas de le voir en ses jours de bonheur ou de chance. Le un aspect civil et sol et les pacifique. Nnllaerunt 1. Sauf quelques cas exceptionnels. la France ait subi une catastrophe pareille à celle qui mit fin h la prospérité des temps impériaux. était Un Gaulois ne portait plus l'épée. même avant Clovis. Vita Probi. mais en l'ensemble de sa durée. 2. et eux-mêmes ne savaient l'armée du Rhin ne fut plus com- posée que d'engagés volontaires et surtout d'auxiliaires barbares. leges. ubiquc pax. Pendant trois siècles. Nonne omnes barbaras gentcs subjccerat? Romanus jam miles erit nullus. tibiquc Romans. 3. Sauf de très rares exceptions. Mais. le rempart qu'était l'armée de . Mais il en résulta pour les gens de l'intérieur un excès de confiance. avant Jeanne d'Arc et Henri IV. la vie de la jeunesse. les enfants camp inconnue à plus jouer au soldat. Orbis terrarum non arma fabricabitnr. comme Autun.Gaule fut inviolable le long du fossé du Rhin.jS'â DELA GAULE A LA FRANCE. pour apprécier un régime à valeur. et je ne crois pas que même même après Charlemagne. et les villes neuves s'élevèrent sans forteresse pour les défendre i. Rome de fermer la frontière sa juste aux Barbares. 20 IMililes ncccssarios non fuluros. Je ne dissimule pas qu'au début de l'Empire.

Elle eut raison elle de ces bandits. il n'y aura plus de vie citadine. recouvra la Gaule. miassifs. ils furent maîtres en Gaule comme des perceurs de muraille dans une maison abandonnée. et d'ailleurs Du Rhin aux villas Pyrénées. ici. d'organisme municipal qu'à l'intérieur de ces tristes murailles. Les Enceintes romaines de la Gaule. 1.médiévales. Citadelles et corps d'armées ne furent plus réservés à la frontière. 276 de notre civiles. sans doute. les villes. Et alors. laissa passer les Barbares. ne resta que Rome. ses colonies militaires. J'emploie ce mot. Paris délaissa sa rive gauche où il n'y avait plus que des ruines. personne n'ayant rien prévu au dedans de la frontière. les villages et les flambèrent dans un immense incendie. pendant sept siècles. flanqués détours énormes \ Habitants et demeures furent enserrés par l'étreinte d'une sombre forteresse. et des belles choses et des années heureuses il cfui avaient été l'œuvre de la paix romaine. La Gaule fut divisée en secteurs militaires. . ne perdit pas courage. rien n'étant disposé pour les arrêter. Leroux. en l'an IMPÉRIALE. Blancliet. sa gendarmerie de route. mais dans le sens médiéval de quartier central des villes. refuge suprême de nos petites « cités » . 2. jusqu'au réveil de la France. des ruines et des souvenirs. 1007. siècles. ère. et désormais. hauts. les cultures furent ruinées pour des siècles.V ÉVOQUE Un jour. Paris. non pas dans le sens gallo-romain de territoire municipal. l'armée is:. ouvertes autour de ce qui restait des villes on construisit une enceinte de remparts. encore durant près de deux elle la gouverna Mais ce fut pour la soumettre à un état de siège ininterrompu. Plus de villes ses garnisons municipales. du Rhin. et se : d'autrefois. devenue fort absorbée par les guerres médiocre. les hommes périrent par milliers. chacun avec son duc ou son comte. ses camps retranchés.

à l'étendue démesurée. à Blaye sur la colline qui domine l'estuaire de la Gironde. La campagne. ville de soldats. Les villas elles-mêmes s'affublèrent du costume militaire. de l'Empire romain. la rang de capitale. à Saverne au débouché du principal col des Vosges. à la la frontière. Non seulement ses rois et ses guerriers Germanie la était embouchures vaincue. prenait la cuirasse de guerre. pour faire la police des campagnes. grosses comme des donjons. Mais c'était trop demander à ces grands seigneurs auxquels la restauration sions. pour un sénateur de Bordeaux ou de Narbonne. ils n'essayèrent pas de modifier l'esprit des hommes. la tribu des Francs Saliens se charge de faire le guet près des du Rhin. La leçon du malheur ne profita pas à ses citoyens. elle aussi. si les empereurs avaient réussi à changer l'aspect et les des choses. il y en a pour tenir garnison à Paris. elles eurent leurs remparts et leurs tours pour protéger les richesses que l'aristocratie terrienne s'était hâtée de reconstituer. pour ne la quitter qu'à la fin du Moyen Age. Lyon. Il eût fallu que sur ce sol en détresse. où les murs nouveaux longèrent les bords du fleuve. pour surveiller les routes et les rivières de son voisinage. ils font venir des Barbares à foison. tout habitant de la Gaule se fît à la fois agriculteur et soldat. à Famars près du carrefour des routes de Valenciennes. aux murailles puissantes. briguer les commandements. on leur envoie d'autres Barbares. A quoi bon craindre.18G DE LA GAULE A LA FRANCE. ville marchande et pieuse. à Trêves. mais assumaient mission de défendre l'Empire contre un retour offensif d'autres Barbares. aux tours monstrueuses. Des centaines de châteaux forts s'élevèrent aux endroits importants. et ce fut la dernière faute. et la faute irréparable. perdit son empereurs résidèrent près de la frontière. de l'Empire avait rendu toutes leurs illuune confiance invincible en son éternité et la sécurité de leur propre égoïsme. souffrir et se battre? Pour cultiver leurs terres. replia dans son île. les titres de . que le travail et la défense fussent les buts de sa vie. Car. A quoi bon même.

rois puisqu'ils sont généraux habiles et sujets Le sénateur. grand propriétaire. Cet abandon criminel du service militaire par les grands et ses funestes conséquences pour l'Empire ont été marqués d'une manière vigoureuse et prophétique par Aurélius Victor. 37 Dum obledantur olio simiilqiic dii'iliis pavent. de vivre dans son opulente villa. le temps de la retraite venu.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. mnniverc militaribus et pœne barbaris viam in se ac posteras dominandi. qiiarum iisiiin alfliientiamque œternilale majus pnlanl. maître de la milice ou de comte de Il 187 la garde impériale? faut réserver ces fonctions actives et pénibles à des francs. bornera son ambition aux magistratures civiles. Cela a été écrit au milieu du iv^ siècle. en se promenant sous fidèles. les portiques reconstruits et en relisant Virgile ^ 1. et sa joie suprême sera. : . honorées et faciles.

VII L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES INVASIONS GERMANIQUES. — — La — et la renaissance agricole. La civilisation. Aucun principe politique ne vient taire. — de Germanie. ment d'unité. Malgré tout ce qui a été écrit sur ces sujets. et tenu. La Gaule Mérovingienne. Partage de la Gaule entre des chefs barbares. — — — — — — — La prééminence décisive du Christianisme. Gaule comme unité politique. Affaiblissement du titre de roi. la réflexion et l'âge ne m'avaient pas encore donné l'expérience de l'histoire. Un des ouvrages d'ensemble où la notation des faits est la plus exacte et la plus complète est celui de Prou. MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS ' L'Empire romain est une décadence menant à une cataslrojjhe. résidence royale. Paris. Ambitions impériales des rois de Gaule. Si me Gaule lui ait appar- pu faire jadis l'un et l'autre. Paris. — Les monastères tation rurale. Continuité des invasions en Gaule. [1897]. Le Christianisme renforce Vanité gauloise et la vie locale. lieu de les . j'estime qu'il y a reprendre de plus près encore. May. J'ai à peine besoin de rappeler les travaux décisifs de Fustel dcCoulanges. Établissements d'étrangers. Maintien du mot de Gaule — La petite comme — exploi- idée et senti- — Quelle que soit latins de ma reconnaissance envers les maîtres ma j'ai jeunesse. Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie religieuse. Hz's/o/rc des institutions politifjues de i ancienne France. 1. c'est parce que l'étude. Prépondérance de la vie mili- — — Déclin des habitudes classiques. je ne réjouir de ce peux plus admirer l'Empire que la romain. Faiblesse de l'Empire de Charlemngne. encore inspirée de Rome.

Sénèque sans féliciter le monde d'un régime qui lui donna Néron. Auguste devant Arminlus et les héritiers de Charlemagne devant les Normands. Partis le génie d'Athènes sous Périclès ou l'esprit de la France sous tèrent pour des ambitions illimitées. . Hachette. t. Cherchons en celte éducation. Ces États immenses des masses. les De tous les États de l'histoire. Il. l'expédition des affaires courantes. 1888-92. Xerxès devant Salaminc. Paris. comme le firent ces hommes de la Renaissance qui nous l'ont rendue. l'initiative de la volonté. Dès le lendemain de leur naissance. mais préservons-nous éternellement de ce mot et de cette idée d'Empire.. cherchons-y ce qui est art et sentiment. tel que fut saint Louis. trôle de leurs agents et les conflits le conIls de leurs bureaux. I''' partie. Un résumé d'ensemble. l'JOo.L'ÉPUijUt: UEH ROYAUTÉS BAIWAIŒS. parBayet. préceptes d'idéal et règles de beauté. et Sénèque nous instruire des vertus nécessaires. étaient trop vastes pour qu'un souffle puissant les inspirât. Éducation latine et jugement sur l'Empire sont choses indépendantes. Hachette. créateur d'idées ou découvreur de vérités. qui furent une peste pour le genre humain. leur vie fut absorbée par les soins de la conservation. Non! Virgile doit et conserver pour nous son charme. Kleinclausz. les Empires ont été plus médiocres des animateurs. L'Empire romain montra que cette forme de gouvernement fut incapable de rien fonder de durable pour partager son et relire l'avenir des hommes et les destinées de leurs peuples. Mais on peut aimer Virgile sans amour du peuple-roi et sa dévotion à Auguste. ils sont déjà entrés en 6 vol. dans l'Histoire de Fiance de Lavissc. 189 Je ne dis point qu'il faille renoncer à ces maîtres latins. PllsLcr. la variété des intelligences. et alors que l'univers ébloui espère tout de leur omnipotence divine. ne plus demander à l'Antiquité romaine des leçons de morale et les jouissances de la poésie. Paris. ils s'arrêau premier obstacle. souffraient de leur grandeur qui les condamnait au despotisme d'un chef et à l'immobilité ils étaient incompatibles avec la vigueur de la pensée.

Paris). avec les bienfaits l'épanouissement d'un art original. Études sur les Barbares et le Moyen Age (1867. II. et ce ne fut plus que routine et déchéance. comme devait arriver. l'achèvement de la découverte de la terre. l'oubli de la beauté grecque. les lettres. : . les leçons du passé. la Grèce avait montré la voie. Tout au contraire. plus de bonté dans la Grèce. et les empereurs n'avaient qu'à la suivre. Fustel de Coulanges. qui avait les âmes. ne sut même pas en profiter et les conduisit à la faillite. l'Empire les soutint mal. à force d'être répétées. la gladiature maîtresse souveraine des joies populaires. 217 et s. les caractères. En soumettant la Gaule à l'Empire. : assemblé en elle toutes les ressources du monde antique. les forces offensives et défensives s'énervèrent. Aucune découverte fait de science. romaine ne réussit pas mieux de Charlemagne à engendrer une humanité monde se livra nouvelle. « César ne fonda qu'une décadence terminée par une » catastrophe 1. même et dans le culte que par inertie. p. p. le aux lois de Rome.190 DE LA GAULE A LA FRANCE. \ Littré. Voj-ez les textes de Phne cités ici. s'usèrent et s'affaiblirent. les pilotes de Rome impuissants à retrouver la route de Pythéas le Marseillais. moins par respect par peur du nouveau et crainte du lendeils il main. Alors. p. n. plus de liberté dans la vie : civilisé Rome. XVI « Chargé des destins du monde civilisé. t. des progrès infinis dans sciences. replièrent l'humanité sur ellede la tradition. les arts. tout déchut. Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. etc. à qui Rome devait le meilleur de ce qu'elle possédait et de ce que son Empire allait révéler aux Barbares. que La louve. Quand d'elle. il attendait les de la paix. l'aigle décrépitude. » De même. les hommes à la fois sujets de en l'empereur et à demi esclaves des plus riches. les marines de l'Atlantique incapables d'aborder la mer du Nord. le Christianisme persécuté d'abord corrompu qui avait ensuite à devenir jusqu'au martyre et méconnaissable Rome. 3. 42. Sous le poids de son régime.

L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS DARBAÈES. chefs de garpour le compte de Rome ou conducteurs de bandes pour leur propre compte. auxiliaires de l'Empire et chefs dans son armée ^\ Que. de Vienne à Dijon. et ces maîtres n'en étaient pas moins des étrangers. s'avan- cèrent par étapes successives Tournai. parmi ces rois. ébauchés par des roi- telets francs. et bien que les Gaulois leur aient rarement résisté. de là.. t. Histoire l'établissement de la Monarchie françoise dans les 1733-4. qui fut d'ordre matériel la : : de la Meuse inférieure où les empereurs leur avaient jusqu'à abandonné les terres septentrionales du Brabant. les trois Arras. 3 vol. en Suisse. de la Durance à la Marne. partis des bords premier. les Burgondes conquirent les terres de l'Est. livre II (la pre- mière édition est de 1875). Les rapports entre Fustel de Coulanges et critique de Gaules. venus de delà le Rhin ou le Danube. Toulouse et Narbonne. les Goths s'établirent dans le Midi. Les Francs Saliens. le résultat fut le même la Gaule n'obéit plus à un empereur. Puis. s'étendirent jusqu'au Rhône et à la Loire. Histoire des inslilulions politiques de l'ancienne France. que les autres l'aient prise à leur fantaisie. saxons ou alains. et. Je ne cite que États principaux nisons : il y en eut d'autres. Au cours du cinquième siècle. 191 La catastrophe fut en deux actes. sur la Saône et sur le Rhône. Avant lui. Gaule envahie par les Germains et saccagée par eux de fond en comble. les uns aient reçu leur part du consentement des Romains. . Paris et la Loire. : Nous avons vu le . la Gaule n'en changea pas moins de maîtres. mais à des chefs germains venus à la tête de troupes armées. Et bien que ces rois aient aimé à se dire les sujets ou les amis de Rome. II. Dubos. Soissons. n'ont pas l'importance qu'on leur attribue. 1. La distinction entre ces deux groupes d'envahisseurs n'a été marquée nettement que par Fustel de Coulanges. tout en •étant réels. alamans. et leur souvenir restera dans le nom de Bourgogne. Dubos. à Bordeaux. Le la Gaule livrée à des roisj second fut d'ordre politique barbares.

i2 DE LA GAULE A LA FRASCE. le nombre rois (1. p.l. Longtemps encore après la ruine de Rome. Clotaire. III. Clovis.) a justement noté que mérovint'iens claicnt également souverains chez eux. faillit le devint maître jusqu'aux Pyrénées et Alpes. des héritiers ou le mérite des léga- La Gaule. un irrésistible mouvement entraîna les liommcs à morceler les territoires et à Lilre Ce eiïacé disperser l'autorité roj'ale. roi des Francs Saliens. et si l'unité fut reconstituée par l'un d'eux. t. Il s'arrêtait ou les instincts le par moments devant l'ambition des chefs des foules. redevenait l'appellation de la puissance suprême. suivant taires 1. ch. d'ailleurs plus intelligente et plus soucieuse de l'intérêt public. la Gaule partagée entre plusieurs dominations. Chute du pouvoir impérial et démembrement de l'Empire romain. et de multiples royautés substituées à un empereur unique : une génération suffit pour détruire à jamais l'œuvre politique de cinq siècles romains. 5. posséda longtemps autant de 1. installation de maîtres germains et d'une soldatesque barbare. G6 et s. Dubos les rois tous V. de roi. devenir jusqu'aux Mais ces restaurations d'un grand royaume ne duraient que le règne d'un homme. les plus heureux des descendants de Clovis le Mérovingien. Mais il lui faudra un temps infini pour remonter au pinacle et rester Tapanage d'un grand peuple et d'une vaste contrée. que ses rois réussirent à procréer de fils. dont le prestige traditionnel s'était devant l'éclat divin du titre impérial. Clovis partagea ses domaines entre ses quatre fils. et quand l'autorité passa à la famille des Carolingiens. coûte que coûte. elle fut rompue aussitôt après sa mort. les nouveaux venus ne comprirent pas davantage que le pouvoir souverain et le domaine de l'État ne se partagent pas comme les terres et les trésors d'une hoirie. . et rompue encore du vivant de Clotaire II et après la mort de Dagobert.

pendant un demi-millénaire. et leurs petits- neveux. misérables ou les ambitieux. jusqu'au milieu du dixième siècle. avec Attila. A les voir la ruine irrémédiable de cet Empire. dans ces vallées de la Meuse de la Moselle qui avaient formé la Belgique romaine. Avares et Hongrois. l'impuissance les de la Gaule à constituer un grand État. — De la Gaulo à la France. des Arabes et des Sarrasins procéda d'abord par de puissantes armées. Les formidables pilleries ou les conquêtes heureuses qu'y avaient faites les Germains et les Francs Saliens donnèrent à des millions de Barbares le désir de les imiter. les uns pour y occuper des terres. voilà qui achevait de briser cette unité de la Gaule. et. Et à laquelle plus d'un millénaire avait déjà travaillé. la terre en tempête envoya déferler sur la Gaule des vagues d'envahisseurs sans cesse renouvelées. 13 . L'Afrique des jMaures. et. Du milieu de l'Europe continentale. Et plus nora- JuLUAN. et ensuite par flottilles de corsaires. elle eut des rois de Neustrie. de même façon. les autres pour en emporter du butin. arrivèrent jusqu'à Nîmes et jusqu'à Poitiers. l'Espagne laissa ses Vascons descendre dans la Gascogne et la dénommer pour toujours. lOâ Elle en eut au sud de la Loire. qui.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. qui jetèrent des pillards sur tous les rivages de la Méditerranée. par le Danube et le Rhin. qui se dirent rois d'Aquitaine. et que l'Empire lui-même avait laissée debout. poussèrent jusqu'à Orléans. par-dessus les Pyrénées. qui. D'Asie. La Grande-Bretagne fit partir ses Bretons pour émigrer en notre Armorique et lui imposer leur nom. bandits de l'univers crurent possible d'y pénétrer. les Alamans entrèrent en Alsace et en Suisse. surent revenir par la même route et ne s'arrêtèrent que dans les plaines de Reims. des et rois d'Austrasie. entre la Loire et la Manche. De la mer de Germanie les Saxons infestèrent les côtes de la Manche et de l'Atlantique. vinrent les Huns.

Ce que pour les éveiller chez l'ennemi de nou- velles convoitises et lui assurer se représente angoisses sans un nouveau nombre butin. pendant le dernier siècle de cette lamentable histoire. à construire des oratoires et des couvents aux faubourgs des n'était souvent villes. et leurs pitoyables retours sur les ruines de leurs ils sanctuaires incendiés. les hommes du Nord. Mais le y revenaient quand même. après un siècle d'abominables méfaits. Attila vint au milieu du cinquième siècle. La fin des hivasions est marquée par la ruine. et rien ne la détournait de la recommençait son mystérieuse de son destin. la vie des terres de France cours. et ce fut cent ans plus tard qu'apparurent les hommes du Nord. semblables à du Vésuve qui retournent à leurs champs Gaulois se remettaient à dès que le volcan s'arrête. De tels événements ne laissaient pas que des ruines. Danois et Norvégiens. plus tenaces. les hommes du Nord cédèrent à de vigoureuses résistances ou à de sages concessions. .194 DE LA GAULE A LA FRANCE. sillonnèrent toutes les vallées de la Gaule de leurs vaisseaux rapides. Ces invasions ne furent contemporaines. Dans l'inter: valle de ces dangers. les ces vignerons hommes de les Gaule. des établissements sarrasins dits de Fraxinetum (en Provence). breux. en 942. des moines de Saint-Germain au faubourg de Paris. autour des autels loi travail et la prière reprenaient redressés. et. de leurs Vikings en course et des flammes point qu'ils allumèrent *. les triomphes espérés les Sarrasins près de Poitiers. De longs espaces de temps les ont séparées les unes des autres. espérer. les Arabes au début du huitième. Aucune ne remporta Attila fut vaincu en Champagne. et les Qu'on fuites éperdues des moines de Saint-Victor au faubourg de Marseille. plus habiles que tous leurs devanciers. à élever leurs enfants. à cultiver le sol. non 1. Un bon nombre de ces envahisseurs restèrent en Gaule.

que cette colonie eut une fortune inespérée. empereurs de Rome ou rois des Francs. a été vivement combattue par TourneurAumont. non plus de est celui bandits. avant l'an 300. y avait bien près de sept siècles que les chefs de la Gaule. Mais y eut bien d'autres colonies obscures de Barbares dans nos campagnes. Mais il et Le plus connu de ces faits devenu duc en Normandie. Je ne cite que ceux-là pour cette première époque. qui les attribue à une colonisation franque (dans son livre L'Alsace et l'Alemanie. les voisins de la Gaule se servirent d'eux-mêmes. mais d'habitants. où elles créèrent des bourgades à leur nom. telles que ces Sermaize. que les éléments germaniques de l'Alsace proviennent des Alamans. L'Empire tombé. héritières de villages sarmates. . Des colons alamans ou francs se chargèrent de cultiver l'Alsace. Je dis terre « celtique » pour me conformer à l'usage courant. parce que ce fut la principale installation d'étrangers. cette terre était devenue vide d'hommes. et que son histoire ressemble étonil namment à celle de Rollon et de ses Normands. Berger-Levrault). Mais je rappelle que les indigènes de la Grande-Bretagne étaient de nom belge et nullement de nom celtique. Paris.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. le Palatinat et la Rhénanie. La thèse courante. depuis la catastrophe de la grande inva- sion germanique. et ils introduisirent les dialectes germaniques sur cette rive gauche du fleuve qui jusque-là n'en avait point voulu K Notre Armorique redevint terre celtique sous l'afflux des immigrants bretons. Cela se passa au début du dixième siècle. 1919. L'ère de ces temps interminables de colonisation bar- bare datait du jour où. mais d'exploiteurs. Le pays de Bayeux '^ 1. n'avaient cessé de livrer sa terre à des possesseurs ou à des cultivateurs étrangers. du pirate Rollon de ses compagnons de brigandage transformés en barons et en grands propriétaires. plus à titre 195 d'ennemis. comme si. 2. Je ne peux me prononcer encore. si proches parents que soient l'un et l'autre. les empereurs permirent aux Francs Saliens de se domicilier sur les sols inoccupés de la Batavie et du Brabant.

III.. 2. Voyez l'entrée de Contran à Orléans en 585. Dubos (liv. 1. dépôts de verroteries. experts à profiter des misères d'autrui. etc. entre les remparts de la «cité » romaine et les basiliques des faubourgs. celui des Irlandais (Scotti). . dans Byzantinische ZeitXII. Je pourrais citer bien d'autres apports étrangers en France à l'époque méro\angienne. et pas davantage les menaces d'une invasion voisine. Syriens et Grecs ^ pêcheurs en eau trouble.196 DE LA GAULE A LA FRANCE. dont les habitants ne s'occupaient plus guère. avec leur parler germanique et leur rude application au travail de la terre. Les Colonies d'Orientaux. de vente ou de troc. divisée en nations. eut ses Saxons cinq siècles avant d'avoir ses Normands. Fr. ces Orientaux prenaient en main les matières de commerce. Cabotage sur les côtes. 1. et devenir brigands en cas de danger. t. même espèce. 255) a comparé l'état des royaumes francs avec leurs nationalités diverses à celui de la Turquie. ou sur le flanc de Bordeaux : près du cimetière sacré de Saint-Seurin -. Juifs. Des régions extrêmes de la Méditerranée accouraient en foule les quêteurs d'aventures de l'Orient. VI. ch. p. moines ou autres. « juiverie » à la population criarde et grouillante qui s'entassait aux portes. t. qu'ils fussent soldats comme les premiers arrivés des Francs. trafic d'œuvres d'art ou d'objets précieux arrachés aux ruines antiques. celui des auxiliaires 1. germains de Brunehaut. ou terriens comme les petits-fils des Gallo-Romains. Grégoire de Tours. tout ce qui était chose de négoce leur appartint en un monopole de fait. boutiques dans les \àlles. ghetto bruyant et affairé. affaires d'achat. Chaque ville eut son quartier de Juifs. En temps ordinaire. Us savaient s'entendre avec l'ennemi. schrift. de soieries ou de parfums importés. 1903. des deux côtés de la Grand'Rue par où on entrait dans Marseille. Mais on venait en Gaule de bien plus loin que de la frontière. Bréhier. l'incertitude politique du pays ne les inquiétait point. VIII. la Flandre eut également les en attendant de voir arriver hommes des bas- pays néerlandais.. qui étaient de les siens. Levantins de toute sorte. H.

toute villa peut soutenir un siège. ne formèrent minorité. Un César romain était à la fois imperator aux armées et : « prince » des citoyens un roi des Francs. si absolu que soit et. que l'on compta les natifs du pays. au Puy ou à Mende. Saint-Paulien dans le Velay ou Javols dans le Gévaudan. 197 Combien étaient-ils. Les châteaux de villages se multiplient. Mais ces étrangers détenaient quelques-unes des ressources vives de la contrée les uns étaient chefs et les autres soldats. Je ne vois plus de villes qui n'aient leurs remparts. La guerre définit sa manière d'être. et ce fut toujours par millions. malgré qu'une les misères du temps. et que sa terre ne fût plus qu'un sol d'exploitation livré à des était à craindre colonies exotiques. ceux-là fournissaient la main-d'œuvre agricole ou : domestique. Si l'Empire avait maintenu sans forteresse certaines capitales de cités. l'homme de Gaule ne perdît ces traits d'originalité nationale que les siècles avaient façonnés. On ne sait plus ce qu'est une armée et une couverture de frontière chaque groupe d'hommes doit avoir près de soi sa frontière. en maître de la milice Malgré son entourage de palatins et le nombre de le ses capitulaires. je veux dire l'abri d'un rempart. je me représente Char- lemagne avec l'allure que lui donne l'épopée française.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. tient à vivre en chef militaire. . comme plus grand des seigneurs de la guerre qui se la soit levé dans Gaule à l'appel de Dieu. A la paix romaine avait succédé la plus violente poussée de vie militaire qu'ait connue notre pays. ces étrangers qui ils s'imaginaient repeupler la Gaule? Sans aucun doute. pour le sol comme pour les hommes. L'autorité poUtique est avant tout affaire de guerre. ancêtres. et ceux-ci se réservaient dustrie. ses pour me « servir du titre latin qu'ont porté ». Il le commerce et l'in- que sous cette af fluence d'êtres nouveaux. . son pouvoir civil. les chefs les abandonnèrent pour résider en un lieu fort.

ou du territoire municipal gallo-romain. ville et terri- doivent le service militaire. a pris l'épée. s'acheva sous ses légataires barbares. Alors s'accéléra le déclin des choses qui avaient encadré d'une auréole de gaieté la Gaule des premiers empereurs. de cette exisils tence bourgeoise et pacifique dont se départir.198 DE LA GAULE A LA FRANCE. les avaient respecté dans tants de cette les nobles sénateurs représen- Rome. enfermés comme un trou- peau dans 1. qui les gouverne en magistrat et capitaine. que Rome avait commencée par son Empire. ils ont un chef. si détenteurs de la civilisation latine. Resserrés dans leurs « cités »'. possesseurs héréditaires du sol. n'avaient point su siècles même Tous dans les les deux derniers de l'Emle pire romain. fait. devenir il faut qu'ils s'accommodent aux habitudes des temps nouveaux. C'en est pour ces hommes de Gaule. la ville chef-lieu de la civitas J'emploie ici le murée des premiers temps du. toire. Mais ces nobles de Gaule veulent conserver domaines et pouvoir. Les les les rois des Francs. Et le sénateur. . Éduens ou Parisiens ne seront plus que des cadres administratifs. l'enclos ce pendant mot dans l'orage. A ce régime. A leur tour. les habitants des villes sens restreint et tardif. que leur lités le roi leur envoie. les grands commande en : seigneurs. les municipavont perdre ce qui leur reste d'autonomie et d'esprit particulier si on laisse faire les rois et leurs comtes. organisés pour la guerre la plus proche. à leur tour comtes ou leudes. sont prêts à suivre le mouvement. maîtres de la terre et chefs de villages. La décadence du monde antique. habitants d'une cité. même au civil. se sou- venant qu'ils avaient été des soldats au service de Rome. et bientôt on ne le distinguera plus d'un compagnon des rois francs. comte. Lire Virgile et connaître le Code ne suffit plus pour exercer l'autorité. Arvernes. L'esprit de guerre emporte tout. a armé ses hommes. Moyen Age. lui aussi.

les GalloRomains des royaumes francs se désintéressaient de l'écriture. de la bâtisse de pierre. et. demeure fidèle à Rome en ses derniers jours. et il est rare qu'un chef veuille en parler une autre. depuis Clovis jus- qu'à Charlemagne. Les Francs sujets considèrent tous. ils se résignèrent à ne plus voir leur Dieu présent en son image. et ses vers étaient moins faciles à comprendre. le bois reprenait sa maîtrise d'autrefois dans les maisons. l'éclat des marbres et des statues. sauf l'incapacité à la pratiquer. les Barbares n'y mettent rien d'eux-mêmes. Les écoles s'étaient dépeuplées de leur jeunesse studieuse. de l'art figuré. La langue latine est la langue recueillir les officielle. leurs morts préféraient à nouveau les tombes anonymes. les fêtes bruyantes des spectacles populaires. gile Un grand et seigneur lisait toujours Viril il et Salluste. On perdit çà et là l'usage de graver des inscriptions. les temples et les palais mêmes. Seulement. qui laissèrent . et des vers latins mais chaque jour : comprenait moins ses lectures. les ceux qui n'avaient la vie méditerra- point encore connu ainsi agréments de que les Celtes des temps disparus. et n'étaient plus que de tristes abris d'enfants à l'ombre des églises. moraux et continuateurs de l'Empire romain. comme entrés dans le monde classique. Les dessins des monnaies devinrent les traits d'informes essais qui rappelaient l'époque gauloise. Il maladroits de semblait que l'humanité revenait aux tendances de néenne : ses lointains ancêtres. Sans doute Charlemagne fit chants guerriers des Francs : en quoi il fut supérieur en inteUigence aux empereurs. de tailler de la roche dans les carrières du sol. et s'ils contribuent à la détruire. 199 ne connurent plus l'orgueil des édifices de pierre. s'essayait à faire Lucain peut-être davantage. de modeler l'argile. c'est par ignose rance et non par hostilité. cette civilisation qui achève de décliner.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. devenus Chrétiens.

t. continuait. 130). Deux mille ans étaient passés sur les ruines de Troie et sur l'épopée d'Homère. 5. Dubos dans son . 11 (à la date de 355) Francis. Patrol. et les derniers-nés des Hyperboréens s'inclinaient encore devant l'aube triomphale de la poésie hellénique. c 621 édition Lair. alors que tant de chefs francs étaient tout-puissants à la cour de Constance II ou de ses successeurs. Les systèmes d'impôts. réglait le statut personnel des Francs Saliens.200 DE LA GAULE A LA FRANCE. XV. Ces Barbares voulaient bien être les conquérants de l'Empire. CXLI. ne furent point changés tout d'abord ^ Il est vrai qu'une loi spéciale. se fait proclamer empereur en Gaule. Comtes et ducs étaient des titres qui remonrégime. mais à la condition d'être adoptés par lui. Ammien Marcellin. II. : . Dani glorianlur se ex Antenore progenilos. Rome. 9). quorum in palaiio multitudo florebai. Us n'introduisirent en Gaule aucune forme nouvelle d'administration. LaL. et qu'elle a dû être forgée au iv« siècle. Franc. compagnons taient à l'ancien procédés de Clovis et de leurs descendants. la loi Salique. 2. Silvain. qu'il y en a peut-être une trace chez Grégoire de Tours {Hist. cf. elle aussi. Je suis maintenant convaincu que la légende de l'origine troyenne des Francs est beaucoup plus ancienne qu'on ne croit. l'élève privilégiée de la Grèce. 1865. On toire se rappelle que fils les Gaulois avaient oublié leur hisleurs historiens inventèrent pour se dire d'Hercule ou de Rémus. à régenter ses vainqueurs après sa défaite. Mais les Gallo-Romains. C'est ce qu'a le premier mis en lumière On comme ascendant. Grsecia capta ferum victorem cepit le mot d'Horace : demeurait éternellement vrai. p. et un de leurs chefs. les de la justice. 1. li\Te. Les Francs agirent et pensèrent de même : un roman qui les les fit descendre d'Hector et de Priam. « la Grèce captive captivait son farouche vainqueur ». et foi ^ biographes de Charlemagne y crurent de très bonne Il n'y eut pas jusqu'aux Danois de Normandie qui ne s'imaginèrent à leur tour être issus d'un héros méditerranéen ^. s'attendrait à voir ici Danaus 3. faire tout périr les mais cela ne l'empêcha pas de au monde pour restaurer le culte des lettres latines et l'Empire des Césars. hymnes des bardes et les poèmes des Druides. Dudon de SaintQuentin (Migne.

c. et sans 201 doute bien des immigrants avec eux. 2). t. ils ne connaissaient d'autre noble que leur roi. C'était la basilique latine qui ser- modèle aux temples du culte nouveau. « Entre un Franc et un Romain de Gaule ». » Ni en littérature ni en art vait de fit les nouveaux venus n'avaient essayé de rien fonder. Guizot l'accepte encore (Histoire de la civilisation en Europe. Charlemagne eut son Auguste. 2. Voyez le très curieux passage de l'Histoire d'Agatliias (I. L'un et l'autre vivent d'hériter de la terre mais de la même manière. On mains a dit ^ que la Gaule romaine avait appris des Ger: la pratique de la liberté et de l'égalité tous ces compagnons de Clovis étaient égaux entre eux. . Et à la fin la loi Salique ne fut plus appliquée. Childéric Suétone le graver son cachet à la façon romaine. et il répudia sa loi naturelle pour disposer de son héritage au gré de ses affections. Littré (Études sur les Barbarcset le Moyen Age. disait un étranger^. 7* leçon. 2" leçon. que pour les familles royales. et en Éginhard. et les fils des conquérants ne se privaient pas de leur obéir. restaient soumis aux lois impériales. l'influence des Barbares sur notre civilisation a fait loi au xvni" siècle. p. p.FusteldeGoulanges. «je n'aperçois d'autre différence que la langue. p. et à ce roi d'ailleurs ils n'accordaient que le droit de les conduire à la guerre et de marcher à leur tête. Dubos mis à part. qui atténue singulièremeut l'impression de barbarie laissée par Grégoire de Tours {Palrologia Grœca de Migne. qu'on oublie trop à ce point de vue {Polijptyque. 1282). il s'appela César et nouvel Empire prit pour symbole l'aigle des légionnaires. C'est ainsi que la loi : Salique interdisait aux le femmes Franc jugea souvent trop dur de refuser à sa fille le bien qu'il avait formé pour ses enfants. La réaction contre cette thèse a été très énergiquement poussée au xix" siècle par Guérard. 275-6). s'ils y trouvaient leur compte. et d'ailleurs fort mal. 125).L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Les principes de la 1. 199 [ceci écrit en 1838]. en France. LXXXVIII. datant de 1828-9).

je ne vois pas qu'ils en eussent moins le droit d'en agir et l'esprit de ne nous ses Francs. humaine sont venus des sais s'il dignité forêts de la Germanie *. et révolte n'est point liberté. et non plus de l'État. XI. . peu soucieux de la liberté des hommes. ch. les empereurs romains entendu bien d'autres. Ne confondons pas l'individualisme turbulent d'une soldatesque à demi barbare ces peuples des en ont vu et avec l'exercice régulier d'une autonomie légale. à laquelle la Gaule allait bientôt se soumettre l'homme dépendant de l'homme. et cette chaîne remplaçant l'édifice uniforme et majestueux d'une « chose publique ». Mais cette toute-puissance du lien personnel existait déjà dans l'État romain. Je ne rain faut se représenter ainsi l'autorité de Clovis connaître. bois » (De l'Esprit des Lois. où il était la conséquence fatale de l'immensité de l'Empire et des préro: 1. On a dit encore que les royautés germaniques avaient propagé les traits essentiels de la vie féodale. et ils arrivèrent à créer. Qu'il y ait eu chez ces grands des actes de désobéissance et chez \ murmures de colère. et non plus maître de sujets. C'est le mot courant : vernement de l'Angleterre les depuis que Montesquieu a dit du gou« Ce beau système a été trouvé dans liv. le roi seigneur de seigneurs. une aristocratie de pouvoir et d'argent chez qui l'on eût vainement cherché les sentiments de l'égalité naturelle. avec leurs fonctionnaires et leurs favoris. Je trouve à vrai dire plus de formes de la liberté politique dans les assemblées pro\'inciales de l'Empire romain que dans les foules tumultueuses des Champs de Mars de la royauté franque. Si dans la suite des temps les rois mérovingiens ou carolingiens ont songé à réunir autour d'eux des assemblées de peuples ou des conseils de grands. fait k à leur guise aux heures où ils avaient la force. la chaîne continue de la fidélité ou du vasselage commençant au simple châtelain et finissant au roi suzerain. 6). qu'aucun document contempoMais tous ses successeurs furent d'a'^'-:^: tristes despotes.202 DE LA GAULE A LA FRANCE. fait de l'obéissance inconditionnée de tous à la souveraineté de la loi.

Des Francs et de la Germanie il n'est rien venu qui ait relevé la dignité des hommes et qui ait égayé leur vie. l'esclave inaugure du Christianisme. et p. Polyptyque d'Irminon. que lui-même doit avoir sa terre et son foyer. 203 gatives de l'aristocratie foncière. et non pas l'Empire romain. qui ne fit que liquider les cités antiques. et nous verrons bientôt ici les inestimables avantages que la Gaule retira de ce principe. Si toutefois. délibérément. qui ne firent que liquider l'Empire romain. c'est parce qu'elle était devenue chrétienne *. non des Germains. La Guérard. dans les temps dont nous parlons. et riche n'avait point de peine à transformer ses amis en fidèles et ses obligés en clients. Mais c'est parler trop vite que de lui attribuer une origine germanique. et ne se traîne plus à la remorque du passé. le monde va vers l'avenir. si ces misères n'ont point empêché l'homme de mettre dans sa vie plus de joies et plus d'espérances. 276": « L'amélioration » fut un bienfait du Christianisme. On a dit enfin que les Germains avaient fait connaître à la Gaule ce principe de bienfaisance supérieure. Avec le Christianisme.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Rien ne nous prouve que. et je n'affirmerai pas davantage que les Gaulois l'aient ignoré au temps de leur indépendance. . Cf. Je reconnais que le Christianisme doit beaucoup à ce victoire les 1. bien avant de connaître les Barbares. voilà le fait essentiel qui temps nouveaux. L'impérialisme engendre souvent riches la féodalité : l'empereur s'en remettait aux plus du soin de grouper les hommes autour d'eux le et de lui en procurer les services. la dignité humaine a survécu et grandi à travers tant de misères. ce n'est point parce que la Gaule s'était livrée à des rois barbares. et non pas les royautés barbares. Rome n'ait point appliqué l'usage d'assigner à chaque esclave une terre à cultiver et une demeure à habiter.

depuis le plus pauvre jusqu'au plus riche. Entre eux et lui s'interposa son fils. que d'avoir une religion faite avec le meilleur des âmes des ancêtres. il ne resta que le principe de la Maternité divine mais il était passé de la terre à la femme. Au rang suprême et unique se plaça le Dieu créateur du monde et père des hommes. Parlons d'abord des bienfaits généraux qu'il apporta aux hommes de l'Empire romain. et de ces valeurs sacrées qu'on avait tirées de la nature. et qu'il renferme en ses plus belles paroles des doctrines et des espérances qui ne furent étrangères ni à la pensée de l'élite gréco-romaine ni à la foi naturelle des multitudes éternelles. Mais c'est pour l'humanité un progrès définitif. vivant sur la terre au miUeu d'eux pour leur annoncer sa loi et pour mourir en rédemp- Le soleil. qu'il accepta pour son Église les cadres de l'Empire. et une religion qui puisse être comprise de tous les peuples et aimée de tous les hommes. Le Christianisme changea la nature et les attitudes du Dieu souverain. passé. Mais j'avoue aussi que d'avoir pris contact avec le passé et le sol de la Gaule qui permit au Christianisme de rendre à cette Gaule d'inoubliables services. je n'en trouve aucune le qui égale celle du Christ. aux Gaulois comme aux autres. . Et je lui en ai voulu d'avoir ainsi partie avec les choses de la terre. pour les formes extérieures de son culte des héritages de Jupiter ou de la Mère. Je reconnais encore que Christianisme ne sut point toujours dégager ses pratiques de celles du passé. Et j'ai beau chercher dans les annales du monde. Car désormais le soufïle de l'humanité inspirerait tous les aspects de la religion et teur de leurs fautes. la lumière. la Terre-Mère elle-même disparurent de l'adoration des hommes.204 DE LA GAULE A LA FRANCE. les gestes des hommes c'est et les habitudes des cités. : toutes les vertus qu'elle enseignerait. pour les lieux de ses prières les sanctuaires traditionnels lié du sol.

marque son empreinte sur le sol. autour de son Dieu. Le Christianisme. jusqu'à saint Benoît l'apôtre du travail et du renoncement. entre habitués d'un même temple. je reconnais dans l'Empire romain de Marc-Aurèle moins de principes supérieurs et de gages d'avenir que sous la roj^auté franque des Mérovin1. la bonté. et changea l'horizon des vertus. pastor egentium. entre dévots de Jupiter ou de la Mère. hommes et fils de Dieu.k'ÊPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. c'est l'oubli de : soi. Et ce furent. désormais. Jadis. ont pourtant reçu d'elle spéciales. avec l'évêque d'une cité. (dans les Monumenta Germanisé). à celle d'une simple à celle du plus modeste village. etc. un Bacchus ou un Hercule aux travaux invraisemblables. paier orfanonim. mais des hommes ayant vraiment vécu et bien mérité de leurs frères par la tâche de leur vie ou la divine. de l'église universelle cité. l'église de Gaule. les Actes du concile de Tours en 567. de saint Éloi. une grâce non plus des héros étranges et mystérieux. Il y a désormais. déplaça le but de la vie. l'effort vers la constance et la pureté. sans participer de l'essence une énergie. des devoirs envers tous « les hommes le prochain aimé suprême qui malgré la noblesse de son âme. comme soi-même ». répartie en d'innombrables assemblées. l'attrait vers les autres. continuateurs dans l'Église de l'œuvre de Jésus son fondateur. voyez les Vies de saint Césaire. là. Le Christianisme ou « institua. ce précepte de l'idéal avait manqué aux morales primitives'. parce qu'ils sont . La nouvelle à de adeptes une seule famille. le retour continuel sur soi-même.. enfin. il n'existait d'autre lien religion fit que ses le hasard des rencontres. Avec hôpitaux. la charité. Marc-Aurèle mais de la sienne propre. Je relis tour à tour les Évangiles et ici. depuis saint Etienne le premier martyr jusqu'à saint Martin l'évangéliste de la Gaule. hôtelleries de pèlerins. etc. c'est le culte de la dignité humaine. « l'église » l'assemblée » des fidèles de ce Dieu. de saint Sulpice. Aussi. 205 : Le Christianisme changea l'espèce des êtres divins j'entends par là des êtres qui. une sorte de ministre municipal de la charité. beauté de leur mort.

et le seul qu'ils connussent tous. évêque de Lyon. devenus évêques dans les principales cités de la Gaule. 1. De Rome partirent sept missionnaires qui. Blandine. tion comme une précau- ou un remords. l'assistance aux pauvres et aux malades. et les sept évêques fondateurs. forment dans le ciel la cohorte des saints de la Gaule. malgré les giens. Marseille. Puis. recommencèrent 1?. de belles et touchantes aventures.206 DE LA GAULE A LA FRANCE. acheva l'œuvre en faisant retentir la parole de Dieu dans les campagnes reculées. de souffrance et de sainteté. savants ou ignorants le chapitre de : la Gaule conquise par le Christ. celui dont ses habitants étaient le plus fiers. autrement véridique que les marches des Francs après l'incendie de Troie. Gaule. un chapitre qui n'appartenait qu'à la Gaule. . Mais le Christ n'avait pas désespéré de la victoire. le souci de l'aumône et l'hommage à la charité ^ Voyons maintenant les services rendus à la comment cette religion d'église universelle et de humaine a pu fortifier notre existence nationale. et Martin. Irénée. sur ces origines du Christianisme gaulois. dont la trame faisait une épopée de lutte. conquête des villes populeuses. montré plus de courage que l'empereur en combattant les Barbares. saint Martin. 230. turpitudes de leur vie : car à travers leurs cruautés et leurs luxures. Et maintenant. empêcha que rien ne se perdît des semences de la foi. et les martyrs des premiers âges. ils avaient appris le Christ aux grandes villes du Midi. Lyon. Cf. et dans l'amphithéâtre du Confluent une faible esclave. évêque de Tours. en confessant sa foi. p. On racontait. avait. j'entrevois. Vienne. l'empereur Marc-Aurèle avait ordonné le supplice des fidèles de Vienne et de Lyon. et fraternité Un chapitre nouveau fut inscrit dans l'histoire de la Gaule. Des apôtres étaient venus de l'Asie. ici.

et pour elle seulement. S'il se présentait quelque grand coupable. Tours. Ni la disparition des sénats locaux ni le despotisme du comte royal ne réussirent à éteindre d'Adémar de Chabannes. 1. t. tout ainsi que la Gaule des Druides s'était tenue en dehors et au-dessus des distincte ^ : batailles entre Éduens et Arvernes. 143. De rébus eccL. ses habitudes. 4. Sur les usages propres des églises de Gaule. IX. 208 de l'édition : des Monumenta Germanise). ses règlements. écrit au milieu du ix° siècle. t. ses chefs. Grégoire de Tours. 957 pêne jam tota Francia diligil. CXLI. Pair. Cf. Je m'inspire ici iolatu s. en particulier c. quant 948. une liturgie particulière. c. 962. . Patria dans le sens de la Gaule en tant qu'église. 99-100. CXIV. 84. Parisiens de Lutèce. Duchesne. 947. le concile des évêques l'excluait solennellement de la communion de l'église de Gaule ^. 180. 39. le concile d'Orléans de 639-641 Omnium episcoporum senleniia prolala. Paris. Lat. Les évêques de ses cités se réunissaient en « conciles ». Thorin). Canlilenœ perfectiorem scientiam. Mariialis. Migne. : p. ses cantilènes dont elle était fière. A l'intérieur de la aussi l'unité séculaire et la cohésion des vieilles cités. c. Cf.. 2. contemplant avec qu'ils I 207 joie les ^.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. voyez les textes de Walafrid Strabo. fils de leurs œuvres sur la terre ont quittée les Car Chrétiens de Gaule formaient une communauté ayant son amour-propre. et cette excommunication n'était pas sans ressembler à l'interdiction des sacrifices que l'assemblée des Druides de signifiait jadis contre les rebelles à toutes les cités nom gaulois. Hisloria Francorum. Sens. A mille ans de distance. Peu importait que le royaume des Francs eût été divisé en Neustrie et Austrasie la Gaule chrétienne conservait son unité... les chefs religieux de la Gaule lui rendaient l'unité que venaient de briser les contrée. ses conseils généraux '.. 3. Arvernes de Clermont. c finibus Gallise eliminatus (p. Reims ou Poitiers. assemblées de législateurs et de juges qui décidaient pour l'église de Gaule. le Christianisme sauvegardait passions politiques. Origines du culte clxrélien (1889. Epistola de apos' Migne.

les églises la A de cités avaient et racontaient avec amour leur histoire sacrée. âmes valait et passait celle des royauté encore. : 1. pasteur. gardien et défenseur. Autour de l'autel de cette é#glise. et dans les campagnes ceux locales. au miheu pensées et au-dessus de leurs demeures. Franc. par la succession ininterrompue des pontifes. il et il y siège comme un roi en son palais l'était sur les âmes. . 46). père. et. et c'est là qu'ils recevaient les bénédictions solennelles aux heures des baptêmes. ^ en ces temps de croyance absolue.208 DE LA GAULERA LA FRANCE. Hist. une église qui fut la capitale de leur vie morale et l'inspiratrice de leurs les plus profondes. Au même titre que l'église de Gaule. des mariages. à l'abri des remparts et près de sa cathédrale. Car toute cité la vie municipale. cette gauloise. cité Devenue une garde la vitalité que les lois lui refusent. VI. depuis l'apôtre envoyé du Christ qui avait été leur fondateur. l'évêque. jadis peuplade église. et c'est près de là encore. qui furent les réduits les plus intimes de : d'un même village ou d'une même villa. la suite et les annales des évêques qui les avaient gouvernées. la royauté des corps. se forma de petites « assemblées » l'immense « cité de Dieu ». fraternités restreintes qui purent rapce procher davantage leurs prières et leurs sacrements furent les d paroisses ». de ces diocèses il de Reims ou de Sens. Aucune religion antique n'avait atteint à une pareille beauté morale celle-ci unissait les vies humaines en une murailles. Ils virent s'élever. l'épiscopat ressemblait par la pérennité de la fonction. romaine. A l'intérieur de ces églises municipales. L'évêque réside dans la ville métropole. associés dans la mort à ceux qui avaient été leurs frères dans la vie. SoU episcopi régnant. des communions. a désormais son chef spirituel. qui groupaient dans les villes les fidèles d'un même quartier. Roi. ils s'incUnaient à toutes les journées de leur exis- tence. à l'ombre des saintes que leurs corps reposeraient. disait Chilpéric (Grégoire de Tours.

Bordeaux à celle de saint Seurin. Ce furent les : au contact desquelles car. pierres bénies tombes des naissait une floraison de miracles : : terre. — De la Gaule à la France. Chaque ville. eut ainsi son foyer d'espérances. du fond de son sépulcre. et les unissait en qu'elles habitaient. y était devenu le saint le plus populaire et le plus actif des faiseurs de miracles? Est-ce parce que la ville de Tours. Des chapelles furent élevées au sommet des collines. et on vénéra saint Romain à Blaye ou saint Julien à Brioude. Marseille à celle de saint Victor.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. lacs. à l'orée des bois. Partout où l'homme avait adoré un dieu. et elle y appelait et y retenait les hommes. d'angoisses ou le Christianisme suscita des lieux de culte ardent. le fondateur des âmes et le principe d'union et c'est pour cela qu'aujourd'hui tant de villes et de bourgs de France ne sont plus connus que sous le nom de leur protecteur sacré. la tombe de saint Martin à Tours prit soudainement une merveilleuse importance. chaque bourgade. Est-ce parce que saint Martin. Parmi ces lieux sacrés. où le saint remplaça les déesses tutélaires et les Génies chers à la Gaule d'autrefois Paris pria à la tombe de saint Denys. cette religion s'incorporait encore davantage à la saints. rendez-vous des multitudes aux jours aux moments d'enthousiasme. il trouva un saint à vénérer. Il était impossible qu'elle se désintéressât de ces choses charmantes et bienfaisantes de la nature. punissait les coupables et sauvait les malheureux. Et le sol de la Gaule demeura imprégné de vie religieuse. en qui l'on voyait l'émule de saint Paul et le convertisseur de la Gaule. Par là. auprès des fontaines. famille éternelle. située à la rencontre de la Loire et de la grande route de l'Ouest. au bord des lacs. et surtout sources et fontaines. JuLLiAN. 1* . collines. guérissait les malades. Pour des milliers de localités le saint fut le père et le maître. le saint. qui n'étaient que de simples villages. 209 même temps à la terre Sur cette terre de Gaule. toujours présent par sa vertu. auxquelles depuis des milliers d'années les hommes avaient accordé leurs prières.

les obligent à s'occuper sans relâche. ainsi qu'ont les nos pères et apôtres ^ g » Il y avait bien cette difïé- 1. édit. à de saintes lectures. le : soin des récoltes. Son nom se posa sur près de la moitié des églises.210 DE LA GAULE A LA FRANCE. aux évêques et aux saints. ses forces nationales et locales. » Le livre pieux et la charrue étaient rapprochés l'un de l'autre comme symboles et instruments de l'activité chrétienne. s'occuper au tra- vail des mains. qu'ils ne s'en affligent point s'ils ils seront alors vraiment moines. et par conséquent les de certains moments. Il procura à Clovis la victoire qui acheva de lui donner la France. reprirent-ils les anciennes habitudes qui avaient amené leurs est France? et ancêtres au sanctuaire voisin des Druides? Toujours est-il que saint Martin. Il religion l'aidait encore à réparer les désastres de son les abîmé par se trouva. La sol. après sa mort. misères de ces invasions. inhé- écrivit saint Benoît. et en d'autres. matin jusqu'au repas de midi Et si la pauvreté du sol. des hommes d'intelligence et d'action. menacées par les invasions barbares et les royautés franques. comme la Grèce avait vu celle des pas d'Hercule. les prêtres parmi de la foi nouvelle. grâce à l'Église. Wœlfflin (collection Teubner). On vit partout l'empreinte de ses pas. en de l'âme. La Gaule chrétienne eut en lui un héros souverain. Elle sauvegardait ainsi. . Régula monachorum. Les foules s'entassèrent dans la basilique qui abritait sa tombe. fut le plus vivant des chefs de la Gaule. un des carrefours vitaux. et en son tombeau un foyer mystique. des centres naturels de la les hommes. « est l'ennemi frères doivent. fait vivent du travail de leurs mains. le « Les moines travailleront et le soir jusqu'à vêpres. qui virent dans le tra- vail de la terre rents à la nature une manière de combattre « L'oisiveté humaine : les vices ». 48. en y accourant pour prier.

antiet bonne culture ^.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. à Cîteaux en Bourle gogne. à Fleury près de la Loire. Ceci après l'an mille. le monastère a occupé une ancienne villa de temple païen. à Cluny en Bourgogne. 2. à La Sauve dans Bordelais. en cet îlot de Cordouan qui commande les passes périlleuses de la Gironde. cette règle notre terre de Gaule tira un singulier Les moines de saint Benoît et saint Colomban son émule cherchèrent aux abords des forêts et des marécages les terrains à défricher. et la carte humaine de la France s'éclaira de mille feux nouveaux. On construits — . 1. et auquel ils donnèrent une nouvelle vie. à la faveur de leur abbaye. l'Empire romain avaitil installé quelque phare pour guider les navigateurs. De profit. à Saint-Jean-d'Angély en Saintonge. marécages se desséchèrent. Ce fut souvent un sol de vieille ou village. à Clairmarais en : Flandre. Luxeuil dans les Vosges. villages se bâtirent. en firent une bourgade neuve. ce fut une création et non pas une restauration'^ forêts s'éclaircirent. 3. lorsqu'un ermite les rallumai a fait remarquer que les premiers monastères ont été à portée des villes ou sur l'emplacement d'anciens castra. Mais je ne doute pas que les flammes n'en fussent éteintes depuis longtemps. que le malheur des abandonner. Ailleurs. et les disciples 211 de saint Benoît. à Clairvaux en Champagne. le chefd'œuvre monastique de saint Colomban. avait été sous les premiers empereurs une petite ville de bains et de plaisirs les moines. villa siècles récents avait fait : ques villas gallo-romaines ressuscitées en monastères. et que c'est plus tard seulement qu'on s'enfonça dans les solitudes. Il est probable que dans certains cas. rence entre les apôtres et et le travail. et ce fut de même à SaintDenis près de Paris. que ceux-là n'avaient établi aucun lien moral entre la religion que Benoît faisait du travail une règle essentielle de la vie religieuse. Peut-être. et la campagne environnante commença une seconde jeunesse. Il faut abandonner complètement la théorie fantaisiste qui fait rattacher Cordouan à la terre ferme.

routes. Alcan). le plus bienfaisant des changements. Le lot de terre correspondait au foyer familial. . et en particulier nomie rurale pour les temps Études critiques sur carolingiens. les familles de laboureurs ou de vignerons. Latin ou du Grec était privilège de l'homme le droit tandis que sur la surface de la Gaule franque. le plus profond. de colons. Polyptyque de l'abbé Irminon. au même titre que les sociétés de domaines. de trois à dix hectares. t. Il apparut divisé en un nombre infini de parcelles. les : les lotissements coloniaux des cités antiques et l'exploi- tation morcelée du sol de France. esclaves et hommes 1. la ferme ou le mas qui en était le chef-lieu parcelles de peu d'étendue. I. que le le bien familial du libre. sur les questions qui vont suivre. les casaux et les bordes. de bourgades ou de cités. l'histoire de Charlemagne (1921. après des détours infinis. Voyez en dernier lieu. On aurait dit que la Gaule revenait. à ces temps mythiques de l'Antiquité où chaque citoyen de Rome ou de Sparte recevait en partage les arpents de terre qui lui permettaient d'élever les siens. Il libres possédaient également à la culture faut toujours en revenir. le plus durable. de fermiers. ayant chacune sa famille de cultivateurs. les excellentes remarques de Halphen. à l'unité sociale correspondait l'unité de culture. pour toutes ces questions d'écoet de régime social. C'est en effet au cours de ces longs siècles de dangers matériels et d'incertitudes politiques que s'acheva ou se produisit. et. Mais il y avait ce contraste entre mas. villes.212 DE LA GAULE A LA FRANCE. Prolégomènes (1844). Paris. Guérard. Ce ne sont plus seulement que nous apercevons fixés mais aussi les hameaux et aussi les fermes. Cette carte humaine de la France se dessine peu à peu dans sur le ses moindres détails. villages et villas sol. dans la manière d'être de notre sol. au chef-d'œuvre de B. mais qui étaient suffisantes pour occuper la famille et pour la faire vivre. de métayers ou de bordiers ont pris sur la terre une place qu'elles ne quitteront plus *.

L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. qui ont bouleversé les habitudes de la vie. J'ai parlé encore d'esclaves à propos de cette culture des terres. le travail France d'aujour- d'hui qui se prépare et s'annonce. Ce n'est pas en ces siècles d'infortunes que la petite propriété avait chance d'échapper à la ruine. condien effet. maître de milliers d'hectares et de milliers d'esclaves ou de colons. en tant que grand propriétaire. et un monastère des Vosges ou de Bouraux replis et : t "f ^ gogne. en particulier en vue de la dotation des églises. surtout aux abords des villes. Ces esclaves ne sont plus groupés en équipes. qui travaillent ici et là au gré du maître ou de son intendant. Condition juridique des hommes. Cultures morcelées et paysans c'est la égaux de notre démocratie rurale. et les derniers survivants de la médiocrité foncière préférèrent placer leurs terres sous la protection d'un grand et en jouir sans crainte comme fermiers. plus que jamais ^. un clarissime de Constantin. et non pas division de la propriété. ces immenses villas que nous avons vus à l'époque romaine restent. et pour cultiver cette parcelle on lui attribue sa cabane et les instruments néces- 1. Les paroisses de la banlieue de Paris seraient intéressantes à étudier à ce point de vue. Sujétion valait mieux qu'indépendance. et cette tâche est une parcelle à cultiver. . J'ai dit morcellement de la culture. tion juridique de la terre. et les 213 moyens d'en vivre. la condition normale de la terre un leude de Dagobert vaut. rien ne paraît changé de ce ' qui est réglé par le droit. Ces grands domaines. commencer à se reconstituer par l'effet du démembrement de certains grands domaines. aux recoins innombrables. Mais les faits sont venus. plutôt que de les exploiter avec les risques de la liberté. dans son accord entre humain et les espaces de sa terre. tenanciers ou colons. Chacun d'eux a sa tâche propre. Il y a sur l l presque autant d'esclaves (disons de serfs pour cette époque) qu'il y en avait eu au temps des empereurs. la \ie sociale. n'est qu'une variété de l'aristocratie terrienne. Il importe cependant de remarquer cjue la petite propriété semble. ces terres.

il s'opéra avec une telle lenteur. Que je voudrais savoir sous quelles influences morales. « serf de la glèbe ». ni lui sans la terre. la terre les a rapprochés en hommes égaux. Entre l'homme et ce lopin de terre. terre qui en dépend.40 habitants par kilomètre carré. décisif pour les destinées de notre pays! Mais nul contemporain n'en a parlé. : : de remarquables Conjectures démographiques sur la 1. t. comportaient une population rurale équivalente à ce que nous voyons de nos jours. il n'est plus la chose d'un autre homme. pour cette époque. Sa situation de fait est donc à peine inférieure à celle de ses voisins libres. et le serf qui de père en fils cultive une portion immuable de ce même domaine. aux environs de . plus de dix millions d'habitants ruraux. le petit propriétaire qui assujettit la sienne à un grand domaine. métayers ou colons. auxquelles j'adhère complètement (dans Le Moyen Age. Le maître ne pourra vendre la terre sans lui. La Gaule est maintenant. Dans France au IX^ siècle. Il résulta des mœurs et des faits. tous habitent et travaillent de façon semblable. Et c'est à cela qu'on reconnaît qu'une œuvre sociale est bonne. Désormais il ne quittera plus cette cabane ni la Son fils lui succédera pour travailler l'une comme lui. sous quelles nécessités matérielles s'est fait ce prodigieux changement. Il est donc impossible de ne pas proposer. la différence de vie est insensible charges et redevances sont à peu près les mêmes. Aucune guerre civile ne l'amena. que nul ne se douta des voies nouvelles où entrait la Gaule chrétienne. Un serf apparaîtra moins comme l'esclave de ce maître que comme l'ouvrier de ces champs et le serviteur de ce sol. aucune législation ne le prépara. et sans aucun doute beaucoup plus. . en ce temps-là. pour habiter l'autre comme lui. Ferdinand Lot a montré que les terres cultivées de la France. il s'imposa à la loi. la dépendance sera absolue. dotée de millions de paysans \ ayant chacun sa maison et sa terre. et qu'elle doit durer. DE LA GAULE A LA FRANCE. et elle a rapproché l'esclave de la liberté.214 saires. XXXII. 1921). Entre l'homme libre qui afferme la terre d'un seigneur. et pour toujours. dira-t-on la nature de son être est désormais réglée par son métier de cultivateur. fermiers.

corps et figure de nation. si l'Empire avait survécu à son fait plus grand désastre. mesure que l'Empire romain déclinait. des Poetae Latini levi Karolini). derrière Rhin sa fron- 1. 82 « La civilisation moderne repose sur un large fond populaire. par une sève inépuisable. » les : : . d'une société nouvelle. etc. c'est par la base. hommes et terres associés. les pertes subies. de l'époque mérovingienne. Études sur Barbares et le Moyen Age. nait. posées sur les le sol. l'homme peut disposer pour son de sa demeure d'une plante ciej et agrément et il les arbustes d'un verger ou les roses d'un jardin. à l'ombre du régime féodal. répare aussitôt. elle lui 215 Cette terre est médiocre. Cette maison est peu confortable. qui ne peut s'effondrer nulle part. c'est parce que la Gaule. 335 et s. Je songe aux très curieuses poésies de Walafrid Strabo. le seuil saura encadrer ^. sa capitale des derniers jours. « Ce n'est point par le sommet que se refont t. 1845. Il fallait le travail lent et successif des faits et des idées. voyaient que. aussi les remarques de de Pétigny. le jour où l'Empire tombele Gaule. » Mais cela doit être dit surtout pour la France. Voilà qui justifie les admirables paroles de Littré. et qui. Études sur l'histoire. III. p. mais donne son pain et son vin ou son cidre. — rappelait encore à la pensée Nous avons parlé tout à Voyons celle des poètes. Entre la maison qui abrite et la terre qui nourrit. etc.U ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. la ils front contre les Germains et sauvé ce qui restait de l'Occi- devinaient que. qui touche partout le sol.. les fondements d'un nouvel édifice national'-. mais il y trouve son foyer. rait. l'heure de la Gaule des prêtres. Ils la comprenaient mieux que soldats et poliils A tiques. 495 les sociétés. p. Mais cet édifice se prépare également à l'aide des harmonies humaines transmises par le bases passé et que le mot de Gaule des prêtres et des écrivains. De cullura hortorum (p. et la Gaule seule. de sauge ou de verveine. 2. la Gaule preaux yeux des lettrés et des poètes. herbes bénies du tées par les poètes chan- Voilà donc. avait dent latin. Cf. dans les mutations les plus graves. ramassée autour de Trêves. pour préparer les peuples à de meilleures destinées.

L'Empire est tombé. reprendrait malgré les Barbares l'œuvre que ^. Elle leur paraît enfin digne d'être chantée en des vers imités de Virgile rial. 2. évêque de Tours. des mots plus touchants.216 DE LA GAULE A LA FRANCE. 7. III. la fécondité du sol. Et longtemps après lui. Venance Fortunat. Carm. Sidoine Apollinaire.. tibi pareat orbis. l'éclat de tes héros. imperii. à l'endroit de cette Gaule. etc. Promptissima niiper fulsit conditio. Epist. Fortunat. et qu'il rêve pour la Gaule le droit d'agir par elle-même et d'être une patrie *. Rome avait vue s'échapper de ses mains lassées A chaque siècle. et Grégoire. et les routes parsemées de miracles chrétiens. Deux tiers. : . préfet du prétoire impéune poésie émue la fontaine divine de sa verdoyantes des rivières de la Gaule : ville natale. tière. vires exereret. de la et Venance Fortunat a été : fait « civilisation en France. tu as reçu en présents du ciel la gloire des trophées. tu Sidoine Apollinaire. 7 Gallia. et le poète Sidoine qu'il ne remette pas aux Gaulois le soin de protéger le monde. le moine Walafrid Strabo chante la Gaule comme la plus belle des choses : « Heureuse Gaule. 516-7 (panégyrique d'Avitus) : Nam Gallia si te compulerit. I. » Littérairement parlant.. l'évêque continue 4.. 1.. évêque de Poipareils ^ retrouve et ses des accents les en décrivant ses fleuves coteaux. vers 540 et suiv. d'amour et de gratitude. ^. L'Empire Apollinaire. Il semble parfois que « l'ombre de l'Empire » pèse sur ses évêque des Arvernes. Carmina. se derniers fervents des lettres latines. célèbre en Ausone de Bordeaux. "Voyez.. écrit à la façon de Salluste l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. 7. n'est pas encore tombé. plaude libens. identifie provincia Gallia et patria nostra. quœ jure poiest. églises naissantes au miUeu des bois. III. 18® leçon) le consul.. 4. C'est ainsi que j'interprète les très difficiles passages du panéPortavimus umbram 7. lisent chez de les respect. 8 : Te contenta suo Gallia cive placet. Le rapprochement entre Ausone par Guizot (Hist. siècles après lui. les rives on dirait que le vers latin a découvert les charmes du pays. Carmina. etc. proprias qua Gallia gyrique d'Avitus. : 3. regrette épaules. entre cent passages de ce genre.

. il n'importe le mot de patrie est prononcé. Ce sont peut-être : plus beaux vers que la Gaule ait jamais inspirés Félix Gallia fortibus tropseis. éd. je n'hésite pas 1. Et quand bien sol. lorsqu'on lui dit que «de tous côtés les hommes de la Gaule souhaitaient de les lui obéir » -. Lorsque Clovis rejeta les Alamans au delà du Rhin et les Goths au delà des Pyrénées. c'est la voix de Dante qu'on entend la première. de martyribus Agaunensibus (p. il la parole même par les rois et : faut laisser aux siècles le soin de propager l'écho et d'en émouvoir les âmes. Romame . 2.. 367-8. les égoïsmes et et ignorances des heures pré- sentes. la sœur et la compagne de la ville de Rome. les les poètes et les historiens. II. Et voici que les saints du Christ tissent autour de toi la couronne sanglante de leurs martyres '. Mais quand à travers nelles des il s'agit de patries. Grégoire de Tours. l'appel magique est lancé. les droits âmes du l'idéal. virum nilore.. un servir roi des Francs n'hésitait pas à se du nom de Gaule comme d'un mot de ralliement. Hymnus . » Ce ne sont qu'images de poètes et propos de lettrés. Hist. Un mot de poète suffît à faire vivre l'idée souveraine. II. toi. 35 MuUi jam tune ex Galliis habere Francos dominos summo desiderio cupiebant.. de l'écrivain n'est point encore répétée comprise des multitudes. 37. A l'origine lointaine de l'Italie moderne. soror urbis alque consors. de les lois éter- qui échappent aux regards limités ou dévoyés des chefs et de leurs ministres.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Omne Galliarum Regniun de nece martyrum coronans.. des Poetse Latini sévi Karolini : Walafrid Strabo. Le cas échéant. 217 marches empourprée par la splendeur du titre de royaume. savent apercevoir les leçons du passé. Regni nomine purpurala magno. Franc. d'un emblème verbal propre à dissimuler les intérêts de son pouvoir ou son ambition de conquêtes. Ubertale soli. dans les Monumenta Germanise).

: qu'on estime leurs pensées à l'étendue de leurs conquêtes et à la nature de leurs actes ^ Or. 27. Fr. 38 (cathedramregni). Leurs aïeux avaient été comtes et ducs d'Empire. la seulement charmé par l'étendue des horizons grâce des vallées. pr.. tous leurs actes tendirent à montrer au des Francs ^. cf. Julien. Études 1. la richesse des moissons Voyez dans le même sens. V. ils avaient su ce qu'était la Gaule contre et ce qu'elle signifiait. et à croire qu'il sut tirer profit de ce vocable consacré par l'Église célèbre dans le monde entier.. 1919. VIII. 4. . recueil posthume). pour être sa résidence et le siège de son royaume ^ été. 3. Grégoire de Tours. j'en vois royaume naturel un qui eut une : portée décisive pour l'avenir de l'unité gauloise ce fut Paris choisi par Clovis. Près de Clovis ou de Dagobert. sans exception. la résidence d'un César. incapables de pensées générales. et leurs batailles sur le les Rhin dans les vieilles chroniques. VI. et que de là avait recon- quis la Gaule sur les Germains? Lui a-t-on montré qu'il n'y avait nulle part en Gaule un carrefour de rivières et de routes plus commode pour concentrer des armées et distribuer des ordres? A-t-il su l'histoire. un saint Rémi. franques (2 vol. ne songeant aux soirs de victoires que pour les trésors à prendre et les captifs à ramener. Hist.218 DE LA GAULE A LA FRANCE. L'unité morale du royaume des Francs est revendiquée par Grégoire de Tours. monde que Et parmi la Gaule était le ces actes. les études de Kurth. pour juger ces rois. un saint Éloi n'étaient point de médiocres se Germains Alamans racontaient intelligences pas. II. toutes leurs conquêtes. Paris. Je ne peux m'imaginer que ces rois fussent de simples Barbares. Qu'on ne s'en tienne aux anecdotes pittoresques de Grégoire de Tours ou aux secs résumés de Frédégaire ou des esprits malavisés. Champion. Historia Francorum. devenu roi sur la Gaule.. et des idées de vaste domination et de lointaines frontières dont il était inséparable. 2. a-t-il vu la carte. les ont conduits aux frontières de la Gaule. ou a-t-il été parisiens. Lui a-t-on dit que Paris avait au quatrième il siècle. etc.

parlant de l'Empire romain (I. plus grands des rois francs. ils se hâtaient de les franchir pour soumettre de nouveaux royaumes. la variété des fleurs Nous ne le saurons jamais. Clovis. du monde qui se reconstituait. Francs Saliens. à Rutilius Namatianus. Ce dernier. vers 47 et s. c. Les lois diverses qui régissaient les hommes. Ils n'entendaient ce mot de Gaule que pour écouter le mot d'Empire.). empereur. il nous a donné une nouvelle capitaie. et à réaliser le rêve qui. / . en Allemagne. disparaîtraient devant une règle unique.).U ÉPOQUE et des fruits? DES ROYAUTÉS BARBARES. et cette fois la capitale définitive. devenu le 1. en Italie. les vaguement l'esprit de ses prédécesseurs. Pépin et Charlemagne. après le puy de Dôme et le sanctuaire de la Loire druidique. t. A peine atteintes les frontières de la Gaule. il s'appuyait sur l'évêque de Rome. Et. César et Auguste. Patr. 219 et des vignes. Comparez Agobard. Lat. Le malheur est que Mérovingiens et Carolingiens ne comprirent jamais les choses qu'à moitié. . par son origine et par sa vocation. . La paix allait régner partout. à Rome. latin Aussitôt. Il avait été créé pour convertir le monde au Christ. parlant de l'Empire chrétien et carolingien (Migne. Dagobert. à son insu ou en pleine conscience. à eux aussi. 113 et s. était marqué du sceau de Dieu. il a donné à la France. poètes et prêtres tressaillirent d'une allégresse nouvelle. après Lyon. enfin. en Espagne même. oublier un instant la Gaule *. je crois. le nouvel Empire.Burgondes. Barbares et infidèles se voyaient à jamais barrer le passage vers l'Occident. « L'ombre de l'Empire pesa sur pour reprendre le vers de Sidoine Apollinaire. CIV. Romains ou Saxons. Mais. réussit à se faire proclamer. hanta ». après Trêves. les deux Clotaire. accrue de cette Grande Germanie devant laquelle Rome elle-même s'était reconnue impuissante. la fraîcheur des forêts. ce qui avait manqué à l'Empire romain. qui leur C'était l'unité fit..

C'était la Gaule qui faisait la force matérielle de l'Emil en était issu et elle servait de lien entre ses domaines. et que de souvenir. et son chef. Lehuërou.220 DE LA GAULE A LA FRANCE. Charlemagne mis à part. Charlemagne. et Aix n'était encore que « la chapelle » du grand roi.. les se à rapprocher l'un de l'autre royaumes ou les reurs aidèrent eux-mêmes à morceler l'Empire. 1 1. qui fût respectée comme un être divin. très inJgal d'ailleurs. en fils. à l'exemple de l'Empire romain. 596. ne fut que fantôme et fantoches. cinquante ans plus tard *. borna peuplades du présent. Cet Empire tenait uniquement dans la personne du chef. homogène et permanente. Charlemagne ne sut jamais l'organiser en puissance militaire. On lui obéissait. Mais le nouvel Empire. premier évêque de la Chrétienté. carolingiennes (1843). Hist. des institutions mérovingiennes . Un demi-siècle après sa fondation. qui avait pire : morale de l'Empire des Césars. Les empeGaule. Cf. faisant un roi de chacun de leurs alors qu'il n'aurait fallu avoir que des fonctionnaires autour d'un Auguste. et ce fut dès le fils du fondateur. aucune ville ne l'avait remfait la force celui placée. il aurait dû. de toutes les manières posil commandait aux hommes en personnage sacré. chacun de ces groupes revint aussitôt à ses errements. rempli de vues d'avenir. t. il n'existait plus que de nom. « tête de la terre ».. sibles : 1. là l'Italie ou ailleurs la Germanie. et lorsque la volonté manqua au chef de l'État. . s'étayer à l'intérieur sur de soMdes assises provinciales. il est vrai. Il manqua à de Charlemagne une capitale traditionnelle. livre très original. Pour qu'il vécût. C'était Rome et sa valeur sainte de capitale. Rome ne comptait plus guère dans l'esprit des peuples. avait reçu d'un évêque l'onction royale et du pape la couronne des empereurs. surveillées sur ici la place par un gouvernement Il sévère. p.

qu'il arrête et fortifie du moins le cadre de son Empire. il resta le royaume de France. 419. Charlemagne aurait dû. personne ne pouvait ou ne voulait définir ce mot. Or son armée ne fut jamais qu'une armée errante. organiser une armée de frontière et des flottes de surveillance à défaut de centre et d'unité. et reprise par Fustel de Coulanges (t. : . ainsi que l'avait fait l'Empire romain de la belle époque. commepouvaitl'êtrela Gaule. t. respublica. au premier vent qui amena les hommes du Nord. Il eût mieux valu une seule manière d'être au-dessus de tous lait les le maître. et sa flotte se dispersa. et la façade impériale n'était que le masque momentané d'un monde déjà féodal'.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. 2. VI de VHist. en seigneur des seigneurs. invasions de Barbares. 611). en roi des Francs et en empereur. : Mais. comme l'avait été Rome et son Empire. il n'était pas nom qui fût vraiment à lui. Jamais rêve humain ne fut plus vite dissipé que l'Empire de Charlemagne. On retrouve. il aurait mis définitivement un terme aux grandes invasions germaniques. et ignorer aussi que les Saxons n'étaient plus guère des envahisseurs dangereux. II. cette fois. de «la chose publique» mais. les mers aux pirates. en évêque des évêques. L'idée que l'Empire de Charlemagne est déjà un État féodal a été développée par Lehuërou. guerres civiles et démembrement de l'État et de la Gaule. p. 221 en chef d'État. la même assertion erronée qu'à propos de l'Empire romain en conquérant la Germanie. sans laisser de traces. à propos de l'Empire de Charlemagne. Jamais lendemain d'Empire ne fut plus lamentable que les années qui suivirent la fin du rêve. 1. et un principe commandements personnels. Ceux qui parlent ainsi veulent ignorer les Normands. Toutes les catastrophes qui avaient assailli le monde à la chute de Rome se répétèrent. Cet Empire ne portait aucun Il n'avait point d'histoire. Chargé de protéger l'Europe contre les Barbares. à part les juristes attardés du palais. On par: bien à nouveau delà. une patrie. des institutions. p. et royautés surgissant de partout 2.

On a dit beaucoup de mal du traité de Verdun qu'il : 1. — L'idée de Gaule toujours dans les écoles. — Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de gloire de Charlemagne. Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les villes. Paris. Bouillon). Études sur le règne de Robert le Pieux (1885. II. et nationale. Les derniers Carolingiens (1891. Voir surtout Pfister. Nouvelle vitalité du sol et des routes. empereur dans son royaume. Paris. . Histoire de France de Lavisse. Universalité des mots Francs et Français. Champion). — Paris s'annonce de nouveau comme capitale. le résumé de Luchaire. sanctionna l'existence publique du royaume de France et lui assigna quelques-unes de ses limites naturelles. Le roi de France. qui démembra l'Empire de Charlemagne. Retour aux habitudes de la civilisation classique. — Le patriotisme français à sa naissance. Hachette). Velléités de constitutions. la Le traité de Verdun. (1901. Études sur le règne de Hugues Capet et la fin du X" siècle (1903. Lot. fusion des races. Valeur souveraine du titre royal. Paris. traité de Verdun reconnaît la France. Renaissance romane et architecture de pierre. Paris. espérances de Gallicanisme. — — — — — — — — — — et vit la — « Avènement d'une littérature française Chanson de Roland ». Vieweg). t. Il n'y a plus qu'un roi en France.VIII LA PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE DERNIERS CAROLINGIENS ET PREMIERS CAPÉTIENS* Le — — Forces nouvelles des provinces des petits pays. Lot. L'imagerie chrétienne. De l'opinion publique vers l'an mille. — Formation d'une langue française. IP p.

les énergies terrestres les plus actives. Le passage des lettres de Gerbert (édit. J. p. et d'une manière intermittente. était sans doute rejeté bien en deçà du Rhin. le plus passionné des hommes. doit être interprété. Germanie. lettre 39. de Bourgogne ou de Provence. De la Gaule il recevait l'essentiel. en deçà même de la ]Meuse on ne lui concéda qu'une Gaule amputée. et des habitants de ce royaume. 1889. puis en Lorraine. Cet ensemble. et aussi. la Seine et tous ses aflluents. 1. et on a dit aussi que c'était un acte insignifiant. qu'il mutilait la France en donnant à la Germanie la rive gauche du Rhin. Germaniim Brisaca Rheni [Rhenann] litoris. sans portée pour l'avenir. mais comme si Brisach. nul ne pensait qu'ils ne fussent point des Francs c'étaient seulement « les Francs du milieu ». 37). que je crois fausse. celui de Paris et d'Orléans. 223 recommençait les sottises des partages mérovingiens. gens d'Alsace. n'eût point osé prononcer que cette Alsace était terre germanique K Le royaume des Francs occidentaux. collection Picard. . sans tenir compte des lois naturelles du sol et des traditions historiques des peuples. la Loire et la Garonne en l'entier de leurs bassins. c'est parce qu'on le laissa faire. et si plus tard le roi des Germains se déclara maître en Alsace. Mais au traité de Verdun les terres orientales de la Gaule appartenaient à un royaume distinct. que Brisach était encore sur la rive gauche (l'a-t-il même jamais été?). Le nom de Germanie ne franchit pas le Rhin pour pénétrer jusqu'à la Meuse il resta limité par les eaux du fleuve. Mais enfin il allait jusqu'à l'Océan. Par endroits seulement. était en 2. jusqu'à la Méditerranée du Languedoc. vague héritier de l'ancienne Austrasie. au temps où il aima les rois d'outreRhin et où ils possédaient l'Alsace. conquérir et voler à sa guise. puis entre les Alpes et le Rhône. ces puissants rivages de la Manche et de l'Atlantique où pouvait se reconstituer la fortune de la marine armoricaine. de Lorraine. jusqu'aux Pyrénées. Havet. Gerbert lui-même. qui : : . Rien de tout cela n'est vrai.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. non pas avec l'idée. la Saône et le Rhône sur leur rive droite ^. port du Rhin sur la rive droite.

en réservant pour lui le nom de Francia et de France. de Juifs même car avec une politique habile et point de préjugés religieux on pouvait faire de tous les Juifs des s'étaient répandues sur la les J'imagine que parmi : 1. s'étendait du cap Cerbère* à la pointe du Raz. aux terres qui se tenaient. Personne ne pensait à dire « roi des Francs et des Bretons ». Francs de Hugues Capet il y avait bien des petits-fils de Sarmates. La fusion se faisait entre les populations disparates qui Gaule au temps des invasions. aux hommes qui se ressemblaient. de l'embouchure de l'Escaut au sommet de la Rune et au col de Roncevaux. tel que la nature s'y fût résignée. dans le regnum Francorum. et comme naturellement. La Marche d'Espagne. « le royaume des Francs ». Gabriel Monod. s'en détacha peu à peu. ^. de Goths. Bretons d'Armorique. dans un article célèbre {Annuaire de VÉcole pratique des Hautes Études pour 1896 Du rôle de l'opposition des races et des nationalités dans la dissolution de l'Empire carolingien) les traités de Verdun (843) et surtout de Mersen (870) ont contribué « à isoler les pays par lesquels se faisait le contact et le mélange des races ». tel que l'histoire l'avait préparé.224 DE LA GAULE A LA FRANCE. etc. Quelle que fût leur origine ou leur langue. Flamands de Flandre ou Basques de Gascogne étaient incorporés. aux peuples Tandis que les partages mérovingiens avaient découpé la Gaule en domaines enchevêtrés où disparaissaient les contours du sol. formait un bloc compact. : : . en une seule formule. de Syriens. qui relevait de la Francia de Hugues Capet. qui avaient toujours vécu ensemble : Tous les hommes de cette contrée étaient appelés des Francs ou des Français. le traité de Verdun traça pour le royaume des Francs occidentaux un empire tout d'un tenant. Les hommes du temps le reconnurent presque aussitôt. 2. il leur servit à l'une et à l'autre de titre et de symbole. Ce nom ne fut plus un vocable mobile et flottant qui suivait un peuple dans ses conquêtes il s'attacha à une contrée et à la nation qui l'habitait.

— De Gaule à la France. Le sol. 631. C'est qu'il y avait dans cette Gaule bâtie pour l'unité. Migne. la fondation du royaume goth ébranla pour la chute finale l'Empire romain. et cette valeur maritime que les Romains avaient aussi agricole qui avait été son lot sous méconnue. Ceux qui décidèrent les le roi Charles le Simple à installer province de Rouen. Pourtant. 647-8. 2. qui frappa d'admiration les chroniqueurs des âges suivants K Invasions et pirateries s'arrêtèrent : les Normands et leurs ducs devinrent de bons Français.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Voyez. c. et. CXLI. 4) et Dudon de Saint: : Quentin {ibid. Lair). ils donnaient naissance à des enfants de l'espèce que la Gaule avait formée depuis des siècles. 4. ils se mirent à la culture et à l'élevage en habiles praticiens du sol. Grâce à eux. Patrologia Lat. livre II Dacia (les Normands) sorte iuos qum GaUis millis alumnos. et la fondation du duché de Normandie aida la France à se reconstituer. incohérent et vieilli. très dévots à la religion Christ. des ferments de vitalité morale et d'entente humaine qui manquaient à l'Empire romain. c. Les conseillers de Valens. IS .. '2'15 Francs de langue. 1. les empereurs de Rome avaient escompté un succès pareil lorsqu'ils donnèrent le Midi de la France à des rois goths et à leurs armées -. JuLLiAN-. lui parlent dans les mêmes termes que ceux de Charles le Simple comparez Amniien MarceUin (XXXI. les mœurs et l'ambiance. 165-6 de la l'édit. p. p. 144 de l'édit. outre l'ensemble du récit et des discours.. lors de l'arrivée des Goths. c'est de savoir courir sur la mer. d'esprit et de caractère.. et la seule chose qu'ils aient retenue de leur passé. agissaient sur ces êtres différents. ont réussi un coup superbe. ils oublièrent leur affreux langage du du Nord pour parler latin ou français. Normands dans la férus d'ordre et de discipline. Cinq siècles auparavant. l'atmosphère physique et morale de la France. la Normandie recouvra cette richesse l'Empire romain. dans cette France nouvelle qui voulait durer. au bout de deux ou trois générations à peine. t. l'extraordinaire apostrophe de Dudon de Saint-Quentin. etc. Lair.

Mais ce furent velléités d'un jour ni au delà ni en deçà de la Meuse la Gaule ne vit durer d'autre royaume que le royaume de France. France et royaume se confondent désormais. le principe de l'unité royale devint absolu. ce fut pour lui assurer la succession de la royauté. on eut pendant quelques années des rois de Lorraine. et ceux des grands seigneurs de cette époque ardente et ambitieuse qui voulurent quand : même loin être rois. maître entre Loire et Pyrénées au temps du roi désiré échanger contre ce titre de roi leur titre de Robert. des rois de Bourgogne. des rois de Provence. Et si Hugues de son fit roi son fils Robert. Personne ne pensait plus qu'il pût y avoir plusieurs rois en France. le plus célèbre et le plus magnifique des seigneurs de son temps. Quelques seigneurs. en Gaule ou en France. en tant que puissance indiviroi et sible et perpétuelle. . Guillaume de Normandie en Angleterre. La France avait un vivant ne pouvait en avoir qu'un. furent obligés d'aller chercher ce titre de la France. et le mot de monarchie fut également prononcé à la cour de Guillaume le Grand. En France même. il a recouvré le privilège du pouvoir suprême usurpé par le titre impérial au temps de César ou de Charlemagne. sans parler de ceux qui réussirent plus tard à l'acquérir au delà des mers ou au sud des Pyrénées. des documents furent inscrits au nom du roi des Bretons. Guillaume d'Aquitaine en ItaHe. Sous la dynastie qui commence à Hugues Capet. le titre de roi est en notre pays le signe de l'unité nationale et de la vie commune.226 DE LA GAULE A LA FRANCE. le comte de Flandre se crut un souverain et parla de sa monarchie. eussent comte ou de duc. comme au temps des héritiers de Clovis ou de Pépin. duc d'Aquitaine. Eudes de Blois sur les terres d'Empire. Entre Meuse et Rhin ou entre Rhône et Alpes.

si on eût dit que l'évêque de Rome avait le droit de les juger et de les nommer. p. Voyez les réclamations de Henri sur le palais d'Aix. Richer. IV. si on eût dit que son royaume faisait partie de « l'Empire des Romains » et que ce mot de imperator ou d' « empereur » signifiait suzerain des le monde ne comprenait plus ces choses. Et on eût rois également fait rire bien des évêques de France. 225). quia slabil in regibus suis. Huckel. le traitait d'égal à égal sur les bords de cette frontière commune. Jene donne. 1295). empereur des Romains. Mais on eût fait rire le roi de France. dans le libellas de Anlichristo de Adson de Luxeuil. 71. Pair. Lat. écrit vers 954 (Migne. Adalbéron (édit. III. imperat aller Quique régit gaudens virtutibus. pour cette formule.imperal seque.. CI. que des textes contemporains de Robert. ab antecessoribus herediiario jure sibi debitum (Pertz. t. l'avaient également possédé. VII. 227 Le roi des Germains avait rétabli à son profit ce titre le d'empereur. dignitas Romani imperii ex loto non peribit. : Nam . 1901). 2. et si les Meuse qui leur servait de Germains insistaient pour faire sonner plus haut le titre impérial. t. les écrivains de France racontaient que les prédécesseurs de leur maître. Quant le roi le roi Robert de France avait une entrevue avec il de Germanie. et on disait souvent qu'il était maître à Rome du pape. Quiconque était roi de France y régnait comme empereur". vers 280 et 398 primi duo sunl : aller régit. évêque universel. Scriptores. Quamdiu reges Francorum duraverint qui Romanum imperium tenere debent. rois et évêques de France n'entendaient point que le pape de Rome transformât en autorité réelle les 1. ce titre d'Empire romain n'était plus qu'un hochet dangereux ramassé par un Germain dans les décombres des ambitions disparues.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. et de régler les croyances des fidèles le monde et l'élu : : ne comprenait pas encore ces choses. De même. Charlemagne ou Louis. c. et que l'aigle impérial d'Aix-la-Chapelle avait tenu entre les mains de leur roi Lothaire ^ A vrai dire. ces souvenirs n'étaient plus qu'une affaire d'érudit.

à peine plus fort et plus riche que : On le seigneur de Montlhéry. 1. son voisin et son ennemi. une valeur telle une souveraineté qui agit par cela seul qu'elle existe. Je m'inquiète peu de savoir que leurs ordres n'étaient point obéis. p. cette supé- qu'on en puisse Garonne un que soit l'emploi que la royauté française est riorité fût-elle sans force. si quid a papa Romano contra patrum décréta suggereretur. elle excite les désirs des hommes. élus que par leurs églises que parleur roi '. le concile de l'édition Waitz) : . 2. Hugues et Robert détenaient la force et la richesse éminentes. 130 et s). Quel faire. lui formes de préséance qu'il avait. « Dès qu'un mot ». qui consistaient à être les rois de France. et encore suis-je tenté possible. Cf. cassum et irritum ficri. seraient jugés que par les conciles.228 DE LA GAULE A LA FRANCE. Guizot. au besoin qu'ils et ses évêques auraient su rappeler ne . Le Gallicanisme faillit naître aux mêmes heures que la France \ et confirmés roi s'est complu de nos jours à railler la faiblesse de ce au premier siècle de la dynastie capétienne pauvre sire errant de villa en villa. et ils ont raison. 169 Plaçait sanciri. IV. C'est si on mesure la force d'un roi à l'étendue de ses fermes et au nombre de ses coffres. « dès qu'un mot désigne une supériorité quelconque. et qu'au bord de la moine se disait plus puissant qu'eux. plus d'une fois de ne voir en ces propos que boutades d'historiens et désir d'établir un contraste saisissant entre les ennuis politiques d'un Hugues ou d'un Robert et la royauté triomphale d'un Philippe-Auguste ou d'un saint Louis. sous Robert (Richer. Gallicanisme remarquablement mis en lumière par Lot (Hugues Capet. Je n'ai pas à rechercher ici les causes du très rapide avortement de ce Gallicanisme. 89. p. car le nom seul d'un pouvoir illusoire de Chelles. a dit un homme qui connaissait bien l'influence des mots et des idées. retenues de Hugues Capet n'eût pas hésité à interévêques de répondre à un appel pontifical. En réalité. l'héritage impérial. dire à ses aussi.

Le serment de fidélité. 229 est encore un pouvoir'. d'en marquer l'origine et la nature. la plus pleine et la plus présente était la royauté. Fleury se croyait et se disait au centre de la Gaule ^. 84 de la 1. malgré son envergure internationale. du tombeau de saint Benoît à Fleury. IV. Lai. 1824. c. » Je n'ai pas à insister sur les ombres qui passaient devant ce pouvoir. un presque pour un des leurs. 364 ) A septentrione Franciam. et il propageait avec enthousiasme Guizot. les ordres monastiques voyaient en lui l'ancien abbé de Saint-Denis et le protecteur naturel de leurs privilèges le roi : Les évêques tenaient l'ordre de Cluny lui-même. p. fides. au temps où nous sommes : arrivés. Pareil à un Saul ou à un David. sœc. Le roi de France était le le roi unique et roi partout.. Il était il seul à posséder titre prestigieux au-dessus duquel il n'y a que nom de Dieu. II® essai. CXXXIX. Essais sur l'histoire de France. Thierry' de Fleur>' ou d'Amorbach écrit. IP p.. 2" édit. je désire surtout parler ici des énergies latentes ou visibles qui ont soutenu la France. et : oriente Burgundiam. ab les bien analyser faits Aqnitaniam tangit. comme jadis le sanctuaire druidique dont il occupait peut-être la place-. Fleury. au début du xi« siècle (Ada sanclorum Ordinis s. Benedidi. t. Le royaume de France était à l'image d'une église. ab 2. s'appliquait également : à la piété des Chrétiens et à l'obéissance des sujets rebelle était sacrilège. Et à de géographie politique. De ce Dieu. l'élu sur la terre. cela résulte en auslrali parle . et d'ailleurs il les confirmait dans leur titre.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. aidait la royauté dans sa tâche. 635). était le représenil tant.. et le mot de un « foi ». p. Pair. sur les retards qui en gênèrent longtemps l'exercice. L' « ombilic » druidique des Carnutes était parfaitement connu rappelé vers l'an mille (Aimoin. et celle-ci s'appuyait volontiers sur son cher monastère de Fleury-sur-Loire. l'hommage féodal unissait à lui tous les seigneurs et tous les hommes du royaume par un lien continu qui de proche en proche pénétrait jusqu'aux plus lointains et aux plus humbles. De sa justice on ne pouvait en appeler qu'à celle de Dieu. d'en suivre la durée et de ces énergies. 3. avait reçu l'onction sainte.

. d'abaisser l'iniquité. qu'il prenne les conseils des vieillards et des hommes sages et désintéressés. Qu'il ne confie qu'à des personnes justes l'administration du royaume. Migne. A l'inaugura \ Aux le jours des grandes solennités. et qu'il fuie le contact des devins. de décourager les impudiques et les histrions. 344. ne point se laisser exalter par la prospérité. canonistes du régime français. de minislerio régis. c. être le protecteur des églises et l'aumônier des pauvres. t. Abbon. « défendre avec justice et courage la patrie qui lui est confiée. res publica : mais. et. par toute cette Gaule la splendeur du nom royal. 10. Voyez dans le même sens. façonnés par l'esprit de ces droits en autant de Écoutons Abbon. convergence qui a peut-être été également la cause de l'installation du concile druidique en cet endroit. détourner ses flls de l'impiété. 477. était le gardien suprême de l'État. Lai. CXXXIX. CXLI. vivre en Dieu par toutes choses. Éviter la colère. Lat. de réprimer l'adultère. Fulbert de Chartres. tel est encore le devoir du roi. pardessus tout. Le roi enfin. c. le théoricien intelligent et convaincu de la royauté nouvelle ^ « C'est le propre de la justice du roi qu'elle n'opprime personne de sa puissance. Le roi doit l'Évangile. tandis que les juristes latins invoquaient surtout les droits du chef de l'État.j t. 1. des sorciers et des pythonisses. des orphelins et des veuves. et qu'elle juge entre tous sans acception de personnes. de « la chose publique les ». Hymni. Pair. 3. le chef de l'abbaye de Fleury. semblable à l'empereur romain ou au magistrat des cités antiques. le conseiller du roi Hugues. se réserver chaque jour des heures pour prier ».. J. de châtier les impies et de punir par la mort les parricides. Il lui appartient d'empêcher le vol.230 DE LA GAULE A LA FRANCE. : i droite ligne de la convergence vers ce point de plusieurs cités gauloises. » le duc de Normandie comte d'Anjou pouvaient amener avec eux de plus ou nombreux et de plus brillants cortèges c'était au roi de France qu'appartenait la gloire de l'heure. Elle est la sauvegarde des étrangers. avaient transformé devoirs. garder à l'Éternel la foi catholique. CoUectio canonum. Patr.

qu'on ne me reproche pas d'appliquer à l'an t. de pieux évêques et de saints moines ont apporté avec eux les reliques les plus célèbres à chaque instant des miracles se produisent dans les rangs de la multitude. c. y compris « les basses classes ». le peuple au monde plus hostile à l'autorité d'un guide. Voyez les récits d'Helgaud. qu'elle doive à cette communion les élans les puissants de sa foi de patrie. il Robert préside.lp. Patrol. et de reprendre les habitudes des joies familiales et du travail régulier. Et qu'une nation entière mette en un homme On aurait pu justice du roi le principe de sa vie et l'assurance de son salut. est avec elle : et le peuple. il CXLI. qui est tien. Pflster. est suivi d'une assemblée d'archevêques. 2. Seigneur.. on sent que la vertu de Dieu s'agenouille devant l'autel. des troupes innombrables sont venues de tous les lieux du royaume. a nand Lot (Hugues Cupet. : d'évêques et d'abbés. comme on disait la ou la paix de Dieu. en présence de son roi. « concile par 172-3. 238). publique dit . 925-7. de gouverner pour le royaume et de garder ce royaume. qu'elle dirige toutes ses pensées vers la pensée d'une seule âme plus de chef. Que ce '^ mot et d'opinion publique ne provoque aucune surprise 1. c'est le roi Robert qui préside encore. Aux ». et à haute voix : prie . et la Héry est dans y a eu une opinion justement Ferdi- époques même les plus sombres. » Au concile d'Héry pour la paix. levant les mains au ciel. et que ta miséricorde nous a confié. le plus obstinément dispersé dans les libres allures et les jalousies ombrageuses des individus. Lat. nous l'avons éprouvé nous- mêmes dans le la Grande Guerre. L'opinion publique était pour le roi de France. tioii 231 le roi de la basilique de Saint-Algnan à Orléans.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. assoiffés de repos et de sécurité. p. la foule le voit et l'entend il alors il Dieu « Donne-nous. reconstitution du l'Yonne. nous. Le roi était l'espérance de millions d'hommes. cria par trois fois : « Paix paix paix ! ! ! » ^ dire la paix du roi.

surtout. et il n'était pas nécessaire que l'autorité publique en tînt compte. le plaid pour les seigneurs. et il me semble impossible qu'il fût une simple mille l'expression favorite les : bête de somme. et. et l'église pour tout le monde.232 DE LA GAULE A LA FRANCE. la fontaine pour les femmes. à satisfaire à ces désirs et j'entends par le peuple les plus pauvres comme les plus riches. Ces premiers temps de la dynastie capétienne furent ceux où l'homme de France commença à réfléchir sérieuse- ment sur ses destinées : je ne dis pas ses destinées reli- . chez ces hommes qui se connaissaient depuis l'enfance. courbée sur la charrue et docile à son maître. Car même sous les premiers Capétiens. manifesté leur pensée? Assurément. ce qu'on y entendait. On avait. dans une certaine mesure. elle faisait fonction de place publique. On s'y groupait le dimanche et bien des jours de la semaine. éloignait les esprits du terre à terre quotidien. Et le seul fait d'être ensemble. à la façon de la nôtre. au besoin. Pourquoi Robert n'auraient-ils point réfléchi sur les affaires du temps. le marché pour les paysans. faisait germer en eux des idées et des opinions générales. un paysan de France. de réunion à des senti- L'église. vingt occasions de parler politique l'école pour la jeunesse. savait que le sort de ses cultures dépendait de la marche des affaires publiques. contemporains du roi du dix-neuvième siècle. servait de lieu ments communs. et. Elle était assez vaste pour contenir le quartier d'une ville ou un village de la campagne. en ce temps-là autant que de nos jours. cette pensée n'apparaissait pas au grand jour de l'écriture. Mais je ne saurais admettre que le roi et ses conseillers n'aient point cherché à savoir ce que le peuple désirait. Ce qu'on y voyait. et qu'il n'eût jamais le courage de discuter ce goût de parler politique. maître et le : le pèlerinage pour les dévots. travailleur méthodique et tenace.

Lorsque les paysans de Normandie décrétèrent que l'usage des eaux et des forêts leur serait commun à tous. Migne.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Je ne crois pas qu'il faille voir de vains propos. à l'année 888). lui écrivait un : 1. Ce mot de solidarité a beau être né d'hier. Guillaume de Jumièges. sous la seule impulsion de la convoitise ou du besoin d'un moment^. parce que externo régi servira non honaerit. : c'étaient celles de l'adolescent qui porte enfin son atten- tion sur les problèmes de la vie. P. je ne peux accepter qu'ils agissent en imbéciles. réglé par des lois nouvelles et contrôlé par leurs délégués.t. 823. disant qu'on écarta Charles de Lorraine au profit de Hugues Capet. 233 dont le prêtre s'occupait> mais ses destinées polique Dieu laissait à la merci de simples mortels. p. p. par exemple dans cette parole de Richer (IV.Migne. 73 de l'éd. Pair. et qu'il avait droit à une part d'homme sur les biens de la terre.. Les gens se sont aperçus çais. 2. cliap. il était né homme libre. Marx (1914). de suis visceribus regem{éd. et qu'ils étaient Francs ou Franqu'ils parlaient non pas Germains ou Tudesques. et la solidarité qui unissait les plus riches aux plus pauvres. 127). CXLIX. il a pu n'inspirer que dans ces dernières années de longues théories les contemporains du roi et des livres sensationnels Robert connaissaient l'idée aussi bien que nous. livre V. les paysans du Valois et du Vermandois éprouvèrent sans doute qu'il y avait une différence entre les uns et les autres K Un Chrétien sentait que de par le Christ aussi bien que de par la nature. L. quelquesuns rappelaient énergiquement aux grands chefs cette liberté et cette égalité primitives de tous les êtres humains. c t. gieuses. Lat.. Parmi les prêtres qui leur enseignaient la loi. une langue à eux. Kurze. ou dans celle de Réginon {Chronique. « Les uns sont nobles et les autres esclaves ». 2. Ces réflexions pouvaient être naïves et maladroites mais tiques. CXXXII. distincte de celle de leurs voisins. 129. et quand les bandes de l'empereur Otton vinrent menacer Paris et que l'armée du roi Lothaire les refoula jusqu'aux Ardennes. . 11). c.

le peuple à la liberté. les que trois quarts de siècle d'une prospérité inouie avaient répandu partout l'esprit d'ini- moyens de s'instruire et le courage de dire sa pensée *. 4. que chacun laboure sa terre avec plus de sécurité. n'eût certainement toléré les abominables tyrannies d'un Néron ou d'un Caligula. à la veille de la Révolution Française. L'Ancien Régime el la Révolution. car à la sueur et aux larmes de ces misérables qu'ils plaisirs. vers 287 et suiv. que les prêtres prient les esclaves. que deviendrait noble? Le roi lui- même c'est et les évêques sont les serviteurs de leurs serfs. Voyez la poésie d'Adalbéron. eux. L'autorité royale était absolue en droit. on n'admettait point qu'elle ne fût pas consacrée au bien. : écrites et connues. . et aussi 245Et je ne cite ces passages qu'entre dix similaires. et que la foule accourt aux rendez-vous des 1. Un roi de France devait à l'opinion publique de s'entourer de sages conseillers et de les écouter. en 1856. 2.. chap. : doivent leur luxe et leurs Que les nobles com- battent. écrit livre III. Désir d'indépendance et acti- 275. Et voilà trois demeures dans cette maison de notre Père. 3. c'est parce que la paix est revenue. de Tocqueville. si le Français parle plus haut et plus clair. en ce monde chrétien et franc. l'on croit que unique et la même pour tous. aspirait Lorsque. » Nul. ce n'était point sous la poussée du malheur et dans l'excitation de ses misères c'était : au contraire parce tiative.234 DE LA GAULE A LA FRANCE. Cf. foires. au lendemain de l'an mille. Ce serait un excès de langage que de pro- noncer le mot de roi tourage du mais des hommes de l'enconstitution Robert ont parfois rêvé de lois politiques. travaillent. filleule de l'autorité divine. Voyez la poésie d'Adalbéron. qui me font songer à ce mot ^. mais. De même. que les denrées du paysan ou les marchandises du bourgeois se vendent sans peine. « évêque de Laon mais s'il n'y avait pas l'esclave pour le peiner et produire. ^.

L'intendant du domaine. qui lui soit comparable pour la splendeur de ses cultures. ce terrible villicus jadis si redoutable à ses compagnons de servitude. cette terre n'est pas encore à eux. esclave. moissons et vendanges de Gaule il n'y a pas de terre sous le ciel. surveillant d'hommes libres comme lui. 235 vite matérielle grandirent ensemble sous les premiers Capé- à qui t-chut la chance inespérée de présider au réveil de toutes nos ressources nationales. et ils sont toujours à elle. mais redevances de jouissance foncière. En maint endroit il prend le La commune rurale se dégage. Et cette terre qui produit de nouvelles richesses produit en même temps de les Dans redevinrent un titre de gloire pour la France : nouvelles libertés. lorsque l'autorité et la propriété seigneuriales s'affaibliront et disparaîtront. disait-on. à son tour. Si brutal que soit le châtelain. serfs de la glèbe sont affrandomaines des monastères et des évêchés. petit-fils rural qui travaille avec acharnement. Ils restent quand même sur les champs qui leur sont confiés. tiens. est à présent un Dans ce monde le on sent que homme libre. Mais leur ancien maître n'est plus le maître de leur personne. la liberté ne les enlève pas à la terre. le jour où elle a fixé l'esclave sur elle. de major ou de maire ». c'est lui qui rendra la liberté à la terre. il n'est plus que le propriétaire de la tenure ils ne lui doivent plus services de corps. et la parcelle de sol cultivée par le laboureur deviendra le domaine absolu de l'ancien du paysan Ubre. fils du serf de la glèbe. et il lui arrive même quelquefois d'oublier qu'il dépend d'un chef et lui doit titre compte de ses « actes. et aussi sur ceux des seigneurs. chef de police sur des terres à demi émancipées.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. paysan s'apprête à fonder une société nouvelle. les seigneurs pactisent avec les temps nouveaux. si farouche que soit le manoir. de gangue seigneu- . La terre. campagnes. la avec ses paysans et son magistrat. l'a préparé à la liberté dans Chaque jour de nombreux chis sur les : : quelques générations.

n. 1) l'œuvre essentielle. s'éveillent 2. Après de longs siècles de 1. 212. « grandes rues ». depuis que les Barbares du Nord se sont retirés. C'est le Lille. comme marchés . tendent à devenir communaux du village K Dans les villes. tout comme dans les villages. marchés et marchands. « hôtels » des gros bourgeois. villes qui se relèvent et esprit qui se réveille. sortira le désir de l'indépendance communale ^ Société qui s'organise. et pour toujours. mis à l'usage des les » manants. des maîtres pour instruire la jeunesse. mais où les salles d'armes sont remplacées par les entrepôts de draps. de barriques ou de poisson salé. riale transmise par quinze siècles d'aristocratie foncière. « rues neuves ». à Paris sur la Grève ou le Marais qui bordent la Seine. Montpellier. Elle esquisse sa fortune propre. Caen. temps oCi. Là aussi. aux places de foire qui précèdent les portes. des images pour décorer les temples et les demeures. le temps n'est pas éloigné où. des monuments pour revêtir le sol. J'ai déjà cité (p. était siège ou seigneurie du comte ou de l'évêque. et les forêts et les pacages qui entouraient la villa gallo-romaine. des poètes pour égayer les loisirs. et au milieu ne tardent pas à s'élever les maisons de pierre. terre qui s'enrichit. « la cité construite par les derniers empereurs romains. marchands et ouvriers s'installent au voisinage de la vieille enceinte impériale. autour des monastères suburbains. à Marseille au fond du Port Antique et en lisière de la Gannebière. de ces « bourgs neufs ». à Bordeaux de la montée des Salinières au parvis de Saint-Éloi. ce sont bourgs. tassée et serrée par ses remparts et son château. quartiers de forgerons. Et alors.236 DE LA GAULE A LA FRANCE. hautes et fortes à l'instar de donjons seigneuriaux. de « fabres » ou de « febvres ». de leurs confréries de piété ou de leurs sociétés de commerce. voilà qui va ressusciter en Gaule les formes rajeunies de la vie civilisée. Mais.^entre^bien d'autres.

d'imagerie ou d'épopée. de sa laissées nationale. On discutera sans doute longtemps sur les origines de romane' : l'architecture de toutes les formes de l'expres- sion artistique. ce fut pour animer les choses mêmes du pays. Où s'est constituée l'architecture romane (1919. les saints et les héros de sa foi et de son histoire. ou l'architecte élevant la Maison Carrée pour les dieux de Rome les inspirations éternelles de l'art. rapportée 1. pour donner enfin à l'art de nos pères une allure terre. lassitude ou d'impuissance. le Français du Moyen Age les consacrera à glorifier les croyances les : plus profondes de son âme. Mais ces leçons d'architecture.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Je recommande particulièrement l'article sobre et nourri de Brutails. les cloîtres de ses moines et les hôtels châteaux de de ses Et ce fut. Paris) 2. la naissance de ce style architectural que l'on a appelé» l'art roman». les : le Français revint à la pierre bourgeois. l'architecture est celle qui garde le plus volontiers l'anonymat. aux abords de l'an mille. pour bâtir ses seigneurs. la 237 main et l'imagination des hommes que se remirent au travail. continueront à voir dans romane une image des églises orientales. Barcelone. . Et si les impulsions par la civilisation antique se firent à nouveau sentir dans la Gaule. dans la collection Picard. voir l'excellent recueil de Mortet iRecueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture. et rapprirent les leçons Rome et la Grèce avaient données aux ancêtres. 1911. on ne les appliquera plus à copier les œuvres de maîtres étrangers. l'église Les uns. ou les artistes sculpteurs des Vénus aux attitudes grecques. VI). qui dissimule le plus aisément les signatures de ses ouvriers et les conseillers de ses œuvres. en plus grand nombre. Sur le développement des constructions en pierre (même à la campagne pour les granges). t. La les civilisation antique avait recherché la pierre ses ' pour demeures de dieux et de ses chefs ses églises. extrait de l'Anuari de L' Institut d'Esludis Catalans. ainsi qu'avaient fait Ausone pastichant Virgile.

lorsque les contemporains du roi Robert : se reprirent à aimer la beauté et à croire en la sécurité « Chaque communauté chrétienne ». Voûtes de pierre servant de toiture. si l'on veut. etc. les silhouettes les plus séduisantes. Les églises romanes sont nées de la foi chrétienne. 1886. et c'est un : à qui aurait la plus belle. l'effort réfléchi et personnel fait par le génie des hommes de chez nous ^ C'est chez nous. C'est le texte si souvent cité de Raoul Glaber. franche. 111. I. épaisses murailles pour soutiens de ces voûtes. L'Archéologie du Moyen Age et ses p.4. 13. édit. Paris. des basiliques et des voûtes transmises par le monde romain. Et je ne juge pas impossible que l'église romane soit née d'une autre source. p. rejetant le passé qu'il voulait se parer On eût dit que le monde se fût comme une défroque vieillie. 74 et s. tableaux d'images sculptés sur la façade. 2. « voulut avoir son église neuve. et de la robe blanche des basiliques nouvelles 1. Paris). t. que ces éléments de l'édifice aient été suggérés par des ruines romaines ou conservés par la tradition latine il n'empêche que la physionomie de l'église romane ne soit personnelle. en 1891. en tout cas. écrit méthodes (1900. Picard). écrivait de la vie contemporain. admettons. galeries de déambulatoires à l'intérieur. formée sur place. arcatures aux cintres réguliers pour couronner portes et fenêtres. Elles surgirent de toutes parts. en particulier de Courajod (Leçons. contreforts massifs pour appuis de ces murailles. secoué. 280. les espèces les plus originales. du travail de la France et de sa paix royale. Pour être écrite en une langue issue du latin. la Chanson de Roland n'en sera pas moins un poème national de France. Les autres admireront en elle la disciple. que l'art médiéval aurait pu s'inspirer des constructions en bois des x<-' et ix*^ siècles. . par quelque pèlerin des terres saintes de l'Asie. » Je songe à la théorie. qu'elle a grandi. la discussion de cette hypothèse chez Brutails. p. Cf. Prou (collection Picard.). frises fouillées en jeux de capricieux ornements. qu'elle a produit les variétés les plus nombreuses. chrétienne et française.238 DE LA GAULE A LA FRANCE. 62. ^.

pressentaient le culte de l'idole sous la vue de l'image Mais le mal était fait. Elle les voudra agréables. qui leur ressemblèrent. on reconnaîtra dans ces murailles de l'art roman les asiles inviolables des pieuses fraternités de France. que ces clochers dominaient le village et la campagne pour porter plus loin l'appel joyeux ou triste des voix du sanctuaire. on et ceux qui igno- raient l'écriture pouvaient lire sur la pierre le catéchisme de leur religion. Si l'on ajoute que ces églises reçurent de hautes tours pour abriter les cloches. A l'extérieur de ces églises. construites à jour d'enthousiasme. unissant les : ' . et il y aura bientôt mille ans qu'elles leur servent de foyers. dans le Liber miracalurum sande Fidis. sous les porches de l'entrée. la résurles articles : rection des morts. p. 1897.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Voyez le voyage de l'écolâtre d'Angers. A l'intérieur. le jugement dernier. 46 et s. Mais d'autres les en un ont aussitôt remplacées. . Bouillet (coll. Picard. 1. qu'elles sont encore debout. et de ce mal vont sortir pour l'humanité de très grandes joies. de métal ou de pierre ce n'avait pas été sans les violentes ou pieuses colères des prêtres intelligents qui. ont rapidement disparu. nobles et puissantes. des tableaux de pierre résumaient en scènes pittoresques de la foi chrétienne le Christ sur son trône de gloire entouré des symboles des Évangélistes. éd. la légère 239 Beaucoup de ces églises. et que les Chrétiens de nos villages y prient toujours devant l'autel Dieu posséda dans les moindres hameaux sa maison indéracinable à la parure sainte quelques-unes des églises romanes les plus achevées et pour ainsi dire les plus touchantes se dressent aujourd'hui dans les bourgades les plus obscures. : abrité par une voûte éternelle. s'était décidé à repro- duire les figures et les corps des saints en sculptures de bois. et qui si furent solides. connaissant les faiblesses de l'âme humaine. La religion du Christ aura les figures de ses saints. Paris).

En art comme en religion. pour bâtir son église. telle qu'autrefois la religion des dieux païens. en sa terre et en ses routes. les saintes se présentent figés avec des figures sans expression. Halphen (p. faire enlever des marbres aux ruines antiques ou aux carrières de l'Italie. et sourire de bonté et aura sur les cultes un un regard de douceur qu'ont ignorés les sculpteurs des Vénus et des Apollons. des attitudes. des corps vie dans une les sculp- attitude hiératique. 1867. mais y renonça bientôt. Ce nouvel aspect de la vie reUgieuse accrut encore la valeur du sol de France.240 DE LA GAULE A LA FRANCE. elle éveillera la passion de l'art. 218-9. 293) remar- . Lecoy de La Marche. monde connaisse les Vierges-Mères aux En ce moment. Cette splendeur de l'image : chrétienne. elle inspirera des formes. grâces humaines à la gloire de la vertu A son tour. § 3. s'étant aperçu que la pierre de l'Ile-de-France était tout aussi bonne pour le service de Dieu '. On raconta plus tard qu'un prêtre illustre de Paris avait voulu. Elles n'ont pas plus de grâce et de que les grosses matrones modelées jadis par teurs païens pour représenter les déesses-mères des fontaines gauloises. qui traduisait les mystères de sa disparus l'avantage d'ajouter aux plus belles figures nature sacrée. consecratione ecclesise s Dionysii. De éd. p. Il s'agit de Suger. Mais ces matrones étaient les dernières redites de l'art classique descendant à sa sénilité. et les Vierges les esquisses romanes sont naïves de l'art chrétien montant vers sa jeunesse. L'heure était venue pour le Christianisme de se pencher vers la il perfection des beautés visibles. Prélats et abbés avaient pensé de même au temps qu'il 1. la statuaire romane ne put y vants pour que le arriver il faut attendre les siècles sui- visages ineffables. c'était l'âme humaine qui enracinait ses sentiments les plus intimes. divine. des physionomies inconnues jusque-là.

au lieu cloîtres avec les débris des monuments : des Vosges redevinrent familiers à ces qui avaient perdu le maçons de Gaule chemin des bancs de pierre depuis les une image du pays. 49 et ailleurs. grandes misères de l'invasion germanique. 16 . sainte. Du jour où la sainte les hommages Foy de Conques fit ses premiers miracles. au lieu d'uti- de Gaule. par toutes les routes lui attirait les des pèlerins. aux écoles épiscopales de Chartres. la puissance fit d'attraction de la statue merveilleuse se sentir sur toute la Gaule K C'est le temps où ces grands chemins s'enfièvrent de bruit et de passion. elle appelle^. 1. et. éd. Douillet. et. le granit sombre d'Auvergne ou le grès rouge Robert . posséder une souveraineté morale qui.Jacques de Galice. deBre- que justement que liser les même à l'époque carolingienne. cortèges d'abbés quittant Cluny ou Fleury pour parcourir la Gaule à la visite de leurs plus lointains couvents. Et déjà. du roi 241 de construire basiliques ou païens. c'était. 477). Mais aujourd'hui. p. d'Orléans ou de Reims. dévots vers saint Martin ou soldats vers le silence et la solitude ne se sont jamais faits sur une route route de France. des petits ports de Normandie. Je ne dis pas que sous les Francs de Clovis et de Charlemagne ils aient cessé d'être sillonnés par le roi : des foules. p. chemins du Rouergue. s'animèrent d'une vie extraordinaire. de Laon. 2. ils employèrent la roche vierge et neuve du pays le calcaire blanc de Saintonge. on préféra faire venir des marbres enlevés aux monuments antiques de l'Italie. Imago sacra. voyez en particulier le Liber miraculorum sande Fidis.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. du Quercy. surtout dans la première moitié {Recueil de Mortet. bandes de pèlerins pour Saint-Pierre de Rome ou Saint. Avoir en son église pour la paroisse ou l'abbaye. de proche en proche par grandes voies. carrières JuLLiAN. Robert étant voit passer des troupes d'espèces infinies : roi. de l'Aules vergne. Remarquez le grand nombre de ponts construits au xi^ siècle. écoliers destinés aux écoles monastiques de Cluny ou de Fleury-sur-Loire. La route n'effraye plus. la caravanes de marchands aux foires de Saint-Denis. — Do la Gaulo à la Franco.

. Mais l'ÉgUse ne perd rien à ce que ses chefs s'entendent avec le monde. de cité. telle que Saint-Front de Périgueux ou Notre-Dame du Puy. et. pêcheurs et matelots se hasardent à chercher les chemins des mers occidentales. une émulation de dépenses à qui élèvera la plus somptueuse cathédrale. J'emploie municipal. C'est la Régordane qui traverse Cévennes. de même les cités * tradition- où les siècles d'autrefois avaient groupé tribus ou cantons ruraux. possesd'hommes. la brèche ouverte dans son neveu Roland. doivent un attrait nouveau aux nouvelles richesses que recevaient la terre et les âmes. elle retient. diocèses. C'est. oubliés depuis que César a détruit la marine armoricaine. Elle est devenue un être à demi humain. ici le mot dans le sens large et primitif de territoire 2. parmi les prélats. ayant son nom. ses les séductions et son histoire. Les évêques qui gouvernaient ces cités. la Bolène qui mène à Notre-Dame du Puy. sont seurs de vastes domaines. impose à la province diocésaine.242 DE LA GAULE A LA FRANCE. le palais en ruine où habita l'empereur Charlemagne. Une basilique de siège épiscopal. tagne. la Ténarèse qui gravit le flanc des plus hautes Pyrénées. maîtres de milliers : 1. le rocher par l'épée de De même que et bâties par les nelles les vieilles routes tracées par les Gaulois Romains. devenues leurs maintenant de puissants seigneurs. La « cité » dans son sens restreint. On se montre les chaussées construites par César le Romain ou par Brunehaut la reine des Francs. sur ces chaussées. La route ne se borne pas à appeler. et il arrive souvent qu'ils soient les souverains politiques des villes fortes qui leur servent de métropoles ^ l'évêque de Marseille est vraiment roi de « la ville haute » en même temps que gardien religieux du diocèse. Des hôpitaux pour pauvres et pèlerins en jalonnent les étapes. du Pays Basque.

Auvergne. put avoir la gloire de son style roman. chacun en sa tribu. Le cadre d'ensemble tiendrait bon. de ses façades. 243 Périgord ou Velay.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. et ces noms n'étaient que françaises de ceux que les Celtes avaient mis sur ces territoires. renforça qui unissaient les les liens millénaires hommes les à ces prodérivations vinces de France. et elle imposera parfois son type architectural artistes du pays chaque région de France. était destinée à l'em- . les « pays » ligures reprirent un regain de vie sous la direction des vicomtes qui s'installèrent dans leur bourgade principale. de ses forêts de colonnes et de statues. de Poi- d'Anjou. locales. Pictons et Andes. Dauphiné. en multipliant les seigneuries en faisant de la terre la base du pouvoir. comme un barde des très anciens temps. trônant au milieu de leur petite cour. Jamais peut-être. se Mais. à cité chartraine. Et cela me rappelle. des Volques ou des Rèmes. Champagne. et parfois de poésie. ce ne sera que vêtements d'emprunt pour recouvrir les vieilles habitudes communes des Allobroges. de ses coupoles. Le régime féodal lui-même. et des centaines genre. à On eut la Dreux dans de même piquant d'ambition et de luxe. On eut des comtes d'Auvergne. Arvernes. la suprématie de ses pierres. tiers. au moins sur la carte. nos provinces ne sauront mieux parler chacune son langage propre. A l'intérieur même de ces provinces. Si bien des noms nou- veaux apparaîtront. dans l'histoire de l'art fran- aux : çais. Boulogne sur le Détroit. se partageaient la Gaule sous l'autorité nominale de l'assemblée des Druides. à bien observer la terre de France et à se rappeler son passé. il n'y avait pas à s'inquiéter de cette reprise des énergies locales. Saintonge ou Limousin. les siècles reculés où un demi-millier de roitelets. des seigneurs à Blaye sur la Gironde. Languedoc ou autres. la force générale qu'était la Gaule.

t. I. Autour de ces maîtres. . abbés. Les maîtres d'école parlaient toujours de la Gaule. et c'est l'abbé de Fleury. est particulièrement digne de remarque (Aimoin.1:44 DE LA GAULE A LA FRANCE. Ils en prononçaient sans cesse le nom. . Voyez Aimoin. avaient d'abord appris à la connaître De cette Gaule où ils habitaient. ce Qu'on ne m'objecte pas encore que d'école et propos de savants. Je répondrais aussitôt qu'en ce temps comme aujourd'hui la science et l'école préparaient la France du lendemain. sans rapport avec les réalités du temps. Et cette nom et Son passé de Gaule qu'ils 2. Abbon. ils étaient destinés à devenir chefs d'églises. Fr. Gallica lingua signifie le français. Raoul Glaber. Beaucoup parmi eux devaient devenir les grands de la terre et les maîtres des hommes. le conseiller des premiers rois capétiens. venus.. Car porter. et bien d'autres. proœmia (^SUgne. et s. évêques. Richer. en marquaient l'unité. Richer. et à assurer l'avenir cette Gaule vivait encore.). et en ce moment elle transmettait à ce royaume de France ce qui lui restait de valeur. le même homme c'est qui a rédigé qui la fit « les canons » de l'office royal. Fulbert à Chartres. Gerbert à Reims. 2 2. c'était par son même rois de France. en indiquaient les limites naturelles et les voisinages barbares *. ils Ces maîtres d'école n'étaient pas les premiers s'appelaient Abbon à Fleury. 629 1. dit-on. vers l'an mille. Le réveil de rhistoriographie franque. Hisl. les écoliers se groupaient par milliers.). on leur racontait la merveilleuse histoire ^ Les plus instruits ou les plus hardis d'entre les maîtres remontaient aux âges lointains où les c. comtes et France. CXXXIX. Francia et Gallia sont alors synonymes : les textes abondent. Adémar de Chabannes. 3. idée et tradition indestructibles. Abbon écrire par l'un de ses l'histoire moines un long traité sur géographie et furent livres de la Gaule. du royaume de France. etc.

et associant de siècle en siècle la sainteté des églises et la puissance des rois. Fr. pour les contemporains des premiers Capérésumé et le symbole de ce qu'ils aimaient et de ce qu'ils espéraient. et les plus enthousiastes imaginaient qu'il avait rendu Constantinople à l'Église véritable et débarrassé de la honte païenne le saint Sépulcre de Jérusalem. le était. les écoles et les cours. I. . pareille à l'Hellénisme d'autrefois.. son olifant victorieux avait retenti dans le monde entier. émules de sa vaillance et ennemis de Dieu Entouré de ses douze de son renom. Charlemagne et ses pairs. avait trouvé dans Charlemagne son Bacchus aux cortèges triomphaux et son Hercule aux tra- vaux de Il justice. ce n'était que l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. Charlemagne avait réuni en une seule nation les royaumes dispersés dans la Gaule. converti et soumis l'Allemagne. et les lui. CXXXIX. 638). commençant par les miracles de saint Martin et la conversion de Clovis. dans ces récits. des Francs il avait fait le peuple souverain. Hist. il avait conquis l'Espagne sur les Sarrasins.. et parmi eux surtout Roland son neveu. proœmia 1. Lat. les cloîtres. s'essayaient à composer des poésies ou à rédiger de la prose savante. siècles s'accomplis- de Dieu un homme apparaissait dans d'une gloire divine. 7. Gaulois de Brennos avaient conquis 245 Rome. quelques-unes des plus belles depuis les Carolingiens. L'humanité chrétienne. Dans saient l'éclat « cette histoire les gestes où depuis cinq ». s'étaient partout enfuis devant pairs. Charlemagne. Richer. Aimoin. t. et ils rappro- chaient leur courage invincible des batailles que leurs des- cendants livrèrent aux Normands sur le sol de la patrie K Mais d'ordinaire. Son nom tiens. roi et empereur. fut alors le héros de cette littérature latine qui. vivait heures de sa vie chrétienne. {Pair. délivré Rome et l' Italie. et Turpin l'archevêque de Reims. c. servirent de thèmes à ceux qui dans les cathédrales.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE.

la source où ses compagnons s'étaient désaltérés. romanciers et populaire faisaient lever une frondaison touffue d'épisodes Nul ne doutait que Charlemagne et Roland ne fussent des guerriers de Gaule et des champions du nom franc. les épopées guerrières. les récits de miracles. fût alors en France éclatante et cela montrait bien que cette France était devenue une patrie vivante. les annales ou des Francs. et. L'histoire du grand roi était pour son peuple un gage d'union et un talisman d'éternité. son tombeau de marbre à Saint-Romain à la légende populaire de Blaye. De ils l'histoire ces noms passèrent à : la poésie. éveillait la Un même élan emportait vers l'avenir le souvenir de l'empereur et la jeunesse de notre nation. Leur renom grandissait du mouvement qui France. les complaintes édifiantes. de la réalité ils passèrent à l'école. si Et que la gloire si de Charlemagne universelle. dont la vogue de Saint-Jacques faisait la grande voie de la piété et de la légende chrétiennes. à la frontière d'Espagne. nous pouvons maintenant écrire ces deux mots à côté l'un de l'autre. les vies des -saints. la colline où Roland avait voulu mourir. les épitaphes métriques. poètes. Sur ce chemin de Roncevaux. son olifant miraculeux à Saint-Seurin de Bordeaux. France et patrie. Sur quelques merveilleux. la triple brèche faite dans la roche par le tranchant de son épée. derniers héritiers de Virgile. de l'école et de la poésie pèlerins et dévots passèrent marquèrent au nom de Charlemagne les choses étranges ou les ruines anonymes que l'on rencontrait aux faubourgs des villes et le long des grandes routes. tels qu'ils se lisent chez . Leurs noms remplirent les cantilènes héroïques. plus loin.246 DE LA GAULE A LA FRANCE. de Lucain ou de Salluste. les chroniques locales des évêchés « » ou des monastères. faits réels. les gestes les romans historiques. on montra.

France a reçu sa capitale. Tu es la nation forte et constante. les écrivains 2. jerox. en 33 vers. CXXXIX. montre donc la valeur que t'ont donnée tes ancêtres ^ » et et la : Pour parfaire ce corps la et enrichir cette âme de nation. . 1. centre de sa forme personnelle de ses pensées. t. II. 589).. modeste et timide? Tu as triomphé jadis de peuples plus puissants que toi. belle comme une femme. de Roricon. aimée comme une mère « Tu vaux mieux que tant de nations superbes qui sont mortes ». et celles dont depuis des siècles les poètes avaient revêtu la Gaule.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. livre I {Pair. et sa langue. d'angoisses et de gloires partagées. vers 596 (p. 625.47 les prononçaient sans émotion sacrée. De bello Parisiaco. CXLI. compatrioiœ mei Franci. devenue à son tour personne vivante. disait un autre. priscas. l'expression t. tu pourras un jour égaler l'Olympe des Anciens par la splendeur de ton nom et l'éternité promise à ton règne ^. des Monumenla Germanise) : Francia car latitas? Vires narra. et aveto in sœcula regnans. ces sentiments de respect et de reconnaissance. jusqu'à salve tripudians.. du temps ^ Ceux-ci ne cloute pas avec cette que leur jeunesse ardente n'ait point ressenti le charme grandeur de cette fraternité nationale qui s'impose à notre maturité réfléchie. Voyez. » « Pourquoi ». de Dudon de Saint-Quentin (Migne. Lat. vie. Gesta Francorum. cette conscience du devoir. les voici qui servent ensemble à dessiner la France. En tout cas. que dix nouveaux siècles de vie commune. « te caches-tu. l'apostrophe à la France. c. allaient mettre peu à peu dans les âmes de leurs descendants. 115 de l'éd. Cf. 135-G de l'édition Lair) Francia tôt gentes siiperans Fortis. Abbon (le poète). France. etc. « ton œuvre est tout entière faite de pieux devoirs et d'actes de vertu. c. 3. p. aimable et fidèle. chantait un poète latin. 2. etc. sage et juste. dura. les nobles et touchantes expressions dont les Anciens ont paré le mot de patrie. Encore je n'en suis point sûr. : peto. France heureuse entre toutes.

De bello Parisiaco. une auréole héroïque encadrait : la ville de saint Denys « et écrit sur ce siège la ville de sainte Geneviève.. Remensis caput regni Francorum est. disait Gerbert (lettre 154. 137 de 2. 5 et ailleurs. bâtira au Louvre son château et son hôtel -. face à la Cité de l'île. face à la Grève et au Marais. Orléans. monastère de Fleury.. : ils préféraient Laon. Paris l'emporta. les premiers Capétiens hésitèrent entre ^ Orléans et Paris. est par excellence. : — p. commence par vénérer Paris ^ » 1. brillant comme une reine auvilles.J 79) : Sum polis. qui agitait la Gaule le depuis deux millénaires. Quiconque souhaite pour ce royaume richesse et gloire. Raoul Glaber. Reims était regardé comme la capitale morale et religieuse ecdesia. ut . bien posté sur deux bras pour surveiller les routes de la fronAprès eux. Un poète avait. Elle sentait confusément que. dessus de toutes les Ce n'est pas seulement au milieu de la Seine que tantôt elle se repose et tantôt elle se dresse. du passé et des évêques. une nation pareille à celle de Rome. I. l'arrêta enfin sur Paris. 12-14 (p. il fallait à la France une ville maîtresse. avaient paru incertaines sous de la famille de Charlemagne sa colline à tière. rendez-vous des nou- veaux bourgeois. disait-il. une Iliade de Gaule Paris. magnifique » que fit bâtir Robert est encore dans la Cité. le sanctuaire des Druides. c'est au cœur du royaume de France. 3. et voisin des centres religieux de la Gaule païenne et chrétienne. Abbon. L'opinion publique avait depuis longtemps devancé le choix royal. ce besoin d'une capitale. les derniers rois si Les destinées de Paris en tant que capitale du royaume. Cet instinct. Sur le prestige d'Orléans. la le tombe de lieu saint Martin. Après siège victorieux qu'il avait soutenu contre les et Normands renom. II. et la royauté.248 DE LA GAULE A LA FRANCE. « Le palais Havet). sur le cintre de la Loire. « A » la fm. en latin. une demeure centrale qui serait son foyer et son acropole. l'édit. était comme au sommet du fleuve médian de la France. de où le premier des Capétiens avait fondé le sa lignée. pour être une patrie pareille à celle d'Athènes.

les sons un héritage qu'on accepte et qu'on de la phonétique. et j'ignore les raisons vivantes de la langue française. Mais si je sais comment. on demeure impuissant devant le problème de la vie. après avoir lu travaux des maîtres de la linguistique. éprise des finesses de l'analyse. comment faits. tel fait valoir. Quisquc cupiscit opes Francorum. 85). le . je sont que amare a donné ad Romam. je n'entrevois pas le moteur une fois de plus en matière de science. rapide comme un javelot de légionnaire. Il est roman (le français. à l'origine profonde du système de notre le fil langage. le français est issu du « latin. je décompose les ils rouages de son mécanisme. riche en articuvois de quels ressorts aimer ». ». limpide. la France le achevait de forger la langue qui devait être signe le plus visible de sa \atalité nationale K Nul savant n'a encore pénétré le secret de sa formation.. te veneratiir. je ne sais pas pourquoi.. mater a donné « mère et vado : lations. et rien que là. Rlcher. les mots du vocamodes de la conjugaison ou les procédés de la les syntaxe. nous a exposé avec une science parfaite qu'elle est venue du latin et par quelles étapes successives elle s'est On éloignée de son ascendance romaine.PREMIÈRE ÉPOQVB DU ROYAUME DE FRANCE. rechercher d'anciennes et indéracinables tra- regina micans omnes super urbes. « je vais à Rome ». le latin s'est-il transformé en langue française? Pourquoi ce latin. on possède les éléments du corps. entre le Rhin et l'Océan. Je saisis bien. est-il devenu chez nous une langue aimable. retenant et trans- formant à bulaire. Pourquoi. 249 Au moment où im plus net et l'organe le poète latin parlait ainsi. bon de rappeler que Hugues Capct ne savait que ou encore Gallica lingua. ramassé. les la fois. coulant en détours et détails variés sans jamais perdre de la clarté. III.. si je peux discerner le mécanisme. 1. nerveux. concis. toute pareille à nos fontaines de Gaule? Faut-il.

Au début de sa Préface de 1869 à son Histoire de France. le récit du latin. un fait est acquis c'est qu'avec de la matière latine la France a façonné sa propre langue-. si grands que seront les services rendus par certains rois.250 DE LA GAULE A LA FRANCE. un souffle d'âme né de sources lointaines. 2. par le travail incessant des siècles. la vie et les leçons 1. voir les très mort si prématurément Introduction à la chrono- latin vulgaire (1899. va faire entendre sa voix et son langage pour raconter elle-même son histoire. ditions laissées par les Gaulois. des poètes sont nés qui veulent faire dire à la langue française ce que la tradition réservait à l'empire gloire des saints. Prague). Voir en dernier lieu la 5^ édition de Bourciez. Comme Michelet eut raison de comparer un peuple à un Prométhée qui se formerait soi-même^! Cette France me semble maintenant une idée magique. Paris. Roi de France? mais il ne l'est que parce que son titre repose sur le nom de France. du Christ. exprimer ses idées et ses rêves. Ah non! ce n'est pas la royauté qui a créé la France. Précis historique de la phonétique française (1921. à animer. enfin. : trop logie Dans ce méconnu du sens. : La France. inconnues et éternelles. C'est elle qui. les liens de parenté. Bouillon) eties Origines romanes (1900. . la nature du sol et du climat. à élever un être humain fait de millions d'autres êtres unis pour toujours. et tout d'abord la de leurs miracles. de coutumes et d'histoire qui rappro- chent les hommes? Mais. qui ont habité cette terre ses le ^ même ? Ou faut-il croire que notre parler national doit habitudes et ses usages à des forces plus mystérieuses. a fait cette royauté et lui donne maintenant tout son prix. caractère des habitants. Klincksieck). qui est parvenu à modeler. Dès les derniers temps carolingiens. quelle que soit la solution que nous apportera l'avenir de la science. 3. Paris. et et ils composèrent en l'idiome nouveau remarquables travaux de Mohl.

2.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. le latin prêta plus largement à la nouvelle langue modes de chant. où le Christ lui-même a envoyé ses apôtres. fournis par la foi chrétienne. éloges d'épitaphes. Pion. miracles : 1. première Wilmotte insiste sur les pré- cédents latins des chansons de geste {Le Français a la tète épique. t. écrivit la Chanson de Roland. Nous voyons cette terre en ses frontières sacrées. commençaient leur carrière par la poésie et elles suivaient la par ses la poésie sacrée. 313 et s. et aussi les héros et les les légendes qu'il servait à glorifier. Paris. récits de de vies de saints. Charlemagne et Roland Cantilènes. complaintes. ce cimetière de Saint-Seurin de Bordeaux. Bédier vient de se rapprocher de Wilmotte {Histoire de la nation française de Hanotaux. de poème. ce sommet des Pyrénées où. Nous voyons cette terre en ses sanctuaires fameux. Et chroniques. t. elle sculpte les images de sa foi. Puis. La Chanson de Roland est une chanson de notre terre. 1921. Turold rassemble et célèbre en son épopée la terre. et par-dessus tout '. p. vol. A la différence de Bédier. Voyez les analogies indiquées par Littré entre l'Iliade et la Chanson de Roland (Hist. Paris. Les Légendes épiques (4 édition). Turold. 1908-13. la France s'avance dans l'histoire à la manière dont y a marché la Grèce elle bâtit pour son Dieu ses temples de pierre. chants épiques. l'histoire et les pensées de sa patrie -. tel qu'Homère en son Iliade. XH. 211-2). p. et un poète de génie.). 1863. elle se donne ses héros. œuvres latines ou françaises. le lieu de France qui retentit le plus de prières chrétiennes. de récit. si 251 de naïves cantilènes ou de courtes épopées aux sujets comme marche naturelle tracée jadis par l'Hellénisme. héros du jour. La Renaissance du Livre). Paris. et. Les lettres françaises. .. ce rivage de l'Océan que l'archange Michel protège du péril de la mer. tout cela finit par se mêler et se fondre en une épopée nationale. 1917. au col de Roncevaux. Décidément. cette rive du Rhin où reposent les saints de Dieu. Champion. I. Roland a voulu mourir pour regarder une dernière fois l'ennemi d'un regard de triomphe. de la langue française.

il est colère. la France. imprudent. la nous voyons dans ses routes. et que Dieu commandait à Charlemagne. et si ses chefs savent la comprendre et écouter parfois les poètes qui chantent ses rêves et les historiens qui racontent son passé. . est. mobile et sincère. Ciboure. si du moins elle sait choisir ses chefs. enfin. Il a l'horreur de la trahison. Elle peut aller à l'avenir en toute confiance. France commandait au monde. L'idéal du poète qui chante sa gloire est un idéal de justice et de droit le traître Ganelon mérite mille fois une mort sans phrase. patrie « douce » entre toutes. le long travail de sa croissance et trouvé la loi de sa destinée. de la lâcheté et du mensonge. cherchant à rcahser le rêve de leur foi. mais servante de Dieu et éducatrice d'autrefois. un chef de guerre et un beau parleur. sûre d'elle-même. mais Charlemagne le réserve au jugement d'un tribunal solennel. inviolable et forte. Le nom de France la domine tout entière. lorsque que la : des hommes. Elle est bien. cette Chanson de Roland. notre poème national. Roland. Son adolescence s'achemine vers les années de la jeunesse. elle est sortie saine et sauve La France a donc achevé des crises impériales qui ont menacé sa vie. le héros. la chanson de la France. mère des guerriers. comme Vercingétorix le Gaulois. sur ce chemin d'Aix-la- Chapelle à Roncevaux où ont passé tant de rois en vainqueurs^ et où passent tant de pèlerins. Les heures les plus difficiles sont écoulées. C'est la chanson de notre histoire en son plus beau jour Charlemagne commandait à la France.252 DE LA GAULE A LA FRANCE. « la grande terre ». Il ressemble à chacun de nous. C'est la chanson de notre caractère et de notre humeur. 19 août 1921.

. .. les routes La conquête de la mer 42 44 45 47 49 50 51 53 55 . le chien Nouveaux éléments de relation. — L'époque des Chasseiirs (Temps paléolithiques) . 36 39 40 41 . Nouvelles industries .TABLE DES MATIERES I. prépondérance de la hache . découverte du métal Domestication des animaux. La céramique Exploration minéralogique de la terre. mais non décadence absolue. Les premières cultures Discipline de la terre et de l'àme Nouveaux instruments. efforts nouveaux L'homme . 7 L'histoire peut et doit remonter très loin dans le passé et de la terre et des âmes Définition de la plus lointaine époque De la durée d'une époque historique L'homme conquiert la terre sur l'animal Des plus anciens témoins de la vie humaine 7 ÎO 11 12 12 13 15 16 18 sur les plateaux de France Foyers et ateliers Les armes et instruments de silex Bouleversements physiques et décadence Le refuge dans les cavernes. Une nouvelle race Renaissance industrielle Merveilles d'art Apparition de l'écriture Des conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là Rôle des hommes de France à cette époque 20 22 23 25 28 29 34 IL — L'époque La grande des Agriculteurs (Temps néolithiques ou de la pierre polie) 36 : révolution de notre histoire la découverte de la terre comme force agricole Incertitude de la science sur les origines de cette révolution Migrations humaines dans cette période Déclin des œuvres de l'esprit...

la. Le roi de tribu Les « pays » se groupent en province ou « cités » L'Armorique. sociale et religieuse. . communs et communauté religieuse 94 96 100 101 Hiérarchie druidique et dieux généraux Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale Relations reUgieuses avec la Grande-Bretagne Caractères de la civilisation druidique pas d'écriture. d'un groupement humain. les langues italo-celtiques Similitude des noms de lieu les lieux de la terre dénommés pour toujours Italo-Celtes identiques aux Ligures. Du caractère général de l'unité indo-européenne. 89 92 IV. centre de vie agricole. 94 La rupture de Sacrifices l'unité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France la L'assemblée des Druides au centre sacré de Gaule. but et moyens des migrations. . . déesse souveraine. la famille et la tribu Les règles de la vie morale les . Celtes. étapes et les routes Persistance des populations antérieures Extension de l'unité primitive de l'Occident de l'Europe. .TABLE DES MATIÈRES. les Ligures. — L'époque des Prêtres-Rois {Ligures et Druides). Groupements humains : forteresses.. 106 108 109 110 112 114 116 118 118 119 . de temple A propos des sacrifices humains L'Armorique. marchés. Italo- Ligures) : 63 les Autre événement capital migrations indo-européennes. l'ambre 63 64 66 67 69 Caractère originel. . marine Hypothèses sur 71 74 76 78 80 81 .. Les résidences des morts Terre-Mère. . . Approche des Méditerranéens et fondation de IMarseille. Ce que la France doit à cette époque éléments nouveaux d'une vie solidaire. souveraine de l'Océan Dangers qui naissent des ambitions commerciales. et nullement d'une race Les lieux saints de l'Occident Les grands travaux de défrichement la Limagne Progrès dans la vie industrielle le bronze. la charrue. . le mégalithe l'éducation de la terre se termine Les principes de la vie sociale se fixent. villages. capitale des morts Le « pays ». d'image. . : . rôle de la Bourgogne Avènement de la 56 57 58 : 60 III. — L'époque des Migrateurs (Indo-Européens. 103 104 . Elle est essentiellement un fait d'Europe Le Nord-Est de l'Europe. 83 85 87 .. L'âge de l'épée se prépare et l'âge du fer commence. . . centre probable de ces migrations Indices en faveur de cette hypothèse. . nom d'une époque. ..

128 130 131 133 133 134 138 141 142 143 Il y La La La a une patrie gauloise Gaule n'est pas en décadence Grèce commence l'éducation classique de la Gaule. héri- 154 155 157 159 161 162 164 166 168 171 172 173 175 176 177 181 tières de villes gauloises Les tombeaux de pierre Intensité de la vie industrielle et commerciale. 144 147 148 149 152 — L'époque Impériale (L'État Romain) Beauté apparente de l'Empire romain Plus de variété dans la culture la vigne . organisation des cités caractère propre au régime municipal de la Gaule. autre principe d'unité Ce que fut la paix romaine Rome laisse passer l'invasion germanique L'Empire en état de siège. ^ . Faiblesse du génie latin Le régime municipal. soldats barbares et pacifisme des civils 182 183 184 185 . . 154 La construction en pierre Nouveaux sites urbains. 255 — L'époque des Guerriers {La Gaule des Belges) des Celles et 121 121 Ce que fut sans doute l'invasion celtique Autres invasions ou migrations le nom de Gaule devient prépondérant L'impérialisme gaulois en Europe Persistance et force des éléments d'unité les rois de toute la Gaule Beauté historique de l'unité gauloise . son allure et sa vie Le caractère des hommes de Gaule se fixe Intensité de la vie agricole Formation et croissance des centres urbains. Toute-puissance du grand domaine Maintien en Gaule des éléments d'unité. décadence maritime Victoire de la mythologie La fièvre d'art. Lyon capitale et son Conseil Amour-propre gallo-romain L'armée gaUo-romaine. : villes et les villes routes gallo-romaines. . 123 125 De la religion gauloise L'éducation de la jeunesse Littérature poétique Le chef gaulois. persistance des cités et des La terre. . triomphe du style classique Souveraineté de la langue et de la littérature latines Mœurs romaines . . les lieux de foire Organisation du système routier Développement de la vie provinciale. brutalité de la conquête romaine .TABLE DES MATIÈRES. source d'autorité « pays ».

. . . . . la . — Li'époqpie des Royautés barbares {Invasions germaniques. . VII. Mérovingiens et \ Carolingiens) 1 est une décadence menant à une catastrophe Partage de la Gaule entre des chefs barbares Affaiblissement du titre de roi Continuité. j . Chanson de Roland * Coulommiers. empereur dans son royaume. Renaissance romane et architecture de pierre .. espérances de Gallicanisme Valeur souveraine du titre royal De l'opinion publique vers l'an mille Velléités de constitutions Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les traité . et la renaissance agricole La petite exploitation rurale Maintien du mot de Gaule d'unité comme idée et sentiment r î^ La Gaule comme unité politique. Imp. 2 2ij " L'imagerie chrétienne Nouvelle vitalité du sol et des routes Forces nouvelles des provinces et des petits pays. encore inspirée de Rome Aucun principe politique ne vient de Germanie La prééminence décisive du Christianisme Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie . 2 " — La première époque du Royaume de France et (Derniers Carolingiens Premiers Capétiens) 2 de Verdun reconnaît la France Universalité des mots Francs et Français fusion des races.1 ' 256 TABLE DES MATIÈRES. L'idée de Gaule vit toujours dans les écoles Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de la gloire de Charlemagne Le patriotisme f'^mçais à sa naissance Paris s'annonce de nouveau comme capitale Formation d'une langue française Avènement d'une littérature française et nationale. . L'Empire Romain 1 1 1 1 1 1 .. 1 1 2 2 2 2 2 ' religieuse Le Christianisme renforce Les monastères l'unité gauloise et la vie locale. ' . — 173-5-22. ' Le 2 2 villes " 2 Retour aux habitudes de la civilisation classique. . Paris. des invasions en Gaule Établissements d'étrangers Prépondérance de la ^^e mihtaire Déclin des habitudes classiques La civilisation. Ambitions impéria'es des rois de Gaule Faiblesse de l'Empire de Charlemagne VIII. Paul BRODARD. Il n'y a plus qu'un roi en France Le roi de France. résidence royale.

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