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BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE

CAMILLE JULLÏAN
MEMBRE
DE

L'INSTITUT

PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE

DE LA GAULE A LA FRANCE
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LIBRAIRIE HACHETTE

DE LA GAULE A LA FRANCE

JuLLiAN.

De

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Gaule à la France.

: II. cartonné <*/o. des notices et des notes.Romaine. petitin-8. tableau de la Gaule sous la vol. — Extraits de /'« Esprit des Lois » et des Œuvres diverses. G. • Majoration temporaire de 85 U73-21. Tocqueville. vol. fr. • Ouvrage couronné par l'Académie française. Paul BHODARD. C. 50 70 — Esprit des taire. Duruy. » » Cei deux volumes ont obtenu III. cart. Renan. 5 Un contenant 12 fr. livre I". Imp. Taine. » Vercingétorix. 25 fr. petit in-16. publiés avec une introduction. — Coulommiers. variantes. Michelet. Ze Gouvernement de Rome 35 fr.. petit in-16. Sept volumes grand in-S".. in-i6. Quinet. reproductions de monnaies et 7 cartes et plans. avec un commenfr. lois. cartonné 8 fr. De Un la Gaule à la France. » 4 fr. » V. Nos Origines liistoriques. publéis et annotés par M. Fustel de Coula7iges). Craud PrU Gobert en La Conquête romaine et les premières 1908. état moral . Jullian. illustré de gravures. La Chnlisation Gallo. br. petit in-16. Un vol. Extraits des Historiens du XIX' siècle {Chateaubriand. Un vol. par M. broché 8 fr. Jullian. » VII. Augustin Thierry. » VI. Jullian. cartonné Montesquieu. CAMILLE JULLIAN LIBRAIRIE HACHETTE Histoire de la Gaule. Guizol. La Civilisation Gallo-Itomaine. G. Un vol.OUVRAGES DE M. publiées avec introduction. brochés î. Un vol. » IV. Les Empereurs de Trêves (e« préparation) . état matériel 25 fr. Mignet. 5 fr. petit in-16. par M. Les Invasion» c/auloises et la colonisation grecqua. cart. toile romaine. Thiers. » Gallia. par M. commentaires et tables. . La Gaule inàépendante le 25 36 fr. Jullian. vol. Considérations sur les causes de la Grandeur des Bomains et de leur décadence. G. petit in-8. Grand Prix Gobert de l'Académie française. i^ivasiotis germaniques 25 fr. Un domination nombreuses 7 fr.

BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE CAMILLE JULLIAN MEMBRE DE L'INSTITUT PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE DE LA GAULE A LA FRANCE NOS ORIGINES HISTORIQUES LIBRAIRIE HACHETTE 79. _ PARIS i BLBcrrr^^-^ -^ ""'"'ri"" ^^^<^'OH AfA/LAIiLE 1922 No. . BOULEVARD SAINT-GERMAIN.

Copyright par Librairit Bachttte 1992. . de r«producli«a et d'adaptatiou réservët poar tous ptjn.768450 Tous droiu de tradaction.

EN FRATERNELLE AMITIÉ.A ALFRED RÉBELLIAU. QUI M'A DONNÉ L'IDÉE ET LA VOLONTÉ DE CE LIVRE. .

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une nouvelle édition est préparée par Breuil). I. Paris. Picard. Les armes et instruments de silex. le passé ne meurt jamais complète- 1. L'homme conquiert la terre sur Vanimal. Renaissance indusUne nouvelle race.DE LA GAULE A LA FRANGE L'ÉPOQUE DES CHASSEURS TEMPS PALÉOLITHIQUES ' L'histoire peut et doit remonter très loin dans terre et des âmes. — le passé et de la Définition de la plus lointaine époque. 1908. laissé dix ou quinze siècles avant notre ère? Quel souvenir peut nous rester de ces générations qui ne nous ont pas un « seul texte écrit? Heureusement. Des plus anciens témoins de la vie Foyers et humaine. on trouvera d'utiles . De la — — — — — — — — — — — — — « Quel espoir y a-t-il d'arriver à la connaissance de ce les passé lointain? Qui nous dira ce que pensaient hommes. trielle. dont l'éloge n'est plus à faire (Manuel d'archéologie. L'homme sur les plateaux de France. Apparition de l'écriture. — durée d'une époque historique. Bouleverseateliers. Outre le manuel classique de Déchelette. conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là. ments physiques et décadence. Rôle des hommes de France à cette époque. Le refuge dons les cavernes. Des Merveilles d'art. ejforls nouveaux. t.

de notre France d'aujourd'hui. Alcan). Didot) Gabriel et Adrien de Mortillet. Fustel de Coulanges devait développer ces mêmes idées dans ses leçons à la cour impériale. corps et esprit. Parmi les livres plus anciens. c'est par ces paroles qu'il annonçait son dessein de reconstituer les croyances et les institutions primitives des Grecs et des Romains. Yvert). La France préhistorique (2« édit. » On a retrouvé et publié le résumé de cette leçon. des éléments éternels à l'intérieur de notre vie morale.8 DE LA GAULE A LA FRANCE. Paris. de Morgan. t. qui fut consacrée aux temps préhistoriques de la Gaule « Je voudrais montrer tout ce que nous devons à ces \ieux âges. Cartailhac. Eyboulet). S'il descend en son âme. Paris. Amiens. est également vrai de la France. I. on peut retrouver la trace de nos aïeux les plus anciens. des ancêtres communs dont l'un et l'autre peuple étaient descendus. Georg). Mais ce qu'il a dit en ces termes du monde antique et de l'âme humaine. façonner l'outillage du travail et du combat. éduquer les l'intelligence. p. 99). introduction. ment pour l'homme. De ce qu'ils ont fait pour conquérir et cultiver le sol. Éléments de préhistoire (1914. tout ce que ces \'ieux âges ont mis en nous. la riche Bibliographie générale de Montandon.Germain (1889. Peyrony. tel qu'il est lui-même à chaque époque. L'homme peut bien il mais le garde toujours en lui. la volonté et le cœur. Paris. Fustel de Coulanges. Ussel. ou. l'oublier.. La Renaissance du Livre). Quelques : . Salomon Reinach. Époque des alluvions et des cavernes. L'Humanité préhistorique (1921. Comme répertoire archéologiques. Car. Paris. Les Hommes contemporains du renne (1914. Genève. il peut y retrouver et distinguer ces différentes époques d'après ce que chacune d'elles a laissé en lui K » C'est ainsi que Fustel de Coulanges a commencé La Cité antique. des travaux préhistoriques et Schleicher). . il est le produit et le résumé de toutes époques antérieures. disposer les hommes en sociétés durables. 2 vol. parus (1917 et 1920. écrit de sa main (Revue archéologique de 1908. 4-5. dans la Description raisonnée du Musée de Saint. La Préhistoire (1910. et en particulier dans la première. plutôt. . années plus tard (La Cité antique est de 1864). La Cité antique. p. 1. en 1870. de tout cela il existe encore des vestiges visibles à la surface de notre terre. 1896. résumés chez Comment. Dans ce qu'elle est.

Et nul ne peut affirmer que ce travail soit terminé. et qui dès lors ne s'est point interrompu. et ce n'est pas davantage la Monarchie.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. ils qui les ont suivies ont perfectionné la culture ont également suscité des motifs nouveaux d'union et d'accord à la société humaine qui devait devenir notre patrie. Mais chacune de ces périodes ou chacun de ces états politiques a contribué à nous faire ce que nous sommes. Ce n'est point la Révolution qui a créé la France. Pour qu'il se soit bâti une terre de France et que nous devenions des Français. long que soit passé qui fut nécessaire à ici les premiers âges de ce passé que je veux essayer Je ne séparerai de connaître. et que les siècles à venir figure de la France. 9 La France lions est l'œuvre de dizaines de siècles et de mil. lente et patiente élaboration. n'apporteront pas un trait nouveau à la une richesse imprévue à son terroir. L'historien ne fera jamais qu'une œuvre incomles plète ou mutilée s'il analyse les institutions ou mœurs humaines à l'écart ou en dehors de la terre sur laquelle . sa formation. il a fallu un interminable travail humain.. et nous n'avons pas non plus le droit de revendiquer pour notre ascendance seulement les Celtes ou les Ligures. d'hommes. le résultat d'une longue. De la même manière que les plainec blé de la Bourgogne ou de la Beauce doivent leurs sillons originels aux générations inconnues des temps préhistoriques. pas l'étude du sol ou de la matière et celle de l'âme ou de Ce sont — la société. Elle est. Et si les siècles du sol. sa vie. Nous ne sommes pas uniquement les fils intellectuels du Moyen Age chrétien ou de la Rome latine. d'imaginer et d'exposer. cette patrie. Car je suis de ceux qui croient un devoir de plus à que les destinées si nationales de la patrie française le commen- cent à peine. de même les habitudes sociales qui nous groupent pour l'amour et la défense de ces moissons remontent à des germes déposés par ces premières générations. qui a commencé dès le jour où les hommes ont apparu sur notre sol.

et qui vivent encore après avoir déjà milliers d'années vécu des Christ. Geographia historiée oculas. La plus ancienne période de notre histoire est généralement définie d'après la nature des seuls témoins qu'elle nous a laissés d'elle comme ce sont des pierres. à com- prendre comment est née notre nation. sont développées et qui pour une part '. ou encore. écrivait Ortelius. ce fut l'agriculture ou la guerre. ce qui les faisait se grouper hommes. Mais cette dénomination ne marque qu'un des éléments dont a été faite la vie de ces hommes. des silex taillés par la main de l'homme. on appelle ce temps celui de la pierre taillée. . l'instrument de pierre dont ils se servaient d'ordinaire. Et jour où la science historique s'apercevra plus simples cer- arrivera enfin. 1. on l'appelle le temps de « la pierre ancienne ».10 elles se DE LA GAULE A LA FRANCE. pour ainsi : parler. révolutions politiques et transformations matérielles. besoins du cœur du corps. qui caractérise la nature même de cette vie et ses pratiques principales. les a déter- minées et Tâches de l'esprit et de la culture. la raison sociale des vivre. comme il est le plus reculé que nous puissions connaître. J'aime mieux une expression plus compréhensive. en d'autres : temps. toute l'histoire nous parle aujourd'hui il comme du sol y a dix mille ans d'une intimité irrésistible entre la terre et l'être humain. Car la chasse était alors. et des milliers d'habitudes que hommes ont peu à peu reçues de cette terre. et j'appellerai cette époque l'époque des chasseurs. sont les divinités des le sources et des collines. peut-être de ce que l'intuition des âmes elle les a déjà deviné les : que la France résulte d'abord d'une taine nature de sa terre. la reUgion ou la patrie. l'époque paléolithique. à force d'analyses et d'analogies. ce qui les faisait comme. Les divinités avant le les plus tenaces français.

L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. notre même période de l'humanité que l'ère des cités antiques et des tribus gauloises. des Il êtres en quête de leur nour- riture. offre l'image il nous d'une civilisation qui se développe normalement. et c'est pour cela que nous voyons aujourd'hui tant d'événements semblables à ceux qui ont hommes sous les règnes de Darius. et le retour des Juifs à Jérusalem. et n'a dû prendre fin que dix millénaires avant notre époque. des agité les : populations. qui. cela n'étonnera pas l'historien. ce plus ancien et ce plus long des âges de l'humanité se présente en une unité parfaite. luttant pour l'indépendance. les ralentissements ou les arrêts d'un siècle dans une marche plusieurs fois . de César ou de Théodose une invasion germanique se produisant sous la double forme de l'infiltration et de l'irruption. Une loi identique préside à cette période. peut-être bien plus tard encore. comme l'Arménie. Que l'on puisse voir une même période un espace de plusieurs fois dix mille ans. à travers des variations nombreuses dans la suite des années. Que ou deux mille ans pour une grande période historique? Qu'importent les retards. et. Nous avons beau vivre siècle appartient à la d'une allure très différente des Celtes ou des Grecs. sortis victorieux de la captivité signifient mille de Babylone ou du triomphe de Titus. en un progrès parfois ralenti mais toujours continué. Malgré sa durée considérable. au-dessus des détails innombrables et contradictoires. suivant un rythme intelligent et d'une réelle beauté ainsi : tout que la civilisation hellénique partit des idoles informes de la religion primitive l'art et de la pensée dans pour aboutir aux merveilles de les temps de Périclès ou de historique dans Platon. il a persisté des dizaines de milliers d'années. aperçoit les retours périodiques des forces et des mêmes mêmes aspirations. 11 L'âge des chasseurs a commencé sans doute aussitôt qu'il y eut des hommes.

le cœur plus proche des sentiments d'humanité. la terre. plus largement ouverte sur tous les spectacles de la nature. appartiendra à l'homme. des invasions qui menacent. c'est tou- jours la même : loi qui préside aux convulsions des sociétés humaines les des patries qui veulent se former et grandir dans les régions naturelles de la terre. Car. Nous assisterons. je dis possession de la surface. millénaire? Depuis Cyrus jusqu'à maintenant. qu'il dispute la possession de la terre. en même temps. Il n'en aura pas chassé l'animal. des empires qui les oppriment et dont elles se dégagent. la loi du premier âge de la pierre. que l'homme y vit en chasseur de la bête j'entends par là qu'il demande à la chasse le principal de sa nourric'est : ture. à la conquête. l'intelligence plus dégourdie. de la terre de France je ne dis pas culture du sol. le maître du sol. Ce qui fait l'unité. décidément. l'homme la fit deux séries de forces bras et : les unes qu'il tira les à l'aide de de sa propre autres qu'il nature. emprunta aux matières voisines. durant ces milliers d'années. mais. il sortira plus convaincu du devoir de la vie commune. Quand cette période sera terminée. son son intelligence.12 DE LA GAULE A LA FRANCE. et en premier lieu à celles . qu'il est en état de bataille contre l'animal. Cette conquête de la terre. il sera désormais son maître. lui : les sens plus aiguisés. par l'homme. de cette bataille impitoyable pour obtenir son droit à la liberté et à la souveraineté. et aussi le maître de soi-même. des conflits qui les affaiblissent. plus fort que lui. et il finira même par voir de la beauté dans ce monde extérieur qui tout d'abord n'avait éveillé en lui que le besoin de la violence et le désir de la force.

L' ÉPOQUE DES CHASSEURS. . est déterminé par les siècles dont il ne reste d'autres traces humaines que les silex abandonnés sur avait vécu K 1. par sa nature. est le caillou de silex taillé. Ce simple débris. à la main qui l'a façonné. nous permet de reconstituer un chapitre de la vie de l'homme et un aspect de sa demeure. aux œuvres auxquelles il a servi. Et le premier de ces objets que nous connaissions. à l'esprit qui l'a choisi. le bois et la pierre. je le répète. au regard qui l'a aperçu. et rien qu'avec eux. l'utilisant : telle qu'elle brute et informe c'est possible et même probable. qu'il se soit ensuite armé d'une pierre pour la lancer ou pour doubler par elle la vigueur de son combattu avec poing. nous permet de remonter jusqu'à l'homme dont il fut le compagnon. de ces massues de bois ou de ces pierres de jet nulle trace n'a pu demeurer jusqu'à nous. nous devons nous résigner à ne rien savoir des premiers épisodes de la bataille et du travail humains. par sa forme. mais sans la travailler. dans cette période des chasseurs. mais comme. et ce silex. était. par cela seul que l'homme l'a travaillé. et rien que d'un bâton. 13 que lui fournit la surface qui étaient visibles de lui et à sa portée. de ses intentions ou de ses goûts. phase récente dite acheuléenne (de Saint-Acheul près d'Amiens). deux subdivisions : phase ancienne dite chellcenne (de Glielles en Seine-et-Marne). L'histoire de cette bataille et de ce travail ne commence que lorsque nous rencontrons sur le sol un objet arrangé ou fabriqué par l'homme. du sol. dans ces temps paléolithiques. où l'homme a mis et a laissé quelque chose de lui-même. le sol aux endroits mêmes où l'homme Époque dite paléolithique inférieur . * * Un premier épisode. par les contours que la taille lui a donnés. de ces poings humains. qu'il se soit plus tard armé d'un bâton. ses — Qu'il ait d'abord membres. à la pensée qui l'a modifié.

au début de sa vie. à notre connaissance. pouvait regarder sans crainte le ciel et la nature. longues esplanades limoneuses qui s'étendent. L'homme n'y était pas éternellement en proie à la forêt qui étouffe trouvait sur ces plateaux de il vastes espaces découverts d'où sur son œuvre. vous pourriez trouver les silex sans nombre déposés par : nos plus lointains ancêtres. Parles courez aujourd'hui. la Seine Meuse. C'est sur ces plateaux. les hippopotames. avec ses vallées aux replis harmonieux. par exemple. Ne nous le représentons pas. comme s'abritant sous les roches ou se cachant dans les cavernes. avec ses plateaux gaie- ment étendus au-dessus des berges des ou au marécage qui enlise. Assurément. qu'il s'installa tout d'abord. Et cependant. En tout cas. les rhinocéros. Ils ont vécu et travaillé sur . mais ils le drues. sa forme et son apparence. par ou la le plein air des plateaux de France. Car lignes intérieures de la France étaient déjà tracées. On suppose qu'elle faisait corps avec l'île voisine de la GrandeBretagne et que le Détroit était remplacé par un isthme et la Manche par un golfe de l'Océan. beaucoup plus humide ce qui pouvait faire ressembler notre pays aux régions tropicales. beaucoup plus : chaud. les les conditions de la vie humaine étaient dès lors supérieures à celles de l'Afrique équatoriale. les grands fauves du désert. au sud de la Somme. avec l'alternance de ses plaines et de ses montagnes. tremblant de froid ou fuyant de peur.14 DE LA GAULE A LA FRANCE. où les vastes marécages alternent avec d'impénétrables forêts. les hôtes habituels de nos parages ne différaient : point de ceux de l'Afrique la plus sauvage c'étaient les éléphants. Il a débuté. Il fleuves. préparer ses armes et réfléchir dominant la Somme. d'Amiens à Abbeville sous ces terres à blé qui ne finissent point. Ils portent et ils le ne le nourrissent pas soutiennent déjà. la France n'était point en ce temps-là achevée dans sa structure. qu'il devait enrichir si plus tard de cultures encore. On suppose aussi que le climat était fort différent du nôtre.

. c'est la station ensemble autour d'un feu qui réchauffe. qui forme le t. Paris. I. leurs héritiers vivent et travaillent encore. Cette terre fut essentiellement pour eux un « sol d'éducation où se sont formées les premières habitudes »' de de l'Avre et de la Somme notre vie sociale. A ce confluent où se fonda Amiens. les cellules pour consti- sont prêtes en atten- dant l'édifice. avant les heures l'atelier. 92) le rôle de ces terrasses limoneuses de la Picardie à l'époque agricole je l'utilise pour l'époque antérieure des chasseurs. l'atelier. la tribu naîtront de ces habitudes. une des villes les plus laborieuses de France et dont les destinées furent le plus constantes. . comme plus tard le mêmes terres. pour définir : Hachette). les gisements en abondent dans les On dirait qu'il hommes au sol. cinquante mille ans après eux. de l'Histoire de France de Lavisse (1903. Voyez son admirable Tableau de la géographie de la France. Ces hommes-là ont beau être des chasseurs qui courent et se déplacent : il leur faut. c'est l'arrêt attentif en vue d'une besogne utile à plusieurs. si elles me demande ne sont pas déjà nées. Le foyer. S'il est vrai qu'on ait trouvé sur ces plateaux des traces fait de foyers et d'ateliers. et. qui éclaire et qui réconforte.VÈPOQVE DES CHASSEURS. sur cette terrasse de Saint-Acheul qui domine la cité moderne. des journées de travail à après ces mêmes du et je heures de chasse. retient et fixe les fera le blé de ces C'est l'expression dont se sert Vidal de La Blaclie (p. 15 ces espaces découverts où. s'étalait une des stations les plus anciennes et les plus actives des hommes façonneurs du silex. La famille. Le silex qu'elles travaillent est recueilli sur place. 1"^ p. lieux où elles habitent. de chasse. 1. de longs instants de repos autour foyer. Car ces populations des hauts plateaux de France ne me paraissent pas avoir été d'humeur instable. l'essentiel est déjà tuer la société humaine.

dont la rencontre sur les côtés forme un double tranchant et qui à l'extrémité se confondent en une même pointe. le silex de Saint-Acheul nous en montre déjà l'embryon solide et complet. des de travail et non pas seulement de guerre. tel que sera la hache et tel que le sera l'épée Il en d'autres temps. combat contre les animaux ou contre d'autres hommes. bien empoigné par la main. de J'emploi simultané de l'arme de contact (coup de poing) et de l'arme de jet (caillou lancé donnant naissance à la fronde d'un côté et à la flèche de l'autre). que l'on nepeut s'empêcher d'entrevoir. Mais il y en eut ensuite de si petits. de manière à : présenter deux faces presque parallèles et peut-être est-ce premier perfectionnement que l'intelligence humaine a imposé au caillou de pierre. Car. On nie d'ordinaire l'existence de l'emmancliement pour la plupart de ces pièces. là le est légèrement aplati. aux pointes si ténues. voilà le bras doté de deux ressources que la nature lui a refusées elle ne lui a permis que la force brutale. moustériens et surtout aurignaciens. Les plus gros et les plus anciens ont servi sans doute au combat. l'arme : Je songe. il peut piquer et percer. bois 1. non pas des corps à abattre brusquement. trancher et couper. Ici se pose la question. à des armes et à des épées. A coup sûr. lui aussi. — . que je n'ai pu encore examiner. Alors. et avec elle encore. Mais je crois qu'ils furent aussi autre chose. si finement ouvragés. mais de la matière à travailler soigneusement. On est convenu de ne parler de flèches que pour les temps postérieurs.16 DE LA GAULE A LA FRANCE. nous sommes encore très loin de l'épée. Cet outil de silex. en face d'eux. grâce à la pointe qui la termine. le c'est donc le compagnon fidèle de l'homme. : la plus profondément humaine qu'ait imaginée l'homme et cependant. d'y avoir ménagé deux faces symétriques. le choc ou la pesée du poing qui brise et qui abat. il peut frapper d'estoc et de taille*. à propos de ces outils silex. il peut frapper de taille. Avec cette pierre aux côtés amincis. avec cet instrument.

2 . p. pour créer avec la matière des formes plaisantes. J'ai entre les mains un beau silex de Saint-Acheul il ne me paraît pas une arme bien terrible. qui ne soient pas seulement utiles. mais agréables. cette fois. Enfin. pour ce qui nous concerne. il OU cuir. de la mâchoire de Mauer(prèsdeHeidelberg. — De la Gaule à la France. mais il est en tout cas une chose faite avec un soin infini. qu'à moins de les polir. Pour tout ce qui concerne les races primitives. Je ne peux faire état. Boule. 19. cf. si à côté de l'arme nous avons l'instrument. Masson. d'ailleurs. 1. Gardons-nous de dire que l'homme de Saint-Acheul est parvenu au style géométrique et à l'art d'imitation. les éclats ont été si habilement enlevés sur les deux faces. le cintre de la poignée fait contraste avec l'amincissement de : la pointe. ne nous est connu que par domiciles et par ses œuvres de pierre. Nous les ^ \ . bien audessus des animaux qui l'entourent. même à cette époque reculée. ignorons absolument la race qui peuplait alors ' pla- teaux de France ^ Mais ce que nous voyons d'elle permet de croi. Et si cette hypothèse est vraie. sur son geste. on n'aurait pu les faire plus égales de dimension et plus semblables de forme. les linéaments d'une autre sorte de travail.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. voyez l'excellent traité de M. n. et le voilà en mesure d'atteindre la souveraineté absolue. il domptera la matière par l'outil. l)et du crâne de Piltdown (dans le Sussex d'Angleterre). de celui que l'homme peut faire sur sa pensée. les indices d'une recherche d'art. Les Hommes fossiles. Aucun squelette humain ne nous a été conservé de cette époque. ses Cet homme-là. les bords en courbe sont d'une netteté presque linéaire. voilà l'homme. Sa pensée est très ferme et son geste est très sûr. 1921. l'ensemble rité de la pièce a tout à la fois la régulad'une figure d'cpure et la symétrie élégante d'une feuille de hêtre. à côté de la lutte qui détruit l'industrie qui produit. voici qu'apparaissent. Après avoir vaincu la bête par l'arme. disons déjà le mot. JuLLiAN.e qu'elle était bien douée et en marche vers le progrès. Paris. Mais il est sur la route qui mène à l'un et à l'autre.

L'époque fut. si loin que nous soyons ici de la Manche. Colin). Je suis obligé. » J'ai visité. 2. où il semble que l'homme devint plus malheureux et son intelligence moins ouverte. d'autres. dit-on. climat. Des révolutions. apparurent. se transforma également. : : . des changements de ' arrêtèrent ce progrès. en dépit des objections qui m'ont été souvent faites. paléolithique. On dut évacuer le plus souvent les plateaux et les terrasses. cf. en même temps. nos contours maritimes prirent la direction et l'aspect qu'ils présentent encore aujour- d'hui. Haug. Il devint plus hauteurs. Le froid. Paléolithique moyen ou moustérien. la vie des humains fixèrent au lit et à l'étiage qu'ils ne devaient plus abancela. entre autres. Et ce furent pour les de nouveaux ennemis. II. c'est que certainement leurs habitants ont vu et utilisé ces grottes et ces berges elles de rivières avec la structure qu'elles ont de nos jours paraissent n'avoir subi aucune modification depuis les temps moustériens.18 DE LA GAULE A LA FRANCE. en tout tout genre l'outil et cas. nos fleuves et nos rivières se sans nul doute. ce furent des modifica: tions dans la structure de notre sol la Grande-Bretagne détacha de la France. p. comme mammouth hommes et l'ours gris. les glaciers se rapprochèrent de la les le plaine. Traité de géologie. Paris. parfois à la fin du paléolithique. Les Périodes géologiques 1. et je ne peux admettre. D'abord. de me séparer de l'opinion courante. l'homme de Saint-Acheul dans l'ère dans les chasseurs. et ce qui m'a frappé. les grottes et stations de la Vézère. les neiges quittèrent moins longtemps des animaux émigrèrent. ou. 1802-3 est reliée « La Grande-Bretagne au Continent au moins jusqu'au début du quaternaire supérieur. donnera Et par fut troublée. t. et. qui place cette constitution de la structure actuelle de la France à une époque plus tardive. qui suivit temps des un véritable Moyen Age. sur ce point. en compagnie de Boule. beaucoup plus. qu'on n'y ait pas ressenti le contre-coup de la révolution géologique qui aurait amené la rupture avec la Bretagne. se à ce qu'on pense. 1895. de nouvelles conditions de vie. (1908-11.

contemporaine. aux heures mauvaises de dans les grottes. beaucoup de petits objets. mais lourd et ramassé. vrai chef-d'œuvre d'analyse et de reconstitution. Mais quelle différence entre l'arme élégante du plateau de Saint-Acheul par exemple. L'homme. ce n'est pas le résultat d'un choix intelligent entre cent cailloux à façonner. La trace ethnique la moins incertaine que nous ayons du paléolithique primitif est la mâchoire de Mauer (près de Heidelberg). Des temps plus Peut-être. sans harmonie. Masson). La comparaison des outillages (cheiiéen et acheuléen d'un me donne cependant. on sent humain.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. C'est toujours le silex qui. aux frimas et aux pluies. les roches. L'Homme fossile de La Chapelleaux-Saints (1913. sans vigueur. Les dimensions en sont assez faibles rarement plus de dix centimètres. Voyez le livre de M. Boule. en est la matière principale. mais front surbaissé et crâne à capacité restreinte -. Le plein air continu fut impossible. d'importants changements se produisirent parmi les races humaines. Paris. il fallut aussi chercher des abris. et par suite de ces perturbations de la nature. se réfugia sous eut souvent à en disputer aux bêtes fauves durs arrivaient. côté. dans la race. les silex Il nous a paru que celle qui avait travaillé était d'espèce supé- sur les terrasses de la Somme ne peut en dire autant de celle qui a végété longtemps dans les grottes de la France centrale. qu'on a voulu rapprocher du pithécanthrope. semble-t-il. 19 exposés aux vents. l'impression de deux races différentes. Boule. et l'outil de la grotte périgourdine du Mousvoilà tier! Celui-ci n'est jamais taillé que sur une face effort de moins pour l'ouvrier. que le type moustérien de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze) ou du Neanderthal (Prusse rhénane). à la rigueur moins évolué. et il l'année. mais qui n'est autre. du chelléen. moustérien de l'autre) et . tête aux fortes mâchoires. 2. dans la Comme nature et comme peine et médiocrité dans le travail : : 1. pour l'ensemble en moyenne. et dont on a pu reconstituer l'ossature et imaginer l'aspect corps rieure ^ : On vigoureux sans doute. l'accès et la jouissance. comme l'a bien montré M. Il est fait à l'aide d'un un éclat arraché à un bloc.

de nouveaux profits sont acquis pour les hommes pour la terre de France. pour avoir amené en tant de choses ruine ou décadence. même dans ces pénibles débuts de la vie de caverne. à propos de cette époque. l'expression de Moyen Age. et même dans la vie sociale et la tâche agricole. et. à côté des silex de Chelles et de Saint-Acheul. Mais ces temps-là. n'en virent pas moins en religion et en morale. par lesquels devait s'épanouir la civilisation de la France chrétienne et moderne. Une circulation plus régulière sillonna le sol de la France. prononcé tout à l'heure. l'établissement de principes nouveaux. Et cependant. On négligeait souvent le plateau pour se replier dans : mais par là même. en la grotte obscure du Moustier. on s'était réfugié sur le giron de la terre et on lui devait son salut. la caverne : . on fouilla le fond des vallées et les flancs des montagnes. et cela fait songer aux temps qui ont suivi la fin de la civilisation romaine. à tout prendre. éner- giques et puissants. La recherche de ces domiciles obligea les hommes à une exploration plus soigneuse de leur domaine. on le connaissait plus profondément. On remonta et on descendit le cours des fleuves. De même. et J'ai s'élaboraient les éléments d'une vie nouvelle. Hommes et choses se transportaient plus aisément. soit des séries d'instruments tout prêts. pour me servir d'une expression qui deviendra plus tard la formule d'une religion universelle. effet que les poteries céramique gréco-romaine. de nouvelles choses apparaissent. que l'homme a manqué de souffle ou son bras le et qui.20 DE LA GAULE A LA FRAACE. font même la mérovingiennes au regard de On de dirait docilité. on avait pénétré plus avant dans le sol de la France. Ce n'est plus seulement aux cailloux du lieu que l'on s'adresse pour confectionner les outils on va chercher au loin soit la matière première pour les fabriquer.

la plupart de ces instruments ont dû tiges être emmanchés dans des de bois * : et c'est le pre' mier emploi de ces combinaisons de matières qui devaient faire plus tard la gloire des manufactures. Il y a l'outil qui racle. comme « le compagnon des bois » du Moyen Age. la pierre ne règne plus en. il conserva de sa résidence dans les cavernes un souvenir mystique et une religieuse reconéloignés. tout au contraire. 1. pas plus que dans l'histoire connue. plus de rapports entre les tribus humaines. l'essai d'un commerce et la piste d'une route. Enfin. celui qui scie. Il en fit domicile de sa vie tant qu'il fut nécessaire. On a avancé jusqu'à l'époque précédente la découverte du procédé de l'emmanchement. témoignent d'un certain zèle pour trouver des formes ou des emplois nouveaux. 2. si grêles et si disgracieux qu'ils ^ soient parfois. mais il a singulièrement accru ses moyens de travail. Mais il a ouvert quelques ce voies à l'industrie de l'avenir. on taille et on utilise l'os. Puis. celui qui perce. Pour changer de lieux et d'instruments. l'effort qui devait faire la France ne Le labeur humain ne ce passage s'en continuait pas moins. D'abord. de catastrophes qui bouleversent le monde et substituent une humanité nouvelle à une humanité disparue. L'outillage se diversifie. celui qui coupe. et bien d'autres sortes encore. si Et je peux ^. L'homme de temps n'a pas perfectionné ses armes. . Ces outils eux-mêmes. à côté du silex. maîtresse absolue dans l'outillage. quand les glaciers se furent quand il put revenir à déplus longs séjours sur les terres découvertes.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Il n'y a pas en préhistoire. 21 Cela suppose des échanges et des ententes. Peu à peu. l'homme s'habitua à le ces grottes. affirmer que tous ces instruments variés ont dû servir à fabriquer mille choses diverses avec le bois ou le cuir s'est donc point interrompu dans du plateau à la caverne. La chose peut d'ailleurs dater des temps de Saint-Acbeul. C'est peut-être un timide et un farouche. Puis. quand la température se fut radoucie.

la société glodytes. se montra plus clémente. et permit. depuis 1906. stationnements de De nouveaux animaux arrivèrent. un complet dévelopses facultés. hors des cavernes. . paraît être à la fois dans des faits de nature et des faits de race. moins dangereux pour l'homme comme adversaires. à ses œuvres. appelée d'ailleurs par vie : conditions plus faciles de la race au front droit et vaste. Peyrony. un les vrai froid de steppe. La nature. Monaco) L'archéologie préhistorique est peut-être actuellement celle qui possède en France la meilleure méthode et les plus com^ plets instruments de travail. des cavernes *. etc. au cerveau développé. Ses facultés physiques et intellectuelles se réveillèrent à ce jeu plus intense. à la musculature solide. à la tête fine. et si le froid demeura très rigoureux. Breuil. une ou. le cheval. pement de toutes ce besogneux Moyen Age. Il s'habitua à d'audacieux voyages. l'antilope. puissante. Une noupeut-être velle espèce d'hommes se les présenta sur notre sol. sous les généreux auspices du prince Albert de Monaco. Cartailhac. race dont on devine. à des expéditions hasardeuses. qu'elle possédait dans un corps très sain une intelligence 1. dit-on. Capitan. à un contact plus constant avec la franche lumière et la libre nature. (Pe/ntares et gravures murales des cavernes paléolithiques. Au surplus. plus séduisants comme butin. devenue fille L'origine de cette Renaissance. mais à la tournure dégagée. Et tant que dura la civilisation des chasseurs. allait être réservé. après naissance. sur ces grottes. Voyez maintenant. comme celle de ce Moyen Age. conçue pour ainsi dire dans le sein de la terre. auxquelles collaborent Boule. humaine se fit gloire d'être une famille de trode nouvelles et brillantes destinées. il il devint clair et sec. mieux. les magnifiques publications entreprises par l'Institut de Paléontologie humaine. véritable Renaissance. à l'humanité des chasseurs. le renne. les longues courses de chasses. pêches interminables.22 DE LA GAULE A LA FRANCE.

. pour arriver à rupture. grattoirs massifs. avec l'aplatissement de ses deux côtés. qu'elle atteignit — la délicatesse des objets. de ' Solutré (Saône-et-Loire). le formant paléolithique supérieur. qu'on devine incorporées dans un 1. les instruments d'Aurignac (Haute-Garonne). sur notre sol. au moins des armes humaines car on a dû en faire présent à des dieux ou à des morts. magdalénienne. grande il n'y aura que le métal pour ramener. La vieille On pourrait pratique du silex fut portée à sa perfection. comme des burins aux extrémités angulaires. la lame a jus- qu'à près de 40 centimètres de longueur et quelques milli- mètres à peine d'épaisseur. solutréenne. Il est vrai que ce ne sont pas des armes. manche de bois 2. produisirent des chefs-d'œuvre presque du pre- mier coup. sous le travail de l'artiste de Volgu. pointes à crans. Voyez. Et voyez. pour une souplesse incroyable. la pierre n'a livré des : : main d'une — lage. un tel résultat. dire. Jamais. 23 non moins saine K Et établis alors. posés par générations nouvelles. donnés par une légèreté et d'une sûreté infmies. où d'autres principes. Époques dites aurignacienne. les lamelles de pierre trouvées à Volgu (en Saône-et-Loire). plus loin. de La Madeleine (Dordogne) : là. où principes par les générations antérieures parvinrent à leur les apogée. il la ciseler sans a fallu des centaines de coups. perçoirs étroits et pointus vrilles. son allongement progressif en pointe : mais ici. l'antique coup de poing. s'est transformé en une feuille de silex à peine plus pesante que la feuille de saule dont elle imite et amplifie les formes. En principe. que œuvres d'une ténuité aussi. c'est la lame de Saint-Acheul. longtemps après. Race dite de Cro-Magnon (Tayac en Dordogne). pour l'utilité de l'outilje sache. si le mot ne jurait pas avec la matière. commença les la floraison d'une civilisation splendide-.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. mais pour eux. lourd et robuste.

lamelles d'une rare petitesse. et aussi de tiges denticulées qui annoncent déjà la forme des scies de métal. et peut-être l'outil avait-il fois éveillé le besoin. l'outillage en os. de la chimie. des ciseaux. des poinçons. des besoins en quantité étaient satisfaits par ces outils de silex. Voilà. habitation. des os évidés en tube. des perçoirs. des tubes à Car maintenant. des pendeloques en dents perforées. de la droguerie. de la couture. des pointes aussi voici. pourvues. Quel dommage. égala alors son con- du temps d'Aurignac. stimulé sans doute par l'imitation de la pierre. Et ces os renfermaient l'ocre rouge destinée à colorer leurs tatouages. fines que celles de silex. des industries nouvelles prenaient nais- sance dans ce monde de travail et de réflexion. des harpons. L'esprit sens pour ne négliger aucun des humain rayonne en tout emplois de la matière. que le seul métal pourrait en produire de semblables. reil appade chasse et de pêche. Les hommes d'alors ont connu l'idée d'imiter avec la pierre ou l'os la paume de la main ou la coquille qui retient et conserve le liquide et la poudre. ces aiguilles. mais aussi des récipients. tout comme les épées de plus tard. ici. nous n'avons plus seulement devant nous des instruments. ce sont les premiers essais de la bijouterie. de façon indissoluble. des aiguilles avec chas d'une exiguïté telle. de ne pouvoir retrouver la matière à laquelle ils s'appliquaient et la façon qui en était tirée! Vestiaire. et ces godets contenaient les matières grasses destinées à faire la lumière dans les grottes. des bâtons de couleur. Chose étrange! ces hommes ne se sont point préoccupés . en face de cette variété d'instruments. d'une soie plus mince encore. Et je ne parle pas des épingles. ces pendeloques.24 DE LA GAULE A LA FRANCE. maintes Plus nouvellement venu. A chaque jour. comman- dement. et teaux. ce suif qui sert à éclairer. Cette ocre qui sert à colorer. du temps de La Madeleine. Ils ont eu des galets creusés en soucoupe. des marcurrent. l'organe créé l'industrie. cependant.

4. merveille dont la découverte. de netteté dans l'intelligence.cavernes. Assez rarement jusqu'ici. le perfectionnement de la flèche et de sa pointe. sous nos yeux et de nos jours. : Mais voici maintenant la plus grande merveille de ces temps où régnaient les chasseurs de rennes et de chevaux sauvages. animaux et humains même. de sûreté plantes ce '. Paris. Ces chasseurs ont été d'incomparables artistes qu'ils aient : non voulu imaginer des figures ou composer des scènes. ne peuvent être des instruments bien redoutables. leurs engins dirait 25 de combat '. ». D'où leur est venu don imprévu. dans l'observation. Maintenant. mais ils ont su reproduire avec une exactitude extraordinaire les êtres de vie qu'ils voyaient autour d'eux. lors du reflux dans les . Le monde de France n'invente que des manières de travailler. a été la surprise et la joie de tous ceux que passionne la recherche des plus anciens âges de l'humanité et de la France -. de discipline dans le geste? La rareté 1. qui les a fait parfois comparer à des Michel-Ange préhistoriques ^? La race était-elle supérieurement douée. légers. On que depuis le premier âge du silex. Déjà. les grosses armes de pointe avaient été réduites en leur puissance. 150). . « Chapelle Sixtine de l'art quaternaire plafond de la grotte d'Altamira en Espagne 3. d'améliorer leurs armes. les temps où nous sommes parvenus furent peut-être les plus pacifiques de l'histoire plus de coups de poing. Voyez le Réperloire de l'art quaternaire de Salomon Reinach (1913. Leroux). petits. Sauf. ces milliers d'objets que nous avons à notre disposition. d'os ou de pierre. où l'archéologie permet de juger d'une société. peut-être.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Dans la mesure où la chose peut faire connaître l'homme. l'outil de bataille a perdu de sa force et de sa valeur. dit Déchelette du (p. 2. et pas encore de haches ni d'épées. élégants et fins.

jetées sur Ajoutez aussi les ornements de style géométrique. On croit la revoir. comme le fait . Mais le plus grand nombre est réussi. de cerfs. y d'informes tâtonnements. sur Qu'il les parois ait parfois : dans une attitude de vérité absolue. Ces mêmes les causes. et il y a bien des figures d'une surprenante beauté. et ce n'est que de nos jours. cela va de soi l'art des cavernes n'a pas produit que des hommes de génie. 231). Et tout cela. une grande époque d'art qui se manifeste. justement remarquer Déclielette (p. Toutes les manières de reproduire la figure nous sont subitement révélées. Certaines allures. de taureaux. courant ou se baissant en ocre. la glyptique a donné des os de renne ou de mammouth taillés en types d'animaux. La bête y vit. calme ou troublée. fuyant devant l'homme ou se retournant contre lui. : matières présentent d'autres figures incisées. ces images. l'attention soutenue et la notation impeccable des choses et des êtres de la nature? Je sans doute jamais ne sais et nous ne saurons Mais nous voyons les effets et c'est. dans ces images des maladresses. et c'est déjà de l'excellente gravure. de mammouths. ces chefs-d'œuvre d'art. Enfin la peinture se manifeste en d'innombrables images de chevaux. fixées à tout jamais.2G DE LA GAULE A LA FRANCE. en noir ou de nos cavernes. de bisons. certain dispositif des membres d'un cheval au galop ont été saisis par le regard du peintre avec une précision invraisemblable. les 1. sans rien qui nous l'ait fait prévoir'. des guerres tourna-t-elle son esprit vers les préoccupations supérieures de la pensée et de l'art? La vie de chasse développa-t-elle chez elle l'acuité des sens qui perçoivent. sont obtenus avec quelques teintes plates et uniformes. que la science moderne a pu reconstituer ces allures et ce dispositif : l'œil et la main du chasseur préhistorique les avaient retenus aussi fidèlement que la plaque sensible. à l'aide de la photographie instantanée. La sculpture sur pierre a fourni en bas-relief des frises de chevaux courant ou des humains se tenant debout. de plain-pied.

réalisé la tâche la terre et ses 27 l'homme a bien de ce temps. propres facultés. sacrée qui et l'art commence. simplement comme une proie à maîtriser de toutes les manières. chacun de ces animaux ne serait-il pas l'enseigne. Picard. Avec presque rien de la terre. pour être plus sûr de la capturer dans la chasse. il a fait le mouvement de par la force la vie. ou l'insigne. dans un sens religieux. Ou encore. en la rapprochant par l'imitation figurée? dans ce cas. correspondant à un besoin impérieux de sa vie? A-t-il considéré l'animal comme une sorte de dieu. dans quel l'homme a-t-il été amené à reproduire sur la pierre de sa caverne ou l'os de son bâton l'image de ses animaux de chasse ou de voisinage? Est-ce simplement par désœuvrement. de ces sculptures. a-t-il voulu l'attirer. Sous quelle impulsion. et faire à sa façon une œuvre de créateur. 2. qui était de conquérir l'animal. Paris. — — 1. cette image peinte à titre de souvenir. ces peintures. et. voilà l'image débute par l'idolâtrie '. l'image de la bête chassée donnée en ex-voto à la divinité.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. ou d'une famille. et sa présence en image ne serait-elle pas le signe de ralliement d'un groupe d'hommes ou la marque de quelque entente entre ce groupe et un groupe allié? dans ce cas. Mainage. la dompter au préalable. A désir la vue de un pro- j blême s'est aussitôt posé. de l'animal il a pris le corps à la fois du chasseur et la vision de l'artiste. 1921. parois rugueuses d'une caverne. Les Religions de la préhistoire. dont la figure allait protéger sa demeure? dans ce cas. ou d'une tribu. dans un sens laïque. Sur les hypothèses possibles au sujet de la vie religieuse à l'époque préhistorique. vojez le livre si documeiité de Th. par intuition d'art? Ou n'a-t-il pas eu quelque intention plus pratique. ou le représentant d'un être vivant. A-t-il regardé l'animal. au contraire. l'art est à son origine une opération magique. l'art aurait commencé par être un agent de la vie sociale -. comme une puissance supérieure. . On peut encore supposer. Cette fois. et toutes ses facultés lui obéissent maintenant assez pour qu'il puisse comprendre et copier la nature.

Ce sont sincérité et de goût. disparues depuis des milliers d'années. main passé. simple. où sont peintures. plus encombrée de de ses ancêtres. et œuvre de non pas de besoin. Parler de ces images ne suffit pas. quittant seront habitués à la faible lueur des lampes. pour qu'elles soient uniquement le produit d'une dévotion. il aura pénétré par l'étroite entrée de la grotte. elles apparaîtraient plus nette- moins belle. nous avons de ce temps. il faut visiter les grottes où elles s'appliquaient comme en un musée. et vivantes cepenfait de quelques couleurs trouvées et arranhabile. que cette cause a vite disparu. A la fin fit de cette belle période d'industrie et d'art. quand il aura peu à peu discerné sur dant encore du gées par une si les parois ces bêtes monstrueuses. dans les grottes et sur les ivoires. qui pouvait entraîner son existence dans une voie plus grandiose encore. Il décou- l'homme . une émotion religieuse l'étreindra.28 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. est bien probable. quand ses yeux se Et quand. tout homme qui a la curiosité respectueuse de son passé. moins marques et de symboles. Pour bien les comprendre. les plus nombreuses et les plus belles de ces la lumière du jour. quelle initiale que soit la cause de ce travail esthétique. renaît tout à coup sous son regard grâce à la vertu magique de l'intelligence et de l'art. On a l'impression que ces artistes ont aimé ce qu'ils fai- saient et qu'ils le faisaient par amour. et que l'effet seul a été recherché. L'art apparaît dans toute son indépendance et toute sa franchise. Tout Français qui a le culte et l'image serait ment. magique ou sociale. S'il y avait des arrière-pensées cultuelles. et il se sentira enveloppé de confiance dans les destins de l'humanité. trop d'images et trop diverses. Vraiment. une nouvelle découverte. moins vivante. quand il songera que ce lointain longtemps oublié des hommes. d'ailleurs. pour bien juger l'époque qui les a produites. religieuse. doit faire le pèlerinage des Eyzies sur la Vézère. il faut les voir.

C'était pour ainsi dire mieux et plus que la parole. aux aïeux et aux descendants. à des états d'âme ou à des faits. des ronds. devaient être compris de tous. Jamais l'homme n'avait fait une découverte plus capable de combattre le néant. établir par là entre des êtres éloignés les uns des autres une sorte de relation magique. Jamais il n'avait assuré à ses facultés une telle souveraineté. . Celle-ci ne dure pas. Ce furent d'abord de simples traits ou des encoches sur os ou sur corne. et qui ont pu n'être compris que de quelques-uns. On utilisa des galets sur lesquels on peignit. tout ainsi que nos Cette lettres fois. ces signes étaient en petit nombre et de forme naïve. Assurément. annoncer un acte accompli ou à exécuter. peut-être seulement de leur auteur. à l'art.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. tantôt enchevêtrés. Je voudrais me représenter maintenant les conditions matérielles et morales dans lesquelles ont vécu les 1. à l'aide de peroxyde de fer. et ces signes devaient révéler une pensée ou un désir. l'os signes conventionnels : ce sont des demi-cercles. vrit récriture. et exige la présence immédiate. tantôt isolés. A l'industrie. c'est-à-dire qu'il 29 imagina des signes pouvant ou le bois. de vaincre l'espace et le temps. une communion dans l'intelligence ou la décision. et ces signes. Mais on alla bientôt plus loin '. imite et conserve. mais l'écriture unit entre eux les vivants et les unit aux morts et à l'avenir. des bandes. en outre. l'homme a trouvé le principal agent de la sociabilité humaine. des s'imprimer sur la pierre. correspondre à des paroles. l'art procure des jouis- sances supérieures. il a ajouté l'écri- ture. destinés peut-être à rappeler des faits de chasse. L'écriture est de la parole humaine fixée et visible pour tous. hommes Époque dite azilienne (Le Mas-d'Azil en Ariège). Celle-là travaille et produit. peuvent se rapprocher ou se combiner.

à défaut de la chance des solutions. la chasse. pour n'être pas aussi variée que la nôtre. qu'il ait l'audace Il faut de toutes les curiosités. je de cette longue période. et vrai- ment une société humaine digne de ce nom. la cueillette des -fruits naturels. Mais il est tout aussi ridicule de notre part de n'y voir que misère. puisqu'ils ne savaient ce que c'était et ce que cela voulait dire. Nos premiers aïeux ne se sentaient point privés de ce que nous appelons le confort. il consiste à s'adapter aux conditions que l'on connaît et dans lesquelles on doit vivre. Ces chasseurs d'Aurignac ou de La Madeleine n'étaient ni plus malheureux ni plus heureux que nous ne sommes nous-mêmes. et en particulier ceux des derniers voudrais savoir leur degré de bien-être et de ils bien faire. peine et tremblement. Ils ne vivaient ni dans les délices du paradis ni dans les terreurs de la géhenne. Ce n'est pas à l'aide d'une peinture murale ou d'un silex taillé que l'on devinera les vertus et les vices des hommes. Ils avaient tous les moyens de se défendre contre : les intempéries les : la fourrure ou le cuir des bêtes. j'entends jusqu'à quel point le connaissaient si bonheur ou c'était le bien. évidemment. Pourtant. nous manquons de mille choses que nos héritiers jugeront indispensables à la vie et dont l'ignorance actuelle nous vaudra de leur part une ridicule pitié. n'en était pas moins très largement assurée par la pêche. Làdessus. les huttes et lits de branchage. ce que valait leur société. Le bonheur ne consiste pas à vivre dans certaines conditions matérielles ou mentales. La subsistance de ces hommes. N'ayons donc pas pitié des chasseurs et des troglodytes de jadis ils pouvaient atteindre toute la part de bonheur à laquelle doit prétendre l'âme d'un être vivant. Placer à cette origine du monde l'Éden ou l'âge d'or fut une fable enfantine. Soyons sûrs que même nous autres. . Ces minces aiguilles . l'historien a le droit et le devoir de pousser sa recherche jusqu'au plus intime des âmes. siècles. je ne peux apporter que des impressions.30 DE LA GAULE A LA FRANCE.

Mais le travail matériel n'était pas plus impérieux. réfléchir et rêver. étaient sans nul cloute fort occupes à toutes ces affaires de chasse ou d'installation. que ces peintures d'animaux soient vraiment. tout aussi bien L'intelligence la nôtre. aviation.L'ÉPOQUE DES CHASSEVRS. 31 qui annoncent un vestiaire délicat et complique. ce n'est pas la nature des choses auxquelles on s'applique. et. Qu'on ne se trompe pas sur la supériorité intellectuelle de notre époque et sur la grandeur de ses découvertes. pas plus absorbant qu'il ne l'est de nos jours. l'arme d'estoc et de suppose une tension continue de l'esprit ou une divination subite. de ces hommes était sœur ou mère de Nous ignorons davantage leurs croyances et leurs mœurs. des idoles de Je que leur religion fût uniquement d'Esleur culte uniquement de pratiques magidivinités. cet outillage scie. que les découvertes d'un Edison ou d'un Pasteur. C-e qui fait la valeur d'une intelligence et l'éminence d'une invention. d'une pensée imprévue. durs à la fatigue et assidus à la besogne. la période du silex n'a rien livré qui ressemble à coup sûr à une pierre rituelle ou à un signe de dévotion. de femmes et de chevaux. une suite d'expériences et de déductions ou la fixation rapide d'une lueur de génie. Or. n'oserais pas dire prits invisibles. Tandis que l'époque païenne et l'époque chrétienne ont inscrit dans toutes leurs ruines l'empreinte de leurs dieux et la marque de leur culte. . auparavant. c'est c'est l'éclat le pro- grès qui est fait sur le passé. découvrir l'écriture. électricité ou vapeur. posé. c'est la portée dans auparavant. comme on l'a sup- des images de piété. affiner leur intelli- inventions inestimables c'est-à-dire gence. taille. Car je doute de plus en plus que ces sculptures d'hommes. et. annonce une habitation et un Ils mobilier sufïîsants. perce et racle. l'art sous toutes ses formes. On a vu qu'il leur laissa des loisirs pour faire des et de véritables œuvres d'art. c'est l'élan vers le nouveau. l'avenir. pour cultiver leur esprit.

si l'on a des figures féminines. l'horreur hirsute des habitants des cavernes. pas autre chose qu'un être du bétail. Débarrassons-nous des prépas. aux pires atrocités. dit-on. était alors. esclave et sujette. nous n'avons pas le droit de dire qu'elles fussent féroces. les nous avons dit qu'ils remettaient en usage ce n'était plus ignobles et les plus sanglantes coutumes de l'ère préhistorique. n'avons-nous pas constaté que chez eux. Je ne nierai pas qu'ils ont pu faire la guerre et cependant. Les hommes de la pierre ont pu vivre avec des instruments pareils il n'empêche qu'ils à ceux des sauvages contemporains ne sont pas restés des sauvages. à tout le moins. il ne résulte pas qu'elle fût seulement consacrée au meurtre et à la destruction. La femme. Des artistes et des inventeurs de ce genre on qu'ils me fera difTicilement croire aimaient uniquement le sang et le mensonge. taillée est jusqu'ici la plus laïque. c'est de la même manière qu'on a . combien de fois avons-nous lu et lisons-nous ces expressions et bien d'autres similaires ! Pour expliquer leur degré de barbarie. C'est à peine de l'attitude des morts dans la tombe. Mais celle est de fait que de toutes les archéologies. l'arme du : combat ne refuserai s'est point perfectionnée et que l'instrument du travail n'a cessé de progresser? A tout prendre. à l'endroit des Magdaléniens jugés contemporains. mais ne leur dénierai aucune de nos vertus. De ce que leur vie s'est déroulée très loin dans le passé. des idées toutes faites. La sauvagerie des temps primitifs. il ques. on les a comparés aux plus ignorants des nègres africains. pure calomnie.1-2 DE LA GAULE A LA FRANCE. et. on a à la essayé de conclure croyance en l'âme et en son immortalité. Je me suis toujours demandé si ou des Aurignaciens. On a attribué à ces premiers hommes des mœurs atroces. je ne leur je aucun de nos vices. en admettant qu'on : puisse se servir de ce mot à leur égard. de la part de nos ennemis. de la pierre si. De ce que nous ignorons leurs mœurs. Quand la Grande Guerre nous a fait assister.

La comparaison avec le c'est une bête que l'on chasse. Homo de poing lupus homini. en tribus. et peut-être déjà par-dessus des tombes. près desEyzies. Je sens au contraire des hommes qui se rapprochent en familles. JuLLiAN. Si je femme est de l'autre pense à quelque mythe pour traduire mon impression sur la famille de ce temps-là. 1912. 3 . a-t-on encore répété pour ces mil: c'était vraiment le temps du « coup où chacun se faisait d'abord sa place.L'ÉPOQUE DES CHASSEUIiS. c'est l'accumulation.L'homme est d'un : ils apparaissent tous deux en couple d'égaux. Je ne le crois pas. et renne tombe à faux tel n'est point le cas de la femme. . et se succédant pendant des siècles. L'Anthropologie. foyers et d'ateliers. pour les produire. Hommes fossiles. voici que l'on vient de découvrir. la d'homme '. à côté des : : figures féminines. et non pas en maître et esclave. ce n'est pas la dispersion. y voyons d'hommes associés qui sont La vie de chasse et de pêche la guerre civile et la dévas- amène plus souvent l'entente des familles et la formation de tribus qu'elle ne provoque tation des choses. Découvertes du docteur G. Il a fallu. Et puis. Certaines sta- tions sur les plateaux de la Somme se sont prolongées depuis les premiers temps du silex jusqu'au plus bel âge de la civilisation des chasseurs. en dernier lieu. je préfère à tout autre celui d'Adam et d'Eve. p. ne parlons pas de bétail pour cette époque elle ignore les animaux domestiques. Les t. de même que Paris s'est continué depuis l'époque ligure jusqu'à la nôtre. Ce qui apparaît dans ces gisements de silex taillés. Boule. D'abord. en villages autour de lénaires de l'origine ». 309 et 305. 1. une superbe image côté. Ces centaines de peintures que nous font songer à des centaines venus les créer ou les voir. des images de rennes ou de bisons. 33 Il faudrait le prouver. On ne se réfugie pas dans les cavernes pour se défier ou s'entre- déchirer. Lalannc à Lausscl (Dordogne) XXIII. à la même place. — De la Gaaile à la France. beaucoup d'hommes vivant ensemble.

Au nord comme au sud de la Manche et des Pyrénées. Il n'y a rien. un lieu de rendez-vous ou de pèlerinage où des milliers de chasseurs se sont rassemblés. si rapprochées. de la Marne. semble entièrement inconnu de ces Et cependant. parce que nous sommes toujours à la merci d'une nouvelle découverte). si l'on veut parler d'une grande fraternité de troglodytes et de sa capitale. par-dessus familles. ses véritables animateurs. n'est point possible. aux différentes étapes de cette civilisation. hommes. sociétés de une entente plus vaste. chasse. jusqu'à de nouvelles découvertes. furent vraiment les centres actifs de la première industrie du silex nulle part vous n'en trouverez de vestiges plus denses. concevoir Peut-on enfin. de la Meuse. de la Seine. à l'est comme à l'ouest du Rhin. Les bords de la Somme. préludé aux Gaulois et à la France? Gela. qui indique une civilisation propre à notre terre. A l'heure où j'écris (je dis cela.34 DE LA GAULE A LA EHAJSCE. depuis l'invention de l'arme de silex jusqu'à celle de la peinture pariétale. et qui aurait. l'Europe de ces périodes est passée. Sur nos plateaux du : : Nord ont été recueillis les silex les plus robustes et les . On est également tenté de croire que les hommes de nos pays ont été. montant ou descendant par les rivières de France. Ce que nous appelons des frontières. c'est à la France et aux Eyzies qu'il faut s'adresser. par les mêmes phases. à peu près simultanément. dans la vie de nos plateaux ou dans celle de nos cavernes. y a déjà chez nous. tribus. autour de nos une nature particulière et une intensité de vie que il nous ne rencontrerons pas dans les régions plus lointaines de l'Europe. qu'on dirait un sanctuaire de ralliement de tribus innombrables. des nationalités. si nombreuses. fleuves. sur notre sol. On signalera en Espagne d'aussi mais ces grottes belles peintures que celles des Eyzies françaises de la Vézère sont si riches. une formation politique qui ressemblât à une nation.

ils avaient déjà. Au moment actuel de la science tout nous invite à supposer que c'est ici qu'a été donné le branle à la vie intelligente de l'Europe dans les premiers temps de sa destinée. le souffle inspirateur est venu de la Grèce et de Rome. ils ne connaissaient que la surface. à demi nomades. avaient voulu conquérir et qu'ils possédaient maintenant. Ils ignoraient que la terre est une source de vie par les tombes \ de fraternité par Mais une autre période d'histoire allait commencer. . êtres à demi errants.L'ÉPOQUE] DES CHASSEURS. et les galets porteurs d'écriture proviennent de la grotte où coule un torrent pyrénéen. Il n'empêche que la vie civilisée commençait à peine. ces tribus n'en demeuraient pas moins des chasseurs. 35 mieux Centre travaillés de l'ère primitive. C'était la surface seule qu'ils les terre souveraine. dans la vie courante. Mais je songe ici au culte de la tombe. cultures. — 1. en France comme ailleurs en Europe. dans cette religion des cavernes. Je n'ignore pas qu'il a dû y avoir des enfouissements voulus de morts dès les temps moustériens. Ils possédaient leurs sentiers et leurs stations d'habitude. celle où l'homme découvrit la valeur de la terre et associa la vie du sol à sa propre vie. Mais de cette terre. de tradition par les les cités et les patries. ce sont nos gîtes qui approvisionnent les du musées européens des c'est pièces les plus typiques dans nos cavernes qu'il faut se du Moyen Age paléolithique. qui fixe. comme. en d'autres temps. senti la première impression de la qui appelle les vivants et morts. rendre pour avoir l'im- pression la plus juste de l'esthétique des chasseurs. Ces hommes.

— La conquête de mer. prépondérance de la hache. Les premières cultures. plus considérables que tous ceux qui 1. — La céramique. découverte du métal. vie solidaire. — Ce que France animaux. — Avènement de Terre-Mère. Jusqu'à. mais non décadence absolue. de nouvelles découvertes et de nouvelles statistiques. des temps néolithiques. — Les résidences des morts. — — — les la : la la doit à cette rôle de la époque : éléments nouveaux d'une Bourgogne. Déclin des œuvres de Vesprit. On a donné les chiffres de 7 500 à 6 000 ans avant notre ère pour il . villages. Exploration minéraloDomestication des terre. . paraît impossible. Migrations humaines dans cette période. même approximative. Voyez les mêmes livres que pour l'époque précédente. lechien.II L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS TEMPS NÉOLITHIQUES OU DE LA PIERRE POLIE * La grande révolution de comme force agricole. marchés. déesse souveraine. une impression moins nette que pour les temps paléolithiques. la gique de — Nouveaux éléments de relations routes. Mais faut avouer que tous ces livres laissent. Nou- — — — — Incertitude de — notre histoire : la la science — velles industries. Nouveaux instruments . 2. Dans ère ^j il le cours des derniers millénaires avant notre prodi- se produisit chez les hommes de France de gieux changements. l'archéologie de la pierre polie n'apparaît clairement ni dans ses périodes ni dans son évolution ni dans sa répartition. Discipline de la terre et de l'âme. découverte de la terre sur les origines de cette révolution. Toute datation. — Groupements humains forteresses.

sans renoncer à la chasse. Elle les portait dans leurs stationnements et dans leurs marches. même . que les choses. j'emploie ce le mot « connaître dans son sens commencement de est cette période néolithique (Boule songe à actuelle. 61). 37 avaient jusque-là modifié leurs corps et leurs âmes. ses cavernes leur avaient offert un asile aux heures pénibles de leur existence. sont-ils bonne heure aperçus que arbustes de leur nourriture sor- taient de grains enfouis dans les profondeurs de la terre. attentifs qu'ils les sol ou de culte. Les animaux eux était fournissaient à l'homme le principal de sa nourriture et l'essentiel de son vêtement. p. et. 10000 ans avant l'époque on descendu à 4 800. pour creuser des de et sans doute. c'est à l'agriculture qu'ils demandèrent surtout les moyens de vivre. « » terre un Esprit supérieur qui enfante De nouvelles générations vont surgir qui connaîtront » enfin la terre. 1. et je doute qu'on ait déjà eu l'idée de voir dans la et qui nourrit.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Les Hommes fossiles. des habitudes et des sentiments enracinés en un point du sol. et à bon droit. en obserse vateurs étaient. de réunion le mains savaient entr'ouvrir y déposer leurs morts '. qu'il rencontrait sur familles et les tribus ne savaient pas ce qu'était un domicile. De la terre n'occupait et n'utilisait que la surcette surface. les face foulée par ses pieds. malgré tout. c'est-à-dire de l'absence de transition entre le paléoUthique et le néohthique. me paraît définitivement abandonnée. Ce n'est pas que la terre fût demeurée une inconnue pour leurs ancêtres. La théorie de 1' « hiatus ». bois ou silex. et ils n'avaient dès lors cessé de regarder lieu le sein de la terre comme un leurs fosses et de refuge. Mais celle-ci. Corrèze). Dès l'époque moustérienne (squelette de La Chapelle-auxSaints. Ils découvrirent la valeur productrice de la terre. il se battre contre sa besogne ordinaire et pour ainsi dire son devoir d'être vivant. 3 300 pour le début de certaines stations néolithiques lacustres delà Suisse. ne tenait qu'une place secon- daire dans leurs besoins et leurs espérances. qu'ils appliquèrent le meilleur de leurs pensées.

labeurs de paix ou entreprises de guerre. ils se l'imaginèrent que telle l'on délimite. Ces deux époques. de l'argile. les élèves immédiats de ces lointains ancêtres. la prééminence de est devenu pour nous une chose l'homme dans le monde. et enfin. n'aura produit une telle suite de découvertes. évidemment. les Tour à lin hommes lui confièrent les grains de blé ou de pour améliorer leurs conditions matérielles. ils tirèrent d'elle de la pierre. métal. tant de sources de qu'une puissance souveraine. l'histoire aux Jamais de l'humanité. ont contribué chacune pour sa part à nous faire ce que nous sommes. Elles comprirent sa force féconde. ils modifièrent son aspect et sa nature même afin qu'elle s'adaptât tence. celle des temps des chasseurs et des troglodytes. tout cela e^dge encore pour nous groupes sociaux. pareille aux femmes et m.38 le DE LA GAULE A LA FRANCE. Au contraire. que cette longue époque nous paraît étrangère et inutile à notre destinée. sociales et religieuses. si longue soit-elle. propriété du sol. recevant et exigeant d'elle tant de bienfaits. frontières de d'idées.ères qui les avaient engendrés. Nous allons rencontrer. se déterminant dans un ordre naturel. si naturelle. du métal pour compléter leur outillage de travail et de combat. de transfor- mations économiques. une chaîne d'événements et un ensemble de phénomènes d'une unité parfaite et d'une grandeur réelle. tour. plus large. et cela nous rappellera l'unité et la grandeur de la période précédente. humain et religieux à la fois. aux temps des chasseurs. — — — — . que nous pouvons nous dire les héritiers directs. ils en firent aux nouveaux modes de leur exisun objet que l'on possède et une étendue vie. elles sentirent son attrait divin. ils bâtirent à sa surface des tombes. C'est la véritable histoire de la terre de France qui commence avec eux. dans ces temps d'agriculteurs. tant d'efforts. tout ce que les agriculteurs des temps nouveaux vont remuer de faits et blé. Mais le bienfait suprême que nous devons aux millénaires paléolithiques. des demeures et des villages faits pour l'éternité.

les saisons prirent des proportions plus harmonieuses. 2. Le climat perdit de sa rigueur. dès les temps gaulois. 39 Ce changement dans la vie des hommes fut peut-être. 3. sur notre sol. . les rapports entre les êtres ou entre les faits. Car je crois à la persistance. le goût pour un autre genre de vie? La découverte du blé que l'on cultive et du pain que l'on fabrique s'est-elle faite chez nous. J'en doute encore pour mon pas impossible que la stabilisation du climat ait été acquise avant les temps de la pierre polie. provoquée pour ainsi dire par l'excellence de notre terre. de nombreux individus de la race des derniers temps troglodytiques. les glaciers recu- lèrent sur les plus hauts sommets. à sa faculté de noter thèses. l'opinion je compte. Connue comme telle. Car c'est au génie observateur de l'homme qu'il faut revenir en dernière analyse. amené par un changement dans la vie de la nature '. la régularité de ses fonctions créatrices. qui sera ^? éternellement la patrie du pain blanc ou nous est-elle arrivée de proche en proche. C'est et 1. à la ténacité de ses expériences. sur tous ces points. à l'ingéniosité de ses hypo- A quelle race attribuer le mérite d'avoir ouvert à notre histoire de France la voie de l'ambition agricole? Est-ce à nos anciens troglodytes S qui se seraient peu à peu détournés de la contemplation artistique de la nature pour rielle? se mettre délibérément à son exploitation maté- Est-ce à de nouveaux venus. une température plus douce permit aux habitants de la terre de remarquer avec plus d'attention les richesses et les variétés de ses produits. soit entraînée par la rumeur populaire.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. instituant sur notre sol des habitudes nouvelles. ne crois constante. pour une part. soit introduite par quelques émigrants indus- trieux ou une bande d'heureux conquérants? questions à nous poser! Que de Que de réponses à attendre de la science de demain! Celle d'aujourd'hui. je crois.

à l'allure moins dégagée. 339 et suiv. d'Afrique. Aux popuune race lations anciennes \ d'autres vinrent se mêler ^ : au crâne plus fuyant. Ces migrations n'ont pas dû se produire sans troubles et sans luttes. On l'a fait arriver tour à tour d'Extrême-Orient. 487 . l'homme Alpin 3. s'établirent au milieu ou à côté des descendants des troglodytes magdaléniens. p. à propos surtout des premiers temps du bronze). mais elle ne sait pas quels premiers promoteurs et les vacille et tâtonne. d'Italie.). et que l'aurore de la civilisation rurale ne fut pas traversée de lueurs sanglantes '\ J'ai peine à le penser. d'Asie. Elle paraît jusqu'ici dominer dans le Nord et dans l'Est. l'expression de Déchelette {Manuel. dite de Furfooz (Belgique) l'homme du Nord. M. On s'est complu à croire que les premières familles d'agriculteurs étaient douces et pacifiques. Depuis le jour où l'homme estima la d'êtres. Elle a réussi à fixer siècles l'apparition ébranlé les en furent les épisodes successifs. Race dite des Baumes-Chaudes (Lozère). ou de Grenelle (Paris). opinion dont je regrette de me séparer. qui semble bien dériver de la race magdalénienne dite de Cro-Magnon. par la Méditerranée. de plus atroce cause de batailles et 1.40 DE LA GAULE A LA FRANCE. de Belgique. et l'homme Méditerranéen. Race l'Ouest. à' la stature moins élevée. d'Espagne. de désir plus énergique. il n'y eut pas de besoin plus impérieux. Toutes les hypothèses possibles ont été imaginées. I. des trois principaux types physiques actuels. t. Dans son livre sur Les Hommes fossiles (p. Boule constate l'apparition et la fixation. Soyons d'ailleurs sûrs qu'il a dû venir des émigrants de plusieurs espèces et que tout ce monde s'est vite mélangé. à la fin du néolithique. On la dit dominante dans 2. dans l'ensemble des de la plus grande révolution qui ait multitudes humaines . Les déplacements de masses humaines sont rarement des faits d'accord et de calme. et peutêtre cette race était-elle plus apte aux besognes rudes et continues qu'allait exiger le travail de la terre. C'était l'opinion et . En tout cas le début de la vie agricole fut accompagné en France de larges mouvements d'hommes. terre à son prix.

et sur pierre se gravures réduisent souvent à des lignes incohé- . il ne renoncera jamais à tracer. les facultés changèrent de domaine. de les copier pour renouveler lui-même l'allégresse de ses yeux. d'en noter exactement les traits. L'homme n'a plus la tentation de reproduire ce que la nature lui présente.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. en leur objet. je ne distingue pas. Anciennes ou récentes. il n'a pas renoncé. des semences innombrables de mort. ou l'envie. ou le plaisir de voir. et de longtemps. 41 de meurtres. C'est par la cupidité du sol et de ses richesses que s'expliquent les courses les les invasions les plus brutales. capables de prendre à leur service les conquêtes de l'intelligence. aussi bien désordonnées des Cimbres et des Teutons. de ces peinsi tures et de ces sculptures saisissantes de vérité. L'esprit changea d'allure. les regards changèrent de direction. Telle est la loi inéluctable. On dirait qu'il a perdu la force. il sema dans l'univers. Ce qui est chose d'art lui est devenu indifférent ou difficile. : autant de deuils que de joies restera en son : et il en sera ainsi tant qu'il âme le vice et le mal. dans une certaine mesure. et. que marches méthodiques des légions romaines car à bien regarder les choses. les unes et les autres de ces invasions. Nous n'admirerons celles plus. à travers des germes de vie. que toute découverte humaine apporte à l'homme autant de ruines que de profits. les comme du Périgord. Du jour où l'habitant de la terre se mit à la travailler. à dessiner de sa main des figures semblables à celles qu'il aperçoit. que l'acquisition et la possession d'un peu de cette terre. ou des signes qui que nous ont révélées grottes lui rappelleront les objets familiers : mais ces dessins les sont maintenant incorrects et informes. les populations de la Gaule se mirent toutes peu à peu à leur nouvelle vie. Certes.

Ce que je dis là est inspiré d'un témoin et observateur de la faillite intellectuelle de l'Empire romain (l'expression de faillite m'est suggérée par St. 3-4). n'est plus question de l'écriture. au lieu d'un appoint nouveau. Il s'agit moins de l'affaissement de l'humanité que d'une crise où elle évolue vers des principes. Gsell). ainsi qu'il devait des siècles plus tard. quand on conclut uniquement d'après des faits d'archéologie. une réfutation imprévue. rentes l'être. . Il L'art est ramené à l'enfance. ce fut de recevoir. et que tout au contraire.42 DE LA GAULE A LA FRANCE. Il faut toujours réserver l'avenir. garder et féconder le blé. 2. De tous les grains de 1. ments. *. l'esprit se stérilisa. la volonté s'atrophia. Les traces en dispa- raissent avec les dernières générations des troglodytes magdaléniens ^ Ainsi. genre se sont produits à la fin du monde — antique. j'aperçois avec le Christianisme des germes d'une transformation morale qui compensera le déclin de l'esprit. lorsque les bienfaits de la paix romaine laissèrent espérer que les initiatives de l'art et de la science helléniques allaient faire éclore des prodiges inattendus. l'homme s'est placé au seuil de sa il plus merveilleuse découverte. auxquels le hasard d'une découverte peut apporter. s'y est arrêté. XIV. Au surplus. Dans la mesure où l'on peut apphquer ces deux expressions aux représentants de l'époque dite azilienne. ni exploiter ou même conserver les découvertes de son passé ^. Et aux siècles où disparut l'art paléolithique. l'humanité ne sut plus ni découvrir. ces époques de décadence ne sont jamais absolues. Ceci dit dans l'état actuel de nos connaissances. et il s'en est ensuite détourné dans des faits de ce Bien un accès de timidité subite. 3. des sentiet. Au milieu de l'atonie intellectuelle que subit l'Empire romain. des genres de vie jusque-là inconnus. préoccupée par la seule recherche du bien-être de chaque jour. Ce qu'on imposa d'abord et surtout à la terre. Pline l'Ancien (II. 117. j'entrevois l'intelligence faisant effort pour transformer la vie matérielle de la terre et la vie sociale des hommes. au temps des invasions barbares.

de la Soc. et qui sont devenus les plus chers au paysan de France. alors ignoré : On je a dit en revanche que chanvre -. Je suppose que les arbres fruitiers sortirent eux aussi de la période sauvage pour entrer définitivement dans j'entends par là que d'habiles pratiques l'âge civilisé permirent de tirer le plus de fruits possible. Car pour les autres. 2. si oublié depuis que le maïs l'a remplacé sur nos terres maigres. le blé fut peut-être 43 le connu le et honoré premier. Les terrains à blé furent les plus nombreux parmi ceux que l'on cultiva. que l'on connût mais la présence de pépins de l'art de fabriquer le vin raisins dans les débris de cette époque nous donne le droit de supposer que l'on s'approcha bien près de la joyeuse découverte. Les frères Cotte ont signalé des traces de chanvre dans la caverne néolithique de l'Adaouste dans les Bouches-du-Rhône {Bull. D'autres céréales accompagnèrent d'assez bonne heure froment. les deux arbres qui se prêtèrent le : le mieux aux leçons humaines. du pommier et du poirier. sorbiers ou on dut longtemps encore les accepter tels que les offrait la nature. Je les place ici. à cause de l'usage alimentaire qu'on a certai- nement tiré des faînes et des glands. 1917. p. On ne peut affirmer. et les meilleurs. hêtres. noisetiers. 77). fraisiers. on eut aussi l'orge. . il devint très vite plus estimé et le plus répandu de tous. en tout cas. Et il en est toujours ainsi sur le sol de France. La vigne avait sans doute hommes sur les mystérieuses : déjà attiré l'attention des vertus de ses grappes. Le blé eut le lin : comme le principal concurrent pour l'emploi de la terre grain qui nourrit partagea le sol arable avec le le grain qui habille. l'avoine.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. à peu près au même rang et dans les mêmes conditions que de nos jours. le seigle. chênes S prunelliers. était m'étonnerais qu'il en fût ainsi 1 . pour ces temps reculés. On eut le millet. noyers. d'Anilirùpologic. culture.

Maria Chapde: laine (1921. il sentira s'imposer âme une discipline et des sentiments nouveaux. Paris. les clairières des emblavures et des linières jetteront les une note plus vive marécages. de Voyez le roman posthume de Louis Hémon. de ne pas semer ses grains en été et de ne pas astreindre au blé un sol qui ne pourrait supporter que le millet. pour loger et nourrir ces grains. Grasset. . dessécher des marécages. également. où elle faudra qu'elle concède prendra et retiendra habitudes exigées par lui. Cette fertilité de la terre. La terre ne pourra plus pousser à sa guise ses arbres et ses plantes. Ces mêmes récoltes. 32) roman de mœurs canadiennes où tant d'épisodes de la vie des défricheurs peuvent donner une idée de nos temps néolithiques. Notre sol de France prendra un air plus aimable et plus accueillant. brûler des broussailles. dépend d'un labourage et d'un entretien continus ou périodiques le maître doit classer plus rigoureusement ses occupations dans le cadre de ses heures.44 DE LA GAULE A LA FRANCE. et souple. à son Par contre-coup. le com- mencement de l'interminable bataille contre la nature. les Il à l'homme des espaces réservés. surtout p. la parole des défricheurs canadiens. et avoir enfin devant soi la terre nue prête au labour et à la semence. cette fois. Son aspect va devenir plus et plus gaie entre les bois et varié encore. dépendent d'événements qui pouvoir de l'homme. le ne sont point sous 1. faire suivant de la terre » ^. de la conquête décisive du sol. abattre des forêts. « il fallut. Le : sort de ses moissons est lié à l'espèce de la terre et au cours des saisons il convient de choisir et d'expérimenter le terrain et l'époque. la culture ne comporte plus : les coups de fantaisies et les longs loisirs de la vie de chasse. Ce fut. il recevra lui-même. Alors. se vêtir et se dénuder au hasard de sa nature. enfin. et le regard de l'homme per- cevra une poésie plus douce dans ces paysages qu'il aura tout à la fois nuancés et disciplinés. de pluies.

On a souvent constitué. il n'y a que des différences de destination et de forme le procédé de fabrication est identique. il sait plus profondément ce que sont des angoisses ou des espérances. commune de Blangj' : la station du a donné son nom à la première époque néolithique (en laissant l'azilien dans le paléolithique). Breuil dans L'Anthropologie de 1921. rapidement façonnés par l'enlèvement d'éclats. En Campigny . du reste. Devant ces besognes inattendues. Au début. les Le tranchet pour couper plus grosses branches. et il se reconnaît peut-être moins libre et moins puissant. pour creuser le sol. On ne cessa dès lors de chercher de nouveaux outils. une époque tardenoisienne (le pays du Tardenois dans l'Aisne). et cette opinion paraît reprendre corps (cf. 2.Inférieure. t.V ÉPOQUE chaleurs ou d'orages : DES AGRICULTEURS. p. dans la confection : de son outillage. de la confiance ou de la résignation. l'agriculteur de la nouvelle époque se conforma. anciens instruments fut inventé.). 336). Deuxième époque néolithique. Le silex ' : dégrossi et taillé a toujours servi en pleine période agricole. ne pouvaient suffire. il 45 faut donc qu'il s'attende aux Inconnues du lendemain. finit par s'apercevoir - que les parties lisses Seine. par une taille à coups répétés. Je partage encore là-dessus le scepticisme de Déchelette (Manuel. dite robenhaiisienne (Robenhausen près de Zurich). caractérisée surtout par une multiplicité de très petits silex dits silex pygmées. Mais on 1. puis la hache. pour rompre les troncs les plus résistants. p. 350 et s. moissons à récolter. et d'en trouver. puis le pic. après l'azilien. aux limites du paléolithique et du néolithique. I. Entre le pic ou le tranchet de l'agriculteur normand du Campigny et le coup de poing de Chelles ou le burin d'Aurignac. arbres à abattre. aux ses instruments principes des ciseleurs de silex furent simplement des fragments de pierre. moins souverain sur la terre que dans les temps où la force de son bras et l'habileté de son regard suffisaient à lui procurer un gibier de choix. terre les à labourer.

ou de pierre « nouvelle » (néolithique). insérée dans un long manche de bois et maniée par un bras robuste qui à distance lui transmet sa vigueur et par cette vigueur décuple le poids brutal et la force pénétrante de la pierre. les têtes de maillets et de massues abondent dans les ruines des temps : . l'emblème de son activité. polie pour les plus grandes. cette hache est devenue l'agent le plus terrible de la volonté humaine. maintenant polie. toutes également en pierre. L'épée seule sera plus puissante mais il faudra le métal pour la constituer. De nombreux vestiges nous montrent que le maître de la hache avait à sa disposition bien d'autres armes. hache avaient plus de force coupante. et destinée non point seulement à des batailles contre les arbres de la forêt. Elle fut vraiment le traducteur et l'amplificateur de ses gestes. C'est pour cela que l'on a appelé cet âge de l'histoire l'âge de la pierre polie. aiguisée et tranchante. et qui font aujourd'hui l'admiration de nos la techniciens de la pierre. oubliant que pour une bonne moitié de sa durée. taillée pour les plus petites. au silex taillé. mais encore à des batailles contre d'autres hommes. aussi mêlée à son être. Car cette lourde masse. que rendait les tranchants et les pointes plus et égalisées de la l'aiguisement redoutables. aussi lustrées que les plus travaillés des marbres et des métaux. et on en arriva ainsi. aussi glabres. Les pointes de lances et de flèches. de choc. tout naturellement. des têtes de hache aussi fines. à polir la pierre. Elle fut aussi indispensable à sa vie. il fut inféodé à la pierre ancienne. puisqu'elle complétait sa force dans ses travaux de construction tout autant que dans devoirs de défense ou ses envies de destruction. réussit à faire des instruments. que l'épée le sera au guerrier gaulois et au chevalier du Moyen Age.46 DE LA' GAULE A LA FRANCE. La hache n'allait pas tarder à devenir la compagne habituelle de l'homme. Comme l'ouvrier de ce temps-là était à il la fois fort patient et fort habile. ses et bien plus encore. d'hast ou de jet.

: linguistique très nette des conditions préhistoriques. déchiré par les combats aux conquérants et aux pirates. loin de nuire aux progrès industriels. Hist. d'y voir cependant l'esprit humain appliqué à tant de choses et arriver à résoudre les problèmes les plus ardus et les discordes. fuseaux. 1. « « C'est une merveille ». 44 (45). avec le être déjà bière et vin. Ajoutons les poignards et les couteaux. comme à l'époque des troglodytes. en proie des inventions nouvelles. corme et peutl'industrie du vêtement. et cependant cette sorte d'arme était déjà en germe dans le coup de poing clielléen. nat. nous pouvons parler de même pour les hommes des temps néolithiques. fusaïoles. Faisons rapidement l'inventaire de leurs industries. armés de l'épée de métal. pesons. rures des qui s'ajoutent au cuir et aux fourtemps primitifs. on constal'industrie alimentaire. 2. est à rappeler Ici (je ne parle que de la Gaule). 117. 47 Nous n'avons plus. : avec ses boissons fermentées. II. Remarquez qu'en latin pugio.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. néolithiques *. contemplative. et bientôt ses fours et ses pains. « poignard ». PUne. Le lent développement du poignard avant la découverte du métal. Si l'on examine ces industries dans leur destination. dans leurs rapports avec les besoins humains. ses gâteaux de farine. l'impression d'une vie paisible et en partie raissent à la terre. en principe d'oa ou de corne. « poing » il y a là une survivance. Guerres et dangers. Des indices de lutte et de meurtre appachaque pas au milieu de ces découvreurs de L'arsenal ne doit point faire négliger l'atelier. ^. cidre. est formé du même radical que pugnus. poiré. » Il parlait des temps héroïques de la Grèce. ses meules de tera grès. manieurs de la hache de pierre. a dit Pline l'Ancien que de voir dans le monde d'autre- morcelé entre tant de tribus. — lin et ensuite la laine. . carder et tisser. avec les procédés et les Instruments pour filer. les avoir surexcités. avec ses blés. semblent au contraire fois.

fournies par la guède et le kermès pour la coloration des costumes ou des tatouages. de franges et de passements. Revue arch. marteaux. 1919. t. — tuniques. aux coquillages. jarres. d'Anthropologie de Paris.. le les tiges de jonc et il d'osier. l'industrie de l'ameu- — et je n'ai blement. D'après les découvertes et recherches des frères Cotte. accompagna* avec ses teintures bleues et rouges. et aussi l'argile. 6G et Mémoires de la Soc. et seulement pour h\ fin de cette période. en os. on verra qu'outre la pierre. aux écailles. auxquels l'emploi de l'argile et de l'osier — chaque va donner mille formes on eut même de petits et mille dimensions nouvelles : flacons à fard. Il ne manque que métal. I. armes. pics. jattes ou cruches. — voici les engins qui 1. J. aiguilles. avec ses innombrables bracelets et bagues. pots. . aux pierres dures ou rares. . ciseaux. mais suffira de peu pour l'atteindre.48 DE LA GAULE A LA FRANCE. les fils et les graines de l'herbe. avec ses premiers trice immédiate de la précédente. poinçons. Revue des Études anciennes. elles utilisent toutes les pierres possibles. l'os et le cuir depuis longtemps en usage. 1918. Si l'on examine enfin les objets de ces mêmes industries voici les suivant leur manière de servir ou d'agir. Tissage et vannerie sont arrivés aux résultats qui importent. plus à parler des industries de l'agriculture et de la — guerre. harpons. Bulletins et p. l'industrie de la parure et de la toilette. instruments. molles et dures. haches. et Ch. en espèces voici les récipients. 15 mai 1917. Cotte. première ébauche d'une mode éternelle. scies. essais colliers. du tissu peignes et dévidoirs. et peut-être chemises et pantalons. s. jour plus nombreuses. percent ou taillent. épingles. avec ses vêtements. auxquels la souplesse permet de donner la forme du corps. lesquels rompent. les croissants et les cercles empruntent leur diversité et leur vertu magique aux dents d'animaux. dont les pendeloques. — tranchets. manteaux. avec ses vases d'argile ou d'osier. le bois. Si l'on la examine ensuite ces différentes industries suivant matière employée.

ils ont proclamé que la terre leur avait fait le plus beau de l'argile que pétrir. — et voici enfin les outils auxiliaires. Si les peuples de ce temps usaient déjà du langage imagé qui fut cher à la Grèce. ici des des taille. boursouflures de base qui annoncent tion ne se déroule jamais isolément : Une inven- cent détails surgissent aussitôt à sa suite pour la soutenir et l'accompagner. — De la Gaule à la France. fils 49 et boutons. la tuile qui conduit. tout pareils à ceux de nos faucheurs. la céramique. l'homme ses doigts. cordages. il moule qui le répète.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. L'industrie d'élite déjà. entre les moyens de proil duire que la nature a mis entre les mains de l'homme. de flanc qui annoncent les anses. il en est une. et polissoirs de grès ou de granit. Gela valait presque. presque aussitôt les née avec la céramique. cette glaise ou boue informe. larges blocs qui conservent les aujourd'hui encore le rainures profondes creusées sous frottement incessant des têtes de haches. dont faut signaler avec insistance les débuts à l'époque de ' : la pierre polie car vraiment. tournés à la main. JoLLiAM. elle Et après sa naissance. Pour le moment n'en tire que des vases fort vulgaires. comme Avec découverte. Parmi il ces industries. est point de plus riche et de plus souple n'en à façonner et durcir. la brique qui supporte. aiguisoirs en pierre à trou de suspension. allait fabriquer. Je me range du côté de ceux qui n'acceptent pas la céramique à l'époque paléolithique. aident à attacher. 1. mal cuits. au gré de le tour à tour le vase qui renferme. en leur révélant l'argile. Mais laissons agir est temps. feu du bois et l'arme de pierre. 4 . terre. les deux premières que rhumanité le avait faites. là ailleurs des bourrelets formes et les usages des amincissements à la les pieds. ses présents. ajoute à ses vases les organes qui : en varieront plus tard rebords au sommet. l'image qui reproduit.

de la Soc. A la fin seulement des temps néolithiques. voyez . Peut-être pas avant les premiers temps du métal. et bientôt. doré comme un rayon de soleil ^. et surtout. voilà la principale ambition des hommes de ce temps. à sonder des parois. 3. rouge comme les gouttes du sang ^ Je sais bien que véritables chefs-d'œuvre : salle II. patients caces. pour découvrir un gisement de matière utile. d'origine volcanique ou autre on sut trouver l'obsidienne et les jades. Il fallait à leurs armes et à leurs outils en silex taillé une pierre à la fois solide et souple ils reconnurent les gisements du Grand-Pressigny en Touraine. Mais pour tous les produits des temps de la pierre polie.50 DE LA GAULE A LA FRANCE. les du travail néolithique '. par Marsille. habiles à forer et perspi- des puits. L'exploration de la terre. le corail. de tous les points de la contrée qui deviendra un jour la : Gaule. pour les haches à polir. 1921). et peut-être en relation avec la migration des Indo-Européens. Peu à peu sans doute. Il fallait. on demanda au Grand-Pressigny des blocs de silex brut. les collections du Musée archéologique de la Société polymathique du Morbihan {Catalogue. à scruter des surfaces. Voyez au Musée de Saint-Germain. aux teintes vertes et bleues de l'horizon. Ce furent des prospecteurs décidés. 1. aussi. tout ainsi que plus les plombiers de cette même Gaule s'en iront quérir leurs lingots de métal dans l'île voisine de Bretagne. 2. tard Il fallait. vitrine 17. l'ambre. des pierres dures et compactes. et de celle-là on forma des têtes : de haches d'un poids énorme et d'un galbe étonnant. pour les parures et les amulettes. Vannes. des pierres rares portant en elles les couleurs souveraines du ciel et de la vie on se procura la callaïs. ils acquirent le même flair que leurs ancêtres les chasseurs pour dépister un gîte de gibier. dont les ouvriers locaux devaient tirer leurs pointes de lances ou leurs tranchants de scies. et qui devait avoir pour les destinées de l'humanité les plus profondes conséquences. Bull.

s'accompagnèrent de l'usage du métal *. Et je sais aussi qu'ils appartiennent en principe au règne végétal ou au règne animal et ne peuvent pas être assimilés à des pierres. des objets d'ornement plus rares ^ Mais il constata bien vite qu'à la différence de la pierre. sans transition. Et l'idée vint aux polisseurs de hache de fabriquer avec le cuivre des instruments semblables. en particulier pour les usages religieux. et que les temps néolithiques. Il ne vit la mer ' : d'abord en eux que des pierres plus brillantes. le métal prenait mille formes sous l'action de la chaleur il y avait en la matière nouvelle que l'on façonne et de la pierre qui se durcit. « Les racines de l'âge métalhque sont . et par le cuivre qui lui ressemblait ^. à peine épanouis. ou très petites (jusqu'à 20 millimètres). Les choses. Il ne faut pas croire que la présence de haches polies exclue les temps du métal. leur fit en ce nouvel âge de la les hommes. Au cours de ces recherches. L'exploration vie des de la terre. allèrent très vite je veux dire que : comme de l'argile : la hache en pierre polie reçut de bonne heure comme concurrente la hache de cuivre. 2.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. même du temps du bronze. L'arme de métal dériva. et j'imagine que nombre de ces objets étaient réservés aux morts ou aux dieux. 3. On continua. C'est en particulier le cas des haches qui ont une dimension inusitée. On est convenu. ne fut utilisç d'abord que comme 4. l'ambre et 51 le corail ne se recueillent qu'aux rivages de mais l'exploration des mers fut la suite naturelle de l'exploration des profondeurs du sol. de l'arme en pierre polie. très grandes (jusqu'à 468 milhmètres). ne pas oublier animaux qui 1. à en fabriquer beaucoup en ces temps-là. à tort ou à raison. perle de collier. Mais je me place au point de vue probable des hommes de ce temps. je suppose. je pense. Le cuivre. L'époque du cuivre (énéolithique) et l'époque contemporaine de l'or (chrysolithique) m'ont toujours paru s'amalgamer plus qu'à moitié avec les temps néolithiques. et tout d'abord il fut frappé par l'or aux couleurs de rayon solaire. et à plus forte raison l'or. de placer vers l'an 2500 les premiers développements du métal dans nos pays. l'homme aperçut le métal.

en auxiliaire. rôdant pour sa nourriture aux abords des foyers humains. Mais le cerf et le sanglier. et elle gardera même jusqu'à nos jours cette allure hiératique qui est un héritage des troglodytes. Il est vrai que les sol. elle ne les substitue jamais absolument les uns aux autres. l'animal ne s'est-il pas proposé joyeusement. dans . traqué de toutes parts. et d'avoir fait du chien un animal domestique et un commensal fidèle. aux jours laissés libres par le travail de la terre. 1919. p. et ce fut la joie de l'homme que de les pourchasser ou de les combattre. l'aurochs. une nouvelle réussite de ces temps de se réfugièrent dans les labeur héroïque. ce fut une nouvelle découverte. s'éloigna vers le levant d'été. a suggéré à l'homme qu'elle pouvait devenir son esclave en échange de la subsistance? Ou. ou. en serviteur. mieux. et cette ardeur durera autant que les hommes. les temps où s'épanouit le néolithique ». Cette fois. L'humanité complète ou transforme ses gains ou ses idées. l'homme ne fut plus seul dans ces parties de course et de bataille. bêtes les plus puissantes avaient disparu de notre Le renne. et dès le début de la période agricole. Car rien de ce qui a une fois agité cœur humains n'en disparaît pour toujours. l'ours et le loup tinrent bon dans nos bois et nos montagnes. Comment l'idée en est-elle venue? Est-ce en une saison de misère que la bête. On continua à pratiquer beaucoup la chasse et la pêche. en attendant un dernier exil dans les forêts de l'Europe orientale. mais ce que nous savons. en 1 courant près des chasseurs à la poursuite d'un gibier î commun? Nous ne le savons guère. en ami de tout instant. plutôt. Le chien l'accompagna. on y mit la même ardeur qu'autrefois. 150). a dit justement Ischer dans un bon résumé sur la chronologie du néolithique {Indicateur d'antiquités suisses. le bison et l'élan Vosges et les Ardennes. les millénaires avaient été leur pensée maîtresse dans l'intelligence et le de leur ancienne jeunesse.S2 DE LA GAULE A LA FRANCE.

Aucun d'entre eux ne valut pour l'homme le camarade universel qu'était le chien. aux paysages variés et attirants. que cette éducation progresse chaque jour. sans doute à l'époque . en Europe. agricole et Il est possible que dans d'autres aux vastes espaces monotones. apparut à l'horizon de Pour garder et nourrir ces Des lieux de culture et des lieux de séjour leur furent réservés sur la terre c'est à la terre encore qu'on demandait un abri et un appui pour les d'enclos et de pâturages. Mais en France. II s'agit de la charrue en bois. à : du chien ce qui donna le porc. régions du globe. Il ne put exploiter que la matière en ces animaux. et le cheval. on eut besoin de charge. : compagnons de l'homme. le mouton. la Ces deux faits ne peuvent se placer qu'à la fin de cet âge. cependant. de trait ou la vie sociale ^ animaux. et que nous ne pouvons en prévoir terme. ces nouveaux domestiques assurèrent au moins le le lui : secours de leur force vivante bœuf fut attelé à la charrue. Cette passion de la terre s'alHait étrangement à l'esprit d'aventure et de curiosité. le premier après l'homme. la vie l'amour du sol aient fixé l'homme sur un terroir pour n'en plus bouger. c'est 53 qu'à partir de ce moment commença l'éducation le intellectuelle et morale d'un nouvel être vivant. tandis que dans le chien il exploitait surtout l'imitation de celui l'intelligence. contrées aux rivages hospitaliers. ( 1. Plus tard. On essaya ensuite l'asservissement d'autres bêtes. mais il tira d'eux d'utiles éléments de nourriture et de vestiaire. et du cuivre. absorbant ses espérances et ses décisions dans le retour périodique de ses moissons et de ses labours. les premières générations qui travaillèrent la terre voulurent aussi la parcourir en tout sens.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. aux vallons ouverts. le bœuf et la chèvre.

1913) . [1920]). celui de de Saint. produit. 37 et suiv.Venant sur la dissémination des produits des ateliers du Grand-Pressigny. le lointain connaître dans de ses horizons aussi bien que sol. jusque vers les vallées de la Meuse et du Rhin ^ De larges pistes^ où les bestiaux pouvaient également passer^. Nos chemins de transhumance (par exemple les carraïres ou drailles du Midi) sont peut-être des pistes de temps immémorial. et il voyage que les plus hardis des chasseurs arriva ceci. cf. 1921. me paraissent avoir prouvé surabondamment qu'ils bordaient et jalonnaient des pistes contemporaines. voyez Rouquette. Hannezo {Les Poijpes. Ceci a été fort bien mis en lumière dans un travail qui fit sensation. lu en 1900 au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris {Comptes rendus. Des relations s'étaient formées entre les groupes humains pour se communiquer les nouvelles découvertes et s'en à la fois un nomade qui explore transmettre les objets. avec ses 25 puits (et davantage) mais je ne sais si on a étudié l'aire de sur 25 hectares d'ateliers dispersion de ses produits. Ils dans les profondeurs de son le surent aller plus loin dans la course et d'autrefois. les silex spéciaux s'échangèrent long des fleuves. Revue des Études anciennes. et en particulier celles de J. par-dessus les cols des montagnes. que le terrien à l'origine fut et un rural qui s'établit. 2. brochure. 3. Les possesseurs des gisements de callaïs en Armorique pendeloques sur les rivages de l'Océan. ch. de vallée en vallée. 4. La Transhumance des troupeaux en Provence et en Bas-Languedoc (bonne thèse de doctorat en droit de Montpelher. Les tailleurs de mottes de silex du Grand-Pressigny finirent par travailler pour des milliers de clients ce fut une vraie cité industrielle qui développa autour des tailleries sur trois lieues d'étense due. L'origine armoricaine de la callaïs n'est point prouvée et est encore fort discutée. à peine reconnu. le les pierres rares. Le centre le plus important après celui-là est celui de Spiennes en Belgique. et de là les blocs partaient pour des centaines de lieues.54 DE LA GAULE A LA FRANCE. par terre ou par mer. De proche en proche. Les dernières recherches sur les tumuli de l'âge du bronze. se : 1. et ayant d'abord servi à l'ensemble du trafic et des : marches. p. devenait firent circuler les précieuses Un ' un élément de trafic. Je ne peux pas cependant ne pas l'accepter.ez Masson).

c'est lui qui. ce qui fit sillonner par de terre. ouvrira la Gaule à la civilisation grecque. I. golfe en golfe sur les rives de l'une et de Car. provoquée par la surface des eaux. 16. L'un et l'autre fait sont miers marins ont été L'homme se presque inséparables. 55 frayèrent à travers plaines et montagnes. On pattes ou de nageoires. Cette conquête suivit de très près celle de la terre. des rames servirent de propulseurs. suivant le mot d'un Ancien \ de « vivre les en amphibie ». continuant ceux de rapides. ce fut le désir de nouveaux chemins. devait à la vrir les plus lointains des conduire à décou- La mer les portait mondes et à leur imposer sa loi. . Et la mainmise sur fin le eaux. fleuves et océans. à la suite de tant d'inventions provoquées par la surface de la terre. hâta. donc du cygne qui nage et du bois qui de larges vaisseaux furent creusés dans des troncs d'arbres. les larges et sa route surtout à la mer. une dernière s'était produite. conduisant à d'autres rivages par des lignes plus et plus droites La possession du fleuve et de l'océan fut le résultat d'ambitions routières.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. monter sur la mer. 1. elle invitait à des relations indéfinies avec tous habitants du globe le vaisseau qui vient de la dompter sera le principal instrument de la vie universelle. demandant sa nourriture surtout à la terre. Nos prefils de nos premiers paysans. un réseau invisible de chemins innom: brables. Et l'on se lança à la conquête d'un nouveau domaine. On voulut circuler : sur elle à la manière dont on circulait sur le sol attira vers le fleuve. 1 Strabon. ce fut le désir de l'utiliser ce qui comme la la route. dans quelques siècles. imitées de s'inspira flotte. rivières et mers. et un cabotage commença de l'autre mer.

Rollain. village. dressa le village de montagne. p. leur vraie patrie. : — ou de marais. Bulletins de la Soc. la cité est fille de la terre. les trois éléments dont sortira notre vie lac — urbaine sont déjà constitués. eut d'abord le village terrestre. se vous de marché ou à des réserves de denrées ^. Les palafittes ou cités lacustres ne sont. Tatarinofî et paraissant à Zurich (Béer). 200 et s. en partie enfoncées dans le groupées au voisinage d'une source ou près du repli d'un cours d'eau S non loin des terres de culture et ce fut là vraiment le lieu de séjour des familles humaines. La société citadine vient de naître du labeur agricole. Par exemple au plateau des Hautes-Bruyères dans Villejuif. Pour celui-ci. De ces résidences. On se tiendra au courant des découvertes et publications qu'ils ont provoquées. qui barraient le cap ou qui enfermaient le rocher. de trafic. ouvert. je crois. dominant un repli de la Bièvre et la source de Cachan. de fraternité. Entre la bourgade néolithique et la plus grande ville de nos jours.56 DE LA GAULE A LA FRANCE. entre les « caps barrés » de la Côte d'Or et les métropoles chrétiennes de la Saône. perché sur un rocher ou sur un promontoire en vue d'espaces découverts. 2. bâti sur pilotis. on eut des enceintes en pierres sèches. pleines d'êtres vivants. entre le hameau 1. de ces places d'habitation. lieu de protection. 1899. aux cabanes séparées les unes des autres. la fixité de ces routes de terre et de mer : s'expliquent par l'instal- lation de résidences définitives un voyageur de commerce n'évolue qu'entre des places stables et connues. notamment en Suisse. marché. une Puis. . servit moins souvent à des domiciles permanents qu'à des rendezEnfin. L'intensité et la régularité de ces relations. On sol. que des variétés locales des lieux de groupement. ce fut le village de société de seuils et de foyers. précieux recueil annuel composé par E. d'Anthropologie de Paris. Forteresse. mais qui. de toutes manières. refuge en temps de danger plutôt que résidence de travailleurs. par le Jahresbericht de la Société Suisse de Préhistoire. nous trouvons trois espèces à l'époque néolithique.

et recouvertes de terre. Dès lors. Bulletin. menhirs. 2. J'en trouve d'un est le hectare à peine. rique Française (Guébhard.. le mort voulut aussi avoir sa résidence. depuis 1906). que la coup emparée des âmes et des corps de la race humaine. de huttes de Villejuif et différences infinies « 57 la Cité » de formes et de dimensions de Paris. du reste. plus durables. le vivant construisit de véritables demeures. Pour ses défunts.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. il demeure fidèle au passé et semblable à ses aïeux. qui ne sont peut-être que les châteaux forts des chefs de clans. plus visibles que les siennes mêmes. dolmens. cromlechs. ce sont des mais ce : hameau germe qui s'épanouira dans la cité. . ou le camp de Chassey. hectares. l'enquête de la Société Préhisto1. sur ces enceintes. allées couvertes. et j'en trouve de considérables. ou bien (les dolmens) formées par des dalles de pierre non dégrossies. les unes et les autres imitant dans leur ensemble [les grottes où avaient vécu les ancêtres car les vieux usages restent imposés au mort. j'en trouve. tout comme Içs gutres. etc.. Ce furent d'ordinaire de longues allées ou des chambres étroites. Nous en reparlerons. Viré. ou bien taillées dans le roc. fermée à ses extrémités par de puissantes murailles et qui les domine de profondes vallées de la Bourgogne A côté du vivant. qui font songer à des tels « villes : les espaces » du Grand-Pressigny déjà nommé. La tombe de pierre ou de terre est contemporaine de l'enceinte de pierre 2. plus solides. vaste esplanade rocheuse de dix ses rebords escarpés les riches plaines et '. A côté de ces salles terre s'était tout à : Et ceci était la dernière preuve. etc. de plus petites encore. les agglomérations humaines sont de toute espèce et de toute étendue. Grottes artificielles. ces deux dernières sortes nous paraissant de plus en plus à caractère funéraire. simples villages comme les nôtres. cistes ou coffres de pierre. sur les hauteurs. Voyez. et la plus forte.

alors la plus après cela. aujourd'hui encore aussi fermes et compacts que œuvres de la nature ^ Le mort. qui avaient pu survivre de l'ère des troglodytes? C'était la Terre qui maintenant faisait vivre les humains et les ani- manière dont la mère allaite ses enfants. et se souvenant du temps des cavernes. à la 1. Comment s'étonner. Une étude sur les iumuli préhistoriques de la France (mottes. des animaux et des hommes. maux. de hautes pierres debout les menhirs) rappellent la mémoire de ceux dont cadavres ont disparu. par excellence. que la Terre soit devenue la divinité grande divinité. (les funéraires où gisent les corps des défunts. etc. d'animaux ou de tribus. Et ce furent aussi. pour abriter les restes des tertres du mort ou pour conserver la trace de sa vie. Elle portait les foyers. d'astres. Grâce à elle. Il était désormais certain que ni le travail des uns ni la mémoire des autres ne quitteraient plus la terre qu'ils avaient choisie. signe quel qu'il soit devenu. Bien des mottes que nous croyons féodales sont de l'ère du bronze. reléguant derrière les à son service ou dans son cortège. sur la terre. le blé sortait de ses entrailles. les familles duraient autour du foyer. poypes. mère de tout et de tous. les tribus s'entendaient le long des pistes. l'homme croyait naïvement que lui aussi était sorti du sein de la terre. Elle était bien la force souveraine. C'est donc vers elle que les hommes tournèrent leurs regards de dévots et leurs âmes de fidèles. sans doute pour les amener à une autre vie. Ils avaient près d'eux les vestiges de ceux qu'ils avaient aimés. . des blés et des tribus. Esprits de tout genre. Les vivants n'habitent pas loin de là. hauts parfois les comme aussi des collines. Elle accueillait à nouveau les morts dans son giron. ou des monceaux de terre. Elle était vraiment la Mère. elle.) est un des desiderata de la science. a son monument de souvenir et symbole d'existence.58 DE LA GAULE A LA FRANCE. elle portait les tombes.

que créant par montagnes et sources : avaient également leurs Génies divins plantes et se rassembler les les sources sur- tout. à la rigueur. . beau car dir et disparaître. lui-même. regardée et qui courent et si qui murmurent comme des êtres vivants. Le défunt revivait en la reine et la elle. celle-ci. etc. magiques ou symboil faudra des millénaires pour que liques. sottes ou vulgaires. gardait un l'homme l'avait vu aller et venir. assurément. C'étaient les Esprits des ancêtres. D'autres divinités. au de Cérès et de Proserpine. Elle 59 anima un culte universel. rial. d'ailleurs. doute cependant qu'il ne fût pas alors jugé inférieur à l'aidant seulement à créer plutôt étoiles. rôle infernal Qu'on songe à l'expression latine de Mania mater Larum. qui rafraîchissent. et Le soleil. qui font pousser les hommes. en l'honneur desquels on copiait la Terre. et je n'affirmerai pas 1. La Terre était mère des morts aussi bien que des vivants K donnât lieu à des pratiques cruelles ou ridicules. eux aussi. où toutes les familles et toutes les tribus fraternisèrent. la plus bienfai- sante. Car ces Esprits. faire concurrence à la Terre.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. cela va de soi Que cette religion : la foi arrive à la pureté nécessaire. mais qui sait leur vertu sacrée n'était pas comme une des actions innombrables de la Terre même. Pourtant. étaient immortels. et ils vivaient aussi tout proches des vivants. la dépendance de les traits la Terre : c'était sous d'une femme aux le seins visibles. on les mit également sous son image à elle. se montraient ou persistaient très auprès rôle : d'elle. resplenéclairer et réchauffer de temps immémo- je bien avant qu'il n'eût l'idée de connaître la terre. Lune et forêts. la plus constante. ces menhirs pareils à des rochers. Elle protégeait ces tombes. ces dolmens pareils à des grottes. qui désaltèrent. les œuvres mêmes de on élevait ces tertres pareils à des collines. la plus mystérieuse de toutes? Un seul groupe de divinités pouvait. qu'on gravait sur les pierres tombales. ainsi que la mère protège ber- ceau de l'enfant.

ne ressemblait à ce que nous appelons une lions patrie. et de parler aussi des accords et des sentiments que ces mots supposent. presque tous les éléments qui feront la patrie ont été dès lors les déposés par Ils défricheurs de notre sol. n'en sépare pas la vie de sa vie. à coup sûr. ont fondé l'amour de notre terre. ni et de ses morts. d'une France. suivant le sens étymologique du mot. et par quoi il semble se rattacher à l'esthétique des troglodytes. qui a ses habitudes sur elle. et reconnaissant de l'Océan à la Méditerranée et des Alpes aux Pyrénées. et déjà les principaux vestiges de dessin qui nous restent de ce temps.60 DE LA GAULE A LA FRANCE. sentir autour de soi A vie et dompte la une puissance souveraine qui crée la mort. les avantages d'une entente définitive. Il culte du culte de ses foyers en est vraiment «l'habitant c'est-à-dire. la langue rapprochait jour où le sculpteur la montrerait en Image féminine. et surtout à une grande patrie comme la France. celui qui la possède elle et d'une manière continue. à une association humaine s'étendant sur des milet des millions d'hectares. Pourtant. d'hommes fois. garants de consolations et d'espérances. à la d'une Gaule. le L'homme ». En parlant de la Terre le il comme d'une mère. où traduirait par la pierre la splendeur de la maternité veillant sur l'enfance. Mais enfin ce culte de la Terre et faisaient descendre dans les âmes humaines des germes de sentiments supérieurs. y soit qu'elle ce culte des morts parvenue. . simulacres de la Terre. l'homme s'apprêtait à mieux com- prendre ses destinées et à s'y résigner joyeusement. bien qu'il soit interdit de parler ici d'une nation. ce sont des figures de femmes. et permettront de la défendre. il par se Quiconque voudra la pliera aux règles qui lui lui arracher sera son ennemi. Rien. et aussi les germes d'impressions d'où émaneront les plus belles formes de l'art et du langage.

pour apporter leurs hommages. en opposition avec l'âpreté des montagnes qui les environnent les terres basses de la Bourgogne portent leurs champs de blé entre les rochers du couchant et les marécages des rivières. à des solennels. par lesquelles. et la terre de ces espaces est ces sociétés mère. les familles de pêcheurs ou de marins s'apprêtent à commencer une vie qui ne s'arrêtera point. dans se de sur la Terre. De vastes sociétés religieuses s'établissent dans des espaces délimités. plus de relations et d'échanges dans la vie sociale. pour une peut parler maintenant de ces si grande part. Des contrastes se dessinent partout. Quelque chose existe déjà. Et il existe aussi quelque chose qui annonce leur besoin et leur désir de s'associer. Des centres de groupement se fixent pour l'éternité de culture ne devant point bouger. Les hauts lieux de la Bourgogne sont occupés au fond de toutes les baies de l'Armorique. religion sont unis dans la créatrice foi. Côte d'Or et du Jura : l'on routes vitales. en commuIls nion avec d'autres hommes. reine et déesse. Les plateaux des forêts voisines le . qui engendreront plus de variété dans la vie matérielle. les plaines sa vie de verdure féconde. en lui des lieux consacrés. Partis du Grand-Pressigny en : les terres . Marchandises et voyageurs vont et viennent sur les pistes. pour l'homme de Notre terroir de France a pris la plupart de ses aspects d'aujourd'hui. il y a des hameaux sur les deux rives de la Seine parisienne. le village ne bougera plus. les colis de silex pénètrent jusqu'en Belgique par la route de Sambre-et-Meuse. qui annonce de tout côté nos pays et nos villes. jusqu'en Suisse par les cols de la Touraine. se . leur à tous. Ils rassemblent jours elle. Cet amour du la sol le 6l met en communication. plus d'images et de beautés dans les visions du regard.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Comtat Venaissin inaugure dans . jusqu'en Armorique par celle de la Loire. et on peut prévoir le moment où ils installeront un marché commun sur les marais des bords ou dans l'île de la Cité. du Parisis se sont différenciés Brie et Beauce ont commencé à paraître .

Manuel. p. 352-3. Bourges et Poitiers. a contribué à fonder l'unité gauloise l'unité française. La Bourgogne. fera la France. elles au Grand-Pressigny en Touraine. et Lj'on est à sa porte : on dirait.G2 DE LA GAULM A LA FRANCE. au milieu de ces tribus. t. 1. au Camp de Chassey en Bourgogne. aux nœuds de ces routes. La chose a été remarquée par Déchelette. Elles ne sont plus. elle possède Alésia et Cluny. cachées mystés'étalent librement à la rieusement sous la terre surface. dans ces temps néolithiques. Voici. tout ensemble ville de séjour et de maîtrise. cette : région de Gaule la plus habitée^ car c'est Bourgogne fut un des alors la terroirs de France où il plus riche et le plus varié. presque déjà des capitales. . se montrent des foyers d'une vie plus intense. comme si l'entente humaine reconnaît déjà la valeur de ces limites. Aussi bien ce trafic ne sort pas des limites qui seront plus tard celles de la Gaule. Voici. une capitale agricole et : commerciale. Au-dessus de ces hameaux. telles que jadis les grottes : des Eyzies. I. une capitale industrielle et nous sommes ici à un des centres de la France. du Rhône et du Rhin et ici encore nous : sommes à Ce n'est un des carrefours pas un hasard si le sol est le essentiels de la France. dans une et large mesure. qui surveille à blé de la plaine et cette tranchée les terres de la Dheune par où le chemin de la Loire s'en vient rejoindre celui de la Saône. et où passe le plus de grandes routes. qu'elle exerçait déjà une sorte de prééminence. entre Tours.

Ce fut la soumission du pays. les lieux de la terre dénommés les Ilalo-Celtes identiques aux Ligures. en son entier. la charrue. d'un groupement humain. la terre se termine. but et moyens des migrations. Hypothèses sur les étapes et les routes. se duisit la vie un autre événement qui politique allait transformer aussi de nos ancêtres. Progrès dans la vie travaux de défrichement. la marine. Similitude des noms de lieu. ITALO-CELTES . l'agriculture et l'exploitation de la la vie profondément modifié France. — — — — — — — — — — — — — — — La découverte de terre avaient sociale des cole. à des troupes d'immigrants ou de conque- . nom d'une époque. le bronze. Indices en faveur de cette hypothèse. matérielle et hommes de Au cours de cet âge agripro- environ deux mille ans avant l'ère chrétienne. pour toujours. Caractère originel.III L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS INDO-EUROPÉENS . le mégalithe. Elle est essencaractère général de Vanité indo-européenne. l'éducation de Les principes de la vie sociale se fixent. Les règles de la vie morale. Ligures. Cambre. la famille et la tribu. Extension de Vunité primitive de l'Occident de l'Europe. LIGURES Da Autre événement capital: les migrations indo-européennes. et nulleLes lieux saints de l'Occident. tiellement un fait d'Europe. Les grands ment d'une race. Le Nord-Est de l'Europe. les langues italo-celtiques. Persistance des populations antérieures. industrielle . leurs habitudes intel- lectuelles et morales. centre probable de ces migrations. la Limagne.

Aujourd'hui. sa littérature. deux millénaires aupara- vant. sinon dans ses procédés. avec nos premiers vainqueurs. qui demeure grande. et ils ont collaboré à la même œuvre. Au tion. L'agricul- ture nous a fourni l'élément essentiel de notre travail et l'allure stable nous a valu droit. fort étranger aux terres de France. à quarante siècles de distance. de populations indo-européennes. l'espace. nous Indo-Européens. Ces deux faits. de notre de notre esprit'. l'unité indo-européenne a groupé autour de la Gaule les contrées limitrophes. Celui-ci. du moins dans ses conséquences.64 DE LA GAULE A LA FRANCE. De même que l'Empire des Césars et l'unité latine. de même que la civilisation gallo-romaine est née de l'adaptation d'éléments gaulois aux éléments classiques. et il lois. au demeurons tributaires du triomphe des même titre que de l'Empire romain ^ pour comprendre le caractère de cette migraconquête romaine qu'il faut la comparer. sans tenir compte de reste. ces contrées de l'Occident européen. les de nos sociétés. que les éléments indo-européens se soient adaptés. vie agricole et migration indo-européenne. 2. Sauf la possibilité. ses mœurs en fut de même. . son art. rants. En examinant mots 1. il De ce que Rome les les nous Indo- reste en nos parlers et en nos usages d'innomil brables vestiges. à l'installation. considéré surtout comme propagateur de la culture hellénique. A toutes et sa Rome a imposé son langage. ils se sont déterminés sur . et en reste autant de ce que Européens ont imposé à nos aïeux. ont également contribué à former notre civilisation moderne ils se suivent dans le temps. les troupes indoeuropéennes arrivaient d'un pays lointain. sur notre sol. ses religion. c'est à la ce qu'on appellera plus tard les limites naturelles. pour les continuer. à des éléments antérieurs. De même que les légions de Rome. l'invasion qui vint ensuite éléments originels de notre langue. a donné.

hommes JuLLiAN. déserts d'Arabie et plaines de Chaldée de Troie au Bengale les Ugnées de cette espèce ont présenté un instant une chaîne ininterrompue. Au delà de l'Europe vers le levant. 2. elle n'a rien connu.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. L'unité indo-européenne. : elle a fait. souverains des grands chemins du monde. Car notre âme et notre langue sont. il y a cette différence qxxe celui-là s'est limité au bassin de la a fini par s'arrêter au Rhin. n'a pas traversé la Méditerranée de l'Afrique. sauf des parages écartés plaines la dans elle péninsules méridionales ou d'immenses espaces les : orientales de la Russie grande médiatrice de l'Europe continentale. comme le sol de notre terre. Entre l'Empire romain et l'unité indo-européenne Méditerranée et à celui de l'Atlantique occidental. pour parler : comme les Anciens. on la vit gagner peu à peu l'Asie Mineure. au delà de l'apport chrétien. la Perse. elle. maîtres des mers et des fleuves. « sa mer » et son domaine elle elle a été la grande dominatrice des eaux occidentales et septentrionales. plus loin encore. il a dédaigné l'Irlande. a pris pour les elle toute l'Europe. de la Scandinavie et de la Baltique '. et il n'importe que les de Finlande ne parlent plus une langue indo-européenne. les hommes de cette origine Peut-être sans en excepter la Finlande. laissant à l'écart de sa route rivages de Syrie. au nord-ouest même de l'Europe. au sud de ces mers. '^ : Voilà pourquoi. 5 . de souche indo-européenne. étaient. Ma conviction. dont est 65 formée notre langue. — De la Gaulo à la Franco. 1. la couche romaine. la couche indo-européenne. s'appuyant tout à la fois sur les côtes extrêmes de l'Atlantique et sur les vallées centrales de l'Europe. au Danube et à l'Euphrate. ceux qui combattirent les Grecs. le Turkestan et monotones dans a été. de tous les rivages de l'Atlantique européen. au même titre qu'eux. Puis. et. l'Inde. y compris ceux de l'Irlande. également. En revanche. est que les Troyens. chaque jour plus forte. et. constituées par des alluvions il successives qu'ont déposées les civilisations disparues. nous discernerons sans peine. les idées dont est remplie notre âme.

et les Slaves innombrables. Cet usage est venu de ce que l'habitant de l'Inde. sans arrêt et sans lassitude. Europe enfin. l'Inde n'est dernière. et de l'Europe la plus lointaine. une nouvelle mer à son nom. . à l'origine. Dans la mesure de leurs éléments indo-européens. à bien voir les faits d'aujourd'hui. Car. s'est J'appelle cette lignée et la langue qu'elle parlait espèce pour me conformer à l'usage courant. il a fait de l'Océan Pacifique. et peut-être la et des émigrants fondateurs. fini par fonder un domaine plus vaste et plus durable de l'Empire romain. il s'apprête à la reprendre. origine de nos destinées. fondateurs de l'Empire méditerranéen. S'il a perdu l'Asie au temps de la décadence ont que celui latine. et les Germains de l'Europe centrale ^. En Ils réalité. que de l'Inde serait partie la migration initiale. que leurs ont fini : par quérants ils coutumes se sont établies. et les Italiotes. une race déterminée. et les Grecs. C'est en 1. de la langue mère qu'une conquête. et l'on a même cru un instant que cette langue était la mère de celles de l'Europe. insérant leurs familles partout où il y a des terres. éducateurs de l'Ancien Monde.6G DE LA GAULE A LA FRANCE. parlant la langue mère. après la réac- Dans la mesure où il y a eu. ils ne sont point issus de l'Asie. 2. C'est en Europe que leur race s'est constituée '. bien avant les temps historiques et jusqu'à nos jours. et les Celtes de l'Occident. ce qu'on doit dire également des autres groupes. aux antipodes de son berceau. C'est en Europe qu'ont grandi les principales souches de la famille. a parlé une langue étroitement appaet langue indo-européennes. l'Indo-Européen est en train de conquérir l'univers. l'Afrique. et il il a déjà maîtrisé annexé les deux Amériques. que leur langue s'est organisée. l' Indus et le Gange leurs courses de conne sont point partis de là. C'est de l'Europe qu'ils sont venus. je les appelle ainsi rentée aux nôtres.

J'indique ici.Bergen etTrondhjem. De là vont les rivages ou les pistes qui ont conduit les Européens aux extrêmes limites de leurs migrations. Voici à s'en gauche. Regardez sur la carte ces lieux et ces régions. Kœnigsberg. Voici au sud. des chemins qui portent en Pologne. et c'est d'ici.Visby. Riga. vers le couchant. du nord-est que je placerai volon-| de la nation ancestrale. sur lesquelles Iles s'ouvrent fiords et détroits. aux estuaires de l'Atlantique. et qui mènent aux niques. Vistule. Angleterre mondiale. Je me la représente sous la forme d'une vaste association de tribus. Oder. où l'on sent toutes proches les routes de la Grèce ^ Et voici. au Pas de Calais. Elbe et reçoivent la mer ou qui la continuent. et. des Mongols et des Turcs. par les vallées des grands fleuves. qui n'a jamais été constatée que les groupes orientaux. qu'elle a esquissé les plus audacieuses tentatives d'empire universel ou d'unité Aussi. : voilà les villes modernes qui détiendraient aujourd'hui l'héritage des fondateurs de l'Europe. les routes de mer. aux caps espagnoles de l'Armorique. que l'antique famille conquérante a repris vigueur. en Bohême. Espagne. pour être plus juste et plus exact. 67 tlon asiatique des Arabes. faut-il renoncer d'ordinaire à l'expression compliquée d' et recourir « indo-européen » au simple mot d' « européen » '. Arya. comme route de migration (sans doute la migra- . dans 2.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. L'expression de Aryen. la de mer Baltique. en Allemagne. s'étendant C'est dans l'Europe tiers le siège depuis les îles et les presqu'îles danoises jusqu'au et depuis les rivages fond de la Prusse et de la Poméranie jusqu'aux derniers fiords de la Norvège Hambourg. jusqu'au fond de l'Adriatique. et qui Weser. Chemins maritimes des Saxons. au delà du seuil de Moravie. est de plus en plus abandonnée. Britan- aux rivières normandes. des Angles et des Vikings. au 1. ou France. 3. aux rades -.

à travers la mer mer Caspienne. vers les terres d'Asie. Réunissons ensemble querons mieux les les aventures rapides des Vikings : '^ et l'extension interminable des Slaves et conquêtes et les directions nous nous explide l'unité indo-européenne. moins organisés. comme routes de migrations. c'est de là que dans les temps historiques.68 DE LA GAULE A LA FRANCE. d'autres fleuves. les migrations des peuples slaves. de nos jours. 2. de Samarcande et de Delhi Vous chercheriez en vain dans le monde un carrefour d'où la Russie. la route des caravanes porteuses des olTrandcs liyperboréennes. 1. que nous retrouverons après Gharlemagne sur toutes les côtes de l'Atlantique. Voyez. par les poussées succes- bandes en marche. par leur volonté toujours plus loin. et. puis descendant aux portes de Constantinople. divergent tant de voies souveraines'. sur les mers et les fleuves. d'Ecbatane. qui. Niémen et levant. sur celles même Paris. Aussi. lion hellénique). qui ont ressemblé à ces sives de leurs émigrants par leur d'aller invincible désir de se déplacer. celles de Troie. J'indique ici. Du fond de l'Adriatique on continuait jusqu'à Dodone. mais qui sait ce qu'ils auraient pu fonder en Occident. Il est vrai que les Vikings n'ont réussi à prendre que des domaines restreints (encore que les royaumes anglo-saxons de la Grande-Bretagne se rattachent à ce même mouvement). sont partis les principaux mouvements d'hommes qui ont premiers refait sur ces mêmes routes les antiques étapes des Européens. s'ils y avaient rencontré une population et des chefs moins résistants. le long des routes frayées par leurs ancêtres des temps préhistoriques. comme cela a dû arriver à l'époque préhistorique? . les chemins suivis au Moyen Age par le commerce des fourrures. les Duna. et à qui quelques générations suffiront pour pénétrer jusqu'à Kiev et jusqu'à Voyez à la même proche à travers les plaines époque. vers la '. gagnant de proche en comme une inondation qui se tend. arrivant presque aux rives du golfe Persique et au pied des montagnes du Thibct. immensités de ouvrent la voie vers Noire. de la Méditerranée occidentale. les Vikings ou les Normands. débordant à l'ouest de l'Elbe.

. la peau blanche. étaient surtout familiers le hêtre. 1. C'était un ensemble haut. Hachette). Paris. Cette nation a vécu là pendant bien plus d'un millénaire. et qui elle-même se nommait celle des Estes. de tribus agricoles ^ et laborieuses. telle nous la revoyons au temps de l'historien Tacite. 2. la forêt. Or. lorsque les Allemands ses voisins s'approchèrent pour la détruire enfin ^. que nous pouvons reconstituer à la des débris laissés dans les idiomes héritiers. Les Dialectes indo-européens (1908. une nation que les Grecs ont appelée celle des Hyperboréens. était celle d'un peuple qui connaissait mer. Champion). en ces régions. est passé ensuite à leurs maîtres allemands. Introduction ù l'étude comparative des langues indo-européennes {3^ édit. dans une sorte d'immobilité hiératique. toutes différentes des Germains qui les assaillirent plus tard par le sud-ouest. C'est ici qu'il faut rappeler l'admirable ouvrage de Meillet.VÊPOQVE DES MIGRATEURS. Leur langue '. Telle l'ont décrite les voyageurs européens antérieurs à Hérodote. Le nom de Prusse. : . ou « la race de l'Extrême-Nord ». Leur espèce physique semble caractérisée par le front le crâne allongé. parmi les arbres de la forêt. les cheveux blonds. Paris. et auquel. 3. le chêne. Cela fait songer aux horizons et aux habitudes des bords de la Baltique. et peut-être encore au lendemain de l'an mille. nous rencontrons sur les rives de la Baltique. ce type d'homme demeure le mieux conservé. la pêche. entre la Vistule et le Niémen. les yeux bleus. A l'époque historique. songeons à la paille de froment détail qui avait qui enveloppait les offrandes hyperboréennes sans doute une valeur symbolique. porté dans le pays de l'ambre par les populations indigènes. le saule et le bouleau. avec son complément indispensable. les chairs molles. au temps du roi Théodoric. 69 D'autres indices nous invitent également à nous tourner du côté de la Baltique pour y chercher le berceau de ces l'aide envahisseurs de la première heure. Outre le texte formel de Tacite. 1912.

Tacite. sous Crésus b les Hyperboréens ne font pas la guerre». héritiers de la terre originelle. Ces marchands refaisaient. Germanie. V. plus que le diamant. dieu souverain de ces hommes ^. même chez les Hyperboréens du Samland. c. CXLVI. n'ait pas été concurrencé de très bonne heure par celui de la Terre-Mère. t. des caravanes ou des cabotages étaient organisés. On vantait leur humeur honnête et hospitalière K Leur langue ressemblait à celle des Bretons d'Angleterre. la chose précieuse valut plus que l'or. Je n'hésite pas à voir dans ces Hyperboréens les fils de la nation mère. ceux qui ne sont point partis et qui sont demeurés sur le sol natal. : Comparez les rapportant : . rameau ou descendants des Estes au Samland). 2 (ambassade des Estes à Théodoric). 3. 633-4 (homines humanissimi. en Gaule. Pendant toute la durée des temps antiques. au vi* siècle avant notre ère. Or ce culte de l'ambre. les quatre textes suivants voyages et renseignements d'Aristée. la matière mystérieuse et magique où semblaient s'être renfermés les rayons du soleil. Pareil fait se constate en Afrique. la route suivie par leurs ancêtres en bandes de conquérants le chemin de migration était chemin de commerce *. jusqu'aux bords de la mer hyperboréenne ^. Patrologia Latina. plus que tout bien de ce monde car il y avait un dieu en elle. s'étendant sur seize siècles. Adam de Brème. des perles d'ambre. les peuples de la lignée indo-européenne semblent l'avoir conservé en eux-mêmes avec une indomptable fidélité. ne fussent pas des morceaux d'ambre. en troupes pacifiques. sur les rivages de la mer. 13. Migne.70 DE LA GAULE A LA FRANCE. 45 (les Estes laborant patientiiis). J'ai peine à croire que les fameuses offrandes hyperboréennes. 1. un des plus curieux phénomènes de ténacité historique que je connaisse. et de là. Il y a là. IV. 4. allant et revenant par exemple de Délos à Dodone et à Aquilée (près de Venise). L'une de ces coutumes était la recherche. Je ne suis pas d'ailleurs convaincu que ce culte. dociles aux coutumes des aïeux. enveloppées dans la paille de froment. pendant des mois de marche. Dans cet invincible devenu : : immuablement Hérodote. à propos des Sembi vel Pruzzi. en Italie. A mille ans de distance. les Estes du même pays envoient à Théodoric un présent d'ambre. Variarum. Cassiodore. Pour l'introduire en Grèce. 2.

le pays où ils s'établiront. je vois l'héritage moral laissé par leurs fondateurs. il ne peut s'agir de qualités immuables les dangers de la vie ou de mauvais contacts pourront changer ces vertueux Hyperboréens en cohortes de guerriers ou en hordes de pillards. ils Quand étaient partis de là-bas. Enfin. peuples de ces régions le sens du un certain idéal de justice et de bonté. Mais là encore. et pourquoi partirent-ils? Il faut bien se poser ces questions. connaissaient l'or et le cuivre ^ Je ne dis pas le bronze. quels qu'ils soient. de leur origine que de leur éducation. Les institutions communes qu'ils ont léguées aux populations de leur descendance dénotent chez eux le respect religieux du droit. puisque leur départ a donné le branle à l'histoire de la moitié du monde. un désir intense d'organiser la société sur des principes rigoureux et pour une durée éternelle. et ils l'avaient transmis à leurs des- cendants.VÈPOqVE DES MIGRATEURS. que valaient-ils. la race. . Il : communément les populations au sang desquelles ils mêleront le leur. C'étaient ils dès lors des agriculteurs. et 1. avaient emporté avec eux le fétiche de leur foi. J'ai également indiqué les les mérites que les Anciens ont : cru reconnaître chez travail. J'ai déjà indiqué leur nature physique. je crois que ces peuples du Nord étaient arrivés au même degré de civilisation que la plupart des tribus occiils dentales auxquelles vont imposer leur maîtrise. Tous les : hommes. attrait exercé 71 par l'ambre sur ils les peuples de l'Europe. ce qu'on appelle ne faut pas d'ailleurs lui attribuer une grande importance elle va se modifier suivant les nouvelles conditions de leur vie. et les peuples comme les hommes. Qu'étaient exactement ces hommes. un sentiment profond de la solidarité humaine. dépendent moins de leur nature que de leur histoire. l'amour de la paix entre eux et l'humeur accueillante. encore que ce soit possible.

s'imposer que par la crainte ou Gaule et : par la violence. elle ne peut. premiers départs. Qu'on se rappelle l'histoire des Cimbres et des Teutons ^ s' avançant péniblement à travers l'Europe pour 1. N'ayons pas à la pensée. Les Hyperboréens ne partaient pas pour brûler ou tuer. C'est pour cela que je regrette de n'avoir pu étudier à fond. l'élément italo-celtique a été fort important parmi eux. en particulier au point de vue chronologique. Cette marine. le pillage de l'Empire romain par les bandes germaniques. ce qui leur assure la supériorité sur les populations de l'ouest. si pacifique que soit une migration d'hommes. les désastres de l'Europe sous les chevauchées des Huns ou des Mongols. et spécialement du Samland. après tout. l'outillage préhistorique de ces terres hyperboréenncs. Mais. J'ai peine à croire que les Cimbres et les Teutons fussent de purs Germains. voilà peut-être l'élément principal de leur force. : Mais c'étaient aussi des navigateurs intrépides je ne représente pas leur société sans une marine puissante.72 DE LA GAULE A LA FRANCE. plus étendues ou plus fertiles. me mettant l'accord entre tous ces rivages. il faut qu'ils aient eu des avantages militaires qui manquaient aux autres agriculteurs des temps néolithiques peut-être une cohésion plus grande entre leurs troupes. la ruée sainte des Arabes en Afrique ou en Espagne. peut-être de meilleures armes de combat'. 2. lançant les et. . On ne s'empare pas des Iles Britanniques et de l'Armorique française sans être les maîtres de la mer. le jour venu. Évidemment. couvrant de ses barques la Baltique et la mer du Nord. Mais ne nous imaginons pas leurs départs comme des aventures de guerre. Ils s'éloignaient de leurs terres afin d'en chercher d'autres. l'humeur paisible et laborieuse de ces Hyperboréens ne les empêcha pas de courir le monde et de le conquérir.pour que ces la mêmes Hyperboréens le aient soumis également Danube. pour nous expliquer ces temps lointains. . et devenir la terreur du monde. Car. leurs conquêtes comme des histoires de destruction.

franc. la nouvelle jeunesse qui s'en allait vers un nouvel horizon.. Paris. et que le blé et le Un y poussent sous un ciel plus gai. La labour.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. Les Indo-Europécns avant l'hisposthume]. De plus nobles motifs les accompagnèrent. et que par là même on l'estimait plus haut. p. là y fut vite limitée. La bonne terre a été le mot d'ordre de ces émigrants. ayant affaire à des sociétés plus informes. 300. Elle avait le désir de fonder ailleurs des familles. On ne partait pas à l'aventure et en désordre. avec moins de peine pour les hommes. a agi sur ces âmes avec une force d'autant plus grande qu'on venait à peine de découvrir le prix de la chose. presque à chaque génération. C'est le '[ouw. "Voilà l'image des vingt épisodes dont a été faite la migration indo-euro- péenne. s'en saisir et les conserver. . de « terre promise ». obtenir 73 un sol vacant qu'ils pussent défricher. le On a entendu dans ces foules errantes les sentiers langage que et près des Moïse tenait à Israël sur rives du désert du Jourdain. Ses dieux la protégeaient. Ces familles nordiques pouvaient se dire parmi les plus déshéritées de l'espèce humaine. Et l'on devait connaître la richesse plus grande des plaines du sud. Mais je ne dirai pas que la faim fut l'unique conseillère de ces départs '. partout par la forêt. 311 (trad. Ces « printemps sacrés » étaient des nations en marche. au contraire. elle devenait à l'état de pléthore. à ceci près que ces migrateurs des premiers jours. en affamés pressés de nourriture. Marescq). Le mot magique de terre. 1895. ce fut parce qu'ils s'exaspérèrent de trouver toutes les places prises sur le sol. C'était. transformer en sillons. de bâtir des foyers. par la 1. ici par le terre de marécage. en demeures et en villes. La population croissait sans relâche. de former des tribus. ont su rencontrer des terres de labour. et que le droit de vivre leur était partout refusé. et si à la fin ces malheureux firent tant de mal. montagne. toire mot de von Ihering. arrivant sur des espaces moins occupés.

et nous aimerions aussi connaître les épisodes de la conquête. Là-dessus. Les Slaves. Nous aimerions savoir par où sont venus ceux des IndoEuropéens qui ont soumis la France et avec elle les régions voisines des Iles Britanniques. plus importants pour notre histoire que les campagnes gauloises des proconsuls romains Domitius et César. sans doute autour du sanctuaire de Dodone. J'ai cherché sans relâche quelques hj'pothèses qui permettent une lueur de vérité. essayant d'y constituer une vie normale. de l'Espagne et de l'Italie. On s'arrêtait longtemps à de certaines étapes. comme les Vikings leurs derniers descendants? Ont-ils suivi par terre les rivages de la Frise et des PaysBas. C'est par dizaines d'années et peut-être par siècles qu'il faut compter pour évaluer le temps employé à la conquête de l'Europe. Ces marches étaient lentes et longues. Quand les Hellènes se répandirent en Grèce. qui se sont mis en route il y a quinze siècles. n'ont pas encore achevé leurs destinées de colons. et je n'ai rien trouvé qui s'appuyât sur des indices réels. Nos ancêtres sont-ils arrivés par mer. voire une génération d'hommes. puis s' avançant plus loin après quelques années. mais toute vraisemblance nous est même interdite. et avant d'arriver à Dodone. j'imagine qu'ils fond de l'Adriatique L'établissement ébauché d'autres domiciles au ou sur les bords du Danube. sur des témoignages de confiance. comme les Celtes et les Francs des temps historiques? Ont-ils gagné le Rhin en longeant au nord la lisière des . par malheur.74 DE LA GAULE A LA FRANCE. d'un groupe indo-européen dans une ont grande région est la fin d'une très longue histoire. ils venaient de faire un très long séjour en Épire. remontant ensuite les fleuves. telle que fut l'installation définitive d'Israël sur la terre de Chanaan. non seulement nous ne savons rien de certain.

39).. la forêt centrale et sainte des Semnons ou Suèves du Brandebourg (Germanie. 43) ce qui me paraît correspondre à un parcours immémorial de peuples et de commerce. se tique? ou l'invasion. Annales. Il. : : . C'est sur cette ligne que la piste d'invasion serait le plus malaisé à reconstituer. d'un immense campement situé en Souabe. des traces laissées par les d'objets. du persan et des langues européennes. et je n'y répondrai pas davantage. et auxquelles je ne que suscite le — saurais répondre.L'ÉPOQUE DES MIGBATEURS. On sait qu'il a été précédé dans cette voie par Frédéric Schlegel et les publications de la Société Asiatique fondée à Calcutta en 1784. conquise. C'est en 1816 que parut l'ouvrage initial. petits-fils soient con- damnés à débris lieux ou une connaissance plus rigoureuse des nécessités géographiques ou des habitudes sociales. 51). le monde nouveau s'engoufîrat-il en Occident par des vagues parallèles. la silva Herculis chez les Chérusques du moyen Weser (id. on peut prendre pour jalons le lucus Tamfanae chez les Sicambres de la Ruhr (Tacite. 2. ne se doutait de cette unité qui est à l'origine de notre 1. 75 grandes forêts centrales de l'Europe S comme essayèrent Voilà les questions de faire les Slaves du Moyen Age? problème de la route.. Il y a un siècle ^. La Gaule fut-elle d'abord les péninsules. et après elle les îles et ce qui se produisit lors de l'Empire celItalie. ainsi qu'à Voilà pour les l'époque des Suèves ou des Alamans? en Bohême ou — questions d'étapes. le bois de Castor et Pollux chez les Lugiens de Posnanie (id. celui de Bopp sur la grammaire comparée du sanscrit. il ne s'ensuit pas que nos l'ignorer à leur tour. pareille à l'Em- romain? ou encore. comme nous l'avons fait pour la migration hellénique. 12). de ce que nous ignorons la marche de ces événe- ments. Une étude plus migrations. I. Si l'on pense la retrouver à l'aide des plus anciens sanctuaires fédéraux connus. Mais. ayant pris pied d'abord en pire propagea-t-elle ensuite au delà des monts. noms de attentive personne ne savait ce qu'étaient ces Indo-Européens. une science plus riche et mieux outillée fournira un jour des lueurs inattendues qui éclaireront la marche des IndoEuropéens vers les terres du couchant.

Rien ne fait songer à ces inassacres que les Espagnols pratiquèrent dans l'AméIl rique du Sud. '. Dutens. vie civilisée D'aujourd'hui à un siècle. quelques milliers de 1. et c'est l'étendue qu'elle assigna à ses domaines. la multitude qui obéit et se discipline. c'est la force et le prestige d'une minorité.76 DE LA GAULE A LA FRANCE. quelques mil- liers de Romains. édit. p. se passa alors un fait semblable à ces multiples péripéties de conquêtes ou de colonisations que présente l'histoire connue de l'Europe et en particulier de la Gaule. le plus grand nombre. II« partie. en particulier par l'examen des noms de lieu. Déjà tielles d'ailleurs nous soupçonnons deux choses essen- sur cette victoire occidentale des Indo-Européens. les populations pri- mitives ne disparurent nulle part. l'avait pressentie {De Originibus gcniiumdiictis potissimum ex indicio linguarum [écrit en 1710]. Mais Leibniz. s'impo- mais masse est demeurée ce qu'elle était. t. à la masse des envahis brèches irréparables. Je dis les vaincus. Qu'il y ait eu résistance ou accord. . c'est la place qu'elle laissa aux vaincus. avec son intelligence coutumière. à cette fatale disparition des indigènes en Australie ou aux États-Unis. la Gaule celtique. dans ses moissons de demain des espérances infinies. Le vieux fond vivant et agissant est resté à sa place sous de liers nouveaux maîtres. en supposant qu'il y eût bataille. qui sait ce que la science découvrira? l'histoire vient A voir les fruits magnifiques que j'ai de récolter. Mais il est possible que les possesseurs du sol aient fait souvent accueil et place aux étrangers. Quelques mil- de Celtes ont conquis la Gaule ligure. IV. pas une cette seule fois les vainqueurs n'ont taillé dans ses rangs des sant au plus grand nombre. comme cela s'est maintes fois produit dans l'histoire des colonies grecques ou des migrations slaves. Ce qui a triomphé dans cette : his- toire. 186).

et qui doit ses traits et ses humeurs à la nature du climat . Mais. sous César ou sous Clovis. Francs. prendre l'idiome et Les millions d'hommes qui l'habitaient alors. Un vaste travail de métissage s'opéra dans notre Occident. Qu'entre vainqueurs et vaincus aient subsisté des oppositions sociales. et l'influence du climat et du sol vint s'ajouter à celle de la multitude humaine pour faire oublier aux Indo-Européens primitifs leur nature des jours du départ. et pour ainsi dire une âme de société. qu'elles proviennent d'Espagne ou d'Italie. à la formation de laquelle la race ne sert de presque rien. cela n'est point invraisemblable : je ou quatre générations.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. de riverains de la Méditerranée ou de montagnards alpins arrivés au temps de la pierre polie. lations Il se forme peu à peu parmi les popu- d'une même contrée un caractère commun. une physionomie de peuple. s'efface rapidement ou se réduit à quelques trois : doute qu'elles se soient prolongées plus de signes extérieurs sans portée profonde. la Gaule romaine. quelques milliers d'Indo- Européens ont conquis la Gaule néolithique. Toutes les espèces humaines qui habitent alors la Gaule. en retour des leçons de langue ou d'obéissance qu'ils acceptèrent des arrivants. qu'elles remontent aux lointains troglodytes. La plus histoire de notre sol est celle de redites régulières. la race. une mentalité d'ensemble. durent les coutumes des envahisseurs. A chaque fois que nous examinons des conquêtes. et. 77 quinze siècles avant cette vieille troisième et dernière conquête. de leur sang et de leur caractère. toutes s'amalgament désormais entre elles. et en tout cas sans action sur l'âme. un tempérament collectif. ou qu'elles soient de la souche hyperboréenne nouvellement implantée. L'élément purement physiologique ou physique. et que la tare de la défaite a disparu je ne peux interpréter autrement la victoire indo-européenne. ils pesèrent sur eux de tout le poids de leur nombre. ainsi que les Celtes ont fait pour les Ramains. nous voyons que les deux groupes d'hommes se sont associés de très bonne heure.

se refusent à voir que cette unité existait déjà. et que les Césars se sont bornés à l'accepter et à la continuer. les lignes principales de cette physionomie seront tracées pour la Gaule. Alpes et Pyrénées. on trouvera l'expression la plus complète chez Piganiol. rons les décrire. à l'endroit de ces générations primordiales. aux événements de l'histoire. Paris. plaines montagnes. Voici quelle fut l'étendue du premier empire que nous connaissons en Occident. Nous essaierons tout à l'heure d'exposer les principes originels de la morale et du droit européens rien ne nous dit que quelques-uns de ces principes ne fussent pas communs aux fondateurs et aux sujets du régime nouveau. Gardons-nous. lui appartenait. Dans quelques au temps des Celtes. rivages et fleuves. et nous poursiècles. ' : : allons constater l'extraordinaire unité de langage que ce régime fonda en Occident rien ne nous interdit de supposer que cet Occident eût préludé par des idiomes similaires à la communauté européenne. une fois réglée par les armes ou les lois. à la manière de vivre. J'ai peine à croire que la lutte entre anciens et nouveaux habitants.s déités ne se hâtent pas de contracter alliance ou mariage. telle que serait la concurrence entre le Soleil des Hyperse pénétrer. de cette erreur Incurable que l'Empire romain provoque chez tant d'his: Nous toriens ils : sous prétexte qu'il a assuré l'unité de la Gaule. Mais 1. et Toute la Gaule. s'adapter les unes ment boréens et la Terre des néolithiques soleil et terre besognent trop ensemble pour que leu. se soit continuée dans les âmes sous la forme d'une bataille entre les dieux. et du sol. les Essai SUT origines de Rome (1917. de Boccard). sans exception.78 DE LA GAULE A LA FRANCE. . Les institutions morales et religieuses durent égale- aux autres. Je fais et dont allusion à une théorie assez en vogue aujourd'hui. aux relations entre les hommes.

au moins jusqu'à l'Elbe. où les avaient attirés les mines plus que le sol. filles ou nièces de l'idiome parlé autrefois en Gaule et dans les Iles les Italiotes : Britanniques. pareils encore. Je rappelle ici une fois pour toutes que dénommer celtiques ou Celtes un ensemble de langues. et c'est par suite d'une conquête qu'il s'est étendu d'abord à la France (et d'ailleurs il n'est jamais passé dans les Iles Britanniques). Au sud des Alpes. la marque la plus nette de l'unité de l'Europe occidentale. ceux que les Modernes appelleront du nom de Celtiques^ aujourd'hui. ni les Alpes. il ans et davantage. : La . Enfm. nous commettons la même erreur d'expression que si nous traitions de franc l'Empire romain d'Occident sous les fils de Théodose.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. langues celtiques. les la vallée de l'Èbre et sur les larges espaces de l'Andalousie. occupaient la vallées Bohême et les hautes Européens revendiquaient pour eux la plaine du Pô et une bonne partie de l'Italie péninsulaire. peut-être plus occupée que la Sardaigne et la Sicile. En appelant celtique le monde occidental des temps primitifs. mais d'antiques populations résistèrent dans les replis de danubiennes. sont y a l'on 1. En Espagne. l'Irlande. ils possédaient les rives de l'Atlantique. qui furent. Et c'est pour cela que a récemment dénommé ce langage. il n'en fut pas même des îles de l'Océan. de si les îles de la Méditerranée occidentale furent plus la effleurées qu'entamées par conquête '. et. les hautes terres de l'intérieur. au nord. le premier-né Corse. au sud des Alpes. ni le 79 Rhin ne servaient de une nationalité distincte. langues romanes. des hommes de même langue que ceux de France habitaient l'Allemagne de la plaine. De cette immense communauté sociale devaient sortir plus tard deux groupes principaux de peuples et d'idiomes. recouverte jusqu'aux terres hautes de l'Ecosse. ni les Pyrénées. y compris les collines de Rome et les montagnes du Latium. 2. trois mille les descendantes de ce langage qui fut. la Grande-Bretagne. filles du latin. Au delà du Rhin. il a été d'abord limité à une petite région. complète- ment absorbée par elle. de races ou de peuples de l'Occident avant le yi"-' siècle est un abus de langage le nom de Celtes n'existait peut-être pas avant cette date. frontières à d'autres.

vers 622. aussi immuables qu'elle-même. Et comme les mots qui s'appliquent au sol s'y attachent et s'y enracinent. Cimena ^ se retrouve dans celui de la forêt Giminienne. pourquoi la Limagne d'Auvergne. ces mots ont traversé sans périr les révolutions politiques et les changements de langue. comme ils signifiaient l'aspect. dans le Périple d'Aviénus. des Bretons ou des Gaulois. l'idiome italo-celtique. c'est-à-dire « l'eau divine » car les hommes de l'époque italo-celtique honoraient avec ferveur la divinité des eaux pures et salutaires. Et peut-être Cimenice le 2. Alba ou Albis. Albis. la Campanie. moins éloigné de la langue mère. Voilà pourquoi l'Elbe germanique. tant de sources ou de rivières se nomment ou se sont nommées Dives ou Divonne. ils furent les mêmes partout où l'on parla cette langue. regio. et par bien d'autres que les ancêtres des Irlandais. de 1. qui fut un marais desséché. . porte le même nom que l'Aube champenoise. pourquoi le nom primitif de nos Cévennes. pourquoi enfin en France. en Angleterre. le bruit ou la grandeur de la colline qui se dresse. plantée au cœur de l'Italie ainsi que nos montagnes au centre delà Gaule. de lacs et "de montagnes. Mais que ce mot ne nous induise pas en erreur n'oublions pas que cet idiome a été parlé au sud des Pyrénées et sur les bords de l'Elbe et du Danube. acceptés avec la terre par les maîtres et les parlers nouveaux. ne furent d'abord que des mots communs. : Un des signes les plus visibles et les plus persistants de cette unité italo-celtique est la similitude des lieu entre l'Elbe et les Pyrénées. rivières. de la fontaine qui murmure. peut-être de l'indo-européen '. Gomme ces vocables.80 DE LA GAULE A LA FRANCE. que les ancêtres des Latins de Rome ou des Ombriens du Tibre. : noms de mer d'Irlande et la noms de sources. de l'eau qui s'étale. rappelle le lac Léman. en Espagne. comme la terre les retient à tout jamais.

ont appelé Ligures les populations qui l'habitaient aux époques les plus reculées. immen on divinisait plus qu'à demi une fontaine en lui donnant un nom. Ils ont mentionné des Ligures sur IcsJ collines de Rome et sur celles de Marseille. et peut-être à l'estuaire de l'Elbe. grecs ou latins. c'est la caractériser. la fraternité d'alliance qui s'était manifestée par ce langage. Ce mot de Ligures est la plus vieille appellation collective que présente l'Occident. suivant les sentiments qu'elles suscitaient en leurs âmes. faire presque entrer la source. un nom à devenu une : seule et même personne pour ses milliers de riverains. il est probable qu'ils eurent JuLLiAN. Puisque ces Italo-Celtes avaient un langage commun. et c'est. les hommes de ce temps nous ont fourni le moyen de connaître ces sentiments et de pénétrer dans ces âmes. \ — Le la Gaule à la France.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. Nomen. régler ses rapports avec la vie humaine. sur les caps de l'Atlantique espagnol et sur les rivages de la Normandie. sources ou montagnes. de possession du sol que les agriculteurs néolithiques avaient commencée. on peut essayer de le retrouver. Donner un nom à une son rôle ou sa portion du sol. 81 En dénommant ainsi les formes de la terre. Les plus anciens écrivains. 6 . une énergie qui rapproche cent tribus. temps. fixer nature. qui nous ont transmis des témoignages sur l'histoire de l'Occident. le Rhin porte un seul depuis sa source jusqu'à la mer. par l'octroi de ces mots défila prise nitifs. Ils achevaient également. la transformer en un être qui a son unité et qui fait image. le voici nom. par où plus d'un navigateur du Midi tenta sans doute d'atteindre les mystérieux marchés de l'ambre. il un nom pour désigner l'ensemble originel de leurs tribus. en même ou la colline Maintenant que lui. la rivière dans le cycle de cette vie humaine. Quoique ce nom ne soit point parvenu jusqu'à nous.

et ceux de Francs et de Français après eux. . des Alpins solides et trapus. 4. des bruns venus du Midi. pendant quelques générations. : i nous rappr'>che des temps où cet Occident avait son il nous conduit aux lieux mêmes où elle régnait ^ Nous sommes donc invités à croire qu'il était le nom.82 DE LA GAULE A LA FRANCE. ou l'un des noms ^. porté ces noms l'un ù côté 1. le nom de Ligures sporadiquement en Occident dans les mêmes conditions qu'au Moyen Age celui de Romani. l'enquête sur ces vastes appellations collectives. étendue par toute la Gaule. Ce qui est vrai. et : espèces ethniques qui se sont juxtaposées *. 2. avant les Ligures. Nul d'entre nous n'a le droit. un peuple à la rigueur. Je crois à peine commencée. On se présente — de l'autre. de cette grande famille. et non pas un Gaulois ou un Romain. Les Ligures seraient donc le peuple et la langue qui auraient dominé en Gaule et en Occident avant l'apparition du nom gaulois ou du nom celtique. Ce fut le premier nom général qui y définit des multitudes humaines. sur la surface de l'ancien Empire romain. d ailleurs. bien entendu. une langue. nul historien n'a le droit d'attribuer à a remarqué qu'à l'époque historique. et qu'on pourrait aussi en rapprocher celui d'Ombriens. de dire qu'il est un Ligure. sous forme de nombreux îlots. en examinant sa structure physique et ce qu'il croit être sa race. Y a-t-il un rapport entre ces noms et celui de l'ambre? Cela ne pourrait être que si « ambre « était de pnvenance indo-européenne primitive. je ne dis pas une race. Sauf. c'est qu'il est fils et petit-flls de Romain et de Gaulois ces trois noms. lequel se manifeste. Ces Ligures renfermaient des hommes de toute origine. J'ai également supposé que les Italo-Celtes avaient comme nom collectif celui d'Ambrons. Mais je répète et je dis un nom. en faisant des Ibères une race s'étant. Je dirai de même pour le nom ibère. et dont on a tellement abusé et mésusé. l'existence de groupes politiques dUtincts ayant. Parmi eux se trouvaient des hommes pareils à nos Flamands et d'autres pareils à nos Provençaux. qui fut celui de l'État espagnol de l'Èbre. Pas davantage. des blonds venus du Nord. des Méditerranéens agiles et souples. 3. qualifient des situations politiques qui se sont succédé ^ et non pas des unité.

lançant des hordes . après eux encore. ont travaillé cinquante générations de Chré- tiens et de philosophes. Et l'œuvre éternelle n'est peut- être pas encore terminée. de notre tempérament de peuple. le vergobret de la Gaule. et. fait dire La récente découverte des siècles ligures a des choses nouvelles : « Arrière Gaulois et aux fanatiques Romains Nous ! sommes Gaulois. Aucun ne mérite d'être traité en fait sa ouvrier principal. et avant eux le laboureur armé du pic néolithique. 83 l'époque ligure l'origine de notre civilisation nationale. aux plus fragiles conjec- Que l'expression d'Empire ne nous égare pas. le chasseur ciseleur de silex et. le Druide de la Loire. ont également travaillé à faire le génie de notre nation et à faire le génie de chacun de l'autre. corps et âmes. est le produit d'une création dix à vingt fois millénaire. Chaque période de nos anciennes destinées possède aujourd'hui ses admirateurs ou ses dévots. en passant mais nos nous. le Ligure des dolmens. Notre France. vies et terres.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. ils nous ont aidés à devenir des Français. jusqu'à nouvel ordre. tures. celui-ci défrichant la terre. chaque nom d'histoire a part de labeur. » Nous ne sommes aïeux ni des Ligures ni des ont été tour à tour l'un et par ces phases successives. celuilà développant l'esprit. et à côté d'eux a travaillé à cette même tâche le Grec de Marseille. Ligures. Chaque siècle. Sur l'organisation générale. sur trices les institutions direc- de cet énorme Empire d'Occident. nous sommes réduits. Le poète et le juriste de Rome. Cette unité ne ressemblait ni à l'Empire d'Attila. On a dit pendant longtemps et des écri: vains d'intelligence rare écrivent encore « Nous sommes : Romains avec Jules romantique César. » Les enthousiastes de l'époque « et leurs derniers héritiers se récrient » Nous sommes des Gaulois formés par les Druides.

organisés sous forme de caravanes. celui où nous trouverons bientôt la Loire. Je me : suis toujours représenté l'ancien monde européen comme assez sem- blable d'allure à la Chrétienté médiévale en des espaces choisis et traditionnels. et surtout l'étain et ces sanctuaires.vous de milliers de pèlerins. des sanctuaires gouvernés par des prêtres. la Terre leur mère ou le Soleil leur maître. sur et Gien. car elle devait reposer sur de fortes similitudes de cultes. des pistes connues de temps immémorial. les pierres dures. ces espaces consacrés. principal élément d'union et d'alliance était- l'élément religieux et sacerdotal. de reliés marchés. de caravansérails. plus libre. ces centres religieux. quelques-uns de les non les moindres. et enfin. ni à celui de ment fonde serré par des lois et des ordres Rome. eux aussi par des traites familières. mi-chemin de son cours.84 DE LA GAULE A LA FRANCE. l'un et l'autre. Voyez par exemple mins de Rome. résidence. De ces lieux saints de l'Occident où s'est formé le patrimoine collectif des Européens. et ces sanctuaires maritimes. où souvent le même voyageur et. entre Orléans 1. à les Druides. lieux de rendez. réunissant entre eux les lieux sacrés l'ambre. où le marest chand coudoie le fidèle. et peut-être aussi de manufactures. placés sous l'invocation de divinités universelles. C'était : une communauté à la fois plus libre et plus pro- plus profonde. juxtaposi- du fond de sa tion de vingt peuples divers. telles les abbayes du Moyen Age. communs étroite- à tous. *. d'institutions et de langues. servant à la fois de lieux de prières. ces pèlerinages. car je doute qu'elle le ait obéi à un seul souverain. à un corps suprême. ni à celui de Xerxès. les chemins de Saint-Jacques ou les che- . et sur ces pistes. situés sur rivages ou les îles côtières. circulant l'or ou l'argent. à une Peut-être il tribu suzeraine. le corail et le cuivre. auxquelles pouvaient et devaient se soumettre tous les hommes de cette lignée. je commence à en entreen voir quelques-uns dans l'ombre de la préhistoire : Gaule.

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
dans
les. Iles

85

Britanniques, cette

île

d'Anglesey qui fut

peut-être le trait d'union cultuel entre Irlande et Grande-

Bretagne; un autre aux Pays-Bas, en cette île de Walcheren où commencent les grandes routes de l'Escaut, de

Meuse et du Rhin ^; plus loin sur ce rivage, l'îlot sacré de Heligoland, face à l'ouverture de l'Elbe; de l'autre côté de l'Occident, un lieu saint à Aquilée, près de Venise, à l'endroit d'où l'on descend des Alpes, où l'on arrive de l'Adriatique -. Au delà de ces sanctuaires proprement italoceltiques, commençait la ligne de ceux que revendiquaient pour eux les terres helléniques, comme celui de Dodone en Épire, ou qui demeuraient dans la contrée des ancêtres indo-européens, comme celui de l'île de Fehmarn au pasla

sage des détroits danois ^ et, l'aïeul et peut-être le plus sacré de tous, celui de l'ambre baltique au Samland, entre
Vistule et Niémen. Car,

même

après migrations et disper-

sions, les relations continuèrent

d'abord entre

les

hommes

ou

les prêtres.

Ces pérégrinations lointaines, accomplies grâce à des trêves de dieux et à des protections de prêtres, n'étaient

pas

le

principal dans la vie de ces

hommes.

Elle se passait

surtovit à cultiver et à récolter.

plus fortes, avec des

L'œuvre de défrichement continua, dans des proportions moyens plus perfectionnés, sous une

coordination plus régulière des bras et des volontés.
1. C'est, je crois, le

Dans

sanctuaire insulaire dont parle Strabon (IV, faisant face à la Bretagne et consacré à une déesse du sol indigène analogue à celle de Samothrace : et ce doit être le temple 'bien connu de Néhalennia à Domburg (Corpus inscr. Latin., t. XIII, n'5 8 775 et suiv.). L'importance de ces vieux sanctuaires insulaires
4, 6),

et maritimes suffirait à rappeler le rôle de la marine dans l'histoire primitive de l'Europe. 2. Le fameux sanctuaire de Bélénus, à Aquilée, est, dans les temps de l'Empire romain, Théritier de ce lieu saint. 3. Si c'est là qu'il faut placer le sanctuaire fédéral de la Terre

chez

les

peuples baltiques de l'ouest (Tacite, Germanie, 40).

86

DE LA GAULE A LA

FRAJSCE.

la légende d'Hercule, vainqueur de l'hydre de Lerne, nettoyeur des écuries d'Augias, chasseur des oiseaux du lac Stymphale, s'est dissimulé le souvenir et le symbole des vastes conquêtes agricoles dont la Grèce a été le témoin. Mais la Gaule a eu aussi les siennes, et si la légende ne les

a point célébrées, et leur grandeur.
le

elles

n'en eurent pas moins leur beauté

C'est après l'arrivée des Indo-Européens que je placerai

formidable travail de la Limagne, immense marais qui

fut alors transformé en cette terre merveilleuse, la joie

des yeux de France ^ Cette fois, ce n'est plus la besogne médiocre et pénible d'un travailleur isolé ce sont des milliers d'hommes qui s'attachent ensemble à des milliers d'hectares; c'est l'assaut discipliné contre le marécage, mille canaux qui le pénètrent comme des tranchées d'at:

taque, des ingénieurs qui calculent

les

pentes, qui atten-

dent le résultat pour donner de nouveaux ordres, l'armée des laboureurs succédant à l'armée des terrassiers. Nous

avons

le tort "de

réserver ces

mots

d'orgueil scientifique,
Ils

ingénieur ou calcul, à nos entreprises contemporaines.
ce que, depuis Henri

valent tout autant pour ces tâches d'autrefois. Songeons à

IV ou au Moyen Age, a représenté de de méditation, de volonté, le dessèchement des marais de la Garonne et de Normandie, du Lay etdela Sèvre et sachons admirer les créateurs de la Limagne Niortaise au même titre que les moines de Maillezais ou les Flapeine,
:

mands
d'eux.

appelés par Sully. L'histoire se doit également à
se sont fait oublier et à

ceux qui

ceux qui ont

fait parler

La Limagne
1.

est le chef-d'œuvre de ce

temps; mais en

Voyez

le

chapitre consacré à la

Limagne d'Auvergne dans

la Géologie agricole de Risler, si précieuse même pour l'histoire, Paris, Berger-Levrault). t. II, p. 404 et suiv. (1889, de Dienne, Histoire du 2. Je renvoie à deux livres essentiels
:

marais en France avant 1789, paru en 1891, Paris, Champion; Etienne Clouzot, Les Marais de la Sèvre Niortaise et du Lay, 1904, Paris, Champion. Et il y aurait bien des monographies de grand intérêt à écrire encore sur ce sujet.
dessèchement des lacs
et

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.

87

Bourgogne, en Soissonnais, en Picardie, en Agenais, en Languedoc, dans le Coratat, en Alsace, dans toutes nos
provinces d'aujourd'hui, des affaires pareilles furent réussies.

Nous ne voyons
:

le le

chasseur qui court la forêt ou

marécage

temps reculés que sauvage perdu dans j'aperçois plus volontiers le bûcheron qui
d'ordinaire en ces
le
le terrassier

défriche l'une,

qui dessèche l'autre.

On

insiste

sans cesse, pour décrire cette époque, sur la note de barbarie
vail.
:

j'ai le

droit et le devoir d'insister sur celle de tra-

Fouillée

avec audace, la terre

livrait

de

nouvelles

richesses métalUques.

On connut

l'étain après le cuivre,

l'or. Le hasard d'une expérience heureuse ou quelque renseignement venu d'Orient révéla la possi-, bilité d'un alliage entre les métaux et l'union du cuivre

l'argent après

:

et de l'étain produisit le bronze, malléable, solide et bril-

comme un métal créé par l'homme *. Grâce au bronze, la hache fut perfectionnée chaque jour. Gomme arme de combat, elle fut aidée par le poignard, puis par l'épée, dont nous verrons plus tard le triomphe. Des objets de tout genre apparurent sous l'action du métal 2, fines et longues aiguilles pareilles à des dards, agrafes ou fibules aux têtes ornées de spirales car le bronze se prêtait à la rigidité de la pointe qui transperce et à la souplesse du fil qui s'enroule. Depuis que les Hyperboréens, descendus vers le sud, se trouvaient en contact direct avec les vieilles civilisations de l'Orient, ils purent
lant, qui fut
:

1. Je n'ose, au sujet de ce problème de rorigine du bronze, me décider entre la thèse de l'origine unique, qui serait en Orient, et celle des origines multiples, dont une quelque part dans le monde indo-européen. N'oublions pas que ces populations primitives de l'Europe se pénétraient certainement beaucoup plus que nous ne pensons. 2. Pour l'âge du bronze, ou le premier âge du métal, voir le partie, 1910. Manuel de Déchelette, t. II,

V

88

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

connaître et adopter

progrès réalisés aux bords de la

Méditerranée

*.

Des animaux domestiques furent affectés à de nouveaux usages. Le cheval, qui venait à peine d'être soumis, fut attelé à des chars ou à des chariots car la roue avait été découverte; et ce n'est sans doute pas à pied que partirent tous les émigrants. Le bœuf fut attaché à la charrue, et rhom«ie n'eut plus qu'à manœuvrer le soc au
:

lieu

de

le

conduire lui-même.
le

L'attelage du bœuf, le labour à la charrue, voilà, pour

nos pays agricoles de France,
à la
fois l'outil et la terre associés
le sillon

signe d'une ère nouvelle,

de travail et de sentiment. C'est l'homme, l'animal, en une

commune

entreprise; c'est

qui se creuse sans peine et s'allonge sans erreur;

c'est le sol qui le reçoit

joyeusement;

c'est le

laboureur

et la bête qui s'avancent

ensemble, en une marche rythmée,

\

'

ciel et l'or du soleil. Assurément, les génétemps ne définirent pas la poésie sainte de ces choses avec la virtuosité d'un Millet ou d'un Victor Hugo. Mais soyons sûrs qu'elles la sentirent confusément, qu'elles comprirent la magie religieuse du labourage. Les principales images, d'ailleurs enfantines et grossières, que nous ont laissées leurs artistes, représentent des charrues et des attelages de bœufs ^. Aux siècles disparus des troglodytes, l'homme fixait la figure de l'animal de chasse, espérance de sa vie et but de ses courses il fixe maintenant le simulacre du labeur, dont la pensée domine son âme. Enfin, ces nouveaux instruments et ces nouvelles matières du travail industriel permirent de construire des édifices

sous l'azur du

rations de ce

:

plus

solides

et

plus

durables

*.

On

s'attaqua avec plus

1. Mais je ne peux croire qu'ils n'aient pas imaginé par eux-mêmes bien des choses de métal. 2. Les gravures rupestres des Alpes de Tende, si patiemment mises en lumière par Bicknell; de ce dernier, surtout A guide to the prehisioric rock engravings in the Ilalian Maritime Alps, 1913, Bordighera, Bessone. 3. C'est à dessein que je me suis interdit d'insister sur les monuments mégalithiques au chapitre précédent, avant l'introduction

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
d'énergie à la pierre,

89

comme on l'avait fait à la terre. Les demeures des vivants restaient toujours en bois mais, pour les demeures ou les souvenirs des morts, on bâtit des dolmens chaque jour plus massifs, des menhirs chaque jour plus hauts'. Le Men-er-Hroeck de Locmariaquer dresse son pilier à plus de 20 mètres; la grande dalle qui
:

recouvre la chambre sépulcrale de Gavr'inis a plus de 12 mètres carrés. Pour amener ces blocs, pour dresser ces
il fallut des charpentes, des rouleaux, des cordages de dimensions considérables et d'une solidité à toute épreuve, et il fallut en outre des équipes d'hommes orga-

obélisques,

nisées,

manœuvrant avec ensemble
il il

sous l'ordre d'un seul

chef, et

fallut enfin, chez ce chef, des calculs attentifs

et minutieux. Certes,

ne

les faisait

pas par

écrit,

il

ne

savait ce qu'étaient l'épure, le papier, le chiffre et la méca-

nique

:

tout se passait en son cerveau, par souvenirs et

Mais lui aussi, comme le dessiccateur de la LJmagne, valait sa valeur de savant. Cette construction de mausolées indestructibles nous ramènera à la même conclusion que le dessèchement des marais, que la dénomination des détails du sol l'éducation de la terre est terminée, par le labour, par le tombeau, par la sainteté du nom. Attendons quelques génénous verrons cette terre imprimer son rations encore image sur les sociétés politiques.
réflexions.
:

:

En même temps que la terre, les familles et les tribus humaines qui l'habitaient recevaient, elles aussi, leurs façons
définitives, les règles de leur vie et les lignes de leur droit-.

du métal. Dans un sens contraire, Déchelette les étudie sous la rubrique âge de la pierre polie (t. I de son Manuel). 1. Ce qui n'exclut pas le rapetissement de ce genre de construction à une époque postérieure. 2. Je m'inspire, pour ce qui suit, de Fu-tel de Coulanges, La qui ait été l«nté Cité antique, le premier et le plus grand eflui
'.

la juge. elle sera mère et maîtresse. et peut-être déjà les champs qu'elle cultive.se sont formées. C'est dans une époque plus ancienne. dans une antiquité sans date. sol : pour ainsi parler. pourvu de droits et honoré de la titres. Il est vrai que l'homme demeure la le maître. Celui-ci guide et. l'épouse oubliera la famille de sa naissance pour ne plus connaître que celle de son mari. dans la vie elle participe à son culte et à ses titres : où il sera père et maître. femme Car qu'il s'est choisie et qui a accepté de vivre avec lui. la vie conjugale est indissoluble. » : .90 DE LA GAULE A LA FRAyCE. 4 « Les populations grecques et italiennes sont infiniment plus vieilles que Romulus et Homère. dépendent du père. mais ce ne sont pas des esclaves. Les enfants. est de les préparer à devenir pères de famille à leur tour. et que les institutions se sont ou établies ou préparées. violence. le mariage est l'origine le : d'une famille éternelle. ubi Gaius. ibi Gaia. Son devoir. C'est une union librement consentie. Pour être vraiment un homme. Le principe de la vie sociale est la famille. placée sous la sauvegarde des dieux et la sanction du culte. la maison qui l'abrite. eux aussi. comme dira le rituel romain. en les élevant corps et âmes.es. la mariage n'est plus ou n'est point un acte de femme enlevée comme un butin de chasse ou de guerre. Mais enfin. membre de la société. constituée par l'homme au jour du mariage. auxiliaire et associée Le père de famille a pour compagne. au besoin. l'espace qu'elle habite. pour reconstituer la morale et le droit primitifs des Indo-Européens. il faut être père de famille. P. devant les dieux elle est son égale. et peut-être les poètes ou les prêtres la comparaient-ils à l'union féconde entre la Terre-Mère et le Soleil dominateur tout ainsi que cet accord entre les dieux suprêm. que les croyances ". Cette famille était l'idéal de la vie terrestre. sa réplique ou son emblème sur le car toute lignée humaine doit montrer son lieu de rési- dence. Ils sont sous sa juridiction et sa discipline. Elle possédait.

pour que ses fils engendrent après lui. juge. en parler. entre les citoyens d'une tribu. L'afïection. Le seuil et l'âtre en sont des endroits consacrés. Entre les ces tribus. Rien. 91 La maison ce que serait est une chose sainte. ainsi que la maison. Mais ce qu'elle a surtout de divin et d'éternel. circule du père à l'épouse. à la manière de ce feu immortel. ou. dans ces sociétés d'autrefois. cette tribu aura. son chef. ainsi que la famille. Tout dans sieurs l'univers ressemble à se une famille. ce serait les faire supprimer de la mémoire périr une seconde fois. Et sans doute l'élément familial se retrouvait. ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître. qui ne doit jamais s'éteindre. Car. mais une affection agissante. Il ne faut pas que l'oubli atteigne les aïeux qui sont morts que leurs tombes soient au voisinage de la maison ou dans un champ dans c'est : sacré des terres lointaines. la famille vivra le temps comme sur l'espace. et d'une mort dont on ne revient plus. son foyer et son feu sacré. au-dessus du roi . Au-dessus du père de famille était le devoir familial. entre les voisins d'un village. à un tyran gouvernant à sa guise. une « piété » continue. Le despotisme y était inconnu. La communion avec des les morts est un devoir : les hommes. les vivants veulent se souvenir d'eux. prêtre et roi. sans cesse exprimée par des paroles et des actes. et cette piété est le levain impérissable qui fait surgir et s'animer toute vie sociale.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. sous la forme d'une paternité et d'une fraternité morales. de ces villages. Si plusieurs villages s'entendent pour former une tribu. leur sacrifier. ce village aura. Si t)lu- groupent pour former un village. dans les sacerdoces ou les royautés religieuses des grands maisons sanctuaires régionaux. Elle est pour le père un temple pour un prêtre. comme diront plus tard les Latins. Si le père engendre. de un échange religieux de sentiments et de devoirs. c'est membres de ces familles. c'est le foyer de cet âtre. des fils aux parents. les prier.

léna) et Alt-arisches Jus civile (1892-6. c'est la loi. .92 DE LA GAULE A LA FRANCE. Je les indique d'après les deux ouvrages de Leist. Tu ne dois pas voler. Des obligations plus précises réglaient les rapports entre hommes. des législateurs aussi capables que Moïse ou Hammourabi de formuler des préceptes de conduite ou de rédiger des articles les de loi : seulement les articles de la loi se répétaient par la parole et n'étaient pas inscrits sur des tables. honorer tes parents. Rappelons-nous la manière indépendante dont les Grecs autres. Alt-arisches Jus gentium (1889. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Les êtres passaient. même d'Homère parlent à leurs rois : c'est un dernier écho de la tradition primitive des Indo-Européens. On a pu ramener à neuf principes la morale fonda« Tu dois mentale des premiers Indo-Européens Tu dois respecter et respecter et honorer les dieux. de tribu était l'Esprit de la tribu. Tu ne dois pas tuer. ' : — — — — — — — — — — : — connaissait point toutes. pas plus d'ailleurs qu'Israël lui1. » Toute la loi d'Israël fut dans les dix commandements que Moïse édicta pour son peuple en marche nous en retrouvons de semblables dans le monde européen à l'époque de ses migrations. Une morale impérieuse avait été établie pour eux tous. Tu dois obéir à l'ordre de ta tribu. Tu ne dois pas mentir. Il connaissait donc les règles de la Il est vrai qu'il ne les morale absolue et immuable. parmi ses prêtres ou ses conducteurs. léna). Ce qui commande véritablement à des hommes. Tu Tu dois maîtriser tes Tu dois te tenir propre et pur. l'étranger et le mendiant. ce n'est pas un chef. dois honorer ton hôte. qui est la pour tous. sens. Je crois bien que l'Europe occidentale avait trouvé. aussi bien pour le chef que pour les Un souffle de liberté et d'égalité agite ces hommes. familles et tribus restaient.

Par cela seul qu'il y est question d'amour et de respect pour quelques-uns.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.endiant ou à des sympathies le misérable. Si la débauche. c'est que quelques-uns des maîtres des aient voulu les inscrire dans le cœur de tous. Il n'empêche que cette morale européenne ne fait point une part exclusive au sentiment égoïste et fermé de la famille et de la tribu. Des préludes à la bonté. A coup sûr. ceux de son groupe. de l'existence humaine. on peut prévoir le jour où respect et amour passeront à des groupes plus étendus. Mais ce qui importe. le vol. 93 même d' a nous n'entendons point. tous ces devoirs devaient être à chaque ils instant violés par des milliers d'hommes. s'y manifestent. c'est que l'élite hommes comprît déjà. comme le les sont encore. Enfin. et je ne suis point sûr que ces prohibitions fussent limitées à la famille ou à la tribu. le meurtre et le mensonge sont interdits. le m. au droit universel. parmi ses ordres. vaste patrie ou humanité tout entière. de la vérité. : il ont aussi droit à des égards y a donc des devoirs même envers par cela seul qu'il est un homme. c'est qu'on a reconnu la nécessité ou la beauté de la discipline morale. que le Christ : ajoutera aux dix commandements. l'étranger. celui aimer son prochain comme soi-même ». . l'hôte.

27 et s. 1919. — — — — — — — — — — — — — >•> — — L'unité de l'Europe occidentale se disloqua à la veille de l'an mille avant notre ère. souveraine de l'Océan. . plus très reli- sociale. L'Armorique. ne longue durée. L'assemblée des Druides au centre sacré de la Gaule. Hiérarchie druidique et dieux généraux. Approche des Méditerranéens et fondation de Marseille.. de temple. d'image. Caractères de la civilisation druidique : pas d'écriture. Pour les arguments en faveur de cette thèse.IV L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS LIGURES ET DRUIDES *. Sacrifices communs et communauté religieuse. capitale des morts. centre de vie agricole. voyez Revue des Études anciennes. gieuse que Une aussi vaste communauté. Le roi de tribu. La rupture de Vanité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France. Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale. sociale et religieuse. Les « pays se groupent en provinces ou « cités ». A propos des sacrifices humains. p. sans ces convulsions sanglantes qui brisèrent l'Empire romain. p. 102 et s. Relations religieuses avec la Grande-Bretagne. Je me décide. La rupture dut se faire d'elle-même. à voir dans l'organisation druidique la survivance d'institutions antérieures au nom celtique. Dangers qui naissent des ambitions commerciales. L'Armorique. renfermait point en germes d'une Aucune puissance matérielle n'existait pour la maintenir. plus commerciale elle les que politique. 1. L'âge de répée se prépare et l'âge du fer commence. après de longues hésitations. Le « pays ».

bien enfermée dans le cadre providentiel de ses : mers. . Mais l'unité la plus nette et la plus forte qui apparut alors dans le monde occidental fut celle de notre pays au lendemain et à la faveur de la décadence de la société italo-celtique. dans le rayonnement de ses vallées et à l'ombre de ses montagnes familières. l'être qui devait devenir la Gaule et la France se montra enfin sous la forme d'une personnalité religieuse et politique. A l'est du Rhin. ces 1. 95 aucun gouvernement ne prenait intérêt à sa conservation la '. et ce fut sous la domination du robuste peuple du Tibre et des Apennins. avec elles. Elle avait contre elle le jeu des forces géographiques. archéologiques. et peut-être. Les plus anciennes générations avaient pris possession du sol. les tribus indo-européennes allèrent à l'isolement. Aucune trace de gouvernement central ou général ne résulte des faits linguistiques. les populations furent chaque jour plus indifférentes à leurs voisines du couchant. et ne vécurent plus que sous le reflet des États étrangers qui grandirent sur l'Èbre « et en Andalousie. religieux ou autres qu'on a pu constater dans le monde occidental à la première époque indo- européenne. ou perdit et reprit une certaine homogénéité. Voici maintenant que tout jamais accord fraternel.L'ÉPOQUE DES PRÉTRES-ROIS. tendance des régions naturelles de l'Europe à se suffire à elles-mêmes. terre de Saturne ». prit et garda. était fait vers \ l'avènement de notre patrie. telle terre. qui avaient fait de la terre la base de la vie sociale. les contours intellectuels et sur hommes. les Ombriens. s'y rapprochent pour un pour une communauté nationale. plus décisif encore. enracinés à cette terre. moraux de l'entente des hommes. Au sud des Pyrénées. L'Italie. et se laissèrent peu à peu assauvagir par les forêts et les marécages qui les enserraient. Un lien religieux assez étroit continua à grouper ensemble les tribus de la GrandeBretagne. celles de l'Irlande. à vivre chacune pour soi. comme société que la nature l'avait créée comme Un nouveau pas. d'autres étaient venues. de plus récentes avaient fixé les lois fondamentales de cette vie.

près de la forêt d'Orléans. l'Empire carolingien a eu le le mal fait par les épigones de Dagobert. En : apparence. sur la Loire. elles esquissent parfois de la De même mérite de réparer un instant nouvelles patries hommes car. Lyon ou Trêves. se réunissaient en un pour y tenir leurs assises. elles ne font pourtant pas que le mal. les obtiennent toujours un bénéfice à se serrer plus : près les uns des autres. et ce lieu était. en De lui même manière. en réunissant les tronçons de la Gaule chrétienne. Ce lieu de rencontre avait été expressément accepté parce qu'on le disait au centre de la contrée habitée par toutes les tribus de même sang. en cherchant pour elle des capitales. Pour avoir ainsi cherché et choisi ce centre. il fallait donc que l'on eût l'idée d'une de prêtres et . l'Empire romain. c'était assemblée nationale. La conquête indo-européenne avait évidemment préparé ce jour où une nation devait se fonder en France. même groupés pat la violence. les montagnes et le Rhin. pour la ainsi que la contrée tout entière sentît et respirât d'un souffle plus régulier et plus général. Chaque année. Si dangereuses que soient ces grandes formations impériales pour le repos et la santé du monde. manière encore. lui aussi. qu'on appelait les Druides. en lui rappelant sans cesse ses vraies frontières. contribuera à parfaire l'unité de la Gaule. ce n'était que concile et cénacle en réalité. Elle avait obligé les familles de ce pays à se connaître et à se comprendre. imposant à nouveau la même langue et les mêmes dieux. les prêtres des tribus. elle et les lointains plus avait. à des jours lieu consacré solennels. L'unité gauloise (je me sers de ce mot de Gaule par anticipation) était essentiellement d'ordre religieux. comme je l'ai déjà indiqué. parler. image symbole de patrie.96 DE LA GAULE A LA FRANCE. mille ans plus tard. fait elle avait rendu les routes plus fréquentées accessibles.

J'incline à accepter l'hypothèse de Soyer sur l'emplacement de « l'ombilic » gaulois. pour doter une nation d'un domicile certain. et. Je répète que je ne les me sers de cette expression de ligure que celtique. : enceintes consacrées Il n'importe d'ailleurs le principe souverain. foyer et capitale. les Encore cela que temps lui aient assigné pour frontières deux mers et les deux chaînes de montagnes. les Deux mille ans plus tard. Regardez les lieux extrêmes de la Gaule ligure* l'île de \Yalcheren avec son sanctuaire cher aux marins de la mer du Nord. lorsque moines bénédictins voudront refaire l'unité intellectuelle et morale de cette Gaule devenue chrétienne. la capitale. qui sera le plus révéré des lieux gaulois au voisinage du Rhin. 229. indiquant la valeur rituelle et frontière aux époques les plus anciennes. contours précis et visibles. pour une famille. 1920. 16). autour duquel s'unissent terres et forces vives. l'île attirante de Sein aux neuf prophétesses. pour désigner JfLLus. de lui imposer un cœur qui le foyer. Je ne dis pas que cette contrée correspondît exactement à la France. le rocher de Monaco. limites dans le droit fécial primitif. Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire. le sanctuaire de la Loire ^. plus que les frontières. en tant que demeure de tribus parentes. Aquitaine et Bourgogne'. on touche à la fois à France. pour définir une région. plus au sud. c'est au même endroit. résidence il d'une famille sociale. le : : 1. Voyez l'importance des Et je pourrais citer bien des faits cultuelle d'une ligne 2. Voyez p. n. fallait qu'on eût la notion de son étendue et l'indication de les le ses limites. diront-ils. contrée. ce est-il possible : car les prêtres et les fidèles d'alors aimaient plus encore les que nous les les lignes tracées. 7 . c'est de lui marquer un centre. '. p.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. 3. hommes de Rhin. Il était admirablement placé pour commander à tout ce qui sera la Gaule. vaut plus que les murailles. 3. On eut alors pour centre. qu'ils installeront un puissant monastère et leurs plus célèbres écoles car là. près de la fontaine Saint-Sébastien {Bullelin de la Section de Géographie. à Fleury-sur-Loire. Mandeure au pied du Jura. pour une nation. à. domine. 4. temps antérieurs à l'Empire la — De Gaule à la Franco. future station d'Hercule.

On dira que ce sont là symboles et images. d'images et de symboles. là s'assemblaient ses prêtres. l'histoire de sa conquête. L'esprit laïque. sont à égale distance de « l'ombilic » divin de la Loire. D'après Aviénus. Je disais tout à l'heure que la religion aimait les lignes précises^ : mais elle aimait également les images concrètes qui dessinent la pensée. les tribus associées qui s'arrêtent. bien plus que les nôtres.98 DE LA GAULE A LA FRANCE. la terre et la vie L'adaptation est maintenant absolue entre la vie de de la société. de telles idées conviennent à ces générations anciennes. Si nous voulons nous rendre compte de la manière dont ces fondateurs de la Gaule se représentaient leur nation et sa terre. voyez les dénombrements primitifs. les habitudes scienpeu à peu chassé cette allure magique que l'homme imprimait à terre sa vie. Mais c'est précisément pour cela que de tels mots. Les hommes de ce temps ont-ils donc mesuré les étapes sur les routes pour arriver au milieu même de leur réseau? ou est-ce le hasard qui les y a conduits. si elles se tenaient en ce saint des saints pour sentir palpiter son cœur. vers 164-172. le cap du Figuier aux abords de l'île enchantée de Saturne \ tous ces angles naturels de la Gaule. Si ces pieuses réunions avaient pour objet de culte la Terre-Mère. les solennels rassem- 1. l'unissant à la vie de la par des paroles mystérieuses et d'émouvantes for- mules. relisons l'Ancien Testament. . la mère même de leur société. cap Cerbère qui abrite le port de Vénus. L'îlot de Santa-Clara à SaintSébastien? 2. la description de la Terre Promise. ce n'était pas seulement la terre universelle à laquelle elles donnaient le baiser de dévotion. Je pourrais ajouter les nombres rigoureusement exacts. et qui les a conduits exactement à la moitié du cours de la Loire. c'était la terre propre de leur nation. de méta- tifiques ont phores et de figures. Elles vivaient. depuis la Genèse jusqu'à Samuel. le fleuve médian de la France? Toujours est-il que là où était le centre du pays. occupés par des enceintes sacrées.

3. En réalité. nous observons des épisodes de vie collective qui nous rappellent les prêtres de la Gaule. s'y assembler reste. 99 blements de leurs hommes autour de « la pierre de témoignage » *. c'est une sorte de renaissance de sa conscience collective. telle que Gergo\ie ou Bibracte. les centres religieux principaux au temps des Juges. si l'on veut établir une concordance plus exacte. qui place son foyer au temple de ce Dieu. 1915. et aujourd'hui encore la lecture de l'Ancien c'est Testament réussit à nous passionner. Au même chez les tribus arriérées de l'Australie. pour prendre un sentiment plus fort de ses attaches et de ses intérêts. l'analogie véritable. cf. la solidarité fraternelle qu'à chaque instant nous entendons l'écho de nos pensées des ou de nos traditions nation. et le repos accordé enfin à l'arche dans la colline sainte de Sion ^. Il me paraît certain que « l'ombilic » de la Gaule était représenté par une pierre. comme s'il était une seule famille^. § 1. sur les ombilics des pays celtiques. 2. renforcer la fraternité natio- 1. se rendent autour de la pierre mystique qui est l'emblème de leur vie sociale et qu'ils accomplissent les gestes et les actes solennels. ch. 3. ils obéissaient au même désir. et les Juges. en particulier Samuel. Finistère). pour l'ombilic druidique. Esdras. tels que je me les figure au temps primitif. membres d'une un peuple qui s'identifie avec son Dieu. analogue à celles de Delphes ou d'Irlande ou à la pierre de Kermaria (dans Pont-L'Abbé. 193 et s'. p. et que nous n'avons parlé que d'Indo-Européens. . ne sont pas loin de ressembler aux Druides. c'est pour vivifier à nouveau leur société. Les Druides ne faisaient pas autrement dans leur enceinte divine. Revue des Études anciennes. Lorsque les hommes d'un clan. groupés sur le giron de la terre maternelle. et monte aux pour jours de fête vers la ville sacrée sa capitale. Loth. . serait avec Silo ou Mitspa. en état de pureté rituelle.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. Sion ou Jérusalem rappelle plutôt une capitale militaire de la Gaule celtique. Les divergences entre les hommes ou que les entre les sociétés humaines sont moins si fortes ressemblances. Que l'on n'objecte pas que ces conquérants de Chanaan étaient des Sémites.

ils tranchaient des litiges. on englobait. Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912. . à côté de leur rôle religieux. Druides les renouvelaient dans les journées des assises par plus efficaces et les plus solennels des sacrifices. 033. Essai historique sur le sacrifice (1920. Par le meurtre rituel de quelques hommes émissaires. la religion sociale s'est abêtie dans les rites magiques d'un clan atrophié. et peut-être se souvenaient-ils. leurs même les langue. tandis qu'en Gaule elle s'épanouissait dans l'image éternelle d'une grande nation. Paris. un resserrement du lien fédéral. purifier. nale. Alcan). : Les prêtres. car l'esprit de la 1. sur qui l'on rejetait toutes les fautes et toutes les tares de la société. en particulier p. qui étaient des victimes humaines -. des relations commerciales existaient entre leurs coutumes étaient pareilles. « la conscience collective. Les prêtres et les dévots qui se rendaient aux bords de la Loire parlaient la tribus. communauté de sang les et cette fraternité d'alliance. on unissait dans ce renouveau toutes les tribus associées ces sacrifices d'expiation et de purification devenaient aussi des actes de communion et d'alliance. comme un nouveau un nouveau traité de sauvegarde qu'elle contractait avec ses dieux. Nourry). 2. en Australie. de force et de pureté. rajeunir et réconforter cette société : c'était pour elle bail de vie. un réveil de la solidarité publique. exerçaient de très importantes fonctions de juges : ils punissaient des coupables. on pensait effacer ces tares et expier ces fautes. J'emprunte expressions et renseignements au célèbre ouvrage de Durkheim. Ce n'était pas en effet un groupement artificiel auquel présidaient les rites druidiques. qu'ils avaient une ascendance commune. ils adoraient mêmes Cette les dieux. Par là même. Voyez maintenant Loisv. conscience de conscrences » ^ Seulement. Paris.100 DE LA GAULE A LA FRANCE. ainsi que les Juifs à Jérusalem. on confondait.

Les dieux qu'on avait adorés aux heures saintes demeu1. des pratiques génécontinuaient la loi de l'alliance. qu'avait lieu la cueillette du gui. des institutions. etc. le juge des juges. consolidaient encore ces attaches nationales qui s'étaient renouées dans le sang de leurs Il sacrifices. Par la suppression des préils à batailles ou à querelles. Puis. 18-19. été. et elle répondait à un idéal qu'on peut supposer en leurs âmes. le soleil apparaît dans toute sa gloire et la que d'autres moins sanglantes et plus paisibles. rentrés chacun en sa tribu. 2. L'un d'eux était regardé comme le premier et le chef de tous. pleines terre dans toute sa maternité. que rales : : d'être pour des millions d'hommes occidental. « le roi des sacrifices des ». . Les prêtres. une gloire quasi divine. Je m'inspire pour cette expression de l'Ancien Testament. verdure immuable au milieu de la forêt dépouillée. des noms donnaient une sanction permanente à l'unité. au moment où fêtes. avaient lieu en hiver. et où le soleil. au solstice de décembre. s'arrête et revient pour recommencer sa course. n'a rien vu de comparable. prêt à disparaître vers le sud. Le monde jusqu'au temps empereurs romains. au moment où la terre reçoit les semences nouvelles. Mais dans l'intervalle de ces fêtes. 10. avaient intérêt à rappeler sans cesse cette loi car elle faisait en partie leur puissance. Il est possible que son autorité fût purement nominale mais ce n'en était pas moins une souveraineté magnifique. 3. Juges. des titres. au solstice de juin. est vrai que ces fêtes J'imagine qu'elles avaient lieu en ne duraient que quelques instants. le prêtre des prêtres. Il y avait une hiérarchie dans ce clergé. Ces Druides n'étaient pas égaux entre eux.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. et peut-être est-ce en ces fêtes de décembre. sagesse divine textes ' 101 était en eux. J'imagine aussi d'espérances en l'éternité de la vie.

comme on disait le dieu « national )>. en admettant qu'il l'ait jamais été? Disait-on simplement «la Teutatès? nation ». qu'une place importante ait été faite un jour. que le fait même des prières communes et celui de l'enceinte où tant d'hommes sont assemblés. d'Esprit social. mais Certains indices m'ont parfois rendu l'iiypotlièse fort tentante. le dieu du ciel et du bords sacrés de la Loire. Ce Teutatès. raient les dieux communs de toutes les tribus. une dernière question se pose à propos de cette assemblée. dans ces enceintes de prières. tonnerre. Enfin. nombre et noms de dieux nous que inté- ressent moins. ouvrant des routes et des marchés. le dieu souverain. . nom et son histoire. c'est fort probable. ou. d'empereur et de législateur. Ceux que nous trouverons bientôt sur les Taran. Tentâtes. Au reste. qu'il l'avait ensuite disciplinée. nous ne pouvons encore les distinguer. l'astreignant au travail et par son je à la paix. plutôt. des mots de Gaule et de Gaulois '. sur la Loire. il y a encore bien des motifs pour l'écarter. a une telle allure de Génie de peuple. de la société fédérale qu'elle représentait. dieux adoptifs. à Bélénus le Soleil. mère du dieu et de la nation. dieu d'alliance disait il : son fils nom de la national on de lui que. auprès d'eux.102 DE LA GAULE A LA FRANCE. — Je ne pense pas qu'on puisse supposer l'existence. Terre et peut-être aussi son époux. Ésus. 1. le dieu des champs et des batailles. aux assises religieuses de ses tribus associées. que ne peux m'empêcher de le voir présider. Qu'à côté ou même au-dessus de lui on ait adoré la Terre. lui révélant l'industrie et les arts. Quel nom lui donnait-on? et quel nom ' ' donnait-on à la terre qui la renfermait? Le nom de Ligures était-il toujours celui de ces populations. ne sont peut-être que de nouveaux venus. avait fondé la nation dont il portait le nom. J'ai peine cependant à croire que Teutatès n'ait point déjà existé signifie le dieu « comme ». père et éducateur du peuple. Nous vou- drions les connaître exactement. — — acceptés par les prêtres à la suite de révolutions politiques ou sociales. dès ce temps-là.

L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS.
Je ne
ce
dois

103

pas parler de Celtes, car

les

hommes de
j
I

nom

habitaient encore au delà du Rhin.

Ainsi, l'histoire ancienne de la Gaule s'inaugure dans
l'unité; et cette unité résulte
la région naturelle qu'est la

de l'accord profond entre' France et la société humaine

qui s'y est établie.
Pareil fait étonne ceux des historiens ou des sociologues
la pensée demeure dominée soit par le morcellement du monde antique en cités rivales, soit par l'émiettement

dont

actuel des populations sauvages en tribus qui s'ignorent;
et
ils

se refusent à reconnaître cette loi

du passé, que

l'his-

toire générale de l'Europe (pour

ne parler que de l'Eu-

rope) a

commencé sous les auspices de vastes fraternités humaines. Car ce que je dis de la Gaule, je pourrais le répéter d'autres régions de notre monde. A l'arrière des destinées

du Latium et des douze acropoles de l'Étrurie, il y eut, je crois, l'unité de « la Terre de Saturne », dont les mythes nous ont conservé le souvenir, et que l'archéologie reconstituera un jour. Avant de se décomposer en ligues ou en royaumes, la Grèce a connu le prestige d'une large société religieuse, qui lui a imposé la communauté de langue et de mythes et qui lui a laissé le regret éternel de l'accord disparu. Ce régime des cités antiques que nous voyons au temps de Thémistocle ou de Cincinnatus, ce n'est pas une société qui commence et se forme, c'est une société qui se disloque et finit. Ou, plutôt, si c'est le point de départ d'une civilisation nouvelle, d'un Hellénisme universel ou de l'Italie romaine, c'est en même temps la décomposition, qui se continue et s'achève, de l'Italie de Saturne ou de l'Hellénisme des fils de Dodone. Ainsi va le monde, ainsi se fait l'histoire, qu'une ancienne unité s'efface quand une nouvelle unité se prépare. En France, au dixième siècle,
classiques de l'Italie, des trente villes

104

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

\ on observera

prodromes d'une grande nation, qui
de cela,
le

est

déchirement féodal /sera le dernier terme de la rupture de l'Empire romain. Mais le grand mérite de la France, la loi providentielle
la nôtre; et à côté
les

devenue f

de ses destinées, et cela apparut dès l'origine, c'est que forces d'unité l'emportèrent toujours rapidement sur

les forces

diale,

ou

la conscience

de dispersion. Le souvenir de l'unité primorou l'instinct de l'unité nécessaire,

ne se perdirent jamais. L'idée d'une amitié collective, d'une union sacrée planera toujours au-dessus des divisions les plus fortes. Ce ne fut pas l'épisode symbolique d'un jour, compris de quelques initiés et oublié après eux, que ce rassemblement des prêtres de toutes les tribus aux abords de la Loire, au centre de la terre gauloise ce fut le premier signe d'une histoire qui ne finira plus. L'émotion ressentie en ces solennités druidiques ne disparaîtra pas. Elle pourra s'affaiblir pour longtemps, les masses pourront l'ignorer elle renaîtra sans cesse, quelle que soit la forme que lui donneront de nouvelles générations. Il y aura toujours des âmes d'élite qui conserveront l'espérance d'une grande patrie; et cela devait suffire pour
: :

assurer l'éternité à l'idée souveraine.

Si
les

grande et

si

sainte

que parût cette unité de

la Gaule,

hommes

qui la maintenaient ne se résignaient point
ils

à n'en pas sortir;

n'avaient pas perdu la tradition ou

le désir d'une unité plus grande et plus sainte encore.

Les liens étaient rompus avec les gens de l'Italie, et sans doute aussi, sauf quelques navigations commerciales vers Heligoland ou les marchés de l'ambre, les liens avec les parents plus lointains. La famille indo-européenne vivait de plus en plus en sociétés qui s'ignorent, chacune se transformant à part, les unes pour se civiliser, les autres pour dépérir. Mais le sentiment de la parenté et de l'alliance demeurait encore très vif, chez les prêtres de la Gaule,

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-BOIS.
à
l'endroit

105

de

leurs

voisins

des

Iles

Britanniques.

marine armoricaine, les échanges de trafic étaient fort intenses entre les deux rives de la Manche et du Détroit. On commençait à recourir, pour le bronze, à l'étain de Cornouailles. La mer servait de route, et non pas de frontière. Sur les côtés opposés, c'était la même
Grâce à
la

civihsation, l'ardeur à bâtir des mégalithes ', le goût d'une certaine céramique- et sans aucun doute de très étroites affmités de langage. Les prêtres des deux îles s'appelaient des Druides, comme les nôtres; et ils se réunis-

saient

eux aussi en des lieux consacrés, au centre de leurs
les

tribus ^

Entre

Druides de Gaule et
relations

les

Druides de Grandeet

Bretagne,

les

étaient profondes

continues.
l'île

Ceux du continent avaient même pour ceux de
respect particulier.
Ils

un

traitaient leurs voisins en maîtres

ou en initiateurs
«

:

c'était en Bretagne, disaient-ils,

que leur

discipline

»

avait été découverte, c'est-à-dire qu'avaient

été réglés les rites de leur culte, ou leur code de morale, ou leurs méthodes d'enseignement. Il serait possible que le Druidisme breton ait vu se lever autrefois un législateur célèbre, dont les leçons auraient pénétré en Gaule, dont la tradition, soigneusement recueillie, se serait conservée intacte dans les sanctuaires de l'île. Pour la connaître dans toute sa pureté, prêtres et néophytes d'ici n'hésitaient pas à passer le Détroit et à se mettre à l'école de leurs
voisins, dépositaires de la loi sacrée.

L'histoire religieuse et intellectuelle de la France est coutumière de ces hommages rendus aux Iles Britan-

1

niques. Ces néophytes gaulois qui traversent la
L'Irlande

mer pour

1.

est,

comme

et

l'Angleterre possède quelques-uns ques les plus puissants du monde.

notre Armorique, fort riche en dolmens; des monuments mégalithi-

2. Je m'en tiens aux recherches de Loth sur les vases à quatre anses (Revue des Études anciennes, 1908, p. 175 et s.). Le caractère armoricain de ces vases a été combattu par Déchelette, Manuel, t. II, p. 377. 3. Surtout l'île d'Anglesey

106

DE LA GAULE A LA FRANCE.

puiser aux sources vraies de la tradition druidique, annon-

cent ces dévots du cloître ou ces fervents de l'école qui,

au temps de Brunehaut ou de Charlemagne, appelèrent, pour régénérer la France ou pour l'instruire, l'Irlandais Colomban ou Alcuin le Breton. Des deux côtés du Détroit se transmettait l'habitude d'une alliance morale qui pouvait préparer un meilleur avenir aux terres occidentales de l'Europe.

Cette civilisation druidique excluait tout ce qui, depuis
la

conquête romaine,

fait partie

intégrante de notre vie

ordinaire.

Et c'est pourquoi ce mot de civilisation fait sourire, quand on le voit appliqué aux prêtres et aux éducateurs de ces temps reculés.
Ils
ils le

ignoraient l'écriture, ou,

s'ils

en connaissaient l'usage,

condamnaient. Entre le dieu et le fidèle pour le sacrement ou la prière, entre le chef et le citoyen pour l'ordre et l'obéissance, du maître à l'élève pour la science, de
la

l'homme à l'homme pour
suffisait; et,

promesse ou
la

l'amitié, la parole

mémoire des faits accomplis, elle suffisait encore. C'était évidemment priver les hommes de la sécurité et des joies que donne l'écriture, témoin infaillible du mot prononcé, écho fidèle des choses disparues. Pourtant, ne croire qu'en la parole, lui attribuer une
pour conserver
valeur solennelle et magique, faire qu'un

mot

lie

à jamais

une volonté plus que ne le ferait un signe sur le bronze, tracer pour toujours dans l'âme invisible l'empreinte des
âges passés et des ancêtres partis, incorporer par là à
l'esprit,

de façon indélébile, la croyance et la tradition,

fortifier ainsi

deux des

facultés maîtresses de l'homme,

la

cela avait une grandeur une beauté que nous ne devons point méconnaître. Nous voyons bien, aux services que nous rend l'écriture, le désastre que serait pour nous d'en être dépouillés; nous ne voyons pas assez les faiblesses intellectuelles et morales qu'a amenées sa divulgation.
et la religion
:

mémoire

du mot

et

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS.

107

Les Druides interdisaient d'imaginer la figure des dieux le doute de reproduire la figure des hommes monde était prive de ces merveilles que sont pour le regard les images divines, de ces joies que sont pour les survivants les images des êtres perdus. Mais cela n'empêchait pas
et sans
:

force

de songer au mort, de revoir nettement ses traits par la du souvenir, et de l'aimer encore de l'esprit et des

yeux; et la divinité ne pouvait que gagner en splendeur et en pureté, de ne point être représentée par des lignes matérielles.

L'usage n'était point venu de
bâtir des édifices.
terre
:

tailler la pierre et

d'en

Un

dieu n'avait point sa demeure sur la

l'endroit consacré

l'on priait et sacrifiait était

un

lieu

d'assemblée pour

les fidèles, et

non pas un

lieu

de

résidence pour la divinité. C'était en bois qu'étaient les

demeures des hommes. Seules, les enceintes sacrées des villes et les tombes des morts avaient droit à la pierre mais c'était pierre brute que le métal n'avait point polie.

:

Et

cette

tradition

continuait tout à la fois le respect

ancestral pour la pierre et l'inquiétude religieuse qu'a
éveiller l'emploi

pu

de ce métal.

telles prescriptions supprimaient beaucoup d'art beaucoup de science; mais la vie morale n'en prenait pas une fâcheuse allure. Nous avons été tellement éduqués par l'art et par l'écriture, que nous ne comprenons plus l'existence sans eux, que nous traitons de sauvages ou de barbares les siècles ou les peuplades qui en sont dépourvues. En réalité, il peut exister des civilisations qui ne les con-

De

et

naissent point, j'entends des sociétés hostiles à la lettre
et à l'image
le travail,
l'esprit

moulées qui pourtant enseignent

la

bonté et

qui honorent la justice et la vérité, qui cultivent
libre

de l'homme, où la réflexion et l'imagination se
carrière.

donnent

Des poésies admirables peuvent

n'avoir jamais été écrites et se transmettre de bouche en

1.

La valeur

religieuse des murailles doit

remonter aux temps

primitifs.

L'Indol'origine réservait à la parole toute sa force. bouche. il Je suis de plus en plus persuadé que la civilisation et peut-être la langue du Nord-Ouest sont demeurées les moins éloignées de l'indo-européanisme primitif. les codes de morale n'ont pas été mieux observés. je reconnais qu'il en restait de les sacrifices humains. Athènes et Carthage les ont connus. ne faut pas se payer de mots ou se nourrir de préjugés. A la décharge des temps druidiques. Israël n'y a pas été étranger. 1. Ces prodigieux inventeurs qu'ont été les hommes du silex et de la hache ignoraient le calcul écrit. religieuses ou juridiques de l'Empire romain. il faut rappeler que la mort n'éveillait pas alors les mêmes désespoirs. On les ne fera pas un crime ou une aux Druides longtemps que et Grecs ou Italiotes.108 DE LA GAULE A LA FRANCE. Rome. lettre et l'image laissait à il l'Égyptien ou au Sémite la n'en valait ni plus ni moins d'être demeurés. même . de l'Europe chrétienne et du monde moderne montrent avec quelle lenteur^ l'homme se déshabitue du rite de meurtre. au delà des mers. plus fidèles comme intelligence et faiblesse les lois comme cœur. aux habitudes aux des aïeux ^ Parmi ces habitudes. les mêmes angoisses que de nos jours. Les sacrifices humains ont été de tous les peuples et de tous les temps. Pour avoir été gravés sur des tables de bronze ou de marbre. Il irait habiter au loin. et certaines pratiques populaires. Le tombeau était pour le défunt une station d'attente ou de voyage à la veille de l'installation dans un second domicile. le jeu de la poutre et de la paille n'est pas de mise pour l'historien. il : Européen de toute sa vertu. On ne considérait la mort que comme un passage à une autre vie. Le dogme de l'immortalité humaine avait de plus en plus pénétré dans les cœurs. La religion a singulièrement perdu à devenir une forme de l'art. en ces parages inconnus vers lesquels semblaient terribles et cruelles. par exemple Mais en cela encore.

Bull. Des corps ont reposé sous ces dans ces chambres de pierre. l'idéal a travaillé la matière. L'amour de Dieu a bâti nos cathédrales au centre de nos cités. se porter les 109 caps de l'Armorique. dont l'un serait recouvert même à marée basse cf. et surtout sur les caps et de l'Armorique. et cromlechs appartiennent bien Car dolmens. c'est parce que l'Océan les attirait. même façonnée. la fureur de la gladiature a bâti les amphithéâtres aux faubourgs de nos villes. Il s'en trouve parfois de si proches des vagues. sur les paysages de France. menhirs tertres et à la religion funértiire. un affaissement du . Car l'idée dominante de toute génération laissera chez nous ses vestiges et ses témoins. il devenait un Esprit puissant et mystérieux. qui gardait à demi sa place parmi les vivants. rapprocher de sa demeure définitive. se sont exprimés par des empreintes ineffaçables sur l'aspect de notre sol. Si ces morts sont là. que la marée haute recouvre leurs pierres '. J'ai peine à croire que la chose soit due à. Je songe aux cromlechs de l'îlot d'Er-Lanic. brûler des serviteurs sur le corps de leur maître. polymathique du Morbihan pour l'année 1882. et la matière. de la Soc. la gloire des morts a dressé les menhirs et les dolmens sur les les collines plateaux de nos campagnes. en vue de l'Océan. Ce prestige de la mort. c'était ne point les séparer de celui qu'ils devaient servir après la tombe. Ces piliers rappellent des êtres disparus. de Closmadeuc. et peut-être la pierre debout était-elle le simulacre de l'homme qui avait vécu. les appelait. à l'entrée du Morbihan. c'était le On se suicidait avec la même spontanéité qu'on sacrifiait un homme. reste immuable. Et « les alignements » de Carnac sont un immense champ des morts. en si grand nombre. . au voisinage de la mer. comme si le défunt 1. Immoler un homme.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. Le mort n'était pas un être aboli. à la place où on a déposé leurs restes ou sacrifié en leur nom. sol. cette apothéose du défunt.

etc. il leur fit refaire la route qu'elles avaient suivie en partant K C'était. je me représente l'organisme druidique. cette Armorique qui s'entr'ouvre sans cesse pour recevoir la mer et l'étreindre. garants de l'unité nationale. Je : suiv. mais comme une assemblée périodique de prêtres ayant cliacun son ressort. ubi ferlur Ulixes. l. 1. fais allusion à la poésie de Claudien {In Rufinum. Je reconnais d'ailleurs les objections que l'on peut faire à ce système. voilà un nouveau principe d'unité pour notre terre. que ces désirs suprêmes convergeant vers les mêmes rivages.110 DE LA GAULE A LA FRANCE. un être amphibie. On voyait là les sépultures de ces marins armoricains dont la pensée nous revient à chaque époque de notre histoire. étaient en les représentants de petites sociétés locales ^ faut maintenant descendre dans ces sociétés.) . que ces rivages et ces tombes enveloppant le sol des vivants. et. dira-t-on plus tard. Voilà. L'Armorique est une capitale de tombes. que ces routes sillonnées par des morts. non pas comme un monastère. et voir les forces de dispersion après les énergies de rassemblement. 123 et Est locus. La baie des Trépassés? 2. autrefois habitant de la terre et était ensuite emporté par le flot. outre les assemblées des vivants au centre de la Loire. même temps Il Ces Druides. était venu en les Armorique pour rappeler tenir. mais comme un concile. ou qui projette au loin ses promontoires pour se laisser embrasser par elle. Je suppose que ces morts s'embarquaient là pour la résidence lointaine de leur nouvelle vie : Ulysse. En d'autres termes. Car beaucoup de ces morts n'étaient pas du pays. non pas comme une société de prêtres \ivant ensemble. mais on y voyait aussi celles de chefs ou de prêtres illustres amenés du reste de la Gaule. outre les lois communes données par les prêtres. Oceani prœtenlus aquis. ombres qu'il voulait entre- par son évocation. extremum pandit qiia Gallia litus. c'était le rendez-vous des morts de la Gaule. la rive universelle des trépassés.

aux extrémités. avait ses hameaux. a donné naissance à notre mot de « pays ». ces hautes ces « hameaux et La plupart de ses lieux forts. enserré par les pinèdes autour du bassin d'Arcaforteresses. les 111 L'unité sociale est la tribu. qui désigne un terroir de France. les territoires des collines droites comme des sentinelles : là habitait et travaillait. avait lié partie définitive avec la terre. des : forêts qui les bordaient et où passait ses la frontière la forêt avait d'ailleurs. ce qui se présenta longtemps encore. lieu de foire et de prières tout ensemble. Voyez. des terres de culture qu'avoisinaient villages et refuges. torrent et l'Auxois dominant cissent. à leur voisinage. Peut-être divisée en deux pagi. C'est qu'en efïet chaque tribu. qui désigna primitivement un groupe humain. une tribu agricole qui. . que Latins appelleront mot de pagus. elle aussi. Chacune d'elles possédait. ces villages disséminés au milieu d'eux. Sauf les cas. son : les deux rives de son groupé autour de sa coHine sainte d'Alésia. tout ainsi que ' la nation. à l'entour. déterminée du sol Un demi-millier de tribus se partageaient les terres de : France. et. aux mêmes places. ses marché central. Ce DES PRÊTRES-ROIS. ces bois qui ferment l'horizon. trois mille ans en arrière de nous. un marché sacré. domaines existent toujours et forment pays » de France. qui oublie en chon. vivait indissolublement unie à une étendue tribu et pays ne faisaient qu'un. l'histoire le fleuve les marais et les landes qui le rétré- Trois millénaires et peut-être davantage pour de ces pays de France. et leBlayais girondin. nos vieux « pays » sont les héritiers directs des tribus ligures et le pays de Buch. c'est une des beautés de 1. et le dévot pays de Montbéliard dans le rayonnement du lieu sacré de Mandeure. et la Maurienne allongée sur -.U ÉPOQUE pagus. de migrations intérieures. 2. ses blés et ses lins. ces champs qui s'étalent auprès. et le Perthois de Champagne aux riches cultures. du mamelon qui porte la ville de Senlis. bien entendu. Des caps de l'Armorique aux sommets des Alpes. au centre de son domaine.

Chacun de ces pays formait un petit État. soit de l'ancêtre. qui se confondait souvent avec la déité de la colline la plus haute ou de la fontaine la plus abondante. qui faisait vivre les gens de Buch en pêcheurs et résiniers. et eut un roi à côté de pour exercer les fonctions civiles et militaires. à la base de notre vie commune. Dans la suite des temps. Mais il une seule et même autorité. en Gaule ainsi que dans tout le monde européen. ceux de en éleveurs : la Maurienne les car la raison d'être de ces sociétés fut et resta l'exploitation du sol. Leurs dieux étaient. pareil au père de famille en sa maison. présentant déjà à son origine l'image de l'unité. il fut relégué il comme prêtre dans les fonctions lui religieuses. par exemple. est probable qu'ils ont été à l'origine était en sa tribu chef et prêtre à la fois. il aussi déjà dans le détail l'image des terroirs qui s'unissent en cette unité. voilà une des causes les plus profondes de notre solidité comme nation. de son sol. ses coutumes. au-dessus desquels étaient le roi et le prêtre de toute la tribu. Le chef originel. Ces Druides que nous avons vus siéger aux bords de la Loire doivent être des rois déchus. comme pour juives des fils de Jacob. Les chefs étaient les anciens et les principaux des villages. Les coutumes du pays dépendaient surtout de la nature du terroir. les dieux des sources et des collines. outre divinités générales. Je distingue l'un de l'autre le roi et le Druide. offre notre destin que. qui avait inauguré sa les tribus vie. . L'existence.112 DE LA GAULE A LA FRANCE. ayant son nom. sanglier. soit de l'animal ou de la plante qui lui servait d'arme parlante. Son nom était tiré. s'appelant les Silvanectes à cause de la forêt qui les enlace. de ces sociétés rurales. les corbeau ou gui. ceux du Perthois en agriculteurs. réel ou supposé. ses dieux et ses chefs. et l'Esprit ou le Génie de la tribu. soit de quelque particularité gens de Senlis. leur persistance à travers les âges.

au dessus des cinq une et sainte. maté- démembrée à La physionomie de ces roitelets est peut-être ce que nous connaissons le mieux dans cette très ancienne Gaule. occupait la fertile vallée de l'Huveaune et les montagnes boisées qui l'environnent. Loyson (iy20. JcLLiAN. cents rois de tribus. ils se montrent en chefs de grandes maisons. dernier témoin de l'antique royaume figure où s'installèrent les Phocéens -. trad. Y 2. Je crois cependant que. elle tendit à l'un des Grecs la coupe du mariage. Ils vivent sur leurs terres en maîtres de métairies plus qu'en despotes de palais. dédaignant ceux de sa race. simples et généreux ^ : compris celle du Jarret son affluent. à l'horizon de Marseille. entre lesquels. en pères de famille riches. 1. Ithaque et les îles ses sujettes ne renferment guère plus d'hommes et de cnanips que l'arrondissement de Marseille. Quand il apprit la venue des étrangers. ils engagent de nombreux hôtes à leurs banquets et ils savent nourrir les mendiants. les chefs y avait ou fils de chefs de villages. il faut supprimer de l'arrondissemenL le terroir de Ce>Teste et La Ciotat. 11 ou fils de rois des environs. Paris. Lisez l' Iliade et l'Odyssée patriarcale. Les Origines magiques de la royauté. Il suffit. 8 . et il accorda au Phocéen la fille de son sang et une portion de sa terre. il les invita au banquet. supérieure à la force l'infini. à la fin du repas. C'était le chef de la tribu qui. pour la reconstituer. rielle. accueillant pour les * hôtes ainsi que l'ordonnait la là les rois loi de ses ancêtres. Geutimer). représente l'autorité universelle.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. Mais. Voyez maintenant le livre de Frazer. pour retrouver ce royaume. la force morale. sans nul doute. il donnait un festin pour les fiançailles de sa fille. 113 — 11 n'empêche que leur assemblée. la vierge figure choisirait son époux. vous retrouverez chez leurs rois la même allure Agamemnon ou Ulysse sont également les chefs de petits domaines. 3. Son père admira son geste comme un prodige suscité par les dieux. de regarder celui qui accueOlit à Marseille les Grecs de Phocée et de le comparer aux rois hellènes des temps homériques. Le jour où les Grecs arrivèrent. — De la Gauio à la France.

terres de culture. et il en une société fédérale. les plus stables. amenèrent les tribus limitrophes à se confédérer. terres de résistance. les intérêts du commerce. et d'autres encore Ghifïre supposé pour les trois départements qui ont été 1. pour montrer le pays » les plus ces comment groupes se sont fondés. Trois ou quatre tribus. Tôt ou tard. Les bas pays de la Limagne. Je citerai quelques-unes de ces provinces. par-dessus « de France. comme un axe d'équilibre et une route de communication. la ligne régulière de l'Allier. les nécessités militaires imposées par des dangers communs. Alors. Corrèze. il devait se rapprocher de ses voisins immédiats. l'influence des chemins fluviaux. s'associèrent pour exploiter ensemble la région parisienne. Entre interposés peu à peu des organes de tout genre. Un désir naturel de large sociabilité. en dehors et peut-être en dépit de l'autorité centrale.Vienne. la pénétration de longues routes. On eut un État fédéral avec les pays de Saintonge des deux côtés de la Charente. qui sera plus tard l'Auvergne au milieu et au travers de ce pays s'allongeait. Haute. formés du Limousin. comment ils répondent à l'appel irrésistible de forces géographiques et d'intérêts humains. moins étendus que celui-ci. s'entendirent montagnes des Puys. Autour de la Vienne se réunirent les douze tribus du Limousin. Creuse. . naquit « la province ». dont les avec les résulta : ^ plateaux fromentiers et les forêts giboyeuses descendaient également vers le double confluent de la Seine avec l'Oise et la Marne. c'était un assemblage trop simple et trop théorique pour résister à l'action du temps et la tribu et le conseil aux passions des d'alliance se sont hommes. société de cinq cents rois sous la souverai- neté religieuse d'un concile de Druides et de son grand prêtre. anciennes.114 DE LA GAULE A LA FRANCE. Une Gaule. Il était impossible à un petit pays de France de vivre dans l'isolement. plus puissants que celle-là.

Ce qui fit le principe de celui-là. ils garderont une fixité que nulle nation au monde ne présente en ses provinces ^. la en Anjou autour de l'éventail des rivières de Maine. Buch. Par là même. et. c'est d'avoir été des sociétés de « le pays » fut une commerce. pour en adopter une autre. « la province ». surtout dans les régions de forêts et de montagnes '. Des tribus préférèrent vivre isolées. Nos organismes provinciaux dépendirent de circonstances diverses et connurent des fluctuations nombreuses. de Maurienne. La récente guerre a montré la vitalité extraordinaire de nos anciennes provinces et de leur nom. caractère. Il retardé ou accéléré suivant les événements politiques. le Commencé peut-être mille mouvement s'achevait à peine temps. La province joignit ensemble des pays qui avaient les mêmes intérêts la Charente est une voie d'appel pour tous les terroirs de Saintonge. Leur caractère initial.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. déjà nommés 2. d'entente économique unité agricole. ici la Loire ou là les confluents parisiens. de la convergence de ses rivières. Mais dans l'ensemble avaient la ils se ressemblèrent tous. Ce sont des forces qu'il faut se garder de diminuer . une fois constitués. ans avant notre dix siècles plus tard. en Touraine ou en Orléanais sur les 115 deux rives de la Loire. La force militaire d'un groupe accrut souvent son étendue. c'est l'exploitation en commun d'un terroir de culture. une unité commerciale. ces organismes étaient nés pour toujours. C'est le cas des pays de Senlis. le même ainsi que les pays dont ils étaient formés. et ils devaient être inva: : 1. D'autres se séparèrent de l'association qu'elles avaient acceptée d'abord. ne fut point partout uniforme. Ces formations ne se produisirent pas toutes en même ère. C'est de la structure de la terre française qu'ils dépendaient. ce qui fit le principe de celle-ci. d'un carrefour. de ici. c'est l'utilisation en commun d'une route. ils même origine. de la disposition de ses vallées.

la plus ancienne des ligues 1. Je me suis servi de l'expression de « province ».. durant les temps celtiques. C'est à cette cause qu'est due la société des « tribus de la mer ». et on trouverait bien d'autres cas où nos limites provinciales se conforment à des limites géologiques voyez la belle Carte géologique de la France au millionième (2<= éd. Pleine-Selve est en Gironde. et le commerce en fut également la cause principale. voilà trois mille ans. Aujourd'hui encore. 1905). au midi la société fédérale des pays santons Ce mouvement de concentration des forces locales ne s'arrêta pas aux unions provinciales ^ Dans certaines régions. mais à la limite du Puy-de-Dôme. et ce Pleine-Selve. surtout le commerce maritime. était la fédé- mais c'est que. une Saintonge. parce que c'est actuellement celle qui désigne ces groupements de « pays ». On quitte le Limousin pour entrer en : Auvergne au les lieu d'Eygurande signifie « et ce mot. . les terrains crétacés de Saintonge. un des plus anciens de u notre sol. Leur qu'il . au village de Pleine-Selve vous sortez de la Saintonge pour descendre dans les pays de Gironde. ration de pagi évolua en cité et peuple. et il existe souvent ces provinces ont un Berry. ces landes qui vous entourent. indiquent et montrent jadis le désert qui limitait -. 3. l'eau frontière qui séparait jadis deux provinces gauloises i. . 2. nom. avec sa langue. Quand vous allez de Saintes à Blayç. et cette frontière des celle des Eygiirande esL eu Corrèze.116 DE LA GAULE A LA FRANCE. les fédérations spontanées des pays gaulois. ou de l'Armorique. des ligues plus vastes. cette structure. que nous ne trouverons celui de cioitas : d'ailleurs qu'à l'époque latine. ses traditions et l'ardent amour riables comme dépit des des siens. il existe un Limousin. deux départements ne fait que continuer deux provinces. limite qui continue celle des deux provinces. mais à la limite de la CharenteInférieure. en bouleversements administratifs. il se forma des sociétés. une Auvergne les limites que tracèrent. ce « plan de la forêt ». les terrains tertiaires de la Gironde. Remarquez y a là contact entre deux zones géologiques.

117 qui ont uni ensemble des terres et des mers de France. par exemple le culte de la hache (cf. t. et à la même époque. Déchelette. sa situation prééminent au milieu de l'Atlantique. et les gisements similaires de l'Angleterre voisine. Et bien des traits de cette civilisation minoenue se rencontrent dans l'archéologie contemporaine de l'Armorique et de l'Occident. fils solées à tout instant les désirs des vivants et les lui aussi les de pères indo-européens. havre et abri aux dimensions puissantes. De même. embrassait la les îles et rivages de la manière de mer Egée. ses gisements d'étain si précieux à l'époque du bronze. une entreprise de commerce et peut-être aussi de piraterie. En tout cas. 1600-1200). A l'autre extrémité du monde européen.. dont les replis. : une large entente groupa fut quelque chose les rivages et les vaisseaux Hanse baltique autour de Visbj'^ et de son île. Il n'y a plus à faire état des théories sur les modifications du rivage depuis les temps historiques. Paris.L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS. Tout prédisposait notre Bretagne à ce rôle maritime la contexture de ses rivages. I). qui la faisait ressemavancée bler à un immense promontoire. 479-484). à l'aurore songé à 1. 3. p. 1876-1893. l'Empire maritime de Minos le Cretois. ce lieu de Locmariaquer a dû jouer un rôle central et faire sacré dans cette ligue de mer. On peut placer la thalassocratie mlnoenne dans la seconde moitié de l'avant-dernier millénaire avant notre ère (la période du minoen récent des archéologues. Il me paraît maintenant difficile de nier l'existence de relations entre la marine armori- . la présence sur ces rivages de mau: fameux. si grands qu'aient été les services rendus par cet ouvrage (4 vol. où se dirigeaient ombres des morts. Loire à celle de la Seine. de cimetières universels. les caps et les îles font une véritable citadelle de mer. peut-être De l'embouchure de la ce même à celle de l'Escaut. Desjardins (t. la comme qui se divise lui-même en ports et réduits innombrables ^. Avant de me décider pour le caractère funéraire. Le centre était le golfe de Morbihan ^. commerçant et flibustier à la hanse du Morbihan ^. 2. II. j'ai du grand menhir de Locmariaquer (Men-er-Hroeck) « la pierre de témoignage » ou « l'ombilic » d'alliance des Armoricains. Hachette). en dehors de rassemblée des Druides. telles qu'elles sont exposées dans la Géographie de la Gaule romaine de E.

étaient principes ou appétits nouveaux. qui allaient détruire le caractère pacifique et sacerdotal de l'État druidique. Strabon. qui servit de lien entre les mondes méditerranéen et atlantique. elle était devenue le caine et la marine Cretoise.118 DE LA GAULE A LA FRANCE. la colère et la guerre. con- une chaîne de montagnes. de notre histoire. 1. D'autres événements en rapprochaient la venue. un débouché sur la rive d'un fleuve. . 2. soit par l'intermédiaire de Cadix. avec sa double puissance d'estoc et de taille. IV. 3. prolongeant comme un bras de métal le bras vivant qui la tient. la marine de France avait conquis sur la nature lui offre par l'Armorique. A l'horizon de tout gain commercial il y a. un gisement métallique ou une source thermale de leur voisinage. et un jour peut-être pays de Bourgogne et pays de Franche-Comté en arriveront aux batailles pour conquérir ce chemin de la Saône qui t marche » à leur frontière commune ^ Les marins de l'Armorique verront avec déplaisir d'autres marins. s'approcher de ces marchés de l'étain dont ils voudront garder le monopole. la seuil sur un convoitise et la concurrence. intérêts de commerce. Ce n'était pas une arme plus meurtrière que la hache mais. pour les sociétés humaines. du Sud ou du Nord. Le goût de l'épée se propageait. Ces provinces économiques qui se déve- loppent peuvent devenir jalouses voiter les unes des autres. soit directement. mer. soumise aux pensées les plus : rapides de l'intelligence qui la guide. fédérations empire de la de tribus. De nouveaux temps de combats se préparaient. l'Atlantique la gloire et la maîtrise que Tout cela.

II. mille dangers de lutte surgiront pour les fils des Hyperboréens. correspond aux derniers temps ligures. en Périgord comme en Lorraine. Les archéologues de l'école de Déchelette font finir l'époque du bronze et commencer l'âge du fer vers l'an 900. les Phocéens fondèrent un premier comptoir à Marseille. du fait de cette arrivée. 1. Jusqu'à nouvel ordre. IP partie. qu'il place . Samiens. t. héritiers de Minos. Et par là encore.). finirent par les découvrir et rêvèrent de les les exploiter à leur profit. Cependant. 3. 119 moyen souverain par l'homme ^ lequel l'homme peut commander à II est vrai qu'elle était en bronze. bientôt avoir son métal et forger ses épées ^. et non pas d'exploitation et le directe. 199 et suiv. 4. chaque tribu même. Eux aussi. l'étranger s'avançait vers ces terres heureuses et riches. Vers l'an 600 avant notre ère. au même titre que Armoricains exploitaient les mers du Nord. pourra : '^. et que le bronze demeurait une chose rare il faut le faire venir de loin. II. Le premier âge du fer. Mais voici qu'on vient de découvrir le fer fer se rencontre sur tous les territoires de la France. en 1600-1300 (t. En même temps. Les navigateurs grecs de la Méditerranée. qu'on appelle l'époque de Hallstalt (Autriche) et qu'on place entre 900 et 500. 2. et des marins ambitieux de l'empire des mers. Chaque province. Il est étudié au point de vue archéologique par Déchelette. Manuel. 1913. p. Il ne serait pas impossible que les Druides aient pris des mesures contre la propagation du fer. je n'accepte que des Phocéens pour la venue en Gaule. Au cours du vu» siècle avant notre ère. immédiatement antérieurs à l'époque celtique. en Armorique comme en Franche-Comté. ce n'est pas la guerre que les hommes du Déchelette fait apparaître l'épée au troisième âge du bronze. d'étain et d'ambre. Rhodiens ou Phocéens \ étaient des trafiquants en quête de cuivre. le roi du pays leur ayant concédé un port et la colline à triple butte qui le domine au Nord.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-EOLS. il est matière de commerce.

en m'aidant des textes et traditions relatifs aux H3'perboréens et aux Ligures. l'intensité du travail agricole unissaient les familles entre elles et les tenaient unies à la vie régulière du sol. Ses élèves. Midi leur apporteront tout d'abord. et il sait l'art de bien dire. soldat. et ils ne se de battront que pour se défendre. il ne il cesse de réfléchir sur les faits. c'est uniquement troquer des marchandises autour d'un port confortable et d'une résidence inviolable. sont des négociants et. Qu'entre ces cinq cents rois il n'y eût jamais conflit et combat. En paix. je redoute moins l'arrivée des Grecs à Marseille. les êtres et les causes. Ce qu'ils veulent. en remarquant ce que les voyageurs classiques ont dit de la Grande-Bretagne en un temps où elle était l'image de la Gaule druidique. ce serait sottise que de le croire mais le besoin de l'accord était le plus puissant parmi les : hommes. . des guerriers. Pour bonheur de la Gaule. il a la curio- sité de tous il les hommes et de toutes les choses. à leur tour. que les ardeurs militaires qui naîtront dans les provinces. la terre et le prêtre qui leur commandaient étaient des maîtres de concorde K 1. ce sont hommes d'intelligence fine et d'un goût parfait. pourront éduquer les élèves des Druides. J'ai reconstitué ce pacifisme en examinant l'état habituel des grandes sociétés agricoles et sacerdotales. Mais ils ne tiennent pas à conquérir. Les Grecs qui viennent s'installer. Ulysse leur patron a beau être marin. discerne et aime le les belles oeuvres et les nobles actions. commerçant ce n'est pas un preneur de terres.120 DE LA GAULE A LA FRANCE. Et puis. ce moment. cette société druidique vivait dans la La force de la religion. et son rêve et pirate aussi des : est de vivre jusqu'à son dernier jour auprès du foyer de ses aïeux. s'il le faut.

et l'alinéa qui d'hypothèse et de reconstruction. migrations. DévelopOrganisation du système routier. Des cérémonies solennelles. plutôt. Il y a une patrie La Grèce gauloise. Beauté historique de V unité — — — gauloise. caractère propre au régime municipal de la Gaule. ou. la fédération religieuse laborieuse et pacifique. au cours du sixième siècle avant notre ère. les Celtes envahirent la Gaule et en conquirent la majeure partie : im des État guerrier se substitua à tribus ligures '. Intensité de la vie agricole. pement de la vie provinciale. La Gaule n'est pas en décadence. son allure Le cfief gaulois. ne sont là qu'à titre . En suit. — L'éducation de la jeunesse. Vimpérinlisme gaulois en Europe. commence l'éducation classique de la Gaule. les lieux de foire. Formation et croissance des centres urbains . Le caractère des hommes de Gaule se fixe. — — et sa vie. le nom de Gaule devient prépondprant. à cause de cela humeur même.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS LA GAULE DES CELTES ET DES BELGES Autres invasions ou Ce que fut sons doute l'invasion celtique. Je répète" que ceci. la société théocratique de la Gaule ligure était condamnée à disparaître. organisation des cités. La brutalité de — — — De — la religion Littérature poétique. de sa sainteté. — gauloise. Persistance et force des éléments d'unité. la communion dépit de sa grandeur. les rois de toute la Gaule. de son 1. Peu de temps après la fondation de Marseille. — — — — — — la conquête romaine.

Entre Ligures et Celtes. p. la jalousie et la convoitise à l'endroit des hommes plus riches et des terres plus heureuses qu'on savait au couchant. ne m'a fait découvrir aucune séparation caractéristique entre éléments celtiques et éléments ligures. dansP/2z7oZo(7/ca. Les Ligures ne purent que s'enfuir ou se résigner à des maîtres ^ que l'on surveille. D'après le Périple de Festus Aviénus. les ont ramenés aux langues celtiques. La toponymie. absorbée par les semailles et la moisson. 2. 46) sions historiques. donnèrent à ces Celtes une énergie particulière. étaient domiciliés aux rivages de la mer du Nord. ni pour les dieux. en firent un groupe politique plus solide. et le Ces maîtres. les périodique autour des autels. Philological Society. ni pour les coutumes.122 DE LA GAULE A LA FRANCE. vers 133 et suiv. roi des sacrifices. ne suffisaient pas à créer entre ses invasion. lien qui pût résister à la brutalité d'une vie des hommes. d'ailleurs. membres un La organisé. t. Et toutes les études qu'on a pu faire dans ces dernières années sur les documents épigraphiques attribués aux Ligures. nous ramène à dire que les Celtes primitifs étaient un groupement de tribus ligures. était incapable d'arrêter l'élan d'un ennemi On : avait multiplié les lieux de refuge sur les hauteurs ils la terre et de la garder. ni pour la langue. : . 1921. des conditions d'exis- tence plus rudes. leçons des Druides. tribus d'entre ils Rhin et Pyrénées. HolgerPedersen. n'empêchaient pas un conquérant d'occuper Une entente de prêtres ne valait pas. l'autre côté Leur isolement. voisins immédiats de la Gaule. reste et des frontières une armée qui Druide des sans force contre un roi Druides. l'émoi des pieuses assemblées. pour assurer la paix et la concorde. depuis ils les îles de la Hollande jusqu'à celles appartenaient à la même famille d'Européens du Danemark que les . traduit en expresLondres. (indication voisine de 500 avant notre ère). était d'hommes en armes. plus 1. 1. ce qui. si bien qu'on a pu dire que le ligure est un dialecte celtique(endernierlieu. je n'aperçois contraste qui compte ^ Les Celtes. et peut-être n'étaientqu'une arrière-garde de ces tribus. qui est peut-être la source principale d'informations. laissée à l'écart de du fleuve. n'étaient point très différents d'eux-mêmes.

italo-celtique. 123 le jour venu. de nom celtique. celle des Alpes et de l'Italie. ce fut pour eux une vicmanière dont les Francs. Je n'ai jamais varié d'opinion sur le basque deux éléments originels. Cette victoire ne fut donc pas celle d'une race sur une autre race. celle de l'Aude. des formations nationales. celle d'une religion sur une autre religion. il renferme 3. de conceptions ethniques. La question est de savoir d'où vient la langue dite ibérique. ibérique. nation ou Empire de l'Èbre. nulle transformation intellectuelle ne pourra plus déloger ^ 1. à Antibes. aux seuils des grandes routes qui menaient vers l'intérieur à Arles. : . d'une langue sur une autre langue. et.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. qu'à la Garonne. Des bords de l'Èbre. tout ainsi que dans celle du présent. Je répète encore qu'Ibères signifie État. et les habituèrent ainsi à prendre à leur tour ce les nom de Celtes. à propos de ces noms. Elle consista surtout en ce que des chefs. 2. visible surtout dans le vocabulaire. Celtes. en Gascogne jusIl semble que la blesse du monde ligure. de la Garonne et de l'Océan. en montrant la faiait incité les voisins à prendre leur part de butin. entreprenant. plus reculée. des groupements politiques sous des noms déterminés. à Arles et à Agde. Ligures ou Ibères. visible surtout dans la structure. à la façon le encore dont Gaulois devaient un jour accepter nom de Francs ^ conquête celtique. à une migration vers l'Èbre de Je tiens à répéter la même : . devaient plus tard soumettre cette même Gaule. et que parler d'une race ibérique qui aurait précédé en Gaule une race ligure est peut-être une des plus funestes aberrations qu'ait produite l'historiographie récente de nos origines. et avec lui pénétra au nord des Pyrénées cette langue basque de Veskuara que nul événement la poli- tique. le royaume des Ibères ^ s'étendit en Languedoc jusqu'au Rhône. la route du Rhône et du Nord à Nice et à Antibes. A leur tour. Les Grecs de Marseille s'établirent à Nice. à Agde. imposèrent leur pouvoir toire facile. partis des mêmes rivages. et s'abstenir entièrement. l'un. l'autre. J'incline parfois vers une origine asiatique. d'autres riverains de mer du qu'il faut chercher dans l'histoire du passé. à la à des millions d'êtres établis en Gaule.

Voir en dernier lieu. appétits. où leurs tribus vécurent en fédération sous le nom d'Aquitains. Et on du nom du peuple les lieux qui en tenait la plus grande part et soit éminents. Seine. aux pinèdes et aux m^ontagnes de la Gascogne. comme ils de même origine que les Celtes. sans tenir deux populations rivales. depuis Rouen Il jusqu'à Bordeaux. les Belges.124 DE LA GAULE A LA FRANCE. monde et sans habitants eux-mêmes propagèrent dès lors un l'appela tout entière soit la Celtique. 1920. de la même manière que les Phéniciens à Cadix ou les Étrusques en Toscane. Ils acceptèrent à leur voiGrecs de Marseille. n'y eut pas de grand fleuve. Éléments de phonétique basque. autrefois voisins et le Nord. franchirent Rhin les miers arrivés eux pour disputer aux prepays d'entre l'Escaut et la Marne. querelles et batailles s'acharnèrent pen- dant des générations sur malheureux sol de la Gaule. entre ces deux les vallées : groupes de peuples l'union fvit toujours assez étroite pour que nul n'ait songé à voir dans la terre de Gaule une terre divisée entre Tout au et des contraire. parents des Celtes. Ambiderrière le tions. Toulouse et Narbonne. . compte de ce dualisme le encoches de la frontière. Rhône et Garonne. ils se partagèrent les bois et l'Oise et à étaient du Nord jusqu'à Beauvais près de Reims près de la Marne mais. A eux appartinrent les ceux de l'Auvergne. et les Celtes retinrent pour eux et Paris la meilleure et la plus grosse part. des Bourgogne. sur le basque. Champion. A la fm tout se rangea. Quant aux Belges. qui ne leur sommets souverains de Cévennes sinage et de la les l'intérieur. qui après tout ne cherchaient pas à annexer des territoires autour de leurs comp- de commerce. Il resta quelques Ligures indépendants au fond des Alpes. Loire. fût réservé sur tout son parcours. Les Ibères furent réduits aux angles extrêmes de la Gaule méridionale. le très bon travail de Gavel. au Roussillon et surtout toirs aux coteaux. nom mj'stérieux dont je ne peuples de l'Orient. nom doute les unique qui signifiait la grande contrée aux limites visibles. Paris. de préférence la Gaule.

Ce n'est plus la prière. Belges ou Celtes. saurais dire s'il 125 a été apporté par les nouveaux venus. — Je nommerai Gaulois. (Ici . avec prédominaîice oujets en fer. la puissance en hommes. l'esprit A peine formé par la conquête de la Gaule. ils n'avaient qu'à suivre le vol des oiseaux ou la fuite des nuages sur les routes divines du ciel. ou. Celle-ci devient l'emblème et la marque de la domination humaine. où prêtres et agriculteurs ne sont plus que les auxiliaires d'ambitions militaires. que les arciiéologues appellent le second âge du let. les de bataille emportera ses chefs vers points de l'horizon pour la conquête du toire universelle. mais la bravoure au combat. passaient les grands vols des oiseaux sauC" st cette époque. de la enserrés par la règle pacifique tribu et de ses quatre habitudes. du nom de la slation célèbre du lac de Neuchâtel. dans l'exubérance de leur jeunesse de combattants. il fut impossible à ces hommes de demeurer en place. l'époque de La Tène. des Ligures des Alpes et des Aquitains de Gascogne. qui fera le pouvoir suprême. La principale direction était celle du sud-est.L'ÉPOQUE DES GUERJRIERS. par où. le contact avec les dieux. 1. tous les la Gaule. gauloise ou celtique. mqnde et la vic- d'écrivain Et ceci n'est point formule et métaphore moderne car véritablement les Gaulois ont cru : que leurs dieux leur donneraient l'empire de la terre et que. pour leur obéir et le prendre. Alors. exception faite des Grecs hommes de de Marseille. et le fer dont elle se forge est le métal essentiel des âges nouveaux '. l'assurance de la volonté. la vertu magique. Les Gaulois. à la manière des Anciens. dans le ciel. la maîtrise de l'épée. désormais ou s'il n'est pas l'écho de quelque appel des Druides réunis à leur concile de la Loire. verront dès lors devant eux de grands rois qui les conduiront dans leurs guerres.

et ils préférèrent s'aboucher avec les Hellènes. d'autres Celtes passèrent en Espagne pour s'établir au pourtour de l'État des Ibères. du trafic de l'Atlantique. des marchés de l'étain et de l'ambre droits qu'ils tenaient d'un usage immémorial. Il est bon de rappeler ici que le nom celtique n'a jamais réellement pénétré dans les lies Britanniques. de nos jours. d'étape en étape. La mer du sud recevait également de la Gaule ses maîtres. sur la terre. finirent par arriver. que la nature avait dessinés pour inviter la Gaule à l'empire maritime de l'Ouest. en Bavière. l'une à Delphes. les : Gaulois laissèrent des colonies. en Autriche.126 DE LA GAULE A LA FRANCE. de leur flotte devenue redoutable par ses vaisseaux de haut bord. Et plus loin encore. au delà des Alpes. l'autre à Rome. parties des bords de la Loire. Au cours de ces étapes. . en Emilie. revendiquaient droit de disposer des routes de la mer. avec lequel c'étaient les ils s'entendirent. morceau du monde. dans les Marches. où l'Apollon des Grecs l'arrêta. on allait aux pays chauds et bienheureux de Grèce et de l'Italie : et deux troupes de Celtes. ils étaient peu soucieux des choses maritimes. Il n'y est jamais venu que du fait de spéculations scientifiques modernes. en Souabe. Au nord. et par où. les Grecs de Marseille ce dont les Celtes de Provence et de Languedoc ne furent nullement jaloux. en Lombardie. en Transylvanie de l'autre. dédaignant les le conquêtes par terre. au delà du Rhin. des producteurs de domaines ou de manufactures s'entendraient avec des armateurs de navires ou des courtiers : : 1. et qui. où l'arrêta le Jupiter des Latins. en Vénétie. souche en Grande-Bretagne de provinces à leur nom Au nord-ouest. la vages. . en Bohême. en Serbie. les Gaulois d'Armorique. Belges qui réclamaient leur firent ^. mères d'importants États d'un côté. comme. on vit des royaumes de Gaulois surgir dans la Thrace voisine de Byzance et dans la Phrygie voisine de la mer Egée. qui durèrent des générations. franchissant la Manche. de la valeur privilégiée de leurs rivages. Au sud-ouest.

Si le : même pas une seule fois elle plus glorieux de ses marins. alors qu'il il accourait des Gaulois près de Byzance et de Rome. d'autres fonder un le taillé royaume en Portugal. Moins de deux siècles suffirent pour assurer aux hommes de Gaule l'empire de l'Europe occidentale. la nation française passera subitement de la crise de son adolescence à la gloire de commander. treize siècles plus tard. pour les rois de la Loire. Qu'il eût mieux valu. remplacer par l'achèvement de leur domaine naturel leurs courses prodigieuses vers de chimériques horizons Au lieu des dieux du ciel qui leur montraient l'univers. De même. terres et mers.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. poussa un jour jusque dans delà la mer d'Irlande. à Tarente. et non pas pour en conquérir il imita Ulysse son ancêtre et non pas Alexandre son contemporain. des tribus qui n'étaient point de ce nom gaulois. et déjà elle voulait être la première en ce monde. à leurs batailles. cents avant notre ère. à Antioche. ils I au . Pythéas. des terres. 127 Au reste. sur les bords du Nil. à Thulé de Norvège. le nom celtique s'était sa place dans toutes les parties de l'univers. Ceux qui titre ne prirent pas des terres s'engagèrent à naires dans les États de merce- du sud afin de se mêler. la et que des bords de la Loire et de Seine partit l'élan qui devait rendre l'Orient au monde chrétien. La France n'avait point encore accompli sa crois- sance. C'est ainsi que. Dès lendemain de sa naissance. deux avait encore. Et l'on parla des Celtes à Carthage. coûte que coûte. de commeroe. son roi n'en possédait qu'une partie. des Champenois menacer l'Allemagne. et au ce fut pour découvrir : même vers le cercle Polaire. Une épopée de marches et de combats les conduisit partout aux confins de la civilisation méditerranéenne. lorsqu'on vit l'Angleterre et l'Italie soumises par des Normands. au sortir de l'an mille. y nord des Pyrénées et à l'ouest des Alpes. Marseille était alors la sagesse ne songea à étendre hors de Méditerranée ses entreprises navales et à faire sur la l'Atlantique concurrence aux Armoricains de Gaule.

mais le roi Ambigat . mêlé de rumeurs de miracle s. Elles contribuaient à former un esprit national. neveux du roi Ambigat ils s'étaient mis en route. Toutefois. d'un autre Brennos. roi Du « jour où il y eut un de guerre. Les poètes gaulois racontaient que les deux conquérants de l'Europe avaient été Bellovèse et Ségovèse. et c'était un ferment de plus pour accroître la cohésion du le nom gaulois et soulever l'orgueil de ceux qui « gestes » que Dieu accomplit par les Francs à Jérusalem et àConstantinople. adversaire de l'Apollon de Grèt Des hymnes et des poèmes naissaient sous les pas des conquérants. l'autre pour traverser le Rhin. Et si nombreux qu'on suppose les émigrants. ceux qui voulaient être chefs au loin. en sa résidence du Berry pour gouverner les Celtes. On racontait les hauts faits d'un Brennos. voulaient remplir monde. les chefs le roi des des i différentes tribus aspirèrent à ce titre. la prépondérance de l'esprit miUtaire ne diminuait pas encore il le respect de l'unité. l'un pour franchir : les Alpes. les auraient dû écouter le déesses de la terre qui leur révéIls leraient les frontières de leur nation. à être > . ne pouvant l'être chez eux. Il ne partait que les plus audacieux de la jeunesse. Sans doute y fit naître des rivalités inquiétantes. Ces courses triomphales n'étaient point inutiles au maintien de l'entente celtique. les femmes étaient assez fécondes pour réparer les brèches était resté faites | par le départ dans le royaume de Gaule. conducteur des Celtes.128 DE LA GAULE A LA FRANCE. L'écho des victoires du Danube ou du Tibre revenait jusqu'en Gaule. Les nos aïeux une conscience plus nette de leur nom de Français En Gaule même. ces folles aventures ne compromirent pas les principes d'unité qui s'étaient déposés en la Gaule. Mais ne demandons pas à ces batteurs d'estrade du passé — l'intelligence politique qui manqua si souvent à des rois de France. et ils ne savaient pas occuper la Gaule. vainqueur o Rome. n'ont-ilspas donné r portaient.

Mais. l'un met de supposer que les Gaulois acceptèrent un instant une royauté héréditaire. elle dresse ce puy de Dôme où les hommes. tout ainsi que la légende do croire à sou existence et JvLLiA. rois des Puys et de la Limagne en même temps que dictateurs militaires de la Gaule. Franco. la légende l'a obscurci de ses nuages ^ Mais nous connaissons par l'histoire quelques-uns des rois de la Gaule qui régnèrent après lui. — De la Gaulo à lu 9 . 129 et plus d'une « fois ou se combattit à qui le possé» derait. vieillard puissant et sage. étaient invinciblement attirés pour y chercher leur dieu. la Limagne dispensatrice de biens sans cesse : renouvelés. En ces temps de croyance où l'homme sentait partout dans la nature l'expression d'une pensée divine. Mais il est impossible de vérité.N. jusce qui per- qu'aux Pyrénées et jusqu'au Rhin. cette ambition d'une royauté unique entretenait la supré- matie de l'honneur convoité. dit-on. Luern et Bituit. à la difïérence de Charlemagne guerroyant aux côtés de son neveu Roland. faits tout ensemble pour abriter et maîtriser une nation. Tous deux étaient des Arvernes. rois ». Il appartint longtemps au cheJ: des tribus du Berry. elle a les eaux chaudes pleines de vertus sacrées. par cela seul qu'elle existait. Et vraiment c'était justice que l'Auvergne arrivât sous les Gaulois à commander à elle en détient et le centre et les plus hauts la France lieux. l'autre le fils : Ceux-ci étaient. Acquérir le principat de toute la Gaule devint le rêve suprême de quiconque se sentit le désir de commander à des hommes. demeure majestueux et immobile en son palais. Celui-là. adorateurs des cimes. au roi des Bituriges.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. s'étendit au-dessus des Belges et des Celtes. dont l'autorité. se bornant à donner à ses deux neveux le mot d'ordre pour conquérir le monde. ne pas y rcconnaîUe un grand fond de de Charlemagne n'empêche pas à sou Empire. le père. et nous venons devoir le fameux Ambigat. mais qui. les refuges inviolables et les aires dominatrices des plateaux de Gergovie ou de Corent. le Charlemagne celtique. évidem- ment. il put dire que l'Auvergne 1.

au contraire. sont moins les maîtres d'un Empire que les symboles vivants et directeurs d'une unité nationale. la justice et la vérité. à l'ombre . lançant des pièces d'or. une étendue incohérente sans limites marquées par la divinité. Bituit. que l'éducateur ne concentre pas ses éloges sur les chefs et sur les pays qui ne sont pas nôtres. marchant contre les Romains à la tête de cent cinquante mille hommes et de ses meutes de chiens de guerre. avait été construite par A mon celle sens même. cette royauté de toute la Gaule devrait inspirer à l'histoire une sympathie plus grande que d'un Cyrus ou d'un Alexandre la : et je ne dis pas cela parce qu'il s'agit des Gaulois et de France.130 DU LA GAULE A LA FRAXCE. de coutumes. des figures d'histoire. Des voyageurs grecs ou italiens les ont vus. les dieux pour servir de socle à la Gaule et de trône à son roi. sont. Je veux seule- ment que l'historien n'absorbe pas son zèle. Luern. et ces terres et ces hommes sans autre unité que d'appartenir à un seul maître. je le répète. et près de lui un poète chantant sa gloire. et ils l'exercent du centre même de cette Gaule. je ne trouve pas que cette royauté de la Gaule soit moins grandiose que celle d'un Cyrus ou d'un Alexandre. Leur pouvoir ne sort pas des frontières de la Gaule. pour ce seul motif que les hasards de l'écriture nous ont mieux conservé le récit de leurs victoires et l'apologie de leurs grandeurs. de langues hostiles ou dissemblables. Ils nous ont montré Luern paradant à travers les routes en un cortège de fête. debout sur un char plaqué d'argent. Et ils nous ont aussi montré Bituit. pour les nôtres. d'êtres différents. ce sont des États faits de contrées disparates. Si folle et si vaniteuse qu'elle ait pu être. pareille à celle d'un laboureur divin qui fait lever la richesse sous le soc de sa charrue. ont été reçus à leur cour. de religions. Je veux simplement. Luern et Bituit. Or. ce qu'on appelle les Empires de Cyrus ou d'Alexandre.

car la tradition fut d'abord assez forte pour détourner du culte des images. Leurs sujets ou leurs fidèles parlent la même langue ^. Et il y a en outre des déesses près de lui. s'étend par les l'unité : et religieuse tressée jadis lieu la Druides leur assemblée se réunit toujours au sur les bords de la Loire. et si consacré par les siècles majeure partie des attri- butions politiques et judiciaires sont passées aux chefs militaires. à façonner une nation. Voyez Dottin. Pénétrons plus avant dans et : 1.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. outre la Terre. fds de la Terre. la vie morale de ces hommes. Prêtres et rois. d'autres encore. 131 de SCS plus hautes montagnes et sous l'appui de ses plus grands dieux. . hommes et terre. 1920. appartiennent à la même espèce d'hommes car. l'union fraternelle des hommes. Le panthéon gaulois s'enrichit sans cesse de noms nouveaux: je ne dis pas de figures. ou mieux. guide des bandes en marche aux heures de conquête. gardien de l'alliance entre ses tribus aux jours de la paix. guerrière s'appliquant à elle comme morale le vêtement s'adapte au corps. soldats et chefs. Au-dessus de la royauté des Arvernes. législateur et éducateur de son peuple. Kliiicksicck. nous y reconnaîtrons les empreintes d'un esprit national. collaboraient à maintenir cette union. Sirona pareille à une Diane. Le plus grand dieu des Gaulois demeurait Tentâtes. Épona protectrice des chevaux. depuis les temps de la conquête celtique. le conseil sacré n'en conserve pas moins les la souve- raineté morale. d'exclure de représenter auprès d'eux les criminels de communion gauloise. sa mère et sa compagne Andarta pareille à une Victoire ou à une Minerve. Ésus le génie des combats. Paris. Taran la lumière et le tonnerre du ciel. La Lantjue ijaaloisc. d'autres encore. le mélange s'est : fait entre tous les êtres du pays. La nature l'assiste en lui donnant comme compagnons Bélénus le soleil. il lui reste le droit de prier dieux au nom la de toutes les tribus.

ces collines étaient de longue date puissances et lieux divins. 1. Tentâtes. Remarquez qu'en matière de noms de personnes (et les noms de personnes révèlent toujours le plus ancien état de la croyance). Les Druides se réservaient le droit de définir leur nature. mot que . créatrice des eaux salubres. etc. au lieu d'être engendrée par une humble divinité du sol. Divicus. tels que Moïse devant lahvé. de les voir face à face en leur présence invisible. Diviciaciis. comme ces sources. ces eaux chaudes. on attribua aussi à sa présence les : Parnasse et la source de Castalie. de dire leurs noms. Le Jupiter italien n'a fait que grandir en s'arrêtant au Capitole. et on adora des Mères à la Fontaine de Nîmes. Peut-être auraient-ils préféré. et chaque peuplade put l'avoir chez soi. on mulseul dieu ^ et un seul sanctuaire Tentâtes descendit sur les montagnes impérieuses. et qu'en revanche abondent les noms associés à la divinité générale. l'unité rehgicuse ne put que gagner à ce que la sainteté des choses de la nature. 2.. et.132 DE LA GAULE A LA FRANCE. un mais les besoins religieux des peuples furent plus forts que l'idéalisme des chefs. Laon. Aucun de ces dieux ne portait atteinte à l'unité morale de la Gaule. Divico. sont extrêmement rares. je crois l'équivalent du Clarus Mons de Clermont. Mais. comme les : prêtres d'Israël. de lui. Bélénus s'empara de quelques et. A côté tiplia leurs domiciles. Saint-Bertrand-de-Gomminges. les noms tirés des dieux particuliers. fût attribuée à l'une des présences d'une divinité souveraine. et l'Apollon des Grecs en animant à Delphes le sommet du réchauffe. qu'on adora aux sources et aux fontaines la Marne (Matronà) fut une Mère. les Arvernes au puy de Dôme. ceux de Paris à Montmartre. les gens d'Alsace et de Lorraine au Donon. caressées par le soleil levant. Fourvières à Lyon ou Cler- mont en Auvergne-. Leyde). Je fais allusion ici aux villes appelées Lugdunum (Lyon à Fourvières. et. après avoir multiplié les êtres divins. En même temps la Grande INIère. se dispersa en les espèces de mille bonnes Mères ou Matrones. puisque Bélénus était le soleil qui eaux chaudes des Vosges ou de cette même Auvergne. « claires collines ». etc. et aussi la source de la Durance.

par Les Gaulois eurent leurs poèmes didactiques. Mais ils enseignaient aussi les devoirs de la morale. présentait ce qu'on chercherait vainement à Rome ou à Athènes. à travers ce la hommes que leurs passions monde. par la mémoire qui retient. le devoir qui soutient bon soldat. . c'est-à-dire par cette chaîne d'influences secrètes qui va de la pensée du maître à la pensée du disciple. évidemment. des dieux qui agitent. et. il se donnait par la parole qui prononce. un système d'éducation publique. C'était dans des endroits consacrés. Et ils parlaient encore les de la fortune de la Gaule. à défaut de l'écriture.ent dans les États modernes. de la création et des destinées du monde. ce qu'on trouverait seulem.L-ÉPOQii-: Di'. des idées communes et même langue. Les Druides. et une éducation nationale. i:. des rois qui commandent. composés les Druides. et la sainteté du lieu ajoutait encore : à la valeur durable du précepte ou du récit.s aci-nniEfi^. et. s'installent sur la terre. par l'attention qui écoute. où l'histoire de la nature était suivie de partant du chaos des éléments la genèse à l'apocalypse. dieux Druides qui enseignent. il en devait résulter l'éclosion d'une vie littéraire intense et variée. de l'immortalité des âmes. et surtout de ne point craindre la mort. chefs qui combattent. en racontant ce que avaient fait pour elle. grottes ou mystérieux recoins des forêts.i Les Druides avaient l)eau ne plus être les rois de la Gaule c'étaient eux qui préparaient son avenir en formant sa jeunesse. à deux mille ans de distance de notre époque. Les jeunes gens affluaient de partout pour recevoir les leçons de leurs prêtres. que se donnait l'enseignement. une nation qui conquiert.:. parlaient surtout de la vie des dieux. Car cette Gaule d'autrefois.

Quand les Romains menacèrent Bituit. compositeurs et chanteurs à la fois. homme des temps modernes. vie sociale. qui pourtant faisaient sentir leurs approches. les bardes. et je doute que dans lieux consacrés. n'acceptaient point celles qui s'entouraient de rythmes et d'images. fit rire proconsul et prières. s'ils étaient esclaves des formes. Un poète était l'ornement nécessaire des cortèges et des cérémonies. Peu à peu se fixe la physionomie de cette société gauloise. je crois entendre les frères seigneurs de l'Atlas ou Tharaud parlant des Léon Gautier parlant des preux de ses le Charlemagne. la poésie n'intervînt légionnaires. sa Gaulois annonce un même. En relisant les textes dont les Anciens l'ont décrite. une classe de poètes. que la Gaule renferma. qui ne se payaient pas de mots. leurs poésies lyriques. Par son physique. héraut attitré de sa puissance. pour finir à sa destruction par l'eau ou le feu. les traits s'en dessinent et des couleurs se dégagent.13'» DE LA GAULE A LA IRAIS CE. il leur adressa un noble de sa cour. et se place à longue distance des Romains. Elle me rappelle tantôt cette féodalité marocaine que nous venons de rattacher à la France. après les sacrifices et les pas pour esquisser quelque mystère théâtral. et ce fut le chant du poète qui préluda au discours de l'ambassadeur. leurs hymnes pieux pour invoquer les dieux. analogue aux jongleurs de la France féodale. où les étaient célébrés les aïeux et les gloires des grands chefs. Cela. sans doute. escorté d'un barde. Ils eurent leurs poèmes épiques. . où étaient racontés les faits et gestes de leur nation. et qui. et tantôt cette chevalerie française que nous verrons apparaître dans la suite de cette histoire. le d'où sortit monde. Il n'y eut pas de grand seigneur ou de roi qui ne fût accompagné de son barde. Elle prit dans la vie de ce temps une telle place. son caractère manières d'être.

c'est. le cavalier de l'Islam qu'il nous semble reconnaître. brandisles sant de la main la grande épée de déployant éclats des couleurs qui le revêtent. capuchons ou cache-nez. d'un mufle de bête ou d'un fétiche mysté- monté sur un cheval paré comme taille. rieux. soit en un donjon il campé les sur une montagne aux flancs abrupts. lui. soit en une cerf. c'étaient ensuite d'interminables festins au milieu de la . souliers. il se couvre d'un casque orné de cornes monstrueuses. ce sont les vêtements aux couleurs vives et bariolées. Ce sont alors bruyantes journées de chasse au sanglier ou au à la suite de ces meutes de chiens gaulois qui n'avaient point leurs pareils pour la quête. Quand la ne marche pas avec son roi dans les sentiers de guerre. et. ce guerrier est déjà un seigneur. Ce cavalier gaulois est déjà un chevalier. 135 Au celui physique. vaste ferme à l'orée d'une forêt giboyeuse. Mais ce qu'il aime et ce qui nous manquera depuis la fin de notre noblesse de cour. Mais si je regarde sa vie morale. parmi les êtres d'aujourd'hui. les du Romain. des armes et du collier : et songe malgré soi à des marquis de Versailles et non pas à ces Romains uniformément drapés dans des toges blanches et monotones. chapeaux de feutre ou turbans. parades militaires. son costume tient à la fois du nôtre et de de l'Oriental.UÉPOQVE DES GUERRIERS. l'on le vert ou le jaune. et sur lesquels brillent les ors de la ceinture. qui ne prend l'épée que pour le Gaulois ne sort pas de sa demeure sans avoir le glaive à son côté. où se heurtent l'écarlate. ce glaive qui est la preuve de sa liberté et son insigne d'homme. il vit dans ses domaines. il use de cela aussi bien que nous. Aux heures des la différence A jours de bataille. chaussons ou espadrilles. une tunique serrée par une ceinture. je suis tenté de croire que notre société féodale se prépare. Il porte d'amples pantalons. Bottines. faisant faire à sa mon- ture les voltiges d'une fantasia savante. la poursuite ou l'arrêt. un manteau ou flottant sur l'épaule ou encadrant le buste et fermé sur la poitrine.

chaufTce par les troncs d'arbres brûlant dans l'immense cheminée. Paris. 2 vol. que nous dirions aujourd'hui. pour eux que les céramistes tournent les grands vases noirs aux flancs saillants comme des carènes. Le Manuel de Déchelette (t.m fi DE LA GAULE A LA FRANCE. a connu ensuite le partage de ces terres en portions égales entre tous pères de famille. est le possesseur d'immenses biens-fonds. 3" édit... la culture des terres en Gaule a connu. l. qui s'étendent sur des milliers d'hectares. . de clients et de parasites. La campagne entière est à ces derniers. le maître trônant à la place d'honneur. est Il en un grand propriétaire et un chef de bande. Dans les villes même. et si la sa vie agricole. entouré d'une assemblée de parents. et. les villages de paysans penchés aux bords des sources ou blottis aux recoins des hautes citadelles. ces chauds tapis de laine aux tons colorés. ainsi du corps. flanqué de serviteurs innombrables qui ressemblaient à des gardes Ce effet féodal.. les ouvriers sont à leur solde ou * travaille à complaire aux riches. Catalogue illustré. L'important est de recourir aux collections du Musée de Saint-Germain et aux catalogues si soigneusement dressés par Salomon Reinach (Catalogue sommaire. L'industrie C'est s'ingénient à fixer sur la terre cuite ces teintes vives qu'affectionne le regard du noble gaulois. au début de commun au profit si elle de tous les hommes d'une il tribu. d'amis. d'hôtes. pour eux que les bijoutiers cisèlent ou martèlent les colliers d'or ou fondent les plus belles perles de verre.. IIP p. liques les y a longtemps que : ces années idyl- ont pris fm les derniers survivants des petits propriétaires vivent dans la dépendance ou sous l'hypo- thèque des grands seigneurs leurs voisins. à ses armes. 1917 et 1921. 1014) demeure de premier ordre.S?8. ou qu'ils à leur merci. ces ornements d'émail où l'ouvrier a su faire descendre les couleurs du ciel ou 1. II. grande salle. éclairée par les flambeaux de résine. A sa maison sont destinés ces cofïres en bois massif. avec elle. Leroux et Musées Nationaux).

raffolaient fut en relation avec les colons de Phocée. et ils les paient au prix qu'on voudra. montés en force et en appétit. Autun. les aux courbures car ils élégantes. et que jamais pourtant. Voir Bulliot. toutes choses gracieuses à voir : ont l'esprit assez ouvert pour comprendre et celle ils beauté de la matière travaillée par l'artiste de la phrase modelée par le poète. et elle Europe pour livrer à ses maîtres chars de guerre ou de fête. 1818. Et les découvertes archéologiques. n'ont fait que confirmer ses thèses. à sa chevelure. Mais. en effet. ceci d'extraordinaire. ces « nautes « de m'est impossible de ne pas reporter l'exis- tence jusqu'aux temps gaulois. comme la sont aussi grands buveurs de vin. ces produits chimiques qui la parent des nuances d'une jeunesse nouvelle ou d'un blond éternel. la tonnellerie. le cidre et l'hydromel du pays ne leur suffisent pas. pendant le demi-millénaire où la Gaule libre Il y avait. les trépieds de métal à la structure mystérieuse. elle Car l'industrie gauloise est habile à découvrir n'a pas de rivale en : a inventé le savon. 2 vol. dans son livre De l'économie publique et rurale des Celles. 1899. Dejussieu. C'est L. Un seul érudlt moderne a su rendre justice aux efforts des Gaulois en matière économique et faire certaines réserves sur les progrès apportés par les Romains en celte matière. par exemple celle de l'émaillerie gauloise au Beuvray. l'étamage. A ces riches il faut les la coupes d'argile façonnées aiguières de bronze et peintes par des potiers de Grèce. et que la bière. ces sociétés de trans: C'est également le luxe des grands qui fait vivre ces marchands grecs venus de port qui s'organisent sur Paris dont il les fleuves tels. que les Gaulois du vin. chariots de camionnage. l'argenture.L'ÉPOQUE DES CUEPRIERS. que leur terre était admirablement douée pour la vigne. jamais la vigne 1. charrettes de campagne ou voitures de vitesse la carrosserie de Gaule pouvait être estimée la : première du monde K Marseille.. Fouillrs dii mont Bcuvraij. Rej-nier. ils demandent aux Grecs de leur apporter sans cesse des amphores de vin. l'émail- lerie. que les environs de Marseille la Grecque offraient d'excellents vignobles. . 137 du sang.

138

DE LA GAULE A LA FRANCE.

ne parvint à sortir du terroir marseillais. J'ai peine à croire que les Grecs aient pu réussir à en empêcher l'évasion. Je supposerai plutôt qu'une loi gauloise en interdisait l'importation, et que cette loi venait des Druides. Ainsi que d'autres prêtres de l'Ancien Monde et du Nouveau, ils ont redouté les conséquences de l'ivresse avec l'abus du vin, et peut-être aussi, avec l'extension du vignoble, le discrédit des terres à blé. Si les Gaulois buvaient du vin, ce n'était que du vin de luxe, importé du dehors, et je suppose aussi qu'ils le buvaient à l'insu de leurs Druides et en dépit de leur religion ce qui serait un autre trait de ressemblance entre leur vie et celle des fils de l'Islam.
:

C'est

évidemment
les

l'aristocratie qui a fourni

aux

écri-

vains anciens
tel qu'ils

principaux traits du caractère gaulois,

le

ont essayé de le décrire. Mais si les chefs donnaient ton à la nation, il est permis de supposer que la masse des hommes s'étaient déjà mis à le prendre. « La race gau» ^

lors son humeur, son tempérament, une âme d'une certaine tenue; et on parlait de cette âme et de sa nature à la façon dont on parlait de l'âme d'Athènes ou du Génie du peuple romain, encore que Rome et Athènes fussent des patries municipales, et la Gaule une vaste société nationale. Le Gaulois a l'intelligence éveillée, rapide, souple et
loise

avait dès

j'ose dire

précise.

Il

sait

apprendre, comprendre, imiter et inventer.

C'est

un

être de clarté et de logique.

Deux

défauts gâtent cette intelligence. L'imagination,
:

vraiment, est trop débordante
ce qui ne sera
sissent, son

il

voit ce qui n'est pas et
le désir le saifin.

pas; quand l'espérance ou

âme s'emporte dans

des illusions sans

détourne de la réflexion et de l'acte; son pays est un repaire de rhéteurs
Puis,
il

sacrifie trop à la parole, qui le

1.

En

traduisant ainsi l'expression de Strabon, IV,

4,

2

:

Tb

:pj>,ov

ra),/,'.xôv.

L'Ll'OnUlù
et

DhS

GUtltlUhilS.

l;;'j

autant que par
servent

de bavards; ses chefs doivent s'imposer par l'éloquence la bravoure, et les plus angoissants dangers
d'occasion

à

de

beaux discours, ordonnés

et

majestueux.

Des qualités éminentes de cœur relèvent le mérite de l'esprit. Nul écrivain de l'Antiquité, pas môme de ces Romains auxquels les Celtes firent tant de mal, n'eût osé accoler à leur nom ces mots de ruse et de perfidie qu'on répétait à satiété à l'endroit d'adversaires. Le Gaulois est un être de premier élan, qui ne sait pas dissimuler sa pensée. Sur le champ de bataille, il ne veut
combattre qu'à ciel ouvert; il ne cachera ni son corps devant l'ennemi ni son âme dans une discussion. La fidélité au serment et le respect du droit ont conservé chez
lui

leur valeur

primitive. Vérité et justice
Il

ne se

séparent pas à son sentiment.

a l'horreur de

une forme du mensonge; et il a aussi celle de la lâcheté, qui est une forme de la bassesse. Ce qui manquait le plus aux Gaulois, c'était la discil'iniquité, qui est
Ils savaient prendre de bonnes résomais combien vite abandonnées! Amis du plaisir, joyeux de vivre, on eût dit qu'ils avaient peur des déci-

pline de la volonté.
:

lutions

sions

fixes,

froides

et

continuées,

qui

exigent

l'effort

et la peine d'une longue tension de soi.

Ce sont,

et je crois

que Michelet a eu raison de
mobiles et crédules.

le dire

^,

de grands enfants,

On

leur attribua la vivacité et l'incon-

sistance des passions politiques, et le goût des révolutions.

Leur bon sens
de
la plus

et leur finesse

ne

les

préservaient pas, en

matière de gouvernement, des plus sottes imprudences et

Aucun de

dangereuse imprévoyance. ces travers n'était d'importance au regard

de la morale; et toutes ces qualités faisaient des Gaulois de très braves gens, enclins à l'idéal, et qui étaient des hommes d'esprit. Mais, dans les temps prochains où

1.

monde

Histoire de France, livre I, chap. 1 «Ce sont les enfants naissant. » Écrit en 1833 au plus tard.
:

du

140

DE LA GAULE A LA FHANCE.

rimpérialisme romain allait étouffer les lois de la morale, ces qualités ne seraient pour un peuple qu'une très médiocre
sauvegarde.

Ce que
ils

c'est l'excès

aux habitants de la Gaule, de leur individualisme. Obéir leur répugne, veulent faire par eux-mêmes. Ils ne sont nullement
je reprocherai le plus
la faculté d'organisation, et ils

dépourvus de

ont su doter

leur pays d'un ensemble d'institutions intelligentes, judiciaires, militaires

ou

fiscales

:

mais

ils

ne s'y conforment

Chaque peuplade aime à agir à sa guise; et, dans chaque peuplade, l'individu compte plus que l'État. L'amour de sa personnalité, la vanité de son nom ou l'orgueil de ses actes, la passion de la gloire, dominent
guère.
les chefs, et,

sous de tels stimulants, ils arrivent à faire de très belles choses, mais ils en viennent aussi aux pires
aberrations de l'amour-propre et de la jalousie. Quelques-

dévouer avec un admirable héroïsme à ce commune, que ce fût la Gaule ou leur cité. Mais le monde gaulois n'était pas encore parvenu à connaître cette abnégation aveugle et absolue que la religion de la patrie inspira aux cités méditerranéennes dans l'âge de leur maturité. n'empêche que ces Gaulois sont maintenant les Il d'une seule famille, -"^yant même physionomie et fils même tempérament. Quel que fût le sang originel des plus lointains ancêtres, leurs descendants s'étaient tellement mêlés, corps et âmes, ils avaient tellement subi ensemble les influences du climat et du sol, de l'histoire et de l'éducation, qu'il existe sur la terre de Gaule une espèce humaine avec sa nature propre, avec des traits dessinés pour toujours. Les révolutions qui vont suivre changeront peu de chose à cette nature, ne supprimeront ou n'ajouteront aucun trait essentiel. Et tel nous nous sommes imaginé le chef arvei-ne Vercingétorix au temps de César dans la Gaule finissante, tel nous apparaîtra Roland, neveu de Charlemagne, dans le rêve de la France adolescente.
uns surent
se

qui représentait pour eux la cause

L'ÉPOQUE DES GUEIUUEIIS.

141

Le
Ce

sol,

égaleiiiunt, avait reçu sa ligure définitive, ses

espaces de culture, ses routes et ses domiciles humains.
qu'il faudrait
:

à ses cultures, c'est un peu plus de
les

variété

il

n'a pas encore adopté, par exemple, l'olivier

et la vigne,

malgré

timides essais des temps néoli-

thiques.
leuse,

INIais les

Gaulois, en dépit de leur

humeur

batail-

n'ont rien laisse perdre des terres fécondes que

leurs aïeux avaient découvertes; le grand seigneur, qui

champs, qui leur doit le les entretenir en bon père de famille, et n'oublie pas d'amender et d'engraisser ses emblavures, au moment opportun, avec la marne calcaire ou argileuse du sous-sol. Qu'on ne nous répète plus que la Gaule de ce temps était encombrée et hérissée de forêts impénétrables, et qu'il fallait attendre les Romains pour défricher ces espaces incultes. Les Romains n'ont supprimé ou amoindri aucune des forêts celtiques, et les seules brèches qui y aient été faites par le travail des hommes viennent de bûcherons chrétiens. Mais ces forêts elles-mêmes étaient
vit le plus

souvent près de
ses

ses

plus fort

de

ressources,

sait

loin

d'atteindre les formidables proportions

qu'on leur
les

attribue.
les

Landes, grandes hêtraies ou rouvraies de l'Ile-de-France elles
cite les
les

On

Ardennes,
leurs

Vosges,

:

existent toujours,

et

bords seuls cnt été rognés.

Nulle part,

le

bois ne gênait la culture; les Gaulois avaient
cjui

toute l'étendue

leur était nécessaire

pour récolter

le

blé de leur nourriture.

elle-même était un réservoir de vie variée. Elle avait ses larges pistes de chasse, sans cesse foulées par des chevauchées, et ses
reste, la forêt

Au

sentiers de pèlerinage, qui conduisaient

aux lieux sacrés
des arbres

des

sources,

des

clairières,

des

grottes ou

fameux. Une exploitation forestière valait alors ce que peut valoir de nos jours une mine de charbon c'était de
:

la forêt

que

le

Gaulois tirait

les bois

de ses demeures, car

142
il

DE LA GAULE A LA FRANCE.

voulait ignorer l'usage de la pierre; et les sous-bois ser-

vaient au pacage de porcs innombrables, un des aliments
favoris de ce temps. Abri, vivres et chaleur,

l'homme devait

presque tout à la forêt. Une nombreuse population de « compagnons des bois », forgerons, bûcherons, charbonniers,
cueilleurs de simples, sorciers et
«

sauvages

»,

y avaient

élu

domicile.

Des

villages s'étaient formés sur les hauteurs

au

milieu des arbres. La forêt n'étaitplusqu'unmodeparticulier

de

la discipline

du

sol plie

pour toujours à

la vie

humaine.

Cette

vie

humaine

s'étendait, s'agitait

partout. Elle

avait désigné les lieux favorables à ses résidences et à ses

rendez-vous,
Il

les lignes utiles

à sa circulation.

existait encore des villages en

nombre

sur les hauteurs

inexpugnables des Alpes, des Vosges ou du Limousin,
sur les promontoires rocheux qu'enserrent les boucles des
rivières
villes

du Quercy ou du Rouergue,
le

et les plus

grandes
le

elles-mêmes, Bibracte ou

mont Beuvray dans
celle-là, les

Morvan de Bourgogne, Gergovie
vergne, malgré
ci,

près de Clermont d'Au-

les

135 hectares de

75 de celle-

n'étaient que d'énormes refuges dressés au milieu des

bois et des rochers, à plus de 800

ou de 700 mètres de
tendait aussi vers des

hauteur. Mais la vie en
sites plus hospitaliers.

commun

Lutèce était née dans l'île des PariBordeaux, autour de Vestey de la Devèse, à l'endroit où ce ruisseau sacré rejoint la Garonne; Avaricum ou Bourges, sur la presqu'île qu'entourent les marais de l'Yèvre et de l'Auron; Narbonne, auprès de l'Aude en sa fin; Arles et Lyon, sur les collines qui dominent, là-bas la fourche et le delta du Rhône, ici son confluent avec la Saône; Toulouse, sur le large plateau^ qui commande le passage de la Garonne et le débouché des routes
siens;

venues de

la

mer

Intérieure; Orléans et Nantes, ports sur
la
ville,

de Vieille-Toulouse, d'où 1. Plateau descendra à son emplacement actuel.

sous

Auguste,

où l'on s'embarque pour la Grande-Bretagne. Alésia de Bourgogne. au-dessus des eaux jaillissantes de sa Fontaine divine. en ces âges anciens. la joie de faire nombre. les On aima beaucoup. le passage incessant de marchands et d'étrangers. routes populeuses. qui devaient demeurer ou devenir métropoles des provinces de France. jours de fête qui étaient en même temps des jours de foire. citadelle et port sur la Gironde. et les troupeaux aux époques^ . L'activité des hommes ne se concentrait pas dans ces endroits de domicile permanent. à des points frontières. Nîmes. Rouen. toujours à portée des bonnes terres et des les Ailleurs. gîtes d'étapes. : marchés de paysans.VÈPOQUE DES GUERRIERS.^ sans trouble et sans arrêt. En cent autres lieux. et émotions qu'y provoquaient nités. sanctuaires de pèlerins Boulogne sur Manche. l'attrait la passion des affaires. sur ses monts ». ont rendue plus vénérée et plus célèbre que les plus peuplées des métropoles. la « 143 Loire. le merveilleux isolement de sa colline. auprès d'une source illustre. entre toutes. marché sur la Seine. où pouvaient passer en masse. les grands rassemblements de foule. de parler et de crier ensemble en quelques heures fiévreuses ou plaisantes on y dépensait plus de vie que dans la longue succession des mois de travail banal. le voisinage des divi- du plaisir. Blaye. de jouir. et cinquante lieux de ce genre. les vieilles pistes des défricheurs néolithiques s'étaient transformées en de très larges routes. se tiennent « modestes bourgades des paj'S ». et. la à des carrefours de routes. de vastes esplanades invitaient les hommes à des réunions périodiques. à la lisière d'un bois fréquenté. que ses eaux bienheureuses. Dreux à portée de la Beauce aux moissons inépuisables. bénis des dieux et chéris les des hommes. : Pour satisfaire à cet intense va-et-vient. à la fois villages de travailleurs. port des Vénètes du Morbihan et peut-être leur lieu saint. Locmariaquer.

144 DE LA GAULE A LA FRANCE. de être même les que Boulogne à Marseille par Alésia ou par Langres. Sauf dans les régions . les Séquanes la Franche-Comté. et les Helvètes ébauchent la Suisse. à leur tour. On ne sait : comment mais soyons assurés que des règlements comnmns à toute la Gaule veillaient à leur bon état. avec quatre légions. de Marseille à Bordeaux par Narbonne et Toulouse. sur ce Rhône tempétueux Romains jugeront indomptable. à Paris. de Paris au Rhin par Reims. à Roncevaux ou au Pertus dans les Pyrénées. au moins dix mille hommes. au Cenis ou au Genèvre dans les Alpes. Verdun et Metz. César en fit près de soixante-quinze en vingt-quatre heures. s'emparent de ce sol pour le marquer à leur empreinte. long du Rhône. marchait à raison de trente kilomètres par jour et davantage. Hannibal. Quand les Carthaginois ou les Romains entrèrent dans le pays. Les provinces. fantassins. et aux mois de campagne. : . des « ports » suffisants. On avait bâti des ponts de bois à Orléans. et peutà Pont-Saint-Esprit. cavaliers. ils n'éprouvèrent jamais la moindre difficulté à transporter leurs troupes. Et ils ont su également ouvrir des passages. Voilà donc tracées pour toujours. De nouvelles ont apparu les Salyens viennent de dessiner la Provence. les guerriers de transhumance. les Volques le Languedoc. au Petit ou au Grand Saint-Bernard. à Nevers. convois d'artillerie le CCS routes étaient construites et entretenues ou d'intendance. les grandes lignes de voies ferrées qui encadrent ou qui sillonnent la France actuelle sont les héritières de routes que les Gaulois ont connues. Des bords du Rhin au col de Roncevaux par Paris et Bordeaux. sur les routes d'Auvergne. sur le sol de France. ces derniers venus des groupes humains. et les caravanes en toute saison. les lignes générales qui guideront les gestes et les mouve- ments de sa vie. les Allobroges le Dauphiné.

leur ville unique et maîtresse. avaient fait d'elle leur capitale. et le domicile moral de tous le ses citoyens. peut-être les premières nées des métropoles de la Gaule celtique : Avaricum ou Bourges chez les les Bituriges du Berry. Arverncs et Bibracte chez Éducns La Gaule s'acheminait donc à son tour vers ce régime municipal qui fit la beauté. Une loi commune. forum de chands temple de ses dieux. sont institués au-dessus des coutumes des cantons ruraux. Metz. les Gergovie chez de Bourgogne. De la telle ses marqu'Athènes pour JvLLi. reculées 145 où dominent la forêt ou la montagne.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. sanctuaire pour les Médiomatriques de Lorraine. Besançon Séquanes de Franche-Comté. Surtout. geront ainsi sous les lois de Lutèce en son devint citadelle pour les J'ai déjà nommé les trois plus célèbres de ces capitales. lorsque les villages épars des dèmes de et l'Attique avaient reconnu la suprématie d'Athènes.vN. près de mille ans auparavant. Il va se passer chez nous ce que la Grèce avait vu. qui est en même temps juge et administrateur. la tribu pays » (pagus) est réduit à une vie obscure de travail et de dévotion autour du lieu traditionnel où respire son Génie tutélaire. la grandeur et le charme du monde méditerranéen. C'est la province qui a pris la direction des affaires publiques. Les tribus des plateaux et des confluents parisiens se ranîle. 10 . l'acropole de ses chefs. faisant d'une ville cenle trale son autel et son foyer. à l'époque fabuleuse d'Hercule et de Thésée. Elle a son chef militaire. le lieu de rassemblement de leurs forces associées. Et ici se présente un fait de première importance pour les destinées de la Gaule et de la France. La ligue de tribus se muait en une « cité ». — Gaule à la l-rauce. et Reims. chaque ligue de tribus veut avoir sa capitale. roi ou vergobret. le cénacle et le donjon de leur union indestructible. des règlements de finances. chaque province. patrie de sol et d'âme. devenues le plus souou « le vent des affaires de guerre. bourg principal pour les Rèmes de Champagne.

ses marchés et ses remparts. ville et campagne ont trop besoin l'une de l'autre pour ne pas s'entendre et travailler chacune à titre égal. En France. elles demeureront toujours encadrées et soutenues par des terres fécondes et sacrées qui. chef-lieu de tribu rurale. telle ^. Jérusalem valut plus chez les Hébreux que. Gergovie. la A Rome. Les hommes et les dieux de cette campagne ne se résigneront jamais à n'être que les sujets anonymes et dociles d'une ville lointaine. et qui transmettront à ces fils leurs coutumes. de ses la campagne ne compte plus : villages épars et ses sanctuaires vieillots. la Tyr ou Carthage. en villages. Alésia. l'Attique ou Sparte pour la Laconie. de la cité. qui est une région naturelle de la France. Auvergne. en lieux de prières. en montagnes et en sources célèbres. par : exemple. Bibracte chez les Éduens. Toutefois. . en forêts. ce 1. Mais chez les Hébreux. leurs bienfaits et leurs séductions. qu'un terroir d'étendue resEn Gaule.146 DE LA GAULE A LA FRANCE. vu l'importance du temple et la force de l'unité religieuse. n'est jamais treinte et de fertilité médiocre. elles aussi. que Rome. est une colline trop sainte pour se laisser perdre dans le rayonnement d'une métropole. Bibracte ou Bourges commandent à un immense et opulent territoire. Je devrais ajouter Jérusalem. ou Mais le Marseille ici-même régime municipal s'annonçait dans Gaule sous une allure différente de celle qu'il avait prise aux thage. les villes auront beau croître en étendue et en beauté. abondante en cultures. le lieu demeures que par d'ailleurs et de ses richesses ses elle de convergence de ses cultes. Bibracte ou Langres. Bourgogne ou Berry. au contraire. La terre où ils habitent a trop de valeur pour qu'ils ne réclament pas leur part de gloire et de pouvoir en face de la capitale. Sous le régime municipal qui s'inaugure. est l'énergie éminente et le principe substantiel rives de la mer Intérieure. fut en partie comme chez les Gaulois la ville n'absorba pas le territoire. à Athènes ou à Caravec ses sanctuaires. ville. en domaines. en champs de foire. auront leurs fils passionnés.

des ruines et des sites humains se référant à l'époque gauloise. Ces hommes ont même langue et même nom. Et il se trouvera des hommes qui aimeront cette Gaule comme une femme. qui n'est lions. les uns rois et les autres prêtres. moins de dix millions. une mère ou une déesse. se répand en tous ses membres. trente millions d'hommes' qui ont fixé pour toujours les foyers de leurs résidences et les routes de leurs relations. fidèles qui la servent. d'une étroite dans ce pays. ce qui solidarité entre les terres intérieures. des conseils polifrontières naturelles. et l'existence d'une patrie ne dépend point du Il est certain que ces patriotes de d'élite isolées la tion.L'ÉPOQUE DES CUElilUERS. Je ne puis en aucune manière souscrire aux chiffres très faibles donnés par les systèmes courants. après cela. résulle de textes. 147 Comment. sa tête et ses organes. Voici. et parfois même moins de cinq milCe chilTre. Mais cela s'est vu en d'autres temps et chez les nations les plus solides. Tout cela ne fait-il pas une patrie? et la gloire de leurs aïeux. et. et la même vie. ou au milieu d'humbles travailleurs qui ne comprenaient que la besogne du pain quotidien. erreur dont on commence enfin à revenir. l'examen attentif des évidemment qu'approximatif. C'est la méconnaître absolument le caractère et l'intensité de vie antique. quelc|ues âmes nombre des 1. ils communient dans l'avenir par les leçons d'espérance et de foi que reçoit leur jeunesse. Gaule furent l'excepau milieu d'ambitieux qui restaient attachés à la fortune de leur cité ou à l'intérêt de leur maison. et une vie très puissante. . Ils ont des chefs souverains. ils sont à la fois un peuple et une ils église. La Gaule est un corps qui a sa pensée. Pareille erreur a été souvent commise pour le Moyen Age français. Par les souvenirs de leur histoire ils communient dans le passé. communient dans le présent par l'adoration de dieux nationaux. et qui sauront mourir pour elle. tiques et des assemblées religieuses. ne parlerai-je pas d'une patrie gauloise? Voici une contrée que la nature a pourvue de vaut mieux. ils ont des lieux de rendez-vous universels.

A propos de cette lutte pour le principat entre Arvernes et Éduens. En grandissant. les nations justifier 1. chaque tribu. la 241 219 de . est également certain que la force prise par les cités une entrave à l'entente gauloise. La France a traversé des crises tout aussi redoutables. pour ne point se livrer avec ardeur aux discussions et aux conflits politiques. et bien d'autres écrivains. le triomphe de Rome et Gescbichte. eut ses Armagnacs et ses Bourguignons. chaque famille même. le patriotisme municipal fit concurrence au patriotisme national. Il est certain enfm que l'esprit de parti troubla souvent la vision de l'intérêt général. fut souvent : si funestes qu'elles soient devenues. de même. III (écrit peu avant 1856). Rœmische (p. Les Gaulois étaient trop vifs. son unité morale n'a été un instant pour reparaître ensuite en la forme union sacrée plus solide et plus douce. et je viens d'y faire allusion : compromise d' « que ». ils se divisèrent en deux camps. On a prononcé le mot de décadence à propos de l'état de cette Gaule elle avait. atteint le degré de civihsation qui lui était départi par les destins. a-t-on dit. t. Mais des querelles de cette sorte. étaient des hommages rendus à l'unité d'une nation. première édition). après lui ou d'après lui. Mais les luttes de partis sont inséparables d'une vie de liberté et de l'exubérance d'un tempérament. et elle ' : descendait la pente qui entraîne vers la mort vieillissantes. Les écrivains qui ont parlé ainsi ont voulu la défaite de la Gaule. Les Éduens de la Bourgogne disputèrent aux Arvernes de l'Auvergne le privilège de commander à la Gaule Athènes et Sparte.148 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. p. Mommseii. allemands et français. et chaque cité. luttaient pour l'hégémonie de la Grèce. trop bavards et trop personnels. ses Mazarins et ses Frondeurs. je veux dire par là ses partisans des Arvernes et ses partisans des Éduens. ses Huguenots et ses Papistes.

même. ni les pièces de monnaie. ce ne sont pas seulement des marchandises et de bons rapports. Que les prêtres de Gaule aient vu d'abord avec déplaisir cette pénétration d'idées étrangères. ni les dences urbaines. pour les tremblements de la décrépitude. fut divulguée L'écriture. nouveau. rimpérialismc latin. que Gaulois ouvrent aux marchands les de Marseille cité. avec caractères helléniques. et parfois 149 des empires du passé. et que les rues et les temples de leur Grecs ouvrent aux Gaulois entre Gaulois et Grecs. ni la régularité des résidieux à figure humaine. . Mais voici que Grecs ont bâti Marseille. ni les de l'art. progrès ou en dédaignait les avantages. mais aussi des leçons et des sentiments. elle vivant à l'écart en ignorait les de la civilisation méditerranéenne. c'est possible mais ils ont : vite accepté et suivi portait les eux-mêmes le courant invincible qui Gaulois à une existence nouvelle. les routes et les villes de leur pays. Elle ne connaissait ni les lettres de l'écriture et de l'épigraphie. c'est que. chez les Gaulois. Mais ce sont propos d'une politique misérable. quel signe reconnaîtrcz-vous qu'un être est en décasi vous brisez sa vie par une mort violente? Que de fois ce mot de décadence a alors été brutalement proféré le ou perfidement insinué pour amener chute de la France. Alors. d'entrer dans le monde se à accepter la qu'elle recueillait avant plus brillant des renouveaux ou la plus ! complète des victoires Ce qu'on a pris. rien en un mot de ce qui assurait l'exis- aux cités de la Grèce et de les l'Italie les agréments de les tence et la sécurité des relations. par delà l'apothéose préparer ravènement d'un empire A dence. et non pas remarques d'historien. n'était que les tâtonnements d'une adolescence qui désire s'instruire et qui hésite sur la loi de son avenir. Ce qui manquait A la Gaule.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. ce qui s'échange. ni les édifices images de pierre.

le serpent linéaire qui semble avoir été pour eux et. pour peindre ou graver les documents qu'on voulait soustraire à l'oubli. ressemblait à : Hermès. Mais enfin le désir d'avoir les dieux près de soi fut plus fort que tout. 1905. Ils comprirent que 1. en ce tempslà. aux pierres énormes et régulières. et après s'être bornés à copier grossièrement les images des pièces grecques. législateur de son peuple. . et les Gaulois taillèrent dans des troncs d'arbres leurs premières idoles. Arvernes. 2. ainsi qu'avaient fait les Grecs pour leurs plus lointaines Art émis. Paris. Traité des monnaies gauloises. pour ces rues où les maisons s'alignaient en un rythme symétrique. Ils combinèrent en spirales ou en courbes d'une variété infinie le prestigieux signe en S. elles hésitèrent à modeler des dieux à la ressemblance des hommes. ils firent dessiner des emblèmes empruntés à leurs cultes Sur le ou à leur vie militaire^. les Leroux. pour ces temples où la divinité siégeait en un asile inviolable.150 DE LA GAULE A LA FRANCE. Ils s'habituaient de plus en plus à comparer leurs dieux avec ceux des Grecs rapports de marchands. par respect pour la tradition. on s'en servit pour les actes publics. Grecs et Gaulois trouvèrent bientôt que Bélénus ressemblait à Apollon. le sceau mystérieux de la divinité. Les Celtes de Provence et de Languedoc ne pouvaient visiter Marseille sans être saisis d'admiration pour ces remparts droits et solides. dans la Gaule. à la surface aplanie. Les Gaulois apprirent à traduire leurs pensées par des figures qui en furent les symboles"^. et que Tentâtes. En supposant que Gaulois n'en aient pas eu l'idée par eux-mêmes. c'était un peu échange de dévotions. Voyez Blauclict. Leurs mains mala- droites tardèrent plus longtemps à façonner des images. Éduens. éducateur des hommes. Armoricains et autres frappèrent des monnaies de bon aloi et de type constant. modèle des statères d'or et des drachmes d'argent.

ut deos eorum adorare liceret (Justin.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. résistaient au progrès et se contentaient de chambres misérables creusées dans la terre : car il y avait longtemps que menhirs. 5). Justin (résumé de Trogue-Pompéc. Mais. On ne peut certes pas accepter telle quelle l'assertion 2. cuUioris. 4 Ab his (les Marseillais) Galli et usum. et le Grec. C'est ce qu'on appelait « le philhellénisme » des Gaulois. les les vivants se entraîner aux choses nouvelles. non armis vivere (ceci est exagéré). sed Gallia in Grœciam translata viderctur. Je ne suis pas sûr que point pris contact avec Druides eux-mêmes n'aient d'Artémis ou les lettrés les prêtres de Marseille. que les Druides se sont inspirés de Pythagoi'e. ut non Grœci in Galliam emigrasse. vitse. Les morts. Les expressions de Trogue-Pompée sont évidemment excessives et tendancieuses : mais cela même semblerait prouver qu'il a voulu rappeler les droits de la Grèce comme éducatrice de la Gaule et réagir contre les prétentions de l'amour-propre romain. avait étrangers. Mais on ne peut pas non plus la négliger. le prêtres même goût des entretiens avec ceux qu'il appelait des Gaule demander à la Grèce de Peu importe qu'elle s'en instruise d'abord lentement. à rencontre des morts. 151 c'était la pierre taillée qui faisait cette puissance et cette harmonie. dolmens et tertres élevés étaient disparus des usages funéraires. et . et agronim : cultus (ceci est exagéré) et urbes mœnibus cingere didicerunt. et il était curieux d'apprendre ce qui venait de loin. eux. étant donné que ce détail remonte sans doute à un écrivain grec contemporain d'Auguste. adeoque magnus hominibus et rébus imposilus est nitor. Car le Gaulois aimait ses voisins. 9. Tune et legibus. d'Ammien Marcellin (XV. et jugeait inutile de construire pour les défunts une solennelle sur un Celte demeure faisaient un sol qu'ils allaient quitter pour toujours. tune olivam serere consuerunt. en hésitant. 8). contemporain d'Auguste). 1. qui est un homme du pays. XL III. Et l'on vit peu à peu clans la Gaule se dresser des remparts pour les villes et peut-être des temples pour les dieux *. deposila ac mansuefacla barbaria. XLIII. -. 5. tune viiem putare (très tardivement). disciple les d'Hérodote. voyez ce roi gaulois qui demande aux Marseillais d'être admis dans leur ville. sans renoncer laisse Barbares Qu'on l'initier donc la à la culture méditerranéenne. et que les Druides et l'élite des Gaulois ont dû Ctre curieux de toutes les choses helléniques qui étaient à leur portée.

. et. avec Montesquieu.. ni ceux qui lui ont été imposés. ce qui vaut mieux encore. ]\Iarseille eut recours à cette amitié pour se débarrasser du voisinage. Mais Rome. en supprimant l'hégémonie arverne et en soutenant. qui toutes deux crurent en l'amitié du peuple romain. parfois gênant. et qu'elle les a reçues en les adaptant aux traditions de sa langue et aux pratiques de son esprit. Cupidité des particuliers. 205) revendique hautement pour l'historien le droit de rechercher ce qui « La considéaurait pu arriver sous un autre cours d'événements ration des cas hypothétiques a cela d'utile qu'elle oblige à distinguer soigneusement ce qui dans l'histoire est nécessaire de ce qui n'y : est que contingent.. sans rien perdre de ses libertés. originale et charmante *. qu'elle a reçu d'eux la forme de ses dieux.. Litlré (Études sur les Barbares et le Moyen Age.. Mais il ne faut pas méconnaître que Montesquieu ne fut jamais dupe des Romains « Ils ne faisaient jamais la paix de bonne foi. avarice pubhque. au delà des Alpes. On n'avait pas même cette justice des brigands. Admirons. D'une alliance spontanée entre la nature gauloise et'r'éducation hellénique. 6. à l'aide de son alliance. : territoire. Les progrès les plus sûrs d'un peuple ne sont pas les plus rapides. : . » 2. C'est de cette manière douce et consentie que Rome s'est fait élever jadis par les Grecs. » Considérations ^ur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. après cette défaite. les directions de son art et de ses lettres. en annexant les terres du Midi. ne travailla que pour elle. « la profondeur » de la politique romaine-. roi des Arvernes et chef de toute la Gaule et. Mais son ambition eut pour appui la sottise de Marseille et celle de la Gaule. Rome ne le permit pas. Provence. comme nation. qui portent une certaine probité dans rexcrcice du crime. à de chères habitudes.. Languedoc et Dauphiné. l'histoire était en droit d'attendre une civilisation nouvelle. elle coupa la Gaule en deux comme . p. les prétentions des Éduens. sans rien perdre de ses facultés propres. des Celtes de Provence. Elle vainquit Bituit. mais 1. chap..152 DE LA GAULE A LA FRAS'CE. 1867.

VII. finit et la garder. et. mais qui. . Mais la Gaule. qui ne procéda pas autrement que le bandit d'outreRhin. Vercingétorix. dont le par réclamer la Gaule pour lui-même. la cité sainte des Celtes. cujiis consensui ne orbis (jiiidcm terranini possil obsisterc. 29 : Verdngétorix proclame (se) iinum Cailla' cffcclurum. noble entre tous. ne formant qu'un seul corps. Pas une seule fois Vercingétorix ne parla ou ne combattit au nom des Arvernes. Ariovistc.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. proconsuls avides de gloire et brasseurs d'alTaires en quête service au de placements. plus fort que lui. par la vertu de sa concorde. imposant à l'univers le respect de son droit et de sa liberté '. La guerre civile éclata entre les deux partis gaulois. Ils rivalisèrent d'ailleurs de maladresse et de crédulité. Jules César. rappelons qu'elle était 153 de criminels. mais toujours au était sa vraie patrie et le nom de la Gaule. les réussit-il un instant toutes fut vaincu par le cités ville contre royale Jules César. Les autres se confièrent en un proconsul de Rome. Cette Gaule ses mot sacré du ralliement de hommes. 1. sut prendre la Gaule chef. En vain l'héritier des chefs à soulever Il le arvernes. tout fut fini Du moins elle avait montré. levée contre l'étranger. unie et invincible. De bello Gallicn. Les uns se confièrent en des mercenaires germains. par cette suprême résis- tance et par l'apparition de ce chef. Dans il ses heures d'espérance et d'enthousiasme. n'ayant qu'une seule volonté. Romain devant pour Alésia. la il de ses aïeux. ce qu'elle était et ce qu'elle pouvait devenir. Je suis convaincu que César rapporte toLiiis consilium des paroles réellement prononcées. eut la vision de la Gaule entière. vainquit devant Gergovie. Alors.

Intensité de la commerciale . Elle fut soumise à des maîtres. t. — urbains. romaines. sites — — La terre. et la soldats barbares et pacifisme des civils. héritières — vie industrielle et — — — — — « ». torité. Souveraineté de la tangue et de la littérature latines. de inestimables services rendus par le Corpus inscriptionum Latinarum. son gouveret ses habitudes. Il est bon. relatifs à la Gaule. Ce ne fut pas seulement une nation qui perdit sa liberté pour être la de toute étude sur la Gaule romaine. la fois Incorporée à l'Empire romain. triomphe du style classique. Victoire La fièvre d'art. cités et Les tombeaux de pierre. gallo-romaines. parus à l'ouvrage est en ce Berlin en différentes parties depuis 1888 moment inachevé. autre paix romaine. 1. . — L'armée gallo-romaine. en tète les rappeler . — Maintien en son Conseil. de villes gauloises. source d'audes pays persistance des — Toute-puissance du grand domaine.VI L'ÉPOQUE IMPÉRIALE L ETAT ROMAIN Beauté apparente de VEmpire romain. XII et XIII. — Gaule des éléments d'unité. — Ce que fut passer l'invasion germanique. — L'Empire en état de siège. la vigne. — Rome laisse principe d'unité. Le régime municipal. culture. Mœurs Faiblesse du génie latin. Lyon capitale Amour-propre gallo-romain. — Nouveaux — — Plus de variété dans la : La construction en pierre les villes villes et routes. de la mythologie. elle nement et prit les usages de ces maîtres. décadence maritime. la Gaule transforma à sa vie politique et sa vie morale.

la joie du Midi. Voyons la réalité à travers les phrases. 1. joie des siestes et des joie des vier. façonnés aux mêmes coutumes. et plus de jouissances au cœur des hommes. ce qu'on a appelé « le génie latin » et « la paix romaine ». Gaule lui-même compléta son éducation sous Il dut au nouveau régime des cultures qu'il avait ignorées jusque-là. qui mirent à la surface plus de variété. ce furent cette nation qui entrèrent société civilisée 155 les hommes de comme Romains dans la grande : du monde méditerranéen car Marseille. une mentalité de vaincus qui acceptent leurs maîtres et qui les Rome adorent. d'un côté l'éducation et de l'autre 1q gouvernement. remit à Gaule. image du se sous la d'un empereur divin. patrie unique et école suprême de cent millions d'hommes '. ils prolongent en nous. celui de cet l'Italie le soin d'instruire la premier abord. joie de France entière. car les écrivains de Et nous délirons à leur suite nous ont élevés et élèvent encore notre jeunesse. . tels que seraient les enfants d'un père de famille : historiens et siècles poètes de Rome ont déliré pendant des dans : l'admiration de cette œuvre. à deux mille ans de la défaite de nos pères. des familles. et ce que valurent. parlant une même langue. Ils connurent le platane à la fraîcheur inaltésol Le de la rable. et le cerisier. plus de partis qui se quepaix et loi Au . plus de nations qui s'entre-déchirent.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Plus de rois ennemis. l'oli- gourmets. le pêcher. priant les mêmes dieux. rellent. conquise par César. ils nous imposent leurs sentiments de vainqueurs. ses maîtres romains. promenades joie d'été. Et plutôt plus'quc moins. et ces hommes comprenant tous. la ciel le travail garantis à la terre. et la vigne. province d'un immense État. c'était un spectacle splendide que Empire romain.

les serres. ceux des coteaux parisiens. non point avec plus de force. était encore abominablement enlaidi par de vastes étendues de marais stériles et funestes il restait un noble travail à faire pour de nouveaux Hercules. au voisinage des embouchures de fleuves. plus de terres à donner au grain. les pépinières. Les terrains que soumettent les vignerons sont enlevés à d'autres cultures. . gardons-nous de croire que cette conquête en ait provoqué une autre. Ils l'ont. a été fait par les néolithiques ou les Ligures. les amenèrent à multiplier dans leurs domaines les vergers. elle occupa rapidement les terrains qui lui étaient favorables et engendra aussitôt les vignobles de gloire française ceux du Languedoc autour de Béziers leur capitale. le grand bienfait.13(i DE LA GAULE A LA FRANCE. ceux de la Bourgogne encadrant Beaune. des bords de la Moselle. don fait à la terre de Gaule conquête romaine. aimée en ce temps-là. Il y a beau temps que l'essentiel. celle de la nature par le cultivateur. C'était pour notre pays une richesse sans limite. Je ne dis pas que l'éducation romaine ait détourné les Gaulois de la terre. en ce genre. et davantage. les jardins fleuristes. à peine inférieure à celle du blé. mais avec plus de goût. l'Artois ses lins et le Quercy ses chanvres. plus de vie à assurer aux hommes. la si seule à l'appel. Voilà des siècles que la Brie et la Beauce ont leurs blés. et c'était pour ses habitants un motif de plus d'aimer la vie que leur faisait la terre. de façon plus délicate et moins monotone. La vigne fut. le sol de la riche que soit le par Gaule. Mais les : Romains n'y songèrent point. et ils abandonnèrent la tâche aux moines chrétiens ou aux ouvriers de Sully. Que la vigne gauloise soit fille des cépages de Marseille ou de ceux de la Campanie (car cette affaire fut surtout aux mains de vignerons grecs). Certes. les potagers. : la Champagne manquant Mais. au contraire. Les recherches du bien-être et du luxe. ceux du Rhône aux flancs de la Côte-Rôtie. des Graves bordelaises. et surtout de ce luxe de table qui fut la frénésie de la civilisation latine. et non pas à la forêt ou au marécage.

du Rouergue ou du Gévaudan K Les : la brique et de la pierre de taille étaient venus Gaule montra que. de France reçut ainsi la plus gaie si de ses parures. On eût dit que la vie humaine.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. i Afin d'orner le sol se les tables des vivants et les des morts. couvrit. à y produire toutes les espèces possibles de légumes. 157 : par la grefYc. et l'on \ commença de la ' à tailler largement dans les bancs de calcaire les Saintonge ou du Jura. Il n'y eut pas de groupement social. en brique. Mais qui sait la Marseille n'avait pas été première à la tisser sur la terre de Gaule? Le sous-sol. la . plus que pays au monde. et de dresser des villes aussi drues que ses moissons. qui ne se traduisît par un édifice bâti et immuable. il se couvrit d'édifices attachés le sol comme le rocher. temps de la Par suite de cet appel forcené à la pierre et à l'argile. le forçage ou l'hybridation. de plaisir vulà lui. Picard). Les Vases céramiques ornés de Gaule romaine (1901. et. 1. roses et de violettes. et la tombes \ aux abords des demeures. elle était capable de les faire durer éternellement. cela va sans dire. de fait politique. réservé aux habitations et aux marches humaines changea brusquement d'aspect. que quelques faits. de son côté. durs la terre i gaire. et même d'espérance morale. les plus connus ou les plus caractéristiques. Une végétation de murailles en pierre. s'ouvrit à une vie plus profonde. de pensée religieuse. Paris. Il prit l'apparence que nous lui voyons aujourd'hui. qui ne devait plus s'interrompre. et qui semblaient continuer dont ils sortaient. ce qui lui restait d'or et de cuivre. et l'on puisa sans arrêt dans gile couches d'ar- de l'Auvergne. Voyez le travail de Déclielette. Sondé et creusé en tout sens par les prospecteurs de mines et de carrières. dans assises les de marbres pyrénéens. des plomb et de fer. de fruits et de fleurs. il livra ce qu'on sut en tirer d'argent. poussa de partout. Je ne cite. en ciment.

I. de Boccard. Mont-Louis De Pachtere. 3''. Aix. La Civilisation romaine (à Nîmes). couronnés de frontons et dominant en souverains le peuple des maisons le culte humaines tassées à et leurs pieds : temples pour des dieux. Jacquin. Inscriptions antiques. théâtres. et. bénéficiaire de tous les architectes du monde antique -. Association Pro Auentico . cirques. ces mêmes ensembles de pierre. que On construisit des villes qui. fil porteur de paroles. 1908. des places centrales. ornés de statues.15» DE LA GAULE A LA FRANCE. à l'occasion du Congrès de l'Assoc. Paris. Constans. Allmer. Fr. Picard.. au travers ou au-dessous de un système d'égouts qui les débarrassent des matières usées. Recherches sur les aqueducs et cloaques de la Gaule romaine. éd. de hauts et larges monuments précédés de colonnades. nouv. Secretan. en un conduit souterrain ou sur les arcades d'un aqueduc. publication municipale. qui leur amènent. dans Nîmes et le Gard. Clermont gallo-romain. basiliques et curies pour les séances des magistrats du sénat. Musée de Lyon. Paris.. Lausanne. la ville moderne n'offre aucun élément que n'ait réalisé la ville romaine. 5 vol. Audollent. se retrouvent dans de simples bourgades. 1919. 1921. Paris. Delaroche. ne pouvait plus dans un cadre de pierre. 1901. Arles antique. s'agiter au delà même de la mort. Aventicum. Ces mêmes principes de construction.. 1910. . Aguœ Sextiœ. dans Allmer et Dissard. Blanchet. ces mêmes attitudes de la vie sociale. et un système de canaux ces rues et de ces édifices. 2. 1916. 1. Dragon. 1912 (Nîmes. Mazauric. formant un réseau de chemins coupés à angles aux contours réguliers. Clermont. 1889. 1888-1893. Besançon. 1912.éd. taines K et le les eaux pures des sources loin- A part la lumière qui éclaire et qui réchauffe. Castan Besançon et ses environs. . t. bordées de trottoirs et droits. pour rAvancement des Sciences). ressemblèrent aux nôtres chaussées rectilignes. Aulun. Autun et ses monuments. qui. : somme toute. Paris à l'époque (jallo-romaine. amphithéâtres et thermes pour l'amuse- ment de tout monde. dans Mélanges littéraires publiés par la Faculté des Lettres. arcs de triomphe pour le glorifier l'histoire. entou- rées de portiques. Citons ici les meilleures monographies de villes gallo-romaines : Harold de Fonlenay. Lyon. elles aussi. Clerc. de maisons. çà et là. Dejussieu.

qui. celles-ci à surface très mince et nécessitant sans cesse des chargements ou une réfection. là passait elle. pourvues d'eau froide des sanctuaires. et pjarées Il comme la loi n'était pas jusqu'aux routes à quoi maçonnerie n'y avait eu ne s'imposât comme du temps. déjà la route de la Gaule indé- pendante. de cailloux. qui a su franchir marécages sur pilotis. est le travail le plus fouillé que nous possédions sur un viens de Gaule. les ont leurs théâtres. leurs thermes et leurs temples. en solidité et en résistance. en tant d'endroits. et 2. à un chemin de ronde sur la courtine d'un rempart -. et également décorées de portiques. de ciment. la il et d'eau chaude. et un modèle du genre. et la voie romaine fut alors pareille. . Mais qu'on ne s'y trompe pas. par Marteaux Le Roux (1913. La grandeur romaine a procuré à nos routes de Gaule un vêtement de pierre presque inusable : Rome ces « ne leur je a indiqué « ni leur direction «.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. C'est et la première. Ceci est la grande différence entre la route romaine et nos routes contemporaines. eux aussi. survécu jusqu'à nous. profonde parfois d'un mètre. 159 ont leurs rues. Là où qu'une surface fragile. des bourgades et des forteresses de la liberté. elle qui a tracé pour guider les marches humaines. chemins ferrés ces levées ». dans les marchés sacrés de la campagne. La monogi'aphie de Boulse. on enfonça sous terre une muraille compacte de blocs. ces villages. ne sont. le plus souvent. routes de pierre qui sont les témoins de la voie latine. ces villes de la Gaule romaine. qui a su gravir les les montagnes par des pentes continues. Annecj'. leurs aqueducs et leurs édifices publies^. ces villas. Abry). les sillons nécessaires De même. 1. « Là où trouve ces ». Et c'est pour cela qu'elle a. dans villas. ni leur allure. elles aussi en pierre et en brique. aussi stable dans sa masse de pierre du sous-sol cjue les arcades des arènes au-dessus du pavé des villes. Les Fins il' Annecy. que les héritières enrichies des fermes.

et la loi de Rome ne que les inviter à s'en rapprocher plus vite. aux temples et aux thermes de marbre. et cent autres mais la Gaule indépendante n'ignora les mérites tière coloniale : . capitale romaine des Éduens. La Gaule romaine a suscité des villes d'eaux magnifiques. devient le lieu de séjour de leur aris- n'existe l'île que parce que tocratie. Aix-en-Savoie. A côté. aucune de ces villes n'est une création franchement origielles furent tracées pour nale. et d'autres encore. imaginée de toutes pièces : recevoir les habitants d'une ville antérieure. ont quitté les malheurs des temps et de le pratiques avaient logé leurs aïeux. Ils se transportèrent dans leurs nouveaux : domiciles. Vichy. Glermont. avant par fit l'arrivée de César. s'étaient sentis attirés les terres et les routes d'en bas. ciel inclément.160 DE LA GAULE A LA FRANCE. Néris. Rien ne nous dit que Trêves ne soit pas l'héridu lieu sacré ou du marché central des Trévires. et l'habitation se humaine familiarisa chaque jour davantage avec les coteau ou la plaine. Autun. Mais on a vu que Gaulois eux- mêmes. Au reste. Lutèce a beau couvrir de superbes édifices et 1 à la mode latine sa pieuse colline de la rive gauche. Narbonne a été le siège d'un puissant royaume. combien de villes romaines ne sont que les avatars de résidences celtiques ou ligures Avant d'être la colonie capitale du Midi. elle les Gaulois et leurs aïeux ont aimé de la Cité. dieux et magistrats en tête c'était le déplace- ment non pas la fondation d'un foyer municipal. et Les hommes de villas de villages ou de vieilles comme les rudes repaires de hauteur où de villes. Luxeuil. loin des routes passaces villes. quelques-uns de ces lieux bâtis doivent aux habitudes des âges nouveaux. édifiées sur des coteaux qui n'avaient reçu jusque-là que on les des villageois au labour ou des dévots en prière a construites pour remplacer Bibracte et Gergovie. Sans doute. sont des villes entièrement neuves. après avoir été le port des marchands allobroges. Vienne. sous un gères. juchées l'existence à la fortune ou : trop haut. capitale romaine des Arverncs. Luchon. et qui n'était pas très loin de là.

L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Paris. t. succéda monument stèle funéraire en façon de temple ou de statue. Si les habitants de Nîmes ont quitté les « monts » d'où jaillit leur Fontaine. comme aux les dieux. 1908. d'aucune de ces eaux. Narbonne. Tellement il est vrai de dire que les Romains furent plus souvent les sectateurs du passé que les prophètes de l'avenir 1 siques Pour venir plus tard que les vivants aux habitudes clasdu Midi. aussi complètement. pour rappeler davantage le défunt aux êtres qui Bonnard. — De la Gaulo à la France. s'en éleva de dimensions et de formes infinies. La Gaule thermale. la Société royale d'Archéologie de Bruxelles. où la population gauloise ne s'était groupée qu'en hameaux ou en fermes. Arles. comme grands ou la plèbe. les Eux comme les encore. le long de la Méditerranée et du Rhône. Avignon. éternelles et connues de tous. au contraire. dans le bas. depuis la portaient haute d'une coudée jusqu'au mausolée de cent pieds. C'est Cumont. à demi invisible. Vienne mais c'est que les hommes de ces pays : s'étaient de longue date façonnés à la vie municipale. A tombe le 11 sans nom et sans figure. Pion. 1914 (Annales de 1. En Flandre. une abondante floraison de colonies romaines ou latines. et protection de dieux au elles 161 nom celtique sourdent toujours sous la '. mêmes collines et au contact divin de cette On vit alors. c'est pour demeurer à quelques pas de là. Nîmes. Orange. Jui-LUN. les morts de la Gaule finirent par les accepter magistrats. un travail de premier ordre que celui de Fr Comment la Belgique fut romaniséc. 2. à l'oinbre de ces même Fontaine. image ou inscription et d'ordinaire ils bordaient les grandes routes. et cette région devait un jour produire les plus riches ateliers de labeur citadin que la Gaule ait jamais possédés dans ses frontières. H . aucune ville n'apparut à l'époque romaine"-. . lignes droites surgis- sant de la terre. Aix. Béziers. ils Mais tous étaient de pierre ou de marbre. XXVIII). ils voulurent la avoir leurs demeures de pierre.

mais il y en a bien d'autres. La . la Pennelleprèsde Marseille. tout objet fabriqué par la pire romain. et fer même pour ses armes. il se fonde des manufactures aux ambitions universelles. chanvre et lin pour ses vêtements. blé. Maintenant. « piles » ^ et « pyramides » ^. Grâce au prestige de la pierre que l'on taille et de l'édifice que l'on dresse. ses ouvriers ne travaillaient que pour quelques-uns. autant que elle survivaient. Du môme genre. argile pour ses poteries. mausolées de Saint-Remy et des Trévires. La mort. tout objet fabriqué hors de la Gaule fut aussitôt souhaité par industrielle. bois pour ses bâtisses et ses meubles. des maisons de commerce aux velléités impéférents les Gaulois de l'ancien régime : Le mot est répandu surtout dans l'Ouest et le Sud-Ouest. et le grand seigneur trouvait sur son domaine de quoi satisfaire aux nécessités courantes. la mort a repris sur cette terre l'empire que lui avait donné la roche brute au temps des menhirs et des dolmens. et les plus étranges ou les plus fières des ruines de la Gaule romaine. sont des œuvres de souvenir imposées par ses morts à la terre de Gaule. y planta des bâtisses indéracinables. laine. porcs et gibier pour sa nourriture. 2. En Pi'ovence (pyramide de Fourrières). marqua le sol à son empreinte. la vie. à Autun (pyramide dite « pierre de Couard »). Tourmagne de Nîmes. cette activité elle. Le travail et le rôle de la matière grandissaient chaque jour dans cette vie internationale que représentait l'EmIl ouvrait aux besoins nouveaux ou aux du monde entier les richesses de chacune des provinces de ce monde. plus septentrionale et la plus célèbre est « la pile » de Cinq-Mars près de Toui's. î.162 DE LA GAULE A LA FRANCE. désirs futiles Gaule fut aussitôt souhaité par l'univers. Ses habi- tants connurent alors en leur intensité cette production commerciale qui laissaient indifcar les terres d'une cité suffisaient jadis à la faire vivre.

de Roucrgue. et exportent bien au delà de ses frontières. de Hainaut. dans la vie maritime. Un maître verrier de Normandie avait des succursales qui faisaient ressembler sa firme à l'administration d'une province^. Paris. Des corporations de batellerie ou de camionnage se chargèrent de les exploiter. 1C3 Les céramistes d'Auvergne. Voyez l'ouvrage capital de Morin-Jean. sous cet Empire dont rien n'entravait la puissance. Marseille a perdu toute activité maritime depuis que César lui a ravi la liberté. de Narbonne et de Boulogne. les jambons de Flandre ou de Franche-Comté. une presse. Celle des « nautes de la les cité le de Paris » fut maîtresse de la Saône étaient les armateurs maritimes à Arles. Toutefois. Laurens. sont réduits à d'humbles besognes de cabotage et de pêche. Des bronziers de Flandre ou de Hainaut expédient leurs fibules en Allemagne et jusqu'en Asie. ses successeurs impériaux ne l'ont point remplacée. de Gévau- dan. de la Manche. Ce même César a détruit la flotte gauloise du Morbihan.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. : en façon industrielle. l'absinthe vermifuge de Saintonge car la production agricole elle-même s'organisa de Besançon. cet entrain qu'on eût pu espérer en cette Gaule si bien faite pour la mer. travaillent pour toute la Gaule. Ce fut. Boulogne commandait au Détroit. et la Rhône partagés entre nautes fluviaux à Lyon et : 1. ce ne fut pas. de Langres ou les matelas de Quercy. et Seine et de ses affluents. de l'Atlantique. Celle-ci et Narbonne dominaient sur la mer du Sud. . Les commissionnaires d'Italie achetaient en gros les lainages d'Artois. cette ardeur. La Verrerie en Gaule sous l'Empire romain. riales. On eût dit que les chefs de Rome avaient organisé en leur faveur le monopole des routes de la mer un grand empire préférera toujours centraliser le travail plutôt que multiplier les énergies. Les petits ports de la Méditerranée. sur les rivières et les routes. 1913. et par moments une ruée formidable. L'initiative commerciale se concentrait dans ces trois ports d'Arles.

Pour tout ce qui suit. . parus publique). Il nous manque un recueil similaire à celui d'Espérandieu. nous avons des recueils de première utilité : Espérandieu. et le hochet du caducée à la main. pour l'architecture ou l'archéologie monumentale. costumes et emblèmes par à ceux des dieux du dehors qui leur ressemblaient comme 1. eux aussi. Bélénus se transforma en Apollon. se changea en Mercure. Paris. plus enclins à rabaisser qu'à rehausser leurs à ne plus songer qu'au Mercure de la fable. les peuples. Quelle déchéance. furent frappés à mort. et tous les dieux indigènes. pour l'invisible Teutatès. et s'il fut d'abord le Mercure ou l'Hermès de l'antique tradition hellénique. Ces Rome d'une . régulateur du monde habité et arbitre des hommes. et c'est celui-ci qu'on adora partout dans la Gaule. si belles que soient les formes dont les artistes les ont revêtus. car en réalité Je ne devrais i)as dire frappés à mort les dieux gaulois subirent une métamorphose plutôt qu'ils ne disparurent.1C4 DE LA GAULE A LA FRANCE. être de sagesse et Les dieux gaulois et je : d'intelligence. admirablement disposé pour l'intelligence du passé. inutiles. ne peux admirer ceux qui les remplacèrent. que ce dernier avatar infligé dieux. 1917 et 1921. Taran en Jupiter.. \ '. l'un après l'autre. Ministère de l'Instruction (7 vol. Tentâtes. et d'une manière générale pour tout ce qui concerne l'arcliéologie figurée et l'archéologie domestique de Ja Gaule romaine. les ailes aux talons et au pétase. Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine depuis 1907. Je rappelle la visite au IMusée de Saint-Germain. en son allure de dieu aimable et frivole. prirent noms. le père du peuple. Ésus en Mars. Leroux et Musées). Paris. Reinach. l'Armorique végète le long de ses rivages forces vives de la France ont été frappées par longue stérilité. en arrivèrent les mythes de ses conquérants! Les autres divinités gauloises perdirent moins à leurs nouveaux aspects. Catalogue illustré du Musée des Antiquités nationales au Château de Saint-Germain (2 vol. roi de la Gaule.

La mythologie classique n'en recouvrait pas moins la Gaule entière de ses images et de ses fables. tenant des nourrissons sur les genoux. Bacchus et sa Phaéton et son char. et de gaies fontaines.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. jusqu'au jour où se rapprochèrent toutes de Cybèle. En vain les emblèmes mystiques chers aux aïeux essayèrent de lutter. Léda et son cygne. durent pactiser avec les plus grands dieux de l'Olympe méditerranéen. avec cette mère et cette reine. devinrent . cjui arriva dans la Gaule au temps des Antonins. Des statues de Mercure se dressèrent sur les sommets. le de la Terre qui reprenait ses droits sentirent sur le sol et sur les humains. Tout ce que les Anciens avaient raconté sur leurs dieux. 165 Les déesses s'habillèrent en Victoires. mais à son tour la spirale ou le serpent linéaire disparut devant le triomphe du foudre ou du caducée. la Grande Mère des dieux et des hommes. fut révélé aux Gaulois et accepté de leur foi naïve ou de leurs âmes surprises. en elles Minerves. et les Gaulois si bien. l'antique divinité c'était. à Montmartre. et mille autres histoires de ce genre. panthère. au Donon. limpides et sautillantes. Hercule et ses douze travaux. depuis Homère en son Iliade et Ovide en ses Métamorphoses. des frères. à défaut des dieux qui s'abandonnaient. Les cultes locaux eux-mêmes. mieux que les banales idoles sous un nom étranger. grands ou médiocres. Prométhée et son vautour. se travestirent en lourdes Cybèles. copies informes des banales images que l'industrie religieuse de l'Empire fabriquait à foison pour les étalages des boutiques et les bancs des marchés au voisinage des sanctuaires. au puy de Dôme. et même ces sources qui d'ailleurs demeuraient les plus chères des puissances divines. Mais cette fois. et leur emprunter tantôt des noms et tantôt bien des ruisseaux s'appelèrent des Apollons ou des Mars. c'était autre chose et du monde gréco-romain. en Junons ou en Dianes. Ganymède des figures : et son aigle. que beaucoup en oublièrent aussitôt Mercure et Jupiter.

Icare et Dédale tombant du ciel. la Gaule s'initiait aux beautés de l'art. leurs yeux contemplaient. et je suppose plutôt qu'ils ne voyaient là qu'aventures merveilleuses. et qu'en se convertissant à cette religion nouvelle. pour offrir un passe-temps entre deux services. les inévitables amours de Léda. quelque ces mélodrames ou ces acrobaties que popude nos jours la vogue du cinéma. qu'elle avait ignorées jusque-là. leur beauté poétique ou leur sens mystérieux? J'en doute. dieux en images et religion en féeries. ait marqué pour elle un progrès moral. Comprenaient-ils vraiment ce que signifiaient ces mythes. Aux jours de frairie qui assemblaient à Soissons ou à Champlieu les laboureurs et les bûcherons de l'Ile-de-France. On les vit reproduites sur la vaisselle de table. des Niobides massacrés par Apollon. misérables et lettrés. en pierre ou en chair. Paris juge de beauté entre trois déesses. Elle put admirer les corps des Vénus ou des Athlètes aux pourtours de ses théâtres ou dans les salles de ses thermes.166 DE LA GAULE A LA FRANCE. chose comme larise Il est vrai que quelques-unes de ces figures et de ces scènes étaient des chefs-d'œuvre. On les représenta même en action. Et je ne trouve pas que la conversion de la Gaule à l'anthropomorphisme païen. et encore. et toujours. dont on éduqua les la matière et regards des foules. sur les mosaïques qui ornaient les grandes salles des thermes publics et les chambres d'apparat des villas seigneuriales. On eut des mosaïques . en ces tableaux vivants dont s'éjouissait le populaire dans ces mille théâtres qui se construisirent sur le sol des cités. sur les riches vases d'argent qu'on vouait aux dieux secourables et qu'ils conservaient dans les trésors de leurs temples. Les épisodes de la guerre de Troie se déroulèrent en reliefs d'une vie saisissante sur les flancs des vases d'argent exposés dans les sanctuaires. légères ou pathétiques. jeunes vieux.

le viticulteur de Trêves *. L'homme à son tour voulut son image. scènes dieux. . Pont du Gard l'harmonieuse simplicité de Œuvres anciennes achetées au les delà des Alpes par de riches amateurs. le bœuf qui laboure. œuvres récentes façonnées sur place pour orner forums des villes ou les salles des villas. Le boutiquier de Sens. le charretier conduisant sa charrette. Le plus célèbre et le plus intact des mausolées à figures de genre. fût-ce de travail ou de marché. leur épouse et leurs enfants à leurs côtés. ayant à la main le coffret du maître de maison. et ses arcades. Des bustes ou des statues de vivants peuplèrent les places publiques ou les maisons de campagne. jusqu'à Tongres. près de Trêves. se montrèrent sur leurs mausolées en ressemblance absolue. est le mausolée d'Igel. même des plus humbles. et ses piles d'étoffes. qui n'eussent souhaité ou obtenu leurs figures sur leurs tombes. La Maison Carrée de Nîmes déploya le les grâces élégantes de sa façade. le commerçant de Bordeaux. le forgeron d'Autun. le capuchon rejeté sur le dos. De même qu'on représentait les batailles des héros et les amours des plus prosaïques. depuis Nice fille de Marseille et déjà reine sur la Côte d'Azur. le le les drapier derrière sa banque changeur avec sa sébile pleine de pièces. perdue dans ses broussailles et ses marécages à la lisière de la Germanie. on en vint à décrire par la pierre les occupations de l'existence humaine. telle que l'avait le dieu. qui l'avait importée. en bons pères de famille. et il se trouva bien peu de morts. et. Et nos musées de France sont aujourd'hui 1.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. artistes grecs appelés à grands frais ou artistes indigènes nourris de leurs leçons. portraits de citoyens méritants ou de propriétaires vaniteux. 1G7 OÙ les animaux de la fable ou les combats de l'arène apparurent avec les couleurs de la réalité. à scènes de la vie réelle (mais mêlées de scènes mythologiques). le batelier transportant des barriques. De la religion. la fièvre d'art se propagea par toute la Gaule. datant des abords de l'an 200. cette fièvre pénétra tous les replis des âmes humaines. la tunique tombant sur les genoux. le porc que l'on sacrifie.

au moins. gaulois ou ligures seuls. Il m'est indifférent qu'elles soient moins belles. Voilà enfin. poème de leur vie. Mais par là même les images de cet art gagnaient en vogue ce qu'elles perdaient en mérite. sont vivantes. elles nous apportent des sensations de notre passé. elles nous rappellent des pensées et des tâches qui ressemblent aux nôtres. elles nous présentent des hommes loi sous la qui peut-être furent nos aïeux. Moins de trois siècles après la conquête. elle conserva . Et aussi^ aux derniers temps de sa décadence. Rome assura l'éducation par l'écriture et les belles-lettres. de Rome. n'inventait plus rien en attitudes héroïques ou en phy- sionomies divines. et tout autrement que devant Vénus d'Arles ou l'Athlète de Vaison. étouffée par les progrès continus de l'art mythologique. A côté de l'éducation par l'art et par l'image. je m'arrête devant ces œuvres avec un réel plaisir. de ces bas-reliefs qui racontent le les jours et les ouvrages » du travail de la Gaule. « remplis de ces portraits de bourgeois ou d'artisans. une expression nouvelle de notre vie nationale. délaissa l'usage de ses idiomes nationaux. Elles. au contraire. La Gaule. et si Veskuara : dut évacuer les basses terres de la Gascogne. et de copie en copie il n'aboutissait qu'à de misérables plagiats. les Aquitains furent réfractaires à la langue des vainqueurs. elle avait disparu. elles viennent de notre sol. Il était si commode pour la paresse et la routine humaines! La reproduction de la vie réelle. l'art religieux des Gréco-Romains réussit à mettre fin aux tentatives personnelles et fécondes des artistes de la Gaule. il Cet art ne vivait plus que des conventions de l'école.168 DE LA GAULE A LA FRANCE. sa valeur diminuait de jour en jour. exige l'effort de l'observation et le souci de la vérité. Le malheur est que cette note s'effaça très vite. une note originale. la Cette fois. en quatre siècles.

Arles. les dieux de la Gaule devenant romains. Le Midi. et je me demande si ce ne fut pas pour faire oublier un antique collège des Druides. Nîmes. installés en directeurs de . Virgile en voulant l'imiter. surexcités par les salaires qu'ils attendaient des préceptorats aristocratiques ou de l'enseignement public dans les villes. Les Éduens instituèrent une université à Autun. curieuse et passionnée. des lois et des usages publics : car le latin admise pour les actes de l'État et des cités. qui s'empressa de faire la cour à ses maîtres. enfin. les socles des statues et les parois des tombeaux. Il sortit de ces écoles des avocats qui eurent leurs heures de célébrité et se firent applaudir à Rome même. Bélénus devenant Apollon et Teutatès Mercure. les offrandes aux dieux. Mais les grands seigneurs du Nord ne tardèrent pas à se modeler sur les riches bourgeois du Midi dans les fastueuses villas penchées sur les coteaux de la Moselle ou dans les manoirs perdus au fond des Ardennes. et aussi ces inscriptions en majestueux caractères dont on décora les frontons des temples. et des philosophes. par celle de l'aristocratie indigène. sortis de Grèce ou d'Italie ou formés spontanément dans les milieux indigènes. soumis plus touristes. Toulouse. fut plus riche en villes et en colons. Narbonnc. plus visité des empereurs. et Toulouse. on récita des vers : de Lucain. Bordeaux. avant d'être la ville de Clémence Isaure. c'est en était la seule langue la lin qu'il fallut les prier. ICO un inviolable refuge dans les landes et les vallons du Pays Basque. furent envahis par une population d'écoliors. des immigrants et des marchands italiens. il en sortit aussi des poètes qui copièrent tôt. des marchands et des gagné plus vite aux lettres latines: et j'entends par lettres la connaissance des poètes et des orateurs de Rome. par l'influence des colons militaires. mérita d'être appelée « la cité de Pallas et ».L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. des garnisons. Une nuée de maîtres se répandirent sur la Gaule. et. Partout ailleurs le latin s'imposa. L'école eut la mission de discipliner ces bonnes volontés. par celle.

et de le gagner à la conscience. ces figurines de statuaires. des métaphores mythologiques consacrées par des siècles d'écriture. Gomme je préférerais que ces Gaulois. montrent également que les formes et les moules ont fini par s'user à force de servir. obsédante monotone. si quelques étudiants le y venaient le encore. c'était pour se préparer à la latinité et triomphante. le jour où elle s'était déclarée l'amie de Rome: accepté car aucun peuple ne réussit à faire sa part à l'amitié de Rome. ces œuvres de poètes. ces vases de céramistes. semble n'être plus qu'une empreinte de formes et de moules toujours les mêmes. fut chez elle les elle se réfugia dans l'étude d'Homère et le culte des lettres grecques. C'en était fini avec cette ambition que Marseille avait pu concevoir.170 DE LA GAULE A LA FRANCE. et pendant quelque temps ce et Italiens puisèrent que Gaulois aux sources plus pures de la pensée antique. ouvrirent Grèce. aux leçons du Portique ou de l'Académie les âmes des petits-fils des derniers vergobrets gaulois. des poètes qui ne savent s'exprimer qu'à l'aide de réminiscences. la misère de sa destinée l'emporta. cette destinée qu'elle s'était faite à elle-même. Le grec n'était point exclu de cet enseignement. eussent employé les leçons de leurs et : maîtres à rendre des idées et des spectacles de chez eux! . l'éterla littérature. Des rhéteurs ou des conférenciers qui ne songent qu'à faire de l'esprit avec la science de leurs devanciers. Mais il n'avait plus en Gaule qu'une situation égale à celle qu'on lui avait faite à Rome. lui « nom de sa Cannebière (de cannabis. Le non pas grec. à l'intelligence éveillée et souple. de devenir l'éducatrice de l'Occident. tout au contraire. comme l'industrie. nelle obéissance aux préceptes de l'école comme l'art. et dans leurs contours sans netteté ou leurs dessins sans vigueur. chez les écrivains gaulois. En lâtre hellénique vain s'efîorça-t-elle de maintenir son rôle d'écoà demi persécutée sur cette mer qui : avait été sienne. Puis. C'est cette latinité que nous retrouverons. donnera chanvre »). Marseille avait : dieux et la langue d'Italie latin. Et deux les siècles après César.

Je ci'ois la légende bien plus ancienne que le Moyen Age. même pas de transcrire. Mais nul de ces catéchumènes des lettres classiques ne songea à modeler avec elles les souvenirs de son passé ou L'idée ne leur vint d'imiter les et ces les images de ses regards. pour fournir à de paysages pittoresques. de leur propre histoire. datant au moins de l'époque romaine. et je me demande si la fidélité extraordinaire et presque mystique des Rèmes à f alliance romaine n'est pas en paille la conséquence de cette légende. courses de chars dans les cirques des métropoles de provinces. les plaisirs tableaux vivants. une nouvelle et ample moisson de drames vivants. que des liens de Grèce et de Rome. assez belle. Leur histoire était 171 leur nature était assez langue latine. on s'amu^^a à Paris à l'instar de Rome. la riche. sous l'inspiration d'une âme gauloise. mystères mythologiques.*. de traduire. De Rome et les vices enfin. qu'ils traîtres à leur passé. : ils empruntèrent les jeux. . combats de gladiateurs ou exécutions judiciaires dans tales les amphithéâtres des capide cités. On me dira qu'un combat de gladiateurs n'était pas 1. aux héros de la que Rémus avait fondé la nation des Rèmes et Ils voulurent avoir la louve romaine. et à Paris comme à Rom. mimes et pantomimes sur les théâtres innombrables des villes et des lieux de foire. non plus seulement pour souveraine de leur vie présente.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. rien ne délecta plus la plèbe ou les riches que les prouesses sanglantes de la gladiaturc. d'une mort Oublieux les sans descendance. fils Gaulois s'imaginèrent étaient les de l'Hercule de la fable. de strophes émues. oeuvres moururent d'une double mort. poèmes des Druides et les chants des bardes. cière de leurs aïeux. mais pour nourrifamille les unissaient ' . promenades et jeux d'oisifs dans les thermes. d'épopées superbes. peut-être même antérieure à cette époque. et partout. baignades en commun.

Tels étaient les Gaulois conquis par César. il est vrai. et nous leur ressemblons. être innocente. Les colons grecs de Marseille. Mettez aujourd'hui un enfant de Saintonge dans une école de Marseille.17_' DE LA a ALLE A LA FRANCE. à Lyon. quelques centaines de milliers d'immigrants italiens ou grecs sur les routes. dans les foires ou dans les villes. La victime du dieu. était Qu'on ne me parle plus du « génie latin ». s'adapter au . les colons romains de Lyon. Nos aïeux tels seront les : parle du caractère transmis à y a deux mille ans avaient reçu leur part nécessaire de qualités et de défauts. et ce fut tout. mourait malgré elle le et gladiateur était libre. et elle vaut mieux. Je pouvait : n'en suis point sûr. ils le nature et le tempé- qu'ils étaient comme sont restés : quelques dizaines de milliers de colons militaires à Fréjus. Ce race. à Béziers. qu'on ne fasse pas de la France l'élève et l'héritière de ce génie. Mais n'en faisaient pas spectateurs de ces sacrifices distraction et de joie un motif de et la multitude entassée dans les arènes ne demandait loisirs. à Arles. Ce sang absorba celui des nouveaux venus. finirent par mouvement de l'ambiance. cela ne suffit pas pour changer le sang de trente millions d'habitants. à Narbonne. Elle est autre chose. et. Gallo-Romains conquis par Clovis je la naissance. la Le génie latin n'a pas transformé rament des hommes de Gaule. si plus barbare que ces sacrifices humains jadis cliers aux Gaulois et interdits depuis par la loi de Rome. à la mort et au meurtre que de distraire ses Le monde en droit de demander d'autres leçons à ses maîtres romains. et pouvait choisir les un autre genre : de vie ou de mort. je ne parle pas des manières dont l'éducation l'enveloppe. Leur arrivée ne modifia pas davantage l'humeur native des hommes. à Orange. en tout cas. d'il loin de troubler l'esprit de leurs hôtes gaulois.

Gaulois. tenace. et ce fut dans la vie matérielle et morale des peuples. où la poésie chantera Charlemagne et Roland non plus Hercule ou César. les N'attribuons pas au génie de ce Latin de notre langue. et ce fut dans leur vie poli- tique et sociale. l'aceent et l'imagination du cru. resté sur la terre et au et jamais milieu des siens. au moment de qui : sa défaite. mais les lettres et l'art de la Gaule n'auront une valeur que le jour où ils ne seront plus inspirés par le génie latin. et où ces formes de la pensée. loyal et crédule. et la France n'a gardé la langue latine qu'à de la mettre à son allure propre. Besançon par exemple capitale et citadelle des Séquanes. le mal se mêle abondamment au bien. enseignées à nos ancêtres par les hommes du Midi. qu'il 173 tienne ensuite boutique à la Gannebière ou à la Grand'Rue. Ainsi fera la France de ce que Rome lui a apporté de meilleur. la condition où et l'art bâtira des églises romanes et non plus des amphi- théâtres. formaliste et ne ressembla fourbe plus traditions demi. Là encore. Elle conservera le goût des lettres écrites et des œuvres d'art.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. prime-sautier. inconstant. il au Latin. comme Rome du Latium régime municipal . demeura un être ardent. qu'il discipliné. évoluait vers ce imposa peu à peu sa loi au monde méditerranéen une ville chef-lieu de cité. cles ou lui ou le ses fils prendront les gestes. Notre droit a emprunté à la législation romaine des principes généraux que les Gaulois partageaient avec tous les fils des de notre droit et les clartés Européens. Même après quatre siè- de loi romaine. Nous avons vu ce que Rome enseigna de nouveau. ornement et force d'une petite patrie. seront consacrées par leurs fils à présenter et à proclamer la vie nationale. La Gaule. ce qu'elle conserva Voyons du passé.

prolongeant ainsi une existence près de trois fois millénaire. Tel domaine des Arvernes il avait été soumis par César. d'un millier d'années. par les progrès du bien-être. Lutèce finit par s'appeler Paris. Sa faisait d'elle. leurs et limites. et ce canton n'était autre qu'une tribu ligure. Il est maintes fois arrivé. retenaient intacts leur nom traditionnel. ses habitudes et ses joies propres. à Vienne belle ». les antiques cantons des tribus fixité (pagi) le persistaient en une presque hiératique. Et au dedans de ces grandes provinces. I nouvelle parure de temples et de monuments non plus seulement un centre d'administration. depuis qu'elle avait sur la colline de la Seine ses thermes aux colonnes de marbre. et c'est pour cela d'hui qu'il s'appelle encore aujour- mot. ses arènes aux gradins innombrables. mais un lieu de joie. Mais. que le nom de la peuplade ou de la cité soit passé à la ville qui lui servait de chef-lieu. que de petits « pays » à l'indestructible vitalité Pour un habitant du Médoc. il a son patois. son accent. et qu'il s'y donnait des fêtes magnifiques? Les seigneurs du Dauphinéallobroge avaient quitté leurs rudes manoirs de la montagne pour se bâtir « des hôtels sur les bords riants du Rhône. courager A cela l'Empire ne cessa d'enbornant à retirer aux chefs des et la souveraineté politique.174 DE LA GAULE A LA FRANCE. le passé continuait. cités leurs titres indigènes j Par la la force des choses. auxquelles ces villes commandaient. entre la Gironde et la mer. au temps de César. leur territoire rural. dans ce décor nouveau. tel fut respecté par les empereurs. et dans ce territoire. dans cette Gaule romaine. l'Auvergne. I : du même . les Gaulois. se OU Athènes de l'Attique. déjà vieille. celle des Medulli. la pour y vivre la joyeuse vie. une résidence rêvée. le Médoc est vraiment une patrie campagnarde on l'aime comme telle. Les peuplades ou « cités gauloises «. et le Médoc n'est autre qu'un canton rural de cité gallo-romaine. ville arrivait à la suprématie sur les hommes. Quel est le Parisien de l'Hurepoix ou de la plaine Saint-Denis qui n'eût reconnu en Lutèce sa capitale.

qui devint Bourges. ainsi que tant de maîtres absolus. les Piétons du Poitou servirent à dénommer Poitiers. l'envoi de colons. pour le malheur de la Gaule et du monde. L'organisation sociale ne fut point davantage modifiée dans ses éléments essentiels. où la dispersion de la fortune aurait mis plus d'égahté. Au début de l'Empire.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. hors la patrie française. en avoir une toute neuve. Les empereurs romains. plus de regret de la liberté et un sentiment plus juste de la valeur des hommes. celui des Parisiens. l'avènement des professions libérales. les cadres et les titres de sa plus lointaine histoire. et de rappeler à tion française. a désiré s'entourer d'une noblesse. 175 du même mot que le territoire. mais nulle autorité. : instant la diffusion de la richesse mobilière et de la petite propriété. par là notre sol. en un mot nait son toujours respecté et vivant. prédominance des grands propriétaires et des gros capiLa plèbe pouvait gronder dans les arènes cela lui valait plus de pain et plus de jeux. Napoléon héritier et législateur de la PvévoluD'abord Napoléon. ne montre aujourd'hui en des formes plus nettes et des noms plus tenaces. Mais par là l'antique peuplade gauloise enracinom dans sa ville maîtresse. à défaut de l'ancienne aristocratie. Puis le progrès s'arrêta. qui furent portés au pouvoir par les plus riches. les Lcmoviques du Limousin à dénommer Limoges. dont elle était la capitale. et bien d'autres ont fait leur vocable à de même. figurer l'Empire C'est une sottise que de se romain comme une ce propos vaste société démocratique. les Bituriges du Berry imposèrent Avaricum. n'eurent qu'à accepter. qui possédaient des terres et qui en possédaient . ses habitants et ses édifices retenaient pieusement. Nulle patrie au monde. Ceux-là désormais comptèrent. l'éveil de l'industrie. et. en Gaule et partout. provoquèrent un la talistes. la trace et le souvenir de ces nations qui avaient fait la grandeur du passé gaulois.

176

DE LA GAULE A LA FRANCE.
:

beaucoup

je n'ai

pas à parler

ici

de ceux qui possédaient

des armes,

les soldats et leurs chefs,

que nous retrouverons

tout à l'heure. Les vrais détenteurs de l'autorité civile
furent, ainsi qu'aux
les

la

et et

temps gaulois, les maîtres de domaines moindres propriétés faisaient le décurion, sénateur de cité; les plus grandes faisaient le clarissime, sénateur noble d'Empire, et il importait peu, pour devenir noble clarissime, d'être seigneur terrien en Gaule ou en Italie.
:

Le grand domaine
territoire

resta l'unité foncière, et, pour ainsi

dire, la cellule initiale des

groupements sociaux. Chaque
ville et

de

cité,

en dehors de la

de quelques gros

villages, était divisé en

une centaine de biens-fonds, vastes chacun de plusieurs milliers d'hectares, ayant chacun son
maître, sa villa, ses fermes et ses ateliers; et
il

n'est

même

pas sûr que ces villages eux-mêmes n'aient point dû se résigner un jour à subir le patronage du sénateur leur voisin '.
Il

n'en allait pas autrement dans la Gaule de Vercingétorix.

De même que
la

les tribus et les cités, ces

grands domaines

sont venus jusqu'à nous, et on dirait qu'ils n'ont traversé

domination des empereurs que pour prendre un nom Le passe de notre France ne veut point mourir, il s'enracine à son sol, il ne le quitte pas, il exige que nous nous souvenions de lui, il nous rappelle que nous vivons encore par lui. J'ai trouvé sans peine les traces des cités en nos provinces, en nos départements même, et celles des tribus en nos pays, en nos cantons ou nos arrondislatin.

sements même; et nos communes rurales, elles, sont filles de la villa gallo-romaine, petites-filles du domaine gaulois. Là où sont aujourd'hui l'église et le bourg, sur la hauteur et près de la source, s'étageaient autrefois la villa du maître
et les
1.

communs de

ses

services; des terres
p. 53, éd.
et

de culture,
Habent
privali

Cf.

Frontin {Gromatici,

Lachmann)

:

non cxiguum popiilum plebeium

vicos circa villam.

L'ÉPOQUE IMPÉIUAl.h'.

i'H

aujourd'hui coinme autrefois, partent du bas du coteau et du pied des dernières maisons, et forment le même décor

de verdure autour de

la niasse

des demeures humaines;

au

loin, les bois qui

ferment

l'iiorizon et

séparent la comle

mune

des villages voisins, limitaient jadis

domaine du

seigneur et servaient d'asile nécessaire aux troupeaux de

son cheptel et au gibier de ses chasses.

Le nom même de la villa n'a point changé. Nos Fleury de rilc-de-P'rance, nos Flcurey de Bourgogne, nos Floirac du Midi, sont autant de FZor/ac»/n, bien-fonds d'unFlorus, Gaulois au nom romain; nos Berny ont été possédés par un Brcnnus, Gaulois
le

fidèle à

un nom

celtique; et

il

y a des
:

Vitry, Victoriacum, des Mercurey, Mercuriaciim, qui furent

bien d'un temple de la Victoire, d'un temple de Mercure
le dieu, lui aussi, était

car

grand propriétaire '. -Mais, de ces domaines à nos communes, l'iiistoire n'a transmis que des noms et des cadres, les mots et les lignes fixés au sol, les aspects fixés à la nature. Tout ce qui est
les

condition humaine a ciiangé. C'est aujourd'hui l'égalité

absolue entre
les siens, et

habitants,

le

maire du village choisi par

cliacun d'eux maître en sa maison et sur les
:

champs de son bien
en équipes,
eux.
lui

et c'était autrefois

une

terre et des

hommes dépendant d'un

seul chef, et ses esclaves, répartis

servant de valets de ferme et de laboureurs,
villa,

sous la surveillance de l'intendant de la

esclave

comme

De

la

ses vieilles assises et ses

base au sommet, l'édifice de la Gaule montrait contours consacrés.

nouveaux
1.

L'État romain fut sans doute oblige d'instituer de districts pour servir de ressorts à son adrainisJe

certain

me sépare de l'opinion courante en ce qui concerne un nombre de noms formés à l'aide de noms de dieux. L'ouvrage essentiel sur ces noms de lieu est maintenant le li\Te posthume de
la

Longnon, Les Noms de lieu de depuis 1920, Paris, Champion).
JuLi.iAN.

France (en cours de publication
12

Do

!a (iaulc

à

la ^'rancc.

178

DE LA GAULE A LA FRANCE.

Ce furent les provinces d'Empire, au nombre de neuf d'abord et de dix-sept à la fin. Et nous retrouverons ce chiffre de dix-sei)t dans le plus ancien nombre des provinces ecclésiastiques ou des résidences d'archevêques
tration.
i

Embrun

et

Tarentaise

^

pour

les

provinces des Alpes,

Cologne et Mayence pour les provinces frontières de Germanie, Reims, Besançon - et Trêves pour celles de Belgique, Lyon, Sens, Tours et Rouen pour celles dites de
Lyonnaise, Bordeaux, Bourges et Auch ^ pour les pays au sud de la Loire, Narbonne, Aix et Vienne'' pour la partie de la Gaule jadis conquise sur Bituit. Mais, à part cette survie dans l'Église, les provinces de Rome n'exercèrent point une influence profonde sur nos destinées. Leurs noms et leurs limites s'effacèrent au temps de la royauté franque. Il n'y eut de vivace que la province d'Auch, entre Garonne et Pyrénées, qui devint la Gascogne et il est vrai qu'elle qui l'est restée jusqu'à nos jours correspondait à une région naturelle, et que, pour l'étas'étaient bornés à prendre l'ancien blir, les Romains domaine des Aquitains. Ailleurs, où la nature et le passé avaient fourni de trop faibles éléments à la géographie politique, la province d'Empire eût sombré tout entière sans le respect de l'Église pour les formes romaines. Mais, du passé et de la nature, Rome avait retenu le
:

principal, qui était la Gaule.

Pas une seule

fois

il

ne vint à ses empereurs

la

pensée

lieu (Moutiers)

Tarentaise (Taranlasia) a été primitivement le nom du chefde la province. La province fut partagée plus tard entre les provinces voisines. 2. Besançon a fait partie sous le Bas Empire de la province dite Sequania ou Maxima Scquanorum; auparavant, de la Germanie Supérieure. Mais j'incline à croire qu'il appartenait à la Belgique aux premiers temps de l'Empire. 3. D'abord Éauze. 4. Arles forma plus tard une province ecclésiastique distincte de celle de Vienne. Pour ces provinces et leurs subdivisions diocésaines, voyez V Atlas historique de la France, de Longnon (depuis 1884, Paris, Hachette). Et du même, Géographie de la Gaule au VI'' siècle (1878, Paris, Hachette), p. 180 et s.
1.

L'ÉPOQUE IMPÉRIALE.
de
l'aire

179

disparaître ce

nom

et d'abolir avec lui les souve-

nirs

d'entente et de gloire nationales qu'il renfermait.

Toutes les provinces s'appelèrent des Gaules ou furent dites en Gaule; et les deux Germanies elles-mêmes, autour de Mayence et de Cologne, étaient dites des provinces gauloises car ce nom de Germanie était là pour
:

rappeler un
surveiller.

voisinage

et

l'ennemi

qu'elles

avaient

à

Par
de
la

même, Rome

indiquait les frontières nécessaires

Gaule avec une netteté qui leur avait manqué trop souvent. Les Pyrénées prirent à leur ligne de faîte une valeur de limite fatale; il en fut ensuite de même pour les Alpes; et le Rhin compléta enfin son renom religieux ou poétique de fleuve sacré et de fossé providentiel par la mission formelle et militaire de marquer la fin de la Gaule, de l'Empire et du monde civilisé, et de les protéger contre la barbarie germanique. A des contours précis la Gaule romaine ajouta un centre fixe, Lyon, qui fut choisi à la bonne place, mieux garantie par la loi du sol que la montagne divine du Dôme ou le sanctuaire druidique de la Loire. Ces lieux saints convenaient

à des foyers nationaux en ces temps à demi magiques
et les dieux.

où l'union de la Gaule se faisait surtout par le symbole Mais nous sommes arrivés, en dépit des dieux

le sol, à des manières de vie plus positives et plus matérielles, où les accords humains résultent surtout de routes qui se rencontrent,

qui pullulent plus ciue jamais sur

de marchés où l'on s'assemble, de marchandises qu'on
échange. Le symbole, d'ailleurs, on l'avait à
cette
«

claire

montagne

»

Lyon avec de Fourvières que caressent les
un
les

rayons du

soleil

à son lever, et qui se pose, pareille à
la

ombilic de la Terre-Mère, à l'endroit où s'unissent

eaux

de rivières sacrées. Mais
en

rencontre de ces rivières faisait
lieu

même temps le

carrefour de chemins nombreux, l'arrivée

de troupes humaines, un
devint
le

de foire universelle. Lyon,
auguste des voies

qui n'avait été jusque-là qu'une bourgade insignifiante,

point de départ,

le milliaire

ISO

DE LA GAULE A LA l'HANCE.

romaines, la métropole économique de la Gaule, et la résidence de son grand Conseil. Car il existe toujours un Conseil de la Gaule, où se

rassemblent ses chefs, prêtres et magistrats à la fois, et, n'étaient langue, dieux et idées, Vercingétorix eût pu

une assemblée de vergobrets ou à un concile de Druides. Chaque année, au mois d'août, les délégués des cités de la Gaule se réunissent aux Terreaux de Lyon, au confluent de la Saône et du Rhône. Comme les Druides, ils sont prêtres, et conune eux, ils adressent des prières solennelles aux dieux généraux de la Gaule, dont le
croire à

temple et
les

l'autel s'élèvent sur le flanc
les

de la cofline;

comme
ils

vergobrets ou

rois

des anciens conseils,

sont

nobles et chefs dans leurs cités respectives, et ils délibèrent sur les affaires politiques des provinces gauloises.
la réalité nous ramène à Ceci n'est que l'apparence peu de chose. Les droits politiques du Conseil se bor:

naient à l'examen de la conduite des gouverneurs, et ses devoirs rehgieux consistaient à sacrifier aux deux divinités

souveraines de l'Empire, celle de Rome et celle d'Auguste, à qui seules sont dédiés le temple et l'autel du Confluent. Les empereurs, en empruntant au passé gaulois ces formes du conseil et du sanctuaire indigènes,
les

apphqualent à surveiller

les

agents de leur pouvoir et
Ils

à sanctionner la majesté de leur puissance.

songeaient

moins à la hberté et à la dignité de la Gaule qu'à l'avangardèrent bien, par ils se tage de leur domination exemple, de réunir à la Gaule de Lyon celle de Narbonne, de rejoindre les deux tronçons de cette grande nation brisée par la défaite de Bituit l'Arverne. Leur
:

i

politique

était

faite

surtout

d'utiUtarisme impérial et

d'empirisme administratif; efle

manqua

toujours de ces

vues d'avenir, de ces vastes horizons, de ce large et fécond libéraUsme qui auraient dû être le devoir des maîtres d'un grand Empire. Et ceux qui, à propos de tout, admirent et célèbrent l'Empire romain et son gouvcrne,

ment, ne sont que d'inconscients flagorneurs du succès.

surtout lorsqu'il s'applique à la terre et aux hommes. même Rome dirent le Ce fut le coq gaulois. en Gaule. qu'il n'avait point tué en elle tous les germes de la L'opinion publique. La Gaule Midi dépendait de Narbonne en administration ses : intérêts frontière économiques la rattachaient à Lyon. le forum et l'entrepôt de toute la Gaule. isi Mais (lu les faits étaient plus forts que les lois. et c'est ainsi que les Anciens ont parlé de lui. ou de vétérans de Jules César laissés à Arles. Et l'on sait ce que peut valoir un nom : collectif. prenaient et portaient également le nom de Gaulois. symbole de communes. étaient tous devenus des Gaulois dans l'esprit de leurs chefs et à leurs propres yeux. où se rencontraient les marchands sur une place de foire et les pèlerins en un sanctuaire tel. bâti à sa même. ce sont les deux moitiés d'une immense région qui se rejoignent pour faire de Lyon l'acropole. ressortissants de Lyon ou de Narbonne. le comme le les contemporains. après . qui réveilla monde pour la révolter contre l'insanité de Néron. le sommet du mont Donon. Je répète que ces hommes. qu'ils fussent petits-lils de Lucter l'ami de Vercingétorix. Lyon ressemblait à ces lieux de rendezvous que la Gaule avait jadis institués aux limites communes de deux cités.. tous. Mais ici. plus haut que dans n'importe quel pays de l'Empire. où se rapprochaient tribus d'Alsace et tribus de Lorraine.uf. par exemple. Quand. vie générale et inspirateur de pensées En dépit des tyrannies impériales et de la veulerie de l'obéissance. la Gaule saisit plus d'une fois l'occasion de manifester ses désirs et de faire comprendre aux héritiers de César liberté. iMPdniALF. citoyens romains devant la loi.pnniJF. Qu'ils fussent vêtus de la toge latine ou de la cagoule celtique. s'exprimait et l'Italie.

quoique les recrues de Gaule fussent en majorité. durant trois siècles. nomine Galliamm. les délégués des cités gauloises se réunirent spontanément à Reims. et d'une armée propre à la Gaule. ils ne s'en estimaient pas moins solidaires en leurs pensées. et res- ponsables de leurs décisions vis-à-vis de la Gaule. sa fermeté aux heures de péril. car cette assemblée proclama que^ les temps de la liberté avaient causé en Gaule trop de querelles et de misères. C'était vraiment. cinquante à cent mille hommes. il se forma peu l'armée était là pour défendre à peu d'étroites relations la Gaule. Tous n'y étaient pas d'espèce gauloise. Je dis une dernière fois. l'État mort de romain parut se disloquer. et l'on entendit une dernière fois parler des Druides. « l'armée de Gaule ». montèrent la garde contre les Germains. Mais entre la Gaule et l'armée du Rhin. elle faisait sa sécurité aux jours de paix. Du lac de Constance aux rivages de mer du Nord. Mais une telle assemblée et la déclaration qui la termina montrèrent à l'univers que. Un dernier élément de cette cohésion nationale fut l'exis- tence d'une armée à la frontière du Rhin.182 DE LA GAULE A LA FRANCE. C'était une force militaire incomparable. et la Gaule la nourrissait. invoquer l'unité et l'indépendance de la patrie gauloise. Les intérêts du moment étaient plus forts que les souvenirs du passé et que le respect de la dignité humaine. Le pays mettait en : son armée sa confiance et sa gloire. Vitellius. c'est un ferment le d'unité aussi actif qu'un nom et qu'une capitale rempart achève l'œuvre du foyer. et qu'il valait mieux obéir dans la paix et la concorde. ainsi qu'on l'appelait d'ordinaire. homogène malgré la des diversités d'origine. Et qu'une nation sente à sa frontière une armée permanente qui soit à elle et pour elle. : . si les Gaulois pensaient en serviteurs de l'Empire.

à recouvrer l'unité et à chasser le elle Germain. les lois n'empêchèrent pas les pauvres et les dépendance des plus riches.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. de l'administration. 183 C'est grâce à ce rempart que la Gaule profita. l'obéisles règles sance à l'État. ramenait à la volonté d'un despote improvisé. INIais ils ont sacrifié en échange les héritages de leur histoire. Mais n'oublions pas que ces guerres civiles ont été entretenues par la politique du Sénat. ce fut la fin des guerres civiles et des invasions germaniques si César déshérités de tomber sous la et la souveraineté de l'État se : n'avait pas conquis la Gaule. de s'enrichir. roi des Germains. tatillonne et bureaucratique. et que. pour eux un sujet de dithyrambes suis réservé le droit de discuter cet enthousiasme. Rome leur a fait connaître la discipline publique. Et n'oublions pas davantage que le règne de Rome infligea à la Gaule ces guerres civiles entre prétendants et entre armées qui sont la tare la plus ignoble dont ait souffert l'humanité. elle se serait entre-déchirée et serait ensuite devenue la proie des Barbares. mais je me nomme « la paix romaine ». La paix romaine a. que Rome a ouvert la principale brèche dans l'unité gauloise. qui fut parfois un très honnête homme. de jouir sans inquiétude des biens de la terre et des joies de l'âme. La paix romaine. le culte de leurs traditions et l'existence d'une patrie libre. ont dit les Anciens et ont répété les Modernes après eux. pendant ces trois siècles. à la Vercingétorix. trois siècles durant. — Mais cette administration romaine était lente. ce fut pour la Gaule. — C'est possible. mais parfois aussi un monstre exécrable. de ce aue sans les Anciens ont J'ai dit qu'elle a été fin. de s'instruire et de s'amuser. permis aux Gaulois de travailler. au . encore qu'il soit tout aussi possible que dans un eût réussi sursaut de patriotisme. et qu'elle a accordé son amitié à Arioviste.

: bella. tibiquc Romans. Pendant trois siècles. Je ne dissimule pas qu'au début de l'Empire. il ne suffît pas de le voir en ses jours de bonheur ou de chance. Orbis terrarum non arma fabricabitnr. Mais. Nonne omnes barbaras gentcs subjccerat? Romanus jam miles erit nullus. Vita Probi. pour apprécier un régime à valeur. avant Jeanne d'Arc et Henri IV. Mais il en résulta pour les gens de l'intérieur un excès de confiance. n'ait fort bien accompli sa tâche. aucune garnison ne surveilla les routes et les campagnes ^ Lutèce développa librement ses riches demeures et ses somptueux édifices sur la hommes prirent résolument Montagne Sainte-Geneviève. comme Autun. les murailles des enceintes tombèrent en ruines. Rome elle-même rouvrit la Gaule aux Germains. mais en l'ensemble de sa durée. . était Un Gaulois ne portait plus l'épée. plus complètement peut-être que ne l'eussent lait Arvcrnes ou Éduens. L'on disait déjà tout haut c[ue la paix romaine allait supprimer pour toujours les guerres et les armées ^ Une effroyable réalité répondit à ce rêve. 20 IMililes ncccssarios non fuluros. 2. et eux-mêmes ne savaient l'armée du Rhin ne fut plus com- posée que d'engagés volontaires et surtout d'auxiliaires barbares. 3.Gaule fut inviolable le long du fossé du Rhin. la vie de la jeunesse. Autour des villes anciennes. et les villes neuves s'élevèrent sans forteresse pour les défendre i. Sauf quelques cas exceptionnels. Histoire Auguste. Le un aspect civil et sol et les pacifique. cours de CCS guerres. leges. et je ne crois pas que même même après Charlemagne. la France ait subi une catastrophe pareille à celle qui mit fin h la prospérité des temps impériaux. Sauf de très rares exceptions. ubiquc pax. les enfants camp inconnue à plus jouer au soldat. le rempart qu'était l'armée de .jS'â DELA GAULE A LA FRANCE. Nnllaerunt 1. Aucun château fort. Rome de fermer la frontière sa juste aux Barbares. même avant Clovis.

personne n'ayant rien prévu au dedans de la frontière. Plus de villes ses garnisons municipales. les cultures furent ruinées pour des siècles. sa gendarmerie de route. J'emploie ce mot. l'armée is:. . La Gaule fut divisée en secteurs militaires. flanqués détours énormes \ Habitants et demeures furent enserrés par l'étreinte d'une sombre forteresse. Et alors.V ÉVOQUE Un jour. pendant sept siècles. ici.médiévales. les hommes périrent par milliers. Elle eut raison elle de ces bandits. laissa passer les Barbares. rien n'étant disposé pour les arrêter. d'organisme municipal qu'à l'intérieur de ces tristes murailles. Paris délaissa sa rive gauche où il n'y avait plus que des ruines. Blancliet. refuge suprême de nos petites « cités » . ouvertes autour de ce qui restait des villes on construisit une enceinte de remparts. Les Enceintes romaines de la Gaule. ils furent maîtres en Gaule comme des perceurs de muraille dans une maison abandonnée. sans doute. ère. chacun avec son duc ou son comte. jusqu'au réveil de la France. ses camps retranchés. en l'an IMPÉRIALE. ne resta que Rome. recouvra la Gaule. Leroux. ses colonies militaires. 1007. et désormais. du Rhin. 1. hauts. les villes. ne perdit pas courage. et d'ailleurs Du Rhin aux villas Pyrénées. miassifs. mais dans le sens médiéval de quartier central des villes. Paris. non pas dans le sens gallo-romain de territoire municipal. il n'y aura plus de vie citadine. et se : d'autrefois. des ruines et des souvenirs. et des belles choses et des années heureuses il cfui avaient été l'œuvre de la paix romaine. Citadelles et corps d'armées ne furent plus réservés à la frontière. siècles. devenue fort absorbée par les guerres médiocre. 276 de notre civiles. 2. les villages et les flambèrent dans un immense incendie. encore durant près de deux elle la gouverna Mais ce fut pour la soumettre à un état de siège ininterrompu.

A quoi bon craindre. à Famars près du carrefour des routes de Valenciennes. Non seulement ses rois et ses guerriers Germanie la était embouchures vaincue. et ce fut la dernière faute. ville de soldats. de l'Empire avait rendu toutes leurs illuune confiance invincible en son éternité et la sécurité de leur propre égoïsme. où les murs nouveaux longèrent les bords du fleuve. à Saverne au débouché du principal col des Vosges. Des centaines de châteaux forts s'élevèrent aux endroits importants. prenait la cuirasse de guerre. à Blaye sur la colline qui domine l'estuaire de la Gironde. A quoi bon même. si les empereurs avaient réussi à changer l'aspect et les des choses. Les villas elles-mêmes s'affublèrent du costume militaire. Lyon. La campagne. pour surveiller les routes et les rivières de son voisinage. Il eût fallu que sur ce sol en détresse. à la la frontière. pour faire la police des campagnes. à Trêves. aux tours monstrueuses. la tribu des Francs Saliens se charge de faire le guet près des du Rhin. briguer les commandements. perdit son empereurs résidèrent près de la frontière. souffrir et se battre? Pour cultiver leurs terres. pour un sénateur de Bordeaux ou de Narbonne. ils font venir des Barbares à foison. Mais c'était trop demander à ces grands seigneurs auxquels la restauration sions. grosses comme des donjons. de l'Empire romain. la rang de capitale. pour ne la quitter qu'à la fin du Moyen Age. ils n'essayèrent pas de modifier l'esprit des hommes. que le travail et la défense fussent les buts de sa vie. La leçon du malheur ne profita pas à ses citoyens. Car. il y en a pour tenir garnison à Paris. elles eurent leurs remparts et leurs tours pour protéger les richesses que l'aristocratie terrienne s'était hâtée de reconstituer. replia dans son île.18G DE LA GAULE A LA FRANCE. et la faute irréparable. ville marchande et pieuse. à l'étendue démesurée. on leur envoie d'autres Barbares. les titres de . aux murailles puissantes. tout habitant de la Gaule se fît à la fois agriculteur et soldat. mais assumaient mission de défendre l'Empire contre un retour offensif d'autres Barbares. elle aussi.

de vivre dans son opulente villa. maître de la milice ou de comte de Il 187 la garde impériale? faut réserver ces fonctions actives et pénibles à des francs. rois puisqu'ils sont généraux habiles et sujets Le sénateur. honorées et faciles. Cela a été écrit au milieu du iv^ siècle. qiiarum iisiiin alfliientiamque œternilale majus pnlanl. 37 Dum obledantur olio simiilqiic dii'iliis pavent. et sa joie suprême sera.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. bornera son ambition aux magistratures civiles. en se promenant sous fidèles. grand propriétaire. Cet abandon criminel du service militaire par les grands et ses funestes conséquences pour l'Empire ont été marqués d'une manière vigoureuse et prophétique par Aurélius Victor. : . les portiques reconstruits et en relisant Virgile ^ 1. mnniverc militaribus et pœne barbaris viam in se ac posteras dominandi. le temps de la retraite venu.

J'ai à peine besoin de rappeler les travaux décisifs de Fustel dcCoulanges. — de Germanie. résidence royale. Prépondérance de la vie mili- — — Déclin des habitudes classiques. Paris. Faiblesse de l'Empire de Charlemngne. — — La — et la renaissance agricole. — Les monastères tation rurale. Paris. Un des ouvrages d'ensemble où la notation des faits est la plus exacte et la plus complète est celui de Prou. Hz's/o/rc des institutions politifjues de i ancienne France. Malgré tout ce qui a été écrit sur ces sujets. et tenu. Établissements d'étrangers.VII L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES INVASIONS GERMANIQUES. — — — — — — — La prééminence décisive du Christianisme. j'estime qu'il y a reprendre de plus près encore. je ne réjouir de ce peux plus admirer l'Empire que la romain. c'est parce que l'étude. [1897]. 1. Maintien du mot de Gaule — La petite comme — exploi- idée et senti- — Quelle que soit latins de ma reconnaissance envers les maîtres ma j'ai jeunesse. Partage de la Gaule entre des chefs barbares. Affaiblissement du titre de roi. Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie religieuse. la réflexion et l'âge ne m'avaient pas encore donné l'expérience de l'histoire. La civilisation. lieu de les . ment d'unité. La Gaule Mérovingienne. Ambitions impériales des rois de Gaule. encore inspirée de Rome. Gaule comme unité politique. Continuité des invasions en Gaule. May. Si me Gaule lui ait appar- pu faire jadis l'un et l'autre. MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS ' L'Empire romain est une décadence menant à une cataslrojjhe. Aucun principe politique ne vient taire. Le Christianisme renforce Vanité gauloise et la vie locale.

tel que fut saint Louis. I''' partie. et Sénèque nous instruire des vertus nécessaires. leur vie fut absorbée par les soins de la conservation. Éducation latine et jugement sur l'Empire sont choses indépendantes. Mais on peut aimer Virgile sans amour du peuple-roi et sa dévotion à Auguste. mais préservons-nous éternellement de ce mot et de cette idée d'Empire. ils s'arrêau premier obstacle.. Hachette. Dès le lendemain de leur naissance. trôle de leurs agents et les conflits le conIls de leurs bureaux. Cherchons en celte éducation. cherchons-y ce qui est art et sentiment. Partis le génie d'Athènes sous Périclès ou l'esprit de la France sous tèrent pour des ambitions illimitées. Kleinclausz. Paris. l'JOo. les De tous les États de l'histoire. Auguste devant Arminlus et les héritiers de Charlemagne devant les Normands.L'ÉPUijUt: UEH ROYAUTÉS BAIWAIŒS. ils sont déjà entrés en 6 vol. Un résumé d'ensemble. Il. 189 Je ne dis point qu'il faille renoncer à ces maîtres latins. l'expédition des affaires courantes. qui furent une peste pour le genre humain. Ces États immenses des masses. PllsLcr. comme le firent ces hommes de la Renaissance qui nous l'ont rendue. parBayet. Non! Virgile doit et conserver pour nous son charme. t. la variété des intelligences. créateur d'idées ou découvreur de vérités. et alors que l'univers ébloui espère tout de leur omnipotence divine. 1888-92. Xerxès devant Salaminc. Paris. L'Empire romain montra que cette forme de gouvernement fut incapable de rien fonder de durable pour partager son et relire l'avenir des hommes et les destinées de leurs peuples. l'initiative de la volonté. dans l'Histoire de Fiance de Lavissc. les Empires ont été plus médiocres des animateurs. ne plus demander à l'Antiquité romaine des leçons de morale et les jouissances de la poésie. Hachette. préceptes d'idéal et règles de beauté. souffraient de leur grandeur qui les condamnait au despotisme d'un chef et à l'immobilité ils étaient incompatibles avec la vigueur de la pensée. Sénèque sans féliciter le monde d'un régime qui lui donna Néron. . étaient trop vastes pour qu'un souffle puissant les inspirât.

XVI « Chargé des destins du monde civilisé. les marines de l'Atlantique incapables d'aborder la mer du Nord. les leçons du passé. Alors. le aux lois de Rome. moins par respect par peur du nouveau et crainte du lendeils il main. l'oubli de la beauté grecque. à force d'être répétées. l'achèvement de la découverte de la terre. le Christianisme persécuté d'abord corrompu qui avait ensuite à devenir jusqu'au martyre et méconnaissable Rome. avec les bienfaits l'épanouissement d'un art original.190 DE LA GAULE A LA FRANCE. les lettres. l'Empire les soutint mal. ne sut même pas en profiter et les conduisit à la faillite. Paris). l'aigle décrépitude. la Grèce avait montré la voie. s'usèrent et s'affaiblirent. Études sur les Barbares et le Moyen Age (1867. tout déchut. la gladiature maîtresse souveraine des joies populaires. etc. à qui Rome devait le meilleur de ce qu'elle possédait et de ce que son Empire allait révéler aux Barbares. \ Littré. p. Aucune découverte fait de science. et les empereurs n'avaient qu'à la suivre. qui avait les âmes. « César ne fonda qu'une décadence terminée par une » catastrophe 1. plus de liberté dans la vie : civilisé Rome. les caractères. : assemblé en elle toutes les ressources du monde antique. t. et ce ne fut plus que routine et déchéance. p. romaine ne réussit pas mieux de Charlemagne à engendrer une humanité monde se livra nouvelle. les forces offensives et défensives s'énervèrent. Quand d'elle. En soumettant la Gaule à l'Empire. n. les hommes à la fois sujets de en l'empereur et à demi esclaves des plus riches. même et dans le culte que par inertie. Tout au contraire. : . des progrès infinis dans sciences. comme devait arriver. les pilotes de Rome impuissants à retrouver la route de Pythéas le Marseillais. 217 et s. Fustel de Coulanges. Sous le poids de son régime. 3. » De même. que La louve. les arts. Voj-ez les textes de Phne cités ici. p. II. replièrent l'humanité sur ellede la tradition. plus de bonté dans la Grèce. Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. il attendait les de la paix. 42.

de la Durance à la Marne. Avant lui. que les autres l'aient prise à leur fantaisie. et ces maîtres n'en étaient pas moins des étrangers. Le la Gaule livrée à des roisj second fut d'ordre politique barbares. La distinction entre ces deux groupes d'envahisseurs n'a été marquée nettement que par Fustel de Coulanges.. alamans. les Burgondes conquirent les terres de l'Est. Je ne cite que États principaux nisons : il y en eut d'autres. II. la Gaule n'en changea pas moins de maîtres. parmi ces rois. et leur souvenir restera dans le nom de Bourgogne. Gaule envahie par les Germains et saccagée par eux de fond en comble. à Bordeaux. de Vienne à Dijon. t. et bien que les Gaulois leur aient rarement résisté. sur la Saône et sur le Rhône. 191 La catastrophe fut en deux actes. les Goths s'établirent dans le Midi. ébauchés par des roi- telets francs. et. s'avan- cèrent par étapes successives Tournai. n'ont pas l'importance qu'on leur attribue. Toulouse et Narbonne. Soissons. s'étendirent jusqu'au Rhône et à la Loire. Histoire l'établissement de la Monarchie françoise dans les 1733-4.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS DARBAÈES. les trois Arras. mais à des chefs germains venus à la tête de troupes armées. de là. Les Francs Saliens. saxons ou alains. Puis. les uns aient reçu leur part du consentement des Romains. en Suisse. qui fut d'ordre matériel la : : de la Meuse inférieure où les empereurs leur avaient jusqu'à abandonné les terres septentrionales du Brabant. le résultat fut le même la Gaule n'obéit plus à un empereur. auxiliaires de l'Empire et chefs dans son armée ^\ Que. tout en •étant réels. chefs de garpour le compte de Rome ou conducteurs de bandes pour leur propre compte. Et bien que ces rois aient aimé à se dire les sujets ou les amis de Rome. Paris et la Loire. Au cours du cinquième siècle. livre II (la pre- mière édition est de 1875). Histoire des inslilulions politiques de l'ancienne France. venus de delà le Rhin ou le Danube. Dubos. : Nous avons vu le . Dubos. . 1. 3 vol. partis des bords premier. Les rapports entre Fustel de Coulanges et critique de Gaules.

un irrésistible mouvement entraîna les liommcs à morceler les territoires et à Lilre Ce eiïacé disperser l'autorité roj'ale. et rompue encore du vivant de Clotaire II et après la mort de Dagobert. elle fut rompue aussitôt après sa mort. Chute du pouvoir impérial et démembrement de l'Empire romain. t. 5. que ses rois réussirent à procréer de fils. p. Clovis partagea ses domaines entre ses quatre fils. de roi. Longtemps encore après la ruine de Rome. et si l'unité fut reconstituée par l'un d'eux.i2 DE LA GAULE A LA FRASCE. dont le prestige traditionnel s'était devant l'éclat divin du titre impérial. roi des Francs Saliens. les nouveaux venus ne comprirent pas davantage que le pouvoir souverain et le domaine de l'État ne se partagent pas comme les terres et les trésors d'une hoirie. ch. Clovis. la Gaule partagée entre plusieurs dominations. . les plus heureux des descendants de Clovis le Mérovingien. faillit le devint maître jusqu'aux Pyrénées et Alpes. et de multiples royautés substituées à un empereur unique : une génération suffit pour détruire à jamais l'œuvre politique de cinq siècles romains. devenir jusqu'aux Mais ces restaurations d'un grand royaume ne duraient que le règne d'un homme. G6 et s.l. installation de maîtres germains et d'une soldatesque barbare. des héritiers ou le mérite des léga- La Gaule. redevenait l'appellation de la puissance suprême. et quand l'autorité passa à la famille des Carolingiens. Il s'arrêtait ou les instincts le par moments devant l'ambition des chefs des foules. d'ailleurs plus intelligente et plus soucieuse de l'intérêt public. III. suivant taires 1.) a justement noté que mérovint'iens claicnt également souverains chez eux. Clotaire. coûte que coûte. Dubos les rois tous V. Mais il lui faudra un temps infini pour remonter au pinacle et rester Tapanage d'un grand peuple et d'une vaste contrée. le nombre rois (1. posséda longtemps autant de 1.

13 . et. misérables ou les ambitieux. jusqu'au milieu du dixième siècle. A les voir la ruine irrémédiable de cet Empire. Du milieu de l'Europe continentale. des Arabes et des Sarrasins procéda d'abord par de puissantes armées. De la mer de Germanie les Saxons infestèrent les côtes de la Manche et de l'Atlantique. L'Afrique des jMaures. l'impuissance les de la Gaule à constituer un grand État. avec Attila. et leurs petits- neveux. bandits de l'univers crurent possible d'y pénétrer. Et à laquelle plus d'un millénaire avait déjà travaillé. l'Espagne laissa ses Vascons descendre dans la Gascogne et la dénommer pour toujours. voilà qui achevait de briser cette unité de la Gaule. lOâ Elle en eut au sud de la Loire. — De la Gaulo à la France. qui. Avares et Hongrois. pendant un demi-millénaire. et. de même façon. les autres pour en emporter du butin.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. qui jetèrent des pillards sur tous les rivages de la Méditerranée. elle eut des rois de Neustrie. et ensuite par flottilles de corsaires. et que l'Empire lui-même avait laissée debout. Et plus nora- JuLUAN. qui. poussèrent jusqu'à Orléans. dans ces vallées de la Meuse de la Moselle qui avaient formé la Belgique romaine. vinrent les Huns. qui se dirent rois d'Aquitaine. les Alamans entrèrent en Alsace et en Suisse. par-dessus les Pyrénées. arrivèrent jusqu'à Nîmes et jusqu'à Poitiers. par le Danube et le Rhin. Les formidables pilleries ou les conquêtes heureuses qu'y avaient faites les Germains et les Francs Saliens donnèrent à des millions de Barbares le désir de les imiter. des et rois d'Austrasie. les uns pour y occuper des terres. D'Asie. surent revenir par la même route et ne s'arrêtèrent que dans les plaines de Reims. entre la Loire et la Manche. la terre en tempête envoya déferler sur la Gaule des vagues d'envahisseurs sans cesse renouvelées. La Grande-Bretagne fit partir ses Bretons pour émigrer en notre Armorique et lui imposer leur nom.

les triomphes espérés les Sarrasins près de Poitiers. De tels événements ne laissaient pas que des ruines. les ces vignerons hommes de les Gaule. De longs espaces de temps les ont séparées les unes des autres. et les Qu'on fuites éperdues des moines de Saint-Victor au faubourg de Marseille. Attila vint au milieu du cinquième siècle. Mais le y revenaient quand même. et. autour des autels loi travail et la prière reprenaient redressés. et leurs pitoyables retours sur les ruines de leurs ils sanctuaires incendiés. La fin des hivasions est marquée par la ruine. les hommes du Nord. semblables à du Vésuve qui retournent à leurs champs Gaulois se remettaient à dès que le volcan s'arrête. de leurs Vikings en course et des flammes point qu'ils allumèrent *. des moines de Saint-Germain au faubourg de Paris. Aucune ne remporta Attila fut vaincu en Champagne. la vie des terres de France cours. des établissements sarrasins dits de Fraxinetum (en Provence). plus tenaces. Dans l'inter: valle de ces dangers. sillonnèrent toutes les vallées de la Gaule de leurs vaisseaux rapides. Danois et Norvégiens. et ce fut cent ans plus tard qu'apparurent les hommes du Nord. Ce que pour les éveiller chez l'ennemi de nou- velles convoitises et lui assurer se représente angoisses sans un nouveau nombre butin. . Ces invasions ne furent contemporaines. non 1. plus habiles que tous leurs devanciers. en 942. Un bon nombre de ces envahisseurs restèrent en Gaule. espérer. les Arabes au début du huitième. après un siècle d'abominables méfaits. pendant le dernier siècle de cette lamentable histoire. breux. à cultiver le sol. à élever leurs enfants. les hommes du Nord cédèrent à de vigoureuses résistances ou à de sages concessions.194 DE LA GAULE A LA FRANCE. à construire des oratoires et des couvents aux faubourgs des n'était souvent villes. et rien ne la détournait de la recommençait son mystérieuse de son destin.

cette terre était devenue vide d'hommes. 1919. mais d'exploiteurs. si proches parents que soient l'un et l'autre. n'avaient cessé de livrer sa terre à des possesseurs ou à des cultivateurs étrangers. mais d'habitants. avant l'an 300. Des colons alamans ou francs se chargèrent de cultiver l'Alsace. et ils introduisirent les dialectes germaniques sur cette rive gauche du fleuve qui jusque-là n'en avait point voulu K Notre Armorique redevint terre celtique sous l'afflux des immigrants bretons. comme si. La thèse courante. et que son histoire ressemble étonil namment à celle de Rollon et de ses Normands. 2. Mais y eut bien d'autres colonies obscures de Barbares dans nos campagnes. les voisins de la Gaule se servirent d'eux-mêmes. non plus de est celui bandits. telles que ces Sermaize. Je ne cite que ceux-là pour cette première époque. que cette colonie eut une fortune inespérée. empereurs de Rome ou rois des Francs. que les éléments germaniques de l'Alsace proviennent des Alamans. du pirate Rollon de ses compagnons de brigandage transformés en barons et en grands propriétaires. Je ne peux me prononcer encore. Cela se passa au début du dixième siècle. Je dis terre « celtique » pour me conformer à l'usage courant. parce que ce fut la principale installation d'étrangers. le Palatinat et la Rhénanie. depuis la catastrophe de la grande inva- sion germanique. Paris. y avait bien près de sept siècles que les chefs de la Gaule. L'ère de ces temps interminables de colonisation bar- bare datait du jour où. L'Empire tombé. qui les attribue à une colonisation franque (dans son livre L'Alsace et l'Alemanie. les empereurs permirent aux Francs Saliens de se domicilier sur les sols inoccupés de la Batavie et du Brabant. plus à titre 195 d'ennemis. Mais je rappelle que les indigènes de la Grande-Bretagne étaient de nom belge et nullement de nom celtique. . Le pays de Bayeux '^ 1. où elles créèrent des bourgades à leur nom. a été vivement combattue par TourneurAumont. Mais il et Le plus connu de ces faits devenu duc en Normandie. héritières de villages sarmates.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Berger-Levrault).

trafic d'œuvres d'art ou d'objets précieux arrachés aux ruines antiques. des deux côtés de la Grand'Rue par où on entrait dans Marseille. même espèce. Les Colonies d'Orientaux. de soieries ou de parfums importés. entre les remparts de la «cité » romaine et les basiliques des faubourgs. affaires d'achat. Bréhier. 255) a comparé l'état des royaumes francs avec leurs nationalités diverses à celui de la Turquie.. 1. Levantins de toute sorte. Des régions extrêmes de la Méditerranée accouraient en foule les quêteurs d'aventures de l'Orient. moines ou autres. la Flandre eut également les en attendant de voir arriver hommes des bas- pays néerlandais. VIII. . et devenir brigands en cas de danger. experts à profiter des misères d'autrui..196 DE LA GAULE A LA FRANCE. ces Orientaux prenaient en main les matières de commerce. Us savaient s'entendre avec l'ennemi. germains de Brunehaut. t. celui des Irlandais (Scotti). Syriens et Grecs ^ pêcheurs en eau trouble. avec leur parler germanique et leur rude application au travail de la terre. VI. l'incertitude politique du pays ne les inquiétait point. dont les habitants ne s'occupaient plus guère. En temps ordinaire. ch. de vente ou de troc. ou sur le flanc de Bordeaux : près du cimetière sacré de Saint-Seurin -. III. divisée en nations. schrift. « juiverie » à la population criarde et grouillante qui s'entassait aux portes. Voyez l'entrée de Contran à Orléans en 585. Mais on venait en Gaule de bien plus loin que de la frontière. et pas davantage les menaces d'une invasion voisine. qui étaient de les siens. celui des auxiliaires 1. 2. tout ce qui était chose de négoce leur appartint en un monopole de fait. Juifs. etc. Fr. Grégoire de Tours. t. ou terriens comme les petits-fils des Gallo-Romains. boutiques dans les \àlles. 1. 1903. Chaque ville eut son quartier de Juifs. ghetto bruyant et affairé. Cabotage sur les côtes. Je pourrais citer bien d'autres apports étrangers en France à l'époque méro\angienne. H. dans Byzantinische ZeitXII. dépôts de verroteries. eut ses Saxons cinq siècles avant d'avoir ses Normands. Dubos (liv. p. qu'ils fussent soldats comme les premiers arrivés des Francs.

La guerre définit sa manière d'être. . l'homme de Gaule ne perdît ces traits d'originalité nationale que les siècles avaient façonnés. Les châteaux de villages se multiplient. On ne sait plus ce qu'est une armée et une couverture de frontière chaque groupe d'hommes doit avoir près de soi sa frontière. Il le commerce et l'in- que sous cette af fluence d'êtres nouveaux. Saint-Paulien dans le Velay ou Javols dans le Gévaudan. ne formèrent minorité. . 197 Combien étaient-ils. si absolu que soit et. comme plus grand des seigneurs de la guerre qui se la soit levé dans Gaule à l'appel de Dieu. que l'on compta les natifs du pays. et ceux-ci se réservaient dustrie. Un César romain était à la fois imperator aux armées et : « prince » des citoyens un roi des Francs. je veux dire l'abri d'un rempart. tient à vivre en chef militaire. A la paix romaine avait succédé la plus violente poussée de vie militaire qu'ait connue notre pays. son pouvoir civil. ceux-là fournissaient la main-d'œuvre agricole ou : domestique. et que sa terre ne fût plus qu'un sol d'exploitation livré à des était à craindre colonies exotiques. Si l'Empire avait maintenu sans forteresse certaines capitales de cités. les chefs les abandonnèrent pour résider en un lieu fort. en maître de la milice Malgré son entourage de palatins et le nombre de le ses capitulaires. toute villa peut soutenir un siège. pour le sol comme pour les hommes. Mais ces étrangers détenaient quelques-unes des ressources vives de la contrée les uns étaient chefs et les autres soldats. au Puy ou à Mende. et ce fut toujours par millions. ces étrangers qui ils s'imaginaient repeupler la Gaule? Sans aucun doute. malgré qu'une les misères du temps. ancêtres. L'autorité poUtique est avant tout affaire de guerre.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Je ne vois plus de villes qui n'aient leurs remparts. ses pour me « servir du titre latin qu'ont porté ». je me représente Char- lemagne avec l'allure que lui donne l'épopée française.

si détenteurs de la civilisation latine. les habitants des villes sens restreint et tardif. se sou- venant qu'ils avaient été des soldats au service de Rome. que Rome avait commencée par son Empire. sont prêts à suivre le mouvement. A leur tour. la ville chef-lieu de la civitas J'emploie ici le murée des premiers temps du. Arvernes. habitants d'une cité. a pris l'épée. La décadence du monde antique. que leur lités le roi leur envoie. devenir il faut qu'ils s'accommodent aux habitudes des temps nouveaux. de cette exisils tence bourgeoise et pacifique dont se départir. possesseurs héréditaires du sol. qui les gouverne en magistrat et capitaine. ville et terri- doivent le service militaire. ils ont un chef. . les grands commande en : seigneurs. maîtres de la terre et chefs de villages. Les les les rois des Francs. Et le sénateur. l'enclos ce pendant mot dans l'orage. les municipavont perdre ce qui leur reste d'autonomie et d'esprit particulier si on laisse faire les rois et leurs comtes. enfermés comme un trou- peau dans 1. toire.198 DE LA GAULE A LA FRANCE. n'avaient point su siècles même Tous dans les les deux derniers de l'Emle pire romain. Alors s'accéléra le déclin des choses qui avaient encadré d'une auréole de gaieté la Gaule des premiers empereurs. organisés pour la guerre la plus proche. a armé ses hommes. à leur tour comtes ou leudes. et bientôt on ne le distinguera plus d'un compagnon des rois francs. fait. A ce régime. lui aussi. comte. Moyen Age. même au civil. Lire Virgile et connaître le Code ne suffit plus pour exercer l'autorité. Resserrés dans leurs « cités »'. les avaient respecté dans tants de cette les nobles sénateurs représen- Rome. C'en est pour ces hommes de Gaule. s'acheva sous ses légataires barbares. L'esprit de guerre emporte tout. Mais ces nobles de Gaule veulent conserver domaines et pouvoir. ou du territoire municipal gallo-romain. Éduens ou Parisiens ne seront plus que des cadres administratifs.

moraux et continuateurs de l'Empire romain. leurs morts préféraient à nouveau les tombes anonymes. et ses vers étaient moins faciles à comprendre. comme entrés dans le monde classique. et des vers latins mais chaque jour : comprenait moins ses lectures. devenus Chrétiens. 199 ne connurent plus l'orgueil des édifices de pierre. de tailler de la roche dans les carrières du sol. les ceux qui n'avaient la vie méditerra- point encore connu ainsi agréments de que les Celtes des temps disparus. c'est par ignose rance et non par hostilité.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. les GalloRomains des royaumes francs se désintéressaient de l'écriture. Les écoles s'étaient dépeuplées de leur jeunesse studieuse. de modeler l'argile. et il est rare qu'un chef veuille en parler une autre. de la bâtisse de pierre. les fêtes bruyantes des spectacles populaires. et n'étaient plus que de tristes abris d'enfants à l'ombre des églises. les Barbares n'y mettent rien d'eux-mêmes. ils se résignèrent à ne plus voir leur Dieu présent en son image. l'éclat des marbres et des statues. On perdit çà et là l'usage de graver des inscriptions. et. qui laissèrent . et s'ils contribuent à la détruire. s'essayait à faire Lucain peut-être davantage. sauf l'incapacité à la pratiquer. les temples et les palais mêmes. Il maladroits de semblait que l'humanité revenait aux tendances de néenne : ses lointains ancêtres. Les Francs sujets considèrent tous. le bois reprenait sa maîtrise d'autrefois dans les maisons. depuis Clovis jus- qu'à Charlemagne. Sans doute Charlemagne fit chants guerriers des Francs : en quoi il fut supérieur en inteUigence aux empereurs. demeure fidèle à Rome en ses derniers jours. cette civilisation qui achève de décliner. Seulement. de l'art figuré. gile Un grand et seigneur lisait toujours Viril il et Salluste. Les dessins des monnaies devinrent les traits d'informes essais qui rappelaient l'époque gauloise. La langue latine est la langue recueillir les officielle.

On toire se rappelle que fils les Gaulois avaient oublié leur hisleurs historiens inventèrent pour se dire d'Hercule ou de Rémus. t. CXLI. Patrol. qu'il y en a peut-être une trace chez Grégoire de Tours {Hist. 11 (à la date de 355) Francis. C'est ce qu'a le premier mis en lumière On comme ascendant. elle aussi. Ces Barbares voulaient bien être les conquérants de l'Empire. hymnes des bardes et les poèmes des Druides. et foi ^ biographes de Charlemagne y crurent de très bonne Il n'y eut pas jusqu'aux Danois de Normandie qui ne s'imaginèrent à leur tour être issus d'un héros méditerranéen ^. et les derniers-nés des Hyperboréens s'inclinaient encore devant l'aube triomphale de la poésie hellénique. « la Grèce captive captivait son farouche vainqueur ». Dani glorianlur se ex Antenore progenilos. alors que tant de chefs francs étaient tout-puissants à la cour de Constance II ou de ses successeurs. ne furent point changés tout d'abord ^ Il est vrai qu'une loi spéciale. compagnons taient à l'ancien procédés de Clovis et de leurs descendants.200 DE LA GAULE A LA FRANCE. Franc. Silvain. c 621 édition Lair. réglait le statut personnel des Francs Saliens. cf. Deux mille ans étaient passés sur les ruines de Troie et sur l'épopée d'Homère. quorum in palaiio multitudo florebai. la loi Salique. XV. 2. Us n'introduisirent en Gaule aucune forme nouvelle d'administration. et qu'elle a dû être forgée au iv« siècle. continuait. Comtes et ducs étaient des titres qui remonrégime. li\Te. Les Francs agirent et pensèrent de même : un roman qui les les fit descendre d'Hector et de Priam. Je suis maintenant convaincu que la légende de l'origine troyenne des Francs est beaucoup plus ancienne qu'on ne croit. Les systèmes d'impôts. Dubos dans son . p. II. et un de leurs chefs. se fait proclamer empereur en Gaule. 130). Mais les Gallo-Romains. les de la justice. faire tout périr les mais cela ne l'empêcha pas de au monde pour restaurer le culte des lettres latines et l'Empire des Césars. Ammien Marcellin. à régenter ses vainqueurs après sa défaite. 5. mais à la condition d'être adoptés par lui. s'attendrait à voir ici Danaus 3. Grsecia capta ferum victorem cepit le mot d'Horace : demeurait éternellement vrai. 9). Rome. : . 1. Dudon de SaintQuentin (Migne. LaL. l'élève privilégiée de la Grèce. 1865.

ils ne connaissaient d'autre noble que leur roi. C'était la basilique latine qui ser- modèle aux temples du culte nouveau. restaient soumis aux lois impériales. . 7* leçon. «je n'aperçois d'autre différence que la langue. qu'on oublie trop à ce point de vue {Polijptyque. et à ce roi d'ailleurs ils n'accordaient que le droit de les conduire à la guerre et de marcher à leur tête. C'est ainsi que la loi : Salique interdisait aux le femmes Franc jugea souvent trop dur de refuser à sa fille le bien qu'il avait formé pour ses enfants. 2. p. LXXXVIII. s'ils y trouvaient leur compte. et les fils des conquérants ne se privaient pas de leur obéir. et d'ailleurs fort mal. Les principes de la 1. « Entre un Franc et un Romain de Gaule ». Voyez le très curieux passage de l'Histoire d'Agatliias (I. disait un étranger^. Littré (Études sur les Barbarcset le Moyen Age.FusteldeGoulanges. et sans 201 doute bien des immigrants avec eux. 2" leçon. p. l'influence des Barbares sur notre civilisation a fait loi au xvni" siècle. 199 [ceci écrit en 1838]. Dubos mis à part. Charlemagne eut son Auguste. L'un et l'autre vivent d'hériter de la terre mais de la même manière. 1282). que pour les familles royales. et il répudia sa loi naturelle pour disposer de son héritage au gré de ses affections. il s'appela César et nouvel Empire prit pour symbole l'aigle des légionnaires. Guizot l'accepte encore (Histoire de la civilisation en Europe. c. et en Éginhard. t. 275-6). Childéric Suétone le graver son cachet à la façon romaine. La réaction contre cette thèse a été très énergiquement poussée au xix" siècle par Guérard. datant de 1828-9). On mains a dit ^ que la Gaule romaine avait appris des Ger: la pratique de la liberté et de l'égalité tous ces compagnons de Clovis étaient égaux entre eux. Et à la fin la loi Salique ne fut plus appliquée. 125). » Ni en littérature ni en art vait de fit les nouveaux venus n'avaient essayé de rien fonder. en France. p. qui atténue singulièremeut l'impression de barbarie laissée par Grégoire de Tours {Palrologia Grœca de Migne. 2).L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES.

humaine sont venus des sais s'il dignité forêts de la Germanie *. avec leurs fonctionnaires et leurs favoris. fait k à leur guise aux heures où ils avaient la force. Qu'il y ait eu chez ces grands des actes de désobéissance et chez \ murmures de colère. bois » (De l'Esprit des Lois. C'est le mot courant : vernement de l'Angleterre les depuis que Montesquieu a dit du gou« Ce beau système a été trouvé dans liv. Si dans la suite des temps les rois mérovingiens ou carolingiens ont songé à réunir autour d'eux des assemblées de peuples ou des conseils de grands. XI. Je trouve à vrai dire plus de formes de la liberté politique dans les assemblées pro\'inciales de l'Empire romain que dans les foules tumultueuses des Champs de Mars de la royauté franque. peu soucieux de la liberté des hommes. le roi seigneur de seigneurs. la chaîne continue de la fidélité ou du vasselage commençant au simple châtelain et finissant au roi suzerain. ch. qu'aucun document contempoMais tous ses successeurs furent d'a'^'-:^: tristes despotes. .202 DE LA GAULE A LA FRANCE. Ne confondons pas l'individualisme turbulent d'une soldatesque à demi barbare ces peuples des en ont vu et avec l'exercice régulier d'une autonomie légale. Mais cette toute-puissance du lien personnel existait déjà dans l'État romain. et cette chaîne remplaçant l'édifice uniforme et majestueux d'une « chose publique ». et non plus maître de sujets. On a dit encore que les royautés germaniques avaient propagé les traits essentiels de la vie féodale. je ne vois pas qu'ils en eussent moins le droit d'en agir et l'esprit de ne nous ses Francs. 6). Je ne rain faut se représenter ainsi l'autorité de Clovis connaître. les empereurs romains entendu bien d'autres. où il était la conséquence fatale de l'immensité de l'Empire et des préro: 1. et ils arrivèrent à créer. et révolte n'est point liberté. à laquelle la Gaule allait bientôt se soumettre l'homme dépendant de l'homme. fait de l'obéissance inconditionnée de tous à la souveraineté de la loi. une aristocratie de pouvoir et d'argent chez qui l'on eût vainement cherché les sentiments de l'égalité naturelle. et non plus de l'État.

c'est parce qu'elle était devenue chrétienne *. que lui-même doit avoir sa terre et son foyer. Rien ne nous prouve que. Cf. . bien avant de connaître les Barbares. et ne se traîne plus à la remorque du passé. non des Germains. voilà le fait essentiel qui temps nouveaux. Des Francs et de la Germanie il n'est rien venu qui ait relevé la dignité des hommes et qui ait égayé leur vie. 203 gatives de l'aristocratie foncière. et non pas l'Empire romain. le monde va vers l'avenir. et nous verrons bientôt ici les inestimables avantages que la Gaule retira de ce principe. 276": « L'amélioration » fut un bienfait du Christianisme. ce n'est point parce que la Gaule s'était livrée à des rois barbares. et p. Mais c'est parler trop vite que de lui attribuer une origine germanique. Je reconnais que le Christianisme doit beaucoup à ce victoire les 1. On a dit enfin que les Germains avaient fait connaître à la Gaule ce principe de bienfaisance supérieure. Rome n'ait point appliqué l'usage d'assigner à chaque esclave une terre à cultiver et une demeure à habiter. la dignité humaine a survécu et grandi à travers tant de misères. et je n'affirmerai pas davantage que les Gaulois l'aient ignoré au temps de leur indépendance. l'esclave inaugure du Christianisme. Polyptyque d'Irminon. Si toutefois. Avec le Christianisme. dans les temps dont nous parlons. et riche n'avait point de peine à transformer ses amis en fidèles et ses obligés en clients. La Guérard. et non pas les royautés barbares. délibérément. L'impérialisme engendre souvent riches la féodalité : l'empereur s'en remettait aux plus du soin de grouper les hommes autour d'eux le et de lui en procurer les services. si ces misères n'ont point empêché l'homme de mettre dans sa vie plus de joies et plus d'espérances. qui ne fit que liquider les cités antiques.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. qui ne firent que liquider l'Empire romain.

Mais j'avoue aussi que d'avoir pris contact avec le passé et le sol de la Gaule qui permit au Christianisme de rendre à cette Gaule d'inoubliables services. la Terre-Mère elle-même disparurent de l'adoration des hommes. pour les formes extérieures de son culte des héritages de Jupiter ou de la Mère. aux Gaulois comme aux autres. et de ces valeurs sacrées qu'on avait tirées de la nature. je n'en trouve aucune le qui égale celle du Christ.204 DE LA GAULE A LA FRANCE. qu'il accepta pour son Église les cadres de l'Empire. Parlons d'abord des bienfaits généraux qu'il apporta aux hommes de l'Empire romain. Mais c'est pour l'humanité un progrès définitif. Le Christianisme changea la nature et les attitudes du Dieu souverain. que d'avoir une religion faite avec le meilleur des âmes des ancêtres. et une religion qui puisse être comprise de tous les peuples et aimée de tous les hommes. : toutes les vertus qu'elle enseignerait. depuis le plus pauvre jusqu'au plus riche. Et je lui en ai voulu d'avoir ainsi partie avec les choses de la terre. pour les lieux de ses prières les sanctuaires traditionnels lié du sol. les gestes des hommes c'est et les habitudes des cités. et qu'il renferme en ses plus belles paroles des doctrines et des espérances qui ne furent étrangères ni à la pensée de l'élite gréco-romaine ni à la foi naturelle des multitudes éternelles. Et j'ai beau chercher dans les annales du monde. Entre eux et lui s'interposa son fils. . il ne resta que le principe de la Maternité divine mais il était passé de la terre à la femme. passé. Au rang suprême et unique se plaça le Dieu créateur du monde et père des hommes. Je reconnais encore que Christianisme ne sut point toujours dégager ses pratiques de celles du passé. la lumière. Car désormais le soufïle de l'humanité inspirerait tous les aspects de la religion et teur de leurs fautes. vivant sur la terre au miUeu d'eux pour leur annoncer sa loi et pour mourir en rédemp- Le soleil.

de l'église universelle cité. Marc-Aurèle mais de la sienne propre. paier orfanonim. entre habitués d'un même temple. Le Christianisme ou « institua. La nouvelle à de adeptes une seule famille.. à celle d'une simple à celle du plus modeste village. là. le retour continuel sur soi-même. (dans les Monumenta Germanisé). comme soi-même ». 205 : Le Christianisme changea l'espèce des êtres divins j'entends par là des êtres qui. c'est le culte de la dignité humaine. je reconnais dans l'Empire romain de Marc-Aurèle moins de principes supérieurs et de gages d'avenir que sous la roj^auté franque des Mérovin1. beauté de leur mort. Aussi. Avec hôpitaux. ce précepte de l'idéal avait manqué aux morales primitives'. enfin. etc. ont pourtant reçu d'elle spéciales. depuis saint Etienne le premier martyr jusqu'à saint Martin l'évangéliste de la Gaule. Je relis tour à tour les Évangiles et ici. avec l'évêque d'une cité. déplaça le but de la vie. Et ce furent. il n'existait d'autre lien religion fit que ses le hasard des rencontres. les Actes du concile de Tours en 567. parce qu'ils sont . un Bacchus ou un Hercule aux travaux invraisemblables. « l'église » l'assemblée » des fidèles de ce Dieu. etc. la charité. autour de son Dieu. hommes et fils de Dieu. Jadis. jusqu'à saint Benoît l'apôtre du travail et du renoncement. désormais. répartie en d'innombrables assemblées. mais des hommes ayant vraiment vécu et bien mérité de leurs frères par la tâche de leur vie ou la divine. l'effort vers la constance et la pureté. hôtelleries de pèlerins. l'attrait vers les autres. et changea l'horizon des vertus. c'est l'oubli de : soi. l'église de Gaule. voyez les Vies de saint Césaire. Le Christianisme. sans participer de l'essence une énergie. des devoirs envers tous « les hommes le prochain aimé suprême qui malgré la noblesse de son âme.k'ÊPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. marque son empreinte sur le sol. de saint Éloi. la bonté. entre dévots de Jupiter ou de la Mère. de saint Sulpice. une sorte de ministre municipal de la charité. une grâce non plus des héros étranges et mystérieux. continuateurs dans l'Église de l'œuvre de Jésus son fondateur. pastor egentium. Il y a désormais.

évêque de Tours. . 1. On racontait. empêcha que rien ne se perdît des semences de la foi. saint Martin. l'empereur Marc-Aurèle avait ordonné le supplice des fidèles de Vienne et de Lyon. Gaule. ils avaient appris le Christ aux grandes villes du Midi. évêque de Lyon. et les sept évêques fondateurs. dont la trame faisait une épopée de lutte. Mais le Christ n'avait pas désespéré de la victoire. un chapitre qui n'appartenait qu'à la Gaule. et le seul qu'ils connussent tous. Lyon. p. savants ou ignorants le chapitre de : la Gaule conquise par le Christ. Blandine. et Martin. de belles et touchantes aventures. montré plus de courage que l'empereur en combattant les Barbares. et les martyrs des premiers âges. De Rome partirent sept missionnaires qui. et fraternité Un chapitre nouveau fut inscrit dans l'histoire de la Gaule. conquête des villes populeuses. tion comme une précau- ou un remords. Des apôtres étaient venus de l'Asie. l'assistance aux pauvres et aux malades. Et maintenant. avait. recommencèrent 1?. ici. turpitudes de leur vie : car à travers leurs cruautés et leurs luxures. 230. forment dans le ciel la cohorte des saints de la Gaule. acheva l'œuvre en faisant retentir la parole de Dieu dans les campagnes reculées. de souffrance et de sainteté. le souci de l'aumône et l'hommage à la charité ^ Voyons maintenant les services rendus à la comment cette religion d'église universelle et de humaine a pu fortifier notre existence nationale. Puis. malgré les giens.206 DE LA GAULE A LA FRANCE. en confessant sa foi. autrement véridique que les marches des Francs après l'incendie de Troie. et dans l'amphithéâtre du Confluent une faible esclave. Cf. Irénée. celui dont ses habitants étaient le plus fiers. Vienne. Marseille. devenus évêques dans les principales cités de la Gaule. sur ces origines du Christianisme gaulois. j'entrevois.

208 de l'édition : des Monumenta Germanise). IX. 947. c finibus Gallise eliminatus (p. Les évêques de ses cités se réunissaient en « conciles ». tout ainsi que la Gaule des Druides s'était tenue en dehors et au-dessus des distincte ^ : batailles entre Éduens et Arvernes. Thorin). Epistola de apos' Migne. Lat. Cf. Reims ou Poitiers. Pair. Tours.. Paris. De rébus eccL. 99-100. : p. CXLI.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. S'il se présentait quelque grand coupable. et pour elle seulement. Canlilenœ perfectiorem scientiam. ses habitudes. 39.. 3. c. 84.. assemblées de législateurs et de juges qui décidaient pour l'église de Gaule. une liturgie particulière. . Peu importait que le royaume des Francs eût été divisé en Neustrie et Austrasie la Gaule chrétienne conservait son unité. 962. Mariialis. t. ses conseils généraux '. les chefs religieux de la Gaule lui rendaient l'unité que venaient de briser les contrée. t. ses cantilènes dont elle était fière. Duchesne. en particulier c. A l'intérieur de la aussi l'unité séculaire et la cohésion des vieilles cités. Grégoire de Tours. Cf. Arvernes de Clermont. c. le concile d'Orléans de 639-641 Omnium episcoporum senleniia prolala. Sens. Hisloria Francorum. Sur les usages propres des églises de Gaule.. A mille ans de distance. ses chefs. quant 948. écrit au milieu du ix° siècle. Ni la disparition des sénats locaux ni le despotisme du comte royal ne réussirent à éteindre d'Adémar de Chabannes. Migne. voyez les textes de Walafrid Strabo. 4. fils de leurs œuvres sur la terre ont quittée les Car Chrétiens de Gaule formaient une communauté ayant son amour-propre. 143. Parisiens de Lutèce. et cette excommunication n'était pas sans ressembler à l'interdiction des sacrifices que l'assemblée des Druides de signifiait jadis contre les rebelles à toutes les cités nom gaulois. le concile des évêques l'excluait solennellement de la communion de l'église de Gaule ^. 180. Patria dans le sens de la Gaule en tant qu'église. 957 pêne jam tota Francia diligil. ses règlements. Origines du culte clxrélien (1889. contemplant avec qu'ils I 207 joie les ^. 1. le Christianisme sauvegardait passions politiques. CXIV. Je m'inspire ici iolatu s. 2.

Car toute cité la vie municipale. à l'ombre des saintes que leurs corps reposeraient. Roi. il et il y siège comme un roi en son palais l'était sur les âmes. les églises la A de cités avaient et racontaient avec amour leur histoire sacrée. par la succession ininterrompue des pontifes. L'évêque réside dans la ville métropole. ^ en ces temps de croyance absolue. la suite et les annales des évêques qui les avaient gouvernées. cité Devenue une garde la vitalité que les lois lui refusent. romaine. a désormais son chef spirituel. de ces diocèses il de Reims ou de Sens. et c'est près de là encore. qui groupaient dans les villes les fidèles d'un même quartier. qui furent les réduits les plus intimes de : d'un même village ou d'une même villa. Ils virent s'élever. une église qui fut la capitale de leur vie morale et l'inspiratrice de leurs les plus profondes. A l'intérieur de ces églises municipales. et dans les campagnes ceux locales. : 1. père. pasteur. . Au même titre que l'église de Gaule.208 DE LA GAULERA LA FRANCE. ils s'incUnaient à toutes les journées de leur exis- tence. depuis l'apôtre envoyé du Christ qui avait été leur fondateur. Autour de l'autel de cette é#glise. VI. l'épiscopat ressemblait par la pérennité de la fonction. Franc. associés dans la mort à ceux qui avaient été leurs frères dans la vie. se forma de petites « assemblées » l'immense « cité de Dieu ». des communions. âmes valait et passait celle des royauté encore. Hist. cette gauloise. la royauté des corps. fraternités restreintes qui purent rapce procher davantage leurs prières et leurs sacrements furent les d paroisses ». à l'abri des remparts et près de sa cathédrale. Aucune religion antique n'avait atteint à une pareille beauté morale celle-ci unissait les vies humaines en une murailles. 46). et c'est là qu'ils recevaient les bénédictions solennelles aux heures des baptêmes. et. des mariages. l'évêque. SoU episcopi régnant. jadis peuplade église. disait Chilpéric (Grégoire de Tours. gardien et défenseur. au miheu pensées et au-dessus de leurs demeures.

lacs. punissait les coupables et sauvait les malheureux. qui n'étaient que de simples villages. Partout où l'homme avait adoré un dieu. eut ainsi son foyer d'espérances.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. 1* . JuLLiAN. toujours présent par sa vertu. Des chapelles furent élevées au sommet des collines. chaque bourgade. à l'orée des bois. située à la rencontre de la Loire et de la grande route de l'Ouest. Est-ce parce que saint Martin. guérissait les malades. et surtout sources et fontaines. Marseille à celle de saint Victor. Chaque ville. où le saint remplaça les déesses tutélaires et les Génies chers à la Gaule d'autrefois Paris pria à la tombe de saint Denys. en qui l'on voyait l'émule de saint Paul et le convertisseur de la Gaule. d'angoisses ou le Christianisme suscita des lieux de culte ardent. et on vénéra saint Romain à Blaye ou saint Julien à Brioude. famille éternelle. rendez-vous des multitudes aux jours aux moments d'enthousiasme. il trouva un saint à vénérer. au bord des lacs. auprès des fontaines. Par là. Pour des milliers de localités le saint fut le père et le maître. du fond de son sépulcre. Et le sol de la Gaule demeura imprégné de vie religieuse. la tombe de saint Martin à Tours prit soudainement une merveilleuse importance. collines. 209 même temps à la terre Sur cette terre de Gaule. et les unissait en qu'elles habitaient. auxquelles depuis des milliers d'années les hommes avaient accordé leurs prières. le fondateur des âmes et le principe d'union et c'est pour cela qu'aujourd'hui tant de villes et de bourgs de France ne sont plus connus que sous le nom de leur protecteur sacré. le saint. cette religion s'incorporait encore davantage à la saints. Bordeaux à celle de saint Seurin. et elle y appelait et y retenait les hommes. y était devenu le saint le plus populaire et le plus actif des faiseurs de miracles? Est-ce parce que la ville de Tours. Il était impossible qu'elle se désintéressât de ces choses charmantes et bienfaisantes de la nature. pierres bénies tombes des naissait une floraison de miracles : : terre. Ce furent les : au contact desquelles car. Parmi ces lieux sacrés. — De la Gaule à la France.

» Le livre pieux et la charrue étaient rapprochés l'un de l'autre comme symboles et instruments de l'activité chrétienne. comme la Grèce avait vu celle des pas d'Hercule. misères de ces invasions. Wœlfflin (collection Teubner). La sol. édit. le : soin des récoltes. s'occuper au tra- vail des mains. des centres naturels de la les hommes. qu'ils ne s'en affligent point s'ils ils seront alors vraiment moines. un des carrefours vitaux. en y accourant pour prier. le « Les moines travailleront et le soir jusqu'à vêpres. fait vivent du travail de leurs mains. et par conséquent les de certains moments. matin jusqu'au repas de midi Et si la pauvreté du sol. grâce à l'Église. On vit partout l'empreinte de ses pas. . à de saintes lectures. qui virent dans le tra- vail de la terre rents à la nature une manière de combattre « L'oisiveté humaine : les vices ». La Gaule chrétienne eut en lui un héros souverain. inhé- écrivit saint Benoît. et en d'autres. menacées par les invasions barbares et les royautés franques. Son nom se posa sur près de la moitié des églises. reprirent-ils les anciennes habitudes qui avaient amené leurs est France? et ancêtres au sanctuaire voisin des Druides? Toujours est-il que saint Martin. après sa mort. « est l'ennemi frères doivent. ses forces nationales et locales. ainsi qu'ont les nos pères et apôtres ^ g » Il y avait bien cette difïé- 1. des hommes d'intelligence et d'action. fut le plus vivant des chefs de la Gaule. Elle sauvegardait ainsi. Il religion l'aidait encore à réparer les désastres de son les abîmé par se trouva. Régula monachorum. 48. les obligent à s'occuper sans relâche. Les foules s'entassèrent dans la basilique qui abritait sa tombe. aux évêques et aux saints. et en son tombeau un foyer mystique. en de l'âme. Il procura à Clovis la victoire qui acheva de lui donner la France. les prêtres parmi de la foi nouvelle.210 DE LA GAULE A LA FRANCE.

à La Sauve dans Bordelais. Ailleurs. marécages se desséchèrent. Luxeuil dans les Vosges. le chefd'œuvre monastique de saint Colomban. De profit. en firent une bourgade neuve. Il est probable que dans certains cas. 3. à la faveur de leur abbaye. l'Empire romain avaitil installé quelque phare pour guider les navigateurs. antiet bonne culture ^. 2. ce fut une création et non pas une restauration'^ forêts s'éclaircirent. que ceux-là n'avaient établi aucun lien moral entre la religion que Benoît faisait du travail une règle essentielle de la vie religieuse. On construits — . que le malheur des abandonner. à Clairmarais en : Flandre. 1. Mais je ne doute pas que les flammes n'en fussent éteintes depuis longtemps. à Clairvaux en Champagne. cette règle notre terre de Gaule tira un singulier Les moines de saint Benoît et saint Colomban son émule cherchèrent aux abords des forêts et des marécages les terrains à défricher. avait été sous les premiers empereurs une petite ville de bains et de plaisirs les moines. à Cluny en Bourgogne. villa siècles récents avait fait : ques villas gallo-romaines ressuscitées en monastères. et les disciples 211 de saint Benoît. le monastère a occupé une ancienne villa de temple païen. villages se bâtirent. en cet îlot de Cordouan qui commande les passes périlleuses de la Gironde. et ce fut de même à SaintDenis près de Paris. Peut-être.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Il faut abandonner complètement la théorie fantaisiste qui fait rattacher Cordouan à la terre ferme. et la carte humaine de la France s'éclaira de mille feux nouveaux. Ce fut souvent un sol de vieille ou village. à Saint-Jean-d'Angély en Saintonge. Ceci après l'an mille. et la campagne environnante commença une seconde jeunesse. rence entre les apôtres et et le travail. et que c'est plus tard seulement qu'on s'enfonça dans les solitudes. lorsqu'un ermite les rallumai a fait remarquer que les premiers monastères ont été à portée des villes ou sur l'emplacement d'anciens castra. à Fleury près de la Loire. et auquel ils donnèrent une nouvelle vie. à Cîteaux en Bourle gogne.

et en particulier nomie rurale pour les temps Études critiques sur carolingiens. routes. pour toutes ces questions d'écoet de régime social. le plus profond. Guérard. l'histoire de Charlemagne (1921. sur les questions qui vont suivre. Polyptyque de l'abbé Irminon. Prolégomènes (1844). à ces temps mythiques de l'Antiquité où chaque citoyen de Rome ou de Sparte recevait en partage les arpents de terre qui lui permettaient d'élever les siens. Il apparut divisé en un nombre infini de parcelles. à l'unité sociale correspondait l'unité de culture. esclaves et hommes 1. la ferme ou le mas qui en était le chef-lieu parcelles de peu d'étendue. ayant chacune sa famille de cultivateurs. de fermiers. les excellentes remarques de Halphen. les casaux et les bordes. Ce ne sont plus seulement que nous apercevons fixés mais aussi les hameaux et aussi les fermes. de trois à dix hectares. de métayers ou de bordiers ont pris sur la terre une place qu'elles ne quitteront plus *. C'est en effet au cours de ces longs siècles de dangers matériels et d'incertitudes politiques que s'acheva ou se produisit. au même titre que les sociétés de domaines. que le le bien familial du libre. villes. le plus bienfaisant des changements. mais qui étaient suffisantes pour occuper la famille et pour la faire vivre. le plus durable. de bourgades ou de cités. au chef-d'œuvre de B.212 DE LA GAULE A LA FRANCE. . On aurait dit que la Gaule revenait. et. I. les familles de laboureurs ou de vignerons. de colons. Paris. après des détours infinis. Le lot de terre correspondait au foyer familial. les : les lotissements coloniaux des cités antiques et l'exploi- tation morcelée du sol de France. Cette carte humaine de la France se dessine peu à peu dans sur le ses moindres détails. dans la manière d'être de notre sol. Latin ou du Grec était privilège de l'homme le droit tandis que sur la surface de la Gaule franque. Mais il y avait ce contraste entre mas. Voyez en dernier lieu. t. villages et villas sol. Alcan). Il libres possédaient également à la culture faut toujours en revenir.

le travail France d'aujour- d'hui qui se prépare et s'annonce. Ces esclaves ne sont plus groupés en équipes. et les derniers survivants de la médiocrité foncière préférèrent placer leurs terres sous la protection d'un grand et en jouir sans crainte comme fermiers. qui travaillent ici et là au gré du maître ou de son intendant. rien ne paraît changé de ce ' qui est réglé par le droit. plutôt que de les exploiter avec les risques de la liberté. en tant que grand propriétaire. Il y a sur l l presque autant d'esclaves (disons de serfs pour cette époque) qu'il y en avait eu au temps des empereurs. Condition juridique des hommes. et non pas division de la propriété. en particulier en vue de la dotation des églises. et cette tâche est une parcelle à cultiver. et pour cultiver cette parcelle on lui attribue sa cabane et les instruments néces- 1. commencer à se reconstituer par l'effet du démembrement de certains grands domaines. Ces grands domaines. Mais les faits sont venus.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. la condition normale de la terre un leude de Dagobert vaut. et les 213 moyens d'en vivre. un clarissime de Constantin. Chacun d'eux a sa tâche propre. Ce n'est pas en ces siècles d'infortunes que la petite propriété avait chance d'échapper à la ruine. Sujétion valait mieux qu'indépendance. la \ie sociale. tenanciers ou colons. tion juridique de la terre. Les paroisses de la banlieue de Paris seraient intéressantes à étudier à ce point de vue. ces terres. maître de milliers d'hectares et de milliers d'esclaves ou de colons. J'ai dit morcellement de la culture. et un monastère des Vosges ou de Bouraux replis et : t "f ^ gogne. plus que jamais ^. Il importe cependant de remarquer cjue la petite propriété semble. aux recoins innombrables. . qui ont bouleversé les habitudes de la vie. J'ai parlé encore d'esclaves à propos de cette culture des terres. surtout aux abords des villes. dans son accord entre humain et les espaces de sa terre. condien effet. ces immenses villas que nous avons vus à l'époque romaine restent. Cultures morcelées et paysans c'est la égaux de notre démocratie rurale. n'est qu'une variété de l'aristocratie terrienne.

la terre les a rapprochés en hommes égaux. La Gaule est maintenant. aucune législation ne le prépara. auxquelles j'adhère complètement (dans Le Moyen Age. Entre l'homme libre qui afferme la terre d'un seigneur. et le serf qui de père en fils cultive une portion immuable de ce même domaine. 1921). XXXII. fermiers. Que je voudrais savoir sous quelles influences morales. que nul ne se douta des voies nouvelles où entrait la Gaule chrétienne. aux environs de . pour cette époque. Sa situation de fait est donc à peine inférieure à celle de ses voisins libres. décisif pour les destinées de notre pays! Mais nul contemporain n'en a parlé. t. sous quelles nécessités matérielles s'est fait ce prodigieux changement. « serf de la glèbe ». pour habiter l'autre comme lui. dotée de millions de paysans \ ayant chacun sa maison et sa terre. Un serf apparaîtra moins comme l'esclave de ce maître que comme l'ouvrier de ces champs et le serviteur de ce sol. et elle a rapproché l'esclave de la liberté. Entre l'homme et ce lopin de terre. : : de remarquables Conjectures démographiques sur la 1. Désormais il ne quittera plus cette cabane ni la Son fils lui succédera pour travailler l'une comme lui. Dans France au IX^ siècle. Il résulta des mœurs et des faits. Il est donc impossible de ne pas proposer. comportaient une population rurale équivalente à ce que nous voyons de nos jours. DE LA GAULE A LA FRANCE. et qu'elle doit durer. terre qui en dépend. dira-t-on la nature de son être est désormais réglée par son métier de cultivateur.40 habitants par kilomètre carré. la différence de vie est insensible charges et redevances sont à peu près les mêmes. il s'opéra avec une telle lenteur.214 saires. métayers ou colons. le petit propriétaire qui assujettit la sienne à un grand domaine. Le maître ne pourra vendre la terre sans lui. Et c'est à cela qu'on reconnaît qu'une œuvre sociale est bonne. il s'imposa à la loi. et pour toujours. il n'est plus la chose d'un autre homme. en ce temps-là. la dépendance sera absolue. Aucune guerre civile ne l'amena. ni lui sans la terre. Ferdinand Lot a montré que les terres cultivées de la France. plus de dix millions d'habitants ruraux. tous habitent et travaillent de façon semblable. et sans aucun doute beaucoup plus. .

» Mais cela doit être dit surtout pour la France. à l'ombre du régime féodal. la Gaule preaux yeux des lettrés et des poètes. » les : : . d'une société nouvelle. 335 et s. de sauge ou de verveine. répare aussitôt. 2. Entre la maison qui abrite et la terre qui nourrit. Cette maison est peu confortable. posées sur les le sol. pour préparer les peuples à de meilleures destinées. le seuil saura encadrer ^. etc. aussi les remarques de de Pétigny. nait. dans les mutations les plus graves. corps et figure de nation. ramassée autour de Trêves. etc. derrière Rhin sa fron- 1. Études sur l'histoire. qui ne peut s'effondrer nulle part. mesure que l'Empire romain déclinait.. et qui. c'est par la base. l'heure de la Gaule des prêtres. 82 « La civilisation moderne repose sur un large fond populaire. des Poetae Latini levi Karolini). Cf. III. de l'époque mérovingienne. avait dent latin. De cullura hortorum (p. herbes bénies du tées par les poètes chan- Voilà donc. Je songe aux très curieuses poésies de Walafrid Strabo. l'homme peut disposer pour son de sa demeure d'une plante ciej et agrément et il les arbustes d'un verger ou les roses d'un jardin. Il fallait le travail lent et successif des faits et des idées. 495 les sociétés. Ils la comprenaient mieux que soldats et poliils A tiques. voyaient que. Voilà qui justifie les admirables paroles de Littré. par une sève inépuisable. et la Gaule seule. elle lui 215 Cette terre est médiocre.U ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Mais cet édifice se prépare également à l'aide des harmonies humaines transmises par le bases passé et que le mot de Gaule des prêtres et des écrivains. — rappelait encore à la pensée Nous avons parlé tout à Voyons celle des poètes. la ils front contre les Germains et sauvé ce qui restait de l'Occi- devinaient que. p. sa capitale des derniers jours. le jour où l'Empire tombele Gaule. hommes et terres associés. qui touche partout le sol. rait. si l'Empire avait survécu à son fait plus grand désastre. mais il y trouve son foyer. les pertes subies. Études sur Barbares et le Moyen Age. p. mais donne son pain et son vin ou son cidre. les fondements d'un nouvel édifice national'-. 1845. « Ce n'est point par le sommet que se refont t. c'est parce que la Gaule.

: . tibi pareat orbis. n'est pas encore tombé. Le rapprochement entre Ausone par Guizot (Hist.. tière. tu as reçu en présents du ciel la gloire des trophées.216 DE LA GAULE A LA FRANCE. 7. Venance Fortunat. célèbre en Ausone de Bordeaux. 7 Gallia. 4. plaude libens. Et longtemps après lui. évêque de Poipareils ^ retrouve et ses des accents les en décrivant ses fleuves coteaux. 516-7 (panégyrique d'Avitus) : Nam Gallia si te compulerit. entre cent passages de ce genre. III. Elle leur paraît enfin digne d'être chantée en des vers imités de Virgile rial. églises naissantes au miUeu des bois. lisent chez de les respect. Carmina. quœ jure poiest. 7. C'est ainsi que j'interprète les très difficiles passages du panéPortavimus umbram 7. la fécondité du sol. l'éclat de tes héros. proprias qua Gallia gyrique d'Avitus.. et qu'il rêve pour la Gaule le droit d'agir par elle-même et d'être une patrie *. : 3. Carm. etc. vires exereret. III. Sidoine Apollinaire. de la et Venance Fortunat a été : fait « civilisation en France. Il semble parfois que « l'ombre de l'Empire » pèse sur ses évêque des Arvernes.. et Grégoire. ^. d'amour et de gratitude. Fortunat. I. l'évêque continue 4. les rives on dirait que le vers latin a découvert les charmes du pays. évêque de Tours. Promptissima niiper fulsit conditio. siècles après lui. 1. le moine Walafrid Strabo chante la Gaule comme la plus belle des choses : « Heureuse Gaule. reprendrait malgré les Barbares l'œuvre que ^. L'Empire est tombé. » Littérairement parlant. L'Empire Apollinaire. identifie provincia Gallia et patria nostra. imperii. et les routes parsemées de miracles chrétiens. des mots plus touchants. etc. Rome avait vue s'échapper de ses mains lassées A chaque siècle. se derniers fervents des lettres latines. 8 : Te contenta suo Gallia cive placet. 2. écrit à la façon de Salluste l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. Carmina. Epist. et le poète Sidoine qu'il ne remette pas aux Gaulois le soin de protéger le monde. tu Sidoine Apollinaire. regrette épaules. préfet du prétoire impéune poésie émue la fontaine divine de sa verdoyantes des rivières de la Gaule : ville natale... vers 540 et suiv. Deux tiers. "Voyez. à l'endroit de cette Gaule.. 18® leçon) le consul.

2. Ubertale soli. dans les Monumenta Germanise). Romame . lorsqu'on lui dit que «de tous côtés les hommes de la Gaule souhaitaient de les lui obéir » -. Omne Galliarum Regniun de nece martyrum coronans. de l'écrivain n'est point encore répétée comprise des multitudes.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Hymnus . des Poetse Latini sévi Karolini : Walafrid Strabo. 37. les égoïsmes et et ignorances des heures pré- sentes. d'un emblème verbal propre à dissimuler les intérêts de son pouvoir ou son ambition de conquêtes. il la parole même par les rois et : faut laisser aux siècles le soin de propager l'écho et d'en émouvoir les âmes. éd. savent apercevoir les leçons du passé.. II. soror urbis alque consors. il n'importe le mot de patrie est prononcé. la sœur et la compagne de la ville de Rome. toi. virum nilore.. Lorsque Clovis rejeta les Alamans au delà du Rhin et les Goths au delà des Pyrénées. un servir roi des Francs n'hésitait pas à se du nom de Gaule comme d'un mot de ralliement. les droits âmes du l'idéal. de martyribus Agaunensibus (p. je n'hésite pas 1. 217 marches empourprée par la splendeur du titre de royaume. » Ce ne sont qu'images de poètes et propos de lettrés. Grégoire de Tours. Regni nomine purpurala magno. Hist.. 35 MuUi jam tune ex Galliis habere Francos dominos summo desiderio cupiebant. Franc. A l'origine lointaine de l'Italie moderne. Un mot de poète suffît à faire vivre l'idée souveraine. Et voici que les saints du Christ tissent autour de toi la couronne sanglante de leurs martyres '.. c'est la voix de Dante qu'on entend la première. l'appel magique est lancé. Le cas échéant. II. 367-8. de les lois éter- qui échappent aux regards limités ou dévoyés des chefs et de leurs ministres. les les poètes et les historiens. Mais quand à travers nelles des il s'agit de patries. Ce sont peut-être : plus beaux vers que la Gaule ait jamais inspirés Félix Gallia fortibus tropseis.. Et quand bien sol.

les études de Kurth. Près de Clovis ou de Dagobert. j'en vois royaume naturel un qui eut une : portée décisive pour l'avenir de l'unité gauloise ce fut Paris choisi par Clovis. recueil posthume). 2. toutes leurs conquêtes. la résidence d'un César. Historia Francorum.. Leurs aïeux avaient été comtes et ducs d'Empire. Paris. II. VI. ne songeant aux soirs de victoires que pour les trésors à prendre et les captifs à ramener. et leurs batailles sur le les Rhin dans les vieilles chroniques. Grégoire de Tours. 3. les ont conduits aux frontières de la Gaule. monde que Et parmi la Gaule était le ces actes. et des idées de vaste domination et de lointaines frontières dont il était inséparable. et que de là avait recon- quis la Gaule sur les Germains? Lui a-t-on montré qu'il n'y avait nulle part en Gaule un carrefour de rivières et de routes plus commode pour concentrer des armées et distribuer des ordres? A-t-il su l'histoire. etc. Julien. 4. cf. 1919. pour juger ces rois. V. et à croire qu'il sut tirer profit de ce vocable consacré par l'Église célèbre dans le monde entier. Je ne peux m'imaginer que ces rois fussent de simples Barbares.. Lui a-t-on dit que Paris avait au quatrième il siècle. pour être sa résidence et le siège de son royaume ^ été. Fr. ils avaient su ce qu'était la Gaule contre et ce qu'elle signifiait. franques (2 vol. L'unité morale du royaume des Francs est revendiquée par Grégoire de Tours. Qu'on ne s'en tienne aux anecdotes pittoresques de Grégoire de Tours ou aux secs résumés de Frédégaire ou des esprits malavisés.. pr. VIII. Études 1. ou a-t-il été parisiens. un saint Éloi n'étaient point de médiocres se Germains Alamans racontaient intelligences pas. Hist. la richesse des moissons Voyez dans le même sens.218 DE LA GAULE A LA FRANCE. la seulement charmé par l'étendue des horizons grâce des vallées. incapables de pensées générales. sans exception. un saint Rémi. Champion. devenu roi sur la Gaule. a-t-il vu la carte. tous leurs actes tendirent à montrer au des Francs ^. 27. 38 (cathedramregni). : qu'on estime leurs pensées à l'étendue de leurs conquêtes et à la nature de leurs actes ^ Or. .

). à son insu ou en pleine conscience. plus grands des rois francs. 219 et des vignes. Dagobert. après le puy de Dôme et le sanctuaire de la Loire druidique. Mais. La paix allait régner partout. la variété des fleurs Nous ne le saurons jamais. du monde qui se reconstituait. hanta ». en Espagne même. Comparez Agobard. / . Ils n'entendaient ce mot de Gaule que pour écouter le mot d'Empire. enfin. il nous a donné une nouvelle capitaie. par son origine et par sa vocation. il a donné à la France. Et. empereur. était marqué du sceau de Dieu. qui leur C'était l'unité fit. à Rome.. Francs Saliens. en Italie. vers 47 et s. après Lyon. César et Auguste. à eux aussi. Les lois diverses qui régissaient les hommes. la fraîcheur des forêts. disparaîtraient devant une règle unique. Patr. oublier un instant la Gaule *. accrue de cette Grande Germanie devant laquelle Rome elle-même s'était reconnue impuissante. Clovis. en Allemagne. Lat. A peine atteintes les frontières de la Gaule. les deux Clotaire.Burgondes. Le malheur est que Mérovingiens et Carolingiens ne comprirent jamais les choses qu'à moitié. ils se hâtaient de les franchir pour soumettre de nouveaux royaumes. Barbares et infidèles se voyaient à jamais barrer le passage vers l'Occident. à Rutilius Namatianus. Pépin et Charlemagne. « L'ombre de l'Empire pesa sur pour reprendre le vers de Sidoine Apollinaire. t.U ÉPOQUE et des fruits? DES ROYAUTÉS BARBARES. et cette fois la capitale définitive. réussit à se faire proclamer. ce qui avait manqué à l'Empire romain. les vaguement l'esprit de ses prédécesseurs. latin Aussitôt.). je crois. . il s'appuyait sur l'évêque de Rome. . Ce dernier. parlant de l'Empire romain (I. Romains ou Saxons. CIV. parlant de l'Empire chrétien et carolingien (Migne. devenu le 1. 113 et s. c. après Trêves. le nouvel Empire. et à réaliser le rêve qui. Il avait été créé pour convertir le monde au Christ. poètes et prêtres tressaillirent d'une allégresse nouvelle.

et que de souvenir. des institutions mérovingiennes . Mais le nouvel Empire. s'étayer à l'intérieur sur de soMdes assises provinciales. C'était Rome et sa valeur sainte de capitale. surveillées sur ici la place par un gouvernement Il sévère. On lui obéissait. très inJgal d'ailleurs. avait reçu d'un évêque l'onction royale et du pape la couronne des empereurs. Un demi-siècle après sa fondation. C'était la Gaule qui faisait la force matérielle de l'Emil en était issu et elle servait de lien entre ses domaines. Charlemagne ne sut jamais l'organiser en puissance militaire. sibles : 1. Rome ne comptait plus guère dans l'esprit des peuples. de toutes les manières posil commandait aux hommes en personnage sacré. il n'existait plus que de nom. aucune ville ne l'avait remfait la force celui placée. et lorsque la volonté manqua au chef de l'État. Charlemagne. qui fût respectée comme un être divin. et son chef. p.. rempli de vues d'avenir. livre très original. ne fut que fantôme et fantoches. il est vrai. Cf. il aurait dû. Les empeGaule. faisant un roi de chacun de leurs alors qu'il n'aurait fallu avoir que des fonctionnaires autour d'un Auguste. « tête de la terre ». carolingiennes (1843). cinquante ans plus tard *. Lehuërou.. premier évêque de la Chrétienté. Il manqua à de Charlemagne une capitale traditionnelle. qui avait pire : morale de l'Empire des Césars. homogène et permanente. borna peuplades du présent. à l'exemple de l'Empire romain. Cet Empire tenait uniquement dans la personne du chef. chacun de ces groupes revint aussitôt à ses errements. là l'Italie ou ailleurs la Germanie. t. les se à rapprocher l'un de l'autre royaumes ou les reurs aidèrent eux-mêmes à morceler l'Empire. 1 1. Pour qu'il vécût. Hist. Charlemagne mis à part. en fils. et ce fut dès le fils du fondateur.220 DE LA GAULE A LA FRANCE. et Aix n'était encore que « la chapelle » du grand roi. 596. .

419. il resta le royaume de France. et reprise par Fustel de Coulanges (t. VI de VHist. qu'il arrête et fortifie du moins le cadre de son Empire. Charlemagne aurait dû. de «la chose publique» mais. respublica. On retrouve. 2. Cet Empire ne portait aucun Il n'avait point d'histoire. organiser une armée de frontière et des flottes de surveillance à défaut de centre et d'unité. 1. p. et un principe commandements personnels. : . à part les juristes attardés du palais. la même assertion erronée qu'à propos de l'Empire romain en conquérant la Germanie. et royautés surgissant de partout 2. : Mais. en roi des Francs et en empereur. invasions de Barbares. p. 611). Jamais rêve humain ne fut plus vite dissipé que l'Empire de Charlemagne. Or son armée ne fut jamais qu'une armée errante. sans laisser de traces. Jamais lendemain d'Empire ne fut plus lamentable que les années qui suivirent la fin du rêve. Il eût mieux valu une seule manière d'être au-dessus de tous lait les le maître. On par: bien à nouveau delà. il aurait mis définitivement un terme aux grandes invasions germaniques. les mers aux pirates. commepouvaitl'êtrela Gaule.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. en évêque des évêques. Chargé de protéger l'Europe contre les Barbares. à propos de l'Empire de Charlemagne. et la façade impériale n'était que le masque momentané d'un monde déjà féodal'. 221 en chef d'État. au premier vent qui amena les hommes du Nord. II. comme l'avait été Rome et son Empire. Ceux qui parlent ainsi veulent ignorer les Normands. personne ne pouvait ou ne voulait définir ce mot. ainsi que l'avait fait l'Empire romain de la belle époque. t. des institutions. Toutes les catastrophes qui avaient assailli le monde à la chute de Rome se répétèrent. en seigneur des seigneurs. guerres civiles et démembrement de l'État et de la Gaule. L'idée que l'Empire de Charlemagne est déjà un État féodal a été développée par Lehuërou. et ignorer aussi que les Saxons n'étaient plus guère des envahisseurs dangereux. une patrie. et sa flotte se dispersa. cette fois. il n'était pas nom qui fût vraiment à lui.

De l'opinion publique vers l'an mille. sanctionna l'existence publique du royaume de France et lui assigna quelques-unes de ses limites naturelles. (1901. L'imagerie chrétienne. Il n'y a plus qu'un roi en France. — Paris s'annonce de nouveau comme capitale. Valeur souveraine du titre royal. fusion des races. Voir surtout Pfister. — Formation d'une langue française. Paris. Études sur le règne de Hugues Capet et la fin du X" siècle (1903. — Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de gloire de Charlemagne. empereur dans son royaume. Études sur le règne de Robert le Pieux (1885. le résumé de Luchaire. espérances de Gallicanisme. Nouvelle vitalité du sol et des routes. Le roi de France. II. Hachette). Bouillon). — Le patriotisme français à sa naissance. Les derniers Carolingiens (1891. — — — — — — — — — — et vit la — « Avènement d'une littérature française Chanson de Roland ». Lot. Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les villes. Renaissance romane et architecture de pierre. traité de Verdun reconnaît la France. — L'idée de Gaule toujours dans les écoles. Retour aux habitudes de la civilisation classique.VIII LA PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE DERNIERS CAROLINGIENS ET PREMIERS CAPÉTIENS* Le — — Forces nouvelles des provinces des petits pays. Velléités de constitutions. Lot. et nationale. Vieweg). Paris. qui démembra l'Empire de Charlemagne. Champion). . t. Paris. Universalité des mots Francs et Français. la Le traité de Verdun. On a dit beaucoup de mal du traité de Verdun qu'il : 1. Histoire de France de Lavisse. IP p. Paris.

Par endroits seulement. port du Rhin sur la rive droite. Le passage des lettres de Gerbert (édit. puis entre les Alpes et le Rhône. c'est parce qu'on le laissa faire. Havet. Cet ensemble. de Bourgogne ou de Provence. gens d'Alsace. 1889. que Brisach était encore sur la rive gauche (l'a-t-il même jamais été?). Germanie. 1. et si plus tard le roi des Germains se déclara maître en Alsace. de Lorraine. sans portée pour l'avenir. nul ne pensait qu'ils ne fussent point des Francs c'étaient seulement « les Francs du milieu ». collection Picard. sans tenir compte des lois naturelles du sol et des traditions historiques des peuples. au temps où il aima les rois d'outreRhin et où ils possédaient l'Alsace. était sans doute rejeté bien en deçà du Rhin. J. que je crois fausse. doit être interprété. n'eût point osé prononcer que cette Alsace était terre germanique K Le royaume des Francs occidentaux. ces puissants rivages de la Manche et de l'Atlantique où pouvait se reconstituer la fortune de la marine armoricaine. . jusqu'à la Méditerranée du Languedoc. les énergies terrestres les plus actives. était en 2. Germaniim Brisaca Rheni [Rhenann] litoris. et on a dit aussi que c'était un acte insignifiant. en deçà même de la ]Meuse on ne lui concéda qu'une Gaule amputée.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. la Seine et tous ses aflluents. 223 recommençait les sottises des partages mérovingiens. Mais au traité de Verdun les terres orientales de la Gaule appartenaient à un royaume distinct. celui de Paris et d'Orléans. non pas avec l'idée. et aussi. lettre 39. p. mais comme si Brisach. et des habitants de ce royaume. la Saône et le Rhône sur leur rive droite ^. De la Gaule il recevait l'essentiel. vague héritier de l'ancienne Austrasie. la Loire et la Garonne en l'entier de leurs bassins. jusqu'aux Pyrénées. conquérir et voler à sa guise. le plus passionné des hommes. puis en Lorraine. et d'une manière intermittente. 37). Rien de tout cela n'est vrai. qu'il mutilait la France en donnant à la Germanie la rive gauche du Rhin. Le nom de Germanie ne franchit pas le Rhin pour pénétrer jusqu'à la Meuse il resta limité par les eaux du fleuve. Mais enfin il allait jusqu'à l'Océan. Gerbert lui-même. qui : : .

Personne ne pensait à dire « roi des Francs et des Bretons ». Gabriel Monod. Ce nom ne fut plus un vocable mobile et flottant qui suivait un peuple dans ses conquêtes il s'attacha à une contrée et à la nation qui l'habitait. en réservant pour lui le nom de Francia et de France. aux hommes qui se ressemblaient. tel que l'histoire l'avait préparé. s'en détacha peu à peu. : : . il leur servit à l'une et à l'autre de titre et de symbole. Bretons d'Armorique. de Goths. de Juifs même car avec une politique habile et point de préjugés religieux on pouvait faire de tous les Juifs des s'étaient répandues sur la les J'imagine que parmi : 1. en une seule formule. dans un article célèbre {Annuaire de VÉcole pratique des Hautes Études pour 1896 Du rôle de l'opposition des races et des nationalités dans la dissolution de l'Empire carolingien) les traités de Verdun (843) et surtout de Mersen (870) ont contribué « à isoler les pays par lesquels se faisait le contact et le mélange des races ». La fusion se faisait entre les populations disparates qui Gaule au temps des invasions. qui avaient toujours vécu ensemble : Tous les hommes de cette contrée étaient appelés des Francs ou des Français. aux peuples Tandis que les partages mérovingiens avaient découpé la Gaule en domaines enchevêtrés où disparaissaient les contours du sol. dans le regnum Francorum. Quelle que fût leur origine ou leur langue. de l'embouchure de l'Escaut au sommet de la Rune et au col de Roncevaux. qui relevait de la Francia de Hugues Capet. s'étendait du cap Cerbère* à la pointe du Raz. de Syriens. Flamands de Flandre ou Basques de Gascogne étaient incorporés.224 DE LA GAULE A LA FRANCE. Francs de Hugues Capet il y avait bien des petits-fils de Sarmates. « le royaume des Francs ». formait un bloc compact. aux terres qui se tenaient. Les hommes du temps le reconnurent presque aussitôt. etc. tel que la nature s'y fût résignée. le traité de Verdun traça pour le royaume des Francs occidentaux un empire tout d'un tenant. ^. 2. et comme naturellement. La Marche d'Espagne.

CXLI. ont réussi un coup superbe. lui parlent dans les mêmes termes que ceux de Charles le Simple comparez Amniien MarceUin (XXXI. l'extraordinaire apostrophe de Dudon de Saint-Quentin. Migne. Pourtant. Cinq siècles auparavant. 2. la Normandie recouvra cette richesse l'Empire romain. et la fondation du duché de Normandie aida la France à se reconstituer. C'est qu'il y avait dans cette Gaule bâtie pour l'unité. Ceux qui décidèrent les le roi Charles le Simple à installer province de Rouen. c'est de savoir courir sur la mer. les empereurs de Rome avaient escompté un succès pareil lorsqu'ils donnèrent le Midi de la France à des rois goths et à leurs armées -. Lair. t. IS . agissaient sur ces êtres différents. c. les mœurs et l'ambiance. 4) et Dudon de Saint: : Quentin {ibid. 144 de l'édit. et la seule chose qu'ils aient retenue de leur passé. Le sol. — De Gaule à la France. '2'15 Francs de langue. Grâce à eux. lors de l'arrivée des Goths. et cette valeur maritime que les Romains avaient aussi agricole qui avait été son lot sous méconnue. Voyez.. au bout de deux ou trois générations à peine. outre l'ensemble du récit et des discours. c. qui frappa d'admiration les chroniqueurs des âges suivants K Invasions et pirateries s'arrêtèrent : les Normands et leurs ducs devinrent de bons Français. livre II Dacia (les Normands) sorte iuos qum GaUis millis alumnos. et. etc. l'atmosphère physique et morale de la France. 165-6 de la l'édit. 1. d'esprit et de caractère.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE.. incohérent et vieilli. Lair). Les conseillers de Valens. 631. dans cette France nouvelle qui voulait durer. Patrologia Lat. 647-8. ils se mirent à la culture et à l'élevage en habiles praticiens du sol. des ferments de vitalité morale et d'entente humaine qui manquaient à l'Empire romain. p. 4. Normands dans la férus d'ordre et de discipline. ils donnaient naissance à des enfants de l'espèce que la Gaule avait formée depuis des siècles. JuLLiAN-. très dévots à la religion Christ. ils oublièrent leur affreux langage du du Nord pour parler latin ou français. la fondation du royaume goth ébranla pour la chute finale l'Empire romain. p..

maître entre Loire et Pyrénées au temps du roi désiré échanger contre ce titre de roi leur titre de Robert. eussent comte ou de duc. le plus célèbre et le plus magnifique des seigneurs de son temps. Mais ce furent velléités d'un jour ni au delà ni en deçà de la Meuse la Gaule ne vit durer d'autre royaume que le royaume de France. Personne ne pensait plus qu'il pût y avoir plusieurs rois en France. En France même. La France avait un vivant ne pouvait en avoir qu'un. le comte de Flandre se crut un souverain et parla de sa monarchie. Entre Meuse et Rhin ou entre Rhône et Alpes. en tant que puissance indiviroi et sible et perpétuelle. on eut pendant quelques années des rois de Lorraine.226 DE LA GAULE A LA FRANCE. . des documents furent inscrits au nom du roi des Bretons. ce fut pour lui assurer la succession de la royauté. Sous la dynastie qui commence à Hugues Capet. Quelques seigneurs. et le mot de monarchie fut également prononcé à la cour de Guillaume le Grand. le titre de roi est en notre pays le signe de l'unité nationale et de la vie commune. Et si Hugues de son fit roi son fils Robert. furent obligés d'aller chercher ce titre de la France. et ceux des grands seigneurs de cette époque ardente et ambitieuse qui voulurent quand : même loin être rois. duc d'Aquitaine. France et royaume se confondent désormais. comme au temps des héritiers de Clovis ou de Pépin. sans parler de ceux qui réussirent plus tard à l'acquérir au delà des mers ou au sud des Pyrénées. il a recouvré le privilège du pouvoir suprême usurpé par le titre impérial au temps de César ou de Charlemagne. des rois de Provence. Guillaume d'Aquitaine en ItaHe. en Gaule ou en France. le principe de l'unité royale devint absolu. Eudes de Blois sur les terres d'Empire. des rois de Bourgogne. Guillaume de Normandie en Angleterre.

p. que des textes contemporains de Robert. l'avaient également possédé. Jene donne. VII.. et que l'aigle impérial d'Aix-la-Chapelle avait tenu entre les mains de leur roi Lothaire ^ A vrai dire. 71. et on disait souvent qu'il était maître à Rome du pape. Et on eût rois également fait rire bien des évêques de France. et de régler les croyances des fidèles le monde et l'élu : : ne comprenait pas encore ces choses. CI. Lat. t. pour cette formule. Charlemagne ou Louis. Richer. 2. 227 Le roi des Germains avait rétabli à son profit ce titre le d'empereur. : Nam .imperal seque. vers 280 et 398 primi duo sunl : aller régit. De même. 225). Quamdiu reges Francorum duraverint qui Romanum imperium tenere debent. c. écrit vers 954 (Migne. Pair. dans le libellas de Anlichristo de Adson de Luxeuil. et si les Meuse qui leur servait de Germains insistaient pour faire sonner plus haut le titre impérial. t. Quant le roi le roi Robert de France avait une entrevue avec il de Germanie. Quiconque était roi de France y régnait comme empereur". Adalbéron (édit. ces souvenirs n'étaient plus qu'une affaire d'érudit. si on eût dit que l'évêque de Rome avait le droit de les juger et de les nommer. Scriptores. si on eût dit que son royaume faisait partie de « l'Empire des Romains » et que ce mot de imperator ou d' « empereur » signifiait suzerain des le monde ne comprenait plus ces choses. imperat aller Quique régit gaudens virtutibus. 1901). Mais on eût fait rire le roi de France.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. empereur des Romains. dignitas Romani imperii ex loto non peribit. rois et évêques de France n'entendaient point que le pape de Rome transformât en autorité réelle les 1. ab antecessoribus herediiario jure sibi debitum (Pertz. Huckel. le traitait d'égal à égal sur les bords de cette frontière commune. quia slabil in regibus suis. IV. ce titre d'Empire romain n'était plus qu'un hochet dangereux ramassé par un Germain dans les décombres des ambitions disparues. Voyez les réclamations de Henri sur le palais d'Aix. III. les écrivains de France racontaient que les prédécesseurs de leur maître. 1295). évêque universel.

169 Plaçait sanciri. « dès qu'un mot désigne une supériorité quelconque. Guizot. à peine plus fort et plus riche que : On le seigneur de Montlhéry. dire à ses aussi. Cf. si quid a papa Romano contra patrum décréta suggereretur. cette supé- qu'on en puisse Garonne un que soit l'emploi que la royauté française est riorité fût-elle sans force. a dit un homme qui connaissait bien l'influence des mots et des idées. Je n'ai pas à rechercher ici les causes du très rapide avortement de ce Gallicanisme. 130 et s). lui formes de préséance qu'il avait. retenues de Hugues Capet n'eût pas hésité à interévêques de répondre à un appel pontifical. car le nom seul d'un pouvoir illusoire de Chelles. 1. cassum et irritum ficri. au besoin qu'ils et ses évêques auraient su rappeler ne . p. le concile de l'édition Waitz) : . sous Robert (Richer. et qu'au bord de la moine se disait plus puissant qu'eux.228 DE LA GAULE A LA FRANCE. Hugues et Robert détenaient la force et la richesse éminentes. l'héritage impérial. seraient jugés que par les conciles. son voisin et son ennemi. C'est si on mesure la force d'un roi à l'étendue de ses fermes et au nombre de ses coffres. elle excite les désirs des hommes. élus que par leurs églises que parleur roi '. 2. « Dès qu'un mot ». Gallicanisme remarquablement mis en lumière par Lot (Hugues Capet. p. Le Gallicanisme faillit naître aux mêmes heures que la France \ et confirmés roi s'est complu de nos jours à railler la faiblesse de ce au premier siècle de la dynastie capétienne pauvre sire errant de villa en villa. une valeur telle une souveraineté qui agit par cela seul qu'elle existe. qui consistaient à être les rois de France. plus d'une fois de ne voir en ces propos que boutades d'historiens et désir d'établir un contraste saisissant entre les ennuis politiques d'un Hugues ou d'un Robert et la royauté triomphale d'un Philippe-Auguste ou d'un saint Louis. IV. Je m'inquiète peu de savoir que leurs ordres n'étaient point obéis. et ils ont raison. 89. et encore suis-je tenté possible. En réalité. Quel faire.

229 est encore un pouvoir'. l'hommage féodal unissait à lui tous les seigneurs et tous les hommes du royaume par un lien continu qui de proche en proche pénétrait jusqu'aux plus lointains et aux plus humbles. Fleury se croyait et se disait au centre de la Gaule ^. d'en suivre la durée et de ces énergies. Thierry' de Fleur>' ou d'Amorbach écrit. aidait la royauté dans sa tâche. du tombeau de saint Benoît à Fleury. Le serment de fidélité. Lai.. un presque pour un des leurs. la plus pleine et la plus présente était la royauté. c. Et à de géographie politique. fides. comme jadis le sanctuaire druidique dont il occupait peut-être la place-. avait reçu l'onction sainte. les ordres monastiques voyaient en lui l'ancien abbé de Saint-Denis et le protecteur naturel de leurs privilèges le roi : Les évêques tenaient l'ordre de Cluny lui-même. Benedidi. IP p. Le royaume de France était à l'image d'une église.. 2" édit. au début du xi« siècle (Ada sanclorum Ordinis s. t. cela résulte en auslrali parle . l'élu sur la terre. Le roi de France était le le roi unique et roi partout. Il était il seul à posséder titre prestigieux au-dessus duquel il n'y a que nom de Dieu. 3. s'appliquait également : à la piété des Chrétiens et à l'obéissance des sujets rebelle était sacrilège. sœc. 84 de la 1. 364 ) A septentrione Franciam. Pareil à un Saul ou à un David. » Je n'ai pas à insister sur les ombres qui passaient devant ce pouvoir. sur les retards qui en gênèrent longtemps l'exercice. et : oriente Burgundiam. Essais sur l'histoire de France. et celle-ci s'appuyait volontiers sur son cher monastère de Fleury-sur-Loire. et il propageait avec enthousiasme Guizot.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. 1824. et d'ailleurs il les confirmait dans leur titre. 635). était le représenil tant. p. au temps où nous sommes : arrivés.. ab 2. CXXXIX. Fleury. Pair. L' « ombilic » druidique des Carnutes était parfaitement connu rappelé vers l'an mille (Aimoin. et le mot de un « foi ». ab les bien analyser faits Aqnitaniam tangit. II® essai. d'en marquer l'origine et la nature. IV. malgré son envergure internationale. p. De sa justice on ne pouvait en appeler qu'à celle de Dieu. De ce Dieu. je désire surtout parler ici des énergies latentes ou visibles qui ont soutenu la France.

Patr. A l'inaugura \ Aux le jours des grandes solennités. c. qu'il prenne les conseils des vieillards et des hommes sages et désintéressés. garder à l'Éternel la foi catholique. et. Migne. » le duc de Normandie comte d'Anjou pouvaient amener avec eux de plus ou nombreux et de plus brillants cortèges c'était au roi de France qu'appartenait la gloire de l'heure. le conseiller du roi Hugues. 344. CXXXIX. le théoricien intelligent et convaincu de la royauté nouvelle ^ « C'est le propre de la justice du roi qu'elle n'opprime personne de sa puissance. et qu'elle juge entre tous sans acception de personnes. de châtier les impies et de punir par la mort les parricides. pardessus tout. CoUectio canonum. 10. façonnés par l'esprit de ces droits en autant de Écoutons Abbon. CXLI. 3. res publica : mais. tandis que les juristes latins invoquaient surtout les droits du chef de l'État. Le roi doit l'Évangile. Qu'il ne confie qu'à des personnes justes l'administration du royaume. Lai. Elle est la sauvegarde des étrangers. c. 1. de « la chose publique les ». le chef de l'abbaye de Fleury. Il lui appartient d'empêcher le vol. « défendre avec justice et courage la patrie qui lui est confiée. Le roi enfin. de minislerio régis. t.230 DE LA GAULE A LA FRANCE. .j t. ne point se laisser exalter par la prospérité. : i droite ligne de la convergence vers ce point de plusieurs cités gauloises. Lat. semblable à l'empereur romain ou au magistrat des cités antiques. des sorciers et des pythonisses. et qu'il fuie le contact des devins.. de réprimer l'adultère. d'abaisser l'iniquité. vivre en Dieu par toutes choses. Hymni. Pair. J. Fulbert de Chartres. détourner ses flls de l'impiété. était le gardien suprême de l'État. se réserver chaque jour des heures pour prier ». par toute cette Gaule la splendeur du nom royal. Voyez dans le même sens. être le protecteur des églises et l'aumônier des pauvres. canonistes du régime français. tel est encore le devoir du roi. 477. Éviter la colère. de décourager les impudiques et les histrions. des orphelins et des veuves. convergence qui a peut-être été également la cause de l'installation du concile druidique en cet endroit. Abbon. avaient transformé devoirs.

comme on disait la ou la paix de Dieu. 925-7. de pieux évêques et de saints moines ont apporté avec eux les reliques les plus célèbres à chaque instant des miracles se produisent dans les rangs de la multitude. c'est le roi Robert qui préside encore. c. Et qu'une nation entière mette en un homme On aurait pu justice du roi le principe de sa vie et l'assurance de son salut. il Robert préside. reconstitution du l'Yonne. Aux ». publique dit . Lat. qu'elle dirige toutes ses pensées vers la pensée d'une seule âme plus de chef. est avec elle : et le peuple. qu'elle doive à cette communion les élans les puissants de sa foi de patrie. et à haute voix : prie . assoiffés de repos et de sécurité. Pflster. cria par trois fois : « Paix paix paix ! ! ! » ^ dire la paix du roi. Le roi était l'espérance de millions d'hommes. y compris « les basses classes ». il CXLI.. la foule le voit et l'entend il alors il Dieu « Donne-nous. tioii 231 le roi de la basilique de Saint-Algnan à Orléans. 2. est suivi d'une assemblée d'archevêques. et que ta miséricorde nous a confié. le plus obstinément dispersé dans les libres allures et les jalousies ombrageuses des individus. qu'on ne me reproche pas d'appliquer à l'an t. le peuple au monde plus hostile à l'autorité d'un guide. nous l'avons éprouvé nous- mêmes dans le la Grande Guerre. p.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. on sent que la vertu de Dieu s'agenouille devant l'autel. 238). en présence de son roi. Que ce '^ mot et d'opinion publique ne provoque aucune surprise 1. levant les mains au ciel. L'opinion publique était pour le roi de France. « concile par 172-3. de gouverner pour le royaume et de garder ce royaume.lp. Seigneur. et de reprendre les habitudes des joies familiales et du travail régulier. des troupes innombrables sont venues de tous les lieux du royaume. a nand Lot (Hugues Cupet. qui est tien. » Au concile d'Héry pour la paix. : d'évêques et d'abbés. Voyez les récits d'Helgaud. et la Héry est dans y a eu une opinion justement Ferdi- époques même les plus sombres. nous. Patrol.

un paysan de France. en ce temps-là autant que de nos jours. le marché pour les paysans. de réunion à des senti- L'église. et qu'il n'eût jamais le courage de discuter ce goût de parler politique. Mais je ne saurais admettre que le roi et ses conseillers n'aient point cherché à savoir ce que le peuple désirait. Car même sous les premiers Capétiens. faisait germer en eux des idées et des opinions générales. elle faisait fonction de place publique. Ce qu'on y voyait. travailleur méthodique et tenace. et l'église pour tout le monde. et. savait que le sort de ses cultures dépendait de la marche des affaires publiques. à la façon de la nôtre. ce qu'on y entendait. éloignait les esprits du terre à terre quotidien. surtout. au besoin. la fontaine pour les femmes. Pourquoi Robert n'auraient-ils point réfléchi sur les affaires du temps. maître et le : le pèlerinage pour les dévots.232 DE LA GAULE A LA FRANCE. dans une certaine mesure. manifesté leur pensée? Assurément. vingt occasions de parler politique l'école pour la jeunesse. le plaid pour les seigneurs. à satisfaire à ces désirs et j'entends par le peuple les plus pauvres comme les plus riches. cette pensée n'apparaissait pas au grand jour de l'écriture. chez ces hommes qui se connaissaient depuis l'enfance. courbée sur la charrue et docile à son maître. On s'y groupait le dimanche et bien des jours de la semaine. Ces premiers temps de la dynastie capétienne furent ceux où l'homme de France commença à réfléchir sérieuse- ment sur ses destinées : je ne dis pas ses destinées reli- . Elle était assez vaste pour contenir le quartier d'une ville ou un village de la campagne. Et le seul fait d'être ensemble. On avait. et il n'était pas nécessaire que l'autorité publique en tînt compte. et. contemporains du roi du dix-neuvième siècle. servait de lieu ments communs. et il me semble impossible qu'il fût une simple mille l'expression favorite les : bête de somme.

P... Les gens se sont aperçus çais. parce que externo régi servira non honaerit.Migne. disant qu'on écarta Charles de Lorraine au profit de Hugues Capet. par exemple dans cette parole de Richer (IV. Kurze. 823. Parmi les prêtres qui leur enseignaient la loi. 11). et quand les bandes de l'empereur Otton vinrent menacer Paris et que l'armée du roi Lothaire les refoula jusqu'aux Ardennes. CXLIX. c t. livre V. Lorsque les paysans de Normandie décrétèrent que l'usage des eaux et des forêts leur serait commun à tous. gieuses. les paysans du Valois et du Vermandois éprouvèrent sans doute qu'il y avait une différence entre les uns et les autres K Un Chrétien sentait que de par le Christ aussi bien que de par la nature. Je ne crois pas qu'il faille voir de vains propos. il était né homme libre. Ce mot de solidarité a beau être né d'hier. sous la seule impulsion de la convoitise ou du besoin d'un moment^. p. je ne peux accepter qu'ils agissent en imbéciles. c. : c'étaient celles de l'adolescent qui porte enfin son atten- tion sur les problèmes de la vie. ou dans celle de Réginon {Chronique. 127). une langue à eux. p. Pair. 73 de l'éd. de suis visceribus regem{éd. 129. distincte de celle de leurs voisins. lui écrivait un : 1. quelquesuns rappelaient énergiquement aux grands chefs cette liberté et cette égalité primitives de tous les êtres humains.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Marx (1914). et qu'ils étaient Francs ou Franqu'ils parlaient non pas Germains ou Tudesques. 2. et la solidarité qui unissait les plus riches aux plus pauvres. L. Ces réflexions pouvaient être naïves et maladroites mais tiques. CXXXII. . 233 dont le prêtre s'occupait> mais ses destinées polique Dieu laissait à la merci de simples mortels. Lat. « Les uns sont nobles et les autres esclaves ». 2.t. à l'année 888). et qu'il avait droit à une part d'homme sur les biens de la terre. Guillaume de Jumièges. Migne. cliap. réglé par des lois nouvelles et contrôlé par leurs délégués. il a pu n'inspirer que dans ces dernières années de longues théories les contemporains du roi et des livres sensationnels Robert connaissaient l'idée aussi bien que nous.

Voyez la poésie d'Adalbéron. De même. n'eût certainement toléré les abominables tyrannies d'un Néron ou d'un Caligula. le peuple à la liberté. ce n'était point sous la poussée du malheur et dans l'excitation de ses misères c'était : au contraire parce tiative. Un roi de France devait à l'opinion publique de s'entourer de sages conseillers et de les écouter. eux. en ce monde chrétien et franc. 3. foires. aspirait Lorsque. » Nul. mais. L'Ancien Régime el la Révolution. Et voilà trois demeures dans cette maison de notre Père. que chacun laboure sa terre avec plus de sécurité. écrit livre III. au lendemain de l'an mille. que deviendrait noble? Le roi lui- même c'est et les évêques sont les serviteurs de leurs serfs. Ce serait un excès de langage que de pro- noncer le mot de roi tourage du mais des hommes de l'enconstitution Robert ont parfois rêvé de lois politiques. c'est parce que la paix est revenue. chap. 4. « évêque de Laon mais s'il n'y avait pas l'esclave pour le peiner et produire. Désir d'indépendance et acti- 275. on n'admettait point qu'elle ne fût pas consacrée au bien. que les prêtres prient les esclaves..234 DE LA GAULE A LA FRANCE. que les denrées du paysan ou les marchandises du bourgeois se vendent sans peine. car à la sueur et aux larmes de ces misérables qu'ils plaisirs. filleule de l'autorité divine. et aussi 245Et je ne cite ces passages qu'entre dix similaires. 2. : écrites et connues. à la veille de la Révolution Française. : doivent leur luxe et leurs Que les nobles com- battent. les que trois quarts de siècle d'une prospérité inouie avaient répandu partout l'esprit d'ini- moyens de s'instruire et le courage de dire sa pensée *. l'on croit que unique et la même pour tous. ^. qui me font songer à ce mot ^. si le Français parle plus haut et plus clair. Cf. et que la foule accourt aux rendez-vous des 1. travaillent. . L'autorité royale était absolue en droit. de Tocqueville. Voyez la poésie d'Adalbéron. vers 287 et suiv. en 1856.

surveillant d'hommes libres comme lui. fils du serf de la glèbe. les seigneurs pactisent avec les temps nouveaux. mais redevances de jouissance foncière. il n'est plus que le propriétaire de la tenure ils ne lui doivent plus services de corps. En maint endroit il prend le La commune rurale se dégage.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Ils restent quand même sur les champs qui leur sont confiés. est à présent un Dans ce monde le on sent que homme libre. chef de police sur des terres à demi émancipées. cette terre n'est pas encore à eux. Mais leur ancien maître n'est plus le maître de leur personne. campagnes. tiens. paysan s'apprête à fonder une société nouvelle. la liberté ne les enlève pas à la terre. la avec ses paysans et son magistrat. qui lui soit comparable pour la splendeur de ses cultures. et la parcelle de sol cultivée par le laboureur deviendra le domaine absolu de l'ancien du paysan Ubre. le jour où elle a fixé l'esclave sur elle. et il lui arrive même quelquefois d'oublier qu'il dépend d'un chef et lui doit titre compte de ses « actes. Si brutal que soit le châtelain. serfs de la glèbe sont affrandomaines des monastères et des évêchés. c'est lui qui rendra la liberté à la terre. ce terrible villicus jadis si redoutable à ses compagnons de servitude. petit-fils rural qui travaille avec acharnement. si farouche que soit le manoir. l'a préparé à la liberté dans Chaque jour de nombreux chis sur les : : quelques générations. et ils sont toujours à elle. et aussi sur ceux des seigneurs. de major ou de maire ». Et cette terre qui produit de nouvelles richesses produit en même temps de les Dans redevinrent un titre de gloire pour la France : nouvelles libertés. disait-on. moissons et vendanges de Gaule il n'y a pas de terre sous le ciel. La terre. esclave. lorsque l'autorité et la propriété seigneuriales s'affaibliront et disparaîtront. 235 vite matérielle grandirent ensemble sous les premiers Capé- à qui t-chut la chance inespérée de présider au réveil de toutes nos ressources nationales. à son tour. L'intendant du domaine. de gangue seigneu- .

J'ai déjà cité (p. « rues neuves ». ce sont bourgs. à Bordeaux de la montée des Salinières au parvis de Saint-Éloi. voilà qui va ressusciter en Gaule les formes rajeunies de la vie civilisée. et pour toujours. autour des monastères suburbains. « grandes rues ». et au milieu ne tardent pas à s'élever les maisons de pierre. Là aussi. tout comme dans les villages. marchands et ouvriers s'installent au voisinage de la vieille enceinte impériale. des images pour décorer les temples et les demeures. à Paris sur la Grève ou le Marais qui bordent la Seine. villes qui se relèvent et esprit qui se réveille. mais où les salles d'armes sont remplacées par les entrepôts de draps. Et alors. sortira le désir de l'indépendance communale ^ Société qui s'organise. 212. à Marseille au fond du Port Antique et en lisière de la Gannebière. terre qui s'enrichit. et les forêts et les pacages qui entouraient la villa gallo-romaine. « la cité construite par les derniers empereurs romains. mis à l'usage des les » manants.^entre^bien d'autres. C'est le Lille. Après de longs siècles de 1. temps oCi. Montpellier. s'éveillent 2. hautes et fortes à l'instar de donjons seigneuriaux. Elle esquisse sa fortune propre. de leurs confréries de piété ou de leurs sociétés de commerce. le temps n'est pas éloigné où. 1) l'œuvre essentielle. de barriques ou de poisson salé. quartiers de forgerons. marchés et marchands. n. « hôtels » des gros bourgeois. comme marchés . Caen. Mais. riale transmise par quinze siècles d'aristocratie foncière.236 DE LA GAULE A LA FRANCE. de ces « bourgs neufs ». de « fabres » ou de « febvres ». tendent à devenir communaux du village K Dans les villes. tassée et serrée par ses remparts et son château. des maîtres pour instruire la jeunesse. depuis que les Barbares du Nord se sont retirés. des monuments pour revêtir le sol. aux places de foire qui précèdent les portes. était siège ou seigneurie du comte ou de l'évêque. des poètes pour égayer les loisirs.

Sur le développement des constructions en pierre (même à la campagne pour les granges). dans la collection Picard. les : le Français revint à la pierre bourgeois. extrait de l'Anuari de L' Institut d'Esludis Catalans. l'architecture est celle qui garde le plus volontiers l'anonymat. Je recommande particulièrement l'article sobre et nourri de Brutails. On discutera sans doute longtemps sur les origines de romane' : l'architecture de toutes les formes de l'expres- sion artistique. les cloîtres de ses moines et les hôtels châteaux de de ses Et ce fut. l'église Les uns. Barcelone. en plus grand nombre. ainsi qu'avaient fait Ausone pastichant Virgile. voir l'excellent recueil de Mortet iRecueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture. pour bâtir ses seigneurs. on ne les appliquera plus à copier les œuvres de maîtres étrangers. pour donner enfin à l'art de nos pères une allure terre. 1911. Mais ces leçons d'architecture. de sa laissées nationale. t. La les civilisation antique avait recherché la pierre ses ' pour demeures de dieux et de ses chefs ses églises. Paris) 2. ou les artistes sculpteurs des Vénus aux attitudes grecques. qui dissimule le plus aisément les signatures de ses ouvriers et les conseillers de ses œuvres. . le Français du Moyen Age les consacrera à glorifier les croyances les : plus profondes de son âme. et rapprirent les leçons Rome et la Grèce avaient données aux ancêtres.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. rapportée 1. la 237 main et l'imagination des hommes que se remirent au travail. la naissance de ce style architectural que l'on a appelé» l'art roman». les saints et les héros de sa foi et de son histoire. Où s'est constituée l'architecture romane (1919. VI). lassitude ou d'impuissance. aux abords de l'an mille. ou l'architecte élevant la Maison Carrée pour les dieux de Rome les inspirations éternelles de l'art. d'imagerie ou d'épopée. ce fut pour animer les choses mêmes du pays. continueront à voir dans romane une image des églises orientales. Et si les impulsions par la civilisation antique se firent à nouveau sentir dans la Gaule.

si l'on veut. p. « voulut avoir son église neuve. Elles surgirent de toutes parts. secoué. Picard). édit. des basiliques et des voûtes transmises par le monde romain. 1886. que l'art médiéval aurait pu s'inspirer des constructions en bois des x<-' et ix*^ siècles. 2. p. I. et de la robe blanche des basiliques nouvelles 1. du travail de la France et de sa paix royale. arcatures aux cintres réguliers pour couronner portes et fenêtres. formée sur place. t. les espèces les plus originales. qu'elle a grandi. en tout cas. l'effort réfléchi et personnel fait par le génie des hommes de chez nous ^ C'est chez nous. Cf. 13. L'Archéologie du Moyen Age et ses p. Les autres admireront en elle la disciple. que ces éléments de l'édifice aient été suggérés par des ruines romaines ou conservés par la tradition latine il n'empêche que la physionomie de l'église romane ne soit personnelle. chrétienne et française. contreforts massifs pour appuis de ces murailles.). 280.4. ^. 62.238 DE LA GAULE A LA FRANCE. les silhouettes les plus séduisantes. en particulier de Courajod (Leçons. Pour être écrite en une langue issue du latin. Paris). galeries de déambulatoires à l'intérieur. Et je ne juge pas impossible que l'église romane soit née d'une autre source. écrivait de la vie contemporain. la Chanson de Roland n'en sera pas moins un poème national de France. écrit méthodes (1900. etc. rejetant le passé qu'il voulait se parer On eût dit que le monde se fût comme une défroque vieillie. franche. admettons. . 111. » Je songe à la théorie. épaisses murailles pour soutiens de ces voûtes. frises fouillées en jeux de capricieux ornements. qu'elle a produit les variétés les plus nombreuses. Voûtes de pierre servant de toiture. par quelque pèlerin des terres saintes de l'Asie. tableaux d'images sculptés sur la façade. Les églises romanes sont nées de la foi chrétienne. lorsque les contemporains du roi Robert : se reprirent à aimer la beauté et à croire en la sécurité « Chaque communauté chrétienne ». C'est le texte si souvent cité de Raoul Glaber. 74 et s. en 1891. la discussion de cette hypothèse chez Brutails. Prou (collection Picard. et c'est un : à qui aurait la plus belle. Paris.

on et ceux qui igno- raient l'écriture pouvaient lire sur la pierre le catéchisme de leur religion. sous les porches de l'entrée. la légère 239 Beaucoup de ces églises. que ces clochers dominaient le village et la campagne pour porter plus loin l'appel joyeux ou triste des voix du sanctuaire. nobles et puissantes. Bouillet (coll. unissant les : ' . pressentaient le culte de l'idole sous la vue de l'image Mais le mal était fait. s'était décidé à repro- duire les figures et les corps des saints en sculptures de bois. qui leur ressemblèrent. connaissant les faiblesses de l'âme humaine. Mais d'autres les en un ont aussitôt remplacées. éd. et que les Chrétiens de nos villages y prient toujours devant l'autel Dieu posséda dans les moindres hameaux sa maison indéracinable à la parure sainte quelques-unes des églises romanes les plus achevées et pour ainsi dire les plus touchantes se dressent aujourd'hui dans les bourgades les plus obscures. le jugement dernier. de métal ou de pierre ce n'avait pas été sans les violentes ou pieuses colères des prêtres intelligents qui. 1897. Picard. A l'extérieur de ces églises. Si l'on ajoute que ces églises reçurent de hautes tours pour abriter les cloches.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. La religion du Christ aura les figures de ses saints. A l'intérieur. la résurles articles : rection des morts. . Elle les voudra agréables. Paris). qu'elles sont encore debout. 1. on reconnaîtra dans ces murailles de l'art roman les asiles inviolables des pieuses fraternités de France. : abrité par une voûte éternelle. et qui si furent solides. construites à jour d'enthousiasme. 46 et s. et il y aura bientôt mille ans qu'elles leur servent de foyers. et de ce mal vont sortir pour l'humanité de très grandes joies. dans le Liber miracalurum sande Fidis. des tableaux de pierre résumaient en scènes pittoresques de la foi chrétienne le Christ sur son trône de gloire entouré des symboles des Évangélistes. ont rapidement disparu. Voyez le voyage de l'écolâtre d'Angers. p.

c'était l'âme humaine qui enracinait ses sentiments les plus intimes. § 3. pour bâtir son église. Prélats et abbés avaient pensé de même au temps qu'il 1. faire enlever des marbres aux ruines antiques ou aux carrières de l'Italie. qui traduisait les mystères de sa disparus l'avantage d'ajouter aux plus belles figures nature sacrée. Mais ces matrones étaient les dernières redites de l'art classique descendant à sa sénilité. Ce nouvel aspect de la vie reUgieuse accrut encore la valeur du sol de France. la statuaire romane ne put y vants pour que le arriver il faut attendre les siècles sui- visages ineffables. et sourire de bonté et aura sur les cultes un un regard de douceur qu'ont ignorés les sculpteurs des Vénus et des Apollons. 218-9. Il s'agit de Suger. les saintes se présentent figés avec des figures sans expression. On raconta plus tard qu'un prêtre illustre de Paris avait voulu. des corps vie dans une les sculp- attitude hiératique. Elles n'ont pas plus de grâce et de que les grosses matrones modelées jadis par teurs païens pour représenter les déesses-mères des fontaines gauloises. Lecoy de La Marche. monde connaisse les Vierges-Mères aux En ce moment. elle éveillera la passion de l'art. En art comme en religion. des physionomies inconnues jusque-là.240 DE LA GAULE A LA FRANCE. et les Vierges les esquisses romanes sont naïves de l'art chrétien montant vers sa jeunesse. 293) remar- . p. De éd. 1867. grâces humaines à la gloire de la vertu A son tour. divine. en sa terre et en ses routes. s'étant aperçu que la pierre de l'Ile-de-France était tout aussi bonne pour le service de Dieu '. telle qu'autrefois la religion des dieux païens. Cette splendeur de l'image : chrétienne. Halphen (p. des attitudes. consecratione ecclesise s Dionysii. mais y renonça bientôt. L'heure était venue pour le Christianisme de se pencher vers la il perfection des beautés visibles. elle inspirera des formes.

de proche en proche par grandes voies. cortèges d'abbés quittant Cluny ou Fleury pour parcourir la Gaule à la visite de leurs plus lointains couvents. 1. éd. de l'Aules vergne. 2. du Quercy. Imago sacra.Jacques de Galice. Avoir en son église pour la paroisse ou l'abbaye. la puissance fit d'attraction de la statue merveilleuse se sentir sur toute la Gaule K C'est le temps où ces grands chemins s'enfièvrent de bruit et de passion. le granit sombre d'Auvergne ou le grès rouge Robert . La route n'effraye plus. Remarquez le grand nombre de ponts construits au xi^ siècle. c'était. du roi 241 de construire basiliques ou païens. écoliers destinés aux écoles monastiques de Cluny ou de Fleury-sur-Loire. aux écoles épiscopales de Chartres. surtout dans la première moitié {Recueil de Mortet. des petits ports de Normandie. d'Orléans ou de Reims.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. par toutes les routes lui attirait les des pèlerins. voyez en particulier le Liber miraculorum sande Fidis. on préféra faire venir des marbres enlevés aux monuments antiques de l'Italie. grandes misères de l'invasion germanique. Et déjà. Douillet. 49 et ailleurs. la caravanes de marchands aux foires de Saint-Denis. Mais aujourd'hui. sainte. Je ne dis pas que sous les Francs de Clovis et de Charlemagne ils aient cessé d'être sillonnés par le roi : des foules. au lieu d'uti- de Gaule. deBre- que justement que liser les même à l'époque carolingienne. Du jour où la sainte les hommages Foy de Conques fit ses premiers miracles. chemins du Rouergue. s'animèrent d'une vie extraordinaire. carrières JuLLiAN. au lieu cloîtres avec les débris des monuments : des Vosges redevinrent familiers à ces qui avaient perdu le maçons de Gaule chemin des bancs de pierre depuis les une image du pays. elle appelle^. dévots vers saint Martin ou soldats vers le silence et la solitude ne se sont jamais faits sur une route route de France. Robert étant voit passer des troupes d'espèces infinies : roi. p. ils employèrent la roche vierge et neuve du pays le calcaire blanc de Saintonge. posséder une souveraineté morale qui. p. et. bandes de pèlerins pour Saint-Pierre de Rome ou Saint. de Laon. 16 . 477). et. — Do la Gaulo à la Franco.

la brèche ouverte dans son neveu Roland. de même les cités * tradition- où les siècles d'autrefois avaient groupé tribus ou cantons ruraux. ayant son nom. de cité. impose à la province diocésaine. La « cité » dans son sens restreint. Une basilique de siège épiscopal. J'emploie municipal. devenues leurs maintenant de puissants seigneurs.242 DE LA GAULE A LA FRANCE. le palais en ruine où habita l'empereur Charlemagne. du Pays Basque. sur ces chaussées. C'est. possesd'hommes. pêcheurs et matelots se hasardent à chercher les chemins des mers occidentales. la Bolène qui mène à Notre-Dame du Puy. et il arrive souvent qu'ils soient les souverains politiques des villes fortes qui leur servent de métropoles ^ l'évêque de Marseille est vraiment roi de « la ville haute » en même temps que gardien religieux du diocèse. La route ne se borne pas à appeler. Elle est devenue un être à demi humain. diocèses. tagne. doivent un attrait nouveau aux nouvelles richesses que recevaient la terre et les âmes. Mais l'ÉgUse ne perd rien à ce que ses chefs s'entendent avec le monde. maîtres de milliers : 1. Les évêques qui gouvernaient ces cités. C'est la Régordane qui traverse Cévennes. ici le mot dans le sens large et primitif de territoire 2. On se montre les chaussées construites par César le Romain ou par Brunehaut la reine des Francs. le rocher par l'épée de De même que et bâties par les nelles les vieilles routes tracées par les Gaulois Romains. une émulation de dépenses à qui élèvera la plus somptueuse cathédrale. la Ténarèse qui gravit le flanc des plus hautes Pyrénées. oubliés depuis que César a détruit la marine armoricaine. et. . telle que Saint-Front de Périgueux ou Notre-Dame du Puy. sont seurs de vastes domaines. elle retient. parmi les prélats. ses les séductions et son histoire. Des hôpitaux pour pauvres et pèlerins en jalonnent les étapes.

trônant au milieu de leur petite cour. la force générale qu'était la Gaule. dans l'histoire de l'art fran- aux : çais. et ces noms n'étaient que françaises de ceux que les Celtes avaient mis sur ces territoires. à On eut la Dreux dans de même piquant d'ambition et de luxe. se partageaient la Gaule sous l'autorité nominale de l'assemblée des Druides. comme un barde des très anciens temps. et des centaines genre. Auvergne. des Volques ou des Rèmes. tiers. Si bien des noms nou- veaux apparaîtront. à cité chartraine. était destinée à l'em- . Et cela me rappelle. Champagne. au moins sur la carte. Dauphiné. Saintonge ou Limousin. Le régime féodal lui-même. Boulogne sur le Détroit. Jamais peut-être. Le cadre d'ensemble tiendrait bon. se Mais. de Poi- d'Anjou. et elle imposera parfois son type architectural artistes du pays chaque région de France. à bien observer la terre de France et à se rappeler son passé. put avoir la gloire de son style roman. et parfois de poésie. il n'y avait pas à s'inquiéter de cette reprise des énergies locales. ce ne sera que vêtements d'emprunt pour recouvrir les vieilles habitudes communes des Allobroges. Arvernes. A l'intérieur même de ces provinces. 243 Périgord ou Velay. Languedoc ou autres.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. en multipliant les seigneuries en faisant de la terre la base du pouvoir. On eut des comtes d'Auvergne. les siècles reculés où un demi-millier de roitelets. de ses façades. de ses coupoles. chacun en sa tribu. les « pays » ligures reprirent un regain de vie sous la direction des vicomtes qui s'installèrent dans leur bourgade principale. renforça qui unissaient les les liens millénaires hommes les à ces prodérivations vinces de France. nos provinces ne sauront mieux parler chacune son langage propre. de ses forêts de colonnes et de statues. Pictons et Andes. des seigneurs à Blaye sur la Gironde. la suprématie de ses pierres. locales.

Voyez Aimoin. venus.1:44 DE LA GAULE A LA FRANCE. Car porter. Le réveil de rhistoriographie franque. Fulbert à Chartres. .). Raoul Glaber.. c'était par son même rois de France. Beaucoup parmi eux devaient devenir les grands de la terre et les maîtres des hommes. et en ce moment elle transmettait à ce royaume de France ce qui lui restait de valeur. les écoliers se groupaient par milliers.). on leur racontait la merveilleuse histoire ^ Les plus instruits ou les plus hardis d'entre les maîtres remontaient aux âges lointains où les c. le conseiller des premiers rois capétiens. Et cette nom et Son passé de Gaule qu'ils 2. Hisl. 629 1. Adémar de Chabannes. et à assurer l'avenir cette Gaule vivait encore. Je répondrais aussitôt qu'en ce temps comme aujourd'hui la science et l'école préparaient la France du lendemain. I. Autour de ces maîtres. est particulièrement digne de remarque (Aimoin. Richer. évêques. abbés. Gallica lingua signifie le français. ils étaient destinés à devenir chefs d'églises. le même homme c'est qui a rédigé qui la fit « les canons » de l'office royal. comtes et France. ce Qu'on ne m'objecte pas encore que d'école et propos de savants. Francia et Gallia sont alors synonymes : les textes abondent. vers l'an mille. en indiquaient les limites naturelles et les voisinages barbares *. et c'est l'abbé de Fleury. du royaume de France. Abbon écrire par l'un de ses l'histoire moines un long traité sur géographie et furent livres de la Gaule. Ils en prononçaient sans cesse le nom. sans rapport avec les réalités du temps. proœmia (^SUgne. 2 2. et bien d'autres. 3. Richer. Les maîtres d'école parlaient toujours de la Gaule. CXXXIX. et s. Abbon. . t. en marquaient l'unité. Gerbert à Reims. idée et tradition indestructibles. dit-on. ils Ces maîtres d'école n'étaient pas les premiers s'appelaient Abbon à Fleury. Fr. avaient d'abord appris à la connaître De cette Gaule où ils habitaient. etc.

. délivré Rome et l' Italie. et associant de siècle en siècle la sainteté des églises et la puissance des rois. et ils rappro- chaient leur courage invincible des batailles que leurs des- cendants livrèrent aux Normands sur le sol de la patrie K Mais d'ordinaire. Son nom tiens. c. converti et soumis l'Allemagne. Gaulois de Brennos avaient conquis 245 Rome. 638). s'essayaient à composer des poésies ou à rédiger de la prose savante. commençant par les miracles de saint Martin et la conversion de Clovis. L'humanité chrétienne. avait trouvé dans Charlemagne son Bacchus aux cortèges triomphaux et son Hercule aux tra- vaux de Il justice. proœmia 1. les écoles et les cours. les cloîtres. dans ces récits. et les lui. et Turpin l'archevêque de Reims. Charlemagne avait réuni en une seule nation les royaumes dispersés dans la Gaule. il avait conquis l'Espagne sur les Sarrasins. Lat. roi et empereur. fut alors le héros de cette littérature latine qui. son olifant victorieux avait retenti dans le monde entier. Charlemagne. ce n'était que l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. Richer. s'étaient partout enfuis devant pairs.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Fr. émules de sa vaillance et ennemis de Dieu Entouré de ses douze de son renom. Dans saient l'éclat « cette histoire les gestes où depuis cinq ». vivait heures de sa vie chrétienne. I. Hist. pareille à l'Hellénisme d'autrefois. siècles s'accomplis- de Dieu un homme apparaissait dans d'une gloire divine. et les plus enthousiastes imaginaient qu'il avait rendu Constantinople à l'Église véritable et débarrassé de la honte païenne le saint Sépulcre de Jérusalem... servirent de thèmes à ceux qui dans les cathédrales. quelques-unes des plus belles depuis les Carolingiens. le était. pour les contemporains des premiers Capérésumé et le symbole de ce qu'ils aimaient et de ce qu'ils espéraient. CXXXIX. Charlemagne et ses pairs. 7. t. des Francs il avait fait le peuple souverain. {Pair. Aimoin. et parmi eux surtout Roland son neveu.

les gestes les romans historiques. de la réalité ils passèrent à l'école. on montra. la source où ses compagnons s'étaient désaltérés. les épitaphes métriques. Sur quelques merveilleux. son tombeau de marbre à Saint-Romain à la légende populaire de Blaye. nous pouvons maintenant écrire ces deux mots à côté l'un de l'autre. fût alors en France éclatante et cela montrait bien que cette France était devenue une patrie vivante. la colline où Roland avait voulu mourir. la triple brèche faite dans la roche par le tranchant de son épée. les complaintes édifiantes. L'histoire du grand roi était pour son peuple un gage d'union et un talisman d'éternité. Leur renom grandissait du mouvement qui France. plus loin. de l'école et de la poésie pèlerins et dévots passèrent marquèrent au nom de Charlemagne les choses étranges ou les ruines anonymes que l'on rencontrait aux faubourgs des villes et le long des grandes routes. et. son olifant miraculeux à Saint-Seurin de Bordeaux. les récits de miracles. De ils l'histoire ces noms passèrent à : la poésie. Sur ce chemin de Roncevaux. tels qu'ils se lisent chez .246 DE LA GAULE A LA FRANCE. dont la vogue de Saint-Jacques faisait la grande voie de la piété et de la légende chrétiennes. les chroniques locales des évêchés « » ou des monastères. Leurs noms remplirent les cantilènes héroïques. poètes. romanciers et populaire faisaient lever une frondaison touffue d'épisodes Nul ne doutait que Charlemagne et Roland ne fussent des guerriers de Gaule et des champions du nom franc. derniers héritiers de Virgile. les vies des -saints. si Et que la gloire si de Charlemagne universelle. à la frontière d'Espagne. de Lucain ou de Salluste. faits réels. éveillait la Un même élan emportait vers l'avenir le souvenir de l'empereur et la jeunesse de notre nation. les annales ou des Francs. les épopées guerrières. France et patrie.

PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Tu es la nation forte et constante. 625. 589). modeste et timide? Tu as triomphé jadis de peuples plus puissants que toi. 2. vers 596 (p. du temps ^ Ceux-ci ne cloute pas avec cette que leur jeunesse ardente n'ait point ressenti le charme grandeur de cette fraternité nationale qui s'impose à notre maturité réfléchie.47 les prononçaient sans émotion sacrée. CXXXIX. ces sentiments de respect et de reconnaissance. chantait un poète latin. allaient mettre peu à peu dans les âmes de leurs descendants. tu pourras un jour égaler l'Olympe des Anciens par la splendeur de ton nom et l'éternité promise à ton règne ^. p. les écrivains 2. l'expression t. que dix nouveaux siècles de vie commune. en 33 vers.. : peto. 1. Cf. Abbon (le poète). « ton œuvre est tout entière faite de pieux devoirs et d'actes de vertu. aimable et fidèle. belle comme une femme. II. montre donc la valeur que t'ont donnée tes ancêtres ^ » et et la : Pour parfaire ce corps la et enrichir cette âme de nation. vie. jusqu'à salve tripudians. l'apostrophe à la France. cette conscience du devoir. sage et juste. jerox. Gesta Francorum. 135-G de l'édition Lair) Francia tôt gentes siiperans Fortis. de Roricon. les voici qui servent ensemble à dessiner la France. France heureuse entre toutes. « te caches-tu. les nobles et touchantes expressions dont les Anciens ont paré le mot de patrie. Voyez. centre de sa forme personnelle de ses pensées. devenue à son tour personne vivante. compatrioiœ mei Franci. France a reçu sa capitale. t. c. France. livre I {Pair. De bello Parisiaco. En tout cas. etc. d'angoisses et de gloires partagées. 3. disait un autre. priscas. et sa langue. dura. CXLI. et aveto in sœcula regnans. de Dudon de Saint-Quentin (Migne. des Monumenla Germanise) : Francia car latitas? Vires narra. 115 de l'éd. » « Pourquoi ». Lat. .. aimée comme une mère « Tu vaux mieux que tant de nations superbes qui sont mortes ». Encore je n'en suis point sûr. c. etc. et celles dont depuis des siècles les poètes avaient revêtu la Gaule.

5 et ailleurs. rendez-vous des nou- veaux bourgeois. du passé et des évêques. les premiers Capétiens hésitèrent entre ^ Orléans et Paris. 137 de 2. 12-14 (p. bâtira au Louvre son château et son hôtel -. L'opinion publique avait depuis longtemps devancé le choix royal. Sur le prestige d'Orléans. une auréole héroïque encadrait : la ville de saint Denys « et écrit sur ce siège la ville de sainte Geneviève. : — p. disait Gerbert (lettre 154. la le tombe de lieu saint Martin. Elle sentait confusément que. Paris l'emporta. Cet instinct. Quiconque souhaite pour ce royaume richesse et gloire. De bello Parisiaco. une demeure centrale qui serait son foyer et son acropole. Orléans. Remensis caput regni Francorum est. Un poète avait. avaient paru incertaines sous de la famille de Charlemagne sa colline à tière. Raoul Glaber. les derniers rois si Les destinées de Paris en tant que capitale du royaume. l'arrêta enfin sur Paris. pour être une patrie pareille à celle d'Athènes. dessus de toutes les Ce n'est pas seulement au milieu de la Seine que tantôt elle se repose et tantôt elle se dresse. était comme au sommet du fleuve médian de la France. monastère de Fleury. ce besoin d'une capitale. 3. I. brillant comme une reine auvilles. le sanctuaire des Druides. commence par vénérer Paris ^ » 1. face à la Grève et au Marais. et la royauté. : ils préféraient Laon.. sur le cintre de la Loire. bien posté sur deux bras pour surveiller les routes de la fronAprès eux. disait-il. il fallait à la France une ville maîtresse. Abbon. « Le palais Havet). l'édit. magnifique » que fit bâtir Robert est encore dans la Cité. face à la Cité de l'île. est par excellence. et voisin des centres religieux de la Gaule païenne et chrétienne. de où le premier des Capétiens avait fondé le sa lignée. c'est au cœur du royaume de France. Reims était regardé comme la capitale morale et religieuse ecdesia. « A » la fm. Après siège victorieux qu'il avait soutenu contre les et Normands renom. en latin.248 DE LA GAULE A LA FRANCE.. ut . une Iliade de Gaule Paris. II. une nation pareille à celle de Rome. qui agitait la Gaule le depuis deux millénaires.J 79) : Sum polis.

Quisquc cupiscit opes Francorum. je décompose les ils rouages de son mécanisme. si je peux discerner le mécanisme. le français est issu du « latin. le latin s'est-il transformé en langue française? Pourquoi ce latin. rapide comme un javelot de légionnaire. riche en articuvois de quels ressorts aimer ». est-il devenu chez nous une langue aimable. 85). 249 Au moment où im plus net et l'organe le poète latin parlait ainsi. mater a donné « mère et vado : lations. « je vais à Rome ». je sont que amare a donné ad Romam. Je saisis bien. coulant en détours et détails variés sans jamais perdre de la clarté. et j'ignore les raisons vivantes de la langue française. on demeure impuissant devant le problème de la vie. Rlcher. te veneratiir. Mais si je sais comment.. rechercher d'anciennes et indéracinables tra- regina micans omnes super urbes. je n'entrevois pas le moteur une fois de plus en matière de science.. III. nous a exposé avec une science parfaite qu'elle est venue du latin et par quelles étapes successives elle s'est On éloignée de son ascendance romaine. le . je ne sais pas pourquoi. comment faits. ramassé. la France le achevait de forger la langue qui devait être signe le plus visible de sa \atalité nationale K Nul savant n'a encore pénétré le secret de sa formation. retenant et trans- formant à bulaire. les la fois. concis. toute pareille à nos fontaines de Gaule? Faut-il. les mots du vocamodes de la conjugaison ou les procédés de la les syntaxe. bon de rappeler que Hugues Capct ne savait que ou encore Gallica lingua. tel fait valoir. 1. Il est roman (le français. on possède les éléments du corps. les sons un héritage qu'on accepte et qu'on de la phonétique.PREMIÈRE ÉPOQVB DU ROYAUME DE FRANCE. limpide. nerveux. à l'origine profonde du système de notre le fil langage. après avoir lu travaux des maîtres de la linguistique. ». et rien que là. Pourquoi. éprise des finesses de l'analyse.. entre le Rhin et l'Océan.

voir les très mort si prématurément Introduction à la chrono- latin vulgaire (1899. Klincksieck). Précis historique de la phonétique française (1921. si grands que seront les services rendus par certains rois. par le travail incessant des siècles. C'est elle qui. inconnues et éternelles. la vie et les leçons 1. à élever un être humain fait de millions d'autres êtres unis pour toujours. . Comme Michelet eut raison de comparer un peuple à un Prométhée qui se formerait soi-même^! Cette France me semble maintenant une idée magique. de coutumes et d'histoire qui rappro- chent les hommes? Mais. ditions laissées par les Gaulois. 2. Voir en dernier lieu la 5^ édition de Bourciez. Paris. les liens de parenté. Ah non! ce n'est pas la royauté qui a créé la France. un fait est acquis c'est qu'avec de la matière latine la France a façonné sa propre langue-. Bouillon) eties Origines romanes (1900. Prague). 3. va faire entendre sa voix et son langage pour raconter elle-même son histoire. a fait cette royauté et lui donne maintenant tout son prix. le récit du latin. quelle que soit la solution que nous apportera l'avenir de la science. Roi de France? mais il ne l'est que parce que son titre repose sur le nom de France.250 DE LA GAULE A LA FRANCE. un souffle d'âme né de sources lointaines. qui ont habité cette terre ses le ^ même ? Ou faut-il croire que notre parler national doit habitudes et ses usages à des forces plus mystérieuses. et tout d'abord la de leurs miracles. enfin. : La France. qui est parvenu à modeler. caractère des habitants. la nature du sol et du climat. et et ils composèrent en l'idiome nouveau remarquables travaux de Mohl. Dès les derniers temps carolingiens. Paris. : trop logie Dans ce méconnu du sens. des poètes sont nés qui veulent faire dire à la langue française ce que la tradition réservait à l'empire gloire des saints. à animer. Au début de sa Préface de 1869 à son Histoire de France. exprimer ses idées et ses rêves. du Christ.

de poème. I. Paris. Champion. œuvres latines ou françaises. miracles : 1. cette rive du Rhin où reposent les saints de Dieu. A la différence de Bédier. récits de de vies de saints. Les Légendes épiques (4 édition). et un poète de génie. et par-dessus tout '. ce rivage de l'Océan que l'archange Michel protège du péril de la mer. Bédier vient de se rapprocher de Wilmotte {Histoire de la nation française de Hanotaux. 1863. Les lettres françaises. et aussi les héros et les les légendes qu'il servait à glorifier. Voyez les analogies indiquées par Littré entre l'Iliade et la Chanson de Roland (Hist. Pion. Paris. Turold. première Wilmotte insiste sur les pré- cédents latins des chansons de geste {Le Français a la tète épique. La Chanson de Roland est une chanson de notre terre. Décidément. elle se donne ses héros. au col de Roncevaux. ce cimetière de Saint-Seurin de Bordeaux. Paris.. 1917. Et chroniques. Nous voyons cette terre en ses sanctuaires fameux. de la langue française. t. et. Roland a voulu mourir pour regarder une dernière fois l'ennemi d'un regard de triomphe. Turold rassemble et célèbre en son épopée la terre. 313 et s.).PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. chants épiques. tout cela finit par se mêler et se fondre en une épopée nationale. 1921. La Renaissance du Livre). si 251 de naïves cantilènes ou de courtes épopées aux sujets comme marche naturelle tracée jadis par l'Hellénisme. 1908-13. Nous voyons cette terre en ses frontières sacrées. héros du jour. fournis par la foi chrétienne. où le Christ lui-même a envoyé ses apôtres. p. 211-2). éloges d'épitaphes. Puis. elle sculpte les images de sa foi. vol. commençaient leur carrière par la poésie et elles suivaient la par ses la poésie sacrée. ce sommet des Pyrénées où. l'histoire et les pensées de sa patrie -. . le lieu de France qui retentit le plus de prières chrétiennes. tel qu'Homère en son Iliade. écrivit la Chanson de Roland. XH. Charlemagne et Roland Cantilènes. le latin prêta plus largement à la nouvelle langue modes de chant. la France s'avance dans l'histoire à la manière dont y a marché la Grèce elle bâtit pour son Dieu ses temples de pierre. complaintes. 2. de récit. t. p.

notre poème national. cherchant à rcahser le rêve de leur foi. il est colère. Elle est bien. Il ressemble à chacun de nous. de la lâcheté et du mensonge. sur ce chemin d'Aix-la- Chapelle à Roncevaux où ont passé tant de rois en vainqueurs^ et où passent tant de pèlerins. Elle peut aller à l'avenir en toute confiance. cette Chanson de Roland. mais Charlemagne le réserve au jugement d'un tribunal solennel. enfin. mobile et sincère. le long travail de sa croissance et trouvé la loi de sa destinée. Son adolescence s'achemine vers les années de la jeunesse. Ciboure. « la grande terre ». mère des guerriers. Il a l'horreur de la trahison. la nous voyons dans ses routes.252 DE LA GAULE A LA FRANCE. Le nom de France la domine tout entière. Roland. Les heures les plus difficiles sont écoulées. patrie « douce » entre toutes. lorsque que la : des hommes. et que Dieu commandait à Charlemagne. si du moins elle sait choisir ses chefs. et si ses chefs savent la comprendre et écouter parfois les poètes qui chantent ses rêves et les historiens qui racontent son passé. C'est la chanson de notre caractère et de notre humeur. L'idéal du poète qui chante sa gloire est un idéal de justice et de droit le traître Ganelon mérite mille fois une mort sans phrase. la France. . elle est sortie saine et sauve La France a donc achevé des crises impériales qui ont menacé sa vie. inviolable et forte. C'est la chanson de notre histoire en son plus beau jour Charlemagne commandait à la France. le héros. comme Vercingétorix le Gaulois. sûre d'elle-même. un chef de guerre et un beau parleur. imprudent. 19 août 1921. est. la chanson de la France. France commandait au monde. mais servante de Dieu et éducatrice d'autrefois.

. efforts nouveaux L'homme . Les premières cultures Discipline de la terre et de l'àme Nouveaux instruments. 36 39 40 41 . Nouvelles industries . découverte du métal Domestication des animaux. . La céramique Exploration minéralogique de la terre. — L'époque des Chasseiirs (Temps paléolithiques) . le chien Nouveaux éléments de relation. mais non décadence absolue.. Une nouvelle race Renaissance industrielle Merveilles d'art Apparition de l'écriture Des conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là Rôle des hommes de France à cette époque 20 22 23 25 28 29 34 IL — L'époque La grande des Agriculteurs (Temps néolithiques ou de la pierre polie) 36 : révolution de notre histoire la découverte de la terre comme force agricole Incertitude de la science sur les origines de cette révolution Migrations humaines dans cette période Déclin des œuvres de l'esprit. 7 L'histoire peut et doit remonter très loin dans le passé et de la terre et des âmes Définition de la plus lointaine époque De la durée d'une époque historique L'homme conquiert la terre sur l'animal Des plus anciens témoins de la vie humaine 7 ÎO 11 12 12 13 15 16 18 sur les plateaux de France Foyers et ateliers Les armes et instruments de silex Bouleversements physiques et décadence Le refuge dans les cavernes. prépondérance de la hache .TABLE DES MATIERES I.. les routes La conquête de la mer 42 44 45 47 49 50 51 53 55 . .

le mégalithe l'éducation de la terre se termine Les principes de la vie sociale se fixent. Les résidences des morts Terre-Mère. Celtes. déesse souveraine. de temple A propos des sacrifices humains L'Armorique. : . . étapes et les routes Persistance des populations antérieures Extension de l'unité primitive de l'Occident de l'Europe. . la charrue. — L'époque des Migrateurs (Indo-Européens. nom d'une époque. . d'un groupement humain. . Approche des Méditerranéens et fondation de IMarseille. Du caractère général de l'unité indo-européenne. l'ambre 63 64 66 67 69 Caractère originel. L'âge de l'épée se prépare et l'âge du fer commence. . les Ligures. Elle est essentiellement un fait d'Europe Le Nord-Est de l'Europe. marine Hypothèses sur 71 74 76 78 80 81 . 94 La rupture de Sacrifices l'unité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France la L'assemblée des Druides au centre sacré de Gaule. . — L'époque des Prêtres-Rois {Ligures et Druides). . centre de vie agricole. . . marchés. 103 104 . la. les langues italo-celtiques Similitude des noms de lieu les lieux de la terre dénommés pour toujours Italo-Celtes identiques aux Ligures. d'image. centre probable de ces migrations Indices en faveur de cette hypothèse. sociale et religieuse. villages. Groupements humains : forteresses... la famille et la tribu Les règles de la vie morale les . . .TABLE DES MATIÈRES. but et moyens des migrations. capitale des morts Le « pays ». 106 108 109 110 112 114 116 118 118 119 . Ce que la France doit à cette époque éléments nouveaux d'une vie solidaire... Italo- Ligures) : 63 les Autre événement capital migrations indo-européennes. et nullement d'une race Les lieux saints de l'Occident Les grands travaux de défrichement la Limagne Progrès dans la vie industrielle le bronze. 83 85 87 . communs et communauté religieuse 94 96 100 101 Hiérarchie druidique et dieux généraux Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale Relations reUgieuses avec la Grande-Bretagne Caractères de la civilisation druidique pas d'écriture. rôle de la Bourgogne Avènement de la 56 57 58 : 60 III. . Le roi de tribu Les « pays » se groupent en province ou « cités » L'Armorique. 89 92 IV. . souveraine de l'Océan Dangers qui naissent des ambitions commerciales.

154 La construction en pierre Nouveaux sites urbains. héri- 154 155 157 159 161 162 164 166 168 171 172 173 175 176 177 181 tières de villes gauloises Les tombeaux de pierre Intensité de la vie industrielle et commerciale. son allure et sa vie Le caractère des hommes de Gaule se fixe Intensité de la vie agricole Formation et croissance des centres urbains. Faiblesse du génie latin Le régime municipal. persistance des cités et des La terre. soldats barbares et pacifisme des civils 182 183 184 185 . . 255 — L'époque des Guerriers {La Gaule des Belges) des Celles et 121 121 Ce que fut sans doute l'invasion celtique Autres invasions ou migrations le nom de Gaule devient prépondérant L'impérialisme gaulois en Europe Persistance et force des éléments d'unité les rois de toute la Gaule Beauté historique de l'unité gauloise . autre principe d'unité Ce que fut la paix romaine Rome laisse passer l'invasion germanique L'Empire en état de siège. brutalité de la conquête romaine . décadence maritime Victoire de la mythologie La fièvre d'art. ^ . 128 130 131 133 133 134 138 141 142 143 Il y La La La a une patrie gauloise Gaule n'est pas en décadence Grèce commence l'éducation classique de la Gaule. source d'autorité « pays ». Lyon capitale et son Conseil Amour-propre gallo-romain L'armée gaUo-romaine.TABLE DES MATIÈRES. Toute-puissance du grand domaine Maintien en Gaule des éléments d'unité. : villes et les villes routes gallo-romaines. 123 125 De la religion gauloise L'éducation de la jeunesse Littérature poétique Le chef gaulois. . 144 147 148 149 152 — L'époque Impériale (L'État Romain) Beauté apparente de l'Empire romain Plus de variété dans la culture la vigne . organisation des cités caractère propre au régime municipal de la Gaule. . triomphe du style classique Souveraineté de la langue et de la littérature latines Mœurs romaines . . les lieux de foire Organisation du système routier Développement de la vie provinciale.

. 2 " — La première époque du Royaume de France et (Derniers Carolingiens Premiers Capétiens) 2 de Verdun reconnaît la France Universalité des mots Francs et Français fusion des races. . Il n'y a plus qu'un roi en France Le roi de France. et la renaissance agricole La petite exploitation rurale Maintien du mot de Gaule d'unité comme idée et sentiment r î^ La Gaule comme unité politique. résidence royale. ' .1 ' 256 TABLE DES MATIÈRES. empereur dans son royaume. . . Renaissance romane et architecture de pierre . 1 1 2 2 2 2 2 ' religieuse Le Christianisme renforce Les monastères l'unité gauloise et la vie locale. L'Empire Romain 1 1 1 1 1 1 . Ambitions impéria'es des rois de Gaule Faiblesse de l'Empire de Charlemagne VIII. VII. ' Le 2 2 villes " 2 Retour aux habitudes de la civilisation classique. la . — 173-5-22.. . des invasions en Gaule Établissements d'étrangers Prépondérance de la ^^e mihtaire Déclin des habitudes classiques La civilisation. 2 2ij " L'imagerie chrétienne Nouvelle vitalité du sol et des routes Forces nouvelles des provinces et des petits pays. Mérovingiens et \ Carolingiens) 1 est une décadence menant à une catastrophe Partage de la Gaule entre des chefs barbares Affaiblissement du titre de roi Continuité. j . Paris. — Li'époqpie des Royautés barbares {Invasions germaniques.. . encore inspirée de Rome Aucun principe politique ne vient de Germanie La prééminence décisive du Christianisme Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie . Paul BRODARD. L'idée de Gaule vit toujours dans les écoles Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de la gloire de Charlemagne Le patriotisme f'^mçais à sa naissance Paris s'annonce de nouveau comme capitale Formation d'une langue française Avènement d'une littérature française et nationale. Chanson de Roland * Coulommiers. . Imp. espérances de Gallicanisme Valeur souveraine du titre royal De l'opinion publique vers l'an mille Velléités de constitutions Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les traité . .

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Camille Louis De la Gaiile à la France .PLEASE DO NOT REMOVE FROM THIS CARDS OR SLIPS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY DC 61 J8 Jullian.

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