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BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE

CAMILLE JULLÏAN
MEMBRE
DE

L'INSTITUT

PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE

DE LA GAULE A LA FRANCE
Kbs ORIGINES HISTORIQUES

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LIBRAIRIE HACHETTE

DE LA GAULE A LA FRANCE

JuLLiAN.

De

la

Gaule à la France.

Romaine. Duruy. état matériel 25 fr. lois. Nos Origines liistoriques. » Gallia. cartonné <*/o. : II. » Vercingétorix. Fustel de Coula7iges). petit in-16. in-i6. » » Cei deux volumes ont obtenu III. Jullian. CAMILLE JULLIAN LIBRAIRIE HACHETTE Histoire de la Gaule. commentaires et tables. Un vol. Guizol. C. 25 fr. Jullian. Jullian. — Extraits de /'« Esprit des Lois » et des Œuvres diverses. petit in-16. Grand Prix Gobert de l'Académie française. fr. Tocqueville. G. tableau de la Gaule sous la vol. 5 Un contenant 12 fr. livre I". illustré de gravures. broché 8 fr. De Un la Gaule à la France. petit in-16. Sept volumes grand in-S". Les Empereurs de Trêves (e« préparation) . Augustin Thierry. • Ouvrage couronné par l'Académie française. Paul BHODARD. Mignet. Imp. Michelet. publiés avec une introduction. i^ivasiotis germaniques 25 fr. G. — Coulommiers. par M. toile romaine. petit in-8. des notices et des notes. La Gaule inàépendante le 25 36 fr. Un vol. G. avec un commenfr. publiées avec introduction. » VI. état moral . La Chnlisation Gallo. par M. cartonné Montesquieu. » VII.OUVRAGES DE M. Un vol. 5 fr. Craud PrU Gobert en La Conquête romaine et les premières 1908. publéis et annotés par M. La Civilisation Gallo-Itomaine. Un domination nombreuses 7 fr. » V.. petitin-8. Considérations sur les causes de la Grandeur des Bomains et de leur décadence. cart. variantes. reproductions de monnaies et 7 cartes et plans. » IV. Renan. cartonné 8 fr. br. Taine. • Majoration temporaire de 85 U73-21. Ze Gouvernement de Rome 35 fr. Thiers.. Les Invasion» c/auloises et la colonisation grecqua. » 4 fr. vol. par M. Quinet. Jullian. vol. Un vol. brochés î. Extraits des Historiens du XIX' siècle {Chateaubriand. 50 70 — Esprit des taire. petit in-16. . cart.

_ PARIS i BLBcrrr^^-^ -^ ""'"'ri"" ^^^<^'OH AfA/LAIiLE 1922 No. BOULEVARD SAINT-GERMAIN.BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE CAMILLE JULLIAN MEMBRE DE L'INSTITUT PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE DE LA GAULE A LA FRANCE NOS ORIGINES HISTORIQUES LIBRAIRIE HACHETTE 79. .

Copyright par Librairit Bachttte 1992. .768450 Tous droiu de tradaction. de r«producli«a et d'adaptatiou réservët poar tous ptjn.

EN FRATERNELLE AMITIÉ. .A ALFRED RÉBELLIAU. QUI M'A DONNÉ L'IDÉE ET LA VOLONTÉ DE CE LIVRE.

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L'homme sur les plateaux de France. t. dont l'éloge n'est plus à faire (Manuel d'archéologie. Outre le manuel classique de Déchelette. I. — le passé et de la Définition de la plus lointaine époque. Le refuge dons les cavernes. Picard. Des plus anciens témoins de la vie Foyers et humaine. ejforls nouveaux. Apparition de l'écriture. Bouleverseateliers. une nouvelle édition est préparée par Breuil). Des Merveilles d'art. L'homme conquiert la terre sur Vanimal. Renaissance indusUne nouvelle race. 1908. — durée d'une époque historique. Rôle des hommes de France à cette époque. laissé dix ou quinze siècles avant notre ère? Quel souvenir peut nous rester de ces générations qui ne nous ont pas un « seul texte écrit? Heureusement. De la — — — — — — — — — — — — — « Quel espoir y a-t-il d'arriver à la connaissance de ce les passé lointain? Qui nous dira ce que pensaient hommes. trielle. le passé ne meurt jamais complète- 1. ments physiques et décadence. Les armes et instruments de silex. on trouvera d'utiles . Paris. conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là.DE LA GAULE A LA FRANGE L'ÉPOQUE DES CHASSEURS TEMPS PALÉOLITHIQUES ' L'histoire peut et doit remonter très loin dans terre et des âmes.

des ancêtres communs dont l'un et l'autre peuple étaient descendus. Paris. La France préhistorique (2« édit. Parmi les livres plus anciens.8 DE LA GAULE A LA FRANCE. il est le produit et le résumé de toutes époques antérieures. L'homme peut bien il mais le garde toujours en lui. Salomon Reinach. et en particulier dans la première. de Morgan. La Renaissance du Livre). Comme répertoire archéologiques. Peyrony. Paris.Germain (1889. La Préhistoire (1910. Cartailhac. Amiens. écrit de sa main (Revue archéologique de 1908. résumés chez Comment. plutôt. années plus tard (La Cité antique est de 1864). ment pour l'homme. p. tel qu'il est lui-même à chaque époque. Paris. qui fut consacrée aux temps préhistoriques de la Gaule « Je voudrais montrer tout ce que nous devons à ces \ieux âges. Les Hommes contemporains du renne (1914. dans la Description raisonnée du Musée de Saint. » On a retrouvé et publié le résumé de cette leçon. 1896. parus (1917 et 1920. Époque des alluvions et des cavernes. de notre France d'aujourd'hui. Fustel de Coulanges. p. Fustel de Coulanges devait développer ces mêmes idées dans ses leçons à la cour impériale. t. Quelques : . façonner l'outillage du travail et du combat. . des éléments éternels à l'intérieur de notre vie morale. est également vrai de la France. Dans ce qu'elle est. introduction. de tout cela il existe encore des vestiges visibles à la surface de notre terre. des travaux préhistoriques et Schleicher). S'il descend en son âme. l'oublier. Yvert). corps et esprit. L'Humanité préhistorique (1921. on peut retrouver la trace de nos aïeux les plus anciens.. Ussel. tout ce que ces \'ieux âges ont mis en nous. Éléments de préhistoire (1914. Eyboulet). Genève. 1. . c'est par ces paroles qu'il annonçait son dessein de reconstituer les croyances et les institutions primitives des Grecs et des Romains. 2 vol. la volonté et le cœur. disposer les hommes en sociétés durables. Georg). Car. Didot) Gabriel et Adrien de Mortillet. 4-5. il peut y retrouver et distinguer ces différentes époques d'après ce que chacune d'elles a laissé en lui K » C'est ainsi que Fustel de Coulanges a commencé La Cité antique. 99). I. en 1870. la riche Bibliographie générale de Montandon. Alcan). éduquer les l'intelligence. La Cité antique. Mais ce qu'il a dit en ces termes du monde antique et de l'âme humaine. Paris. De ce qu'ils ont fait pour conquérir et cultiver le sol. ou.

le résultat d'une longue. cette patrie. Car je suis de ceux qui croient un devoir de plus à que les destinées si nationales de la patrie française le commen- cent à peine. ils qui les ont suivies ont perfectionné la culture ont également suscité des motifs nouveaux d'union et d'accord à la société humaine qui devait devenir notre patrie. et nous n'avons pas non plus le droit de revendiquer pour notre ascendance seulement les Celtes ou les Ligures. Nous ne sommes pas uniquement les fils intellectuels du Moyen Age chrétien ou de la Rome latine. d'hommes. lente et patiente élaboration. Mais chacune de ces périodes ou chacun de ces états politiques a contribué à nous faire ce que nous sommes. Pour qu'il se soit bâti une terre de France et que nous devenions des Français. et ce n'est pas davantage la Monarchie. long que soit passé qui fut nécessaire à ici les premiers âges de ce passé que je veux essayer Je ne séparerai de connaître. il a fallu un interminable travail humain. n'apporteront pas un trait nouveau à la une richesse imprévue à son terroir. Ce n'est point la Révolution qui a créé la France.. sa vie. et que les siècles à venir figure de la France. d'imaginer et d'exposer. de même les habitudes sociales qui nous groupent pour l'amour et la défense de ces moissons remontent à des germes déposés par ces premières générations. et qui dès lors ne s'est point interrompu. 9 La France lions est l'œuvre de dizaines de siècles et de mil. qui a commencé dès le jour où les hommes ont apparu sur notre sol. pas l'étude du sol ou de la matière et celle de l'âme ou de Ce sont — la société.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Et si les siècles du sol. Elle est. L'historien ne fera jamais qu'une œuvre incomles plète ou mutilée s'il analyse les institutions ou mœurs humaines à l'écart ou en dehors de la terre sur laquelle . De la même manière que les plainec blé de la Bourgogne ou de la Beauce doivent leurs sillons originels aux générations inconnues des temps préhistoriques. sa formation. Et nul ne peut affirmer que ce travail soit terminé.

1. et j'appellerai cette époque l'époque des chasseurs. toute l'histoire nous parle aujourd'hui il comme du sol y a dix mille ans d'une intimité irrésistible entre la terre et l'être humain. Mais cette dénomination ne marque qu'un des éléments dont a été faite la vie de ces hommes. ce qui les faisait comme. à force d'analyses et d'analogies. sont développées et qui pour une part '. ce fut l'agriculture ou la guerre. à com- prendre comment est née notre nation. révolutions politiques et transformations matérielles. qui caractérise la nature même de cette vie et ses pratiques principales. la raison sociale des vivre. en d'autres : temps. sont les divinités des le sources et des collines. besoins du cœur du corps. ce qui les faisait se grouper hommes. La plus ancienne période de notre histoire est généralement définie d'après la nature des seuls témoins qu'elle nous a laissés d'elle comme ce sont des pierres. J'aime mieux une expression plus compréhensive. Geographia historiée oculas. des silex taillés par la main de l'homme. Les divinités avant le les plus tenaces français. l'instrument de pierre dont ils se servaient d'ordinaire. pour ainsi : parler. ou encore.10 elles se DE LA GAULE A LA FRANCE. Et jour où la science historique s'apercevra plus simples cer- arrivera enfin. écrivait Ortelius. on l'appelle le temps de « la pierre ancienne ». les a déter- minées et Tâches de l'esprit et de la culture. et qui vivent encore après avoir déjà milliers d'années vécu des Christ. et des milliers d'habitudes que hommes ont peu à peu reçues de cette terre. . la reUgion ou la patrie. Car la chasse était alors. on appelle ce temps celui de la pierre taillée. comme il est le plus reculé que nous puissions connaître. l'époque paléolithique. peut-être de ce que l'intuition des âmes elle les a déjà deviné les : que la France résulte d'abord d'une taine nature de sa terre.

sortis victorieux de la captivité signifient mille de Babylone ou du triomphe de Titus. et le retour des Juifs à Jérusalem. en un progrès parfois ralenti mais toujours continué. des agité les : populations. 11 L'âge des chasseurs a commencé sans doute aussitôt qu'il y eut des hommes. au-dessus des détails innombrables et contradictoires. et n'a dû prendre fin que dix millénaires avant notre époque. les ralentissements ou les arrêts d'un siècle dans une marche plusieurs fois . comme l'Arménie. il a persisté des dizaines de milliers d'années. peut-être bien plus tard encore. ce plus ancien et ce plus long des âges de l'humanité se présente en une unité parfaite. et. suivant un rythme intelligent et d'une réelle beauté ainsi : tout que la civilisation hellénique partit des idoles informes de la religion primitive l'art et de la pensée dans pour aboutir aux merveilles de les temps de Périclès ou de historique dans Platon. cela n'étonnera pas l'historien. aperçoit les retours périodiques des forces et des mêmes mêmes aspirations. des Il êtres en quête de leur nour- riture.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Nous avons beau vivre siècle appartient à la d'une allure très différente des Celtes ou des Grecs. à travers des variations nombreuses dans la suite des années. Que l'on puisse voir une même période un espace de plusieurs fois dix mille ans. et c'est pour cela que nous voyons aujourd'hui tant d'événements semblables à ceux qui ont hommes sous les règnes de Darius. offre l'image il nous d'une civilisation qui se développe normalement. luttant pour l'indépendance. qui. Que ou deux mille ans pour une grande période historique? Qu'importent les retards. Malgré sa durée considérable. Une loi identique préside à cette période. notre même période de l'humanité que l'ère des cités antiques et des tribus gauloises. de César ou de Théodose une invasion germanique se produisant sous la double forme de l'infiltration et de l'irruption.

la loi du premier âge de la pierre. emprunta aux matières voisines. par l'homme. que l'homme y vit en chasseur de la bête j'entends par là qu'il demande à la chasse le principal de sa nourric'est : ture. c'est tou- jours la même : loi qui préside aux convulsions des sociétés humaines les des patries qui veulent se former et grandir dans les régions naturelles de la terre. Nous assisterons. durant ces milliers d'années. lui : les sens plus aiguisés. de cette bataille impitoyable pour obtenir son droit à la liberté et à la souveraineté. appartiendra à l'homme. l'homme la fit deux séries de forces bras et : les unes qu'il tira les à l'aide de de sa propre autres qu'il nature. la terre. décidément. Quand cette période sera terminée. plus fort que lui. Il n'en aura pas chassé l'animal. le cœur plus proche des sentiments d'humanité. en même temps. des invasions qui menacent. et en premier lieu à celles . millénaire? Depuis Cyrus jusqu'à maintenant.12 DE LA GAULE A LA FRANCE. il sera désormais son maître. mais. qu'il est en état de bataille contre l'animal. je dis possession de la surface. Ce qui fait l'unité. plus largement ouverte sur tous les spectacles de la nature. Car. il sortira plus convaincu du devoir de la vie commune. Cette conquête de la terre. et aussi le maître de soi-même. son son intelligence. le maître du sol. des conflits qui les affaiblissent. et il finira même par voir de la beauté dans ce monde extérieur qui tout d'abord n'avait éveillé en lui que le besoin de la violence et le désir de la force. de la terre de France je ne dis pas culture du sol. à la conquête. qu'il dispute la possession de la terre. l'intelligence plus dégourdie. des empires qui les oppriment et dont elles se dégagent.

mais comme. par les contours que la taille lui a donnés. aux œuvres auxquelles il a servi.L' ÉPOQUE DES CHASSEURS. je le répète. nous permet de reconstituer un chapitre de la vie de l'homme et un aspect de sa demeure. à la pensée qui l'a modifié. était. où l'homme a mis et a laissé quelque chose de lui-même. et ce silex. ses — Qu'il ait d'abord membres. phase récente dite acheuléenne (de Saint-Acheul près d'Amiens). à la main qui l'a façonné. est déterminé par les siècles dont il ne reste d'autres traces humaines que les silex abandonnés sur avait vécu K 1. est le caillou de silex taillé. . L'histoire de cette bataille et de ce travail ne commence que lorsque nous rencontrons sur le sol un objet arrangé ou fabriqué par l'homme. mais sans la travailler. du sol. le sol aux endroits mêmes où l'homme Époque dite paléolithique inférieur . 13 que lui fournit la surface qui étaient visibles de lui et à sa portée. * * Un premier épisode. l'utilisant : telle qu'elle brute et informe c'est possible et même probable. par sa forme. Et le premier de ces objets que nous connaissions. de ces massues de bois ou de ces pierres de jet nulle trace n'a pu demeurer jusqu'à nous. le bois et la pierre. qu'il se soit plus tard armé d'un bâton. qu'il se soit ensuite armé d'une pierre pour la lancer ou pour doubler par elle la vigueur de son combattu avec poing. de ses intentions ou de ses goûts. de ces poings humains. et rien que d'un bâton. nous devons nous résigner à ne rien savoir des premiers épisodes de la bataille et du travail humains. par cela seul que l'homme l'a travaillé. par sa nature. nous permet de remonter jusqu'à l'homme dont il fut le compagnon. au regard qui l'a aperçu. dans ces temps paléolithiques. dans cette période des chasseurs. Ce simple débris. à l'esprit qui l'a choisi. et rien qu'avec eux. deux subdivisions : phase ancienne dite chellcenne (de Glielles en Seine-et-Marne).

Il fleuves. On suppose qu'elle faisait corps avec l'île voisine de la GrandeBretagne et que le Détroit était remplacé par un isthme et la Manche par un golfe de l'Océan. où les vastes marécages alternent avec d'impénétrables forêts. C'est sur ces plateaux. les hippopotames. d'Amiens à Abbeville sous ces terres à blé qui ne finissent point. comme s'abritant sous les roches ou se cachant dans les cavernes.14 DE LA GAULE A LA FRANCE. En tout cas. par ou la le plein air des plateaux de France. au sud de la Somme. sa forme et son apparence. Parles courez aujourd'hui. les hôtes habituels de nos parages ne différaient : point de ceux de l'Afrique la plus sauvage c'étaient les éléphants. Ne nous le représentons pas. au début de sa vie. Car lignes intérieures de la France étaient déjà tracées. tremblant de froid ou fuyant de peur. Et cependant. Ils ont vécu et travaillé sur . beaucoup plus : chaud. avec ses plateaux gaie- ment étendus au-dessus des berges des ou au marécage qui enlise. vous pourriez trouver les silex sans nombre déposés par : nos plus lointains ancêtres. Ils portent et ils le ne le nourrissent pas soutiennent déjà. les les conditions de la vie humaine étaient dès lors supérieures à celles de l'Afrique équatoriale. L'homme n'y était pas éternellement en proie à la forêt qui étouffe trouvait sur ces plateaux de il vastes espaces découverts d'où sur son œuvre. qu'il s'installa tout d'abord. la Seine Meuse. avec l'alternance de ses plaines et de ses montagnes. préparer ses armes et réfléchir dominant la Somme. par exemple. beaucoup plus humide ce qui pouvait faire ressembler notre pays aux régions tropicales. mais ils le drues. qu'il devait enrichir si plus tard de cultures encore. les grands fauves du désert. la France n'était point en ce temps-là achevée dans sa structure. avec ses vallées aux replis harmonieux. On suppose aussi que le climat était fort différent du nôtre. Il a débuté. à notre connaissance. Assurément. longues esplanades limoneuses qui s'étendent. les rhinocéros. pouvait regarder sans crainte le ciel et la nature.

qui éclaire et qui réconforte. c'est la station ensemble autour d'un feu qui réchauffe. sur cette terrasse de Saint-Acheul qui domine la cité moderne. si elles me demande ne sont pas déjà nées. Cette terre fut essentiellement pour eux un « sol d'éducation où se sont formées les premières habitudes »' de de l'Avre et de la Somme notre vie sociale. leurs héritiers vivent et travaillent encore. de l'Histoire de France de Lavisse (1903.. 1.VÈPOQVE DES CHASSEURS. la tribu naîtront de ces habitudes. . de longs instants de repos autour foyer. l'atelier. 92) le rôle de ces terrasses limoneuses de la Picardie à l'époque agricole je l'utilise pour l'époque antérieure des chasseurs. et. 15 ces espaces découverts où. les cellules pour consti- sont prêtes en atten- dant l'édifice. 1"^ p. Le foyer. avant les heures l'atelier. cinquante mille ans après eux. Le silex qu'elles travaillent est recueilli sur place. comme plus tard le mêmes terres. La famille. qui forme le t. les gisements en abondent dans les On dirait qu'il hommes au sol. retient et fixe les fera le blé de ces C'est l'expression dont se sert Vidal de La Blaclie (p. lieux où elles habitent. S'il est vrai qu'on ait trouvé sur ces plateaux des traces fait de foyers et d'ateliers. de chasse. c'est l'arrêt attentif en vue d'une besogne utile à plusieurs. Car ces populations des hauts plateaux de France ne me paraissent pas avoir été d'humeur instable. A ce confluent où se fonda Amiens. s'étalait une des stations les plus anciennes et les plus actives des hommes façonneurs du silex. des journées de travail à après ces mêmes du et je heures de chasse. l'essentiel est déjà tuer la société humaine. une des villes les plus laborieuses de France et dont les destinées furent le plus constantes. I. Paris. Voyez son admirable Tableau de la géographie de la France. Ces hommes-là ont beau être des chasseurs qui courent et se déplacent : il leur faut. pour définir : Hachette).

On nie d'ordinaire l'existence de l'emmancliement pour la plupart de ces pièces. Alors. lui aussi. le silex de Saint-Acheul nous en montre déjà l'embryon solide et complet. que l'on nepeut s'empêcher d'entrevoir. Avec cette pierre aux côtés amincis. et avec elle encore. — . l'arme : Je songe. que je n'ai pu encore examiner. si finement ouvragés. tel que sera la hache et tel que le sera l'épée Il en d'autres temps. Mais il y en eut ensuite de si petits. Car. aux pointes si ténues. Ici se pose la question. là le est légèrement aplati. dont la rencontre sur les côtés forme un double tranchant et qui à l'extrémité se confondent en une même pointe. à propos de ces outils silex. voilà le bras doté de deux ressources que la nature lui a refusées elle ne lui a permis que la force brutale. bien empoigné par la main. nous sommes encore très loin de l'épée. On est convenu de ne parler de flèches que pour les temps postérieurs. le c'est donc le compagnon fidèle de l'homme. d'y avoir ménagé deux faces symétriques. moustériens et surtout aurignaciens. A coup sûr. de J'emploi simultané de l'arme de contact (coup de poing) et de l'arme de jet (caillou lancé donnant naissance à la fronde d'un côté et à la flèche de l'autre). de manière à : présenter deux faces presque parallèles et peut-être est-ce premier perfectionnement que l'intelligence humaine a imposé au caillou de pierre. trancher et couper. Mais je crois qu'ils furent aussi autre chose. grâce à la pointe qui la termine. le choc ou la pesée du poing qui brise et qui abat. en face d'eux. Les plus gros et les plus anciens ont servi sans doute au combat. à des armes et à des épées. il peut frapper d'estoc et de taille*. : la plus profondément humaine qu'ait imaginée l'homme et cependant. il peut piquer et percer. avec cet instrument. mais de la matière à travailler soigneusement. Cet outil de silex. bois 1. des de travail et non pas seulement de guerre. combat contre les animaux ou contre d'autres hommes. il peut frapper de taille.16 DE LA GAULE A LA FRANCE. non pas des corps à abattre brusquement.

on n'aurait pu les faire plus égales de dimension et plus semblables de forme. Et si cette hypothèse est vraie. J'ai entre les mains un beau silex de Saint-Acheul il ne me paraît pas une arme bien terrible.e qu'elle était bien douée et en marche vers le progrès. pour ce qui nous concerne. Pour tout ce qui concerne les races primitives. l)et du crâne de Piltdown (dans le Sussex d'Angleterre). Masson. 2 . et le voilà en mesure d'atteindre la souveraineté absolue. Après avoir vaincu la bête par l'arme. si à côté de l'arme nous avons l'instrument. — De la Gaule à la France. sur son geste. Gardons-nous de dire que l'homme de Saint-Acheul est parvenu au style géométrique et à l'art d'imitation. pour créer avec la matière des formes plaisantes. Aucun squelette humain ne nous a été conservé de cette époque. les bords en courbe sont d'une netteté presque linéaire. 1921.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. JuLLiAN. voilà l'homme. Mais il est sur la route qui mène à l'un et à l'autre. les indices d'une recherche d'art. Nous les ^ \ . ne nous est connu que par domiciles et par ses œuvres de pierre. qui ne soient pas seulement utiles. n. il OU cuir. voyez l'excellent traité de M. ses Cet homme-là. même à cette époque reculée. disons déjà le mot. qu'à moins de les polir. mais agréables. Sa pensée est très ferme et son geste est très sûr. ignorons absolument la race qui peuplait alors ' pla- teaux de France ^ Mais ce que nous voyons d'elle permet de croi. bien audessus des animaux qui l'entourent. de celui que l'homme peut faire sur sa pensée. Je ne peux faire état. d'ailleurs. 1. cf. mais il est en tout cas une chose faite avec un soin infini. à côté de la lutte qui détruit l'industrie qui produit. le cintre de la poignée fait contraste avec l'amincissement de : la pointe. Enfin. de la mâchoire de Mauer(prèsdeHeidelberg. Les Hommes fossiles. l'ensemble rité de la pièce a tout à la fois la régulad'une figure d'cpure et la symétrie élégante d'une feuille de hêtre. voici qu'apparaissent. Boule. les éclats ont été si habilement enlevés sur les deux faces. il domptera la matière par l'outil. cette fois. les linéaments d'une autre sorte de travail. Paris. p. 19.

» J'ai visité. en compagnie de Boule. Le froid. beaucoup plus. et je ne peux admettre. Haug. et ce qui m'a frappé. 2. D'abord. se à ce qu'on pense. 1802-3 est reliée « La Grande-Bretagne au Continent au moins jusqu'au début du quaternaire supérieur. Colin). Traité de géologie. climat. qui place cette constitution de la structure actuelle de la France à une époque plus tardive. qu'on n'y ait pas ressenti le contre-coup de la révolution géologique qui aurait amené la rupture avec la Bretagne. comme mammouth hommes et l'ours gris. se transforma également. paléolithique. Je suis obligé. si loin que nous soyons ici de la Manche. qui suivit temps des un véritable Moyen Age. cf. en tout tout genre l'outil et cas. On dut évacuer le plus souvent les plateaux et les terrasses. II. entre autres. où il semble que l'homme devint plus malheureux et son intelligence moins ouverte. Et ce furent pour les de nouveaux ennemis. en même temps. ce furent des modifica: tions dans la structure de notre sol la Grande-Bretagne détacha de la France. Les Périodes géologiques 1. de me séparer de l'opinion courante. Il devint plus hauteurs. nos contours maritimes prirent la direction et l'aspect qu'ils présentent encore aujour- d'hui. les neiges quittèrent moins longtemps des animaux émigrèrent.18 DE LA GAULE A LA FRANCE. parfois à la fin du paléolithique. Paris. t. et. l'homme de Saint-Acheul dans l'ère dans les chasseurs. c'est que certainement leurs habitants ont vu et utilisé ces grottes et ces berges elles de rivières avec la structure qu'elles ont de nos jours paraissent n'avoir subi aucune modification depuis les temps moustériens. donnera Et par fut troublée. de nouvelles conditions de vie. des changements de ' arrêtèrent ce progrès. d'autres. sur ce point. Des révolutions. (1908-11. p. nos fleuves et nos rivières se sans nul doute. L'époque fut. les grottes et stations de la Vézère. dit-on. ou. la vie des humains fixèrent au lit et à l'étiage qu'ils ne devaient plus abancela. en dépit des objections qui m'ont été souvent faites. les glaciers se rapprochèrent de la les le plaine. : : . 1895. Paléolithique moyen ou moustérien. apparurent.

sans vigueur. du chelléen. et par suite de ces perturbations de la nature. Mais quelle différence entre l'arme élégante du plateau de Saint-Acheul par exemple. Le plein air continu fut impossible. se réfugia sous eut souvent à en disputer aux bêtes fauves durs arrivaient. les roches. Boule. l'impression de deux races différentes. à la rigueur moins évolué. comme l'a bien montré M. il fallut aussi chercher des abris. moustérien de l'autre) et . en est la matière principale. 19 exposés aux vents. sans harmonie. aux heures mauvaises de dans les grottes. mais front surbaissé et crâne à capacité restreinte -. La comparaison des outillages (cheiiéen et acheuléen d'un me donne cependant. aux frimas et aux pluies. contemporaine. Masson). que le type moustérien de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze) ou du Neanderthal (Prusse rhénane). les silex Il nous a paru que celle qui avait travaillé était d'espèce supé- sur les terrasses de la Somme ne peut en dire autant de celle qui a végété longtemps dans les grottes de la France centrale. L'Homme fossile de La Chapelleaux-Saints (1913. beaucoup de petits objets. Les dimensions en sont assez faibles rarement plus de dix centimètres. côté. semble-t-il. Il est fait à l'aide d'un un éclat arraché à un bloc. Des temps plus Peut-être. tête aux fortes mâchoires.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. on sent humain. et l'outil de la grotte périgourdine du Mousvoilà tier! Celui-ci n'est jamais taillé que sur une face effort de moins pour l'ouvrier. vrai chef-d'œuvre d'analyse et de reconstitution. 2. dans la Comme nature et comme peine et médiocrité dans le travail : : 1. L'homme. d'importants changements se produisirent parmi les races humaines. Boule. Voyez le livre de M. pour l'ensemble en moyenne. dans la race. mais lourd et ramassé. qu'on a voulu rapprocher du pithécanthrope. et dont on a pu reconstituer l'ossature et imaginer l'aspect corps rieure ^ : On vigoureux sans doute. l'accès et la jouissance. La trace ethnique la moins incertaine que nous ayons du paléolithique primitif est la mâchoire de Mauer (près de Heidelberg). Paris. et il l'année. C'est toujours le silex qui. ce n'est pas le résultat d'un choix intelligent entre cent cailloux à façonner. mais qui n'est autre.

20 DE LA GAULE A LA FRAACE. à propos de cette époque. de nouveaux profits sont acquis pour les hommes pour la terre de France. et. La recherche de ces domiciles obligea les hommes à une exploration plus soigneuse de leur domaine. par lesquels devait s'épanouir la civilisation de la France chrétienne et moderne. on s'était réfugié sur le giron de la terre et on lui devait son salut. l'établissement de principes nouveaux. Une circulation plus régulière sillonna le sol de la France. pour me servir d'une expression qui deviendra plus tard la formule d'une religion universelle. que l'homme a manqué de souffle ou son bras le et qui. éner- giques et puissants. Et cependant. en la grotte obscure du Moustier. soit des séries d'instruments tout prêts. et même dans la vie sociale et la tâche agricole. On négligeait souvent le plateau pour se replier dans : mais par là même. Mais ces temps-là. effet que les poteries céramique gréco-romaine. font même la mérovingiennes au regard de On de dirait docilité. même dans ces pénibles débuts de la vie de caverne. et J'ai s'élaboraient les éléments d'une vie nouvelle. pour avoir amené en tant de choses ruine ou décadence. prononcé tout à l'heure. on fouilla le fond des vallées et les flancs des montagnes. De même. à tout prendre. Hommes et choses se transportaient plus aisément. on le connaissait plus profondément. On remonta et on descendit le cours des fleuves. la caverne : . Ce n'est plus seulement aux cailloux du lieu que l'on s'adresse pour confectionner les outils on va chercher au loin soit la matière première pour les fabriquer. l'expression de Moyen Age. on avait pénétré plus avant dans le sol de la France. à côté des silex de Chelles et de Saint-Acheul. de nouvelles choses apparaissent. et cela fait songer aux temps qui ont suivi la fin de la civilisation romaine. n'en virent pas moins en religion et en morale.

celui qui perce. quand la température se fut radoucie. Enfin. C'est peut-être un timide et un farouche. La chose peut d'ailleurs dater des temps de Saint-Acbeul. D'abord. 1. Puis. affirmer que tous ces instruments variés ont dû servir à fabriquer mille choses diverses avec le bois ou le cuir s'est donc point interrompu dans du plateau à la caverne. quand les glaciers se furent quand il put revenir à déplus longs séjours sur les terres découvertes. témoignent d'un certain zèle pour trouver des formes ou des emplois nouveaux. On a avancé jusqu'à l'époque précédente la découverte du procédé de l'emmanchement. Ces outils eux-mêmes. Il en fit domicile de sa vie tant qu'il fut nécessaire.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Puis. on taille et on utilise l'os. . si grêles et si disgracieux qu'ils ^ soient parfois. plus de rapports entre les tribus humaines. 21 Cela suppose des échanges et des ententes. L'outillage se diversifie. pas plus que dans l'histoire connue. L'homme de temps n'a pas perfectionné ses armes. l'essai d'un commerce et la piste d'une route. 2. la plupart de ces instruments ont dû tiges être emmanchés dans des de bois * : et c'est le pre' mier emploi de ces combinaisons de matières qui devaient faire plus tard la gloire des manufactures. de catastrophes qui bouleversent le monde et substituent une humanité nouvelle à une humanité disparue. à côté du silex. celui qui scie. Peu à peu. et bien d'autres sortes encore. Pour changer de lieux et d'instruments. comme « le compagnon des bois » du Moyen Age. la pierre ne règne plus en. l'effort qui devait faire la France ne Le labeur humain ne ce passage s'en continuait pas moins. si Et je peux ^. Mais il a ouvert quelques ce voies à l'industrie de l'avenir. maîtresse absolue dans l'outillage. celui qui coupe. mais il a singulièrement accru ses moyens de travail. Il n'y a pas en préhistoire. l'homme s'habitua à le ces grottes. tout au contraire. Il y a l'outil qui racle. il conserva de sa résidence dans les cavernes un souvenir mystique et une religieuse reconéloignés.

Il s'habitua à d'audacieux voyages. à ses œuvres. appelée d'ailleurs par vie : conditions plus faciles de la race au front droit et vaste. humaine se fit gloire d'être une famille de trode nouvelles et brillantes destinées. les longues courses de chasses. plus séduisants comme butin. à l'humanité des chasseurs. à un contact plus constant avec la franche lumière et la libre nature. Ses facultés physiques et intellectuelles se réveillèrent à ce jeu plus intense. un complet dévelopses facultés. Peyrony. . Breuil. La nature. après naissance. mieux. etc. Et tant que dura la civilisation des chasseurs. l'antilope. auxquelles collaborent Boule. le renne. sur ces grottes. des cavernes *. devenue fille L'origine de cette Renaissance. depuis 1906. comme celle de ce Moyen Age. se montra plus clémente. Capitan. paraît être à la fois dans des faits de nature et des faits de race. puissante. au cerveau développé. mais à la tournure dégagée.22 DE LA GAULE A LA FRANCE. Voyez maintenant. et si le froid demeura très rigoureux. le cheval. un les vrai froid de steppe. stationnements de De nouveaux animaux arrivèrent. moins dangereux pour l'homme comme adversaires. les magnifiques publications entreprises par l'Institut de Paléontologie humaine. allait être réservé. la société glodytes. conçue pour ainsi dire dans le sein de la terre. qu'elle possédait dans un corps très sain une intelligence 1. Une noupeut-être velle espèce d'hommes se les présenta sur notre sol. une ou. Au surplus. Monaco) L'archéologie préhistorique est peut-être actuellement celle qui possède en France la meilleure méthode et les plus com^ plets instruments de travail. il il devint clair et sec. (Pe/ntares et gravures murales des cavernes paléolithiques. Cartailhac. et permit. véritable Renaissance. pêches interminables. à la musculature solide. dit-on. à des expéditions hasardeuses. race dont on devine. pement de toutes ce besogneux Moyen Age. hors des cavernes. à la tête fine. sous les généreux auspices du prince Albert de Monaco.

. La vieille On pourrait pratique du silex fut portée à sa perfection. Il est vrai que ce ne sont pas des armes. solutréenne. les instruments d'Aurignac (Haute-Garonne). un tel résultat. sous le travail de l'artiste de Volgu. de ' Solutré (Saône-et-Loire). pour arriver à rupture.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. perçoirs étroits et pointus vrilles. Voyez. qu'elle atteignit — la délicatesse des objets. avec l'aplatissement de ses deux côtés. s'est transformé en une feuille de silex à peine plus pesante que la feuille de saule dont elle imite et amplifie les formes. pour l'utilité de l'outilje sache. de La Madeleine (Dordogne) : là. 23 non moins saine K Et établis alors. la lame a jus- qu'à près de 40 centimètres de longueur et quelques milli- mètres à peine d'épaisseur. pour une souplesse incroyable. au moins des armes humaines car on a dû en faire présent à des dieux ou à des morts. posés par générations nouvelles. Et voyez. dire. magdalénienne. longtemps après. En principe. le formant paléolithique supérieur. si le mot ne jurait pas avec la matière. l'antique coup de poing. qu'on devine incorporées dans un 1. Jamais. comme des burins aux extrémités angulaires. Époques dites aurignacienne. commença les la floraison d'une civilisation splendide-. plus loin. où principes par les générations antérieures parvinrent à leur les apogée. grande il n'y aura que le métal pour ramener. il la ciseler sans a fallu des centaines de coups. mais pour eux. sur notre sol. produisirent des chefs-d'œuvre presque du pre- mier coup. c'est la lame de Saint-Acheul. la pierre n'a livré des : : main d'une — lage. donnés par une légèreté et d'une sûreté infmies. Race dite de Cro-Magnon (Tayac en Dordogne). lourd et robuste. pointes à crans. grattoirs massifs. les lamelles de pierre trouvées à Volgu (en Saône-et-Loire). où d'autres principes. son allongement progressif en pointe : mais ici. que œuvres d'une ténuité aussi. manche de bois 2.

fines que celles de silex.24 DE LA GAULE A LA FRANCE. Les hommes d'alors ont connu l'idée d'imiter avec la pierre ou l'os la paume de la main ou la coquille qui retient et conserve le liquide et la poudre. et aussi de tiges denticulées qui annoncent déjà la forme des scies de métal. du temps de La Madeleine. des poinçons. tout comme les épées de plus tard. de la chimie. des perçoirs. Quel dommage. des aiguilles avec chas d'une exiguïté telle. stimulé sans doute par l'imitation de la pierre. en face de cette variété d'instruments. A chaque jour. de la droguerie. des pendeloques en dents perforées. habitation. ce sont les premiers essais de la bijouterie. des pointes aussi voici. que le seul métal pourrait en produire de semblables. Et je ne parle pas des épingles. ce suif qui sert à éclairer. Et ces os renfermaient l'ocre rouge destinée à colorer leurs tatouages. lamelles d'une rare petitesse. de façon indissoluble. cependant. ces pendeloques. égala alors son con- du temps d'Aurignac. de la couture. Chose étrange! ces hommes ne se sont point préoccupés . des harpons. des ciseaux. de ne pouvoir retrouver la matière à laquelle ils s'appliquaient et la façon qui en était tirée! Vestiaire. mais aussi des récipients. Cette ocre qui sert à colorer. nous n'avons plus seulement devant nous des instruments. des besoins en quantité étaient satisfaits par ces outils de silex. des industries nouvelles prenaient nais- sance dans ce monde de travail et de réflexion. maintes Plus nouvellement venu. l'organe créé l'industrie. Ils ont eu des galets creusés en soucoupe. des tubes à Car maintenant. et peut-être l'outil avait-il fois éveillé le besoin. comman- dement. pourvues. des bâtons de couleur. des os évidés en tube. L'esprit sens pour ne négliger aucun des humain rayonne en tout emplois de la matière. Voilà. ces aiguilles. des marcurrent. d'une soie plus mince encore. et teaux. ici. l'outillage en os. reil appade chasse et de pêche. et ces godets contenaient les matières grasses destinées à faire la lumière dans les grottes.

On que depuis le premier âge du silex. les grosses armes de pointe avaient été réduites en leur puissance. « Chapelle Sixtine de l'art quaternaire plafond de la grotte d'Altamira en Espagne 3. Paris. petits. Voyez le Réperloire de l'art quaternaire de Salomon Reinach (1913. de discipline dans le geste? La rareté 1. de sûreté plantes ce '. Ces chasseurs ont été d'incomparables artistes qu'ils aient : non voulu imaginer des figures ou composer des scènes. Leroux). D'où leur est venu don imprévu. leurs engins dirait 25 de combat '.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. le perfectionnement de la flèche et de sa pointe. animaux et humains même. 2. où l'archéologie permet de juger d'une société. l'outil de bataille a perdu de sa force et de sa valeur. 4. Dans la mesure où la chose peut faire connaître l'homme. légers. . Le monde de France n'invente que des manières de travailler. de netteté dans l'intelligence. et pas encore de haches ni d'épées. Assez rarement jusqu'ici. élégants et fins. dans l'observation. dit Déchelette du (p. Maintenant. 150). merveille dont la découverte. qui les a fait parfois comparer à des Michel-Ange préhistoriques ^? La race était-elle supérieurement douée. Sauf. les temps où nous sommes parvenus furent peut-être les plus pacifiques de l'histoire plus de coups de poing. sous nos yeux et de nos jours. a été la surprise et la joie de tous ceux que passionne la recherche des plus anciens âges de l'humanité et de la France -. ».cavernes. ne peuvent être des instruments bien redoutables. ces milliers d'objets que nous avons à notre disposition. d'os ou de pierre. mais ils ont su reproduire avec une exactitude extraordinaire les êtres de vie qu'ils voyaient autour d'eux. lors du reflux dans les . Déjà. peut-être. : Mais voici maintenant la plus grande merveille de ces temps où régnaient les chasseurs de rennes et de chevaux sauvages. d'améliorer leurs armes.

sont obtenus avec quelques teintes plates et uniformes. à l'aide de la photographie instantanée. 231). comme le fait . en noir ou de nos cavernes. Enfin la peinture se manifeste en d'innombrables images de chevaux. Toutes les manières de reproduire la figure nous sont subitement révélées. La bête y vit. de cerfs. de taureaux.2G DE LA GAULE A LA FRANCE. et c'est déjà de l'excellente gravure. l'attention soutenue et la notation impeccable des choses et des êtres de la nature? Je sans doute jamais ne sais et nous ne saurons Mais nous voyons les effets et c'est. fuyant devant l'homme ou se retournant contre lui. fixées à tout jamais. de plain-pied. de mammouths. ces chefs-d'œuvre d'art. certain dispositif des membres d'un cheval au galop ont été saisis par le regard du peintre avec une précision invraisemblable. Certaines allures. que la science moderne a pu reconstituer ces allures et ce dispositif : l'œil et la main du chasseur préhistorique les avaient retenus aussi fidèlement que la plaque sensible. courant ou se baissant en ocre. de bisons. Et tout cela. sur Qu'il les parois ait parfois : dans une attitude de vérité absolue. les 1. des guerres tourna-t-elle son esprit vers les préoccupations supérieures de la pensée et de l'art? La vie de chasse développa-t-elle chez elle l'acuité des sens qui perçoivent. Mais le plus grand nombre est réussi. dans ces images des maladresses. La sculpture sur pierre a fourni en bas-relief des frises de chevaux courant ou des humains se tenant debout. et ce n'est que de nos jours. ces images. Ces mêmes les causes. justement remarquer Déclielette (p. une grande époque d'art qui se manifeste. calme ou troublée. cela va de soi l'art des cavernes n'a pas produit que des hommes de génie. et il y a bien des figures d'une surprenante beauté. la glyptique a donné des os de renne ou de mammouth taillés en types d'animaux. sans rien qui nous l'ait fait prévoir'. jetées sur Ajoutez aussi les ornements de style géométrique. y d'informes tâtonnements. : matières présentent d'autres figures incisées. On croit la revoir.

Sous quelle impulsion. Mainage. en la rapprochant par l'imitation figurée? dans ce cas. chacun de ces animaux ne serait-il pas l'enseigne. Avec presque rien de la terre. correspondant à un besoin impérieux de sa vie? A-t-il considéré l'animal comme une sorte de dieu. 1921. parois rugueuses d'une caverne. dont la figure allait protéger sa demeure? dans ce cas. réalisé la tâche la terre et ses 27 l'homme a bien de ce temps. cette image peinte à titre de souvenir. — — 1. 2. et sa présence en image ne serait-elle pas le signe de ralliement d'un groupe d'hommes ou la marque de quelque entente entre ce groupe et un groupe allié? dans ce cas. il a fait le mouvement de par la force la vie. par intuition d'art? Ou n'a-t-il pas eu quelque intention plus pratique. dans quel l'homme a-t-il été amené à reproduire sur la pierre de sa caverne ou l'os de son bâton l'image de ses animaux de chasse ou de voisinage? Est-ce simplement par désœuvrement. de l'animal il a pris le corps à la fois du chasseur et la vision de l'artiste.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. . A désir la vue de un pro- j blême s'est aussitôt posé. ou d'une famille. propres facultés. dans un sens laïque. comme une puissance supérieure. pour être plus sûr de la capturer dans la chasse. Paris. l'art aurait commencé par être un agent de la vie sociale -. l'image de la bête chassée donnée en ex-voto à la divinité. qui était de conquérir l'animal. l'art est à son origine une opération magique. ou d'une tribu. la dompter au préalable. A-t-il regardé l'animal. voilà l'image débute par l'idolâtrie '. de ces sculptures. simplement comme une proie à maîtriser de toutes les manières. Ou encore. Les Religions de la préhistoire. et. Picard. et toutes ses facultés lui obéissent maintenant assez pour qu'il puisse comprendre et copier la nature. ou l'insigne. ces peintures. Cette fois. sacrée qui et l'art commence. a-t-il voulu l'attirer. Sur les hypothèses possibles au sujet de la vie religieuse à l'époque préhistorique. et faire à sa façon une œuvre de créateur. On peut encore supposer. dans un sens religieux. vojez le livre si documeiité de Th. ou le représentant d'un être vivant. au contraire.

il faut les voir. dans les grottes et sur les ivoires. trop d'images et trop diverses. quand il songera que ce lointain longtemps oublié des hommes. tout homme qui a la curiosité respectueuse de son passé. Ce sont sincérité et de goût. renaît tout à coup sous son regard grâce à la vertu magique de l'intelligence et de l'art. il aura pénétré par l'étroite entrée de la grotte. pour qu'elles soient uniquement le produit d'une dévotion. et que l'effet seul a été recherché. Tout Français qui a le culte et l'image serait ment. quittant seront habitués à la faible lueur des lampes. quand ses yeux se Et quand. d'ailleurs. moins marques et de symboles. nous avons de ce temps. plus encombrée de de ses ancêtres. une nouvelle découverte. S'il y avait des arrière-pensées cultuelles. est bien probable. L'art apparaît dans toute son indépendance et toute sa franchise. quand il aura peu à peu discerné sur dant encore du gées par une si les parois ces bêtes monstrueuses. et il se sentira enveloppé de confiance dans les destins de l'humanité. main passé. religieuse. où sont peintures. les plus nombreuses et les plus belles de ces la lumière du jour. Vraiment. qui pouvait entraîner son existence dans une voie plus grandiose encore. magique ou sociale. que cette cause a vite disparu. elles apparaîtraient plus nette- moins belle. Il décou- l'homme . On a l'impression que ces artistes ont aimé ce qu'ils fai- saient et qu'ils le faisaient par amour. et vivantes cepenfait de quelques couleurs trouvées et arranhabile. une émotion religieuse l'étreindra. pour bien juger l'époque qui les a produites. quelle initiale que soit la cause de ce travail esthétique.28 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. doit faire le pèlerinage des Eyzies sur la Vézère. il faut visiter les grottes où elles s'appliquaient comme en un musée. et œuvre de non pas de besoin. A la fin fit de cette belle période d'industrie et d'art. Pour bien les comprendre. Parler de ces images ne suffit pas. moins vivante. simple. disparues depuis des milliers d'années.

A l'industrie. et ces signes. des s'imprimer sur la pierre. en outre. aux aïeux et aux descendants. établir par là entre des êtres éloignés les uns des autres une sorte de relation magique. tout ainsi que nos Cette lettres fois. Je voudrais me représenter maintenant les conditions matérielles et morales dans lesquelles ont vécu les 1. à l'art. correspondre à des paroles. et ces signes devaient révéler une pensée ou un désir. vrit récriture. tantôt isolés. et exige la présence immédiate. à l'aide de peroxyde de fer. ces signes étaient en petit nombre et de forme naïve. annoncer un acte accompli ou à exécuter. Celle-ci ne dure pas. de vaincre l'espace et le temps. peut-être seulement de leur auteur. il a ajouté l'écri- ture. . L'écriture est de la parole humaine fixée et visible pour tous. Jamais il n'avait assuré à ses facultés une telle souveraineté. l'homme a trouvé le principal agent de la sociabilité humaine. mais l'écriture unit entre eux les vivants et les unit aux morts et à l'avenir. des ronds.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. destinés peut-être à rappeler des faits de chasse. devaient être compris de tous. Assurément. c'est-à-dire qu'il 29 imagina des signes pouvant ou le bois. l'os signes conventionnels : ce sont des demi-cercles. Ce furent d'abord de simples traits ou des encoches sur os ou sur corne. On utilisa des galets sur lesquels on peignit. Celle-là travaille et produit. C'était pour ainsi dire mieux et plus que la parole. Mais on alla bientôt plus loin '. l'art procure des jouis- sances supérieures. Jamais l'homme n'avait fait une découverte plus capable de combattre le néant. et qui ont pu n'être compris que de quelques-uns. des bandes. tantôt enchevêtrés. à des états d'âme ou à des faits. peuvent se rapprocher ou se combiner. hommes Époque dite azilienne (Le Mas-d'Azil en Ariège). une communion dans l'intelligence ou la décision. imite et conserve.

à défaut de la chance des solutions. et vrai- ment une société humaine digne de ce nom. peine et tremblement. je ne peux apporter que des impressions. j'entends jusqu'à quel point le connaissaient si bonheur ou c'était le bien. et en particulier ceux des derniers voudrais savoir leur degré de bien-être et de ils bien faire. pour n'être pas aussi variée que la nôtre. Soyons sûrs que même nous autres. les huttes et lits de branchage. la cueillette des -fruits naturels. siècles. il consiste à s'adapter aux conditions que l'on connaît et dans lesquelles on doit vivre. Le bonheur ne consiste pas à vivre dans certaines conditions matérielles ou mentales. Ce n'est pas à l'aide d'une peinture murale ou d'un silex taillé que l'on devinera les vertus et les vices des hommes. n'en était pas moins très largement assurée par la pêche. Pourtant. qu'il ait l'audace Il faut de toutes les curiosités.30 DE LA GAULE A LA FRANCE. puisqu'ils ne savaient ce que c'était et ce que cela voulait dire. Ces minces aiguilles . évidemment. Mais il est tout aussi ridicule de notre part de n'y voir que misère. . La subsistance de ces hommes. la chasse. Placer à cette origine du monde l'Éden ou l'âge d'or fut une fable enfantine. Ils ne vivaient ni dans les délices du paradis ni dans les terreurs de la géhenne. Nos premiers aïeux ne se sentaient point privés de ce que nous appelons le confort. l'historien a le droit et le devoir de pousser sa recherche jusqu'au plus intime des âmes. Ils avaient tous les moyens de se défendre contre : les intempéries les : la fourrure ou le cuir des bêtes. je de cette longue période. Làdessus. Ces chasseurs d'Aurignac ou de La Madeleine n'étaient ni plus malheureux ni plus heureux que nous ne sommes nous-mêmes. N'ayons donc pas pitié des chasseurs et des troglodytes de jadis ils pouvaient atteindre toute la part de bonheur à laquelle doit prétendre l'âme d'un être vivant. nous manquons de mille choses que nos héritiers jugeront indispensables à la vie et dont l'ignorance actuelle nous vaudra de leur part une ridicule pitié. ce que valait leur société.

découvrir l'écriture. l'art sous toutes ses formes. que les découvertes d'un Edison ou d'un Pasteur. Mais le travail matériel n'était pas plus impérieux.L'ÉPOQUE DES CHASSEVRS. une suite d'expériences et de déductions ou la fixation rapide d'une lueur de génie. et. auparavant. ce n'est pas la nature des choses auxquelles on s'applique. réfléchir et rêver. On a vu qu'il leur laissa des loisirs pour faire des et de véritables œuvres d'art. l'avenir. c'est c'est l'éclat le pro- grès qui est fait sur le passé. aviation. durs à la fatigue et assidus à la besogne. taille. c'est la portée dans auparavant. n'oserais pas dire prits invisibles. tout aussi bien L'intelligence la nôtre. comme on l'a sup- des images de piété. C-e qui fait la valeur d'une intelligence et l'éminence d'une invention. 31 qui annoncent un vestiaire délicat et complique. d'une pensée imprévue. Or. Tandis que l'époque païenne et l'époque chrétienne ont inscrit dans toutes leurs ruines l'empreinte de leurs dieux et la marque de leur culte. pas plus absorbant qu'il ne l'est de nos jours. l'arme d'estoc et de suppose une tension continue de l'esprit ou une divination subite. Car je doute de plus en plus que ces sculptures d'hommes. c'est l'élan vers le nouveau. posé. étaient sans nul cloute fort occupes à toutes ces affaires de chasse ou d'installation. la période du silex n'a rien livré qui ressemble à coup sûr à une pierre rituelle ou à un signe de dévotion. perce et racle. électricité ou vapeur. cet outillage scie. Qu'on ne se trompe pas sur la supériorité intellectuelle de notre époque et sur la grandeur de ses découvertes. et. affiner leur intelli- inventions inestimables c'est-à-dire gence. de ces hommes était sœur ou mère de Nous ignorons davantage leurs croyances et leurs mœurs. de femmes et de chevaux. . annonce une habitation et un Ils mobilier sufïîsants. que ces peintures d'animaux soient vraiment. pour cultiver leur esprit. des idoles de Je que leur religion fût uniquement d'Esleur culte uniquement de pratiques magidivinités.

pure calomnie. La femme. Je ne nierai pas qu'ils ont pu faire la guerre et cependant. mais ne leur dénierai aucune de nos vertus. taillée est jusqu'ici la plus laïque. esclave et sujette. aux pires atrocités. combien de fois avons-nous lu et lisons-nous ces expressions et bien d'autres similaires ! Pour expliquer leur degré de barbarie. De ce que nous ignorons leurs mœurs. dit-on. nous n'avons pas le droit de dire qu'elles fussent féroces. il ne résulte pas qu'elle fût seulement consacrée au meurtre et à la destruction. pas autre chose qu'un être du bétail. il ques. Quand la Grande Guerre nous a fait assister. Débarrassons-nous des prépas. à tout le moins. je ne leur je aucun de nos vices. Mais celle est de fait que de toutes les archéologies. n'avons-nous pas constaté que chez eux. de la pierre si. Des artistes et des inventeurs de ce genre on qu'ils me fera difTicilement croire aimaient uniquement le sang et le mensonge. Je me suis toujours demandé si ou des Aurignaciens. on a à la essayé de conclure croyance en l'âme et en son immortalité. De ce que leur vie s'est déroulée très loin dans le passé. c'est de la même manière qu'on a . On a attribué à ces premiers hommes des mœurs atroces. l'arme du : combat ne refuserai s'est point perfectionnée et que l'instrument du travail n'a cessé de progresser? A tout prendre. on les a comparés aux plus ignorants des nègres africains. La sauvagerie des temps primitifs. Les hommes de la pierre ont pu vivre avec des instruments pareils il n'empêche qu'ils à ceux des sauvages contemporains ne sont pas restés des sauvages. en admettant qu'on : puisse se servir de ce mot à leur égard. l'horreur hirsute des habitants des cavernes.1-2 DE LA GAULE A LA FRANCE. si l'on a des figures féminines. à l'endroit des Magdaléniens jugés contemporains. C'est à peine de l'attitude des morts dans la tombe. était alors. de la part de nos ennemis. des idées toutes faites. et. les nous avons dit qu'ils remettaient en usage ce n'était plus ignobles et les plus sanglantes coutumes de l'ère préhistorique.

309 et 305. 33 Il faudrait le prouver. JuLLiAN. Découvertes du docteur G. y voyons d'hommes associés qui sont La vie de chasse et de pêche la guerre civile et la dévas- amène plus souvent l'entente des familles et la formation de tribus qu'elle ne provoque tation des choses. beaucoup d'hommes vivant ensemble. c'est l'accumulation. Lalannc à Lausscl (Dordogne) XXIII. Et puis. ce n'est pas la dispersion. Certaines sta- tions sur les plateaux de la Somme se sont prolongées depuis les premiers temps du silex jusqu'au plus bel âge de la civilisation des chasseurs. une superbe image côté. 3 . et non pas en maître et esclave. et peut-être déjà par-dessus des tombes. Boule. 1912.L'ÉPOQUE DES CHASSEUIiS. je préfère à tout autre celui d'Adam et d'Eve. D'abord. ne parlons pas de bétail pour cette époque elle ignore les animaux domestiques. des images de rennes ou de bisons. en villages autour de lénaires de l'origine ». — De la Gaaile à la France. Ces centaines de peintures que nous font songer à des centaines venus les créer ou les voir. L'Anthropologie. Si je femme est de l'autre pense à quelque mythe pour traduire mon impression sur la famille de ce temps-là.L'homme est d'un : ils apparaissent tous deux en couple d'égaux. de même que Paris s'est continué depuis l'époque ligure jusqu'à la nôtre. . Je ne le crois pas. Les t. La comparaison avec le c'est une bête que l'on chasse. près desEyzies. en tribus. Il a fallu. la d'homme '. et se succédant pendant des siècles. voici que l'on vient de découvrir. Je sens au contraire des hommes qui se rapprochent en familles. à côté des : : figures féminines. en dernier lieu. 1. foyers et d'ateliers. à la même place. Ce qui apparaît dans ces gisements de silex taillés. a-t-on encore répété pour ces mil: c'était vraiment le temps du « coup où chacun se faisait d'abord sa place. p. et renne tombe à faux tel n'est point le cas de la femme. On ne se réfugie pas dans les cavernes pour se défier ou s'entre- déchirer. Homo de poing lupus homini. pour les produire. Hommes fossiles.

parce que nous sommes toujours à la merci d'une nouvelle découverte). c'est à la France et aux Eyzies qu'il faut s'adresser. furent vraiment les centres actifs de la première industrie du silex nulle part vous n'en trouverez de vestiges plus denses. de la Marne. qu'on dirait un sanctuaire de ralliement de tribus innombrables. sur notre sol. si nombreuses. fleuves. l'Europe de ces périodes est passée. On signalera en Espagne d'aussi mais ces grottes belles peintures que celles des Eyzies françaises de la Vézère sont si riches. A l'heure où j'écris (je dis cela. Au nord comme au sud de la Manche et des Pyrénées. montant ou descendant par les rivières de France. jusqu'à de nouvelles découvertes. Ce que nous appelons des frontières.34 DE LA GAULE A LA EHAJSCE. par-dessus familles. des nationalités. par les mêmes phases. semble entièrement inconnu de ces Et cependant. ses véritables animateurs. depuis l'invention de l'arme de silex jusqu'à celle de la peinture pariétale. si l'on veut parler d'une grande fraternité de troglodytes et de sa capitale. chasse. et qui aurait. à peu près simultanément. si rapprochées. Les bords de la Somme. dans la vie de nos plateaux ou dans celle de nos cavernes. On est également tenté de croire que les hommes de nos pays ont été. tribus. autour de nos une nature particulière et une intensité de vie que il nous ne rencontrerons pas dans les régions plus lointaines de l'Europe. Sur nos plateaux du : : Nord ont été recueillis les silex les plus robustes et les . qui indique une civilisation propre à notre terre. préludé aux Gaulois et à la France? Gela. une formation politique qui ressemblât à une nation. y a déjà chez nous. à l'est comme à l'ouest du Rhin. de la Seine. n'est point possible. de la Meuse. sociétés de une entente plus vaste. un lieu de rendez-vous ou de pèlerinage où des milliers de chasseurs se sont rassemblés. Il n'y a rien. concevoir Peut-on enfin. hommes. aux différentes étapes de cette civilisation.

ils ne connaissaient que la surface. rendre pour avoir l'im- pression la plus juste de l'esthétique des chasseurs.L'ÉPOQUE] DES CHASSEURS. Au moment actuel de la science tout nous invite à supposer que c'est ici qu'a été donné le branle à la vie intelligente de l'Europe dans les premiers temps de sa destinée. en France comme ailleurs en Europe. Il n'empêche que la vie civilisée commençait à peine. dans cette religion des cavernes. dans la vie courante. Ces hommes. cultures. comme. à demi nomades. Mais de cette terre. êtres à demi errants. le souffle inspirateur est venu de la Grèce et de Rome. ils avaient déjà. en d'autres temps. C'était la surface seule qu'ils les terre souveraine. Ils possédaient leurs sentiers et leurs stations d'habitude. de tradition par les les cités et les patries. senti la première impression de la qui appelle les vivants et morts. Je n'ignore pas qu'il a dû y avoir des enfouissements voulus de morts dès les temps moustériens. Mais je songe ici au culte de la tombe. celle où l'homme découvrit la valeur de la terre et associa la vie du sol à sa propre vie. ces tribus n'en demeuraient pas moins des chasseurs. — 1. et les galets porteurs d'écriture proviennent de la grotte où coule un torrent pyrénéen. . avaient voulu conquérir et qu'ils possédaient maintenant. ce sont nos gîtes qui approvisionnent les du musées européens des c'est pièces les plus typiques dans nos cavernes qu'il faut se du Moyen Age paléolithique. qui fixe. 35 mieux Centre travaillés de l'ère primitive. Ils ignoraient que la terre est une source de vie par les tombes \ de fraternité par Mais une autre période d'histoire allait commencer.

la gique de — Nouveaux éléments de relations routes. Les premières cultures. — Avènement de Terre-Mère. — Les résidences des morts. Voyez les mêmes livres que pour l'époque précédente. — La céramique. mais non décadence absolue. paraît impossible. 2. découverte du métal. de nouvelles découvertes et de nouvelles statistiques. vie solidaire. — — — les la : la la doit à cette rôle de la époque : éléments nouveaux d'une Bourgogne. On a donné les chiffres de 7 500 à 6 000 ans avant notre ère pour il . découverte de la terre sur les origines de cette révolution. Migrations humaines dans cette période. Exploration minéraloDomestication des terre. Toute datation. — La conquête de mer. villages. une impression moins nette que pour les temps paléolithiques. — Groupements humains forteresses. Jusqu'à. lechien. déesse souveraine. Nouveaux instruments . l'archéologie de la pierre polie n'apparaît clairement ni dans ses périodes ni dans son évolution ni dans sa répartition. marchés. plus considérables que tous ceux qui 1. — Ce que France animaux. Mais faut avouer que tous ces livres laissent. Déclin des œuvres de Vesprit. des temps néolithiques.II L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS TEMPS NÉOLITHIQUES OU DE LA PIERRE POLIE * La grande révolution de comme force agricole. même approximative. Discipline de la terre et de l'âme. Dans ère ^j il le cours des derniers millénaires avant notre prodi- se produisit chez les hommes de France de gieux changements. Nou- — — — — Incertitude de — notre histoire : la la science — velles industries. . prépondérance de la hache.

c'est à l'agriculture qu'ils demandèrent surtout les moyens de vivre. Les animaux eux était fournissaient à l'homme le principal de sa nourriture et l'essentiel de son vêtement. malgré tout. en obserse vateurs étaient. et je doute qu'on ait déjà eu l'idée de voir dans la et qui nourrit. c'est-à-dire de l'absence de transition entre le paléoUthique et le néohthique. et ils n'avaient dès lors cessé de regarder lieu le sein de la terre comme un leurs fosses et de refuge.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 37 avaient jusque-là modifié leurs corps et leurs âmes. que les choses. ne tenait qu'une place secon- daire dans leurs besoins et leurs espérances. Les Hommes fossiles. 1. qu'il rencontrait sur familles et les tribus ne savaient pas ce qu'était un domicile. attentifs qu'ils les sol ou de culte. 3 300 pour le début de certaines stations néolithiques lacustres delà Suisse. des habitudes et des sentiments enracinés en un point du sol. 61). Ils découvrirent la valeur productrice de la terre. La théorie de 1' « hiatus ». bois ou silex. 10000 ans avant l'époque on descendu à 4 800. pour creuser des de et sans doute. sont-ils bonne heure aperçus que arbustes de leur nourriture sor- taient de grains enfouis dans les profondeurs de la terre. « » terre un Esprit supérieur qui enfante De nouvelles générations vont surgir qui connaîtront » enfin la terre. ses cavernes leur avaient offert un asile aux heures pénibles de leur existence. me paraît définitivement abandonnée. p. j'emploie ce le mot « connaître dans son sens commencement de est cette période néolithique (Boule songe à actuelle. Elle les portait dans leurs stationnements et dans leurs marches. les face foulée par ses pieds. qu'ils appliquèrent le meilleur de leurs pensées. Dès l'époque moustérienne (squelette de La Chapelle-auxSaints. sans renoncer à la chasse. il se battre contre sa besogne ordinaire et pour ainsi dire son devoir d'être vivant. et. Mais celle-ci. même . De la terre n'occupait et n'utilisait que la surcette surface. Ce n'est pas que la terre fût demeurée une inconnue pour leurs ancêtres. de réunion le mains savaient entr'ouvrir y déposer leurs morts '. et à bon droit. Corrèze).

tout ce que les agriculteurs des temps nouveaux vont remuer de faits et blé. tout cela e^dge encore pour nous groupes sociaux. ils en firent aux nouveaux modes de leur exisun objet que l'on possède et une étendue vie. tant de sources de qu'une puissance souveraine. sociales et religieuses. une chaîne d'événements et un ensemble de phénomènes d'une unité parfaite et d'une grandeur réelle. les Tour à lin hommes lui confièrent les grains de blé ou de pour améliorer leurs conditions matérielles. tour. que nous pouvons nous dire les héritiers directs. et enfin. métal. Mais le bienfait suprême que nous devons aux millénaires paléolithiques. évidemment. humain et religieux à la fois. tant d'efforts. se déterminant dans un ordre naturel. et cela nous rappellera l'unité et la grandeur de la période précédente. labeurs de paix ou entreprises de guerre. Nous allons rencontrer. — — — — . elles sentirent son attrait divin. n'aura produit une telle suite de découvertes. de l'argile. si naturelle. les élèves immédiats de ces lointains ancêtres. Au contraire. aux temps des chasseurs. dans ces temps d'agriculteurs. ils se l'imaginèrent que telle l'on délimite. que cette longue époque nous paraît étrangère et inutile à notre destinée. si longue soit-elle. pareille aux femmes et m. l'histoire aux Jamais de l'humanité. Ces deux époques. Elles comprirent sa force féconde. ils bâtirent à sa surface des tombes. propriété du sol. frontières de d'idées. celle des temps des chasseurs et des troglodytes. de transfor- mations économiques.38 le DE LA GAULE A LA FRANCE.ères qui les avaient engendrés. ils modifièrent son aspect et sa nature même afin qu'elle s'adaptât tence. du métal pour compléter leur outillage de travail et de combat. des demeures et des villages faits pour l'éternité. ont contribué chacune pour sa part à nous faire ce que nous sommes. ils tirèrent d'elle de la pierre. recevant et exigeant d'elle tant de bienfaits. C'est la véritable histoire de la terre de France qui commence avec eux. la prééminence de est devenu pour nous une chose l'homme dans le monde. plus large.

provoquée pour ainsi dire par l'excellence de notre terre.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Car c'est au génie observateur de l'homme qu'il faut revenir en dernière analyse. le goût pour un autre genre de vie? La découverte du blé que l'on cultive et du pain que l'on fabrique s'est-elle faite chez nous. 3. instituant sur notre sol des habitudes nouvelles. ne crois constante. une température plus douce permit aux habitants de la terre de remarquer avec plus d'attention les richesses et les variétés de ses produits. qui sera ^? éternellement la patrie du pain blanc ou nous est-elle arrivée de proche en proche. Connue comme telle. J'en doute encore pour mon pas impossible que la stabilisation du climat ait été acquise avant les temps de la pierre polie. soit entraînée par la rumeur populaire. les rapports entre les êtres ou entre les faits. à sa faculté de noter thèses. soit introduite par quelques émigrants indus- trieux ou une bande d'heureux conquérants? questions à nous poser! Que de Que de réponses à attendre de la science de demain! Celle d'aujourd'hui. C'est et 1. amené par un changement dans la vie de la nature '. à l'ingéniosité de ses hypo- A quelle race attribuer le mérite d'avoir ouvert à notre histoire de France la voie de l'ambition agricole? Est-ce à nos anciens troglodytes S qui se seraient peu à peu détournés de la contemplation artistique de la nature pour rielle? se mettre délibérément à son exploitation maté- Est-ce à de nouveaux venus. de nombreux individus de la race des derniers temps troglodytiques. sur tous ces points. . dès les temps gaulois. sur notre sol. 39 Ce changement dans la vie des hommes fut peut-être. 2. à la ténacité de ses expériences. pour une part. l'opinion je compte. les glaciers recu- lèrent sur les plus hauts sommets. les saisons prirent des proportions plus harmonieuses. Car je crois à la persistance. la régularité de ses fonctions créatrices. Le climat perdit de sa rigueur. je crois.

Race dite des Baumes-Chaudes (Lozère). On l'a fait arriver tour à tour d'Extrême-Orient. Elle a réussi à fixer siècles l'apparition ébranlé les en furent les épisodes successifs. Boule constate l'apparition et la fixation. Aux popuune race lations anciennes \ d'autres vinrent se mêler ^ : au crâne plus fuyant. et peutêtre cette race était-elle plus apte aux besognes rudes et continues qu'allait exiger le travail de la terre. de Belgique. t. dite de Furfooz (Belgique) l'homme du Nord. à la fin du néolithique. dans l'ensemble des de la plus grande révolution qui ait multitudes humaines . d'Espagne. 487 . Ces migrations n'ont pas dû se produire sans troubles et sans luttes. Elle paraît jusqu'ici dominer dans le Nord et dans l'Est. Dans son livre sur Les Hommes fossiles (p. Les déplacements de masses humaines sont rarement des faits d'accord et de calme. On la dit dominante dans 2. I.40 DE LA GAULE A LA FRANCE. Race l'Ouest. à propos surtout des premiers temps du bronze). à l'allure moins dégagée. mais elle ne sait pas quels premiers promoteurs et les vacille et tâtonne. il n'y eut pas de besoin plus impérieux.). qui semble bien dériver de la race magdalénienne dite de Cro-Magnon. d'Afrique. Toutes les hypothèses possibles ont été imaginées. opinion dont je regrette de me séparer. terre à son prix. par la Méditerranée. de désir plus énergique. 339 et suiv. de plus atroce cause de batailles et 1. et l'homme Méditerranéen. Soyons d'ailleurs sûrs qu'il a dû venir des émigrants de plusieurs espèces et que tout ce monde s'est vite mélangé. l'expression de Déchelette {Manuel. l'homme Alpin 3. On s'est complu à croire que les premières familles d'agriculteurs étaient douces et pacifiques. à' la stature moins élevée. M. En tout cas le début de la vie agricole fut accompagné en France de larges mouvements d'hommes. C'était l'opinion et . des trois principaux types physiques actuels. d'Asie. ou de Grenelle (Paris). s'établirent au milieu ou à côté des descendants des troglodytes magdaléniens. Depuis le jour où l'homme estima la d'êtres. d'Italie. et que l'aurore de la civilisation rurale ne fut pas traversée de lueurs sanglantes '\ J'ai peine à le penser. p.

les populations de la Gaule se mirent toutes peu à peu à leur nouvelle vie. que toute découverte humaine apporte à l'homme autant de ruines que de profits. ou des signes qui que nous ont révélées grottes lui rappelleront les objets familiers : mais ces dessins les sont maintenant incorrects et informes. Nous n'admirerons celles plus. Ce qui est chose d'art lui est devenu indifférent ou difficile.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. les unes et les autres de ces invasions. les regards changèrent de direction. dans une certaine mesure. que marches méthodiques des légions romaines car à bien regarder les choses. ou le plaisir de voir. capables de prendre à leur service les conquêtes de l'intelligence. que l'acquisition et la possession d'un peu de cette terre. Anciennes ou récentes. les facultés changèrent de domaine. je ne distingue pas. de ces peinsi tures et de ces sculptures saisissantes de vérité. Du jour où l'habitant de la terre se mit à la travailler. d'en noter exactement les traits. il sema dans l'univers. à dessiner de sa main des figures semblables à celles qu'il aperçoit. de les copier pour renouveler lui-même l'allégresse de ses yeux. les comme du Périgord. des semences innombrables de mort. C'est par la cupidité du sol et de ses richesses que s'expliquent les courses les les invasions les plus brutales. On dirait qu'il a perdu la force. et de longtemps. Certes. et sur pierre se gravures réduisent souvent à des lignes incohé- . aussi bien désordonnées des Cimbres et des Teutons. : autant de deuils que de joies restera en son : et il en sera ainsi tant qu'il âme le vice et le mal. Telle est la loi inéluctable. L'homme n'a plus la tentation de reproduire ce que la nature lui présente. en leur objet. à travers des germes de vie. 41 de meurtres. et. ou l'envie. L'esprit changea d'allure. il n'a pas renoncé. il ne renoncera jamais à tracer.

j'entrevois l'intelligence faisant effort pour transformer la vie matérielle de la terre et la vie sociale des hommes. Pline l'Ancien (II. lorsque les bienfaits de la paix romaine laissèrent espérer que les initiatives de l'art et de la science helléniques allaient faire éclore des prodiges inattendus. Il L'art est ramené à l'enfance. ments. et que tout au contraire. préoccupée par la seule recherche du bien-être de chaque jour. ni exploiter ou même conserver les découvertes de son passé ^. une réfutation imprévue. l'esprit se stérilisa. XIV. des genres de vie jusque-là inconnus. ce fut de recevoir. De tous les grains de 1. s'y est arrêté. rentes l'être. genre se sont produits à la fin du monde — antique. Les traces en dispa- raissent avec les dernières générations des troglodytes magdaléniens ^ Ainsi. Au milieu de l'atonie intellectuelle que subit l'Empire romain. la volonté s'atrophia. 2. Ce que je dis là est inspiré d'un témoin et observateur de la faillite intellectuelle de l'Empire romain (l'expression de faillite m'est suggérée par St. Gsell). Dans la mesure où l'on peut apphquer ces deux expressions aux représentants de l'époque dite azilienne. l'homme s'est placé au seuil de sa il plus merveilleuse découverte. garder et féconder le blé. 3-4). ces époques de décadence ne sont jamais absolues. au temps des invasions barbares. Ceci dit dans l'état actuel de nos connaissances. 3. . quand on conclut uniquement d'après des faits d'archéologie.42 DE LA GAULE A LA FRANCE. 117. Il s'agit moins de l'affaissement de l'humanité que d'une crise où elle évolue vers des principes. *. Il faut toujours réserver l'avenir. Et aux siècles où disparut l'art paléolithique. Ce qu'on imposa d'abord et surtout à la terre. ainsi qu'il devait des siècles plus tard. l'humanité ne sut plus ni découvrir. au lieu d'un appoint nouveau. Au surplus. des sentiet. j'aperçois avec le Christianisme des germes d'une transformation morale qui compensera le déclin de l'esprit. et il s'en est ensuite détourné dans des faits de ce Bien un accès de timidité subite. auxquels le hasard d'une découverte peut apporter. n'est plus question de l'écriture.

Car pour les autres. . noyers. on eut aussi l'orge. sorbiers ou on dut longtemps encore les accepter tels que les offrait la nature. que l'on connût mais la présence de pépins de l'art de fabriquer le vin raisins dans les débris de cette époque nous donne le droit de supposer que l'on s'approcha bien près de la joyeuse découverte. si oublié depuis que le maïs l'a remplacé sur nos terres maigres. p. 1917. On eut le millet. chênes S prunelliers. il devint très vite plus estimé et le plus répandu de tous. Les frères Cotte ont signalé des traces de chanvre dans la caverne néolithique de l'Adaouste dans les Bouches-du-Rhône {Bull. d'Anilirùpologic. hêtres. Je les place ici. 77). alors ignoré : On je a dit en revanche que chanvre -. de la Soc. On ne peut affirmer. l'avoine. du pommier et du poirier. à cause de l'usage alimentaire qu'on a certai- nement tiré des faînes et des glands. les deux arbres qui se prêtèrent le : le mieux aux leçons humaines. et les meilleurs. culture. pour ces temps reculés. Je suppose que les arbres fruitiers sortirent eux aussi de la période sauvage pour entrer définitivement dans j'entends par là que d'habiles pratiques l'âge civilisé permirent de tirer le plus de fruits possible. le seigle. La vigne avait sans doute hommes sur les mystérieuses : déjà attiré l'attention des vertus de ses grappes. était m'étonnerais qu'il en fût ainsi 1 . D'autres céréales accompagnèrent d'assez bonne heure froment. et qui sont devenus les plus chers au paysan de France. fraisiers.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. à peu près au même rang et dans les mêmes conditions que de nos jours. le blé fut peut-être 43 le connu le et honoré premier. Et il en est toujours ainsi sur le sol de France. 2. Les terrains à blé furent les plus nombreux parmi ceux que l'on cultiva. noisetiers. en tout cas. Le blé eut le lin : comme le principal concurrent pour l'emploi de la terre grain qui nourrit partagea le sol arable avec le le grain qui habille.

. pour loger et nourrir ces grains.44 DE LA GAULE A LA FRANCE. dépendent d'événements qui pouvoir de l'homme. également. cette fois. Maria Chapde: laine (1921. Alors. Cette fertilité de la terre. La terre ne pourra plus pousser à sa guise ses arbres et ses plantes. et souple. il sentira s'imposer âme une discipline et des sentiments nouveaux. Paris. « il fallut. de la conquête décisive du sol. surtout p. les Il à l'homme des espaces réservés. à son Par contre-coup. il recevra lui-même. de Voyez le roman posthume de Louis Hémon. Ces mêmes récoltes. où elle faudra qu'elle concède prendra et retiendra habitudes exigées par lui. brûler des broussailles. Grasset. dépend d'un labourage et d'un entretien continus ou périodiques le maître doit classer plus rigoureusement ses occupations dans le cadre de ses heures. se vêtir et se dénuder au hasard de sa nature. Son aspect va devenir plus et plus gaie entre les bois et varié encore. le ne sont point sous 1. et le regard de l'homme per- cevra une poésie plus douce dans ces paysages qu'il aura tout à la fois nuancés et disciplinés. 32) roman de mœurs canadiennes où tant d'épisodes de la vie des défricheurs peuvent donner une idée de nos temps néolithiques. abattre des forêts. dessécher des marécages. Notre sol de France prendra un air plus aimable et plus accueillant. la parole des défricheurs canadiens. Le : sort de ses moissons est lié à l'espèce de la terre et au cours des saisons il convient de choisir et d'expérimenter le terrain et l'époque. Ce fut. faire suivant de la terre » ^. enfin. le com- mencement de l'interminable bataille contre la nature. et avoir enfin devant soi la terre nue prête au labour et à la semence. de ne pas semer ses grains en été et de ne pas astreindre au blé un sol qui ne pourrait supporter que le millet. de pluies. les clairières des emblavures et des linières jetteront les une note plus vive marécages. la culture ne comporte plus : les coups de fantaisies et les longs loisirs de la vie de chasse.

Mais on 1. 2. puis le pic. une époque tardenoisienne (le pays du Tardenois dans l'Aisne). ne pouvaient suffire. commune de Blangj' : la station du a donné son nom à la première époque néolithique (en laissant l'azilien dans le paléolithique). anciens instruments fut inventé. du reste. par une taille à coups répétés. et cette opinion paraît reprendre corps (cf. pour creuser le sol. Devant ces besognes inattendues. I. et d'en trouver. moins souverain sur la terre que dans les temps où la force de son bras et l'habileté de son regard suffisaient à lui procurer un gibier de choix. En Campigny .Inférieure. rapidement façonnés par l'enlèvement d'éclats.). après l'azilien. moissons à récolter. aux limites du paléolithique et du néolithique. 336). p. pour rompre les troncs les plus résistants. arbres à abattre. de la confiance ou de la résignation. caractérisée surtout par une multiplicité de très petits silex dits silex pygmées. il n'y a que des différences de destination et de forme le procédé de fabrication est identique. dite robenhaiisienne (Robenhausen près de Zurich). terre les à labourer. On ne cessa dès lors de chercher de nouveaux outils. Je partage encore là-dessus le scepticisme de Déchelette (Manuel. dans la confection : de son outillage. Au début. l'agriculteur de la nouvelle époque se conforma. Breuil dans L'Anthropologie de 1921. puis la hache. et il se reconnaît peut-être moins libre et moins puissant. 350 et s. Deuxième époque néolithique. Entre le pic ou le tranchet de l'agriculteur normand du Campigny et le coup de poing de Chelles ou le burin d'Aurignac. p. aux ses instruments principes des ciseleurs de silex furent simplement des fragments de pierre.V ÉPOQUE chaleurs ou d'orages : DES AGRICULTEURS. t. finit par s'apercevoir - que les parties lisses Seine. il 45 faut donc qu'il s'attende aux Inconnues du lendemain. il sait plus profondément ce que sont des angoisses ou des espérances. On a souvent constitué. les Le tranchet pour couper plus grosses branches. Le silex ' : dégrossi et taillé a toujours servi en pleine période agricole.

et qui font aujourd'hui l'admiration de nos la techniciens de la pierre. maintenant polie. Elle fut vraiment le traducteur et l'amplificateur de ses gestes. il fut inféodé à la pierre ancienne. Comme l'ouvrier de ce temps-là était à il la fois fort patient et fort habile. La hache n'allait pas tarder à devenir la compagne habituelle de l'homme. L'épée seule sera plus puissante mais il faudra le métal pour la constituer. mais encore à des batailles contre d'autres hommes. oubliant que pour une bonne moitié de sa durée. l'emblème de son activité. De nombreux vestiges nous montrent que le maître de la hache avait à sa disposition bien d'autres armes. aussi glabres. puisqu'elle complétait sa force dans ses travaux de construction tout autant que dans devoirs de défense ou ses envies de destruction. au silex taillé. Les pointes de lances et de flèches. toutes également en pierre. aussi mêlée à son être. de choc. polie pour les plus grandes. Car cette lourde masse. et on en arriva ainsi. hache avaient plus de force coupante. tout naturellement.46 DE LA' GAULE A LA FRANCE. que l'épée le sera au guerrier gaulois et au chevalier du Moyen Age. aussi lustrées que les plus travaillés des marbres et des métaux. Elle fut aussi indispensable à sa vie. des têtes de hache aussi fines. taillée pour les plus petites. ses et bien plus encore. et destinée non point seulement à des batailles contre les arbres de la forêt. ou de pierre « nouvelle » (néolithique). C'est pour cela que l'on a appelé cet âge de l'histoire l'âge de la pierre polie. réussit à faire des instruments. aiguisée et tranchante. que rendait les tranchants et les pointes plus et égalisées de la l'aiguisement redoutables. à polir la pierre. d'hast ou de jet. les têtes de maillets et de massues abondent dans les ruines des temps : . insérée dans un long manche de bois et maniée par un bras robuste qui à distance lui transmet sa vigueur et par cette vigueur décuple le poids brutal et la force pénétrante de la pierre. cette hache est devenue l'agent le plus terrible de la volonté humaine.

Guerres et dangers. les avoir surexcités. ses gâteaux de farine. l'impression d'une vie paisible et en partie raissent à la terre. comme à l'époque des troglodytes.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. : linguistique très nette des conditions préhistoriques. rures des qui s'ajoutent au cuir et aux fourtemps primitifs. cidre. « « C'est une merveille ». a dit Pline l'Ancien que de voir dans le monde d'autre- morcelé entre tant de tribus. » Il parlait des temps héroïques de la Grèce. manieurs de la hache de pierre. Faisons rapidement l'inventaire de leurs industries. avec les procédés et les Instruments pour filer. armés de l'épée de métal. « poing » il y a là une survivance. Remarquez qu'en latin pugio. déchiré par les combats aux conquérants et aux pirates. « poignard ». loin de nuire aux progrès industriels. fusaïoles. nous pouvons parler de même pour les hommes des temps néolithiques. 2. 1. Hist. corme et peutl'industrie du vêtement. 44 (45). en principe d'oa ou de corne. contemplative. avec ses blés. PUne. ses meules de tera grès. semblent au contraire fois. pesons. néolithiques *. et bientôt ses fours et ses pains. — lin et ensuite la laine. est à rappeler Ici (je ne parle que de la Gaule). carder et tisser. et cependant cette sorte d'arme était déjà en germe dans le coup de poing clielléen. Des indices de lutte et de meurtre appachaque pas au milieu de ces découvreurs de L'arsenal ne doit point faire négliger l'atelier. dans leurs rapports avec les besoins humains. 117. Si l'on examine ces industries dans leur destination. est formé du même radical que pugnus. ^. 47 Nous n'avons plus. on constal'industrie alimentaire. en proie des inventions nouvelles. fuseaux. d'y voir cependant l'esprit humain appliqué à tant de choses et arriver à résoudre les problèmes les plus ardus et les discordes. nat. Ajoutons les poignards et les couteaux. : avec ses boissons fermentées. II. poiré. . Le lent développement du poignard avant la découverte du métal. avec le être déjà bière et vin.

avec ses vêtements. en espèces voici les récipients. — tranchets.. s. aux pierres dures ou rares. on verra qu'outre la pierre. Il ne manque que métal. Tissage et vannerie sont arrivés aux résultats qui importent. l'industrie de l'ameu- — et je n'ai blement. percent ou taillent. aux coquillages. Si l'on examine enfin les objets de ces mêmes industries voici les suivant leur manière de servir ou d'agir. manteaux. les croissants et les cercles empruntent leur diversité et leur vertu magique aux dents d'animaux. essais colliers. — tuniques. accompagna* avec ses teintures bleues et rouges. t. 6G et Mémoires de la Soc. instruments. Revue des Études anciennes. molles et dures. ciseaux.48 DE LA GAULE A LA FRANCE. scies. d'Anthropologie de Paris. Revue arch. et peut-être chemises et pantalons. marteaux. les fils et les graines de l'herbe. jour plus nombreuses. Si l'on la examine ensuite ces différentes industries suivant matière employée. D'après les découvertes et recherches des frères Cotte. Bulletins et p. auxquels la souplesse permet de donner la forme du corps. du tissu peignes et dévidoirs. fournies par la guède et le kermès pour la coloration des costumes ou des tatouages. dont les pendeloques. 1918. avec ses premiers trice immédiate de la précédente. armes. 15 mai 1917. première ébauche d'une mode éternelle. . et seulement pour h\ fin de cette période. pics. l'os et le cuir depuis longtemps en usage. de franges et de passements. Cotte. le bois. lesquels rompent. J. mais suffira de peu pour l'atteindre. avec ses innombrables bracelets et bagues. . plus à parler des industries de l'agriculture et de la — guerre. — voici les engins qui 1. I. avec ses vases d'argile ou d'osier. pots. auxquels l'emploi de l'argile et de l'osier — chaque va donner mille formes on eut même de petits et mille dimensions nouvelles : flacons à fard. haches. le les tiges de jonc et il d'osier. en os. poinçons. l'industrie de la parure et de la toilette. et Ch. jattes ou cruches. elles utilisent toutes les pierres possibles. aux écailles. épingles. 1919. harpons. et aussi l'argile. jarres. aiguilles.

fils 49 et boutons. l'image qui reproduit. il moule qui le répète. aiguisoirs en pierre à trou de suspension. feu du bois et l'arme de pierre. la céramique. comme Avec découverte. presque aussitôt les née avec la céramique. Gela valait presque. Je me range du côté de ceux qui n'acceptent pas la céramique à l'époque paléolithique. ajoute à ses vases les organes qui : en varieront plus tard rebords au sommet. ici des des taille. la tuile qui conduit. larges blocs qui conservent les aujourd'hui encore le rainures profondes creusées sous frottement incessant des têtes de haches.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. — De la Gaule à la France. tout pareils à ceux de nos faucheurs. — et voici enfin les outils auxiliaires. boursouflures de base qui annoncent tion ne se déroule jamais isolément : Une inven- cent détails surgissent aussitôt à sa suite pour la soutenir et l'accompagner. cordages. elle Et après sa naissance. Pour le moment n'en tire que des vases fort vulgaires. tournés à la main. de flanc qui annoncent les anses. Parmi il ces industries. allait fabriquer. au gré de le tour à tour le vase qui renferme. en leur révélant l'argile. il en est une. Mais laissons agir est temps. ils ont proclamé que la terre leur avait fait le plus beau de l'argile que pétrir. 4 . dont faut signaler avec insistance les débuts à l'époque de ' : la pierre polie car vraiment. cette glaise ou boue informe. 1. la brique qui supporte. JoLLiAM. et polissoirs de grès ou de granit. ses présents. mal cuits. l'homme ses doigts. là ailleurs des bourrelets formes et les usages des amincissements à la les pieds. aident à attacher. les deux premières que rhumanité le avait faites. est point de plus riche et de plus souple n'en à façonner et durcir. Si les peuples de ce temps usaient déjà du langage imagé qui fut cher à la Grèce. entre les moyens de proil duire que la nature a mis entre les mains de l'homme. terre. L'industrie d'élite déjà.

habiles à forer et perspi- des puits. vitrine 17. doré comme un rayon de soleil ^. pour découvrir un gisement de matière utile. patients caces. à scruter des surfaces. Ce furent des prospecteurs décidés. le corail. 1921). Vannes. Peu à peu sans doute. par Marsille. de tous les points de la contrée qui deviendra un jour la : Gaule. pour les haches à polir. aussi. à sonder des parois. d'origine volcanique ou autre on sut trouver l'obsidienne et les jades. et de celle-là on forma des têtes : de haches d'un poids énorme et d'un galbe étonnant. rouge comme les gouttes du sang ^ Je sais bien que véritables chefs-d'œuvre : salle II. dont les ouvriers locaux devaient tirer leurs pointes de lances ou leurs tranchants de scies. voyez . et qui devait avoir pour les destinées de l'humanité les plus profondes conséquences. les collections du Musée archéologique de la Société polymathique du Morbihan {Catalogue. Peut-être pas avant les premiers temps du métal. de la Soc. Mais pour tous les produits des temps de la pierre polie. Bull. on demanda au Grand-Pressigny des blocs de silex brut. L'exploration de la terre. tout ainsi que plus les plombiers de cette même Gaule s'en iront quérir leurs lingots de métal dans l'île voisine de Bretagne. Il fallait. ils acquirent le même flair que leurs ancêtres les chasseurs pour dépister un gîte de gibier. voilà la principale ambition des hommes de ce temps. Voyez au Musée de Saint-Germain. aux teintes vertes et bleues de l'horizon. Il fallait à leurs armes et à leurs outils en silex taillé une pierre à la fois solide et souple ils reconnurent les gisements du Grand-Pressigny en Touraine. 1. tard Il fallait. A la fin seulement des temps néolithiques. l'ambre. les du travail néolithique '. 2.50 DE LA GAULE A LA FRANCE. 3. des pierres dures et compactes. et bientôt. et peut-être en relation avec la migration des Indo-Européens. pour les parures et les amulettes. des pierres rares portant en elles les couleurs souveraines du ciel et de la vie on se procura la callaïs. et surtout.

L'époque du cuivre (énéolithique) et l'époque contemporaine de l'or (chrysolithique) m'ont toujours paru s'amalgamer plus qu'à moitié avec les temps néolithiques. à en fabriquer beaucoup en ces temps-là. C'est en particulier le cas des haches qui ont une dimension inusitée. ne pas oublier animaux qui 1. s'accompagnèrent de l'usage du métal *. Et je sais aussi qu'ils appartiennent en principe au règne végétal ou au règne animal et ne peuvent pas être assimilés à des pierres. très grandes (jusqu'à 468 milhmètres). 3. L'arme de métal dériva. ne fut utilisç d'abord que comme 4. sans transition. Il ne faut pas croire que la présence de haches polies exclue les temps du métal. l'ambre et 51 le corail ne se recueillent qu'aux rivages de mais l'exploration des mers fut la suite naturelle de l'exploration des profondeurs du sol. et tout d'abord il fut frappé par l'or aux couleurs de rayon solaire. et que les temps néolithiques. « Les racines de l'âge métalhque sont . allèrent très vite je veux dire que : comme de l'argile : la hache en pierre polie reçut de bonne heure comme concurrente la hache de cuivre. je pense. le métal prenait mille formes sous l'action de la chaleur il y avait en la matière nouvelle que l'on façonne et de la pierre qui se durcit. des objets d'ornement plus rares ^ Mais il constata bien vite qu'à la différence de la pierre. je suppose. leur fit en ce nouvel âge de la les hommes. Le cuivre. et j'imagine que nombre de ces objets étaient réservés aux morts ou aux dieux. à peine épanouis. On est convenu. et par le cuivre qui lui ressemblait ^. Il ne vit la mer ' : d'abord en eux que des pierres plus brillantes. perle de collier. à tort ou à raison. en particulier pour les usages religieux. ou très petites (jusqu'à 20 millimètres). même du temps du bronze. Mais je me place au point de vue probable des hommes de ce temps. Et l'idée vint aux polisseurs de hache de fabriquer avec le cuivre des instruments semblables. On continua. de l'arme en pierre polie. 2. l'homme aperçut le métal. L'exploration vie des de la terre. et à plus forte raison l'or. Au cours de ces recherches. de placer vers l'an 2500 les premiers développements du métal dans nos pays.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Les choses.

l'aurochs. bêtes les plus puissantes avaient disparu de notre Le renne. Cette fois. une nouvelle réussite de ces temps de se réfugièrent dans les labeur héroïque. Il est vrai que les sol. ce fut une nouvelle découverte. Car rien de ce qui a une fois agité cœur humains n'en disparaît pour toujours. on y mit la même ardeur qu'autrefois.S2 DE LA GAULE A LA FRANCE. l'ours et le loup tinrent bon dans nos bois et nos montagnes. s'éloigna vers le levant d'été. elle ne les substitue jamais absolument les uns aux autres. et dès le début de la période agricole. rôdant pour sa nourriture aux abords des foyers humains. en attendant un dernier exil dans les forêts de l'Europe orientale. en serviteur. et cette ardeur durera autant que les hommes. les temps où s'épanouit le néolithique ». L'humanité complète ou transforme ses gains ou ses idées. en 1 courant près des chasseurs à la poursuite d'un gibier î commun? Nous ne le savons guère. le bison et l'élan Vosges et les Ardennes. a dit justement Ischer dans un bon résumé sur la chronologie du néolithique {Indicateur d'antiquités suisses. et elle gardera même jusqu'à nos jours cette allure hiératique qui est un héritage des troglodytes. p. dans . en ami de tout instant. mais ce que nous savons. et d'avoir fait du chien un animal domestique et un commensal fidèle. Comment l'idée en est-elle venue? Est-ce en une saison de misère que la bête. 150). plutôt. mieux. les millénaires avaient été leur pensée maîtresse dans l'intelligence et le de leur ancienne jeunesse. Mais le cerf et le sanglier. aux jours laissés libres par le travail de la terre. l'homme ne fut plus seul dans ces parties de course et de bataille. On continua à pratiquer beaucoup la chasse et la pêche. ou. l'animal ne s'est-il pas proposé joyeusement. en auxiliaire. a suggéré à l'homme qu'elle pouvait devenir son esclave en échange de la subsistance? Ou. Le chien l'accompagna. 1919. traqué de toutes parts. et ce fut la joie de l'homme que de les pourchasser ou de les combattre.

c'est 53 qu'à partir de ce moment commença l'éducation le intellectuelle et morale d'un nouvel être vivant. on eut besoin de charge. le bœuf et la chèvre. mais il tira d'eux d'utiles éléments de nourriture et de vestiaire. Aucun d'entre eux ne valut pour l'homme le camarade universel qu'était le chien. à : du chien ce qui donna le porc. sans doute à l'époque . agricole et Il est possible que dans d'autres aux vastes espaces monotones. la vie l'amour du sol aient fixé l'homme sur un terroir pour n'en plus bouger. contrées aux rivages hospitaliers. et le cheval. la Ces deux faits ne peuvent se placer qu'à la fin de cet âge. tandis que dans le chien il exploitait surtout l'imitation de celui l'intelligence. aux paysages variés et attirants. ( 1. les premières générations qui travaillèrent la terre voulurent aussi la parcourir en tout sens. que cette éducation progresse chaque jour. apparut à l'horizon de Pour garder et nourrir ces Des lieux de culture et des lieux de séjour leur furent réservés sur la terre c'est à la terre encore qu'on demandait un abri et un appui pour les d'enclos et de pâturages. ces nouveaux domestiques assurèrent au moins le le lui : secours de leur force vivante bœuf fut attelé à la charrue.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. et du cuivre. et que nous ne pouvons en prévoir terme. Il ne put exploiter que la matière en ces animaux. de trait ou la vie sociale ^ animaux. : compagnons de l'homme. régions du globe. le premier après l'homme. On essaya ensuite l'asservissement d'autres bêtes. en Europe. aux vallons ouverts. absorbant ses espérances et ses décisions dans le retour périodique de ses moissons et de ses labours. le mouton. Cette passion de la terre s'alHait étrangement à l'esprit d'aventure et de curiosité. Plus tard. II s'agit de la charrue en bois. cependant. Mais en France.

1921. jusque vers les vallées de la Meuse et du Rhin ^ De larges pistes^ où les bestiaux pouvaient également passer^. et de là les blocs partaient pour des centaines de lieues. De proche en proche. 37 et suiv. par-dessus les cols des montagnes. Nos chemins de transhumance (par exemple les carraïres ou drailles du Midi) sont peut-être des pistes de temps immémorial. Hannezo {Les Poijpes. produit. Je ne peux pas cependant ne pas l'accepter. les silex spéciaux s'échangèrent long des fleuves. La Transhumance des troupeaux en Provence et en Bas-Languedoc (bonne thèse de doctorat en droit de Montpelher. 4. voyez Rouquette. Des relations s'étaient formées entre les groupes humains pour se communiquer les nouvelles découvertes et s'en à la fois un nomade qui explore transmettre les objets. à peine reconnu. ch.Venant sur la dissémination des produits des ateliers du Grand-Pressigny. 1913) . que le terrien à l'origine fut et un rural qui s'établit. brochure. Revue des Études anciennes. devenait firent circuler les précieuses Un ' un élément de trafic. cf. Les tailleurs de mottes de silex du Grand-Pressigny finirent par travailler pour des milliers de clients ce fut une vraie cité industrielle qui développa autour des tailleries sur trois lieues d'étense due. celui de de Saint. Ils dans les profondeurs de son le surent aller plus loin dans la course et d'autrefois. lu en 1900 au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris {Comptes rendus. Le centre le plus important après celui-là est celui de Spiennes en Belgique.54 DE LA GAULE A LA FRANCE. me paraissent avoir prouvé surabondamment qu'ils bordaient et jalonnaient des pistes contemporaines. Les possesseurs des gisements de callaïs en Armorique pendeloques sur les rivages de l'Océan. Les dernières recherches sur les tumuli de l'âge du bronze.ez Masson). L'origine armoricaine de la callaïs n'est point prouvée et est encore fort discutée. et ayant d'abord servi à l'ensemble du trafic et des : marches. et il voyage que les plus hardis des chasseurs arriva ceci. [1920]). Ceci a été fort bien mis en lumière dans un travail qui fit sensation. avec ses 25 puits (et davantage) mais je ne sais si on a étudié l'aire de sur 25 hectares d'ateliers dispersion de ses produits. le les pierres rares. 3. 2. se : 1. p. par terre ou par mer. et en particulier celles de J. de vallée en vallée. le lointain connaître dans de ses horizons aussi bien que sol.

L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. dans quelques siècles. les larges et sa route surtout à la mer. . 16. et un cabotage commença de l'autre mer. 1. ce fut le désir de l'utiliser ce qui comme la la route. ce fut le désir de nouveaux chemins. une dernière s'était produite. On voulut circuler : sur elle à la manière dont on circulait sur le sol attira vers le fleuve. donc du cygne qui nage et du bois qui de larges vaisseaux furent creusés dans des troncs d'arbres. provoquée par la surface des eaux. devait à la vrir les plus lointains des conduire à décou- La mer les portait mondes et à leur imposer sa loi. fleuves et océans. golfe en golfe sur les rives de l'une et de Car. 1 Strabon. elle invitait à des relations indéfinies avec tous habitants du globe le vaisseau qui vient de la dompter sera le principal instrument de la vie universelle. L'un et l'autre fait sont miers marins ont été L'homme se presque inséparables. I. ce qui fit sillonner par de terre. monter sur la mer. Et l'on se lança à la conquête d'un nouveau domaine. Nos prefils de nos premiers paysans. continuant ceux de rapides. ouvrira la Gaule à la civilisation grecque. imitées de s'inspira flotte. demandant sa nourriture surtout à la terre. c'est lui qui. des rames servirent de propulseurs. hâta. Et la mainmise sur fin le eaux. conduisant à d'autres rivages par des lignes plus et plus droites La possession du fleuve et de l'océan fut le résultat d'ambitions routières. Cette conquête suivit de très près celle de la terre. rivières et mers. suivant le mot d'un Ancien \ de « vivre les en amphibie ». 55 frayèrent à travers plaines et montagnes. un réseau invisible de chemins innom: brables. On pattes ou de nageoires. à la suite de tant d'inventions provoquées par la surface de la terre.

L'intensité et la régularité de ces relations. De ces résidences. marché. Bulletins de la Soc. de ces places d'habitation. servit moins souvent à des domiciles permanents qu'à des rendezEnfin. les trois éléments dont sortira notre vie lac — urbaine sont déjà constitués. On sol. p. entre le hameau 1. une Puis. je crois. 2. Entre la bourgade néolithique et la plus grande ville de nos jours. leur vraie patrie. lieu de protection. Rollain. . On se tiendra au courant des découvertes et publications qu'ils ont provoquées. qui barraient le cap ou qui enfermaient le rocher. refuge en temps de danger plutôt que résidence de travailleurs. perché sur un rocher ou sur un promontoire en vue d'espaces découverts. se vous de marché ou à des réserves de denrées ^. entre les « caps barrés » de la Côte d'Or et les métropoles chrétiennes de la Saône. précieux recueil annuel composé par E. en partie enfoncées dans le groupées au voisinage d'une source ou près du repli d'un cours d'eau S non loin des terres de culture et ce fut là vraiment le lieu de séjour des familles humaines. bâti sur pilotis. La société citadine vient de naître du labeur agricole. ce fut le village de société de seuils et de foyers. de toutes manières. Forteresse. nous trouvons trois espèces à l'époque néolithique. eut d'abord le village terrestre. notamment en Suisse. aux cabanes séparées les unes des autres. Tatarinofî et paraissant à Zurich (Béer). 1899. Pour celui-ci. de fraternité. dressa le village de montagne. de trafic. Par exemple au plateau des Hautes-Bruyères dans Villejuif.56 DE LA GAULE A LA FRANCE. mais qui. village. Les palafittes ou cités lacustres ne sont. dominant un repli de la Bièvre et la source de Cachan. pleines d'êtres vivants. on eut des enceintes en pierres sèches. ouvert. d'Anthropologie de Paris. la cité est fille de la terre. par le Jahresbericht de la Société Suisse de Préhistoire. la fixité de ces routes de terre et de mer : s'expliquent par l'instal- lation de résidences définitives un voyageur de commerce n'évolue qu'entre des places stables et connues. que des variétés locales des lieux de groupement. : — ou de marais. 200 et s.

j'en trouve. vaste esplanade rocheuse de dix ses rebords escarpés les riches plaines et '. ou le camp de Chassey. de huttes de Villejuif et différences infinies « 57 la Cité » de formes et de dimensions de Paris. de plus petites encore. 2.. Pour ses défunts. que la coup emparée des âmes et des corps de la race humaine. ces deux dernières sortes nous paraissant de plus en plus à caractère funéraire. le vivant construisit de véritables demeures. Voyez. l'enquête de la Société Préhisto1. Nous en reparlerons. Viré. etc. J'en trouve d'un est le hectare à peine. Dès lors. cromlechs. ou bien taillées dans le roc. Ce furent d'ordinaire de longues allées ou des chambres étroites. qui ne sont peut-être que les châteaux forts des chefs de clans. et j'en trouve de considérables. rique Française (Guébhard. qui font songer à des tels « villes : les espaces » du Grand-Pressigny déjà nommé. plus solides. sur les hauteurs. etc. hectares. menhirs. le mort voulut aussi avoir sa résidence. les unes et les autres imitant dans leur ensemble [les grottes où avaient vécu les ancêtres car les vieux usages restent imposés au mort. et recouvertes de terre. plus durables. . fermée à ses extrémités par de puissantes murailles et qui les domine de profondes vallées de la Bourgogne A côté du vivant.. du reste. plus visibles que les siennes mêmes. sur ces enceintes. La tombe de pierre ou de terre est contemporaine de l'enceinte de pierre 2.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. allées couvertes. simples villages comme les nôtres. ce sont des mais ce : hameau germe qui s'épanouira dans la cité. tout comme Içs gutres. il demeure fidèle au passé et semblable à ses aïeux. dolmens. cistes ou coffres de pierre. ou bien (les dolmens) formées par des dalles de pierre non dégrossies. et la plus forte. Bulletin. les agglomérations humaines sont de toute espèce et de toute étendue. Grottes artificielles. A côté de ces salles terre s'était tout à : Et ceci était la dernière preuve. depuis 1906).

que la Terre soit devenue la divinité grande divinité. maux. des animaux et des hommes. par excellence. à la 1. Ils avaient près d'eux les vestiges de ceux qu'ils avaient aimés. Les vivants n'habitent pas loin de là.58 DE LA GAULE A LA FRANCE.) est un des desiderata de la science. aujourd'hui encore aussi fermes et compacts que œuvres de la nature ^ Le mort. Une étude sur les iumuli préhistoriques de la France (mottes. elle portait les tombes. signe quel qu'il soit devenu. mère de tout et de tous. d'animaux ou de tribus. poypes. Comment s'étonner. Esprits de tout genre. Et ce furent aussi. Il était désormais certain que ni le travail des uns ni la mémoire des autres ne quitteraient plus la terre qu'ils avaient choisie. Bien des mottes que nous croyons féodales sont de l'ère du bronze. et se souvenant du temps des cavernes. les familles duraient autour du foyer. a son monument de souvenir et symbole d'existence. les tribus s'entendaient le long des pistes. l'homme croyait naïvement que lui aussi était sorti du sein de la terre. etc. Grâce à elle. pour abriter les restes des tertres du mort ou pour conserver la trace de sa vie. le blé sortait de ses entrailles. Elle accueillait à nouveau les morts dans son giron. (les funéraires où gisent les corps des défunts. hauts parfois les comme aussi des collines. . reléguant derrière les à son service ou dans son cortège. Elle portait les foyers. sans doute pour les amener à une autre vie. qui avaient pu survivre de l'ère des troglodytes? C'était la Terre qui maintenant faisait vivre les humains et les ani- manière dont la mère allaite ses enfants. sur la terre. d'astres. Elle était bien la force souveraine. ou des monceaux de terre. des blés et des tribus. elle. C'est donc vers elle que les hommes tournèrent leurs regards de dévots et leurs âmes de fidèles. alors la plus après cela. Elle était vraiment la Mère. de hautes pierres debout les menhirs) rappellent la mémoire de ceux dont cadavres ont disparu.

etc. regardée et qui courent et si qui murmurent comme des êtres vivants. Elle 59 anima un culte universel. mais qui sait leur vertu sacrée n'était pas comme une des actions innombrables de la Terre même. la plus bienfai- sante. celle-ci. doute cependant qu'il ne fût pas alors jugé inférieur à l'aidant seulement à créer plutôt étoiles. au de Cérès et de Proserpine. qu'on gravait sur les pierres tombales. ces menhirs pareils à des rochers. étaient immortels. resplenéclairer et réchauffer de temps immémo- je bien avant qu'il n'eût l'idée de connaître la terre. se montraient ou persistaient très auprès rôle : d'elle. beau car dir et disparaître. d'ailleurs. la plus mystérieuse de toutes? Un seul groupe de divinités pouvait.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. faire concurrence à la Terre. C'étaient les Esprits des ancêtres. Le défunt revivait en la reine et la elle. où toutes les familles et toutes les tribus fraternisèrent. on les mit également sous son image à elle. et je n'affirmerai pas 1. lui-même. ces dolmens pareils à des grottes. eux aussi. assurément. D'autres divinités. la dépendance de les traits la Terre : c'était sous d'une femme aux le seins visibles. Elle protégeait ces tombes. en l'honneur desquels on copiait la Terre. et Le soleil. . la plus constante. que créant par montagnes et sources : avaient également leurs Génies divins plantes et se rassembler les les sources sur- tout. gardait un l'homme l'avait vu aller et venir. Lune et forêts. magiques ou symboil faudra des millénaires pour que liques. qui font pousser les hommes. Car ces Esprits. rial. ainsi que la mère protège ber- ceau de l'enfant. La Terre était mère des morts aussi bien que des vivants K donnât lieu à des pratiques cruelles ou ridicules. sottes ou vulgaires. les œuvres mêmes de on élevait ces tertres pareils à des collines. cela va de soi Que cette religion : la foi arrive à la pureté nécessaire. rôle infernal Qu'on songe à l'expression latine de Mania mater Larum. et ils vivaient aussi tout proches des vivants. qui rafraîchissent. à la rigueur. Pourtant. qui désaltèrent.

bien qu'il soit interdit de parler ici d'une nation. il par se Quiconque voudra la pliera aux règles qui lui lui arracher sera son ennemi. l'homme s'apprêtait à mieux com- prendre ses destinées et à s'y résigner joyeusement. les avantages d'une entente définitive. ce sont des figures de femmes. En parlant de la Terre le il comme d'une mère. y soit qu'elle ce culte des morts parvenue. et permettront de la défendre. le L'homme ». n'en sépare pas la vie de sa vie. Rien. où traduirait par la pierre la splendeur de la maternité veillant sur l'enfance.60 DE LA GAULE A LA FRANCE. et surtout à une grande patrie comme la France. Il culte du culte de ses foyers en est vraiment «l'habitant c'est-à-dire. Mais enfin ce culte de la Terre et faisaient descendre dans les âmes humaines des germes de sentiments supérieurs. et de parler aussi des accords et des sentiments que ces mots supposent. simulacres de la Terre. celui qui la possède elle et d'une manière continue. . ne ressemblait à ce que nous appelons une lions patrie. qui a ses habitudes sur elle. Pourtant. et aussi les germes d'impressions d'où émaneront les plus belles formes de l'art et du langage. ni et de ses morts. presque tous les éléments qui feront la patrie ont été dès lors les déposés par Ils défricheurs de notre sol. ont fondé l'amour de notre terre. à coup sûr. d'une France. à une association humaine s'étendant sur des milet des millions d'hectares. garants de consolations et d'espérances. et reconnaissant de l'Océan à la Méditerranée et des Alpes aux Pyrénées. à la d'une Gaule. la langue rapprochait jour où le sculpteur la montrerait en Image féminine. suivant le sens étymologique du mot. d'hommes fois. et déjà les principaux vestiges de dessin qui nous restent de ce temps. et par quoi il semble se rattacher à l'esthétique des troglodytes. sentir autour de soi A vie et dompte la une puissance souveraine qui crée la mort.

Côte d'Or et du Jura : l'on routes vitales. les colis de silex pénètrent jusqu'en Belgique par la route de Sambre-et-Meuse.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Des contrastes se dessinent partout. Marchandises et voyageurs vont et viennent sur les pistes. jusqu'en Suisse par les cols de la Touraine. Les hauts lieux de la Bourgogne sont occupés au fond de toutes les baies de l'Armorique. dans se de sur la Terre. pour apporter leurs hommages. Quelque chose existe déjà. les familles de pêcheurs ou de marins s'apprêtent à commencer une vie qui ne s'arrêtera point. religion sont unis dans la créatrice foi. Des centres de groupement se fixent pour l'éternité de culture ne devant point bouger. le village ne bougera plus. les plaines sa vie de verdure féconde. en lui des lieux consacrés. plus d'images et de beautés dans les visions du regard. en opposition avec l'âpreté des montagnes qui les environnent les terres basses de la Bourgogne portent leurs champs de blé entre les rochers du couchant et les marécages des rivières. Les plateaux des forêts voisines le . Ils rassemblent jours elle. du Parisis se sont différenciés Brie et Beauce ont commencé à paraître . et on peut prévoir le moment où ils installeront un marché commun sur les marais des bords ou dans l'île de la Cité. pour l'homme de Notre terroir de France a pris la plupart de ses aspects d'aujourd'hui. Comtat Venaissin inaugure dans . De vastes sociétés religieuses s'établissent dans des espaces délimités. et la terre de ces espaces est ces sociétés mère. se . Et il existe aussi quelque chose qui annonce leur besoin et leur désir de s'associer. Partis du Grand-Pressigny en : les terres . en commuIls nion avec d'autres hommes. leur à tous. reine et déesse. Cet amour du la sol le 6l met en communication. il y a des hameaux sur les deux rives de la Seine parisienne. qui engendreront plus de variété dans la vie matérielle. jusqu'en Armorique par celle de la Loire. plus de relations et d'échanges dans la vie sociale. à des solennels. pour une peut parler maintenant de ces si grande part. par lesquelles. qui annonce de tout côté nos pays et nos villes.

p. qu'elle exerçait déjà une sorte de prééminence. Voici. La chose a été remarquée par Déchelette. au milieu de ces tribus. Aussi bien ce trafic ne sort pas des limites qui seront plus tard celles de la Gaule. 352-3. t. fera la France. a contribué à fonder l'unité gauloise l'unité française. du Rhône et du Rhin et ici encore nous : sommes à Ce n'est un des carrefours pas un hasard si le sol est le essentiels de la France. se montrent des foyers d'une vie plus intense. qui surveille à blé de la plaine et cette tranchée les terres de la Dheune par où le chemin de la Loire s'en vient rejoindre celui de la Saône. Elles ne sont plus. elle possède Alésia et Cluny. au Camp de Chassey en Bourgogne. Manuel. tout ensemble ville de séjour et de maîtrise. Bourges et Poitiers. I. une capitale agricole et : commerciale. une capitale industrielle et nous sommes ici à un des centres de la France. cette : région de Gaule la plus habitée^ car c'est Bourgogne fut un des alors la terroirs de France où il plus riche et le plus varié.G2 DE LA GAULM A LA FRANCE. dans ces temps néolithiques. cachées mystés'étalent librement à la rieusement sous la terre surface. Voici. presque déjà des capitales. Au-dessus de ces hameaux. dans une et large mesure. telles que jadis les grottes : des Eyzies. et où passe le plus de grandes routes. et Lj'on est à sa porte : on dirait. aux nœuds de ces routes. entre Tours. . 1. comme si l'entente humaine reconnaît déjà la valeur de ces limites. La Bourgogne. elles au Grand-Pressigny en Touraine.

Le Nord-Est de l'Europe. Hypothèses sur les étapes et les routes. l'éducation de Les principes de la vie sociale se fixent. Ce fut la soumission du pays. la marine. en son entier. la Limagne.III L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS INDO-EUROPÉENS . nom d'une époque. Similitude des noms de lieu. Cambre. industrielle . but et moyens des migrations. se duisit la vie un autre événement qui politique allait transformer aussi de nos ancêtres. pour toujours. Les grands ment d'une race. les lieux de la terre dénommés les Ilalo-Celtes identiques aux Ligures. Persistance des populations antérieures. ITALO-CELTES . le mégalithe. Elle est essencaractère général de Vanité indo-européenne. Indices en faveur de cette hypothèse. le bronze. centre probable de ces migrations. Progrès dans la vie travaux de défrichement. à des troupes d'immigrants ou de conque- . les langues italo-celtiques. matérielle et hommes de Au cours de cet âge agripro- environ deux mille ans avant l'ère chrétienne. la charrue. d'un groupement humain. tiellement un fait d'Europe. Extension de Vunité primitive de l'Occident de l'Europe. leurs habitudes intel- lectuelles et morales. — — — — — — — — — — — — — — — La découverte de terre avaient sociale des cole. Les règles de la vie morale. LIGURES Da Autre événement capital: les migrations indo-européennes. et nulleLes lieux saints de l'Occident. Ligures. Caractère originel. l'agriculture et l'exploitation de la la vie profondément modifié France. la terre se termine. la famille et la tribu.

considéré surtout comme propagateur de la culture hellénique. Celui-ci. l'unité indo-européenne a groupé autour de la Gaule les contrées limitrophes. sinon dans ses procédés. du moins dans ses conséquences. à l'installation. a donné. à des éléments antérieurs. de même que la civilisation gallo-romaine est née de l'adaptation d'éléments gaulois aux éléments classiques. avec nos premiers vainqueurs.64 DE LA GAULE A LA FRANCE. il De ce que Rome les les nous Indo- reste en nos parlers et en nos usages d'innomil brables vestiges. Au tion. l'espace. pour les continuer. ils se sont déterminés sur . Aujourd'hui. ses religion. et ils ont collaboré à la même œuvre. sur notre sol. De même que l'Empire des Césars et l'unité latine. au demeurons tributaires du triomphe des même titre que de l'Empire romain ^ pour comprendre le caractère de cette migraconquête romaine qu'il faut la comparer. rants. A toutes et sa Rome a imposé son langage. En examinant mots 1. c'est à la ce qu'on appellera plus tard les limites naturelles. fort étranger aux terres de France. et il lois. les de nos sociétés. L'agricul- ture nous a fourni l'élément essentiel de notre travail et l'allure stable nous a valu droit. l'invasion qui vint ensuite éléments originels de notre langue. De même que les légions de Rome. ces contrées de l'Occident européen. qui demeure grande. Ces deux faits. . de notre de notre esprit'. nous Indo-Européens. ont également contribué à former notre civilisation moderne ils se suivent dans le temps. que les éléments indo-européens se soient adaptés. et en reste autant de ce que Européens ont imposé à nos aïeux. sa littérature. vie agricole et migration indo-européenne. sans tenir compte de reste. de populations indo-européennes. 2. deux millénaires aupara- vant. ses mœurs en fut de même. Sauf la possibilité. à quarante siècles de distance. son art. les troupes indoeuropéennes arrivaient d'un pays lointain.

les idées dont est remplie notre âme.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. chaque jour plus forte. elle. ceux qui combattirent les Grecs. au même titre qu'eux. — De la Gaulo à la Franco. et. maîtres des mers et des fleuves. sauf des parages écartés plaines la dans elle péninsules méridionales ou d'immenses espaces les : orientales de la Russie grande médiatrice de l'Europe continentale. hommes JuLLiAN. En revanche. il y a cette différence qxxe celui-là s'est limité au bassin de la a fini par s'arrêter au Rhin. et. elle n'a rien connu. et il n'importe que les de Finlande ne parlent plus une langue indo-européenne. 1. de la Scandinavie et de la Baltique '. « sa mer » et son domaine elle elle a été la grande dominatrice des eaux occidentales et septentrionales. n'a pas traversé la Méditerranée de l'Afrique. 5 . souverains des grands chemins du monde. constituées par des alluvions il successives qu'ont déposées les civilisations disparues. 2. dont est 65 formée notre langue. étaient. laissant à l'écart de sa route rivages de Syrie. l'Inde. Puis. Au delà de l'Europe vers le levant. au Danube et à l'Euphrate. plus loin encore. : elle a fait. Entre l'Empire romain et l'unité indo-européenne Méditerranée et à celui de l'Atlantique occidental. Ma conviction. '^ : Voilà pourquoi. également. il a dédaigné l'Irlande. a pris pour les elle toute l'Europe. le Turkestan et monotones dans a été. la couche indo-européenne. est que les Troyens. Car notre âme et notre langue sont. L'unité indo-européenne. la couche romaine. déserts d'Arabie et plaines de Chaldée de Troie au Bengale les Ugnées de cette espèce ont présenté un instant une chaîne ininterrompue. les hommes de cette origine Peut-être sans en excepter la Finlande. pour parler : comme les Anciens. au delà de l'apport chrétien. on la vit gagner peu à peu l'Asie Mineure. de souche indo-européenne. nous discernerons sans peine. y compris ceux de l'Irlande. au sud de ces mers. s'appuyant tout à la fois sur les côtes extrêmes de l'Atlantique et sur les vallées centrales de l'Europe. de tous les rivages de l'Atlantique européen. la Perse. comme le sol de notre terre. au nord-ouest même de l'Europe.

et il il a déjà maîtrisé annexé les deux Amériques. origine de nos destinées. l'Afrique. . et les Slaves innombrables. une race déterminée. et de l'Europe la plus lointaine. insérant leurs familles partout où il y a des terres. En Ils réalité. après la réac- Dans la mesure où il y a eu. et les Germains de l'Europe centrale ^. que de l'Inde serait partie la migration initiale. et l'on a même cru un instant que cette langue était la mère de celles de l'Europe. l'Indo-Européen est en train de conquérir l'univers.6G DE LA GAULE A LA FRANCE. 2. et peut-être la et des émigrants fondateurs. C'est en 1. l' Indus et le Gange leurs courses de conne sont point partis de là. aux antipodes de son berceau. il s'apprête à la reprendre. s'est J'appelle cette lignée et la langue qu'elle parlait espèce pour me conformer à l'usage courant. fini par fonder un domaine plus vaste et plus durable de l'Empire romain. sans arrêt et sans lassitude. ils ne sont point issus de l'Asie. a parlé une langue étroitement appaet langue indo-européennes. S'il a perdu l'Asie au temps de la décadence ont que celui latine. C'est en Europe qu'ont grandi les principales souches de la famille. une nouvelle mer à son nom. que leur langue s'est organisée. Cet usage est venu de ce que l'habitant de l'Inde. ce qu'on doit dire également des autres groupes. Car. que leurs ont fini : par quérants ils coutumes se sont établies. éducateurs de l'Ancien Monde. fondateurs de l'Empire méditerranéen. je les appelle ainsi rentée aux nôtres. Dans la mesure de leurs éléments indo-européens. C'est en Europe que leur race s'est constituée '. bien avant les temps historiques et jusqu'à nos jours. à l'origine. C'est de l'Europe qu'ils sont venus. il a fait de l'Océan Pacifique. et les Grecs. et les Celtes de l'Occident. à bien voir les faits d'aujourd'hui. Europe enfin. de la langue mère qu'une conquête. et les Italiotes. l'Inde n'est dernière. parlant la langue mère.

et qui mènent aux niques. Chemins maritimes des Saxons. en Allemagne. sur lesquelles Iles s'ouvrent fiords et détroits. Kœnigsberg. Angleterre mondiale. ou France. vers le couchant. est de plus en plus abandonnée. Regardez sur la carte ces lieux et ces régions. De là vont les rivages ou les pistes qui ont conduit les Européens aux extrêmes limites de leurs migrations. du nord-est que je placerai volon-| de la nation ancestrale. qu'elle a esquissé les plus audacieuses tentatives d'empire universel ou d'unité Aussi. faut-il renoncer d'ordinaire à l'expression compliquée d' et recourir « indo-européen » au simple mot d' « européen » '. que l'antique famille conquérante a repris vigueur. et c'est d'ici. Arya. comme route de migration (sans doute la migra- . L'expression de Aryen. au Pas de Calais. Elbe et reçoivent la mer ou qui la continuent. Britan- aux rivières normandes. des Mongols et des Turcs. Riga. où l'on sent toutes proches les routes de la Grèce ^ Et voici. au 1. en Bohême. la de mer Baltique. s'étendant C'est dans l'Europe tiers le siège depuis les îles et les presqu'îles danoises jusqu'au et depuis les rivages fond de la Prusse et de la Poméranie jusqu'aux derniers fiords de la Norvège Hambourg. Voici à s'en gauche. aux estuaires de l'Atlantique. 3. Espagne.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. Je me la représente sous la forme d'une vaste association de tribus. des chemins qui portent en Pologne. les routes de mer. des Angles et des Vikings.Visby. et. : voilà les villes modernes qui détiendraient aujourd'hui l'héritage des fondateurs de l'Europe. et qui Weser. au delà du seuil de Moravie. Vistule. pour être plus juste et plus exact. Voici au sud. 67 tlon asiatique des Arabes. dans 2. aux caps espagnoles de l'Armorique. qui n'a jamais été constatée que les groupes orientaux.Bergen etTrondhjem. aux rades -. J'indique ici. Oder. par les vallées des grands fleuves. jusqu'au fond de l'Adriatique.

vers la '. et. celles de Troie. sur celles même Paris. de la Méditerranée occidentale. Il est vrai que les Vikings n'ont réussi à prendre que des domaines restreints (encore que les royaumes anglo-saxons de la Grande-Bretagne se rattachent à ce même mouvement). Du fond de l'Adriatique on continuait jusqu'à Dodone. s'ils y avaient rencontré une population et des chefs moins résistants. mais qui sait ce qu'ils auraient pu fonder en Occident. de Samarcande et de Delhi Vous chercheriez en vain dans le monde un carrefour d'où la Russie. qui. qui ont ressemblé à ces sives de leurs émigrants par leur d'aller invincible désir de se déplacer. comme cela a dû arriver à l'époque préhistorique? . c'est de là que dans les temps historiques. vers les terres d'Asie. par les poussées succes- bandes en marche. le long des routes frayées par leurs ancêtres des temps préhistoriques. par leur volonté toujours plus loin. que nous retrouverons après Gharlemagne sur toutes les côtes de l'Atlantique.68 DE LA GAULE A LA FRANCE. et à qui quelques générations suffiront pour pénétrer jusqu'à Kiev et jusqu'à Voyez à la même proche à travers les plaines époque. comme routes de migrations. immensités de ouvrent la voie vers Noire. 1. les Duna. lion hellénique). les migrations des peuples slaves. Aussi. J'indique ici. 2. Niémen et levant. sont partis les principaux mouvements d'hommes qui ont premiers refait sur ces mêmes routes les antiques étapes des Européens. gagnant de proche en comme une inondation qui se tend. débordant à l'ouest de l'Elbe. à travers la mer mer Caspienne. divergent tant de voies souveraines'. d'autres fleuves. moins organisés. les Vikings ou les Normands. puis descendant aux portes de Constantinople. les chemins suivis au Moyen Age par le commerce des fourrures. arrivant presque aux rives du golfe Persique et au pied des montagnes du Thibct. Réunissons ensemble querons mieux les les aventures rapides des Vikings : '^ et l'extension interminable des Slaves et conquêtes et les directions nous nous explide l'unité indo-européenne. la route des caravanes porteuses des olTrandcs liyperboréennes. de nos jours. d'Ecbatane. Voyez. sur les mers et les fleuves.

Or. porté dans le pays de l'ambre par les populations indigènes. et peut-être encore au lendemain de l'an mille. Le nom de Prusse. de tribus agricoles ^ et laborieuses. Hachette). que nous pouvons reconstituer à la des débris laissés dans les idiomes héritiers. lorsque les Allemands ses voisins s'approchèrent pour la détruire enfin ^.. une nation que les Grecs ont appelée celle des Hyperboréens. parmi les arbres de la forêt. est passé ensuite à leurs maîtres allemands. Leur espèce physique semble caractérisée par le front le crâne allongé. ce type d'homme demeure le mieux conservé. Cette nation a vécu là pendant bien plus d'un millénaire. Paris. avec son complément indispensable. C'était un ensemble haut. 1912. Les Dialectes indo-européens (1908. les yeux bleus. 2. C'est ici qu'il faut rappeler l'admirable ouvrage de Meillet. étaient surtout familiers le hêtre. le saule et le bouleau. ou « la race de l'Extrême-Nord ». était celle d'un peuple qui connaissait mer. au temps du roi Théodoric. telle nous la revoyons au temps de l'historien Tacite. en ces régions. et auquel. 1. Telle l'ont décrite les voyageurs européens antérieurs à Hérodote. A l'époque historique. les cheveux blonds. et qui elle-même se nommait celle des Estes. les chairs molles. songeons à la paille de froment détail qui avait qui enveloppait les offrandes hyperboréennes sans doute une valeur symbolique. 3. 69 D'autres indices nous invitent également à nous tourner du côté de la Baltique pour y chercher le berceau de ces l'aide envahisseurs de la première heure. Outre le texte formel de Tacite. entre la Vistule et le Niémen. dans une sorte d'immobilité hiératique. la pêche.VÊPOQVE DES MIGRATEURS. toutes différentes des Germains qui les assaillirent plus tard par le sud-ouest. Introduction ù l'étude comparative des langues indo-européennes {3^ édit. : . Champion). nous rencontrons sur les rives de la Baltique. Paris. Cela fait songer aux horizons et aux habitudes des bords de la Baltique. la forêt. la peau blanche. le chêne. Leur langue '.

633-4 (homines humanissimi. Dans cet invincible devenu : : immuablement Hérodote. A mille ans de distance. t. Tacite. : Comparez les rapportant : . les Estes du même pays envoient à Théodoric un présent d'ambre.70 DE LA GAULE A LA FRANCE. ceux qui ne sont point partis et qui sont demeurés sur le sol natal. héritiers de la terre originelle. en troupes pacifiques. en Gaule. même chez les Hyperboréens du Samland. la chose précieuse valut plus que l'or. dieu souverain de ces hommes ^. plus que tout bien de ce monde car il y avait un dieu en elle. la matière mystérieuse et magique où semblaient s'être renfermés les rayons du soleil. Variarum. Pareil fait se constate en Afrique. à propos des Sembi vel Pruzzi. plus que le diamant. V. Je ne suis pas d'ailleurs convaincu que ce culte. 2. Or ce culte de l'ambre. L'une de ces coutumes était la recherche. 13. 2 (ambassade des Estes à Théodoric). Il y a là. IV. sur les rivages de la mer. Ces marchands refaisaient. c. Migne. en Italie. enveloppées dans la paille de froment. Cassiodore. s'étendant sur seize siècles. sous Crésus b les Hyperboréens ne font pas la guerre». des caravanes ou des cabotages étaient organisés. Adam de Brème. Je n'hésite pas à voir dans ces Hyperboréens les fils de la nation mère. ne fussent pas des morceaux d'ambre. 1. rameau ou descendants des Estes au Samland). Germanie. jusqu'aux bords de la mer hyperboréenne ^. Pendant toute la durée des temps antiques. J'ai peine à croire que les fameuses offrandes hyperboréennes. les peuples de la lignée indo-européenne semblent l'avoir conservé en eux-mêmes avec une indomptable fidélité. allant et revenant par exemple de Délos à Dodone et à Aquilée (près de Venise). et de là. la route suivie par leurs ancêtres en bandes de conquérants le chemin de migration était chemin de commerce *. des perles d'ambre. On vantait leur humeur honnête et hospitalière K Leur langue ressemblait à celle des Bretons d'Angleterre. 4. 3. un des plus curieux phénomènes de ténacité historique que je connaisse. 45 (les Estes laborant patientiiis). les quatre textes suivants voyages et renseignements d'Aristée. Patrologia Latina. dociles aux coutumes des aïeux. au vi* siècle avant notre ère. pendant des mois de marche. CXLVI. n'ait pas été concurrencé de très bonne heure par celui de la Terre-Mère. Pour l'introduire en Grèce.

J'ai également indiqué les les mérites que les Anciens ont : cru reconnaître chez travail. quels qu'ils soient. J'ai déjà indiqué leur nature physique. le pays où ils s'établiront. et ils l'avaient transmis à leurs des- cendants. la race. attrait exercé 71 par l'ambre sur ils les peuples de l'Europe. Tous les : hommes. Mais là encore. et 1. C'étaient ils dès lors des agriculteurs. puisque leur départ a donné le branle à l'histoire de la moitié du monde. un sentiment profond de la solidarité humaine. je crois que ces peuples du Nord étaient arrivés au même degré de civilisation que la plupart des tribus occiils dentales auxquelles vont imposer leur maîtrise. connaissaient l'or et le cuivre ^ Je ne dis pas le bronze. que valaient-ils. et pourquoi partirent-ils? Il faut bien se poser ces questions. il ne peut s'agir de qualités immuables les dangers de la vie ou de mauvais contacts pourront changer ces vertueux Hyperboréens en cohortes de guerriers ou en hordes de pillards. encore que ce soit possible. . avaient emporté avec eux le fétiche de leur foi. Enfin. Il : communément les populations au sang desquelles ils mêleront le leur. et les peuples comme les hommes. ils Quand étaient partis de là-bas. l'amour de la paix entre eux et l'humeur accueillante. de leur origine que de leur éducation.VÈPOqVE DES MIGRATEURS. peuples de ces régions le sens du un certain idéal de justice et de bonté. ce qu'on appelle ne faut pas d'ailleurs lui attribuer une grande importance elle va se modifier suivant les nouvelles conditions de leur vie. Les institutions communes qu'ils ont léguées aux populations de leur descendance dénotent chez eux le respect religieux du droit. je vois l'héritage moral laissé par leurs fondateurs. Qu'étaient exactement ces hommes. dépendent moins de leur nature que de leur histoire. un désir intense d'organiser la société sur des principes rigoureux et pour une durée éternelle.

en particulier au point de vue chronologique. lançant les et. Mais ne nous imaginons pas leurs départs comme des aventures de guerre. . C'est pour cela que je regrette de n'avoir pu étudier à fond. Car. 2. et devenir la terreur du monde. Cette marine. me mettant l'accord entre tous ces rivages. Évidemment. le pillage de l'Empire romain par les bandes germaniques. pour nous expliquer ces temps lointains. premiers départs. On ne s'empare pas des Iles Britanniques et de l'Armorique française sans être les maîtres de la mer. N'ayons pas à la pensée. l'outillage préhistorique de ces terres hyperboréenncs. s'imposer que par la crainte ou Gaule et : par la violence. J'ai peine à croire que les Cimbres et les Teutons fussent de purs Germains. il faut qu'ils aient eu des avantages militaires qui manquaient aux autres agriculteurs des temps néolithiques peut-être une cohésion plus grande entre leurs troupes. l'humeur paisible et laborieuse de ces Hyperboréens ne les empêcha pas de courir le monde et de le conquérir. et spécialement du Samland. l'élément italo-celtique a été fort important parmi eux. Ils s'éloignaient de leurs terres afin d'en chercher d'autres. après tout. si pacifique que soit une migration d'hommes. voilà peut-être l'élément principal de leur force. ce qui leur assure la supériorité sur les populations de l'ouest.72 DE LA GAULE A LA FRANCE. leurs conquêtes comme des histoires de destruction.pour que ces la mêmes Hyperboréens le aient soumis également Danube. elle ne peut. . le jour venu. la ruée sainte des Arabes en Afrique ou en Espagne. : Mais c'étaient aussi des navigateurs intrépides je ne représente pas leur société sans une marine puissante. Les Hyperboréens ne partaient pas pour brûler ou tuer. les désastres de l'Europe sous les chevauchées des Huns ou des Mongols. couvrant de ses barques la Baltique et la mer du Nord. plus étendues ou plus fertiles. Qu'on se rappelle l'histoire des Cimbres et des Teutons ^ s' avançant péniblement à travers l'Europe pour 1. Mais. peut-être de meilleures armes de combat'.

300. au contraire. On ne partait pas à l'aventure et en désordre. presque à chaque génération. de « terre promise ». et que le droit de vivre leur était partout refusé. Ces familles nordiques pouvaient se dire parmi les plus déshéritées de l'espèce humaine. de bâtir des foyers. ici par le terre de marécage. Paris. et que le blé et le Un y poussent sous un ciel plus gai. C'est le '[ouw. La population croissait sans relâche. Ces « printemps sacrés » étaient des nations en marche. par la 1. ce fut parce qu'ils s'exaspérèrent de trouver toutes les places prises sur le sol. s'en saisir et les conserver. à ceci près que ces migrateurs des premiers jours. C'était. montagne. 311 (trad. ont su rencontrer des terres de labour. arrivant sur des espaces moins occupés. "Voilà l'image des vingt épisodes dont a été faite la migration indo-euro- péenne. Mais je ne dirai pas que la faim fut l'unique conseillère de ces départs '. Les Indo-Europécns avant l'hisposthume]. et si à la fin ces malheureux firent tant de mal. et que par là même on l'estimait plus haut. en demeures et en villes.. avec moins de peine pour les hommes. Et l'on devait connaître la richesse plus grande des plaines du sud. 1895. obtenir 73 un sol vacant qu'ils pussent défricher. La bonne terre a été le mot d'ordre de ces émigrants. elle devenait à l'état de pléthore. le On a entendu dans ces foules errantes les sentiers langage que et près des Moïse tenait à Israël sur rives du désert du Jourdain. franc. De plus nobles motifs les accompagnèrent. Ses dieux la protégeaient. de former des tribus. partout par la forêt. ayant affaire à des sociétés plus informes. . Elle avait le désir de fonder ailleurs des familles.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. la nouvelle jeunesse qui s'en allait vers un nouvel horizon. transformer en sillons. La labour. p. en affamés pressés de nourriture. Le mot magique de terre. a agi sur ces âmes avec une force d'autant plus grande qu'on venait à peine de découvrir le prix de la chose. là y fut vite limitée. Marescq). toire mot de von Ihering.

d'un groupe indo-européen dans une ont grande région est la fin d'une très longue histoire. n'ont pas encore achevé leurs destinées de colons. et nous aimerions aussi connaître les épisodes de la conquête. sans doute autour du sanctuaire de Dodone. remontant ensuite les fleuves. puis s' avançant plus loin après quelques années. par malheur. telle que fut l'installation définitive d'Israël sur la terre de Chanaan. mais toute vraisemblance nous est même interdite. sur des témoignages de confiance. de l'Espagne et de l'Italie. voire une génération d'hommes. et avant d'arriver à Dodone. Là-dessus. comme les Vikings leurs derniers descendants? Ont-ils suivi par terre les rivages de la Frise et des PaysBas.74 DE LA GAULE A LA FRANCE. Ces marches étaient lentes et longues. qui se sont mis en route il y a quinze siècles. Quand les Hellènes se répandirent en Grèce. J'ai cherché sans relâche quelques hj'pothèses qui permettent une lueur de vérité. non seulement nous ne savons rien de certain. On s'arrêtait longtemps à de certaines étapes. Nous aimerions savoir par où sont venus ceux des IndoEuropéens qui ont soumis la France et avec elle les régions voisines des Iles Britanniques. C'est par dizaines d'années et peut-être par siècles qu'il faut compter pour évaluer le temps employé à la conquête de l'Europe. ils venaient de faire un très long séjour en Épire. j'imagine qu'ils fond de l'Adriatique L'établissement ébauché d'autres domiciles au ou sur les bords du Danube. essayant d'y constituer une vie normale. Nos ancêtres sont-ils arrivés par mer. et je n'ai rien trouvé qui s'appuyât sur des indices réels. Les Slaves. comme les Celtes et les Francs des temps historiques? Ont-ils gagné le Rhin en longeant au nord la lisière des . plus importants pour notre histoire que les campagnes gauloises des proconsuls romains Domitius et César.

d'un immense campement situé en Souabe. et auxquelles je ne que suscite le — saurais répondre. On sait qu'il a été précédé dans cette voie par Frédéric Schlegel et les publications de la Société Asiatique fondée à Calcutta en 1784. Si l'on pense la retrouver à l'aide des plus anciens sanctuaires fédéraux connus. Il y a un siècle ^. I. noms de attentive personne ne savait ce qu'étaient ces Indo-Européens. petits-fils soient con- damnés à débris lieux ou une connaissance plus rigoureuse des nécessités géographiques ou des habitudes sociales. on peut prendre pour jalons le lucus Tamfanae chez les Sicambres de la Ruhr (Tacite. du persan et des langues européennes. de ce que nous ignorons la marche de ces événe- ments. 51). La Gaule fut-elle d'abord les péninsules. C'est sur cette ligne que la piste d'invasion serait le plus malaisé à reconstituer. Il. : : . ainsi qu'à Voilà pour les l'époque des Suèves ou des Alamans? en Bohême ou — questions d'étapes. des traces laissées par les d'objets. Annales.. celui de Bopp sur la grammaire comparée du sanscrit. C'est en 1816 que parut l'ouvrage initial. et après elle les îles et ce qui se produisit lors de l'Empire celItalie.. conquise. comme nous l'avons fait pour la migration hellénique. 75 grandes forêts centrales de l'Europe S comme essayèrent Voilà les questions de faire les Slaves du Moyen Age? problème de la route. pareille à l'Em- romain? ou encore. ayant pris pied d'abord en pire propagea-t-elle ensuite au delà des monts. une science plus riche et mieux outillée fournira un jour des lueurs inattendues qui éclaireront la marche des IndoEuropéens vers les terres du couchant. la silva Herculis chez les Chérusques du moyen Weser (id. le monde nouveau s'engoufîrat-il en Occident par des vagues parallèles. 2. 39). Mais. 12). se tique? ou l'invasion. et je n'y répondrai pas davantage. Une étude plus migrations. le bois de Castor et Pollux chez les Lugiens de Posnanie (id. la forêt centrale et sainte des Semnons ou Suèves du Brandebourg (Germanie.L'ÉPOQUE DES MIGBATEURS. ne se doutait de cette unité qui est à l'origine de notre 1. 43) ce qui me paraît correspondre à un parcours immémorial de peuples et de commerce. il ne s'ensuit pas que nos l'ignorer à leur tour.

'. à la masse des envahis brèches irréparables. p. se passa alors un fait semblable à ces multiples péripéties de conquêtes ou de colonisations que présente l'histoire connue de l'Europe et en particulier de la Gaule. les populations pri- mitives ne disparurent nulle part. t. IV. quelques mil- liers de Romains. vie civilisée D'aujourd'hui à un siècle. la multitude qui obéit et se discipline.76 DE LA GAULE A LA FRANCE. c'est la force et le prestige d'une minorité. Ce qui a triomphé dans cette : his- toire. en supposant qu'il y eût bataille. Rien ne fait songer à ces inassacres que les Espagnols pratiquèrent dans l'AméIl rique du Sud. la Gaule celtique. II« partie. . Déjà tielles d'ailleurs nous soupçonnons deux choses essen- sur cette victoire occidentale des Indo-Européens. pas une cette seule fois les vainqueurs n'ont taillé dans ses rangs des sant au plus grand nombre. Quelques mil- de Celtes ont conquis la Gaule ligure. c'est la place qu'elle laissa aux vaincus. avec son intelligence coutumière. Je dis les vaincus. comme cela s'est maintes fois produit dans l'histoire des colonies grecques ou des migrations slaves. à cette fatale disparition des indigènes en Australie ou aux États-Unis. Dutens. 186). Mais il est possible que les possesseurs du sol aient fait souvent accueil et place aux étrangers. l'avait pressentie {De Originibus gcniiumdiictis potissimum ex indicio linguarum [écrit en 1710]. le plus grand nombre. qui sait ce que la science découvrira? l'histoire vient A voir les fruits magnifiques que j'ai de récolter. Mais Leibniz. et c'est l'étendue qu'elle assigna à ses domaines. Le vieux fond vivant et agissant est resté à sa place sous de liers nouveaux maîtres. s'impo- mais masse est demeurée ce qu'elle était. dans ses moissons de demain des espérances infinies. quelques milliers de 1. en particulier par l'examen des noms de lieu. Qu'il y ait eu résistance ou accord. édit.

Toutes les espèces humaines qui habitent alors la Gaule. et pour ainsi dire une âme de société. ainsi que les Celtes ont fait pour les Ramains. prendre l'idiome et Les millions d'hommes qui l'habitaient alors. lations Il se forme peu à peu parmi les popu- d'une même contrée un caractère commun. en retour des leçons de langue ou d'obéissance qu'ils acceptèrent des arrivants. ou qu'elles soient de la souche hyperboréenne nouvellement implantée. une physionomie de peuple. durent les coutumes des envahisseurs. toutes s'amalgament désormais entre elles. un tempérament collectif. Francs. à la formation de laquelle la race ne sert de presque rien. et l'influence du climat et du sol vint s'ajouter à celle de la multitude humaine pour faire oublier aux Indo-Européens primitifs leur nature des jours du départ. une mentalité d'ensemble. la race. et qui doit ses traits et ses humeurs à la nature du climat . de riverains de la Méditerranée ou de montagnards alpins arrivés au temps de la pierre polie. ils pesèrent sur eux de tout le poids de leur nombre. La plus histoire de notre sol est celle de redites régulières. de leur sang et de leur caractère. qu'elles proviennent d'Espagne ou d'Italie. L'élément purement physiologique ou physique. A chaque fois que nous examinons des conquêtes. s'efface rapidement ou se réduit à quelques trois : doute qu'elles se soient prolongées plus de signes extérieurs sans portée profonde. et en tout cas sans action sur l'âme. Un vaste travail de métissage s'opéra dans notre Occident. quelques milliers d'Indo- Européens ont conquis la Gaule néolithique. 77 quinze siècles avant cette vieille troisième et dernière conquête. la Gaule romaine.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. cela n'est point invraisemblable : je ou quatre générations. Qu'entre vainqueurs et vaincus aient subsisté des oppositions sociales. Mais. qu'elles remontent aux lointains troglodytes. et que la tare de la défaite a disparu je ne peux interpréter autrement la victoire indo-européenne. et. sous César ou sous Clovis. nous voyons que les deux groupes d'hommes se sont associés de très bonne heure.

et que les Césars se sont bornés à l'accepter et à la continuer. rivages et fleuves. une fois réglée par les armes ou les lois. Voici quelle fut l'étendue du premier empire que nous connaissons en Occident. sans exception. rons les décrire. se refusent à voir que cette unité existait déjà. les Essai SUT origines de Rome (1917. s'adapter les unes ment boréens et la Terre des néolithiques soleil et terre besognent trop ensemble pour que leu. Paris. à l'endroit de ces générations primordiales. J'ai peine à croire que la lutte entre anciens et nouveaux habitants. on trouvera l'expression la plus complète chez Piganiol. se soit continuée dans les âmes sous la forme d'une bataille entre les dieux. aux événements de l'histoire. Dans quelques au temps des Celtes. Gardons-nous. et Toute la Gaule. Alpes et Pyrénées. et du sol. plaines montagnes. Nous essaierons tout à l'heure d'exposer les principes originels de la morale et du droit européens rien ne nous dit que quelques-uns de ces principes ne fussent pas communs aux fondateurs et aux sujets du régime nouveau.78 DE LA GAULE A LA FRANCE. les lignes principales de cette physionomie seront tracées pour la Gaule. à la manière de vivre. Mais 1. ' : : allons constater l'extraordinaire unité de langage que ce régime fonda en Occident rien ne nous interdit de supposer que cet Occident eût préludé par des idiomes similaires à la communauté européenne. de Boccard). Les institutions morales et religieuses durent égale- aux autres.s déités ne se hâtent pas de contracter alliance ou mariage. . telle que serait la concurrence entre le Soleil des Hyperse pénétrer. de cette erreur Incurable que l'Empire romain provoque chez tant d'his: Nous toriens ils : sous prétexte qu'il a assuré l'unité de la Gaule. lui appartenait. et nous poursiècles. aux relations entre les hommes. Je fais et dont allusion à une théorie assez en vogue aujourd'hui.

l'Irlande. Au sud des Alpes. langues celtiques. au sud des Alpes. et. la marque la plus nette de l'unité de l'Europe occidentale. de si les îles de la Méditerranée occidentale furent plus la effleurées qu'entamées par conquête '. recouverte jusqu'aux terres hautes de l'Ecosse. des hommes de même langue que ceux de France habitaient l'Allemagne de la plaine. : La . complète- ment absorbée par elle. Je rappelle ici une fois pour toutes que dénommer celtiques ou Celtes un ensemble de langues. En Espagne. trois mille les descendantes de ce langage qui fut. au nord. ni le 79 Rhin ne servaient de une nationalité distincte. ils possédaient les rives de l'Atlantique. le premier-né Corse. les la vallée de l'Èbre et sur les larges espaces de l'Andalousie. occupaient la vallées Bohême et les hautes Européens revendiquaient pour eux la plaine du Pô et une bonne partie de l'Italie péninsulaire. de races ou de peuples de l'Occident avant le yi"-' siècle est un abus de langage le nom de Celtes n'existait peut-être pas avant cette date. y compris les collines de Rome et les montagnes du Latium.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. Enfm. Et c'est pour cela que a récemment dénommé ce langage. il n'en fut pas même des îles de l'Océan. filles du latin. il ans et davantage. ni les Alpes. mais d'antiques populations résistèrent dans les replis de danubiennes. qui furent. la Grande-Bretagne. En appelant celtique le monde occidental des temps primitifs. et c'est par suite d'une conquête qu'il s'est étendu d'abord à la France (et d'ailleurs il n'est jamais passé dans les Iles Britanniques). ceux que les Modernes appelleront du nom de Celtiques^ aujourd'hui. langues romanes. Au delà du Rhin. De cette immense communauté sociale devaient sortir plus tard deux groupes principaux de peuples et d'idiomes. pareils encore. au moins jusqu'à l'Elbe. frontières à d'autres. 2. sont y a l'on 1. où les avaient attirés les mines plus que le sol. filles ou nièces de l'idiome parlé autrefois en Gaule et dans les Iles les Italiotes : Britanniques. il a été d'abord limité à une petite région. nous commettons la même erreur d'expression que si nous traitions de franc l'Empire romain d'Occident sous les fils de Théodose. les hautes terres de l'intérieur. ni les Pyrénées. peut-être plus occupée que la Sardaigne et la Sicile.

porte le même nom que l'Aube champenoise. comme ils signifiaient l'aspect. plantée au cœur de l'Italie ainsi que nos montagnes au centre delà Gaule. qui fut un marais desséché. l'idiome italo-celtique. ces mots ont traversé sans périr les révolutions politiques et les changements de langue. et par bien d'autres que les ancêtres des Irlandais. rivières. : noms de mer d'Irlande et la noms de sources. pourquoi la Limagne d'Auvergne. ne furent d'abord que des mots communs. pourquoi le nom primitif de nos Cévennes. de la fontaine qui murmure. de l'eau qui s'étale. de 1. Et peut-être Cimenice le 2. : Un des signes les plus visibles et les plus persistants de cette unité italo-celtique est la similitude des lieu entre l'Elbe et les Pyrénées. Alba ou Albis. Albis. en Angleterre. . en Espagne. comme la terre les retient à tout jamais. pourquoi enfin en France. tant de sources ou de rivières se nomment ou se sont nommées Dives ou Divonne. Cimena ^ se retrouve dans celui de la forêt Giminienne. Gomme ces vocables. aussi immuables qu'elle-même. des Bretons ou des Gaulois. vers 622. Voilà pourquoi l'Elbe germanique. Et comme les mots qui s'appliquent au sol s'y attachent et s'y enracinent. acceptés avec la terre par les maîtres et les parlers nouveaux. dans le Périple d'Aviénus. rappelle le lac Léman. peut-être de l'indo-européen '.80 DE LA GAULE A LA FRANCE. le bruit ou la grandeur de la colline qui se dresse. de lacs et "de montagnes. moins éloigné de la langue mère. que les ancêtres des Latins de Rome ou des Ombriens du Tibre. Mais que ce mot ne nous induise pas en erreur n'oublions pas que cet idiome a été parlé au sud des Pyrénées et sur les bords de l'Elbe et du Danube. regio. ils furent les mêmes partout où l'on parla cette langue. c'est-à-dire « l'eau divine » car les hommes de l'époque italo-celtique honoraient avec ferveur la divinité des eaux pures et salutaires. la Campanie.

Donner un nom à une son rôle ou sa portion du sol. la rivière dans le cycle de cette vie humaine. on peut essayer de le retrouver. Nomen. c'est la caractériser. qui nous ont transmis des témoignages sur l'histoire de l'Occident. temps. et peut-être à l'estuaire de l'Elbe. par l'octroi de ces mots défila prise nitifs. 6 . grecs ou latins. fixer nature.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. immen on divinisait plus qu'à demi une fontaine en lui donnant un nom. Les plus anciens écrivains. les hommes de ce temps nous ont fourni le moyen de connaître ces sentiments et de pénétrer dans ces âmes. en même ou la colline Maintenant que lui. suivant les sentiments qu'elles suscitaient en leurs âmes. le Rhin porte un seul depuis sa source jusqu'à la mer. Puisque ces Italo-Celtes avaient un langage commun. de possession du sol que les agriculteurs néolithiques avaient commencée. sur les caps de l'Atlantique espagnol et sur les rivages de la Normandie. le voici nom. sources ou montagnes. Ils achevaient également. la transformer en un être qui a son unité et qui fait image. une énergie qui rapproche cent tribus. Ils ont mentionné des Ligures sur IcsJ collines de Rome et sur celles de Marseille. régler ses rapports avec la vie humaine. il un nom pour désigner l'ensemble originel de leurs tribus. par où plus d'un navigateur du Midi tenta sans doute d'atteindre les mystérieux marchés de l'ambre. \ — Le la Gaule à la France. 81 En dénommant ainsi les formes de la terre. faire presque entrer la source. Ce mot de Ligures est la plus vieille appellation collective que présente l'Occident. Quoique ce nom ne soit point parvenu jusqu'à nous. ont appelé Ligures les populations qui l'habitaient aux époques les plus reculées. il est probable qu'ils eurent JuLLiAN. la fraternité d'alliance qui s'était manifestée par ce langage. un nom à devenu une : seule et même personne pour ses milliers de riverains. et c'est.

en examinant sa structure physique et ce qu'il croit être sa race. Ces Ligures renfermaient des hommes de toute origine. un peuple à la rigueur. et : espèces ethniques qui se sont juxtaposées *. des Alpins solides et trapus. Y a-t-il un rapport entre ces noms et celui de l'ambre? Cela ne pourrait être que si « ambre « était de pnvenance indo-européenne primitive. d ailleurs. 3. On se présente — de l'autre. qui fut celui de l'État espagnol de l'Èbre. sous forme de nombreux îlots. ou l'un des noms ^. de cette grande famille. des blonds venus du Nord. qualifient des situations politiques qui se sont succédé ^ et non pas des unité. Parmi eux se trouvaient des hommes pareils à nos Flamands et d'autres pareils à nos Provençaux. bien entendu. J'ai également supposé que les Italo-Celtes avaient comme nom collectif celui d'Ambrons. et ceux de Francs et de Français après eux. en faisant des Ibères une race s'étant. je ne dis pas une race. nul historien n'a le droit d'attribuer à a remarqué qu'à l'époque historique. Ce fut le premier nom général qui y définit des multitudes humaines. le nom de Ligures sporadiquement en Occident dans les mêmes conditions qu'au Moyen Age celui de Romani. Sauf. Ce qui est vrai. Mais je répète et je dis un nom. Je crois à peine commencée. étendue par toute la Gaule. et qu'on pourrait aussi en rapprocher celui d'Ombriens. Je dirai de même pour le nom ibère. des bruns venus du Midi. : i nous rappr'>che des temps où cet Occident avait son il nous conduit aux lieux mêmes où elle régnait ^ Nous sommes donc invités à croire qu'il était le nom. Nul d'entre nous n'a le droit. Pas davantage. et dont on a tellement abusé et mésusé. et non pas un Gaulois ou un Romain. lequel se manifeste. de dire qu'il est un Ligure. porté ces noms l'un ù côté 1. . sur la surface de l'ancien Empire romain.82 DE LA GAULE A LA FRANCE. 4. c'est qu'il est fils et petit-flls de Romain et de Gaulois ces trois noms. l'enquête sur ces vastes appellations collectives. avant les Ligures. une langue. Les Ligures seraient donc le peuple et la langue qui auraient dominé en Gaule et en Occident avant l'apparition du nom gaulois ou du nom celtique. pendant quelques générations. l'existence de groupes politiques dUtincts ayant. des Méditerranéens agiles et souples. 2.

corps et âmes. Le poète et le juriste de Rome. le Druide de la Loire. le chasseur ciseleur de silex et. celuilà développant l'esprit. en passant mais nos nous. ont également travaillé à faire le génie de notre nation et à faire le génie de chacun de l'autre. et avant eux le laboureur armé du pic néolithique. vies et terres. Chaque période de nos anciennes destinées possède aujourd'hui ses admirateurs ou ses dévots. Aucun ne mérite d'être traité en fait sa ouvrier principal. sur trices les institutions direc- de cet énorme Empire d'Occident. nous sommes réduits. et à côté d'eux a travaillé à cette même tâche le Grec de Marseille. jusqu'à nouvel ordre. » Nous ne sommes aïeux ni des Ligures ni des ont été tour à tour l'un et par ces phases successives. Et l'œuvre éternelle n'est peut- être pas encore terminée. Cette unité ne ressemblait ni à l'Empire d'Attila. ont travaillé cinquante générations de Chré- tiens et de philosophes. de notre tempérament de peuple. le Ligure des dolmens. aux plus fragiles conjec- Que l'expression d'Empire ne nous égare pas.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. après eux encore. » Les enthousiastes de l'époque « et leurs derniers héritiers se récrient » Nous sommes des Gaulois formés par les Druides. Chaque siècle. chaque nom d'histoire a part de labeur. celui-ci défrichant la terre. On a dit pendant longtemps et des écri: vains d'intelligence rare écrivent encore « Nous sommes : Romains avec Jules romantique César. Ligures. le vergobret de la Gaule. ils nous ont aidés à devenir des Français. est le produit d'une création dix à vingt fois millénaire. Sur l'organisation générale. 83 l'époque ligure l'origine de notre civilisation nationale. lançant des hordes . Notre France. tures. fait dire La récente découverte des siècles ligures a des choses nouvelles : « Arrière Gaulois et aux fanatiques Romains Nous ! sommes Gaulois. et.

C'était : une communauté à la fois plus libre et plus pro- plus profonde. à une Peut-être il tribu suzeraine. circulant l'or ou l'argent. et peut-être aussi de manufactures. à un corps suprême. car elle devait reposer sur de fortes similitudes de cultes. eux aussi par des traites familières. réunissant entre eux les lieux sacrés l'ambre. ces centres religieux. ces espaces consacrés. des pistes connues de temps immémorial. ni à celui de Xerxès. et enfin. organisés sous forme de caravanes. je commence à en entreen voir quelques-uns dans l'ombre de la préhistoire : Gaule. ces pèlerinages. situés sur rivages ou les îles côtières. placés sous l'invocation de divinités universelles. *. et ces sanctuaires maritimes. l'un et l'autre. la Terre leur mère ou le Soleil leur maître. résidence. de reliés marchés. principal élément d'union et d'alliance était- l'élément religieux et sacerdotal. car je doute qu'elle le ait obéi à un seul souverain. mi-chemin de son cours. Je me : suis toujours représenté l'ancien monde européen comme assez sem- blable d'allure à la Chrétienté médiévale en des espaces choisis et traditionnels. où souvent le même voyageur et. les pierres dures. De ces lieux saints de l'Occident où s'est formé le patrimoine collectif des Européens. celui où nous trouverons bientôt la Loire. lieux de rendez. plus libre.vous de milliers de pèlerins. servant à la fois de lieux de prières. où le marest chand coudoie le fidèle. les chemins de Saint-Jacques ou les che- . et surtout l'étain et ces sanctuaires. communs étroite- à tous. ni à celui de ment fonde serré par des lois et des ordres Rome. et sur ces pistes.84 DE LA GAULE A LA FRANCE. quelques-uns de les non les moindres. de caravansérails. d'institutions et de langues. auxquelles pouvaient et devaient se soumettre tous les hommes de cette lignée. sur et Gien. Voyez par exemple mins de Rome. telles les abbayes du Moyen Age. des sanctuaires gouvernés par des prêtres. entre Orléans 1. à les Druides. juxtaposi- du fond de sa tion de vingt peuples divers. le corail et le cuivre.

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
dans
les. Iles

85

Britanniques, cette

île

d'Anglesey qui fut

peut-être le trait d'union cultuel entre Irlande et Grande-

Bretagne; un autre aux Pays-Bas, en cette île de Walcheren où commencent les grandes routes de l'Escaut, de

Meuse et du Rhin ^; plus loin sur ce rivage, l'îlot sacré de Heligoland, face à l'ouverture de l'Elbe; de l'autre côté de l'Occident, un lieu saint à Aquilée, près de Venise, à l'endroit d'où l'on descend des Alpes, où l'on arrive de l'Adriatique -. Au delà de ces sanctuaires proprement italoceltiques, commençait la ligne de ceux que revendiquaient pour eux les terres helléniques, comme celui de Dodone en Épire, ou qui demeuraient dans la contrée des ancêtres indo-européens, comme celui de l'île de Fehmarn au pasla

sage des détroits danois ^ et, l'aïeul et peut-être le plus sacré de tous, celui de l'ambre baltique au Samland, entre
Vistule et Niémen. Car,

même

après migrations et disper-

sions, les relations continuèrent

d'abord entre

les

hommes

ou

les prêtres.

Ces pérégrinations lointaines, accomplies grâce à des trêves de dieux et à des protections de prêtres, n'étaient

pas

le

principal dans la vie de ces

hommes.

Elle se passait

surtovit à cultiver et à récolter.

plus fortes, avec des

L'œuvre de défrichement continua, dans des proportions moyens plus perfectionnés, sous une

coordination plus régulière des bras et des volontés.
1. C'est, je crois, le

Dans

sanctuaire insulaire dont parle Strabon (IV, faisant face à la Bretagne et consacré à une déesse du sol indigène analogue à celle de Samothrace : et ce doit être le temple 'bien connu de Néhalennia à Domburg (Corpus inscr. Latin., t. XIII, n'5 8 775 et suiv.). L'importance de ces vieux sanctuaires insulaires
4, 6),

et maritimes suffirait à rappeler le rôle de la marine dans l'histoire primitive de l'Europe. 2. Le fameux sanctuaire de Bélénus, à Aquilée, est, dans les temps de l'Empire romain, Théritier de ce lieu saint. 3. Si c'est là qu'il faut placer le sanctuaire fédéral de la Terre

chez

les

peuples baltiques de l'ouest (Tacite, Germanie, 40).

86

DE LA GAULE A LA

FRAJSCE.

la légende d'Hercule, vainqueur de l'hydre de Lerne, nettoyeur des écuries d'Augias, chasseur des oiseaux du lac Stymphale, s'est dissimulé le souvenir et le symbole des vastes conquêtes agricoles dont la Grèce a été le témoin. Mais la Gaule a eu aussi les siennes, et si la légende ne les

a point célébrées, et leur grandeur.
le

elles

n'en eurent pas moins leur beauté

C'est après l'arrivée des Indo-Européens que je placerai

formidable travail de la Limagne, immense marais qui

fut alors transformé en cette terre merveilleuse, la joie

des yeux de France ^ Cette fois, ce n'est plus la besogne médiocre et pénible d'un travailleur isolé ce sont des milliers d'hommes qui s'attachent ensemble à des milliers d'hectares; c'est l'assaut discipliné contre le marécage, mille canaux qui le pénètrent comme des tranchées d'at:

taque, des ingénieurs qui calculent

les

pentes, qui atten-

dent le résultat pour donner de nouveaux ordres, l'armée des laboureurs succédant à l'armée des terrassiers. Nous

avons

le tort "de

réserver ces

mots

d'orgueil scientifique,
Ils

ingénieur ou calcul, à nos entreprises contemporaines.
ce que, depuis Henri

valent tout autant pour ces tâches d'autrefois. Songeons à

IV ou au Moyen Age, a représenté de de méditation, de volonté, le dessèchement des marais de la Garonne et de Normandie, du Lay etdela Sèvre et sachons admirer les créateurs de la Limagne Niortaise au même titre que les moines de Maillezais ou les Flapeine,
:

mands
d'eux.

appelés par Sully. L'histoire se doit également à
se sont fait oublier et à

ceux qui

ceux qui ont

fait parler

La Limagne
1.

est le chef-d'œuvre de ce

temps; mais en

Voyez

le

chapitre consacré à la

Limagne d'Auvergne dans

la Géologie agricole de Risler, si précieuse même pour l'histoire, Paris, Berger-Levrault). t. II, p. 404 et suiv. (1889, de Dienne, Histoire du 2. Je renvoie à deux livres essentiels
:

marais en France avant 1789, paru en 1891, Paris, Champion; Etienne Clouzot, Les Marais de la Sèvre Niortaise et du Lay, 1904, Paris, Champion. Et il y aurait bien des monographies de grand intérêt à écrire encore sur ce sujet.
dessèchement des lacs
et

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.

87

Bourgogne, en Soissonnais, en Picardie, en Agenais, en Languedoc, dans le Coratat, en Alsace, dans toutes nos
provinces d'aujourd'hui, des affaires pareilles furent réussies.

Nous ne voyons
:

le le

chasseur qui court la forêt ou

marécage

temps reculés que sauvage perdu dans j'aperçois plus volontiers le bûcheron qui
d'ordinaire en ces
le
le terrassier

défriche l'une,

qui dessèche l'autre.

On

insiste

sans cesse, pour décrire cette époque, sur la note de barbarie
vail.
:

j'ai le

droit et le devoir d'insister sur celle de tra-

Fouillée

avec audace, la terre

livrait

de

nouvelles

richesses métalUques.

On connut

l'étain après le cuivre,

l'or. Le hasard d'une expérience heureuse ou quelque renseignement venu d'Orient révéla la possi-, bilité d'un alliage entre les métaux et l'union du cuivre

l'argent après

:

et de l'étain produisit le bronze, malléable, solide et bril-

comme un métal créé par l'homme *. Grâce au bronze, la hache fut perfectionnée chaque jour. Gomme arme de combat, elle fut aidée par le poignard, puis par l'épée, dont nous verrons plus tard le triomphe. Des objets de tout genre apparurent sous l'action du métal 2, fines et longues aiguilles pareilles à des dards, agrafes ou fibules aux têtes ornées de spirales car le bronze se prêtait à la rigidité de la pointe qui transperce et à la souplesse du fil qui s'enroule. Depuis que les Hyperboréens, descendus vers le sud, se trouvaient en contact direct avec les vieilles civilisations de l'Orient, ils purent
lant, qui fut
:

1. Je n'ose, au sujet de ce problème de rorigine du bronze, me décider entre la thèse de l'origine unique, qui serait en Orient, et celle des origines multiples, dont une quelque part dans le monde indo-européen. N'oublions pas que ces populations primitives de l'Europe se pénétraient certainement beaucoup plus que nous ne pensons. 2. Pour l'âge du bronze, ou le premier âge du métal, voir le partie, 1910. Manuel de Déchelette, t. II,

V

88

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

connaître et adopter

progrès réalisés aux bords de la

Méditerranée

*.

Des animaux domestiques furent affectés à de nouveaux usages. Le cheval, qui venait à peine d'être soumis, fut attelé à des chars ou à des chariots car la roue avait été découverte; et ce n'est sans doute pas à pied que partirent tous les émigrants. Le bœuf fut attaché à la charrue, et rhom«ie n'eut plus qu'à manœuvrer le soc au
:

lieu

de

le

conduire lui-même.
le

L'attelage du bœuf, le labour à la charrue, voilà, pour

nos pays agricoles de France,
à la
fois l'outil et la terre associés
le sillon

signe d'une ère nouvelle,

de travail et de sentiment. C'est l'homme, l'animal, en une

commune

entreprise; c'est

qui se creuse sans peine et s'allonge sans erreur;

c'est le sol qui le reçoit

joyeusement;

c'est le

laboureur

et la bête qui s'avancent

ensemble, en une marche rythmée,

\

'

ciel et l'or du soleil. Assurément, les génétemps ne définirent pas la poésie sainte de ces choses avec la virtuosité d'un Millet ou d'un Victor Hugo. Mais soyons sûrs qu'elles la sentirent confusément, qu'elles comprirent la magie religieuse du labourage. Les principales images, d'ailleurs enfantines et grossières, que nous ont laissées leurs artistes, représentent des charrues et des attelages de bœufs ^. Aux siècles disparus des troglodytes, l'homme fixait la figure de l'animal de chasse, espérance de sa vie et but de ses courses il fixe maintenant le simulacre du labeur, dont la pensée domine son âme. Enfin, ces nouveaux instruments et ces nouvelles matières du travail industriel permirent de construire des édifices

sous l'azur du

rations de ce

:

plus

solides

et

plus

durables

*.

On

s'attaqua avec plus

1. Mais je ne peux croire qu'ils n'aient pas imaginé par eux-mêmes bien des choses de métal. 2. Les gravures rupestres des Alpes de Tende, si patiemment mises en lumière par Bicknell; de ce dernier, surtout A guide to the prehisioric rock engravings in the Ilalian Maritime Alps, 1913, Bordighera, Bessone. 3. C'est à dessein que je me suis interdit d'insister sur les monuments mégalithiques au chapitre précédent, avant l'introduction

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
d'énergie à la pierre,

89

comme on l'avait fait à la terre. Les demeures des vivants restaient toujours en bois mais, pour les demeures ou les souvenirs des morts, on bâtit des dolmens chaque jour plus massifs, des menhirs chaque jour plus hauts'. Le Men-er-Hroeck de Locmariaquer dresse son pilier à plus de 20 mètres; la grande dalle qui
:

recouvre la chambre sépulcrale de Gavr'inis a plus de 12 mètres carrés. Pour amener ces blocs, pour dresser ces
il fallut des charpentes, des rouleaux, des cordages de dimensions considérables et d'une solidité à toute épreuve, et il fallut en outre des équipes d'hommes orga-

obélisques,

nisées,

manœuvrant avec ensemble
il il

sous l'ordre d'un seul

chef, et

fallut enfin, chez ce chef, des calculs attentifs

et minutieux. Certes,

ne

les faisait

pas par

écrit,

il

ne

savait ce qu'étaient l'épure, le papier, le chiffre et la méca-

nique

:

tout se passait en son cerveau, par souvenirs et

Mais lui aussi, comme le dessiccateur de la LJmagne, valait sa valeur de savant. Cette construction de mausolées indestructibles nous ramènera à la même conclusion que le dessèchement des marais, que la dénomination des détails du sol l'éducation de la terre est terminée, par le labour, par le tombeau, par la sainteté du nom. Attendons quelques génénous verrons cette terre imprimer son rations encore image sur les sociétés politiques.
réflexions.
:

:

En même temps que la terre, les familles et les tribus humaines qui l'habitaient recevaient, elles aussi, leurs façons
définitives, les règles de leur vie et les lignes de leur droit-.

du métal. Dans un sens contraire, Déchelette les étudie sous la rubrique âge de la pierre polie (t. I de son Manuel). 1. Ce qui n'exclut pas le rapetissement de ce genre de construction à une époque postérieure. 2. Je m'inspire, pour ce qui suit, de Fu-tel de Coulanges, La qui ait été l«nté Cité antique, le premier et le plus grand eflui
'.

membre de la société. violence. pourvu de droits et honoré de la titres. et que les institutions se sont ou établies ou préparées. auxiliaire et associée Le père de famille a pour compagne. l'espace qu'elle habite. la mariage n'est plus ou n'est point un acte de femme enlevée comme un butin de chasse ou de guerre.90 DE LA GAULE A LA FRAyCE. Cette famille était l'idéal de la vie terrestre. dans la vie elle participe à son culte et à ses titres : où il sera père et maître. Celui-ci guide et. et peut-être déjà les champs qu'elle cultive. que les croyances ". Ils sont sous sa juridiction et sa discipline. Elle possédait. constituée par l'homme au jour du mariage. mais ce ne sont pas des esclaves. elle sera mère et maîtresse. devant les dieux elle est son égale. Mais enfin. dans une antiquité sans date. » : . eux aussi. Il est vrai que l'homme demeure la le maître. ibi Gaia. placée sous la sauvegarde des dieux et la sanction du culte. pour reconstituer la morale et le droit primitifs des Indo-Européens. et peut-être les poètes ou les prêtres la comparaient-ils à l'union féconde entre la Terre-Mère et le Soleil dominateur tout ainsi que cet accord entre les dieux suprêm. en les élevant corps et âmes. Son devoir. comme dira le rituel romain. Pour être vraiment un homme. Le principe de la vie sociale est la famille.es.se sont formées. la maison qui l'abrite. sa réplique ou son emblème sur le car toute lignée humaine doit montrer son lieu de rési- dence. C'est une union librement consentie. dépendent du père. la vie conjugale est indissoluble. P. l'épouse oubliera la famille de sa naissance pour ne plus connaître que celle de son mari. est de les préparer à devenir pères de famille à leur tour. sol : pour ainsi parler. femme Car qu'il s'est choisie et qui a accepté de vivre avec lui. Les enfants. il faut être père de famille. le mariage est l'origine le : d'une famille éternelle. la juge. ubi Gaius. 4 « Les populations grecques et italiennes sont infiniment plus vieilles que Romulus et Homère. C'est dans une époque plus ancienne. au besoin.

Si t)lu- groupent pour former un village. La communion avec des les morts est un devoir : les hommes. Elle est pour le père un temple pour un prêtre. Le seuil et l'âtre en sont des endroits consacrés. et d'une mort dont on ne revient plus. Et sans doute l'élément familial se retrouvait. entre les citoyens d'une tribu. Si le père engendre. Si plusieurs villages s'entendent pour former une tribu. Tout dans sieurs l'univers ressemble à se une famille. une « piété » continue. son foyer et son feu sacré. ce village aura. et cette piété est le levain impérissable qui fait surgir et s'animer toute vie sociale. entre les voisins d'un village. ou. la famille vivra le temps comme sur l'espace. les prier. à la manière de ce feu immortel. mais une affection agissante. sans cesse exprimée par des paroles et des actes. ainsi que la famille. Entre les ces tribus. c'est le foyer de cet âtre. Le despotisme y était inconnu. à un tyran gouvernant à sa guise. prêtre et roi. juge. circule du père à l'épouse. 91 La maison ce que serait est une chose sainte. son chef.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. dans les sacerdoces ou les royautés religieuses des grands maisons sanctuaires régionaux. en parler. de un échange religieux de sentiments et de devoirs. dans ces sociétés d'autrefois. Il ne faut pas que l'oubli atteigne les aïeux qui sont morts que leurs tombes soient au voisinage de la maison ou dans un champ dans c'est : sacré des terres lointaines. leur sacrifier. comme diront plus tard les Latins. au-dessus du roi . Mais ce qu'elle a surtout de divin et d'éternel. pour que ses fils engendrent après lui. Car. ce serait les faire supprimer de la mémoire périr une seconde fois. ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître. des fils aux parents. de ces villages. ainsi que la maison. cette tribu aura. qui ne doit jamais s'éteindre. Rien. les vivants veulent se souvenir d'eux. Au-dessus du père de famille était le devoir familial. sous la forme d'une paternité et d'une fraternité morales. L'afïection. c'est membres de ces familles.

Je les indique d'après les deux ouvrages de Leist. Les êtres passaient. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Tu Tu dois maîtriser tes Tu dois te tenir propre et pur. ce n'est pas un chef. sens. On a pu ramener à neuf principes la morale fonda« Tu dois mentale des premiers Indo-Européens Tu dois respecter et respecter et honorer les dieux. parmi ses prêtres ou ses conducteurs. des législateurs aussi capables que Moïse ou Hammourabi de formuler des préceptes de conduite ou de rédiger des articles les de loi : seulement les articles de la loi se répétaient par la parole et n'étaient pas inscrits sur des tables. pas plus d'ailleurs qu'Israël lui1. Tu ne dois pas tuer. léna). léna) et Alt-arisches Jus civile (1892-6. Rappelons-nous la manière indépendante dont les Grecs autres. c'est la loi. . l'étranger et le mendiant. aussi bien pour le chef que pour les Un souffle de liberté et d'égalité agite ces hommes. Tu dois obéir à l'ordre de ta tribu. Ce qui commande véritablement à des hommes. Une morale impérieuse avait été établie pour eux tous. Tu ne dois pas mentir.92 DE LA GAULE A LA FRANCE. honorer tes parents. ' : — — — — — — — — — — : — connaissait point toutes. familles et tribus restaient. Je crois bien que l'Europe occidentale avait trouvé. Alt-arisches Jus gentium (1889. Tu ne dois pas voler. Des obligations plus précises réglaient les rapports entre hommes. » Toute la loi d'Israël fut dans les dix commandements que Moïse édicta pour son peuple en marche nous en retrouvons de semblables dans le monde européen à l'époque de ses migrations. de tribu était l'Esprit de la tribu. Il connaissait donc les règles de la Il est vrai qu'il ne les morale absolue et immuable. qui est la pour tous. même d'Homère parlent à leurs rois : c'est un dernier écho de la tradition primitive des Indo-Européens. dois honorer ton hôte.

le vol. . le meurtre et le mensonge sont interdits. A coup sûr. tous ces devoirs devaient être à chaque ils instant violés par des milliers d'hommes. Il n'empêche que cette morale européenne ne fait point une part exclusive au sentiment égoïste et fermé de la famille et de la tribu. Par cela seul qu'il y est question d'amour et de respect pour quelques-uns. Mais ce qui importe. c'est que quelques-uns des maîtres des aient voulu les inscrire dans le cœur de tous. de la vérité. que le Christ : ajoutera aux dix commandements. de l'existence humaine. Enfin. ceux de son groupe. 93 même d' a nous n'entendons point. et je ne suis point sûr que ces prohibitions fussent limitées à la famille ou à la tribu. le m. vaste patrie ou humanité tout entière. c'est que l'élite hommes comprît déjà. au droit universel. comme le les sont encore. c'est qu'on a reconnu la nécessité ou la beauté de la discipline morale.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. parmi ses ordres. celui aimer son prochain comme soi-même ». on peut prévoir le jour où respect et amour passeront à des groupes plus étendus. s'y manifestent.endiant ou à des sympathies le misérable. Si la débauche. : il ont aussi droit à des égards y a donc des devoirs même envers par cela seul qu'il est un homme. Des préludes à la bonté. l'hôte. l'étranger.

plus très reli- sociale. à voir dans l'organisation druidique la survivance d'institutions antérieures au nom celtique. Approche des Méditerranéens et fondation de Marseille. plus commerciale elle les que politique. Les « pays se groupent en provinces ou « cités ». Je me décide. Le roi de tribu.IV L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS LIGURES ET DRUIDES *. renfermait point en germes d'une Aucune puissance matérielle n'existait pour la maintenir. Le « pays ». p. . voyez Revue des Études anciennes. 102 et s. L'Armorique. Pour les arguments en faveur de cette thèse. Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale. — — — — — — — — — — — — — >•> — — L'unité de l'Europe occidentale se disloqua à la veille de l'an mille avant notre ère. d'image. L'âge de répée se prépare et l'âge du fer commence. 1. gieuse que Une aussi vaste communauté. sociale et religieuse. La rupture de Vanité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France. L'assemblée des Druides au centre sacré de la Gaule.. après de longues hésitations. L'Armorique. Hiérarchie druidique et dieux généraux. capitale des morts. centre de vie agricole. A propos des sacrifices humains. souveraine de l'Océan. p. Caractères de la civilisation druidique : pas d'écriture. Dangers qui naissent des ambitions commerciales. 1919. de temple. sans ces convulsions sanglantes qui brisèrent l'Empire romain. Sacrifices communs et communauté religieuse. La rupture dut se faire d'elle-même. 27 et s. ne longue durée. Relations religieuses avec la Grande-Bretagne.

telle terre. Les plus anciennes générations avaient pris possession du sol. à vivre chacune pour soi.L'ÉPOQUE DES PRÉTRES-ROIS. Voici maintenant que tout jamais accord fraternel. religieux ou autres qu'on a pu constater dans le monde occidental à la première époque indo- européenne. enracinés à cette terre. plus décisif encore. les populations furent chaque jour plus indifférentes à leurs voisines du couchant. bien enfermée dans le cadre providentiel de ses : mers. était fait vers \ l'avènement de notre patrie. ces 1. L'Italie. les Ombriens. avec elles. les contours intellectuels et sur hommes. Aucune trace de gouvernement central ou général ne résulte des faits linguistiques. et ce fut sous la domination du robuste peuple du Tibre et des Apennins. de plus récentes avaient fixé les lois fondamentales de cette vie. Elle avait contre elle le jeu des forces géographiques. et peut-être. A l'est du Rhin. tendance des régions naturelles de l'Europe à se suffire à elles-mêmes. dans le rayonnement de ses vallées et à l'ombre de ses montagnes familières. prit et garda. moraux de l'entente des hommes. d'autres étaient venues. archéologiques. qui avaient fait de la terre la base de la vie sociale. Mais l'unité la plus nette et la plus forte qui apparut alors dans le monde occidental fut celle de notre pays au lendemain et à la faveur de la décadence de la société italo-celtique. comme société que la nature l'avait créée comme Un nouveau pas. Au sud des Pyrénées. s'y rapprochent pour un pour une communauté nationale. et ne vécurent plus que sous le reflet des États étrangers qui grandirent sur l'Èbre « et en Andalousie. Un lien religieux assez étroit continua à grouper ensemble les tribus de la GrandeBretagne. ou perdit et reprit une certaine homogénéité. les tribus indo-européennes allèrent à l'isolement. terre de Saturne ». celles de l'Irlande. 95 aucun gouvernement ne prenait intérêt à sa conservation la '. . l'être qui devait devenir la Gaule et la France se montra enfin sous la forme d'une personnalité religieuse et politique. et se laissèrent peu à peu assauvagir par les forêts et les marécages qui les enserraient.

96 DE LA GAULE A LA FRANCE. L'unité gauloise (je me sers de ce mot de Gaule par anticipation) était essentiellement d'ordre religieux. pour la ainsi que la contrée tout entière sentît et respirât d'un souffle plus régulier et plus général. elles esquissent parfois de la De même mérite de réparer un instant nouvelles patries hommes car. se réunissaient en un pour y tenir leurs assises. ce n'était que concile et cénacle en réalité. les montagnes et le Rhin. les prêtres des tribus. Ce lieu de rencontre avait été expressément accepté parce qu'on le disait au centre de la contrée habitée par toutes les tribus de même sang. La conquête indo-européenne avait évidemment préparé ce jour où une nation devait se fonder en France. Chaque année. mille ans plus tard. c'était assemblée nationale. qu'on appelait les Druides. l'Empire romain. lui aussi. même groupés pat la violence. parler. manière encore. près de la forêt d'Orléans. en réunissant les tronçons de la Gaule chrétienne. image symbole de patrie. il fallait donc que l'on eût l'idée d'une de prêtres et . l'Empire carolingien a eu le le mal fait par les épigones de Dagobert. elle et les lointains plus avait. en lui rappelant sans cesse ses vraies frontières. à des jours lieu consacré solennels. Lyon ou Trêves. en De lui même manière. les obtiennent toujours un bénéfice à se serrer plus : près les uns des autres. en cherchant pour elle des capitales. fait elle avait rendu les routes plus fréquentées accessibles. comme je l'ai déjà indiqué. En : apparence. Elle avait obligé les familles de ce pays à se connaître et à se comprendre. et ce lieu était. Si dangereuses que soient ces grandes formations impériales pour le repos et la santé du monde. Pour avoir ainsi cherché et choisi ce centre. elles ne font pourtant pas que le mal. contribuera à parfaire l'unité de la Gaule. sur la Loire. imposant à nouveau la même langue et les mêmes dieux.

lorsque moines bénédictins voudront refaire l'unité intellectuelle et morale de cette Gaule devenue chrétienne. 16). pour désigner JfLLus. hommes de Rhin. à Fleury-sur-Loire. à. Je répète que je ne les me sers de cette expression de ligure que celtique. 229. et. pour doter une nation d'un domicile certain. on touche à la fois à France. '. Je ne dis pas que cette contrée correspondît exactement à la France. qu'ils installeront un puissant monastère et leurs plus célèbres écoles car là. pour une nation. domine. autour duquel s'unissent terres et forces vives. plus que les frontières. pour une famille. 4. ce est-il possible : car les prêtres et les fidèles d'alors aimaient plus encore les que nous les les lignes tracées. contours précis et visibles. c'est de lui marquer un centre. 1920. foyer et capitale. 3. Voyez p. 3. près de la fontaine Saint-Sébastien {Bullelin de la Section de Géographie. 7 . Il était admirablement placé pour commander à tout ce qui sera la Gaule. plus au sud. Aquitaine et Bourgogne'. l'île attirante de Sein aux neuf prophétesses. On eut alors pour centre. Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire. Regardez les lieux extrêmes de la Gaule ligure* l'île de \Yalcheren avec son sanctuaire cher aux marins de la mer du Nord. qui sera le plus révéré des lieux gaulois au voisinage du Rhin. fallait qu'on eût la notion de son étendue et l'indication de les le ses limites. J'incline à accepter l'hypothèse de Soyer sur l'emplacement de « l'ombilic » gaulois. le : : 1. n. diront-ils. : enceintes consacrées Il n'importe d'ailleurs le principe souverain. en tant que demeure de tribus parentes. contrée. indiquant la valeur rituelle et frontière aux époques les plus anciennes. le rocher de Monaco. p. Mandeure au pied du Jura. pour définir une région. le sanctuaire de la Loire ^. la capitale. résidence il d'une famille sociale. de lui imposer un cœur qui le foyer. vaut plus que les murailles. Voyez l'importance des Et je pourrais citer bien des faits cultuelle d'une ligne 2. les Encore cela que temps lui aient assigné pour frontières deux mers et les deux chaînes de montagnes. limites dans le droit fécial primitif. c'est au même endroit.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. les Deux mille ans plus tard. future station d'Hercule. temps antérieurs à l'Empire la — De Gaule à la Franco.

Mais c'est précisément pour cela que de tels mots.98 DE LA GAULE A LA FRANCE. vers 164-172. Je pourrais ajouter les nombres rigoureusement exacts. Elles vivaient. de telles idées conviennent à ces générations anciennes. les habitudes scienpeu à peu chassé cette allure magique que l'homme imprimait à terre sa vie. D'après Aviénus. la description de la Terre Promise. relisons l'Ancien Testament. la mère même de leur société. occupés par des enceintes sacrées. le fleuve médian de la France? Toujours est-il que là où était le centre du pays. c'était la terre propre de leur nation. bien plus que les nôtres. le cap du Figuier aux abords de l'île enchantée de Saturne \ tous ces angles naturels de la Gaule. voyez les dénombrements primitifs. Les hommes de ce temps ont-ils donc mesuré les étapes sur les routes pour arriver au milieu même de leur réseau? ou est-ce le hasard qui les y a conduits. l'histoire de sa conquête. les tribus associées qui s'arrêtent. l'unissant à la vie de la par des paroles mystérieuses et d'émouvantes for- mules. les solennels rassem- 1. depuis la Genèse jusqu'à Samuel. L'îlot de Santa-Clara à SaintSébastien? 2. si elles se tenaient en ce saint des saints pour sentir palpiter son cœur. de méta- tifiques ont phores et de figures. . là s'assemblaient ses prêtres. Si nous voulons nous rendre compte de la manière dont ces fondateurs de la Gaule se représentaient leur nation et sa terre. sont à égale distance de « l'ombilic » divin de la Loire. ce n'était pas seulement la terre universelle à laquelle elles donnaient le baiser de dévotion. la terre et la vie L'adaptation est maintenant absolue entre la vie de de la société. d'images et de symboles. On dira que ce sont là symboles et images. L'esprit laïque. et qui les a conduits exactement à la moitié du cours de la Loire. cap Cerbère qui abrite le port de Vénus. Si ces pieuses réunions avaient pour objet de culte la Terre-Mère. Je disais tout à l'heure que la religion aimait les lignes précises^ : mais elle aimait également les images concrètes qui dessinent la pensée.

sur les ombilics des pays celtiques. c'est pour vivifier à nouveau leur société. 1915. Finistère). nous observons des épisodes de vie collective qui nous rappellent les prêtres de la Gaule. Lorsque les hommes d'un clan. Il me paraît certain que « l'ombilic » de la Gaule était représenté par une pierre. telle que Gergo\ie ou Bibracte. tels que je me les figure au temps primitif. c'est une sorte de renaissance de sa conscience collective. renforcer la fraternité natio- 1. qui place son foyer au temple de ce Dieu. 193 et s'. 2. Sion ou Jérusalem rappelle plutôt une capitale militaire de la Gaule celtique. . s'y assembler reste. Loth. les centres religieux principaux au temps des Juges. comme s'il était une seule famille^. Esdras. § 1. et aujourd'hui encore la lecture de l'Ancien c'est Testament réussit à nous passionner. Au même chez les tribus arriérées de l'Australie. se rendent autour de la pierre mystique qui est l'emblème de leur vie sociale et qu'ils accomplissent les gestes et les actes solennels. et le repos accordé enfin à l'arche dans la colline sainte de Sion ^. si l'on veut établir une concordance plus exacte. serait avec Silo ou Mitspa. la solidarité fraternelle qu'à chaque instant nous entendons l'écho de nos pensées des ou de nos traditions nation. Les Druides ne faisaient pas autrement dans leur enceinte divine. pour l'ombilic druidique. et que nous n'avons parlé que d'Indo-Européens.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. ne sont pas loin de ressembler aux Druides. Que l'on n'objecte pas que ces conquérants de Chanaan étaient des Sémites. l'analogie véritable. et monte aux pour jours de fête vers la ville sacrée sa capitale. ils obéissaient au même désir. Revue des Études anciennes. en état de pureté rituelle. 3. 3. en particulier Samuel. cf. membres d'une un peuple qui s'identifie avec son Dieu. Les divergences entre les hommes ou que les entre les sociétés humaines sont moins si fortes ressemblances. ch. En réalité. 99 blements de leurs hommes autour de « la pierre de témoignage » *. . p. analogue à celles de Delphes ou d'Irlande ou à la pierre de Kermaria (dans Pont-L'Abbé. et les Juges. pour prendre un sentiment plus fort de ses attaches et de ses intérêts. groupés sur le giron de la terre maternelle.

100 DE LA GAULE A LA FRANCE. on confondait. à côté de leur rôle religieux. J'emprunte expressions et renseignements au célèbre ouvrage de Durkheim. comme un nouveau un nouveau traité de sauvegarde qu'elle contractait avec ses dieux. qui étaient des victimes humaines -. Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912. Nourry). leurs même les langue. en Australie. on unissait dans ce renouveau toutes les tribus associées ces sacrifices d'expiation et de purification devenaient aussi des actes de communion et d'alliance. Paris. qu'ils avaient une ascendance commune. 2. « la conscience collective. Voyez maintenant Loisv. des relations commerciales existaient entre leurs coutumes étaient pareilles. on englobait. Paris. de force et de pureté. rajeunir et réconforter cette société : c'était pour elle bail de vie. purifier. : Les prêtres. conscience de conscrences » ^ Seulement. la religion sociale s'est abêtie dans les rites magiques d'un clan atrophié. . Ce n'était pas en effet un groupement artificiel auquel présidaient les rites druidiques. nale. Par là même. Essai historique sur le sacrifice (1920. un réveil de la solidarité publique. Par le meurtre rituel de quelques hommes émissaires. tandis qu'en Gaule elle s'épanouissait dans l'image éternelle d'une grande nation. un resserrement du lien fédéral. Alcan). et peut-être se souvenaient-ils. communauté de sang les et cette fraternité d'alliance. ils tranchaient des litiges. Les prêtres et les dévots qui se rendaient aux bords de la Loire parlaient la tribus. en particulier p. Druides les renouvelaient dans les journées des assises par plus efficaces et les plus solennels des sacrifices. ils adoraient mêmes Cette les dieux. ainsi que les Juifs à Jérusalem. 033. car l'esprit de la 1. exerçaient de très importantes fonctions de juges : ils punissaient des coupables. sur qui l'on rejetait toutes les fautes et toutes les tares de la société. on pensait effacer ces tares et expier ces fautes.

Les prêtres. rentrés chacun en sa tribu. etc. n'a rien vu de comparable. verdure immuable au milieu de la forêt dépouillée. prêt à disparaître vers le sud. Juges. le prêtre des prêtres. au moment où fêtes. 18-19. 2. et elle répondait à un idéal qu'on peut supposer en leurs âmes. au solstice de décembre. Il est possible que son autorité fût purement nominale mais ce n'en était pas moins une souveraineté magnifique. et où le soleil. Le monde jusqu'au temps empereurs romains. 10. Il y avait une hiérarchie dans ce clergé. 3. été. consolidaient encore ces attaches nationales qui s'étaient renouées dans le sang de leurs Il sacrifices. sagesse divine textes ' 101 était en eux. le soleil apparaît dans toute sa gloire et la que d'autres moins sanglantes et plus paisibles. au solstice de juin. L'un d'eux était regardé comme le premier et le chef de tous. au moment où la terre reçoit les semences nouvelles. qu'avait lieu la cueillette du gui. J'imagine aussi d'espérances en l'éternité de la vie.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. et peut-être est-ce en ces fêtes de décembre. des titres. Mais dans l'intervalle de ces fêtes. Par la suppression des préils à batailles ou à querelles. des pratiques génécontinuaient la loi de l'alliance. avaient lieu en hiver. des noms donnaient une sanction permanente à l'unité. une gloire quasi divine. que rales : : d'être pour des millions d'hommes occidental. des institutions. « le roi des sacrifices des ». Ces Druides n'étaient pas égaux entre eux. s'arrête et revient pour recommencer sa course. Puis. Les dieux qu'on avait adorés aux heures saintes demeu1. le juge des juges. est vrai que ces fêtes J'imagine qu'elles avaient lieu en ne duraient que quelques instants. Je m'inspire pour cette expression de l'Ancien Testament. pleines terre dans toute sa maternité. avaient intérêt à rappeler sans cesse cette loi car elle faisait en partie leur puissance. .

avait fondé la nation dont il portait le nom. en admettant qu'il l'ait jamais été? Disait-on simplement «la Teutatès? nation ». une dernière question se pose à propos de cette assemblée. d'empereur et de législateur. Ceux que nous trouverons bientôt sur les Taran. dieu d'alliance disait il : son fils nom de la national on de lui que. nom et son histoire.102 DE LA GAULE A LA FRANCE. l'astreignant au travail et par son je à la paix. dans ces enceintes de prières. nombre et noms de dieux nous que inté- ressent moins. ouvrant des routes et des marchés. Nous vou- drions les connaître exactement. sur la Loire. tonnerre. a une telle allure de Génie de peuple. ou. 1. lui révélant l'industrie et les arts. comme on disait le dieu « national )>. ne sont peut-être que de nouveaux venus. dès ce temps-là. mère du dieu et de la nation. que le fait même des prières communes et celui de l'enceinte où tant d'hommes sont assemblés. nous ne pouvons encore les distinguer. qu'il l'avait ensuite disciplinée. d'Esprit social. Ésus. aux assises religieuses de ses tribus associées. Tentâtes. — Je ne pense pas qu'on puisse supposer l'existence. Qu'à côté ou même au-dessus de lui on ait adoré la Terre. Quel nom lui donnait-on? et quel nom ' ' donnait-on à la terre qui la renfermait? Le nom de Ligures était-il toujours celui de ces populations. le dieu des champs et des batailles. Ce Teutatès. à Bélénus le Soleil. . — — acceptés par les prêtres à la suite de révolutions politiques ou sociales. c'est fort probable. raient les dieux communs de toutes les tribus. de la société fédérale qu'elle représentait. que ne peux m'empêcher de le voir présider. qu'une place importante ait été faite un jour. auprès d'eux. il y a encore bien des motifs pour l'écarter. mais Certains indices m'ont parfois rendu l'iiypotlièse fort tentante. des mots de Gaule et de Gaulois '. Au reste. dieux adoptifs. J'ai peine cependant à croire que Teutatès n'ait point déjà existé signifie le dieu « comme ». le dieu du ciel et du bords sacrés de la Loire. Terre et peut-être aussi son époux. plutôt. Enfin. père et éducateur du peuple. le dieu souverain.

L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS.
Je ne
ce
dois

103

pas parler de Celtes, car

les

hommes de
j
I

nom

habitaient encore au delà du Rhin.

Ainsi, l'histoire ancienne de la Gaule s'inaugure dans
l'unité; et cette unité résulte
la région naturelle qu'est la

de l'accord profond entre' France et la société humaine

qui s'y est établie.
Pareil fait étonne ceux des historiens ou des sociologues
la pensée demeure dominée soit par le morcellement du monde antique en cités rivales, soit par l'émiettement

dont

actuel des populations sauvages en tribus qui s'ignorent;
et
ils

se refusent à reconnaître cette loi

du passé, que

l'his-

toire générale de l'Europe (pour

ne parler que de l'Eu-

rope) a

commencé sous les auspices de vastes fraternités humaines. Car ce que je dis de la Gaule, je pourrais le répéter d'autres régions de notre monde. A l'arrière des destinées

du Latium et des douze acropoles de l'Étrurie, il y eut, je crois, l'unité de « la Terre de Saturne », dont les mythes nous ont conservé le souvenir, et que l'archéologie reconstituera un jour. Avant de se décomposer en ligues ou en royaumes, la Grèce a connu le prestige d'une large société religieuse, qui lui a imposé la communauté de langue et de mythes et qui lui a laissé le regret éternel de l'accord disparu. Ce régime des cités antiques que nous voyons au temps de Thémistocle ou de Cincinnatus, ce n'est pas une société qui commence et se forme, c'est une société qui se disloque et finit. Ou, plutôt, si c'est le point de départ d'une civilisation nouvelle, d'un Hellénisme universel ou de l'Italie romaine, c'est en même temps la décomposition, qui se continue et s'achève, de l'Italie de Saturne ou de l'Hellénisme des fils de Dodone. Ainsi va le monde, ainsi se fait l'histoire, qu'une ancienne unité s'efface quand une nouvelle unité se prépare. En France, au dixième siècle,
classiques de l'Italie, des trente villes

104

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

\ on observera

prodromes d'une grande nation, qui
de cela,
le

est

déchirement féodal /sera le dernier terme de la rupture de l'Empire romain. Mais le grand mérite de la France, la loi providentielle
la nôtre; et à côté
les

devenue f

de ses destinées, et cela apparut dès l'origine, c'est que forces d'unité l'emportèrent toujours rapidement sur

les forces

diale,

ou

la conscience

de dispersion. Le souvenir de l'unité primorou l'instinct de l'unité nécessaire,

ne se perdirent jamais. L'idée d'une amitié collective, d'une union sacrée planera toujours au-dessus des divisions les plus fortes. Ce ne fut pas l'épisode symbolique d'un jour, compris de quelques initiés et oublié après eux, que ce rassemblement des prêtres de toutes les tribus aux abords de la Loire, au centre de la terre gauloise ce fut le premier signe d'une histoire qui ne finira plus. L'émotion ressentie en ces solennités druidiques ne disparaîtra pas. Elle pourra s'affaiblir pour longtemps, les masses pourront l'ignorer elle renaîtra sans cesse, quelle que soit la forme que lui donneront de nouvelles générations. Il y aura toujours des âmes d'élite qui conserveront l'espérance d'une grande patrie; et cela devait suffire pour
: :

assurer l'éternité à l'idée souveraine.

Si
les

grande et

si

sainte

que parût cette unité de

la Gaule,

hommes

qui la maintenaient ne se résignaient point
ils

à n'en pas sortir;

n'avaient pas perdu la tradition ou

le désir d'une unité plus grande et plus sainte encore.

Les liens étaient rompus avec les gens de l'Italie, et sans doute aussi, sauf quelques navigations commerciales vers Heligoland ou les marchés de l'ambre, les liens avec les parents plus lointains. La famille indo-européenne vivait de plus en plus en sociétés qui s'ignorent, chacune se transformant à part, les unes pour se civiliser, les autres pour dépérir. Mais le sentiment de la parenté et de l'alliance demeurait encore très vif, chez les prêtres de la Gaule,

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-BOIS.
à
l'endroit

105

de

leurs

voisins

des

Iles

Britanniques.

marine armoricaine, les échanges de trafic étaient fort intenses entre les deux rives de la Manche et du Détroit. On commençait à recourir, pour le bronze, à l'étain de Cornouailles. La mer servait de route, et non pas de frontière. Sur les côtés opposés, c'était la même
Grâce à
la

civihsation, l'ardeur à bâtir des mégalithes ', le goût d'une certaine céramique- et sans aucun doute de très étroites affmités de langage. Les prêtres des deux îles s'appelaient des Druides, comme les nôtres; et ils se réunis-

saient

eux aussi en des lieux consacrés, au centre de leurs
les

tribus ^

Entre

Druides de Gaule et
relations

les

Druides de Grandeet

Bretagne,

les

étaient profondes

continues.
l'île

Ceux du continent avaient même pour ceux de
respect particulier.
Ils

un

traitaient leurs voisins en maîtres

ou en initiateurs
«

:

c'était en Bretagne, disaient-ils,

que leur

discipline

»

avait été découverte, c'est-à-dire qu'avaient

été réglés les rites de leur culte, ou leur code de morale, ou leurs méthodes d'enseignement. Il serait possible que le Druidisme breton ait vu se lever autrefois un législateur célèbre, dont les leçons auraient pénétré en Gaule, dont la tradition, soigneusement recueillie, se serait conservée intacte dans les sanctuaires de l'île. Pour la connaître dans toute sa pureté, prêtres et néophytes d'ici n'hésitaient pas à passer le Détroit et à se mettre à l'école de leurs
voisins, dépositaires de la loi sacrée.

L'histoire religieuse et intellectuelle de la France est coutumière de ces hommages rendus aux Iles Britan-

1

niques. Ces néophytes gaulois qui traversent la
L'Irlande

mer pour

1.

est,

comme

et

l'Angleterre possède quelques-uns ques les plus puissants du monde.

notre Armorique, fort riche en dolmens; des monuments mégalithi-

2. Je m'en tiens aux recherches de Loth sur les vases à quatre anses (Revue des Études anciennes, 1908, p. 175 et s.). Le caractère armoricain de ces vases a été combattu par Déchelette, Manuel, t. II, p. 377. 3. Surtout l'île d'Anglesey

106

DE LA GAULE A LA FRANCE.

puiser aux sources vraies de la tradition druidique, annon-

cent ces dévots du cloître ou ces fervents de l'école qui,

au temps de Brunehaut ou de Charlemagne, appelèrent, pour régénérer la France ou pour l'instruire, l'Irlandais Colomban ou Alcuin le Breton. Des deux côtés du Détroit se transmettait l'habitude d'une alliance morale qui pouvait préparer un meilleur avenir aux terres occidentales de l'Europe.

Cette civilisation druidique excluait tout ce qui, depuis
la

conquête romaine,

fait partie

intégrante de notre vie

ordinaire.

Et c'est pourquoi ce mot de civilisation fait sourire, quand on le voit appliqué aux prêtres et aux éducateurs de ces temps reculés.
Ils
ils le

ignoraient l'écriture, ou,

s'ils

en connaissaient l'usage,

condamnaient. Entre le dieu et le fidèle pour le sacrement ou la prière, entre le chef et le citoyen pour l'ordre et l'obéissance, du maître à l'élève pour la science, de
la

l'homme à l'homme pour
suffisait; et,

promesse ou
la

l'amitié, la parole

mémoire des faits accomplis, elle suffisait encore. C'était évidemment priver les hommes de la sécurité et des joies que donne l'écriture, témoin infaillible du mot prononcé, écho fidèle des choses disparues. Pourtant, ne croire qu'en la parole, lui attribuer une
pour conserver
valeur solennelle et magique, faire qu'un

mot

lie

à jamais

une volonté plus que ne le ferait un signe sur le bronze, tracer pour toujours dans l'âme invisible l'empreinte des
âges passés et des ancêtres partis, incorporer par là à
l'esprit,

de façon indélébile, la croyance et la tradition,

fortifier ainsi

deux des

facultés maîtresses de l'homme,

la

cela avait une grandeur une beauté que nous ne devons point méconnaître. Nous voyons bien, aux services que nous rend l'écriture, le désastre que serait pour nous d'en être dépouillés; nous ne voyons pas assez les faiblesses intellectuelles et morales qu'a amenées sa divulgation.
et la religion
:

mémoire

du mot

et

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS.

107

Les Druides interdisaient d'imaginer la figure des dieux le doute de reproduire la figure des hommes monde était prive de ces merveilles que sont pour le regard les images divines, de ces joies que sont pour les survivants les images des êtres perdus. Mais cela n'empêchait pas
et sans
:

force

de songer au mort, de revoir nettement ses traits par la du souvenir, et de l'aimer encore de l'esprit et des

yeux; et la divinité ne pouvait que gagner en splendeur et en pureté, de ne point être représentée par des lignes matérielles.

L'usage n'était point venu de
bâtir des édifices.
terre
:

tailler la pierre et

d'en

Un

dieu n'avait point sa demeure sur la

l'endroit consacré

l'on priait et sacrifiait était

un

lieu

d'assemblée pour

les fidèles, et

non pas un

lieu

de

résidence pour la divinité. C'était en bois qu'étaient les

demeures des hommes. Seules, les enceintes sacrées des villes et les tombes des morts avaient droit à la pierre mais c'était pierre brute que le métal n'avait point polie.

:

Et

cette

tradition

continuait tout à la fois le respect

ancestral pour la pierre et l'inquiétude religieuse qu'a
éveiller l'emploi

pu

de ce métal.

telles prescriptions supprimaient beaucoup d'art beaucoup de science; mais la vie morale n'en prenait pas une fâcheuse allure. Nous avons été tellement éduqués par l'art et par l'écriture, que nous ne comprenons plus l'existence sans eux, que nous traitons de sauvages ou de barbares les siècles ou les peuplades qui en sont dépourvues. En réalité, il peut exister des civilisations qui ne les con-

De

et

naissent point, j'entends des sociétés hostiles à la lettre
et à l'image
le travail,
l'esprit

moulées qui pourtant enseignent

la

bonté et

qui honorent la justice et la vérité, qui cultivent
libre

de l'homme, où la réflexion et l'imagination se
carrière.

donnent

Des poésies admirables peuvent

n'avoir jamais été écrites et se transmettre de bouche en

1.

La valeur

religieuse des murailles doit

remonter aux temps

primitifs.

L'Indol'origine réservait à la parole toute sa force. Ces prodigieux inventeurs qu'ont été les hommes du silex et de la hache ignoraient le calcul écrit. On les ne fera pas un crime ou une aux Druides longtemps que et Grecs ou Italiotes. de l'Europe chrétienne et du monde moderne montrent avec quelle lenteur^ l'homme se déshabitue du rite de meurtre. lettre et l'image laissait à il l'Égyptien ou au Sémite la n'en valait ni plus ni moins d'être demeurés. aux habitudes aux des aïeux ^ Parmi ces habitudes. Les sacrifices humains ont été de tous les peuples et de tous les temps. les codes de morale n'ont pas été mieux observés. bouche. Rome. Israël n'y a pas été étranger. plus fidèles comme intelligence et faiblesse les lois comme cœur. même . le jeu de la poutre et de la paille n'est pas de mise pour l'historien. On ne considérait la mort que comme un passage à une autre vie. je reconnais qu'il en restait de les sacrifices humains. Le dogme de l'immortalité humaine avait de plus en plus pénétré dans les cœurs. il : Européen de toute sa vertu. en ces parages inconnus vers lesquels semblaient terribles et cruelles. A la décharge des temps druidiques. Athènes et Carthage les ont connus. religieuses ou juridiques de l'Empire romain. les mêmes angoisses que de nos jours. et certaines pratiques populaires. La religion a singulièrement perdu à devenir une forme de l'art. Pour avoir été gravés sur des tables de bronze ou de marbre.108 DE LA GAULE A LA FRANCE. il Je suis de plus en plus persuadé que la civilisation et peut-être la langue du Nord-Ouest sont demeurées les moins éloignées de l'indo-européanisme primitif. 1. par exemple Mais en cela encore. il faut rappeler que la mort n'éveillait pas alors les mêmes désespoirs. Le tombeau était pour le défunt une station d'attente ou de voyage à la veille de l'installation dans un second domicile. au delà des mers. Il irait habiter au loin. ne faut pas se payer de mots ou se nourrir de préjugés.

reste immuable. c'était le On se suicidait avec la même spontanéité qu'on sacrifiait un homme. à la place où on a déposé leurs restes ou sacrifié en leur nom. les appelait. Immoler un homme. polymathique du Morbihan pour l'année 1882. Des corps ont reposé sous ces dans ces chambres de pierre. c'est parce que l'Océan les attirait. en si grand nombre. Le mort n'était pas un être aboli. sur les paysages de France. de Closmadeuc. brûler des serviteurs sur le corps de leur maître. Ces piliers rappellent des êtres disparus. que la marée haute recouvre leurs pierres '. se porter les 109 caps de l'Armorique. et peut-être la pierre debout était-elle le simulacre de l'homme qui avait vécu. même façonnée. et surtout sur les caps et de l'Armorique. en vue de l'Océan. Ce prestige de la mort. Car l'idée dominante de toute génération laissera chez nous ses vestiges et ses témoins. sol. . l'idéal a travaillé la matière. Et « les alignements » de Carnac sont un immense champ des morts. menhirs tertres et à la religion funértiire. au voisinage de la mer.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. qui gardait à demi sa place parmi les vivants. se sont exprimés par des empreintes ineffaçables sur l'aspect de notre sol. dont l'un serait recouvert même à marée basse cf. et cromlechs appartiennent bien Car dolmens. la fureur de la gladiature a bâti les amphithéâtres aux faubourgs de nos villes. rapprocher de sa demeure définitive. J'ai peine à croire que la chose soit due à. un affaissement du . Il s'en trouve parfois de si proches des vagues. Je songe aux cromlechs de l'îlot d'Er-Lanic. Bull. à l'entrée du Morbihan. la gloire des morts a dressé les menhirs et les dolmens sur les les collines plateaux de nos campagnes. et la matière. de la Soc. comme si le défunt 1. Si ces morts sont là. L'amour de Dieu a bâti nos cathédrales au centre de nos cités. c'était ne point les séparer de celui qu'ils devaient servir après la tombe. il devenait un Esprit puissant et mystérieux. cette apothéose du défunt.

garants de l'unité nationale. etc. Je suppose que ces morts s'embarquaient là pour la résidence lointaine de leur nouvelle vie : Ulysse. Car beaucoup de ces morts n'étaient pas du pays. que ces rivages et ces tombes enveloppant le sol des vivants.) . Oceani prœtenlus aquis.110 DE LA GAULE A LA FRANCE. 1. un être amphibie. fais allusion à la poésie de Claudien {In Rufinum. autrefois habitant de la terre et était ensuite emporté par le flot. l. que ces routes sillonnées par des morts. la rive universelle des trépassés. Voilà. était venu en les Armorique pour rappeler tenir. non pas comme une société de prêtres \ivant ensemble. Je : suiv. même temps Il Ces Druides. non pas comme un monastère. dira-t-on plus tard. et. je me représente l'organisme druidique. il leur fit refaire la route qu'elles avaient suivie en partant K C'était. On voyait là les sépultures de ces marins armoricains dont la pensée nous revient à chaque époque de notre histoire. La baie des Trépassés? 2. Je reconnais d'ailleurs les objections que l'on peut faire à ce système. extremum pandit qiia Gallia litus. voilà un nouveau principe d'unité pour notre terre. outre les lois communes données par les prêtres. 123 et Est locus. mais comme une assemblée périodique de prêtres ayant cliacun son ressort. outre les assemblées des vivants au centre de la Loire. et voir les forces de dispersion après les énergies de rassemblement. que ces désirs suprêmes convergeant vers les mêmes rivages. ou qui projette au loin ses promontoires pour se laisser embrasser par elle. L'Armorique est une capitale de tombes. En d'autres termes. ubi ferlur Ulixes. cette Armorique qui s'entr'ouvre sans cesse pour recevoir la mer et l'étreindre. c'était le rendez-vous des morts de la Gaule. mais comme un concile. étaient en les représentants de petites sociétés locales ^ faut maintenant descendre dans ces sociétés. ombres qu'il voulait entre- par son évocation. mais on y voyait aussi celles de chefs ou de prêtres illustres amenés du reste de la Gaule.

nos vieux « pays » sont les héritiers directs des tribus ligures et le pays de Buch. du mamelon qui porte la ville de Senlis. son : les deux rives de son groupé autour de sa coHine sainte d'Alésia. trois mille ans en arrière de nous. qui oublie en chon. au centre de son domaine. ces villages disséminés au milieu d'eux. vivait indissolublement unie à une étendue tribu et pays ne faisaient qu'un. et le dévot pays de Montbéliard dans le rayonnement du lieu sacré de Mandeure.U ÉPOQUE pagus. aux extrémités. de migrations intérieures. Peut-être divisée en deux pagi. avait lié partie définitive avec la terre. ces hautes ces « hameaux et La plupart de ses lieux forts. ces champs qui s'étalent auprès. domaines existent toujours et forment pays » de France. les 111 L'unité sociale est la tribu. une tribu agricole qui. ces bois qui ferment l'horizon. des terres de culture qu'avoisinaient villages et refuges. et le Perthois de Champagne aux riches cultures. Sauf les cas. Voyez. les territoires des collines droites comme des sentinelles : là habitait et travaillait. un marché sacré. et la Maurienne allongée sur -. à l'entour. ce qui se présenta longtemps encore. que Latins appelleront mot de pagus. bien entendu. lieu de foire et de prières tout ensemble. à leur voisinage. et. et leBlayais girondin. c'est une des beautés de 1. C'est qu'en efïet chaque tribu. . ses blés et ses lins. avait ses hameaux. a donné naissance à notre mot de « pays ». enserré par les pinèdes autour du bassin d'Arcaforteresses. aux mêmes places. déterminée du sol Un demi-millier de tribus se partageaient les terres de : France. qui désigne un terroir de France. elle aussi. Ce DES PRÊTRES-ROIS. ses marché central. l'histoire le fleuve les marais et les landes qui le rétré- Trois millénaires et peut-être davantage pour de ces pays de France. 2. Chacune d'elles possédait. des : forêts qui les bordaient et où passait ses la frontière la forêt avait d'ailleurs. torrent et l'Auxois dominant cissent. Des caps de l'Armorique aux sommets des Alpes. tout ainsi que ' la nation. qui désigna primitivement un groupe humain.

qui se confondait souvent avec la déité de la colline la plus haute ou de la fontaine la plus abondante. qui avait inauguré sa les tribus vie. soit de l'ancêtre. de son sol. L'existence. Mais il une seule et même autorité. présentant déjà à son origine l'image de l'unité. Chacun de ces pays formait un petit État. offre notre destin que. Les chefs étaient les anciens et les principaux des villages. voilà une des causes les plus profondes de notre solidité comme nation. soit de l'animal ou de la plante qui lui servait d'arme parlante. sanglier. et l'Esprit ou le Génie de la tribu. de ces sociétés rurales. Le chef originel. Les coutumes du pays dépendaient surtout de la nature du terroir. Ces Druides que nous avons vus siéger aux bords de la Loire doivent être des rois déchus. ceux du Perthois en agriculteurs. ayant son nom. s'appelant les Silvanectes à cause de la forêt qui les enlace. soit de quelque particularité gens de Senlis. est probable qu'ils ont été à l'origine était en sa tribu chef et prêtre à la fois. les dieux des sources et des collines. pareil au père de famille en sa maison. . il fut relégué il comme prêtre dans les fonctions lui religieuses. ses coutumes. Son nom était tiré. leur persistance à travers les âges. il aussi déjà dans le détail l'image des terroirs qui s'unissent en cette unité. Leurs dieux étaient. qui faisait vivre les gens de Buch en pêcheurs et résiniers. Je distingue l'un de l'autre le roi et le Druide. ses dieux et ses chefs. à la base de notre vie commune.112 DE LA GAULE A LA FRANCE. par exemple. ceux de en éleveurs : la Maurienne les car la raison d'être de ces sociétés fut et resta l'exploitation du sol. au-dessus desquels étaient le roi et le prêtre de toute la tribu. les corbeau ou gui. comme pour juives des fils de Jacob. en Gaule ainsi que dans tout le monde européen. Dans la suite des temps. et eut un roi à côté de pour exercer les fonctions civiles et militaires. réel ou supposé. outre divinités générales.

Geutimer). Loyson (iy20. sans nul doute. de regarder celui qui accueOlit à Marseille les Grecs de Phocée et de le comparer aux rois hellènes des temps homériques. 3. occupait la fertile vallée de l'Huveaune et les montagnes boisées qui l'environnent. Paris. pour la reconstituer. simples et généreux ^ : compris celle du Jarret son affluent. Ils vivent sur leurs terres en maîtres de métairies plus qu'en despotes de palais. Son père admira son geste comme un prodige suscité par les dieux. Voyez maintenant le livre de Frazer. Lisez l' Iliade et l'Odyssée patriarcale. cents rois de tribus. ils se montrent en chefs de grandes maisons. ils engagent de nombreux hôtes à leurs banquets et ils savent nourrir les mendiants. il faut supprimer de l'arrondissemenL le terroir de Ce>Teste et La Ciotat. — De la Gauio à la France. il les invita au banquet. à l'horizon de Marseille. pour retrouver ce royaume. C'était le chef de la tribu qui. JcLLiAN. 8 . vous retrouverez chez leurs rois la même allure Agamemnon ou Ulysse sont également les chefs de petits domaines. à la fin du repas. Il suffit. Mais. la vierge figure choisirait son époux. Les Origines magiques de la royauté. dernier témoin de l'antique royaume figure où s'installèrent les Phocéens -. maté- démembrée à La physionomie de ces roitelets est peut-être ce que nous connaissons le mieux dans cette très ancienne Gaule. supérieure à la force l'infini. dédaignant ceux de sa race. Le jour où les Grecs arrivèrent. 113 — 11 n'empêche que leur assemblée. Je crois cependant que. accueillant pour les * hôtes ainsi que l'ordonnait la là les rois loi de ses ancêtres. la force morale. Ithaque et les îles ses sujettes ne renferment guère plus d'hommes et de cnanips que l'arrondissement de Marseille. et il accorda au Phocéen la fille de son sang et une portion de sa terre. entre lesquels. Quand il apprit la venue des étrangers. en pères de famille riches. Y 2. représente l'autorité universelle. trad. il donnait un festin pour les fiançailles de sa fille. elle tendit à l'un des Grecs la coupe du mariage. les chefs y avait ou fils de chefs de villages. 11 ou fils de rois des environs.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. rielle. au dessus des cinq une et sainte. 1.

comme un axe d'équilibre et une route de communication. il devait se rapprocher de ses voisins immédiats. qui sera plus tard l'Auvergne au milieu et au travers de ce pays s'allongeait. On eut un État fédéral avec les pays de Saintonge des deux côtés de la Charente. Haute.Vienne. et il en une société fédérale. par-dessus « de France. Alors. formés du Limousin. Corrèze. naquit « la province ». Creuse. c'était un assemblage trop simple et trop théorique pour résister à l'action du temps et la tribu et le conseil aux passions des d'alliance se sont hommes. Trois ou quatre tribus. Les bas pays de la Limagne. terres de résistance.114 DE LA GAULE A LA FRANCE. les nécessités militaires imposées par des dangers communs. l'influence des chemins fluviaux. s'associèrent pour exploiter ensemble la région parisienne. Une Gaule. s'entendirent montagnes des Puys. et d'autres encore Ghifïre supposé pour les trois départements qui ont été 1. les intérêts du commerce. les plus stables. plus puissants que celle-là. amenèrent les tribus limitrophes à se confédérer. Autour de la Vienne se réunirent les douze tribus du Limousin. . la ligne régulière de l'Allier. Entre interposés peu à peu des organes de tout genre. en dehors et peut-être en dépit de l'autorité centrale. dont les avec les résulta : ^ plateaux fromentiers et les forêts giboyeuses descendaient également vers le double confluent de la Seine avec l'Oise et la Marne. société de cinq cents rois sous la souverai- neté religieuse d'un concile de Druides et de son grand prêtre. moins étendus que celui-ci. comment ils répondent à l'appel irrésistible de forces géographiques et d'intérêts humains. anciennes. Tôt ou tard. pour montrer le pays » les plus ces comment groupes se sont fondés. terres de culture. Je citerai quelques-unes de ces provinces. Il était impossible à un petit pays de France de vivre dans l'isolement. Un désir naturel de large sociabilité. la pénétration de longues routes.

et ils devaient être inva: : 1. de Maurienne. La récente guerre a montré la vitalité extraordinaire de nos anciennes provinces et de leur nom. le même ainsi que les pays dont ils étaient formés. Buch. une unité commerciale. La force militaire d'un groupe accrut souvent son étendue. ans avant notre dix siècles plus tard. ils même origine. une fois constitués. c'est l'utilisation en commun d'une route. Mais dans l'ensemble avaient la ils se ressemblèrent tous. ces organismes étaient nés pour toujours. Des tribus préférèrent vivre isolées. le Commencé peut-être mille mouvement s'achevait à peine temps. Ce sont des forces qu'il faut se garder de diminuer . caractère. Il retardé ou accéléré suivant les événements politiques. ce qui fit le principe de celle-ci. en Touraine ou en Orléanais sur les 115 deux rives de la Loire. de ici. de la disposition de ses vallées. c'est d'avoir été des sociétés de « le pays » fut une commerce. Nos organismes provinciaux dépendirent de circonstances diverses et connurent des fluctuations nombreuses. Par là même. de la convergence de ses rivières. d'entente économique unité agricole. « la province ». c'est l'exploitation en commun d'un terroir de culture. ici la Loire ou là les confluents parisiens. surtout dans les régions de forêts et de montagnes '. la en Anjou autour de l'éventail des rivières de Maine. C'est le cas des pays de Senlis. ne fut point partout uniforme. Leur caractère initial. C'est de la structure de la terre française qu'ils dépendaient. ils garderont une fixité que nulle nation au monde ne présente en ses provinces ^. D'autres se séparèrent de l'association qu'elles avaient acceptée d'abord. La province joignit ensemble des pays qui avaient les mêmes intérêts la Charente est une voie d'appel pour tous les terroirs de Saintonge. Ces formations ne se produisirent pas toutes en même ère. Ce qui fit le principe de celui-là. pour en adopter une autre. déjà nommés 2. et. d'un carrefour.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS.

l'eau frontière qui séparait jadis deux provinces gauloises i. nom. . mais à la limite du Puy-de-Dôme. au village de Pleine-Selve vous sortez de la Saintonge pour descendre dans les pays de Gironde. indiquent et montrent jadis le désert qui limitait -. parce que c'est actuellement celle qui désigne ces groupements de « pays ». il existe un Limousin. avec sa langue. un des plus anciens de u notre sol. Je me suis servi de l'expression de « province ». les terrains crétacés de Saintonge. cette structure. au midi la société fédérale des pays santons Ce mouvement de concentration des forces locales ne s'arrêta pas aux unions provinciales ^ Dans certaines régions. que nous ne trouverons celui de cioitas : d'ailleurs qu'à l'époque latine. la plus ancienne des ligues 1. surtout le commerce maritime. il se forma des sociétés. 3. ses traditions et l'ardent amour riables comme dépit des des siens. limite qui continue celle des deux provinces. . deux départements ne fait que continuer deux provinces. Remarquez y a là contact entre deux zones géologiques. mais à la limite de la CharenteInférieure.. 1905). et on trouverait bien d'autres cas où nos limites provinciales se conforment à des limites géologiques voyez la belle Carte géologique de la France au millionième (2<= éd. ce « plan de la forêt ». 2. et ce Pleine-Selve. Leur qu'il . les fédérations spontanées des pays gaulois. et le commerce en fut également la cause principale. ces landes qui vous entourent. les terrains tertiaires de la Gironde. des ligues plus vastes. ration de pagi évolua en cité et peuple. une Auvergne les limites que tracèrent. ou de l'Armorique. et il existe souvent ces provinces ont un Berry. Quand vous allez de Saintes à Blayç.116 DE LA GAULE A LA FRANCE. était la fédé- mais c'est que. et cette frontière des celle des Eygiirande esL eu Corrèze. On quitte le Limousin pour entrer en : Auvergne au les lieu d'Eygurande signifie « et ce mot. Aujourd'hui encore. en bouleversements administratifs. durant les temps celtiques. Pleine-Selve est en Gironde. voilà trois mille ans. une Saintonge. C'est à cette cause qu'est due la société des « tribus de la mer ».

embrassait la les îles et rivages de la manière de mer Egée. Avant de me décider pour le caractère funéraire. et les gisements similaires de l'Angleterre voisine. l'Empire maritime de Minos le Cretois. en dehors de rassemblée des Druides. dont les replis. Il me paraît maintenant difficile de nier l'existence de relations entre la marine armori- . Paris. ses gisements d'étain si précieux à l'époque du bronze. t. si grands qu'aient été les services rendus par cet ouvrage (4 vol. p. II. telles qu'elles sont exposées dans la Géographie de la Gaule romaine de E. Déchelette. Desjardins (t.L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS. une entreprise de commerce et peut-être aussi de piraterie. havre et abri aux dimensions puissantes. qui la faisait ressemavancée bler à un immense promontoire. 479-484). et à la même époque. de cimetières universels. A l'autre extrémité du monde européen. En tout cas. I). sa situation prééminent au milieu de l'Atlantique. 1876-1893. Il n'y a plus à faire état des théories sur les modifications du rivage depuis les temps historiques. 1600-1200). où se dirigeaient ombres des morts. Tout prédisposait notre Bretagne à ce rôle maritime la contexture de ses rivages. 3. j'ai du grand menhir de Locmariaquer (Men-er-Hroeck) « la pierre de témoignage » ou « l'ombilic » d'alliance des Armoricains. Le centre était le golfe de Morbihan ^. 2. la comme qui se divise lui-même en ports et réduits innombrables ^. On peut placer la thalassocratie mlnoenne dans la seconde moitié de l'avant-dernier millénaire avant notre ère (la période du minoen récent des archéologues. Et bien des traits de cette civilisation minoenue se rencontrent dans l'archéologie contemporaine de l'Armorique et de l'Occident. Hachette). la présence sur ces rivages de mau: fameux. par exemple le culte de la hache (cf. peut-être De l'embouchure de la ce même à celle de l'Escaut. fils solées à tout instant les désirs des vivants et les lui aussi les de pères indo-européens. les caps et les îles font une véritable citadelle de mer. De même. 117 qui ont uni ensemble des terres et des mers de France.. : une large entente groupa fut quelque chose les rivages et les vaisseaux Hanse baltique autour de Visbj'^ et de son île. à l'aurore songé à 1. Loire à celle de la Seine. commerçant et flibustier à la hanse du Morbihan ^. ce lieu de Locmariaquer a dû jouer un rôle central et faire sacré dans cette ligue de mer.

. étaient principes ou appétits nouveaux. Ce n'était pas une arme plus meurtrière que la hache mais. qui servit de lien entre les mondes méditerranéen et atlantique. s'approcher de ces marchés de l'étain dont ils voudront garder le monopole. 2. qui allaient détruire le caractère pacifique et sacerdotal de l'État druidique. IV. intérêts de commerce. et un jour peut-être pays de Bourgogne et pays de Franche-Comté en arriveront aux batailles pour conquérir ce chemin de la Saône qui t marche » à leur frontière commune ^ Les marins de l'Armorique verront avec déplaisir d'autres marins. la colère et la guerre. Ces provinces économiques qui se déve- loppent peuvent devenir jalouses voiter les unes des autres. la seuil sur un convoitise et la concurrence. un gisement métallique ou une source thermale de leur voisinage. l'Atlantique la gloire et la maîtrise que Tout cela. soumise aux pensées les plus : rapides de l'intelligence qui la guide. D'autres événements en rapprochaient la venue. A l'horizon de tout gain commercial il y a. du Sud ou du Nord. elle était devenue le caine et la marine Cretoise. un débouché sur la rive d'un fleuve. 3. 1. fédérations empire de la de tribus. prolongeant comme un bras de métal le bras vivant qui la tient. soit par l'intermédiaire de Cadix. Strabon. mer. soit directement.118 DE LA GAULE A LA FRANCE. pour les sociétés humaines. Le goût de l'épée se propageait. la marine de France avait conquis sur la nature lui offre par l'Armorique. de notre histoire. avec sa double puissance d'estoc et de taille. De nouveaux temps de combats se préparaient. con- une chaîne de montagnes.

d'étain et d'ambre. Cependant. bientôt avoir son métal et forger ses épées ^. qu'on appelle l'époque de Hallstalt (Autriche) et qu'on place entre 900 et 500. En même temps. il est matière de commerce. en 1600-1300 (t. t. finirent par les découvrir et rêvèrent de les les exploiter à leur profit. qu'il place . Mais voici qu'on vient de découvrir le fer fer se rencontre sur tous les territoires de la France. je n'accepte que des Phocéens pour la venue en Gaule. Au cours du vu» siècle avant notre ère. II. pourra : '^. héritiers de Minos. 199 et suiv. Il ne serait pas impossible que les Druides aient pris des mesures contre la propagation du fer. du fait de cette arrivée. ce n'est pas la guerre que les hommes du Déchelette fait apparaître l'épée au troisième âge du bronze. p. immédiatement antérieurs à l'époque celtique. Eux aussi. Jusqu'à nouvel ordre. mille dangers de lutte surgiront pour les fils des Hyperboréens.). chaque tribu même. Les navigateurs grecs de la Méditerranée. Il est étudié au point de vue archéologique par Déchelette. 3. les Phocéens fondèrent un premier comptoir à Marseille. en Périgord comme en Lorraine. et que le bronze demeurait une chose rare il faut le faire venir de loin. en Armorique comme en Franche-Comté. II. et des marins ambitieux de l'empire des mers. Le premier âge du fer. et non pas d'exploitation et le directe. 1. Manuel.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-EOLS. Et par là encore. l'étranger s'avançait vers ces terres heureuses et riches. Les archéologues de l'école de Déchelette font finir l'époque du bronze et commencer l'âge du fer vers l'an 900. Vers l'an 600 avant notre ère. Rhodiens ou Phocéens \ étaient des trafiquants en quête de cuivre. 4. Chaque province. IP partie. correspond aux derniers temps ligures. 1913. le roi du pays leur ayant concédé un port et la colline à triple butte qui le domine au Nord. au même titre que Armoricains exploitaient les mers du Nord. 119 moyen souverain par l'homme ^ lequel l'homme peut commander à II est vrai qu'elle était en bronze. Samiens. 2.

Ses élèves. il ne il cesse de réfléchir sur les faits. Les Grecs qui viennent s'installer. ce moment. sont des négociants et. je redoute moins l'arrivée des Grecs à Marseille. En paix. Qu'entre ces cinq cents rois il n'y eût jamais conflit et combat. que les ardeurs militaires qui naîtront dans les provinces. l'intensité du travail agricole unissaient les familles entre elles et les tenaient unies à la vie régulière du sol. et ils ne se de battront que pour se défendre. J'ai reconstitué ce pacifisme en examinant l'état habituel des grandes sociétés agricoles et sacerdotales. et il sait l'art de bien dire. c'est uniquement troquer des marchandises autour d'un port confortable et d'une résidence inviolable. des guerriers. soldat. la terre et le prêtre qui leur commandaient étaient des maîtres de concorde K 1. Et puis. ce serait sottise que de le croire mais le besoin de l'accord était le plus puissant parmi les : hommes. Mais ils ne tiennent pas à conquérir. commerçant ce n'est pas un preneur de terres. ce sont hommes d'intelligence fine et d'un goût parfait. à leur tour. et son rêve et pirate aussi des : est de vivre jusqu'à son dernier jour auprès du foyer de ses aïeux. les êtres et les causes. Midi leur apporteront tout d'abord. cette société druidique vivait dans la La force de la religion. discerne et aime le les belles oeuvres et les nobles actions. Ce qu'ils veulent. il a la curio- sité de tous il les hommes et de toutes les choses. pourront éduquer les élèves des Druides. Ulysse leur patron a beau être marin. en remarquant ce que les voyageurs classiques ont dit de la Grande-Bretagne en un temps où elle était l'image de la Gaule druidique. en m'aidant des textes et traditions relatifs aux H3'perboréens et aux Ligures. s'il le faut. Pour bonheur de la Gaule. .120 DE LA GAULE A LA FRANCE.

son allure Le cfief gaulois. les Celtes envahirent la Gaule et en conquirent la majeure partie : im des État guerrier se substitua à tribus ligures '. au cours du sixième siècle avant notre ère. organisation des cités. Formation et croissance des centres urbains . Vimpérinlisme gaulois en Europe. Des cérémonies solennelles. Intensité de la vie agricole. de sa sainteté. de son 1. et l'alinéa qui d'hypothèse et de reconstruction. les rois de toute la Gaule. la fédération religieuse laborieuse et pacifique. La brutalité de — — — De — la religion Littérature poétique. ne sont là qu'à titre . En suit. commence l'éducation classique de la Gaule. DévelopOrganisation du système routier. migrations. — — — — — — la conquête romaine. caractère propre au régime municipal de la Gaule. plutôt.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS LA GAULE DES CELTES ET DES BELGES Autres invasions ou Ce que fut sons doute l'invasion celtique. — gauloise. Peu de temps après la fondation de Marseille. La Gaule n'est pas en décadence. les lieux de foire. ou. pement de la vie provinciale. Persistance et force des éléments d'unité. la société théocratique de la Gaule ligure était condamnée à disparaître. le nom de Gaule devient prépondprant. la communion dépit de sa grandeur. Je répète" que ceci. Le caractère des hommes de Gaule se fixe. — L'éducation de la jeunesse. — — et sa vie. à cause de cela humeur même. Il y a une patrie La Grèce gauloise. Beauté historique de V unité — — — gauloise.

La toponymie. d'ailleurs. Entre Ligures et Celtes. et le Ces maîtres. 2. ni pour la langue. étaient domiciliés aux rivages de la mer du Nord. laissée à l'écart de du fleuve. l'autre côté Leur isolement. n'empêchaient pas un conquérant d'occuper Une entente de prêtres ne valait pas. et peut-être n'étaientqu'une arrière-garde de ces tribus. ne suffisaient pas à créer entre ses invasion. si bien qu'on a pu dire que le ligure est un dialecte celtique(endernierlieu. les ont ramenés aux langues celtiques. en firent un groupe politique plus solide. 46) sions historiques. ce qui. leçons des Druides. des conditions d'exis- tence plus rudes. membres un La organisé. ne m'a fait découvrir aucune séparation caractéristique entre éléments celtiques et éléments ligures. (indication voisine de 500 avant notre ère). nous ramène à dire que les Celtes primitifs étaient un groupement de tribus ligures. Philological Society. HolgerPedersen. dansP/2z7oZo(7/ca. était incapable d'arrêter l'élan d'un ennemi On : avait multiplié les lieux de refuge sur les hauteurs ils la terre et de la garder. ni pour les coutumes. tribus d'entre ils Rhin et Pyrénées. qui est peut-être la source principale d'informations. les périodique autour des autels. D'après le Périple de Festus Aviénus. lien qui pût résister à la brutalité d'une vie des hommes. depuis ils les îles de la Hollande jusqu'à celles appartenaient à la même famille d'Européens du Danemark que les . était d'hommes en armes. la jalousie et la convoitise à l'endroit des hommes plus riches et des terres plus heureuses qu'on savait au couchant. roi des sacrifices. plus 1. l'émoi des pieuses assemblées. t. donnèrent à ces Celtes une énergie particulière.122 DE LA GAULE A LA FRANCE. n'étaient point très différents d'eux-mêmes. traduit en expresLondres. pour assurer la paix et la concorde. 1921. vers 133 et suiv. absorbée par les semailles et la moisson. Et toutes les études qu'on a pu faire dans ces dernières années sur les documents épigraphiques attribués aux Ligures. p. 1. Les Ligures ne purent que s'enfuir ou se résigner à des maîtres ^ que l'on surveille. ni pour les dieux. : . voisins immédiats de la Gaule. reste et des frontières une armée qui Druide des sans force contre un roi Druides. je n'aperçois contraste qui compte ^ Les Celtes.

la route du Rhône et du Nord à Nice et à Antibes. partis des mêmes rivages. l'autre. : . Celtes. Cette victoire ne fut donc pas celle d'une race sur une autre race. d'autres riverains de mer du qu'il faut chercher dans l'histoire du passé. visible surtout dans le vocabulaire. qu'à la Garonne. 123 le jour venu. en Gascogne jusIl semble que la blesse du monde ligure. et que parler d'une race ibérique qui aurait précédé en Gaule une race ligure est peut-être une des plus funestes aberrations qu'ait produite l'historiographie récente de nos origines. J'incline parfois vers une origine asiatique. celle de l'Aude. Je n'ai jamais varié d'opinion sur le basque deux éléments originels. nulle transformation intellectuelle ne pourra plus déloger ^ 1. italo-celtique. en montrant la faiait incité les voisins à prendre leur part de butin. aux seuils des grandes routes qui menaient vers l'intérieur à Arles. imposèrent leur pouvoir toire facile. et. de nom celtique. de la Garonne et de l'Océan. Ligures ou Ibères. à Arles et à Agde. devaient plus tard soumettre cette même Gaule. visible surtout dans la structure. nation ou Empire de l'Èbre. et avec lui pénétra au nord des Pyrénées cette langue basque de Veskuara que nul événement la poli- tique. A leur tour. le royaume des Ibères ^ s'étendit en Languedoc jusqu'au Rhône. Les Grecs de Marseille s'établirent à Nice. d'une langue sur une autre langue. des groupements politiques sous des noms déterminés. de conceptions ethniques. 2. ce fut pour eux une vicmanière dont les Francs. à Agde. La question est de savoir d'où vient la langue dite ibérique. et s'abstenir entièrement. à propos de ces noms. l'un. des formations nationales.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. celle d'une religion sur une autre religion. et les habituèrent ainsi à prendre à leur tour ce les nom de Celtes. à une migration vers l'Èbre de Je tiens à répéter la même : . à la à des millions d'êtres établis en Gaule. à Antibes. il renferme 3. Je répète encore qu'Ibères signifie État. tout ainsi que dans celle du présent. celle des Alpes et de l'Italie. ibérique. à la façon le encore dont Gaulois devaient un jour accepter nom de Francs ^ conquête celtique. Des bords de l'Èbre. entreprenant. Elle consista surtout en ce que des chefs. plus reculée.

Et on du nom du peuple les lieux qui en tenait la plus grande part et soit éminents.124 DE LA GAULE A LA FRANCE. et les Celtes retinrent pour eux et Paris la meilleure et la plus grosse part. Quant aux Belges. au Roussillon et surtout toirs aux coteaux. ils se partagèrent les bois et l'Oise et à étaient du Nord jusqu'à Beauvais près de Reims près de la Marne mais. le très bon travail de Gavel. Il resta quelques Ligures indépendants au fond des Alpes. Champion. des Bourgogne. Éléments de phonétique basque. appétits. nom mj'stérieux dont je ne peuples de l'Orient. où leurs tribus vécurent en fédération sous le nom d'Aquitains. depuis Rouen Il jusqu'à Bordeaux. compte de ce dualisme le encoches de la frontière. sans tenir deux populations rivales. fût réservé sur tout son parcours. Voir en dernier lieu. qui après tout ne cherchaient pas à annexer des territoires autour de leurs comp- de commerce. Rhône et Garonne. les Belges. . Paris. Les Ibères furent réduits aux angles extrêmes de la Gaule méridionale. de la même manière que les Phéniciens à Cadix ou les Étrusques en Toscane. A eux appartinrent les ceux de l'Auvergne. comme ils de même origine que les Celtes. sur le basque. Ils acceptèrent à leur voiGrecs de Marseille. nom doute les unique qui signifiait la grande contrée aux limites visibles. A la fm tout se rangea. parents des Celtes. qui ne leur sommets souverains de Cévennes sinage et de la les l'intérieur. monde et sans habitants eux-mêmes propagèrent dès lors un l'appela tout entière soit la Celtique. entre ces deux les vallées : groupes de peuples l'union fvit toujours assez étroite pour que nul n'ait songé à voir dans la terre de Gaule une terre divisée entre Tout au et des contraire. 1920. Ambiderrière le tions. Toulouse et Narbonne. Seine. franchirent Rhin les miers arrivés eux pour disputer aux prepays d'entre l'Escaut et la Marne. querelles et batailles s'acharnèrent pen- dant des générations sur malheureux sol de la Gaule. de préférence la Gaule. n'y eut pas de grand fleuve. Loire. autrefois voisins et le Nord. aux pinèdes et aux m^ontagnes de la Gascogne.

— Je nommerai Gaulois. où prêtres et agriculteurs ne sont plus que les auxiliaires d'ambitions militaires. verront dès lors devant eux de grands rois qui les conduiront dans leurs guerres. Ce n'est plus la prière. de la enserrés par la règle pacifique tribu et de ses quatre habitudes. exception faite des Grecs hommes de de Marseille. Les Gaulois. l'époque de La Tène. gauloise ou celtique. la puissance en hommes. l'assurance de la volonté. passaient les grands vols des oiseaux sauC" st cette époque. mais la bravoure au combat. tous les la Gaule. des Ligures des Alpes et des Aquitains de Gascogne. (Ici . le contact avec les dieux. les de bataille emportera ses chefs vers points de l'horizon pour la conquête du toire universelle. saurais dire s'il 125 a été apporté par les nouveaux venus. désormais ou s'il n'est pas l'écho de quelque appel des Druides réunis à leur concile de la Loire. Celle-ci devient l'emblème et la marque de la domination humaine. dans le ciel. avec prédominaîice oujets en fer. l'esprit A peine formé par la conquête de la Gaule. du nom de la slation célèbre du lac de Neuchâtel. que les arciiéologues appellent le second âge du let. dans l'exubérance de leur jeunesse de combattants. qui fera le pouvoir suprême. ils n'avaient qu'à suivre le vol des oiseaux ou la fuite des nuages sur les routes divines du ciel. La principale direction était celle du sud-est. il fut impossible à ces hommes de demeurer en place. à la manière des Anciens. la maîtrise de l'épée. et le fer dont elle se forge est le métal essentiel des âges nouveaux '. par où. Alors. Belges ou Celtes.L'ÉPOQUE DES GUERJRIERS. mqnde et la vic- d'écrivain Et ceci n'est point formule et métaphore moderne car véritablement les Gaulois ont cru : que leurs dieux leur donneraient l'empire de la terre et que. ou. 1. la vertu magique. pour leur obéir et le prendre.

en Bohême. et ils préférèrent s'aboucher avec les Hellènes. sur la terre. les : Gaulois laissèrent des colonies. de leur flotte devenue redoutable par ses vaisseaux de haut bord. de nos jours. que la nature avait dessinés pour inviter la Gaule à l'empire maritime de l'Ouest. en Emilie. l'une à Delphes. en Vénétie. qui durèrent des générations. on vit des royaumes de Gaulois surgir dans la Thrace voisine de Byzance et dans la Phrygie voisine de la mer Egée. en Bavière. morceau du monde. les Grecs de Marseille ce dont les Celtes de Provence et de Languedoc ne furent nullement jaloux. les Gaulois d'Armorique. . avec lequel c'étaient les ils s'entendirent. au delà des Alpes. on allait aux pays chauds et bienheureux de Grèce et de l'Italie : et deux troupes de Celtes. où l'Apollon des Grecs l'arrêta. Belges qui réclamaient leur firent ^. mères d'importants États d'un côté. du trafic de l'Atlantique. et par où. . en Serbie. au delà du Rhin. en Souabe. franchissant la Manche. en Autriche. des marchés de l'étain et de l'ambre droits qu'ils tenaient d'un usage immémorial. où l'arrêta le Jupiter des Latins. Au cours de ces étapes. Au sud-ouest. Il n'y est jamais venu que du fait de spéculations scientifiques modernes. la vages. revendiquaient droit de disposer des routes de la mer. La mer du sud recevait également de la Gaule ses maîtres. et qui. parties des bords de la Loire. dans les Marches. dédaignant les le conquêtes par terre. en Lombardie. comme. Et plus loin encore. en Transylvanie de l'autre. d'autres Celtes passèrent en Espagne pour s'établir au pourtour de l'État des Ibères. Au nord.126 DE LA GAULE A LA FRANCE. Il est bon de rappeler ici que le nom celtique n'a jamais réellement pénétré dans les lies Britanniques. des producteurs de domaines ou de manufactures s'entendraient avec des armateurs de navires ou des courtiers : : 1. finirent par arriver. l'autre à Rome. souche en Grande-Bretagne de provinces à leur nom Au nord-ouest. ils étaient peu soucieux des choses maritimes. d'étape en étape. de la valeur privilégiée de leurs rivages.

à Thulé de Norvège. Marseille était alors la sagesse ne songea à étendre hors de Méditerranée ses entreprises navales et à faire sur la l'Atlantique concurrence aux Armoricains de Gaule. poussa un jour jusque dans delà la mer d'Irlande. la nation française passera subitement de la crise de son adolescence à la gloire de commander. et déjà elle voulait être la première en ce monde. sur les bords du Nil. Si le : même pas une seule fois elle plus glorieux de ses marins. De même. Moins de deux siècles suffirent pour assurer aux hommes de Gaule l'empire de l'Europe occidentale. treize siècles plus tard. pour les rois de la Loire. la et que des bords de la Loire et de Seine partit l'élan qui devait rendre l'Orient au monde chrétien. cents avant notre ère. le nom celtique s'était sa place dans toutes les parties de l'univers. Dès lendemain de sa naissance. à Antioche. La France n'avait point encore accompli sa crois- sance. des terres. Ceux qui titre ne prirent pas des terres s'engagèrent à naires dans les États de merce- du sud afin de se mêler. et au ce fut pour découvrir : même vers le cercle Polaire. C'est ainsi que. et non pas pour en conquérir il imita Ulysse son ancêtre et non pas Alexandre son contemporain. coûte que coûte. des tribus qui n'étaient point de ce nom gaulois. son roi n'en possédait qu'une partie. Une épopée de marches et de combats les conduisit partout aux confins de la civilisation méditerranéenne. à leurs batailles. terres et mers. deux avait encore. lorsqu'on vit l'Angleterre et l'Italie soumises par des Normands. remplacer par l'achèvement de leur domaine naturel leurs courses prodigieuses vers de chimériques horizons Au lieu des dieux du ciel qui leur montraient l'univers. y nord des Pyrénées et à l'ouest des Alpes. 127 Au reste. au sortir de l'an mille. des Champenois menacer l'Allemagne.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. Qu'il eût mieux valu. Pythéas. à Tarente. Et l'on parla des Celtes à Carthage. de commeroe. ils I au . alors qu'il il accourait des Gaulois près de Byzance et de Rome. d'autres fonder un le taillé royaume en Portugal.

l'un pour franchir : les Alpes. adversaire de l'Apollon de Grèt Des hymnes et des poèmes naissaient sous les pas des conquérants. voulaient remplir monde. conducteur des Celtes. roi Du « jour où il y eut un de guerre. l'autre pour traverser le Rhin. On racontait les hauts faits d'un Brennos. Et si nombreux qu'on suppose les émigrants. Mais ne demandons pas à ces batteurs d'estrade du passé — l'intelligence politique qui manqua si souvent à des rois de France. en sa résidence du Berry pour gouverner les Celtes. Les poètes gaulois racontaient que les deux conquérants de l'Europe avaient été Bellovèse et Ségovèse. mais le roi Ambigat . mêlé de rumeurs de miracle s. Toutefois. Sans doute y fit naître des rivalités inquiétantes. ceux qui voulaient être chefs au loin. Il ne partait que les plus audacieux de la jeunesse. les chefs le roi des des i différentes tribus aspirèrent à ce titre.128 DE LA GAULE A LA FRANCE. neveux du roi Ambigat ils s'étaient mis en route. à être > . ne pouvant l'être chez eux. vainqueur o Rome. Les nos aïeux une conscience plus nette de leur nom de Français En Gaule même. n'ont-ilspas donné r portaient. ces folles aventures ne compromirent pas les principes d'unité qui s'étaient déposés en la Gaule. les auraient dû écouter le déesses de la terre qui leur révéIls leraient les frontières de leur nation. et c'était un ferment de plus pour accroître la cohésion du le nom gaulois et soulever l'orgueil de ceux qui « gestes » que Dieu accomplit par les Francs à Jérusalem et àConstantinople. et ils ne savaient pas occuper la Gaule. d'un autre Brennos. la prépondérance de l'esprit miUtaire ne diminuait pas encore il le respect de l'unité. Elles contribuaient à former un esprit national. L'écho des victoires du Danube ou du Tibre revenait jusqu'en Gaule. les femmes étaient assez fécondes pour réparer les brèches était resté faites | par le départ dans le royaume de Gaule. Ces courses triomphales n'étaient point inutiles au maintien de l'entente celtique.

Acquérir le principat de toute la Gaule devint le rêve suprême de quiconque se sentit le désir de commander à des hommes. évidem- ment. Mais. En ces temps de croyance où l'homme sentait partout dans la nature l'expression d'une pensée divine. elle a les eaux chaudes pleines de vertus sacrées. et nous venons devoir le fameux Ambigat. au roi des Bituriges. Et vraiment c'était justice que l'Auvergne arrivât sous les Gaulois à commander à elle en détient et le centre et les plus hauts la France lieux. Celui-là. se bornant à donner à ses deux neveux le mot d'ordre pour conquérir le monde. le Charlemagne celtique. Franco. dont l'autorité. rois ». par cela seul qu'elle existait. mais qui. les refuges inviolables et les aires dominatrices des plateaux de Gergovie ou de Corent. faits tout ensemble pour abriter et maîtriser une nation. s'étendit au-dessus des Belges et des Celtes. tout ainsi que la légende do croire à sou existence et JvLLiA. cette ambition d'une royauté unique entretenait la supré- matie de l'honneur convoité. l'autre le fils : Ceux-ci étaient. demeure majestueux et immobile en son palais. elle dresse ce puy de Dôme où les hommes. à la difïérence de Charlemagne guerroyant aux côtés de son neveu Roland. la Limagne dispensatrice de biens sans cesse : renouvelés. Il appartint longtemps au cheJ: des tribus du Berry. rois des Puys et de la Limagne en même temps que dictateurs militaires de la Gaule. l'un met de supposer que les Gaulois acceptèrent un instant une royauté héréditaire. la légende l'a obscurci de ses nuages ^ Mais nous connaissons par l'histoire quelques-uns des rois de la Gaule qui régnèrent après lui.N. adorateurs des cimes. étaient invinciblement attirés pour y chercher leur dieu. vieillard puissant et sage. Mais il est impossible de vérité. Tous deux étaient des Arvernes.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. il put dire que l'Auvergne 1. — De la Gaulo à lu 9 . jusce qui per- qu'aux Pyrénées et jusqu'au Rhin. Luern et Bituit. dit-on. ne pas y rcconnaîUe un grand fond de de Charlemagne n'empêche pas à sou Empire. le père. 129 et plus d'une « fois ou se combattit à qui le possé» derait.

Je veux simplement. je ne trouve pas que cette royauté de la Gaule soit moins grandiose que celle d'un Cyrus ou d'un Alexandre. ce sont des États faits de contrées disparates. pareille à celle d'un laboureur divin qui fait lever la richesse sous le soc de sa charrue. la justice et la vérité. Luern. pour ce seul motif que les hasards de l'écriture nous ont mieux conservé le récit de leurs victoires et l'apologie de leurs grandeurs. que l'éducateur ne concentre pas ses éloges sur les chefs et sur les pays qui ne sont pas nôtres. et près de lui un poète chantant sa gloire. de langues hostiles ou dissemblables. de coutumes. Leur pouvoir ne sort pas des frontières de la Gaule. des figures d'histoire. ont été reçus à leur cour. je le répète. Ils nous ont montré Luern paradant à travers les routes en un cortège de fête. les dieux pour servir de socle à la Gaule et de trône à son roi. à l'ombre . d'êtres différents. Des voyageurs grecs ou italiens les ont vus. pour les nôtres. cette royauté de toute la Gaule devrait inspirer à l'histoire une sympathie plus grande que d'un Cyrus ou d'un Alexandre la : et je ne dis pas cela parce qu'il s'agit des Gaulois et de France. sont moins les maîtres d'un Empire que les symboles vivants et directeurs d'une unité nationale. Bituit. Si folle et si vaniteuse qu'elle ait pu être. Luern et Bituit. une étendue incohérente sans limites marquées par la divinité. marchant contre les Romains à la tête de cent cinquante mille hommes et de ses meutes de chiens de guerre. Et ils nous ont aussi montré Bituit. de religions.130 DU LA GAULE A LA FRAXCE. au contraire. debout sur un char plaqué d'argent. sont. avait été construite par A mon celle sens même. Je veux seule- ment que l'historien n'absorbe pas son zèle. ce qu'on appelle les Empires de Cyrus ou d'Alexandre. et ces terres et ces hommes sans autre unité que d'appartenir à un seul maître. Or. lançant des pièces d'or. et ils l'exercent du centre même de cette Gaule.

Kliiicksicck. car la tradition fut d'abord assez forte pour détourner du culte des images. législateur et éducateur de son peuple. Prêtres et rois. . d'autres encore. La nature l'assiste en lui donnant comme compagnons Bélénus le soleil. guide des bandes en marche aux heures de conquête. collaboraient à maintenir cette union. La Lantjue ijaaloisc. le mélange s'est : fait entre tous les êtres du pays. Ésus le génie des combats. Au-dessus de la royauté des Arvernes. Pénétrons plus avant dans et : 1. fds de la Terre. à façonner une nation. Taran la lumière et le tonnerre du ciel. 131 de SCS plus hautes montagnes et sous l'appui de ses plus grands dieux. et si consacré par les siècles majeure partie des attri- butions politiques et judiciaires sont passées aux chefs militaires. il lui reste le droit de prier dieux au nom la de toutes les tribus. Le panthéon gaulois s'enrichit sans cesse de noms nouveaux: je ne dis pas de figures. depuis les temps de la conquête celtique. s'étend par les l'unité : et religieuse tressée jadis lieu la Druides leur assemblée se réunit toujours au sur les bords de la Loire. la vie morale de ces hommes. Leurs sujets ou leurs fidèles parlent la même langue ^. le conseil sacré n'en conserve pas moins les la souve- raineté morale. d'autres encore. nous y reconnaîtrons les empreintes d'un esprit national. Et il y a en outre des déesses près de lui. soldats et chefs. appartiennent à la même espèce d'hommes car. sa mère et sa compagne Andarta pareille à une Victoire ou à une Minerve. gardien de l'alliance entre ses tribus aux jours de la paix. guerrière s'appliquant à elle comme morale le vêtement s'adapte au corps. Paris. Sirona pareille à une Diane. ou mieux. Le plus grand dieu des Gaulois demeurait Tentâtes. Épona protectrice des chevaux. 1920. hommes et terre. l'union fraternelle des hommes. outre la Terre. Voyez Dottin.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. d'exclure de représenter auprès d'eux les criminels de communion gauloise.

A côté tiplia leurs domiciles. et. comme les : prêtres d'Israël. 2. et chaque peuplade put l'avoir chez soi. Divicus. Divico. de dire leurs noms. je crois l'équivalent du Clarus Mons de Clermont. Mais. Fourvières à Lyon ou Cler- mont en Auvergne-. on attribua aussi à sa présence les : Parnasse et la source de Castalie. fût attribuée à l'une des présences d'une divinité souveraine. Les Druides se réservaient le droit de définir leur nature. et l'Apollon des Grecs en animant à Delphes le sommet du réchauffe. Diviciaciis. et on adora des Mères à la Fontaine de Nîmes. ces collines étaient de longue date puissances et lieux divins. Leyde). etc. ces eaux chaudes. et qu'en revanche abondent les noms associés à la divinité générale. au lieu d'être engendrée par une humble divinité du sol. sont extrêmement rares. et. En même temps la Grande INIère.. et aussi la source de la Durance. Laon. Aucun de ces dieux ne portait atteinte à l'unité morale de la Gaule. créatrice des eaux salubres. caressées par le soleil levant.132 DE LA GAULE A LA FRANCE. Le Jupiter italien n'a fait que grandir en s'arrêtant au Capitole. puisque Bélénus était le soleil qui eaux chaudes des Vosges ou de cette même Auvergne. les Arvernes au puy de Dôme. se dispersa en les espèces de mille bonnes Mères ou Matrones. etc. de les voir face à face en leur présence invisible. tels que Moïse devant lahvé. comme ces sources. Peut-être auraient-ils préféré. Bélénus s'empara de quelques et. Saint-Bertrand-de-Gomminges. mot que . ceux de Paris à Montmartre. on mulseul dieu ^ et un seul sanctuaire Tentâtes descendit sur les montagnes impérieuses. 1. les noms tirés des dieux particuliers. Tentâtes. Remarquez qu'en matière de noms de personnes (et les noms de personnes révèlent toujours le plus ancien état de la croyance). « claires collines ». l'unité rehgicuse ne put que gagner à ce que la sainteté des choses de la nature. les gens d'Alsace et de Lorraine au Donon. qu'on adora aux sources et aux fontaines la Marne (Matronà) fut une Mère. Je fais allusion ici aux villes appelées Lugdunum (Lyon à Fourvières. après avoir multiplié les êtres divins. un mais les besoins religieux des peuples furent plus forts que l'idéalisme des chefs. de lui.

dieux Druides qui enseignent. Mais ils enseignaient aussi les devoirs de la morale. de l'immortalité des âmes. et surtout de ne point craindre la mort. Et ils parlaient encore les de la fortune de la Gaule. parlaient surtout de la vie des dieux. et la sainteté du lieu ajoutait encore : à la valeur durable du précepte ou du récit. une nation qui conquiert. i:. de la création et des destinées du monde. il en devait résulter l'éclosion d'une vie littéraire intense et variée. que se donnait l'enseignement. et. des dieux qui agitent. et.s aci-nniEfi^. à défaut de l'écriture. c'est-à-dire par cette chaîne d'influences secrètes qui va de la pensée du maître à la pensée du disciple. un système d'éducation publique. Car cette Gaule d'autrefois. par Les Gaulois eurent leurs poèmes didactiques. par la mémoire qui retient.i Les Druides avaient l)eau ne plus être les rois de la Gaule c'étaient eux qui préparaient son avenir en formant sa jeunesse. des rois qui commandent. présentait ce qu'on chercherait vainement à Rome ou à Athènes. grottes ou mystérieux recoins des forêts.:. C'était dans des endroits consacrés. .ent dans les États modernes. composés les Druides. à travers ce la hommes que leurs passions monde. le devoir qui soutient bon soldat. Les Druides.L-ÉPOQii-: Di'. à deux mille ans de distance de notre époque. Les jeunes gens affluaient de partout pour recevoir les leçons de leurs prêtres. ce qu'on trouverait seulem. évidemment. en racontant ce que avaient fait pour elle. des idées communes et même langue. chefs qui combattent. il se donnait par la parole qui prononce. par l'attention qui écoute. s'installent sur la terre. où l'histoire de la nature était suivie de partant du chaos des éléments la genèse à l'apocalypse. et une éducation nationale.

après les sacrifices et les pas pour esquisser quelque mystère théâtral. compositeurs et chanteurs à la fois. Un poète était l'ornement nécessaire des cortèges et des cérémonies. et ce fut le chant du poète qui préluda au discours de l'ambassadeur. Elle prit dans la vie de ce temps une telle place. escorté d'un barde. fit rire proconsul et prières. sans doute. les traits s'en dessinent et des couleurs se dégagent. sa Gaulois annonce un même. leurs poésies lyriques. Quand les Romains menacèrent Bituit.13'» DE LA GAULE A LA IRAIS CE. s'ils étaient esclaves des formes. je crois entendre les frères seigneurs de l'Atlas ou Tharaud parlant des Léon Gautier parlant des preux de ses le Charlemagne. la poésie n'intervînt légionnaires. et tantôt cette chevalerie française que nous verrons apparaître dans la suite de cette histoire. héraut attitré de sa puissance. une classe de poètes. le d'où sortit monde. Elle me rappelle tantôt cette féodalité marocaine que nous venons de rattacher à la France. Par son physique. pour finir à sa destruction par l'eau ou le feu. les bardes. leurs hymnes pieux pour invoquer les dieux. qui pourtant faisaient sentir leurs approches. que la Gaule renferma. et se place à longue distance des Romains. où étaient racontés les faits et gestes de leur nation. Il n'y eut pas de grand seigneur ou de roi qui ne fût accompagné de son barde. il leur adressa un noble de sa cour. son caractère manières d'être. Ils eurent leurs poèmes épiques. En relisant les textes dont les Anciens l'ont décrite. n'acceptaient point celles qui s'entouraient de rythmes et d'images. analogue aux jongleurs de la France féodale. homme des temps modernes. et je doute que dans lieux consacrés. où les étaient célébrés les aïeux et les gloires des grands chefs. vie sociale. Cela. Peu à peu se fixe la physionomie de cette société gauloise. et qui. . qui ne se payaient pas de mots.

l'on le vert ou le jaune. d'un mufle de bête ou d'un fétiche mysté- monté sur un cheval paré comme taille. chaussons ou espadrilles. ce guerrier est déjà un seigneur. Aux heures des la différence A jours de bataille. brandisles sant de la main la grande épée de déployant éclats des couleurs qui le revêtent. les du Romain. je suis tenté de croire que notre société féodale se prépare. vaste ferme à l'orée d'une forêt giboyeuse. il use de cela aussi bien que nous.UÉPOQVE DES GUERRIERS. ce sont les vêtements aux couleurs vives et bariolées. soit en un donjon il campé les sur une montagne aux flancs abrupts. Bottines. Ce sont alors bruyantes journées de chasse au sanglier ou au à la suite de ces meutes de chiens gaulois qui n'avaient point leurs pareils pour la quête. soit en une cerf. 135 Au celui physique. la poursuite ou l'arrêt. parades militaires. le cavalier de l'Islam qu'il nous semble reconnaître. Mais ce qu'il aime et ce qui nous manquera depuis la fin de notre noblesse de cour. Quand la ne marche pas avec son roi dans les sentiers de guerre. Il porte d'amples pantalons. lui. souliers. chapeaux de feutre ou turbans. une tunique serrée par une ceinture. ce glaive qui est la preuve de sa liberté et son insigne d'homme. parmi les êtres d'aujourd'hui. des armes et du collier : et songe malgré soi à des marquis de Versailles et non pas à ces Romains uniformément drapés dans des toges blanches et monotones. qui ne prend l'épée que pour le Gaulois ne sort pas de sa demeure sans avoir le glaive à son côté. son costume tient à la fois du nôtre et de de l'Oriental. où se heurtent l'écarlate. il se couvre d'un casque orné de cornes monstrueuses. faisant faire à sa mon- ture les voltiges d'une fantasia savante. et. rieux. c'étaient ensuite d'interminables festins au milieu de la . un manteau ou flottant sur l'épaule ou encadrant le buste et fermé sur la poitrine. Mais si je regarde sa vie morale. Ce cavalier gaulois est déjà un chevalier. capuchons ou cache-nez. il vit dans ses domaines. et sur lesquels brillent les ors de la ceinture. c'est.

qui s'étendent sur des milliers d'hectares. 1917 et 1921. flanqué de serviteurs innombrables qui ressemblaient à des gardes Ce effet féodal.. et si la sa vie agricole. est Il en un grand propriétaire et un chef de bande. entouré d'une assemblée de parents. liques les y a longtemps que : ces années idyl- ont pris fm les derniers survivants des petits propriétaires vivent dans la dépendance ou sous l'hypo- thèque des grands seigneurs leurs voisins. ou qu'ils à leur merci. la culture des terres en Gaule a connu. d'amis. Catalogue illustré. Le Manuel de Déchelette (t. A sa maison sont destinés ces cofïres en bois massif. le maître trônant à la place d'honneur. de clients et de parasites. 1014) demeure de premier ordre. au début de commun au profit si elle de tous les hommes d'une il tribu. . à ses armes. chaufTce par les troncs d'arbres brûlant dans l'immense cheminée. 3" édit. pour eux que les bijoutiers cisèlent ou martèlent les colliers d'or ou fondent les plus belles perles de verre. II. a connu ensuite le partage de ces terres en portions égales entre tous pères de famille..m fi DE LA GAULE A LA FRANCE. les ouvriers sont à leur solde ou * travaille à complaire aux riches. L'important est de recourir aux collections du Musée de Saint-Germain et aux catalogues si soigneusement dressés par Salomon Reinach (Catalogue sommaire. avec elle. grande salle.. IIP p. L'industrie C'est s'ingénient à fixer sur la terre cuite ces teintes vives qu'affectionne le regard du noble gaulois. La campagne entière est à ces derniers. pour eux que les céramistes tournent les grands vases noirs aux flancs saillants comme des carènes. Dans les villes même. et. Leroux et Musées Nationaux). ces chauds tapis de laine aux tons colorés. l. que nous dirions aujourd'hui.. éclairée par les flambeaux de résine. ainsi du corps. Paris. 2 vol. d'hôtes.S?8. les villages de paysans penchés aux bords des sources ou blottis aux recoins des hautes citadelles. est le possesseur d'immenses biens-fonds. ces ornements d'émail où l'ouvrier a su faire descendre les couleurs du ciel ou 1.

2 vol. montés en force et en appétit. Fouillrs dii mont Bcuvraij. .. la tonnellerie. et que la bière. par exemple celle de l'émaillerie gauloise au Beuvray.L'ÉPOQUE DES CUEPRIERS. toutes choses gracieuses à voir : ont l'esprit assez ouvert pour comprendre et celle ils beauté de la matière travaillée par l'artiste de la phrase modelée par le poète. Mais. Et les découvertes archéologiques. jamais la vigne 1. n'ont fait que confirmer ses thèses. chariots de camionnage. le cidre et l'hydromel du pays ne leur suffisent pas. Un seul érudlt moderne a su rendre justice aux efforts des Gaulois en matière économique et faire certaines réserves sur les progrès apportés par les Romains en celte matière. l'émail- lerie. Dejussieu. Rej-nier. ces produits chimiques qui la parent des nuances d'une jeunesse nouvelle ou d'un blond éternel. et elle Europe pour livrer à ses maîtres chars de guerre ou de fête. ces « nautes « de m'est impossible de ne pas reporter l'exis- tence jusqu'aux temps gaulois. les trépieds de métal à la structure mystérieuse. C'est L. comme la sont aussi grands buveurs de vin. ceci d'extraordinaire. elle Car l'industrie gauloise est habile à découvrir n'a pas de rivale en : a inventé le savon. dans son livre De l'économie publique et rurale des Celles. raffolaient fut en relation avec les colons de Phocée. ces sociétés de trans: C'est également le luxe des grands qui fait vivre ces marchands grecs venus de port qui s'organisent sur Paris dont il les fleuves tels. 137 du sang. A ces riches il faut les la coupes d'argile façonnées aiguières de bronze et peintes par des potiers de Grèce. pendant le demi-millénaire où la Gaule libre Il y avait. Autun. Voir Bulliot. et ils les paient au prix qu'on voudra. et que jamais pourtant. charrettes de campagne ou voitures de vitesse la carrosserie de Gaule pouvait être estimée la : première du monde K Marseille. que leur terre était admirablement douée pour la vigne. 1818. 1899. l'argenture. l'étamage. que les environs de Marseille la Grecque offraient d'excellents vignobles. les aux courbures car ils élégantes. en effet. ils demandent aux Grecs de leur apporter sans cesse des amphores de vin. que les Gaulois du vin. à sa chevelure.

138

DE LA GAULE A LA FRANCE.

ne parvint à sortir du terroir marseillais. J'ai peine à croire que les Grecs aient pu réussir à en empêcher l'évasion. Je supposerai plutôt qu'une loi gauloise en interdisait l'importation, et que cette loi venait des Druides. Ainsi que d'autres prêtres de l'Ancien Monde et du Nouveau, ils ont redouté les conséquences de l'ivresse avec l'abus du vin, et peut-être aussi, avec l'extension du vignoble, le discrédit des terres à blé. Si les Gaulois buvaient du vin, ce n'était que du vin de luxe, importé du dehors, et je suppose aussi qu'ils le buvaient à l'insu de leurs Druides et en dépit de leur religion ce qui serait un autre trait de ressemblance entre leur vie et celle des fils de l'Islam.
:

C'est

évidemment
les

l'aristocratie qui a fourni

aux

écri-

vains anciens
tel qu'ils

principaux traits du caractère gaulois,

le

ont essayé de le décrire. Mais si les chefs donnaient ton à la nation, il est permis de supposer que la masse des hommes s'étaient déjà mis à le prendre. « La race gau» ^

lors son humeur, son tempérament, une âme d'une certaine tenue; et on parlait de cette âme et de sa nature à la façon dont on parlait de l'âme d'Athènes ou du Génie du peuple romain, encore que Rome et Athènes fussent des patries municipales, et la Gaule une vaste société nationale. Le Gaulois a l'intelligence éveillée, rapide, souple et
loise

avait dès

j'ose dire

précise.

Il

sait

apprendre, comprendre, imiter et inventer.

C'est

un

être de clarté et de logique.

Deux

défauts gâtent cette intelligence. L'imagination,
:

vraiment, est trop débordante
ce qui ne sera
sissent, son

il

voit ce qui n'est pas et
le désir le saifin.

pas; quand l'espérance ou

âme s'emporte dans

des illusions sans

détourne de la réflexion et de l'acte; son pays est un repaire de rhéteurs
Puis,
il

sacrifie trop à la parole, qui le

1.

En

traduisant ainsi l'expression de Strabon, IV,

4,

2

:

Tb

:pj>,ov

ra),/,'.xôv.

L'Ll'OnUlù
et

DhS

GUtltlUhilS.

l;;'j

autant que par
servent

de bavards; ses chefs doivent s'imposer par l'éloquence la bravoure, et les plus angoissants dangers
d'occasion

à

de

beaux discours, ordonnés

et

majestueux.

Des qualités éminentes de cœur relèvent le mérite de l'esprit. Nul écrivain de l'Antiquité, pas môme de ces Romains auxquels les Celtes firent tant de mal, n'eût osé accoler à leur nom ces mots de ruse et de perfidie qu'on répétait à satiété à l'endroit d'adversaires. Le Gaulois est un être de premier élan, qui ne sait pas dissimuler sa pensée. Sur le champ de bataille, il ne veut
combattre qu'à ciel ouvert; il ne cachera ni son corps devant l'ennemi ni son âme dans une discussion. La fidélité au serment et le respect du droit ont conservé chez
lui

leur valeur

primitive. Vérité et justice
Il

ne se

séparent pas à son sentiment.

a l'horreur de

une forme du mensonge; et il a aussi celle de la lâcheté, qui est une forme de la bassesse. Ce qui manquait le plus aux Gaulois, c'était la discil'iniquité, qui est
Ils savaient prendre de bonnes résomais combien vite abandonnées! Amis du plaisir, joyeux de vivre, on eût dit qu'ils avaient peur des déci-

pline de la volonté.
:

lutions

sions

fixes,

froides

et

continuées,

qui

exigent

l'effort

et la peine d'une longue tension de soi.

Ce sont,

et je crois

que Michelet a eu raison de
mobiles et crédules.

le dire

^,

de grands enfants,

On

leur attribua la vivacité et l'incon-

sistance des passions politiques, et le goût des révolutions.

Leur bon sens
de
la plus

et leur finesse

ne

les

préservaient pas, en

matière de gouvernement, des plus sottes imprudences et

Aucun de

dangereuse imprévoyance. ces travers n'était d'importance au regard

de la morale; et toutes ces qualités faisaient des Gaulois de très braves gens, enclins à l'idéal, et qui étaient des hommes d'esprit. Mais, dans les temps prochains où

1.

monde

Histoire de France, livre I, chap. 1 «Ce sont les enfants naissant. » Écrit en 1833 au plus tard.
:

du

140

DE LA GAULE A LA FHANCE.

rimpérialisme romain allait étouffer les lois de la morale, ces qualités ne seraient pour un peuple qu'une très médiocre
sauvegarde.

Ce que
ils

c'est l'excès

aux habitants de la Gaule, de leur individualisme. Obéir leur répugne, veulent faire par eux-mêmes. Ils ne sont nullement
je reprocherai le plus
la faculté d'organisation, et ils

dépourvus de

ont su doter

leur pays d'un ensemble d'institutions intelligentes, judiciaires, militaires

ou

fiscales

:

mais

ils

ne s'y conforment

Chaque peuplade aime à agir à sa guise; et, dans chaque peuplade, l'individu compte plus que l'État. L'amour de sa personnalité, la vanité de son nom ou l'orgueil de ses actes, la passion de la gloire, dominent
guère.
les chefs, et,

sous de tels stimulants, ils arrivent à faire de très belles choses, mais ils en viennent aussi aux pires
aberrations de l'amour-propre et de la jalousie. Quelques-

dévouer avec un admirable héroïsme à ce commune, que ce fût la Gaule ou leur cité. Mais le monde gaulois n'était pas encore parvenu à connaître cette abnégation aveugle et absolue que la religion de la patrie inspira aux cités méditerranéennes dans l'âge de leur maturité. n'empêche que ces Gaulois sont maintenant les Il d'une seule famille, -"^yant même physionomie et fils même tempérament. Quel que fût le sang originel des plus lointains ancêtres, leurs descendants s'étaient tellement mêlés, corps et âmes, ils avaient tellement subi ensemble les influences du climat et du sol, de l'histoire et de l'éducation, qu'il existe sur la terre de Gaule une espèce humaine avec sa nature propre, avec des traits dessinés pour toujours. Les révolutions qui vont suivre changeront peu de chose à cette nature, ne supprimeront ou n'ajouteront aucun trait essentiel. Et tel nous nous sommes imaginé le chef arvei-ne Vercingétorix au temps de César dans la Gaule finissante, tel nous apparaîtra Roland, neveu de Charlemagne, dans le rêve de la France adolescente.
uns surent
se

qui représentait pour eux la cause

L'ÉPOQUE DES GUEIUUEIIS.

141

Le
Ce

sol,

égaleiiiunt, avait reçu sa ligure définitive, ses

espaces de culture, ses routes et ses domiciles humains.
qu'il faudrait
:

à ses cultures, c'est un peu plus de
les

variété

il

n'a pas encore adopté, par exemple, l'olivier

et la vigne,

malgré

timides essais des temps néoli-

thiques.
leuse,

INIais les

Gaulois, en dépit de leur

humeur

batail-

n'ont rien laisse perdre des terres fécondes que

leurs aïeux avaient découvertes; le grand seigneur, qui

champs, qui leur doit le les entretenir en bon père de famille, et n'oublie pas d'amender et d'engraisser ses emblavures, au moment opportun, avec la marne calcaire ou argileuse du sous-sol. Qu'on ne nous répète plus que la Gaule de ce temps était encombrée et hérissée de forêts impénétrables, et qu'il fallait attendre les Romains pour défricher ces espaces incultes. Les Romains n'ont supprimé ou amoindri aucune des forêts celtiques, et les seules brèches qui y aient été faites par le travail des hommes viennent de bûcherons chrétiens. Mais ces forêts elles-mêmes étaient
vit le plus

souvent près de
ses

ses

plus fort

de

ressources,

sait

loin

d'atteindre les formidables proportions

qu'on leur
les

attribue.
les

Landes, grandes hêtraies ou rouvraies de l'Ile-de-France elles
cite les
les

On

Ardennes,
leurs

Vosges,

:

existent toujours,

et

bords seuls cnt été rognés.

Nulle part,

le

bois ne gênait la culture; les Gaulois avaient
cjui

toute l'étendue

leur était nécessaire

pour récolter

le

blé de leur nourriture.

elle-même était un réservoir de vie variée. Elle avait ses larges pistes de chasse, sans cesse foulées par des chevauchées, et ses
reste, la forêt

Au

sentiers de pèlerinage, qui conduisaient

aux lieux sacrés
des arbres

des

sources,

des

clairières,

des

grottes ou

fameux. Une exploitation forestière valait alors ce que peut valoir de nos jours une mine de charbon c'était de
:

la forêt

que

le

Gaulois tirait

les bois

de ses demeures, car

142
il

DE LA GAULE A LA FRANCE.

voulait ignorer l'usage de la pierre; et les sous-bois ser-

vaient au pacage de porcs innombrables, un des aliments
favoris de ce temps. Abri, vivres et chaleur,

l'homme devait

presque tout à la forêt. Une nombreuse population de « compagnons des bois », forgerons, bûcherons, charbonniers,
cueilleurs de simples, sorciers et
«

sauvages

»,

y avaient

élu

domicile.

Des

villages s'étaient formés sur les hauteurs

au

milieu des arbres. La forêt n'étaitplusqu'unmodeparticulier

de

la discipline

du

sol plie

pour toujours à

la vie

humaine.

Cette

vie

humaine

s'étendait, s'agitait

partout. Elle

avait désigné les lieux favorables à ses résidences et à ses

rendez-vous,
Il

les lignes utiles

à sa circulation.

existait encore des villages en

nombre

sur les hauteurs

inexpugnables des Alpes, des Vosges ou du Limousin,
sur les promontoires rocheux qu'enserrent les boucles des
rivières
villes

du Quercy ou du Rouergue,
le

et les plus

grandes
le

elles-mêmes, Bibracte ou

mont Beuvray dans
celle-là, les

Morvan de Bourgogne, Gergovie
vergne, malgré
ci,

près de Clermont d'Au-

les

135 hectares de

75 de celle-

n'étaient que d'énormes refuges dressés au milieu des

bois et des rochers, à plus de 800

ou de 700 mètres de
tendait aussi vers des

hauteur. Mais la vie en
sites plus hospitaliers.

commun

Lutèce était née dans l'île des PariBordeaux, autour de Vestey de la Devèse, à l'endroit où ce ruisseau sacré rejoint la Garonne; Avaricum ou Bourges, sur la presqu'île qu'entourent les marais de l'Yèvre et de l'Auron; Narbonne, auprès de l'Aude en sa fin; Arles et Lyon, sur les collines qui dominent, là-bas la fourche et le delta du Rhône, ici son confluent avec la Saône; Toulouse, sur le large plateau^ qui commande le passage de la Garonne et le débouché des routes
siens;

venues de

la

mer

Intérieure; Orléans et Nantes, ports sur
la
ville,

de Vieille-Toulouse, d'où 1. Plateau descendra à son emplacement actuel.

sous

Auguste,

: Pour satisfaire à cet intense va-et-vient. et. à la lisière d'un bois fréquenté. qui devaient demeurer ou devenir métropoles des provinces de France. à la fois villages de travailleurs. et les troupeaux aux époques^ . citadelle et port sur la Gironde. toujours à portée des bonnes terres et des les Ailleurs. le passage incessant de marchands et d'étrangers. gîtes d'étapes. les On aima beaucoup. de vastes esplanades invitaient les hommes à des réunions périodiques. Nîmes. Alésia de Bourgogne. port des Vénètes du Morbihan et peut-être leur lieu saint. ont rendue plus vénérée et plus célèbre que les plus peuplées des métropoles. sur ses monts ». au-dessus des eaux jaillissantes de sa Fontaine divine. : marchés de paysans. en ces âges anciens. Blaye. à des points frontières. jours de fête qui étaient en même temps des jours de foire. de jouir. L'activité des hommes ne se concentrait pas dans ces endroits de domicile permanent. routes populeuses. la joie de faire nombre. bénis des dieux et chéris les des hommes. entre toutes. auprès d'une source illustre. Rouen. que ses eaux bienheureuses. les grands rassemblements de foule. où l'on s'embarque pour la Grande-Bretagne. les vieilles pistes des défricheurs néolithiques s'étaient transformées en de très larges routes. Dreux à portée de la Beauce aux moissons inépuisables. sanctuaires de pèlerins Boulogne sur Manche. le merveilleux isolement de sa colline. la à des carrefours de routes. et cinquante lieux de ce genre. le voisinage des divi- du plaisir. et émotions qu'y provoquaient nités. la « 143 Loire. se tiennent « modestes bourgades des paj'S ». Locmariaquer.^ sans trouble et sans arrêt. marché sur la Seine.VÈPOQUE DES GUERRIERS. En cent autres lieux. l'attrait la passion des affaires. de parler et de crier ensemble en quelques heures fiévreuses ou plaisantes on y dépensait plus de vie que dans la longue succession des mois de travail banal. où pouvaient passer en masse.

On avait bâti des ponts de bois à Orléans. sur le sol de France. Voilà donc tracées pour toujours. les grandes lignes de voies ferrées qui encadrent ou qui sillonnent la France actuelle sont les héritières de routes que les Gaulois ont connues. à Paris. les Allobroges le Dauphiné. les Volques le Languedoc. à Nevers. de Paris au Rhin par Reims. ces derniers venus des groupes humains. Des bords du Rhin au col de Roncevaux par Paris et Bordeaux. et les caravanes en toute saison. Verdun et Metz. sur les routes d'Auvergne. des « ports » suffisants. sur ce Rhône tempétueux Romains jugeront indomptable. long du Rhône. et aux mois de campagne. convois d'artillerie le CCS routes étaient construites et entretenues ou d'intendance. les lignes générales qui guideront les gestes et les mouve- ments de sa vie. Et ils ont su également ouvrir des passages. les Séquanes la Franche-Comté. : . au Cenis ou au Genèvre dans les Alpes. à Roncevaux ou au Pertus dans les Pyrénées. ils n'éprouvèrent jamais la moindre difficulté à transporter leurs troupes. avec quatre légions. marchait à raison de trente kilomètres par jour et davantage. de Marseille à Bordeaux par Narbonne et Toulouse. Sauf dans les régions . César en fit près de soixante-quinze en vingt-quatre heures. Hannibal. à leur tour. De nouvelles ont apparu les Salyens viennent de dessiner la Provence. et les Helvètes ébauchent la Suisse. On ne sait : comment mais soyons assurés que des règlements comnmns à toute la Gaule veillaient à leur bon état. fantassins. au moins dix mille hommes. de être même les que Boulogne à Marseille par Alésia ou par Langres. cavaliers. Quand les Carthaginois ou les Romains entrèrent dans le pays. les guerriers de transhumance. s'emparent de ce sol pour le marquer à leur empreinte. et peutà Pont-Saint-Esprit. Les provinces.144 DE LA GAULE A LA FRANCE. au Petit ou au Grand Saint-Bernard.

reculées 145 où dominent la forêt ou la montagne. Une loi commune. les Gergovie chez de Bourgogne. forum de chands temple de ses dieux. peut-être les premières nées des métropoles de la Gaule celtique : Avaricum ou Bourges chez les les Bituriges du Berry. chaque province. De la telle ses marqu'Athènes pour JvLLi. Surtout. Besançon Séquanes de Franche-Comté. chaque ligue de tribus veut avoir sa capitale.vN. C'est la province qui a pris la direction des affaires publiques. 10 . et le domicile moral de tous le ses citoyens. Elle a son chef militaire. la grandeur et le charme du monde méditerranéen. Metz. sont institués au-dessus des coutumes des cantons ruraux. bourg principal pour les Rèmes de Champagne. et Reims. le lieu de rassemblement de leurs forces associées. la tribu pays » (pagus) est réduit à une vie obscure de travail et de dévotion autour du lieu traditionnel où respire son Génie tutélaire. Les tribus des plateaux et des confluents parisiens se ranîle. leur ville unique et maîtresse. faisant d'une ville cenle trale son autel et son foyer. qui est en même temps juge et administrateur. lorsque les villages épars des dèmes de et l'Attique avaient reconnu la suprématie d'Athènes. le cénacle et le donjon de leur union indestructible.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. Arverncs et Bibracte chez Éducns La Gaule s'acheminait donc à son tour vers ce régime municipal qui fit la beauté. près de mille ans auparavant. sanctuaire pour les Médiomatriques de Lorraine. geront ainsi sous les lois de Lutèce en son devint citadelle pour les J'ai déjà nommé les trois plus célèbres de ces capitales. roi ou vergobret. — Gaule à la l-rauce. avaient fait d'elle leur capitale. l'acropole de ses chefs. La ligue de tribus se muait en une « cité ». à l'époque fabuleuse d'Hercule et de Thésée. Et ici se présente un fait de première importance pour les destinées de la Gaule et de la France. Il va se passer chez nous ce que la Grèce avait vu. patrie de sol et d'âme. devenues le plus souou « le vent des affaires de guerre. des règlements de finances.

elles aussi. auront leurs fils passionnés. et qui transmettront à ces fils leurs coutumes. à Athènes ou à Caravec ses sanctuaires. Alésia. Jérusalem valut plus chez les Hébreux que. le lieu demeures que par d'ailleurs et de ses richesses ses elle de convergence de ses cultes. en champs de foire. la A Rome. Sous le régime municipal qui s'inaugure. leurs bienfaits et leurs séductions. qui est une région naturelle de la France. la Tyr ou Carthage. Bibracte ou Langres. ville. fut en partie comme chez les Gaulois la ville n'absorba pas le territoire. que Rome. Bourgogne ou Berry. ou Mais le Marseille ici-même régime municipal s'annonçait dans Gaule sous une allure différente de celle qu'il avait prise aux thage. ses marchés et ses remparts. ce 1. En France. Auvergne. Toutefois. abondante en cultures. Gergovie.146 DE LA GAULE A LA FRANCE. en montagnes et en sources célèbres. au contraire. qu'un terroir d'étendue resEn Gaule. Les hommes et les dieux de cette campagne ne se résigneront jamais à n'être que les sujets anonymes et dociles d'une ville lointaine. telle ^. Je devrais ajouter Jérusalem. Bibracte ou Bourges commandent à un immense et opulent territoire. par : exemple. n'est jamais treinte et de fertilité médiocre. en villages. est l'énergie éminente et le principe substantiel rives de la mer Intérieure. chef-lieu de tribu rurale. elles demeureront toujours encadrées et soutenues par des terres fécondes et sacrées qui. en domaines. en forêts. vu l'importance du temple et la force de l'unité religieuse. La terre où ils habitent a trop de valeur pour qu'ils ne réclament pas leur part de gloire et de pouvoir en face de la capitale. de la cité. en lieux de prières. les villes auront beau croître en étendue et en beauté. de ses la campagne ne compte plus : villages épars et ses sanctuaires vieillots. Mais chez les Hébreux. . ville et campagne ont trop besoin l'une de l'autre pour ne pas s'entendre et travailler chacune à titre égal. Bibracte chez les Éduens. l'Attique ou Sparte pour la Laconie. est une colline trop sainte pour se laisser perdre dans le rayonnement d'une métropole.

se répand en tous ses membres. Gaule furent l'excepau milieu d'ambitieux qui restaient attachés à la fortune de leur cité ou à l'intérêt de leur maison. l'examen attentif des évidemment qu'approximatif. trente millions d'hommes' qui ont fixé pour toujours les foyers de leurs résidences et les routes de leurs relations. et la même vie. ils ont des lieux de rendez-vous universels. Tout cela ne fait-il pas une patrie? et la gloire de leurs aïeux. ils communient dans l'avenir par les leçons d'espérance et de foi que reçoit leur jeunesse. les uns rois et les autres prêtres. Pareille erreur a été souvent commise pour le Moyen Age français. et l'existence d'une patrie ne dépend point du Il est certain que ces patriotes de d'élite isolées la tion. des ruines et des sites humains se référant à l'époque gauloise. d'une étroite dans ce pays. C'est la méconnaître absolument le caractère et l'intensité de vie antique.L'ÉPOQUE DES CUElilUERS. Je ne puis en aucune manière souscrire aux chiffres très faibles donnés par les systèmes courants. quelc|ues âmes nombre des 1. moins de dix millions. Et il se trouvera des hommes qui aimeront cette Gaule comme une femme. et qui sauront mourir pour elle. Ces hommes ont même langue et même nom. ou au milieu d'humbles travailleurs qui ne comprenaient que la besogne du pain quotidien. La Gaule est un corps qui a sa pensée. ce qui solidarité entre les terres intérieures. tiques et des assemblées religieuses. Mais cela s'est vu en d'autres temps et chez les nations les plus solides. Par les souvenirs de leur histoire ils communient dans le passé. une mère ou une déesse. . résulle de textes. communient dans le présent par l'adoration de dieux nationaux. après cela. fidèles qui la servent. ne parlerai-je pas d'une patrie gauloise? Voici une contrée que la nature a pourvue de vaut mieux. qui n'est lions. et. sa tête et ses organes. et parfois même moins de cinq milCe chilTre. Voici. et une vie très puissante. des conseils polifrontières naturelles. ils sont à la fois un peuple et une ils église. Ils ont des chefs souverains. erreur dont on commence enfin à revenir. 147 Comment.

chaque tribu. Les Gaulois étaient trop vifs. Il est certain enfm que l'esprit de parti troubla souvent la vision de l'intérêt général. III (écrit peu avant 1856). les nations justifier 1. est également certain que la force prise par les cités une entrave à l'entente gauloise. Rœmische (p. La France a traversé des crises tout aussi redoutables.148 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. Les Éduens de la Bourgogne disputèrent aux Arvernes de l'Auvergne le privilège de commander à la Gaule Athènes et Sparte. chaque famille même. Les écrivains qui ont parlé ainsi ont voulu la défaite de la Gaule. Mais des querelles de cette sorte. étaient des hommages rendus à l'unité d'une nation. de même. le patriotisme municipal fit concurrence au patriotisme national. eut ses Armagnacs et ses Bourguignons. et bien d'autres écrivains. la 241 219 de . a-t-on dit. ils se divisèrent en deux camps. En grandissant. et elle ' : descendait la pente qui entraîne vers la mort vieillissantes. luttaient pour l'hégémonie de la Grèce. le triomphe de Rome et Gescbichte. Mommseii. je veux dire par là ses partisans des Arvernes et ses partisans des Éduens. ses Huguenots et ses Papistes. ses Mazarins et ses Frondeurs. première édition). t. son unité morale n'a été un instant pour reparaître ensuite en la forme union sacrée plus solide et plus douce. après lui ou d'après lui. Mais les luttes de partis sont inséparables d'une vie de liberté et de l'exubérance d'un tempérament. et je viens d'y faire allusion : compromise d' « que ». pour ne point se livrer avec ardeur aux discussions et aux conflits politiques. allemands et français. On a prononcé le mot de décadence à propos de l'état de cette Gaule elle avait. trop bavards et trop personnels. et chaque cité. fut souvent : si funestes qu'elles soient devenues. p. A propos de cette lutte pour le principat entre Arvernes et Éduens. atteint le degré de civihsation qui lui était départi par les destins.

rimpérialismc latin. ce qui s'échange. par delà l'apothéose préparer ravènement d'un empire A dence. ni les de l'art. progrès ou en dédaignait les avantages. c'est que. ni la régularité des résidieux à figure humaine. . Elle ne connaissait ni les lettres de l'écriture et de l'épigraphie. fut divulguée L'écriture. nouveau. les routes et les villes de leur pays. pour les tremblements de la décrépitude. mais aussi des leçons et des sentiments. que Gaulois ouvrent aux marchands les de Marseille cité. Que les prêtres de Gaule aient vu d'abord avec déplaisir cette pénétration d'idées étrangères.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. ni les édifices images de pierre. chez les Gaulois. n'était que les tâtonnements d'une adolescence qui désire s'instruire et qui hésite sur la loi de son avenir. ce ne sont pas seulement des marchandises et de bons rapports. Alors. et parfois 149 des empires du passé. même. et que les rues et les temples de leur Grecs ouvrent aux Gaulois entre Gaulois et Grecs. Mais voici que Grecs ont bâti Marseille. d'entrer dans le monde se à accepter la qu'elle recueillait avant plus brillant des renouveaux ou la plus ! complète des victoires Ce qu'on a pris. c'est possible mais ils ont : vite accepté et suivi portait les eux-mêmes le courant invincible qui Gaulois à une existence nouvelle. Ce qui manquait A la Gaule. quel signe reconnaîtrcz-vous qu'un être est en décasi vous brisez sa vie par une mort violente? Que de fois ce mot de décadence a alors été brutalement proféré le ou perfidement insinué pour amener chute de la France. rien en un mot de ce qui assurait l'exis- aux cités de la Grèce et de les l'Italie les agréments de les tence et la sécurité des relations. et non pas remarques d'historien. elle vivant à l'écart en ignorait les de la civilisation méditerranéenne. avec caractères helléniques. ni les pièces de monnaie. Mais ce sont propos d'une politique misérable. ni les dences urbaines.

150 DE LA GAULE A LA FRANCE. aux pierres énormes et régulières. ainsi qu'avaient fait les Grecs pour leurs plus lointaines Art émis. Éduens. Traité des monnaies gauloises. Mais enfin le désir d'avoir les dieux près de soi fut plus fort que tout. et les Gaulois taillèrent dans des troncs d'arbres leurs premières idoles. elles hésitèrent à modeler des dieux à la ressemblance des hommes. Les Gaulois apprirent à traduire leurs pensées par des figures qui en furent les symboles"^. Ils comprirent que 1. à la surface aplanie. le sceau mystérieux de la divinité. Leurs mains mala- droites tardèrent plus longtemps à façonner des images. Ils combinèrent en spirales ou en courbes d'une variété infinie le prestigieux signe en S. et que Tentâtes. Armoricains et autres frappèrent des monnaies de bon aloi et de type constant. et après s'être bornés à copier grossièrement les images des pièces grecques. on s'en servit pour les actes publics. 2. En supposant que Gaulois n'en aient pas eu l'idée par eux-mêmes. éducateur des hommes. Paris. ressemblait à : Hermès. pour peindre ou graver les documents qu'on voulait soustraire à l'oubli. législateur de son peuple. dans la Gaule. en ce tempslà. modèle des statères d'or et des drachmes d'argent. 1905. Voyez Blauclict. Grecs et Gaulois trouvèrent bientôt que Bélénus ressemblait à Apollon. ils firent dessiner des emblèmes empruntés à leurs cultes Sur le ou à leur vie militaire^. le serpent linéaire qui semble avoir été pour eux et. Arvernes. pour ces rues où les maisons s'alignaient en un rythme symétrique. pour ces temples où la divinité siégeait en un asile inviolable. c'était un peu échange de dévotions. . Ils s'habituaient de plus en plus à comparer leurs dieux avec ceux des Grecs rapports de marchands. par respect pour la tradition. les Leroux. Les Celtes de Provence et de Languedoc ne pouvaient visiter Marseille sans être saisis d'admiration pour ces remparts droits et solides.

Tune et legibus. eux. 5). d'Ammien Marcellin (XV. 151 c'était la pierre taillée qui faisait cette puissance et cette harmonie. avait étrangers. et agronim : cultus (ceci est exagéré) et urbes mœnibus cingere didicerunt. tune viiem putare (très tardivement). Les morts. en hésitant. C'est ce qu'on appelait « le philhellénisme » des Gaulois. XL III. XLIII. Je ne suis pas sûr que point pris contact avec Druides eux-mêmes n'aient d'Artémis ou les lettrés les prêtres de Marseille. et jugeait inutile de construire pour les défunts une solennelle sur un Celte demeure faisaient un sol qu'ils allaient quitter pour toujours. contemporain d'Auguste). Et l'on vit peu à peu clans la Gaule se dresser des remparts pour les villes et peut-être des temples pour les dieux *. et . Mais. le prêtres même goût des entretiens avec ceux qu'il appelait des Gaule demander à la Grèce de Peu importe qu'elle s'en instruise d'abord lentement. à rencontre des morts. disciple les d'Hérodote. -. non armis vivere (ceci est exagéré). ut deos eorum adorare liceret (Justin. les les vivants se entraîner aux choses nouvelles. résistaient au progrès et se contentaient de chambres misérables creusées dans la terre : car il y avait longtemps que menhirs. voyez ce roi gaulois qui demande aux Marseillais d'être admis dans leur ville. Justin (résumé de Trogue-Pompéc. 1. tune olivam serere consuerunt. Car le Gaulois aimait ses voisins. Mais on ne peut pas non plus la négliger. deposila ac mansuefacla barbaria. ut non Grœci in Galliam emigrasse. 9. vitse. Les expressions de Trogue-Pompée sont évidemment excessives et tendancieuses : mais cela même semblerait prouver qu'il a voulu rappeler les droits de la Grèce comme éducatrice de la Gaule et réagir contre les prétentions de l'amour-propre romain. sans renoncer laisse Barbares Qu'on l'initier donc la à la culture méditerranéenne. et que les Druides et l'élite des Gaulois ont dû Ctre curieux de toutes les choses helléniques qui étaient à leur portée. qui est un homme du pays. sed Gallia in Grœciam translata viderctur.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. 5. dolmens et tertres élevés étaient disparus des usages funéraires. et il était curieux d'apprendre ce qui venait de loin. étant donné que ce détail remonte sans doute à un écrivain grec contemporain d'Auguste. cuUioris. adeoque magnus hominibus et rébus imposilus est nitor. que les Druides se sont inspirés de Pythagoi'e. 8). et le Grec. 4 Ab his (les Marseillais) Galli et usum. On ne peut certes pas accepter telle quelle l'assertion 2.

chap. 205) revendique hautement pour l'historien le droit de rechercher ce qui « La considéaurait pu arriver sous un autre cours d'événements ration des cas hypothétiques a cela d'utile qu'elle oblige à distinguer soigneusement ce qui dans l'histoire est nécessaire de ce qui n'y : est que contingent. originale et charmante *. Litlré (Études sur les Barbares et le Moyen Age. Languedoc et Dauphiné. sans rien perdre de ses facultés propres. ce qui vaut mieux encore. en annexant les terres du Midi. après cette défaite.. avarice pubhque. sans rien perdre de ses libertés. à de chères habitudes.. qui toutes deux crurent en l'amitié du peuple romain. Mais Rome.. p. 6.. l'histoire était en droit d'attendre une civilisation nouvelle. ]\Iarseille eut recours à cette amitié pour se débarrasser du voisinage. Mais son ambition eut pour appui la sottise de Marseille et celle de la Gaule. « la profondeur » de la politique romaine-. roi des Arvernes et chef de toute la Gaule et. 1867. Provence. en supprimant l'hégémonie arverne et en soutenant. Les progrès les plus sûrs d'un peuple ne sont pas les plus rapides. qu'elle a reçu d'eux la forme de ses dieux. elle coupa la Gaule en deux comme . les prétentions des Éduens. au delà des Alpes. Cupidité des particuliers.. et..152 DE LA GAULE A LA FRAS'CE. C'est de cette manière douce et consentie que Rome s'est fait élever jadis par les Grecs. des Celtes de Provence. mais 1. qui portent une certaine probité dans rexcrcice du crime. : . : territoire. Elle vainquit Bituit.. ni ceux qui lui ont été imposés. comme nation. à l'aide de son alliance. » Considérations ^ur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. ne travailla que pour elle. avec Montesquieu. Admirons. » 2. D'une alliance spontanée entre la nature gauloise et'r'éducation hellénique. parfois gênant. Mais il ne faut pas méconnaître que Montesquieu ne fut jamais dupe des Romains « Ils ne faisaient jamais la paix de bonne foi. Rome ne le permit pas. et qu'elle les a reçues en les adaptant aux traditions de sa langue et aux pratiques de son esprit. On n'avait pas même cette justice des brigands. les directions de son art et de ses lettres.

proconsuls avides de gloire et brasseurs d'alTaires en quête service au de placements. dont le par réclamer la Gaule pour lui-même. noble entre tous. sut prendre la Gaule chef. la il de ses aïeux. Cette Gaule ses mot sacré du ralliement de hommes. levée contre l'étranger. plus fort que lui. 1. Je suis convaincu que César rapporte toLiiis consilium des paroles réellement prononcées. Jules César. 29 : Verdngétorix proclame (se) iinum Cailla' cffcclurum. par la vertu de sa concorde. par cette suprême résis- tance et par l'apparition de ce chef. Romain devant pour Alésia. qui ne procéda pas autrement que le bandit d'outreRhin. rappelons qu'elle était 153 de criminels. tout fut fini Du moins elle avait montré. VII. mais qui. unie et invincible. finit et la garder. De bello Gallicn. Ils rivalisèrent d'ailleurs de maladresse et de crédulité. Les uns se confièrent en des mercenaires germains. les réussit-il un instant toutes fut vaincu par le cités ville contre royale Jules César. la cité sainte des Celtes. En vain l'héritier des chefs à soulever Il le arvernes. et. n'ayant qu'une seule volonté. . ne formant qu'un seul corps. ce qu'elle était et ce qu'elle pouvait devenir. Les autres se confièrent en un proconsul de Rome. Mais la Gaule. Ariovistc. Pas une seule fois Vercingétorix ne parla ou ne combattit au nom des Arvernes. vainquit devant Gergovie. eut la vision de la Gaule entière. imposant à l'univers le respect de son droit et de sa liberté '. Dans il ses heures d'espérance et d'enthousiasme.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. Alors. cujiis consensui ne orbis (jiiidcm terranini possil obsisterc. Vercingétorix. La guerre civile éclata entre les deux partis gaulois. mais toujours au était sa vraie patrie et le nom de la Gaule.

Lyon capitale Amour-propre gallo-romain. Intensité de la commerciale . autre paix romaine. triomphe du style classique. — Ce que fut passer l'invasion germanique. — Nouveaux — — Plus de variété dans la : La construction en pierre les villes villes et routes. relatifs à la Gaule. Souveraineté de la tangue et de la littérature latines. de la mythologie. torité.VI L'ÉPOQUE IMPÉRIALE L ETAT ROMAIN Beauté apparente de VEmpire romain. elle nement et prit les usages de ces maîtres. XII et XIII. — Maintien en son Conseil. parus à l'ouvrage est en ce Berlin en différentes parties depuis 1888 moment inachevé. cités et Les tombeaux de pierre. gallo-romaines. la fois Incorporée à l'Empire romain. — L'Empire en état de siège. la Gaule transforma à sa vie politique et sa vie morale. décadence maritime. — L'armée gallo-romaine. de villes gauloises. Elle fut soumise à des maîtres. . la vigne. Il est bon. source d'audes pays persistance des — Toute-puissance du grand domaine. Victoire La fièvre d'art. de inestimables services rendus par le Corpus inscriptionum Latinarum. Le régime municipal. 1. et la soldats barbares et pacifisme des civils. — Rome laisse principe d'unité. sites — — La terre. culture. — Gaule des éléments d'unité. — urbains. romaines. son gouveret ses habitudes. Ce ne fut pas seulement une nation qui perdit sa liberté pour être la de toute étude sur la Gaule romaine. en tète les rappeler . t. héritières — vie industrielle et — — — — — « ». Mœurs Faiblesse du génie latin.

à deux mille ans de la défaite de nos pères. parlant une même langue. et la vigne. rellent. image du se sous la d'un empereur divin. priant les mêmes dieux. car les écrivains de Et nous délirons à leur suite nous ont élevés et élèvent encore notre jeunesse. et plus de jouissances au cœur des hommes. c'était un spectacle splendide que Empire romain. d'un côté l'éducation et de l'autre 1q gouvernement. tels que seraient les enfants d'un père de famille : historiens et siècles poètes de Rome ont déliré pendant des dans : l'admiration de cette œuvre. plus de nations qui s'entre-déchirent. patrie unique et école suprême de cent millions d'hommes '. et ce que valurent. Ils connurent le platane à la fraîcheur inaltésol Le de la rable. et le cerisier. façonnés aux mêmes coutumes. joie des siestes et des joie des vier. joie de France entière. plus de partis qui se quepaix et loi Au . Et plutôt plus'quc moins. ses maîtres romains. ils nous imposent leurs sentiments de vainqueurs. ce furent cette nation qui entrèrent société civilisée 155 les hommes de comme Romains dans la grande : du monde méditerranéen car Marseille. province d'un immense État. remit à Gaule. et ces hommes comprenant tous. le pêcher. Gaule lui-même compléta son éducation sous Il dut au nouveau régime des cultures qu'il avait ignorées jusque-là. promenades joie d'été. Voyons la réalité à travers les phrases. ils prolongent en nous. . la ciel le travail garantis à la terre. une mentalité de vaincus qui acceptent leurs maîtres et qui les Rome adorent. Plus de rois ennemis.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. ce qu'on a appelé « le génie latin » et « la paix romaine ». qui mirent à la surface plus de variété. la joie du Midi. 1. conquise par César. des familles. l'oli- gourmets. celui de cet l'Italie le soin d'instruire la premier abord.

Les recherches du bien-être et du luxe. Voilà des siècles que la Brie et la Beauce ont leurs blés. plus de terres à donner au grain. elle occupa rapidement les terrains qui lui étaient favorables et engendra aussitôt les vignobles de gloire française ceux du Languedoc autour de Béziers leur capitale. et davantage. mais avec plus de goût. C'était pour notre pays une richesse sans limite. au voisinage des embouchures de fleuves. à peine inférieure à celle du blé. les pépinières. a été fait par les néolithiques ou les Ligures. gardons-nous de croire que cette conquête en ait provoqué une autre. : la Champagne manquant Mais. de façon plus délicate et moins monotone. La vigne fut. le sol de la riche que soit le par Gaule. Mais les : Romains n'y songèrent point. Je ne dis pas que l'éducation romaine ait détourné les Gaulois de la terre. plus de vie à assurer aux hommes. et ils abandonnèrent la tâche aux moines chrétiens ou aux ouvriers de Sully. Les terrains que soumettent les vignerons sont enlevés à d'autres cultures. les potagers. aimée en ce temps-là. . les jardins fleuristes. et c'était pour ses habitants un motif de plus d'aimer la vie que leur faisait la terre. Que la vigne gauloise soit fille des cépages de Marseille ou de ceux de la Campanie (car cette affaire fut surtout aux mains de vignerons grecs). et non pas à la forêt ou au marécage. en ce genre.13(i DE LA GAULE A LA FRANCE. le grand bienfait. non point avec plus de force. ceux de la Bourgogne encadrant Beaune. Certes. don fait à la terre de Gaule conquête romaine. Ils l'ont. la si seule à l'appel. ceux des coteaux parisiens. l'Artois ses lins et le Quercy ses chanvres. des Graves bordelaises. et surtout de ce luxe de table qui fut la frénésie de la civilisation latine. les amenèrent à multiplier dans leurs domaines les vergers. des bords de la Moselle. Il y a beau temps que l'essentiel. était encore abominablement enlaidi par de vastes étendues de marais stériles et funestes il restait un noble travail à faire pour de nouveaux Hercules. ceux du Rhône aux flancs de la Côte-Rôtie. les serres. celle de la nature par le cultivateur. au contraire.

On eût dit que la vie humaine. à y produire toutes les espèces possibles de légumes. et de dresser des villes aussi drues que ses moissons.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. et la tombes \ aux abords des demeures. et qui semblaient continuer dont ils sortaient. réservé aux habitations et aux marches humaines changea brusquement d'aspect. que quelques faits. Les Vases céramiques ornés de Gaule romaine (1901. le forçage ou l'hybridation. et l'on \ commença de la ' à tailler largement dans les bancs de calcaire les Saintonge ou du Jura. des plomb et de fer. 1. cela va sans dire. les plus connus ou les plus caractéristiques. et l'on puisa sans arrêt dans gile couches d'ar- de l'Auvergne. couvrit. poussa de partout. il se couvrit d'édifices attachés le sol comme le rocher. et. ce qui lui restait d'or et de cuivre. la . Paris. 157 : par la grefYc. Voyez le travail de Déclielette. plus que pays au monde. elle était capable de les faire durer éternellement. et même d'espérance morale. qui ne devait plus s'interrompre. de fruits et de fleurs. Sondé et creusé en tout sens par les prospecteurs de mines et de carrières. de son côté. Je ne cite. de pensée religieuse. qui ne se traduisît par un édifice bâti et immuable. de France reçut ainsi la plus gaie si de ses parures. de plaisir vulà lui. i Afin d'orner le sol se les tables des vivants et les des morts. en brique. dans assises les de marbres pyrénéens. en ciment. Il prit l'apparence que nous lui voyons aujourd'hui. Il n'y eut pas de groupement social. durs la terre i gaire. temps de la Par suite de cet appel forcené à la pierre et à l'argile. Une végétation de murailles en pierre. de fait politique. du Rouergue ou du Gévaudan K Les : la brique et de la pierre de taille étaient venus Gaule montra que. s'ouvrit à une vie plus profonde. roses et de violettes. Picard). Mais qui sait la Marseille n'avait pas été première à la tisser sur la terre de Gaule? Le sous-sol. il livra ce qu'on sut en tirer d'argent.

au travers ou au-dessous de un système d'égouts qui les débarrassent des matières usées.. Citons ici les meilleures monographies de villes gallo-romaines : Harold de Fonlenay. 1921. 2. en un conduit souterrain ou sur les arcades d'un aqueduc. Lausanne. 1916. ornés de statues. qui leur amènent. Aix. Paris. Aulun. Clerc. Audollent. 1912. la ville moderne n'offre aucun élément que n'ait réalisé la ville romaine. ressemblèrent aux nôtres chaussées rectilignes. Besançon. Paris. Mont-Louis De Pachtere. dans Nîmes et le Gard. couronnés de frontons et dominant en souverains le peuple des maisons le culte humaines tassées à et leurs pieds : temples pour des dieux. nouv. t. : somme toute. Clermont gallo-romain. arcs de triomphe pour le glorifier l'histoire. s'agiter au delà même de la mort. La Civilisation romaine (à Nîmes). Fr. Aventicum.. Clermont. Dragon. Picard. Paris. Delaroche. cirques. ces mêmes attitudes de la vie sociale.éd. ces mêmes ensembles de pierre. 1919. bénéficiaire de tous les architectes du monde antique -. Ces mêmes principes de construction. dans Allmer et Dissard. fil porteur de paroles. théâtres. Paris à l'époque (jallo-romaine. çà et là.. . de maisons. Mazauric. taines K et le les eaux pures des sources loin- A part la lumière qui éclaire et qui réchauffe. Aguœ Sextiœ. à l'occasion du Congrès de l'Assoc. 1910. de Boccard.15» DE LA GAULE A LA FRANCE. publication municipale. qui. basiliques et curies pour les séances des magistrats du sénat. entou- rées de portiques. Secretan. 5 vol. Musée de Lyon. 1901. dans Mélanges littéraires publiés par la Faculté des Lettres. se retrouvent dans de simples bourgades. que On construisit des villes qui. Inscriptions antiques. 1908. et. 1889. Blanchet. Jacquin. Lyon. elles aussi. pour rAvancement des Sciences). Arles antique. 3''. . de hauts et larges monuments précédés de colonnades. Association Pro Auentico . 1. bordées de trottoirs et droits. et un système de canaux ces rues et de ces édifices. 1912 (Nîmes. Recherches sur les aqueducs et cloaques de la Gaule romaine. des places centrales. formant un réseau de chemins coupés à angles aux contours réguliers. ne pouvait plus dans un cadre de pierre. I. 1888-1893. Autun et ses monuments. Dejussieu. Constans. amphithéâtres et thermes pour l'amuse- ment de tout monde. éd. Allmer. Castan Besançon et ses environs.

Annecj'. en tant d'endroits. et un modèle du genre. eux aussi. que les héritières enrichies des fermes. . et également décorées de portiques. pourvues d'eau froide des sanctuaires. on enfonça sous terre une muraille compacte de blocs. et la voie romaine fut alors pareille. « Là où trouve ces ». Ceci est la grande différence entre la route romaine et nos routes contemporaines. elle qui a tracé pour guider les marches humaines. leurs thermes et leurs temples. de ciment. Là où qu'une surface fragile. déjà la route de la Gaule indé- pendante. aussi stable dans sa masse de pierre du sous-sol cjue les arcades des arènes au-dessus du pavé des villes. Mais qu'on ne s'y trompe pas. chemins ferrés ces levées ». 1. ces villes de la Gaule romaine. elles aussi en pierre et en brique. en solidité et en résistance. leurs aqueducs et leurs édifices publies^. qui a su gravir les les montagnes par des pentes continues. qui. C'est et la première. et pjarées Il comme la loi n'était pas jusqu'aux routes à quoi maçonnerie n'y avait eu ne s'imposât comme du temps. les sillons nécessaires De même. ces villages. à un chemin de ronde sur la courtine d'un rempart -. survécu jusqu'à nous. et 2. celles-ci à surface très mince et nécessitant sans cesse des chargements ou une réfection.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. là passait elle. 159 ont leurs rues. routes de pierre qui sont les témoins de la voie latine. Et c'est pour cela qu'elle a. dans les marchés sacrés de la campagne. par Marteaux Le Roux (1913. la il et d'eau chaude. dans villas. ne sont. des bourgades et des forteresses de la liberté. est le travail le plus fouillé que nous possédions sur un viens de Gaule. qui a su franchir marécages sur pilotis. profonde parfois d'un mètre. Abry). ces villas. le plus souvent. ni leur allure. La monogi'aphie de Boulse. de cailloux. Les Fins il' Annecy. La grandeur romaine a procuré à nos routes de Gaule un vêtement de pierre presque inusable : Rome ces « ne leur je a indiqué « ni leur direction «. les ont leurs théâtres.

juchées l'existence à la fortune ou : trop haut. avant par fit l'arrivée de César. Rien ne nous dit que Trêves ne soit pas l'héridu lieu sacré ou du marché central des Trévires. Néris. capitale romaine des Éduens. Vienne. sont des villes entièrement neuves. Vichy. Mais on a vu que Gaulois eux- mêmes. aucune de ces villes n'est une création franchement origielles furent tracées pour nale. loin des routes passaces villes. Sans doute. Glermont. La Gaule romaine a suscité des villes d'eaux magnifiques. et l'habitation se humaine familiarisa chaque jour davantage avec les coteau ou la plaine. Autun. et Les hommes de villas de villages ou de vieilles comme les rudes repaires de hauteur où de villes. dieux et magistrats en tête c'était le déplace- ment non pas la fondation d'un foyer municipal. et la loi de Rome ne que les inviter à s'en rapprocher plus vite. imaginée de toutes pièces : recevoir les habitants d'une ville antérieure. A côté. sous un gères. Luchon. Narbonne a été le siège d'un puissant royaume. ont quitté les malheurs des temps et de le pratiques avaient logé leurs aïeux. et qui n'était pas très loin de là. édifiées sur des coteaux qui n'avaient reçu jusque-là que on les des villageois au labour ou des dévots en prière a construites pour remplacer Bibracte et Gergovie. et d'autres encore. après avoir été le port des marchands allobroges. Ils se transportèrent dans leurs nouveaux : domiciles. Au reste. s'étaient sentis attirés les terres et les routes d'en bas. devient le lieu de séjour de leur aris- n'existe l'île que parce que tocratie. Lutèce a beau couvrir de superbes édifices et 1 à la mode latine sa pieuse colline de la rive gauche. combien de villes romaines ne sont que les avatars de résidences celtiques ou ligures Avant d'être la colonie capitale du Midi. Luxeuil. capitale romaine des Arverncs. elle les Gaulois et leurs aïeux ont aimé de la Cité. et cent autres mais la Gaule indépendante n'ignora les mérites tière coloniale : . ciel inclément. quelques-uns de ces lieux bâtis doivent aux habitudes des âges nouveaux. aux temples et aux thermes de marbre.160 DE LA GAULE A LA FRANCE. Aix-en-Savoie.

éternelles et connues de tous. La Gaule thermale. d'aucune de ces eaux. les morts de la Gaule finirent par les accepter magistrats. Paris. Pion. image ou inscription et d'ordinaire ils bordaient les grandes routes. . ils voulurent la avoir leurs demeures de pierre. H . Nîmes. aucune ville n'apparut à l'époque romaine"-. lignes droites surgis- sant de la terre. — De la Gaulo à la France. comme grands ou la plèbe. succéda monument stèle funéraire en façon de temple ou de statue. ils Mais tous étaient de pierre ou de marbre. Aix. 1914 (Annales de 1. Béziers. Arles. Tellement il est vrai de dire que les Romains furent plus souvent les sectateurs du passé que les prophètes de l'avenir 1 siques Pour venir plus tard que les vivants aux habitudes clasdu Midi. la Société royale d'Archéologie de Bruxelles. le long de la Méditerranée et du Rhône. au contraire. Orange. depuis la portaient haute d'une coudée jusqu'au mausolée de cent pieds. 2. s'en éleva de dimensions et de formes infinies. pour rappeler davantage le défunt aux êtres qui Bonnard. un travail de premier ordre que celui de Fr Comment la Belgique fut romaniséc. Si les habitants de Nîmes ont quitté les « monts » d'où jaillit leur Fontaine. et cette région devait un jour produire les plus riches ateliers de labeur citadin que la Gaule ait jamais possédés dans ses frontières. t. et protection de dieux au elles 161 nom celtique sourdent toujours sous la '. C'est Cumont. à l'oinbre de ces même Fontaine. les Eux comme les encore. mêmes collines et au contact divin de cette On vit alors. comme aux les dieux. XXVIII). où la population gauloise ne s'était groupée qu'en hameaux ou en fermes. Jui-LUN. A tombe le 11 sans nom et sans figure. Avignon. dans le bas. aussi complètement. Vienne mais c'est que les hommes de ces pays : s'étaient de longue date façonnés à la vie municipale. 1908.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. En Flandre. Narbonne. à demi invisible. une abondante floraison de colonies romaines ou latines. c'est pour demeurer à quelques pas de là.

sont des œuvres de souvenir imposées par ses morts à la terre de Gaule. Grâce au prestige de la pierre que l'on taille et de l'édifice que l'on dresse. Ses habi- tants connurent alors en leur intensité cette production commerciale qui laissaient indifcar les terres d'une cité suffisaient jadis à la faire vivre. blé. porcs et gibier pour sa nourriture. ses ouvriers ne travaillaient que pour quelques-uns. argile pour ses poteries. il se fonde des manufactures aux ambitions universelles. La . des maisons de commerce aux velléités impéférents les Gaulois de l'ancien régime : Le mot est répandu surtout dans l'Ouest et le Sud-Ouest. Tourmagne de Nîmes. laine. désirs futiles Gaule fut aussitôt souhaité par l'univers. la mort a repris sur cette terre l'empire que lui avait donné la roche brute au temps des menhirs et des dolmens. « piles » ^ et « pyramides » ^. plus septentrionale et la plus célèbre est « la pile » de Cinq-Mars près de Toui's. et les plus étranges ou les plus fières des ruines de la Gaule romaine. bois pour ses bâtisses et ses meubles. Le travail et le rôle de la matière grandissaient chaque jour dans cette vie internationale que représentait l'EmIl ouvrait aux besoins nouveaux ou aux du monde entier les richesses de chacune des provinces de ce monde. cette activité elle. tout objet fabriqué par la pire romain.162 DE LA GAULE A LA FRANCE. En Pi'ovence (pyramide de Fourrières). 2. chanvre et lin pour ses vêtements. Maintenant. mais il y en a bien d'autres. et fer même pour ses armes. autant que elle survivaient. la vie. et le grand seigneur trouvait sur son domaine de quoi satisfaire aux nécessités courantes. y planta des bâtisses indéracinables. la Pennelleprèsde Marseille. î. La mort. marqua le sol à son empreinte. tout objet fabriqué hors de la Gaule fut aussitôt souhaité par industrielle. à Autun (pyramide dite « pierre de Couard »). Du môme genre. mausolées de Saint-Remy et des Trévires.

sous cet Empire dont rien n'entravait la puissance. de Langres ou les matelas de Quercy. Paris. : en façon industrielle. 1C3 Les céramistes d'Auvergne. sont réduits à d'humbles besognes de cabotage et de pêche. Toutefois. les jambons de Flandre ou de Franche-Comté. et par moments une ruée formidable. de Roucrgue. Les commissionnaires d'Italie achetaient en gros les lainages d'Artois. . riales. Les petits ports de la Méditerranée. Marseille a perdu toute activité maritime depuis que César lui a ravi la liberté. Ce fut. Des bronziers de Flandre ou de Hainaut expédient leurs fibules en Allemagne et jusqu'en Asie. Des corporations de batellerie ou de camionnage se chargèrent de les exploiter. Laurens. L'initiative commerciale se concentrait dans ces trois ports d'Arles. La Verrerie en Gaule sous l'Empire romain. Ce même César a détruit la flotte gauloise du Morbihan. de Hainaut. de Narbonne et de Boulogne. Celle des « nautes de la les cité le de Paris » fut maîtresse de la Saône étaient les armateurs maritimes à Arles. et Seine et de ses affluents.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. travaillent pour toute la Gaule. Un maître verrier de Normandie avait des succursales qui faisaient ressembler sa firme à l'administration d'une province^. Voyez l'ouvrage capital de Morin-Jean. cet entrain qu'on eût pu espérer en cette Gaule si bien faite pour la mer. dans la vie maritime. ses successeurs impériaux ne l'ont point remplacée. et la Rhône partagés entre nautes fluviaux à Lyon et : 1. cette ardeur. 1913. Celle-ci et Narbonne dominaient sur la mer du Sud. sur les rivières et les routes. de la Manche. de Gévau- dan. On eût dit que les chefs de Rome avaient organisé en leur faveur le monopole des routes de la mer un grand empire préférera toujours centraliser le travail plutôt que multiplier les énergies. Boulogne commandait au Détroit. et exportent bien au delà de ses frontières. ce ne fut pas. l'absinthe vermifuge de Saintonge car la production agricole elle-même s'organisa de Besançon. de l'Atlantique. une presse.

ne peux admirer ceux qui les remplacèrent. pour l'invisible Teutatès. car en réalité Je ne devrais i)as dire frappés à mort les dieux gaulois subirent une métamorphose plutôt qu'ils ne disparurent. Reinach. roi de la Gaule. Ces Rome d'une . pour l'architecture ou l'archéologie monumentale. et d'une manière générale pour tout ce qui concerne l'arcliéologie figurée et l'archéologie domestique de Ja Gaule romaine. Paris. en son allure de dieu aimable et frivole. Paris. si belles que soient les formes dont les artistes les ont revêtus. et le hochet du caducée à la main. Tentâtes. furent frappés à mort.1C4 DE LA GAULE A LA FRANCE. régulateur du monde habité et arbitre des hommes. Quelle déchéance. Pour tout ce qui suit. et tous les dieux indigènes. inutiles. \ '. prirent noms.. l'Armorique végète le long de ses rivages forces vives de la France ont été frappées par longue stérilité. les peuples. être de sagesse et Les dieux gaulois et je : d'intelligence. . costumes et emblèmes par à ceux des dieux du dehors qui leur ressemblaient comme 1. le père du peuple. Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine depuis 1907. que ce dernier avatar infligé dieux. et c'est celui-ci qu'on adora partout dans la Gaule. 1917 et 1921. Il nous manque un recueil similaire à celui d'Espérandieu. admirablement disposé pour l'intelligence du passé. nous avons des recueils de première utilité : Espérandieu. eux aussi. plus enclins à rabaisser qu'à rehausser leurs à ne plus songer qu'au Mercure de la fable. Ministère de l'Instruction (7 vol. Je rappelle la visite au IMusée de Saint-Germain. Leroux et Musées). Catalogue illustré du Musée des Antiquités nationales au Château de Saint-Germain (2 vol. Bélénus se transforma en Apollon. Ésus en Mars. l'un après l'autre. et s'il fut d'abord le Mercure ou l'Hermès de l'antique tradition hellénique. en arrivèrent les mythes de ses conquérants! Les autres divinités gauloises perdirent moins à leurs nouveaux aspects. les ailes aux talons et au pétase. parus publique). se changea en Mercure. Taran en Jupiter.

Léda et son cygne.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. 165 Les déesses s'habillèrent en Victoires. au puy de Dôme. que beaucoup en oublièrent aussitôt Mercure et Jupiter. et mille autres histoires de ce genre. et leur emprunter tantôt des noms et tantôt bien des ruisseaux s'appelèrent des Apollons ou des Mars. à défaut des dieux qui s'abandonnaient. en Junons ou en Dianes. et les Gaulois si bien. le de la Terre qui reprenait ses droits sentirent sur le sol et sur les humains. grands ou médiocres. mieux que les banales idoles sous un nom étranger. La mythologie classique n'en recouvrait pas moins la Gaule entière de ses images et de ses fables. Bacchus et sa Phaéton et son char. et même ces sources qui d'ailleurs demeuraient les plus chères des puissances divines. en elles Minerves. devinrent . avec cette mère et cette reine. Prométhée et son vautour. Des statues de Mercure se dressèrent sur les sommets. et de gaies fontaines. depuis Homère en son Iliade et Ovide en ses Métamorphoses. durent pactiser avec les plus grands dieux de l'Olympe méditerranéen. mais à son tour la spirale ou le serpent linéaire disparut devant le triomphe du foudre ou du caducée. à Montmartre. Ganymède des figures : et son aigle. jusqu'au jour où se rapprochèrent toutes de Cybèle. tenant des nourrissons sur les genoux. l'antique divinité c'était. se travestirent en lourdes Cybèles. cjui arriva dans la Gaule au temps des Antonins. c'était autre chose et du monde gréco-romain. Mais cette fois. la Grande Mère des dieux et des hommes. des frères. En vain les emblèmes mystiques chers aux aïeux essayèrent de lutter. panthère. fut révélé aux Gaulois et accepté de leur foi naïve ou de leurs âmes surprises. copies informes des banales images que l'industrie religieuse de l'Empire fabriquait à foison pour les étalages des boutiques et les bancs des marchés au voisinage des sanctuaires. Hercule et ses douze travaux. au Donon. limpides et sautillantes. Tout ce que les Anciens avaient raconté sur leurs dieux. Les cultes locaux eux-mêmes.

sur les mosaïques qui ornaient les grandes salles des thermes publics et les chambres d'apparat des villas seigneuriales. Comprenaient-ils vraiment ce que signifiaient ces mythes. et qu'en se convertissant à cette religion nouvelle. en pierre ou en chair. légères ou pathétiques. jeunes vieux. et je suppose plutôt qu'ils ne voyaient là qu'aventures merveilleuses. leur beauté poétique ou leur sens mystérieux? J'en doute. Aux jours de frairie qui assemblaient à Soissons ou à Champlieu les laboureurs et les bûcherons de l'Ile-de-France. leurs yeux contemplaient. chose comme larise Il est vrai que quelques-unes de ces figures et de ces scènes étaient des chefs-d'œuvre. en ces tableaux vivants dont s'éjouissait le populaire dans ces mille théâtres qui se construisirent sur le sol des cités. dont on éduqua les la matière et regards des foules. misérables et lettrés. les inévitables amours de Léda. dieux en images et religion en féeries. Elle put admirer les corps des Vénus ou des Athlètes aux pourtours de ses théâtres ou dans les salles de ses thermes. On eut des mosaïques . sur les riches vases d'argent qu'on vouait aux dieux secourables et qu'ils conservaient dans les trésors de leurs temples. la Gaule s'initiait aux beautés de l'art. et toujours.166 DE LA GAULE A LA FRANCE. On les représenta même en action. Paris juge de beauté entre trois déesses. Icare et Dédale tombant du ciel. des Niobides massacrés par Apollon. ait marqué pour elle un progrès moral. On les vit reproduites sur la vaisselle de table. et encore. quelque ces mélodrames ou ces acrobaties que popude nos jours la vogue du cinéma. qu'elle avait ignorées jusque-là. pour offrir un passe-temps entre deux services. Et je ne trouve pas que la conversion de la Gaule à l'anthropomorphisme païen. Les épisodes de la guerre de Troie se déroulèrent en reliefs d'une vie saisissante sur les flancs des vases d'argent exposés dans les sanctuaires.

Des bustes ou des statues de vivants peuplèrent les places publiques ou les maisons de campagne. et ses arcades. fût-ce de travail ou de marché. scènes dieux. artistes grecs appelés à grands frais ou artistes indigènes nourris de leurs leçons. le le les drapier derrière sa banque changeur avec sa sébile pleine de pièces. 1G7 OÙ les animaux de la fable ou les combats de l'arène apparurent avec les couleurs de la réalité. le capuchon rejeté sur le dos. perdue dans ses broussailles et ses marécages à la lisière de la Germanie. le viticulteur de Trêves *.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. telle que l'avait le dieu. Le boutiquier de Sens. Et nos musées de France sont aujourd'hui 1. est le mausolée d'Igel. ayant à la main le coffret du maître de maison. le porc que l'on sacrifie. et ses piles d'étoffes. . la tunique tombant sur les genoux. en bons pères de famille. la fièvre d'art se propagea par toute la Gaule. on en vint à décrire par la pierre les occupations de l'existence humaine. Pont du Gard l'harmonieuse simplicité de Œuvres anciennes achetées au les delà des Alpes par de riches amateurs. Le plus célèbre et le plus intact des mausolées à figures de genre. le forgeron d'Autun. et. se montrèrent sur leurs mausolées en ressemblance absolue. et il se trouva bien peu de morts. le batelier transportant des barriques. qui l'avait importée. depuis Nice fille de Marseille et déjà reine sur la Côte d'Azur. le bœuf qui laboure. De la religion. portraits de citoyens méritants ou de propriétaires vaniteux. le commerçant de Bordeaux. qui n'eussent souhaité ou obtenu leurs figures sur leurs tombes. même des plus humbles. datant des abords de l'an 200. près de Trêves. La Maison Carrée de Nîmes déploya le les grâces élégantes de sa façade. jusqu'à Tongres. L'homme à son tour voulut son image. De même qu'on représentait les batailles des héros et les amours des plus prosaïques. cette fièvre pénétra tous les replis des âmes humaines. le charretier conduisant sa charrette. à scènes de la vie réelle (mais mêlées de scènes mythologiques). œuvres récentes façonnées sur place pour orner forums des villes ou les salles des villas. leur épouse et leurs enfants à leurs côtés.

délaissa l'usage de ses idiomes nationaux. Il était si commode pour la paresse et la routine humaines! La reproduction de la vie réelle. sont vivantes. au moins. Moins de trois siècles après la conquête. il Cet art ne vivait plus que des conventions de l'école. et tout autrement que devant Vénus d'Arles ou l'Athlète de Vaison. de ces bas-reliefs qui racontent le les jours et les ouvrages » du travail de la Gaule. elles nous présentent des hommes loi sous la qui peut-être furent nos aïeux. une note originale. en quatre siècles. Il m'est indifférent qu'elles soient moins belles. étouffée par les progrès continus de l'art mythologique. Elles. elle conserva . « remplis de ces portraits de bourgeois ou d'artisans. elles viennent de notre sol. la Cette fois. de Rome. A côté de l'éducation par l'art et par l'image. une expression nouvelle de notre vie nationale. et de copie en copie il n'aboutissait qu'à de misérables plagiats.168 DE LA GAULE A LA FRANCE. Voilà enfin. elle avait disparu. poème de leur vie. Rome assura l'éducation par l'écriture et les belles-lettres. gaulois ou ligures seuls. les Aquitains furent réfractaires à la langue des vainqueurs. au contraire. elles nous apportent des sensations de notre passé. je m'arrête devant ces œuvres avec un réel plaisir. Le malheur est que cette note s'effaça très vite. Mais par là même les images de cet art gagnaient en vogue ce qu'elles perdaient en mérite. et si Veskuara : dut évacuer les basses terres de la Gascogne. elles nous rappellent des pensées et des tâches qui ressemblent aux nôtres. La Gaule. exige l'effort de l'observation et le souci de la vérité. Et aussi^ aux derniers temps de sa décadence. sa valeur diminuait de jour en jour. n'inventait plus rien en attitudes héroïques ou en phy- sionomies divines. l'art religieux des Gréco-Romains réussit à mettre fin aux tentatives personnelles et fécondes des artistes de la Gaule.

des lois et des usages publics : car le latin admise pour les actes de l'État et des cités.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. et je me demande si ce ne fut pas pour faire oublier un antique collège des Druides. mérita d'être appelée « la cité de Pallas et ». et aussi ces inscriptions en majestueux caractères dont on décora les frontons des temples. Bordeaux. plus visité des empereurs. on récita des vers : de Lucain. Partout ailleurs le latin s'imposa. surexcités par les salaires qu'ils attendaient des préceptorats aristocratiques ou de l'enseignement public dans les villes. ICO un inviolable refuge dans les landes et les vallons du Pays Basque. par celle. avant d'être la ville de Clémence Isaure. qui s'empressa de faire la cour à ses maîtres. installés en directeurs de . fut plus riche en villes et en colons. furent envahis par une population d'écoliors. Mais les grands seigneurs du Nord ne tardèrent pas à se modeler sur les riches bourgeois du Midi dans les fastueuses villas penchées sur les coteaux de la Moselle ou dans les manoirs perdus au fond des Ardennes. des garnisons. par celle de l'aristocratie indigène. sortis de Grèce ou d'Italie ou formés spontanément dans les milieux indigènes. Virgile en voulant l'imiter. Arles. L'école eut la mission de discipliner ces bonnes volontés. c'est en était la seule langue la lin qu'il fallut les prier. les offrandes aux dieux. Toulouse. des immigrants et des marchands italiens. Narbonnc. curieuse et passionnée. les socles des statues et les parois des tombeaux. Bélénus devenant Apollon et Teutatès Mercure. enfin. Nîmes. les dieux de la Gaule devenant romains. et. Le Midi. et des philosophes. par l'influence des colons militaires. Une nuée de maîtres se répandirent sur la Gaule. Il sortit de ces écoles des avocats qui eurent leurs heures de célébrité et se firent applaudir à Rome même. Les Éduens instituèrent une université à Autun. et Toulouse. soumis plus touristes. des marchands et des gagné plus vite aux lettres latines: et j'entends par lettres la connaissance des poètes et des orateurs de Rome. il en sortit aussi des poètes qui copièrent tôt.

Des rhéteurs ou des conférenciers qui ne songent qu'à faire de l'esprit avec la science de leurs devanciers. le jour où elle s'était déclarée l'amie de Rome: accepté car aucun peuple ne réussit à faire sa part à l'amitié de Rome. à l'intelligence éveillée et souple. si quelques étudiants le y venaient le encore. montrent également que les formes et les moules ont fini par s'user à force de servir. obsédante monotone. et dans leurs contours sans netteté ou leurs dessins sans vigueur. Mais il n'avait plus en Gaule qu'une situation égale à celle qu'on lui avait faite à Rome. comme l'industrie. ouvrirent Grèce. la misère de sa destinée l'emporta. ces figurines de statuaires. c'était pour se préparer à la latinité et triomphante. fut chez elle les elle se réfugia dans l'étude d'Homère et le culte des lettres grecques. des métaphores mythologiques consacrées par des siècles d'écriture. chez les écrivains gaulois. ces œuvres de poètes. cette destinée qu'elle s'était faite à elle-même. et pendant quelque temps ce et Italiens puisèrent que Gaulois aux sources plus pures de la pensée antique.170 DE LA GAULE A LA FRANCE. Le grec n'était point exclu de cet enseignement. l'éterla littérature. ces vases de céramistes. En lâtre hellénique vain s'efîorça-t-elle de maintenir son rôle d'écoà demi persécutée sur cette mer qui : avait été sienne. eussent employé les leçons de leurs et : maîtres à rendre des idées et des spectacles de chez eux! . Marseille avait : dieux et la langue d'Italie latin. Le non pas grec. aux leçons du Portique ou de l'Académie les âmes des petits-fils des derniers vergobrets gaulois. lui « nom de sa Cannebière (de cannabis. de devenir l'éducatrice de l'Occident. et de le gagner à la conscience. des poètes qui ne savent s'exprimer qu'à l'aide de réminiscences. C'en était fini avec cette ambition que Marseille avait pu concevoir. tout au contraire. Puis. donnera chanvre »). semble n'être plus qu'une empreinte de formes et de moules toujours les mêmes. C'est cette latinité que nous retrouverons. Et deux les siècles après César. Gomme je préférerais que ces Gaulois. nelle obéissance aux préceptes de l'école comme l'art.

et je me demande si la fidélité extraordinaire et presque mystique des Rèmes à f alliance romaine n'est pas en paille la conséquence de cette légende. On me dira qu'un combat de gladiateurs n'était pas 1. peut-être même antérieure à cette époque. rien ne délecta plus la plèbe ou les riches que les prouesses sanglantes de la gladiaturc. Leur histoire était 171 leur nature était assez langue latine. une nouvelle et ample moisson de drames vivants. mimes et pantomimes sur les théâtres innombrables des villes et des lieux de foire. que des liens de Grèce et de Rome. courses de chars dans les cirques des métropoles de provinces. les plaisirs tableaux vivants. d'une mort Oublieux les sans descendance. : ils empruntèrent les jeux. la riche. sous l'inspiration d'une âme gauloise. et partout. aux héros de la que Rémus avait fondé la nation des Rèmes et Ils voulurent avoir la louve romaine. De Rome et les vices enfin. et à Paris comme à Rom. . poèmes des Druides et les chants des bardes. assez belle. baignades en commun. pour fournir à de paysages pittoresques. cière de leurs aïeux.*. mystères mythologiques. Mais nul de ces catéchumènes des lettres classiques ne songea à modeler avec elles les souvenirs de son passé ou L'idée ne leur vint d'imiter les et ces les images de ses regards. de leur propre histoire. oeuvres moururent d'une double mort. on s'amu^^a à Paris à l'instar de Rome. qu'ils traîtres à leur passé.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. datant au moins de l'époque romaine. combats de gladiateurs ou exécutions judiciaires dans tales les amphithéâtres des capide cités. non plus seulement pour souveraine de leur vie présente. fils Gaulois s'imaginèrent étaient les de l'Hercule de la fable. d'épopées superbes. de traduire. de strophes émues. Je ci'ois la légende bien plus ancienne que le Moyen Age. mais pour nourrifamille les unissaient ' . même pas de transcrire. promenades et jeux d'oisifs dans les thermes.

et ce fut tout. à Arles. d'il loin de troubler l'esprit de leurs hôtes gaulois. et. s'adapter au . cela ne suffit pas pour changer le sang de trente millions d'habitants. à Béziers. Nos aïeux tels seront les : parle du caractère transmis à y a deux mille ans avaient reçu leur part nécessaire de qualités et de défauts. à Narbonne. mourait malgré elle le et gladiateur était libre. quelques centaines de milliers d'immigrants italiens ou grecs sur les routes. Elle est autre chose. Mais n'en faisaient pas spectateurs de ces sacrifices distraction et de joie un motif de et la multitude entassée dans les arènes ne demandait loisirs. Gallo-Romains conquis par Clovis je la naissance. en tout cas. Ce sang absorba celui des nouveaux venus. les colons romains de Lyon. Leur arrivée ne modifia pas davantage l'humeur native des hommes. à Lyon. qu'on ne fasse pas de la France l'élève et l'héritière de ce génie. Mettez aujourd'hui un enfant de Saintonge dans une école de Marseille. si plus barbare que ces sacrifices humains jadis cliers aux Gaulois et interdits depuis par la loi de Rome.17_' DE LA a ALLE A LA FRANCE. dans les foires ou dans les villes. et nous leur ressemblons. la Le génie latin n'a pas transformé rament des hommes de Gaule. était Qu'on ne me parle plus du « génie latin ». La victime du dieu. et pouvait choisir les un autre genre : de vie ou de mort. ils le nature et le tempé- qu'ils étaient comme sont restés : quelques dizaines de milliers de colons militaires à Fréjus. finirent par mouvement de l'ambiance. être innocente. Tels étaient les Gaulois conquis par César. il est vrai. Les colons grecs de Marseille. je ne parle pas des manières dont l'éducation l'enveloppe. Je pouvait : n'en suis point sûr. à la mort et au meurtre que de distraire ses Le monde en droit de demander d'autres leçons à ses maîtres romains. et elle vaut mieux. Ce race. à Orange.

inconstant. mais les lettres et l'art de la Gaule n'auront une valeur que le jour où ils ne seront plus inspirés par le génie latin. au moment de qui : sa défaite. Là encore. cles ou lui ou le ses fils prendront les gestes. tenace. la condition où et l'art bâtira des églises romanes et non plus des amphi- théâtres. le mal se mêle abondamment au bien. Besançon par exemple capitale et citadelle des Séquanes. et la France n'a gardé la langue latine qu'à de la mettre à son allure propre. loyal et crédule. les N'attribuons pas au génie de ce Latin de notre langue. Gaulois. Elle conservera le goût des lettres écrites et des œuvres d'art. l'aceent et l'imagination du cru. prime-sautier. formaliste et ne ressembla fourbe plus traditions demi. qu'il discipliné. évoluait vers ce imposa peu à peu sa loi au monde méditerranéen une ville chef-lieu de cité. enseignées à nos ancêtres par les hommes du Midi. et ce fut dans la vie matérielle et morale des peuples. et ce fut dans leur vie poli- tique et sociale. La Gaule.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. il au Latin. Notre droit a emprunté à la législation romaine des principes généraux que les Gaulois partageaient avec tous les fils des de notre droit et les clartés Européens. Nous avons vu ce que Rome enseigna de nouveau. et où ces formes de la pensée. Même après quatre siè- de loi romaine. Ainsi fera la France de ce que Rome lui a apporté de meilleur. demeura un être ardent. ce qu'elle conserva Voyons du passé. ornement et force d'une petite patrie. qu'il 173 tienne ensuite boutique à la Gannebière ou à la Grand'Rue. où la poésie chantera Charlemagne et Roland non plus Hercule ou César. resté sur la terre et au et jamais milieu des siens. comme Rome du Latium régime municipal . seront consacrées par leurs fils à présenter et à proclamer la vie nationale.

auxquelles ces villes commandaient. entre la Gironde et la mer. prolongeant ainsi une existence près de trois fois millénaire. I : du même .174 DE LA GAULE A LA FRANCE. ses arènes aux gradins innombrables. déjà vieille. par les progrès du bien-être. Il est maintes fois arrivé. Mais. le Médoc est vraiment une patrie campagnarde on l'aime comme telle. leur territoire rural. courager A cela l'Empire ne cessa d'enbornant à retirer aux chefs des et la souveraineté politique. une résidence rêvée. se OU Athènes de l'Attique. Lutèce finit par s'appeler Paris. Les peuplades ou « cités gauloises «. les Gaulois. et ce canton n'était autre qu'une tribu ligure. et c'est pour cela d'hui qu'il s'appelle encore aujour- mot. Tel domaine des Arvernes il avait été soumis par César. mais un lieu de joie. d'un millier d'années. Et au dedans de ces grandes provinces. Quel est le Parisien de l'Hurepoix ou de la plaine Saint-Denis qui n'eût reconnu en Lutèce sa capitale. et le Médoc n'est autre qu'un canton rural de cité gallo-romaine. au temps de César. cités leurs titres indigènes j Par la la force des choses. retenaient intacts leur nom traditionnel. tel fut respecté par les empereurs. celle des Medulli. ses habitudes et ses joies propres. et qu'il s'y donnait des fêtes magnifiques? Les seigneurs du Dauphinéallobroge avaient quitté leurs rudes manoirs de la montagne pour se bâtir « des hôtels sur les bords riants du Rhône. dans cette Gaule romaine. la pour y vivre la joyeuse vie. dans ce décor nouveau. les antiques cantons des tribus fixité (pagi) le persistaient en une presque hiératique. son accent. ville arrivait à la suprématie sur les hommes. depuis qu'elle avait sur la colline de la Seine ses thermes aux colonnes de marbre. et dans ce territoire. I nouvelle parure de temples et de monuments non plus seulement un centre d'administration. Sa faisait d'elle. l'Auvergne. leurs et limites. à Vienne belle ». il a son patois. que le nom de la peuplade ou de la cité soit passé à la ville qui lui servait de chef-lieu. le passé continuait. que de petits « pays » à l'indestructible vitalité Pour un habitant du Médoc.

les Piétons du Poitou servirent à dénommer Poitiers. L'organisation sociale ne fut point davantage modifiée dans ses éléments essentiels. par là notre sol. figurer l'Empire C'est une sottise que de se romain comme une ce propos vaste société démocratique. plus de regret de la liberté et un sentiment plus juste de la valeur des hommes. en Gaule et partout. à défaut de l'ancienne aristocratie. qui possédaient des terres et qui en possédaient . ses habitants et ses édifices retenaient pieusement. qui devint Bourges. : instant la diffusion de la richesse mobilière et de la petite propriété. et de rappeler à tion française. ne montre aujourd'hui en des formes plus nettes et des noms plus tenaces. Nulle patrie au monde. celui des Parisiens. et. en avoir une toute neuve. les Lcmoviques du Limousin à dénommer Limoges. n'eurent qu'à accepter. Puis le progrès s'arrêta. provoquèrent un la talistes. et bien d'autres ont fait leur vocable à de même. l'éveil de l'industrie. hors la patrie française. Mais par là l'antique peuplade gauloise enracinom dans sa ville maîtresse. les cadres et les titres de sa plus lointaine histoire. 175 du même mot que le territoire. mais nulle autorité. Au début de l'Empire.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. l'envoi de colons. les Bituriges du Berry imposèrent Avaricum. Napoléon héritier et législateur de la PvévoluD'abord Napoléon. l'avènement des professions libérales. ainsi que tant de maîtres absolus. qui furent portés au pouvoir par les plus riches. où la dispersion de la fortune aurait mis plus d'égahté. dont elle était la capitale. en un mot nait son toujours respecté et vivant. Ceux-là désormais comptèrent. Les empereurs romains. a désiré s'entourer d'une noblesse. prédominance des grands propriétaires et des gros capiLa plèbe pouvait gronder dans les arènes cela lui valait plus de pain et plus de jeux. la trace et le souvenir de ces nations qui avaient fait la grandeur du passé gaulois. pour le malheur de la Gaule et du monde.

176

DE LA GAULE A LA FRANCE.
:

beaucoup

je n'ai

pas à parler

ici

de ceux qui possédaient

des armes,

les soldats et leurs chefs,

que nous retrouverons

tout à l'heure. Les vrais détenteurs de l'autorité civile
furent, ainsi qu'aux
les

la

et et

temps gaulois, les maîtres de domaines moindres propriétés faisaient le décurion, sénateur de cité; les plus grandes faisaient le clarissime, sénateur noble d'Empire, et il importait peu, pour devenir noble clarissime, d'être seigneur terrien en Gaule ou en Italie.
:

Le grand domaine
territoire

resta l'unité foncière, et, pour ainsi

dire, la cellule initiale des

groupements sociaux. Chaque
ville et

de

cité,

en dehors de la

de quelques gros

villages, était divisé en

une centaine de biens-fonds, vastes chacun de plusieurs milliers d'hectares, ayant chacun son
maître, sa villa, ses fermes et ses ateliers; et
il

n'est

même

pas sûr que ces villages eux-mêmes n'aient point dû se résigner un jour à subir le patronage du sénateur leur voisin '.
Il

n'en allait pas autrement dans la Gaule de Vercingétorix.

De même que
la

les tribus et les cités, ces

grands domaines

sont venus jusqu'à nous, et on dirait qu'ils n'ont traversé

domination des empereurs que pour prendre un nom Le passe de notre France ne veut point mourir, il s'enracine à son sol, il ne le quitte pas, il exige que nous nous souvenions de lui, il nous rappelle que nous vivons encore par lui. J'ai trouvé sans peine les traces des cités en nos provinces, en nos départements même, et celles des tribus en nos pays, en nos cantons ou nos arrondislatin.

sements même; et nos communes rurales, elles, sont filles de la villa gallo-romaine, petites-filles du domaine gaulois. Là où sont aujourd'hui l'église et le bourg, sur la hauteur et près de la source, s'étageaient autrefois la villa du maître
et les
1.

communs de

ses

services; des terres
p. 53, éd.
et

de culture,
Habent
privali

Cf.

Frontin {Gromatici,

Lachmann)

:

non cxiguum popiilum plebeium

vicos circa villam.

L'ÉPOQUE IMPÉIUAl.h'.

i'H

aujourd'hui coinme autrefois, partent du bas du coteau et du pied des dernières maisons, et forment le même décor

de verdure autour de

la niasse

des demeures humaines;

au

loin, les bois qui

ferment

l'iiorizon et

séparent la comle

mune

des villages voisins, limitaient jadis

domaine du

seigneur et servaient d'asile nécessaire aux troupeaux de

son cheptel et au gibier de ses chasses.

Le nom même de la villa n'a point changé. Nos Fleury de rilc-de-P'rance, nos Flcurey de Bourgogne, nos Floirac du Midi, sont autant de FZor/ac»/n, bien-fonds d'unFlorus, Gaulois au nom romain; nos Berny ont été possédés par un Brcnnus, Gaulois
le

fidèle à

un nom

celtique; et

il

y a des
:

Vitry, Victoriacum, des Mercurey, Mercuriaciim, qui furent

bien d'un temple de la Victoire, d'un temple de Mercure
le dieu, lui aussi, était

car

grand propriétaire '. -Mais, de ces domaines à nos communes, l'iiistoire n'a transmis que des noms et des cadres, les mots et les lignes fixés au sol, les aspects fixés à la nature. Tout ce qui est
les

condition humaine a ciiangé. C'est aujourd'hui l'égalité

absolue entre
les siens, et

habitants,

le

maire du village choisi par

cliacun d'eux maître en sa maison et sur les
:

champs de son bien
en équipes,
eux.
lui

et c'était autrefois

une

terre et des

hommes dépendant d'un

seul chef, et ses esclaves, répartis

servant de valets de ferme et de laboureurs,
villa,

sous la surveillance de l'intendant de la

esclave

comme

De

la

ses vieilles assises et ses

base au sommet, l'édifice de la Gaule montrait contours consacrés.

nouveaux
1.

L'État romain fut sans doute oblige d'instituer de districts pour servir de ressorts à son adrainisJe

certain

me sépare de l'opinion courante en ce qui concerne un nombre de noms formés à l'aide de noms de dieux. L'ouvrage essentiel sur ces noms de lieu est maintenant le li\Te posthume de
la

Longnon, Les Noms de lieu de depuis 1920, Paris, Champion).
JuLi.iAN.

France (en cours de publication
12

Do

!a (iaulc

à

la ^'rancc.

178

DE LA GAULE A LA FRANCE.

Ce furent les provinces d'Empire, au nombre de neuf d'abord et de dix-sept à la fin. Et nous retrouverons ce chiffre de dix-sei)t dans le plus ancien nombre des provinces ecclésiastiques ou des résidences d'archevêques
tration.
i

Embrun

et

Tarentaise

^

pour

les

provinces des Alpes,

Cologne et Mayence pour les provinces frontières de Germanie, Reims, Besançon - et Trêves pour celles de Belgique, Lyon, Sens, Tours et Rouen pour celles dites de
Lyonnaise, Bordeaux, Bourges et Auch ^ pour les pays au sud de la Loire, Narbonne, Aix et Vienne'' pour la partie de la Gaule jadis conquise sur Bituit. Mais, à part cette survie dans l'Église, les provinces de Rome n'exercèrent point une influence profonde sur nos destinées. Leurs noms et leurs limites s'effacèrent au temps de la royauté franque. Il n'y eut de vivace que la province d'Auch, entre Garonne et Pyrénées, qui devint la Gascogne et il est vrai qu'elle qui l'est restée jusqu'à nos jours correspondait à une région naturelle, et que, pour l'étas'étaient bornés à prendre l'ancien blir, les Romains domaine des Aquitains. Ailleurs, où la nature et le passé avaient fourni de trop faibles éléments à la géographie politique, la province d'Empire eût sombré tout entière sans le respect de l'Église pour les formes romaines. Mais, du passé et de la nature, Rome avait retenu le
:

principal, qui était la Gaule.

Pas une seule

fois

il

ne vint à ses empereurs

la

pensée

lieu (Moutiers)

Tarentaise (Taranlasia) a été primitivement le nom du chefde la province. La province fut partagée plus tard entre les provinces voisines. 2. Besançon a fait partie sous le Bas Empire de la province dite Sequania ou Maxima Scquanorum; auparavant, de la Germanie Supérieure. Mais j'incline à croire qu'il appartenait à la Belgique aux premiers temps de l'Empire. 3. D'abord Éauze. 4. Arles forma plus tard une province ecclésiastique distincte de celle de Vienne. Pour ces provinces et leurs subdivisions diocésaines, voyez V Atlas historique de la France, de Longnon (depuis 1884, Paris, Hachette). Et du même, Géographie de la Gaule au VI'' siècle (1878, Paris, Hachette), p. 180 et s.
1.

L'ÉPOQUE IMPÉRIALE.
de
l'aire

179

disparaître ce

nom

et d'abolir avec lui les souve-

nirs

d'entente et de gloire nationales qu'il renfermait.

Toutes les provinces s'appelèrent des Gaules ou furent dites en Gaule; et les deux Germanies elles-mêmes, autour de Mayence et de Cologne, étaient dites des provinces gauloises car ce nom de Germanie était là pour
:

rappeler un
surveiller.

voisinage

et

l'ennemi

qu'elles

avaient

à

Par
de
la

même, Rome

indiquait les frontières nécessaires

Gaule avec une netteté qui leur avait manqué trop souvent. Les Pyrénées prirent à leur ligne de faîte une valeur de limite fatale; il en fut ensuite de même pour les Alpes; et le Rhin compléta enfin son renom religieux ou poétique de fleuve sacré et de fossé providentiel par la mission formelle et militaire de marquer la fin de la Gaule, de l'Empire et du monde civilisé, et de les protéger contre la barbarie germanique. A des contours précis la Gaule romaine ajouta un centre fixe, Lyon, qui fut choisi à la bonne place, mieux garantie par la loi du sol que la montagne divine du Dôme ou le sanctuaire druidique de la Loire. Ces lieux saints convenaient

à des foyers nationaux en ces temps à demi magiques
et les dieux.

où l'union de la Gaule se faisait surtout par le symbole Mais nous sommes arrivés, en dépit des dieux

le sol, à des manières de vie plus positives et plus matérielles, où les accords humains résultent surtout de routes qui se rencontrent,

qui pullulent plus ciue jamais sur

de marchés où l'on s'assemble, de marchandises qu'on
échange. Le symbole, d'ailleurs, on l'avait à
cette
«

claire

montagne

»

Lyon avec de Fourvières que caressent les
un
les

rayons du

soleil

à son lever, et qui se pose, pareille à
la

ombilic de la Terre-Mère, à l'endroit où s'unissent

eaux

de rivières sacrées. Mais
en

rencontre de ces rivières faisait
lieu

même temps le

carrefour de chemins nombreux, l'arrivée

de troupes humaines, un
devint
le

de foire universelle. Lyon,
auguste des voies

qui n'avait été jusque-là qu'une bourgade insignifiante,

point de départ,

le milliaire

ISO

DE LA GAULE A LA l'HANCE.

romaines, la métropole économique de la Gaule, et la résidence de son grand Conseil. Car il existe toujours un Conseil de la Gaule, où se

rassemblent ses chefs, prêtres et magistrats à la fois, et, n'étaient langue, dieux et idées, Vercingétorix eût pu

une assemblée de vergobrets ou à un concile de Druides. Chaque année, au mois d'août, les délégués des cités de la Gaule se réunissent aux Terreaux de Lyon, au confluent de la Saône et du Rhône. Comme les Druides, ils sont prêtres, et conune eux, ils adressent des prières solennelles aux dieux généraux de la Gaule, dont le
croire à

temple et
les

l'autel s'élèvent sur le flanc
les

de la cofline;

comme
ils

vergobrets ou

rois

des anciens conseils,

sont

nobles et chefs dans leurs cités respectives, et ils délibèrent sur les affaires politiques des provinces gauloises.
la réalité nous ramène à Ceci n'est que l'apparence peu de chose. Les droits politiques du Conseil se bor:

naient à l'examen de la conduite des gouverneurs, et ses devoirs rehgieux consistaient à sacrifier aux deux divinités

souveraines de l'Empire, celle de Rome et celle d'Auguste, à qui seules sont dédiés le temple et l'autel du Confluent. Les empereurs, en empruntant au passé gaulois ces formes du conseil et du sanctuaire indigènes,
les

apphqualent à surveiller

les

agents de leur pouvoir et
Ils

à sanctionner la majesté de leur puissance.

songeaient

moins à la hberté et à la dignité de la Gaule qu'à l'avangardèrent bien, par ils se tage de leur domination exemple, de réunir à la Gaule de Lyon celle de Narbonne, de rejoindre les deux tronçons de cette grande nation brisée par la défaite de Bituit l'Arverne. Leur
:

i

politique

était

faite

surtout

d'utiUtarisme impérial et

d'empirisme administratif; efle

manqua

toujours de ces

vues d'avenir, de ces vastes horizons, de ce large et fécond libéraUsme qui auraient dû être le devoir des maîtres d'un grand Empire. Et ceux qui, à propos de tout, admirent et célèbrent l'Empire romain et son gouvcrne,

ment, ne sont que d'inconscients flagorneurs du succès.

Quand. Et l'on sait ce que peut valoir un nom : collectif. ressortissants de Lyon ou de Narbonne. où se rapprochaient tribus d'Alsace et tribus de Lorraine. et c'est ainsi que les Anciens ont parlé de lui. même Rome dirent le Ce fut le coq gaulois.uf. Je répète que ces hommes. bâti à sa même. le sommet du mont Donon. le comme le les contemporains. qui réveilla monde pour la révolter contre l'insanité de Néron. citoyens romains devant la loi. ce sont les deux moitiés d'une immense région qui se rejoignent pour faire de Lyon l'acropole. après . prenaient et portaient également le nom de Gaulois.pnniJF. qu'ils fussent petits-lils de Lucter l'ami de Vercingétorix. La Gaule Midi dépendait de Narbonne en administration ses : intérêts frontière économiques la rattachaient à Lyon. qu'il n'avait point tué en elle tous les germes de la L'opinion publique. s'exprimait et l'Italie. la Gaule saisit plus d'une fois l'occasion de manifester ses désirs et de faire comprendre aux héritiers de César liberté. isi Mais (lu les faits étaient plus forts que les lois. Qu'ils fussent vêtus de la toge latine ou de la cagoule celtique. ou de vétérans de Jules César laissés à Arles. en Gaule. symbole de communes. plus haut que dans n'importe quel pays de l'Empire. étaient tous devenus des Gaulois dans l'esprit de leurs chefs et à leurs propres yeux. par exemple. tous. Mais ici. le forum et l'entrepôt de toute la Gaule.. vie générale et inspirateur de pensées En dépit des tyrannies impériales et de la veulerie de l'obéissance. iMPdniALF. surtout lorsqu'il s'applique à la terre et aux hommes. Lyon ressemblait à ces lieux de rendezvous que la Gaule avait jadis institués aux limites communes de deux cités. où se rencontraient les marchands sur une place de foire et les pèlerins en un sanctuaire tel.

Le pays mettait en : son armée sa confiance et sa gloire. c'est un ferment le d'unité aussi actif qu'un nom et qu'une capitale rempart achève l'œuvre du foyer. : . quoique les recrues de Gaule fussent en majorité. Vitellius.182 DE LA GAULE A LA FRANCE. montèrent la garde contre les Germains. Tous n'y étaient pas d'espèce gauloise. C'était vraiment. Mais entre la Gaule et l'armée du Rhin. et qu'il valait mieux obéir dans la paix et la concorde. Et qu'une nation sente à sa frontière une armée permanente qui soit à elle et pour elle. si les Gaulois pensaient en serviteurs de l'Empire. l'État mort de romain parut se disloquer. Du lac de Constance aux rivages de mer du Nord. « l'armée de Gaule ». Mais une telle assemblée et la déclaration qui la termina montrèrent à l'univers que. sa fermeté aux heures de péril. ainsi qu'on l'appelait d'ordinaire. cinquante à cent mille hommes. car cette assemblée proclama que^ les temps de la liberté avaient causé en Gaule trop de querelles et de misères. et la Gaule la nourrissait. elle faisait sa sécurité aux jours de paix. C'était une force militaire incomparable. il se forma peu l'armée était là pour défendre à peu d'étroites relations la Gaule. les délégués des cités gauloises se réunirent spontanément à Reims. homogène malgré la des diversités d'origine. et d'une armée propre à la Gaule. et l'on entendit une dernière fois parler des Druides. durant trois siècles. invoquer l'unité et l'indépendance de la patrie gauloise. nomine Galliamm. ils ne s'en estimaient pas moins solidaires en leurs pensées. Un dernier élément de cette cohésion nationale fut l'exis- tence d'une armée à la frontière du Rhin. et res- ponsables de leurs décisions vis-à-vis de la Gaule. Je dis une dernière fois. Les intérêts du moment étaient plus forts que les souvenirs du passé et que le respect de la dignité humaine.

La paix romaine a. tatillonne et bureaucratique. ont dit les Anciens et ont répété les Modernes après eux. pendant ces trois siècles. à recouvrer l'unité et à chasser le elle Germain. au . le culte de leurs traditions et l'existence d'une patrie libre.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. que Rome a ouvert la principale brèche dans l'unité gauloise. de jouir sans inquiétude des biens de la terre et des joies de l'âme. La paix romaine. INIais ils ont sacrifié en échange les héritages de leur histoire. Mais n'oublions pas que ces guerres civiles ont été entretenues par la politique du Sénat. de ce aue sans les Anciens ont J'ai dit qu'elle a été fin. 183 C'est grâce à ce rempart que la Gaule profita. à la Vercingétorix. permis aux Gaulois de travailler. — Mais cette administration romaine était lente. Rome leur a fait connaître la discipline publique. encore qu'il soit tout aussi possible que dans un eût réussi sursaut de patriotisme. de l'administration. et qu'elle a accordé son amitié à Arioviste. ramenait à la volonté d'un despote improvisé. Et n'oublions pas davantage que le règne de Rome infligea à la Gaule ces guerres civiles entre prétendants et entre armées qui sont la tare la plus ignoble dont ait souffert l'humanité. et que. de s'enrichir. les lois n'empêchèrent pas les pauvres et les dépendance des plus riches. — C'est possible. trois siècles durant. mais je me nomme « la paix romaine ». ce fut pour la Gaule. de s'instruire et de s'amuser. mais parfois aussi un monstre exécrable. ce fut la fin des guerres civiles et des invasions germaniques si César déshérités de tomber sous la et la souveraineté de l'État se : n'avait pas conquis la Gaule. elle se serait entre-déchirée et serait ensuite devenue la proie des Barbares. l'obéisles règles sance à l'État. roi des Germains. pour eux un sujet de dithyrambes suis réservé le droit de discuter cet enthousiasme. qui fut parfois un très honnête homme.

les enfants camp inconnue à plus jouer au soldat. 3. Autour des villes anciennes. la vie de la jeunesse. et les villes neuves s'élevèrent sans forteresse pour les défendre i. même avant Clovis. comme Autun. Rome elle-même rouvrit la Gaule aux Germains. la France ait subi une catastrophe pareille à celle qui mit fin h la prospérité des temps impériaux. 2. et eux-mêmes ne savaient l'armée du Rhin ne fut plus com- posée que d'engagés volontaires et surtout d'auxiliaires barbares. plus complètement peut-être que ne l'eussent lait Arvcrnes ou Éduens. leges. était Un Gaulois ne portait plus l'épée. Orbis terrarum non arma fabricabitnr. les murailles des enceintes tombèrent en ruines. Sauf quelques cas exceptionnels. Vita Probi. Rome de fermer la frontière sa juste aux Barbares. Le un aspect civil et sol et les pacifique. Mais. aucune garnison ne surveilla les routes et les campagnes ^ Lutèce développa librement ses riches demeures et ses somptueux édifices sur la hommes prirent résolument Montagne Sainte-Geneviève. Mais il en résulta pour les gens de l'intérieur un excès de confiance. pour apprécier un régime à valeur. mais en l'ensemble de sa durée. Histoire Auguste. 20 IMililes ncccssarios non fuluros. Aucun château fort. Nonne omnes barbaras gentcs subjccerat? Romanus jam miles erit nullus. le rempart qu'était l'armée de . Pendant trois siècles. cours de CCS guerres. Je ne dissimule pas qu'au début de l'Empire. ubiquc pax. : bella. il ne suffît pas de le voir en ses jours de bonheur ou de chance. L'on disait déjà tout haut c[ue la paix romaine allait supprimer pour toujours les guerres et les armées ^ Une effroyable réalité répondit à ce rêve. et je ne crois pas que même même après Charlemagne.Gaule fut inviolable le long du fossé du Rhin. avant Jeanne d'Arc et Henri IV.jS'â DELA GAULE A LA FRANCE. Nnllaerunt 1. tibiquc Romans. . Sauf de très rares exceptions. n'ait fort bien accompli sa tâche.

devenue fort absorbée par les guerres médiocre. Citadelles et corps d'armées ne furent plus réservés à la frontière. les hommes périrent par milliers. 1. et des belles choses et des années heureuses il cfui avaient été l'œuvre de la paix romaine. des ruines et des souvenirs. recouvra la Gaule. et se : d'autrefois. 276 de notre civiles. Elle eut raison elle de ces bandits. et désormais. il n'y aura plus de vie citadine. refuge suprême de nos petites « cités » . Paris délaissa sa rive gauche où il n'y avait plus que des ruines. personne n'ayant rien prévu au dedans de la frontière. d'organisme municipal qu'à l'intérieur de ces tristes murailles. pendant sept siècles. rien n'étant disposé pour les arrêter. en l'an IMPÉRIALE.médiévales. ère. du Rhin. Leroux. ici. La Gaule fut divisée en secteurs militaires. encore durant près de deux elle la gouverna Mais ce fut pour la soumettre à un état de siège ininterrompu. ouvertes autour de ce qui restait des villes on construisit une enceinte de remparts. J'emploie ce mot. les cultures furent ruinées pour des siècles. hauts. ne resta que Rome. Et alors. flanqués détours énormes \ Habitants et demeures furent enserrés par l'étreinte d'une sombre forteresse. les villes. ne perdit pas courage. 1007. Plus de villes ses garnisons municipales. 2. ils furent maîtres en Gaule comme des perceurs de muraille dans une maison abandonnée. miassifs. Paris. Blancliet. sans doute. et d'ailleurs Du Rhin aux villas Pyrénées. laissa passer les Barbares. non pas dans le sens gallo-romain de territoire municipal. siècles.V ÉVOQUE Un jour. Les Enceintes romaines de la Gaule. jusqu'au réveil de la France. les villages et les flambèrent dans un immense incendie. . l'armée is:. sa gendarmerie de route. ses colonies militaires. ses camps retranchés. mais dans le sens médiéval de quartier central des villes. chacun avec son duc ou son comte.

Car. où les murs nouveaux longèrent les bords du fleuve. pour faire la police des campagnes. on leur envoie d'autres Barbares. briguer les commandements. Lyon. tout habitant de la Gaule se fît à la fois agriculteur et soldat. que le travail et la défense fussent les buts de sa vie. à Famars près du carrefour des routes de Valenciennes. Mais c'était trop demander à ces grands seigneurs auxquels la restauration sions. La leçon du malheur ne profita pas à ses citoyens. Non seulement ses rois et ses guerriers Germanie la était embouchures vaincue. il y en a pour tenir garnison à Paris. et la faute irréparable. pour un sénateur de Bordeaux ou de Narbonne. à Blaye sur la colline qui domine l'estuaire de la Gironde. et ce fut la dernière faute. à l'étendue démesurée. la rang de capitale. de l'Empire romain. ville marchande et pieuse.18G DE LA GAULE A LA FRANCE. ils font venir des Barbares à foison. si les empereurs avaient réussi à changer l'aspect et les des choses. elles eurent leurs remparts et leurs tours pour protéger les richesses que l'aristocratie terrienne s'était hâtée de reconstituer. La campagne. à Saverne au débouché du principal col des Vosges. A quoi bon même. la tribu des Francs Saliens se charge de faire le guet près des du Rhin. aux murailles puissantes. replia dans son île. les titres de . à Trêves. pour surveiller les routes et les rivières de son voisinage. à la la frontière. grosses comme des donjons. Les villas elles-mêmes s'affublèrent du costume militaire. Il eût fallu que sur ce sol en détresse. prenait la cuirasse de guerre. Des centaines de châteaux forts s'élevèrent aux endroits importants. elle aussi. ville de soldats. perdit son empereurs résidèrent près de la frontière. mais assumaient mission de défendre l'Empire contre un retour offensif d'autres Barbares. A quoi bon craindre. ils n'essayèrent pas de modifier l'esprit des hommes. souffrir et se battre? Pour cultiver leurs terres. de l'Empire avait rendu toutes leurs illuune confiance invincible en son éternité et la sécurité de leur propre égoïsme. pour ne la quitter qu'à la fin du Moyen Age. aux tours monstrueuses.

rois puisqu'ils sont généraux habiles et sujets Le sénateur. les portiques reconstruits et en relisant Virgile ^ 1. de vivre dans son opulente villa. et sa joie suprême sera. en se promenant sous fidèles. le temps de la retraite venu. : . 37 Dum obledantur olio simiilqiic dii'iliis pavent. mnniverc militaribus et pœne barbaris viam in se ac posteras dominandi. maître de la milice ou de comte de Il 187 la garde impériale? faut réserver ces fonctions actives et pénibles à des francs. bornera son ambition aux magistratures civiles. Cet abandon criminel du service militaire par les grands et ses funestes conséquences pour l'Empire ont été marqués d'une manière vigoureuse et prophétique par Aurélius Victor. Cela a été écrit au milieu du iv^ siècle. grand propriétaire. honorées et faciles.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. qiiarum iisiiin alfliientiamque œternilale majus pnlanl.

résidence royale. MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS ' L'Empire romain est une décadence menant à une cataslrojjhe. Faiblesse de l'Empire de Charlemngne. Affaiblissement du titre de roi. Si me Gaule lui ait appar- pu faire jadis l'un et l'autre. Paris. Gaule comme unité politique. Ambitions impériales des rois de Gaule. May. j'estime qu'il y a reprendre de plus près encore. [1897]. Établissements d'étrangers. ment d'unité. c'est parce que l'étude. La civilisation. Paris. encore inspirée de Rome. et tenu. La Gaule Mérovingienne. Maintien du mot de Gaule — La petite comme — exploi- idée et senti- — Quelle que soit latins de ma reconnaissance envers les maîtres ma j'ai jeunesse. Un des ouvrages d'ensemble où la notation des faits est la plus exacte et la plus complète est celui de Prou. J'ai à peine besoin de rappeler les travaux décisifs de Fustel dcCoulanges. Partage de la Gaule entre des chefs barbares. Continuité des invasions en Gaule. — de Germanie. Le Christianisme renforce Vanité gauloise et la vie locale. je ne réjouir de ce peux plus admirer l'Empire que la romain. la réflexion et l'âge ne m'avaient pas encore donné l'expérience de l'histoire. lieu de les . — — La — et la renaissance agricole. Malgré tout ce qui a été écrit sur ces sujets. 1. — — — — — — — La prééminence décisive du Christianisme. Aucun principe politique ne vient taire. — Les monastères tation rurale.VII L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES INVASIONS GERMANIQUES. Hz's/o/rc des institutions politifjues de i ancienne France. Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie religieuse. Prépondérance de la vie mili- — — Déclin des habitudes classiques.

Non! Virgile doit et conserver pour nous son charme. qui furent une peste pour le genre humain. PllsLcr. l'expédition des affaires courantes. Cherchons en celte éducation. souffraient de leur grandeur qui les condamnait au despotisme d'un chef et à l'immobilité ils étaient incompatibles avec la vigueur de la pensée. mais préservons-nous éternellement de ce mot et de cette idée d'Empire.L'ÉPUijUt: UEH ROYAUTÉS BAIWAIŒS. parBayet. préceptes d'idéal et règles de beauté. créateur d'idées ou découvreur de vérités. les Empires ont été plus médiocres des animateurs. dans l'Histoire de Fiance de Lavissc. l'initiative de la volonté. l'JOo. Paris. ne plus demander à l'Antiquité romaine des leçons de morale et les jouissances de la poésie. étaient trop vastes pour qu'un souffle puissant les inspirât. Hachette. Ces États immenses des masses. les De tous les États de l'histoire. Mais on peut aimer Virgile sans amour du peuple-roi et sa dévotion à Auguste. 1888-92. Sénèque sans féliciter le monde d'un régime qui lui donna Néron. et alors que l'univers ébloui espère tout de leur omnipotence divine. L'Empire romain montra que cette forme de gouvernement fut incapable de rien fonder de durable pour partager son et relire l'avenir des hommes et les destinées de leurs peuples. Xerxès devant Salaminc. ils s'arrêau premier obstacle. trôle de leurs agents et les conflits le conIls de leurs bureaux. Dès le lendemain de leur naissance. Kleinclausz. ils sont déjà entrés en 6 vol. Éducation latine et jugement sur l'Empire sont choses indépendantes. Partis le génie d'Athènes sous Périclès ou l'esprit de la France sous tèrent pour des ambitions illimitées. leur vie fut absorbée par les soins de la conservation. I''' partie. Paris. cherchons-y ce qui est art et sentiment.. tel que fut saint Louis. comme le firent ces hommes de la Renaissance qui nous l'ont rendue. 189 Je ne dis point qu'il faille renoncer à ces maîtres latins. la variété des intelligences. Hachette. Un résumé d'ensemble. . Il. et Sénèque nous instruire des vertus nécessaires. t. Auguste devant Arminlus et les héritiers de Charlemagne devant les Normands.

les arts. le aux lois de Rome. Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. les lettres. moins par respect par peur du nouveau et crainte du lendeils il main. romaine ne réussit pas mieux de Charlemagne à engendrer une humanité monde se livra nouvelle. Voj-ez les textes de Phne cités ici. avec les bienfaits l'épanouissement d'un art original.190 DE LA GAULE A LA FRANCE. Fustel de Coulanges. s'usèrent et s'affaiblirent. les hommes à la fois sujets de en l'empereur et à demi esclaves des plus riches. plus de bonté dans la Grèce. l'Empire les soutint mal. les marines de l'Atlantique incapables d'aborder la mer du Nord. n. il attendait les de la paix. Tout au contraire. même et dans le culte que par inertie. les forces offensives et défensives s'énervèrent. qui avait les âmes. et les empereurs n'avaient qu'à la suivre. l'achèvement de la découverte de la terre. replièrent l'humanité sur ellede la tradition. et ce ne fut plus que routine et déchéance. la Grèce avait montré la voie. les caractères. En soumettant la Gaule à l'Empire. 3. : . tout déchut. p. Sous le poids de son régime. etc. p. des progrès infinis dans sciences. » De même. à qui Rome devait le meilleur de ce qu'elle possédait et de ce que son Empire allait révéler aux Barbares. t. l'aigle décrépitude. Quand d'elle. l'oubli de la beauté grecque. Études sur les Barbares et le Moyen Age (1867. comme devait arriver. Aucune découverte fait de science. 217 et s. 42. le Christianisme persécuté d'abord corrompu qui avait ensuite à devenir jusqu'au martyre et méconnaissable Rome. II. Alors. ne sut même pas en profiter et les conduisit à la faillite. les leçons du passé. plus de liberté dans la vie : civilisé Rome. \ Littré. la gladiature maîtresse souveraine des joies populaires. Paris). à force d'être répétées. les pilotes de Rome impuissants à retrouver la route de Pythéas le Marseillais. que La louve. : assemblé en elle toutes les ressources du monde antique. XVI « Chargé des destins du monde civilisé. « César ne fonda qu'une décadence terminée par une » catastrophe 1. p.

: Nous avons vu le .. 3 vol. n'ont pas l'importance qu'on leur attribue. s'avan- cèrent par étapes successives Tournai. auxiliaires de l'Empire et chefs dans son armée ^\ Que. La distinction entre ces deux groupes d'envahisseurs n'a été marquée nettement que par Fustel de Coulanges. . la Gaule n'en changea pas moins de maîtres. Puis. Dubos. les uns aient reçu leur part du consentement des Romains. Et bien que ces rois aient aimé à se dire les sujets ou les amis de Rome. et. Les rapports entre Fustel de Coulanges et critique de Gaules. les Burgondes conquirent les terres de l'Est. alamans. Gaule envahie par les Germains et saccagée par eux de fond en comble. Avant lui. à Bordeaux. Au cours du cinquième siècle. et bien que les Gaulois leur aient rarement résisté. Je ne cite que États principaux nisons : il y en eut d'autres. les trois Arras. Les Francs Saliens. livre II (la pre- mière édition est de 1875).L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS DARBAÈES. partis des bords premier. Histoire l'établissement de la Monarchie françoise dans les 1733-4. parmi ces rois. en Suisse. de Vienne à Dijon. de la Durance à la Marne. Le la Gaule livrée à des roisj second fut d'ordre politique barbares. Dubos. saxons ou alains. Paris et la Loire. qui fut d'ordre matériel la : : de la Meuse inférieure où les empereurs leur avaient jusqu'à abandonné les terres septentrionales du Brabant. Soissons. ébauchés par des roi- telets francs. de là. et ces maîtres n'en étaient pas moins des étrangers. le résultat fut le même la Gaule n'obéit plus à un empereur. 1. mais à des chefs germains venus à la tête de troupes armées. s'étendirent jusqu'au Rhône et à la Loire. les Goths s'établirent dans le Midi. sur la Saône et sur le Rhône. que les autres l'aient prise à leur fantaisie. 191 La catastrophe fut en deux actes. chefs de garpour le compte de Rome ou conducteurs de bandes pour leur propre compte. venus de delà le Rhin ou le Danube. II. et leur souvenir restera dans le nom de Bourgogne. t. Toulouse et Narbonne. Histoire des inslilulions politiques de l'ancienne France. tout en •étant réels.

) a justement noté que mérovint'iens claicnt également souverains chez eux. que ses rois réussirent à procréer de fils. III. Clovis. un irrésistible mouvement entraîna les liommcs à morceler les territoires et à Lilre Ce eiïacé disperser l'autorité roj'ale. et de multiples royautés substituées à un empereur unique : une génération suffit pour détruire à jamais l'œuvre politique de cinq siècles romains. p. le nombre rois (1. les nouveaux venus ne comprirent pas davantage que le pouvoir souverain et le domaine de l'État ne se partagent pas comme les terres et les trésors d'une hoirie. coûte que coûte. .i2 DE LA GAULE A LA FRASCE. Clotaire. Mais il lui faudra un temps infini pour remonter au pinacle et rester Tapanage d'un grand peuple et d'une vaste contrée. posséda longtemps autant de 1. des héritiers ou le mérite des léga- La Gaule. elle fut rompue aussitôt après sa mort. 5. d'ailleurs plus intelligente et plus soucieuse de l'intérêt public. de roi. G6 et s. Clovis partagea ses domaines entre ses quatre fils. faillit le devint maître jusqu'aux Pyrénées et Alpes. dont le prestige traditionnel s'était devant l'éclat divin du titre impérial. et quand l'autorité passa à la famille des Carolingiens. Il s'arrêtait ou les instincts le par moments devant l'ambition des chefs des foules. la Gaule partagée entre plusieurs dominations. roi des Francs Saliens. redevenait l'appellation de la puissance suprême. Dubos les rois tous V. ch. installation de maîtres germains et d'une soldatesque barbare. suivant taires 1. Longtemps encore après la ruine de Rome. et rompue encore du vivant de Clotaire II et après la mort de Dagobert. Chute du pouvoir impérial et démembrement de l'Empire romain. t. devenir jusqu'aux Mais ces restaurations d'un grand royaume ne duraient que le règne d'un homme. les plus heureux des descendants de Clovis le Mérovingien. et si l'unité fut reconstituée par l'un d'eux.l.

les autres pour en emporter du butin. arrivèrent jusqu'à Nîmes et jusqu'à Poitiers. les Alamans entrèrent en Alsace et en Suisse. bandits de l'univers crurent possible d'y pénétrer. qui se dirent rois d'Aquitaine. entre la Loire et la Manche. Et plus nora- JuLUAN. et que l'Empire lui-même avait laissée debout. A les voir la ruine irrémédiable de cet Empire. surent revenir par la même route et ne s'arrêtèrent que dans les plaines de Reims. et. par le Danube et le Rhin. voilà qui achevait de briser cette unité de la Gaule. l'impuissance les de la Gaule à constituer un grand État. de même façon. elle eut des rois de Neustrie.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. L'Afrique des jMaures. qui jetèrent des pillards sur tous les rivages de la Méditerranée. D'Asie. Du milieu de l'Europe continentale. la terre en tempête envoya déferler sur la Gaule des vagues d'envahisseurs sans cesse renouvelées. 13 . qui. Les formidables pilleries ou les conquêtes heureuses qu'y avaient faites les Germains et les Francs Saliens donnèrent à des millions de Barbares le désir de les imiter. qui. misérables ou les ambitieux. et. Avares et Hongrois. et ensuite par flottilles de corsaires. par-dessus les Pyrénées. pendant un demi-millénaire. jusqu'au milieu du dixième siècle. vinrent les Huns. l'Espagne laissa ses Vascons descendre dans la Gascogne et la dénommer pour toujours. poussèrent jusqu'à Orléans. — De la Gaulo à la France. des et rois d'Austrasie. dans ces vallées de la Meuse de la Moselle qui avaient formé la Belgique romaine. avec Attila. Et à laquelle plus d'un millénaire avait déjà travaillé. des Arabes et des Sarrasins procéda d'abord par de puissantes armées. les uns pour y occuper des terres. lOâ Elle en eut au sud de la Loire. De la mer de Germanie les Saxons infestèrent les côtes de la Manche et de l'Atlantique. et leurs petits- neveux. La Grande-Bretagne fit partir ses Bretons pour émigrer en notre Armorique et lui imposer leur nom.

après un siècle d'abominables méfaits. pendant le dernier siècle de cette lamentable histoire. Attila vint au milieu du cinquième siècle. autour des autels loi travail et la prière reprenaient redressés. les hommes du Nord cédèrent à de vigoureuses résistances ou à de sages concessions. De tels événements ne laissaient pas que des ruines. à cultiver le sol. Dans l'inter: valle de ces dangers. et les Qu'on fuites éperdues des moines de Saint-Victor au faubourg de Marseille. Danois et Norvégiens. plus habiles que tous leurs devanciers. et. Ce que pour les éveiller chez l'ennemi de nou- velles convoitises et lui assurer se représente angoisses sans un nouveau nombre butin. plus tenaces. les Arabes au début du huitième. à construire des oratoires et des couvents aux faubourgs des n'était souvent villes. breux. la vie des terres de France cours. De longs espaces de temps les ont séparées les unes des autres. les triomphes espérés les Sarrasins près de Poitiers. espérer. en 942. des établissements sarrasins dits de Fraxinetum (en Provence). sillonnèrent toutes les vallées de la Gaule de leurs vaisseaux rapides. des moines de Saint-Germain au faubourg de Paris. . les hommes du Nord.194 DE LA GAULE A LA FRANCE. non 1. Aucune ne remporta Attila fut vaincu en Champagne. et rien ne la détournait de la recommençait son mystérieuse de son destin. à élever leurs enfants. de leurs Vikings en course et des flammes point qu'ils allumèrent *. et leurs pitoyables retours sur les ruines de leurs ils sanctuaires incendiés. semblables à du Vésuve qui retournent à leurs champs Gaulois se remettaient à dès que le volcan s'arrête. et ce fut cent ans plus tard qu'apparurent les hommes du Nord. Un bon nombre de ces envahisseurs restèrent en Gaule. Ces invasions ne furent contemporaines. Mais le y revenaient quand même. La fin des hivasions est marquée par la ruine. les ces vignerons hommes de les Gaule.

parce que ce fut la principale installation d'étrangers. L'Empire tombé. depuis la catastrophe de la grande inva- sion germanique. Le pays de Bayeux '^ 1. le Palatinat et la Rhénanie. du pirate Rollon de ses compagnons de brigandage transformés en barons et en grands propriétaires. 1919.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Mais il et Le plus connu de ces faits devenu duc en Normandie. non plus de est celui bandits. les empereurs permirent aux Francs Saliens de se domicilier sur les sols inoccupés de la Batavie et du Brabant. Berger-Levrault). héritières de villages sarmates. 2. Mais y eut bien d'autres colonies obscures de Barbares dans nos campagnes. plus à titre 195 d'ennemis. et que son histoire ressemble étonil namment à celle de Rollon et de ses Normands. mais d'habitants. et ils introduisirent les dialectes germaniques sur cette rive gauche du fleuve qui jusque-là n'en avait point voulu K Notre Armorique redevint terre celtique sous l'afflux des immigrants bretons. Je dis terre « celtique » pour me conformer à l'usage courant. cette terre était devenue vide d'hommes. y avait bien près de sept siècles que les chefs de la Gaule. mais d'exploiteurs. . n'avaient cessé de livrer sa terre à des possesseurs ou à des cultivateurs étrangers. Paris. les voisins de la Gaule se servirent d'eux-mêmes. empereurs de Rome ou rois des Francs. Je ne cite que ceux-là pour cette première époque. que les éléments germaniques de l'Alsace proviennent des Alamans. Des colons alamans ou francs se chargèrent de cultiver l'Alsace. Mais je rappelle que les indigènes de la Grande-Bretagne étaient de nom belge et nullement de nom celtique. telles que ces Sermaize. où elles créèrent des bourgades à leur nom. La thèse courante. comme si. qui les attribue à une colonisation franque (dans son livre L'Alsace et l'Alemanie. si proches parents que soient l'un et l'autre. L'ère de ces temps interminables de colonisation bar- bare datait du jour où. a été vivement combattue par TourneurAumont. Je ne peux me prononcer encore. que cette colonie eut une fortune inespérée. Cela se passa au début du dixième siècle. avant l'an 300.

moines ou autres. dont les habitants ne s'occupaient plus guère. Je pourrais citer bien d'autres apports étrangers en France à l'époque méro\angienne. Juifs. germains de Brunehaut. III. Us savaient s'entendre avec l'ennemi. Fr. . « juiverie » à la population criarde et grouillante qui s'entassait aux portes. l'incertitude politique du pays ne les inquiétait point. Voyez l'entrée de Contran à Orléans en 585. de soieries ou de parfums importés. celui des Irlandais (Scotti). Cabotage sur les côtes. t. Chaque ville eut son quartier de Juifs. En temps ordinaire. Grégoire de Tours. ch. des deux côtés de la Grand'Rue par où on entrait dans Marseille. boutiques dans les \àlles. avec leur parler germanique et leur rude application au travail de la terre. experts à profiter des misères d'autrui. dans Byzantinische ZeitXII. VIII. 1. p. Dubos (liv. ghetto bruyant et affairé.196 DE LA GAULE A LA FRANCE. VI. affaires d'achat. et devenir brigands en cas de danger. etc. entre les remparts de la «cité » romaine et les basiliques des faubourgs. 1903. t. trafic d'œuvres d'art ou d'objets précieux arrachés aux ruines antiques. H. ces Orientaux prenaient en main les matières de commerce. ou terriens comme les petits-fils des Gallo-Romains. schrift. eut ses Saxons cinq siècles avant d'avoir ses Normands. Syriens et Grecs ^ pêcheurs en eau trouble. et pas davantage les menaces d'une invasion voisine. divisée en nations. Des régions extrêmes de la Méditerranée accouraient en foule les quêteurs d'aventures de l'Orient.. qu'ils fussent soldats comme les premiers arrivés des Francs. tout ce qui était chose de négoce leur appartint en un monopole de fait. Levantins de toute sorte.. Les Colonies d'Orientaux. dépôts de verroteries. de vente ou de troc. 1. Bréhier. qui étaient de les siens. même espèce. Mais on venait en Gaule de bien plus loin que de la frontière. celui des auxiliaires 1. ou sur le flanc de Bordeaux : près du cimetière sacré de Saint-Seurin -. 255) a comparé l'état des royaumes francs avec leurs nationalités diverses à celui de la Turquie. la Flandre eut également les en attendant de voir arriver hommes des bas- pays néerlandais. 2.

197 Combien étaient-ils. je veux dire l'abri d'un rempart. ses pour me « servir du titre latin qu'ont porté ». ceux-là fournissaient la main-d'œuvre agricole ou : domestique. Si l'Empire avait maintenu sans forteresse certaines capitales de cités. toute villa peut soutenir un siège.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. La guerre définit sa manière d'être. L'autorité poUtique est avant tout affaire de guerre. tient à vivre en chef militaire. les chefs les abandonnèrent pour résider en un lieu fort. au Puy ou à Mende. Mais ces étrangers détenaient quelques-unes des ressources vives de la contrée les uns étaient chefs et les autres soldats. l'homme de Gaule ne perdît ces traits d'originalité nationale que les siècles avaient façonnés. en maître de la milice Malgré son entourage de palatins et le nombre de le ses capitulaires. et que sa terre ne fût plus qu'un sol d'exploitation livré à des était à craindre colonies exotiques. Un César romain était à la fois imperator aux armées et : « prince » des citoyens un roi des Francs. ces étrangers qui ils s'imaginaient repeupler la Gaule? Sans aucun doute. et ce fut toujours par millions. et ceux-ci se réservaient dustrie. Saint-Paulien dans le Velay ou Javols dans le Gévaudan. malgré qu'une les misères du temps. . . On ne sait plus ce qu'est une armée et une couverture de frontière chaque groupe d'hommes doit avoir près de soi sa frontière. Les châteaux de villages se multiplient. pour le sol comme pour les hommes. son pouvoir civil. Je ne vois plus de villes qui n'aient leurs remparts. Il le commerce et l'in- que sous cette af fluence d'êtres nouveaux. si absolu que soit et. ancêtres. ne formèrent minorité. que l'on compta les natifs du pays. comme plus grand des seigneurs de la guerre qui se la soit levé dans Gaule à l'appel de Dieu. A la paix romaine avait succédé la plus violente poussée de vie militaire qu'ait connue notre pays. je me représente Char- lemagne avec l'allure que lui donne l'épopée française.

même au civil. de cette exisils tence bourgeoise et pacifique dont se départir. Mais ces nobles de Gaule veulent conserver domaines et pouvoir. et bientôt on ne le distinguera plus d'un compagnon des rois francs. Et le sénateur. Moyen Age. que Rome avait commencée par son Empire. les municipavont perdre ce qui leur reste d'autonomie et d'esprit particulier si on laisse faire les rois et leurs comtes. Arvernes. habitants d'une cité. . Alors s'accéléra le déclin des choses qui avaient encadré d'une auréole de gaieté la Gaule des premiers empereurs. fait. la ville chef-lieu de la civitas J'emploie ici le murée des premiers temps du. A leur tour. s'acheva sous ses légataires barbares. ville et terri- doivent le service militaire. à leur tour comtes ou leudes. Éduens ou Parisiens ne seront plus que des cadres administratifs. maîtres de la terre et chefs de villages. enfermés comme un trou- peau dans 1. toire. Resserrés dans leurs « cités »'. se sou- venant qu'ils avaient été des soldats au service de Rome. les habitants des villes sens restreint et tardif. L'esprit de guerre emporte tout. les grands commande en : seigneurs. C'en est pour ces hommes de Gaule. La décadence du monde antique. organisés pour la guerre la plus proche. lui aussi. devenir il faut qu'ils s'accommodent aux habitudes des temps nouveaux. que leur lités le roi leur envoie. si détenteurs de la civilisation latine. qui les gouverne en magistrat et capitaine. sont prêts à suivre le mouvement.198 DE LA GAULE A LA FRANCE. n'avaient point su siècles même Tous dans les les deux derniers de l'Emle pire romain. les avaient respecté dans tants de cette les nobles sénateurs représen- Rome. possesseurs héréditaires du sol. ou du territoire municipal gallo-romain. a pris l'épée. ils ont un chef. comte. Les les les rois des Francs. l'enclos ce pendant mot dans l'orage. a armé ses hommes. Lire Virgile et connaître le Code ne suffit plus pour exercer l'autorité. A ce régime.

Les Francs sujets considèrent tous. comme entrés dans le monde classique. On perdit çà et là l'usage de graver des inscriptions. Les dessins des monnaies devinrent les traits d'informes essais qui rappelaient l'époque gauloise. leurs morts préféraient à nouveau les tombes anonymes. les Barbares n'y mettent rien d'eux-mêmes. de l'art figuré. devenus Chrétiens. demeure fidèle à Rome en ses derniers jours. Seulement. les fêtes bruyantes des spectacles populaires. Sans doute Charlemagne fit chants guerriers des Francs : en quoi il fut supérieur en inteUigence aux empereurs. 199 ne connurent plus l'orgueil des édifices de pierre. et il est rare qu'un chef veuille en parler une autre. les ceux qui n'avaient la vie méditerra- point encore connu ainsi agréments de que les Celtes des temps disparus. Il maladroits de semblait que l'humanité revenait aux tendances de néenne : ses lointains ancêtres. cette civilisation qui achève de décliner. et. l'éclat des marbres et des statues. qui laissèrent . et des vers latins mais chaque jour : comprenait moins ses lectures. gile Un grand et seigneur lisait toujours Viril il et Salluste. de tailler de la roche dans les carrières du sol. La langue latine est la langue recueillir les officielle.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. et s'ils contribuent à la détruire. et ses vers étaient moins faciles à comprendre. moraux et continuateurs de l'Empire romain. le bois reprenait sa maîtrise d'autrefois dans les maisons. c'est par ignose rance et non par hostilité. depuis Clovis jus- qu'à Charlemagne. s'essayait à faire Lucain peut-être davantage. et n'étaient plus que de tristes abris d'enfants à l'ombre des églises. Les écoles s'étaient dépeuplées de leur jeunesse studieuse. les temples et les palais mêmes. ils se résignèrent à ne plus voir leur Dieu présent en son image. de la bâtisse de pierre. sauf l'incapacité à la pratiquer. les GalloRomains des royaumes francs se désintéressaient de l'écriture. de modeler l'argile.

l'élève privilégiée de la Grèce. : . Mais les Gallo-Romains. compagnons taient à l'ancien procédés de Clovis et de leurs descendants. Je suis maintenant convaincu que la légende de l'origine troyenne des Francs est beaucoup plus ancienne qu'on ne croit. II. Dubos dans son . quorum in palaiio multitudo florebai. 130). 1865. 9). Silvain. LaL. 5. Grsecia capta ferum victorem cepit le mot d'Horace : demeurait éternellement vrai. CXLI. et un de leurs chefs. XV. Comtes et ducs étaient des titres qui remonrégime. ne furent point changés tout d'abord ^ Il est vrai qu'une loi spéciale. Patrol. faire tout périr les mais cela ne l'empêcha pas de au monde pour restaurer le culte des lettres latines et l'Empire des Césars. et foi ^ biographes de Charlemagne y crurent de très bonne Il n'y eut pas jusqu'aux Danois de Normandie qui ne s'imaginèrent à leur tour être issus d'un héros méditerranéen ^. et les derniers-nés des Hyperboréens s'inclinaient encore devant l'aube triomphale de la poésie hellénique. à régenter ses vainqueurs après sa défaite. c 621 édition Lair. et qu'elle a dû être forgée au iv« siècle. les de la justice. hymnes des bardes et les poèmes des Druides. continuait. t. Rome. 1. Les systèmes d'impôts. se fait proclamer empereur en Gaule. Ammien Marcellin. Dani glorianlur se ex Antenore progenilos. p. Franc. la loi Salique. elle aussi. « la Grèce captive captivait son farouche vainqueur ».200 DE LA GAULE A LA FRANCE. On toire se rappelle que fils les Gaulois avaient oublié leur hisleurs historiens inventèrent pour se dire d'Hercule ou de Rémus. li\Te. Deux mille ans étaient passés sur les ruines de Troie et sur l'épopée d'Homère. qu'il y en a peut-être une trace chez Grégoire de Tours {Hist. Us n'introduisirent en Gaule aucune forme nouvelle d'administration. alors que tant de chefs francs étaient tout-puissants à la cour de Constance II ou de ses successeurs. s'attendrait à voir ici Danaus 3. mais à la condition d'être adoptés par lui. réglait le statut personnel des Francs Saliens. 2. C'est ce qu'a le premier mis en lumière On comme ascendant. 11 (à la date de 355) Francis. Dudon de SaintQuentin (Migne. cf. Ces Barbares voulaient bien être les conquérants de l'Empire. Les Francs agirent et pensèrent de même : un roman qui les les fit descendre d'Hector et de Priam.

en France. 1282). et les fils des conquérants ne se privaient pas de leur obéir. p. 125). 275-6). Charlemagne eut son Auguste. LXXXVIII. ils ne connaissaient d'autre noble que leur roi. et sans 201 doute bien des immigrants avec eux. 199 [ceci écrit en 1838]. La réaction contre cette thèse a été très énergiquement poussée au xix" siècle par Guérard. Littré (Études sur les Barbarcset le Moyen Age. il s'appela César et nouvel Empire prit pour symbole l'aigle des légionnaires. 7* leçon. Et à la fin la loi Salique ne fut plus appliquée. p. et il répudia sa loi naturelle pour disposer de son héritage au gré de ses affections. « Entre un Franc et un Romain de Gaule ». que pour les familles royales.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. et d'ailleurs fort mal. p. .FusteldeGoulanges. L'un et l'autre vivent d'hériter de la terre mais de la même manière. qui atténue singulièremeut l'impression de barbarie laissée par Grégoire de Tours {Palrologia Grœca de Migne. datant de 1828-9). Guizot l'accepte encore (Histoire de la civilisation en Europe. «je n'aperçois d'autre différence que la langue. s'ils y trouvaient leur compte. restaient soumis aux lois impériales. Voyez le très curieux passage de l'Histoire d'Agatliias (I. Les principes de la 1. disait un étranger^. » Ni en littérature ni en art vait de fit les nouveaux venus n'avaient essayé de rien fonder. l'influence des Barbares sur notre civilisation a fait loi au xvni" siècle. et à ce roi d'ailleurs ils n'accordaient que le droit de les conduire à la guerre et de marcher à leur tête. c. qu'on oublie trop à ce point de vue {Polijptyque. t. 2" leçon. Childéric Suétone le graver son cachet à la façon romaine. C'était la basilique latine qui ser- modèle aux temples du culte nouveau. Dubos mis à part. C'est ainsi que la loi : Salique interdisait aux le femmes Franc jugea souvent trop dur de refuser à sa fille le bien qu'il avait formé pour ses enfants. 2). et en Éginhard. On mains a dit ^ que la Gaule romaine avait appris des Ger: la pratique de la liberté et de l'égalité tous ces compagnons de Clovis étaient égaux entre eux. 2.

et cette chaîne remplaçant l'édifice uniforme et majestueux d'une « chose publique ». et révolte n'est point liberté. et non plus maître de sujets. Je ne rain faut se représenter ainsi l'autorité de Clovis connaître. . avec leurs fonctionnaires et leurs favoris. Je trouve à vrai dire plus de formes de la liberté politique dans les assemblées pro\'inciales de l'Empire romain que dans les foules tumultueuses des Champs de Mars de la royauté franque. Si dans la suite des temps les rois mérovingiens ou carolingiens ont songé à réunir autour d'eux des assemblées de peuples ou des conseils de grands. le roi seigneur de seigneurs. une aristocratie de pouvoir et d'argent chez qui l'on eût vainement cherché les sentiments de l'égalité naturelle. et non plus de l'État. 6). ch. à laquelle la Gaule allait bientôt se soumettre l'homme dépendant de l'homme. XI. la chaîne continue de la fidélité ou du vasselage commençant au simple châtelain et finissant au roi suzerain. fait k à leur guise aux heures où ils avaient la force. qu'aucun document contempoMais tous ses successeurs furent d'a'^'-:^: tristes despotes. Ne confondons pas l'individualisme turbulent d'une soldatesque à demi barbare ces peuples des en ont vu et avec l'exercice régulier d'une autonomie légale. les empereurs romains entendu bien d'autres. bois » (De l'Esprit des Lois. On a dit encore que les royautés germaniques avaient propagé les traits essentiels de la vie féodale. où il était la conséquence fatale de l'immensité de l'Empire et des préro: 1.202 DE LA GAULE A LA FRANCE. je ne vois pas qu'ils en eussent moins le droit d'en agir et l'esprit de ne nous ses Francs. et ils arrivèrent à créer. peu soucieux de la liberté des hommes. Qu'il y ait eu chez ces grands des actes de désobéissance et chez \ murmures de colère. humaine sont venus des sais s'il dignité forêts de la Germanie *. fait de l'obéissance inconditionnée de tous à la souveraineté de la loi. C'est le mot courant : vernement de l'Angleterre les depuis que Montesquieu a dit du gou« Ce beau système a été trouvé dans liv. Mais cette toute-puissance du lien personnel existait déjà dans l'État romain.

Avec le Christianisme. et ne se traîne plus à la remorque du passé. l'esclave inaugure du Christianisme. et non pas les royautés barbares. Cf. la dignité humaine a survécu et grandi à travers tant de misères. que lui-même doit avoir sa terre et son foyer. et nous verrons bientôt ici les inestimables avantages que la Gaule retira de ce principe.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. et je n'affirmerai pas davantage que les Gaulois l'aient ignoré au temps de leur indépendance. délibérément. et p. Polyptyque d'Irminon. ce n'est point parce que la Gaule s'était livrée à des rois barbares. c'est parce qu'elle était devenue chrétienne *. . qui ne fit que liquider les cités antiques. On a dit enfin que les Germains avaient fait connaître à la Gaule ce principe de bienfaisance supérieure. non des Germains. voilà le fait essentiel qui temps nouveaux. 203 gatives de l'aristocratie foncière. dans les temps dont nous parlons. bien avant de connaître les Barbares. Mais c'est parler trop vite que de lui attribuer une origine germanique. et riche n'avait point de peine à transformer ses amis en fidèles et ses obligés en clients. La Guérard. qui ne firent que liquider l'Empire romain. Rien ne nous prouve que. si ces misères n'ont point empêché l'homme de mettre dans sa vie plus de joies et plus d'espérances. et non pas l'Empire romain. L'impérialisme engendre souvent riches la féodalité : l'empereur s'en remettait aux plus du soin de grouper les hommes autour d'eux le et de lui en procurer les services. Des Francs et de la Germanie il n'est rien venu qui ait relevé la dignité des hommes et qui ait égayé leur vie. le monde va vers l'avenir. Je reconnais que le Christianisme doit beaucoup à ce victoire les 1. Rome n'ait point appliqué l'usage d'assigner à chaque esclave une terre à cultiver et une demeure à habiter. 276": « L'amélioration » fut un bienfait du Christianisme. Si toutefois.

et une religion qui puisse être comprise de tous les peuples et aimée de tous les hommes. pour les lieux de ses prières les sanctuaires traditionnels lié du sol. vivant sur la terre au miUeu d'eux pour leur annoncer sa loi et pour mourir en rédemp- Le soleil. que d'avoir une religion faite avec le meilleur des âmes des ancêtres. Et j'ai beau chercher dans les annales du monde. Entre eux et lui s'interposa son fils. les gestes des hommes c'est et les habitudes des cités. et qu'il renferme en ses plus belles paroles des doctrines et des espérances qui ne furent étrangères ni à la pensée de l'élite gréco-romaine ni à la foi naturelle des multitudes éternelles. Et je lui en ai voulu d'avoir ainsi partie avec les choses de la terre. Je reconnais encore que Christianisme ne sut point toujours dégager ses pratiques de celles du passé. depuis le plus pauvre jusqu'au plus riche. la Terre-Mère elle-même disparurent de l'adoration des hommes. Car désormais le soufïle de l'humanité inspirerait tous les aspects de la religion et teur de leurs fautes. je n'en trouve aucune le qui égale celle du Christ. : toutes les vertus qu'elle enseignerait. et de ces valeurs sacrées qu'on avait tirées de la nature. Mais j'avoue aussi que d'avoir pris contact avec le passé et le sol de la Gaule qui permit au Christianisme de rendre à cette Gaule d'inoubliables services. Mais c'est pour l'humanité un progrès définitif. . Au rang suprême et unique se plaça le Dieu créateur du monde et père des hommes. aux Gaulois comme aux autres.204 DE LA GAULE A LA FRANCE. Le Christianisme changea la nature et les attitudes du Dieu souverain. Parlons d'abord des bienfaits généraux qu'il apporta aux hommes de l'Empire romain. pour les formes extérieures de son culte des héritages de Jupiter ou de la Mère. il ne resta que le principe de la Maternité divine mais il était passé de la terre à la femme. qu'il accepta pour son Église les cadres de l'Empire. la lumière. passé.

205 : Le Christianisme changea l'espèce des êtres divins j'entends par là des êtres qui. ce précepte de l'idéal avait manqué aux morales primitives'. avec l'évêque d'une cité. etc. la charité. répartie en d'innombrables assemblées. sans participer de l'essence une énergie. un Bacchus ou un Hercule aux travaux invraisemblables. Aussi. jusqu'à saint Benoît l'apôtre du travail et du renoncement. entre dévots de Jupiter ou de la Mère. hommes et fils de Dieu.k'ÊPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Je relis tour à tour les Évangiles et ici. je reconnais dans l'Empire romain de Marc-Aurèle moins de principes supérieurs et de gages d'avenir que sous la roj^auté franque des Mérovin1. Le Christianisme ou « institua. ont pourtant reçu d'elle spéciales. continuateurs dans l'Église de l'œuvre de Jésus son fondateur. Jadis. Marc-Aurèle mais de la sienne propre. (dans les Monumenta Germanisé). les Actes du concile de Tours en 567. de saint Sulpice. à celle d'une simple à celle du plus modeste village. comme soi-même ». mais des hommes ayant vraiment vécu et bien mérité de leurs frères par la tâche de leur vie ou la divine. voyez les Vies de saint Césaire. La nouvelle à de adeptes une seule famille. là.. la bonté. il n'existait d'autre lien religion fit que ses le hasard des rencontres. enfin. depuis saint Etienne le premier martyr jusqu'à saint Martin l'évangéliste de la Gaule. « l'église » l'assemblée » des fidèles de ce Dieu. parce qu'ils sont . autour de son Dieu. désormais. paier orfanonim. l'attrait vers les autres. déplaça le but de la vie. c'est l'oubli de : soi. une sorte de ministre municipal de la charité. de l'église universelle cité. marque son empreinte sur le sol. hôtelleries de pèlerins. l'église de Gaule. Le Christianisme. c'est le culte de la dignité humaine. une grâce non plus des héros étranges et mystérieux. des devoirs envers tous « les hommes le prochain aimé suprême qui malgré la noblesse de son âme. Il y a désormais. et changea l'horizon des vertus. entre habitués d'un même temple. de saint Éloi. beauté de leur mort. pastor egentium. le retour continuel sur soi-même. Et ce furent. etc. Avec hôpitaux. l'effort vers la constance et la pureté.

De Rome partirent sept missionnaires qui. Des apôtres étaient venus de l'Asie. celui dont ses habitants étaient le plus fiers. et fraternité Un chapitre nouveau fut inscrit dans l'histoire de la Gaule. et les sept évêques fondateurs. Blandine. Cf. turpitudes de leur vie : car à travers leurs cruautés et leurs luxures. avait. Mais le Christ n'avait pas désespéré de la victoire. Marseille. et le seul qu'ils connussent tous. et Martin. dont la trame faisait une épopée de lutte. ils avaient appris le Christ aux grandes villes du Midi. sur ces origines du Christianisme gaulois. forment dans le ciel la cohorte des saints de la Gaule. Et maintenant. Gaule. un chapitre qui n'appartenait qu'à la Gaule. devenus évêques dans les principales cités de la Gaule. évêque de Lyon. et les martyrs des premiers âges. de souffrance et de sainteté. Puis.206 DE LA GAULE A LA FRANCE. et dans l'amphithéâtre du Confluent une faible esclave. empêcha que rien ne se perdît des semences de la foi. le souci de l'aumône et l'hommage à la charité ^ Voyons maintenant les services rendus à la comment cette religion d'église universelle et de humaine a pu fortifier notre existence nationale. montré plus de courage que l'empereur en combattant les Barbares. acheva l'œuvre en faisant retentir la parole de Dieu dans les campagnes reculées. conquête des villes populeuses. malgré les giens. en confessant sa foi. recommencèrent 1?. de belles et touchantes aventures. l'assistance aux pauvres et aux malades. . p. On racontait. Vienne. 1. 230. l'empereur Marc-Aurèle avait ordonné le supplice des fidèles de Vienne et de Lyon. Irénée. j'entrevois. évêque de Tours. autrement véridique que les marches des Francs après l'incendie de Troie. savants ou ignorants le chapitre de : la Gaule conquise par le Christ. Lyon. tion comme une précau- ou un remords. saint Martin. ici.

c. 180.. Migne. Ni la disparition des sénats locaux ni le despotisme du comte royal ne réussirent à éteindre d'Adémar de Chabannes. écrit au milieu du ix° siècle. 2. t. 1. 84. ses cantilènes dont elle était fière. Duchesne. Canlilenœ perfectiorem scientiam. 957 pêne jam tota Francia diligil. Cf. les chefs religieux de la Gaule lui rendaient l'unité que venaient de briser les contrée. Patria dans le sens de la Gaule en tant qu'église. Parisiens de Lutèce. ses règlements. 962. c finibus Gallise eliminatus (p. Les évêques de ses cités se réunissaient en « conciles ». IX.. Pair. A l'intérieur de la aussi l'unité séculaire et la cohésion des vieilles cités. le concile des évêques l'excluait solennellement de la communion de l'église de Gaule ^. S'il se présentait quelque grand coupable. Lat. ses chefs. Sur les usages propres des églises de Gaule. et cette excommunication n'était pas sans ressembler à l'interdiction des sacrifices que l'assemblée des Druides de signifiait jadis contre les rebelles à toutes les cités nom gaulois. Cf. t. Reims ou Poitiers. Peu importait que le royaume des Francs eût été divisé en Neustrie et Austrasie la Gaule chrétienne conservait son unité. . quant 948.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. tout ainsi que la Gaule des Druides s'était tenue en dehors et au-dessus des distincte ^ : batailles entre Éduens et Arvernes. Sens. 208 de l'édition : des Monumenta Germanise). 143. Tours. A mille ans de distance. 4. le Christianisme sauvegardait passions politiques. en particulier c. fils de leurs œuvres sur la terre ont quittée les Car Chrétiens de Gaule formaient une communauté ayant son amour-propre.. c. Arvernes de Clermont. Paris.. Mariialis. une liturgie particulière. 39. le concile d'Orléans de 639-641 Omnium episcoporum senleniia prolala. ses habitudes. Thorin). ses conseils généraux '. CXIV. CXLI. Hisloria Francorum. De rébus eccL. Epistola de apos' Migne. 99-100. Je m'inspire ici iolatu s. voyez les textes de Walafrid Strabo. : p. 3. assemblées de législateurs et de juges qui décidaient pour l'église de Gaule. contemplant avec qu'ils I 207 joie les ^. Origines du culte clxrélien (1889. et pour elle seulement. Grégoire de Tours. 947.

Car toute cité la vie municipale. l'épiscopat ressemblait par la pérennité de la fonction. qui furent les réduits les plus intimes de : d'un même village ou d'une même villa. au miheu pensées et au-dessus de leurs demeures. gardien et défenseur. à l'abri des remparts et près de sa cathédrale. Franc. père. depuis l'apôtre envoyé du Christ qui avait été leur fondateur. SoU episcopi régnant. Roi. l'évêque. de ces diocèses il de Reims ou de Sens. 46).208 DE LA GAULERA LA FRANCE. disait Chilpéric (Grégoire de Tours. une église qui fut la capitale de leur vie morale et l'inspiratrice de leurs les plus profondes. Ils virent s'élever. des communions. cette gauloise. qui groupaient dans les villes les fidèles d'un même quartier. ^ en ces temps de croyance absolue. âmes valait et passait celle des royauté encore. jadis peuplade église. associés dans la mort à ceux qui avaient été leurs frères dans la vie. : 1. il et il y siège comme un roi en son palais l'était sur les âmes. pasteur. des mariages. la royauté des corps. Au même titre que l'église de Gaule. romaine. la suite et les annales des évêques qui les avaient gouvernées. à l'ombre des saintes que leurs corps reposeraient. Aucune religion antique n'avait atteint à une pareille beauté morale celle-ci unissait les vies humaines en une murailles. se forma de petites « assemblées » l'immense « cité de Dieu ». et. et dans les campagnes ceux locales. L'évêque réside dans la ville métropole. cité Devenue une garde la vitalité que les lois lui refusent. par la succession ininterrompue des pontifes. A l'intérieur de ces églises municipales. et c'est près de là encore. . Autour de l'autel de cette é#glise. fraternités restreintes qui purent rapce procher davantage leurs prières et leurs sacrements furent les d paroisses ». VI. a désormais son chef spirituel. les églises la A de cités avaient et racontaient avec amour leur histoire sacrée. Hist. ils s'incUnaient à toutes les journées de leur exis- tence. et c'est là qu'ils recevaient les bénédictions solennelles aux heures des baptêmes.

il trouva un saint à vénérer. d'angoisses ou le Christianisme suscita des lieux de culte ardent.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. le fondateur des âmes et le principe d'union et c'est pour cela qu'aujourd'hui tant de villes et de bourgs de France ne sont plus connus que sous le nom de leur protecteur sacré. Ce furent les : au contact desquelles car. Est-ce parce que saint Martin. le saint. y était devenu le saint le plus populaire et le plus actif des faiseurs de miracles? Est-ce parce que la ville de Tours. du fond de son sépulcre. au bord des lacs. Parmi ces lieux sacrés. où le saint remplaça les déesses tutélaires et les Génies chers à la Gaule d'autrefois Paris pria à la tombe de saint Denys. Des chapelles furent élevées au sommet des collines. 1* . Chaque ville. et on vénéra saint Romain à Blaye ou saint Julien à Brioude. et les unissait en qu'elles habitaient. à l'orée des bois. chaque bourgade. en qui l'on voyait l'émule de saint Paul et le convertisseur de la Gaule. collines. punissait les coupables et sauvait les malheureux. guérissait les malades. la tombe de saint Martin à Tours prit soudainement une merveilleuse importance. auxquelles depuis des milliers d'années les hommes avaient accordé leurs prières. pierres bénies tombes des naissait une floraison de miracles : : terre. Partout où l'homme avait adoré un dieu. cette religion s'incorporait encore davantage à la saints. toujours présent par sa vertu. et surtout sources et fontaines. située à la rencontre de la Loire et de la grande route de l'Ouest. JuLLiAN. Il était impossible qu'elle se désintéressât de ces choses charmantes et bienfaisantes de la nature. — De la Gaule à la France. famille éternelle. et elle y appelait et y retenait les hommes. Pour des milliers de localités le saint fut le père et le maître. eut ainsi son foyer d'espérances. lacs. rendez-vous des multitudes aux jours aux moments d'enthousiasme. qui n'étaient que de simples villages. Et le sol de la Gaule demeura imprégné de vie religieuse. Par là. auprès des fontaines. Marseille à celle de saint Victor. 209 même temps à la terre Sur cette terre de Gaule. Bordeaux à celle de saint Seurin.

qu'ils ne s'en affligent point s'ils ils seront alors vraiment moines. et en d'autres. et en son tombeau un foyer mystique. menacées par les invasions barbares et les royautés franques. des centres naturels de la les hommes. en y accourant pour prier. et par conséquent les de certains moments. les obligent à s'occuper sans relâche. qui virent dans le tra- vail de la terre rents à la nature une manière de combattre « L'oisiveté humaine : les vices ». le « Les moines travailleront et le soir jusqu'à vêpres. comme la Grèce avait vu celle des pas d'Hercule.210 DE LA GAULE A LA FRANCE. matin jusqu'au repas de midi Et si la pauvreté du sol. Les foules s'entassèrent dans la basilique qui abritait sa tombe. ses forces nationales et locales. à de saintes lectures. inhé- écrivit saint Benoît. Son nom se posa sur près de la moitié des églises. les prêtres parmi de la foi nouvelle. édit. s'occuper au tra- vail des mains. des hommes d'intelligence et d'action. Elle sauvegardait ainsi. Wœlfflin (collection Teubner). aux évêques et aux saints. La sol. reprirent-ils les anciennes habitudes qui avaient amené leurs est France? et ancêtres au sanctuaire voisin des Druides? Toujours est-il que saint Martin. Il procura à Clovis la victoire qui acheva de lui donner la France. un des carrefours vitaux. misères de ces invasions. fait vivent du travail de leurs mains. après sa mort. grâce à l'Église. » Le livre pieux et la charrue étaient rapprochés l'un de l'autre comme symboles et instruments de l'activité chrétienne. le : soin des récoltes. « est l'ennemi frères doivent. fut le plus vivant des chefs de la Gaule. . Régula monachorum. 48. La Gaule chrétienne eut en lui un héros souverain. On vit partout l'empreinte de ses pas. en de l'âme. Il religion l'aidait encore à réparer les désastres de son les abîmé par se trouva. ainsi qu'ont les nos pères et apôtres ^ g » Il y avait bien cette difïé- 1.

en firent une bourgade neuve. et auquel ils donnèrent une nouvelle vie. Il faut abandonner complètement la théorie fantaisiste qui fait rattacher Cordouan à la terre ferme. villa siècles récents avait fait : ques villas gallo-romaines ressuscitées en monastères. Mais je ne doute pas que les flammes n'en fussent éteintes depuis longtemps. à la faveur de leur abbaye. Luxeuil dans les Vosges. De profit. et ce fut de même à SaintDenis près de Paris. et la carte humaine de la France s'éclaira de mille feux nouveaux. On construits — . à Cluny en Bourgogne. rence entre les apôtres et et le travail. Peut-être. l'Empire romain avaitil installé quelque phare pour guider les navigateurs. à Saint-Jean-d'Angély en Saintonge. à Clairvaux en Champagne. à Cîteaux en Bourle gogne. cette règle notre terre de Gaule tira un singulier Les moines de saint Benoît et saint Colomban son émule cherchèrent aux abords des forêts et des marécages les terrains à défricher. avait été sous les premiers empereurs une petite ville de bains et de plaisirs les moines. et la campagne environnante commença une seconde jeunesse. à Fleury près de la Loire. en cet îlot de Cordouan qui commande les passes périlleuses de la Gironde. 3. Ailleurs. à La Sauve dans Bordelais. et que c'est plus tard seulement qu'on s'enfonça dans les solitudes. et les disciples 211 de saint Benoît. villages se bâtirent. Il est probable que dans certains cas. que ceux-là n'avaient établi aucun lien moral entre la religion que Benoît faisait du travail une règle essentielle de la vie religieuse. à Clairmarais en : Flandre. antiet bonne culture ^. que le malheur des abandonner. 2. 1. ce fut une création et non pas une restauration'^ forêts s'éclaircirent. le monastère a occupé une ancienne villa de temple païen. le chefd'œuvre monastique de saint Colomban.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. marécages se desséchèrent. lorsqu'un ermite les rallumai a fait remarquer que les premiers monastères ont été à portée des villes ou sur l'emplacement d'anciens castra. Ceci après l'an mille. Ce fut souvent un sol de vieille ou village.

I. le plus durable. ayant chacune sa famille de cultivateurs. Ce ne sont plus seulement que nous apercevons fixés mais aussi les hameaux et aussi les fermes. Le lot de terre correspondait au foyer familial. Voyez en dernier lieu. de bourgades ou de cités. Latin ou du Grec était privilège de l'homme le droit tandis que sur la surface de la Gaule franque. Paris. villages et villas sol. Cette carte humaine de la France se dessine peu à peu dans sur le ses moindres détails. de fermiers. la ferme ou le mas qui en était le chef-lieu parcelles de peu d'étendue. . Alcan). au même titre que les sociétés de domaines. mais qui étaient suffisantes pour occuper la famille et pour la faire vivre. que le le bien familial du libre. t. pour toutes ces questions d'écoet de régime social. l'histoire de Charlemagne (1921. et en particulier nomie rurale pour les temps Études critiques sur carolingiens. les excellentes remarques de Halphen. à ces temps mythiques de l'Antiquité où chaque citoyen de Rome ou de Sparte recevait en partage les arpents de terre qui lui permettaient d'élever les siens. au chef-d'œuvre de B. à l'unité sociale correspondait l'unité de culture.212 DE LA GAULE A LA FRANCE. On aurait dit que la Gaule revenait. après des détours infinis. routes. C'est en effet au cours de ces longs siècles de dangers matériels et d'incertitudes politiques que s'acheva ou se produisit. Il libres possédaient également à la culture faut toujours en revenir. les familles de laboureurs ou de vignerons. le plus profond. dans la manière d'être de notre sol. les casaux et les bordes. Polyptyque de l'abbé Irminon. esclaves et hommes 1. de trois à dix hectares. le plus bienfaisant des changements. de colons. sur les questions qui vont suivre. Il apparut divisé en un nombre infini de parcelles. villes. les : les lotissements coloniaux des cités antiques et l'exploi- tation morcelée du sol de France. Guérard. Mais il y avait ce contraste entre mas. Prolégomènes (1844). de métayers ou de bordiers ont pris sur la terre une place qu'elles ne quitteront plus *. et.

commencer à se reconstituer par l'effet du démembrement de certains grands domaines. tenanciers ou colons. le travail France d'aujour- d'hui qui se prépare et s'annonce. tion juridique de la terre. plus que jamais ^. dans son accord entre humain et les espaces de sa terre. surtout aux abords des villes. et non pas division de la propriété. maître de milliers d'hectares et de milliers d'esclaves ou de colons. Mais les faits sont venus. Ces grands domaines. J'ai dit morcellement de la culture. Sujétion valait mieux qu'indépendance. ces terres. J'ai parlé encore d'esclaves à propos de cette culture des terres. Les paroisses de la banlieue de Paris seraient intéressantes à étudier à ce point de vue. Ce n'est pas en ces siècles d'infortunes que la petite propriété avait chance d'échapper à la ruine. Condition juridique des hommes. et les derniers survivants de la médiocrité foncière préférèrent placer leurs terres sous la protection d'un grand et en jouir sans crainte comme fermiers. et les 213 moyens d'en vivre. et cette tâche est une parcelle à cultiver. ces immenses villas que nous avons vus à l'époque romaine restent. Ces esclaves ne sont plus groupés en équipes. rien ne paraît changé de ce ' qui est réglé par le droit. en tant que grand propriétaire. plutôt que de les exploiter avec les risques de la liberté. la \ie sociale. en particulier en vue de la dotation des églises.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. . aux recoins innombrables. la condition normale de la terre un leude de Dagobert vaut. n'est qu'une variété de l'aristocratie terrienne. Il importe cependant de remarquer cjue la petite propriété semble. et pour cultiver cette parcelle on lui attribue sa cabane et les instruments néces- 1. qui ont bouleversé les habitudes de la vie. et un monastère des Vosges ou de Bouraux replis et : t "f ^ gogne. un clarissime de Constantin. Cultures morcelées et paysans c'est la égaux de notre démocratie rurale. condien effet. Il y a sur l l presque autant d'esclaves (disons de serfs pour cette époque) qu'il y en avait eu au temps des empereurs. Chacun d'eux a sa tâche propre. qui travaillent ici et là au gré du maître ou de son intendant.

plus de dix millions d'habitants ruraux. t. XXXII. et qu'elle doit durer. « serf de la glèbe ».214 saires. auxquelles j'adhère complètement (dans Le Moyen Age. que nul ne se douta des voies nouvelles où entrait la Gaule chrétienne. il n'est plus la chose d'un autre homme. : : de remarquables Conjectures démographiques sur la 1. métayers ou colons. Ferdinand Lot a montré que les terres cultivées de la France. pour habiter l'autre comme lui. terre qui en dépend. La Gaule est maintenant. aux environs de . la dépendance sera absolue. Le maître ne pourra vendre la terre sans lui. la terre les a rapprochés en hommes égaux. . la différence de vie est insensible charges et redevances sont à peu près les mêmes. le petit propriétaire qui assujettit la sienne à un grand domaine. Il résulta des mœurs et des faits. et elle a rapproché l'esclave de la liberté. pour cette époque. Entre l'homme libre qui afferme la terre d'un seigneur. décisif pour les destinées de notre pays! Mais nul contemporain n'en a parlé. et le serf qui de père en fils cultive une portion immuable de ce même domaine. dotée de millions de paysans \ ayant chacun sa maison et sa terre. il s'imposa à la loi. dira-t-on la nature de son être est désormais réglée par son métier de cultivateur. aucune législation ne le prépara. fermiers. Un serf apparaîtra moins comme l'esclave de ce maître que comme l'ouvrier de ces champs et le serviteur de ce sol. Et c'est à cela qu'on reconnaît qu'une œuvre sociale est bonne. 1921). Que je voudrais savoir sous quelles influences morales. Aucune guerre civile ne l'amena. et pour toujours. ni lui sans la terre. Sa situation de fait est donc à peine inférieure à celle de ses voisins libres. en ce temps-là. Entre l'homme et ce lopin de terre. Dans France au IX^ siècle. Désormais il ne quittera plus cette cabane ni la Son fils lui succédera pour travailler l'une comme lui. il s'opéra avec une telle lenteur. tous habitent et travaillent de façon semblable. sous quelles nécessités matérielles s'est fait ce prodigieux changement. comportaient une population rurale équivalente à ce que nous voyons de nos jours. et sans aucun doute beaucoup plus. Il est donc impossible de ne pas proposer.40 habitants par kilomètre carré. DE LA GAULE A LA FRANCE.

des Poetae Latini levi Karolini). et qui. De cullura hortorum (p. Entre la maison qui abrite et la terre qui nourrit. Je songe aux très curieuses poésies de Walafrid Strabo. l'homme peut disposer pour son de sa demeure d'une plante ciej et agrément et il les arbustes d'un verger ou les roses d'un jardin. Cette maison est peu confortable. qui touche partout le sol. les pertes subies. 495 les sociétés. Études sur Barbares et le Moyen Age. p. répare aussitôt. la Gaule preaux yeux des lettrés et des poètes. pour préparer les peuples à de meilleures destinées. la ils front contre les Germains et sauvé ce qui restait de l'Occi- devinaient que. nait. Mais cet édifice se prépare également à l'aide des harmonies humaines transmises par le bases passé et que le mot de Gaule des prêtres et des écrivains.. 1845. dans les mutations les plus graves. aussi les remarques de de Pétigny. — rappelait encore à la pensée Nous avons parlé tout à Voyons celle des poètes. hommes et terres associés. le jour où l'Empire tombele Gaule. p. posées sur les le sol. si l'Empire avait survécu à son fait plus grand désastre. Études sur l'histoire. de l'époque mérovingienne. mesure que l'Empire romain déclinait. 2. Voilà qui justifie les admirables paroles de Littré. l'heure de la Gaule des prêtres. mais il y trouve son foyer. les fondements d'un nouvel édifice national'-. 82 « La civilisation moderne repose sur un large fond populaire. sa capitale des derniers jours. de sauge ou de verveine. corps et figure de nation. elle lui 215 Cette terre est médiocre.U ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. mais donne son pain et son vin ou son cidre. III. avait dent latin. etc. à l'ombre du régime féodal. et la Gaule seule. par une sève inépuisable. qui ne peut s'effondrer nulle part. Ils la comprenaient mieux que soldats et poliils A tiques. » Mais cela doit être dit surtout pour la France. le seuil saura encadrer ^. « Ce n'est point par le sommet que se refont t. ramassée autour de Trêves. 335 et s. derrière Rhin sa fron- 1. c'est parce que la Gaule. c'est par la base. voyaient que. Il fallait le travail lent et successif des faits et des idées. herbes bénies du tées par les poètes chan- Voilà donc. » les : : . d'une société nouvelle. etc. rait. Cf.

7 Gallia. tière. et les routes parsemées de miracles chrétiens. Elle leur paraît enfin digne d'être chantée en des vers imités de Virgile rial. tu Sidoine Apollinaire. la fécondité du sol. à l'endroit de cette Gaule. évêque de Poipareils ^ retrouve et ses des accents les en décrivant ses fleuves coteaux. ^. etc. I. siècles après lui. et le poète Sidoine qu'il ne remette pas aux Gaulois le soin de protéger le monde. et qu'il rêve pour la Gaule le droit d'agir par elle-même et d'être une patrie *. Deux tiers. célèbre en Ausone de Bordeaux. vers 540 et suiv.216 DE LA GAULE A LA FRANCE. L'Empire Apollinaire. Promptissima niiper fulsit conditio. III. Il semble parfois que « l'ombre de l'Empire » pèse sur ses évêque des Arvernes. 1. "Voyez. Fortunat. de la et Venance Fortunat a été : fait « civilisation en France. écrit à la façon de Salluste l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. tibi pareat orbis. l'éclat de tes héros. Venance Fortunat. imperii. entre cent passages de ce genre... C'est ainsi que j'interprète les très difficiles passages du panéPortavimus umbram 7. Carmina. 18® leçon) le consul. 516-7 (panégyrique d'Avitus) : Nam Gallia si te compulerit. lisent chez de les respect. évêque de Tours. 8 : Te contenta suo Gallia cive placet. Epist.. églises naissantes au miUeu des bois.. Le rapprochement entre Ausone par Guizot (Hist. tu as reçu en présents du ciel la gloire des trophées. : . III. quœ jure poiest.. 7. identifie provincia Gallia et patria nostra. reprendrait malgré les Barbares l'œuvre que ^. Rome avait vue s'échapper de ses mains lassées A chaque siècle. Sidoine Apollinaire. les rives on dirait que le vers latin a découvert les charmes du pays. : 3. L'Empire est tombé. etc. regrette épaules. se derniers fervents des lettres latines. » Littérairement parlant. le moine Walafrid Strabo chante la Gaule comme la plus belle des choses : « Heureuse Gaule. Et longtemps après lui. Carm. n'est pas encore tombé. Carmina. 2. préfet du prétoire impéune poésie émue la fontaine divine de sa verdoyantes des rivières de la Gaule : ville natale. d'amour et de gratitude. proprias qua Gallia gyrique d'Avitus. 7. plaude libens. l'évêque continue 4.. des mots plus touchants. 4. vires exereret. et Grégoire.

je n'hésite pas 1. Un mot de poète suffît à faire vivre l'idée souveraine. c'est la voix de Dante qu'on entend la première. 217 marches empourprée par la splendeur du titre de royaume. Le cas échéant. la sœur et la compagne de la ville de Rome. Regni nomine purpurala magno. de martyribus Agaunensibus (p. 35 MuUi jam tune ex Galliis habere Francos dominos summo desiderio cupiebant. Romame . lorsqu'on lui dit que «de tous côtés les hommes de la Gaule souhaitaient de les lui obéir » -. Et voici que les saints du Christ tissent autour de toi la couronne sanglante de leurs martyres '. » Ce ne sont qu'images de poètes et propos de lettrés. A l'origine lointaine de l'Italie moderne. les égoïsmes et et ignorances des heures pré- sentes. Mais quand à travers nelles des il s'agit de patries. dans les Monumenta Germanise). soror urbis alque consors. les droits âmes du l'idéal. virum nilore. Franc.. Et quand bien sol. toi. les les poètes et les historiens. Omne Galliarum Regniun de nece martyrum coronans. Grégoire de Tours. il n'importe le mot de patrie est prononcé. 37. d'un emblème verbal propre à dissimuler les intérêts de son pouvoir ou son ambition de conquêtes. Lorsque Clovis rejeta les Alamans au delà du Rhin et les Goths au delà des Pyrénées. de l'écrivain n'est point encore répétée comprise des multitudes. II. 2. Hymnus . savent apercevoir les leçons du passé.. éd. II. de les lois éter- qui échappent aux regards limités ou dévoyés des chefs et de leurs ministres.. Hist.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES.. il la parole même par les rois et : faut laisser aux siècles le soin de propager l'écho et d'en émouvoir les âmes. Ce sont peut-être : plus beaux vers que la Gaule ait jamais inspirés Félix Gallia fortibus tropseis. l'appel magique est lancé. des Poetse Latini sévi Karolini : Walafrid Strabo. un servir roi des Francs n'hésitait pas à se du nom de Gaule comme d'un mot de ralliement. 367-8.. Ubertale soli.

pour juger ces rois. II. Hist. Champion.. L'unité morale du royaume des Francs est revendiquée par Grégoire de Tours. : qu'on estime leurs pensées à l'étendue de leurs conquêtes et à la nature de leurs actes ^ Or. les études de Kurth. pr. Julien. devenu roi sur la Gaule. un saint Rémi. la résidence d'un César. Paris. toutes leurs conquêtes. un saint Éloi n'étaient point de médiocres se Germains Alamans racontaient intelligences pas. Lui a-t-on dit que Paris avait au quatrième il siècle. recueil posthume). 3. Fr. pour être sa résidence et le siège de son royaume ^ été. ne songeant aux soirs de victoires que pour les trésors à prendre et les captifs à ramener. la seulement charmé par l'étendue des horizons grâce des vallées. 27. VIII. 38 (cathedramregni). j'en vois royaume naturel un qui eut une : portée décisive pour l'avenir de l'unité gauloise ce fut Paris choisi par Clovis. VI. Leurs aïeux avaient été comtes et ducs d'Empire. 2. tous leurs actes tendirent à montrer au des Francs ^. et à croire qu'il sut tirer profit de ce vocable consacré par l'Église célèbre dans le monde entier. V. 4. franques (2 vol. et que de là avait recon- quis la Gaule sur les Germains? Lui a-t-on montré qu'il n'y avait nulle part en Gaule un carrefour de rivières et de routes plus commode pour concentrer des armées et distribuer des ordres? A-t-il su l'histoire. ou a-t-il été parisiens. a-t-il vu la carte. incapables de pensées générales. Historia Francorum. Près de Clovis ou de Dagobert. 1919. cf.218 DE LA GAULE A LA FRANCE. Qu'on ne s'en tienne aux anecdotes pittoresques de Grégoire de Tours ou aux secs résumés de Frédégaire ou des esprits malavisés. Études 1. et leurs batailles sur le les Rhin dans les vieilles chroniques. .. monde que Et parmi la Gaule était le ces actes. Grégoire de Tours. la richesse des moissons Voyez dans le même sens. ils avaient su ce qu'était la Gaule contre et ce qu'elle signifiait. les ont conduits aux frontières de la Gaule. etc. sans exception.. Je ne peux m'imaginer que ces rois fussent de simples Barbares. et des idées de vaste domination et de lointaines frontières dont il était inséparable.

Dagobert. latin Aussitôt. et cette fois la capitale définitive. t. en Allemagne. disparaîtraient devant une règle unique. réussit à se faire proclamer. était marqué du sceau de Dieu. et à réaliser le rêve qui. . il a donné à la France. à eux aussi.U ÉPOQUE et des fruits? DES ROYAUTÉS BARBARES. il s'appuyait sur l'évêque de Rome. Ils n'entendaient ce mot de Gaule que pour écouter le mot d'Empire. parlant de l'Empire chrétien et carolingien (Migne. Francs Saliens. Le malheur est que Mérovingiens et Carolingiens ne comprirent jamais les choses qu'à moitié. plus grands des rois francs. parlant de l'Empire romain (I. hanta ». accrue de cette Grande Germanie devant laquelle Rome elle-même s'était reconnue impuissante. il nous a donné une nouvelle capitaie. je crois. Les lois diverses qui régissaient les hommes. ils se hâtaient de les franchir pour soumettre de nouveaux royaumes. Romains ou Saxons. A peine atteintes les frontières de la Gaule. 113 et s. après le puy de Dôme et le sanctuaire de la Loire druidique. Pépin et Charlemagne. par son origine et par sa vocation. le nouvel Empire. après Trêves.). les deux Clotaire. vers 47 et s. empereur. Il avait été créé pour convertir le monde au Christ. du monde qui se reconstituait. devenu le 1. les vaguement l'esprit de ses prédécesseurs. la fraîcheur des forêts. la variété des fleurs Nous ne le saurons jamais. Patr. qui leur C'était l'unité fit. Mais. oublier un instant la Gaule *. Et. enfin. . Clovis. en Italie. Lat. ce qui avait manqué à l'Empire romain. à Rutilius Namatianus. en Espagne même. César et Auguste. Barbares et infidèles se voyaient à jamais barrer le passage vers l'Occident. après Lyon. / . c.). La paix allait régner partout. à Rome. 219 et des vignes. Comparez Agobard.Burgondes.. CIV. Ce dernier. à son insu ou en pleine conscience. « L'ombre de l'Empire pesa sur pour reprendre le vers de Sidoine Apollinaire. poètes et prêtres tressaillirent d'une allégresse nouvelle.

de toutes les manières posil commandait aux hommes en personnage sacré. il n'existait plus que de nom. Un demi-siècle après sa fondation. aucune ville ne l'avait remfait la force celui placée. et ce fut dès le fils du fondateur. et que de souvenir. borna peuplades du présent. très inJgal d'ailleurs. rempli de vues d'avenir. Il manqua à de Charlemagne une capitale traditionnelle. 1 1. Lehuërou. en fils. sibles : 1. 596. ne fut que fantôme et fantoches.220 DE LA GAULE A LA FRANCE. à l'exemple de l'Empire romain. et Aix n'était encore que « la chapelle » du grand roi. premier évêque de la Chrétienté. Les empeGaule. On lui obéissait. Charlemagne mis à part. « tête de la terre ». Hist. il est vrai. et lorsque la volonté manqua au chef de l'État. homogène et permanente. Cf. Pour qu'il vécût. qui avait pire : morale de l'Empire des Césars. et son chef. livre très original. les se à rapprocher l'un de l'autre royaumes ou les reurs aidèrent eux-mêmes à morceler l'Empire. Charlemagne. surveillées sur ici la place par un gouvernement Il sévère. p. il aurait dû. carolingiennes (1843). Rome ne comptait plus guère dans l'esprit des peuples. C'était la Gaule qui faisait la force matérielle de l'Emil en était issu et elle servait de lien entre ses domaines. avait reçu d'un évêque l'onction royale et du pape la couronne des empereurs. qui fût respectée comme un être divin. Charlemagne ne sut jamais l'organiser en puissance militaire. Cet Empire tenait uniquement dans la personne du chef. faisant un roi de chacun de leurs alors qu'il n'aurait fallu avoir que des fonctionnaires autour d'un Auguste.. t. cinquante ans plus tard *. . là l'Italie ou ailleurs la Germanie.. Mais le nouvel Empire. chacun de ces groupes revint aussitôt à ses errements. des institutions mérovingiennes . s'étayer à l'intérieur sur de soMdes assises provinciales. C'était Rome et sa valeur sainte de capitale.

il resta le royaume de France. L'idée que l'Empire de Charlemagne est déjà un État féodal a été développée par Lehuërou. On retrouve. Charlemagne aurait dû. : . commepouvaitl'êtrela Gaule. comme l'avait été Rome et son Empire. en seigneur des seigneurs. au premier vent qui amena les hommes du Nord. 611). et la façade impériale n'était que le masque momentané d'un monde déjà féodal'. 2. et un principe commandements personnels. Chargé de protéger l'Europe contre les Barbares. invasions de Barbares. de «la chose publique» mais. p. 1. et ignorer aussi que les Saxons n'étaient plus guère des envahisseurs dangereux. Il eût mieux valu une seule manière d'être au-dessus de tous lait les le maître. VI de VHist. Jamais rêve humain ne fut plus vite dissipé que l'Empire de Charlemagne. Cet Empire ne portait aucun Il n'avait point d'histoire. ainsi que l'avait fait l'Empire romain de la belle époque. guerres civiles et démembrement de l'État et de la Gaule. II. en roi des Francs et en empereur. 419. 221 en chef d'État. la même assertion erronée qu'à propos de l'Empire romain en conquérant la Germanie. personne ne pouvait ou ne voulait définir ce mot. en évêque des évêques. cette fois. les mers aux pirates. On par: bien à nouveau delà. : Mais. qu'il arrête et fortifie du moins le cadre de son Empire. organiser une armée de frontière et des flottes de surveillance à défaut de centre et d'unité. des institutions. une patrie. à propos de l'Empire de Charlemagne.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Toutes les catastrophes qui avaient assailli le monde à la chute de Rome se répétèrent. p. t. et reprise par Fustel de Coulanges (t. à part les juristes attardés du palais. Or son armée ne fut jamais qu'une armée errante. et royautés surgissant de partout 2. il n'était pas nom qui fût vraiment à lui. sans laisser de traces. Jamais lendemain d'Empire ne fut plus lamentable que les années qui suivirent la fin du rêve. il aurait mis définitivement un terme aux grandes invasions germaniques. et sa flotte se dispersa. Ceux qui parlent ainsi veulent ignorer les Normands. respublica.

De l'opinion publique vers l'an mille. Bouillon). le résumé de Luchaire. (1901. — — — — — — — — — — et vit la — « Avènement d'une littérature française Chanson de Roland ». — Le patriotisme français à sa naissance. Valeur souveraine du titre royal. Paris. Paris. Vieweg). et nationale. Retour aux habitudes de la civilisation classique. Champion). Lot. Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les villes. la Le traité de Verdun. t. Lot. Paris. espérances de Gallicanisme. empereur dans son royaume. IP p. Renaissance romane et architecture de pierre. fusion des races. Il n'y a plus qu'un roi en France. Velléités de constitutions. Universalité des mots Francs et Français. Paris. — Paris s'annonce de nouveau comme capitale. traité de Verdun reconnaît la France. Études sur le règne de Robert le Pieux (1885.VIII LA PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE DERNIERS CAROLINGIENS ET PREMIERS CAPÉTIENS* Le — — Forces nouvelles des provinces des petits pays. L'imagerie chrétienne. Nouvelle vitalité du sol et des routes. Hachette). qui démembra l'Empire de Charlemagne. Le roi de France. Voir surtout Pfister. — Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de gloire de Charlemagne. II. On a dit beaucoup de mal du traité de Verdun qu'il : 1. Histoire de France de Lavisse. — L'idée de Gaule toujours dans les écoles. Les derniers Carolingiens (1891. sanctionna l'existence publique du royaume de France et lui assigna quelques-unes de ses limites naturelles. Études sur le règne de Hugues Capet et la fin du X" siècle (1903. . — Formation d'une langue française.

J. Germaniim Brisaca Rheni [Rhenann] litoris. doit être interprété. puis entre les Alpes et le Rhône. 1. Mais enfin il allait jusqu'à l'Océan. ces puissants rivages de la Manche et de l'Atlantique où pouvait se reconstituer la fortune de la marine armoricaine. les énergies terrestres les plus actives. c'est parce qu'on le laissa faire. celui de Paris et d'Orléans. mais comme si Brisach. et on a dit aussi que c'était un acte insignifiant. Le passage des lettres de Gerbert (édit. Havet. 1889. de Lorraine. la Seine et tous ses aflluents. était sans doute rejeté bien en deçà du Rhin. . que je crois fausse. la Loire et la Garonne en l'entier de leurs bassins. Germanie. De la Gaule il recevait l'essentiel. p. que Brisach était encore sur la rive gauche (l'a-t-il même jamais été?). n'eût point osé prononcer que cette Alsace était terre germanique K Le royaume des Francs occidentaux.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. qui : : . était en 2. jusqu'à la Méditerranée du Languedoc. Gerbert lui-même. 37). conquérir et voler à sa guise. non pas avec l'idée. gens d'Alsace. 223 recommençait les sottises des partages mérovingiens. Rien de tout cela n'est vrai. de Bourgogne ou de Provence. et aussi. sans tenir compte des lois naturelles du sol et des traditions historiques des peuples. nul ne pensait qu'ils ne fussent point des Francs c'étaient seulement « les Francs du milieu ». port du Rhin sur la rive droite. vague héritier de l'ancienne Austrasie. le plus passionné des hommes. Par endroits seulement. au temps où il aima les rois d'outreRhin et où ils possédaient l'Alsace. Mais au traité de Verdun les terres orientales de la Gaule appartenaient à un royaume distinct. sans portée pour l'avenir. Cet ensemble. et si plus tard le roi des Germains se déclara maître en Alsace. et des habitants de ce royaume. lettre 39. collection Picard. qu'il mutilait la France en donnant à la Germanie la rive gauche du Rhin. puis en Lorraine. la Saône et le Rhône sur leur rive droite ^. en deçà même de la ]Meuse on ne lui concéda qu'une Gaule amputée. Le nom de Germanie ne franchit pas le Rhin pour pénétrer jusqu'à la Meuse il resta limité par les eaux du fleuve. jusqu'aux Pyrénées. et d'une manière intermittente.

224 DE LA GAULE A LA FRANCE. dans un article célèbre {Annuaire de VÉcole pratique des Hautes Études pour 1896 Du rôle de l'opposition des races et des nationalités dans la dissolution de l'Empire carolingien) les traités de Verdun (843) et surtout de Mersen (870) ont contribué « à isoler les pays par lesquels se faisait le contact et le mélange des races ». dans le regnum Francorum. La fusion se faisait entre les populations disparates qui Gaule au temps des invasions. de Syriens. La Marche d'Espagne. ^. de Goths. Francs de Hugues Capet il y avait bien des petits-fils de Sarmates. le traité de Verdun traça pour le royaume des Francs occidentaux un empire tout d'un tenant. en réservant pour lui le nom de Francia et de France. etc. Personne ne pensait à dire « roi des Francs et des Bretons ». s'étendait du cap Cerbère* à la pointe du Raz. 2. formait un bloc compact. et comme naturellement. de l'embouchure de l'Escaut au sommet de la Rune et au col de Roncevaux. Les hommes du temps le reconnurent presque aussitôt. Bretons d'Armorique. Gabriel Monod. aux terres qui se tenaient. : : . Quelle que fût leur origine ou leur langue. en une seule formule. de Juifs même car avec une politique habile et point de préjugés religieux on pouvait faire de tous les Juifs des s'étaient répandues sur la les J'imagine que parmi : 1. Ce nom ne fut plus un vocable mobile et flottant qui suivait un peuple dans ses conquêtes il s'attacha à une contrée et à la nation qui l'habitait. tel que l'histoire l'avait préparé. il leur servit à l'une et à l'autre de titre et de symbole. Flamands de Flandre ou Basques de Gascogne étaient incorporés. aux peuples Tandis que les partages mérovingiens avaient découpé la Gaule en domaines enchevêtrés où disparaissaient les contours du sol. qui avaient toujours vécu ensemble : Tous les hommes de cette contrée étaient appelés des Francs ou des Français. s'en détacha peu à peu. aux hommes qui se ressemblaient. « le royaume des Francs ». qui relevait de la Francia de Hugues Capet. tel que la nature s'y fût résignée.

Le sol. agissaient sur ces êtres différents. les empereurs de Rome avaient escompté un succès pareil lorsqu'ils donnèrent le Midi de la France à des rois goths et à leurs armées -. ils donnaient naissance à des enfants de l'espèce que la Gaule avait formée depuis des siècles.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. c. C'est qu'il y avait dans cette Gaule bâtie pour l'unité. la Normandie recouvra cette richesse l'Empire romain. outre l'ensemble du récit et des discours. Patrologia Lat. p. Cinq siècles auparavant. dans cette France nouvelle qui voulait durer. Normands dans la férus d'ordre et de discipline. lors de l'arrivée des Goths.. d'esprit et de caractère.. et la fondation du duché de Normandie aida la France à se reconstituer. p. '2'15 Francs de langue. l'atmosphère physique et morale de la France. 165-6 de la l'édit. JuLLiAN-. 2.. livre II Dacia (les Normands) sorte iuos qum GaUis millis alumnos. ils oublièrent leur affreux langage du du Nord pour parler latin ou français. IS . Ceux qui décidèrent les le roi Charles le Simple à installer province de Rouen. 647-8. ont réussi un coup superbe. au bout de deux ou trois générations à peine. c'est de savoir courir sur la mer. 144 de l'édit. etc. très dévots à la religion Christ. CXLI. incohérent et vieilli. des ferments de vitalité morale et d'entente humaine qui manquaient à l'Empire romain. qui frappa d'admiration les chroniqueurs des âges suivants K Invasions et pirateries s'arrêtèrent : les Normands et leurs ducs devinrent de bons Français. 1. et la seule chose qu'ils aient retenue de leur passé. les mœurs et l'ambiance. Grâce à eux. ils se mirent à la culture et à l'élevage en habiles praticiens du sol. et. 631. Voyez. Pourtant. Migne. c. Les conseillers de Valens. t. lui parlent dans les mêmes termes que ceux de Charles le Simple comparez Amniien MarceUin (XXXI. 4. Lair). la fondation du royaume goth ébranla pour la chute finale l'Empire romain. — De Gaule à la France. et cette valeur maritime que les Romains avaient aussi agricole qui avait été son lot sous méconnue. 4) et Dudon de Saint: : Quentin {ibid. l'extraordinaire apostrophe de Dudon de Saint-Quentin. Lair.

Guillaume de Normandie en Angleterre. furent obligés d'aller chercher ce titre de la France. Quelques seigneurs.226 DE LA GAULE A LA FRANCE. comme au temps des héritiers de Clovis ou de Pépin. Personne ne pensait plus qu'il pût y avoir plusieurs rois en France. le titre de roi est en notre pays le signe de l'unité nationale et de la vie commune. maître entre Loire et Pyrénées au temps du roi désiré échanger contre ce titre de roi leur titre de Robert. Mais ce furent velléités d'un jour ni au delà ni en deçà de la Meuse la Gaule ne vit durer d'autre royaume que le royaume de France. Et si Hugues de son fit roi son fils Robert. et ceux des grands seigneurs de cette époque ardente et ambitieuse qui voulurent quand : même loin être rois. et le mot de monarchie fut également prononcé à la cour de Guillaume le Grand. eussent comte ou de duc. des documents furent inscrits au nom du roi des Bretons. le principe de l'unité royale devint absolu. sans parler de ceux qui réussirent plus tard à l'acquérir au delà des mers ou au sud des Pyrénées. des rois de Bourgogne. le comte de Flandre se crut un souverain et parla de sa monarchie. . ce fut pour lui assurer la succession de la royauté. En France même. France et royaume se confondent désormais. Sous la dynastie qui commence à Hugues Capet. en tant que puissance indiviroi et sible et perpétuelle. en Gaule ou en France. Entre Meuse et Rhin ou entre Rhône et Alpes. duc d'Aquitaine. La France avait un vivant ne pouvait en avoir qu'un. Guillaume d'Aquitaine en ItaHe. Eudes de Blois sur les terres d'Empire. on eut pendant quelques années des rois de Lorraine. il a recouvré le privilège du pouvoir suprême usurpé par le titre impérial au temps de César ou de Charlemagne. le plus célèbre et le plus magnifique des seigneurs de son temps. des rois de Provence.

De même. empereur des Romains. c. écrit vers 954 (Migne. ab antecessoribus herediiario jure sibi debitum (Pertz. et que l'aigle impérial d'Aix-la-Chapelle avait tenu entre les mains de leur roi Lothaire ^ A vrai dire.imperal seque. dans le libellas de Anlichristo de Adson de Luxeuil. t. Quiconque était roi de France y régnait comme empereur". les écrivains de France racontaient que les prédécesseurs de leur maître. ces souvenirs n'étaient plus qu'une affaire d'érudit. et on disait souvent qu'il était maître à Rome du pape. Richer. 227 Le roi des Germains avait rétabli à son profit ce titre le d'empereur. le traitait d'égal à égal sur les bords de cette frontière commune. vers 280 et 398 primi duo sunl : aller régit. Jene donne. 71. III. Huckel. 1901). que des textes contemporains de Robert. et si les Meuse qui leur servait de Germains insistaient pour faire sonner plus haut le titre impérial. imperat aller Quique régit gaudens virtutibus. évêque universel. Adalbéron (édit. : Nam . dignitas Romani imperii ex loto non peribit. et de régler les croyances des fidèles le monde et l'élu : : ne comprenait pas encore ces choses.. Mais on eût fait rire le roi de France. p. IV. Pair. t. si on eût dit que son royaume faisait partie de « l'Empire des Romains » et que ce mot de imperator ou d' « empereur » signifiait suzerain des le monde ne comprenait plus ces choses. pour cette formule.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Et on eût rois également fait rire bien des évêques de France. Quamdiu reges Francorum duraverint qui Romanum imperium tenere debent. Voyez les réclamations de Henri sur le palais d'Aix. si on eût dit que l'évêque de Rome avait le droit de les juger et de les nommer. CI. 1295). ce titre d'Empire romain n'était plus qu'un hochet dangereux ramassé par un Germain dans les décombres des ambitions disparues. Lat. VII. Quant le roi le roi Robert de France avait une entrevue avec il de Germanie. Scriptores. rois et évêques de France n'entendaient point que le pape de Rome transformât en autorité réelle les 1. quia slabil in regibus suis. 2. 225). Charlemagne ou Louis. l'avaient également possédé.

elle excite les désirs des hommes. l'héritage impérial. a dit un homme qui connaissait bien l'influence des mots et des idées. et encore suis-je tenté possible. 130 et s). Je n'ai pas à rechercher ici les causes du très rapide avortement de ce Gallicanisme. Guizot. Quel faire. son voisin et son ennemi. cette supé- qu'on en puisse Garonne un que soit l'emploi que la royauté française est riorité fût-elle sans force. retenues de Hugues Capet n'eût pas hésité à interévêques de répondre à un appel pontifical. et qu'au bord de la moine se disait plus puissant qu'eux. cassum et irritum ficri. à peine plus fort et plus riche que : On le seigneur de Montlhéry. En réalité. Cf. « Dès qu'un mot ». seraient jugés que par les conciles. 169 Plaçait sanciri. le concile de l'édition Waitz) : .228 DE LA GAULE A LA FRANCE. 1. Le Gallicanisme faillit naître aux mêmes heures que la France \ et confirmés roi s'est complu de nos jours à railler la faiblesse de ce au premier siècle de la dynastie capétienne pauvre sire errant de villa en villa. p. qui consistaient à être les rois de France. sous Robert (Richer. si quid a papa Romano contra patrum décréta suggereretur. élus que par leurs églises que parleur roi '. plus d'une fois de ne voir en ces propos que boutades d'historiens et désir d'établir un contraste saisissant entre les ennuis politiques d'un Hugues ou d'un Robert et la royauté triomphale d'un Philippe-Auguste ou d'un saint Louis. une valeur telle une souveraineté qui agit par cela seul qu'elle existe. 89. car le nom seul d'un pouvoir illusoire de Chelles. C'est si on mesure la force d'un roi à l'étendue de ses fermes et au nombre de ses coffres. Gallicanisme remarquablement mis en lumière par Lot (Hugues Capet. dire à ses aussi. p. Hugues et Robert détenaient la force et la richesse éminentes. lui formes de préséance qu'il avait. et ils ont raison. au besoin qu'ils et ses évêques auraient su rappeler ne . 2. Je m'inquiète peu de savoir que leurs ordres n'étaient point obéis. IV. « dès qu'un mot désigne une supériorité quelconque.

Pareil à un Saul ou à un David. t. IV. et il propageait avec enthousiasme Guizot. c. Lai. Thierry' de Fleur>' ou d'Amorbach écrit. au temps où nous sommes : arrivés. fides. De sa justice on ne pouvait en appeler qu'à celle de Dieu. était le représenil tant. la plus pleine et la plus présente était la royauté. 635). comme jadis le sanctuaire druidique dont il occupait peut-être la place-.. un presque pour un des leurs. l'élu sur la terre. Essais sur l'histoire de France. s'appliquait également : à la piété des Chrétiens et à l'obéissance des sujets rebelle était sacrilège. Le serment de fidélité. sœc. l'hommage féodal unissait à lui tous les seigneurs et tous les hommes du royaume par un lien continu qui de proche en proche pénétrait jusqu'aux plus lointains et aux plus humbles. Le royaume de France était à l'image d'une église. Pair. Le roi de France était le le roi unique et roi partout. d'en suivre la durée et de ces énergies. 3. II® essai. d'en marquer l'origine et la nature. malgré son envergure internationale. Fleury se croyait et se disait au centre de la Gaule ^. au début du xi« siècle (Ada sanclorum Ordinis s. Benedidi. Fleury. les ordres monastiques voyaient en lui l'ancien abbé de Saint-Denis et le protecteur naturel de leurs privilèges le roi : Les évêques tenaient l'ordre de Cluny lui-même. aidait la royauté dans sa tâche. ab les bien analyser faits Aqnitaniam tangit. du tombeau de saint Benoît à Fleury. et celle-ci s'appuyait volontiers sur son cher monastère de Fleury-sur-Loire. CXXXIX. 1824. L' « ombilic » druidique des Carnutes était parfaitement connu rappelé vers l'an mille (Aimoin. ab 2. 229 est encore un pouvoir'. p. p. 2" édit.. Il était il seul à posséder titre prestigieux au-dessus duquel il n'y a que nom de Dieu. avait reçu l'onction sainte. sur les retards qui en gênèrent longtemps l'exercice. » Je n'ai pas à insister sur les ombres qui passaient devant ce pouvoir. 84 de la 1. et le mot de un « foi ». Et à de géographie politique. cela résulte en auslrali parle .PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. 364 ) A septentrione Franciam. et : oriente Burgundiam. IP p. je désire surtout parler ici des énergies latentes ou visibles qui ont soutenu la France. De ce Dieu. et d'ailleurs il les confirmait dans leur titre..

344. Fulbert de Chartres.230 DE LA GAULE A LA FRANCE. Le roi doit l'Évangile. Hymni. être le protecteur des églises et l'aumônier des pauvres. pardessus tout. . J. le conseiller du roi Hugues. 477. avaient transformé devoirs. CXLI. 1. c. tandis que les juristes latins invoquaient surtout les droits du chef de l'État. Qu'il ne confie qu'à des personnes justes l'administration du royaume. semblable à l'empereur romain ou au magistrat des cités antiques. : i droite ligne de la convergence vers ce point de plusieurs cités gauloises. garder à l'Éternel la foi catholique. des orphelins et des veuves. « défendre avec justice et courage la patrie qui lui est confiée. et. de décourager les impudiques et les histrions. de minislerio régis. » le duc de Normandie comte d'Anjou pouvaient amener avec eux de plus ou nombreux et de plus brillants cortèges c'était au roi de France qu'appartenait la gloire de l'heure.. A l'inaugura \ Aux le jours des grandes solennités. canonistes du régime français. par toute cette Gaule la splendeur du nom royal. Le roi enfin. convergence qui a peut-être été également la cause de l'installation du concile druidique en cet endroit. Voyez dans le même sens.j t. Lai. ne point se laisser exalter par la prospérité. tel est encore le devoir du roi. Migne. détourner ses flls de l'impiété. Elle est la sauvegarde des étrangers. le chef de l'abbaye de Fleury. Éviter la colère. le théoricien intelligent et convaincu de la royauté nouvelle ^ « C'est le propre de la justice du roi qu'elle n'opprime personne de sa puissance. c. 10. Abbon. Il lui appartient d'empêcher le vol. de châtier les impies et de punir par la mort les parricides. de réprimer l'adultère. et qu'il fuie le contact des devins. CoUectio canonum. 3. d'abaisser l'iniquité. Lat. vivre en Dieu par toutes choses. et qu'elle juge entre tous sans acception de personnes. CXXXIX. de « la chose publique les ». façonnés par l'esprit de ces droits en autant de Écoutons Abbon. res publica : mais. qu'il prenne les conseils des vieillards et des hommes sages et désintéressés. t. se réserver chaque jour des heures pour prier ». Patr. était le gardien suprême de l'État. des sorciers et des pythonisses. Pair.

Seigneur. est avec elle : et le peuple. 238). qu'elle doive à cette communion les élans les puissants de sa foi de patrie. le peuple au monde plus hostile à l'autorité d'un guide. est suivi d'une assemblée d'archevêques. Lat. c. Que ce '^ mot et d'opinion publique ne provoque aucune surprise 1. comme on disait la ou la paix de Dieu. : d'évêques et d'abbés. et que ta miséricorde nous a confié. reconstitution du l'Yonne. Pflster. nous l'avons éprouvé nous- mêmes dans le la Grande Guerre. de gouverner pour le royaume et de garder ce royaume. et à haute voix : prie . a nand Lot (Hugues Cupet.lp.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Et qu'une nation entière mette en un homme On aurait pu justice du roi le principe de sa vie et l'assurance de son salut. et de reprendre les habitudes des joies familiales et du travail régulier. tioii 231 le roi de la basilique de Saint-Algnan à Orléans. qui est tien. qu'on ne me reproche pas d'appliquer à l'an t. qu'elle dirige toutes ses pensées vers la pensée d'une seule âme plus de chef. levant les mains au ciel. L'opinion publique était pour le roi de France. il Robert préside. de pieux évêques et de saints moines ont apporté avec eux les reliques les plus célèbres à chaque instant des miracles se produisent dans les rangs de la multitude. assoiffés de repos et de sécurité. la foule le voit et l'entend il alors il Dieu « Donne-nous.. nous. et la Héry est dans y a eu une opinion justement Ferdi- époques même les plus sombres. cria par trois fois : « Paix paix paix ! ! ! » ^ dire la paix du roi. 2. le plus obstinément dispersé dans les libres allures et les jalousies ombrageuses des individus. Patrol. il CXLI. des troupes innombrables sont venues de tous les lieux du royaume. p. 925-7. » Au concile d'Héry pour la paix. publique dit . « concile par 172-3. en présence de son roi. y compris « les basses classes ». Aux ». Voyez les récits d'Helgaud. c'est le roi Robert qui préside encore. on sent que la vertu de Dieu s'agenouille devant l'autel. Le roi était l'espérance de millions d'hommes.

Ces premiers temps de la dynastie capétienne furent ceux où l'homme de France commença à réfléchir sérieuse- ment sur ses destinées : je ne dis pas ses destinées reli- . elle faisait fonction de place publique. et. la fontaine pour les femmes. Pourquoi Robert n'auraient-ils point réfléchi sur les affaires du temps. savait que le sort de ses cultures dépendait de la marche des affaires publiques. ce qu'on y entendait. On avait. et qu'il n'eût jamais le courage de discuter ce goût de parler politique. et l'église pour tout le monde. chez ces hommes qui se connaissaient depuis l'enfance. On s'y groupait le dimanche et bien des jours de la semaine. maître et le : le pèlerinage pour les dévots. Car même sous les premiers Capétiens. au besoin. contemporains du roi du dix-neuvième siècle. manifesté leur pensée? Assurément. Et le seul fait d'être ensemble. et il me semble impossible qu'il fût une simple mille l'expression favorite les : bête de somme.232 DE LA GAULE A LA FRANCE. servait de lieu ments communs. le plaid pour les seigneurs. Mais je ne saurais admettre que le roi et ses conseillers n'aient point cherché à savoir ce que le peuple désirait. le marché pour les paysans. travailleur méthodique et tenace. et il n'était pas nécessaire que l'autorité publique en tînt compte. vingt occasions de parler politique l'école pour la jeunesse. en ce temps-là autant que de nos jours. faisait germer en eux des idées et des opinions générales. à la façon de la nôtre. surtout. éloignait les esprits du terre à terre quotidien. Ce qu'on y voyait. de réunion à des senti- L'église. un paysan de France. et. dans une certaine mesure. courbée sur la charrue et docile à son maître. cette pensée n'apparaissait pas au grand jour de l'écriture. Elle était assez vaste pour contenir le quartier d'une ville ou un village de la campagne. à satisfaire à ces désirs et j'entends par le peuple les plus pauvres comme les plus riches.

Pair. Ce mot de solidarité a beau être né d'hier. CXLIX. disant qu'on écarta Charles de Lorraine au profit de Hugues Capet. Parmi les prêtres qui leur enseignaient la loi. 129. « Les uns sont nobles et les autres esclaves ». il a pu n'inspirer que dans ces dernières années de longues théories les contemporains du roi et des livres sensationnels Robert connaissaient l'idée aussi bien que nous. c. il était né homme libre. gieuses. c t. quelquesuns rappelaient énergiquement aux grands chefs cette liberté et cette égalité primitives de tous les êtres humains. 73 de l'éd. 127). sous la seule impulsion de la convoitise ou du besoin d'un moment^. Ces réflexions pouvaient être naïves et maladroites mais tiques.Migne. par exemple dans cette parole de Richer (IV. Kurze. 2. . Les gens se sont aperçus çais. distincte de celle de leurs voisins. 2. P. et quand les bandes de l'empereur Otton vinrent menacer Paris et que l'armée du roi Lothaire les refoula jusqu'aux Ardennes. les paysans du Valois et du Vermandois éprouvèrent sans doute qu'il y avait une différence entre les uns et les autres K Un Chrétien sentait que de par le Christ aussi bien que de par la nature. réglé par des lois nouvelles et contrôlé par leurs délégués. L. et qu'ils étaient Francs ou Franqu'ils parlaient non pas Germains ou Tudesques. cliap. p. 233 dont le prêtre s'occupait> mais ses destinées polique Dieu laissait à la merci de simples mortels. lui écrivait un : 1. et la solidarité qui unissait les plus riches aux plus pauvres. Migne. 823.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. de suis visceribus regem{éd. et qu'il avait droit à une part d'homme sur les biens de la terre.. p. parce que externo régi servira non honaerit. Marx (1914). livre V. une langue à eux. 11). Je ne crois pas qu'il faille voir de vains propos. je ne peux accepter qu'ils agissent en imbéciles.t. Guillaume de Jumièges. Lorsque les paysans de Normandie décrétèrent que l'usage des eaux et des forêts leur serait commun à tous. ou dans celle de Réginon {Chronique. : c'étaient celles de l'adolescent qui porte enfin son atten- tion sur les problèmes de la vie.. à l'année 888). Lat. CXXXII.

Désir d'indépendance et acti- 275. : écrites et connues. Et voilà trois demeures dans cette maison de notre Père. que chacun laboure sa terre avec plus de sécurité. . au lendemain de l'an mille. de Tocqueville. Voyez la poésie d'Adalbéron. foires. que les prêtres prient les esclaves. De même. en ce monde chrétien et franc. travaillent. filleule de l'autorité divine. 3. aspirait Lorsque. L'autorité royale était absolue en droit. » Nul. 4. que les denrées du paysan ou les marchandises du bourgeois se vendent sans peine. : doivent leur luxe et leurs Que les nobles com- battent. n'eût certainement toléré les abominables tyrannies d'un Néron ou d'un Caligula. qui me font songer à ce mot ^. l'on croit que unique et la même pour tous. L'Ancien Régime el la Révolution. 2. on n'admettait point qu'elle ne fût pas consacrée au bien. « évêque de Laon mais s'il n'y avait pas l'esclave pour le peiner et produire. Voyez la poésie d'Adalbéron. et que la foule accourt aux rendez-vous des 1. ^. eux. à la veille de la Révolution Française. le peuple à la liberté. en 1856. chap. Un roi de France devait à l'opinion publique de s'entourer de sages conseillers et de les écouter. c'est parce que la paix est revenue. et aussi 245Et je ne cite ces passages qu'entre dix similaires. Ce serait un excès de langage que de pro- noncer le mot de roi tourage du mais des hommes de l'enconstitution Robert ont parfois rêvé de lois politiques. mais. que deviendrait noble? Le roi lui- même c'est et les évêques sont les serviteurs de leurs serfs. vers 287 et suiv. écrit livre III. ce n'était point sous la poussée du malheur et dans l'excitation de ses misères c'était : au contraire parce tiative. les que trois quarts de siècle d'une prospérité inouie avaient répandu partout l'esprit d'ini- moyens de s'instruire et le courage de dire sa pensée *.234 DE LA GAULE A LA FRANCE. si le Français parle plus haut et plus clair. Cf. car à la sueur et aux larmes de ces misérables qu'ils plaisirs..

moissons et vendanges de Gaule il n'y a pas de terre sous le ciel. et ils sont toujours à elle. esclave. cette terre n'est pas encore à eux. Et cette terre qui produit de nouvelles richesses produit en même temps de les Dans redevinrent un titre de gloire pour la France : nouvelles libertés. L'intendant du domaine. les seigneurs pactisent avec les temps nouveaux. mais redevances de jouissance foncière. surveillant d'hommes libres comme lui. à son tour. l'a préparé à la liberté dans Chaque jour de nombreux chis sur les : : quelques générations. de major ou de maire ». il n'est plus que le propriétaire de la tenure ils ne lui doivent plus services de corps. petit-fils rural qui travaille avec acharnement. fils du serf de la glèbe. la liberté ne les enlève pas à la terre. et il lui arrive même quelquefois d'oublier qu'il dépend d'un chef et lui doit titre compte de ses « actes. lorsque l'autorité et la propriété seigneuriales s'affaibliront et disparaîtront. Mais leur ancien maître n'est plus le maître de leur personne. ce terrible villicus jadis si redoutable à ses compagnons de servitude. et la parcelle de sol cultivée par le laboureur deviendra le domaine absolu de l'ancien du paysan Ubre. Si brutal que soit le châtelain. disait-on. et aussi sur ceux des seigneurs. est à présent un Dans ce monde le on sent que homme libre. le jour où elle a fixé l'esclave sur elle. paysan s'apprête à fonder une société nouvelle. la avec ses paysans et son magistrat. campagnes. Ils restent quand même sur les champs qui leur sont confiés. serfs de la glèbe sont affrandomaines des monastères et des évêchés. 235 vite matérielle grandirent ensemble sous les premiers Capé- à qui t-chut la chance inespérée de présider au réveil de toutes nos ressources nationales.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. si farouche que soit le manoir. tiens. En maint endroit il prend le La commune rurale se dégage. qui lui soit comparable pour la splendeur de ses cultures. c'est lui qui rendra la liberté à la terre. chef de police sur des terres à demi émancipées. de gangue seigneu- . La terre.

mis à l'usage des les » manants. à Bordeaux de la montée des Salinières au parvis de Saint-Éloi. et au milieu ne tardent pas à s'élever les maisons de pierre.^entre^bien d'autres. J'ai déjà cité (p. Mais. marchands et ouvriers s'installent au voisinage de la vieille enceinte impériale. des images pour décorer les temples et les demeures. n. tout comme dans les villages. sortira le désir de l'indépendance communale ^ Société qui s'organise.236 DE LA GAULE A LA FRANCE. ce sont bourgs. voilà qui va ressusciter en Gaule les formes rajeunies de la vie civilisée. 1) l'œuvre essentielle. Elle esquisse sa fortune propre. à Marseille au fond du Port Antique et en lisière de la Gannebière. « la cité construite par les derniers empereurs romains. 212. « rues neuves ». des monuments pour revêtir le sol. était siège ou seigneurie du comte ou de l'évêque. s'éveillent 2. Et alors. des poètes pour égayer les loisirs. C'est le Lille. à Paris sur la Grève ou le Marais qui bordent la Seine. Montpellier. de leurs confréries de piété ou de leurs sociétés de commerce. villes qui se relèvent et esprit qui se réveille. marchés et marchands. de ces « bourgs neufs ». mais où les salles d'armes sont remplacées par les entrepôts de draps. comme marchés . le temps n'est pas éloigné où. quartiers de forgerons. aux places de foire qui précèdent les portes. temps oCi. de barriques ou de poisson salé. « grandes rues ». Là aussi. et pour toujours. tassée et serrée par ses remparts et son château. autour des monastères suburbains. « hôtels » des gros bourgeois. tendent à devenir communaux du village K Dans les villes. Caen. depuis que les Barbares du Nord se sont retirés. des maîtres pour instruire la jeunesse. et les forêts et les pacages qui entouraient la villa gallo-romaine. Après de longs siècles de 1. de « fabres » ou de « febvres ». terre qui s'enrichit. hautes et fortes à l'instar de donjons seigneuriaux. riale transmise par quinze siècles d'aristocratie foncière.

continueront à voir dans romane une image des églises orientales. l'architecture est celle qui garde le plus volontiers l'anonymat. le Français du Moyen Age les consacrera à glorifier les croyances les : plus profondes de son âme. . d'imagerie ou d'épopée. ce fut pour animer les choses mêmes du pays. Paris) 2. dans la collection Picard. lassitude ou d'impuissance. ou l'architecte élevant la Maison Carrée pour les dieux de Rome les inspirations éternelles de l'art. ou les artistes sculpteurs des Vénus aux attitudes grecques. Mais ces leçons d'architecture. VI). 1911.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. les cloîtres de ses moines et les hôtels châteaux de de ses Et ce fut. et rapprirent les leçons Rome et la Grèce avaient données aux ancêtres. pour donner enfin à l'art de nos pères une allure terre. Et si les impulsions par la civilisation antique se firent à nouveau sentir dans la Gaule. aux abords de l'an mille. pour bâtir ses seigneurs. Je recommande particulièrement l'article sobre et nourri de Brutails. la naissance de ce style architectural que l'on a appelé» l'art roman». en plus grand nombre. Où s'est constituée l'architecture romane (1919. on ne les appliquera plus à copier les œuvres de maîtres étrangers. l'église Les uns. Sur le développement des constructions en pierre (même à la campagne pour les granges). La les civilisation antique avait recherché la pierre ses ' pour demeures de dieux et de ses chefs ses églises. t. les : le Français revint à la pierre bourgeois. les saints et les héros de sa foi et de son histoire. rapportée 1. extrait de l'Anuari de L' Institut d'Esludis Catalans. ainsi qu'avaient fait Ausone pastichant Virgile. voir l'excellent recueil de Mortet iRecueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture. de sa laissées nationale. Barcelone. On discutera sans doute longtemps sur les origines de romane' : l'architecture de toutes les formes de l'expres- sion artistique. la 237 main et l'imagination des hommes que se remirent au travail. qui dissimule le plus aisément les signatures de ses ouvriers et les conseillers de ses œuvres.

lorsque les contemporains du roi Robert : se reprirent à aimer la beauté et à croire en la sécurité « Chaque communauté chrétienne ». rejetant le passé qu'il voulait se parer On eût dit que le monde se fût comme une défroque vieillie. secoué. t. galeries de déambulatoires à l'intérieur. si l'on veut. Pour être écrite en une langue issue du latin. arcatures aux cintres réguliers pour couronner portes et fenêtres. que ces éléments de l'édifice aient été suggérés par des ruines romaines ou conservés par la tradition latine il n'empêche que la physionomie de l'église romane ne soit personnelle. écrivait de la vie contemporain. formée sur place. édit. Prou (collection Picard.). 74 et s. Elles surgirent de toutes parts. en tout cas. 111. les espèces les plus originales. chrétienne et française. Les églises romanes sont nées de la foi chrétienne. Et je ne juge pas impossible que l'église romane soit née d'une autre source. Cf. p. C'est le texte si souvent cité de Raoul Glaber. que l'art médiéval aurait pu s'inspirer des constructions en bois des x<-' et ix*^ siècles. et de la robe blanche des basiliques nouvelles 1. tableaux d'images sculptés sur la façade. frises fouillées en jeux de capricieux ornements. écrit méthodes (1900. Paris. L'Archéologie du Moyen Age et ses p. en 1891. la Chanson de Roland n'en sera pas moins un poème national de France. qu'elle a grandi. par quelque pèlerin des terres saintes de l'Asie.238 DE LA GAULE A LA FRANCE. 13. épaisses murailles pour soutiens de ces voûtes. qu'elle a produit les variétés les plus nombreuses. en particulier de Courajod (Leçons. etc. Voûtes de pierre servant de toiture.4. » Je songe à la théorie. « voulut avoir son église neuve. 62. et c'est un : à qui aurait la plus belle. Paris). I. 1886. franche. Picard). 2. p. du travail de la France et de sa paix royale. des basiliques et des voûtes transmises par le monde romain. contreforts massifs pour appuis de ces murailles. ^. . la discussion de cette hypothèse chez Brutails. l'effort réfléchi et personnel fait par le génie des hommes de chez nous ^ C'est chez nous. Les autres admireront en elle la disciple. 280. les silhouettes les plus séduisantes. admettons.

unissant les : ' . le jugement dernier. s'était décidé à repro- duire les figures et les corps des saints en sculptures de bois. dans le Liber miracalurum sande Fidis. éd. construites à jour d'enthousiasme. qui leur ressemblèrent. Elle les voudra agréables. que ces clochers dominaient le village et la campagne pour porter plus loin l'appel joyeux ou triste des voix du sanctuaire. de métal ou de pierre ce n'avait pas été sans les violentes ou pieuses colères des prêtres intelligents qui. la légère 239 Beaucoup de ces églises. et qui si furent solides. Si l'on ajoute que ces églises reçurent de hautes tours pour abriter les cloches. Picard. nobles et puissantes. la résurles articles : rection des morts. et il y aura bientôt mille ans qu'elles leur servent de foyers.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. La religion du Christ aura les figures de ses saints. Voyez le voyage de l'écolâtre d'Angers. qu'elles sont encore debout. p. et de ce mal vont sortir pour l'humanité de très grandes joies. Mais d'autres les en un ont aussitôt remplacées. ont rapidement disparu. 1897. A l'extérieur de ces églises. A l'intérieur. pressentaient le culte de l'idole sous la vue de l'image Mais le mal était fait. on et ceux qui igno- raient l'écriture pouvaient lire sur la pierre le catéchisme de leur religion. . Paris). Bouillet (coll. : abrité par une voûte éternelle. et que les Chrétiens de nos villages y prient toujours devant l'autel Dieu posséda dans les moindres hameaux sa maison indéracinable à la parure sainte quelques-unes des églises romanes les plus achevées et pour ainsi dire les plus touchantes se dressent aujourd'hui dans les bourgades les plus obscures. sous les porches de l'entrée. des tableaux de pierre résumaient en scènes pittoresques de la foi chrétienne le Christ sur son trône de gloire entouré des symboles des Évangélistes. on reconnaîtra dans ces murailles de l'art roman les asiles inviolables des pieuses fraternités de France. 1. 46 et s. connaissant les faiblesses de l'âme humaine.

En art comme en religion. et les Vierges les esquisses romanes sont naïves de l'art chrétien montant vers sa jeunesse. Prélats et abbés avaient pensé de même au temps qu'il 1. Halphen (p. elle inspirera des formes. 293) remar- . grâces humaines à la gloire de la vertu A son tour. qui traduisait les mystères de sa disparus l'avantage d'ajouter aux plus belles figures nature sacrée. faire enlever des marbres aux ruines antiques ou aux carrières de l'Italie. On raconta plus tard qu'un prêtre illustre de Paris avait voulu. consecratione ecclesise s Dionysii. des corps vie dans une les sculp- attitude hiératique. pour bâtir son église. des physionomies inconnues jusque-là. Mais ces matrones étaient les dernières redites de l'art classique descendant à sa sénilité. § 3. L'heure était venue pour le Christianisme de se pencher vers la il perfection des beautés visibles. p. Elles n'ont pas plus de grâce et de que les grosses matrones modelées jadis par teurs païens pour représenter les déesses-mères des fontaines gauloises. elle éveillera la passion de l'art. De éd. c'était l'âme humaine qui enracinait ses sentiments les plus intimes. Lecoy de La Marche. monde connaisse les Vierges-Mères aux En ce moment. divine. en sa terre et en ses routes. Ce nouvel aspect de la vie reUgieuse accrut encore la valeur du sol de France. des attitudes.240 DE LA GAULE A LA FRANCE. Cette splendeur de l'image : chrétienne. mais y renonça bientôt. et sourire de bonté et aura sur les cultes un un regard de douceur qu'ont ignorés les sculpteurs des Vénus et des Apollons. s'étant aperçu que la pierre de l'Ile-de-France était tout aussi bonne pour le service de Dieu '. 218-9. les saintes se présentent figés avec des figures sans expression. la statuaire romane ne put y vants pour que le arriver il faut attendre les siècles sui- visages ineffables. 1867. Il s'agit de Suger. telle qu'autrefois la religion des dieux païens.

— Do la Gaulo à la Franco. de proche en proche par grandes voies. et. grandes misères de l'invasion germanique. au lieu d'uti- de Gaule. 49 et ailleurs. Imago sacra. la puissance fit d'attraction de la statue merveilleuse se sentir sur toute la Gaule K C'est le temps où ces grands chemins s'enfièvrent de bruit et de passion. deBre- que justement que liser les même à l'époque carolingienne. 477). c'était. Du jour où la sainte les hommages Foy de Conques fit ses premiers miracles. on préféra faire venir des marbres enlevés aux monuments antiques de l'Italie. la caravanes de marchands aux foires de Saint-Denis. écoliers destinés aux écoles monastiques de Cluny ou de Fleury-sur-Loire. du roi 241 de construire basiliques ou païens. surtout dans la première moitié {Recueil de Mortet. 1. Je ne dis pas que sous les Francs de Clovis et de Charlemagne ils aient cessé d'être sillonnés par le roi : des foules. le granit sombre d'Auvergne ou le grès rouge Robert . Robert étant voit passer des troupes d'espèces infinies : roi.Jacques de Galice. La route n'effraye plus. par toutes les routes lui attirait les des pèlerins. et. voyez en particulier le Liber miraculorum sande Fidis. Et déjà. chemins du Rouergue. Avoir en son église pour la paroisse ou l'abbaye. Remarquez le grand nombre de ponts construits au xi^ siècle. du Quercy. 2. cortèges d'abbés quittant Cluny ou Fleury pour parcourir la Gaule à la visite de leurs plus lointains couvents.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. d'Orléans ou de Reims. de Laon. dévots vers saint Martin ou soldats vers le silence et la solitude ne se sont jamais faits sur une route route de France. de l'Aules vergne. au lieu cloîtres avec les débris des monuments : des Vosges redevinrent familiers à ces qui avaient perdu le maçons de Gaule chemin des bancs de pierre depuis les une image du pays. Mais aujourd'hui. p. ils employèrent la roche vierge et neuve du pays le calcaire blanc de Saintonge. Douillet. posséder une souveraineté morale qui. 16 . carrières JuLLiAN. éd. des petits ports de Normandie. s'animèrent d'une vie extraordinaire. aux écoles épiscopales de Chartres. sainte. bandes de pèlerins pour Saint-Pierre de Rome ou Saint. p. elle appelle^.

La « cité » dans son sens restreint. elle retient. On se montre les chaussées construites par César le Romain ou par Brunehaut la reine des Francs. Les évêques qui gouvernaient ces cités. possesd'hommes. tagne. la Bolène qui mène à Notre-Dame du Puy. la Ténarèse qui gravit le flanc des plus hautes Pyrénées. ici le mot dans le sens large et primitif de territoire 2. La route ne se borne pas à appeler. le palais en ruine où habita l'empereur Charlemagne. et il arrive souvent qu'ils soient les souverains politiques des villes fortes qui leur servent de métropoles ^ l'évêque de Marseille est vraiment roi de « la ville haute » en même temps que gardien religieux du diocèse. de même les cités * tradition- où les siècles d'autrefois avaient groupé tribus ou cantons ruraux. Des hôpitaux pour pauvres et pèlerins en jalonnent les étapes. devenues leurs maintenant de puissants seigneurs. de cité. sont seurs de vastes domaines. pêcheurs et matelots se hasardent à chercher les chemins des mers occidentales. . du Pays Basque. la brèche ouverte dans son neveu Roland. parmi les prélats. J'emploie municipal. C'est la Régordane qui traverse Cévennes. telle que Saint-Front de Périgueux ou Notre-Dame du Puy. Une basilique de siège épiscopal. ses les séductions et son histoire. ayant son nom. oubliés depuis que César a détruit la marine armoricaine. le rocher par l'épée de De même que et bâties par les nelles les vieilles routes tracées par les Gaulois Romains. impose à la province diocésaine. diocèses. maîtres de milliers : 1. C'est. sur ces chaussées. Mais l'ÉgUse ne perd rien à ce que ses chefs s'entendent avec le monde. doivent un attrait nouveau aux nouvelles richesses que recevaient la terre et les âmes. Elle est devenue un être à demi humain. une émulation de dépenses à qui élèvera la plus somptueuse cathédrale.242 DE LA GAULE A LA FRANCE. et.

les « pays » ligures reprirent un regain de vie sous la direction des vicomtes qui s'installèrent dans leur bourgade principale. Pictons et Andes. et des centaines genre. trônant au milieu de leur petite cour. renforça qui unissaient les les liens millénaires hommes les à ces prodérivations vinces de France. Le régime féodal lui-même. de ses façades. à bien observer la terre de France et à se rappeler son passé. locales. Champagne. et elle imposera parfois son type architectural artistes du pays chaque région de France. 243 Périgord ou Velay. la force générale qu'était la Gaule.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. les siècles reculés où un demi-millier de roitelets. et parfois de poésie. de ses coupoles. Arvernes. Boulogne sur le Détroit. et ces noms n'étaient que françaises de ceux que les Celtes avaient mis sur ces territoires. à cité chartraine. Saintonge ou Limousin. de ses forêts de colonnes et de statues. des seigneurs à Blaye sur la Gironde. il n'y avait pas à s'inquiéter de cette reprise des énergies locales. Et cela me rappelle. tiers. à On eut la Dreux dans de même piquant d'ambition et de luxe. On eut des comtes d'Auvergne. en multipliant les seigneuries en faisant de la terre la base du pouvoir. Dauphiné. Jamais peut-être. des Volques ou des Rèmes. de Poi- d'Anjou. ce ne sera que vêtements d'emprunt pour recouvrir les vieilles habitudes communes des Allobroges. Le cadre d'ensemble tiendrait bon. nos provinces ne sauront mieux parler chacune son langage propre. Si bien des noms nou- veaux apparaîtront. chacun en sa tribu. comme un barde des très anciens temps. se partageaient la Gaule sous l'autorité nominale de l'assemblée des Druides. Auvergne. au moins sur la carte. la suprématie de ses pierres. dans l'histoire de l'art fran- aux : çais. A l'intérieur même de ces provinces. put avoir la gloire de son style roman. se Mais. Languedoc ou autres. était destinée à l'em- .

évêques. . Abbon écrire par l'un de ses l'histoire moines un long traité sur géographie et furent livres de la Gaule. I. comtes et France. du royaume de France. 2 2. Le réveil de rhistoriographie franque.. Raoul Glaber. on leur racontait la merveilleuse histoire ^ Les plus instruits ou les plus hardis d'entre les maîtres remontaient aux âges lointains où les c. abbés. vers l'an mille. et s. Richer. venus. 3. Ils en prononçaient sans cesse le nom. CXXXIX. Voyez Aimoin. Je répondrais aussitôt qu'en ce temps comme aujourd'hui la science et l'école préparaient la France du lendemain. Adémar de Chabannes. Et cette nom et Son passé de Gaule qu'ils 2. les écoliers se groupaient par milliers. en indiquaient les limites naturelles et les voisinages barbares *. c'était par son même rois de France. Fr. Car porter. le conseiller des premiers rois capétiens. et bien d'autres. et en ce moment elle transmettait à ce royaume de France ce qui lui restait de valeur. en marquaient l'unité. le même homme c'est qui a rédigé qui la fit « les canons » de l'office royal. sans rapport avec les réalités du temps. 629 1. etc.1:44 DE LA GAULE A LA FRANCE. ils Ces maîtres d'école n'étaient pas les premiers s'appelaient Abbon à Fleury. Autour de ces maîtres. et c'est l'abbé de Fleury. et à assurer l'avenir cette Gaule vivait encore.). est particulièrement digne de remarque (Aimoin. Gerbert à Reims. proœmia (^SUgne. . dit-on. ce Qu'on ne m'objecte pas encore que d'école et propos de savants. Hisl. Richer. Abbon. Les maîtres d'école parlaient toujours de la Gaule. t. avaient d'abord appris à la connaître De cette Gaule où ils habitaient. Fulbert à Chartres. ils étaient destinés à devenir chefs d'églises. Beaucoup parmi eux devaient devenir les grands de la terre et les maîtres des hommes. idée et tradition indestructibles. Francia et Gallia sont alors synonymes : les textes abondent. Gallica lingua signifie le français.).

fut alors le héros de cette littérature latine qui. dans ces récits. Gaulois de Brennos avaient conquis 245 Rome. t. Charlemagne avait réuni en une seule nation les royaumes dispersés dans la Gaule. ce n'était que l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. et Turpin l'archevêque de Reims. et les plus enthousiastes imaginaient qu'il avait rendu Constantinople à l'Église véritable et débarrassé de la honte païenne le saint Sépulcre de Jérusalem. c.. il avait conquis l'Espagne sur les Sarrasins. Charlemagne et ses pairs. s'essayaient à composer des poésies ou à rédiger de la prose savante. Hist. les écoles et les cours. Fr. siècles s'accomplis- de Dieu un homme apparaissait dans d'une gloire divine. commençant par les miracles de saint Martin et la conversion de Clovis. Aimoin. 638). CXXXIX. Son nom tiens. I. des Francs il avait fait le peuple souverain. délivré Rome et l' Italie. . et ils rappro- chaient leur courage invincible des batailles que leurs des- cendants livrèrent aux Normands sur le sol de la patrie K Mais d'ordinaire. avait trouvé dans Charlemagne son Bacchus aux cortèges triomphaux et son Hercule aux tra- vaux de Il justice. Richer..PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. converti et soumis l'Allemagne. L'humanité chrétienne. et les lui. vivait heures de sa vie chrétienne. les cloîtres. son olifant victorieux avait retenti dans le monde entier. pareille à l'Hellénisme d'autrefois. roi et empereur. pour les contemporains des premiers Capérésumé et le symbole de ce qu'ils aimaient et de ce qu'ils espéraient. {Pair. le était. et associant de siècle en siècle la sainteté des églises et la puissance des rois. émules de sa vaillance et ennemis de Dieu Entouré de ses douze de son renom. Charlemagne. Dans saient l'éclat « cette histoire les gestes où depuis cinq ». 7. et parmi eux surtout Roland son neveu. servirent de thèmes à ceux qui dans les cathédrales. proœmia 1. quelques-unes des plus belles depuis les Carolingiens. s'étaient partout enfuis devant pairs. Lat.

les gestes les romans historiques. Leurs noms remplirent les cantilènes héroïques. si Et que la gloire si de Charlemagne universelle. éveillait la Un même élan emportait vers l'avenir le souvenir de l'empereur et la jeunesse de notre nation. Sur ce chemin de Roncevaux. de la réalité ils passèrent à l'école. son olifant miraculeux à Saint-Seurin de Bordeaux. plus loin. romanciers et populaire faisaient lever une frondaison touffue d'épisodes Nul ne doutait que Charlemagne et Roland ne fussent des guerriers de Gaule et des champions du nom franc. les complaintes édifiantes. son tombeau de marbre à Saint-Romain à la légende populaire de Blaye. fût alors en France éclatante et cela montrait bien que cette France était devenue une patrie vivante. France et patrie. poètes. on montra. Leur renom grandissait du mouvement qui France. nous pouvons maintenant écrire ces deux mots à côté l'un de l'autre. derniers héritiers de Virgile. la colline où Roland avait voulu mourir.246 DE LA GAULE A LA FRANCE. de Lucain ou de Salluste. à la frontière d'Espagne. les épopées guerrières. L'histoire du grand roi était pour son peuple un gage d'union et un talisman d'éternité. et. la triple brèche faite dans la roche par le tranchant de son épée. les récits de miracles. les épitaphes métriques. les annales ou des Francs. De ils l'histoire ces noms passèrent à : la poésie. la source où ses compagnons s'étaient désaltérés. Sur quelques merveilleux. les vies des -saints. de l'école et de la poésie pèlerins et dévots passèrent marquèrent au nom de Charlemagne les choses étranges ou les ruines anonymes que l'on rencontrait aux faubourgs des villes et le long des grandes routes. les chroniques locales des évêchés « » ou des monastères. faits réels. tels qu'ils se lisent chez . dont la vogue de Saint-Jacques faisait la grande voie de la piété et de la légende chrétiennes.

: peto. etc. » « Pourquoi ». . « ton œuvre est tout entière faite de pieux devoirs et d'actes de vertu. devenue à son tour personne vivante. 115 de l'éd. p. montre donc la valeur que t'ont donnée tes ancêtres ^ » et et la : Pour parfaire ce corps la et enrichir cette âme de nation. en 33 vers. En tout cas. vers 596 (p. de Dudon de Saint-Quentin (Migne. d'angoisses et de gloires partagées. t. Voyez.47 les prononçaient sans émotion sacrée. De bello Parisiaco. disait un autre. Encore je n'en suis point sûr. l'expression t. 1. Gesta Francorum. ces sentiments de respect et de reconnaissance. belle comme une femme.. Cf. vie. dura. et sa langue. cette conscience du devoir. c. c. l'apostrophe à la France.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. jusqu'à salve tripudians. et aveto in sœcula regnans. etc. de Roricon. aimée comme une mère « Tu vaux mieux que tant de nations superbes qui sont mortes ». les écrivains 2. que dix nouveaux siècles de vie commune. 2. les nobles et touchantes expressions dont les Anciens ont paré le mot de patrie. CXXXIX. France heureuse entre toutes. chantait un poète latin. et celles dont depuis des siècles les poètes avaient revêtu la Gaule. jerox. II. 589). 135-G de l'édition Lair) Francia tôt gentes siiperans Fortis. France. livre I {Pair. compatrioiœ mei Franci. sage et juste. Tu es la nation forte et constante. du temps ^ Ceux-ci ne cloute pas avec cette que leur jeunesse ardente n'ait point ressenti le charme grandeur de cette fraternité nationale qui s'impose à notre maturité réfléchie. Lat. modeste et timide? Tu as triomphé jadis de peuples plus puissants que toi.. 3. priscas. CXLI. Abbon (le poète). France a reçu sa capitale. les voici qui servent ensemble à dessiner la France. tu pourras un jour égaler l'Olympe des Anciens par la splendeur de ton nom et l'éternité promise à ton règne ^. allaient mettre peu à peu dans les âmes de leurs descendants. « te caches-tu. centre de sa forme personnelle de ses pensées. 625. des Monumenla Germanise) : Francia car latitas? Vires narra. aimable et fidèle.

De bello Parisiaco. Un poète avait. est par excellence. 3. « A » la fm. disait-il. Elle sentait confusément que. « Le palais Havet). monastère de Fleury. I. il fallait à la France une ville maîtresse. : — p. bien posté sur deux bras pour surveiller les routes de la fronAprès eux. 12-14 (p. l'arrêta enfin sur Paris. Cet instinct. commence par vénérer Paris ^ » 1. Remensis caput regni Francorum est. Sur le prestige d'Orléans. en latin. disait Gerbert (lettre 154. était comme au sommet du fleuve médian de la France. : ils préféraient Laon. 137 de 2. pour être une patrie pareille à celle d'Athènes. Abbon. du passé et des évêques. c'est au cœur du royaume de France. sur le cintre de la Loire. qui agitait la Gaule le depuis deux millénaires. ut . Reims était regardé comme la capitale morale et religieuse ecdesia. brillant comme une reine auvilles. rendez-vous des nou- veaux bourgeois. avaient paru incertaines sous de la famille de Charlemagne sa colline à tière. 5 et ailleurs.. le sanctuaire des Druides.248 DE LA GAULE A LA FRANCE. Paris l'emporta. Quiconque souhaite pour ce royaume richesse et gloire. la le tombe de lieu saint Martin. une demeure centrale qui serait son foyer et son acropole.. une auréole héroïque encadrait : la ville de saint Denys « et écrit sur ce siège la ville de sainte Geneviève. les premiers Capétiens hésitèrent entre ^ Orléans et Paris. les derniers rois si Les destinées de Paris en tant que capitale du royaume. face à la Grève et au Marais. magnifique » que fit bâtir Robert est encore dans la Cité. une Iliade de Gaule Paris. face à la Cité de l'île. de où le premier des Capétiens avait fondé le sa lignée. II. ce besoin d'une capitale. et la royauté. l'édit. Après siège victorieux qu'il avait soutenu contre les et Normands renom. bâtira au Louvre son château et son hôtel -. et voisin des centres religieux de la Gaule païenne et chrétienne. Raoul Glaber. dessus de toutes les Ce n'est pas seulement au milieu de la Seine que tantôt elle se repose et tantôt elle se dresse. L'opinion publique avait depuis longtemps devancé le choix royal. une nation pareille à celle de Rome.J 79) : Sum polis. Orléans.

nerveux. le latin s'est-il transformé en langue française? Pourquoi ce latin. ». je sont que amare a donné ad Romam. les sons un héritage qu'on accepte et qu'on de la phonétique. éprise des finesses de l'analyse. comment faits. mater a donné « mère et vado : lations. coulant en détours et détails variés sans jamais perdre de la clarté. bon de rappeler que Hugues Capct ne savait que ou encore Gallica lingua. rechercher d'anciennes et indéracinables tra- regina micans omnes super urbes. Il est roman (le français. entre le Rhin et l'Océan. tel fait valoir. le . et rien que là. je ne sais pas pourquoi.. si je peux discerner le mécanisme. ramassé. Mais si je sais comment. Je saisis bien. riche en articuvois de quels ressorts aimer ». nous a exposé avec une science parfaite qu'elle est venue du latin et par quelles étapes successives elle s'est On éloignée de son ascendance romaine. et j'ignore les raisons vivantes de la langue française. te veneratiir.PREMIÈRE ÉPOQVB DU ROYAUME DE FRANCE. le français est issu du « latin. Rlcher.. limpide. la France le achevait de forger la langue qui devait être signe le plus visible de sa \atalité nationale K Nul savant n'a encore pénétré le secret de sa formation. les la fois. concis. à l'origine profonde du système de notre le fil langage. on possède les éléments du corps. 85). toute pareille à nos fontaines de Gaule? Faut-il. on demeure impuissant devant le problème de la vie. 1. Pourquoi. je n'entrevois pas le moteur une fois de plus en matière de science. III.. rapide comme un javelot de légionnaire. « je vais à Rome ». est-il devenu chez nous une langue aimable. les mots du vocamodes de la conjugaison ou les procédés de la les syntaxe. retenant et trans- formant à bulaire. Quisquc cupiscit opes Francorum. 249 Au moment où im plus net et l'organe le poète latin parlait ainsi. je décompose les ils rouages de son mécanisme. après avoir lu travaux des maîtres de la linguistique.

Au début de sa Préface de 1869 à son Histoire de France. à animer. Dès les derniers temps carolingiens. 3. Comme Michelet eut raison de comparer un peuple à un Prométhée qui se formerait soi-même^! Cette France me semble maintenant une idée magique. Roi de France? mais il ne l'est que parce que son titre repose sur le nom de France. : trop logie Dans ce méconnu du sens. le récit du latin. et et ils composèrent en l'idiome nouveau remarquables travaux de Mohl.250 DE LA GAULE A LA FRANCE. : La France. Ah non! ce n'est pas la royauté qui a créé la France. caractère des habitants. et tout d'abord la de leurs miracles. un fait est acquis c'est qu'avec de la matière latine la France a façonné sa propre langue-. Bouillon) eties Origines romanes (1900. voir les très mort si prématurément Introduction à la chrono- latin vulgaire (1899. C'est elle qui. Paris. qui ont habité cette terre ses le ^ même ? Ou faut-il croire que notre parler national doit habitudes et ses usages à des forces plus mystérieuses. inconnues et éternelles. des poètes sont nés qui veulent faire dire à la langue française ce que la tradition réservait à l'empire gloire des saints. un souffle d'âme né de sources lointaines. quelle que soit la solution que nous apportera l'avenir de la science. . enfin. ditions laissées par les Gaulois. les liens de parenté. Klincksieck). va faire entendre sa voix et son langage pour raconter elle-même son histoire. Prague). du Christ. 2. à élever un être humain fait de millions d'autres êtres unis pour toujours. la nature du sol et du climat. Précis historique de la phonétique française (1921. Voir en dernier lieu la 5^ édition de Bourciez. la vie et les leçons 1. exprimer ses idées et ses rêves. qui est parvenu à modeler. Paris. si grands que seront les services rendus par certains rois. par le travail incessant des siècles. a fait cette royauté et lui donne maintenant tout son prix. de coutumes et d'histoire qui rappro- chent les hommes? Mais.

cette rive du Rhin où reposent les saints de Dieu. Champion. Paris. récits de de vies de saints. t. première Wilmotte insiste sur les pré- cédents latins des chansons de geste {Le Français a la tète épique. Turold. A la différence de Bédier. héros du jour. et par-dessus tout '. t. XH. complaintes. p. vol. si 251 de naïves cantilènes ou de courtes épopées aux sujets comme marche naturelle tracée jadis par l'Hellénisme. ce rivage de l'Océan que l'archange Michel protège du péril de la mer. 1908-13. commençaient leur carrière par la poésie et elles suivaient la par ses la poésie sacrée. Nous voyons cette terre en ses sanctuaires fameux. Les Légendes épiques (4 édition). Voyez les analogies indiquées par Littré entre l'Iliade et la Chanson de Roland (Hist.). de récit. tout cela finit par se mêler et se fondre en une épopée nationale. Et chroniques. et un poète de génie. où le Christ lui-même a envoyé ses apôtres. La Renaissance du Livre). Puis. et. miracles : 1. chants épiques. I. 2.. p. Les lettres françaises. œuvres latines ou françaises. Paris. elle sculpte les images de sa foi. Bédier vient de se rapprocher de Wilmotte {Histoire de la nation française de Hanotaux. 1917. Turold rassemble et célèbre en son épopée la terre. Roland a voulu mourir pour regarder une dernière fois l'ennemi d'un regard de triomphe. fournis par la foi chrétienne. écrivit la Chanson de Roland. 211-2). de poème. elle se donne ses héros. 1863. Paris. ce cimetière de Saint-Seurin de Bordeaux. La Chanson de Roland est une chanson de notre terre. Pion. la France s'avance dans l'histoire à la manière dont y a marché la Grèce elle bâtit pour son Dieu ses temples de pierre. Nous voyons cette terre en ses frontières sacrées. de la langue française. l'histoire et les pensées de sa patrie -. 1921. éloges d'épitaphes. et aussi les héros et les les légendes qu'il servait à glorifier. ce sommet des Pyrénées où. le lieu de France qui retentit le plus de prières chrétiennes. au col de Roncevaux. le latin prêta plus largement à la nouvelle langue modes de chant. tel qu'Homère en son Iliade. . 313 et s. Décidément.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Charlemagne et Roland Cantilènes.

mobile et sincère. Elle peut aller à l'avenir en toute confiance. la France. si du moins elle sait choisir ses chefs. lorsque que la : des hommes. cette Chanson de Roland. mais servante de Dieu et éducatrice d'autrefois. cherchant à rcahser le rêve de leur foi. mais Charlemagne le réserve au jugement d'un tribunal solennel. Roland. C'est la chanson de notre caractère et de notre humeur. mère des guerriers. France commandait au monde. de la lâcheté et du mensonge. Le nom de France la domine tout entière. et si ses chefs savent la comprendre et écouter parfois les poètes qui chantent ses rêves et les historiens qui racontent son passé. C'est la chanson de notre histoire en son plus beau jour Charlemagne commandait à la France. enfin. un chef de guerre et un beau parleur. comme Vercingétorix le Gaulois. Ciboure. patrie « douce » entre toutes. sur ce chemin d'Aix-la- Chapelle à Roncevaux où ont passé tant de rois en vainqueurs^ et où passent tant de pèlerins. est. sûre d'elle-même. Son adolescence s'achemine vers les années de la jeunesse. Elle est bien. Il ressemble à chacun de nous. le long travail de sa croissance et trouvé la loi de sa destinée. la chanson de la France.252 DE LA GAULE A LA FRANCE. L'idéal du poète qui chante sa gloire est un idéal de justice et de droit le traître Ganelon mérite mille fois une mort sans phrase. Les heures les plus difficiles sont écoulées. elle est sortie saine et sauve La France a donc achevé des crises impériales qui ont menacé sa vie. il est colère. . notre poème national. 19 août 1921. et que Dieu commandait à Charlemagne. Il a l'horreur de la trahison. « la grande terre ». la nous voyons dans ses routes. le héros. imprudent. inviolable et forte.

. prépondérance de la hache . découverte du métal Domestication des animaux. Une nouvelle race Renaissance industrielle Merveilles d'art Apparition de l'écriture Des conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là Rôle des hommes de France à cette époque 20 22 23 25 28 29 34 IL — L'époque La grande des Agriculteurs (Temps néolithiques ou de la pierre polie) 36 : révolution de notre histoire la découverte de la terre comme force agricole Incertitude de la science sur les origines de cette révolution Migrations humaines dans cette période Déclin des œuvres de l'esprit.TABLE DES MATIERES I. — L'époque des Chasseiirs (Temps paléolithiques) . mais non décadence absolue.. Nouvelles industries . . 7 L'histoire peut et doit remonter très loin dans le passé et de la terre et des âmes Définition de la plus lointaine époque De la durée d'une époque historique L'homme conquiert la terre sur l'animal Des plus anciens témoins de la vie humaine 7 ÎO 11 12 12 13 15 16 18 sur les plateaux de France Foyers et ateliers Les armes et instruments de silex Bouleversements physiques et décadence Le refuge dans les cavernes. le chien Nouveaux éléments de relation.. Les premières cultures Discipline de la terre et de l'àme Nouveaux instruments.. 36 39 40 41 . efforts nouveaux L'homme . les routes La conquête de la mer 42 44 45 47 49 50 51 53 55 . La céramique Exploration minéralogique de la terre.

. 94 La rupture de Sacrifices l'unité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France la L'assemblée des Druides au centre sacré de Gaule. le mégalithe l'éducation de la terre se termine Les principes de la vie sociale se fixent. Italo- Ligures) : 63 les Autre événement capital migrations indo-européennes. sociale et religieuse. capitale des morts Le « pays ». l'ambre 63 64 66 67 69 Caractère originel. Approche des Méditerranéens et fondation de IMarseille. centre de vie agricole. 89 92 IV. . communs et communauté religieuse 94 96 100 101 Hiérarchie druidique et dieux généraux Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale Relations reUgieuses avec la Grande-Bretagne Caractères de la civilisation druidique pas d'écriture. centre probable de ces migrations Indices en faveur de cette hypothèse.. villages.TABLE DES MATIÈRES. . — L'époque des Migrateurs (Indo-Européens. nom d'une époque. d'image. . la famille et la tribu Les règles de la vie morale les . de temple A propos des sacrifices humains L'Armorique. Groupements humains : forteresses. Celtes. . 106 108 109 110 112 114 116 118 118 119 . .. Les résidences des morts Terre-Mère. et nullement d'une race Les lieux saints de l'Occident Les grands travaux de défrichement la Limagne Progrès dans la vie industrielle le bronze. 103 104 . étapes et les routes Persistance des populations antérieures Extension de l'unité primitive de l'Occident de l'Europe. . déesse souveraine. 83 85 87 . marchés.. : . . les langues italo-celtiques Similitude des noms de lieu les lieux de la terre dénommés pour toujours Italo-Celtes identiques aux Ligures. .. marine Hypothèses sur 71 74 76 78 80 81 . Ce que la France doit à cette époque éléments nouveaux d'une vie solidaire. L'âge de l'épée se prépare et l'âge du fer commence. . souveraine de l'Océan Dangers qui naissent des ambitions commerciales. rôle de la Bourgogne Avènement de la 56 57 58 : 60 III. . . la charrue. Du caractère général de l'unité indo-européenne. les Ligures. — L'époque des Prêtres-Rois {Ligures et Druides). Elle est essentiellement un fait d'Europe Le Nord-Est de l'Europe. but et moyens des migrations. d'un groupement humain. la. Le roi de tribu Les « pays » se groupent en province ou « cités » L'Armorique. .

décadence maritime Victoire de la mythologie La fièvre d'art. . les lieux de foire Organisation du système routier Développement de la vie provinciale. son allure et sa vie Le caractère des hommes de Gaule se fixe Intensité de la vie agricole Formation et croissance des centres urbains. . héri- 154 155 157 159 161 162 164 166 168 171 172 173 175 176 177 181 tières de villes gauloises Les tombeaux de pierre Intensité de la vie industrielle et commerciale. triomphe du style classique Souveraineté de la langue et de la littérature latines Mœurs romaines . Lyon capitale et son Conseil Amour-propre gallo-romain L'armée gaUo-romaine. persistance des cités et des La terre.TABLE DES MATIÈRES. brutalité de la conquête romaine . : villes et les villes routes gallo-romaines. soldats barbares et pacifisme des civils 182 183 184 185 . 128 130 131 133 133 134 138 141 142 143 Il y La La La a une patrie gauloise Gaule n'est pas en décadence Grèce commence l'éducation classique de la Gaule. Faiblesse du génie latin Le régime municipal. autre principe d'unité Ce que fut la paix romaine Rome laisse passer l'invasion germanique L'Empire en état de siège. organisation des cités caractère propre au régime municipal de la Gaule. Toute-puissance du grand domaine Maintien en Gaule des éléments d'unité. 154 La construction en pierre Nouveaux sites urbains. 255 — L'époque des Guerriers {La Gaule des Belges) des Celles et 121 121 Ce que fut sans doute l'invasion celtique Autres invasions ou migrations le nom de Gaule devient prépondérant L'impérialisme gaulois en Europe Persistance et force des éléments d'unité les rois de toute la Gaule Beauté historique de l'unité gauloise . source d'autorité « pays ». . 144 147 148 149 152 — L'époque Impériale (L'État Romain) Beauté apparente de l'Empire romain Plus de variété dans la culture la vigne . 123 125 De la religion gauloise L'éducation de la jeunesse Littérature poétique Le chef gaulois. . ^ .

encore inspirée de Rome Aucun principe politique ne vient de Germanie La prééminence décisive du Christianisme Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie . . Ambitions impéria'es des rois de Gaule Faiblesse de l'Empire de Charlemagne VIII. 2 " — La première époque du Royaume de France et (Derniers Carolingiens Premiers Capétiens) 2 de Verdun reconnaît la France Universalité des mots Francs et Français fusion des races.. Mérovingiens et \ Carolingiens) 1 est une décadence menant à une catastrophe Partage de la Gaule entre des chefs barbares Affaiblissement du titre de roi Continuité. L'idée de Gaule vit toujours dans les écoles Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de la gloire de Charlemagne Le patriotisme f'^mçais à sa naissance Paris s'annonce de nouveau comme capitale Formation d'une langue française Avènement d'une littérature française et nationale. . Renaissance romane et architecture de pierre . 2 2ij " L'imagerie chrétienne Nouvelle vitalité du sol et des routes Forces nouvelles des provinces et des petits pays. .. la . Imp. des invasions en Gaule Établissements d'étrangers Prépondérance de la ^^e mihtaire Déclin des habitudes classiques La civilisation. — 173-5-22. Chanson de Roland * Coulommiers. . Il n'y a plus qu'un roi en France Le roi de France. j . VII. L'Empire Romain 1 1 1 1 1 1 . . 1 1 2 2 2 2 2 ' religieuse Le Christianisme renforce Les monastères l'unité gauloise et la vie locale. ' Le 2 2 villes " 2 Retour aux habitudes de la civilisation classique. .1 ' 256 TABLE DES MATIÈRES. Paris. espérances de Gallicanisme Valeur souveraine du titre royal De l'opinion publique vers l'an mille Velléités de constitutions Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les traité . empereur dans son royaume. Paul BRODARD. . — Li'époqpie des Royautés barbares {Invasions germaniques. . ' . et la renaissance agricole La petite exploitation rurale Maintien du mot de Gaule d'unité comme idée et sentiment r î^ La Gaule comme unité politique. résidence royale.

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