-/<

Si).

BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE

CAMILLE JULLÏAN
MEMBRE
DE

L'INSTITUT

PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE

DE LA GAULE A LA FRANCE
Kbs ORIGINES HISTORIQUES

t'

r.

LIBRAIRIE HACHETTE

DE LA GAULE A LA FRANCE

JuLLiAN.

De

la

Gaule à la France.

Sept volumes grand in-S". . Grand Prix Gobert de l'Académie française.Romaine. La Civilisation Gallo-Itomaine. publiées avec introduction. Augustin Thierry. Un vol. Jullian. » Vercingétorix. petit in-16. fr. » » Cei deux volumes ont obtenu III. Considérations sur les causes de la Grandeur des Bomains et de leur décadence. par M. état matériel 25 fr. Un domination nombreuses 7 fr. La Chnlisation Gallo. Un vol. publiés avec une introduction. » VI. : II.OUVRAGES DE M. Michelet. 5 fr. cartonné Montesquieu. Craud PrU Gobert en La Conquête romaine et les premières 1908. petit in-8. • Majoration temporaire de 85 U73-21. Nos Origines liistoriques. cart. Taine. cartonné 8 fr. lois. broché 8 fr. — Coulommiers. cartonné <*/o. Paul BHODARD. Guizol. G. reproductions de monnaies et 7 cartes et plans. » 4 fr. des notices et des notes. 50 70 — Esprit des taire. Extraits des Historiens du XIX' siècle {Chateaubriand. Un vol. • Ouvrage couronné par l'Académie française. » IV. » V. De Un la Gaule à la France. Ze Gouvernement de Rome 35 fr. Quinet. petit in-16. toile romaine. 5 Un contenant 12 fr. brochés î. variantes. état moral . Mignet. br. illustré de gravures. vol. Jullian. — Extraits de /'« Esprit des Lois » et des Œuvres diverses.. Jullian. Renan. Un vol. » VII. Les Invasion» c/auloises et la colonisation grecqua. 25 fr. Fustel de Coula7iges). avec un commenfr. petit in-16. vol. par M. G. cart. tableau de la Gaule sous la vol. petitin-8. Thiers. Duruy. livre I".. La Gaule inàépendante le 25 36 fr. petit in-16. » Gallia. Tocqueville. Jullian. Imp. par M. in-i6. commentaires et tables. G. publéis et annotés par M. C. i^ivasiotis germaniques 25 fr. CAMILLE JULLIAN LIBRAIRIE HACHETTE Histoire de la Gaule. Les Empereurs de Trêves (e« préparation) .

BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE CAMILLE JULLIAN MEMBRE DE L'INSTITUT PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE DE LA GAULE A LA FRANCE NOS ORIGINES HISTORIQUES LIBRAIRIE HACHETTE 79. _ PARIS i BLBcrrr^^-^ -^ ""'"'ri"" ^^^<^'OH AfA/LAIiLE 1922 No. BOULEVARD SAINT-GERMAIN. .

Copyright par Librairit Bachttte 1992.768450 Tous droiu de tradaction. . de r«producli«a et d'adaptatiou réservët poar tous ptjn.

QUI M'A DONNÉ L'IDÉE ET LA VOLONTÉ DE CE LIVRE.A ALFRED RÉBELLIAU. EN FRATERNELLE AMITIÉ. .

.

une nouvelle édition est préparée par Breuil). Les armes et instruments de silex. L'homme conquiert la terre sur Vanimal. Paris.DE LA GAULE A LA FRANGE L'ÉPOQUE DES CHASSEURS TEMPS PALÉOLITHIQUES ' L'histoire peut et doit remonter très loin dans terre et des âmes. le passé ne meurt jamais complète- 1. I. Des Merveilles d'art. Le refuge dons les cavernes. Bouleverseateliers. conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là. L'homme sur les plateaux de France. 1908. — durée d'une époque historique. ejforls nouveaux. Apparition de l'écriture. trielle. — le passé et de la Définition de la plus lointaine époque. on trouvera d'utiles . Rôle des hommes de France à cette époque. Des plus anciens témoins de la vie Foyers et humaine. Picard. De la — — — — — — — — — — — — — « Quel espoir y a-t-il d'arriver à la connaissance de ce les passé lointain? Qui nous dira ce que pensaient hommes. dont l'éloge n'est plus à faire (Manuel d'archéologie. ments physiques et décadence. Renaissance indusUne nouvelle race. Outre le manuel classique de Déchelette. laissé dix ou quinze siècles avant notre ère? Quel souvenir peut nous rester de ces générations qui ne nous ont pas un « seul texte écrit? Heureusement. t.

Éléments de préhistoire (1914. . L'homme peut bien il mais le garde toujours en lui. ou. Parmi les livres plus anciens. p. corps et esprit. Paris. disposer les hommes en sociétés durables. Didot) Gabriel et Adrien de Mortillet. Mais ce qu'il a dit en ces termes du monde antique et de l'âme humaine. p. . plutôt. La Préhistoire (1910. Amiens. S'il descend en son âme. Alcan). qui fut consacrée aux temps préhistoriques de la Gaule « Je voudrais montrer tout ce que nous devons à ces \ieux âges.. introduction. de tout cela il existe encore des vestiges visibles à la surface de notre terre. De ce qu'ils ont fait pour conquérir et cultiver le sol. 1. » On a retrouvé et publié le résumé de cette leçon. années plus tard (La Cité antique est de 1864). tel qu'il est lui-même à chaque époque. 99). la volonté et le cœur. ment pour l'homme. on peut retrouver la trace de nos aïeux les plus anciens.8 DE LA GAULE A LA FRANCE. 2 vol. c'est par ces paroles qu'il annonçait son dessein de reconstituer les croyances et les institutions primitives des Grecs et des Romains. résumés chez Comment. en 1870. Paris. Paris. de notre France d'aujourd'hui. Peyrony. écrit de sa main (Revue archéologique de 1908. 1896. Époque des alluvions et des cavernes. I. des éléments éternels à l'intérieur de notre vie morale. L'Humanité préhistorique (1921. éduquer les l'intelligence. est également vrai de la France. 4-5. Car. La Cité antique. façonner l'outillage du travail et du combat. Eyboulet). des travaux préhistoriques et Schleicher). Paris. Ussel. la riche Bibliographie générale de Montandon. il est le produit et le résumé de toutes époques antérieures. Cartailhac. La Renaissance du Livre). Dans ce qu'elle est. l'oublier. Georg). t. Salomon Reinach. et en particulier dans la première. des ancêtres communs dont l'un et l'autre peuple étaient descendus. Quelques : . il peut y retrouver et distinguer ces différentes époques d'après ce que chacune d'elles a laissé en lui K » C'est ainsi que Fustel de Coulanges a commencé La Cité antique. Les Hommes contemporains du renne (1914. dans la Description raisonnée du Musée de Saint. de Morgan. Yvert). La France préhistorique (2« édit. parus (1917 et 1920. Fustel de Coulanges. Fustel de Coulanges devait développer ces mêmes idées dans ses leçons à la cour impériale. tout ce que ces \'ieux âges ont mis en nous.Germain (1889. Comme répertoire archéologiques. Genève.

et nous n'avons pas non plus le droit de revendiquer pour notre ascendance seulement les Celtes ou les Ligures. Car je suis de ceux qui croient un devoir de plus à que les destinées si nationales de la patrie française le commen- cent à peine. sa vie. long que soit passé qui fut nécessaire à ici les premiers âges de ce passé que je veux essayer Je ne séparerai de connaître. il a fallu un interminable travail humain. le résultat d'une longue. et ce n'est pas davantage la Monarchie. ils qui les ont suivies ont perfectionné la culture ont également suscité des motifs nouveaux d'union et d'accord à la société humaine qui devait devenir notre patrie. Elle est. De la même manière que les plainec blé de la Bourgogne ou de la Beauce doivent leurs sillons originels aux générations inconnues des temps préhistoriques. qui a commencé dès le jour où les hommes ont apparu sur notre sol. Mais chacune de ces périodes ou chacun de ces états politiques a contribué à nous faire ce que nous sommes.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Ce n'est point la Révolution qui a créé la France. Et nul ne peut affirmer que ce travail soit terminé. 9 La France lions est l'œuvre de dizaines de siècles et de mil. Et si les siècles du sol. sa formation. Nous ne sommes pas uniquement les fils intellectuels du Moyen Age chrétien ou de la Rome latine. n'apporteront pas un trait nouveau à la une richesse imprévue à son terroir. Pour qu'il se soit bâti une terre de France et que nous devenions des Français. L'historien ne fera jamais qu'une œuvre incomles plète ou mutilée s'il analyse les institutions ou mœurs humaines à l'écart ou en dehors de la terre sur laquelle . d'hommes.. et que les siècles à venir figure de la France. de même les habitudes sociales qui nous groupent pour l'amour et la défense de ces moissons remontent à des germes déposés par ces premières générations. d'imaginer et d'exposer. pas l'étude du sol ou de la matière et celle de l'âme ou de Ce sont — la société. cette patrie. lente et patiente élaboration. et qui dès lors ne s'est point interrompu.

ce qui les faisait comme.10 elles se DE LA GAULE A LA FRANCE. J'aime mieux une expression plus compréhensive. à com- prendre comment est née notre nation. sont les divinités des le sources et des collines. ou encore. Et jour où la science historique s'apercevra plus simples cer- arrivera enfin. besoins du cœur du corps. Mais cette dénomination ne marque qu'un des éléments dont a été faite la vie de ces hommes. et des milliers d'habitudes que hommes ont peu à peu reçues de cette terre. 1. et qui vivent encore après avoir déjà milliers d'années vécu des Christ. toute l'histoire nous parle aujourd'hui il comme du sol y a dix mille ans d'une intimité irrésistible entre la terre et l'être humain. des silex taillés par la main de l'homme. peut-être de ce que l'intuition des âmes elle les a déjà deviné les : que la France résulte d'abord d'une taine nature de sa terre. on appelle ce temps celui de la pierre taillée. en d'autres : temps. l'instrument de pierre dont ils se servaient d'ordinaire. La plus ancienne période de notre histoire est généralement définie d'après la nature des seuls témoins qu'elle nous a laissés d'elle comme ce sont des pierres. comme il est le plus reculé que nous puissions connaître. la raison sociale des vivre. sont développées et qui pour une part '. à force d'analyses et d'analogies. pour ainsi : parler. et j'appellerai cette époque l'époque des chasseurs. on l'appelle le temps de « la pierre ancienne ». Les divinités avant le les plus tenaces français. l'époque paléolithique. la reUgion ou la patrie. ce fut l'agriculture ou la guerre. écrivait Ortelius. Car la chasse était alors. révolutions politiques et transformations matérielles. . qui caractérise la nature même de cette vie et ses pratiques principales. Geographia historiée oculas. les a déter- minées et Tâches de l'esprit et de la culture. ce qui les faisait se grouper hommes.

cela n'étonnera pas l'historien. au-dessus des détails innombrables et contradictoires. notre même période de l'humanité que l'ère des cités antiques et des tribus gauloises. aperçoit les retours périodiques des forces et des mêmes mêmes aspirations. Nous avons beau vivre siècle appartient à la d'une allure très différente des Celtes ou des Grecs. comme l'Arménie. et n'a dû prendre fin que dix millénaires avant notre époque. des Il êtres en quête de leur nour- riture. suivant un rythme intelligent et d'une réelle beauté ainsi : tout que la civilisation hellénique partit des idoles informes de la religion primitive l'art et de la pensée dans pour aboutir aux merveilles de les temps de Périclès ou de historique dans Platon. les ralentissements ou les arrêts d'un siècle dans une marche plusieurs fois . à travers des variations nombreuses dans la suite des années. il a persisté des dizaines de milliers d'années. Que ou deux mille ans pour une grande période historique? Qu'importent les retards. qui. Que l'on puisse voir une même période un espace de plusieurs fois dix mille ans. et.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. et c'est pour cela que nous voyons aujourd'hui tant d'événements semblables à ceux qui ont hommes sous les règnes de Darius. Malgré sa durée considérable. luttant pour l'indépendance. Une loi identique préside à cette période. ce plus ancien et ce plus long des âges de l'humanité se présente en une unité parfaite. sortis victorieux de la captivité signifient mille de Babylone ou du triomphe de Titus. peut-être bien plus tard encore. des agité les : populations. 11 L'âge des chasseurs a commencé sans doute aussitôt qu'il y eut des hommes. de César ou de Théodose une invasion germanique se produisant sous la double forme de l'infiltration et de l'irruption. offre l'image il nous d'une civilisation qui se développe normalement. en un progrès parfois ralenti mais toujours continué. et le retour des Juifs à Jérusalem.

mais. des invasions qui menacent.12 DE LA GAULE A LA FRANCE. qu'il est en état de bataille contre l'animal. le cœur plus proche des sentiments d'humanité. il sortira plus convaincu du devoir de la vie commune. décidément. Ce qui fait l'unité. Cette conquête de la terre. l'intelligence plus dégourdie. il sera désormais son maître. des empires qui les oppriment et dont elles se dégagent. son son intelligence. par l'homme. de cette bataille impitoyable pour obtenir son droit à la liberté et à la souveraineté. plus largement ouverte sur tous les spectacles de la nature. que l'homme y vit en chasseur de la bête j'entends par là qu'il demande à la chasse le principal de sa nourric'est : ture. appartiendra à l'homme. et aussi le maître de soi-même. plus fort que lui. à la conquête. lui : les sens plus aiguisés. Car. le maître du sol. et il finira même par voir de la beauté dans ce monde extérieur qui tout d'abord n'avait éveillé en lui que le besoin de la violence et le désir de la force. des conflits qui les affaiblissent. l'homme la fit deux séries de forces bras et : les unes qu'il tira les à l'aide de de sa propre autres qu'il nature. la loi du premier âge de la pierre. qu'il dispute la possession de la terre. c'est tou- jours la même : loi qui préside aux convulsions des sociétés humaines les des patries qui veulent se former et grandir dans les régions naturelles de la terre. Nous assisterons. millénaire? Depuis Cyrus jusqu'à maintenant. de la terre de France je ne dis pas culture du sol. Quand cette période sera terminée. et en premier lieu à celles . je dis possession de la surface. Il n'en aura pas chassé l'animal. en même temps. la terre. emprunta aux matières voisines. durant ces milliers d'années.

l'utilisant : telle qu'elle brute et informe c'est possible et même probable. nous permet de reconstituer un chapitre de la vie de l'homme et un aspect de sa demeure. nous devons nous résigner à ne rien savoir des premiers épisodes de la bataille et du travail humains. ses — Qu'il ait d'abord membres. et rien que d'un bâton. . et rien qu'avec eux. L'histoire de cette bataille et de ce travail ne commence que lorsque nous rencontrons sur le sol un objet arrangé ou fabriqué par l'homme. mais sans la travailler. * * Un premier épisode. Et le premier de ces objets que nous connaissions. par les contours que la taille lui a donnés. par sa forme. dans cette période des chasseurs. Ce simple débris. à la pensée qui l'a modifié. du sol. qu'il se soit plus tard armé d'un bâton. à la main qui l'a façonné. où l'homme a mis et a laissé quelque chose de lui-même. nous permet de remonter jusqu'à l'homme dont il fut le compagnon. par sa nature. est déterminé par les siècles dont il ne reste d'autres traces humaines que les silex abandonnés sur avait vécu K 1. est le caillou de silex taillé. et ce silex. dans ces temps paléolithiques. par cela seul que l'homme l'a travaillé.L' ÉPOQUE DES CHASSEURS. qu'il se soit ensuite armé d'une pierre pour la lancer ou pour doubler par elle la vigueur de son combattu avec poing. à l'esprit qui l'a choisi. de ces massues de bois ou de ces pierres de jet nulle trace n'a pu demeurer jusqu'à nous. au regard qui l'a aperçu. aux œuvres auxquelles il a servi. le sol aux endroits mêmes où l'homme Époque dite paléolithique inférieur . je le répète. phase récente dite acheuléenne (de Saint-Acheul près d'Amiens). deux subdivisions : phase ancienne dite chellcenne (de Glielles en Seine-et-Marne). était. de ses intentions ou de ses goûts. 13 que lui fournit la surface qui étaient visibles de lui et à sa portée. mais comme. le bois et la pierre. de ces poings humains.

où les vastes marécages alternent avec d'impénétrables forêts. les grands fauves du désert. mais ils le drues. Ils portent et ils le ne le nourrissent pas soutiennent déjà. les les conditions de la vie humaine étaient dès lors supérieures à celles de l'Afrique équatoriale. avec ses plateaux gaie- ment étendus au-dessus des berges des ou au marécage qui enlise. L'homme n'y était pas éternellement en proie à la forêt qui étouffe trouvait sur ces plateaux de il vastes espaces découverts d'où sur son œuvre. Car lignes intérieures de la France étaient déjà tracées. avec l'alternance de ses plaines et de ses montagnes. les rhinocéros. comme s'abritant sous les roches ou se cachant dans les cavernes. En tout cas. préparer ses armes et réfléchir dominant la Somme. d'Amiens à Abbeville sous ces terres à blé qui ne finissent point. Il fleuves. Ils ont vécu et travaillé sur . les hippopotames.14 DE LA GAULE A LA FRANCE. longues esplanades limoneuses qui s'étendent. On suppose aussi que le climat était fort différent du nôtre. Assurément. à notre connaissance. les hôtes habituels de nos parages ne différaient : point de ceux de l'Afrique la plus sauvage c'étaient les éléphants. la France n'était point en ce temps-là achevée dans sa structure. avec ses vallées aux replis harmonieux. C'est sur ces plateaux. sa forme et son apparence. au début de sa vie. Parles courez aujourd'hui. beaucoup plus humide ce qui pouvait faire ressembler notre pays aux régions tropicales. beaucoup plus : chaud. Et cependant. pouvait regarder sans crainte le ciel et la nature. On suppose qu'elle faisait corps avec l'île voisine de la GrandeBretagne et que le Détroit était remplacé par un isthme et la Manche par un golfe de l'Océan. qu'il s'installa tout d'abord. au sud de la Somme. qu'il devait enrichir si plus tard de cultures encore. Il a débuté. vous pourriez trouver les silex sans nombre déposés par : nos plus lointains ancêtres. la Seine Meuse. Ne nous le représentons pas. par exemple. par ou la le plein air des plateaux de France. tremblant de froid ou fuyant de peur.

les cellules pour consti- sont prêtes en atten- dant l'édifice. Car ces populations des hauts plateaux de France ne me paraissent pas avoir été d'humeur instable. c'est l'arrêt attentif en vue d'une besogne utile à plusieurs. avant les heures l'atelier. 15 ces espaces découverts où. Le foyer. comme plus tard le mêmes terres. 92) le rôle de ces terrasses limoneuses de la Picardie à l'époque agricole je l'utilise pour l'époque antérieure des chasseurs. lieux où elles habitent. A ce confluent où se fonda Amiens. I. pour définir : Hachette). Voyez son admirable Tableau de la géographie de la France. de l'Histoire de France de Lavisse (1903. Paris. si elles me demande ne sont pas déjà nées.VÈPOQVE DES CHASSEURS. une des villes les plus laborieuses de France et dont les destinées furent le plus constantes. 1. sur cette terrasse de Saint-Acheul qui domine la cité moderne. de longs instants de repos autour foyer. s'étalait une des stations les plus anciennes et les plus actives des hommes façonneurs du silex.. 1"^ p. et. l'atelier. . Cette terre fut essentiellement pour eux un « sol d'éducation où se sont formées les premières habitudes »' de de l'Avre et de la Somme notre vie sociale. des journées de travail à après ces mêmes du et je heures de chasse. qui forme le t. Ces hommes-là ont beau être des chasseurs qui courent et se déplacent : il leur faut. leurs héritiers vivent et travaillent encore. La famille. cinquante mille ans après eux. l'essentiel est déjà tuer la société humaine. les gisements en abondent dans les On dirait qu'il hommes au sol. de chasse. retient et fixe les fera le blé de ces C'est l'expression dont se sert Vidal de La Blaclie (p. S'il est vrai qu'on ait trouvé sur ces plateaux des traces fait de foyers et d'ateliers. c'est la station ensemble autour d'un feu qui réchauffe. Le silex qu'elles travaillent est recueilli sur place. qui éclaire et qui réconforte. la tribu naîtront de ces habitudes.

dont la rencontre sur les côtés forme un double tranchant et qui à l'extrémité se confondent en une même pointe. nous sommes encore très loin de l'épée. il peut frapper d'estoc et de taille*. en face d'eux. Mais je crois qu'ils furent aussi autre chose. et avec elle encore. Les plus gros et les plus anciens ont servi sans doute au combat. bois 1. avec cet instrument. que je n'ai pu encore examiner. lui aussi. de J'emploi simultané de l'arme de contact (coup de poing) et de l'arme de jet (caillou lancé donnant naissance à la fronde d'un côté et à la flèche de l'autre). Cet outil de silex. Ici se pose la question. il peut frapper de taille. d'y avoir ménagé deux faces symétriques. à propos de ces outils silex. On nie d'ordinaire l'existence de l'emmancliement pour la plupart de ces pièces. grâce à la pointe qui la termine. trancher et couper. il peut piquer et percer. Car. le silex de Saint-Acheul nous en montre déjà l'embryon solide et complet. A coup sûr. combat contre les animaux ou contre d'autres hommes. Avec cette pierre aux côtés amincis. Mais il y en eut ensuite de si petits. mais de la matière à travailler soigneusement. tel que sera la hache et tel que le sera l'épée Il en d'autres temps. On est convenu de ne parler de flèches que pour les temps postérieurs. là le est légèrement aplati. non pas des corps à abattre brusquement. le choc ou la pesée du poing qui brise et qui abat. : la plus profondément humaine qu'ait imaginée l'homme et cependant. moustériens et surtout aurignaciens. le c'est donc le compagnon fidèle de l'homme. si finement ouvragés. l'arme : Je songe. que l'on nepeut s'empêcher d'entrevoir. à des armes et à des épées.16 DE LA GAULE A LA FRANCE. — . aux pointes si ténues. des de travail et non pas seulement de guerre. bien empoigné par la main. voilà le bras doté de deux ressources que la nature lui a refusées elle ne lui a permis que la force brutale. de manière à : présenter deux faces presque parallèles et peut-être est-ce premier perfectionnement que l'intelligence humaine a imposé au caillou de pierre. Alors.

JuLLiAN. ses Cet homme-là. d'ailleurs. Gardons-nous de dire que l'homme de Saint-Acheul est parvenu au style géométrique et à l'art d'imitation. Les Hommes fossiles. les linéaments d'une autre sorte de travail. il domptera la matière par l'outil. à côté de la lutte qui détruit l'industrie qui produit. disons déjà le mot. on n'aurait pu les faire plus égales de dimension et plus semblables de forme. qui ne soient pas seulement utiles. et le voilà en mesure d'atteindre la souveraineté absolue. de la mâchoire de Mauer(prèsdeHeidelberg. 1921. n. Paris. Pour tout ce qui concerne les races primitives. les bords en courbe sont d'une netteté presque linéaire. 2 . 19. pour ce qui nous concerne. Enfin. Après avoir vaincu la bête par l'arme.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Et si cette hypothèse est vraie. cette fois. il OU cuir. les indices d'une recherche d'art. 1. — De la Gaule à la France. Je ne peux faire état. qu'à moins de les polir. Masson. p. l'ensemble rité de la pièce a tout à la fois la régulad'une figure d'cpure et la symétrie élégante d'une feuille de hêtre. voilà l'homme. si à côté de l'arme nous avons l'instrument. pour créer avec la matière des formes plaisantes. cf. Aucun squelette humain ne nous a été conservé de cette époque. Mais il est sur la route qui mène à l'un et à l'autre. voyez l'excellent traité de M. Nous les ^ \ . ne nous est connu que par domiciles et par ses œuvres de pierre. bien audessus des animaux qui l'entourent. J'ai entre les mains un beau silex de Saint-Acheul il ne me paraît pas une arme bien terrible. le cintre de la poignée fait contraste avec l'amincissement de : la pointe. mais agréables. les éclats ont été si habilement enlevés sur les deux faces. de celui que l'homme peut faire sur sa pensée. sur son geste. Boule. voici qu'apparaissent. même à cette époque reculée. ignorons absolument la race qui peuplait alors ' pla- teaux de France ^ Mais ce que nous voyons d'elle permet de croi. Sa pensée est très ferme et son geste est très sûr. l)et du crâne de Piltdown (dans le Sussex d'Angleterre). mais il est en tout cas une chose faite avec un soin infini.e qu'elle était bien douée et en marche vers le progrès.

qui suivit temps des un véritable Moyen Age. les grottes et stations de la Vézère. ou. nos contours maritimes prirent la direction et l'aspect qu'ils présentent encore aujour- d'hui. t. où il semble que l'homme devint plus malheureux et son intelligence moins ouverte. en même temps. Colin). donnera Et par fut troublée. en compagnie de Boule. et. des changements de ' arrêtèrent ce progrès. Et ce furent pour les de nouveaux ennemis. climat. d'autres. Paléolithique moyen ou moustérien. 1802-3 est reliée « La Grande-Bretagne au Continent au moins jusqu'au début du quaternaire supérieur. Je suis obligé. cf. se transforma également. entre autres. paléolithique. ce furent des modifica: tions dans la structure de notre sol la Grande-Bretagne détacha de la France. Traité de géologie. en tout tout genre l'outil et cas. si loin que nous soyons ici de la Manche. II. c'est que certainement leurs habitants ont vu et utilisé ces grottes et ces berges elles de rivières avec la structure qu'elles ont de nos jours paraissent n'avoir subi aucune modification depuis les temps moustériens.18 DE LA GAULE A LA FRANCE. de me séparer de l'opinion courante. Des révolutions. sur ce point. qui place cette constitution de la structure actuelle de la France à une époque plus tardive. p. 1895. beaucoup plus. la vie des humains fixèrent au lit et à l'étiage qu'ils ne devaient plus abancela. : : . Le froid. et ce qui m'a frappé. se à ce qu'on pense. les neiges quittèrent moins longtemps des animaux émigrèrent. Haug. parfois à la fin du paléolithique. qu'on n'y ait pas ressenti le contre-coup de la révolution géologique qui aurait amené la rupture avec la Bretagne. On dut évacuer le plus souvent les plateaux et les terrasses. (1908-11. L'époque fut. Paris. comme mammouth hommes et l'ours gris. de nouvelles conditions de vie. Les Périodes géologiques 1. 2. les glaciers se rapprochèrent de la les le plaine. l'homme de Saint-Acheul dans l'ère dans les chasseurs. Il devint plus hauteurs. » J'ai visité. nos fleuves et nos rivières se sans nul doute. en dépit des objections qui m'ont été souvent faites. et je ne peux admettre. dit-on. apparurent. D'abord.

sans harmonie. ce n'est pas le résultat d'un choix intelligent entre cent cailloux à façonner. dans la race. L'Homme fossile de La Chapelleaux-Saints (1913. Boule. dans la Comme nature et comme peine et médiocrité dans le travail : : 1. Mais quelle différence entre l'arme élégante du plateau de Saint-Acheul par exemple. sans vigueur. côté. se réfugia sous eut souvent à en disputer aux bêtes fauves durs arrivaient. on sent humain. d'importants changements se produisirent parmi les races humaines. aux frimas et aux pluies. Paris. et dont on a pu reconstituer l'ossature et imaginer l'aspect corps rieure ^ : On vigoureux sans doute. Les dimensions en sont assez faibles rarement plus de dix centimètres. les silex Il nous a paru que celle qui avait travaillé était d'espèce supé- sur les terrasses de la Somme ne peut en dire autant de celle qui a végété longtemps dans les grottes de la France centrale. il fallut aussi chercher des abris. mais front surbaissé et crâne à capacité restreinte -. Voyez le livre de M. l'accès et la jouissance. contemporaine. que le type moustérien de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze) ou du Neanderthal (Prusse rhénane). Masson). 2. La trace ethnique la moins incertaine que nous ayons du paléolithique primitif est la mâchoire de Mauer (près de Heidelberg). Il est fait à l'aide d'un un éclat arraché à un bloc. La comparaison des outillages (cheiiéen et acheuléen d'un me donne cependant. L'homme.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. et l'outil de la grotte périgourdine du Mousvoilà tier! Celui-ci n'est jamais taillé que sur une face effort de moins pour l'ouvrier. à la rigueur moins évolué. mais qui n'est autre. semble-t-il. beaucoup de petits objets. et par suite de ces perturbations de la nature. les roches. aux heures mauvaises de dans les grottes. C'est toujours le silex qui. et il l'année. en est la matière principale. du chelléen. mais lourd et ramassé. qu'on a voulu rapprocher du pithécanthrope. l'impression de deux races différentes. comme l'a bien montré M. Le plein air continu fut impossible. Des temps plus Peut-être. tête aux fortes mâchoires. moustérien de l'autre) et . pour l'ensemble en moyenne. vrai chef-d'œuvre d'analyse et de reconstitution. Boule. 19 exposés aux vents.

pour avoir amené en tant de choses ruine ou décadence. Hommes et choses se transportaient plus aisément. et J'ai s'élaboraient les éléments d'une vie nouvelle. et. La recherche de ces domiciles obligea les hommes à une exploration plus soigneuse de leur domaine. à côté des silex de Chelles et de Saint-Acheul. On négligeait souvent le plateau pour se replier dans : mais par là même. on fouilla le fond des vallées et les flancs des montagnes. on s'était réfugié sur le giron de la terre et on lui devait son salut. l'établissement de principes nouveaux. Et cependant. On remonta et on descendit le cours des fleuves. effet que les poteries céramique gréco-romaine.20 DE LA GAULE A LA FRAACE. Mais ces temps-là. Une circulation plus régulière sillonna le sol de la France. pour me servir d'une expression qui deviendra plus tard la formule d'une religion universelle. la caverne : . l'expression de Moyen Age. à tout prendre. de nouvelles choses apparaissent. même dans ces pénibles débuts de la vie de caverne. on le connaissait plus profondément. que l'homme a manqué de souffle ou son bras le et qui. de nouveaux profits sont acquis pour les hommes pour la terre de France. soit des séries d'instruments tout prêts. font même la mérovingiennes au regard de On de dirait docilité. éner- giques et puissants. De même. on avait pénétré plus avant dans le sol de la France. prononcé tout à l'heure. Ce n'est plus seulement aux cailloux du lieu que l'on s'adresse pour confectionner les outils on va chercher au loin soit la matière première pour les fabriquer. par lesquels devait s'épanouir la civilisation de la France chrétienne et moderne. n'en virent pas moins en religion et en morale. et même dans la vie sociale et la tâche agricole. et cela fait songer aux temps qui ont suivi la fin de la civilisation romaine. en la grotte obscure du Moustier. à propos de cette époque.

Il en fit domicile de sa vie tant qu'il fut nécessaire. comme « le compagnon des bois » du Moyen Age. Enfin. 2. plus de rapports entre les tribus humaines. tout au contraire. On a avancé jusqu'à l'époque précédente la découverte du procédé de l'emmanchement. Ces outils eux-mêmes. affirmer que tous ces instruments variés ont dû servir à fabriquer mille choses diverses avec le bois ou le cuir s'est donc point interrompu dans du plateau à la caverne. D'abord.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. celui qui coupe. Il y a l'outil qui racle. si grêles et si disgracieux qu'ils ^ soient parfois. L'homme de temps n'a pas perfectionné ses armes. l'homme s'habitua à le ces grottes. la pierre ne règne plus en. L'outillage se diversifie. celui qui perce. Puis. La chose peut d'ailleurs dater des temps de Saint-Acbeul. à côté du silex. il conserva de sa résidence dans les cavernes un souvenir mystique et une religieuse reconéloignés. de catastrophes qui bouleversent le monde et substituent une humanité nouvelle à une humanité disparue. l'essai d'un commerce et la piste d'une route. et bien d'autres sortes encore. Peu à peu. témoignent d'un certain zèle pour trouver des formes ou des emplois nouveaux. . maîtresse absolue dans l'outillage. 1. quand la température se fut radoucie. Il n'y a pas en préhistoire. l'effort qui devait faire la France ne Le labeur humain ne ce passage s'en continuait pas moins. Mais il a ouvert quelques ce voies à l'industrie de l'avenir. si Et je peux ^. on taille et on utilise l'os. quand les glaciers se furent quand il put revenir à déplus longs séjours sur les terres découvertes. 21 Cela suppose des échanges et des ententes. mais il a singulièrement accru ses moyens de travail. la plupart de ces instruments ont dû tiges être emmanchés dans des de bois * : et c'est le pre' mier emploi de ces combinaisons de matières qui devaient faire plus tard la gloire des manufactures. Puis. celui qui scie. pas plus que dans l'histoire connue. Pour changer de lieux et d'instruments. C'est peut-être un timide et un farouche.

un complet dévelopses facultés. allait être réservé. des cavernes *. Monaco) L'archéologie préhistorique est peut-être actuellement celle qui possède en France la meilleure méthode et les plus com^ plets instruments de travail. humaine se fit gloire d'être une famille de trode nouvelles et brillantes destinées. moins dangereux pour l'homme comme adversaires. sur ces grottes. après naissance. à des expéditions hasardeuses. le renne. les longues courses de chasses. La nature. Breuil. à ses œuvres. comme celle de ce Moyen Age. . Peyrony. depuis 1906. Au surplus. pement de toutes ce besogneux Moyen Age. etc. la société glodytes. le cheval. qu'elle possédait dans un corps très sain une intelligence 1. à la tête fine. à un contact plus constant avec la franche lumière et la libre nature. Il s'habitua à d'audacieux voyages. plus séduisants comme butin. et permit. mais à la tournure dégagée. Et tant que dura la civilisation des chasseurs. auxquelles collaborent Boule. hors des cavernes. à l'humanité des chasseurs. les magnifiques publications entreprises par l'Institut de Paléontologie humaine. devenue fille L'origine de cette Renaissance. sous les généreux auspices du prince Albert de Monaco. se montra plus clémente. Ses facultés physiques et intellectuelles se réveillèrent à ce jeu plus intense.22 DE LA GAULE A LA FRANCE. et si le froid demeura très rigoureux. race dont on devine. dit-on. une ou. il il devint clair et sec. pêches interminables. l'antilope. à la musculature solide. paraît être à la fois dans des faits de nature et des faits de race. véritable Renaissance. appelée d'ailleurs par vie : conditions plus faciles de la race au front droit et vaste. Voyez maintenant. mieux. Cartailhac. conçue pour ainsi dire dans le sein de la terre. (Pe/ntares et gravures murales des cavernes paléolithiques. puissante. Une noupeut-être velle espèce d'hommes se les présenta sur notre sol. Capitan. au cerveau développé. stationnements de De nouveaux animaux arrivèrent. un les vrai froid de steppe.

En principe. c'est la lame de Saint-Acheul. un tel résultat. où principes par les générations antérieures parvinrent à leur les apogée. posés par générations nouvelles. 23 non moins saine K Et établis alors. longtemps après. sur notre sol. l'antique coup de poing. avec l'aplatissement de ses deux côtés. au moins des armes humaines car on a dû en faire présent à des dieux ou à des morts. Époques dites aurignacienne. manche de bois 2. qu'elle atteignit — la délicatesse des objets. dire. plus loin. la lame a jus- qu'à près de 40 centimètres de longueur et quelques milli- mètres à peine d'épaisseur. sous le travail de l'artiste de Volgu. Voyez. donnés par une légèreté et d'une sûreté infmies.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. comme des burins aux extrémités angulaires. La vieille On pourrait pratique du silex fut portée à sa perfection. pour arriver à rupture. son allongement progressif en pointe : mais ici. le formant paléolithique supérieur. s'est transformé en une feuille de silex à peine plus pesante que la feuille de saule dont elle imite et amplifie les formes. qu'on devine incorporées dans un 1. il la ciseler sans a fallu des centaines de coups. magdalénienne. grattoirs massifs. . où d'autres principes. mais pour eux. Jamais. produisirent des chefs-d'œuvre presque du pre- mier coup. grande il n'y aura que le métal pour ramener. commença les la floraison d'une civilisation splendide-. pour une souplesse incroyable. lourd et robuste. de ' Solutré (Saône-et-Loire). solutréenne. de La Madeleine (Dordogne) : là. Race dite de Cro-Magnon (Tayac en Dordogne). les instruments d'Aurignac (Haute-Garonne). pointes à crans. Il est vrai que ce ne sont pas des armes. si le mot ne jurait pas avec la matière. Et voyez. pour l'utilité de l'outilje sache. la pierre n'a livré des : : main d'une — lage. les lamelles de pierre trouvées à Volgu (en Saône-et-Loire). que œuvres d'une ténuité aussi. perçoirs étroits et pointus vrilles.

habitation. des pointes aussi voici. de façon indissoluble. pourvues. fines que celles de silex. d'une soie plus mince encore. lamelles d'une rare petitesse. ces pendeloques. des aiguilles avec chas d'une exiguïté telle. l'organe créé l'industrie. des os évidés en tube. que le seul métal pourrait en produire de semblables. A chaque jour. des ciseaux. Et je ne parle pas des épingles. et ces godets contenaient les matières grasses destinées à faire la lumière dans les grottes. des industries nouvelles prenaient nais- sance dans ce monde de travail et de réflexion. des bâtons de couleur. Quel dommage. de la chimie. des pendeloques en dents perforées. des besoins en quantité étaient satisfaits par ces outils de silex.24 DE LA GAULE A LA FRANCE. en face de cette variété d'instruments. ce sont les premiers essais de la bijouterie. des harpons. de la couture. stimulé sans doute par l'imitation de la pierre. des marcurrent. ici. cependant. ce suif qui sert à éclairer. Voilà. des tubes à Car maintenant. nous n'avons plus seulement devant nous des instruments. du temps de La Madeleine. des perçoirs. comman- dement. Cette ocre qui sert à colorer. de ne pouvoir retrouver la matière à laquelle ils s'appliquaient et la façon qui en était tirée! Vestiaire. L'esprit sens pour ne négliger aucun des humain rayonne en tout emplois de la matière. mais aussi des récipients. des poinçons. ces aiguilles. tout comme les épées de plus tard. Les hommes d'alors ont connu l'idée d'imiter avec la pierre ou l'os la paume de la main ou la coquille qui retient et conserve le liquide et la poudre. Et ces os renfermaient l'ocre rouge destinée à colorer leurs tatouages. et peut-être l'outil avait-il fois éveillé le besoin. Ils ont eu des galets creusés en soucoupe. Chose étrange! ces hommes ne se sont point préoccupés . l'outillage en os. de la droguerie. reil appade chasse et de pêche. et aussi de tiges denticulées qui annoncent déjà la forme des scies de métal. égala alors son con- du temps d'Aurignac. maintes Plus nouvellement venu. et teaux.

. animaux et humains même. de netteté dans l'intelligence. D'où leur est venu don imprévu. petits. de sûreté plantes ce '. les grosses armes de pointe avaient été réduites en leur puissance. l'outil de bataille a perdu de sa force et de sa valeur. mais ils ont su reproduire avec une exactitude extraordinaire les êtres de vie qu'ils voyaient autour d'eux. Paris. dans l'observation. Déjà. Assez rarement jusqu'ici. On que depuis le premier âge du silex. a été la surprise et la joie de tous ceux que passionne la recherche des plus anciens âges de l'humanité et de la France -. Le monde de France n'invente que des manières de travailler. leurs engins dirait 25 de combat '. sous nos yeux et de nos jours. lors du reflux dans les .L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. 150). d'os ou de pierre. Leroux). dit Déchelette du (p.cavernes. d'améliorer leurs armes. Sauf. légers. Voyez le Réperloire de l'art quaternaire de Salomon Reinach (1913. Dans la mesure où la chose peut faire connaître l'homme. ». et pas encore de haches ni d'épées. ces milliers d'objets que nous avons à notre disposition. le perfectionnement de la flèche et de sa pointe. les temps où nous sommes parvenus furent peut-être les plus pacifiques de l'histoire plus de coups de poing. merveille dont la découverte. : Mais voici maintenant la plus grande merveille de ces temps où régnaient les chasseurs de rennes et de chevaux sauvages. qui les a fait parfois comparer à des Michel-Ange préhistoriques ^? La race était-elle supérieurement douée. 2. Ces chasseurs ont été d'incomparables artistes qu'ils aient : non voulu imaginer des figures ou composer des scènes. où l'archéologie permet de juger d'une société. élégants et fins. « Chapelle Sixtine de l'art quaternaire plafond de la grotte d'Altamira en Espagne 3. 4. peut-être. ne peuvent être des instruments bien redoutables. Maintenant. de discipline dans le geste? La rareté 1.

cela va de soi l'art des cavernes n'a pas produit que des hommes de génie. Toutes les manières de reproduire la figure nous sont subitement révélées. jetées sur Ajoutez aussi les ornements de style géométrique. y d'informes tâtonnements. fixées à tout jamais. courant ou se baissant en ocre. Mais le plus grand nombre est réussi. comme le fait . fuyant devant l'homme ou se retournant contre lui. calme ou troublée. Et tout cela. à l'aide de la photographie instantanée. : matières présentent d'autres figures incisées. l'attention soutenue et la notation impeccable des choses et des êtres de la nature? Je sans doute jamais ne sais et nous ne saurons Mais nous voyons les effets et c'est. sans rien qui nous l'ait fait prévoir'. en noir ou de nos cavernes. Ces mêmes les causes. et c'est déjà de l'excellente gravure. de cerfs. la glyptique a donné des os de renne ou de mammouth taillés en types d'animaux. ces images. certain dispositif des membres d'un cheval au galop ont été saisis par le regard du peintre avec une précision invraisemblable.2G DE LA GAULE A LA FRANCE. On croit la revoir. et il y a bien des figures d'une surprenante beauté. sur Qu'il les parois ait parfois : dans une attitude de vérité absolue. et ce n'est que de nos jours. de bisons. que la science moderne a pu reconstituer ces allures et ce dispositif : l'œil et la main du chasseur préhistorique les avaient retenus aussi fidèlement que la plaque sensible. une grande époque d'art qui se manifeste. les 1. ces chefs-d'œuvre d'art. sont obtenus avec quelques teintes plates et uniformes. justement remarquer Déclielette (p. Certaines allures. de taureaux. des guerres tourna-t-elle son esprit vers les préoccupations supérieures de la pensée et de l'art? La vie de chasse développa-t-elle chez elle l'acuité des sens qui perçoivent. Enfin la peinture se manifeste en d'innombrables images de chevaux. de mammouths. dans ces images des maladresses. 231). de plain-pied. La sculpture sur pierre a fourni en bas-relief des frises de chevaux courant ou des humains se tenant debout. La bête y vit.

a-t-il voulu l'attirer. Sous quelle impulsion. et toutes ses facultés lui obéissent maintenant assez pour qu'il puisse comprendre et copier la nature. il a fait le mouvement de par la force la vie. vojez le livre si documeiité de Th. ces peintures. l'image de la bête chassée donnée en ex-voto à la divinité. Paris. simplement comme une proie à maîtriser de toutes les manières. pour être plus sûr de la capturer dans la chasse. dont la figure allait protéger sa demeure? dans ce cas. comme une puissance supérieure. parois rugueuses d'une caverne. On peut encore supposer. ou l'insigne. Les Religions de la préhistoire. et sa présence en image ne serait-elle pas le signe de ralliement d'un groupe d'hommes ou la marque de quelque entente entre ce groupe et un groupe allié? dans ce cas. cette image peinte à titre de souvenir. correspondant à un besoin impérieux de sa vie? A-t-il considéré l'animal comme une sorte de dieu. A-t-il regardé l'animal. . l'art est à son origine une opération magique. la dompter au préalable. et. Sur les hypothèses possibles au sujet de la vie religieuse à l'époque préhistorique. qui était de conquérir l'animal. au contraire. 1921. sacrée qui et l'art commence. propres facultés. de ces sculptures. dans un sens laïque. Cette fois. réalisé la tâche la terre et ses 27 l'homme a bien de ce temps. dans un sens religieux. ou d'une tribu. par intuition d'art? Ou n'a-t-il pas eu quelque intention plus pratique. ou le représentant d'un être vivant. Avec presque rien de la terre. — — 1. dans quel l'homme a-t-il été amené à reproduire sur la pierre de sa caverne ou l'os de son bâton l'image de ses animaux de chasse ou de voisinage? Est-ce simplement par désœuvrement. Picard. chacun de ces animaux ne serait-il pas l'enseigne. en la rapprochant par l'imitation figurée? dans ce cas. A désir la vue de un pro- j blême s'est aussitôt posé. voilà l'image débute par l'idolâtrie '. Ou encore. Mainage. l'art aurait commencé par être un agent de la vie sociale -. 2. ou d'une famille. de l'animal il a pris le corps à la fois du chasseur et la vision de l'artiste. et faire à sa façon une œuvre de créateur.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS.

Ce sont sincérité et de goût. elles apparaîtraient plus nette- moins belle. tout homme qui a la curiosité respectueuse de son passé. Il décou- l'homme . S'il y avait des arrière-pensées cultuelles. Vraiment. que cette cause a vite disparu. il aura pénétré par l'étroite entrée de la grotte. religieuse. main passé. Tout Français qui a le culte et l'image serait ment. pour bien juger l'époque qui les a produites. où sont peintures. d'ailleurs. quand il aura peu à peu discerné sur dant encore du gées par une si les parois ces bêtes monstrueuses. Parler de ces images ne suffit pas. A la fin fit de cette belle période d'industrie et d'art. et que l'effet seul a été recherché. quelle initiale que soit la cause de ce travail esthétique. et il se sentira enveloppé de confiance dans les destins de l'humanité. quittant seront habitués à la faible lueur des lampes. il faut visiter les grottes où elles s'appliquaient comme en un musée. moins vivante. quand il songera que ce lointain longtemps oublié des hommes. magique ou sociale. On a l'impression que ces artistes ont aimé ce qu'ils fai- saient et qu'ils le faisaient par amour. doit faire le pèlerinage des Eyzies sur la Vézère. et œuvre de non pas de besoin. simple. qui pouvait entraîner son existence dans une voie plus grandiose encore. est bien probable. moins marques et de symboles. il faut les voir. plus encombrée de de ses ancêtres. L'art apparaît dans toute son indépendance et toute sa franchise. et vivantes cepenfait de quelques couleurs trouvées et arranhabile. renaît tout à coup sous son regard grâce à la vertu magique de l'intelligence et de l'art. quand ses yeux se Et quand.28 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. les plus nombreuses et les plus belles de ces la lumière du jour. dans les grottes et sur les ivoires. disparues depuis des milliers d'années. une émotion religieuse l'étreindra. une nouvelle découverte. trop d'images et trop diverses. Pour bien les comprendre. pour qu'elles soient uniquement le produit d'une dévotion. nous avons de ce temps.

destinés peut-être à rappeler des faits de chasse. L'écriture est de la parole humaine fixée et visible pour tous. l'homme a trouvé le principal agent de la sociabilité humaine. une communion dans l'intelligence ou la décision. l'art procure des jouis- sances supérieures. annoncer un acte accompli ou à exécuter. de vaincre l'espace et le temps. tout ainsi que nos Cette lettres fois. établir par là entre des êtres éloignés les uns des autres une sorte de relation magique. peut-être seulement de leur auteur. et qui ont pu n'être compris que de quelques-uns.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Jamais il n'avait assuré à ses facultés une telle souveraineté. Jamais l'homme n'avait fait une découverte plus capable de combattre le néant. devaient être compris de tous. correspondre à des paroles. imite et conserve. Celle-ci ne dure pas. On utilisa des galets sur lesquels on peignit. Assurément. des s'imprimer sur la pierre. . des bandes. en outre. peuvent se rapprocher ou se combiner. A l'industrie. tantôt enchevêtrés. mais l'écriture unit entre eux les vivants et les unit aux morts et à l'avenir. des ronds. Ce furent d'abord de simples traits ou des encoches sur os ou sur corne. Celle-là travaille et produit. à des états d'âme ou à des faits. et ces signes devaient révéler une pensée ou un désir. à l'art. hommes Époque dite azilienne (Le Mas-d'Azil en Ariège). ces signes étaient en petit nombre et de forme naïve. Mais on alla bientôt plus loin '. l'os signes conventionnels : ce sont des demi-cercles. c'est-à-dire qu'il 29 imagina des signes pouvant ou le bois. et exige la présence immédiate. aux aïeux et aux descendants. Je voudrais me représenter maintenant les conditions matérielles et morales dans lesquelles ont vécu les 1. et ces signes. vrit récriture. il a ajouté l'écri- ture. tantôt isolés. C'était pour ainsi dire mieux et plus que la parole. à l'aide de peroxyde de fer.

évidemment. nous manquons de mille choses que nos héritiers jugeront indispensables à la vie et dont l'ignorance actuelle nous vaudra de leur part une ridicule pitié. ce que valait leur société. il consiste à s'adapter aux conditions que l'on connaît et dans lesquelles on doit vivre. les huttes et lits de branchage. j'entends jusqu'à quel point le connaissaient si bonheur ou c'était le bien. qu'il ait l'audace Il faut de toutes les curiosités. La subsistance de ces hommes. Placer à cette origine du monde l'Éden ou l'âge d'or fut une fable enfantine. pour n'être pas aussi variée que la nôtre. Mais il est tout aussi ridicule de notre part de n'y voir que misère. puisqu'ils ne savaient ce que c'était et ce que cela voulait dire. et en particulier ceux des derniers voudrais savoir leur degré de bien-être et de ils bien faire. la chasse. Le bonheur ne consiste pas à vivre dans certaines conditions matérielles ou mentales. Ces minces aiguilles . peine et tremblement. Pourtant. Ils avaient tous les moyens de se défendre contre : les intempéries les : la fourrure ou le cuir des bêtes. N'ayons donc pas pitié des chasseurs et des troglodytes de jadis ils pouvaient atteindre toute la part de bonheur à laquelle doit prétendre l'âme d'un être vivant. la cueillette des -fruits naturels. Ces chasseurs d'Aurignac ou de La Madeleine n'étaient ni plus malheureux ni plus heureux que nous ne sommes nous-mêmes. siècles. à défaut de la chance des solutions. et vrai- ment une société humaine digne de ce nom.30 DE LA GAULE A LA FRANCE. Nos premiers aïeux ne se sentaient point privés de ce que nous appelons le confort. l'historien a le droit et le devoir de pousser sa recherche jusqu'au plus intime des âmes. n'en était pas moins très largement assurée par la pêche. . Làdessus. Ils ne vivaient ni dans les délices du paradis ni dans les terreurs de la géhenne. je de cette longue période. Soyons sûrs que même nous autres. je ne peux apporter que des impressions. Ce n'est pas à l'aide d'une peinture murale ou d'un silex taillé que l'on devinera les vertus et les vices des hommes.

posé. c'est la portée dans auparavant. aviation. ce n'est pas la nature des choses auxquelles on s'applique. cet outillage scie. .L'ÉPOQUE DES CHASSEVRS. affiner leur intelli- inventions inestimables c'est-à-dire gence. c'est c'est l'éclat le pro- grès qui est fait sur le passé. n'oserais pas dire prits invisibles. perce et racle. l'art sous toutes ses formes. On a vu qu'il leur laissa des loisirs pour faire des et de véritables œuvres d'art. pas plus absorbant qu'il ne l'est de nos jours. durs à la fatigue et assidus à la besogne. pour cultiver leur esprit. 31 qui annoncent un vestiaire délicat et complique. réfléchir et rêver. la période du silex n'a rien livré qui ressemble à coup sûr à une pierre rituelle ou à un signe de dévotion. d'une pensée imprévue. et. de femmes et de chevaux. tout aussi bien L'intelligence la nôtre. Car je doute de plus en plus que ces sculptures d'hommes. découvrir l'écriture. l'arme d'estoc et de suppose une tension continue de l'esprit ou une divination subite. c'est l'élan vers le nouveau. et. C-e qui fait la valeur d'une intelligence et l'éminence d'une invention. étaient sans nul cloute fort occupes à toutes ces affaires de chasse ou d'installation. l'avenir. que ces peintures d'animaux soient vraiment. taille. une suite d'expériences et de déductions ou la fixation rapide d'une lueur de génie. auparavant. des idoles de Je que leur religion fût uniquement d'Esleur culte uniquement de pratiques magidivinités. annonce une habitation et un Ils mobilier sufïîsants. Or. de ces hommes était sœur ou mère de Nous ignorons davantage leurs croyances et leurs mœurs. Tandis que l'époque païenne et l'époque chrétienne ont inscrit dans toutes leurs ruines l'empreinte de leurs dieux et la marque de leur culte. électricité ou vapeur. comme on l'a sup- des images de piété. que les découvertes d'un Edison ou d'un Pasteur. Qu'on ne se trompe pas sur la supériorité intellectuelle de notre époque et sur la grandeur de ses découvertes. Mais le travail matériel n'était pas plus impérieux.

était alors. n'avons-nous pas constaté que chez eux. Débarrassons-nous des prépas. dit-on. combien de fois avons-nous lu et lisons-nous ces expressions et bien d'autres similaires ! Pour expliquer leur degré de barbarie. De ce que nous ignorons leurs mœurs. de la part de nos ennemis. de la pierre si. taillée est jusqu'ici la plus laïque. La sauvagerie des temps primitifs. et. Je me suis toujours demandé si ou des Aurignaciens. Je ne nierai pas qu'ils ont pu faire la guerre et cependant. des idées toutes faites. à tout le moins. les nous avons dit qu'ils remettaient en usage ce n'était plus ignobles et les plus sanglantes coutumes de l'ère préhistorique. pas autre chose qu'un être du bétail. pure calomnie. Mais celle est de fait que de toutes les archéologies. à l'endroit des Magdaléniens jugés contemporains. Quand la Grande Guerre nous a fait assister. On a attribué à ces premiers hommes des mœurs atroces. c'est de la même manière qu'on a . esclave et sujette. C'est à peine de l'attitude des morts dans la tombe. il ne résulte pas qu'elle fût seulement consacrée au meurtre et à la destruction. l'arme du : combat ne refuserai s'est point perfectionnée et que l'instrument du travail n'a cessé de progresser? A tout prendre. je ne leur je aucun de nos vices. De ce que leur vie s'est déroulée très loin dans le passé. Les hommes de la pierre ont pu vivre avec des instruments pareils il n'empêche qu'ils à ceux des sauvages contemporains ne sont pas restés des sauvages. il ques. La femme. aux pires atrocités. Des artistes et des inventeurs de ce genre on qu'ils me fera difTicilement croire aimaient uniquement le sang et le mensonge.1-2 DE LA GAULE A LA FRANCE. l'horreur hirsute des habitants des cavernes. on les a comparés aux plus ignorants des nègres africains. mais ne leur dénierai aucune de nos vertus. si l'on a des figures féminines. en admettant qu'on : puisse se servir de ce mot à leur égard. nous n'avons pas le droit de dire qu'elles fussent féroces. on a à la essayé de conclure croyance en l'âme et en son immortalité.

foyers et d'ateliers. p. et peut-être déjà par-dessus des tombes. beaucoup d'hommes vivant ensemble. et renne tombe à faux tel n'est point le cas de la femme. Lalannc à Lausscl (Dordogne) XXIII. en dernier lieu. Je ne le crois pas.L'ÉPOQUE DES CHASSEUIiS. Boule. La comparaison avec le c'est une bête que l'on chasse. L'Anthropologie. .L'homme est d'un : ils apparaissent tous deux en couple d'égaux. près desEyzies. Hommes fossiles. Certaines sta- tions sur les plateaux de la Somme se sont prolongées depuis les premiers temps du silex jusqu'au plus bel âge de la civilisation des chasseurs. Si je femme est de l'autre pense à quelque mythe pour traduire mon impression sur la famille de ce temps-là. c'est l'accumulation. 3 . 309 et 305. la d'homme '. à côté des : : figures féminines. en tribus. Les t. voici que l'on vient de découvrir. y voyons d'hommes associés qui sont La vie de chasse et de pêche la guerre civile et la dévas- amène plus souvent l'entente des familles et la formation de tribus qu'elle ne provoque tation des choses. 33 Il faudrait le prouver. D'abord. ne parlons pas de bétail pour cette époque elle ignore les animaux domestiques. à la même place. des images de rennes ou de bisons. 1. Et puis. et se succédant pendant des siècles. pour les produire. On ne se réfugie pas dans les cavernes pour se défier ou s'entre- déchirer. — De la Gaaile à la France. Découvertes du docteur G. Homo de poing lupus homini. 1912. une superbe image côté. et non pas en maître et esclave. ce n'est pas la dispersion. je préfère à tout autre celui d'Adam et d'Eve. JuLLiAN. Ce qui apparaît dans ces gisements de silex taillés. Je sens au contraire des hommes qui se rapprochent en familles. Ces centaines de peintures que nous font songer à des centaines venus les créer ou les voir. Il a fallu. en villages autour de lénaires de l'origine ». a-t-on encore répété pour ces mil: c'était vraiment le temps du « coup où chacun se faisait d'abord sa place. de même que Paris s'est continué depuis l'époque ligure jusqu'à la nôtre.

aux différentes étapes de cette civilisation. semble entièrement inconnu de ces Et cependant. furent vraiment les centres actifs de la première industrie du silex nulle part vous n'en trouverez de vestiges plus denses. un lieu de rendez-vous ou de pèlerinage où des milliers de chasseurs se sont rassemblés. par les mêmes phases. qu'on dirait un sanctuaire de ralliement de tribus innombrables. Au nord comme au sud de la Manche et des Pyrénées. à peu près simultanément. dans la vie de nos plateaux ou dans celle de nos cavernes. sur notre sol. tribus. des nationalités.34 DE LA GAULE A LA EHAJSCE. c'est à la France et aux Eyzies qu'il faut s'adresser. de la Marne. préludé aux Gaulois et à la France? Gela. parce que nous sommes toujours à la merci d'une nouvelle découverte). montant ou descendant par les rivières de France. hommes. y a déjà chez nous. si l'on veut parler d'une grande fraternité de troglodytes et de sa capitale. concevoir Peut-on enfin. jusqu'à de nouvelles découvertes. de la Seine. A l'heure où j'écris (je dis cela. Il n'y a rien. à l'est comme à l'ouest du Rhin. si rapprochées. sociétés de une entente plus vaste. l'Europe de ces périodes est passée. chasse. autour de nos une nature particulière et une intensité de vie que il nous ne rencontrerons pas dans les régions plus lointaines de l'Europe. et qui aurait. Ce que nous appelons des frontières. Les bords de la Somme. fleuves. depuis l'invention de l'arme de silex jusqu'à celle de la peinture pariétale. Sur nos plateaux du : : Nord ont été recueillis les silex les plus robustes et les . On signalera en Espagne d'aussi mais ces grottes belles peintures que celles des Eyzies françaises de la Vézère sont si riches. qui indique une civilisation propre à notre terre. n'est point possible. ses véritables animateurs. si nombreuses. par-dessus familles. On est également tenté de croire que les hommes de nos pays ont été. une formation politique qui ressemblât à une nation. de la Meuse.

ces tribus n'en demeuraient pas moins des chasseurs. qui fixe. Il n'empêche que la vie civilisée commençait à peine. Ils ignoraient que la terre est une source de vie par les tombes \ de fraternité par Mais une autre période d'histoire allait commencer. en France comme ailleurs en Europe. comme. avaient voulu conquérir et qu'ils possédaient maintenant. le souffle inspirateur est venu de la Grèce et de Rome. rendre pour avoir l'im- pression la plus juste de l'esthétique des chasseurs. . senti la première impression de la qui appelle les vivants et morts.L'ÉPOQUE] DES CHASSEURS. 35 mieux Centre travaillés de l'ère primitive. C'était la surface seule qu'ils les terre souveraine. Mais je songe ici au culte de la tombe. cultures. ce sont nos gîtes qui approvisionnent les du musées européens des c'est pièces les plus typiques dans nos cavernes qu'il faut se du Moyen Age paléolithique. Ces hommes. ils avaient déjà. Ils possédaient leurs sentiers et leurs stations d'habitude. et les galets porteurs d'écriture proviennent de la grotte où coule un torrent pyrénéen. ils ne connaissaient que la surface. — 1. Mais de cette terre. dans la vie courante. Je n'ignore pas qu'il a dû y avoir des enfouissements voulus de morts dès les temps moustériens. à demi nomades. êtres à demi errants. de tradition par les les cités et les patries. celle où l'homme découvrit la valeur de la terre et associa la vie du sol à sa propre vie. dans cette religion des cavernes. Au moment actuel de la science tout nous invite à supposer que c'est ici qu'a été donné le branle à la vie intelligente de l'Europe dans les premiers temps de sa destinée. en d'autres temps.

Mais faut avouer que tous ces livres laissent. découverte de la terre sur les origines de cette révolution. l'archéologie de la pierre polie n'apparaît clairement ni dans ses périodes ni dans son évolution ni dans sa répartition. — Ce que France animaux. Discipline de la terre et de l'âme. — — — les la : la la doit à cette rôle de la époque : éléments nouveaux d'une Bourgogne. Dans ère ^j il le cours des derniers millénaires avant notre prodi- se produisit chez les hommes de France de gieux changements. Jusqu'à. plus considérables que tous ceux qui 1. Exploration minéraloDomestication des terre. — La céramique. vie solidaire. Nou- — — — — Incertitude de — notre histoire : la la science — velles industries. — Groupements humains forteresses. même approximative. 2. marchés.II L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS TEMPS NÉOLITHIQUES OU DE LA PIERRE POLIE * La grande révolution de comme force agricole. prépondérance de la hache. Migrations humaines dans cette période. — Les résidences des morts. On a donné les chiffres de 7 500 à 6 000 ans avant notre ère pour il . de nouvelles découvertes et de nouvelles statistiques. — La conquête de mer. — Avènement de Terre-Mère. la gique de — Nouveaux éléments de relations routes. paraît impossible. Les premières cultures. découverte du métal. des temps néolithiques. Toute datation. Nouveaux instruments . Déclin des œuvres de Vesprit. une impression moins nette que pour les temps paléolithiques. villages. . lechien. Voyez les mêmes livres que pour l'époque précédente. déesse souveraine. mais non décadence absolue.

et je doute qu'on ait déjà eu l'idée de voir dans la et qui nourrit. il se battre contre sa besogne ordinaire et pour ainsi dire son devoir d'être vivant. Mais celle-ci. malgré tout. « » terre un Esprit supérieur qui enfante De nouvelles générations vont surgir qui connaîtront » enfin la terre. Les Hommes fossiles. Elle les portait dans leurs stationnements et dans leurs marches. c'est à l'agriculture qu'ils demandèrent surtout les moyens de vivre. Ils découvrirent la valeur productrice de la terre. Dès l'époque moustérienne (squelette de La Chapelle-auxSaints. 3 300 pour le début de certaines stations néolithiques lacustres delà Suisse. et à bon droit. qu'ils appliquèrent le meilleur de leurs pensées. de réunion le mains savaient entr'ouvrir y déposer leurs morts '. 1. les face foulée par ses pieds. des habitudes et des sentiments enracinés en un point du sol. sont-ils bonne heure aperçus que arbustes de leur nourriture sor- taient de grains enfouis dans les profondeurs de la terre. même . Les animaux eux était fournissaient à l'homme le principal de sa nourriture et l'essentiel de son vêtement. Ce n'est pas que la terre fût demeurée une inconnue pour leurs ancêtres. Corrèze). me paraît définitivement abandonnée. sans renoncer à la chasse. ses cavernes leur avaient offert un asile aux heures pénibles de leur existence. 10000 ans avant l'époque on descendu à 4 800. ne tenait qu'une place secon- daire dans leurs besoins et leurs espérances. pour creuser des de et sans doute. p. attentifs qu'ils les sol ou de culte. De la terre n'occupait et n'utilisait que la surcette surface. j'emploie ce le mot « connaître dans son sens commencement de est cette période néolithique (Boule songe à actuelle. qu'il rencontrait sur familles et les tribus ne savaient pas ce qu'était un domicile. c'est-à-dire de l'absence de transition entre le paléoUthique et le néohthique. et. et ils n'avaient dès lors cessé de regarder lieu le sein de la terre comme un leurs fosses et de refuge. 37 avaient jusque-là modifié leurs corps et leurs âmes. 61). en obserse vateurs étaient. que les choses. bois ou silex. La théorie de 1' « hiatus ».L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS.

tour. Elles comprirent sa force féconde. tant de sources de qu'une puissance souveraine. dans ces temps d'agriculteurs. que nous pouvons nous dire les héritiers directs. Nous allons rencontrer. des demeures et des villages faits pour l'éternité. ils en firent aux nouveaux modes de leur exisun objet que l'on possède et une étendue vie. propriété du sol. aux temps des chasseurs. que cette longue époque nous paraît étrangère et inutile à notre destinée. métal. évidemment. humain et religieux à la fois. sociales et religieuses. tout cela e^dge encore pour nous groupes sociaux. se déterminant dans un ordre naturel. les Tour à lin hommes lui confièrent les grains de blé ou de pour améliorer leurs conditions matérielles. ils se l'imaginèrent que telle l'on délimite. tout ce que les agriculteurs des temps nouveaux vont remuer de faits et blé. de l'argile. ils bâtirent à sa surface des tombes. les élèves immédiats de ces lointains ancêtres. et cela nous rappellera l'unité et la grandeur de la période précédente. de transfor- mations économiques. pareille aux femmes et m. Au contraire. une chaîne d'événements et un ensemble de phénomènes d'une unité parfaite et d'une grandeur réelle. celle des temps des chasseurs et des troglodytes. plus large. Mais le bienfait suprême que nous devons aux millénaires paléolithiques. l'histoire aux Jamais de l'humanité. du métal pour compléter leur outillage de travail et de combat. recevant et exigeant d'elle tant de bienfaits. ils tirèrent d'elle de la pierre. elles sentirent son attrait divin. si naturelle.ères qui les avaient engendrés. C'est la véritable histoire de la terre de France qui commence avec eux.38 le DE LA GAULE A LA FRANCE. ils modifièrent son aspect et sa nature même afin qu'elle s'adaptât tence. la prééminence de est devenu pour nous une chose l'homme dans le monde. frontières de d'idées. — — — — . Ces deux époques. tant d'efforts. et enfin. n'aura produit une telle suite de découvertes. labeurs de paix ou entreprises de guerre. si longue soit-elle. ont contribué chacune pour sa part à nous faire ce que nous sommes.

la régularité de ses fonctions créatrices. 2. Car je crois à la persistance. dès les temps gaulois. une température plus douce permit aux habitants de la terre de remarquer avec plus d'attention les richesses et les variétés de ses produits. Car c'est au génie observateur de l'homme qu'il faut revenir en dernière analyse. 3. C'est et 1. Le climat perdit de sa rigueur. 39 Ce changement dans la vie des hommes fut peut-être. les rapports entre les êtres ou entre les faits. ne crois constante. l'opinion je compte. soit introduite par quelques émigrants indus- trieux ou une bande d'heureux conquérants? questions à nous poser! Que de Que de réponses à attendre de la science de demain! Celle d'aujourd'hui. je crois. à l'ingéniosité de ses hypo- A quelle race attribuer le mérite d'avoir ouvert à notre histoire de France la voie de l'ambition agricole? Est-ce à nos anciens troglodytes S qui se seraient peu à peu détournés de la contemplation artistique de la nature pour rielle? se mettre délibérément à son exploitation maté- Est-ce à de nouveaux venus. qui sera ^? éternellement la patrie du pain blanc ou nous est-elle arrivée de proche en proche. les saisons prirent des proportions plus harmonieuses. provoquée pour ainsi dire par l'excellence de notre terre. instituant sur notre sol des habitudes nouvelles. soit entraînée par la rumeur populaire. amené par un changement dans la vie de la nature '. sur tous ces points. à la ténacité de ses expériences. Connue comme telle. les glaciers recu- lèrent sur les plus hauts sommets. le goût pour un autre genre de vie? La découverte du blé que l'on cultive et du pain que l'on fabrique s'est-elle faite chez nous. . de nombreux individus de la race des derniers temps troglodytiques. sur notre sol. J'en doute encore pour mon pas impossible que la stabilisation du climat ait été acquise avant les temps de la pierre polie. pour une part. à sa faculté de noter thèses.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS.

d'Espagne. Boule constate l'apparition et la fixation. l'expression de Déchelette {Manuel. à' la stature moins élevée. C'était l'opinion et .). qui semble bien dériver de la race magdalénienne dite de Cro-Magnon. d'Italie. 339 et suiv. Elle paraît jusqu'ici dominer dans le Nord et dans l'Est. s'établirent au milieu ou à côté des descendants des troglodytes magdaléniens. Aux popuune race lations anciennes \ d'autres vinrent se mêler ^ : au crâne plus fuyant. On la dit dominante dans 2. de désir plus énergique. d'Asie. Race dite des Baumes-Chaudes (Lozère). 487 . et l'homme Méditerranéen. par la Méditerranée. et que l'aurore de la civilisation rurale ne fut pas traversée de lueurs sanglantes '\ J'ai peine à le penser. M. d'Afrique. à la fin du néolithique. En tout cas le début de la vie agricole fut accompagné en France de larges mouvements d'hommes. terre à son prix. On s'est complu à croire que les premières familles d'agriculteurs étaient douces et pacifiques.40 DE LA GAULE A LA FRANCE. t. opinion dont je regrette de me séparer. Soyons d'ailleurs sûrs qu'il a dû venir des émigrants de plusieurs espèces et que tout ce monde s'est vite mélangé. p. des trois principaux types physiques actuels. de plus atroce cause de batailles et 1. Dans son livre sur Les Hommes fossiles (p. il n'y eut pas de besoin plus impérieux. I. de Belgique. Les déplacements de masses humaines sont rarement des faits d'accord et de calme. ou de Grenelle (Paris). Elle a réussi à fixer siècles l'apparition ébranlé les en furent les épisodes successifs. dans l'ensemble des de la plus grande révolution qui ait multitudes humaines . à l'allure moins dégagée. Ces migrations n'ont pas dû se produire sans troubles et sans luttes. Depuis le jour où l'homme estima la d'êtres. à propos surtout des premiers temps du bronze). Race l'Ouest. dite de Furfooz (Belgique) l'homme du Nord. l'homme Alpin 3. On l'a fait arriver tour à tour d'Extrême-Orient. Toutes les hypothèses possibles ont été imaginées. et peutêtre cette race était-elle plus apte aux besognes rudes et continues qu'allait exiger le travail de la terre. mais elle ne sait pas quels premiers promoteurs et les vacille et tâtonne.

que marches méthodiques des légions romaines car à bien regarder les choses. les comme du Périgord. d'en noter exactement les traits. C'est par la cupidité du sol et de ses richesses que s'expliquent les courses les les invasions les plus brutales. de les copier pour renouveler lui-même l'allégresse de ses yeux. L'homme n'a plus la tentation de reproduire ce que la nature lui présente. de ces peinsi tures et de ces sculptures saisissantes de vérité. On dirait qu'il a perdu la force. en leur objet. les regards changèrent de direction. L'esprit changea d'allure. à travers des germes de vie. que toute découverte humaine apporte à l'homme autant de ruines que de profits. ou l'envie. je ne distingue pas. à dessiner de sa main des figures semblables à celles qu'il aperçoit. il ne renoncera jamais à tracer. et. il n'a pas renoncé. des semences innombrables de mort. Certes. : autant de deuils que de joies restera en son : et il en sera ainsi tant qu'il âme le vice et le mal. capables de prendre à leur service les conquêtes de l'intelligence. Ce qui est chose d'art lui est devenu indifférent ou difficile. les populations de la Gaule se mirent toutes peu à peu à leur nouvelle vie. les facultés changèrent de domaine. Telle est la loi inéluctable. ou le plaisir de voir. et sur pierre se gravures réduisent souvent à des lignes incohé- . et de longtemps.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. que l'acquisition et la possession d'un peu de cette terre. il sema dans l'univers. les unes et les autres de ces invasions. ou des signes qui que nous ont révélées grottes lui rappelleront les objets familiers : mais ces dessins les sont maintenant incorrects et informes. Nous n'admirerons celles plus. 41 de meurtres. aussi bien désordonnées des Cimbres et des Teutons. Du jour où l'habitant de la terre se mit à la travailler. dans une certaine mesure. Anciennes ou récentes.

Ce qu'on imposa d'abord et surtout à la terre. et que tout au contraire. 3-4). Il faut toujours réserver l'avenir. j'entrevois l'intelligence faisant effort pour transformer la vie matérielle de la terre et la vie sociale des hommes. une réfutation imprévue. *. Ceci dit dans l'état actuel de nos connaissances. Au surplus. ces époques de décadence ne sont jamais absolues. . Ce que je dis là est inspiré d'un témoin et observateur de la faillite intellectuelle de l'Empire romain (l'expression de faillite m'est suggérée par St. préoccupée par la seule recherche du bien-être de chaque jour. ni exploiter ou même conserver les découvertes de son passé ^. Au milieu de l'atonie intellectuelle que subit l'Empire romain. l'esprit se stérilisa. 3. De tous les grains de 1. quand on conclut uniquement d'après des faits d'archéologie. s'y est arrêté. ainsi qu'il devait des siècles plus tard. auxquels le hasard d'une découverte peut apporter. et il s'en est ensuite détourné dans des faits de ce Bien un accès de timidité subite. lorsque les bienfaits de la paix romaine laissèrent espérer que les initiatives de l'art et de la science helléniques allaient faire éclore des prodiges inattendus. 2. Les traces en dispa- raissent avec les dernières générations des troglodytes magdaléniens ^ Ainsi. Pline l'Ancien (II. des genres de vie jusque-là inconnus. au temps des invasions barbares. Il L'art est ramené à l'enfance. ments. l'humanité ne sut plus ni découvrir. Et aux siècles où disparut l'art paléolithique. l'homme s'est placé au seuil de sa il plus merveilleuse découverte. des sentiet. Dans la mesure où l'on peut apphquer ces deux expressions aux représentants de l'époque dite azilienne. au lieu d'un appoint nouveau. j'aperçois avec le Christianisme des germes d'une transformation morale qui compensera le déclin de l'esprit. 117. Il s'agit moins de l'affaissement de l'humanité que d'une crise où elle évolue vers des principes. la volonté s'atrophia. genre se sont produits à la fin du monde — antique. n'est plus question de l'écriture. ce fut de recevoir. Gsell). garder et féconder le blé.42 DE LA GAULE A LA FRANCE. XIV. rentes l'être.

Je les place ici. culture. fraisiers. à peu près au même rang et dans les mêmes conditions que de nos jours. que l'on connût mais la présence de pépins de l'art de fabriquer le vin raisins dans les débris de cette époque nous donne le droit de supposer que l'on s'approcha bien près de la joyeuse découverte. Les terrains à blé furent les plus nombreux parmi ceux que l'on cultiva. Le blé eut le lin : comme le principal concurrent pour l'emploi de la terre grain qui nourrit partagea le sol arable avec le le grain qui habille. du pommier et du poirier. il devint très vite plus estimé et le plus répandu de tous.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. pour ces temps reculés. en tout cas. alors ignoré : On je a dit en revanche que chanvre -. 2. et les meilleurs. Les frères Cotte ont signalé des traces de chanvre dans la caverne néolithique de l'Adaouste dans les Bouches-du-Rhône {Bull. D'autres céréales accompagnèrent d'assez bonne heure froment. hêtres. . Je suppose que les arbres fruitiers sortirent eux aussi de la période sauvage pour entrer définitivement dans j'entends par là que d'habiles pratiques l'âge civilisé permirent de tirer le plus de fruits possible. 1917. On eut le millet. d'Anilirùpologic. noyers. Car pour les autres. de la Soc. On ne peut affirmer. on eut aussi l'orge. si oublié depuis que le maïs l'a remplacé sur nos terres maigres. Et il en est toujours ainsi sur le sol de France. La vigne avait sans doute hommes sur les mystérieuses : déjà attiré l'attention des vertus de ses grappes. p. était m'étonnerais qu'il en fût ainsi 1 . noisetiers. l'avoine. chênes S prunelliers. sorbiers ou on dut longtemps encore les accepter tels que les offrait la nature. 77). à cause de l'usage alimentaire qu'on a certai- nement tiré des faînes et des glands. et qui sont devenus les plus chers au paysan de France. le blé fut peut-être 43 le connu le et honoré premier. les deux arbres qui se prêtèrent le : le mieux aux leçons humaines. le seigle.

pour loger et nourrir ces grains. il recevra lui-même. 32) roman de mœurs canadiennes où tant d'épisodes de la vie des défricheurs peuvent donner une idée de nos temps néolithiques. de la conquête décisive du sol. Notre sol de France prendra un air plus aimable et plus accueillant. Maria Chapde: laine (1921. . Son aspect va devenir plus et plus gaie entre les bois et varié encore. Paris. également. cette fois. et avoir enfin devant soi la terre nue prête au labour et à la semence. la parole des défricheurs canadiens. où elle faudra qu'elle concède prendra et retiendra habitudes exigées par lui. Ces mêmes récoltes. dépend d'un labourage et d'un entretien continus ou périodiques le maître doit classer plus rigoureusement ses occupations dans le cadre de ses heures. de Voyez le roman posthume de Louis Hémon. Ce fut. « il fallut. Alors. la culture ne comporte plus : les coups de fantaisies et les longs loisirs de la vie de chasse. de pluies. dépendent d'événements qui pouvoir de l'homme. de ne pas semer ses grains en été et de ne pas astreindre au blé un sol qui ne pourrait supporter que le millet. les Il à l'homme des espaces réservés. surtout p.44 DE LA GAULE A LA FRANCE. dessécher des marécages. à son Par contre-coup. Le : sort de ses moissons est lié à l'espèce de la terre et au cours des saisons il convient de choisir et d'expérimenter le terrain et l'époque. et le regard de l'homme per- cevra une poésie plus douce dans ces paysages qu'il aura tout à la fois nuancés et disciplinés. Grasset. faire suivant de la terre » ^. brûler des broussailles. abattre des forêts. enfin. La terre ne pourra plus pousser à sa guise ses arbres et ses plantes. Cette fertilité de la terre. le ne sont point sous 1. le com- mencement de l'interminable bataille contre la nature. se vêtir et se dénuder au hasard de sa nature. et souple. les clairières des emblavures et des linières jetteront les une note plus vive marécages. il sentira s'imposer âme une discipline et des sentiments nouveaux.

il sait plus profondément ce que sont des angoisses ou des espérances. pour rompre les troncs les plus résistants. du reste. ne pouvaient suffire. On a souvent constitué. Deuxième époque néolithique. et il se reconnaît peut-être moins libre et moins puissant. et cette opinion paraît reprendre corps (cf. arbres à abattre. t. moissons à récolter. rapidement façonnés par l'enlèvement d'éclats. après l'azilien. 2. commune de Blangj' : la station du a donné son nom à la première époque néolithique (en laissant l'azilien dans le paléolithique). p. Mais on 1. caractérisée surtout par une multiplicité de très petits silex dits silex pygmées. Le silex ' : dégrossi et taillé a toujours servi en pleine période agricole. p.V ÉPOQUE chaleurs ou d'orages : DES AGRICULTEURS. Au début. de la confiance ou de la résignation. Je partage encore là-dessus le scepticisme de Déchelette (Manuel. aux ses instruments principes des ciseleurs de silex furent simplement des fragments de pierre. il n'y a que des différences de destination et de forme le procédé de fabrication est identique. puis la hache. dans la confection : de son outillage. 350 et s. anciens instruments fut inventé. terre les à labourer. une époque tardenoisienne (le pays du Tardenois dans l'Aisne). Devant ces besognes inattendues. puis le pic. dite robenhaiisienne (Robenhausen près de Zurich). pour creuser le sol.Inférieure. finit par s'apercevoir - que les parties lisses Seine. aux limites du paléolithique et du néolithique. les Le tranchet pour couper plus grosses branches. En Campigny . Entre le pic ou le tranchet de l'agriculteur normand du Campigny et le coup de poing de Chelles ou le burin d'Aurignac. On ne cessa dès lors de chercher de nouveaux outils. Breuil dans L'Anthropologie de 1921. par une taille à coups répétés.). 336). moins souverain sur la terre que dans les temps où la force de son bras et l'habileté de son regard suffisaient à lui procurer un gibier de choix. l'agriculteur de la nouvelle époque se conforma. I. et d'en trouver. il 45 faut donc qu'il s'attende aux Inconnues du lendemain.

46 DE LA' GAULE A LA FRANCE. insérée dans un long manche de bois et maniée par un bras robuste qui à distance lui transmet sa vigueur et par cette vigueur décuple le poids brutal et la force pénétrante de la pierre. Elle fut aussi indispensable à sa vie. des têtes de hache aussi fines. les têtes de maillets et de massues abondent dans les ruines des temps : . ses et bien plus encore. tout naturellement. oubliant que pour une bonne moitié de sa durée. La hache n'allait pas tarder à devenir la compagne habituelle de l'homme. puisqu'elle complétait sa force dans ses travaux de construction tout autant que dans devoirs de défense ou ses envies de destruction. que rendait les tranchants et les pointes plus et égalisées de la l'aiguisement redoutables. L'épée seule sera plus puissante mais il faudra le métal pour la constituer. réussit à faire des instruments. et on en arriva ainsi. polie pour les plus grandes. cette hache est devenue l'agent le plus terrible de la volonté humaine. Comme l'ouvrier de ce temps-là était à il la fois fort patient et fort habile. au silex taillé. toutes également en pierre. l'emblème de son activité. à polir la pierre. que l'épée le sera au guerrier gaulois et au chevalier du Moyen Age. mais encore à des batailles contre d'autres hommes. aussi glabres. maintenant polie. hache avaient plus de force coupante. Les pointes de lances et de flèches. Car cette lourde masse. taillée pour les plus petites. d'hast ou de jet. et qui font aujourd'hui l'admiration de nos la techniciens de la pierre. C'est pour cela que l'on a appelé cet âge de l'histoire l'âge de la pierre polie. aussi mêlée à son être. De nombreux vestiges nous montrent que le maître de la hache avait à sa disposition bien d'autres armes. il fut inféodé à la pierre ancienne. ou de pierre « nouvelle » (néolithique). de choc. et destinée non point seulement à des batailles contre les arbres de la forêt. aiguisée et tranchante. Elle fut vraiment le traducteur et l'amplificateur de ses gestes. aussi lustrées que les plus travaillés des marbres et des métaux.

PUne. 44 (45). Hist. nat. cidre. et cependant cette sorte d'arme était déjà en germe dans le coup de poing clielléen. contemplative.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. . « poing » il y a là une survivance. ses gâteaux de farine. 117. est formé du même radical que pugnus. avec les procédés et les Instruments pour filer. armés de l'épée de métal. poiré. nous pouvons parler de même pour les hommes des temps néolithiques. 1. Des indices de lutte et de meurtre appachaque pas au milieu de ces découvreurs de L'arsenal ne doit point faire négliger l'atelier. corme et peutl'industrie du vêtement. néolithiques *. les avoir surexcités. carder et tisser. Guerres et dangers. manieurs de la hache de pierre. en proie des inventions nouvelles. fuseaux. — lin et ensuite la laine. Si l'on examine ces industries dans leur destination. « « C'est une merveille ». loin de nuire aux progrès industriels. » Il parlait des temps héroïques de la Grèce. Remarquez qu'en latin pugio. déchiré par les combats aux conquérants et aux pirates. avec le être déjà bière et vin. Le lent développement du poignard avant la découverte du métal. semblent au contraire fois. pesons. d'y voir cependant l'esprit humain appliqué à tant de choses et arriver à résoudre les problèmes les plus ardus et les discordes. Faisons rapidement l'inventaire de leurs industries. : linguistique très nette des conditions préhistoriques. est à rappeler Ici (je ne parle que de la Gaule). ^. 2. comme à l'époque des troglodytes. on constal'industrie alimentaire. et bientôt ses fours et ses pains. avec ses blés. rures des qui s'ajoutent au cuir et aux fourtemps primitifs. fusaïoles. « poignard ». l'impression d'une vie paisible et en partie raissent à la terre. 47 Nous n'avons plus. ses meules de tera grès. : avec ses boissons fermentées. a dit Pline l'Ancien que de voir dans le monde d'autre- morcelé entre tant de tribus. II. en principe d'oa ou de corne. dans leurs rapports avec les besoins humains. Ajoutons les poignards et les couteaux.

jattes ou cruches. avec ses vases d'argile ou d'osier. l'industrie de l'ameu- — et je n'ai blement. — voici les engins qui 1. le bois. manteaux. en os. et peut-être chemises et pantalons. elles utilisent toutes les pierres possibles. Bulletins et p. jarres. Si l'on la examine ensuite ces différentes industries suivant matière employée. de franges et de passements. première ébauche d'une mode éternelle. l'os et le cuir depuis longtemps en usage. D'après les découvertes et recherches des frères Cotte. pots. harpons. du tissu peignes et dévidoirs. poinçons. dont les pendeloques. armes. J. auxquels l'emploi de l'argile et de l'osier — chaque va donner mille formes on eut même de petits et mille dimensions nouvelles : flacons à fard. 1919. mais suffira de peu pour l'atteindre. Cotte. 6G et Mémoires de la Soc. avec ses vêtements.48 DE LA GAULE A LA FRANCE. scies. molles et dures. avec ses innombrables bracelets et bagues. accompagna* avec ses teintures bleues et rouges. — tranchets. les croissants et les cercles empruntent leur diversité et leur vertu magique aux dents d'animaux. plus à parler des industries de l'agriculture et de la — guerre. 15 mai 1917. l'industrie de la parure et de la toilette. — tuniques. . I. le les tiges de jonc et il d'osier. pics. Revue des Études anciennes. on verra qu'outre la pierre. en espèces voici les récipients. instruments. Tissage et vannerie sont arrivés aux résultats qui importent. marteaux. épingles. . lesquels rompent. percent ou taillent. Si l'on examine enfin les objets de ces mêmes industries voici les suivant leur manière de servir ou d'agir. s. fournies par la guède et le kermès pour la coloration des costumes ou des tatouages. jour plus nombreuses.. les fils et les graines de l'herbe. et seulement pour h\ fin de cette période. haches. ciseaux. 1918. aux pierres dures ou rares. aux coquillages. d'Anthropologie de Paris. aux écailles. Il ne manque que métal. et aussi l'argile. Revue arch. essais colliers. et Ch. aiguilles. t. avec ses premiers trice immédiate de la précédente. auxquels la souplesse permet de donner la forme du corps.

JoLLiAM. cette glaise ou boue informe. — De la Gaule à la France. tournés à la main. tout pareils à ceux de nos faucheurs. presque aussitôt les née avec la céramique. mal cuits. comme Avec découverte. et polissoirs de grès ou de granit. aident à attacher. l'homme ses doigts. 1. larges blocs qui conservent les aujourd'hui encore le rainures profondes creusées sous frottement incessant des têtes de haches. ses présents. ici des des taille. terre. la tuile qui conduit. entre les moyens de proil duire que la nature a mis entre les mains de l'homme. Si les peuples de ce temps usaient déjà du langage imagé qui fut cher à la Grèce. Mais laissons agir est temps. est point de plus riche et de plus souple n'en à façonner et durcir. il en est une. Gela valait presque. fils 49 et boutons. Parmi il ces industries.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. en leur révélant l'argile. la céramique. dont faut signaler avec insistance les débuts à l'époque de ' : la pierre polie car vraiment. de flanc qui annoncent les anses. — et voici enfin les outils auxiliaires. aiguisoirs en pierre à trou de suspension. l'image qui reproduit. 4 . boursouflures de base qui annoncent tion ne se déroule jamais isolément : Une inven- cent détails surgissent aussitôt à sa suite pour la soutenir et l'accompagner. feu du bois et l'arme de pierre. cordages. les deux premières que rhumanité le avait faites. ajoute à ses vases les organes qui : en varieront plus tard rebords au sommet. il moule qui le répète. Pour le moment n'en tire que des vases fort vulgaires. ils ont proclamé que la terre leur avait fait le plus beau de l'argile que pétrir. L'industrie d'élite déjà. allait fabriquer. la brique qui supporte. au gré de le tour à tour le vase qui renferme. elle Et après sa naissance. Je me range du côté de ceux qui n'acceptent pas la céramique à l'époque paléolithique. là ailleurs des bourrelets formes et les usages des amincissements à la les pieds.

Voyez au Musée de Saint-Germain. habiles à forer et perspi- des puits. et bientôt. Ce furent des prospecteurs décidés. et qui devait avoir pour les destinées de l'humanité les plus profondes conséquences. de la Soc. on demanda au Grand-Pressigny des blocs de silex brut. Peu à peu sans doute. de tous les points de la contrée qui deviendra un jour la : Gaule. d'origine volcanique ou autre on sut trouver l'obsidienne et les jades. A la fin seulement des temps néolithiques. vitrine 17. l'ambre. rouge comme les gouttes du sang ^ Je sais bien que véritables chefs-d'œuvre : salle II. les collections du Musée archéologique de la Société polymathique du Morbihan {Catalogue. 3. dont les ouvriers locaux devaient tirer leurs pointes de lances ou leurs tranchants de scies. pour les haches à polir. ils acquirent le même flair que leurs ancêtres les chasseurs pour dépister un gîte de gibier. 1921). Il fallait. Il fallait à leurs armes et à leurs outils en silex taillé une pierre à la fois solide et souple ils reconnurent les gisements du Grand-Pressigny en Touraine. aux teintes vertes et bleues de l'horizon. des pierres rares portant en elles les couleurs souveraines du ciel et de la vie on se procura la callaïs. et de celle-là on forma des têtes : de haches d'un poids énorme et d'un galbe étonnant. pour découvrir un gisement de matière utile. Mais pour tous les produits des temps de la pierre polie. doré comme un rayon de soleil ^. 1. par Marsille. et surtout. aussi. le corail. Peut-être pas avant les premiers temps du métal. Vannes. patients caces. L'exploration de la terre. Bull. pour les parures et les amulettes. les du travail néolithique '. voilà la principale ambition des hommes de ce temps. et peut-être en relation avec la migration des Indo-Européens. des pierres dures et compactes. 2. à sonder des parois. voyez . tard Il fallait.50 DE LA GAULE A LA FRANCE. à scruter des surfaces. tout ainsi que plus les plombiers de cette même Gaule s'en iront quérir leurs lingots de métal dans l'île voisine de Bretagne.

L'arme de métal dériva. 3. je suppose. l'homme aperçut le métal. ou très petites (jusqu'à 20 millimètres). à peine épanouis. en particulier pour les usages religieux. je pense. L'époque du cuivre (énéolithique) et l'époque contemporaine de l'or (chrysolithique) m'ont toujours paru s'amalgamer plus qu'à moitié avec les temps néolithiques. ne fut utilisç d'abord que comme 4. Le cuivre. et que les temps néolithiques. Et l'idée vint aux polisseurs de hache de fabriquer avec le cuivre des instruments semblables.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. leur fit en ce nouvel âge de la les hommes. « Les racines de l'âge métalhque sont . même du temps du bronze. des objets d'ornement plus rares ^ Mais il constata bien vite qu'à la différence de la pierre. sans transition. et j'imagine que nombre de ces objets étaient réservés aux morts ou aux dieux. 2. On est convenu. s'accompagnèrent de l'usage du métal *. très grandes (jusqu'à 468 milhmètres). de l'arme en pierre polie. à en fabriquer beaucoup en ces temps-là. Il ne faut pas croire que la présence de haches polies exclue les temps du métal. le métal prenait mille formes sous l'action de la chaleur il y avait en la matière nouvelle que l'on façonne et de la pierre qui se durcit. l'ambre et 51 le corail ne se recueillent qu'aux rivages de mais l'exploration des mers fut la suite naturelle de l'exploration des profondeurs du sol. Mais je me place au point de vue probable des hommes de ce temps. et à plus forte raison l'or. L'exploration vie des de la terre. et par le cuivre qui lui ressemblait ^. Au cours de ces recherches. de placer vers l'an 2500 les premiers développements du métal dans nos pays. C'est en particulier le cas des haches qui ont une dimension inusitée. ne pas oublier animaux qui 1. Les choses. perle de collier. On continua. et tout d'abord il fut frappé par l'or aux couleurs de rayon solaire. Il ne vit la mer ' : d'abord en eux que des pierres plus brillantes. allèrent très vite je veux dire que : comme de l'argile : la hache en pierre polie reçut de bonne heure comme concurrente la hache de cuivre. Et je sais aussi qu'ils appartiennent en principe au règne végétal ou au règne animal et ne peuvent pas être assimilés à des pierres. à tort ou à raison.

plutôt. rôdant pour sa nourriture aux abords des foyers humains. l'homme ne fut plus seul dans ces parties de course et de bataille. l'aurochs. s'éloigna vers le levant d'été. en serviteur. Le chien l'accompagna. a suggéré à l'homme qu'elle pouvait devenir son esclave en échange de la subsistance? Ou. dans . et d'avoir fait du chien un animal domestique et un commensal fidèle. elle ne les substitue jamais absolument les uns aux autres. bêtes les plus puissantes avaient disparu de notre Le renne.S2 DE LA GAULE A LA FRANCE. l'ours et le loup tinrent bon dans nos bois et nos montagnes. en 1 courant près des chasseurs à la poursuite d'un gibier î commun? Nous ne le savons guère. les temps où s'épanouit le néolithique ». Il est vrai que les sol. L'humanité complète ou transforme ses gains ou ses idées. l'animal ne s'est-il pas proposé joyeusement. une nouvelle réussite de ces temps de se réfugièrent dans les labeur héroïque. p. on y mit la même ardeur qu'autrefois. Car rien de ce qui a une fois agité cœur humains n'en disparaît pour toujours. Mais le cerf et le sanglier. le bison et l'élan Vosges et les Ardennes. ou. ce fut une nouvelle découverte. aux jours laissés libres par le travail de la terre. et dès le début de la période agricole. mais ce que nous savons. a dit justement Ischer dans un bon résumé sur la chronologie du néolithique {Indicateur d'antiquités suisses. et cette ardeur durera autant que les hommes. les millénaires avaient été leur pensée maîtresse dans l'intelligence et le de leur ancienne jeunesse. en auxiliaire. et ce fut la joie de l'homme que de les pourchasser ou de les combattre. mieux. en ami de tout instant. Comment l'idée en est-elle venue? Est-ce en une saison de misère que la bête. 1919. Cette fois. traqué de toutes parts. et elle gardera même jusqu'à nos jours cette allure hiératique qui est un héritage des troglodytes. 150). On continua à pratiquer beaucoup la chasse et la pêche. en attendant un dernier exil dans les forêts de l'Europe orientale.

: compagnons de l'homme. contrées aux rivages hospitaliers. tandis que dans le chien il exploitait surtout l'imitation de celui l'intelligence. et que nous ne pouvons en prévoir terme. absorbant ses espérances et ses décisions dans le retour périodique de ses moissons et de ses labours. Aucun d'entre eux ne valut pour l'homme le camarade universel qu'était le chien. agricole et Il est possible que dans d'autres aux vastes espaces monotones. le bœuf et la chèvre. sans doute à l'époque . on eut besoin de charge. ( 1. que cette éducation progresse chaque jour. de trait ou la vie sociale ^ animaux. ces nouveaux domestiques assurèrent au moins le le lui : secours de leur force vivante bœuf fut attelé à la charrue. en Europe. c'est 53 qu'à partir de ce moment commença l'éducation le intellectuelle et morale d'un nouvel être vivant. On essaya ensuite l'asservissement d'autres bêtes. cependant. régions du globe.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Cette passion de la terre s'alHait étrangement à l'esprit d'aventure et de curiosité. aux vallons ouverts. le premier après l'homme. Plus tard. à : du chien ce qui donna le porc. Mais en France. et du cuivre. Il ne put exploiter que la matière en ces animaux. la vie l'amour du sol aient fixé l'homme sur un terroir pour n'en plus bouger. la Ces deux faits ne peuvent se placer qu'à la fin de cet âge. aux paysages variés et attirants. les premières générations qui travaillèrent la terre voulurent aussi la parcourir en tout sens. et le cheval. le mouton. apparut à l'horizon de Pour garder et nourrir ces Des lieux de culture et des lieux de séjour leur furent réservés sur la terre c'est à la terre encore qu'on demandait un abri et un appui pour les d'enclos et de pâturages. mais il tira d'eux d'utiles éléments de nourriture et de vestiaire. II s'agit de la charrue en bois.

Nos chemins de transhumance (par exemple les carraïres ou drailles du Midi) sont peut-être des pistes de temps immémorial. 3. le lointain connaître dans de ses horizons aussi bien que sol. 37 et suiv. se : 1. 2. De proche en proche. jusque vers les vallées de la Meuse et du Rhin ^ De larges pistes^ où les bestiaux pouvaient également passer^. me paraissent avoir prouvé surabondamment qu'ils bordaient et jalonnaient des pistes contemporaines.ez Masson). L'origine armoricaine de la callaïs n'est point prouvée et est encore fort discutée.Venant sur la dissémination des produits des ateliers du Grand-Pressigny. voyez Rouquette. celui de de Saint. Hannezo {Les Poijpes. lu en 1900 au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris {Comptes rendus. Revue des Études anciennes. avec ses 25 puits (et davantage) mais je ne sais si on a étudié l'aire de sur 25 hectares d'ateliers dispersion de ses produits. 1921. ch. le les pierres rares.54 DE LA GAULE A LA FRANCE. Les possesseurs des gisements de callaïs en Armorique pendeloques sur les rivages de l'Océan. et en particulier celles de J. à peine reconnu. Les dernières recherches sur les tumuli de l'âge du bronze. produit. les silex spéciaux s'échangèrent long des fleuves. devenait firent circuler les précieuses Un ' un élément de trafic. brochure. par-dessus les cols des montagnes. Ceci a été fort bien mis en lumière dans un travail qui fit sensation. que le terrien à l'origine fut et un rural qui s'établit. La Transhumance des troupeaux en Provence et en Bas-Languedoc (bonne thèse de doctorat en droit de Montpelher. de vallée en vallée. [1920]). et ayant d'abord servi à l'ensemble du trafic et des : marches. et de là les blocs partaient pour des centaines de lieues. 1913) . Les tailleurs de mottes de silex du Grand-Pressigny finirent par travailler pour des milliers de clients ce fut une vraie cité industrielle qui développa autour des tailleries sur trois lieues d'étense due. Ils dans les profondeurs de son le surent aller plus loin dans la course et d'autrefois. Le centre le plus important après celui-là est celui de Spiennes en Belgique. 4. cf. Je ne peux pas cependant ne pas l'accepter. Des relations s'étaient formées entre les groupes humains pour se communiquer les nouvelles découvertes et s'en à la fois un nomade qui explore transmettre les objets. p. par terre ou par mer. et il voyage que les plus hardis des chasseurs arriva ceci.

c'est lui qui. et un cabotage commença de l'autre mer. des rames servirent de propulseurs. ce qui fit sillonner par de terre. L'un et l'autre fait sont miers marins ont été L'homme se presque inséparables. 1 Strabon. demandant sa nourriture surtout à la terre. 1. une dernière s'était produite. ouvrira la Gaule à la civilisation grecque. fleuves et océans. On pattes ou de nageoires. suivant le mot d'un Ancien \ de « vivre les en amphibie ». donc du cygne qui nage et du bois qui de larges vaisseaux furent creusés dans des troncs d'arbres. hâta. Et la mainmise sur fin le eaux. . à la suite de tant d'inventions provoquées par la surface de la terre. Cette conquête suivit de très près celle de la terre. 16. continuant ceux de rapides. provoquée par la surface des eaux. golfe en golfe sur les rives de l'une et de Car. Nos prefils de nos premiers paysans. I. un réseau invisible de chemins innom: brables. On voulut circuler : sur elle à la manière dont on circulait sur le sol attira vers le fleuve. ce fut le désir de l'utiliser ce qui comme la la route. dans quelques siècles. les larges et sa route surtout à la mer. rivières et mers.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 55 frayèrent à travers plaines et montagnes. conduisant à d'autres rivages par des lignes plus et plus droites La possession du fleuve et de l'océan fut le résultat d'ambitions routières. ce fut le désir de nouveaux chemins. elle invitait à des relations indéfinies avec tous habitants du globe le vaisseau qui vient de la dompter sera le principal instrument de la vie universelle. devait à la vrir les plus lointains des conduire à décou- La mer les portait mondes et à leur imposer sa loi. Et l'on se lança à la conquête d'un nouveau domaine. imitées de s'inspira flotte. monter sur la mer.

marché. la cité est fille de la terre. mais qui. De ces résidences. 2. se vous de marché ou à des réserves de denrées ^. perché sur un rocher ou sur un promontoire en vue d'espaces découverts. refuge en temps de danger plutôt que résidence de travailleurs. en partie enfoncées dans le groupées au voisinage d'une source ou près du repli d'un cours d'eau S non loin des terres de culture et ce fut là vraiment le lieu de séjour des familles humaines. Tatarinofî et paraissant à Zurich (Béer). On sol. entre le hameau 1. de fraternité. Bulletins de la Soc. leur vraie patrie. p. Les palafittes ou cités lacustres ne sont. de trafic. de ces places d'habitation. lieu de protection. La société citadine vient de naître du labeur agricole. servit moins souvent à des domiciles permanents qu'à des rendezEnfin. entre les « caps barrés » de la Côte d'Or et les métropoles chrétiennes de la Saône. dominant un repli de la Bièvre et la source de Cachan. par le Jahresbericht de la Société Suisse de Préhistoire. nous trouvons trois espèces à l'époque néolithique. Forteresse. Pour celui-ci. notamment en Suisse. eut d'abord le village terrestre. d'Anthropologie de Paris. une Puis. qui barraient le cap ou qui enfermaient le rocher. ouvert. : — ou de marais. village. . ce fut le village de société de seuils et de foyers. aux cabanes séparées les unes des autres. Entre la bourgade néolithique et la plus grande ville de nos jours. L'intensité et la régularité de ces relations. Par exemple au plateau des Hautes-Bruyères dans Villejuif. de toutes manières. Rollain. on eut des enceintes en pierres sèches. bâti sur pilotis. je crois. dressa le village de montagne. la fixité de ces routes de terre et de mer : s'expliquent par l'instal- lation de résidences définitives un voyageur de commerce n'évolue qu'entre des places stables et connues. les trois éléments dont sortira notre vie lac — urbaine sont déjà constitués. pleines d'êtres vivants.56 DE LA GAULE A LA FRANCE. 200 et s. 1899. On se tiendra au courant des découvertes et publications qu'ils ont provoquées. que des variétés locales des lieux de groupement. précieux recueil annuel composé par E.

sur ces enceintes. ou bien taillées dans le roc. l'enquête de la Société Préhisto1. du reste. fermée à ses extrémités par de puissantes murailles et qui les domine de profondes vallées de la Bourgogne A côté du vivant. ou bien (les dolmens) formées par des dalles de pierre non dégrossies. Dès lors. qui font songer à des tels « villes : les espaces » du Grand-Pressigny déjà nommé. J'en trouve d'un est le hectare à peine. 2. il demeure fidèle au passé et semblable à ses aïeux. et j'en trouve de considérables. ou le camp de Chassey. et la plus forte. de plus petites encore. que la coup emparée des âmes et des corps de la race humaine. etc. menhirs.. rique Française (Guébhard. cromlechs. de huttes de Villejuif et différences infinies « 57 la Cité » de formes et de dimensions de Paris. A côté de ces salles terre s'était tout à : Et ceci était la dernière preuve. Grottes artificielles.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. . simples villages comme les nôtres. Bulletin. allées couvertes. tout comme Içs gutres. plus visibles que les siennes mêmes. cistes ou coffres de pierre. vaste esplanade rocheuse de dix ses rebords escarpés les riches plaines et '. Viré. Pour ses défunts. les unes et les autres imitant dans leur ensemble [les grottes où avaient vécu les ancêtres car les vieux usages restent imposés au mort. le vivant construisit de véritables demeures. etc. Nous en reparlerons. depuis 1906). plus solides. dolmens. Ce furent d'ordinaire de longues allées ou des chambres étroites. et recouvertes de terre. Voyez. ce sont des mais ce : hameau germe qui s'épanouira dans la cité. plus durables. les agglomérations humaines sont de toute espèce et de toute étendue. ces deux dernières sortes nous paraissant de plus en plus à caractère funéraire. hectares. j'en trouve. le mort voulut aussi avoir sa résidence. La tombe de pierre ou de terre est contemporaine de l'enceinte de pierre 2.. qui ne sont peut-être que les châteaux forts des chefs de clans. sur les hauteurs.

que la Terre soit devenue la divinité grande divinité. par excellence. maux. Esprits de tout genre. Et ce furent aussi. etc. sans doute pour les amener à une autre vie. elle portait les tombes. de hautes pierres debout les menhirs) rappellent la mémoire de ceux dont cadavres ont disparu. mère de tout et de tous. Elle était bien la force souveraine. Elle était vraiment la Mère. d'astres. d'animaux ou de tribus. . aujourd'hui encore aussi fermes et compacts que œuvres de la nature ^ Le mort. et se souvenant du temps des cavernes. sur la terre. alors la plus après cela. signe quel qu'il soit devenu. C'est donc vers elle que les hommes tournèrent leurs regards de dévots et leurs âmes de fidèles. qui avaient pu survivre de l'ère des troglodytes? C'était la Terre qui maintenant faisait vivre les humains et les ani- manière dont la mère allaite ses enfants. Bien des mottes que nous croyons féodales sont de l'ère du bronze. elle. Elle accueillait à nouveau les morts dans son giron. Elle portait les foyers. Grâce à elle. Ils avaient près d'eux les vestiges de ceux qu'ils avaient aimés. poypes. reléguant derrière les à son service ou dans son cortège. Il était désormais certain que ni le travail des uns ni la mémoire des autres ne quitteraient plus la terre qu'ils avaient choisie. Les vivants n'habitent pas loin de là. à la 1. les tribus s'entendaient le long des pistes. ou des monceaux de terre. des animaux et des hommes. des blés et des tribus.) est un des desiderata de la science. le blé sortait de ses entrailles. pour abriter les restes des tertres du mort ou pour conserver la trace de sa vie. Comment s'étonner. hauts parfois les comme aussi des collines. l'homme croyait naïvement que lui aussi était sorti du sein de la terre. a son monument de souvenir et symbole d'existence.58 DE LA GAULE A LA FRANCE. les familles duraient autour du foyer. (les funéraires où gisent les corps des défunts. Une étude sur les iumuli préhistoriques de la France (mottes.

faire concurrence à la Terre. se montraient ou persistaient très auprès rôle : d'elle. Le défunt revivait en la reine et la elle. Car ces Esprits. la plus mystérieuse de toutes? Un seul groupe de divinités pouvait. et ils vivaient aussi tout proches des vivants. celle-ci. mais qui sait leur vertu sacrée n'était pas comme une des actions innombrables de la Terre même. La Terre était mère des morts aussi bien que des vivants K donnât lieu à des pratiques cruelles ou ridicules. gardait un l'homme l'avait vu aller et venir. qui font pousser les hommes. la dépendance de les traits la Terre : c'était sous d'une femme aux le seins visibles. que créant par montagnes et sources : avaient également leurs Génies divins plantes et se rassembler les les sources sur- tout. doute cependant qu'il ne fût pas alors jugé inférieur à l'aidant seulement à créer plutôt étoiles. rial. . à la rigueur. Lune et forêts. beau car dir et disparaître. etc. magiques ou symboil faudra des millénaires pour que liques. resplenéclairer et réchauffer de temps immémo- je bien avant qu'il n'eût l'idée de connaître la terre. ces dolmens pareils à des grottes. ces menhirs pareils à des rochers. Pourtant. D'autres divinités. eux aussi. les œuvres mêmes de on élevait ces tertres pareils à des collines. assurément. d'ailleurs. la plus bienfai- sante. regardée et qui courent et si qui murmurent comme des êtres vivants.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. rôle infernal Qu'on songe à l'expression latine de Mania mater Larum. au de Cérès et de Proserpine. Elle 59 anima un culte universel. étaient immortels. sottes ou vulgaires. lui-même. en l'honneur desquels on copiait la Terre. C'étaient les Esprits des ancêtres. la plus constante. ainsi que la mère protège ber- ceau de l'enfant. cela va de soi Que cette religion : la foi arrive à la pureté nécessaire. qui rafraîchissent. Elle protégeait ces tombes. et Le soleil. et je n'affirmerai pas 1. qu'on gravait sur les pierres tombales. qui désaltèrent. on les mit également sous son image à elle. où toutes les familles et toutes les tribus fraternisèrent.

où traduirait par la pierre la splendeur de la maternité veillant sur l'enfance. En parlant de la Terre le il comme d'une mère. à coup sûr. le L'homme ». ne ressemblait à ce que nous appelons une lions patrie. il par se Quiconque voudra la pliera aux règles qui lui lui arracher sera son ennemi. ni et de ses morts. d'hommes fois. et déjà les principaux vestiges de dessin qui nous restent de ce temps. sentir autour de soi A vie et dompte la une puissance souveraine qui crée la mort. et permettront de la défendre. à la d'une Gaule. l'homme s'apprêtait à mieux com- prendre ses destinées et à s'y résigner joyeusement. les avantages d'une entente définitive. et surtout à une grande patrie comme la France. Il culte du culte de ses foyers en est vraiment «l'habitant c'est-à-dire. qui a ses habitudes sur elle. celui qui la possède elle et d'une manière continue. et de parler aussi des accords et des sentiments que ces mots supposent. ce sont des figures de femmes. n'en sépare pas la vie de sa vie. la langue rapprochait jour où le sculpteur la montrerait en Image féminine. . bien qu'il soit interdit de parler ici d'une nation. et aussi les germes d'impressions d'où émaneront les plus belles formes de l'art et du langage. ont fondé l'amour de notre terre. à une association humaine s'étendant sur des milet des millions d'hectares.60 DE LA GAULE A LA FRANCE. suivant le sens étymologique du mot. simulacres de la Terre. Pourtant. Rien. y soit qu'elle ce culte des morts parvenue. presque tous les éléments qui feront la patrie ont été dès lors les déposés par Ils défricheurs de notre sol. d'une France. et par quoi il semble se rattacher à l'esthétique des troglodytes. et reconnaissant de l'Océan à la Méditerranée et des Alpes aux Pyrénées. garants de consolations et d'espérances. Mais enfin ce culte de la Terre et faisaient descendre dans les âmes humaines des germes de sentiments supérieurs.

qui engendreront plus de variété dans la vie matérielle. qui annonce de tout côté nos pays et nos villes. jusqu'en Suisse par les cols de la Touraine. religion sont unis dans la créatrice foi. et on peut prévoir le moment où ils installeront un marché commun sur les marais des bords ou dans l'île de la Cité. pour l'homme de Notre terroir de France a pris la plupart de ses aspects d'aujourd'hui. les colis de silex pénètrent jusqu'en Belgique par la route de Sambre-et-Meuse. en opposition avec l'âpreté des montagnes qui les environnent les terres basses de la Bourgogne portent leurs champs de blé entre les rochers du couchant et les marécages des rivières. Côte d'Or et du Jura : l'on routes vitales. Comtat Venaissin inaugure dans . De vastes sociétés religieuses s'établissent dans des espaces délimités. il y a des hameaux sur les deux rives de la Seine parisienne. par lesquelles. du Parisis se sont différenciés Brie et Beauce ont commencé à paraître . à des solennels. et la terre de ces espaces est ces sociétés mère. Partis du Grand-Pressigny en : les terres . en lui des lieux consacrés. se . dans se de sur la Terre. en commuIls nion avec d'autres hommes. Les plateaux des forêts voisines le . leur à tous. Des centres de groupement se fixent pour l'éternité de culture ne devant point bouger. Les hauts lieux de la Bourgogne sont occupés au fond de toutes les baies de l'Armorique. plus d'images et de beautés dans les visions du regard. jusqu'en Armorique par celle de la Loire. Des contrastes se dessinent partout. Ils rassemblent jours elle. Cet amour du la sol le 6l met en communication. Et il existe aussi quelque chose qui annonce leur besoin et leur désir de s'associer. Quelque chose existe déjà. pour apporter leurs hommages.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. le village ne bougera plus. reine et déesse. Marchandises et voyageurs vont et viennent sur les pistes. les plaines sa vie de verdure féconde. pour une peut parler maintenant de ces si grande part. les familles de pêcheurs ou de marins s'apprêtent à commencer une vie qui ne s'arrêtera point. plus de relations et d'échanges dans la vie sociale.

. dans une et large mesure. tout ensemble ville de séjour et de maîtrise. 1. I. et Lj'on est à sa porte : on dirait. une capitale industrielle et nous sommes ici à un des centres de la France. t. Bourges et Poitiers. a contribué à fonder l'unité gauloise l'unité française. presque déjà des capitales.G2 DE LA GAULM A LA FRANCE. elle possède Alésia et Cluny. au milieu de ces tribus. telles que jadis les grottes : des Eyzies. 352-3. Voici. dans ces temps néolithiques. qui surveille à blé de la plaine et cette tranchée les terres de la Dheune par où le chemin de la Loire s'en vient rejoindre celui de la Saône. La chose a été remarquée par Déchelette. aux nœuds de ces routes. se montrent des foyers d'une vie plus intense. Elles ne sont plus. fera la France. Au-dessus de ces hameaux. et où passe le plus de grandes routes. qu'elle exerçait déjà une sorte de prééminence. cachées mystés'étalent librement à la rieusement sous la terre surface. Voici. Aussi bien ce trafic ne sort pas des limites qui seront plus tard celles de la Gaule. au Camp de Chassey en Bourgogne. comme si l'entente humaine reconnaît déjà la valeur de ces limites. entre Tours. cette : région de Gaule la plus habitée^ car c'est Bourgogne fut un des alors la terroirs de France où il plus riche et le plus varié. La Bourgogne. une capitale agricole et : commerciale. Manuel. du Rhône et du Rhin et ici encore nous : sommes à Ce n'est un des carrefours pas un hasard si le sol est le essentiels de la France. elles au Grand-Pressigny en Touraine. p.

le bronze. pour toujours. les langues italo-celtiques. Indices en faveur de cette hypothèse. tiellement un fait d'Europe. Les règles de la vie morale. Hypothèses sur les étapes et les routes. centre probable de ces migrations. la marine. les lieux de la terre dénommés les Ilalo-Celtes identiques aux Ligures. Progrès dans la vie travaux de défrichement. la charrue. l'agriculture et l'exploitation de la la vie profondément modifié France. se duisit la vie un autre événement qui politique allait transformer aussi de nos ancêtres. l'éducation de Les principes de la vie sociale se fixent. but et moyens des migrations. ITALO-CELTES . Elle est essencaractère général de Vanité indo-européenne. matérielle et hommes de Au cours de cet âge agripro- environ deux mille ans avant l'ère chrétienne. le mégalithe. nom d'une époque. leurs habitudes intel- lectuelles et morales. et nulleLes lieux saints de l'Occident. Extension de Vunité primitive de l'Occident de l'Europe. la Limagne. la famille et la tribu. d'un groupement humain. Ce fut la soumission du pays. en son entier. Caractère originel. Cambre. Ligures. Le Nord-Est de l'Europe. Les grands ment d'une race. à des troupes d'immigrants ou de conque- . industrielle . — — — — — — — — — — — — — — — La découverte de terre avaient sociale des cole.III L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS INDO-EUROPÉENS . Persistance des populations antérieures. LIGURES Da Autre événement capital: les migrations indo-européennes. Similitude des noms de lieu. la terre se termine.

ces contrées de l'Occident européen. considéré surtout comme propagateur de la culture hellénique. du moins dans ses conséquences. les troupes indoeuropéennes arrivaient d'un pays lointain. de populations indo-européennes. son art. de notre de notre esprit'. qui demeure grande. que les éléments indo-européens se soient adaptés. deux millénaires aupara- vant. De même que l'Empire des Césars et l'unité latine. à quarante siècles de distance. ont également contribué à former notre civilisation moderne ils se suivent dans le temps. Ces deux faits. sur notre sol. 2. Aujourd'hui. à des éléments antérieurs. il De ce que Rome les les nous Indo- reste en nos parlers et en nos usages d'innomil brables vestiges. sans tenir compte de reste. ses religion. sinon dans ses procédés.64 DE LA GAULE A LA FRANCE. et ils ont collaboré à la même œuvre. au demeurons tributaires du triomphe des même titre que de l'Empire romain ^ pour comprendre le caractère de cette migraconquête romaine qu'il faut la comparer. Sauf la possibilité. et en reste autant de ce que Européens ont imposé à nos aïeux. rants. et il lois. vie agricole et migration indo-européenne. avec nos premiers vainqueurs. Celui-ci. fort étranger aux terres de France. nous Indo-Européens. pour les continuer. L'agricul- ture nous a fourni l'élément essentiel de notre travail et l'allure stable nous a valu droit. les de nos sociétés. de même que la civilisation gallo-romaine est née de l'adaptation d'éléments gaulois aux éléments classiques. ils se sont déterminés sur . ses mœurs en fut de même. Au tion. De même que les légions de Rome. En examinant mots 1. à l'installation. . l'invasion qui vint ensuite éléments originels de notre langue. l'espace. l'unité indo-européenne a groupé autour de la Gaule les contrées limitrophes. A toutes et sa Rome a imposé son langage. a donné. c'est à la ce qu'on appellera plus tard les limites naturelles. sa littérature.

« sa mer » et son domaine elle elle a été la grande dominatrice des eaux occidentales et septentrionales. — De la Gaulo à la Franco. la couche romaine. Au delà de l'Europe vers le levant. a pris pour les elle toute l'Europe. elle n'a rien connu. la Perse. Ma conviction. au Danube et à l'Euphrate. et. Entre l'Empire romain et l'unité indo-européenne Méditerranée et à celui de l'Atlantique occidental. et il n'importe que les de Finlande ne parlent plus une langue indo-européenne. au sud de ces mers. plus loin encore. de la Scandinavie et de la Baltique '. de souche indo-européenne. 1. L'unité indo-européenne. laissant à l'écart de sa route rivages de Syrie. l'Inde. hommes JuLLiAN. maîtres des mers et des fleuves. le Turkestan et monotones dans a été. est que les Troyens. au delà de l'apport chrétien. il a dédaigné l'Irlande. également. au même titre qu'eux. elle. ceux qui combattirent les Grecs. souverains des grands chemins du monde. on la vit gagner peu à peu l'Asie Mineure. déserts d'Arabie et plaines de Chaldée de Troie au Bengale les Ugnées de cette espèce ont présenté un instant une chaîne ininterrompue. s'appuyant tout à la fois sur les côtes extrêmes de l'Atlantique et sur les vallées centrales de l'Europe. Car notre âme et notre langue sont. nous discernerons sans peine. '^ : Voilà pourquoi. comme le sol de notre terre. au nord-ouest même de l'Europe. chaque jour plus forte. En revanche. y compris ceux de l'Irlande. les idées dont est remplie notre âme. : elle a fait. Puis. la couche indo-européenne. de tous les rivages de l'Atlantique européen. pour parler : comme les Anciens. constituées par des alluvions il successives qu'ont déposées les civilisations disparues. il y a cette différence qxxe celui-là s'est limité au bassin de la a fini par s'arrêter au Rhin. et. dont est 65 formée notre langue. étaient. n'a pas traversé la Méditerranée de l'Afrique. les hommes de cette origine Peut-être sans en excepter la Finlande. 2. 5 .L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. sauf des parages écartés plaines la dans elle péninsules méridionales ou d'immenses espaces les : orientales de la Russie grande médiatrice de l'Europe continentale.

éducateurs de l'Ancien Monde. et les Grecs. à l'origine. que de l'Inde serait partie la migration initiale. S'il a perdu l'Asie au temps de la décadence ont que celui latine. C'est de l'Europe qu'ils sont venus. ce qu'on doit dire également des autres groupes. et peut-être la et des émigrants fondateurs. et il il a déjà maîtrisé annexé les deux Amériques. s'est J'appelle cette lignée et la langue qu'elle parlait espèce pour me conformer à l'usage courant. il s'apprête à la reprendre. C'est en Europe que leur race s'est constituée '. Dans la mesure de leurs éléments indo-européens. parlant la langue mère. fondateurs de l'Empire méditerranéen. fini par fonder un domaine plus vaste et plus durable de l'Empire romain. Car. et les Celtes de l'Occident. bien avant les temps historiques et jusqu'à nos jours. aux antipodes de son berceau. et les Italiotes. origine de nos destinées. sans arrêt et sans lassitude. insérant leurs familles partout où il y a des terres. Cet usage est venu de ce que l'habitant de l'Inde. une nouvelle mer à son nom. et l'on a même cru un instant que cette langue était la mère de celles de l'Europe. il a fait de l'Océan Pacifique. 2. l'Indo-Européen est en train de conquérir l'univers. à bien voir les faits d'aujourd'hui. l' Indus et le Gange leurs courses de conne sont point partis de là. . l'Inde n'est dernière. Europe enfin. En Ils réalité. et les Slaves innombrables. une race déterminée. C'est en 1. après la réac- Dans la mesure où il y a eu. a parlé une langue étroitement appaet langue indo-européennes. que leur langue s'est organisée. que leurs ont fini : par quérants ils coutumes se sont établies. et les Germains de l'Europe centrale ^. de la langue mère qu'une conquête. l'Afrique. et de l'Europe la plus lointaine.6G DE LA GAULE A LA FRANCE. je les appelle ainsi rentée aux nôtres. C'est en Europe qu'ont grandi les principales souches de la famille. ils ne sont point issus de l'Asie.

Britan- aux rivières normandes.Bergen etTrondhjem.Visby.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. Vistule. où l'on sent toutes proches les routes de la Grèce ^ Et voici. au Pas de Calais. Regardez sur la carte ces lieux et ces régions. au delà du seuil de Moravie. des chemins qui portent en Pologne. Chemins maritimes des Saxons. au 1. s'étendant C'est dans l'Europe tiers le siège depuis les îles et les presqu'îles danoises jusqu'au et depuis les rivages fond de la Prusse et de la Poméranie jusqu'aux derniers fiords de la Norvège Hambourg. aux rades -. Je me la représente sous la forme d'une vaste association de tribus. Angleterre mondiale. J'indique ici. par les vallées des grands fleuves. aux estuaires de l'Atlantique. et qui Weser. jusqu'au fond de l'Adriatique. en Bohême. 3. les routes de mer. Elbe et reçoivent la mer ou qui la continuent. : voilà les villes modernes qui détiendraient aujourd'hui l'héritage des fondateurs de l'Europe. Espagne. est de plus en plus abandonnée. la de mer Baltique. ou France. et c'est d'ici. des Angles et des Vikings. et qui mènent aux niques. Arya. du nord-est que je placerai volon-| de la nation ancestrale. dans 2. Oder. pour être plus juste et plus exact. sur lesquelles Iles s'ouvrent fiords et détroits. qui n'a jamais été constatée que les groupes orientaux. Voici à s'en gauche. Kœnigsberg. aux caps espagnoles de l'Armorique. que l'antique famille conquérante a repris vigueur. et. faut-il renoncer d'ordinaire à l'expression compliquée d' et recourir « indo-européen » au simple mot d' « européen » '. en Allemagne. L'expression de Aryen. Riga. Voici au sud. De là vont les rivages ou les pistes qui ont conduit les Européens aux extrêmes limites de leurs migrations. 67 tlon asiatique des Arabes. qu'elle a esquissé les plus audacieuses tentatives d'empire universel ou d'unité Aussi. comme route de migration (sans doute la migra- . des Mongols et des Turcs. vers le couchant.

les migrations des peuples slaves. moins organisés. Niémen et levant. qui ont ressemblé à ces sives de leurs émigrants par leur d'aller invincible désir de se déplacer. gagnant de proche en comme une inondation qui se tend. arrivant presque aux rives du golfe Persique et au pied des montagnes du Thibct. 2. d'autres fleuves. Du fond de l'Adriatique on continuait jusqu'à Dodone. comme cela a dû arriver à l'époque préhistorique? . Voyez. et à qui quelques générations suffiront pour pénétrer jusqu'à Kiev et jusqu'à Voyez à la même proche à travers les plaines époque. Réunissons ensemble querons mieux les les aventures rapides des Vikings : '^ et l'extension interminable des Slaves et conquêtes et les directions nous nous explide l'unité indo-européenne. de la Méditerranée occidentale. J'indique ici. c'est de là que dans les temps historiques.68 DE LA GAULE A LA FRANCE. lion hellénique). immensités de ouvrent la voie vers Noire. 1. vers les terres d'Asie. qui. s'ils y avaient rencontré une population et des chefs moins résistants. Aussi. que nous retrouverons après Gharlemagne sur toutes les côtes de l'Atlantique. vers la '. sont partis les principaux mouvements d'hommes qui ont premiers refait sur ces mêmes routes les antiques étapes des Européens. d'Ecbatane. sur celles même Paris. le long des routes frayées par leurs ancêtres des temps préhistoriques. Il est vrai que les Vikings n'ont réussi à prendre que des domaines restreints (encore que les royaumes anglo-saxons de la Grande-Bretagne se rattachent à ce même mouvement). de nos jours. celles de Troie. divergent tant de voies souveraines'. puis descendant aux portes de Constantinople. par leur volonté toujours plus loin. et. les chemins suivis au Moyen Age par le commerce des fourrures. débordant à l'ouest de l'Elbe. de Samarcande et de Delhi Vous chercheriez en vain dans le monde un carrefour d'où la Russie. à travers la mer mer Caspienne. la route des caravanes porteuses des olTrandcs liyperboréennes. comme routes de migrations. les Vikings ou les Normands. mais qui sait ce qu'ils auraient pu fonder en Occident. sur les mers et les fleuves. par les poussées succes- bandes en marche. les Duna.

les cheveux blonds. la peau blanche. Paris. Introduction ù l'étude comparative des langues indo-européennes {3^ édit. en ces régions. au temps du roi Théodoric. toutes différentes des Germains qui les assaillirent plus tard par le sud-ouest. la pêche. A l'époque historique. Leur espèce physique semble caractérisée par le front le crâne allongé. 3. et qui elle-même se nommait celle des Estes. et auquel. le saule et le bouleau. dans une sorte d'immobilité hiératique. la forêt. ou « la race de l'Extrême-Nord ». était celle d'un peuple qui connaissait mer. porté dans le pays de l'ambre par les populations indigènes. Telle l'ont décrite les voyageurs européens antérieurs à Hérodote. lorsque les Allemands ses voisins s'approchèrent pour la détruire enfin ^. Cette nation a vécu là pendant bien plus d'un millénaire. Leur langue '. telle nous la revoyons au temps de l'historien Tacite. est passé ensuite à leurs maîtres allemands. avec son complément indispensable. C'est ici qu'il faut rappeler l'admirable ouvrage de Meillet. Les Dialectes indo-européens (1908. Paris. étaient surtout familiers le hêtre. nous rencontrons sur les rives de la Baltique. de tribus agricoles ^ et laborieuses. C'était un ensemble haut. Hachette).. Outre le texte formel de Tacite. le chêne. et peut-être encore au lendemain de l'an mille. entre la Vistule et le Niémen.VÊPOQVE DES MIGRATEURS. 1. Cela fait songer aux horizons et aux habitudes des bords de la Baltique. les chairs molles. une nation que les Grecs ont appelée celle des Hyperboréens. Or. 2. Le nom de Prusse. les yeux bleus. que nous pouvons reconstituer à la des débris laissés dans les idiomes héritiers. ce type d'homme demeure le mieux conservé. 69 D'autres indices nous invitent également à nous tourner du côté de la Baltique pour y chercher le berceau de ces l'aide envahisseurs de la première heure. Champion). 1912. songeons à la paille de froment détail qui avait qui enveloppait les offrandes hyperboréennes sans doute une valeur symbolique. : . parmi les arbres de la forêt.

héritiers de la terre originelle. en Italie. à propos des Sembi vel Pruzzi. Adam de Brème. Je n'hésite pas à voir dans ces Hyperboréens les fils de la nation mère. c. Migne. V. jusqu'aux bords de la mer hyperboréenne ^. sous Crésus b les Hyperboréens ne font pas la guerre». Dans cet invincible devenu : : immuablement Hérodote. A mille ans de distance. IV. Pendant toute la durée des temps antiques. rameau ou descendants des Estes au Samland). J'ai peine à croire que les fameuses offrandes hyperboréennes. Cassiodore. sur les rivages de la mer. ne fussent pas des morceaux d'ambre. Tacite. Il y a là. Variarum. la route suivie par leurs ancêtres en bandes de conquérants le chemin de migration était chemin de commerce *. Pareil fait se constate en Afrique. allant et revenant par exemple de Délos à Dodone et à Aquilée (près de Venise). L'une de ces coutumes était la recherche. 3. enveloppées dans la paille de froment. 633-4 (homines humanissimi. : Comparez les rapportant : . Germanie. Ces marchands refaisaient. 2 (ambassade des Estes à Théodoric). les quatre textes suivants voyages et renseignements d'Aristée. plus que tout bien de ce monde car il y avait un dieu en elle. t. Patrologia Latina.70 DE LA GAULE A LA FRANCE. plus que le diamant. des caravanes ou des cabotages étaient organisés. Or ce culte de l'ambre. 2. les Estes du même pays envoient à Théodoric un présent d'ambre. 4. n'ait pas été concurrencé de très bonne heure par celui de la Terre-Mère. même chez les Hyperboréens du Samland. des perles d'ambre. pendant des mois de marche. la chose précieuse valut plus que l'or. ceux qui ne sont point partis et qui sont demeurés sur le sol natal. 45 (les Estes laborant patientiiis). les peuples de la lignée indo-européenne semblent l'avoir conservé en eux-mêmes avec une indomptable fidélité. Pour l'introduire en Grèce. CXLVI. dieu souverain de ces hommes ^. au vi* siècle avant notre ère. la matière mystérieuse et magique où semblaient s'être renfermés les rayons du soleil. Je ne suis pas d'ailleurs convaincu que ce culte. un des plus curieux phénomènes de ténacité historique que je connaisse. et de là. dociles aux coutumes des aïeux. en troupes pacifiques. 13. s'étendant sur seize siècles. 1. On vantait leur humeur honnête et hospitalière K Leur langue ressemblait à celle des Bretons d'Angleterre. en Gaule.

il ne peut s'agir de qualités immuables les dangers de la vie ou de mauvais contacts pourront changer ces vertueux Hyperboréens en cohortes de guerriers ou en hordes de pillards. Tous les : hommes. je vois l'héritage moral laissé par leurs fondateurs. Il : communément les populations au sang desquelles ils mêleront le leur. encore que ce soit possible. un sentiment profond de la solidarité humaine. C'étaient ils dès lors des agriculteurs. J'ai déjà indiqué leur nature physique. je crois que ces peuples du Nord étaient arrivés au même degré de civilisation que la plupart des tribus occiils dentales auxquelles vont imposer leur maîtrise. et ils l'avaient transmis à leurs des- cendants. attrait exercé 71 par l'ambre sur ils les peuples de l'Europe. ils Quand étaient partis de là-bas. le pays où ils s'établiront. que valaient-ils. ce qu'on appelle ne faut pas d'ailleurs lui attribuer une grande importance elle va se modifier suivant les nouvelles conditions de leur vie. quels qu'ils soient. et les peuples comme les hommes. Enfin. dépendent moins de leur nature que de leur histoire. avaient emporté avec eux le fétiche de leur foi. de leur origine que de leur éducation. un désir intense d'organiser la société sur des principes rigoureux et pour une durée éternelle. Mais là encore. et pourquoi partirent-ils? Il faut bien se poser ces questions. Qu'étaient exactement ces hommes. . peuples de ces régions le sens du un certain idéal de justice et de bonté.VÈPOqVE DES MIGRATEURS. J'ai également indiqué les les mérites que les Anciens ont : cru reconnaître chez travail. Les institutions communes qu'ils ont léguées aux populations de leur descendance dénotent chez eux le respect religieux du droit. la race. l'amour de la paix entre eux et l'humeur accueillante. et 1. puisque leur départ a donné le branle à l'histoire de la moitié du monde. connaissaient l'or et le cuivre ^ Je ne dis pas le bronze.

l'élément italo-celtique a été fort important parmi eux. ce qui leur assure la supériorité sur les populations de l'ouest. lançant les et. l'outillage préhistorique de ces terres hyperboréenncs. Ils s'éloignaient de leurs terres afin d'en chercher d'autres. N'ayons pas à la pensée. . Cette marine. et spécialement du Samland. si pacifique que soit une migration d'hommes. voilà peut-être l'élément principal de leur force. elle ne peut. : Mais c'étaient aussi des navigateurs intrépides je ne représente pas leur société sans une marine puissante.72 DE LA GAULE A LA FRANCE. pour nous expliquer ces temps lointains. me mettant l'accord entre tous ces rivages. après tout. il faut qu'ils aient eu des avantages militaires qui manquaient aux autres agriculteurs des temps néolithiques peut-être une cohésion plus grande entre leurs troupes. couvrant de ses barques la Baltique et la mer du Nord. la ruée sainte des Arabes en Afrique ou en Espagne. le pillage de l'Empire romain par les bandes germaniques. en particulier au point de vue chronologique. Mais ne nous imaginons pas leurs départs comme des aventures de guerre. leurs conquêtes comme des histoires de destruction. s'imposer que par la crainte ou Gaule et : par la violence. les désastres de l'Europe sous les chevauchées des Huns ou des Mongols. 2. et devenir la terreur du monde. l'humeur paisible et laborieuse de ces Hyperboréens ne les empêcha pas de courir le monde et de le conquérir. C'est pour cela que je regrette de n'avoir pu étudier à fond. Évidemment. le jour venu. Les Hyperboréens ne partaient pas pour brûler ou tuer. peut-être de meilleures armes de combat'. J'ai peine à croire que les Cimbres et les Teutons fussent de purs Germains. Car. . premiers départs.pour que ces la mêmes Hyperboréens le aient soumis également Danube. On ne s'empare pas des Iles Britanniques et de l'Armorique française sans être les maîtres de la mer. plus étendues ou plus fertiles. Qu'on se rappelle l'histoire des Cimbres et des Teutons ^ s' avançant péniblement à travers l'Europe pour 1. Mais.

partout par la forêt. presque à chaque génération. C'était. au contraire..L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. La bonne terre a été le mot d'ordre de ces émigrants. ici par le terre de marécage. et que le blé et le Un y poussent sous un ciel plus gai. elle devenait à l'état de pléthore. Marescq). en affamés pressés de nourriture. C'est le '[ouw. obtenir 73 un sol vacant qu'ils pussent défricher. Les Indo-Europécns avant l'hisposthume]. 1895. ont su rencontrer des terres de labour. et si à la fin ces malheureux firent tant de mal. là y fut vite limitée. 311 (trad. le On a entendu dans ces foules errantes les sentiers langage que et près des Moïse tenait à Israël sur rives du désert du Jourdain. et que par là même on l'estimait plus haut. montagne. On ne partait pas à l'aventure et en désordre. de « terre promise ». et que le droit de vivre leur était partout refusé. franc. de bâtir des foyers. Ces « printemps sacrés » étaient des nations en marche. Ces familles nordiques pouvaient se dire parmi les plus déshéritées de l'espèce humaine. . la nouvelle jeunesse qui s'en allait vers un nouvel horizon. Le mot magique de terre. 300. ce fut parce qu'ils s'exaspérèrent de trouver toutes les places prises sur le sol. p. De plus nobles motifs les accompagnèrent. de former des tribus. arrivant sur des espaces moins occupés. a agi sur ces âmes avec une force d'autant plus grande qu'on venait à peine de découvrir le prix de la chose. transformer en sillons. Mais je ne dirai pas que la faim fut l'unique conseillère de ces départs '. Elle avait le désir de fonder ailleurs des familles. "Voilà l'image des vingt épisodes dont a été faite la migration indo-euro- péenne. par la 1. La population croissait sans relâche. avec moins de peine pour les hommes. Ses dieux la protégeaient. à ceci près que ces migrateurs des premiers jours. s'en saisir et les conserver. toire mot de von Ihering. La labour. en demeures et en villes. Paris. Et l'on devait connaître la richesse plus grande des plaines du sud. ayant affaire à des sociétés plus informes.

J'ai cherché sans relâche quelques hj'pothèses qui permettent une lueur de vérité. mais toute vraisemblance nous est même interdite. Nous aimerions savoir par où sont venus ceux des IndoEuropéens qui ont soumis la France et avec elle les régions voisines des Iles Britanniques. Les Slaves. voire une génération d'hommes. Quand les Hellènes se répandirent en Grèce. j'imagine qu'ils fond de l'Adriatique L'établissement ébauché d'autres domiciles au ou sur les bords du Danube. Ces marches étaient lentes et longues. ils venaient de faire un très long séjour en Épire. de l'Espagne et de l'Italie. comme les Vikings leurs derniers descendants? Ont-ils suivi par terre les rivages de la Frise et des PaysBas. qui se sont mis en route il y a quinze siècles. puis s' avançant plus loin après quelques années. et je n'ai rien trouvé qui s'appuyât sur des indices réels. non seulement nous ne savons rien de certain. remontant ensuite les fleuves. et nous aimerions aussi connaître les épisodes de la conquête. comme les Celtes et les Francs des temps historiques? Ont-ils gagné le Rhin en longeant au nord la lisière des . par malheur. sans doute autour du sanctuaire de Dodone. On s'arrêtait longtemps à de certaines étapes. d'un groupe indo-européen dans une ont grande région est la fin d'une très longue histoire. sur des témoignages de confiance. plus importants pour notre histoire que les campagnes gauloises des proconsuls romains Domitius et César. C'est par dizaines d'années et peut-être par siècles qu'il faut compter pour évaluer le temps employé à la conquête de l'Europe. Nos ancêtres sont-ils arrivés par mer. et avant d'arriver à Dodone. telle que fut l'installation définitive d'Israël sur la terre de Chanaan.74 DE LA GAULE A LA FRANCE. n'ont pas encore achevé leurs destinées de colons. essayant d'y constituer une vie normale. Là-dessus.

des traces laissées par les d'objets. 12). Mais. la forêt centrale et sainte des Semnons ou Suèves du Brandebourg (Germanie. de ce que nous ignorons la marche de ces événe- ments. comme nous l'avons fait pour la migration hellénique. une science plus riche et mieux outillée fournira un jour des lueurs inattendues qui éclaireront la marche des IndoEuropéens vers les terres du couchant. on peut prendre pour jalons le lucus Tamfanae chez les Sicambres de la Ruhr (Tacite. d'un immense campement situé en Souabe. se tique? ou l'invasion. et après elle les îles et ce qui se produisit lors de l'Empire celItalie. La Gaule fut-elle d'abord les péninsules. le monde nouveau s'engoufîrat-il en Occident par des vagues parallèles. et je n'y répondrai pas davantage.. celui de Bopp sur la grammaire comparée du sanscrit. Une étude plus migrations. Annales. 51). noms de attentive personne ne savait ce qu'étaient ces Indo-Européens. ainsi qu'à Voilà pour les l'époque des Suèves ou des Alamans? en Bohême ou — questions d'étapes. Si l'on pense la retrouver à l'aide des plus anciens sanctuaires fédéraux connus. : : . Il y a un siècle ^. petits-fils soient con- damnés à débris lieux ou une connaissance plus rigoureuse des nécessités géographiques ou des habitudes sociales. On sait qu'il a été précédé dans cette voie par Frédéric Schlegel et les publications de la Société Asiatique fondée à Calcutta en 1784. I. ne se doutait de cette unité qui est à l'origine de notre 1. 39). il ne s'ensuit pas que nos l'ignorer à leur tour. conquise. C'est sur cette ligne que la piste d'invasion serait le plus malaisé à reconstituer. 43) ce qui me paraît correspondre à un parcours immémorial de peuples et de commerce. et auxquelles je ne que suscite le — saurais répondre. 2. du persan et des langues européennes. 75 grandes forêts centrales de l'Europe S comme essayèrent Voilà les questions de faire les Slaves du Moyen Age? problème de la route. C'est en 1816 que parut l'ouvrage initial. la silva Herculis chez les Chérusques du moyen Weser (id. Il.. le bois de Castor et Pollux chez les Lugiens de Posnanie (id. pareille à l'Em- romain? ou encore.L'ÉPOQUE DES MIGBATEURS. ayant pris pied d'abord en pire propagea-t-elle ensuite au delà des monts.

l'avait pressentie {De Originibus gcniiumdiictis potissimum ex indicio linguarum [écrit en 1710]. '. quelques milliers de 1. 186). II« partie. et c'est l'étendue qu'elle assigna à ses domaines. édit. quelques mil- liers de Romains. en supposant qu'il y eût bataille. t. c'est la force et le prestige d'une minorité. la multitude qui obéit et se discipline. les populations pri- mitives ne disparurent nulle part. Quelques mil- de Celtes ont conquis la Gaule ligure. Le vieux fond vivant et agissant est resté à sa place sous de liers nouveaux maîtres. vie civilisée D'aujourd'hui à un siècle. le plus grand nombre. Mais il est possible que les possesseurs du sol aient fait souvent accueil et place aux étrangers. la Gaule celtique. Qu'il y ait eu résistance ou accord. IV. à la masse des envahis brèches irréparables. Déjà tielles d'ailleurs nous soupçonnons deux choses essen- sur cette victoire occidentale des Indo-Européens. avec son intelligence coutumière. s'impo- mais masse est demeurée ce qu'elle était. c'est la place qu'elle laissa aux vaincus. dans ses moissons de demain des espérances infinies.76 DE LA GAULE A LA FRANCE. Ce qui a triomphé dans cette : his- toire. Mais Leibniz. Dutens. qui sait ce que la science découvrira? l'histoire vient A voir les fruits magnifiques que j'ai de récolter. Rien ne fait songer à ces inassacres que les Espagnols pratiquèrent dans l'AméIl rique du Sud. à cette fatale disparition des indigènes en Australie ou aux États-Unis. se passa alors un fait semblable à ces multiples péripéties de conquêtes ou de colonisations que présente l'histoire connue de l'Europe et en particulier de la Gaule. . en particulier par l'examen des noms de lieu. comme cela s'est maintes fois produit dans l'histoire des colonies grecques ou des migrations slaves. p. Je dis les vaincus. pas une cette seule fois les vainqueurs n'ont taillé dans ses rangs des sant au plus grand nombre.

La plus histoire de notre sol est celle de redites régulières. et pour ainsi dire une âme de société. quelques milliers d'Indo- Européens ont conquis la Gaule néolithique. la Gaule romaine. une mentalité d'ensemble. en retour des leçons de langue ou d'obéissance qu'ils acceptèrent des arrivants. lations Il se forme peu à peu parmi les popu- d'une même contrée un caractère commun. Qu'entre vainqueurs et vaincus aient subsisté des oppositions sociales. durent les coutumes des envahisseurs. et. sous César ou sous Clovis. un tempérament collectif. s'efface rapidement ou se réduit à quelques trois : doute qu'elles se soient prolongées plus de signes extérieurs sans portée profonde.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. à la formation de laquelle la race ne sert de presque rien. Toutes les espèces humaines qui habitent alors la Gaule. une physionomie de peuple. ils pesèrent sur eux de tout le poids de leur nombre. et en tout cas sans action sur l'âme. ainsi que les Celtes ont fait pour les Ramains. 77 quinze siècles avant cette vieille troisième et dernière conquête. prendre l'idiome et Les millions d'hommes qui l'habitaient alors. la race. Mais. cela n'est point invraisemblable : je ou quatre générations. et que la tare de la défaite a disparu je ne peux interpréter autrement la victoire indo-européenne. de riverains de la Méditerranée ou de montagnards alpins arrivés au temps de la pierre polie. nous voyons que les deux groupes d'hommes se sont associés de très bonne heure. Francs. qu'elles remontent aux lointains troglodytes. ou qu'elles soient de la souche hyperboréenne nouvellement implantée. A chaque fois que nous examinons des conquêtes. L'élément purement physiologique ou physique. et qui doit ses traits et ses humeurs à la nature du climat . toutes s'amalgament désormais entre elles. et l'influence du climat et du sol vint s'ajouter à celle de la multitude humaine pour faire oublier aux Indo-Européens primitifs leur nature des jours du départ. Un vaste travail de métissage s'opéra dans notre Occident. qu'elles proviennent d'Espagne ou d'Italie. de leur sang et de leur caractère.

plaines montagnes. Gardons-nous. à l'endroit de ces générations primordiales. lui appartenait.78 DE LA GAULE A LA FRANCE. de cette erreur Incurable que l'Empire romain provoque chez tant d'his: Nous toriens ils : sous prétexte qu'il a assuré l'unité de la Gaule. Paris. aux relations entre les hommes. se soit continuée dans les âmes sous la forme d'une bataille entre les dieux. aux événements de l'histoire. et Toute la Gaule. Nous essaierons tout à l'heure d'exposer les principes originels de la morale et du droit européens rien ne nous dit que quelques-uns de ces principes ne fussent pas communs aux fondateurs et aux sujets du régime nouveau. les lignes principales de cette physionomie seront tracées pour la Gaule. ' : : allons constater l'extraordinaire unité de langage que ce régime fonda en Occident rien ne nous interdit de supposer que cet Occident eût préludé par des idiomes similaires à la communauté européenne. de Boccard). Les institutions morales et religieuses durent égale- aux autres. Dans quelques au temps des Celtes. se refusent à voir que cette unité existait déjà. les Essai SUT origines de Rome (1917. Alpes et Pyrénées.s déités ne se hâtent pas de contracter alliance ou mariage. à la manière de vivre. une fois réglée par les armes ou les lois. J'ai peine à croire que la lutte entre anciens et nouveaux habitants. et que les Césars se sont bornés à l'accepter et à la continuer. et nous poursiècles. . s'adapter les unes ment boréens et la Terre des néolithiques soleil et terre besognent trop ensemble pour que leu. sans exception. et du sol. Voici quelle fut l'étendue du premier empire que nous connaissons en Occident. Je fais et dont allusion à une théorie assez en vogue aujourd'hui. rons les décrire. telle que serait la concurrence entre le Soleil des Hyperse pénétrer. Mais 1. rivages et fleuves. on trouvera l'expression la plus complète chez Piganiol.

il ans et davantage. Je rappelle ici une fois pour toutes que dénommer celtiques ou Celtes un ensemble de langues. mais d'antiques populations résistèrent dans les replis de danubiennes. les la vallée de l'Èbre et sur les larges espaces de l'Andalousie. En appelant celtique le monde occidental des temps primitifs. sont y a l'on 1. la Grande-Bretagne. la marque la plus nette de l'unité de l'Europe occidentale.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. ni les Pyrénées. il a été d'abord limité à une petite région. 2. les hautes terres de l'intérieur. ils possédaient les rives de l'Atlantique. qui furent. frontières à d'autres. Au delà du Rhin. pareils encore. des hommes de même langue que ceux de France habitaient l'Allemagne de la plaine. l'Irlande. De cette immense communauté sociale devaient sortir plus tard deux groupes principaux de peuples et d'idiomes. langues celtiques. langues romanes. et. filles ou nièces de l'idiome parlé autrefois en Gaule et dans les Iles les Italiotes : Britanniques. ni les Alpes. peut-être plus occupée que la Sardaigne et la Sicile. En Espagne. de races ou de peuples de l'Occident avant le yi"-' siècle est un abus de langage le nom de Celtes n'existait peut-être pas avant cette date. ni le 79 Rhin ne servaient de une nationalité distincte. recouverte jusqu'aux terres hautes de l'Ecosse. occupaient la vallées Bohême et les hautes Européens revendiquaient pour eux la plaine du Pô et une bonne partie de l'Italie péninsulaire. nous commettons la même erreur d'expression que si nous traitions de franc l'Empire romain d'Occident sous les fils de Théodose. au sud des Alpes. au moins jusqu'à l'Elbe. Au sud des Alpes. filles du latin. et c'est par suite d'une conquête qu'il s'est étendu d'abord à la France (et d'ailleurs il n'est jamais passé dans les Iles Britanniques). y compris les collines de Rome et les montagnes du Latium. il n'en fut pas même des îles de l'Océan. de si les îles de la Méditerranée occidentale furent plus la effleurées qu'entamées par conquête '. au nord. : La . Enfm. Et c'est pour cela que a récemment dénommé ce langage. où les avaient attirés les mines plus que le sol. ceux que les Modernes appelleront du nom de Celtiques^ aujourd'hui. complète- ment absorbée par elle. trois mille les descendantes de ce langage qui fut. le premier-né Corse.

ces mots ont traversé sans périr les révolutions politiques et les changements de langue. qui fut un marais desséché. le bruit ou la grandeur de la colline qui se dresse. Et comme les mots qui s'appliquent au sol s'y attachent et s'y enracinent. plantée au cœur de l'Italie ainsi que nos montagnes au centre delà Gaule.80 DE LA GAULE A LA FRANCE. c'est-à-dire « l'eau divine » car les hommes de l'époque italo-celtique honoraient avec ferveur la divinité des eaux pures et salutaires. Et peut-être Cimenice le 2. Mais que ce mot ne nous induise pas en erreur n'oublions pas que cet idiome a été parlé au sud des Pyrénées et sur les bords de l'Elbe et du Danube. que les ancêtres des Latins de Rome ou des Ombriens du Tibre. et par bien d'autres que les ancêtres des Irlandais. pourquoi enfin en France. en Angleterre. de l'eau qui s'étale. . des Bretons ou des Gaulois. rappelle le lac Léman. comme ils signifiaient l'aspect. Albis. rivières. la Campanie. ils furent les mêmes partout où l'on parla cette langue. Gomme ces vocables. porte le même nom que l'Aube champenoise. de la fontaine qui murmure. en Espagne. dans le Périple d'Aviénus. Cimena ^ se retrouve dans celui de la forêt Giminienne. peut-être de l'indo-européen '. acceptés avec la terre par les maîtres et les parlers nouveaux. comme la terre les retient à tout jamais. de 1. aussi immuables qu'elle-même. tant de sources ou de rivières se nomment ou se sont nommées Dives ou Divonne. de lacs et "de montagnes. vers 622. regio. : noms de mer d'Irlande et la noms de sources. pourquoi la Limagne d'Auvergne. l'idiome italo-celtique. Alba ou Albis. ne furent d'abord que des mots communs. : Un des signes les plus visibles et les plus persistants de cette unité italo-celtique est la similitude des lieu entre l'Elbe et les Pyrénées. Voilà pourquoi l'Elbe germanique. pourquoi le nom primitif de nos Cévennes. moins éloigné de la langue mère.

le voici nom. c'est la caractériser. de possession du sol que les agriculteurs néolithiques avaient commencée. et peut-être à l'estuaire de l'Elbe. Ils achevaient également. on peut essayer de le retrouver. fixer nature. qui nous ont transmis des témoignages sur l'histoire de l'Occident. \ — Le la Gaule à la France. Les plus anciens écrivains. en même ou la colline Maintenant que lui. 6 . temps. Quoique ce nom ne soit point parvenu jusqu'à nous. Donner un nom à une son rôle ou sa portion du sol. suivant les sentiments qu'elles suscitaient en leurs âmes. Nomen. il un nom pour désigner l'ensemble originel de leurs tribus. immen on divinisait plus qu'à demi une fontaine en lui donnant un nom. ont appelé Ligures les populations qui l'habitaient aux époques les plus reculées. faire presque entrer la source. il est probable qu'ils eurent JuLLiAN. grecs ou latins. le Rhin porte un seul depuis sa source jusqu'à la mer. Ce mot de Ligures est la plus vieille appellation collective que présente l'Occident. sources ou montagnes. Puisque ces Italo-Celtes avaient un langage commun. une énergie qui rapproche cent tribus. la rivière dans le cycle de cette vie humaine. sur les caps de l'Atlantique espagnol et sur les rivages de la Normandie.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. la transformer en un être qui a son unité et qui fait image. par l'octroi de ces mots défila prise nitifs. et c'est. régler ses rapports avec la vie humaine. 81 En dénommant ainsi les formes de la terre. Ils ont mentionné des Ligures sur IcsJ collines de Rome et sur celles de Marseille. un nom à devenu une : seule et même personne pour ses milliers de riverains. la fraternité d'alliance qui s'était manifestée par ce langage. les hommes de ce temps nous ont fourni le moyen de connaître ces sentiments et de pénétrer dans ces âmes. par où plus d'un navigateur du Midi tenta sans doute d'atteindre les mystérieux marchés de l'ambre.

et non pas un Gaulois ou un Romain. pendant quelques générations. et ceux de Francs et de Français après eux. et dont on a tellement abusé et mésusé. l'enquête sur ces vastes appellations collectives. de dire qu'il est un Ligure. je ne dis pas une race. porté ces noms l'un ù côté 1. On se présente — de l'autre. ou l'un des noms ^. de cette grande famille. étendue par toute la Gaule. sur la surface de l'ancien Empire romain. des blonds venus du Nord. qui fut celui de l'État espagnol de l'Èbre. Nul d'entre nous n'a le droit. Parmi eux se trouvaient des hommes pareils à nos Flamands et d'autres pareils à nos Provençaux. d ailleurs. Ce fut le premier nom général qui y définit des multitudes humaines. Les Ligures seraient donc le peuple et la langue qui auraient dominé en Gaule et en Occident avant l'apparition du nom gaulois ou du nom celtique. Je crois à peine commencée. en faisant des Ibères une race s'étant. une langue. bien entendu. J'ai également supposé que les Italo-Celtes avaient comme nom collectif celui d'Ambrons. et : espèces ethniques qui se sont juxtaposées *. lequel se manifeste. sous forme de nombreux îlots. 3. nul historien n'a le droit d'attribuer à a remarqué qu'à l'époque historique. des Méditerranéens agiles et souples. Ce qui est vrai. avant les Ligures. . des bruns venus du Midi.82 DE LA GAULE A LA FRANCE. un peuple à la rigueur. en examinant sa structure physique et ce qu'il croit être sa race. le nom de Ligures sporadiquement en Occident dans les mêmes conditions qu'au Moyen Age celui de Romani. et qu'on pourrait aussi en rapprocher celui d'Ombriens. Sauf. des Alpins solides et trapus. 2. : i nous rappr'>che des temps où cet Occident avait son il nous conduit aux lieux mêmes où elle régnait ^ Nous sommes donc invités à croire qu'il était le nom. qualifient des situations politiques qui se sont succédé ^ et non pas des unité. 4. Ces Ligures renfermaient des hommes de toute origine. l'existence de groupes politiques dUtincts ayant. c'est qu'il est fils et petit-flls de Romain et de Gaulois ces trois noms. Y a-t-il un rapport entre ces noms et celui de l'ambre? Cela ne pourrait être que si « ambre « était de pnvenance indo-européenne primitive. Mais je répète et je dis un nom. Je dirai de même pour le nom ibère. Pas davantage.

Et l'œuvre éternelle n'est peut- être pas encore terminée. Notre France. On a dit pendant longtemps et des écri: vains d'intelligence rare écrivent encore « Nous sommes : Romains avec Jules romantique César. le vergobret de la Gaule. le Druide de la Loire. vies et terres. et à côté d'eux a travaillé à cette même tâche le Grec de Marseille. jusqu'à nouvel ordre. » Nous ne sommes aïeux ni des Ligures ni des ont été tour à tour l'un et par ces phases successives. Aucun ne mérite d'être traité en fait sa ouvrier principal. de notre tempérament de peuple. Cette unité ne ressemblait ni à l'Empire d'Attila. après eux encore. ils nous ont aidés à devenir des Français. tures. 83 l'époque ligure l'origine de notre civilisation nationale. est le produit d'une création dix à vingt fois millénaire. Chaque période de nos anciennes destinées possède aujourd'hui ses admirateurs ou ses dévots. fait dire La récente découverte des siècles ligures a des choses nouvelles : « Arrière Gaulois et aux fanatiques Romains Nous ! sommes Gaulois. Ligures. celui-ci défrichant la terre. Le poète et le juriste de Rome. en passant mais nos nous. Sur l'organisation générale.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. celuilà développant l'esprit. nous sommes réduits. lançant des hordes . le chasseur ciseleur de silex et. » Les enthousiastes de l'époque « et leurs derniers héritiers se récrient » Nous sommes des Gaulois formés par les Druides. ont travaillé cinquante générations de Chré- tiens et de philosophes. Chaque siècle. ont également travaillé à faire le génie de notre nation et à faire le génie de chacun de l'autre. aux plus fragiles conjec- Que l'expression d'Empire ne nous égare pas. et. corps et âmes. le Ligure des dolmens. chaque nom d'histoire a part de labeur. et avant eux le laboureur armé du pic néolithique. sur trices les institutions direc- de cet énorme Empire d'Occident.

communs étroite- à tous. servant à la fois de lieux de prières. et enfin. résidence. des pistes connues de temps immémorial. je commence à en entreen voir quelques-uns dans l'ombre de la préhistoire : Gaule. car elle devait reposer sur de fortes similitudes de cultes. eux aussi par des traites familières.vous de milliers de pèlerins. Voyez par exemple mins de Rome. principal élément d'union et d'alliance était- l'élément religieux et sacerdotal. juxtaposi- du fond de sa tion de vingt peuples divers. et surtout l'étain et ces sanctuaires.84 DE LA GAULE A LA FRANCE. et ces sanctuaires maritimes. où le marest chand coudoie le fidèle. d'institutions et de langues. ni à celui de Xerxès. quelques-uns de les non les moindres. celui où nous trouverons bientôt la Loire. telles les abbayes du Moyen Age. plus libre. de reliés marchés. sur et Gien. à les Druides. et peut-être aussi de manufactures. ces pèlerinages. où souvent le même voyageur et. mi-chemin de son cours. l'un et l'autre. les pierres dures. des sanctuaires gouvernés par des prêtres. Je me : suis toujours représenté l'ancien monde européen comme assez sem- blable d'allure à la Chrétienté médiévale en des espaces choisis et traditionnels. circulant l'or ou l'argent. le corail et le cuivre. ni à celui de ment fonde serré par des lois et des ordres Rome. *. et sur ces pistes. à une Peut-être il tribu suzeraine. de caravansérails. entre Orléans 1. ces centres religieux. situés sur rivages ou les îles côtières. lieux de rendez. De ces lieux saints de l'Occident où s'est formé le patrimoine collectif des Européens. car je doute qu'elle le ait obéi à un seul souverain. la Terre leur mère ou le Soleil leur maître. C'était : une communauté à la fois plus libre et plus pro- plus profonde. réunissant entre eux les lieux sacrés l'ambre. à un corps suprême. les chemins de Saint-Jacques ou les che- . ces espaces consacrés. auxquelles pouvaient et devaient se soumettre tous les hommes de cette lignée. organisés sous forme de caravanes. placés sous l'invocation de divinités universelles.

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
dans
les. Iles

85

Britanniques, cette

île

d'Anglesey qui fut

peut-être le trait d'union cultuel entre Irlande et Grande-

Bretagne; un autre aux Pays-Bas, en cette île de Walcheren où commencent les grandes routes de l'Escaut, de

Meuse et du Rhin ^; plus loin sur ce rivage, l'îlot sacré de Heligoland, face à l'ouverture de l'Elbe; de l'autre côté de l'Occident, un lieu saint à Aquilée, près de Venise, à l'endroit d'où l'on descend des Alpes, où l'on arrive de l'Adriatique -. Au delà de ces sanctuaires proprement italoceltiques, commençait la ligne de ceux que revendiquaient pour eux les terres helléniques, comme celui de Dodone en Épire, ou qui demeuraient dans la contrée des ancêtres indo-européens, comme celui de l'île de Fehmarn au pasla

sage des détroits danois ^ et, l'aïeul et peut-être le plus sacré de tous, celui de l'ambre baltique au Samland, entre
Vistule et Niémen. Car,

même

après migrations et disper-

sions, les relations continuèrent

d'abord entre

les

hommes

ou

les prêtres.

Ces pérégrinations lointaines, accomplies grâce à des trêves de dieux et à des protections de prêtres, n'étaient

pas

le

principal dans la vie de ces

hommes.

Elle se passait

surtovit à cultiver et à récolter.

plus fortes, avec des

L'œuvre de défrichement continua, dans des proportions moyens plus perfectionnés, sous une

coordination plus régulière des bras et des volontés.
1. C'est, je crois, le

Dans

sanctuaire insulaire dont parle Strabon (IV, faisant face à la Bretagne et consacré à une déesse du sol indigène analogue à celle de Samothrace : et ce doit être le temple 'bien connu de Néhalennia à Domburg (Corpus inscr. Latin., t. XIII, n'5 8 775 et suiv.). L'importance de ces vieux sanctuaires insulaires
4, 6),

et maritimes suffirait à rappeler le rôle de la marine dans l'histoire primitive de l'Europe. 2. Le fameux sanctuaire de Bélénus, à Aquilée, est, dans les temps de l'Empire romain, Théritier de ce lieu saint. 3. Si c'est là qu'il faut placer le sanctuaire fédéral de la Terre

chez

les

peuples baltiques de l'ouest (Tacite, Germanie, 40).

86

DE LA GAULE A LA

FRAJSCE.

la légende d'Hercule, vainqueur de l'hydre de Lerne, nettoyeur des écuries d'Augias, chasseur des oiseaux du lac Stymphale, s'est dissimulé le souvenir et le symbole des vastes conquêtes agricoles dont la Grèce a été le témoin. Mais la Gaule a eu aussi les siennes, et si la légende ne les

a point célébrées, et leur grandeur.
le

elles

n'en eurent pas moins leur beauté

C'est après l'arrivée des Indo-Européens que je placerai

formidable travail de la Limagne, immense marais qui

fut alors transformé en cette terre merveilleuse, la joie

des yeux de France ^ Cette fois, ce n'est plus la besogne médiocre et pénible d'un travailleur isolé ce sont des milliers d'hommes qui s'attachent ensemble à des milliers d'hectares; c'est l'assaut discipliné contre le marécage, mille canaux qui le pénètrent comme des tranchées d'at:

taque, des ingénieurs qui calculent

les

pentes, qui atten-

dent le résultat pour donner de nouveaux ordres, l'armée des laboureurs succédant à l'armée des terrassiers. Nous

avons

le tort "de

réserver ces

mots

d'orgueil scientifique,
Ils

ingénieur ou calcul, à nos entreprises contemporaines.
ce que, depuis Henri

valent tout autant pour ces tâches d'autrefois. Songeons à

IV ou au Moyen Age, a représenté de de méditation, de volonté, le dessèchement des marais de la Garonne et de Normandie, du Lay etdela Sèvre et sachons admirer les créateurs de la Limagne Niortaise au même titre que les moines de Maillezais ou les Flapeine,
:

mands
d'eux.

appelés par Sully. L'histoire se doit également à
se sont fait oublier et à

ceux qui

ceux qui ont

fait parler

La Limagne
1.

est le chef-d'œuvre de ce

temps; mais en

Voyez

le

chapitre consacré à la

Limagne d'Auvergne dans

la Géologie agricole de Risler, si précieuse même pour l'histoire, Paris, Berger-Levrault). t. II, p. 404 et suiv. (1889, de Dienne, Histoire du 2. Je renvoie à deux livres essentiels
:

marais en France avant 1789, paru en 1891, Paris, Champion; Etienne Clouzot, Les Marais de la Sèvre Niortaise et du Lay, 1904, Paris, Champion. Et il y aurait bien des monographies de grand intérêt à écrire encore sur ce sujet.
dessèchement des lacs
et

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.

87

Bourgogne, en Soissonnais, en Picardie, en Agenais, en Languedoc, dans le Coratat, en Alsace, dans toutes nos
provinces d'aujourd'hui, des affaires pareilles furent réussies.

Nous ne voyons
:

le le

chasseur qui court la forêt ou

marécage

temps reculés que sauvage perdu dans j'aperçois plus volontiers le bûcheron qui
d'ordinaire en ces
le
le terrassier

défriche l'une,

qui dessèche l'autre.

On

insiste

sans cesse, pour décrire cette époque, sur la note de barbarie
vail.
:

j'ai le

droit et le devoir d'insister sur celle de tra-

Fouillée

avec audace, la terre

livrait

de

nouvelles

richesses métalUques.

On connut

l'étain après le cuivre,

l'or. Le hasard d'une expérience heureuse ou quelque renseignement venu d'Orient révéla la possi-, bilité d'un alliage entre les métaux et l'union du cuivre

l'argent après

:

et de l'étain produisit le bronze, malléable, solide et bril-

comme un métal créé par l'homme *. Grâce au bronze, la hache fut perfectionnée chaque jour. Gomme arme de combat, elle fut aidée par le poignard, puis par l'épée, dont nous verrons plus tard le triomphe. Des objets de tout genre apparurent sous l'action du métal 2, fines et longues aiguilles pareilles à des dards, agrafes ou fibules aux têtes ornées de spirales car le bronze se prêtait à la rigidité de la pointe qui transperce et à la souplesse du fil qui s'enroule. Depuis que les Hyperboréens, descendus vers le sud, se trouvaient en contact direct avec les vieilles civilisations de l'Orient, ils purent
lant, qui fut
:

1. Je n'ose, au sujet de ce problème de rorigine du bronze, me décider entre la thèse de l'origine unique, qui serait en Orient, et celle des origines multiples, dont une quelque part dans le monde indo-européen. N'oublions pas que ces populations primitives de l'Europe se pénétraient certainement beaucoup plus que nous ne pensons. 2. Pour l'âge du bronze, ou le premier âge du métal, voir le partie, 1910. Manuel de Déchelette, t. II,

V

88

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

connaître et adopter

progrès réalisés aux bords de la

Méditerranée

*.

Des animaux domestiques furent affectés à de nouveaux usages. Le cheval, qui venait à peine d'être soumis, fut attelé à des chars ou à des chariots car la roue avait été découverte; et ce n'est sans doute pas à pied que partirent tous les émigrants. Le bœuf fut attaché à la charrue, et rhom«ie n'eut plus qu'à manœuvrer le soc au
:

lieu

de

le

conduire lui-même.
le

L'attelage du bœuf, le labour à la charrue, voilà, pour

nos pays agricoles de France,
à la
fois l'outil et la terre associés
le sillon

signe d'une ère nouvelle,

de travail et de sentiment. C'est l'homme, l'animal, en une

commune

entreprise; c'est

qui se creuse sans peine et s'allonge sans erreur;

c'est le sol qui le reçoit

joyeusement;

c'est le

laboureur

et la bête qui s'avancent

ensemble, en une marche rythmée,

\

'

ciel et l'or du soleil. Assurément, les génétemps ne définirent pas la poésie sainte de ces choses avec la virtuosité d'un Millet ou d'un Victor Hugo. Mais soyons sûrs qu'elles la sentirent confusément, qu'elles comprirent la magie religieuse du labourage. Les principales images, d'ailleurs enfantines et grossières, que nous ont laissées leurs artistes, représentent des charrues et des attelages de bœufs ^. Aux siècles disparus des troglodytes, l'homme fixait la figure de l'animal de chasse, espérance de sa vie et but de ses courses il fixe maintenant le simulacre du labeur, dont la pensée domine son âme. Enfin, ces nouveaux instruments et ces nouvelles matières du travail industriel permirent de construire des édifices

sous l'azur du

rations de ce

:

plus

solides

et

plus

durables

*.

On

s'attaqua avec plus

1. Mais je ne peux croire qu'ils n'aient pas imaginé par eux-mêmes bien des choses de métal. 2. Les gravures rupestres des Alpes de Tende, si patiemment mises en lumière par Bicknell; de ce dernier, surtout A guide to the prehisioric rock engravings in the Ilalian Maritime Alps, 1913, Bordighera, Bessone. 3. C'est à dessein que je me suis interdit d'insister sur les monuments mégalithiques au chapitre précédent, avant l'introduction

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
d'énergie à la pierre,

89

comme on l'avait fait à la terre. Les demeures des vivants restaient toujours en bois mais, pour les demeures ou les souvenirs des morts, on bâtit des dolmens chaque jour plus massifs, des menhirs chaque jour plus hauts'. Le Men-er-Hroeck de Locmariaquer dresse son pilier à plus de 20 mètres; la grande dalle qui
:

recouvre la chambre sépulcrale de Gavr'inis a plus de 12 mètres carrés. Pour amener ces blocs, pour dresser ces
il fallut des charpentes, des rouleaux, des cordages de dimensions considérables et d'une solidité à toute épreuve, et il fallut en outre des équipes d'hommes orga-

obélisques,

nisées,

manœuvrant avec ensemble
il il

sous l'ordre d'un seul

chef, et

fallut enfin, chez ce chef, des calculs attentifs

et minutieux. Certes,

ne

les faisait

pas par

écrit,

il

ne

savait ce qu'étaient l'épure, le papier, le chiffre et la méca-

nique

:

tout se passait en son cerveau, par souvenirs et

Mais lui aussi, comme le dessiccateur de la LJmagne, valait sa valeur de savant. Cette construction de mausolées indestructibles nous ramènera à la même conclusion que le dessèchement des marais, que la dénomination des détails du sol l'éducation de la terre est terminée, par le labour, par le tombeau, par la sainteté du nom. Attendons quelques génénous verrons cette terre imprimer son rations encore image sur les sociétés politiques.
réflexions.
:

:

En même temps que la terre, les familles et les tribus humaines qui l'habitaient recevaient, elles aussi, leurs façons
définitives, les règles de leur vie et les lignes de leur droit-.

du métal. Dans un sens contraire, Déchelette les étudie sous la rubrique âge de la pierre polie (t. I de son Manuel). 1. Ce qui n'exclut pas le rapetissement de ce genre de construction à une époque postérieure. 2. Je m'inspire, pour ce qui suit, de Fu-tel de Coulanges, La qui ait été l«nté Cité antique, le premier et le plus grand eflui
'.

sa réplique ou son emblème sur le car toute lignée humaine doit montrer son lieu de rési- dence. C'est dans une époque plus ancienne. P. Mais enfin. eux aussi. l'épouse oubliera la famille de sa naissance pour ne plus connaître que celle de son mari. le mariage est l'origine le : d'une famille éternelle. placée sous la sauvegarde des dieux et la sanction du culte. violence. pour reconstituer la morale et le droit primitifs des Indo-Européens. en les élevant corps et âmes.90 DE LA GAULE A LA FRAyCE. Son devoir. est de les préparer à devenir pères de famille à leur tour. membre de la société. » : . comme dira le rituel romain. mais ce ne sont pas des esclaves. Ils sont sous sa juridiction et sa discipline. constituée par l'homme au jour du mariage. Il est vrai que l'homme demeure la le maître. devant les dieux elle est son égale. ubi Gaius. Les enfants. auxiliaire et associée Le père de famille a pour compagne. Elle possédait. au besoin. il faut être père de famille. elle sera mère et maîtresse. Celui-ci guide et. la vie conjugale est indissoluble. ibi Gaia. 4 « Les populations grecques et italiennes sont infiniment plus vieilles que Romulus et Homère. et que les institutions se sont ou établies ou préparées. dans une antiquité sans date. que les croyances ". sol : pour ainsi parler. Cette famille était l'idéal de la vie terrestre. pourvu de droits et honoré de la titres. et peut-être les poètes ou les prêtres la comparaient-ils à l'union féconde entre la Terre-Mère et le Soleil dominateur tout ainsi que cet accord entre les dieux suprêm. Pour être vraiment un homme. femme Car qu'il s'est choisie et qui a accepté de vivre avec lui. et peut-être déjà les champs qu'elle cultive.se sont formées. l'espace qu'elle habite. la maison qui l'abrite. dans la vie elle participe à son culte et à ses titres : où il sera père et maître.es. Le principe de la vie sociale est la famille. la mariage n'est plus ou n'est point un acte de femme enlevée comme un butin de chasse ou de guerre. C'est une union librement consentie. la juge. dépendent du père.

juge. L'afïection. c'est membres de ces familles.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. cette tribu aura. son foyer et son feu sacré. Entre les ces tribus. Si le père engendre. ce village aura. des fils aux parents. sous la forme d'une paternité et d'une fraternité morales. dans les sacerdoces ou les royautés religieuses des grands maisons sanctuaires régionaux. qui ne doit jamais s'éteindre. ou. Le seuil et l'âtre en sont des endroits consacrés. à un tyran gouvernant à sa guise. leur sacrifier. une « piété » continue. Si plusieurs villages s'entendent pour former une tribu. son chef. et d'une mort dont on ne revient plus. au-dessus du roi . de un échange religieux de sentiments et de devoirs. sans cesse exprimée par des paroles et des actes. à la manière de ce feu immortel. entre les voisins d'un village. La communion avec des les morts est un devoir : les hommes. 91 La maison ce que serait est une chose sainte. ainsi que la famille. Elle est pour le père un temple pour un prêtre. prêtre et roi. Au-dessus du père de famille était le devoir familial. Tout dans sieurs l'univers ressemble à se une famille. ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître. Il ne faut pas que l'oubli atteigne les aïeux qui sont morts que leurs tombes soient au voisinage de la maison ou dans un champ dans c'est : sacré des terres lointaines. Car. Rien. et cette piété est le levain impérissable qui fait surgir et s'animer toute vie sociale. Et sans doute l'élément familial se retrouvait. la famille vivra le temps comme sur l'espace. circule du père à l'épouse. ainsi que la maison. en parler. entre les citoyens d'une tribu. pour que ses fils engendrent après lui. les vivants veulent se souvenir d'eux. ce serait les faire supprimer de la mémoire périr une seconde fois. Le despotisme y était inconnu. comme diront plus tard les Latins. les prier. Si t)lu- groupent pour former un village. mais une affection agissante. Mais ce qu'elle a surtout de divin et d'éternel. de ces villages. dans ces sociétés d'autrefois. c'est le foyer de cet âtre.

c'est la loi. Je crois bien que l'Europe occidentale avait trouvé. Les êtres passaient. Alt-arisches Jus gentium (1889. sens. aussi bien pour le chef que pour les Un souffle de liberté et d'égalité agite ces hommes. Rappelons-nous la manière indépendante dont les Grecs autres. dois honorer ton hôte. honorer tes parents.92 DE LA GAULE A LA FRANCE. Tu dois obéir à l'ordre de ta tribu. On a pu ramener à neuf principes la morale fonda« Tu dois mentale des premiers Indo-Européens Tu dois respecter et respecter et honorer les dieux. Je les indique d'après les deux ouvrages de Leist. même d'Homère parlent à leurs rois : c'est un dernier écho de la tradition primitive des Indo-Européens. Des obligations plus précises réglaient les rapports entre hommes. Ce qui commande véritablement à des hommes. qui est la pour tous. familles et tribus restaient. léna) et Alt-arisches Jus civile (1892-6. Une morale impérieuse avait été établie pour eux tous. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. . » Toute la loi d'Israël fut dans les dix commandements que Moïse édicta pour son peuple en marche nous en retrouvons de semblables dans le monde européen à l'époque de ses migrations. Tu ne dois pas mentir. léna). ' : — — — — — — — — — — : — connaissait point toutes. ce n'est pas un chef. pas plus d'ailleurs qu'Israël lui1. Tu ne dois pas voler. l'étranger et le mendiant. parmi ses prêtres ou ses conducteurs. de tribu était l'Esprit de la tribu. Tu ne dois pas tuer. Il connaissait donc les règles de la Il est vrai qu'il ne les morale absolue et immuable. des législateurs aussi capables que Moïse ou Hammourabi de formuler des préceptes de conduite ou de rédiger des articles les de loi : seulement les articles de la loi se répétaient par la parole et n'étaient pas inscrits sur des tables. Tu Tu dois maîtriser tes Tu dois te tenir propre et pur.

Il n'empêche que cette morale européenne ne fait point une part exclusive au sentiment égoïste et fermé de la famille et de la tribu. c'est que quelques-uns des maîtres des aient voulu les inscrire dans le cœur de tous. et je ne suis point sûr que ces prohibitions fussent limitées à la famille ou à la tribu. au droit universel. Mais ce qui importe. Enfin.endiant ou à des sympathies le misérable. Par cela seul qu'il y est question d'amour et de respect pour quelques-uns. tous ces devoirs devaient être à chaque ils instant violés par des milliers d'hommes. vaste patrie ou humanité tout entière. Des préludes à la bonté. parmi ses ordres. . c'est qu'on a reconnu la nécessité ou la beauté de la discipline morale. c'est que l'élite hommes comprît déjà. le m. ceux de son groupe. on peut prévoir le jour où respect et amour passeront à des groupes plus étendus. de la vérité. que le Christ : ajoutera aux dix commandements. Si la débauche. l'étranger. le meurtre et le mensonge sont interdits. s'y manifestent. : il ont aussi droit à des égards y a donc des devoirs même envers par cela seul qu'il est un homme. celui aimer son prochain comme soi-même ». de l'existence humaine.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. comme le les sont encore. le vol. l'hôte. A coup sûr. 93 même d' a nous n'entendons point.

Approche des Méditerranéens et fondation de Marseille. plus commerciale elle les que politique. gieuse que Une aussi vaste communauté.IV L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS LIGURES ET DRUIDES *. L'Armorique. La rupture de Vanité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France. L'assemblée des Druides au centre sacré de la Gaule. La rupture dut se faire d'elle-même. Pour les arguments en faveur de cette thèse. centre de vie agricole. 27 et s. Hiérarchie druidique et dieux généraux. Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale. sans ces convulsions sanglantes qui brisèrent l'Empire romain. sociale et religieuse. Les « pays se groupent en provinces ou « cités ». A propos des sacrifices humains. Dangers qui naissent des ambitions commerciales. 1. Sacrifices communs et communauté religieuse.. capitale des morts. L'âge de répée se prépare et l'âge du fer commence. d'image. souveraine de l'Océan. Je me décide. Le « pays ». p. renfermait point en germes d'une Aucune puissance matérielle n'existait pour la maintenir. ne longue durée. Le roi de tribu. 102 et s. — — — — — — — — — — — — — >•> — — L'unité de l'Europe occidentale se disloqua à la veille de l'an mille avant notre ère. plus très reli- sociale. p. L'Armorique. Relations religieuses avec la Grande-Bretagne. de temple. Caractères de la civilisation druidique : pas d'écriture. voyez Revue des Études anciennes. . à voir dans l'organisation druidique la survivance d'institutions antérieures au nom celtique. 1919. après de longues hésitations.

L'Italie.L'ÉPOQUE DES PRÉTRES-ROIS. ou perdit et reprit une certaine homogénéité. et se laissèrent peu à peu assauvagir par les forêts et les marécages qui les enserraient. A l'est du Rhin. les Ombriens. s'y rapprochent pour un pour une communauté nationale. Au sud des Pyrénées. terre de Saturne ». dans le rayonnement de ses vallées et à l'ombre de ses montagnes familières. celles de l'Irlande. Aucune trace de gouvernement central ou général ne résulte des faits linguistiques. ces 1. moraux de l'entente des hommes. prit et garda. 95 aucun gouvernement ne prenait intérêt à sa conservation la '. et peut-être. Voici maintenant que tout jamais accord fraternel. tendance des régions naturelles de l'Europe à se suffire à elles-mêmes. Un lien religieux assez étroit continua à grouper ensemble les tribus de la GrandeBretagne. Les plus anciennes générations avaient pris possession du sol. comme société que la nature l'avait créée comme Un nouveau pas. . Elle avait contre elle le jeu des forces géographiques. Mais l'unité la plus nette et la plus forte qui apparut alors dans le monde occidental fut celle de notre pays au lendemain et à la faveur de la décadence de la société italo-celtique. les tribus indo-européennes allèrent à l'isolement. était fait vers \ l'avènement de notre patrie. religieux ou autres qu'on a pu constater dans le monde occidental à la première époque indo- européenne. l'être qui devait devenir la Gaule et la France se montra enfin sous la forme d'une personnalité religieuse et politique. plus décisif encore. les contours intellectuels et sur hommes. de plus récentes avaient fixé les lois fondamentales de cette vie. bien enfermée dans le cadre providentiel de ses : mers. d'autres étaient venues. à vivre chacune pour soi. archéologiques. enracinés à cette terre. et ne vécurent plus que sous le reflet des États étrangers qui grandirent sur l'Èbre « et en Andalousie. les populations furent chaque jour plus indifférentes à leurs voisines du couchant. telle terre. et ce fut sous la domination du robuste peuple du Tibre et des Apennins. qui avaient fait de la terre la base de la vie sociale. avec elles.

La conquête indo-européenne avait évidemment préparé ce jour où une nation devait se fonder en France. même groupés pat la violence. En : apparence. il fallait donc que l'on eût l'idée d'une de prêtres et . image symbole de patrie. elle et les lointains plus avait. en lui rappelant sans cesse ses vraies frontières. mille ans plus tard. Elle avait obligé les familles de ce pays à se connaître et à se comprendre. sur la Loire. se réunissaient en un pour y tenir leurs assises. imposant à nouveau la même langue et les mêmes dieux. en cherchant pour elle des capitales. les montagnes et le Rhin. près de la forêt d'Orléans. contribuera à parfaire l'unité de la Gaule. pour la ainsi que la contrée tout entière sentît et respirât d'un souffle plus régulier et plus général. l'Empire carolingien a eu le le mal fait par les épigones de Dagobert. fait elle avait rendu les routes plus fréquentées accessibles. ce n'était que concile et cénacle en réalité. l'Empire romain. lui aussi. parler. Ce lieu de rencontre avait été expressément accepté parce qu'on le disait au centre de la contrée habitée par toutes les tribus de même sang. à des jours lieu consacré solennels. c'était assemblée nationale. et ce lieu était. les obtiennent toujours un bénéfice à se serrer plus : près les uns des autres. L'unité gauloise (je me sers de ce mot de Gaule par anticipation) était essentiellement d'ordre religieux. qu'on appelait les Druides. manière encore.96 DE LA GAULE A LA FRANCE. Lyon ou Trêves. elles ne font pourtant pas que le mal. Pour avoir ainsi cherché et choisi ce centre. en De lui même manière. elles esquissent parfois de la De même mérite de réparer un instant nouvelles patries hommes car. Chaque année. en réunissant les tronçons de la Gaule chrétienne. Si dangereuses que soient ces grandes formations impériales pour le repos et la santé du monde. les prêtres des tribus. comme je l'ai déjà indiqué.

et. qui sera le plus révéré des lieux gaulois au voisinage du Rhin. Je ne dis pas que cette contrée correspondît exactement à la France.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. autour duquel s'unissent terres et forces vives. la capitale. plus au sud. qu'ils installeront un puissant monastère et leurs plus célèbres écoles car là. 16). J'incline à accepter l'hypothèse de Soyer sur l'emplacement de « l'ombilic » gaulois. n. Voyez l'importance des Et je pourrais citer bien des faits cultuelle d'une ligne 2. future station d'Hercule. p. en tant que demeure de tribus parentes. foyer et capitale. plus que les frontières. indiquant la valeur rituelle et frontière aux époques les plus anciennes. pour désigner JfLLus. à. 4. l'île attirante de Sein aux neuf prophétesses. le rocher de Monaco. diront-ils. Il était admirablement placé pour commander à tout ce qui sera la Gaule. pour une famille. ce est-il possible : car les prêtres et les fidèles d'alors aimaient plus encore les que nous les les lignes tracées. de lui imposer un cœur qui le foyer. pour une nation. temps antérieurs à l'Empire la — De Gaule à la Franco. résidence il d'une famille sociale. c'est au même endroit. Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire. Voyez p. les Encore cela que temps lui aient assigné pour frontières deux mers et les deux chaînes de montagnes. le : : 1. 1920. Mandeure au pied du Jura. 3. près de la fontaine Saint-Sébastien {Bullelin de la Section de Géographie. lorsque moines bénédictins voudront refaire l'unité intellectuelle et morale de cette Gaule devenue chrétienne. pour définir une région. limites dans le droit fécial primitif. On eut alors pour centre. les Deux mille ans plus tard. on touche à la fois à France. 229. 3. hommes de Rhin. domine. contours précis et visibles. pour doter une nation d'un domicile certain. : enceintes consacrées Il n'importe d'ailleurs le principe souverain. 7 . Je répète que je ne les me sers de cette expression de ligure que celtique. fallait qu'on eût la notion de son étendue et l'indication de les le ses limites. contrée. vaut plus que les murailles. le sanctuaire de la Loire ^. c'est de lui marquer un centre. Aquitaine et Bourgogne'. à Fleury-sur-Loire. Regardez les lieux extrêmes de la Gaule ligure* l'île de \Yalcheren avec son sanctuaire cher aux marins de la mer du Nord. '.

Les hommes de ce temps ont-ils donc mesuré les étapes sur les routes pour arriver au milieu même de leur réseau? ou est-ce le hasard qui les y a conduits. là s'assemblaient ses prêtres. . D'après Aviénus. et qui les a conduits exactement à la moitié du cours de la Loire. Si ces pieuses réunions avaient pour objet de culte la Terre-Mère. On dira que ce sont là symboles et images. depuis la Genèse jusqu'à Samuel. de méta- tifiques ont phores et de figures. occupés par des enceintes sacrées. de telles idées conviennent à ces générations anciennes. Je disais tout à l'heure que la religion aimait les lignes précises^ : mais elle aimait également les images concrètes qui dessinent la pensée. le cap du Figuier aux abords de l'île enchantée de Saturne \ tous ces angles naturels de la Gaule.98 DE LA GAULE A LA FRANCE. vers 164-172. le fleuve médian de la France? Toujours est-il que là où était le centre du pays. l'unissant à la vie de la par des paroles mystérieuses et d'émouvantes for- mules. Si nous voulons nous rendre compte de la manière dont ces fondateurs de la Gaule se représentaient leur nation et sa terre. ce n'était pas seulement la terre universelle à laquelle elles donnaient le baiser de dévotion. la mère même de leur société. Mais c'est précisément pour cela que de tels mots. d'images et de symboles. si elles se tenaient en ce saint des saints pour sentir palpiter son cœur. relisons l'Ancien Testament. voyez les dénombrements primitifs. c'était la terre propre de leur nation. les tribus associées qui s'arrêtent. les solennels rassem- 1. Je pourrais ajouter les nombres rigoureusement exacts. la description de la Terre Promise. L'esprit laïque. Elles vivaient. sont à égale distance de « l'ombilic » divin de la Loire. la terre et la vie L'adaptation est maintenant absolue entre la vie de de la société. L'îlot de Santa-Clara à SaintSébastien? 2. bien plus que les nôtres. les habitudes scienpeu à peu chassé cette allure magique que l'homme imprimait à terre sa vie. l'histoire de sa conquête. cap Cerbère qui abrite le port de Vénus.

les centres religieux principaux au temps des Juges. Les divergences entre les hommes ou que les entre les sociétés humaines sont moins si fortes ressemblances. la solidarité fraternelle qu'à chaque instant nous entendons l'écho de nos pensées des ou de nos traditions nation. cf. Revue des Études anciennes. et monte aux pour jours de fête vers la ville sacrée sa capitale. et que nous n'avons parlé que d'Indo-Européens. ne sont pas loin de ressembler aux Druides. Finistère). Les Druides ne faisaient pas autrement dans leur enceinte divine. c'est pour vivifier à nouveau leur société. § 1. se rendent autour de la pierre mystique qui est l'emblème de leur vie sociale et qu'ils accomplissent les gestes et les actes solennels. Il me paraît certain que « l'ombilic » de la Gaule était représenté par une pierre. en particulier Samuel. sur les ombilics des pays celtiques. Sion ou Jérusalem rappelle plutôt une capitale militaire de la Gaule celtique. comme s'il était une seule famille^. Loth. pour prendre un sentiment plus fort de ses attaches et de ses intérêts. serait avec Silo ou Mitspa. analogue à celles de Delphes ou d'Irlande ou à la pierre de Kermaria (dans Pont-L'Abbé. 3. si l'on veut établir une concordance plus exacte. qui place son foyer au temple de ce Dieu. c'est une sorte de renaissance de sa conscience collective. l'analogie véritable. et aujourd'hui encore la lecture de l'Ancien c'est Testament réussit à nous passionner. s'y assembler reste. 3. 193 et s'. en état de pureté rituelle. Esdras. Lorsque les hommes d'un clan. En réalité. et les Juges. Que l'on n'objecte pas que ces conquérants de Chanaan étaient des Sémites.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. nous observons des épisodes de vie collective qui nous rappellent les prêtres de la Gaule. renforcer la fraternité natio- 1. telle que Gergo\ie ou Bibracte. . ch. 2. et le repos accordé enfin à l'arche dans la colline sainte de Sion ^. groupés sur le giron de la terre maternelle. ils obéissaient au même désir. 1915. tels que je me les figure au temps primitif. p. membres d'une un peuple qui s'identifie avec son Dieu. pour l'ombilic druidique. 99 blements de leurs hommes autour de « la pierre de témoignage » *. Au même chez les tribus arriérées de l'Australie. .

J'emprunte expressions et renseignements au célèbre ouvrage de Durkheim. Paris. on englobait. purifier. et peut-être se souvenaient-ils. qui étaient des victimes humaines -. conscience de conscrences » ^ Seulement.100 DE LA GAULE A LA FRANCE. ainsi que les Juifs à Jérusalem. communauté de sang les et cette fraternité d'alliance. sur qui l'on rejetait toutes les fautes et toutes les tares de la société. Druides les renouvelaient dans les journées des assises par plus efficaces et les plus solennels des sacrifices. Voyez maintenant Loisv. Essai historique sur le sacrifice (1920. en particulier p. ils adoraient mêmes Cette les dieux. qu'ils avaient une ascendance commune. des relations commerciales existaient entre leurs coutumes étaient pareilles. on confondait. en Australie. Alcan). ils tranchaient des litiges. un resserrement du lien fédéral. Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912. de force et de pureté. 2. la religion sociale s'est abêtie dans les rites magiques d'un clan atrophié. leurs même les langue. un réveil de la solidarité publique. comme un nouveau un nouveau traité de sauvegarde qu'elle contractait avec ses dieux. Par là même. : Les prêtres. à côté de leur rôle religieux. on unissait dans ce renouveau toutes les tribus associées ces sacrifices d'expiation et de purification devenaient aussi des actes de communion et d'alliance. Les prêtres et les dévots qui se rendaient aux bords de la Loire parlaient la tribus. car l'esprit de la 1. 033. . nale. Paris. « la conscience collective. rajeunir et réconforter cette société : c'était pour elle bail de vie. tandis qu'en Gaule elle s'épanouissait dans l'image éternelle d'une grande nation. on pensait effacer ces tares et expier ces fautes. exerçaient de très importantes fonctions de juges : ils punissaient des coupables. Par le meurtre rituel de quelques hommes émissaires. Ce n'était pas en effet un groupement artificiel auquel présidaient les rites druidiques. Nourry).

au solstice de décembre. 3. et où le soleil. 2. Il y avait une hiérarchie dans ce clergé. etc. J'imagine aussi d'espérances en l'éternité de la vie. rentrés chacun en sa tribu. Les prêtres. le prêtre des prêtres. et elle répondait à un idéal qu'on peut supposer en leurs âmes. s'arrête et revient pour recommencer sa course. Les dieux qu'on avait adorés aux heures saintes demeu1. 10. Mais dans l'intervalle de ces fêtes. le juge des juges. au moment où fêtes.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. le soleil apparaît dans toute sa gloire et la que d'autres moins sanglantes et plus paisibles. est vrai que ces fêtes J'imagine qu'elles avaient lieu en ne duraient que quelques instants. été. Par la suppression des préils à batailles ou à querelles. au solstice de juin. des institutions. Puis. « le roi des sacrifices des ». prêt à disparaître vers le sud. que rales : : d'être pour des millions d'hommes occidental. qu'avait lieu la cueillette du gui. Je m'inspire pour cette expression de l'Ancien Testament. pleines terre dans toute sa maternité. 18-19. avaient lieu en hiver. n'a rien vu de comparable. des pratiques génécontinuaient la loi de l'alliance. et peut-être est-ce en ces fêtes de décembre. sagesse divine textes ' 101 était en eux. des noms donnaient une sanction permanente à l'unité. Juges. Ces Druides n'étaient pas égaux entre eux. verdure immuable au milieu de la forêt dépouillée. L'un d'eux était regardé comme le premier et le chef de tous. Le monde jusqu'au temps empereurs romains. avaient intérêt à rappeler sans cesse cette loi car elle faisait en partie leur puissance. consolidaient encore ces attaches nationales qui s'étaient renouées dans le sang de leurs Il sacrifices. une gloire quasi divine. . Il est possible que son autorité fût purement nominale mais ce n'en était pas moins une souveraineté magnifique. au moment où la terre reçoit les semences nouvelles. des titres.

— Je ne pense pas qu'on puisse supposer l'existence. Enfin. il y a encore bien des motifs pour l'écarter. plutôt. ouvrant des routes et des marchés. Quel nom lui donnait-on? et quel nom ' ' donnait-on à la terre qui la renfermait? Le nom de Ligures était-il toujours celui de ces populations. nous ne pouvons encore les distinguer. le dieu du ciel et du bords sacrés de la Loire. que ne peux m'empêcher de le voir présider. nom et son histoire. mais Certains indices m'ont parfois rendu l'iiypotlièse fort tentante. le dieu des champs et des batailles. J'ai peine cependant à croire que Teutatès n'ait point déjà existé signifie le dieu « comme ». dès ce temps-là.102 DE LA GAULE A LA FRANCE. Terre et peut-être aussi son époux. comme on disait le dieu « national )>. sur la Loire. . à Bélénus le Soleil. d'Esprit social. aux assises religieuses de ses tribus associées. dans ces enceintes de prières. 1. dieux adoptifs. qu'une place importante ait été faite un jour. raient les dieux communs de toutes les tribus. de la société fédérale qu'elle représentait. d'empereur et de législateur. ou. que le fait même des prières communes et celui de l'enceinte où tant d'hommes sont assemblés. mère du dieu et de la nation. père et éducateur du peuple. le dieu souverain. tonnerre. a une telle allure de Génie de peuple. avait fondé la nation dont il portait le nom. Qu'à côté ou même au-dessus de lui on ait adoré la Terre. des mots de Gaule et de Gaulois '. nombre et noms de dieux nous que inté- ressent moins. Ésus. lui révélant l'industrie et les arts. Tentâtes. Nous vou- drions les connaître exactement. Au reste. Ceux que nous trouverons bientôt sur les Taran. — — acceptés par les prêtres à la suite de révolutions politiques ou sociales. en admettant qu'il l'ait jamais été? Disait-on simplement «la Teutatès? nation ». dieu d'alliance disait il : son fils nom de la national on de lui que. l'astreignant au travail et par son je à la paix. Ce Teutatès. auprès d'eux. une dernière question se pose à propos de cette assemblée. c'est fort probable. qu'il l'avait ensuite disciplinée. ne sont peut-être que de nouveaux venus.

L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS.
Je ne
ce
dois

103

pas parler de Celtes, car

les

hommes de
j
I

nom

habitaient encore au delà du Rhin.

Ainsi, l'histoire ancienne de la Gaule s'inaugure dans
l'unité; et cette unité résulte
la région naturelle qu'est la

de l'accord profond entre' France et la société humaine

qui s'y est établie.
Pareil fait étonne ceux des historiens ou des sociologues
la pensée demeure dominée soit par le morcellement du monde antique en cités rivales, soit par l'émiettement

dont

actuel des populations sauvages en tribus qui s'ignorent;
et
ils

se refusent à reconnaître cette loi

du passé, que

l'his-

toire générale de l'Europe (pour

ne parler que de l'Eu-

rope) a

commencé sous les auspices de vastes fraternités humaines. Car ce que je dis de la Gaule, je pourrais le répéter d'autres régions de notre monde. A l'arrière des destinées

du Latium et des douze acropoles de l'Étrurie, il y eut, je crois, l'unité de « la Terre de Saturne », dont les mythes nous ont conservé le souvenir, et que l'archéologie reconstituera un jour. Avant de se décomposer en ligues ou en royaumes, la Grèce a connu le prestige d'une large société religieuse, qui lui a imposé la communauté de langue et de mythes et qui lui a laissé le regret éternel de l'accord disparu. Ce régime des cités antiques que nous voyons au temps de Thémistocle ou de Cincinnatus, ce n'est pas une société qui commence et se forme, c'est une société qui se disloque et finit. Ou, plutôt, si c'est le point de départ d'une civilisation nouvelle, d'un Hellénisme universel ou de l'Italie romaine, c'est en même temps la décomposition, qui se continue et s'achève, de l'Italie de Saturne ou de l'Hellénisme des fils de Dodone. Ainsi va le monde, ainsi se fait l'histoire, qu'une ancienne unité s'efface quand une nouvelle unité se prépare. En France, au dixième siècle,
classiques de l'Italie, des trente villes

104

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

\ on observera

prodromes d'une grande nation, qui
de cela,
le

est

déchirement féodal /sera le dernier terme de la rupture de l'Empire romain. Mais le grand mérite de la France, la loi providentielle
la nôtre; et à côté
les

devenue f

de ses destinées, et cela apparut dès l'origine, c'est que forces d'unité l'emportèrent toujours rapidement sur

les forces

diale,

ou

la conscience

de dispersion. Le souvenir de l'unité primorou l'instinct de l'unité nécessaire,

ne se perdirent jamais. L'idée d'une amitié collective, d'une union sacrée planera toujours au-dessus des divisions les plus fortes. Ce ne fut pas l'épisode symbolique d'un jour, compris de quelques initiés et oublié après eux, que ce rassemblement des prêtres de toutes les tribus aux abords de la Loire, au centre de la terre gauloise ce fut le premier signe d'une histoire qui ne finira plus. L'émotion ressentie en ces solennités druidiques ne disparaîtra pas. Elle pourra s'affaiblir pour longtemps, les masses pourront l'ignorer elle renaîtra sans cesse, quelle que soit la forme que lui donneront de nouvelles générations. Il y aura toujours des âmes d'élite qui conserveront l'espérance d'une grande patrie; et cela devait suffire pour
: :

assurer l'éternité à l'idée souveraine.

Si
les

grande et

si

sainte

que parût cette unité de

la Gaule,

hommes

qui la maintenaient ne se résignaient point
ils

à n'en pas sortir;

n'avaient pas perdu la tradition ou

le désir d'une unité plus grande et plus sainte encore.

Les liens étaient rompus avec les gens de l'Italie, et sans doute aussi, sauf quelques navigations commerciales vers Heligoland ou les marchés de l'ambre, les liens avec les parents plus lointains. La famille indo-européenne vivait de plus en plus en sociétés qui s'ignorent, chacune se transformant à part, les unes pour se civiliser, les autres pour dépérir. Mais le sentiment de la parenté et de l'alliance demeurait encore très vif, chez les prêtres de la Gaule,

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-BOIS.
à
l'endroit

105

de

leurs

voisins

des

Iles

Britanniques.

marine armoricaine, les échanges de trafic étaient fort intenses entre les deux rives de la Manche et du Détroit. On commençait à recourir, pour le bronze, à l'étain de Cornouailles. La mer servait de route, et non pas de frontière. Sur les côtés opposés, c'était la même
Grâce à
la

civihsation, l'ardeur à bâtir des mégalithes ', le goût d'une certaine céramique- et sans aucun doute de très étroites affmités de langage. Les prêtres des deux îles s'appelaient des Druides, comme les nôtres; et ils se réunis-

saient

eux aussi en des lieux consacrés, au centre de leurs
les

tribus ^

Entre

Druides de Gaule et
relations

les

Druides de Grandeet

Bretagne,

les

étaient profondes

continues.
l'île

Ceux du continent avaient même pour ceux de
respect particulier.
Ils

un

traitaient leurs voisins en maîtres

ou en initiateurs
«

:

c'était en Bretagne, disaient-ils,

que leur

discipline

»

avait été découverte, c'est-à-dire qu'avaient

été réglés les rites de leur culte, ou leur code de morale, ou leurs méthodes d'enseignement. Il serait possible que le Druidisme breton ait vu se lever autrefois un législateur célèbre, dont les leçons auraient pénétré en Gaule, dont la tradition, soigneusement recueillie, se serait conservée intacte dans les sanctuaires de l'île. Pour la connaître dans toute sa pureté, prêtres et néophytes d'ici n'hésitaient pas à passer le Détroit et à se mettre à l'école de leurs
voisins, dépositaires de la loi sacrée.

L'histoire religieuse et intellectuelle de la France est coutumière de ces hommages rendus aux Iles Britan-

1

niques. Ces néophytes gaulois qui traversent la
L'Irlande

mer pour

1.

est,

comme

et

l'Angleterre possède quelques-uns ques les plus puissants du monde.

notre Armorique, fort riche en dolmens; des monuments mégalithi-

2. Je m'en tiens aux recherches de Loth sur les vases à quatre anses (Revue des Études anciennes, 1908, p. 175 et s.). Le caractère armoricain de ces vases a été combattu par Déchelette, Manuel, t. II, p. 377. 3. Surtout l'île d'Anglesey

106

DE LA GAULE A LA FRANCE.

puiser aux sources vraies de la tradition druidique, annon-

cent ces dévots du cloître ou ces fervents de l'école qui,

au temps de Brunehaut ou de Charlemagne, appelèrent, pour régénérer la France ou pour l'instruire, l'Irlandais Colomban ou Alcuin le Breton. Des deux côtés du Détroit se transmettait l'habitude d'une alliance morale qui pouvait préparer un meilleur avenir aux terres occidentales de l'Europe.

Cette civilisation druidique excluait tout ce qui, depuis
la

conquête romaine,

fait partie

intégrante de notre vie

ordinaire.

Et c'est pourquoi ce mot de civilisation fait sourire, quand on le voit appliqué aux prêtres et aux éducateurs de ces temps reculés.
Ils
ils le

ignoraient l'écriture, ou,

s'ils

en connaissaient l'usage,

condamnaient. Entre le dieu et le fidèle pour le sacrement ou la prière, entre le chef et le citoyen pour l'ordre et l'obéissance, du maître à l'élève pour la science, de
la

l'homme à l'homme pour
suffisait; et,

promesse ou
la

l'amitié, la parole

mémoire des faits accomplis, elle suffisait encore. C'était évidemment priver les hommes de la sécurité et des joies que donne l'écriture, témoin infaillible du mot prononcé, écho fidèle des choses disparues. Pourtant, ne croire qu'en la parole, lui attribuer une
pour conserver
valeur solennelle et magique, faire qu'un

mot

lie

à jamais

une volonté plus que ne le ferait un signe sur le bronze, tracer pour toujours dans l'âme invisible l'empreinte des
âges passés et des ancêtres partis, incorporer par là à
l'esprit,

de façon indélébile, la croyance et la tradition,

fortifier ainsi

deux des

facultés maîtresses de l'homme,

la

cela avait une grandeur une beauté que nous ne devons point méconnaître. Nous voyons bien, aux services que nous rend l'écriture, le désastre que serait pour nous d'en être dépouillés; nous ne voyons pas assez les faiblesses intellectuelles et morales qu'a amenées sa divulgation.
et la religion
:

mémoire

du mot

et

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS.

107

Les Druides interdisaient d'imaginer la figure des dieux le doute de reproduire la figure des hommes monde était prive de ces merveilles que sont pour le regard les images divines, de ces joies que sont pour les survivants les images des êtres perdus. Mais cela n'empêchait pas
et sans
:

force

de songer au mort, de revoir nettement ses traits par la du souvenir, et de l'aimer encore de l'esprit et des

yeux; et la divinité ne pouvait que gagner en splendeur et en pureté, de ne point être représentée par des lignes matérielles.

L'usage n'était point venu de
bâtir des édifices.
terre
:

tailler la pierre et

d'en

Un

dieu n'avait point sa demeure sur la

l'endroit consacré

l'on priait et sacrifiait était

un

lieu

d'assemblée pour

les fidèles, et

non pas un

lieu

de

résidence pour la divinité. C'était en bois qu'étaient les

demeures des hommes. Seules, les enceintes sacrées des villes et les tombes des morts avaient droit à la pierre mais c'était pierre brute que le métal n'avait point polie.

:

Et

cette

tradition

continuait tout à la fois le respect

ancestral pour la pierre et l'inquiétude religieuse qu'a
éveiller l'emploi

pu

de ce métal.

telles prescriptions supprimaient beaucoup d'art beaucoup de science; mais la vie morale n'en prenait pas une fâcheuse allure. Nous avons été tellement éduqués par l'art et par l'écriture, que nous ne comprenons plus l'existence sans eux, que nous traitons de sauvages ou de barbares les siècles ou les peuplades qui en sont dépourvues. En réalité, il peut exister des civilisations qui ne les con-

De

et

naissent point, j'entends des sociétés hostiles à la lettre
et à l'image
le travail,
l'esprit

moulées qui pourtant enseignent

la

bonté et

qui honorent la justice et la vérité, qui cultivent
libre

de l'homme, où la réflexion et l'imagination se
carrière.

donnent

Des poésies admirables peuvent

n'avoir jamais été écrites et se transmettre de bouche en

1.

La valeur

religieuse des murailles doit

remonter aux temps

primitifs.

On ne considérait la mort que comme un passage à une autre vie. On les ne fera pas un crime ou une aux Druides longtemps que et Grecs ou Italiotes. il Je suis de plus en plus persuadé que la civilisation et peut-être la langue du Nord-Ouest sont demeurées les moins éloignées de l'indo-européanisme primitif. bouche. religieuses ou juridiques de l'Empire romain. Le dogme de l'immortalité humaine avait de plus en plus pénétré dans les cœurs. Rome. les codes de morale n'ont pas été mieux observés. il : Européen de toute sa vertu. Israël n'y a pas été étranger. L'Indol'origine réservait à la parole toute sa force. La religion a singulièrement perdu à devenir une forme de l'art. A la décharge des temps druidiques. les mêmes angoisses que de nos jours. aux habitudes aux des aïeux ^ Parmi ces habitudes. de l'Europe chrétienne et du monde moderne montrent avec quelle lenteur^ l'homme se déshabitue du rite de meurtre. 1. Athènes et Carthage les ont connus. le jeu de la poutre et de la paille n'est pas de mise pour l'historien. même . au delà des mers. en ces parages inconnus vers lesquels semblaient terribles et cruelles. et certaines pratiques populaires. Le tombeau était pour le défunt une station d'attente ou de voyage à la veille de l'installation dans un second domicile. il faut rappeler que la mort n'éveillait pas alors les mêmes désespoirs. je reconnais qu'il en restait de les sacrifices humains. Les sacrifices humains ont été de tous les peuples et de tous les temps.108 DE LA GAULE A LA FRANCE. Ces prodigieux inventeurs qu'ont été les hommes du silex et de la hache ignoraient le calcul écrit. par exemple Mais en cela encore. plus fidèles comme intelligence et faiblesse les lois comme cœur. ne faut pas se payer de mots ou se nourrir de préjugés. lettre et l'image laissait à il l'Égyptien ou au Sémite la n'en valait ni plus ni moins d'être demeurés. Pour avoir été gravés sur des tables de bronze ou de marbre. Il irait habiter au loin.

l'idéal a travaillé la matière.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. à l'entrée du Morbihan. et la matière. c'est parce que l'Océan les attirait. comme si le défunt 1. Si ces morts sont là. c'était ne point les séparer de celui qu'ils devaient servir après la tombe. il devenait un Esprit puissant et mystérieux. Ces piliers rappellent des êtres disparus. Je songe aux cromlechs de l'îlot d'Er-Lanic. la gloire des morts a dressé les menhirs et les dolmens sur les les collines plateaux de nos campagnes. en vue de l'Océan. reste immuable. de Closmadeuc. L'amour de Dieu a bâti nos cathédrales au centre de nos cités. que la marée haute recouvre leurs pierres '. même façonnée. à la place où on a déposé leurs restes ou sacrifié en leur nom. c'était le On se suicidait avec la même spontanéité qu'on sacrifiait un homme. un affaissement du . polymathique du Morbihan pour l'année 1882. les appelait. Des corps ont reposé sous ces dans ces chambres de pierre. rapprocher de sa demeure définitive. et surtout sur les caps et de l'Armorique. Car l'idée dominante de toute génération laissera chez nous ses vestiges et ses témoins. la fureur de la gladiature a bâti les amphithéâtres aux faubourgs de nos villes. Immoler un homme. dont l'un serait recouvert même à marée basse cf. et cromlechs appartiennent bien Car dolmens. Ce prestige de la mort. cette apothéose du défunt. se sont exprimés par des empreintes ineffaçables sur l'aspect de notre sol. J'ai peine à croire que la chose soit due à. Bull. de la Soc. Il s'en trouve parfois de si proches des vagues. Le mort n'était pas un être aboli. en si grand nombre. sol. qui gardait à demi sa place parmi les vivants. se porter les 109 caps de l'Armorique. et peut-être la pierre debout était-elle le simulacre de l'homme qui avait vécu. . Et « les alignements » de Carnac sont un immense champ des morts. sur les paysages de France. au voisinage de la mer. menhirs tertres et à la religion funértiire. brûler des serviteurs sur le corps de leur maître.

Voilà. Je : suiv. ou qui projette au loin ses promontoires pour se laisser embrasser par elle. étaient en les représentants de petites sociétés locales ^ faut maintenant descendre dans ces sociétés. En d'autres termes. voilà un nouveau principe d'unité pour notre terre. un être amphibie. Je reconnais d'ailleurs les objections que l'on peut faire à ce système. que ces routes sillonnées par des morts. outre les lois communes données par les prêtres.) . non pas comme un monastère. garants de l'unité nationale. ombres qu'il voulait entre- par son évocation. L'Armorique est une capitale de tombes. 1. c'était le rendez-vous des morts de la Gaule. et.110 DE LA GAULE A LA FRANCE. cette Armorique qui s'entr'ouvre sans cesse pour recevoir la mer et l'étreindre. la rive universelle des trépassés. il leur fit refaire la route qu'elles avaient suivie en partant K C'était. que ces désirs suprêmes convergeant vers les mêmes rivages. non pas comme une société de prêtres \ivant ensemble. On voyait là les sépultures de ces marins armoricains dont la pensée nous revient à chaque époque de notre histoire. que ces rivages et ces tombes enveloppant le sol des vivants. etc. extremum pandit qiia Gallia litus. et voir les forces de dispersion après les énergies de rassemblement. même temps Il Ces Druides. La baie des Trépassés? 2. mais comme une assemblée périodique de prêtres ayant cliacun son ressort. autrefois habitant de la terre et était ensuite emporté par le flot. outre les assemblées des vivants au centre de la Loire. l. fais allusion à la poésie de Claudien {In Rufinum. Je suppose que ces morts s'embarquaient là pour la résidence lointaine de leur nouvelle vie : Ulysse. Oceani prœtenlus aquis. je me représente l'organisme druidique. mais comme un concile. était venu en les Armorique pour rappeler tenir. 123 et Est locus. dira-t-on plus tard. mais on y voyait aussi celles de chefs ou de prêtres illustres amenés du reste de la Gaule. Car beaucoup de ces morts n'étaient pas du pays. ubi ferlur Ulixes.

torrent et l'Auxois dominant cissent. tout ainsi que ' la nation. trois mille ans en arrière de nous. qui oublie en chon. Sauf les cas. vivait indissolublement unie à une étendue tribu et pays ne faisaient qu'un. des : forêts qui les bordaient et où passait ses la frontière la forêt avait d'ailleurs. . 2. du mamelon qui porte la ville de Senlis. l'histoire le fleuve les marais et les landes qui le rétré- Trois millénaires et peut-être davantage pour de ces pays de France. les 111 L'unité sociale est la tribu. aux extrémités. lieu de foire et de prières tout ensemble. et le Perthois de Champagne aux riches cultures. et leBlayais girondin. ces villages disséminés au milieu d'eux. ces champs qui s'étalent auprès. ses marché central. et la Maurienne allongée sur -. c'est une des beautés de 1. enserré par les pinèdes autour du bassin d'Arcaforteresses. ce qui se présenta longtemps encore. déterminée du sol Un demi-millier de tribus se partageaient les terres de : France. aux mêmes places. que Latins appelleront mot de pagus. Chacune d'elles possédait. ses blés et ses lins. Ce DES PRÊTRES-ROIS. ces bois qui ferment l'horizon. au centre de son domaine. à leur voisinage. C'est qu'en efïet chaque tribu. Peut-être divisée en deux pagi. ces hautes ces « hameaux et La plupart de ses lieux forts. avait lié partie définitive avec la terre. bien entendu. avait ses hameaux. les territoires des collines droites comme des sentinelles : là habitait et travaillait. des terres de culture qu'avoisinaient villages et refuges. et le dévot pays de Montbéliard dans le rayonnement du lieu sacré de Mandeure.U ÉPOQUE pagus. elle aussi. qui désigna primitivement un groupe humain. nos vieux « pays » sont les héritiers directs des tribus ligures et le pays de Buch. une tribu agricole qui. son : les deux rives de son groupé autour de sa coHine sainte d'Alésia. et. a donné naissance à notre mot de « pays ». qui désigne un terroir de France. Voyez. un marché sacré. de migrations intérieures. Des caps de l'Armorique aux sommets des Alpes. domaines existent toujours et forment pays » de France. à l'entour.

ses dieux et ses chefs. Ces Druides que nous avons vus siéger aux bords de la Loire doivent être des rois déchus. s'appelant les Silvanectes à cause de la forêt qui les enlace. Le chef originel. les corbeau ou gui. et eut un roi à côté de pour exercer les fonctions civiles et militaires. et l'Esprit ou le Génie de la tribu. Son nom était tiré. Chacun de ces pays formait un petit État. ayant son nom. offre notre destin que. présentant déjà à son origine l'image de l'unité. comme pour juives des fils de Jacob. . pareil au père de famille en sa maison. Leurs dieux étaient. de ces sociétés rurales. les dieux des sources et des collines. ceux de en éleveurs : la Maurienne les car la raison d'être de ces sociétés fut et resta l'exploitation du sol. ses coutumes. voilà une des causes les plus profondes de notre solidité comme nation. sanglier. qui avait inauguré sa les tribus vie. soit de l'ancêtre. Dans la suite des temps. au-dessus desquels étaient le roi et le prêtre de toute la tribu. soit de l'animal ou de la plante qui lui servait d'arme parlante. Les chefs étaient les anciens et les principaux des villages. est probable qu'ils ont été à l'origine était en sa tribu chef et prêtre à la fois. par exemple. Mais il une seule et même autorité. il fut relégué il comme prêtre dans les fonctions lui religieuses. à la base de notre vie commune. réel ou supposé. leur persistance à travers les âges.112 DE LA GAULE A LA FRANCE. soit de quelque particularité gens de Senlis. en Gaule ainsi que dans tout le monde européen. ceux du Perthois en agriculteurs. outre divinités générales. Les coutumes du pays dépendaient surtout de la nature du terroir. L'existence. il aussi déjà dans le détail l'image des terroirs qui s'unissent en cette unité. qui faisait vivre les gens de Buch en pêcheurs et résiniers. Je distingue l'un de l'autre le roi et le Druide. qui se confondait souvent avec la déité de la colline la plus haute ou de la fontaine la plus abondante. de son sol.

Lisez l' Iliade et l'Odyssée patriarcale. 11 ou fils de rois des environs. trad. au dessus des cinq une et sainte. entre lesquels. 113 — 11 n'empêche que leur assemblée. Loyson (iy20. dernier témoin de l'antique royaume figure où s'installèrent les Phocéens -. 8 . occupait la fertile vallée de l'Huveaune et les montagnes boisées qui l'environnent. Il suffit. il les invita au banquet. à l'horizon de Marseille. — De la Gauio à la France. représente l'autorité universelle. accueillant pour les * hôtes ainsi que l'ordonnait la là les rois loi de ses ancêtres. en pères de famille riches. elle tendit à l'un des Grecs la coupe du mariage. pour la reconstituer. dédaignant ceux de sa race. pour retrouver ce royaume. supérieure à la force l'infini. Geutimer). il faut supprimer de l'arrondissemenL le terroir de Ce>Teste et La Ciotat. 3. à la fin du repas. Son père admira son geste comme un prodige suscité par les dieux. vous retrouverez chez leurs rois la même allure Agamemnon ou Ulysse sont également les chefs de petits domaines. Ils vivent sur leurs terres en maîtres de métairies plus qu'en despotes de palais. Paris. Ithaque et les îles ses sujettes ne renferment guère plus d'hommes et de cnanips que l'arrondissement de Marseille. la force morale. Le jour où les Grecs arrivèrent. il donnait un festin pour les fiançailles de sa fille. Je crois cependant que. simples et généreux ^ : compris celle du Jarret son affluent. Y 2. Mais. C'était le chef de la tribu qui. ils se montrent en chefs de grandes maisons. Voyez maintenant le livre de Frazer. cents rois de tribus. maté- démembrée à La physionomie de ces roitelets est peut-être ce que nous connaissons le mieux dans cette très ancienne Gaule.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. et il accorda au Phocéen la fille de son sang et une portion de sa terre. Les Origines magiques de la royauté. rielle. 1. Quand il apprit la venue des étrangers. les chefs y avait ou fils de chefs de villages. sans nul doute. ils engagent de nombreux hôtes à leurs banquets et ils savent nourrir les mendiants. JcLLiAN. de regarder celui qui accueOlit à Marseille les Grecs de Phocée et de le comparer aux rois hellènes des temps homériques. la vierge figure choisirait son époux.

Je citerai quelques-unes de ces provinces. Autour de la Vienne se réunirent les douze tribus du Limousin. Creuse. s'entendirent montagnes des Puys. Alors. Trois ou quatre tribus. par-dessus « de France. Tôt ou tard. la ligne régulière de l'Allier. On eut un État fédéral avec les pays de Saintonge des deux côtés de la Charente. Il était impossible à un petit pays de France de vivre dans l'isolement. moins étendus que celui-ci. formés du Limousin. comme un axe d'équilibre et une route de communication. la pénétration de longues routes. et d'autres encore Ghifïre supposé pour les trois départements qui ont été 1. Entre interposés peu à peu des organes de tout genre. pour montrer le pays » les plus ces comment groupes se sont fondés.Vienne. Les bas pays de la Limagne. il devait se rapprocher de ses voisins immédiats. Haute. comment ils répondent à l'appel irrésistible de forces géographiques et d'intérêts humains. terres de culture. dont les avec les résulta : ^ plateaux fromentiers et les forêts giboyeuses descendaient également vers le double confluent de la Seine avec l'Oise et la Marne. Un désir naturel de large sociabilité. Une Gaule. anciennes. amenèrent les tribus limitrophes à se confédérer. Corrèze. terres de résistance. naquit « la province ».114 DE LA GAULE A LA FRANCE. les plus stables. . société de cinq cents rois sous la souverai- neté religieuse d'un concile de Druides et de son grand prêtre. en dehors et peut-être en dépit de l'autorité centrale. qui sera plus tard l'Auvergne au milieu et au travers de ce pays s'allongeait. plus puissants que celle-là. c'était un assemblage trop simple et trop théorique pour résister à l'action du temps et la tribu et le conseil aux passions des d'alliance se sont hommes. les intérêts du commerce. les nécessités militaires imposées par des dangers communs. et il en une société fédérale. s'associèrent pour exploiter ensemble la région parisienne. l'influence des chemins fluviaux.

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. Par là même. Ce qui fit le principe de celui-là. une fois constitués. ici la Loire ou là les confluents parisiens. c'est d'avoir été des sociétés de « le pays » fut une commerce. et. ils garderont une fixité que nulle nation au monde ne présente en ses provinces ^. ils même origine. ans avant notre dix siècles plus tard. C'est de la structure de la terre française qu'ils dépendaient. La récente guerre a montré la vitalité extraordinaire de nos anciennes provinces et de leur nom. Ces formations ne se produisirent pas toutes en même ère. déjà nommés 2. de ici. ce qui fit le principe de celle-ci. c'est l'utilisation en commun d'une route. ces organismes étaient nés pour toujours. c'est l'exploitation en commun d'un terroir de culture. en Touraine ou en Orléanais sur les 115 deux rives de la Loire. le Commencé peut-être mille mouvement s'achevait à peine temps. Buch. de Maurienne. Ce sont des forces qu'il faut se garder de diminuer . de la convergence de ses rivières. pour en adopter une autre. Mais dans l'ensemble avaient la ils se ressemblèrent tous. D'autres se séparèrent de l'association qu'elles avaient acceptée d'abord. Nos organismes provinciaux dépendirent de circonstances diverses et connurent des fluctuations nombreuses. « la province ». caractère. Il retardé ou accéléré suivant les événements politiques. C'est le cas des pays de Senlis. d'un carrefour. Des tribus préférèrent vivre isolées. surtout dans les régions de forêts et de montagnes '. la en Anjou autour de l'éventail des rivières de Maine. ne fut point partout uniforme. d'entente économique unité agricole. La force militaire d'un groupe accrut souvent son étendue. et ils devaient être inva: : 1. le même ainsi que les pays dont ils étaient formés. La province joignit ensemble des pays qui avaient les mêmes intérêts la Charente est une voie d'appel pour tous les terroirs de Saintonge. de la disposition de ses vallées. une unité commerciale. Leur caractère initial.

et ce Pleine-Selve. durant les temps celtiques. Leur qu'il . Quand vous allez de Saintes à Blayç. parce que c'est actuellement celle qui désigne ces groupements de « pays ». C'est à cette cause qu'est due la société des « tribus de la mer ». cette structure.116 DE LA GAULE A LA FRANCE. indiquent et montrent jadis le désert qui limitait -. surtout le commerce maritime. ses traditions et l'ardent amour riables comme dépit des des siens. Aujourd'hui encore. une Saintonge. Remarquez y a là contact entre deux zones géologiques. avec sa langue. ces landes qui vous entourent. les fédérations spontanées des pays gaulois. 1905). 3. les terrains crétacés de Saintonge. Pleine-Selve est en Gironde. il se forma des sociétés. ou de l'Armorique. mais à la limite du Puy-de-Dôme. en bouleversements administratifs. la plus ancienne des ligues 1. deux départements ne fait que continuer deux provinces. nom. et le commerce en fut également la cause principale. il existe un Limousin. des ligues plus vastes. ce « plan de la forêt ». et il existe souvent ces provinces ont un Berry. et on trouverait bien d'autres cas où nos limites provinciales se conforment à des limites géologiques voyez la belle Carte géologique de la France au millionième (2<= éd. mais à la limite de la CharenteInférieure. 2. On quitte le Limousin pour entrer en : Auvergne au les lieu d'Eygurande signifie « et ce mot. Je me suis servi de l'expression de « province ». les terrains tertiaires de la Gironde. au village de Pleine-Selve vous sortez de la Saintonge pour descendre dans les pays de Gironde.. était la fédé- mais c'est que. limite qui continue celle des deux provinces. au midi la société fédérale des pays santons Ce mouvement de concentration des forces locales ne s'arrêta pas aux unions provinciales ^ Dans certaines régions. que nous ne trouverons celui de cioitas : d'ailleurs qu'à l'époque latine. une Auvergne les limites que tracèrent. un des plus anciens de u notre sol. . l'eau frontière qui séparait jadis deux provinces gauloises i. ration de pagi évolua en cité et peuple. et cette frontière des celle des Eygiirande esL eu Corrèze. . voilà trois mille ans.

Hachette). En tout cas. 3. Desjardins (t. la présence sur ces rivages de mau: fameux. à l'aurore songé à 1. la comme qui se divise lui-même en ports et réduits innombrables ^. en dehors de rassemblée des Druides. peut-être De l'embouchure de la ce même à celle de l'Escaut. Il n'y a plus à faire état des théories sur les modifications du rivage depuis les temps historiques. les caps et les îles font une véritable citadelle de mer. 479-484). De même. A l'autre extrémité du monde européen. telles qu'elles sont exposées dans la Géographie de la Gaule romaine de E. ce lieu de Locmariaquer a dû jouer un rôle central et faire sacré dans cette ligue de mer. p. Avant de me décider pour le caractère funéraire. fils solées à tout instant les désirs des vivants et les lui aussi les de pères indo-européens. Le centre était le golfe de Morbihan ^. sa situation prééminent au milieu de l'Atlantique. ses gisements d'étain si précieux à l'époque du bronze. l'Empire maritime de Minos le Cretois. Il me paraît maintenant difficile de nier l'existence de relations entre la marine armori- . 1876-1893. Paris. une entreprise de commerce et peut-être aussi de piraterie. et à la même époque. de cimetières universels. qui la faisait ressemavancée bler à un immense promontoire. et les gisements similaires de l'Angleterre voisine. On peut placer la thalassocratie mlnoenne dans la seconde moitié de l'avant-dernier millénaire avant notre ère (la période du minoen récent des archéologues. où se dirigeaient ombres des morts. dont les replis. 1600-1200).L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS. si grands qu'aient été les services rendus par cet ouvrage (4 vol. havre et abri aux dimensions puissantes. 2.. commerçant et flibustier à la hanse du Morbihan ^. embrassait la les îles et rivages de la manière de mer Egée. j'ai du grand menhir de Locmariaquer (Men-er-Hroeck) « la pierre de témoignage » ou « l'ombilic » d'alliance des Armoricains. Et bien des traits de cette civilisation minoenue se rencontrent dans l'archéologie contemporaine de l'Armorique et de l'Occident. II. par exemple le culte de la hache (cf. t. 117 qui ont uni ensemble des terres et des mers de France. Déchelette. I). Tout prédisposait notre Bretagne à ce rôle maritime la contexture de ses rivages. Loire à celle de la Seine. : une large entente groupa fut quelque chose les rivages et les vaisseaux Hanse baltique autour de Visbj'^ et de son île.

la seuil sur un convoitise et la concurrence. la colère et la guerre. Strabon. qui allaient détruire le caractère pacifique et sacerdotal de l'État druidique. De nouveaux temps de combats se préparaient. soit par l'intermédiaire de Cadix. Le goût de l'épée se propageait. étaient principes ou appétits nouveaux. la marine de France avait conquis sur la nature lui offre par l'Armorique. IV. Ce n'était pas une arme plus meurtrière que la hache mais. soit directement. 3. un gisement métallique ou une source thermale de leur voisinage. soumise aux pensées les plus : rapides de l'intelligence qui la guide. qui servit de lien entre les mondes méditerranéen et atlantique. . elle était devenue le caine et la marine Cretoise. Ces provinces économiques qui se déve- loppent peuvent devenir jalouses voiter les unes des autres. 2. con- une chaîne de montagnes. avec sa double puissance d'estoc et de taille. pour les sociétés humaines. 1. de notre histoire. D'autres événements en rapprochaient la venue. mer. A l'horizon de tout gain commercial il y a. prolongeant comme un bras de métal le bras vivant qui la tient.118 DE LA GAULE A LA FRANCE. un débouché sur la rive d'un fleuve. du Sud ou du Nord. l'Atlantique la gloire et la maîtrise que Tout cela. et un jour peut-être pays de Bourgogne et pays de Franche-Comté en arriveront aux batailles pour conquérir ce chemin de la Saône qui t marche » à leur frontière commune ^ Les marins de l'Armorique verront avec déplaisir d'autres marins. s'approcher de ces marchés de l'étain dont ils voudront garder le monopole. intérêts de commerce. fédérations empire de la de tribus.

Jusqu'à nouvel ordre. Chaque province. immédiatement antérieurs à l'époque celtique. 3. correspond aux derniers temps ligures.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-EOLS. Vers l'an 600 avant notre ère. du fait de cette arrivée. En même temps. II. qu'il place . 2. 199 et suiv. finirent par les découvrir et rêvèrent de les les exploiter à leur profit. en Armorique comme en Franche-Comté. les Phocéens fondèrent un premier comptoir à Marseille. le roi du pays leur ayant concédé un port et la colline à triple butte qui le domine au Nord. 1913. et que le bronze demeurait une chose rare il faut le faire venir de loin. et non pas d'exploitation et le directe. pourra : '^. Il est étudié au point de vue archéologique par Déchelette. en 1600-1300 (t. Le premier âge du fer. IP partie. qu'on appelle l'époque de Hallstalt (Autriche) et qu'on place entre 900 et 500. Et par là encore. Les archéologues de l'école de Déchelette font finir l'époque du bronze et commencer l'âge du fer vers l'an 900. Cependant. Au cours du vu» siècle avant notre ère. mille dangers de lutte surgiront pour les fils des Hyperboréens. II. t. l'étranger s'avançait vers ces terres heureuses et riches. d'étain et d'ambre. Rhodiens ou Phocéens \ étaient des trafiquants en quête de cuivre. héritiers de Minos. Mais voici qu'on vient de découvrir le fer fer se rencontre sur tous les territoires de la France. ce n'est pas la guerre que les hommes du Déchelette fait apparaître l'épée au troisième âge du bronze. 4. Manuel. et des marins ambitieux de l'empire des mers. chaque tribu même. je n'accepte que des Phocéens pour la venue en Gaule. Eux aussi. p. 119 moyen souverain par l'homme ^ lequel l'homme peut commander à II est vrai qu'elle était en bronze. Les navigateurs grecs de la Méditerranée. il est matière de commerce. en Périgord comme en Lorraine. Il ne serait pas impossible que les Druides aient pris des mesures contre la propagation du fer. au même titre que Armoricains exploitaient les mers du Nord. 1. bientôt avoir son métal et forger ses épées ^.). Samiens.

les êtres et les causes. discerne et aime le les belles oeuvres et les nobles actions. et il sait l'art de bien dire. il a la curio- sité de tous il les hommes et de toutes les choses. à leur tour. ce sont hommes d'intelligence fine et d'un goût parfait. l'intensité du travail agricole unissaient les familles entre elles et les tenaient unies à la vie régulière du sol. Ulysse leur patron a beau être marin. des guerriers. . en m'aidant des textes et traditions relatifs aux H3'perboréens et aux Ligures. ce serait sottise que de le croire mais le besoin de l'accord était le plus puissant parmi les : hommes. que les ardeurs militaires qui naîtront dans les provinces. ce moment. il ne il cesse de réfléchir sur les faits. Les Grecs qui viennent s'installer. Midi leur apporteront tout d'abord. Qu'entre ces cinq cents rois il n'y eût jamais conflit et combat. je redoute moins l'arrivée des Grecs à Marseille. et son rêve et pirate aussi des : est de vivre jusqu'à son dernier jour auprès du foyer de ses aïeux. soldat. en remarquant ce que les voyageurs classiques ont dit de la Grande-Bretagne en un temps où elle était l'image de la Gaule druidique.120 DE LA GAULE A LA FRANCE. Pour bonheur de la Gaule. la terre et le prêtre qui leur commandaient étaient des maîtres de concorde K 1. et ils ne se de battront que pour se défendre. commerçant ce n'est pas un preneur de terres. Et puis. s'il le faut. sont des négociants et. pourront éduquer les élèves des Druides. cette société druidique vivait dans la La force de la religion. En paix. Ses élèves. J'ai reconstitué ce pacifisme en examinant l'état habituel des grandes sociétés agricoles et sacerdotales. c'est uniquement troquer des marchandises autour d'un port confortable et d'une résidence inviolable. Mais ils ne tiennent pas à conquérir. Ce qu'ils veulent.

la société théocratique de la Gaule ligure était condamnée à disparaître. plutôt. de son 1. au cours du sixième siècle avant notre ère. Des cérémonies solennelles. — L'éducation de la jeunesse. caractère propre au régime municipal de la Gaule. — gauloise. Formation et croissance des centres urbains . la fédération religieuse laborieuse et pacifique. son allure Le cfief gaulois. le nom de Gaule devient prépondprant. Vimpérinlisme gaulois en Europe. La brutalité de — — — De — la religion Littérature poétique. et l'alinéa qui d'hypothèse et de reconstruction. les rois de toute la Gaule. à cause de cela humeur même. Persistance et force des éléments d'unité. pement de la vie provinciale. DévelopOrganisation du système routier. Je répète" que ceci. Intensité de la vie agricole. Beauté historique de V unité — — — gauloise. ne sont là qu'à titre . migrations. Le caractère des hommes de Gaule se fixe. La Gaule n'est pas en décadence. Peu de temps après la fondation de Marseille. les lieux de foire. commence l'éducation classique de la Gaule. de sa sainteté. — — — — — — la conquête romaine. Il y a une patrie La Grèce gauloise. — — et sa vie.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS LA GAULE DES CELTES ET DES BELGES Autres invasions ou Ce que fut sons doute l'invasion celtique. organisation des cités. En suit. la communion dépit de sa grandeur. les Celtes envahirent la Gaule et en conquirent la majeure partie : im des État guerrier se substitua à tribus ligures '. ou.

était incapable d'arrêter l'élan d'un ennemi On : avait multiplié les lieux de refuge sur les hauteurs ils la terre et de la garder. l'autre côté Leur isolement. donnèrent à ces Celtes une énergie particulière. Philological Society. laissée à l'écart de du fleuve. D'après le Périple de Festus Aviénus. 46) sions historiques. je n'aperçois contraste qui compte ^ Les Celtes. n'empêchaient pas un conquérant d'occuper Une entente de prêtres ne valait pas. plus 1. vers 133 et suiv. ne m'a fait découvrir aucune séparation caractéristique entre éléments celtiques et éléments ligures. étaient domiciliés aux rivages de la mer du Nord. si bien qu'on a pu dire que le ligure est un dialecte celtique(endernierlieu. p. traduit en expresLondres. ce qui. les ont ramenés aux langues celtiques. et peut-être n'étaientqu'une arrière-garde de ces tribus. lien qui pût résister à la brutalité d'une vie des hommes. voisins immédiats de la Gaule. reste et des frontières une armée qui Druide des sans force contre un roi Druides. 1. d'ailleurs. et le Ces maîtres. ni pour les dieux. depuis ils les îles de la Hollande jusqu'à celles appartenaient à la même famille d'Européens du Danemark que les . 2. nous ramène à dire que les Celtes primitifs étaient un groupement de tribus ligures. en firent un groupe politique plus solide. l'émoi des pieuses assemblées. ne suffisaient pas à créer entre ses invasion. tribus d'entre ils Rhin et Pyrénées. membres un La organisé. (indication voisine de 500 avant notre ère). La toponymie. ni pour les coutumes. Et toutes les études qu'on a pu faire dans ces dernières années sur les documents épigraphiques attribués aux Ligures. roi des sacrifices. leçons des Druides. n'étaient point très différents d'eux-mêmes. Les Ligures ne purent que s'enfuir ou se résigner à des maîtres ^ que l'on surveille. qui est peut-être la source principale d'informations. HolgerPedersen. les périodique autour des autels. Entre Ligures et Celtes.122 DE LA GAULE A LA FRANCE. pour assurer la paix et la concorde. la jalousie et la convoitise à l'endroit des hommes plus riches et des terres plus heureuses qu'on savait au couchant. t. absorbée par les semailles et la moisson. : . ni pour la langue. était d'hommes en armes. des conditions d'exis- tence plus rudes. 1921. dansP/2z7oZo(7/ca.

qu'à la Garonne. ce fut pour eux une vicmanière dont les Francs. tout ainsi que dans celle du présent. et que parler d'une race ibérique qui aurait précédé en Gaule une race ligure est peut-être une des plus funestes aberrations qu'ait produite l'historiographie récente de nos origines. italo-celtique. La question est de savoir d'où vient la langue dite ibérique. imposèrent leur pouvoir toire facile. celle d'une religion sur une autre religion. A leur tour. Celtes. 123 le jour venu. il renferme 3. et avec lui pénétra au nord des Pyrénées cette langue basque de Veskuara que nul événement la poli- tique.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. à propos de ces noms. celle des Alpes et de l'Italie. à la à des millions d'êtres établis en Gaule. la route du Rhône et du Nord à Nice et à Antibes. 2. de la Garonne et de l'Océan. J'incline parfois vers une origine asiatique. devaient plus tard soumettre cette même Gaule. de nom celtique. visible surtout dans la structure. à la façon le encore dont Gaulois devaient un jour accepter nom de Francs ^ conquête celtique. le royaume des Ibères ^ s'étendit en Languedoc jusqu'au Rhône. à Agde. Les Grecs de Marseille s'établirent à Nice. et s'abstenir entièrement. à Arles et à Agde. Des bords de l'Èbre. et. aux seuils des grandes routes qui menaient vers l'intérieur à Arles. de conceptions ethniques. plus reculée. l'un. Ligures ou Ibères. en Gascogne jusIl semble que la blesse du monde ligure. l'autre. celle de l'Aude. Je n'ai jamais varié d'opinion sur le basque deux éléments originels. visible surtout dans le vocabulaire. partis des mêmes rivages. : . des formations nationales. en montrant la faiait incité les voisins à prendre leur part de butin. entreprenant. d'autres riverains de mer du qu'il faut chercher dans l'histoire du passé. des groupements politiques sous des noms déterminés. Je répète encore qu'Ibères signifie État. nation ou Empire de l'Èbre. Elle consista surtout en ce que des chefs. d'une langue sur une autre langue. nulle transformation intellectuelle ne pourra plus déloger ^ 1. et les habituèrent ainsi à prendre à leur tour ce les nom de Celtes. à Antibes. à une migration vers l'Èbre de Je tiens à répéter la même : . Cette victoire ne fut donc pas celle d'une race sur une autre race. ibérique.

les Belges. Loire. Ambiderrière le tions. querelles et batailles s'acharnèrent pen- dant des générations sur malheureux sol de la Gaule. Toulouse et Narbonne. Seine. Les Ibères furent réduits aux angles extrêmes de la Gaule méridionale. autrefois voisins et le Nord. Et on du nom du peuple les lieux qui en tenait la plus grande part et soit éminents. Champion. nom doute les unique qui signifiait la grande contrée aux limites visibles. Rhône et Garonne. . n'y eut pas de grand fleuve. de la même manière que les Phéniciens à Cadix ou les Étrusques en Toscane. sans tenir deux populations rivales. où leurs tribus vécurent en fédération sous le nom d'Aquitains. de préférence la Gaule. 1920. fût réservé sur tout son parcours. A la fm tout se rangea. entre ces deux les vallées : groupes de peuples l'union fvit toujours assez étroite pour que nul n'ait songé à voir dans la terre de Gaule une terre divisée entre Tout au et des contraire. monde et sans habitants eux-mêmes propagèrent dès lors un l'appela tout entière soit la Celtique. franchirent Rhin les miers arrivés eux pour disputer aux prepays d'entre l'Escaut et la Marne. A eux appartinrent les ceux de l'Auvergne. des Bourgogne. qui ne leur sommets souverains de Cévennes sinage et de la les l'intérieur. Paris. au Roussillon et surtout toirs aux coteaux. aux pinèdes et aux m^ontagnes de la Gascogne. parents des Celtes. Il resta quelques Ligures indépendants au fond des Alpes.124 DE LA GAULE A LA FRANCE. et les Celtes retinrent pour eux et Paris la meilleure et la plus grosse part. sur le basque. Éléments de phonétique basque. ils se partagèrent les bois et l'Oise et à étaient du Nord jusqu'à Beauvais près de Reims près de la Marne mais. le très bon travail de Gavel. Quant aux Belges. appétits. depuis Rouen Il jusqu'à Bordeaux. Ils acceptèrent à leur voiGrecs de Marseille. nom mj'stérieux dont je ne peuples de l'Orient. compte de ce dualisme le encoches de la frontière. Voir en dernier lieu. qui après tout ne cherchaient pas à annexer des territoires autour de leurs comp- de commerce. comme ils de même origine que les Celtes.

qui fera le pouvoir suprême. où prêtres et agriculteurs ne sont plus que les auxiliaires d'ambitions militaires. et le fer dont elle se forge est le métal essentiel des âges nouveaux '. — Je nommerai Gaulois. exception faite des Grecs hommes de de Marseille. dans le ciel. que les arciiéologues appellent le second âge du let. désormais ou s'il n'est pas l'écho de quelque appel des Druides réunis à leur concile de la Loire. 1. saurais dire s'il 125 a été apporté par les nouveaux venus. la puissance en hommes. de la enserrés par la règle pacifique tribu et de ses quatre habitudes. ils n'avaient qu'à suivre le vol des oiseaux ou la fuite des nuages sur les routes divines du ciel. à la manière des Anciens. par où. La principale direction était celle du sud-est. Les Gaulois. mqnde et la vic- d'écrivain Et ceci n'est point formule et métaphore moderne car véritablement les Gaulois ont cru : que leurs dieux leur donneraient l'empire de la terre et que. (Ici . Belges ou Celtes. des Ligures des Alpes et des Aquitains de Gascogne. mais la bravoure au combat. la vertu magique. dans l'exubérance de leur jeunesse de combattants. les de bataille emportera ses chefs vers points de l'horizon pour la conquête du toire universelle. l'époque de La Tène. Alors. le contact avec les dieux. du nom de la slation célèbre du lac de Neuchâtel. la maîtrise de l'épée. ou. verront dès lors devant eux de grands rois qui les conduiront dans leurs guerres. l'assurance de la volonté. pour leur obéir et le prendre. avec prédominaîice oujets en fer. tous les la Gaule. passaient les grands vols des oiseaux sauC" st cette époque. il fut impossible à ces hommes de demeurer en place. Ce n'est plus la prière. l'esprit A peine formé par la conquête de la Gaule. gauloise ou celtique.L'ÉPOQUE DES GUERJRIERS. Celle-ci devient l'emblème et la marque de la domination humaine.

en Bavière. qui durèrent des générations. au delà des Alpes. La mer du sud recevait également de la Gaule ses maîtres. les : Gaulois laissèrent des colonies. revendiquaient droit de disposer des routes de la mer. mères d'importants États d'un côté. en Souabe. des producteurs de domaines ou de manufactures s'entendraient avec des armateurs de navires ou des courtiers : : 1. les Gaulois d'Armorique. en Bohême. Il est bon de rappeler ici que le nom celtique n'a jamais réellement pénétré dans les lies Britanniques. sur la terre. dédaignant les le conquêtes par terre. morceau du monde. en Transylvanie de l'autre. l'une à Delphes. où l'arrêta le Jupiter des Latins. Et plus loin encore. et ils préférèrent s'aboucher avec les Hellènes. parties des bords de la Loire. . avec lequel c'étaient les ils s'entendirent. .126 DE LA GAULE A LA FRANCE. de la valeur privilégiée de leurs rivages. en Emilie. on vit des royaumes de Gaulois surgir dans la Thrace voisine de Byzance et dans la Phrygie voisine de la mer Egée. où l'Apollon des Grecs l'arrêta. l'autre à Rome. souche en Grande-Bretagne de provinces à leur nom Au nord-ouest. en Serbie. en Vénétie. franchissant la Manche. d'étape en étape. au delà du Rhin. Au cours de ces étapes. de nos jours. comme. du trafic de l'Atlantique. et qui. on allait aux pays chauds et bienheureux de Grèce et de l'Italie : et deux troupes de Celtes. Au sud-ouest. Belges qui réclamaient leur firent ^. d'autres Celtes passèrent en Espagne pour s'établir au pourtour de l'État des Ibères. ils étaient peu soucieux des choses maritimes. des marchés de l'étain et de l'ambre droits qu'ils tenaient d'un usage immémorial. dans les Marches. que la nature avait dessinés pour inviter la Gaule à l'empire maritime de l'Ouest. de leur flotte devenue redoutable par ses vaisseaux de haut bord. Au nord. Il n'y est jamais venu que du fait de spéculations scientifiques modernes. en Autriche. finirent par arriver. en Lombardie. les Grecs de Marseille ce dont les Celtes de Provence et de Languedoc ne furent nullement jaloux. et par où. la vages.

des Champenois menacer l'Allemagne. Ceux qui titre ne prirent pas des terres s'engagèrent à naires dans les États de merce- du sud afin de se mêler. 127 Au reste. à Antioche. de commeroe. y nord des Pyrénées et à l'ouest des Alpes. coûte que coûte. terres et mers. d'autres fonder un le taillé royaume en Portugal. Marseille était alors la sagesse ne songea à étendre hors de Méditerranée ses entreprises navales et à faire sur la l'Atlantique concurrence aux Armoricains de Gaule. La France n'avait point encore accompli sa crois- sance. son roi n'en possédait qu'une partie. Moins de deux siècles suffirent pour assurer aux hommes de Gaule l'empire de l'Europe occidentale. Pythéas. des terres. Dès lendemain de sa naissance. à Tarente. sur les bords du Nil. C'est ainsi que. des tribus qui n'étaient point de ce nom gaulois. poussa un jour jusque dans delà la mer d'Irlande. la nation française passera subitement de la crise de son adolescence à la gloire de commander. ils I au . deux avait encore. De même. Une épopée de marches et de combats les conduisit partout aux confins de la civilisation méditerranéenne. remplacer par l'achèvement de leur domaine naturel leurs courses prodigieuses vers de chimériques horizons Au lieu des dieux du ciel qui leur montraient l'univers. et non pas pour en conquérir il imita Ulysse son ancêtre et non pas Alexandre son contemporain.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. Et l'on parla des Celtes à Carthage. le nom celtique s'était sa place dans toutes les parties de l'univers. et déjà elle voulait être la première en ce monde. alors qu'il il accourait des Gaulois près de Byzance et de Rome. cents avant notre ère. Qu'il eût mieux valu. à leurs batailles. et au ce fut pour découvrir : même vers le cercle Polaire. au sortir de l'an mille. lorsqu'on vit l'Angleterre et l'Italie soumises par des Normands. pour les rois de la Loire. la et que des bords de la Loire et de Seine partit l'élan qui devait rendre l'Orient au monde chrétien. treize siècles plus tard. Si le : même pas une seule fois elle plus glorieux de ses marins. à Thulé de Norvège.

mais le roi Ambigat . et c'était un ferment de plus pour accroître la cohésion du le nom gaulois et soulever l'orgueil de ceux qui « gestes » que Dieu accomplit par les Francs à Jérusalem et àConstantinople. l'un pour franchir : les Alpes. conducteur des Celtes. L'écho des victoires du Danube ou du Tibre revenait jusqu'en Gaule. à être > . la prépondérance de l'esprit miUtaire ne diminuait pas encore il le respect de l'unité. l'autre pour traverser le Rhin. On racontait les hauts faits d'un Brennos. Les nos aïeux une conscience plus nette de leur nom de Français En Gaule même. Sans doute y fit naître des rivalités inquiétantes. les auraient dû écouter le déesses de la terre qui leur révéIls leraient les frontières de leur nation. n'ont-ilspas donné r portaient. voulaient remplir monde. Elles contribuaient à former un esprit national. ceux qui voulaient être chefs au loin. ces folles aventures ne compromirent pas les principes d'unité qui s'étaient déposés en la Gaule. d'un autre Brennos. ne pouvant l'être chez eux. vainqueur o Rome. Mais ne demandons pas à ces batteurs d'estrade du passé — l'intelligence politique qui manqua si souvent à des rois de France. Toutefois. les chefs le roi des des i différentes tribus aspirèrent à ce titre.128 DE LA GAULE A LA FRANCE. les femmes étaient assez fécondes pour réparer les brèches était resté faites | par le départ dans le royaume de Gaule. en sa résidence du Berry pour gouverner les Celtes. neveux du roi Ambigat ils s'étaient mis en route. Ces courses triomphales n'étaient point inutiles au maintien de l'entente celtique. adversaire de l'Apollon de Grèt Des hymnes et des poèmes naissaient sous les pas des conquérants. roi Du « jour où il y eut un de guerre. Et si nombreux qu'on suppose les émigrants. mêlé de rumeurs de miracle s. Les poètes gaulois racontaient que les deux conquérants de l'Europe avaient été Bellovèse et Ségovèse. Il ne partait que les plus audacieux de la jeunesse. et ils ne savaient pas occuper la Gaule.

la légende l'a obscurci de ses nuages ^ Mais nous connaissons par l'histoire quelques-uns des rois de la Gaule qui régnèrent après lui. la Limagne dispensatrice de biens sans cesse : renouvelés. cette ambition d'une royauté unique entretenait la supré- matie de l'honneur convoité. l'autre le fils : Ceux-ci étaient. il put dire que l'Auvergne 1. elle a les eaux chaudes pleines de vertus sacrées. évidem- ment. au roi des Bituriges. mais qui. et nous venons devoir le fameux Ambigat. En ces temps de croyance où l'homme sentait partout dans la nature l'expression d'une pensée divine. Acquérir le principat de toute la Gaule devint le rêve suprême de quiconque se sentit le désir de commander à des hommes. Et vraiment c'était justice que l'Auvergne arrivât sous les Gaulois à commander à elle en détient et le centre et les plus hauts la France lieux. vieillard puissant et sage. s'étendit au-dessus des Belges et des Celtes. elle dresse ce puy de Dôme où les hommes. les refuges inviolables et les aires dominatrices des plateaux de Gergovie ou de Corent. ne pas y rcconnaîUe un grand fond de de Charlemagne n'empêche pas à sou Empire. jusce qui per- qu'aux Pyrénées et jusqu'au Rhin. le père. rois des Puys et de la Limagne en même temps que dictateurs militaires de la Gaule. Tous deux étaient des Arvernes. adorateurs des cimes.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. l'un met de supposer que les Gaulois acceptèrent un instant une royauté héréditaire. 129 et plus d'une « fois ou se combattit à qui le possé» derait. dit-on. tout ainsi que la légende do croire à sou existence et JvLLiA. Franco. se bornant à donner à ses deux neveux le mot d'ordre pour conquérir le monde. le Charlemagne celtique. Mais il est impossible de vérité. par cela seul qu'elle existait. demeure majestueux et immobile en son palais. rois ». — De la Gaulo à lu 9 . Luern et Bituit.N. Celui-là. à la difïérence de Charlemagne guerroyant aux côtés de son neveu Roland. faits tout ensemble pour abriter et maîtriser une nation. dont l'autorité. Il appartint longtemps au cheJ: des tribus du Berry. étaient invinciblement attirés pour y chercher leur dieu. Mais.

avait été construite par A mon celle sens même. pareille à celle d'un laboureur divin qui fait lever la richesse sous le soc de sa charrue. lançant des pièces d'or. de langues hostiles ou dissemblables. sont moins les maîtres d'un Empire que les symboles vivants et directeurs d'une unité nationale. ce qu'on appelle les Empires de Cyrus ou d'Alexandre. ce sont des États faits de contrées disparates. ont été reçus à leur cour. d'êtres différents. je ne trouve pas que cette royauté de la Gaule soit moins grandiose que celle d'un Cyrus ou d'un Alexandre. Luern. une étendue incohérente sans limites marquées par la divinité. à l'ombre . les dieux pour servir de socle à la Gaule et de trône à son roi. Or. des figures d'histoire. au contraire. marchant contre les Romains à la tête de cent cinquante mille hommes et de ses meutes de chiens de guerre.130 DU LA GAULE A LA FRAXCE. Ils nous ont montré Luern paradant à travers les routes en un cortège de fête. Luern et Bituit. et près de lui un poète chantant sa gloire. et ces terres et ces hommes sans autre unité que d'appartenir à un seul maître. Je veux seule- ment que l'historien n'absorbe pas son zèle. je le répète. la justice et la vérité. cette royauté de toute la Gaule devrait inspirer à l'histoire une sympathie plus grande que d'un Cyrus ou d'un Alexandre la : et je ne dis pas cela parce qu'il s'agit des Gaulois et de France. sont. Je veux simplement. Bituit. pour les nôtres. Et ils nous ont aussi montré Bituit. Leur pouvoir ne sort pas des frontières de la Gaule. pour ce seul motif que les hasards de l'écriture nous ont mieux conservé le récit de leurs victoires et l'apologie de leurs grandeurs. debout sur un char plaqué d'argent. Si folle et si vaniteuse qu'elle ait pu être. et ils l'exercent du centre même de cette Gaule. Des voyageurs grecs ou italiens les ont vus. de coutumes. que l'éducateur ne concentre pas ses éloges sur les chefs et sur les pays qui ne sont pas nôtres. de religions.

Ésus le génie des combats. Sirona pareille à une Diane. Et il y a en outre des déesses près de lui. gardien de l'alliance entre ses tribus aux jours de la paix. Le plus grand dieu des Gaulois demeurait Tentâtes. appartiennent à la même espèce d'hommes car. Leurs sujets ou leurs fidèles parlent la même langue ^.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. 1920. guide des bandes en marche aux heures de conquête. le conseil sacré n'en conserve pas moins les la souve- raineté morale. depuis les temps de la conquête celtique. Pénétrons plus avant dans et : 1. l'union fraternelle des hommes. Voyez Dottin. ou mieux. outre la Terre. Le panthéon gaulois s'enrichit sans cesse de noms nouveaux: je ne dis pas de figures. hommes et terre. législateur et éducateur de son peuple. nous y reconnaîtrons les empreintes d'un esprit national. 131 de SCS plus hautes montagnes et sous l'appui de ses plus grands dieux. soldats et chefs. à façonner une nation. d'exclure de représenter auprès d'eux les criminels de communion gauloise. Au-dessus de la royauté des Arvernes. d'autres encore. La Lantjue ijaaloisc. le mélange s'est : fait entre tous les êtres du pays. sa mère et sa compagne Andarta pareille à une Victoire ou à une Minerve. et si consacré par les siècles majeure partie des attri- butions politiques et judiciaires sont passées aux chefs militaires. d'autres encore. La nature l'assiste en lui donnant comme compagnons Bélénus le soleil. s'étend par les l'unité : et religieuse tressée jadis lieu la Druides leur assemblée se réunit toujours au sur les bords de la Loire. fds de la Terre. . il lui reste le droit de prier dieux au nom la de toutes les tribus. collaboraient à maintenir cette union. Taran la lumière et le tonnerre du ciel. car la tradition fut d'abord assez forte pour détourner du culte des images. Kliiicksicck. Épona protectrice des chevaux. la vie morale de ces hommes. guerrière s'appliquant à elle comme morale le vêtement s'adapte au corps. Paris. Prêtres et rois.

Divico. Je fais allusion ici aux villes appelées Lugdunum (Lyon à Fourvières.132 DE LA GAULE A LA FRANCE. mot que . Bélénus s'empara de quelques et. Aucun de ces dieux ne portait atteinte à l'unité morale de la Gaule. et aussi la source de la Durance. après avoir multiplié les êtres divins. qu'on adora aux sources et aux fontaines la Marne (Matronà) fut une Mère. Leyde). etc. Saint-Bertrand-de-Gomminges. ces collines étaient de longue date puissances et lieux divins. ces eaux chaudes. sont extrêmement rares. les gens d'Alsace et de Lorraine au Donon. Peut-être auraient-ils préféré. au lieu d'être engendrée par une humble divinité du sol. comme les : prêtres d'Israël. je crois l'équivalent du Clarus Mons de Clermont. Divicus. on attribua aussi à sa présence les : Parnasse et la source de Castalie. se dispersa en les espèces de mille bonnes Mères ou Matrones. un mais les besoins religieux des peuples furent plus forts que l'idéalisme des chefs. Mais.. tels que Moïse devant lahvé. et on adora des Mères à la Fontaine de Nîmes. comme ces sources. et qu'en revanche abondent les noms associés à la divinité générale. les Arvernes au puy de Dôme. et l'Apollon des Grecs en animant à Delphes le sommet du réchauffe. de dire leurs noms. 2. de les voir face à face en leur présence invisible. on mulseul dieu ^ et un seul sanctuaire Tentâtes descendit sur les montagnes impérieuses. Diviciaciis. Le Jupiter italien n'a fait que grandir en s'arrêtant au Capitole. caressées par le soleil levant. En même temps la Grande INIère. l'unité rehgicuse ne put que gagner à ce que la sainteté des choses de la nature. A côté tiplia leurs domiciles. et. Laon. 1. et. de lui. Fourvières à Lyon ou Cler- mont en Auvergne-. Les Druides se réservaient le droit de définir leur nature. Remarquez qu'en matière de noms de personnes (et les noms de personnes révèlent toujours le plus ancien état de la croyance). etc. Tentâtes. fût attribuée à l'une des présences d'une divinité souveraine. les noms tirés des dieux particuliers. puisque Bélénus était le soleil qui eaux chaudes des Vosges ou de cette même Auvergne. ceux de Paris à Montmartre. créatrice des eaux salubres. et chaque peuplade put l'avoir chez soi. « claires collines ».

une nation qui conquiert. que se donnait l'enseignement. et. s'installent sur la terre. il en devait résulter l'éclosion d'une vie littéraire intense et variée. et. chefs qui combattent. par la mémoire qui retient. il se donnait par la parole qui prononce. Car cette Gaule d'autrefois. Et ils parlaient encore les de la fortune de la Gaule. i:. par l'attention qui écoute. où l'histoire de la nature était suivie de partant du chaos des éléments la genèse à l'apocalypse. évidemment. des dieux qui agitent. c'est-à-dire par cette chaîne d'influences secrètes qui va de la pensée du maître à la pensée du disciple. Les Druides. Mais ils enseignaient aussi les devoirs de la morale. présentait ce qu'on chercherait vainement à Rome ou à Athènes.s aci-nniEfi^. . à deux mille ans de distance de notre époque. de la création et des destinées du monde. un système d'éducation publique. grottes ou mystérieux recoins des forêts.:.i Les Druides avaient l)eau ne plus être les rois de la Gaule c'étaient eux qui préparaient son avenir en formant sa jeunesse. et surtout de ne point craindre la mort. composés les Druides. de l'immortalité des âmes. et une éducation nationale.ent dans les États modernes. des idées communes et même langue. et la sainteté du lieu ajoutait encore : à la valeur durable du précepte ou du récit. à défaut de l'écriture. C'était dans des endroits consacrés. le devoir qui soutient bon soldat. à travers ce la hommes que leurs passions monde.L-ÉPOQii-: Di'. par Les Gaulois eurent leurs poèmes didactiques. Les jeunes gens affluaient de partout pour recevoir les leçons de leurs prêtres. en racontant ce que avaient fait pour elle. dieux Druides qui enseignent. ce qu'on trouverait seulem. des rois qui commandent. parlaient surtout de la vie des dieux.

qui ne se payaient pas de mots. Cela. vie sociale. compositeurs et chanteurs à la fois. la poésie n'intervînt légionnaires. sans doute. Elle me rappelle tantôt cette féodalité marocaine que nous venons de rattacher à la France. Par son physique. et qui. où étaient racontés les faits et gestes de leur nation. les bardes. que la Gaule renferma. Elle prit dans la vie de ce temps une telle place. son caractère manières d'être. le d'où sortit monde. où les étaient célébrés les aïeux et les gloires des grands chefs. je crois entendre les frères seigneurs de l'Atlas ou Tharaud parlant des Léon Gautier parlant des preux de ses le Charlemagne. leurs hymnes pieux pour invoquer les dieux. sa Gaulois annonce un même. s'ils étaient esclaves des formes. qui pourtant faisaient sentir leurs approches. leurs poésies lyriques. héraut attitré de sa puissance. . et je doute que dans lieux consacrés.13'» DE LA GAULE A LA IRAIS CE. les traits s'en dessinent et des couleurs se dégagent. et se place à longue distance des Romains. une classe de poètes. Ils eurent leurs poèmes épiques. fit rire proconsul et prières. et ce fut le chant du poète qui préluda au discours de l'ambassadeur. et tantôt cette chevalerie française que nous verrons apparaître dans la suite de cette histoire. Quand les Romains menacèrent Bituit. Peu à peu se fixe la physionomie de cette société gauloise. homme des temps modernes. n'acceptaient point celles qui s'entouraient de rythmes et d'images. Un poète était l'ornement nécessaire des cortèges et des cérémonies. En relisant les textes dont les Anciens l'ont décrite. après les sacrifices et les pas pour esquisser quelque mystère théâtral. escorté d'un barde. il leur adressa un noble de sa cour. Il n'y eut pas de grand seigneur ou de roi qui ne fût accompagné de son barde. pour finir à sa destruction par l'eau ou le feu. analogue aux jongleurs de la France féodale.

d'un mufle de bête ou d'un fétiche mysté- monté sur un cheval paré comme taille. des armes et du collier : et songe malgré soi à des marquis de Versailles et non pas à ces Romains uniformément drapés dans des toges blanches et monotones. rieux. il vit dans ses domaines. la poursuite ou l'arrêt. qui ne prend l'épée que pour le Gaulois ne sort pas de sa demeure sans avoir le glaive à son côté. l'on le vert ou le jaune. le cavalier de l'Islam qu'il nous semble reconnaître. Bottines. parmi les êtres d'aujourd'hui. ce glaive qui est la preuve de sa liberté et son insigne d'homme. 135 Au celui physique. je suis tenté de croire que notre société féodale se prépare. chaussons ou espadrilles. soit en une cerf. son costume tient à la fois du nôtre et de de l'Oriental. c'étaient ensuite d'interminables festins au milieu de la . les du Romain. où se heurtent l'écarlate.UÉPOQVE DES GUERRIERS. Mais ce qu'il aime et ce qui nous manquera depuis la fin de notre noblesse de cour. Il porte d'amples pantalons. soit en un donjon il campé les sur une montagne aux flancs abrupts. il use de cela aussi bien que nous. parades militaires. Quand la ne marche pas avec son roi dans les sentiers de guerre. ce sont les vêtements aux couleurs vives et bariolées. ce guerrier est déjà un seigneur. chapeaux de feutre ou turbans. et. souliers. brandisles sant de la main la grande épée de déployant éclats des couleurs qui le revêtent. un manteau ou flottant sur l'épaule ou encadrant le buste et fermé sur la poitrine. Mais si je regarde sa vie morale. Ce sont alors bruyantes journées de chasse au sanglier ou au à la suite de ces meutes de chiens gaulois qui n'avaient point leurs pareils pour la quête. et sur lesquels brillent les ors de la ceinture. Ce cavalier gaulois est déjà un chevalier. lui. une tunique serrée par une ceinture. il se couvre d'un casque orné de cornes monstrueuses. vaste ferme à l'orée d'une forêt giboyeuse. faisant faire à sa mon- ture les voltiges d'une fantasia savante. Aux heures des la différence A jours de bataille. c'est. capuchons ou cache-nez.

Dans les villes même.S?8.m fi DE LA GAULE A LA FRANCE. pour eux que les céramistes tournent les grands vases noirs aux flancs saillants comme des carènes. liques les y a longtemps que : ces années idyl- ont pris fm les derniers survivants des petits propriétaires vivent dans la dépendance ou sous l'hypo- thèque des grands seigneurs leurs voisins. et si la sa vie agricole. Le Manuel de Déchelette (t. le maître trônant à la place d'honneur. d'amis. de clients et de parasites. l. est Il en un grand propriétaire et un chef de bande. d'hôtes. la culture des terres en Gaule a connu. à ses armes. 2 vol. ainsi du corps... II. est le possesseur d'immenses biens-fonds. au début de commun au profit si elle de tous les hommes d'une il tribu. éclairée par les flambeaux de résine. A sa maison sont destinés ces cofïres en bois massif. ces ornements d'émail où l'ouvrier a su faire descendre les couleurs du ciel ou 1. entouré d'une assemblée de parents. Paris. 3" édit. La campagne entière est à ces derniers. les ouvriers sont à leur solde ou * travaille à complaire aux riches. que nous dirions aujourd'hui. pour eux que les bijoutiers cisèlent ou martèlent les colliers d'or ou fondent les plus belles perles de verre. ces chauds tapis de laine aux tons colorés. a connu ensuite le partage de ces terres en portions égales entre tous pères de famille. Leroux et Musées Nationaux). qui s'étendent sur des milliers d'hectares. avec elle. grande salle. 1917 et 1921. . L'industrie C'est s'ingénient à fixer sur la terre cuite ces teintes vives qu'affectionne le regard du noble gaulois. les villages de paysans penchés aux bords des sources ou blottis aux recoins des hautes citadelles. ou qu'ils à leur merci. Catalogue illustré. chaufTce par les troncs d'arbres brûlant dans l'immense cheminée. flanqué de serviteurs innombrables qui ressemblaient à des gardes Ce effet féodal. et. IIP p. L'important est de recourir aux collections du Musée de Saint-Germain et aux catalogues si soigneusement dressés par Salomon Reinach (Catalogue sommaire.. 1014) demeure de premier ordre..

. et que jamais pourtant. Autun. comme la sont aussi grands buveurs de vin.L'ÉPOQUE DES CUEPRIERS. par exemple celle de l'émaillerie gauloise au Beuvray. 1899. à sa chevelure. l'émail- lerie. ces « nautes « de m'est impossible de ne pas reporter l'exis- tence jusqu'aux temps gaulois. Dejussieu. dans son livre De l'économie publique et rurale des Celles. et elle Europe pour livrer à ses maîtres chars de guerre ou de fête. Rej-nier. et ils les paient au prix qu'on voudra. jamais la vigne 1. ces produits chimiques qui la parent des nuances d'une jeunesse nouvelle ou d'un blond éternel. Un seul érudlt moderne a su rendre justice aux efforts des Gaulois en matière économique et faire certaines réserves sur les progrès apportés par les Romains en celte matière. chariots de camionnage. les trépieds de métal à la structure mystérieuse. C'est L. pendant le demi-millénaire où la Gaule libre Il y avait. les aux courbures car ils élégantes. elle Car l'industrie gauloise est habile à découvrir n'a pas de rivale en : a inventé le savon. ils demandent aux Grecs de leur apporter sans cesse des amphores de vin. le cidre et l'hydromel du pays ne leur suffisent pas. 137 du sang. A ces riches il faut les la coupes d'argile façonnées aiguières de bronze et peintes par des potiers de Grèce. ces sociétés de trans: C'est également le luxe des grands qui fait vivre ces marchands grecs venus de port qui s'organisent sur Paris dont il les fleuves tels. montés en force et en appétit. n'ont fait que confirmer ses thèses. Fouillrs dii mont Bcuvraij. . l'argenture. en effet. Et les découvertes archéologiques. Voir Bulliot. que leur terre était admirablement douée pour la vigne. charrettes de campagne ou voitures de vitesse la carrosserie de Gaule pouvait être estimée la : première du monde K Marseille. 2 vol. raffolaient fut en relation avec les colons de Phocée. Mais. 1818. que les Gaulois du vin. la tonnellerie. ceci d'extraordinaire. que les environs de Marseille la Grecque offraient d'excellents vignobles. et que la bière. l'étamage. toutes choses gracieuses à voir : ont l'esprit assez ouvert pour comprendre et celle ils beauté de la matière travaillée par l'artiste de la phrase modelée par le poète.

138

DE LA GAULE A LA FRANCE.

ne parvint à sortir du terroir marseillais. J'ai peine à croire que les Grecs aient pu réussir à en empêcher l'évasion. Je supposerai plutôt qu'une loi gauloise en interdisait l'importation, et que cette loi venait des Druides. Ainsi que d'autres prêtres de l'Ancien Monde et du Nouveau, ils ont redouté les conséquences de l'ivresse avec l'abus du vin, et peut-être aussi, avec l'extension du vignoble, le discrédit des terres à blé. Si les Gaulois buvaient du vin, ce n'était que du vin de luxe, importé du dehors, et je suppose aussi qu'ils le buvaient à l'insu de leurs Druides et en dépit de leur religion ce qui serait un autre trait de ressemblance entre leur vie et celle des fils de l'Islam.
:

C'est

évidemment
les

l'aristocratie qui a fourni

aux

écri-

vains anciens
tel qu'ils

principaux traits du caractère gaulois,

le

ont essayé de le décrire. Mais si les chefs donnaient ton à la nation, il est permis de supposer que la masse des hommes s'étaient déjà mis à le prendre. « La race gau» ^

lors son humeur, son tempérament, une âme d'une certaine tenue; et on parlait de cette âme et de sa nature à la façon dont on parlait de l'âme d'Athènes ou du Génie du peuple romain, encore que Rome et Athènes fussent des patries municipales, et la Gaule une vaste société nationale. Le Gaulois a l'intelligence éveillée, rapide, souple et
loise

avait dès

j'ose dire

précise.

Il

sait

apprendre, comprendre, imiter et inventer.

C'est

un

être de clarté et de logique.

Deux

défauts gâtent cette intelligence. L'imagination,
:

vraiment, est trop débordante
ce qui ne sera
sissent, son

il

voit ce qui n'est pas et
le désir le saifin.

pas; quand l'espérance ou

âme s'emporte dans

des illusions sans

détourne de la réflexion et de l'acte; son pays est un repaire de rhéteurs
Puis,
il

sacrifie trop à la parole, qui le

1.

En

traduisant ainsi l'expression de Strabon, IV,

4,

2

:

Tb

:pj>,ov

ra),/,'.xôv.

L'Ll'OnUlù
et

DhS

GUtltlUhilS.

l;;'j

autant que par
servent

de bavards; ses chefs doivent s'imposer par l'éloquence la bravoure, et les plus angoissants dangers
d'occasion

à

de

beaux discours, ordonnés

et

majestueux.

Des qualités éminentes de cœur relèvent le mérite de l'esprit. Nul écrivain de l'Antiquité, pas môme de ces Romains auxquels les Celtes firent tant de mal, n'eût osé accoler à leur nom ces mots de ruse et de perfidie qu'on répétait à satiété à l'endroit d'adversaires. Le Gaulois est un être de premier élan, qui ne sait pas dissimuler sa pensée. Sur le champ de bataille, il ne veut
combattre qu'à ciel ouvert; il ne cachera ni son corps devant l'ennemi ni son âme dans une discussion. La fidélité au serment et le respect du droit ont conservé chez
lui

leur valeur

primitive. Vérité et justice
Il

ne se

séparent pas à son sentiment.

a l'horreur de

une forme du mensonge; et il a aussi celle de la lâcheté, qui est une forme de la bassesse. Ce qui manquait le plus aux Gaulois, c'était la discil'iniquité, qui est
Ils savaient prendre de bonnes résomais combien vite abandonnées! Amis du plaisir, joyeux de vivre, on eût dit qu'ils avaient peur des déci-

pline de la volonté.
:

lutions

sions

fixes,

froides

et

continuées,

qui

exigent

l'effort

et la peine d'une longue tension de soi.

Ce sont,

et je crois

que Michelet a eu raison de
mobiles et crédules.

le dire

^,

de grands enfants,

On

leur attribua la vivacité et l'incon-

sistance des passions politiques, et le goût des révolutions.

Leur bon sens
de
la plus

et leur finesse

ne

les

préservaient pas, en

matière de gouvernement, des plus sottes imprudences et

Aucun de

dangereuse imprévoyance. ces travers n'était d'importance au regard

de la morale; et toutes ces qualités faisaient des Gaulois de très braves gens, enclins à l'idéal, et qui étaient des hommes d'esprit. Mais, dans les temps prochains où

1.

monde

Histoire de France, livre I, chap. 1 «Ce sont les enfants naissant. » Écrit en 1833 au plus tard.
:

du

140

DE LA GAULE A LA FHANCE.

rimpérialisme romain allait étouffer les lois de la morale, ces qualités ne seraient pour un peuple qu'une très médiocre
sauvegarde.

Ce que
ils

c'est l'excès

aux habitants de la Gaule, de leur individualisme. Obéir leur répugne, veulent faire par eux-mêmes. Ils ne sont nullement
je reprocherai le plus
la faculté d'organisation, et ils

dépourvus de

ont su doter

leur pays d'un ensemble d'institutions intelligentes, judiciaires, militaires

ou

fiscales

:

mais

ils

ne s'y conforment

Chaque peuplade aime à agir à sa guise; et, dans chaque peuplade, l'individu compte plus que l'État. L'amour de sa personnalité, la vanité de son nom ou l'orgueil de ses actes, la passion de la gloire, dominent
guère.
les chefs, et,

sous de tels stimulants, ils arrivent à faire de très belles choses, mais ils en viennent aussi aux pires
aberrations de l'amour-propre et de la jalousie. Quelques-

dévouer avec un admirable héroïsme à ce commune, que ce fût la Gaule ou leur cité. Mais le monde gaulois n'était pas encore parvenu à connaître cette abnégation aveugle et absolue que la religion de la patrie inspira aux cités méditerranéennes dans l'âge de leur maturité. n'empêche que ces Gaulois sont maintenant les Il d'une seule famille, -"^yant même physionomie et fils même tempérament. Quel que fût le sang originel des plus lointains ancêtres, leurs descendants s'étaient tellement mêlés, corps et âmes, ils avaient tellement subi ensemble les influences du climat et du sol, de l'histoire et de l'éducation, qu'il existe sur la terre de Gaule une espèce humaine avec sa nature propre, avec des traits dessinés pour toujours. Les révolutions qui vont suivre changeront peu de chose à cette nature, ne supprimeront ou n'ajouteront aucun trait essentiel. Et tel nous nous sommes imaginé le chef arvei-ne Vercingétorix au temps de César dans la Gaule finissante, tel nous apparaîtra Roland, neveu de Charlemagne, dans le rêve de la France adolescente.
uns surent
se

qui représentait pour eux la cause

L'ÉPOQUE DES GUEIUUEIIS.

141

Le
Ce

sol,

égaleiiiunt, avait reçu sa ligure définitive, ses

espaces de culture, ses routes et ses domiciles humains.
qu'il faudrait
:

à ses cultures, c'est un peu plus de
les

variété

il

n'a pas encore adopté, par exemple, l'olivier

et la vigne,

malgré

timides essais des temps néoli-

thiques.
leuse,

INIais les

Gaulois, en dépit de leur

humeur

batail-

n'ont rien laisse perdre des terres fécondes que

leurs aïeux avaient découvertes; le grand seigneur, qui

champs, qui leur doit le les entretenir en bon père de famille, et n'oublie pas d'amender et d'engraisser ses emblavures, au moment opportun, avec la marne calcaire ou argileuse du sous-sol. Qu'on ne nous répète plus que la Gaule de ce temps était encombrée et hérissée de forêts impénétrables, et qu'il fallait attendre les Romains pour défricher ces espaces incultes. Les Romains n'ont supprimé ou amoindri aucune des forêts celtiques, et les seules brèches qui y aient été faites par le travail des hommes viennent de bûcherons chrétiens. Mais ces forêts elles-mêmes étaient
vit le plus

souvent près de
ses

ses

plus fort

de

ressources,

sait

loin

d'atteindre les formidables proportions

qu'on leur
les

attribue.
les

Landes, grandes hêtraies ou rouvraies de l'Ile-de-France elles
cite les
les

On

Ardennes,
leurs

Vosges,

:

existent toujours,

et

bords seuls cnt été rognés.

Nulle part,

le

bois ne gênait la culture; les Gaulois avaient
cjui

toute l'étendue

leur était nécessaire

pour récolter

le

blé de leur nourriture.

elle-même était un réservoir de vie variée. Elle avait ses larges pistes de chasse, sans cesse foulées par des chevauchées, et ses
reste, la forêt

Au

sentiers de pèlerinage, qui conduisaient

aux lieux sacrés
des arbres

des

sources,

des

clairières,

des

grottes ou

fameux. Une exploitation forestière valait alors ce que peut valoir de nos jours une mine de charbon c'était de
:

la forêt

que

le

Gaulois tirait

les bois

de ses demeures, car

142
il

DE LA GAULE A LA FRANCE.

voulait ignorer l'usage de la pierre; et les sous-bois ser-

vaient au pacage de porcs innombrables, un des aliments
favoris de ce temps. Abri, vivres et chaleur,

l'homme devait

presque tout à la forêt. Une nombreuse population de « compagnons des bois », forgerons, bûcherons, charbonniers,
cueilleurs de simples, sorciers et
«

sauvages

»,

y avaient

élu

domicile.

Des

villages s'étaient formés sur les hauteurs

au

milieu des arbres. La forêt n'étaitplusqu'unmodeparticulier

de

la discipline

du

sol plie

pour toujours à

la vie

humaine.

Cette

vie

humaine

s'étendait, s'agitait

partout. Elle

avait désigné les lieux favorables à ses résidences et à ses

rendez-vous,
Il

les lignes utiles

à sa circulation.

existait encore des villages en

nombre

sur les hauteurs

inexpugnables des Alpes, des Vosges ou du Limousin,
sur les promontoires rocheux qu'enserrent les boucles des
rivières
villes

du Quercy ou du Rouergue,
le

et les plus

grandes
le

elles-mêmes, Bibracte ou

mont Beuvray dans
celle-là, les

Morvan de Bourgogne, Gergovie
vergne, malgré
ci,

près de Clermont d'Au-

les

135 hectares de

75 de celle-

n'étaient que d'énormes refuges dressés au milieu des

bois et des rochers, à plus de 800

ou de 700 mètres de
tendait aussi vers des

hauteur. Mais la vie en
sites plus hospitaliers.

commun

Lutèce était née dans l'île des PariBordeaux, autour de Vestey de la Devèse, à l'endroit où ce ruisseau sacré rejoint la Garonne; Avaricum ou Bourges, sur la presqu'île qu'entourent les marais de l'Yèvre et de l'Auron; Narbonne, auprès de l'Aude en sa fin; Arles et Lyon, sur les collines qui dominent, là-bas la fourche et le delta du Rhône, ici son confluent avec la Saône; Toulouse, sur le large plateau^ qui commande le passage de la Garonne et le débouché des routes
siens;

venues de

la

mer

Intérieure; Orléans et Nantes, ports sur
la
ville,

de Vieille-Toulouse, d'où 1. Plateau descendra à son emplacement actuel.

sous

Auguste,

et. Alésia de Bourgogne. marché sur la Seine. se tiennent « modestes bourgades des paj'S ». En cent autres lieux. les grands rassemblements de foule. Locmariaquer. les vieilles pistes des défricheurs néolithiques s'étaient transformées en de très larges routes.^ sans trouble et sans arrêt. sanctuaires de pèlerins Boulogne sur Manche. de parler et de crier ensemble en quelques heures fiévreuses ou plaisantes on y dépensait plus de vie que dans la longue succession des mois de travail banal.VÈPOQUE DES GUERRIERS. le voisinage des divi- du plaisir. de vastes esplanades invitaient les hommes à des réunions périodiques. à la fois villages de travailleurs. : Pour satisfaire à cet intense va-et-vient. la « 143 Loire. à la lisière d'un bois fréquenté. bénis des dieux et chéris les des hommes. de jouir. en ces âges anciens. le passage incessant de marchands et d'étrangers. : marchés de paysans. où l'on s'embarque pour la Grande-Bretagne. jours de fête qui étaient en même temps des jours de foire. Dreux à portée de la Beauce aux moissons inépuisables. gîtes d'étapes. routes populeuses. port des Vénètes du Morbihan et peut-être leur lieu saint. Blaye. et cinquante lieux de ce genre. et émotions qu'y provoquaient nités. la à des carrefours de routes. sur ses monts ». à des points frontières. citadelle et port sur la Gironde. le merveilleux isolement de sa colline. l'attrait la passion des affaires. la joie de faire nombre. les On aima beaucoup. que ses eaux bienheureuses. auprès d'une source illustre. ont rendue plus vénérée et plus célèbre que les plus peuplées des métropoles. toujours à portée des bonnes terres et des les Ailleurs. entre toutes. qui devaient demeurer ou devenir métropoles des provinces de France. L'activité des hommes ne se concentrait pas dans ces endroits de domicile permanent. où pouvaient passer en masse. au-dessus des eaux jaillissantes de sa Fontaine divine. Rouen. Nîmes. et les troupeaux aux époques^ .

et les caravanes en toute saison. De nouvelles ont apparu les Salyens viennent de dessiner la Provence. : . Et ils ont su également ouvrir des passages. à Roncevaux ou au Pertus dans les Pyrénées. les Volques le Languedoc. les Allobroges le Dauphiné. les guerriers de transhumance. à Nevers. à leur tour. Quand les Carthaginois ou les Romains entrèrent dans le pays. long du Rhône. sur les routes d'Auvergne. avec quatre légions. s'emparent de ce sol pour le marquer à leur empreinte. Sauf dans les régions . convois d'artillerie le CCS routes étaient construites et entretenues ou d'intendance. marchait à raison de trente kilomètres par jour et davantage. des « ports » suffisants. sur le sol de France. de être même les que Boulogne à Marseille par Alésia ou par Langres. à Paris. fantassins. Des bords du Rhin au col de Roncevaux par Paris et Bordeaux. Hannibal. les lignes générales qui guideront les gestes et les mouve- ments de sa vie. Verdun et Metz. cavaliers.144 DE LA GAULE A LA FRANCE. On ne sait : comment mais soyons assurés que des règlements comnmns à toute la Gaule veillaient à leur bon état. au Petit ou au Grand Saint-Bernard. sur ce Rhône tempétueux Romains jugeront indomptable. de Paris au Rhin par Reims. ils n'éprouvèrent jamais la moindre difficulté à transporter leurs troupes. Les provinces. au Cenis ou au Genèvre dans les Alpes. On avait bâti des ponts de bois à Orléans. et peutà Pont-Saint-Esprit. ces derniers venus des groupes humains. les Séquanes la Franche-Comté. les grandes lignes de voies ferrées qui encadrent ou qui sillonnent la France actuelle sont les héritières de routes que les Gaulois ont connues. de Marseille à Bordeaux par Narbonne et Toulouse. César en fit près de soixante-quinze en vingt-quatre heures. Voilà donc tracées pour toujours. et les Helvètes ébauchent la Suisse. au moins dix mille hommes. et aux mois de campagne.

sanctuaire pour les Médiomatriques de Lorraine. leur ville unique et maîtresse. Une loi commune. bourg principal pour les Rèmes de Champagne. roi ou vergobret. reculées 145 où dominent la forêt ou la montagne. patrie de sol et d'âme. Surtout. sont institués au-dessus des coutumes des cantons ruraux. devenues le plus souou « le vent des affaires de guerre. C'est la province qui a pris la direction des affaires publiques. geront ainsi sous les lois de Lutèce en son devint citadelle pour les J'ai déjà nommé les trois plus célèbres de ces capitales. Elle a son chef militaire. les Gergovie chez de Bourgogne. Les tribus des plateaux et des confluents parisiens se ranîle. lorsque les villages épars des dèmes de et l'Attique avaient reconnu la suprématie d'Athènes. La ligue de tribus se muait en une « cité ». le lieu de rassemblement de leurs forces associées. à l'époque fabuleuse d'Hercule et de Thésée. chaque ligue de tribus veut avoir sa capitale. près de mille ans auparavant.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. 10 . chaque province. et le domicile moral de tous le ses citoyens. peut-être les premières nées des métropoles de la Gaule celtique : Avaricum ou Bourges chez les les Bituriges du Berry. forum de chands temple de ses dieux.vN. Et ici se présente un fait de première importance pour les destinées de la Gaule et de la France. l'acropole de ses chefs. la grandeur et le charme du monde méditerranéen. qui est en même temps juge et administrateur. Arverncs et Bibracte chez Éducns La Gaule s'acheminait donc à son tour vers ce régime municipal qui fit la beauté. — Gaule à la l-rauce. la tribu pays » (pagus) est réduit à une vie obscure de travail et de dévotion autour du lieu traditionnel où respire son Génie tutélaire. faisant d'une ville cenle trale son autel et son foyer. De la telle ses marqu'Athènes pour JvLLi. le cénacle et le donjon de leur union indestructible. avaient fait d'elle leur capitale. Metz. des règlements de finances. et Reims. Il va se passer chez nous ce que la Grèce avait vu. Besançon Séquanes de Franche-Comté.

de ses la campagne ne compte plus : villages épars et ses sanctuaires vieillots. Bibracte ou Bourges commandent à un immense et opulent territoire. En France. Bibracte chez les Éduens. au contraire. en villages. fut en partie comme chez les Gaulois la ville n'absorba pas le territoire. telle ^. ville et campagne ont trop besoin l'une de l'autre pour ne pas s'entendre et travailler chacune à titre égal. en lieux de prières. en champs de foire.146 DE LA GAULE A LA FRANCE. Auvergne. qu'un terroir d'étendue resEn Gaule. à Athènes ou à Caravec ses sanctuaires. la A Rome. Je devrais ajouter Jérusalem. la Tyr ou Carthage. La terre où ils habitent a trop de valeur pour qu'ils ne réclament pas leur part de gloire et de pouvoir en face de la capitale. abondante en cultures. leurs bienfaits et leurs séductions. ses marchés et ses remparts. les villes auront beau croître en étendue et en beauté. qui est une région naturelle de la France. . en montagnes et en sources célèbres. vu l'importance du temple et la force de l'unité religieuse. en domaines. est une colline trop sainte pour se laisser perdre dans le rayonnement d'une métropole. Jérusalem valut plus chez les Hébreux que. ce 1. et qui transmettront à ces fils leurs coutumes. l'Attique ou Sparte pour la Laconie. Sous le régime municipal qui s'inaugure. Les hommes et les dieux de cette campagne ne se résigneront jamais à n'être que les sujets anonymes et dociles d'une ville lointaine. n'est jamais treinte et de fertilité médiocre. que Rome. ou Mais le Marseille ici-même régime municipal s'annonçait dans Gaule sous une allure différente de celle qu'il avait prise aux thage. Mais chez les Hébreux. chef-lieu de tribu rurale. en forêts. Alésia. le lieu demeures que par d'ailleurs et de ses richesses ses elle de convergence de ses cultes. elles demeureront toujours encadrées et soutenues par des terres fécondes et sacrées qui. Bourgogne ou Berry. Gergovie. Bibracte ou Langres. par : exemple. auront leurs fils passionnés. est l'énergie éminente et le principe substantiel rives de la mer Intérieure. elles aussi. Toutefois. ville. de la cité.

C'est la méconnaître absolument le caractère et l'intensité de vie antique. moins de dix millions. quelc|ues âmes nombre des 1. ils communient dans l'avenir par les leçons d'espérance et de foi que reçoit leur jeunesse. ils sont à la fois un peuple et une ils église.L'ÉPOQUE DES CUElilUERS. des conseils polifrontières naturelles. Gaule furent l'excepau milieu d'ambitieux qui restaient attachés à la fortune de leur cité ou à l'intérêt de leur maison. et parfois même moins de cinq milCe chilTre. sa tête et ses organes. trente millions d'hommes' qui ont fixé pour toujours les foyers de leurs résidences et les routes de leurs relations. et. après cela. Voici. ou au milieu d'humbles travailleurs qui ne comprenaient que la besogne du pain quotidien. communient dans le présent par l'adoration de dieux nationaux. une mère ou une déesse. et la même vie. 147 Comment. d'une étroite dans ce pays. et qui sauront mourir pour elle. et l'existence d'une patrie ne dépend point du Il est certain que ces patriotes de d'élite isolées la tion. ne parlerai-je pas d'une patrie gauloise? Voici une contrée que la nature a pourvue de vaut mieux. Mais cela s'est vu en d'autres temps et chez les nations les plus solides. ce qui solidarité entre les terres intérieures. Ces hommes ont même langue et même nom. La Gaule est un corps qui a sa pensée. erreur dont on commence enfin à revenir. tiques et des assemblées religieuses. Ils ont des chefs souverains. ils ont des lieux de rendez-vous universels. Et il se trouvera des hommes qui aimeront cette Gaule comme une femme. qui n'est lions. des ruines et des sites humains se référant à l'époque gauloise. fidèles qui la servent. les uns rois et les autres prêtres. l'examen attentif des évidemment qu'approximatif. Par les souvenirs de leur histoire ils communient dans le passé. Pareille erreur a été souvent commise pour le Moyen Age français. . Je ne puis en aucune manière souscrire aux chiffres très faibles donnés par les systèmes courants. résulle de textes. et une vie très puissante. Tout cela ne fait-il pas une patrie? et la gloire de leurs aïeux. se répand en tous ses membres.

de même. et je viens d'y faire allusion : compromise d' « que ». Mais des querelles de cette sorte. Les Éduens de la Bourgogne disputèrent aux Arvernes de l'Auvergne le privilège de commander à la Gaule Athènes et Sparte. Mommseii. III (écrit peu avant 1856). luttaient pour l'hégémonie de la Grèce. chaque famille même. et chaque cité. est également certain que la force prise par les cités une entrave à l'entente gauloise. p. atteint le degré de civihsation qui lui était départi par les destins. A propos de cette lutte pour le principat entre Arvernes et Éduens. et elle ' : descendait la pente qui entraîne vers la mort vieillissantes. pour ne point se livrer avec ardeur aux discussions et aux conflits politiques. Les Gaulois étaient trop vifs. la 241 219 de . les nations justifier 1. En grandissant. Mais les luttes de partis sont inséparables d'une vie de liberté et de l'exubérance d'un tempérament. a-t-on dit. Rœmische (p. après lui ou d'après lui. ses Mazarins et ses Frondeurs. première édition). La France a traversé des crises tout aussi redoutables.148 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. ses Huguenots et ses Papistes. le patriotisme municipal fit concurrence au patriotisme national. allemands et français. le triomphe de Rome et Gescbichte. t. je veux dire par là ses partisans des Arvernes et ses partisans des Éduens. et bien d'autres écrivains. fut souvent : si funestes qu'elles soient devenues. Les écrivains qui ont parlé ainsi ont voulu la défaite de la Gaule. eut ses Armagnacs et ses Bourguignons. Il est certain enfm que l'esprit de parti troubla souvent la vision de l'intérêt général. ils se divisèrent en deux camps. étaient des hommages rendus à l'unité d'une nation. trop bavards et trop personnels. chaque tribu. On a prononcé le mot de décadence à propos de l'état de cette Gaule elle avait. son unité morale n'a été un instant pour reparaître ensuite en la forme union sacrée plus solide et plus douce.

ni les de l'art. . et non pas remarques d'historien. par delà l'apothéose préparer ravènement d'un empire A dence. d'entrer dans le monde se à accepter la qu'elle recueillait avant plus brillant des renouveaux ou la plus ! complète des victoires Ce qu'on a pris. fut divulguée L'écriture. c'est que. ni les dences urbaines. Mais ce sont propos d'une politique misérable. ni les édifices images de pierre. avec caractères helléniques. et que les rues et les temples de leur Grecs ouvrent aux Gaulois entre Gaulois et Grecs. Elle ne connaissait ni les lettres de l'écriture et de l'épigraphie. ni les pièces de monnaie. ce ne sont pas seulement des marchandises et de bons rapports. n'était que les tâtonnements d'une adolescence qui désire s'instruire et qui hésite sur la loi de son avenir. même. quel signe reconnaîtrcz-vous qu'un être est en décasi vous brisez sa vie par une mort violente? Que de fois ce mot de décadence a alors été brutalement proféré le ou perfidement insinué pour amener chute de la France. chez les Gaulois. rimpérialismc latin. les routes et les villes de leur pays. progrès ou en dédaignait les avantages. Ce qui manquait A la Gaule. et parfois 149 des empires du passé. ce qui s'échange. que Gaulois ouvrent aux marchands les de Marseille cité. Mais voici que Grecs ont bâti Marseille. Alors. elle vivant à l'écart en ignorait les de la civilisation méditerranéenne. Que les prêtres de Gaule aient vu d'abord avec déplaisir cette pénétration d'idées étrangères. c'est possible mais ils ont : vite accepté et suivi portait les eux-mêmes le courant invincible qui Gaulois à une existence nouvelle.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. mais aussi des leçons et des sentiments. rien en un mot de ce qui assurait l'exis- aux cités de la Grèce et de les l'Italie les agréments de les tence et la sécurité des relations. nouveau. ni la régularité des résidieux à figure humaine. pour les tremblements de la décrépitude.

Les Gaulois apprirent à traduire leurs pensées par des figures qui en furent les symboles"^. et les Gaulois taillèrent dans des troncs d'arbres leurs premières idoles. Éduens. 2. et que Tentâtes. les Leroux. par respect pour la tradition. en ce tempslà. pour ces temples où la divinité siégeait en un asile inviolable. Ils comprirent que 1. on s'en servit pour les actes publics. à la surface aplanie. Leurs mains mala- droites tardèrent plus longtemps à façonner des images. législateur de son peuple. ils firent dessiner des emblèmes empruntés à leurs cultes Sur le ou à leur vie militaire^. ressemblait à : Hermès. 1905. c'était un peu échange de dévotions.150 DE LA GAULE A LA FRANCE. pour ces rues où les maisons s'alignaient en un rythme symétrique. Ils combinèrent en spirales ou en courbes d'une variété infinie le prestigieux signe en S. pour peindre ou graver les documents qu'on voulait soustraire à l'oubli. éducateur des hommes. et après s'être bornés à copier grossièrement les images des pièces grecques. Ils s'habituaient de plus en plus à comparer leurs dieux avec ceux des Grecs rapports de marchands. Traité des monnaies gauloises. le sceau mystérieux de la divinité. dans la Gaule. Voyez Blauclict. Grecs et Gaulois trouvèrent bientôt que Bélénus ressemblait à Apollon. . ainsi qu'avaient fait les Grecs pour leurs plus lointaines Art émis. Paris. Armoricains et autres frappèrent des monnaies de bon aloi et de type constant. aux pierres énormes et régulières. modèle des statères d'or et des drachmes d'argent. Arvernes. Mais enfin le désir d'avoir les dieux près de soi fut plus fort que tout. elles hésitèrent à modeler des dieux à la ressemblance des hommes. le serpent linéaire qui semble avoir été pour eux et. Les Celtes de Provence et de Languedoc ne pouvaient visiter Marseille sans être saisis d'admiration pour ces remparts droits et solides. En supposant que Gaulois n'en aient pas eu l'idée par eux-mêmes.

5). Et l'on vit peu à peu clans la Gaule se dresser des remparts pour les villes et peut-être des temples pour les dieux *. 5. 4 Ab his (les Marseillais) Galli et usum. et le Grec. ut deos eorum adorare liceret (Justin. étant donné que ce détail remonte sans doute à un écrivain grec contemporain d'Auguste. résistaient au progrès et se contentaient de chambres misérables creusées dans la terre : car il y avait longtemps que menhirs. deposila ac mansuefacla barbaria. en hésitant. que les Druides se sont inspirés de Pythagoi'e. C'est ce qu'on appelait « le philhellénisme » des Gaulois. d'Ammien Marcellin (XV.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. et . Justin (résumé de Trogue-Pompéc. à rencontre des morts. disciple les d'Hérodote. 8). les les vivants se entraîner aux choses nouvelles. 1. tune viiem putare (très tardivement). Mais on ne peut pas non plus la négliger. vitse. XLIII. dolmens et tertres élevés étaient disparus des usages funéraires. voyez ce roi gaulois qui demande aux Marseillais d'être admis dans leur ville. Les morts. contemporain d'Auguste). Les expressions de Trogue-Pompée sont évidemment excessives et tendancieuses : mais cela même semblerait prouver qu'il a voulu rappeler les droits de la Grèce comme éducatrice de la Gaule et réagir contre les prétentions de l'amour-propre romain. ut non Grœci in Galliam emigrasse. sed Gallia in Grœciam translata viderctur. eux. XL III. tune olivam serere consuerunt. et que les Druides et l'élite des Gaulois ont dû Ctre curieux de toutes les choses helléniques qui étaient à leur portée. adeoque magnus hominibus et rébus imposilus est nitor. cuUioris. et il était curieux d'apprendre ce qui venait de loin. non armis vivere (ceci est exagéré). et agronim : cultus (ceci est exagéré) et urbes mœnibus cingere didicerunt. Je ne suis pas sûr que point pris contact avec Druides eux-mêmes n'aient d'Artémis ou les lettrés les prêtres de Marseille. Car le Gaulois aimait ses voisins. et jugeait inutile de construire pour les défunts une solennelle sur un Celte demeure faisaient un sol qu'ils allaient quitter pour toujours. 9. -. Mais. le prêtres même goût des entretiens avec ceux qu'il appelait des Gaule demander à la Grèce de Peu importe qu'elle s'en instruise d'abord lentement. sans renoncer laisse Barbares Qu'on l'initier donc la à la culture méditerranéenne. On ne peut certes pas accepter telle quelle l'assertion 2. avait étrangers. qui est un homme du pays. 151 c'était la pierre taillée qui faisait cette puissance et cette harmonie. Tune et legibus.

roi des Arvernes et chef de toute la Gaule et. : territoire. D'une alliance spontanée entre la nature gauloise et'r'éducation hellénique. en annexant les terres du Midi. les directions de son art et de ses lettres. qui toutes deux crurent en l'amitié du peuple romain. qui portent une certaine probité dans rexcrcice du crime. Rome ne le permit pas. Admirons. Elle vainquit Bituit. au delà des Alpes. les prétentions des Éduens. Mais il ne faut pas méconnaître que Montesquieu ne fut jamais dupe des Romains « Ils ne faisaient jamais la paix de bonne foi. avarice pubhque.. 205) revendique hautement pour l'historien le droit de rechercher ce qui « La considéaurait pu arriver sous un autre cours d'événements ration des cas hypothétiques a cela d'utile qu'elle oblige à distinguer soigneusement ce qui dans l'histoire est nécessaire de ce qui n'y : est que contingent.152 DE LA GAULE A LA FRAS'CE.. l'histoire était en droit d'attendre une civilisation nouvelle. ne travailla que pour elle. Cupidité des particuliers. ni ceux qui lui ont été imposés. On n'avait pas même cette justice des brigands. « la profondeur » de la politique romaine-. Mais Rome. à l'aide de son alliance. qu'elle a reçu d'eux la forme de ses dieux. après cette défaite. Provence. ce qui vaut mieux encore.. mais 1. comme nation. Litlré (Études sur les Barbares et le Moyen Age.. des Celtes de Provence. chap. Les progrès les plus sûrs d'un peuple ne sont pas les plus rapides. » Considérations ^ur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence.. 1867. C'est de cette manière douce et consentie que Rome s'est fait élever jadis par les Grecs. p. en supprimant l'hégémonie arverne et en soutenant. Mais son ambition eut pour appui la sottise de Marseille et celle de la Gaule. ]\Iarseille eut recours à cette amitié pour se débarrasser du voisinage.. Languedoc et Dauphiné. : . elle coupa la Gaule en deux comme . parfois gênant. » 2. et qu'elle les a reçues en les adaptant aux traditions de sa langue et aux pratiques de son esprit. sans rien perdre de ses libertés. originale et charmante *. et. à de chères habitudes. sans rien perdre de ses facultés propres. avec Montesquieu.. 6.

mais qui. noble entre tous. Les uns se confièrent en des mercenaires germains. unie et invincible. Les autres se confièrent en un proconsul de Rome. tout fut fini Du moins elle avait montré. Ariovistc. rappelons qu'elle était 153 de criminels. ce qu'elle était et ce qu'elle pouvait devenir. Cette Gaule ses mot sacré du ralliement de hommes. Dans il ses heures d'espérance et d'enthousiasme. VII. n'ayant qu'une seule volonté. proconsuls avides de gloire et brasseurs d'alTaires en quête service au de placements. En vain l'héritier des chefs à soulever Il le arvernes. mais toujours au était sa vraie patrie et le nom de la Gaule. qui ne procéda pas autrement que le bandit d'outreRhin.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. finit et la garder. 29 : Verdngétorix proclame (se) iinum Cailla' cffcclurum. et. la il de ses aïeux. ne formant qu'un seul corps. . par cette suprême résis- tance et par l'apparition de ce chef. Ils rivalisèrent d'ailleurs de maladresse et de crédulité. la cité sainte des Celtes. sut prendre la Gaule chef. Pas une seule fois Vercingétorix ne parla ou ne combattit au nom des Arvernes. Mais la Gaule. par la vertu de sa concorde. imposant à l'univers le respect de son droit et de sa liberté '. La guerre civile éclata entre les deux partis gaulois. 1. eut la vision de la Gaule entière. Jules César. dont le par réclamer la Gaule pour lui-même. cujiis consensui ne orbis (jiiidcm terranini possil obsisterc. plus fort que lui. Alors. les réussit-il un instant toutes fut vaincu par le cités ville contre royale Jules César. Vercingétorix. Romain devant pour Alésia. levée contre l'étranger. Je suis convaincu que César rapporte toLiiis consilium des paroles réellement prononcées. De bello Gallicn. vainquit devant Gergovie.

elle nement et prit les usages de ces maîtres. la Gaule transforma à sa vie politique et sa vie morale. autre paix romaine. Victoire La fièvre d'art. source d'audes pays persistance des — Toute-puissance du grand domaine. Souveraineté de la tangue et de la littérature latines. parus à l'ouvrage est en ce Berlin en différentes parties depuis 1888 moment inachevé. culture. Lyon capitale Amour-propre gallo-romain. de la mythologie. t. . relatifs à la Gaule. — urbains. cités et Les tombeaux de pierre. gallo-romaines. héritières — vie industrielle et — — — — — « ». sites — — La terre. et la soldats barbares et pacifisme des civils. son gouveret ses habitudes. torité. Intensité de la commerciale . Le régime municipal. de inestimables services rendus par le Corpus inscriptionum Latinarum. — Ce que fut passer l'invasion germanique.VI L'ÉPOQUE IMPÉRIALE L ETAT ROMAIN Beauté apparente de VEmpire romain. romaines. — Maintien en son Conseil. — L'armée gallo-romaine. en tète les rappeler . décadence maritime. — L'Empire en état de siège. la vigne. — Nouveaux — — Plus de variété dans la : La construction en pierre les villes villes et routes. — Rome laisse principe d'unité. Mœurs Faiblesse du génie latin. XII et XIII. la fois Incorporée à l'Empire romain. Ce ne fut pas seulement une nation qui perdit sa liberté pour être la de toute étude sur la Gaule romaine. triomphe du style classique. — Gaule des éléments d'unité. de villes gauloises. 1. Elle fut soumise à des maîtres. Il est bon.

joie des siestes et des joie des vier. façonnés aux mêmes coutumes. rellent. à deux mille ans de la défaite de nos pères. d'un côté l'éducation et de l'autre 1q gouvernement. la joie du Midi. patrie unique et école suprême de cent millions d'hommes '. plus de partis qui se quepaix et loi Au . ils nous imposent leurs sentiments de vainqueurs. Plus de rois ennemis. celui de cet l'Italie le soin d'instruire la premier abord. joie de France entière. 1.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. province d'un immense État. Gaule lui-même compléta son éducation sous Il dut au nouveau régime des cultures qu'il avait ignorées jusque-là. promenades joie d'été. Ils connurent le platane à la fraîcheur inaltésol Le de la rable. remit à Gaule. c'était un spectacle splendide que Empire romain. Voyons la réalité à travers les phrases. parlant une même langue. ils prolongent en nous. priant les mêmes dieux. Et plutôt plus'quc moins. ses maîtres romains. . et la vigne. image du se sous la d'un empereur divin. qui mirent à la surface plus de variété. plus de nations qui s'entre-déchirent. une mentalité de vaincus qui acceptent leurs maîtres et qui les Rome adorent. le pêcher. la ciel le travail garantis à la terre. l'oli- gourmets. et le cerisier. car les écrivains de Et nous délirons à leur suite nous ont élevés et élèvent encore notre jeunesse. ce qu'on a appelé « le génie latin » et « la paix romaine ». et ces hommes comprenant tous. ce furent cette nation qui entrèrent société civilisée 155 les hommes de comme Romains dans la grande : du monde méditerranéen car Marseille. et plus de jouissances au cœur des hommes. des familles. conquise par César. tels que seraient les enfants d'un père de famille : historiens et siècles poètes de Rome ont déliré pendant des dans : l'admiration de cette œuvre. et ce que valurent.

au contraire. mais avec plus de goût. des Graves bordelaises. non point avec plus de force. et non pas à la forêt ou au marécage. plus de vie à assurer aux hommes. de façon plus délicate et moins monotone. elle occupa rapidement les terrains qui lui étaient favorables et engendra aussitôt les vignobles de gloire française ceux du Languedoc autour de Béziers leur capitale. La vigne fut. et ils abandonnèrent la tâche aux moines chrétiens ou aux ouvriers de Sully. a été fait par les néolithiques ou les Ligures. le grand bienfait. : la Champagne manquant Mais. don fait à la terre de Gaule conquête romaine. Les recherches du bien-être et du luxe. l'Artois ses lins et le Quercy ses chanvres.13(i DE LA GAULE A LA FRANCE. les potagers. Certes. ceux de la Bourgogne encadrant Beaune. Les terrains que soumettent les vignerons sont enlevés à d'autres cultures. Ils l'ont. . Il y a beau temps que l'essentiel. au voisinage des embouchures de fleuves. gardons-nous de croire que cette conquête en ait provoqué une autre. Je ne dis pas que l'éducation romaine ait détourné les Gaulois de la terre. et surtout de ce luxe de table qui fut la frénésie de la civilisation latine. la si seule à l'appel. les pépinières. en ce genre. ceux du Rhône aux flancs de la Côte-Rôtie. le sol de la riche que soit le par Gaule. les amenèrent à multiplier dans leurs domaines les vergers. Voilà des siècles que la Brie et la Beauce ont leurs blés. celle de la nature par le cultivateur. Que la vigne gauloise soit fille des cépages de Marseille ou de ceux de la Campanie (car cette affaire fut surtout aux mains de vignerons grecs). plus de terres à donner au grain. les serres. aimée en ce temps-là. des bords de la Moselle. Mais les : Romains n'y songèrent point. et c'était pour ses habitants un motif de plus d'aimer la vie que leur faisait la terre. ceux des coteaux parisiens. à peine inférieure à celle du blé. et davantage. C'était pour notre pays une richesse sans limite. était encore abominablement enlaidi par de vastes étendues de marais stériles et funestes il restait un noble travail à faire pour de nouveaux Hercules. les jardins fleuristes.

le forçage ou l'hybridation. et de dresser des villes aussi drues que ses moissons. 1. Picard). de France reçut ainsi la plus gaie si de ses parures. Paris. Il n'y eut pas de groupement social. et. et même d'espérance morale. i Afin d'orner le sol se les tables des vivants et les des morts. plus que pays au monde. et l'on \ commença de la ' à tailler largement dans les bancs de calcaire les Saintonge ou du Jura. des plomb et de fer. de fruits et de fleurs. en ciment. de plaisir vulà lui. poussa de partout. elle était capable de les faire durer éternellement. qui ne devait plus s'interrompre. de fait politique.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Une végétation de murailles en pierre. réservé aux habitations et aux marches humaines changea brusquement d'aspect. s'ouvrit à une vie plus profonde. Voyez le travail de Déclielette. qui ne se traduisît par un édifice bâti et immuable. il se couvrit d'édifices attachés le sol comme le rocher. et la tombes \ aux abords des demeures. et qui semblaient continuer dont ils sortaient. 157 : par la grefYc. roses et de violettes. Mais qui sait la Marseille n'avait pas été première à la tisser sur la terre de Gaule? Le sous-sol. de pensée religieuse. cela va sans dire. Sondé et creusé en tout sens par les prospecteurs de mines et de carrières. la . dans assises les de marbres pyrénéens. On eût dit que la vie humaine. durs la terre i gaire. Les Vases céramiques ornés de Gaule romaine (1901. Il prit l'apparence que nous lui voyons aujourd'hui. de son côté. du Rouergue ou du Gévaudan K Les : la brique et de la pierre de taille étaient venus Gaule montra que. les plus connus ou les plus caractéristiques. en brique. ce qui lui restait d'or et de cuivre. il livra ce qu'on sut en tirer d'argent. couvrit. à y produire toutes les espèces possibles de légumes. temps de la Par suite de cet appel forcené à la pierre et à l'argile. Je ne cite. que quelques faits. et l'on puisa sans arrêt dans gile couches d'ar- de l'Auvergne.

Association Pro Auentico . Aguœ Sextiœ. fil porteur de paroles. I. Fr. amphithéâtres et thermes pour l'amuse- ment de tout monde. 3''. Musée de Lyon. se retrouvent dans de simples bourgades. Inscriptions antiques. la ville moderne n'offre aucun élément que n'ait réalisé la ville romaine. 2. : somme toute. . 1908. Jacquin. ressemblèrent aux nôtres chaussées rectilignes.. Mont-Louis De Pachtere. Audollent. Picard. 1919. nouv. 1901. cirques. Paris. pour rAvancement des Sciences). ces mêmes ensembles de pierre.éd. Paris à l'époque (jallo-romaine. Lyon. formant un réseau de chemins coupés à angles aux contours réguliers.. Besançon. s'agiter au delà même de la mort.. ne pouvait plus dans un cadre de pierre. 5 vol. çà et là. que On construisit des villes qui. 1912. Allmer. basiliques et curies pour les séances des magistrats du sénat. La Civilisation romaine (à Nîmes). Mazauric. de hauts et larges monuments précédés de colonnades. 1912 (Nîmes. Constans. et. Autun et ses monuments. Clermont gallo-romain. arcs de triomphe pour le glorifier l'histoire. Aulun. 1916. dans Allmer et Dissard. Dejussieu. 1888-1893. 1910. Secretan. à l'occasion du Congrès de l'Assoc. Dragon. des places centrales. taines K et le les eaux pures des sources loin- A part la lumière qui éclaire et qui réchauffe. de maisons. ornés de statues. Paris.15» DE LA GAULE A LA FRANCE. bordées de trottoirs et droits. Ces mêmes principes de construction. dans Nîmes et le Gard. entou- rées de portiques. 1889. en un conduit souterrain ou sur les arcades d'un aqueduc. Citons ici les meilleures monographies de villes gallo-romaines : Harold de Fonlenay. qui. Aventicum. Recherches sur les aqueducs et cloaques de la Gaule romaine. ces mêmes attitudes de la vie sociale. Clerc. 1. et un système de canaux ces rues et de ces édifices. au travers ou au-dessous de un système d'égouts qui les débarrassent des matières usées. publication municipale. elles aussi. 1921. de Boccard. Aix. bénéficiaire de tous les architectes du monde antique -. théâtres. dans Mélanges littéraires publiés par la Faculté des Lettres. . Paris. couronnés de frontons et dominant en souverains le peuple des maisons le culte humaines tassées à et leurs pieds : temples pour des dieux. Delaroche. éd. Blanchet. qui leur amènent. Clermont. Lausanne. t. Castan Besançon et ses environs. Arles antique.

profonde parfois d'un mètre. 159 ont leurs rues. La grandeur romaine a procuré à nos routes de Gaule un vêtement de pierre presque inusable : Rome ces « ne leur je a indiqué « ni leur direction «. et un modèle du genre. à un chemin de ronde sur la courtine d'un rempart -. survécu jusqu'à nous. Là où qu'une surface fragile. des bourgades et des forteresses de la liberté. « Là où trouve ces ». par Marteaux Le Roux (1913. ces villages. Annecj'. en solidité et en résistance. La monogi'aphie de Boulse. on enfonça sous terre une muraille compacte de blocs. pourvues d'eau froide des sanctuaires. Abry). ne sont. Et c'est pour cela qu'elle a. et 2. et également décorées de portiques. aussi stable dans sa masse de pierre du sous-sol cjue les arcades des arènes au-dessus du pavé des villes. qui a su gravir les les montagnes par des pentes continues. le plus souvent. chemins ferrés ces levées ». dans les marchés sacrés de la campagne. Les Fins il' Annecy. de cailloux. C'est et la première. les ont leurs théâtres. . et la voie romaine fut alors pareille. de ciment. eux aussi. qui a su franchir marécages sur pilotis. est le travail le plus fouillé que nous possédions sur un viens de Gaule. et pjarées Il comme la loi n'était pas jusqu'aux routes à quoi maçonnerie n'y avait eu ne s'imposât comme du temps. les sillons nécessaires De même. dans villas. elles aussi en pierre et en brique. 1. leurs thermes et leurs temples. ni leur allure.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. déjà la route de la Gaule indé- pendante. celles-ci à surface très mince et nécessitant sans cesse des chargements ou une réfection. que les héritières enrichies des fermes. ces villes de la Gaule romaine. qui. leurs aqueducs et leurs édifices publies^. en tant d'endroits. ces villas. Mais qu'on ne s'y trompe pas. là passait elle. la il et d'eau chaude. Ceci est la grande différence entre la route romaine et nos routes contemporaines. elle qui a tracé pour guider les marches humaines. routes de pierre qui sont les témoins de la voie latine.

Autun. ciel inclément. devient le lieu de séjour de leur aris- n'existe l'île que parce que tocratie. Rien ne nous dit que Trêves ne soit pas l'héridu lieu sacré ou du marché central des Trévires. Au reste. Mais on a vu que Gaulois eux- mêmes. après avoir été le port des marchands allobroges. Luxeuil. loin des routes passaces villes. dieux et magistrats en tête c'était le déplace- ment non pas la fondation d'un foyer municipal. et cent autres mais la Gaule indépendante n'ignora les mérites tière coloniale : . ont quitté les malheurs des temps et de le pratiques avaient logé leurs aïeux. aucune de ces villes n'est une création franchement origielles furent tracées pour nale. imaginée de toutes pièces : recevoir les habitants d'une ville antérieure. Vienne. et l'habitation se humaine familiarisa chaque jour davantage avec les coteau ou la plaine. capitale romaine des Arverncs. capitale romaine des Éduens. Sans doute. combien de villes romaines ne sont que les avatars de résidences celtiques ou ligures Avant d'être la colonie capitale du Midi. sont des villes entièrement neuves. juchées l'existence à la fortune ou : trop haut. A côté. édifiées sur des coteaux qui n'avaient reçu jusque-là que on les des villageois au labour ou des dévots en prière a construites pour remplacer Bibracte et Gergovie. Vichy. Glermont.160 DE LA GAULE A LA FRANCE. elle les Gaulois et leurs aïeux ont aimé de la Cité. quelques-uns de ces lieux bâtis doivent aux habitudes des âges nouveaux. avant par fit l'arrivée de César. Narbonne a été le siège d'un puissant royaume. Aix-en-Savoie. Luchon. et Les hommes de villas de villages ou de vieilles comme les rudes repaires de hauteur où de villes. aux temples et aux thermes de marbre. sous un gères. et qui n'était pas très loin de là. s'étaient sentis attirés les terres et les routes d'en bas. et la loi de Rome ne que les inviter à s'en rapprocher plus vite. Néris. Lutèce a beau couvrir de superbes édifices et 1 à la mode latine sa pieuse colline de la rive gauche. et d'autres encore. La Gaule romaine a suscité des villes d'eaux magnifiques. Ils se transportèrent dans leurs nouveaux : domiciles.

Béziers. Jui-LUN. aucune ville n'apparut à l'époque romaine"-. à l'oinbre de ces même Fontaine. le long de la Méditerranée et du Rhône. Narbonne. Si les habitants de Nîmes ont quitté les « monts » d'où jaillit leur Fontaine. la Société royale d'Archéologie de Bruxelles. aussi complètement. au contraire. les morts de la Gaule finirent par les accepter magistrats. les Eux comme les encore. H . s'en éleva de dimensions et de formes infinies. A tombe le 11 sans nom et sans figure. image ou inscription et d'ordinaire ils bordaient les grandes routes. pour rappeler davantage le défunt aux êtres qui Bonnard. Paris. c'est pour demeurer à quelques pas de là. mêmes collines et au contact divin de cette On vit alors. où la population gauloise ne s'était groupée qu'en hameaux ou en fermes. Pion. d'aucune de ces eaux. Aix. un travail de premier ordre que celui de Fr Comment la Belgique fut romaniséc. depuis la portaient haute d'une coudée jusqu'au mausolée de cent pieds. dans le bas. — De la Gaulo à la France. 1908. comme aux les dieux. lignes droites surgis- sant de la terre. à demi invisible. XXVIII). Orange. En Flandre. éternelles et connues de tous.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. une abondante floraison de colonies romaines ou latines. 1914 (Annales de 1. La Gaule thermale. Tellement il est vrai de dire que les Romains furent plus souvent les sectateurs du passé que les prophètes de l'avenir 1 siques Pour venir plus tard que les vivants aux habitudes clasdu Midi. Avignon. Arles. Nîmes. ils voulurent la avoir leurs demeures de pierre. . 2. t. et protection de dieux au elles 161 nom celtique sourdent toujours sous la '. ils Mais tous étaient de pierre ou de marbre. et cette région devait un jour produire les plus riches ateliers de labeur citadin que la Gaule ait jamais possédés dans ses frontières. succéda monument stèle funéraire en façon de temple ou de statue. Vienne mais c'est que les hommes de ces pays : s'étaient de longue date façonnés à la vie municipale. comme grands ou la plèbe. C'est Cumont.

Du môme genre. ses ouvriers ne travaillaient que pour quelques-uns. la vie. « piles » ^ et « pyramides » ^. et le grand seigneur trouvait sur son domaine de quoi satisfaire aux nécessités courantes. chanvre et lin pour ses vêtements. La . Grâce au prestige de la pierre que l'on taille et de l'édifice que l'on dresse. Maintenant. marqua le sol à son empreinte. il se fonde des manufactures aux ambitions universelles. la mort a repris sur cette terre l'empire que lui avait donné la roche brute au temps des menhirs et des dolmens. plus septentrionale et la plus célèbre est « la pile » de Cinq-Mars près de Toui's. argile pour ses poteries. mausolées de Saint-Remy et des Trévires. des maisons de commerce aux velléités impéférents les Gaulois de l'ancien régime : Le mot est répandu surtout dans l'Ouest et le Sud-Ouest. cette activité elle. sont des œuvres de souvenir imposées par ses morts à la terre de Gaule. tout objet fabriqué hors de la Gaule fut aussitôt souhaité par industrielle. î. Le travail et le rôle de la matière grandissaient chaque jour dans cette vie internationale que représentait l'EmIl ouvrait aux besoins nouveaux ou aux du monde entier les richesses de chacune des provinces de ce monde. et les plus étranges ou les plus fières des ruines de la Gaule romaine. et fer même pour ses armes. la Pennelleprèsde Marseille. désirs futiles Gaule fut aussitôt souhaité par l'univers. En Pi'ovence (pyramide de Fourrières). 2. Tourmagne de Nîmes. Ses habi- tants connurent alors en leur intensité cette production commerciale qui laissaient indifcar les terres d'une cité suffisaient jadis à la faire vivre. y planta des bâtisses indéracinables. mais il y en a bien d'autres. bois pour ses bâtisses et ses meubles. La mort. à Autun (pyramide dite « pierre de Couard »). laine. autant que elle survivaient.162 DE LA GAULE A LA FRANCE. porcs et gibier pour sa nourriture. blé. tout objet fabriqué par la pire romain.

dans la vie maritime. et par moments une ruée formidable. Des corporations de batellerie ou de camionnage se chargèrent de les exploiter. L'initiative commerciale se concentrait dans ces trois ports d'Arles. Toutefois. cette ardeur. de Hainaut. ce ne fut pas. de l'Atlantique. . de la Manche. Laurens. de Roucrgue. Ce même César a détruit la flotte gauloise du Morbihan. sont réduits à d'humbles besognes de cabotage et de pêche. ses successeurs impériaux ne l'ont point remplacée. et exportent bien au delà de ses frontières. Ce fut. de Narbonne et de Boulogne. Les commissionnaires d'Italie achetaient en gros les lainages d'Artois. La Verrerie en Gaule sous l'Empire romain. travaillent pour toute la Gaule. Paris. et Seine et de ses affluents. Boulogne commandait au Détroit. Celle des « nautes de la les cité le de Paris » fut maîtresse de la Saône étaient les armateurs maritimes à Arles. riales. 1913. sous cet Empire dont rien n'entravait la puissance. et la Rhône partagés entre nautes fluviaux à Lyon et : 1. sur les rivières et les routes. une presse. 1C3 Les céramistes d'Auvergne. cet entrain qu'on eût pu espérer en cette Gaule si bien faite pour la mer. l'absinthe vermifuge de Saintonge car la production agricole elle-même s'organisa de Besançon. les jambons de Flandre ou de Franche-Comté. de Langres ou les matelas de Quercy. Des bronziers de Flandre ou de Hainaut expédient leurs fibules en Allemagne et jusqu'en Asie. : en façon industrielle. Les petits ports de la Méditerranée. On eût dit que les chefs de Rome avaient organisé en leur faveur le monopole des routes de la mer un grand empire préférera toujours centraliser le travail plutôt que multiplier les énergies.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. de Gévau- dan. Voyez l'ouvrage capital de Morin-Jean. Celle-ci et Narbonne dominaient sur la mer du Sud. Marseille a perdu toute activité maritime depuis que César lui a ravi la liberté. Un maître verrier de Normandie avait des succursales qui faisaient ressembler sa firme à l'administration d'une province^.

régulateur du monde habité et arbitre des hommes. le père du peuple.. Ces Rome d'une . Quelle déchéance. et c'est celui-ci qu'on adora partout dans la Gaule. Reinach. inutiles.1C4 DE LA GAULE A LA FRANCE. plus enclins à rabaisser qu'à rehausser leurs à ne plus songer qu'au Mercure de la fable. en son allure de dieu aimable et frivole. se changea en Mercure. Paris. nous avons des recueils de première utilité : Espérandieu. Catalogue illustré du Musée des Antiquités nationales au Château de Saint-Germain (2 vol. être de sagesse et Les dieux gaulois et je : d'intelligence. Je rappelle la visite au IMusée de Saint-Germain. Paris. eux aussi. Tentâtes. ne peux admirer ceux qui les remplacèrent. Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine depuis 1907. Pour tout ce qui suit. les peuples. \ '. car en réalité Je ne devrais i)as dire frappés à mort les dieux gaulois subirent une métamorphose plutôt qu'ils ne disparurent. en arrivèrent les mythes de ses conquérants! Les autres divinités gauloises perdirent moins à leurs nouveaux aspects. Il nous manque un recueil similaire à celui d'Espérandieu. l'un après l'autre. pour l'invisible Teutatès. l'Armorique végète le long de ses rivages forces vives de la France ont été frappées par longue stérilité. et s'il fut d'abord le Mercure ou l'Hermès de l'antique tradition hellénique. les ailes aux talons et au pétase. Ésus en Mars. et tous les dieux indigènes. que ce dernier avatar infligé dieux. Taran en Jupiter. et le hochet du caducée à la main. Leroux et Musées). Ministère de l'Instruction (7 vol. costumes et emblèmes par à ceux des dieux du dehors qui leur ressemblaient comme 1. si belles que soient les formes dont les artistes les ont revêtus. furent frappés à mort. admirablement disposé pour l'intelligence du passé. et d'une manière générale pour tout ce qui concerne l'arcliéologie figurée et l'archéologie domestique de Ja Gaule romaine. pour l'architecture ou l'archéologie monumentale. roi de la Gaule. prirent noms. parus publique). 1917 et 1921. . Bélénus se transforma en Apollon.

limpides et sautillantes. jusqu'au jour où se rapprochèrent toutes de Cybèle.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. et leur emprunter tantôt des noms et tantôt bien des ruisseaux s'appelèrent des Apollons ou des Mars. Bacchus et sa Phaéton et son char. La mythologie classique n'en recouvrait pas moins la Gaule entière de ses images et de ses fables. Hercule et ses douze travaux. Des statues de Mercure se dressèrent sur les sommets. et de gaies fontaines. panthère. Mais cette fois. Léda et son cygne. à Montmartre. depuis Homère en son Iliade et Ovide en ses Métamorphoses. en elles Minerves. et les Gaulois si bien. que beaucoup en oublièrent aussitôt Mercure et Jupiter. le de la Terre qui reprenait ses droits sentirent sur le sol et sur les humains. tenant des nourrissons sur les genoux. c'était autre chose et du monde gréco-romain. mais à son tour la spirale ou le serpent linéaire disparut devant le triomphe du foudre ou du caducée. Prométhée et son vautour. au Donon. se travestirent en lourdes Cybèles. mieux que les banales idoles sous un nom étranger. cjui arriva dans la Gaule au temps des Antonins. Tout ce que les Anciens avaient raconté sur leurs dieux. au puy de Dôme. à défaut des dieux qui s'abandonnaient. avec cette mère et cette reine. Les cultes locaux eux-mêmes. grands ou médiocres. copies informes des banales images que l'industrie religieuse de l'Empire fabriquait à foison pour les étalages des boutiques et les bancs des marchés au voisinage des sanctuaires. des frères. fut révélé aux Gaulois et accepté de leur foi naïve ou de leurs âmes surprises. En vain les emblèmes mystiques chers aux aïeux essayèrent de lutter. Ganymède des figures : et son aigle. durent pactiser avec les plus grands dieux de l'Olympe méditerranéen. et mille autres histoires de ce genre. en Junons ou en Dianes. devinrent . l'antique divinité c'était. et même ces sources qui d'ailleurs demeuraient les plus chères des puissances divines. la Grande Mère des dieux et des hommes. 165 Les déesses s'habillèrent en Victoires.

Elle put admirer les corps des Vénus ou des Athlètes aux pourtours de ses théâtres ou dans les salles de ses thermes. sur les mosaïques qui ornaient les grandes salles des thermes publics et les chambres d'apparat des villas seigneuriales. Les épisodes de la guerre de Troie se déroulèrent en reliefs d'une vie saisissante sur les flancs des vases d'argent exposés dans les sanctuaires. dieux en images et religion en féeries. Et je ne trouve pas que la conversion de la Gaule à l'anthropomorphisme païen. Aux jours de frairie qui assemblaient à Soissons ou à Champlieu les laboureurs et les bûcherons de l'Ile-de-France. dont on éduqua les la matière et regards des foules. Paris juge de beauté entre trois déesses. Icare et Dédale tombant du ciel. les inévitables amours de Léda. On eut des mosaïques . en pierre ou en chair. pour offrir un passe-temps entre deux services. en ces tableaux vivants dont s'éjouissait le populaire dans ces mille théâtres qui se construisirent sur le sol des cités. On les représenta même en action. On les vit reproduites sur la vaisselle de table. sur les riches vases d'argent qu'on vouait aux dieux secourables et qu'ils conservaient dans les trésors de leurs temples. et toujours. misérables et lettrés. et encore. chose comme larise Il est vrai que quelques-unes de ces figures et de ces scènes étaient des chefs-d'œuvre. ait marqué pour elle un progrès moral. Comprenaient-ils vraiment ce que signifiaient ces mythes. jeunes vieux. légères ou pathétiques. quelque ces mélodrames ou ces acrobaties que popude nos jours la vogue du cinéma. et qu'en se convertissant à cette religion nouvelle. des Niobides massacrés par Apollon. et je suppose plutôt qu'ils ne voyaient là qu'aventures merveilleuses. leurs yeux contemplaient.166 DE LA GAULE A LA FRANCE. qu'elle avait ignorées jusque-là. la Gaule s'initiait aux beautés de l'art. leur beauté poétique ou leur sens mystérieux? J'en doute.

Le boutiquier de Sens. La Maison Carrée de Nîmes déploya le les grâces élégantes de sa façade. se montrèrent sur leurs mausolées en ressemblance absolue. la fièvre d'art se propagea par toute la Gaule. le le les drapier derrière sa banque changeur avec sa sébile pleine de pièces. depuis Nice fille de Marseille et déjà reine sur la Côte d'Azur. . artistes grecs appelés à grands frais ou artistes indigènes nourris de leurs leçons. Et nos musées de France sont aujourd'hui 1. datant des abords de l'an 200. à scènes de la vie réelle (mais mêlées de scènes mythologiques). et. près de Trêves. leur épouse et leurs enfants à leurs côtés. portraits de citoyens méritants ou de propriétaires vaniteux. le commerçant de Bordeaux. la tunique tombant sur les genoux. et ses arcades. De la religion. scènes dieux. qui n'eussent souhaité ou obtenu leurs figures sur leurs tombes. 1G7 OÙ les animaux de la fable ou les combats de l'arène apparurent avec les couleurs de la réalité. on en vint à décrire par la pierre les occupations de l'existence humaine. et il se trouva bien peu de morts. Des bustes ou des statues de vivants peuplèrent les places publiques ou les maisons de campagne. telle que l'avait le dieu. le forgeron d'Autun. le bœuf qui laboure. cette fièvre pénétra tous les replis des âmes humaines. qui l'avait importée. jusqu'à Tongres. le viticulteur de Trêves *. est le mausolée d'Igel. Le plus célèbre et le plus intact des mausolées à figures de genre. en bons pères de famille. le batelier transportant des barriques. le charretier conduisant sa charrette. œuvres récentes façonnées sur place pour orner forums des villes ou les salles des villas. fût-ce de travail ou de marché. L'homme à son tour voulut son image. le capuchon rejeté sur le dos. De même qu'on représentait les batailles des héros et les amours des plus prosaïques.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. et ses piles d'étoffes. perdue dans ses broussailles et ses marécages à la lisière de la Germanie. Pont du Gard l'harmonieuse simplicité de Œuvres anciennes achetées au les delà des Alpes par de riches amateurs. le porc que l'on sacrifie. même des plus humbles. ayant à la main le coffret du maître de maison.

gaulois ou ligures seuls. elles nous apportent des sensations de notre passé. Rome assura l'éducation par l'écriture et les belles-lettres. poème de leur vie. sont vivantes. et si Veskuara : dut évacuer les basses terres de la Gascogne.168 DE LA GAULE A LA FRANCE. La Gaule. de ces bas-reliefs qui racontent le les jours et les ouvrages » du travail de la Gaule. Il m'est indifférent qu'elles soient moins belles. Mais par là même les images de cet art gagnaient en vogue ce qu'elles perdaient en mérite. elle conserva . je m'arrête devant ces œuvres avec un réel plaisir. au moins. A côté de l'éducation par l'art et par l'image. délaissa l'usage de ses idiomes nationaux. et tout autrement que devant Vénus d'Arles ou l'Athlète de Vaison. de Rome. sa valeur diminuait de jour en jour. étouffée par les progrès continus de l'art mythologique. n'inventait plus rien en attitudes héroïques ou en phy- sionomies divines. Moins de trois siècles après la conquête. « remplis de ces portraits de bourgeois ou d'artisans. et de copie en copie il n'aboutissait qu'à de misérables plagiats. Elles. une note originale. elles viennent de notre sol. en quatre siècles. l'art religieux des Gréco-Romains réussit à mettre fin aux tentatives personnelles et fécondes des artistes de la Gaule. elles nous rappellent des pensées et des tâches qui ressemblent aux nôtres. elle avait disparu. il Cet art ne vivait plus que des conventions de l'école. Et aussi^ aux derniers temps de sa décadence. au contraire. Voilà enfin. les Aquitains furent réfractaires à la langue des vainqueurs. une expression nouvelle de notre vie nationale. la Cette fois. elles nous présentent des hommes loi sous la qui peut-être furent nos aïeux. exige l'effort de l'observation et le souci de la vérité. Le malheur est que cette note s'effaça très vite. Il était si commode pour la paresse et la routine humaines! La reproduction de la vie réelle.

sortis de Grèce ou d'Italie ou formés spontanément dans les milieux indigènes. surexcités par les salaires qu'ils attendaient des préceptorats aristocratiques ou de l'enseignement public dans les villes. les dieux de la Gaule devenant romains. mérita d'être appelée « la cité de Pallas et ». des garnisons. par celle. curieuse et passionnée. Bélénus devenant Apollon et Teutatès Mercure. Bordeaux. les offrandes aux dieux. Virgile en voulant l'imiter. et des philosophes. avant d'être la ville de Clémence Isaure. Il sortit de ces écoles des avocats qui eurent leurs heures de célébrité et se firent applaudir à Rome même. par celle de l'aristocratie indigène.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. plus visité des empereurs. Nîmes. Partout ailleurs le latin s'imposa. enfin. Les Éduens instituèrent une université à Autun. Narbonnc. Une nuée de maîtres se répandirent sur la Gaule. et. qui s'empressa de faire la cour à ses maîtres. Arles. furent envahis par une population d'écoliors. c'est en était la seule langue la lin qu'il fallut les prier. ICO un inviolable refuge dans les landes et les vallons du Pays Basque. des lois et des usages publics : car le latin admise pour les actes de l'État et des cités. par l'influence des colons militaires. installés en directeurs de . Toulouse. des marchands et des gagné plus vite aux lettres latines: et j'entends par lettres la connaissance des poètes et des orateurs de Rome. et Toulouse. soumis plus touristes. L'école eut la mission de discipliner ces bonnes volontés. il en sortit aussi des poètes qui copièrent tôt. Mais les grands seigneurs du Nord ne tardèrent pas à se modeler sur les riches bourgeois du Midi dans les fastueuses villas penchées sur les coteaux de la Moselle ou dans les manoirs perdus au fond des Ardennes. fut plus riche en villes et en colons. des immigrants et des marchands italiens. et aussi ces inscriptions en majestueux caractères dont on décora les frontons des temples. les socles des statues et les parois des tombeaux. Le Midi. et je me demande si ce ne fut pas pour faire oublier un antique collège des Druides. on récita des vers : de Lucain.

Puis. obsédante monotone. à l'intelligence éveillée et souple. eussent employé les leçons de leurs et : maîtres à rendre des idées et des spectacles de chez eux! . donnera chanvre »). C'en était fini avec cette ambition que Marseille avait pu concevoir. montrent également que les formes et les moules ont fini par s'user à force de servir. le jour où elle s'était déclarée l'amie de Rome: accepté car aucun peuple ne réussit à faire sa part à l'amitié de Rome. et pendant quelque temps ce et Italiens puisèrent que Gaulois aux sources plus pures de la pensée antique. cette destinée qu'elle s'était faite à elle-même. En lâtre hellénique vain s'efîorça-t-elle de maintenir son rôle d'écoà demi persécutée sur cette mer qui : avait été sienne. ces figurines de statuaires. si quelques étudiants le y venaient le encore. Marseille avait : dieux et la langue d'Italie latin. aux leçons du Portique ou de l'Académie les âmes des petits-fils des derniers vergobrets gaulois. ouvrirent Grèce. et dans leurs contours sans netteté ou leurs dessins sans vigueur. tout au contraire. nelle obéissance aux préceptes de l'école comme l'art. Le non pas grec. Mais il n'avait plus en Gaule qu'une situation égale à celle qu'on lui avait faite à Rome. fut chez elle les elle se réfugia dans l'étude d'Homère et le culte des lettres grecques. Des rhéteurs ou des conférenciers qui ne songent qu'à faire de l'esprit avec la science de leurs devanciers. la misère de sa destinée l'emporta. comme l'industrie. chez les écrivains gaulois. Et deux les siècles après César. ces œuvres de poètes. semble n'être plus qu'une empreinte de formes et de moules toujours les mêmes. Gomme je préférerais que ces Gaulois. des métaphores mythologiques consacrées par des siècles d'écriture. des poètes qui ne savent s'exprimer qu'à l'aide de réminiscences. de devenir l'éducatrice de l'Occident. C'est cette latinité que nous retrouverons. lui « nom de sa Cannebière (de cannabis. l'éterla littérature. ces vases de céramistes.170 DE LA GAULE A LA FRANCE. et de le gagner à la conscience. Le grec n'était point exclu de cet enseignement. c'était pour se préparer à la latinité et triomphante.

*. Mais nul de ces catéchumènes des lettres classiques ne songea à modeler avec elles les souvenirs de son passé ou L'idée ne leur vint d'imiter les et ces les images de ses regards. promenades et jeux d'oisifs dans les thermes. non plus seulement pour souveraine de leur vie présente. de strophes émues. une nouvelle et ample moisson de drames vivants. et à Paris comme à Rom. baignades en commun. : ils empruntèrent les jeux. . aux héros de la que Rémus avait fondé la nation des Rèmes et Ils voulurent avoir la louve romaine. peut-être même antérieure à cette époque. pour fournir à de paysages pittoresques. que des liens de Grèce et de Rome. la riche. et partout. oeuvres moururent d'une double mort. on s'amu^^a à Paris à l'instar de Rome. assez belle. cière de leurs aïeux. rien ne délecta plus la plèbe ou les riches que les prouesses sanglantes de la gladiaturc. qu'ils traîtres à leur passé. On me dira qu'un combat de gladiateurs n'était pas 1. Je ci'ois la légende bien plus ancienne que le Moyen Age. les plaisirs tableaux vivants. poèmes des Druides et les chants des bardes. même pas de transcrire. Leur histoire était 171 leur nature était assez langue latine. fils Gaulois s'imaginèrent étaient les de l'Hercule de la fable. mimes et pantomimes sur les théâtres innombrables des villes et des lieux de foire. datant au moins de l'époque romaine. combats de gladiateurs ou exécutions judiciaires dans tales les amphithéâtres des capide cités. mais pour nourrifamille les unissaient ' . et je me demande si la fidélité extraordinaire et presque mystique des Rèmes à f alliance romaine n'est pas en paille la conséquence de cette légende. De Rome et les vices enfin. d'épopées superbes. d'une mort Oublieux les sans descendance. de traduire. sous l'inspiration d'une âme gauloise. mystères mythologiques. courses de chars dans les cirques des métropoles de provinces. de leur propre histoire.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE.

à Orange. ils le nature et le tempé- qu'ils étaient comme sont restés : quelques dizaines de milliers de colons militaires à Fréjus. La victime du dieu. les colons romains de Lyon. à Lyon. et ce fut tout. Ce race. en tout cas. d'il loin de troubler l'esprit de leurs hôtes gaulois. il est vrai. et elle vaut mieux. qu'on ne fasse pas de la France l'élève et l'héritière de ce génie. Leur arrivée ne modifia pas davantage l'humeur native des hommes. la Le génie latin n'a pas transformé rament des hommes de Gaule. quelques centaines de milliers d'immigrants italiens ou grecs sur les routes. Elle est autre chose. Nos aïeux tels seront les : parle du caractère transmis à y a deux mille ans avaient reçu leur part nécessaire de qualités et de défauts. si plus barbare que ces sacrifices humains jadis cliers aux Gaulois et interdits depuis par la loi de Rome. finirent par mouvement de l'ambiance. Je pouvait : n'en suis point sûr. Les colons grecs de Marseille. et pouvait choisir les un autre genre : de vie ou de mort. et. Tels étaient les Gaulois conquis par César. je ne parle pas des manières dont l'éducation l'enveloppe. et nous leur ressemblons. être innocente. était Qu'on ne me parle plus du « génie latin ». Mais n'en faisaient pas spectateurs de ces sacrifices distraction et de joie un motif de et la multitude entassée dans les arènes ne demandait loisirs. à Narbonne.17_' DE LA a ALLE A LA FRANCE. s'adapter au . à la mort et au meurtre que de distraire ses Le monde en droit de demander d'autres leçons à ses maîtres romains. à Arles. Mettez aujourd'hui un enfant de Saintonge dans une école de Marseille. à Béziers. mourait malgré elle le et gladiateur était libre. Ce sang absorba celui des nouveaux venus. cela ne suffit pas pour changer le sang de trente millions d'habitants. dans les foires ou dans les villes. Gallo-Romains conquis par Clovis je la naissance.

L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. formaliste et ne ressembla fourbe plus traditions demi. les N'attribuons pas au génie de ce Latin de notre langue. comme Rome du Latium régime municipal . l'aceent et l'imagination du cru. il au Latin. évoluait vers ce imposa peu à peu sa loi au monde méditerranéen une ville chef-lieu de cité. la condition où et l'art bâtira des églises romanes et non plus des amphi- théâtres. Besançon par exemple capitale et citadelle des Séquanes. Nous avons vu ce que Rome enseigna de nouveau. au moment de qui : sa défaite. loyal et crédule. resté sur la terre et au et jamais milieu des siens. qu'il 173 tienne ensuite boutique à la Gannebière ou à la Grand'Rue. cles ou lui ou le ses fils prendront les gestes. et où ces formes de la pensée. et ce fut dans la vie matérielle et morale des peuples. seront consacrées par leurs fils à présenter et à proclamer la vie nationale. Là encore. le mal se mêle abondamment au bien. et la France n'a gardé la langue latine qu'à de la mettre à son allure propre. Gaulois. ce qu'elle conserva Voyons du passé. tenace. où la poésie chantera Charlemagne et Roland non plus Hercule ou César. demeura un être ardent. Elle conservera le goût des lettres écrites et des œuvres d'art. ornement et force d'une petite patrie. prime-sautier. mais les lettres et l'art de la Gaule n'auront une valeur que le jour où ils ne seront plus inspirés par le génie latin. Notre droit a emprunté à la législation romaine des principes généraux que les Gaulois partageaient avec tous les fils des de notre droit et les clartés Européens. inconstant. Ainsi fera la France de ce que Rome lui a apporté de meilleur. et ce fut dans leur vie poli- tique et sociale. enseignées à nos ancêtres par les hommes du Midi. Même après quatre siè- de loi romaine. La Gaule. qu'il discipliné.

Et au dedans de ces grandes provinces. prolongeant ainsi une existence près de trois fois millénaire. que de petits « pays » à l'indestructible vitalité Pour un habitant du Médoc. son accent. ville arrivait à la suprématie sur les hommes. ses arènes aux gradins innombrables. d'un millier d'années. que le nom de la peuplade ou de la cité soit passé à la ville qui lui servait de chef-lieu. dans ce décor nouveau. leur territoire rural. Les peuplades ou « cités gauloises «. par les progrès du bien-être. au temps de César. il a son patois. le passé continuait. et dans ce territoire. Mais. dans cette Gaule romaine. les Gaulois. I nouvelle parure de temples et de monuments non plus seulement un centre d'administration. cités leurs titres indigènes j Par la la force des choses. auxquelles ces villes commandaient. et qu'il s'y donnait des fêtes magnifiques? Les seigneurs du Dauphinéallobroge avaient quitté leurs rudes manoirs de la montagne pour se bâtir « des hôtels sur les bords riants du Rhône. le Médoc est vraiment une patrie campagnarde on l'aime comme telle. depuis qu'elle avait sur la colline de la Seine ses thermes aux colonnes de marbre. ses habitudes et ses joies propres. celle des Medulli. se OU Athènes de l'Attique. la pour y vivre la joyeuse vie. et ce canton n'était autre qu'une tribu ligure. tel fut respecté par les empereurs. courager A cela l'Empire ne cessa d'enbornant à retirer aux chefs des et la souveraineté politique. I : du même . et c'est pour cela d'hui qu'il s'appelle encore aujour- mot. leurs et limites. Quel est le Parisien de l'Hurepoix ou de la plaine Saint-Denis qui n'eût reconnu en Lutèce sa capitale. Lutèce finit par s'appeler Paris. les antiques cantons des tribus fixité (pagi) le persistaient en une presque hiératique. retenaient intacts leur nom traditionnel. une résidence rêvée. Il est maintes fois arrivé. Tel domaine des Arvernes il avait été soumis par César. entre la Gironde et la mer. à Vienne belle ». l'Auvergne. déjà vieille. mais un lieu de joie. Sa faisait d'elle.174 DE LA GAULE A LA FRANCE. et le Médoc n'est autre qu'un canton rural de cité gallo-romaine.

Napoléon héritier et législateur de la PvévoluD'abord Napoléon. plus de regret de la liberté et un sentiment plus juste de la valeur des hommes. l'envoi de colons. les Lcmoviques du Limousin à dénommer Limoges. à défaut de l'ancienne aristocratie. qui possédaient des terres et qui en possédaient . Nulle patrie au monde. où la dispersion de la fortune aurait mis plus d'égahté. et. les cadres et les titres de sa plus lointaine histoire. n'eurent qu'à accepter. mais nulle autorité. qui devint Bourges. hors la patrie française. 175 du même mot que le territoire. a désiré s'entourer d'une noblesse. en un mot nait son toujours respecté et vivant. en Gaule et partout. la trace et le souvenir de ces nations qui avaient fait la grandeur du passé gaulois. en avoir une toute neuve. qui furent portés au pouvoir par les plus riches. ses habitants et ses édifices retenaient pieusement. les Bituriges du Berry imposèrent Avaricum. l'éveil de l'industrie. Les empereurs romains. Puis le progrès s'arrêta. pour le malheur de la Gaule et du monde. les Piétons du Poitou servirent à dénommer Poitiers. Au début de l'Empire. figurer l'Empire C'est une sottise que de se romain comme une ce propos vaste société démocratique. ainsi que tant de maîtres absolus. et bien d'autres ont fait leur vocable à de même. provoquèrent un la talistes. par là notre sol. dont elle était la capitale. l'avènement des professions libérales. celui des Parisiens. ne montre aujourd'hui en des formes plus nettes et des noms plus tenaces. Mais par là l'antique peuplade gauloise enracinom dans sa ville maîtresse. prédominance des grands propriétaires et des gros capiLa plèbe pouvait gronder dans les arènes cela lui valait plus de pain et plus de jeux. Ceux-là désormais comptèrent.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. : instant la diffusion de la richesse mobilière et de la petite propriété. et de rappeler à tion française. L'organisation sociale ne fut point davantage modifiée dans ses éléments essentiels.

176

DE LA GAULE A LA FRANCE.
:

beaucoup

je n'ai

pas à parler

ici

de ceux qui possédaient

des armes,

les soldats et leurs chefs,

que nous retrouverons

tout à l'heure. Les vrais détenteurs de l'autorité civile
furent, ainsi qu'aux
les

la

et et

temps gaulois, les maîtres de domaines moindres propriétés faisaient le décurion, sénateur de cité; les plus grandes faisaient le clarissime, sénateur noble d'Empire, et il importait peu, pour devenir noble clarissime, d'être seigneur terrien en Gaule ou en Italie.
:

Le grand domaine
territoire

resta l'unité foncière, et, pour ainsi

dire, la cellule initiale des

groupements sociaux. Chaque
ville et

de

cité,

en dehors de la

de quelques gros

villages, était divisé en

une centaine de biens-fonds, vastes chacun de plusieurs milliers d'hectares, ayant chacun son
maître, sa villa, ses fermes et ses ateliers; et
il

n'est

même

pas sûr que ces villages eux-mêmes n'aient point dû se résigner un jour à subir le patronage du sénateur leur voisin '.
Il

n'en allait pas autrement dans la Gaule de Vercingétorix.

De même que
la

les tribus et les cités, ces

grands domaines

sont venus jusqu'à nous, et on dirait qu'ils n'ont traversé

domination des empereurs que pour prendre un nom Le passe de notre France ne veut point mourir, il s'enracine à son sol, il ne le quitte pas, il exige que nous nous souvenions de lui, il nous rappelle que nous vivons encore par lui. J'ai trouvé sans peine les traces des cités en nos provinces, en nos départements même, et celles des tribus en nos pays, en nos cantons ou nos arrondislatin.

sements même; et nos communes rurales, elles, sont filles de la villa gallo-romaine, petites-filles du domaine gaulois. Là où sont aujourd'hui l'église et le bourg, sur la hauteur et près de la source, s'étageaient autrefois la villa du maître
et les
1.

communs de

ses

services; des terres
p. 53, éd.
et

de culture,
Habent
privali

Cf.

Frontin {Gromatici,

Lachmann)

:

non cxiguum popiilum plebeium

vicos circa villam.

L'ÉPOQUE IMPÉIUAl.h'.

i'H

aujourd'hui coinme autrefois, partent du bas du coteau et du pied des dernières maisons, et forment le même décor

de verdure autour de

la niasse

des demeures humaines;

au

loin, les bois qui

ferment

l'iiorizon et

séparent la comle

mune

des villages voisins, limitaient jadis

domaine du

seigneur et servaient d'asile nécessaire aux troupeaux de

son cheptel et au gibier de ses chasses.

Le nom même de la villa n'a point changé. Nos Fleury de rilc-de-P'rance, nos Flcurey de Bourgogne, nos Floirac du Midi, sont autant de FZor/ac»/n, bien-fonds d'unFlorus, Gaulois au nom romain; nos Berny ont été possédés par un Brcnnus, Gaulois
le

fidèle à

un nom

celtique; et

il

y a des
:

Vitry, Victoriacum, des Mercurey, Mercuriaciim, qui furent

bien d'un temple de la Victoire, d'un temple de Mercure
le dieu, lui aussi, était

car

grand propriétaire '. -Mais, de ces domaines à nos communes, l'iiistoire n'a transmis que des noms et des cadres, les mots et les lignes fixés au sol, les aspects fixés à la nature. Tout ce qui est
les

condition humaine a ciiangé. C'est aujourd'hui l'égalité

absolue entre
les siens, et

habitants,

le

maire du village choisi par

cliacun d'eux maître en sa maison et sur les
:

champs de son bien
en équipes,
eux.
lui

et c'était autrefois

une

terre et des

hommes dépendant d'un

seul chef, et ses esclaves, répartis

servant de valets de ferme et de laboureurs,
villa,

sous la surveillance de l'intendant de la

esclave

comme

De

la

ses vieilles assises et ses

base au sommet, l'édifice de la Gaule montrait contours consacrés.

nouveaux
1.

L'État romain fut sans doute oblige d'instituer de districts pour servir de ressorts à son adrainisJe

certain

me sépare de l'opinion courante en ce qui concerne un nombre de noms formés à l'aide de noms de dieux. L'ouvrage essentiel sur ces noms de lieu est maintenant le li\Te posthume de
la

Longnon, Les Noms de lieu de depuis 1920, Paris, Champion).
JuLi.iAN.

France (en cours de publication
12

Do

!a (iaulc

à

la ^'rancc.

178

DE LA GAULE A LA FRANCE.

Ce furent les provinces d'Empire, au nombre de neuf d'abord et de dix-sept à la fin. Et nous retrouverons ce chiffre de dix-sei)t dans le plus ancien nombre des provinces ecclésiastiques ou des résidences d'archevêques
tration.
i

Embrun

et

Tarentaise

^

pour

les

provinces des Alpes,

Cologne et Mayence pour les provinces frontières de Germanie, Reims, Besançon - et Trêves pour celles de Belgique, Lyon, Sens, Tours et Rouen pour celles dites de
Lyonnaise, Bordeaux, Bourges et Auch ^ pour les pays au sud de la Loire, Narbonne, Aix et Vienne'' pour la partie de la Gaule jadis conquise sur Bituit. Mais, à part cette survie dans l'Église, les provinces de Rome n'exercèrent point une influence profonde sur nos destinées. Leurs noms et leurs limites s'effacèrent au temps de la royauté franque. Il n'y eut de vivace que la province d'Auch, entre Garonne et Pyrénées, qui devint la Gascogne et il est vrai qu'elle qui l'est restée jusqu'à nos jours correspondait à une région naturelle, et que, pour l'étas'étaient bornés à prendre l'ancien blir, les Romains domaine des Aquitains. Ailleurs, où la nature et le passé avaient fourni de trop faibles éléments à la géographie politique, la province d'Empire eût sombré tout entière sans le respect de l'Église pour les formes romaines. Mais, du passé et de la nature, Rome avait retenu le
:

principal, qui était la Gaule.

Pas une seule

fois

il

ne vint à ses empereurs

la

pensée

lieu (Moutiers)

Tarentaise (Taranlasia) a été primitivement le nom du chefde la province. La province fut partagée plus tard entre les provinces voisines. 2. Besançon a fait partie sous le Bas Empire de la province dite Sequania ou Maxima Scquanorum; auparavant, de la Germanie Supérieure. Mais j'incline à croire qu'il appartenait à la Belgique aux premiers temps de l'Empire. 3. D'abord Éauze. 4. Arles forma plus tard une province ecclésiastique distincte de celle de Vienne. Pour ces provinces et leurs subdivisions diocésaines, voyez V Atlas historique de la France, de Longnon (depuis 1884, Paris, Hachette). Et du même, Géographie de la Gaule au VI'' siècle (1878, Paris, Hachette), p. 180 et s.
1.

L'ÉPOQUE IMPÉRIALE.
de
l'aire

179

disparaître ce

nom

et d'abolir avec lui les souve-

nirs

d'entente et de gloire nationales qu'il renfermait.

Toutes les provinces s'appelèrent des Gaules ou furent dites en Gaule; et les deux Germanies elles-mêmes, autour de Mayence et de Cologne, étaient dites des provinces gauloises car ce nom de Germanie était là pour
:

rappeler un
surveiller.

voisinage

et

l'ennemi

qu'elles

avaient

à

Par
de
la

même, Rome

indiquait les frontières nécessaires

Gaule avec une netteté qui leur avait manqué trop souvent. Les Pyrénées prirent à leur ligne de faîte une valeur de limite fatale; il en fut ensuite de même pour les Alpes; et le Rhin compléta enfin son renom religieux ou poétique de fleuve sacré et de fossé providentiel par la mission formelle et militaire de marquer la fin de la Gaule, de l'Empire et du monde civilisé, et de les protéger contre la barbarie germanique. A des contours précis la Gaule romaine ajouta un centre fixe, Lyon, qui fut choisi à la bonne place, mieux garantie par la loi du sol que la montagne divine du Dôme ou le sanctuaire druidique de la Loire. Ces lieux saints convenaient

à des foyers nationaux en ces temps à demi magiques
et les dieux.

où l'union de la Gaule se faisait surtout par le symbole Mais nous sommes arrivés, en dépit des dieux

le sol, à des manières de vie plus positives et plus matérielles, où les accords humains résultent surtout de routes qui se rencontrent,

qui pullulent plus ciue jamais sur

de marchés où l'on s'assemble, de marchandises qu'on
échange. Le symbole, d'ailleurs, on l'avait à
cette
«

claire

montagne

»

Lyon avec de Fourvières que caressent les
un
les

rayons du

soleil

à son lever, et qui se pose, pareille à
la

ombilic de la Terre-Mère, à l'endroit où s'unissent

eaux

de rivières sacrées. Mais
en

rencontre de ces rivières faisait
lieu

même temps le

carrefour de chemins nombreux, l'arrivée

de troupes humaines, un
devint
le

de foire universelle. Lyon,
auguste des voies

qui n'avait été jusque-là qu'une bourgade insignifiante,

point de départ,

le milliaire

ISO

DE LA GAULE A LA l'HANCE.

romaines, la métropole économique de la Gaule, et la résidence de son grand Conseil. Car il existe toujours un Conseil de la Gaule, où se

rassemblent ses chefs, prêtres et magistrats à la fois, et, n'étaient langue, dieux et idées, Vercingétorix eût pu

une assemblée de vergobrets ou à un concile de Druides. Chaque année, au mois d'août, les délégués des cités de la Gaule se réunissent aux Terreaux de Lyon, au confluent de la Saône et du Rhône. Comme les Druides, ils sont prêtres, et conune eux, ils adressent des prières solennelles aux dieux généraux de la Gaule, dont le
croire à

temple et
les

l'autel s'élèvent sur le flanc
les

de la cofline;

comme
ils

vergobrets ou

rois

des anciens conseils,

sont

nobles et chefs dans leurs cités respectives, et ils délibèrent sur les affaires politiques des provinces gauloises.
la réalité nous ramène à Ceci n'est que l'apparence peu de chose. Les droits politiques du Conseil se bor:

naient à l'examen de la conduite des gouverneurs, et ses devoirs rehgieux consistaient à sacrifier aux deux divinités

souveraines de l'Empire, celle de Rome et celle d'Auguste, à qui seules sont dédiés le temple et l'autel du Confluent. Les empereurs, en empruntant au passé gaulois ces formes du conseil et du sanctuaire indigènes,
les

apphqualent à surveiller

les

agents de leur pouvoir et
Ils

à sanctionner la majesté de leur puissance.

songeaient

moins à la hberté et à la dignité de la Gaule qu'à l'avangardèrent bien, par ils se tage de leur domination exemple, de réunir à la Gaule de Lyon celle de Narbonne, de rejoindre les deux tronçons de cette grande nation brisée par la défaite de Bituit l'Arverne. Leur
:

i

politique

était

faite

surtout

d'utiUtarisme impérial et

d'empirisme administratif; efle

manqua

toujours de ces

vues d'avenir, de ces vastes horizons, de ce large et fécond libéraUsme qui auraient dû être le devoir des maîtres d'un grand Empire. Et ceux qui, à propos de tout, admirent et célèbrent l'Empire romain et son gouvcrne,

ment, ne sont que d'inconscients flagorneurs du succès.

Quand. La Gaule Midi dépendait de Narbonne en administration ses : intérêts frontière économiques la rattachaient à Lyon. après . isi Mais (lu les faits étaient plus forts que les lois. qui réveilla monde pour la révolter contre l'insanité de Néron.pnniJF. plus haut que dans n'importe quel pays de l'Empire. le sommet du mont Donon. et c'est ainsi que les Anciens ont parlé de lui.uf. ce sont les deux moitiés d'une immense région qui se rejoignent pour faire de Lyon l'acropole. bâti à sa même. symbole de communes.. Et l'on sait ce que peut valoir un nom : collectif. par exemple. prenaient et portaient également le nom de Gaulois. Je répète que ces hommes. citoyens romains devant la loi. Qu'ils fussent vêtus de la toge latine ou de la cagoule celtique. iMPdniALF. étaient tous devenus des Gaulois dans l'esprit de leurs chefs et à leurs propres yeux. le forum et l'entrepôt de toute la Gaule. surtout lorsqu'il s'applique à la terre et aux hommes. tous. où se rapprochaient tribus d'Alsace et tribus de Lorraine. qu'ils fussent petits-lils de Lucter l'ami de Vercingétorix. qu'il n'avait point tué en elle tous les germes de la L'opinion publique. où se rencontraient les marchands sur une place de foire et les pèlerins en un sanctuaire tel. Mais ici. ressortissants de Lyon ou de Narbonne. même Rome dirent le Ce fut le coq gaulois. Lyon ressemblait à ces lieux de rendezvous que la Gaule avait jadis institués aux limites communes de deux cités. en Gaule. ou de vétérans de Jules César laissés à Arles. s'exprimait et l'Italie. vie générale et inspirateur de pensées En dépit des tyrannies impériales et de la veulerie de l'obéissance. la Gaule saisit plus d'une fois l'occasion de manifester ses désirs et de faire comprendre aux héritiers de César liberté. le comme le les contemporains.

et res- ponsables de leurs décisions vis-à-vis de la Gaule. Les intérêts du moment étaient plus forts que les souvenirs du passé et que le respect de la dignité humaine. si les Gaulois pensaient en serviteurs de l'Empire. il se forma peu l'armée était là pour défendre à peu d'étroites relations la Gaule. montèrent la garde contre les Germains. Du lac de Constance aux rivages de mer du Nord. et d'une armée propre à la Gaule. C'était vraiment. : . invoquer l'unité et l'indépendance de la patrie gauloise. Mais entre la Gaule et l'armée du Rhin. ainsi qu'on l'appelait d'ordinaire. sa fermeté aux heures de péril. car cette assemblée proclama que^ les temps de la liberté avaient causé en Gaule trop de querelles et de misères. elle faisait sa sécurité aux jours de paix. durant trois siècles. Vitellius. et qu'il valait mieux obéir dans la paix et la concorde. Tous n'y étaient pas d'espèce gauloise. ils ne s'en estimaient pas moins solidaires en leurs pensées. nomine Galliamm.182 DE LA GAULE A LA FRANCE. et l'on entendit une dernière fois parler des Druides. Je dis une dernière fois. quoique les recrues de Gaule fussent en majorité. Un dernier élément de cette cohésion nationale fut l'exis- tence d'une armée à la frontière du Rhin. « l'armée de Gaule ». c'est un ferment le d'unité aussi actif qu'un nom et qu'une capitale rempart achève l'œuvre du foyer. cinquante à cent mille hommes. Et qu'une nation sente à sa frontière une armée permanente qui soit à elle et pour elle. Mais une telle assemblée et la déclaration qui la termina montrèrent à l'univers que. Le pays mettait en : son armée sa confiance et sa gloire. les délégués des cités gauloises se réunirent spontanément à Reims. et la Gaule la nourrissait. C'était une force militaire incomparable. homogène malgré la des diversités d'origine. l'État mort de romain parut se disloquer.

pour eux un sujet de dithyrambes suis réservé le droit de discuter cet enthousiasme. qui fut parfois un très honnête homme. Rome leur a fait connaître la discipline publique. Mais n'oublions pas que ces guerres civiles ont été entretenues par la politique du Sénat. — C'est possible. La paix romaine a. ont dit les Anciens et ont répété les Modernes après eux. et que. trois siècles durant.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. tatillonne et bureaucratique. de l'administration. que Rome a ouvert la principale brèche dans l'unité gauloise. mais je me nomme « la paix romaine ». au . à la Vercingétorix. encore qu'il soit tout aussi possible que dans un eût réussi sursaut de patriotisme. l'obéisles règles sance à l'État. pendant ces trois siècles. ce fut la fin des guerres civiles et des invasions germaniques si César déshérités de tomber sous la et la souveraineté de l'État se : n'avait pas conquis la Gaule. roi des Germains. ce fut pour la Gaule. elle se serait entre-déchirée et serait ensuite devenue la proie des Barbares. INIais ils ont sacrifié en échange les héritages de leur histoire. de s'enrichir. La paix romaine. 183 C'est grâce à ce rempart que la Gaule profita. les lois n'empêchèrent pas les pauvres et les dépendance des plus riches. permis aux Gaulois de travailler. mais parfois aussi un monstre exécrable. à recouvrer l'unité et à chasser le elle Germain. de ce aue sans les Anciens ont J'ai dit qu'elle a été fin. ramenait à la volonté d'un despote improvisé. de s'instruire et de s'amuser. de jouir sans inquiétude des biens de la terre et des joies de l'âme. et qu'elle a accordé son amitié à Arioviste. le culte de leurs traditions et l'existence d'une patrie libre. — Mais cette administration romaine était lente. Et n'oublions pas davantage que le règne de Rome infligea à la Gaule ces guerres civiles entre prétendants et entre armées qui sont la tare la plus ignoble dont ait souffert l'humanité.

3. et eux-mêmes ne savaient l'armée du Rhin ne fut plus com- posée que d'engagés volontaires et surtout d'auxiliaires barbares. comme Autun. 2. 20 IMililes ncccssarios non fuluros. était Un Gaulois ne portait plus l'épée. . Aucun château fort. et les villes neuves s'élevèrent sans forteresse pour les défendre i.jS'â DELA GAULE A LA FRANCE. : bella. leges. avant Jeanne d'Arc et Henri IV. Autour des villes anciennes. Le un aspect civil et sol et les pacifique. le rempart qu'était l'armée de . Nonne omnes barbaras gentcs subjccerat? Romanus jam miles erit nullus. L'on disait déjà tout haut c[ue la paix romaine allait supprimer pour toujours les guerres et les armées ^ Une effroyable réalité répondit à ce rêve. Je ne dissimule pas qu'au début de l'Empire. Sauf quelques cas exceptionnels. ubiquc pax. Rome de fermer la frontière sa juste aux Barbares. n'ait fort bien accompli sa tâche. Vita Probi. pour apprécier un régime à valeur. il ne suffît pas de le voir en ses jours de bonheur ou de chance. Histoire Auguste. la France ait subi une catastrophe pareille à celle qui mit fin h la prospérité des temps impériaux. Mais. même avant Clovis. Mais il en résulta pour les gens de l'intérieur un excès de confiance. Pendant trois siècles. les enfants camp inconnue à plus jouer au soldat. tibiquc Romans. Nnllaerunt 1. les murailles des enceintes tombèrent en ruines. cours de CCS guerres. Sauf de très rares exceptions. aucune garnison ne surveilla les routes et les campagnes ^ Lutèce développa librement ses riches demeures et ses somptueux édifices sur la hommes prirent résolument Montagne Sainte-Geneviève. et je ne crois pas que même même après Charlemagne. plus complètement peut-être que ne l'eussent lait Arvcrnes ou Éduens. Orbis terrarum non arma fabricabitnr. mais en l'ensemble de sa durée. Rome elle-même rouvrit la Gaule aux Germains. la vie de la jeunesse.Gaule fut inviolable le long du fossé du Rhin.

V ÉVOQUE Un jour. jusqu'au réveil de la France. hauts. personne n'ayant rien prévu au dedans de la frontière. non pas dans le sens gallo-romain de territoire municipal. Les Enceintes romaines de la Gaule. du Rhin. 1. pendant sept siècles. Leroux. laissa passer les Barbares. Elle eut raison elle de ces bandits. Et alors. et désormais. 1007. Blancliet. refuge suprême de nos petites « cités » . . et se : d'autrefois. d'organisme municipal qu'à l'intérieur de ces tristes murailles. ici. et des belles choses et des années heureuses il cfui avaient été l'œuvre de la paix romaine. devenue fort absorbée par les guerres médiocre.médiévales. ses camps retranchés. en l'an IMPÉRIALE. les hommes périrent par milliers. miassifs. ouvertes autour de ce qui restait des villes on construisit une enceinte de remparts. Plus de villes ses garnisons municipales. Paris délaissa sa rive gauche où il n'y avait plus que des ruines. les cultures furent ruinées pour des siècles. les villes. 2. La Gaule fut divisée en secteurs militaires. encore durant près de deux elle la gouverna Mais ce fut pour la soumettre à un état de siège ininterrompu. l'armée is:. recouvra la Gaule. Citadelles et corps d'armées ne furent plus réservés à la frontière. mais dans le sens médiéval de quartier central des villes. rien n'étant disposé pour les arrêter. ne perdit pas courage. chacun avec son duc ou son comte. ils furent maîtres en Gaule comme des perceurs de muraille dans une maison abandonnée. Paris. J'emploie ce mot. flanqués détours énormes \ Habitants et demeures furent enserrés par l'étreinte d'une sombre forteresse. ère. ne resta que Rome. siècles. il n'y aura plus de vie citadine. des ruines et des souvenirs. sa gendarmerie de route. et d'ailleurs Du Rhin aux villas Pyrénées. ses colonies militaires. les villages et les flambèrent dans un immense incendie. 276 de notre civiles. sans doute.

la tribu des Francs Saliens se charge de faire le guet près des du Rhin. ville marchande et pieuse. à Trêves. pour surveiller les routes et les rivières de son voisinage. à Saverne au débouché du principal col des Vosges. Car. A quoi bon craindre. à Famars près du carrefour des routes de Valenciennes. de l'Empire avait rendu toutes leurs illuune confiance invincible en son éternité et la sécurité de leur propre égoïsme. pour ne la quitter qu'à la fin du Moyen Age. Lyon. prenait la cuirasse de guerre. ville de soldats. à Blaye sur la colline qui domine l'estuaire de la Gironde. on leur envoie d'autres Barbares. à la la frontière. grosses comme des donjons. ils font venir des Barbares à foison. où les murs nouveaux longèrent les bords du fleuve. ils n'essayèrent pas de modifier l'esprit des hommes. La campagne. pour faire la police des campagnes. Les villas elles-mêmes s'affublèrent du costume militaire. replia dans son île. et la faute irréparable. tout habitant de la Gaule se fît à la fois agriculteur et soldat. elle aussi. perdit son empereurs résidèrent près de la frontière. Mais c'était trop demander à ces grands seigneurs auxquels la restauration sions. la rang de capitale. pour un sénateur de Bordeaux ou de Narbonne. Non seulement ses rois et ses guerriers Germanie la était embouchures vaincue. elles eurent leurs remparts et leurs tours pour protéger les richesses que l'aristocratie terrienne s'était hâtée de reconstituer. La leçon du malheur ne profita pas à ses citoyens. les titres de . aux murailles puissantes. et ce fut la dernière faute. si les empereurs avaient réussi à changer l'aspect et les des choses. A quoi bon même. à l'étendue démesurée. briguer les commandements. il y en a pour tenir garnison à Paris. de l'Empire romain. souffrir et se battre? Pour cultiver leurs terres. que le travail et la défense fussent les buts de sa vie. Des centaines de châteaux forts s'élevèrent aux endroits importants. mais assumaient mission de défendre l'Empire contre un retour offensif d'autres Barbares. aux tours monstrueuses.18G DE LA GAULE A LA FRANCE. Il eût fallu que sur ce sol en détresse.

et sa joie suprême sera. qiiarum iisiiin alfliientiamque œternilale majus pnlanl. de vivre dans son opulente villa.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Cet abandon criminel du service militaire par les grands et ses funestes conséquences pour l'Empire ont été marqués d'une manière vigoureuse et prophétique par Aurélius Victor. rois puisqu'ils sont généraux habiles et sujets Le sénateur. : . bornera son ambition aux magistratures civiles. grand propriétaire. 37 Dum obledantur olio simiilqiic dii'iliis pavent. le temps de la retraite venu. mnniverc militaribus et pœne barbaris viam in se ac posteras dominandi. Cela a été écrit au milieu du iv^ siècle. en se promenant sous fidèles. les portiques reconstruits et en relisant Virgile ^ 1. maître de la milice ou de comte de Il 187 la garde impériale? faut réserver ces fonctions actives et pénibles à des francs. honorées et faciles.

la réflexion et l'âge ne m'avaient pas encore donné l'expérience de l'histoire. lieu de les . résidence royale. Établissements d'étrangers. Affaiblissement du titre de roi. La civilisation. 1. Paris.VII L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES INVASIONS GERMANIQUES. Maintien du mot de Gaule — La petite comme — exploi- idée et senti- — Quelle que soit latins de ma reconnaissance envers les maîtres ma j'ai jeunesse. Gaule comme unité politique. et tenu. MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS ' L'Empire romain est une décadence menant à une cataslrojjhe. Si me Gaule lui ait appar- pu faire jadis l'un et l'autre. Paris. je ne réjouir de ce peux plus admirer l'Empire que la romain. Aucun principe politique ne vient taire. — Les monastères tation rurale. — de Germanie. May. Ambitions impériales des rois de Gaule. Continuité des invasions en Gaule. Prépondérance de la vie mili- — — Déclin des habitudes classiques. Hz's/o/rc des institutions politifjues de i ancienne France. j'estime qu'il y a reprendre de plus près encore. Un des ouvrages d'ensemble où la notation des faits est la plus exacte et la plus complète est celui de Prou. Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie religieuse. encore inspirée de Rome. J'ai à peine besoin de rappeler les travaux décisifs de Fustel dcCoulanges. [1897]. ment d'unité. Partage de la Gaule entre des chefs barbares. Malgré tout ce qui a été écrit sur ces sujets. Le Christianisme renforce Vanité gauloise et la vie locale. Faiblesse de l'Empire de Charlemngne. c'est parce que l'étude. — — — — — — — La prééminence décisive du Christianisme. — — La — et la renaissance agricole. La Gaule Mérovingienne.

l'expédition des affaires courantes. . et alors que l'univers ébloui espère tout de leur omnipotence divine. Hachette. et Sénèque nous instruire des vertus nécessaires. cherchons-y ce qui est art et sentiment. Non! Virgile doit et conserver pour nous son charme. dans l'Histoire de Fiance de Lavissc. les Empires ont été plus médiocres des animateurs. t. Partis le génie d'Athènes sous Périclès ou l'esprit de la France sous tèrent pour des ambitions illimitées. parBayet. Il. Dès le lendemain de leur naissance. préceptes d'idéal et règles de beauté. trôle de leurs agents et les conflits le conIls de leurs bureaux. Éducation latine et jugement sur l'Empire sont choses indépendantes. Paris.L'ÉPUijUt: UEH ROYAUTÉS BAIWAIŒS. ne plus demander à l'Antiquité romaine des leçons de morale et les jouissances de la poésie. tel que fut saint Louis. Paris. Un résumé d'ensemble. l'initiative de la volonté. I''' partie. les De tous les États de l'histoire. comme le firent ces hommes de la Renaissance qui nous l'ont rendue. Xerxès devant Salaminc. 189 Je ne dis point qu'il faille renoncer à ces maîtres latins. Auguste devant Arminlus et les héritiers de Charlemagne devant les Normands. Sénèque sans féliciter le monde d'un régime qui lui donna Néron.. PllsLcr. créateur d'idées ou découvreur de vérités. ils sont déjà entrés en 6 vol. leur vie fut absorbée par les soins de la conservation. Kleinclausz. Mais on peut aimer Virgile sans amour du peuple-roi et sa dévotion à Auguste. l'JOo. 1888-92. L'Empire romain montra que cette forme de gouvernement fut incapable de rien fonder de durable pour partager son et relire l'avenir des hommes et les destinées de leurs peuples. la variété des intelligences. Hachette. Ces États immenses des masses. souffraient de leur grandeur qui les condamnait au despotisme d'un chef et à l'immobilité ils étaient incompatibles avec la vigueur de la pensée. mais préservons-nous éternellement de ce mot et de cette idée d'Empire. qui furent une peste pour le genre humain. ils s'arrêau premier obstacle. Cherchons en celte éducation. étaient trop vastes pour qu'un souffle puissant les inspirât.

tout déchut. la gladiature maîtresse souveraine des joies populaires. l'aigle décrépitude. Alors. il attendait les de la paix. les lettres. les forces offensives et défensives s'énervèrent. les caractères. II. ne sut même pas en profiter et les conduisit à la faillite. et ce ne fut plus que routine et déchéance. à qui Rome devait le meilleur de ce qu'elle possédait et de ce que son Empire allait révéler aux Barbares. » De même. 42. la Grèce avait montré la voie. les marines de l'Atlantique incapables d'aborder la mer du Nord. plus de bonté dans la Grèce. Tout au contraire. etc. comme devait arriver. Études sur les Barbares et le Moyen Age (1867. p. le aux lois de Rome. les pilotes de Rome impuissants à retrouver la route de Pythéas le Marseillais. des progrès infinis dans sciences. les arts. Fustel de Coulanges. s'usèrent et s'affaiblirent. : . les leçons du passé. qui avait les âmes. : assemblé en elle toutes les ressources du monde antique. Paris). En soumettant la Gaule à l'Empire. t. \ Littré. Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. les hommes à la fois sujets de en l'empereur et à demi esclaves des plus riches. à force d'être répétées. romaine ne réussit pas mieux de Charlemagne à engendrer une humanité monde se livra nouvelle.190 DE LA GAULE A LA FRANCE. n. Voj-ez les textes de Phne cités ici. p. et les empereurs n'avaient qu'à la suivre. « César ne fonda qu'une décadence terminée par une » catastrophe 1. replièrent l'humanité sur ellede la tradition. l'achèvement de la découverte de la terre. moins par respect par peur du nouveau et crainte du lendeils il main. même et dans le culte que par inertie. le Christianisme persécuté d'abord corrompu qui avait ensuite à devenir jusqu'au martyre et méconnaissable Rome. 217 et s. que La louve. Sous le poids de son régime. Quand d'elle. plus de liberté dans la vie : civilisé Rome. l'oubli de la beauté grecque. l'Empire les soutint mal. avec les bienfaits l'épanouissement d'un art original. 3. p. XVI « Chargé des destins du monde civilisé. Aucune découverte fait de science.

et leur souvenir restera dans le nom de Bourgogne. Avant lui. les Burgondes conquirent les terres de l'Est. sur la Saône et sur le Rhône. livre II (la pre- mière édition est de 1875). et ces maîtres n'en étaient pas moins des étrangers. auxiliaires de l'Empire et chefs dans son armée ^\ Que. Dubos. 1. les Goths s'établirent dans le Midi. 191 La catastrophe fut en deux actes. de la Durance à la Marne. n'ont pas l'importance qu'on leur attribue. II. Les Francs Saliens. partis des bords premier. Au cours du cinquième siècle. en Suisse. parmi ces rois.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS DARBAÈES. Toulouse et Narbonne. s'avan- cèrent par étapes successives Tournai. que les autres l'aient prise à leur fantaisie. Les rapports entre Fustel de Coulanges et critique de Gaules. qui fut d'ordre matériel la : : de la Meuse inférieure où les empereurs leur avaient jusqu'à abandonné les terres septentrionales du Brabant. et bien que les Gaulois leur aient rarement résisté. La distinction entre ces deux groupes d'envahisseurs n'a été marquée nettement que par Fustel de Coulanges. Soissons. la Gaule n'en changea pas moins de maîtres. ébauchés par des roi- telets francs. s'étendirent jusqu'au Rhône et à la Loire. de Vienne à Dijon. : Nous avons vu le . Histoire des inslilulions politiques de l'ancienne France. t. Le la Gaule livrée à des roisj second fut d'ordre politique barbares. le résultat fut le même la Gaule n'obéit plus à un empereur. . tout en •étant réels.. alamans. Et bien que ces rois aient aimé à se dire les sujets ou les amis de Rome. de là. et. chefs de garpour le compte de Rome ou conducteurs de bandes pour leur propre compte. Dubos. Gaule envahie par les Germains et saccagée par eux de fond en comble. Histoire l'établissement de la Monarchie françoise dans les 1733-4. à Bordeaux. mais à des chefs germains venus à la tête de troupes armées. les uns aient reçu leur part du consentement des Romains. venus de delà le Rhin ou le Danube. Puis. saxons ou alains. 3 vol. Paris et la Loire. Je ne cite que États principaux nisons : il y en eut d'autres. les trois Arras.

Clotaire. de roi. suivant taires 1. III. Clovis. et quand l'autorité passa à la famille des Carolingiens. dont le prestige traditionnel s'était devant l'éclat divin du titre impérial. elle fut rompue aussitôt après sa mort. que ses rois réussirent à procréer de fils. devenir jusqu'aux Mais ces restaurations d'un grand royaume ne duraient que le règne d'un homme. 5. la Gaule partagée entre plusieurs dominations. des héritiers ou le mérite des léga- La Gaule. p. les plus heureux des descendants de Clovis le Mérovingien. redevenait l'appellation de la puissance suprême.l. Mais il lui faudra un temps infini pour remonter au pinacle et rester Tapanage d'un grand peuple et d'une vaste contrée.i2 DE LA GAULE A LA FRASCE. faillit le devint maître jusqu'aux Pyrénées et Alpes. t. Longtemps encore après la ruine de Rome. Il s'arrêtait ou les instincts le par moments devant l'ambition des chefs des foules.) a justement noté que mérovint'iens claicnt également souverains chez eux. et de multiples royautés substituées à un empereur unique : une génération suffit pour détruire à jamais l'œuvre politique de cinq siècles romains. Dubos les rois tous V. . d'ailleurs plus intelligente et plus soucieuse de l'intérêt public. posséda longtemps autant de 1. roi des Francs Saliens. coûte que coûte. G6 et s. installation de maîtres germains et d'une soldatesque barbare. le nombre rois (1. et si l'unité fut reconstituée par l'un d'eux. Chute du pouvoir impérial et démembrement de l'Empire romain. les nouveaux venus ne comprirent pas davantage que le pouvoir souverain et le domaine de l'État ne se partagent pas comme les terres et les trésors d'une hoirie. Clovis partagea ses domaines entre ses quatre fils. ch. et rompue encore du vivant de Clotaire II et après la mort de Dagobert. un irrésistible mouvement entraîna les liommcs à morceler les territoires et à Lilre Ce eiïacé disperser l'autorité roj'ale.

l'Espagne laissa ses Vascons descendre dans la Gascogne et la dénommer pour toujours. et que l'Empire lui-même avait laissée debout. De la mer de Germanie les Saxons infestèrent les côtes de la Manche et de l'Atlantique. 13 . des Arabes et des Sarrasins procéda d'abord par de puissantes armées. arrivèrent jusqu'à Nîmes et jusqu'à Poitiers. L'Afrique des jMaures. qui. — De la Gaulo à la France. Du milieu de l'Europe continentale. La Grande-Bretagne fit partir ses Bretons pour émigrer en notre Armorique et lui imposer leur nom. et. bandits de l'univers crurent possible d'y pénétrer. et ensuite par flottilles de corsaires. Et plus nora- JuLUAN. et. A les voir la ruine irrémédiable de cet Empire. la terre en tempête envoya déferler sur la Gaule des vagues d'envahisseurs sans cesse renouvelées. dans ces vallées de la Meuse de la Moselle qui avaient formé la Belgique romaine. avec Attila. par-dessus les Pyrénées. voilà qui achevait de briser cette unité de la Gaule. poussèrent jusqu'à Orléans. l'impuissance les de la Gaule à constituer un grand État. vinrent les Huns. jusqu'au milieu du dixième siècle. pendant un demi-millénaire. lOâ Elle en eut au sud de la Loire. Avares et Hongrois. misérables ou les ambitieux. par le Danube et le Rhin. D'Asie. Et à laquelle plus d'un millénaire avait déjà travaillé. entre la Loire et la Manche. Les formidables pilleries ou les conquêtes heureuses qu'y avaient faites les Germains et les Francs Saliens donnèrent à des millions de Barbares le désir de les imiter. et leurs petits- neveux. qui se dirent rois d'Aquitaine. des et rois d'Austrasie. les Alamans entrèrent en Alsace et en Suisse.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. elle eut des rois de Neustrie. les uns pour y occuper des terres. qui. surent revenir par la même route et ne s'arrêtèrent que dans les plaines de Reims. de même façon. qui jetèrent des pillards sur tous les rivages de la Méditerranée. les autres pour en emporter du butin.

semblables à du Vésuve qui retournent à leurs champs Gaulois se remettaient à dès que le volcan s'arrête. Attila vint au milieu du cinquième siècle. non 1. Danois et Norvégiens. la vie des terres de France cours. après un siècle d'abominables méfaits. pendant le dernier siècle de cette lamentable histoire. de leurs Vikings en course et des flammes point qu'ils allumèrent *. Mais le y revenaient quand même. et les Qu'on fuites éperdues des moines de Saint-Victor au faubourg de Marseille. les hommes du Nord cédèrent à de vigoureuses résistances ou à de sages concessions.194 DE LA GAULE A LA FRANCE. De longs espaces de temps les ont séparées les unes des autres. plus habiles que tous leurs devanciers. à élever leurs enfants. et ce fut cent ans plus tard qu'apparurent les hommes du Nord. Dans l'inter: valle de ces dangers. les Arabes au début du huitième. Un bon nombre de ces envahisseurs restèrent en Gaule. . La fin des hivasions est marquée par la ruine. Aucune ne remporta Attila fut vaincu en Champagne. et rien ne la détournait de la recommençait son mystérieuse de son destin. à construire des oratoires et des couvents aux faubourgs des n'était souvent villes. les hommes du Nord. les ces vignerons hommes de les Gaule. breux. autour des autels loi travail et la prière reprenaient redressés. De tels événements ne laissaient pas que des ruines. des moines de Saint-Germain au faubourg de Paris. Ce que pour les éveiller chez l'ennemi de nou- velles convoitises et lui assurer se représente angoisses sans un nouveau nombre butin. des établissements sarrasins dits de Fraxinetum (en Provence). espérer. plus tenaces. les triomphes espérés les Sarrasins près de Poitiers. et leurs pitoyables retours sur les ruines de leurs ils sanctuaires incendiés. et. en 942. Ces invasions ne furent contemporaines. sillonnèrent toutes les vallées de la Gaule de leurs vaisseaux rapides. à cultiver le sol.

La thèse courante. cette terre était devenue vide d'hommes. avant l'an 300. si proches parents que soient l'un et l'autre. Je dis terre « celtique » pour me conformer à l'usage courant. Mais y eut bien d'autres colonies obscures de Barbares dans nos campagnes. Mais je rappelle que les indigènes de la Grande-Bretagne étaient de nom belge et nullement de nom celtique. y avait bien près de sept siècles que les chefs de la Gaule. les empereurs permirent aux Francs Saliens de se domicilier sur les sols inoccupés de la Batavie et du Brabant. non plus de est celui bandits. le Palatinat et la Rhénanie. Mais il et Le plus connu de ces faits devenu duc en Normandie. L'ère de ces temps interminables de colonisation bar- bare datait du jour où. Paris. 1919. . qui les attribue à une colonisation franque (dans son livre L'Alsace et l'Alemanie. et ils introduisirent les dialectes germaniques sur cette rive gauche du fleuve qui jusque-là n'en avait point voulu K Notre Armorique redevint terre celtique sous l'afflux des immigrants bretons.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. parce que ce fut la principale installation d'étrangers. héritières de villages sarmates. où elles créèrent des bourgades à leur nom. Cela se passa au début du dixième siècle. mais d'habitants. Le pays de Bayeux '^ 1. telles que ces Sermaize. et que son histoire ressemble étonil namment à celle de Rollon et de ses Normands. les voisins de la Gaule se servirent d'eux-mêmes. depuis la catastrophe de la grande inva- sion germanique. L'Empire tombé. plus à titre 195 d'ennemis. Je ne peux me prononcer encore. a été vivement combattue par TourneurAumont. n'avaient cessé de livrer sa terre à des possesseurs ou à des cultivateurs étrangers. Des colons alamans ou francs se chargèrent de cultiver l'Alsace. du pirate Rollon de ses compagnons de brigandage transformés en barons et en grands propriétaires. empereurs de Rome ou rois des Francs. que les éléments germaniques de l'Alsace proviennent des Alamans. mais d'exploiteurs. comme si. Berger-Levrault). que cette colonie eut une fortune inespérée. 2. Je ne cite que ceux-là pour cette première époque.

Grégoire de Tours. t. ces Orientaux prenaient en main les matières de commerce. trafic d'œuvres d'art ou d'objets précieux arrachés aux ruines antiques. H. moines ou autres. Cabotage sur les côtes... Syriens et Grecs ^ pêcheurs en eau trouble. celui des auxiliaires 1. germains de Brunehaut. Us savaient s'entendre avec l'ennemi. Des régions extrêmes de la Méditerranée accouraient en foule les quêteurs d'aventures de l'Orient. et pas davantage les menaces d'une invasion voisine. Juifs. Levantins de toute sorte. III. celui des Irlandais (Scotti). de vente ou de troc. dans Byzantinische ZeitXII. 1903. 2. qui étaient de les siens. avec leur parler germanique et leur rude application au travail de la terre. Bréhier. qu'ils fussent soldats comme les premiers arrivés des Francs. boutiques dans les \àlles. tout ce qui était chose de négoce leur appartint en un monopole de fait. ch. . VI. Voyez l'entrée de Contran à Orléans en 585. Je pourrais citer bien d'autres apports étrangers en France à l'époque méro\angienne. 1. Fr. et devenir brigands en cas de danger. t. dépôts de verroteries. Les Colonies d'Orientaux. l'incertitude politique du pays ne les inquiétait point. des deux côtés de la Grand'Rue par où on entrait dans Marseille. 1. « juiverie » à la population criarde et grouillante qui s'entassait aux portes. Chaque ville eut son quartier de Juifs. ou sur le flanc de Bordeaux : près du cimetière sacré de Saint-Seurin -. dont les habitants ne s'occupaient plus guère. même espèce. ghetto bruyant et affairé. entre les remparts de la «cité » romaine et les basiliques des faubourgs. la Flandre eut également les en attendant de voir arriver hommes des bas- pays néerlandais. de soieries ou de parfums importés. eut ses Saxons cinq siècles avant d'avoir ses Normands. affaires d'achat. 255) a comparé l'état des royaumes francs avec leurs nationalités diverses à celui de la Turquie. schrift. ou terriens comme les petits-fils des Gallo-Romains. En temps ordinaire. etc. experts à profiter des misères d'autrui.196 DE LA GAULE A LA FRANCE. Mais on venait en Gaule de bien plus loin que de la frontière. Dubos (liv. p. VIII. divisée en nations.

On ne sait plus ce qu'est une armée et une couverture de frontière chaque groupe d'hommes doit avoir près de soi sa frontière. Si l'Empire avait maintenu sans forteresse certaines capitales de cités. A la paix romaine avait succédé la plus violente poussée de vie militaire qu'ait connue notre pays. ses pour me « servir du titre latin qu'ont porté ». et que sa terre ne fût plus qu'un sol d'exploitation livré à des était à craindre colonies exotiques. Les châteaux de villages se multiplient. je veux dire l'abri d'un rempart. au Puy ou à Mende. pour le sol comme pour les hommes. ne formèrent minorité. ancêtres. La guerre définit sa manière d'être. son pouvoir civil. L'autorité poUtique est avant tout affaire de guerre. Il le commerce et l'in- que sous cette af fluence d'êtres nouveaux. les chefs les abandonnèrent pour résider en un lieu fort. ces étrangers qui ils s'imaginaient repeupler la Gaule? Sans aucun doute. Un César romain était à la fois imperator aux armées et : « prince » des citoyens un roi des Francs. malgré qu'une les misères du temps. et ce fut toujours par millions. 197 Combien étaient-ils. Saint-Paulien dans le Velay ou Javols dans le Gévaudan. et ceux-ci se réservaient dustrie. ceux-là fournissaient la main-d'œuvre agricole ou : domestique. comme plus grand des seigneurs de la guerre qui se la soit levé dans Gaule à l'appel de Dieu. que l'on compta les natifs du pays.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. en maître de la milice Malgré son entourage de palatins et le nombre de le ses capitulaires. si absolu que soit et. tient à vivre en chef militaire. . toute villa peut soutenir un siège. Je ne vois plus de villes qui n'aient leurs remparts. Mais ces étrangers détenaient quelques-unes des ressources vives de la contrée les uns étaient chefs et les autres soldats. . l'homme de Gaule ne perdît ces traits d'originalité nationale que les siècles avaient façonnés. je me représente Char- lemagne avec l'allure que lui donne l'épopée française.

que Rome avait commencée par son Empire. C'en est pour ces hommes de Gaule. devenir il faut qu'ils s'accommodent aux habitudes des temps nouveaux. Et le sénateur. a pris l'épée. de cette exisils tence bourgeoise et pacifique dont se départir. Resserrés dans leurs « cités »'. L'esprit de guerre emporte tout. . Moyen Age. ils ont un chef. Éduens ou Parisiens ne seront plus que des cadres administratifs. la ville chef-lieu de la civitas J'emploie ici le murée des premiers temps du. comte. a armé ses hommes. Alors s'accéléra le déclin des choses qui avaient encadré d'une auréole de gaieté la Gaule des premiers empereurs. les avaient respecté dans tants de cette les nobles sénateurs représen- Rome. se sou- venant qu'ils avaient été des soldats au service de Rome. toire. s'acheva sous ses légataires barbares. possesseurs héréditaires du sol. La décadence du monde antique. que leur lités le roi leur envoie. organisés pour la guerre la plus proche. fait. ou du territoire municipal gallo-romain. et bientôt on ne le distinguera plus d'un compagnon des rois francs. enfermés comme un trou- peau dans 1. qui les gouverne en magistrat et capitaine. A leur tour. l'enclos ce pendant mot dans l'orage. lui aussi. même au civil. les municipavont perdre ce qui leur reste d'autonomie et d'esprit particulier si on laisse faire les rois et leurs comtes. maîtres de la terre et chefs de villages. A ce régime. les grands commande en : seigneurs. Arvernes. si détenteurs de la civilisation latine. Lire Virgile et connaître le Code ne suffit plus pour exercer l'autorité. sont prêts à suivre le mouvement. à leur tour comtes ou leudes. Les les les rois des Francs. les habitants des villes sens restreint et tardif. habitants d'une cité. n'avaient point su siècles même Tous dans les les deux derniers de l'Emle pire romain.198 DE LA GAULE A LA FRANCE. Mais ces nobles de Gaule veulent conserver domaines et pouvoir. ville et terri- doivent le service militaire.

c'est par ignose rance et non par hostilité. les ceux qui n'avaient la vie méditerra- point encore connu ainsi agréments de que les Celtes des temps disparus. cette civilisation qui achève de décliner. devenus Chrétiens. et des vers latins mais chaque jour : comprenait moins ses lectures. Les écoles s'étaient dépeuplées de leur jeunesse studieuse. ils se résignèrent à ne plus voir leur Dieu présent en son image. de modeler l'argile. Sans doute Charlemagne fit chants guerriers des Francs : en quoi il fut supérieur en inteUigence aux empereurs. et n'étaient plus que de tristes abris d'enfants à l'ombre des églises. et ses vers étaient moins faciles à comprendre. Seulement. sauf l'incapacité à la pratiquer. de la bâtisse de pierre. demeure fidèle à Rome en ses derniers jours. le bois reprenait sa maîtrise d'autrefois dans les maisons. On perdit çà et là l'usage de graver des inscriptions. 199 ne connurent plus l'orgueil des édifices de pierre. leurs morts préféraient à nouveau les tombes anonymes. les GalloRomains des royaumes francs se désintéressaient de l'écriture. Les Francs sujets considèrent tous. de l'art figuré. Il maladroits de semblait que l'humanité revenait aux tendances de néenne : ses lointains ancêtres. Les dessins des monnaies devinrent les traits d'informes essais qui rappelaient l'époque gauloise. les fêtes bruyantes des spectacles populaires. de tailler de la roche dans les carrières du sol. l'éclat des marbres et des statues. les temples et les palais mêmes. comme entrés dans le monde classique. s'essayait à faire Lucain peut-être davantage. gile Un grand et seigneur lisait toujours Viril il et Salluste.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. depuis Clovis jus- qu'à Charlemagne. les Barbares n'y mettent rien d'eux-mêmes. qui laissèrent . et il est rare qu'un chef veuille en parler une autre. et s'ils contribuent à la détruire. et. La langue latine est la langue recueillir les officielle. moraux et continuateurs de l'Empire romain.

Ces Barbares voulaient bien être les conquérants de l'Empire. et un de leurs chefs. li\Te. XV. C'est ce qu'a le premier mis en lumière On comme ascendant. compagnons taient à l'ancien procédés de Clovis et de leurs descendants. s'attendrait à voir ici Danaus 3. Les systèmes d'impôts. « la Grèce captive captivait son farouche vainqueur ». Patrol. Franc. 9). Ammien Marcellin. ne furent point changés tout d'abord ^ Il est vrai qu'une loi spéciale. 2. cf. : . quorum in palaiio multitudo florebai. Dubos dans son . alors que tant de chefs francs étaient tout-puissants à la cour de Constance II ou de ses successeurs. 130). Comtes et ducs étaient des titres qui remonrégime. Je suis maintenant convaincu que la légende de l'origine troyenne des Francs est beaucoup plus ancienne qu'on ne croit. LaL. II. CXLI. Mais les Gallo-Romains. 1865.200 DE LA GAULE A LA FRANCE. qu'il y en a peut-être une trace chez Grégoire de Tours {Hist. réglait le statut personnel des Francs Saliens. et qu'elle a dû être forgée au iv« siècle. 11 (à la date de 355) Francis. Silvain. t. et foi ^ biographes de Charlemagne y crurent de très bonne Il n'y eut pas jusqu'aux Danois de Normandie qui ne s'imaginèrent à leur tour être issus d'un héros méditerranéen ^. et les derniers-nés des Hyperboréens s'inclinaient encore devant l'aube triomphale de la poésie hellénique. Les Francs agirent et pensèrent de même : un roman qui les les fit descendre d'Hector et de Priam. 1. Dani glorianlur se ex Antenore progenilos. c 621 édition Lair. l'élève privilégiée de la Grèce. continuait. à régenter ses vainqueurs après sa défaite. Dudon de SaintQuentin (Migne. Grsecia capta ferum victorem cepit le mot d'Horace : demeurait éternellement vrai. Us n'introduisirent en Gaule aucune forme nouvelle d'administration. faire tout périr les mais cela ne l'empêcha pas de au monde pour restaurer le culte des lettres latines et l'Empire des Césars. la loi Salique. hymnes des bardes et les poèmes des Druides. p. se fait proclamer empereur en Gaule. mais à la condition d'être adoptés par lui. les de la justice. elle aussi. Rome. On toire se rappelle que fils les Gaulois avaient oublié leur hisleurs historiens inventèrent pour se dire d'Hercule ou de Rémus. Deux mille ans étaient passés sur les ruines de Troie et sur l'épopée d'Homère. 5.

l'influence des Barbares sur notre civilisation a fait loi au xvni" siècle. 125). p. Charlemagne eut son Auguste. Littré (Études sur les Barbarcset le Moyen Age. «je n'aperçois d'autre différence que la langue. L'un et l'autre vivent d'hériter de la terre mais de la même manière. ils ne connaissaient d'autre noble que leur roi. et il répudia sa loi naturelle pour disposer de son héritage au gré de ses affections. C'est ainsi que la loi : Salique interdisait aux le femmes Franc jugea souvent trop dur de refuser à sa fille le bien qu'il avait formé pour ses enfants. p. C'était la basilique latine qui ser- modèle aux temples du culte nouveau. 275-6). . La réaction contre cette thèse a été très énergiquement poussée au xix" siècle par Guérard. que pour les familles royales. Childéric Suétone le graver son cachet à la façon romaine.FusteldeGoulanges. Guizot l'accepte encore (Histoire de la civilisation en Europe.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. 1282). il s'appela César et nouvel Empire prit pour symbole l'aigle des légionnaires. et à ce roi d'ailleurs ils n'accordaient que le droit de les conduire à la guerre et de marcher à leur tête. 2). « Entre un Franc et un Romain de Gaule ». 7* leçon. c. 2. Et à la fin la loi Salique ne fut plus appliquée. t. qui atténue singulièremeut l'impression de barbarie laissée par Grégoire de Tours {Palrologia Grœca de Migne. 2" leçon. disait un étranger^. 199 [ceci écrit en 1838]. p. LXXXVIII. et sans 201 doute bien des immigrants avec eux. datant de 1828-9). qu'on oublie trop à ce point de vue {Polijptyque. s'ils y trouvaient leur compte. Les principes de la 1. Voyez le très curieux passage de l'Histoire d'Agatliias (I. Dubos mis à part. et en Éginhard. en France. et d'ailleurs fort mal. et les fils des conquérants ne se privaient pas de leur obéir. restaient soumis aux lois impériales. » Ni en littérature ni en art vait de fit les nouveaux venus n'avaient essayé de rien fonder. On mains a dit ^ que la Gaule romaine avait appris des Ger: la pratique de la liberté et de l'égalité tous ces compagnons de Clovis étaient égaux entre eux.

et non plus de l'État. humaine sont venus des sais s'il dignité forêts de la Germanie *. ch. où il était la conséquence fatale de l'immensité de l'Empire et des préro: 1. les empereurs romains entendu bien d'autres. C'est le mot courant : vernement de l'Angleterre les depuis que Montesquieu a dit du gou« Ce beau système a été trouvé dans liv.202 DE LA GAULE A LA FRANCE. Qu'il y ait eu chez ces grands des actes de désobéissance et chez \ murmures de colère. peu soucieux de la liberté des hommes. une aristocratie de pouvoir et d'argent chez qui l'on eût vainement cherché les sentiments de l'égalité naturelle. et ils arrivèrent à créer. Ne confondons pas l'individualisme turbulent d'une soldatesque à demi barbare ces peuples des en ont vu et avec l'exercice régulier d'une autonomie légale. bois » (De l'Esprit des Lois. fait k à leur guise aux heures où ils avaient la force. Si dans la suite des temps les rois mérovingiens ou carolingiens ont songé à réunir autour d'eux des assemblées de peuples ou des conseils de grands. 6). On a dit encore que les royautés germaniques avaient propagé les traits essentiels de la vie féodale. et révolte n'est point liberté. Je ne rain faut se représenter ainsi l'autorité de Clovis connaître. à laquelle la Gaule allait bientôt se soumettre l'homme dépendant de l'homme. le roi seigneur de seigneurs. Mais cette toute-puissance du lien personnel existait déjà dans l'État romain. qu'aucun document contempoMais tous ses successeurs furent d'a'^'-:^: tristes despotes. Je trouve à vrai dire plus de formes de la liberté politique dans les assemblées pro\'inciales de l'Empire romain que dans les foules tumultueuses des Champs de Mars de la royauté franque. et cette chaîne remplaçant l'édifice uniforme et majestueux d'une « chose publique ». XI. je ne vois pas qu'ils en eussent moins le droit d'en agir et l'esprit de ne nous ses Francs. fait de l'obéissance inconditionnée de tous à la souveraineté de la loi. la chaîne continue de la fidélité ou du vasselage commençant au simple châtelain et finissant au roi suzerain. avec leurs fonctionnaires et leurs favoris. . et non plus maître de sujets.

c'est parce qu'elle était devenue chrétienne *. Des Francs et de la Germanie il n'est rien venu qui ait relevé la dignité des hommes et qui ait égayé leur vie. et p. non des Germains. et non pas les royautés barbares. Avec le Christianisme. La Guérard. voilà le fait essentiel qui temps nouveaux. L'impérialisme engendre souvent riches la féodalité : l'empereur s'en remettait aux plus du soin de grouper les hommes autour d'eux le et de lui en procurer les services. dans les temps dont nous parlons. 203 gatives de l'aristocratie foncière. Mais c'est parler trop vite que de lui attribuer une origine germanique. Cf. Rome n'ait point appliqué l'usage d'assigner à chaque esclave une terre à cultiver et une demeure à habiter. Je reconnais que le Christianisme doit beaucoup à ce victoire les 1. Si toutefois. délibérément.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. l'esclave inaugure du Christianisme. et riche n'avait point de peine à transformer ses amis en fidèles et ses obligés en clients. ce n'est point parce que la Gaule s'était livrée à des rois barbares. si ces misères n'ont point empêché l'homme de mettre dans sa vie plus de joies et plus d'espérances. bien avant de connaître les Barbares. le monde va vers l'avenir. qui ne fit que liquider les cités antiques. et non pas l'Empire romain. Rien ne nous prouve que. et je n'affirmerai pas davantage que les Gaulois l'aient ignoré au temps de leur indépendance. Polyptyque d'Irminon. On a dit enfin que les Germains avaient fait connaître à la Gaule ce principe de bienfaisance supérieure. qui ne firent que liquider l'Empire romain. et nous verrons bientôt ici les inestimables avantages que la Gaule retira de ce principe. . et ne se traîne plus à la remorque du passé. que lui-même doit avoir sa terre et son foyer. la dignité humaine a survécu et grandi à travers tant de misères. 276": « L'amélioration » fut un bienfait du Christianisme.

depuis le plus pauvre jusqu'au plus riche. je n'en trouve aucune le qui égale celle du Christ. pour les lieux de ses prières les sanctuaires traditionnels lié du sol. Au rang suprême et unique se plaça le Dieu créateur du monde et père des hommes. et de ces valeurs sacrées qu'on avait tirées de la nature. Car désormais le soufïle de l'humanité inspirerait tous les aspects de la religion et teur de leurs fautes. Mais j'avoue aussi que d'avoir pris contact avec le passé et le sol de la Gaule qui permit au Christianisme de rendre à cette Gaule d'inoubliables services.204 DE LA GAULE A LA FRANCE. Et j'ai beau chercher dans les annales du monde. Je reconnais encore que Christianisme ne sut point toujours dégager ses pratiques de celles du passé. Et je lui en ai voulu d'avoir ainsi partie avec les choses de la terre. vivant sur la terre au miUeu d'eux pour leur annoncer sa loi et pour mourir en rédemp- Le soleil. Mais c'est pour l'humanité un progrès définitif. les gestes des hommes c'est et les habitudes des cités. aux Gaulois comme aux autres. et qu'il renferme en ses plus belles paroles des doctrines et des espérances qui ne furent étrangères ni à la pensée de l'élite gréco-romaine ni à la foi naturelle des multitudes éternelles. qu'il accepta pour son Église les cadres de l'Empire. la Terre-Mère elle-même disparurent de l'adoration des hommes. la lumière. . pour les formes extérieures de son culte des héritages de Jupiter ou de la Mère. Parlons d'abord des bienfaits généraux qu'il apporta aux hommes de l'Empire romain. : toutes les vertus qu'elle enseignerait. Le Christianisme changea la nature et les attitudes du Dieu souverain. et une religion qui puisse être comprise de tous les peuples et aimée de tous les hommes. passé. que d'avoir une religion faite avec le meilleur des âmes des ancêtres. il ne resta que le principe de la Maternité divine mais il était passé de la terre à la femme. Entre eux et lui s'interposa son fils.

paier orfanonim. là. l'attrait vers les autres.. l'effort vers la constance et la pureté. la charité. le retour continuel sur soi-même. une sorte de ministre municipal de la charité. « l'église » l'assemblée » des fidèles de ce Dieu. Il y a désormais. entre dévots de Jupiter ou de la Mère. marque son empreinte sur le sol. et changea l'horizon des vertus. pastor egentium. mais des hommes ayant vraiment vécu et bien mérité de leurs frères par la tâche de leur vie ou la divine. jusqu'à saint Benoît l'apôtre du travail et du renoncement. déplaça le but de la vie.k'ÊPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. de saint Sulpice. avec l'évêque d'une cité. parce qu'ils sont . Le Christianisme. désormais. Je relis tour à tour les Évangiles et ici. de saint Éloi. répartie en d'innombrables assemblées. l'église de Gaule. 205 : Le Christianisme changea l'espèce des êtres divins j'entends par là des êtres qui. etc. ont pourtant reçu d'elle spéciales. une grâce non plus des héros étranges et mystérieux. entre habitués d'un même temple. comme soi-même ». sans participer de l'essence une énergie. des devoirs envers tous « les hommes le prochain aimé suprême qui malgré la noblesse de son âme. Marc-Aurèle mais de la sienne propre. Aussi. il n'existait d'autre lien religion fit que ses le hasard des rencontres. de l'église universelle cité. la bonté. La nouvelle à de adeptes une seule famille. depuis saint Etienne le premier martyr jusqu'à saint Martin l'évangéliste de la Gaule. voyez les Vies de saint Césaire. ce précepte de l'idéal avait manqué aux morales primitives'. hôtelleries de pèlerins. etc. Jadis. continuateurs dans l'Église de l'œuvre de Jésus son fondateur. hommes et fils de Dieu. un Bacchus ou un Hercule aux travaux invraisemblables. Avec hôpitaux. (dans les Monumenta Germanisé). enfin. Et ce furent. les Actes du concile de Tours en 567. c'est l'oubli de : soi. à celle d'une simple à celle du plus modeste village. Le Christianisme ou « institua. je reconnais dans l'Empire romain de Marc-Aurèle moins de principes supérieurs et de gages d'avenir que sous la roj^auté franque des Mérovin1. beauté de leur mort. autour de son Dieu. c'est le culte de la dignité humaine.

ils avaient appris le Christ aux grandes villes du Midi. l'assistance aux pauvres et aux malades. Gaule. p. Et maintenant. empêcha que rien ne se perdît des semences de la foi. Vienne. ici. 1. devenus évêques dans les principales cités de la Gaule. Irénée. . et dans l'amphithéâtre du Confluent une faible esclave. montré plus de courage que l'empereur en combattant les Barbares. en confessant sa foi. j'entrevois. On racontait. avait. Mais le Christ n'avait pas désespéré de la victoire. et le seul qu'ils connussent tous. et les martyrs des premiers âges. Des apôtres étaient venus de l'Asie. tion comme une précau- ou un remords. Marseille. de belles et touchantes aventures. recommencèrent 1?. Puis. savants ou ignorants le chapitre de : la Gaule conquise par le Christ. et fraternité Un chapitre nouveau fut inscrit dans l'histoire de la Gaule. dont la trame faisait une épopée de lutte. Lyon. autrement véridique que les marches des Francs après l'incendie de Troie. malgré les giens. évêque de Tours. évêque de Lyon. conquête des villes populeuses. Cf. de souffrance et de sainteté. De Rome partirent sept missionnaires qui. celui dont ses habitants étaient le plus fiers.206 DE LA GAULE A LA FRANCE. acheva l'œuvre en faisant retentir la parole de Dieu dans les campagnes reculées. forment dans le ciel la cohorte des saints de la Gaule. un chapitre qui n'appartenait qu'à la Gaule. et les sept évêques fondateurs. l'empereur Marc-Aurèle avait ordonné le supplice des fidèles de Vienne et de Lyon. 230. saint Martin. turpitudes de leur vie : car à travers leurs cruautés et leurs luxures. et Martin. Blandine. sur ces origines du Christianisme gaulois. le souci de l'aumône et l'hommage à la charité ^ Voyons maintenant les services rendus à la comment cette religion d'église universelle et de humaine a pu fortifier notre existence nationale.

A mille ans de distance. 39. tout ainsi que la Gaule des Druides s'était tenue en dehors et au-dessus des distincte ^ : batailles entre Éduens et Arvernes. Duchesne. c. Patria dans le sens de la Gaule en tant qu'église. Canlilenœ perfectiorem scientiam. ses chefs. 143. Mariialis. Hisloria Francorum. IX. quant 948. Ni la disparition des sénats locaux ni le despotisme du comte royal ne réussirent à éteindre d'Adémar de Chabannes. Sens. ses règlements. 962. De rébus eccL. CXIV. Thorin). Cf. le concile des évêques l'excluait solennellement de la communion de l'église de Gaule ^. Paris. et cette excommunication n'était pas sans ressembler à l'interdiction des sacrifices que l'assemblée des Druides de signifiait jadis contre les rebelles à toutes les cités nom gaulois.. 84.. c. Les évêques de ses cités se réunissaient en « conciles ». 4. Pair. Grégoire de Tours.. écrit au milieu du ix° siècle. et pour elle seulement. en particulier c. ses conseils généraux '. assemblées de législateurs et de juges qui décidaient pour l'église de Gaule. c finibus Gallise eliminatus (p. 3.. A l'intérieur de la aussi l'unité séculaire et la cohésion des vieilles cités. Epistola de apos' Migne. Peu importait que le royaume des Francs eût été divisé en Neustrie et Austrasie la Gaule chrétienne conservait son unité. 1. le Christianisme sauvegardait passions politiques. 99-100. voyez les textes de Walafrid Strabo. 180. t. Je m'inspire ici iolatu s. Migne. Tours. S'il se présentait quelque grand coupable. t. ses cantilènes dont elle était fière. le concile d'Orléans de 639-641 Omnium episcoporum senleniia prolala. Origines du culte clxrélien (1889. Sur les usages propres des églises de Gaule. Parisiens de Lutèce. Lat. . 2. une liturgie particulière. ses habitudes. fils de leurs œuvres sur la terre ont quittée les Car Chrétiens de Gaule formaient une communauté ayant son amour-propre. Arvernes de Clermont. CXLI. : p. 947.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. les chefs religieux de la Gaule lui rendaient l'unité que venaient de briser les contrée. contemplant avec qu'ils I 207 joie les ^. Reims ou Poitiers. 208 de l'édition : des Monumenta Germanise). 957 pêne jam tota Francia diligil. Cf.

l'épiscopat ressemblait par la pérennité de la fonction. la royauté des corps. l'évêque. les églises la A de cités avaient et racontaient avec amour leur histoire sacrée. au miheu pensées et au-dessus de leurs demeures. Au même titre que l'église de Gaule. : 1. SoU episcopi régnant. il et il y siège comme un roi en son palais l'était sur les âmes. disait Chilpéric (Grégoire de Tours. VI. et. jadis peuplade église. et c'est là qu'ils recevaient les bénédictions solennelles aux heures des baptêmes. cité Devenue une garde la vitalité que les lois lui refusent. romaine. une église qui fut la capitale de leur vie morale et l'inspiratrice de leurs les plus profondes. associés dans la mort à ceux qui avaient été leurs frères dans la vie. Hist. fraternités restreintes qui purent rapce procher davantage leurs prières et leurs sacrements furent les d paroisses ». . se forma de petites « assemblées » l'immense « cité de Dieu ». par la succession ininterrompue des pontifes. de ces diocèses il de Reims ou de Sens. L'évêque réside dans la ville métropole. pasteur. gardien et défenseur. 46). ^ en ces temps de croyance absolue. et dans les campagnes ceux locales. des communions. à l'abri des remparts et près de sa cathédrale. cette gauloise. Car toute cité la vie municipale. la suite et les annales des évêques qui les avaient gouvernées. a désormais son chef spirituel. Ils virent s'élever.208 DE LA GAULERA LA FRANCE. Roi. qui groupaient dans les villes les fidèles d'un même quartier. Franc. Autour de l'autel de cette é#glise. depuis l'apôtre envoyé du Christ qui avait été leur fondateur. Aucune religion antique n'avait atteint à une pareille beauté morale celle-ci unissait les vies humaines en une murailles. qui furent les réduits les plus intimes de : d'un même village ou d'une même villa. des mariages. ils s'incUnaient à toutes les journées de leur exis- tence. et c'est près de là encore. âmes valait et passait celle des royauté encore. A l'intérieur de ces églises municipales. à l'ombre des saintes que leurs corps reposeraient. père.

Des chapelles furent élevées au sommet des collines. Marseille à celle de saint Victor. la tombe de saint Martin à Tours prit soudainement une merveilleuse importance. en qui l'on voyait l'émule de saint Paul et le convertisseur de la Gaule. du fond de son sépulcre. qui n'étaient que de simples villages. famille éternelle. Et le sol de la Gaule demeura imprégné de vie religieuse. — De la Gaule à la France. toujours présent par sa vertu. rendez-vous des multitudes aux jours aux moments d'enthousiasme. 209 même temps à la terre Sur cette terre de Gaule. Partout où l'homme avait adoré un dieu. située à la rencontre de la Loire et de la grande route de l'Ouest. punissait les coupables et sauvait les malheureux. JuLLiAN. Pour des milliers de localités le saint fut le père et le maître. Est-ce parce que saint Martin.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. et elle y appelait et y retenait les hommes. collines. chaque bourgade. Bordeaux à celle de saint Seurin. Par là. auxquelles depuis des milliers d'années les hommes avaient accordé leurs prières. et surtout sources et fontaines. et les unissait en qu'elles habitaient. Chaque ville. il trouva un saint à vénérer. le saint. lacs. pierres bénies tombes des naissait une floraison de miracles : : terre. au bord des lacs. et on vénéra saint Romain à Blaye ou saint Julien à Brioude. le fondateur des âmes et le principe d'union et c'est pour cela qu'aujourd'hui tant de villes et de bourgs de France ne sont plus connus que sous le nom de leur protecteur sacré. auprès des fontaines. Il était impossible qu'elle se désintéressât de ces choses charmantes et bienfaisantes de la nature. d'angoisses ou le Christianisme suscita des lieux de culte ardent. guérissait les malades. 1* . Parmi ces lieux sacrés. à l'orée des bois. où le saint remplaça les déesses tutélaires et les Génies chers à la Gaule d'autrefois Paris pria à la tombe de saint Denys. cette religion s'incorporait encore davantage à la saints. y était devenu le saint le plus populaire et le plus actif des faiseurs de miracles? Est-ce parce que la ville de Tours. eut ainsi son foyer d'espérances. Ce furent les : au contact desquelles car.

Wœlfflin (collection Teubner). aux évêques et aux saints. 48. le « Les moines travailleront et le soir jusqu'à vêpres. Il procura à Clovis la victoire qui acheva de lui donner la France. fait vivent du travail de leurs mains. et par conséquent les de certains moments. On vit partout l'empreinte de ses pas. grâce à l'Église. des centres naturels de la les hommes. fut le plus vivant des chefs de la Gaule. le : soin des récoltes. menacées par les invasions barbares et les royautés franques.210 DE LA GAULE A LA FRANCE. matin jusqu'au repas de midi Et si la pauvreté du sol. reprirent-ils les anciennes habitudes qui avaient amené leurs est France? et ancêtres au sanctuaire voisin des Druides? Toujours est-il que saint Martin. après sa mort. à de saintes lectures. les prêtres parmi de la foi nouvelle. » Le livre pieux et la charrue étaient rapprochés l'un de l'autre comme symboles et instruments de l'activité chrétienne. édit. Elle sauvegardait ainsi. en y accourant pour prier. et en d'autres. La sol. Régula monachorum. qui virent dans le tra- vail de la terre rents à la nature une manière de combattre « L'oisiveté humaine : les vices ». inhé- écrivit saint Benoît. Il religion l'aidait encore à réparer les désastres de son les abîmé par se trouva. s'occuper au tra- vail des mains. un des carrefours vitaux. Les foules s'entassèrent dans la basilique qui abritait sa tombe. comme la Grèce avait vu celle des pas d'Hercule. en de l'âme. les obligent à s'occuper sans relâche. Son nom se posa sur près de la moitié des églises. . ainsi qu'ont les nos pères et apôtres ^ g » Il y avait bien cette difïé- 1. et en son tombeau un foyer mystique. qu'ils ne s'en affligent point s'ils ils seront alors vraiment moines. misères de ces invasions. La Gaule chrétienne eut en lui un héros souverain. « est l'ennemi frères doivent. ses forces nationales et locales. des hommes d'intelligence et d'action.

à la faveur de leur abbaye. et auquel ils donnèrent une nouvelle vie. à Clairmarais en : Flandre. 3.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. De profit. lorsqu'un ermite les rallumai a fait remarquer que les premiers monastères ont été à portée des villes ou sur l'emplacement d'anciens castra. en firent une bourgade neuve. Il est probable que dans certains cas. Il faut abandonner complètement la théorie fantaisiste qui fait rattacher Cordouan à la terre ferme. Ce fut souvent un sol de vieille ou village. à Fleury près de la Loire. l'Empire romain avaitil installé quelque phare pour guider les navigateurs. et les disciples 211 de saint Benoît. et que c'est plus tard seulement qu'on s'enfonça dans les solitudes. villages se bâtirent. à Saint-Jean-d'Angély en Saintonge. et la carte humaine de la France s'éclaira de mille feux nouveaux. Peut-être. avait été sous les premiers empereurs une petite ville de bains et de plaisirs les moines. On construits — . Luxeuil dans les Vosges. et ce fut de même à SaintDenis près de Paris. Ceci après l'an mille. rence entre les apôtres et et le travail. à La Sauve dans Bordelais. à Cîteaux en Bourle gogne. antiet bonne culture ^. que ceux-là n'avaient établi aucun lien moral entre la religion que Benoît faisait du travail une règle essentielle de la vie religieuse. et la campagne environnante commença une seconde jeunesse. que le malheur des abandonner. 2. en cet îlot de Cordouan qui commande les passes périlleuses de la Gironde. Ailleurs. villa siècles récents avait fait : ques villas gallo-romaines ressuscitées en monastères. marécages se desséchèrent. à Clairvaux en Champagne. le chefd'œuvre monastique de saint Colomban. le monastère a occupé une ancienne villa de temple païen. ce fut une création et non pas une restauration'^ forêts s'éclaircirent. à Cluny en Bourgogne. 1. cette règle notre terre de Gaule tira un singulier Les moines de saint Benoît et saint Colomban son émule cherchèrent aux abords des forêts et des marécages les terrains à défricher. Mais je ne doute pas que les flammes n'en fussent éteintes depuis longtemps.

Cette carte humaine de la France se dessine peu à peu dans sur le ses moindres détails. On aurait dit que la Gaule revenait. villages et villas sol. routes. l'histoire de Charlemagne (1921. sur les questions qui vont suivre. au chef-d'œuvre de B. I. Il libres possédaient également à la culture faut toujours en revenir. C'est en effet au cours de ces longs siècles de dangers matériels et d'incertitudes politiques que s'acheva ou se produisit. Polyptyque de l'abbé Irminon. au même titre que les sociétés de domaines. à l'unité sociale correspondait l'unité de culture. les casaux et les bordes. Prolégomènes (1844). t. Il apparut divisé en un nombre infini de parcelles. le plus durable. Guérard. villes. Paris. les excellentes remarques de Halphen. le plus profond. de fermiers. que le le bien familial du libre. esclaves et hommes 1. la ferme ou le mas qui en était le chef-lieu parcelles de peu d'étendue. et. Le lot de terre correspondait au foyer familial. mais qui étaient suffisantes pour occuper la famille et pour la faire vivre. les : les lotissements coloniaux des cités antiques et l'exploi- tation morcelée du sol de France. de bourgades ou de cités. Mais il y avait ce contraste entre mas. dans la manière d'être de notre sol. . après des détours infinis. le plus bienfaisant des changements. de colons. Voyez en dernier lieu.212 DE LA GAULE A LA FRANCE. Ce ne sont plus seulement que nous apercevons fixés mais aussi les hameaux et aussi les fermes. de trois à dix hectares. pour toutes ces questions d'écoet de régime social. de métayers ou de bordiers ont pris sur la terre une place qu'elles ne quitteront plus *. à ces temps mythiques de l'Antiquité où chaque citoyen de Rome ou de Sparte recevait en partage les arpents de terre qui lui permettaient d'élever les siens. les familles de laboureurs ou de vignerons. Alcan). ayant chacune sa famille de cultivateurs. et en particulier nomie rurale pour les temps Études critiques sur carolingiens. Latin ou du Grec était privilège de l'homme le droit tandis que sur la surface de la Gaule franque.

aux recoins innombrables. Il y a sur l l presque autant d'esclaves (disons de serfs pour cette époque) qu'il y en avait eu au temps des empereurs. et les 213 moyens d'en vivre. en tant que grand propriétaire. ces immenses villas que nous avons vus à l'époque romaine restent. le travail France d'aujour- d'hui qui se prépare et s'annonce. la \ie sociale. et cette tâche est une parcelle à cultiver. Ce n'est pas en ces siècles d'infortunes que la petite propriété avait chance d'échapper à la ruine. un clarissime de Constantin. condien effet. rien ne paraît changé de ce ' qui est réglé par le droit. Mais les faits sont venus. maître de milliers d'hectares et de milliers d'esclaves ou de colons. qui travaillent ici et là au gré du maître ou de son intendant. tenanciers ou colons. la condition normale de la terre un leude de Dagobert vaut. dans son accord entre humain et les espaces de sa terre. et un monastère des Vosges ou de Bouraux replis et : t "f ^ gogne. Condition juridique des hommes. Ces grands domaines. plus que jamais ^. et les derniers survivants de la médiocrité foncière préférèrent placer leurs terres sous la protection d'un grand et en jouir sans crainte comme fermiers. . surtout aux abords des villes. Chacun d'eux a sa tâche propre. ces terres. et pour cultiver cette parcelle on lui attribue sa cabane et les instruments néces- 1. Les paroisses de la banlieue de Paris seraient intéressantes à étudier à ce point de vue. et non pas division de la propriété. Ces esclaves ne sont plus groupés en équipes. J'ai dit morcellement de la culture. Il importe cependant de remarquer cjue la petite propriété semble. Sujétion valait mieux qu'indépendance. qui ont bouleversé les habitudes de la vie.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. J'ai parlé encore d'esclaves à propos de cette culture des terres. commencer à se reconstituer par l'effet du démembrement de certains grands domaines. en particulier en vue de la dotation des églises. n'est qu'une variété de l'aristocratie terrienne. tion juridique de la terre. plutôt que de les exploiter avec les risques de la liberté. Cultures morcelées et paysans c'est la égaux de notre démocratie rurale.

plus de dix millions d'habitants ruraux. la différence de vie est insensible charges et redevances sont à peu près les mêmes. Aucune guerre civile ne l'amena. auxquelles j'adhère complètement (dans Le Moyen Age. aucune législation ne le prépara. et qu'elle doit durer. et le serf qui de père en fils cultive une portion immuable de ce même domaine. aux environs de . le petit propriétaire qui assujettit la sienne à un grand domaine. Il est donc impossible de ne pas proposer. fermiers. et sans aucun doute beaucoup plus. que nul ne se douta des voies nouvelles où entrait la Gaule chrétienne. il n'est plus la chose d'un autre homme. décisif pour les destinées de notre pays! Mais nul contemporain n'en a parlé. Entre l'homme et ce lopin de terre. Sa situation de fait est donc à peine inférieure à celle de ses voisins libres. en ce temps-là. Entre l'homme libre qui afferme la terre d'un seigneur. tous habitent et travaillent de façon semblable. sous quelles nécessités matérielles s'est fait ce prodigieux changement. il s'imposa à la loi. XXXII. terre qui en dépend. métayers ou colons. Ferdinand Lot a montré que les terres cultivées de la France. il s'opéra avec une telle lenteur. Un serf apparaîtra moins comme l'esclave de ce maître que comme l'ouvrier de ces champs et le serviteur de ce sol. pour habiter l'autre comme lui. t. dotée de millions de paysans \ ayant chacun sa maison et sa terre. Désormais il ne quittera plus cette cabane ni la Son fils lui succédera pour travailler l'une comme lui. Dans France au IX^ siècle. Que je voudrais savoir sous quelles influences morales. pour cette époque. dira-t-on la nature de son être est désormais réglée par son métier de cultivateur. : : de remarquables Conjectures démographiques sur la 1. DE LA GAULE A LA FRANCE.214 saires. La Gaule est maintenant. « serf de la glèbe ». . Le maître ne pourra vendre la terre sans lui. 1921). la terre les a rapprochés en hommes égaux. la dépendance sera absolue. Il résulta des mœurs et des faits. et pour toujours. ni lui sans la terre.40 habitants par kilomètre carré. Et c'est à cela qu'on reconnaît qu'une œuvre sociale est bonne. comportaient une population rurale équivalente à ce que nous voyons de nos jours. et elle a rapproché l'esclave de la liberté.

mais donne son pain et son vin ou son cidre. mais il y trouve son foyer. de sauge ou de verveine. » les : : . avait dent latin. qui ne peut s'effondrer nulle part. et la Gaule seule. les pertes subies. mesure que l'Empire romain déclinait. posées sur les le sol. le jour où l'Empire tombele Gaule. la ils front contre les Germains et sauvé ce qui restait de l'Occi- devinaient que. Études sur Barbares et le Moyen Age. Mais cet édifice se prépare également à l'aide des harmonies humaines transmises par le bases passé et que le mot de Gaule des prêtres et des écrivains. par une sève inépuisable. et qui. Ils la comprenaient mieux que soldats et poliils A tiques. » Mais cela doit être dit surtout pour la France. etc. etc. nait. de l'époque mérovingienne.U ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. — rappelait encore à la pensée Nous avons parlé tout à Voyons celle des poètes. l'heure de la Gaule des prêtres. herbes bénies du tées par les poètes chan- Voilà donc. c'est parce que la Gaule. 82 « La civilisation moderne repose sur un large fond populaire. la Gaule preaux yeux des lettrés et des poètes. corps et figure de nation. « Ce n'est point par le sommet que se refont t. à l'ombre du régime féodal. c'est par la base. derrière Rhin sa fron- 1. dans les mutations les plus graves. Entre la maison qui abrite et la terre qui nourrit. Il fallait le travail lent et successif des faits et des idées. p. pour préparer les peuples à de meilleures destinées. ramassée autour de Trêves. si l'Empire avait survécu à son fait plus grand désastre. d'une société nouvelle. 335 et s. III. Voilà qui justifie les admirables paroles de Littré. 2. les fondements d'un nouvel édifice national'-. qui touche partout le sol. elle lui 215 Cette terre est médiocre.. 495 les sociétés. Cf. aussi les remarques de de Pétigny. rait. des Poetae Latini levi Karolini). l'homme peut disposer pour son de sa demeure d'une plante ciej et agrément et il les arbustes d'un verger ou les roses d'un jardin. répare aussitôt. voyaient que. Cette maison est peu confortable. le seuil saura encadrer ^. De cullura hortorum (p. 1845. Je songe aux très curieuses poésies de Walafrid Strabo. sa capitale des derniers jours. p. Études sur l'histoire. hommes et terres associés.

et le poète Sidoine qu'il ne remette pas aux Gaulois le soin de protéger le monde. vires exereret. des mots plus touchants. préfet du prétoire impéune poésie émue la fontaine divine de sa verdoyantes des rivières de la Gaule : ville natale. de la et Venance Fortunat a été : fait « civilisation en France. "Voyez. I. et Grégoire. L'Empire Apollinaire.. Carmina.. lisent chez de les respect. Il semble parfois que « l'ombre de l'Empire » pèse sur ses évêque des Arvernes.. évêque de Tours. Venance Fortunat. Epist. à l'endroit de cette Gaule. C'est ainsi que j'interprète les très difficiles passages du panéPortavimus umbram 7. 7. etc. L'Empire est tombé. d'amour et de gratitude. 4. proprias qua Gallia gyrique d'Avitus. : 3. églises naissantes au miUeu des bois. » Littérairement parlant. quœ jure poiest. imperii. et les routes parsemées de miracles chrétiens. Rome avait vue s'échapper de ses mains lassées A chaque siècle. : . Fortunat. 7. se derniers fervents des lettres latines. Deux tiers. l'éclat de tes héros. identifie provincia Gallia et patria nostra. III. tière. la fécondité du sol. Et longtemps après lui. 7 Gallia. vers 540 et suiv. reprendrait malgré les Barbares l'œuvre que ^. 2. le moine Walafrid Strabo chante la Gaule comme la plus belle des choses : « Heureuse Gaule.216 DE LA GAULE A LA FRANCE. n'est pas encore tombé. ^. Le rapprochement entre Ausone par Guizot (Hist. 18® leçon) le consul.. 1.. Sidoine Apollinaire. 516-7 (panégyrique d'Avitus) : Nam Gallia si te compulerit. tu Sidoine Apollinaire. Promptissima niiper fulsit conditio.. siècles après lui. Carm. écrit à la façon de Salluste l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. etc. plaude libens. célèbre en Ausone de Bordeaux. tu as reçu en présents du ciel la gloire des trophées. et qu'il rêve pour la Gaule le droit d'agir par elle-même et d'être une patrie *. les rives on dirait que le vers latin a découvert les charmes du pays. Carmina. entre cent passages de ce genre. III. tibi pareat orbis. regrette épaules. évêque de Poipareils ^ retrouve et ses des accents les en décrivant ses fleuves coteaux. l'évêque continue 4. Elle leur paraît enfin digne d'être chantée en des vers imités de Virgile rial. 8 : Te contenta suo Gallia cive placet.

les les poètes et les historiens.. d'un emblème verbal propre à dissimuler les intérêts de son pouvoir ou son ambition de conquêtes. Ubertale soli. les droits âmes du l'idéal. Ce sont peut-être : plus beaux vers que la Gaule ait jamais inspirés Félix Gallia fortibus tropseis. » Ce ne sont qu'images de poètes et propos de lettrés. c'est la voix de Dante qu'on entend la première. Omne Galliarum Regniun de nece martyrum coronans.. Et quand bien sol. II. Lorsque Clovis rejeta les Alamans au delà du Rhin et les Goths au delà des Pyrénées. lorsqu'on lui dit que «de tous côtés les hommes de la Gaule souhaitaient de les lui obéir » -. de martyribus Agaunensibus (p. Hist. savent apercevoir les leçons du passé. 35 MuUi jam tune ex Galliis habere Francos dominos summo desiderio cupiebant. il n'importe le mot de patrie est prononcé. je n'hésite pas 1. éd. Romame . Mais quand à travers nelles des il s'agit de patries. toi. les égoïsmes et et ignorances des heures pré- sentes. Franc. Grégoire de Tours. Regni nomine purpurala magno. virum nilore. Et voici que les saints du Christ tissent autour de toi la couronne sanglante de leurs martyres '.. 367-8. l'appel magique est lancé. un servir roi des Francs n'hésitait pas à se du nom de Gaule comme d'un mot de ralliement. des Poetse Latini sévi Karolini : Walafrid Strabo. Le cas échéant.. 37. Un mot de poète suffît à faire vivre l'idée souveraine. de les lois éter- qui échappent aux regards limités ou dévoyés des chefs et de leurs ministres. de l'écrivain n'est point encore répétée comprise des multitudes. 217 marches empourprée par la splendeur du titre de royaume. 2. soror urbis alque consors. il la parole même par les rois et : faut laisser aux siècles le soin de propager l'écho et d'en émouvoir les âmes. dans les Monumenta Germanise). II.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Hymnus .. A l'origine lointaine de l'Italie moderne. la sœur et la compagne de la ville de Rome.

un saint Rémi. Hist. franques (2 vol. II. 3. la richesse des moissons Voyez dans le même sens. j'en vois royaume naturel un qui eut une : portée décisive pour l'avenir de l'unité gauloise ce fut Paris choisi par Clovis. 1919.. la résidence d'un César. sans exception. et que de là avait recon- quis la Gaule sur les Germains? Lui a-t-on montré qu'il n'y avait nulle part en Gaule un carrefour de rivières et de routes plus commode pour concentrer des armées et distribuer des ordres? A-t-il su l'histoire. V. : qu'on estime leurs pensées à l'étendue de leurs conquêtes et à la nature de leurs actes ^ Or. et des idées de vaste domination et de lointaines frontières dont il était inséparable. les études de Kurth. etc. devenu roi sur la Gaule.218 DE LA GAULE A LA FRANCE. VIII. 4. Leurs aïeux avaient été comtes et ducs d'Empire. pr. ne songeant aux soirs de victoires que pour les trésors à prendre et les captifs à ramener. Julien. incapables de pensées générales. L'unité morale du royaume des Francs est revendiquée par Grégoire de Tours. Paris. tous leurs actes tendirent à montrer au des Francs ^. la seulement charmé par l'étendue des horizons grâce des vallées. un saint Éloi n'étaient point de médiocres se Germains Alamans racontaient intelligences pas. monde que Et parmi la Gaule était le ces actes. VI. Champion. 38 (cathedramregni). ils avaient su ce qu'était la Gaule contre et ce qu'elle signifiait. Études 1. . Grégoire de Tours. Qu'on ne s'en tienne aux anecdotes pittoresques de Grégoire de Tours ou aux secs résumés de Frédégaire ou des esprits malavisés. 27. ou a-t-il été parisiens. recueil posthume). Historia Francorum.. et leurs batailles sur le les Rhin dans les vieilles chroniques. Je ne peux m'imaginer que ces rois fussent de simples Barbares. et à croire qu'il sut tirer profit de ce vocable consacré par l'Église célèbre dans le monde entier. pour être sa résidence et le siège de son royaume ^ été. pour juger ces rois. cf.. toutes leurs conquêtes. Fr. Lui a-t-on dit que Paris avait au quatrième il siècle. les ont conduits aux frontières de la Gaule. Près de Clovis ou de Dagobert. a-t-il vu la carte. 2.

Il avait été créé pour convertir le monde au Christ. en Allemagne. ce qui avait manqué à l'Empire romain. hanta ». et cette fois la capitale définitive. par son origine et par sa vocation. était marqué du sceau de Dieu. . plus grands des rois francs. A peine atteintes les frontières de la Gaule. Barbares et infidèles se voyaient à jamais barrer le passage vers l'Occident. oublier un instant la Gaule *. enfin. Romains ou Saxons. la variété des fleurs Nous ne le saurons jamais. après Trêves. réussit à se faire proclamer. c. qui leur C'était l'unité fit. il s'appuyait sur l'évêque de Rome. parlant de l'Empire chrétien et carolingien (Migne. . du monde qui se reconstituait. Ils n'entendaient ce mot de Gaule que pour écouter le mot d'Empire. Le malheur est que Mérovingiens et Carolingiens ne comprirent jamais les choses qu'à moitié. Comparez Agobard. après le puy de Dôme et le sanctuaire de la Loire druidique.).U ÉPOQUE et des fruits? DES ROYAUTÉS BARBARES. les vaguement l'esprit de ses prédécesseurs. Et. accrue de cette Grande Germanie devant laquelle Rome elle-même s'était reconnue impuissante.). les deux Clotaire. Les lois diverses qui régissaient les hommes. à Rutilius Namatianus. Mais.. devenu le 1. CIV. il nous a donné une nouvelle capitaie. à son insu ou en pleine conscience. empereur. après Lyon. Patr. il a donné à la France. t. César et Auguste.Burgondes. La paix allait régner partout. en Espagne même. Clovis. Lat. je crois. / . Ce dernier. en Italie. Pépin et Charlemagne. à eux aussi. « L'ombre de l'Empire pesa sur pour reprendre le vers de Sidoine Apollinaire. vers 47 et s. parlant de l'Empire romain (I. ils se hâtaient de les franchir pour soumettre de nouveaux royaumes. latin Aussitôt. et à réaliser le rêve qui. Dagobert. la fraîcheur des forêts. Francs Saliens. à Rome. 113 et s. disparaîtraient devant une règle unique. le nouvel Empire. 219 et des vignes. poètes et prêtres tressaillirent d'une allégresse nouvelle.

à l'exemple de l'Empire romain. aucune ville ne l'avait remfait la force celui placée. qui avait pire : morale de l'Empire des Césars. Charlemagne ne sut jamais l'organiser en puissance militaire. C'était la Gaule qui faisait la force matérielle de l'Emil en était issu et elle servait de lien entre ses domaines.220 DE LA GAULE A LA FRANCE. il aurait dû. « tête de la terre ». Pour qu'il vécût. chacun de ces groupes revint aussitôt à ses errements. Mais le nouvel Empire. Charlemagne. qui fût respectée comme un être divin. et lorsque la volonté manqua au chef de l'État. p. en fils. sibles : 1. Cf. et que de souvenir. les se à rapprocher l'un de l'autre royaumes ou les reurs aidèrent eux-mêmes à morceler l'Empire. il est vrai.. cinquante ans plus tard *. là l'Italie ou ailleurs la Germanie. Charlemagne mis à part. Il manqua à de Charlemagne une capitale traditionnelle. Hist. de toutes les manières posil commandait aux hommes en personnage sacré. rempli de vues d'avenir. il n'existait plus que de nom.. très inJgal d'ailleurs. premier évêque de la Chrétienté. Les empeGaule. surveillées sur ici la place par un gouvernement Il sévère. homogène et permanente. Un demi-siècle après sa fondation. borna peuplades du présent. ne fut que fantôme et fantoches. s'étayer à l'intérieur sur de soMdes assises provinciales. faisant un roi de chacun de leurs alors qu'il n'aurait fallu avoir que des fonctionnaires autour d'un Auguste. et Aix n'était encore que « la chapelle » du grand roi. 596. et son chef. des institutions mérovingiennes . Cet Empire tenait uniquement dans la personne du chef. avait reçu d'un évêque l'onction royale et du pape la couronne des empereurs. On lui obéissait. Lehuërou. et ce fut dès le fils du fondateur. livre très original. C'était Rome et sa valeur sainte de capitale. . t. 1 1. carolingiennes (1843). Rome ne comptait plus guère dans l'esprit des peuples.

au premier vent qui amena les hommes du Nord. ainsi que l'avait fait l'Empire romain de la belle époque. à part les juristes attardés du palais. une patrie. On retrouve. Or son armée ne fut jamais qu'une armée errante. On par: bien à nouveau delà. et sa flotte se dispersa. en évêque des évêques. p. organiser une armée de frontière et des flottes de surveillance à défaut de centre et d'unité. invasions de Barbares. de «la chose publique» mais. Jamais lendemain d'Empire ne fut plus lamentable que les années qui suivirent la fin du rêve. Ceux qui parlent ainsi veulent ignorer les Normands. sans laisser de traces. et ignorer aussi que les Saxons n'étaient plus guère des envahisseurs dangereux. il aurait mis définitivement un terme aux grandes invasions germaniques. : Mais. et la façade impériale n'était que le masque momentané d'un monde déjà féodal'. 1. VI de VHist. p. en roi des Francs et en empereur. : . des institutions. Charlemagne aurait dû. personne ne pouvait ou ne voulait définir ce mot. et reprise par Fustel de Coulanges (t. à propos de l'Empire de Charlemagne. t. il resta le royaume de France. 419. Chargé de protéger l'Europe contre les Barbares. Toutes les catastrophes qui avaient assailli le monde à la chute de Rome se répétèrent. guerres civiles et démembrement de l'État et de la Gaule. 2. en seigneur des seigneurs. et royautés surgissant de partout 2. Cet Empire ne portait aucun Il n'avait point d'histoire. il n'était pas nom qui fût vraiment à lui. 611). 221 en chef d'État.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. et un principe commandements personnels. les mers aux pirates. Jamais rêve humain ne fut plus vite dissipé que l'Empire de Charlemagne. II. Il eût mieux valu une seule manière d'être au-dessus de tous lait les le maître. L'idée que l'Empire de Charlemagne est déjà un État féodal a été développée par Lehuërou. la même assertion erronée qu'à propos de l'Empire romain en conquérant la Germanie. qu'il arrête et fortifie du moins le cadre de son Empire. commepouvaitl'êtrela Gaule. comme l'avait été Rome et son Empire. respublica. cette fois.

— — — — — — — — — — et vit la — « Avènement d'une littérature française Chanson de Roland ». la Le traité de Verdun. — L'idée de Gaule toujours dans les écoles. Paris. Paris. Retour aux habitudes de la civilisation classique. sanctionna l'existence publique du royaume de France et lui assigna quelques-unes de ses limites naturelles. et nationale. (1901. — Paris s'annonce de nouveau comme capitale. fusion des races. IP p. Il n'y a plus qu'un roi en France. Paris. II. espérances de Gallicanisme. Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les villes. — Le patriotisme français à sa naissance. . Le roi de France. — Formation d'une langue française. Velléités de constitutions. L'imagerie chrétienne. Champion). Histoire de France de Lavisse. Les derniers Carolingiens (1891. Universalité des mots Francs et Français. Hachette). — Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de gloire de Charlemagne. empereur dans son royaume. Lot. Lot. Nouvelle vitalité du sol et des routes. Voir surtout Pfister. t. le résumé de Luchaire. Vieweg).VIII LA PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE DERNIERS CAROLINGIENS ET PREMIERS CAPÉTIENS* Le — — Forces nouvelles des provinces des petits pays. Paris. De l'opinion publique vers l'an mille. Valeur souveraine du titre royal. On a dit beaucoup de mal du traité de Verdun qu'il : 1. traité de Verdun reconnaît la France. Études sur le règne de Robert le Pieux (1885. Bouillon). Renaissance romane et architecture de pierre. qui démembra l'Empire de Charlemagne. Études sur le règne de Hugues Capet et la fin du X" siècle (1903.

Par endroits seulement. sans portée pour l'avenir. mais comme si Brisach. lettre 39. port du Rhin sur la rive droite. 223 recommençait les sottises des partages mérovingiens. puis en Lorraine. Gerbert lui-même. et on a dit aussi que c'était un acte insignifiant. de Lorraine. au temps où il aima les rois d'outreRhin et où ils possédaient l'Alsace. que Brisach était encore sur la rive gauche (l'a-t-il même jamais été?). jusqu'à la Méditerranée du Languedoc. gens d'Alsace. 1889. qu'il mutilait la France en donnant à la Germanie la rive gauche du Rhin. ces puissants rivages de la Manche et de l'Atlantique où pouvait se reconstituer la fortune de la marine armoricaine.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. qui : : . sans tenir compte des lois naturelles du sol et des traditions historiques des peuples. jusqu'aux Pyrénées. 37). nul ne pensait qu'ils ne fussent point des Francs c'étaient seulement « les Francs du milieu ». la Seine et tous ses aflluents. Cet ensemble. Germanie. celui de Paris et d'Orléans. de Bourgogne ou de Provence. De la Gaule il recevait l'essentiel. était en 2. Le nom de Germanie ne franchit pas le Rhin pour pénétrer jusqu'à la Meuse il resta limité par les eaux du fleuve. p. était sans doute rejeté bien en deçà du Rhin. la Loire et la Garonne en l'entier de leurs bassins. J. Mais enfin il allait jusqu'à l'Océan. 1. les énergies terrestres les plus actives. le plus passionné des hommes. la Saône et le Rhône sur leur rive droite ^. Rien de tout cela n'est vrai. Mais au traité de Verdun les terres orientales de la Gaule appartenaient à un royaume distinct. vague héritier de l'ancienne Austrasie. collection Picard. c'est parce qu'on le laissa faire. Germaniim Brisaca Rheni [Rhenann] litoris. . Le passage des lettres de Gerbert (édit. conquérir et voler à sa guise. puis entre les Alpes et le Rhône. doit être interprété. et des habitants de ce royaume. et d'une manière intermittente. et aussi. et si plus tard le roi des Germains se déclara maître en Alsace. Havet. n'eût point osé prononcer que cette Alsace était terre germanique K Le royaume des Francs occidentaux. non pas avec l'idée. en deçà même de la ]Meuse on ne lui concéda qu'une Gaule amputée. que je crois fausse.

le traité de Verdun traça pour le royaume des Francs occidentaux un empire tout d'un tenant. Les hommes du temps le reconnurent presque aussitôt. qui relevait de la Francia de Hugues Capet. 2. de Syriens. « le royaume des Francs ». formait un bloc compact. de l'embouchure de l'Escaut au sommet de la Rune et au col de Roncevaux. Bretons d'Armorique. aux hommes qui se ressemblaient. dans un article célèbre {Annuaire de VÉcole pratique des Hautes Études pour 1896 Du rôle de l'opposition des races et des nationalités dans la dissolution de l'Empire carolingien) les traités de Verdun (843) et surtout de Mersen (870) ont contribué « à isoler les pays par lesquels se faisait le contact et le mélange des races ». il leur servit à l'une et à l'autre de titre et de symbole. tel que l'histoire l'avait préparé. en une seule formule. qui avaient toujours vécu ensemble : Tous les hommes de cette contrée étaient appelés des Francs ou des Français. Francs de Hugues Capet il y avait bien des petits-fils de Sarmates. et comme naturellement. s'étendait du cap Cerbère* à la pointe du Raz. Personne ne pensait à dire « roi des Francs et des Bretons ». dans le regnum Francorum. Flamands de Flandre ou Basques de Gascogne étaient incorporés. La Marche d'Espagne. aux peuples Tandis que les partages mérovingiens avaient découpé la Gaule en domaines enchevêtrés où disparaissaient les contours du sol. : : . Quelle que fût leur origine ou leur langue. aux terres qui se tenaient.224 DE LA GAULE A LA FRANCE. ^. Ce nom ne fut plus un vocable mobile et flottant qui suivait un peuple dans ses conquêtes il s'attacha à une contrée et à la nation qui l'habitait. tel que la nature s'y fût résignée. de Juifs même car avec une politique habile et point de préjugés religieux on pouvait faire de tous les Juifs des s'étaient répandues sur la les J'imagine que parmi : 1. de Goths. en réservant pour lui le nom de Francia et de France. Gabriel Monod. etc. s'en détacha peu à peu. La fusion se faisait entre les populations disparates qui Gaule au temps des invasions.

PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. c. d'esprit et de caractère. Cinq siècles auparavant. la fondation du royaume goth ébranla pour la chute finale l'Empire romain. p.. l'atmosphère physique et morale de la France. C'est qu'il y avait dans cette Gaule bâtie pour l'unité. Pourtant. lors de l'arrivée des Goths. ils oublièrent leur affreux langage du du Nord pour parler latin ou français. l'extraordinaire apostrophe de Dudon de Saint-Quentin. Lair). c. ont réussi un coup superbe. très dévots à la religion Christ. Voyez. — De Gaule à la France. lui parlent dans les mêmes termes que ceux de Charles le Simple comparez Amniien MarceUin (XXXI. t. et. Patrologia Lat. 4. 165-6 de la l'édit. la Normandie recouvra cette richesse l'Empire romain. 1. 2. qui frappa d'admiration les chroniqueurs des âges suivants K Invasions et pirateries s'arrêtèrent : les Normands et leurs ducs devinrent de bons Français. Le sol. des ferments de vitalité morale et d'entente humaine qui manquaient à l'Empire romain. 631.. dans cette France nouvelle qui voulait durer. Normands dans la férus d'ordre et de discipline. incohérent et vieilli. etc. ils donnaient naissance à des enfants de l'espèce que la Gaule avait formée depuis des siècles. '2'15 Francs de langue. au bout de deux ou trois générations à peine. 4) et Dudon de Saint: : Quentin {ibid. Migne. et la seule chose qu'ils aient retenue de leur passé. et la fondation du duché de Normandie aida la France à se reconstituer. Lair. agissaient sur ces êtres différents. CXLI. Grâce à eux.. c'est de savoir courir sur la mer. 144 de l'édit. outre l'ensemble du récit et des discours. livre II Dacia (les Normands) sorte iuos qum GaUis millis alumnos. ils se mirent à la culture et à l'élevage en habiles praticiens du sol. Ceux qui décidèrent les le roi Charles le Simple à installer province de Rouen. IS . JuLLiAN-. Les conseillers de Valens. les empereurs de Rome avaient escompté un succès pareil lorsqu'ils donnèrent le Midi de la France à des rois goths et à leurs armées -. p. et cette valeur maritime que les Romains avaient aussi agricole qui avait été son lot sous méconnue. les mœurs et l'ambiance. 647-8.

des documents furent inscrits au nom du roi des Bretons. Entre Meuse et Rhin ou entre Rhône et Alpes. Sous la dynastie qui commence à Hugues Capet. Personne ne pensait plus qu'il pût y avoir plusieurs rois en France. Mais ce furent velléités d'un jour ni au delà ni en deçà de la Meuse la Gaule ne vit durer d'autre royaume que le royaume de France. sans parler de ceux qui réussirent plus tard à l'acquérir au delà des mers ou au sud des Pyrénées.226 DE LA GAULE A LA FRANCE. ce fut pour lui assurer la succession de la royauté. des rois de Bourgogne. en Gaule ou en France. France et royaume se confondent désormais. furent obligés d'aller chercher ce titre de la France. comme au temps des héritiers de Clovis ou de Pépin. on eut pendant quelques années des rois de Lorraine. maître entre Loire et Pyrénées au temps du roi désiré échanger contre ce titre de roi leur titre de Robert. Guillaume d'Aquitaine en ItaHe. le comte de Flandre se crut un souverain et parla de sa monarchie. le titre de roi est en notre pays le signe de l'unité nationale et de la vie commune. duc d'Aquitaine. et ceux des grands seigneurs de cette époque ardente et ambitieuse qui voulurent quand : même loin être rois. Eudes de Blois sur les terres d'Empire. le principe de l'unité royale devint absolu. le plus célèbre et le plus magnifique des seigneurs de son temps. il a recouvré le privilège du pouvoir suprême usurpé par le titre impérial au temps de César ou de Charlemagne. La France avait un vivant ne pouvait en avoir qu'un. et le mot de monarchie fut également prononcé à la cour de Guillaume le Grand. en tant que puissance indiviroi et sible et perpétuelle. eussent comte ou de duc. En France même. . des rois de Provence. Quelques seigneurs. Et si Hugues de son fit roi son fils Robert. Guillaume de Normandie en Angleterre.

CI. 1901). Adalbéron (édit. VII. Quamdiu reges Francorum duraverint qui Romanum imperium tenere debent. vers 280 et 398 primi duo sunl : aller régit. Et on eût rois également fait rire bien des évêques de France. 71. évêque universel. t. si on eût dit que l'évêque de Rome avait le droit de les juger et de les nommer.. les écrivains de France racontaient que les prédécesseurs de leur maître. écrit vers 954 (Migne. ces souvenirs n'étaient plus qu'une affaire d'érudit. et de régler les croyances des fidèles le monde et l'élu : : ne comprenait pas encore ces choses. 2.imperal seque. Jene donne. ab antecessoribus herediiario jure sibi debitum (Pertz. : Nam . Quiconque était roi de France y régnait comme empereur". que des textes contemporains de Robert. si on eût dit que son royaume faisait partie de « l'Empire des Romains » et que ce mot de imperator ou d' « empereur » signifiait suzerain des le monde ne comprenait plus ces choses. et on disait souvent qu'il était maître à Rome du pape. Mais on eût fait rire le roi de France. ce titre d'Empire romain n'était plus qu'un hochet dangereux ramassé par un Germain dans les décombres des ambitions disparues. Quant le roi le roi Robert de France avait une entrevue avec il de Germanie. Lat. p. Charlemagne ou Louis. III. rois et évêques de France n'entendaient point que le pape de Rome transformât en autorité réelle les 1. et si les Meuse qui leur servait de Germains insistaient pour faire sonner plus haut le titre impérial. c. Scriptores. t. dans le libellas de Anlichristo de Adson de Luxeuil. et que l'aigle impérial d'Aix-la-Chapelle avait tenu entre les mains de leur roi Lothaire ^ A vrai dire. dignitas Romani imperii ex loto non peribit. Voyez les réclamations de Henri sur le palais d'Aix. De même. l'avaient également possédé. le traitait d'égal à égal sur les bords de cette frontière commune. IV. imperat aller Quique régit gaudens virtutibus. quia slabil in regibus suis. 227 Le roi des Germains avait rétabli à son profit ce titre le d'empereur. Huckel. pour cette formule. empereur des Romains. 1295). Pair. Richer.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. 225).

et encore suis-je tenté possible. 169 Plaçait sanciri. Quel faire. Je m'inquiète peu de savoir que leurs ordres n'étaient point obéis. si quid a papa Romano contra patrum décréta suggereretur. son voisin et son ennemi. à peine plus fort et plus riche que : On le seigneur de Montlhéry. dire à ses aussi. et qu'au bord de la moine se disait plus puissant qu'eux. Le Gallicanisme faillit naître aux mêmes heures que la France \ et confirmés roi s'est complu de nos jours à railler la faiblesse de ce au premier siècle de la dynastie capétienne pauvre sire errant de villa en villa. élus que par leurs églises que parleur roi '. seraient jugés que par les conciles. qui consistaient à être les rois de France. Cf. Gallicanisme remarquablement mis en lumière par Lot (Hugues Capet. lui formes de préséance qu'il avait. a dit un homme qui connaissait bien l'influence des mots et des idées. Hugues et Robert détenaient la force et la richesse éminentes. C'est si on mesure la force d'un roi à l'étendue de ses fermes et au nombre de ses coffres. au besoin qu'ils et ses évêques auraient su rappeler ne . plus d'une fois de ne voir en ces propos que boutades d'historiens et désir d'établir un contraste saisissant entre les ennuis politiques d'un Hugues ou d'un Robert et la royauté triomphale d'un Philippe-Auguste ou d'un saint Louis. retenues de Hugues Capet n'eût pas hésité à interévêques de répondre à un appel pontifical. p. sous Robert (Richer. cette supé- qu'on en puisse Garonne un que soit l'emploi que la royauté française est riorité fût-elle sans force. l'héritage impérial. 89. « Dès qu'un mot ». p. le concile de l'édition Waitz) : . Je n'ai pas à rechercher ici les causes du très rapide avortement de ce Gallicanisme. Guizot. une valeur telle une souveraineté qui agit par cela seul qu'elle existe. 1. elle excite les désirs des hommes. 130 et s). En réalité. car le nom seul d'un pouvoir illusoire de Chelles. cassum et irritum ficri. et ils ont raison. « dès qu'un mot désigne une supériorité quelconque. 2.228 DE LA GAULE A LA FRANCE. IV.

était le représenil tant. De ce Dieu. et : oriente Burgundiam. la plus pleine et la plus présente était la royauté. t. IV. Et à de géographie politique. Benedidi. II® essai. et d'ailleurs il les confirmait dans leur titre. l'hommage féodal unissait à lui tous les seigneurs et tous les hommes du royaume par un lien continu qui de proche en proche pénétrait jusqu'aux plus lointains et aux plus humbles. les ordres monastiques voyaient en lui l'ancien abbé de Saint-Denis et le protecteur naturel de leurs privilèges le roi : Les évêques tenaient l'ordre de Cluny lui-même. 2" édit. 635). 1824. aidait la royauté dans sa tâche. Thierry' de Fleur>' ou d'Amorbach écrit. comme jadis le sanctuaire druidique dont il occupait peut-être la place-. d'en suivre la durée et de ces énergies. De sa justice on ne pouvait en appeler qu'à celle de Dieu. malgré son envergure internationale. s'appliquait également : à la piété des Chrétiens et à l'obéissance des sujets rebelle était sacrilège. Le roi de France était le le roi unique et roi partout. ab les bien analyser faits Aqnitaniam tangit. p. et le mot de un « foi ». L' « ombilic » druidique des Carnutes était parfaitement connu rappelé vers l'an mille (Aimoin. Essais sur l'histoire de France. et il propageait avec enthousiasme Guizot. » Je n'ai pas à insister sur les ombres qui passaient devant ce pouvoir. 3. Fleury se croyait et se disait au centre de la Gaule ^. Lai. sur les retards qui en gênèrent longtemps l'exercice. p. d'en marquer l'origine et la nature. l'élu sur la terre. au début du xi« siècle (Ada sanclorum Ordinis s. je désire surtout parler ici des énergies latentes ou visibles qui ont soutenu la France. sœc. cela résulte en auslrali parle ... au temps où nous sommes : arrivés. c. 229 est encore un pouvoir'. fides. ab 2.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. 84 de la 1. Pair. CXXXIX. Le royaume de France était à l'image d'une église. un presque pour un des leurs. Pareil à un Saul ou à un David. avait reçu l'onction sainte. du tombeau de saint Benoît à Fleury. IP p. et celle-ci s'appuyait volontiers sur son cher monastère de Fleury-sur-Loire. Fleury. Le serment de fidélité. 364 ) A septentrione Franciam. Il était il seul à posséder titre prestigieux au-dessus duquel il n'y a que nom de Dieu..

de décourager les impudiques et les histrions. 3. des sorciers et des pythonisses.230 DE LA GAULE A LA FRANCE. se réserver chaque jour des heures pour prier ». façonnés par l'esprit de ces droits en autant de Écoutons Abbon. pardessus tout. Qu'il ne confie qu'à des personnes justes l'administration du royaume. le théoricien intelligent et convaincu de la royauté nouvelle ^ « C'est le propre de la justice du roi qu'elle n'opprime personne de sa puissance. Lat. Migne. c. CoUectio canonum. d'abaisser l'iniquité. 344. le chef de l'abbaye de Fleury. convergence qui a peut-être été également la cause de l'installation du concile druidique en cet endroit. Éviter la colère. tandis que les juristes latins invoquaient surtout les droits du chef de l'État. . Le roi enfin. J. le conseiller du roi Hugues. » le duc de Normandie comte d'Anjou pouvaient amener avec eux de plus ou nombreux et de plus brillants cortèges c'était au roi de France qu'appartenait la gloire de l'heure. Le roi doit l'Évangile. Abbon. res publica : mais.. semblable à l'empereur romain ou au magistrat des cités antiques. Elle est la sauvegarde des étrangers. par toute cette Gaule la splendeur du nom royal. de « la chose publique les ». Fulbert de Chartres. Lai. canonistes du régime français. de châtier les impies et de punir par la mort les parricides.j t. tel est encore le devoir du roi. était le gardien suprême de l'État. Hymni. vivre en Dieu par toutes choses. des orphelins et des veuves. 1. avaient transformé devoirs. « défendre avec justice et courage la patrie qui lui est confiée. Pair. être le protecteur des églises et l'aumônier des pauvres. Patr. CXLI. ne point se laisser exalter par la prospérité. A l'inaugura \ Aux le jours des grandes solennités. 477. Il lui appartient d'empêcher le vol. et qu'elle juge entre tous sans acception de personnes. de réprimer l'adultère. garder à l'Éternel la foi catholique. détourner ses flls de l'impiété. CXXXIX. et. : i droite ligne de la convergence vers ce point de plusieurs cités gauloises. qu'il prenne les conseils des vieillards et des hommes sages et désintéressés. t. Voyez dans le même sens. et qu'il fuie le contact des devins. de minislerio régis. c. 10.

la foule le voit et l'entend il alors il Dieu « Donne-nous. Le roi était l'espérance de millions d'hommes.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. qu'elle dirige toutes ses pensées vers la pensée d'une seule âme plus de chef. est avec elle : et le peuple. 2. il Robert préside. qui est tien. est suivi d'une assemblée d'archevêques. Voyez les récits d'Helgaud. qu'elle doive à cette communion les élans les puissants de sa foi de patrie.. 238). tioii 231 le roi de la basilique de Saint-Algnan à Orléans. et à haute voix : prie . c'est le roi Robert qui préside encore. nous. levant les mains au ciel. » Au concile d'Héry pour la paix. de pieux évêques et de saints moines ont apporté avec eux les reliques les plus célèbres à chaque instant des miracles se produisent dans les rangs de la multitude. Aux ». des troupes innombrables sont venues de tous les lieux du royaume. p. Que ce '^ mot et d'opinion publique ne provoque aucune surprise 1. publique dit . en présence de son roi. Seigneur. il CXLI. on sent que la vertu de Dieu s'agenouille devant l'autel. de gouverner pour le royaume et de garder ce royaume. c. le plus obstinément dispersé dans les libres allures et les jalousies ombrageuses des individus. y compris « les basses classes ». L'opinion publique était pour le roi de France. Et qu'une nation entière mette en un homme On aurait pu justice du roi le principe de sa vie et l'assurance de son salut. et que ta miséricorde nous a confié. 925-7. a nand Lot (Hugues Cupet. le peuple au monde plus hostile à l'autorité d'un guide. comme on disait la ou la paix de Dieu. « concile par 172-3. nous l'avons éprouvé nous- mêmes dans le la Grande Guerre. Lat. reconstitution du l'Yonne. Pflster. cria par trois fois : « Paix paix paix ! ! ! » ^ dire la paix du roi. Patrol. et la Héry est dans y a eu une opinion justement Ferdi- époques même les plus sombres.lp. qu'on ne me reproche pas d'appliquer à l'an t. et de reprendre les habitudes des joies familiales et du travail régulier. : d'évêques et d'abbés. assoiffés de repos et de sécurité.

et. et qu'il n'eût jamais le courage de discuter ce goût de parler politique. en ce temps-là autant que de nos jours. dans une certaine mesure. et l'église pour tout le monde. Car même sous les premiers Capétiens. à la façon de la nôtre. manifesté leur pensée? Assurément. courbée sur la charrue et docile à son maître. ce qu'on y entendait. Ces premiers temps de la dynastie capétienne furent ceux où l'homme de France commença à réfléchir sérieuse- ment sur ses destinées : je ne dis pas ses destinées reli- . faisait germer en eux des idées et des opinions générales. Mais je ne saurais admettre que le roi et ses conseillers n'aient point cherché à savoir ce que le peuple désirait. le marché pour les paysans. et il n'était pas nécessaire que l'autorité publique en tînt compte. le plaid pour les seigneurs. et il me semble impossible qu'il fût une simple mille l'expression favorite les : bête de somme. et. surtout. Elle était assez vaste pour contenir le quartier d'une ville ou un village de la campagne. servait de lieu ments communs. la fontaine pour les femmes. un paysan de France. de réunion à des senti- L'église. au besoin. chez ces hommes qui se connaissaient depuis l'enfance. On avait. maître et le : le pèlerinage pour les dévots.232 DE LA GAULE A LA FRANCE. cette pensée n'apparaissait pas au grand jour de l'écriture. à satisfaire à ces désirs et j'entends par le peuple les plus pauvres comme les plus riches. On s'y groupait le dimanche et bien des jours de la semaine. elle faisait fonction de place publique. Ce qu'on y voyait. vingt occasions de parler politique l'école pour la jeunesse. contemporains du roi du dix-neuvième siècle. savait que le sort de ses cultures dépendait de la marche des affaires publiques. éloignait les esprits du terre à terre quotidien. travailleur méthodique et tenace. Pourquoi Robert n'auraient-ils point réfléchi sur les affaires du temps. Et le seul fait d'être ensemble.

parce que externo régi servira non honaerit. Migne. CXLIX.. Guillaume de Jumièges. c t. 823. de suis visceribus regem{éd. Je ne crois pas qu'il faille voir de vains propos. 11). CXXXII. quelquesuns rappelaient énergiquement aux grands chefs cette liberté et cette égalité primitives de tous les êtres humains. c. Lat. 129. Ce mot de solidarité a beau être né d'hier.Migne. et la solidarité qui unissait les plus riches aux plus pauvres. Parmi les prêtres qui leur enseignaient la loi. gieuses. 233 dont le prêtre s'occupait> mais ses destinées polique Dieu laissait à la merci de simples mortels. ou dans celle de Réginon {Chronique. 127). livre V. P. Kurze. p. réglé par des lois nouvelles et contrôlé par leurs délégués. L. Les gens se sont aperçus çais. et qu'ils étaient Francs ou Franqu'ils parlaient non pas Germains ou Tudesques.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Ces réflexions pouvaient être naïves et maladroites mais tiques. et quand les bandes de l'empereur Otton vinrent menacer Paris et que l'armée du roi Lothaire les refoula jusqu'aux Ardennes. disant qu'on écarta Charles de Lorraine au profit de Hugues Capet. les paysans du Valois et du Vermandois éprouvèrent sans doute qu'il y avait une différence entre les uns et les autres K Un Chrétien sentait que de par le Christ aussi bien que de par la nature. une langue à eux.. 73 de l'éd. p. « Les uns sont nobles et les autres esclaves ». Marx (1914). il a pu n'inspirer que dans ces dernières années de longues théories les contemporains du roi et des livres sensationnels Robert connaissaient l'idée aussi bien que nous. je ne peux accepter qu'ils agissent en imbéciles. sous la seule impulsion de la convoitise ou du besoin d'un moment^.t. 2. cliap. distincte de celle de leurs voisins. . Lorsque les paysans de Normandie décrétèrent que l'usage des eaux et des forêts leur serait commun à tous. à l'année 888). et qu'il avait droit à une part d'homme sur les biens de la terre. il était né homme libre. Pair. 2. : c'étaient celles de l'adolescent qui porte enfin son atten- tion sur les problèmes de la vie. lui écrivait un : 1. par exemple dans cette parole de Richer (IV.

en ce monde chrétien et franc. écrit livre III. De même. c'est parce que la paix est revenue. chap. si le Français parle plus haut et plus clair. en 1856. Cf. Voyez la poésie d'Adalbéron. filleule de l'autorité divine. foires. 2. aspirait Lorsque. car à la sueur et aux larmes de ces misérables qu'ils plaisirs. eux. 4. mais. à la veille de la Révolution Française. au lendemain de l'an mille. les que trois quarts de siècle d'une prospérité inouie avaient répandu partout l'esprit d'ini- moyens de s'instruire et le courage de dire sa pensée *. et aussi 245Et je ne cite ces passages qu'entre dix similaires. que les prêtres prient les esclaves. le peuple à la liberté. de Tocqueville. l'on croit que unique et la même pour tous. Voyez la poésie d'Adalbéron. : doivent leur luxe et leurs Que les nobles com- battent. . vers 287 et suiv. 3. ^. » Nul. L'autorité royale était absolue en droit.234 DE LA GAULE A LA FRANCE. Désir d'indépendance et acti- 275. Et voilà trois demeures dans cette maison de notre Père. Ce serait un excès de langage que de pro- noncer le mot de roi tourage du mais des hommes de l'enconstitution Robert ont parfois rêvé de lois politiques. L'Ancien Régime el la Révolution. travaillent. ce n'était point sous la poussée du malheur et dans l'excitation de ses misères c'était : au contraire parce tiative. que chacun laboure sa terre avec plus de sécurité. qui me font songer à ce mot ^. n'eût certainement toléré les abominables tyrannies d'un Néron ou d'un Caligula. et que la foule accourt aux rendez-vous des 1. « évêque de Laon mais s'il n'y avait pas l'esclave pour le peiner et produire. on n'admettait point qu'elle ne fût pas consacrée au bien.. Un roi de France devait à l'opinion publique de s'entourer de sages conseillers et de les écouter. que deviendrait noble? Le roi lui- même c'est et les évêques sont les serviteurs de leurs serfs. : écrites et connues. que les denrées du paysan ou les marchandises du bourgeois se vendent sans peine.

et la parcelle de sol cultivée par le laboureur deviendra le domaine absolu de l'ancien du paysan Ubre.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. l'a préparé à la liberté dans Chaque jour de nombreux chis sur les : : quelques générations. si farouche que soit le manoir. le jour où elle a fixé l'esclave sur elle. la liberté ne les enlève pas à la terre. Mais leur ancien maître n'est plus le maître de leur personne. de major ou de maire ». tiens. qui lui soit comparable pour la splendeur de ses cultures. surveillant d'hommes libres comme lui. moissons et vendanges de Gaule il n'y a pas de terre sous le ciel. lorsque l'autorité et la propriété seigneuriales s'affaibliront et disparaîtront. serfs de la glèbe sont affrandomaines des monastères et des évêchés. fils du serf de la glèbe. la avec ses paysans et son magistrat. La terre. et il lui arrive même quelquefois d'oublier qu'il dépend d'un chef et lui doit titre compte de ses « actes. à son tour. cette terre n'est pas encore à eux. ce terrible villicus jadis si redoutable à ses compagnons de servitude. esclave. est à présent un Dans ce monde le on sent que homme libre. paysan s'apprête à fonder une société nouvelle. Ils restent quand même sur les champs qui leur sont confiés. campagnes. de gangue seigneu- . L'intendant du domaine. les seigneurs pactisent avec les temps nouveaux. et aussi sur ceux des seigneurs. Et cette terre qui produit de nouvelles richesses produit en même temps de les Dans redevinrent un titre de gloire pour la France : nouvelles libertés. disait-on. 235 vite matérielle grandirent ensemble sous les premiers Capé- à qui t-chut la chance inespérée de présider au réveil de toutes nos ressources nationales. Si brutal que soit le châtelain. il n'est plus que le propriétaire de la tenure ils ne lui doivent plus services de corps. petit-fils rural qui travaille avec acharnement. En maint endroit il prend le La commune rurale se dégage. mais redevances de jouissance foncière. c'est lui qui rendra la liberté à la terre. chef de police sur des terres à demi émancipées. et ils sont toujours à elle.

mais où les salles d'armes sont remplacées par les entrepôts de draps. des poètes pour égayer les loisirs. à Bordeaux de la montée des Salinières au parvis de Saint-Éloi. et au milieu ne tardent pas à s'élever les maisons de pierre. des monuments pour revêtir le sol.^entre^bien d'autres. tendent à devenir communaux du village K Dans les villes. J'ai déjà cité (p. marchés et marchands. à Marseille au fond du Port Antique et en lisière de la Gannebière. Caen. de leurs confréries de piété ou de leurs sociétés de commerce. depuis que les Barbares du Nord se sont retirés. 212. « hôtels » des gros bourgeois. comme marchés . ce sont bourgs. C'est le Lille. à Paris sur la Grève ou le Marais qui bordent la Seine. s'éveillent 2. autour des monastères suburbains. villes qui se relèvent et esprit qui se réveille. riale transmise par quinze siècles d'aristocratie foncière. terre qui s'enrichit. hautes et fortes à l'instar de donjons seigneuriaux. marchands et ouvriers s'installent au voisinage de la vieille enceinte impériale.236 DE LA GAULE A LA FRANCE. Montpellier. et les forêts et les pacages qui entouraient la villa gallo-romaine. mis à l'usage des les » manants. quartiers de forgerons. « grandes rues ». Là aussi. était siège ou seigneurie du comte ou de l'évêque. des maîtres pour instruire la jeunesse. « la cité construite par les derniers empereurs romains. Elle esquisse sa fortune propre. Mais. n. tassée et serrée par ses remparts et son château. aux places de foire qui précèdent les portes. voilà qui va ressusciter en Gaule les formes rajeunies de la vie civilisée. et pour toujours. « rues neuves ». temps oCi. Après de longs siècles de 1. 1) l'œuvre essentielle. le temps n'est pas éloigné où. de ces « bourgs neufs ». des images pour décorer les temples et les demeures. de « fabres » ou de « febvres ». Et alors. tout comme dans les villages. de barriques ou de poisson salé. sortira le désir de l'indépendance communale ^ Société qui s'organise.

lassitude ou d'impuissance. ou l'architecte élevant la Maison Carrée pour les dieux de Rome les inspirations éternelles de l'art. La les civilisation antique avait recherché la pierre ses ' pour demeures de dieux et de ses chefs ses églises. dans la collection Picard. les : le Français revint à la pierre bourgeois. l'architecture est celle qui garde le plus volontiers l'anonymat. les saints et les héros de sa foi et de son histoire. aux abords de l'an mille. pour donner enfin à l'art de nos pères une allure terre. d'imagerie ou d'épopée. . t. pour bâtir ses seigneurs. Et si les impulsions par la civilisation antique se firent à nouveau sentir dans la Gaule. 1911. extrait de l'Anuari de L' Institut d'Esludis Catalans. Où s'est constituée l'architecture romane (1919. de sa laissées nationale. Sur le développement des constructions en pierre (même à la campagne pour les granges). Barcelone. la naissance de ce style architectural que l'on a appelé» l'art roman». qui dissimule le plus aisément les signatures de ses ouvriers et les conseillers de ses œuvres. en plus grand nombre. l'église Les uns. Je recommande particulièrement l'article sobre et nourri de Brutails. Paris) 2. et rapprirent les leçons Rome et la Grèce avaient données aux ancêtres. le Français du Moyen Age les consacrera à glorifier les croyances les : plus profondes de son âme. voir l'excellent recueil de Mortet iRecueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture. les cloîtres de ses moines et les hôtels châteaux de de ses Et ce fut. ainsi qu'avaient fait Ausone pastichant Virgile. la 237 main et l'imagination des hommes que se remirent au travail. continueront à voir dans romane une image des églises orientales. ou les artistes sculpteurs des Vénus aux attitudes grecques. Mais ces leçons d'architecture.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. on ne les appliquera plus à copier les œuvres de maîtres étrangers. On discutera sans doute longtemps sur les origines de romane' : l'architecture de toutes les formes de l'expres- sion artistique. ce fut pour animer les choses mêmes du pays. VI). rapportée 1.

en 1891. arcatures aux cintres réguliers pour couronner portes et fenêtres. la discussion de cette hypothèse chez Brutails. écrit méthodes (1900. l'effort réfléchi et personnel fait par le génie des hommes de chez nous ^ C'est chez nous. 62. les silhouettes les plus séduisantes. contreforts massifs pour appuis de ces murailles. franche. Paris). admettons. rejetant le passé qu'il voulait se parer On eût dit que le monde se fût comme une défroque vieillie. écrivait de la vie contemporain. 2. que l'art médiéval aurait pu s'inspirer des constructions en bois des x<-' et ix*^ siècles. si l'on veut. Pour être écrite en une langue issue du latin. en tout cas. « voulut avoir son église neuve. ^. . I. Prou (collection Picard. p. tableaux d'images sculptés sur la façade.4. du travail de la France et de sa paix royale. que ces éléments de l'édifice aient été suggérés par des ruines romaines ou conservés par la tradition latine il n'empêche que la physionomie de l'église romane ne soit personnelle. etc. et de la robe blanche des basiliques nouvelles 1.238 DE LA GAULE A LA FRANCE. 111. galeries de déambulatoires à l'intérieur. lorsque les contemporains du roi Robert : se reprirent à aimer la beauté et à croire en la sécurité « Chaque communauté chrétienne ». frises fouillées en jeux de capricieux ornements. Les autres admireront en elle la disciple. C'est le texte si souvent cité de Raoul Glaber. et c'est un : à qui aurait la plus belle. » Je songe à la théorie. Paris. 280. L'Archéologie du Moyen Age et ses p. la Chanson de Roland n'en sera pas moins un poème national de France. 74 et s. formée sur place. p. qu'elle a grandi. par quelque pèlerin des terres saintes de l'Asie. Elles surgirent de toutes parts. secoué. en particulier de Courajod (Leçons. Picard).). des basiliques et des voûtes transmises par le monde romain. chrétienne et française. 1886. les espèces les plus originales. Et je ne juge pas impossible que l'église romane soit née d'une autre source. qu'elle a produit les variétés les plus nombreuses. Voûtes de pierre servant de toiture. Les églises romanes sont nées de la foi chrétienne. t. édit. épaisses murailles pour soutiens de ces voûtes. Cf. 13.

connaissant les faiblesses de l'âme humaine.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Paris). 1. qui leur ressemblèrent. on reconnaîtra dans ces murailles de l'art roman les asiles inviolables des pieuses fraternités de France. ont rapidement disparu. dans le Liber miracalurum sande Fidis. Elle les voudra agréables. éd. le jugement dernier. qu'elles sont encore debout. Mais d'autres les en un ont aussitôt remplacées. . 46 et s. Voyez le voyage de l'écolâtre d'Angers. la légère 239 Beaucoup de ces églises. pressentaient le culte de l'idole sous la vue de l'image Mais le mal était fait. sous les porches de l'entrée. des tableaux de pierre résumaient en scènes pittoresques de la foi chrétienne le Christ sur son trône de gloire entouré des symboles des Évangélistes. et il y aura bientôt mille ans qu'elles leur servent de foyers. La religion du Christ aura les figures de ses saints. nobles et puissantes. : abrité par une voûte éternelle. unissant les : ' . de métal ou de pierre ce n'avait pas été sans les violentes ou pieuses colères des prêtres intelligents qui. on et ceux qui igno- raient l'écriture pouvaient lire sur la pierre le catéchisme de leur religion. Bouillet (coll. Si l'on ajoute que ces églises reçurent de hautes tours pour abriter les cloches. et que les Chrétiens de nos villages y prient toujours devant l'autel Dieu posséda dans les moindres hameaux sa maison indéracinable à la parure sainte quelques-unes des églises romanes les plus achevées et pour ainsi dire les plus touchantes se dressent aujourd'hui dans les bourgades les plus obscures. que ces clochers dominaient le village et la campagne pour porter plus loin l'appel joyeux ou triste des voix du sanctuaire. s'était décidé à repro- duire les figures et les corps des saints en sculptures de bois. et de ce mal vont sortir pour l'humanité de très grandes joies. construites à jour d'enthousiasme. la résurles articles : rection des morts. A l'intérieur. A l'extérieur de ces églises. et qui si furent solides. Picard. 1897. p.

grâces humaines à la gloire de la vertu A son tour. 1867.240 DE LA GAULE A LA FRANCE. 293) remar- . mais y renonça bientôt. p. En art comme en religion. et les Vierges les esquisses romanes sont naïves de l'art chrétien montant vers sa jeunesse. c'était l'âme humaine qui enracinait ses sentiments les plus intimes. des physionomies inconnues jusque-là. elle éveillera la passion de l'art. la statuaire romane ne put y vants pour que le arriver il faut attendre les siècles sui- visages ineffables. L'heure était venue pour le Christianisme de se pencher vers la il perfection des beautés visibles. s'étant aperçu que la pierre de l'Ile-de-France était tout aussi bonne pour le service de Dieu '. consecratione ecclesise s Dionysii. faire enlever des marbres aux ruines antiques ou aux carrières de l'Italie. divine. telle qu'autrefois la religion des dieux païens. les saintes se présentent figés avec des figures sans expression. Mais ces matrones étaient les dernières redites de l'art classique descendant à sa sénilité. Cette splendeur de l'image : chrétienne. des attitudes. qui traduisait les mystères de sa disparus l'avantage d'ajouter aux plus belles figures nature sacrée. monde connaisse les Vierges-Mères aux En ce moment. Prélats et abbés avaient pensé de même au temps qu'il 1. elle inspirera des formes. et sourire de bonté et aura sur les cultes un un regard de douceur qu'ont ignorés les sculpteurs des Vénus et des Apollons. pour bâtir son église. Halphen (p. Il s'agit de Suger. 218-9. De éd. On raconta plus tard qu'un prêtre illustre de Paris avait voulu. en sa terre et en ses routes. Elles n'ont pas plus de grâce et de que les grosses matrones modelées jadis par teurs païens pour représenter les déesses-mères des fontaines gauloises. des corps vie dans une les sculp- attitude hiératique. § 3. Ce nouvel aspect de la vie reUgieuse accrut encore la valeur du sol de France. Lecoy de La Marche.

du Quercy. Remarquez le grand nombre de ponts construits au xi^ siècle. le granit sombre d'Auvergne ou le grès rouge Robert . Je ne dis pas que sous les Francs de Clovis et de Charlemagne ils aient cessé d'être sillonnés par le roi : des foules. Du jour où la sainte les hommages Foy de Conques fit ses premiers miracles. p. de l'Aules vergne. grandes misères de l'invasion germanique. et. deBre- que justement que liser les même à l'époque carolingienne. on préféra faire venir des marbres enlevés aux monuments antiques de l'Italie. p. au lieu d'uti- de Gaule. Robert étant voit passer des troupes d'espèces infinies : roi. La route n'effraye plus. de Laon. Mais aujourd'hui. c'était. la puissance fit d'attraction de la statue merveilleuse se sentir sur toute la Gaule K C'est le temps où ces grands chemins s'enfièvrent de bruit et de passion. et. Douillet. surtout dans la première moitié {Recueil de Mortet. sainte. 1. bandes de pèlerins pour Saint-Pierre de Rome ou Saint. s'animèrent d'une vie extraordinaire.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. aux écoles épiscopales de Chartres. carrières JuLLiAN. 2. voyez en particulier le Liber miraculorum sande Fidis. au lieu cloîtres avec les débris des monuments : des Vosges redevinrent familiers à ces qui avaient perdu le maçons de Gaule chemin des bancs de pierre depuis les une image du pays. écoliers destinés aux écoles monastiques de Cluny ou de Fleury-sur-Loire. des petits ports de Normandie.Jacques de Galice. de proche en proche par grandes voies. Et déjà. par toutes les routes lui attirait les des pèlerins. — Do la Gaulo à la Franco. 16 . du roi 241 de construire basiliques ou païens. Avoir en son église pour la paroisse ou l'abbaye. dévots vers saint Martin ou soldats vers le silence et la solitude ne se sont jamais faits sur une route route de France. chemins du Rouergue. 477). la caravanes de marchands aux foires de Saint-Denis. elle appelle^. Imago sacra. ils employèrent la roche vierge et neuve du pays le calcaire blanc de Saintonge. cortèges d'abbés quittant Cluny ou Fleury pour parcourir la Gaule à la visite de leurs plus lointains couvents. d'Orléans ou de Reims. éd. posséder une souveraineté morale qui. 49 et ailleurs.

et il arrive souvent qu'ils soient les souverains politiques des villes fortes qui leur servent de métropoles ^ l'évêque de Marseille est vraiment roi de « la ville haute » en même temps que gardien religieux du diocèse. Des hôpitaux pour pauvres et pèlerins en jalonnent les étapes. oubliés depuis que César a détruit la marine armoricaine. La « cité » dans son sens restreint. Mais l'ÉgUse ne perd rien à ce que ses chefs s'entendent avec le monde. La route ne se borne pas à appeler. ayant son nom. la brèche ouverte dans son neveu Roland. C'est. sur ces chaussées. On se montre les chaussées construites par César le Romain ou par Brunehaut la reine des Francs. une émulation de dépenses à qui élèvera la plus somptueuse cathédrale. le palais en ruine où habita l'empereur Charlemagne. . du Pays Basque. la Ténarèse qui gravit le flanc des plus hautes Pyrénées. ici le mot dans le sens large et primitif de territoire 2. elle retient. parmi les prélats. J'emploie municipal. possesd'hommes.242 DE LA GAULE A LA FRANCE. telle que Saint-Front de Périgueux ou Notre-Dame du Puy. Les évêques qui gouvernaient ces cités. maîtres de milliers : 1. impose à la province diocésaine. diocèses. Elle est devenue un être à demi humain. pêcheurs et matelots se hasardent à chercher les chemins des mers occidentales. et. tagne. devenues leurs maintenant de puissants seigneurs. de même les cités * tradition- où les siècles d'autrefois avaient groupé tribus ou cantons ruraux. Une basilique de siège épiscopal. ses les séductions et son histoire. le rocher par l'épée de De même que et bâties par les nelles les vieilles routes tracées par les Gaulois Romains. sont seurs de vastes domaines. C'est la Régordane qui traverse Cévennes. la Bolène qui mène à Notre-Dame du Puy. doivent un attrait nouveau aux nouvelles richesses que recevaient la terre et les âmes. de cité.

et ces noms n'étaient que françaises de ceux que les Celtes avaient mis sur ces territoires. renforça qui unissaient les les liens millénaires hommes les à ces prodérivations vinces de France. Dauphiné. A l'intérieur même de ces provinces. trônant au milieu de leur petite cour. Languedoc ou autres. Arvernes. se Mais. au moins sur la carte. de ses forêts de colonnes et de statues. les siècles reculés où un demi-millier de roitelets. nos provinces ne sauront mieux parler chacune son langage propre. et elle imposera parfois son type architectural artistes du pays chaque région de France. et parfois de poésie. put avoir la gloire de son style roman. de ses coupoles. à bien observer la terre de France et à se rappeler son passé. Et cela me rappelle. comme un barde des très anciens temps. était destinée à l'em- . Boulogne sur le Détroit. chacun en sa tribu. Si bien des noms nou- veaux apparaîtront. Jamais peut-être. se partageaient la Gaule sous l'autorité nominale de l'assemblée des Druides. Champagne. la suprématie de ses pierres. les « pays » ligures reprirent un regain de vie sous la direction des vicomtes qui s'installèrent dans leur bourgade principale. de ses façades. et des centaines genre. Le régime féodal lui-même. dans l'histoire de l'art fran- aux : çais. des Volques ou des Rèmes. Auvergne. il n'y avait pas à s'inquiéter de cette reprise des énergies locales. de Poi- d'Anjou. locales. en multipliant les seigneuries en faisant de la terre la base du pouvoir. à On eut la Dreux dans de même piquant d'ambition et de luxe. ce ne sera que vêtements d'emprunt pour recouvrir les vieilles habitudes communes des Allobroges. 243 Périgord ou Velay. la force générale qu'était la Gaule. Pictons et Andes. Le cadre d'ensemble tiendrait bon. tiers. Saintonge ou Limousin. à cité chartraine. des seigneurs à Blaye sur la Gironde. On eut des comtes d'Auvergne.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE.

comtes et France. etc. Autour de ces maîtres. et en ce moment elle transmettait à ce royaume de France ce qui lui restait de valeur. abbés. le conseiller des premiers rois capétiens. Gerbert à Reims. du royaume de France. et c'est l'abbé de Fleury. Abbon.1:44 DE LA GAULE A LA FRANCE. . les écoliers se groupaient par milliers. dit-on. Adémar de Chabannes. ce Qu'on ne m'objecte pas encore que d'école et propos de savants. venus. Fulbert à Chartres. en marquaient l'unité. sans rapport avec les réalités du temps. Ils en prononçaient sans cesse le nom.). 3. 629 1. évêques. Richer. 2 2. est particulièrement digne de remarque (Aimoin. et s. vers l'an mille. ils Ces maîtres d'école n'étaient pas les premiers s'appelaient Abbon à Fleury. Et cette nom et Son passé de Gaule qu'ils 2. CXXXIX. Beaucoup parmi eux devaient devenir les grands de la terre et les maîtres des hommes. et à assurer l'avenir cette Gaule vivait encore. Hisl. I. et bien d'autres. Je répondrais aussitôt qu'en ce temps comme aujourd'hui la science et l'école préparaient la France du lendemain.. Francia et Gallia sont alors synonymes : les textes abondent. Fr. Car porter. ils étaient destinés à devenir chefs d'églises. proœmia (^SUgne. Voyez Aimoin. c'était par son même rois de France. on leur racontait la merveilleuse histoire ^ Les plus instruits ou les plus hardis d'entre les maîtres remontaient aux âges lointains où les c. t. . Le réveil de rhistoriographie franque. idée et tradition indestructibles. Les maîtres d'école parlaient toujours de la Gaule. Raoul Glaber. avaient d'abord appris à la connaître De cette Gaule où ils habitaient.). le même homme c'est qui a rédigé qui la fit « les canons » de l'office royal. Abbon écrire par l'un de ses l'histoire moines un long traité sur géographie et furent livres de la Gaule. Gallica lingua signifie le français. en indiquaient les limites naturelles et les voisinages barbares *. Richer.

il avait conquis l'Espagne sur les Sarrasins. s'étaient partout enfuis devant pairs. ce n'était que l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. converti et soumis l'Allemagne. servirent de thèmes à ceux qui dans les cathédrales. fut alors le héros de cette littérature latine qui. Charlemagne. quelques-unes des plus belles depuis les Carolingiens. Hist. et ils rappro- chaient leur courage invincible des batailles que leurs des- cendants livrèrent aux Normands sur le sol de la patrie K Mais d'ordinaire. roi et empereur. Charlemagne avait réuni en une seule nation les royaumes dispersés dans la Gaule. les cloîtres. {Pair. CXXXIX. s'essayaient à composer des poésies ou à rédiger de la prose savante. Aimoin. pour les contemporains des premiers Capérésumé et le symbole de ce qu'ils aimaient et de ce qu'ils espéraient. c. t.. proœmia 1. .. vivait heures de sa vie chrétienne. et les plus enthousiastes imaginaient qu'il avait rendu Constantinople à l'Église véritable et débarrassé de la honte païenne le saint Sépulcre de Jérusalem. des Francs il avait fait le peuple souverain. avait trouvé dans Charlemagne son Bacchus aux cortèges triomphaux et son Hercule aux tra- vaux de Il justice. et les lui. I. Gaulois de Brennos avaient conquis 245 Rome. Fr. Dans saient l'éclat « cette histoire les gestes où depuis cinq ». et associant de siècle en siècle la sainteté des églises et la puissance des rois. Richer. Charlemagne et ses pairs. le était.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Son nom tiens. L'humanité chrétienne. son olifant victorieux avait retenti dans le monde entier. émules de sa vaillance et ennemis de Dieu Entouré de ses douze de son renom. 7. pareille à l'Hellénisme d'autrefois. et parmi eux surtout Roland son neveu. commençant par les miracles de saint Martin et la conversion de Clovis. 638). dans ces récits. les écoles et les cours. délivré Rome et l' Italie. siècles s'accomplis- de Dieu un homme apparaissait dans d'une gloire divine. et Turpin l'archevêque de Reims. Lat.

nous pouvons maintenant écrire ces deux mots à côté l'un de l'autre. les récits de miracles. les épitaphes métriques. plus loin. de la réalité ils passèrent à l'école. Leurs noms remplirent les cantilènes héroïques. son tombeau de marbre à Saint-Romain à la légende populaire de Blaye. la source où ses compagnons s'étaient désaltérés. les chroniques locales des évêchés « » ou des monastères. faits réels. les épopées guerrières. les complaintes édifiantes. de l'école et de la poésie pèlerins et dévots passèrent marquèrent au nom de Charlemagne les choses étranges ou les ruines anonymes que l'on rencontrait aux faubourgs des villes et le long des grandes routes. de Lucain ou de Salluste. poètes. si Et que la gloire si de Charlemagne universelle. dont la vogue de Saint-Jacques faisait la grande voie de la piété et de la légende chrétiennes. les annales ou des Francs. à la frontière d'Espagne. les gestes les romans historiques. Leur renom grandissait du mouvement qui France. L'histoire du grand roi était pour son peuple un gage d'union et un talisman d'éternité. son olifant miraculeux à Saint-Seurin de Bordeaux. et. éveillait la Un même élan emportait vers l'avenir le souvenir de l'empereur et la jeunesse de notre nation. tels qu'ils se lisent chez . Sur ce chemin de Roncevaux. on montra. romanciers et populaire faisaient lever une frondaison touffue d'épisodes Nul ne doutait que Charlemagne et Roland ne fussent des guerriers de Gaule et des champions du nom franc. France et patrie. la triple brèche faite dans la roche par le tranchant de son épée.246 DE LA GAULE A LA FRANCE. Sur quelques merveilleux. fût alors en France éclatante et cela montrait bien que cette France était devenue une patrie vivante. les vies des -saints. la colline où Roland avait voulu mourir. derniers héritiers de Virgile. De ils l'histoire ces noms passèrent à : la poésie.

et celles dont depuis des siècles les poètes avaient revêtu la Gaule. 2. devenue à son tour personne vivante. belle comme une femme. France a reçu sa capitale. etc. c. Abbon (le poète). aimée comme une mère « Tu vaux mieux que tant de nations superbes qui sont mortes ». En tout cas. « ton œuvre est tout entière faite de pieux devoirs et d'actes de vertu. 625. aimable et fidèle. compatrioiœ mei Franci. etc. 589). et sa langue. des Monumenla Germanise) : Francia car latitas? Vires narra. jusqu'à salve tripudians. vie. 135-G de l'édition Lair) Francia tôt gentes siiperans Fortis. II. 115 de l'éd. de Roricon. Lat. » « Pourquoi ». cette conscience du devoir. livre I {Pair. t. vers 596 (p. De bello Parisiaco.. Gesta Francorum. l'apostrophe à la France. France heureuse entre toutes. 1. Voyez. les nobles et touchantes expressions dont les Anciens ont paré le mot de patrie. priscas. p. Cf. de Dudon de Saint-Quentin (Migne. modeste et timide? Tu as triomphé jadis de peuples plus puissants que toi. jerox. ces sentiments de respect et de reconnaissance. dura. en 33 vers. Encore je n'en suis point sûr. 3. France. . chantait un poète latin. allaient mettre peu à peu dans les âmes de leurs descendants. que dix nouveaux siècles de vie commune. montre donc la valeur que t'ont donnée tes ancêtres ^ » et et la : Pour parfaire ce corps la et enrichir cette âme de nation. les voici qui servent ensemble à dessiner la France. : peto. et aveto in sœcula regnans. l'expression t. les écrivains 2. CXLI. c.47 les prononçaient sans émotion sacrée.. « te caches-tu. tu pourras un jour égaler l'Olympe des Anciens par la splendeur de ton nom et l'éternité promise à ton règne ^. CXXXIX. Tu es la nation forte et constante. du temps ^ Ceux-ci ne cloute pas avec cette que leur jeunesse ardente n'ait point ressenti le charme grandeur de cette fraternité nationale qui s'impose à notre maturité réfléchie. sage et juste. disait un autre. centre de sa forme personnelle de ses pensées. d'angoisses et de gloires partagées.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE.

et la royauté. bien posté sur deux bras pour surveiller les routes de la fronAprès eux. la le tombe de lieu saint Martin. pour être une patrie pareille à celle d'Athènes. les premiers Capétiens hésitèrent entre ^ Orléans et Paris. et voisin des centres religieux de la Gaule païenne et chrétienne.. en latin. brillant comme une reine auvilles. une nation pareille à celle de Rome.. une Iliade de Gaule Paris. Remensis caput regni Francorum est. une auréole héroïque encadrait : la ville de saint Denys « et écrit sur ce siège la ville de sainte Geneviève. 137 de 2. L'opinion publique avait depuis longtemps devancé le choix royal. l'édit. Quiconque souhaite pour ce royaume richesse et gloire. ce besoin d'une capitale. : — p. Cet instinct. ut . face à la Cité de l'île. Elle sentait confusément que. c'est au cœur du royaume de France. 3. : ils préféraient Laon. une demeure centrale qui serait son foyer et son acropole. 12-14 (p. il fallait à la France une ville maîtresse. disait-il. Abbon. de où le premier des Capétiens avait fondé le sa lignée. sur le cintre de la Loire. Après siège victorieux qu'il avait soutenu contre les et Normands renom. 5 et ailleurs. qui agitait la Gaule le depuis deux millénaires.J 79) : Sum polis. Paris l'emporta. l'arrêta enfin sur Paris. I. Sur le prestige d'Orléans. « Le palais Havet). les derniers rois si Les destinées de Paris en tant que capitale du royaume. monastère de Fleury.248 DE LA GAULE A LA FRANCE. rendez-vous des nou- veaux bourgeois. Reims était regardé comme la capitale morale et religieuse ecdesia. dessus de toutes les Ce n'est pas seulement au milieu de la Seine que tantôt elle se repose et tantôt elle se dresse. « A » la fm. disait Gerbert (lettre 154. commence par vénérer Paris ^ » 1. est par excellence. était comme au sommet du fleuve médian de la France. Orléans. De bello Parisiaco. II. avaient paru incertaines sous de la famille de Charlemagne sa colline à tière. Un poète avait. face à la Grève et au Marais. bâtira au Louvre son château et son hôtel -. magnifique » que fit bâtir Robert est encore dans la Cité. le sanctuaire des Druides. Raoul Glaber. du passé et des évêques.

Pourquoi. Je saisis bien. retenant et trans- formant à bulaire. ramassé. III. te veneratiir. est-il devenu chez nous une langue aimable. mater a donné « mère et vado : lations. éprise des finesses de l'analyse. ». Mais si je sais comment. la France le achevait de forger la langue qui devait être signe le plus visible de sa \atalité nationale K Nul savant n'a encore pénétré le secret de sa formation. les mots du vocamodes de la conjugaison ou les procédés de la les syntaxe. « je vais à Rome ». et rien que là. on demeure impuissant devant le problème de la vie. rapide comme un javelot de légionnaire. riche en articuvois de quels ressorts aimer ». coulant en détours et détails variés sans jamais perdre de la clarté. les sons un héritage qu'on accepte et qu'on de la phonétique.. les la fois. 1. le . je décompose les ils rouages de son mécanisme. le latin s'est-il transformé en langue française? Pourquoi ce latin. bon de rappeler que Hugues Capct ne savait que ou encore Gallica lingua. Rlcher.. Il est roman (le français. je n'entrevois pas le moteur une fois de plus en matière de science. rechercher d'anciennes et indéracinables tra- regina micans omnes super urbes. le français est issu du « latin. à l'origine profonde du système de notre le fil langage. je ne sais pas pourquoi. 249 Au moment où im plus net et l'organe le poète latin parlait ainsi. comment faits. 85). on possède les éléments du corps. entre le Rhin et l'Océan. limpide. et j'ignore les raisons vivantes de la langue française. nous a exposé avec une science parfaite qu'elle est venue du latin et par quelles étapes successives elle s'est On éloignée de son ascendance romaine. Quisquc cupiscit opes Francorum.. si je peux discerner le mécanisme. concis. nerveux. je sont que amare a donné ad Romam. tel fait valoir.PREMIÈRE ÉPOQVB DU ROYAUME DE FRANCE. après avoir lu travaux des maîtres de la linguistique. toute pareille à nos fontaines de Gaule? Faut-il.

la vie et les leçons 1. : trop logie Dans ce méconnu du sens. ditions laissées par les Gaulois. 2. du Christ. 3. Dès les derniers temps carolingiens. quelle que soit la solution que nous apportera l'avenir de la science.250 DE LA GAULE A LA FRANCE. Klincksieck). voir les très mort si prématurément Introduction à la chrono- latin vulgaire (1899. la nature du sol et du climat. un souffle d'âme né de sources lointaines. si grands que seront les services rendus par certains rois. Paris. Bouillon) eties Origines romanes (1900. par le travail incessant des siècles. Roi de France? mais il ne l'est que parce que son titre repose sur le nom de France. C'est elle qui. exprimer ses idées et ses rêves. caractère des habitants. Comme Michelet eut raison de comparer un peuple à un Prométhée qui se formerait soi-même^! Cette France me semble maintenant une idée magique. Paris. . Au début de sa Préface de 1869 à son Histoire de France. va faire entendre sa voix et son langage pour raconter elle-même son histoire. Voir en dernier lieu la 5^ édition de Bourciez. inconnues et éternelles. Prague). les liens de parenté. de coutumes et d'histoire qui rappro- chent les hommes? Mais. le récit du latin. qui ont habité cette terre ses le ^ même ? Ou faut-il croire que notre parler national doit habitudes et ses usages à des forces plus mystérieuses. à élever un être humain fait de millions d'autres êtres unis pour toujours. et et ils composèrent en l'idiome nouveau remarquables travaux de Mohl. et tout d'abord la de leurs miracles. enfin. : La France. qui est parvenu à modeler. a fait cette royauté et lui donne maintenant tout son prix. des poètes sont nés qui veulent faire dire à la langue française ce que la tradition réservait à l'empire gloire des saints. Ah non! ce n'est pas la royauté qui a créé la France. à animer. un fait est acquis c'est qu'avec de la matière latine la France a façonné sa propre langue-. Précis historique de la phonétique française (1921.

au col de Roncevaux. 211-2). l'histoire et les pensées de sa patrie -. œuvres latines ou françaises. et par-dessus tout '. p. Décidément. . t. La Chanson de Roland est une chanson de notre terre. miracles : 1. héros du jour. Pion. 1917. p. cette rive du Rhin où reposent les saints de Dieu. Charlemagne et Roland Cantilènes. Champion. si 251 de naïves cantilènes ou de courtes épopées aux sujets comme marche naturelle tracée jadis par l'Hellénisme.). commençaient leur carrière par la poésie et elles suivaient la par ses la poésie sacrée. le lieu de France qui retentit le plus de prières chrétiennes. où le Christ lui-même a envoyé ses apôtres. le latin prêta plus largement à la nouvelle langue modes de chant. fournis par la foi chrétienne. 1863. Roland a voulu mourir pour regarder une dernière fois l'ennemi d'un regard de triomphe. Turold. et un poète de génie. Les lettres françaises. Paris. première Wilmotte insiste sur les pré- cédents latins des chansons de geste {Le Français a la tète épique. Voyez les analogies indiquées par Littré entre l'Iliade et la Chanson de Roland (Hist. Les Légendes épiques (4 édition). Et chroniques. et. de la langue française. 1921. XH. éloges d'épitaphes.. elle se donne ses héros. de poème. Nous voyons cette terre en ses frontières sacrées. Paris.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. tout cela finit par se mêler et se fondre en une épopée nationale. t. ce sommet des Pyrénées où. la France s'avance dans l'histoire à la manière dont y a marché la Grèce elle bâtit pour son Dieu ses temples de pierre. ce cimetière de Saint-Seurin de Bordeaux. et aussi les héros et les les légendes qu'il servait à glorifier. tel qu'Homère en son Iliade. La Renaissance du Livre). 1908-13. Paris. récits de de vies de saints. complaintes. vol. Turold rassemble et célèbre en son épopée la terre. A la différence de Bédier. de récit. ce rivage de l'Océan que l'archange Michel protège du péril de la mer. Nous voyons cette terre en ses sanctuaires fameux. Bédier vient de se rapprocher de Wilmotte {Histoire de la nation française de Hanotaux. elle sculpte les images de sa foi. 2. Puis. I. 313 et s. chants épiques. écrivit la Chanson de Roland.

Elle est bien. C'est la chanson de notre caractère et de notre humeur. C'est la chanson de notre histoire en son plus beau jour Charlemagne commandait à la France. imprudent. enfin. mère des guerriers. la France. Son adolescence s'achemine vers les années de la jeunesse. 19 août 1921. Il ressemble à chacun de nous. de la lâcheté et du mensonge. le long travail de sa croissance et trouvé la loi de sa destinée. Roland. cherchant à rcahser le rêve de leur foi. la nous voyons dans ses routes.252 DE LA GAULE A LA FRANCE. un chef de guerre et un beau parleur. sur ce chemin d'Aix-la- Chapelle à Roncevaux où ont passé tant de rois en vainqueurs^ et où passent tant de pèlerins. Elle peut aller à l'avenir en toute confiance. « la grande terre ». lorsque que la : des hommes. et si ses chefs savent la comprendre et écouter parfois les poètes qui chantent ses rêves et les historiens qui racontent son passé. cette Chanson de Roland. Le nom de France la domine tout entière. mais servante de Dieu et éducatrice d'autrefois. notre poème national. patrie « douce » entre toutes. France commandait au monde. inviolable et forte. comme Vercingétorix le Gaulois. mais Charlemagne le réserve au jugement d'un tribunal solennel. Les heures les plus difficiles sont écoulées. sûre d'elle-même. elle est sortie saine et sauve La France a donc achevé des crises impériales qui ont menacé sa vie. Il a l'horreur de la trahison. mobile et sincère. si du moins elle sait choisir ses chefs. Ciboure. la chanson de la France. il est colère. le héros. L'idéal du poète qui chante sa gloire est un idéal de justice et de droit le traître Ganelon mérite mille fois une mort sans phrase. . est. et que Dieu commandait à Charlemagne.

. 36 39 40 41 . le chien Nouveaux éléments de relation. mais non décadence absolue..TABLE DES MATIERES I.. . les routes La conquête de la mer 42 44 45 47 49 50 51 53 55 . — L'époque des Chasseiirs (Temps paléolithiques) . 7 L'histoire peut et doit remonter très loin dans le passé et de la terre et des âmes Définition de la plus lointaine époque De la durée d'une époque historique L'homme conquiert la terre sur l'animal Des plus anciens témoins de la vie humaine 7 ÎO 11 12 12 13 15 16 18 sur les plateaux de France Foyers et ateliers Les armes et instruments de silex Bouleversements physiques et décadence Le refuge dans les cavernes. découverte du métal Domestication des animaux.. La céramique Exploration minéralogique de la terre. Une nouvelle race Renaissance industrielle Merveilles d'art Apparition de l'écriture Des conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là Rôle des hommes de France à cette époque 20 22 23 25 28 29 34 IL — L'époque La grande des Agriculteurs (Temps néolithiques ou de la pierre polie) 36 : révolution de notre histoire la découverte de la terre comme force agricole Incertitude de la science sur les origines de cette révolution Migrations humaines dans cette période Déclin des œuvres de l'esprit. efforts nouveaux L'homme . prépondérance de la hache . Les premières cultures Discipline de la terre et de l'àme Nouveaux instruments. Nouvelles industries .

103 104 . et nullement d'une race Les lieux saints de l'Occident Les grands travaux de défrichement la Limagne Progrès dans la vie industrielle le bronze. sociale et religieuse. — L'époque des Prêtres-Rois {Ligures et Druides). . L'âge de l'épée se prépare et l'âge du fer commence. Groupements humains : forteresses.. Ce que la France doit à cette époque éléments nouveaux d'une vie solidaire. la. déesse souveraine. : . les langues italo-celtiques Similitude des noms de lieu les lieux de la terre dénommés pour toujours Italo-Celtes identiques aux Ligures. Du caractère général de l'unité indo-européenne. . Approche des Méditerranéens et fondation de IMarseille. Italo- Ligures) : 63 les Autre événement capital migrations indo-européennes. Le roi de tribu Les « pays » se groupent en province ou « cités » L'Armorique. .. . marchés. . souveraine de l'Océan Dangers qui naissent des ambitions commerciales. capitale des morts Le « pays ». but et moyens des migrations. d'image. . le mégalithe l'éducation de la terre se termine Les principes de la vie sociale se fixent. . villages. 89 92 IV. . centre de vie agricole. communs et communauté religieuse 94 96 100 101 Hiérarchie druidique et dieux généraux Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale Relations reUgieuses avec la Grande-Bretagne Caractères de la civilisation druidique pas d'écriture. l'ambre 63 64 66 67 69 Caractère originel. 106 108 109 110 112 114 116 118 118 119 . les Ligures. . Les résidences des morts Terre-Mère. . la charrue. . Celtes. .TABLE DES MATIÈRES. — L'époque des Migrateurs (Indo-Européens. rôle de la Bourgogne Avènement de la 56 57 58 : 60 III. marine Hypothèses sur 71 74 76 78 80 81 . 94 La rupture de Sacrifices l'unité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France la L'assemblée des Druides au centre sacré de Gaule. nom d'une époque. étapes et les routes Persistance des populations antérieures Extension de l'unité primitive de l'Occident de l'Europe. Elle est essentiellement un fait d'Europe Le Nord-Est de l'Europe. d'un groupement humain. . la famille et la tribu Les règles de la vie morale les . centre probable de ces migrations Indices en faveur de cette hypothèse... 83 85 87 . de temple A propos des sacrifices humains L'Armorique.

les lieux de foire Organisation du système routier Développement de la vie provinciale. .TABLE DES MATIÈRES. . 144 147 148 149 152 — L'époque Impériale (L'État Romain) Beauté apparente de l'Empire romain Plus de variété dans la culture la vigne . héri- 154 155 157 159 161 162 164 166 168 171 172 173 175 176 177 181 tières de villes gauloises Les tombeaux de pierre Intensité de la vie industrielle et commerciale. soldats barbares et pacifisme des civils 182 183 184 185 . : villes et les villes routes gallo-romaines. 255 — L'époque des Guerriers {La Gaule des Belges) des Celles et 121 121 Ce que fut sans doute l'invasion celtique Autres invasions ou migrations le nom de Gaule devient prépondérant L'impérialisme gaulois en Europe Persistance et force des éléments d'unité les rois de toute la Gaule Beauté historique de l'unité gauloise . 128 130 131 133 133 134 138 141 142 143 Il y La La La a une patrie gauloise Gaule n'est pas en décadence Grèce commence l'éducation classique de la Gaule. . organisation des cités caractère propre au régime municipal de la Gaule. . 154 La construction en pierre Nouveaux sites urbains. 123 125 De la religion gauloise L'éducation de la jeunesse Littérature poétique Le chef gaulois. persistance des cités et des La terre. Faiblesse du génie latin Le régime municipal. son allure et sa vie Le caractère des hommes de Gaule se fixe Intensité de la vie agricole Formation et croissance des centres urbains. triomphe du style classique Souveraineté de la langue et de la littérature latines Mœurs romaines . décadence maritime Victoire de la mythologie La fièvre d'art. brutalité de la conquête romaine . source d'autorité « pays ». Lyon capitale et son Conseil Amour-propre gallo-romain L'armée gaUo-romaine. autre principe d'unité Ce que fut la paix romaine Rome laisse passer l'invasion germanique L'Empire en état de siège. ^ . Toute-puissance du grand domaine Maintien en Gaule des éléments d'unité.

— 173-5-22.1 ' 256 TABLE DES MATIÈRES. Mérovingiens et \ Carolingiens) 1 est une décadence menant à une catastrophe Partage de la Gaule entre des chefs barbares Affaiblissement du titre de roi Continuité. . Chanson de Roland * Coulommiers. la . . j . . . ' Le 2 2 villes " 2 Retour aux habitudes de la civilisation classique. Paris. résidence royale. . L'idée de Gaule vit toujours dans les écoles Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de la gloire de Charlemagne Le patriotisme f'^mçais à sa naissance Paris s'annonce de nouveau comme capitale Formation d'une langue française Avènement d'une littérature française et nationale.. VII. 2 2ij " L'imagerie chrétienne Nouvelle vitalité du sol et des routes Forces nouvelles des provinces et des petits pays. empereur dans son royaume. L'Empire Romain 1 1 1 1 1 1 . des invasions en Gaule Établissements d'étrangers Prépondérance de la ^^e mihtaire Déclin des habitudes classiques La civilisation. Ambitions impéria'es des rois de Gaule Faiblesse de l'Empire de Charlemagne VIII. Paul BRODARD. 1 1 2 2 2 2 2 ' religieuse Le Christianisme renforce Les monastères l'unité gauloise et la vie locale. — Li'époqpie des Royautés barbares {Invasions germaniques. ' . . et la renaissance agricole La petite exploitation rurale Maintien du mot de Gaule d'unité comme idée et sentiment r î^ La Gaule comme unité politique. 2 " — La première époque du Royaume de France et (Derniers Carolingiens Premiers Capétiens) 2 de Verdun reconnaît la France Universalité des mots Francs et Français fusion des races. espérances de Gallicanisme Valeur souveraine du titre royal De l'opinion publique vers l'an mille Velléités de constitutions Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les traité . encore inspirée de Rome Aucun principe politique ne vient de Germanie La prééminence décisive du Christianisme Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie . Imp. . .. Renaissance romane et architecture de pierre . Il n'y a plus qu'un roi en France Le roi de France.

.

.

Camille Louis De la Gaiile à la France .PLEASE DO NOT REMOVE FROM THIS CARDS OR SLIPS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY DC 61 J8 Jullian.