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BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE

CAMILLE JULLÏAN
MEMBRE
DE

L'INSTITUT

PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE

DE LA GAULE A LA FRANCE
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LIBRAIRIE HACHETTE

DE LA GAULE A LA FRANCE

JuLLiAN.

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Gaule à la France.

Un vol. lois. » 4 fr. Craud PrU Gobert en La Conquête romaine et les premières 1908. Les Invasion» c/auloises et la colonisation grecqua. Tocqueville. broché 8 fr. des notices et des notes. Mignet. petitin-8. Fustel de Coula7iges). variantes. par M. — Coulommiers. Un vol. reproductions de monnaies et 7 cartes et plans. Taine. • Majoration temporaire de 85 U73-21. état matériel 25 fr. Guizol. . livre I". De Un la Gaule à la France. cartonné Montesquieu. G. tableau de la Gaule sous la vol. Jullian. Grand Prix Gobert de l'Académie française. Un vol. avec un commenfr. cart..OUVRAGES DE M. Les Empereurs de Trêves (e« préparation) . Jullian. » VI. Un vol. état moral . petit in-8. Duruy. CAMILLE JULLIAN LIBRAIRIE HACHETTE Histoire de la Gaule. Ze Gouvernement de Rome 35 fr. 25 fr. Considérations sur les causes de la Grandeur des Bomains et de leur décadence. toile romaine. publiés avec une introduction. La Civilisation Gallo-Itomaine. 50 70 — Esprit des taire. Michelet. » IV. Thiers. C. » Gallia. par M. » » Cei deux volumes ont obtenu III. i^ivasiotis germaniques 25 fr. petit in-16. vol. G. Imp. Jullian. Jullian. La Gaule inàépendante le 25 36 fr. : II. Extraits des Historiens du XIX' siècle {Chateaubriand. in-i6. vol. 5 fr. br.. publiées avec introduction. » V. Quinet. petit in-16.Romaine. — Extraits de /'« Esprit des Lois » et des Œuvres diverses. La Chnlisation Gallo. illustré de gravures. G. Nos Origines liistoriques. fr. commentaires et tables. cart. petit in-16. publéis et annotés par M. cartonné <*/o. par M. 5 Un contenant 12 fr. cartonné 8 fr. Augustin Thierry. Sept volumes grand in-S". • Ouvrage couronné par l'Académie française. petit in-16. Paul BHODARD. brochés î. Renan. » VII. Un domination nombreuses 7 fr. » Vercingétorix.

.BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE CAMILLE JULLIAN MEMBRE DE L'INSTITUT PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE DE LA GAULE A LA FRANCE NOS ORIGINES HISTORIQUES LIBRAIRIE HACHETTE 79. _ PARIS i BLBcrrr^^-^ -^ ""'"'ri"" ^^^<^'OH AfA/LAIiLE 1922 No. BOULEVARD SAINT-GERMAIN.

de r«producli«a et d'adaptatiou réservët poar tous ptjn.768450 Tous droiu de tradaction. Copyright par Librairit Bachttte 1992. .

EN FRATERNELLE AMITIÉ. QUI M'A DONNÉ L'IDÉE ET LA VOLONTÉ DE CE LIVRE. .A ALFRED RÉBELLIAU.

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DE LA GAULE A LA FRANGE L'ÉPOQUE DES CHASSEURS TEMPS PALÉOLITHIQUES ' L'histoire peut et doit remonter très loin dans terre et des âmes. 1908. Des Merveilles d'art. L'homme sur les plateaux de France. L'homme conquiert la terre sur Vanimal. Le refuge dons les cavernes. ments physiques et décadence. Outre le manuel classique de Déchelette. une nouvelle édition est préparée par Breuil). ejforls nouveaux. I. dont l'éloge n'est plus à faire (Manuel d'archéologie. trielle. le passé ne meurt jamais complète- 1. on trouvera d'utiles . Bouleverseateliers. Apparition de l'écriture. — durée d'une époque historique. — le passé et de la Définition de la plus lointaine époque. conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là. Renaissance indusUne nouvelle race. Rôle des hommes de France à cette époque. Picard. Les armes et instruments de silex. Paris. De la — — — — — — — — — — — — — « Quel espoir y a-t-il d'arriver à la connaissance de ce les passé lointain? Qui nous dira ce que pensaient hommes. t. laissé dix ou quinze siècles avant notre ère? Quel souvenir peut nous rester de ces générations qui ne nous ont pas un « seul texte écrit? Heureusement. Des plus anciens témoins de la vie Foyers et humaine.

tout ce que ces

Centres d'intérêt liés

ieux âges ont mis en nous. de notre France d'aujourd'hui. p. Alcan). on peut retrouver la trace de nos aïeux les plus anciens. Georg). introduction. t. dans la Description raisonnée du Musée de Saint. plutôt. 99). De ce qu'ils ont fait pour conquérir et cultiver le sol. ment pour l'homme. en 1870. Comme répertoire archéologiques.Germain (1889. des éléments éternels à l'intérieur de notre vie morale. Époque des alluvions et des cavernes. années plus tard (La Cité antique est de 1864). Éléments de préhistoire (1914. c'est par ces paroles qu'il annonçait son dessein de reconstituer les croyances et les institutions primitives des Grecs et des Romains. Yvert). Paris. Paris. p. S'il descend en son âme. La Renaissance du Livre). . Eyboulet). ou. la riche Bibliographie générale de Montandon. façonner l'outillage du travail et du combat. des ancêtres communs dont l'un et l'autre peuple étaient descendus. L'Humanité préhistorique (1921. la volonté et le cœur. Ussel. Amiens. éduquer les l'intelligence. La France préhistorique (2« édit. Genève. 4-5. Salomon Reinach. tel qu'il est lui-même à chaque époque. Fustel de Coulanges devait développer ces mêmes idées dans ses leçons à la cour impériale. Paris. Didot) Gabriel et Adrien de Mortillet. Car. l'oublier. Cartailhac. Parmi les livres plus anciens. La Préhistoire (1910. de Morgan. des travaux préhistoriques et Schleicher). il est le produit et le résumé de toutes époques antérieures. Dans ce qu'elle est. 1896. Paris. 1. La Cité antique. Peyrony. il peut y retrouver et distinguer ces différentes époques d'après ce que chacune d'elles a laissé en lui K » C'est ainsi que Fustel de Coulanges a commencé La Cité antique. . Quelques : . et en particulier dans la première. de tout cela il existe encore des vestiges visibles à la surface de notre terre. Mais ce qu'il a dit en ces termes du monde antique et de l'âme humaine. I. Fustel de Coulanges.8 DE LA GAULE A LA FRANCE. disposer les hommes en sociétés durables. écrit de sa main (Revue archéologique de 1908. 2 vol. parus (1917 et 1920.. résumés chez Comment. corps et esprit. L'homme peut bien il mais le garde toujours en lui. est également vrai de la France. » On a retrouvé et publié le résumé de cette leçon. Les Hommes contemporains du renne (1914. qui fut consacrée aux temps préhistoriques de la Gaule « Je voudrais montrer tout ce que nous devons à ces \ieux âges.

et ce n'est pas davantage la Monarchie. Et nul ne peut affirmer que ce travail soit terminé.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. le résultat d'une longue. de même les habitudes sociales qui nous groupent pour l'amour et la défense de ces moissons remontent à des germes déposés par ces premières générations. pas l'étude du sol ou de la matière et celle de l'âme ou de Ce sont — la société.. 9 La France lions est l'œuvre de dizaines de siècles et de mil. Mais chacune de ces périodes ou chacun de ces états politiques a contribué à nous faire ce que nous sommes. lente et patiente élaboration. Elle est. d'imaginer et d'exposer. Car je suis de ceux qui croient un devoir de plus à que les destinées si nationales de la patrie française le commen- cent à peine. n'apporteront pas un trait nouveau à la une richesse imprévue à son terroir. Nous ne sommes pas uniquement les fils intellectuels du Moyen Age chrétien ou de la Rome latine. Ce n'est point la Révolution qui a créé la France. long que soit passé qui fut nécessaire à ici les premiers âges de ce passé que je veux essayer Je ne séparerai de connaître. ils qui les ont suivies ont perfectionné la culture ont également suscité des motifs nouveaux d'union et d'accord à la société humaine qui devait devenir notre patrie. Et si les siècles du sol. et nous n'avons pas non plus le droit de revendiquer pour notre ascendance seulement les Celtes ou les Ligures. il a fallu un interminable travail humain. et que les siècles à venir figure de la France. d'hommes. L'historien ne fera jamais qu'une œuvre incomles plète ou mutilée s'il analyse les institutions ou mœurs humaines à l'écart ou en dehors de la terre sur laquelle . et qui dès lors ne s'est point interrompu. qui a commencé dès le jour où les hommes ont apparu sur notre sol. sa formation. cette patrie. sa vie. Pour qu'il se soit bâti une terre de France et que nous devenions des Français. De la même manière que les plainec blé de la Bourgogne ou de la Beauce doivent leurs sillons originels aux générations inconnues des temps préhistoriques.

Et jour où la science historique s'apercevra plus simples cer- arrivera enfin. l'instrument de pierre dont ils se servaient d'ordinaire. pour ainsi : parler. la reUgion ou la patrie. qui caractérise la nature même de cette vie et ses pratiques principales. La plus ancienne période de notre histoire est généralement définie d'après la nature des seuls témoins qu'elle nous a laissés d'elle comme ce sont des pierres. et j'appellerai cette époque l'époque des chasseurs. Car la chasse était alors. les a déter- minées et Tâches de l'esprit et de la culture. révolutions politiques et transformations matérielles. ou encore. ce fut l'agriculture ou la guerre. besoins du cœur du corps. toute l'histoire nous parle aujourd'hui il comme du sol y a dix mille ans d'une intimité irrésistible entre la terre et l'être humain. 1. et des milliers d'habitudes que hommes ont peu à peu reçues de cette terre. la raison sociale des vivre. Les divinités avant le les plus tenaces français. des silex taillés par la main de l'homme. Geographia historiée oculas. peut-être de ce que l'intuition des âmes elle les a déjà deviné les : que la France résulte d'abord d'une taine nature de sa terre. en d'autres : temps. l'époque paléolithique. sont développées et qui pour une part '. on appelle ce temps celui de la pierre taillée. .10 elles se DE LA GAULE A LA FRANCE. J'aime mieux une expression plus compréhensive. et qui vivent encore après avoir déjà milliers d'années vécu des Christ. ce qui les faisait comme. ce qui les faisait se grouper hommes. comme il est le plus reculé que nous puissions connaître. sont les divinités des le sources et des collines. à force d'analyses et d'analogies. écrivait Ortelius. Mais cette dénomination ne marque qu'un des éléments dont a été faite la vie de ces hommes. on l'appelle le temps de « la pierre ancienne ». à com- prendre comment est née notre nation.

aperçoit les retours périodiques des forces et des mêmes mêmes aspirations. au-dessus des détails innombrables et contradictoires. les ralentissements ou les arrêts d'un siècle dans une marche plusieurs fois . cela n'étonnera pas l'historien. il a persisté des dizaines de milliers d'années. sortis victorieux de la captivité signifient mille de Babylone ou du triomphe de Titus. peut-être bien plus tard encore. des agité les : populations. luttant pour l'indépendance. comme l'Arménie. et c'est pour cela que nous voyons aujourd'hui tant d'événements semblables à ceux qui ont hommes sous les règnes de Darius.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. ce plus ancien et ce plus long des âges de l'humanité se présente en une unité parfaite. et n'a dû prendre fin que dix millénaires avant notre époque. Que ou deux mille ans pour une grande période historique? Qu'importent les retards. et le retour des Juifs à Jérusalem. Que l'on puisse voir une même période un espace de plusieurs fois dix mille ans. 11 L'âge des chasseurs a commencé sans doute aussitôt qu'il y eut des hommes. notre même période de l'humanité que l'ère des cités antiques et des tribus gauloises. et. à travers des variations nombreuses dans la suite des années. Une loi identique préside à cette période. suivant un rythme intelligent et d'une réelle beauté ainsi : tout que la civilisation hellénique partit des idoles informes de la religion primitive l'art et de la pensée dans pour aboutir aux merveilles de les temps de Périclès ou de historique dans Platon. offre l'image il nous d'une civilisation qui se développe normalement. Malgré sa durée considérable. Nous avons beau vivre siècle appartient à la d'une allure très différente des Celtes ou des Grecs. de César ou de Théodose une invasion germanique se produisant sous la double forme de l'infiltration et de l'irruption. des Il êtres en quête de leur nour- riture. qui. en un progrès parfois ralenti mais toujours continué.

de cette bataille impitoyable pour obtenir son droit à la liberté et à la souveraineté. Cette conquête de la terre. c'est tou- jours la même : loi qui préside aux convulsions des sociétés humaines les des patries qui veulent se former et grandir dans les régions naturelles de la terre. durant ces milliers d'années. l'intelligence plus dégourdie. l'homme la fit deux séries de forces bras et : les unes qu'il tira les à l'aide de de sa propre autres qu'il nature. le cœur plus proche des sentiments d'humanité. appartiendra à l'homme. qu'il dispute la possession de la terre. le maître du sol. lui : les sens plus aiguisés. de la terre de France je ne dis pas culture du sol. par l'homme. à la conquête. des invasions qui menacent. emprunta aux matières voisines. décidément. et aussi le maître de soi-même. en même temps.12 DE LA GAULE A LA FRANCE. des conflits qui les affaiblissent. plus fort que lui. il sortira plus convaincu du devoir de la vie commune. Ce qui fait l'unité. et il finira même par voir de la beauté dans ce monde extérieur qui tout d'abord n'avait éveillé en lui que le besoin de la violence et le désir de la force. la loi du premier âge de la pierre. la terre. Il n'en aura pas chassé l'animal. mais. son son intelligence. plus largement ouverte sur tous les spectacles de la nature. que l'homme y vit en chasseur de la bête j'entends par là qu'il demande à la chasse le principal de sa nourric'est : ture. il sera désormais son maître. millénaire? Depuis Cyrus jusqu'à maintenant. Car. des empires qui les oppriment et dont elles se dégagent. qu'il est en état de bataille contre l'animal. Nous assisterons. et en premier lieu à celles . je dis possession de la surface. Quand cette période sera terminée.

nous permet de remonter jusqu'à l'homme dont il fut le compagnon. je le répète. dans ces temps paléolithiques. par les contours que la taille lui a donnés.L' ÉPOQUE DES CHASSEURS. et ce silex. et rien qu'avec eux. au regard qui l'a aperçu. l'utilisant : telle qu'elle brute et informe c'est possible et même probable. deux subdivisions : phase ancienne dite chellcenne (de Glielles en Seine-et-Marne). et rien que d'un bâton. le sol aux endroits mêmes où l'homme Époque dite paléolithique inférieur . de ces massues de bois ou de ces pierres de jet nulle trace n'a pu demeurer jusqu'à nous. du sol. nous permet de reconstituer un chapitre de la vie de l'homme et un aspect de sa demeure. à la pensée qui l'a modifié. . mais comme. 13 que lui fournit la surface qui étaient visibles de lui et à sa portée. de ces poings humains. à la main qui l'a façonné. * * Un premier épisode. qu'il se soit ensuite armé d'une pierre pour la lancer ou pour doubler par elle la vigueur de son combattu avec poing. Ce simple débris. est le caillou de silex taillé. mais sans la travailler. par sa nature. aux œuvres auxquelles il a servi. est déterminé par les siècles dont il ne reste d'autres traces humaines que les silex abandonnés sur avait vécu K 1. ses — Qu'il ait d'abord membres. L'histoire de cette bataille et de ce travail ne commence que lorsque nous rencontrons sur le sol un objet arrangé ou fabriqué par l'homme. Et le premier de ces objets que nous connaissions. où l'homme a mis et a laissé quelque chose de lui-même. qu'il se soit plus tard armé d'un bâton. le bois et la pierre. phase récente dite acheuléenne (de Saint-Acheul près d'Amiens). nous devons nous résigner à ne rien savoir des premiers épisodes de la bataille et du travail humains. dans cette période des chasseurs. de ses intentions ou de ses goûts. par cela seul que l'homme l'a travaillé. était. à l'esprit qui l'a choisi. par sa forme.

Ils portent et ils le ne le nourrissent pas soutiennent déjà. comme s'abritant sous les roches ou se cachant dans les cavernes. les hôtes habituels de nos parages ne différaient : point de ceux de l'Afrique la plus sauvage c'étaient les éléphants. au début de sa vie. On suppose qu'elle faisait corps avec l'île voisine de la GrandeBretagne et que le Détroit était remplacé par un isthme et la Manche par un golfe de l'Océan. On suppose aussi que le climat était fort différent du nôtre. C'est sur ces plateaux. tremblant de froid ou fuyant de peur. avec ses plateaux gaie- ment étendus au-dessus des berges des ou au marécage qui enlise. Ne nous le représentons pas. les hippopotames. Parles courez aujourd'hui. avec l'alternance de ses plaines et de ses montagnes. par exemple. Assurément. à notre connaissance. vous pourriez trouver les silex sans nombre déposés par : nos plus lointains ancêtres. mais ils le drues. où les vastes marécages alternent avec d'impénétrables forêts. d'Amiens à Abbeville sous ces terres à blé qui ne finissent point. En tout cas. sa forme et son apparence. Et cependant. Il a débuté. qu'il devait enrichir si plus tard de cultures encore. longues esplanades limoneuses qui s'étendent. par ou la le plein air des plateaux de France. Ils ont vécu et travaillé sur . pouvait regarder sans crainte le ciel et la nature. les rhinocéros. la France n'était point en ce temps-là achevée dans sa structure. qu'il s'installa tout d'abord.14 DE LA GAULE A LA FRANCE. avec ses vallées aux replis harmonieux. la Seine Meuse. L'homme n'y était pas éternellement en proie à la forêt qui étouffe trouvait sur ces plateaux de il vastes espaces découverts d'où sur son œuvre. les grands fauves du désert. les les conditions de la vie humaine étaient dès lors supérieures à celles de l'Afrique équatoriale. préparer ses armes et réfléchir dominant la Somme. au sud de la Somme. Il fleuves. beaucoup plus humide ce qui pouvait faire ressembler notre pays aux régions tropicales. beaucoup plus : chaud. Car lignes intérieures de la France étaient déjà tracées.

s'étalait une des stations les plus anciennes et les plus actives des hommes façonneurs du silex. l'atelier. 92) le rôle de ces terrasses limoneuses de la Picardie à l'époque agricole je l'utilise pour l'époque antérieure des chasseurs. leurs héritiers vivent et travaillent encore. 1. 15 ces espaces découverts où. Le silex qu'elles travaillent est recueilli sur place. La famille. Voyez son admirable Tableau de la géographie de la France. comme plus tard le mêmes terres. des journées de travail à après ces mêmes du et je heures de chasse. Cette terre fut essentiellement pour eux un « sol d'éducation où se sont formées les premières habitudes »' de de l'Avre et de la Somme notre vie sociale. les cellules pour consti- sont prêtes en atten- dant l'édifice. I. de longs instants de repos autour foyer. . lieux où elles habitent. 1"^ p. une des villes les plus laborieuses de France et dont les destinées furent le plus constantes. avant les heures l'atelier. retient et fixe les fera le blé de ces C'est l'expression dont se sert Vidal de La Blaclie (p. Paris. la tribu naîtront de ces habitudes. cinquante mille ans après eux. l'essentiel est déjà tuer la société humaine. c'est l'arrêt attentif en vue d'une besogne utile à plusieurs. c'est la station ensemble autour d'un feu qui réchauffe. A ce confluent où se fonda Amiens. pour définir : Hachette). Car ces populations des hauts plateaux de France ne me paraissent pas avoir été d'humeur instable. si elles me demande ne sont pas déjà nées. qui éclaire et qui réconforte. les gisements en abondent dans les On dirait qu'il hommes au sol. sur cette terrasse de Saint-Acheul qui domine la cité moderne.. S'il est vrai qu'on ait trouvé sur ces plateaux des traces fait de foyers et d'ateliers. Ces hommes-là ont beau être des chasseurs qui courent et se déplacent : il leur faut. Le foyer. de chasse. de l'Histoire de France de Lavisse (1903. qui forme le t. et.VÈPOQVE DES CHASSEURS.

que l'on nepeut s'empêcher d'entrevoir. en face d'eux. à propos de ces outils silex. avec cet instrument. Avec cette pierre aux côtés amincis. combat contre les animaux ou contre d'autres hommes. bois 1. que je n'ai pu encore examiner. il peut frapper d'estoc et de taille*. des de travail et non pas seulement de guerre. tel que sera la hache et tel que le sera l'épée Il en d'autres temps. Mais il y en eut ensuite de si petits. Les plus gros et les plus anciens ont servi sans doute au combat. non pas des corps à abattre brusquement. et avec elle encore. Mais je crois qu'ils furent aussi autre chose. d'y avoir ménagé deux faces symétriques. Car. le choc ou la pesée du poing qui brise et qui abat. On nie d'ordinaire l'existence de l'emmancliement pour la plupart de ces pièces. On est convenu de ne parler de flèches que pour les temps postérieurs. A coup sûr. Ici se pose la question.16 DE LA GAULE A LA FRANCE. il peut piquer et percer. à des armes et à des épées. voilà le bras doté de deux ressources que la nature lui a refusées elle ne lui a permis que la force brutale. il peut frapper de taille. — . Cet outil de silex. nous sommes encore très loin de l'épée. Alors. le c'est donc le compagnon fidèle de l'homme. l'arme : Je songe. grâce à la pointe qui la termine. de manière à : présenter deux faces presque parallèles et peut-être est-ce premier perfectionnement que l'intelligence humaine a imposé au caillou de pierre. trancher et couper. si finement ouvragés. moustériens et surtout aurignaciens. aux pointes si ténues. dont la rencontre sur les côtés forme un double tranchant et qui à l'extrémité se confondent en une même pointe. mais de la matière à travailler soigneusement. : la plus profondément humaine qu'ait imaginée l'homme et cependant. de J'emploi simultané de l'arme de contact (coup de poing) et de l'arme de jet (caillou lancé donnant naissance à la fronde d'un côté et à la flèche de l'autre). lui aussi. le silex de Saint-Acheul nous en montre déjà l'embryon solide et complet. bien empoigné par la main. là le est légèrement aplati.

ignorons absolument la race qui peuplait alors ' pla- teaux de France ^ Mais ce que nous voyons d'elle permet de croi. Sa pensée est très ferme et son geste est très sûr. les indices d'une recherche d'art. même à cette époque reculée. JuLLiAN. les bords en courbe sont d'une netteté presque linéaire. 19. il OU cuir. on n'aurait pu les faire plus égales de dimension et plus semblables de forme. l)et du crâne de Piltdown (dans le Sussex d'Angleterre). Nous les ^ \ . Boule. l'ensemble rité de la pièce a tout à la fois la régulad'une figure d'cpure et la symétrie élégante d'une feuille de hêtre. bien audessus des animaux qui l'entourent. le cintre de la poignée fait contraste avec l'amincissement de : la pointe. de celui que l'homme peut faire sur sa pensée. Enfin. si à côté de l'arme nous avons l'instrument. mais il est en tout cas une chose faite avec un soin infini. Après avoir vaincu la bête par l'arme. pour ce qui nous concerne. Et si cette hypothèse est vraie. il domptera la matière par l'outil. p. Paris.e qu'elle était bien douée et en marche vers le progrès. et le voilà en mesure d'atteindre la souveraineté absolue. 1921. voici qu'apparaissent. ne nous est connu que par domiciles et par ses œuvres de pierre. sur son geste. les linéaments d'une autre sorte de travail. Gardons-nous de dire que l'homme de Saint-Acheul est parvenu au style géométrique et à l'art d'imitation. Je ne peux faire état. qu'à moins de les polir. Mais il est sur la route qui mène à l'un et à l'autre. cf. pour créer avec la matière des formes plaisantes. — De la Gaule à la France. Les Hommes fossiles. à côté de la lutte qui détruit l'industrie qui produit. Masson. Pour tout ce qui concerne les races primitives. les éclats ont été si habilement enlevés sur les deux faces. voilà l'homme. 2 . qui ne soient pas seulement utiles. 1. voyez l'excellent traité de M. Aucun squelette humain ne nous a été conservé de cette époque. cette fois. d'ailleurs. mais agréables. J'ai entre les mains un beau silex de Saint-Acheul il ne me paraît pas une arme bien terrible. disons déjà le mot. de la mâchoire de Mauer(prèsdeHeidelberg. ses Cet homme-là.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. n.

dit-on. Le froid. qu'on n'y ait pas ressenti le contre-coup de la révolution géologique qui aurait amené la rupture avec la Bretagne. parfois à la fin du paléolithique. apparurent. t. et je ne peux admettre. Colin). les glaciers se rapprochèrent de la les le plaine. II. et. nos contours maritimes prirent la direction et l'aspect qu'ils présentent encore aujour- d'hui. en tout tout genre l'outil et cas. Paris. Paléolithique moyen ou moustérien. sur ce point. en même temps. ou. en compagnie de Boule. ce furent des modifica: tions dans la structure de notre sol la Grande-Bretagne détacha de la France. 1895. paléolithique. nos fleuves et nos rivières se sans nul doute. On dut évacuer le plus souvent les plateaux et les terrasses. c'est que certainement leurs habitants ont vu et utilisé ces grottes et ces berges elles de rivières avec la structure qu'elles ont de nos jours paraissent n'avoir subi aucune modification depuis les temps moustériens. les neiges quittèrent moins longtemps des animaux émigrèrent. p. 2. des changements de ' arrêtèrent ce progrès. se transforma également. D'abord. cf. Et ce furent pour les de nouveaux ennemis. donnera Et par fut troublée. se à ce qu'on pense. de me séparer de l'opinion courante. Les Périodes géologiques 1. Des révolutions. climat. entre autres. Il devint plus hauteurs. et ce qui m'a frappé. » J'ai visité. Haug. l'homme de Saint-Acheul dans l'ère dans les chasseurs. beaucoup plus. où il semble que l'homme devint plus malheureux et son intelligence moins ouverte. 1802-3 est reliée « La Grande-Bretagne au Continent au moins jusqu'au début du quaternaire supérieur. comme mammouth hommes et l'ours gris. qui place cette constitution de la structure actuelle de la France à une époque plus tardive. (1908-11. Je suis obligé. la vie des humains fixèrent au lit et à l'étiage qu'ils ne devaient plus abancela. : : . si loin que nous soyons ici de la Manche. Traité de géologie. qui suivit temps des un véritable Moyen Age. d'autres. en dépit des objections qui m'ont été souvent faites. L'époque fut. de nouvelles conditions de vie. les grottes et stations de la Vézère.18 DE LA GAULE A LA FRANCE.

L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Voyez le livre de M. semble-t-il. d'importants changements se produisirent parmi les races humaines. en est la matière principale. aux heures mauvaises de dans les grottes. à la rigueur moins évolué. C'est toujours le silex qui. ce n'est pas le résultat d'un choix intelligent entre cent cailloux à façonner. du chelléen. La trace ethnique la moins incertaine que nous ayons du paléolithique primitif est la mâchoire de Mauer (près de Heidelberg). il fallut aussi chercher des abris. Boule. sans harmonie. Boule. aux frimas et aux pluies. mais lourd et ramassé. mais qui n'est autre. pour l'ensemble en moyenne. côté. on sent humain. vrai chef-d'œuvre d'analyse et de reconstitution. Le plein air continu fut impossible. et par suite de ces perturbations de la nature. comme l'a bien montré M. sans vigueur. se réfugia sous eut souvent à en disputer aux bêtes fauves durs arrivaient. L'Homme fossile de La Chapelleaux-Saints (1913. tête aux fortes mâchoires. les silex Il nous a paru que celle qui avait travaillé était d'espèce supé- sur les terrasses de la Somme ne peut en dire autant de celle qui a végété longtemps dans les grottes de la France centrale. Les dimensions en sont assez faibles rarement plus de dix centimètres. 19 exposés aux vents. beaucoup de petits objets. et dont on a pu reconstituer l'ossature et imaginer l'aspect corps rieure ^ : On vigoureux sans doute. Des temps plus Peut-être. les roches. l'impression de deux races différentes. moustérien de l'autre) et . Mais quelle différence entre l'arme élégante du plateau de Saint-Acheul par exemple. et l'outil de la grotte périgourdine du Mousvoilà tier! Celui-ci n'est jamais taillé que sur une face effort de moins pour l'ouvrier. que le type moustérien de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze) ou du Neanderthal (Prusse rhénane). L'homme. mais front surbaissé et crâne à capacité restreinte -. Il est fait à l'aide d'un un éclat arraché à un bloc. et il l'année. l'accès et la jouissance. dans la Comme nature et comme peine et médiocrité dans le travail : : 1. Masson). contemporaine. 2. dans la race. qu'on a voulu rapprocher du pithécanthrope. La comparaison des outillages (cheiiéen et acheuléen d'un me donne cependant. Paris.

Une circulation plus régulière sillonna le sol de la France. de nouveaux profits sont acquis pour les hommes pour la terre de France. que l'homme a manqué de souffle ou son bras le et qui. et J'ai s'élaboraient les éléments d'une vie nouvelle. on avait pénétré plus avant dans le sol de la France. font même la mérovingiennes au regard de On de dirait docilité. Mais ces temps-là. De même. par lesquels devait s'épanouir la civilisation de la France chrétienne et moderne. à tout prendre. on fouilla le fond des vallées et les flancs des montagnes. Ce n'est plus seulement aux cailloux du lieu que l'on s'adresse pour confectionner les outils on va chercher au loin soit la matière première pour les fabriquer. on s'était réfugié sur le giron de la terre et on lui devait son salut. On remonta et on descendit le cours des fleuves. la caverne : . à propos de cette époque. et cela fait songer aux temps qui ont suivi la fin de la civilisation romaine. On négligeait souvent le plateau pour se replier dans : mais par là même. pour me servir d'une expression qui deviendra plus tard la formule d'une religion universelle. La recherche de ces domiciles obligea les hommes à une exploration plus soigneuse de leur domaine. même dans ces pénibles débuts de la vie de caverne. pour avoir amené en tant de choses ruine ou décadence. effet que les poteries céramique gréco-romaine. soit des séries d'instruments tout prêts. l'expression de Moyen Age. éner- giques et puissants. n'en virent pas moins en religion et en morale.20 DE LA GAULE A LA FRAACE. prononcé tout à l'heure. on le connaissait plus profondément. de nouvelles choses apparaissent. Hommes et choses se transportaient plus aisément. et. et même dans la vie sociale et la tâche agricole. l'établissement de principes nouveaux. Et cependant. à côté des silex de Chelles et de Saint-Acheul. en la grotte obscure du Moustier.

plus de rapports entre les tribus humaines. La chose peut d'ailleurs dater des temps de Saint-Acbeul. Il y a l'outil qui racle. celui qui coupe. mais il a singulièrement accru ses moyens de travail. la plupart de ces instruments ont dû tiges être emmanchés dans des de bois * : et c'est le pre' mier emploi de ces combinaisons de matières qui devaient faire plus tard la gloire des manufactures. quand la température se fut radoucie. Mais il a ouvert quelques ce voies à l'industrie de l'avenir. de catastrophes qui bouleversent le monde et substituent une humanité nouvelle à une humanité disparue. L'homme de temps n'a pas perfectionné ses armes. l'essai d'un commerce et la piste d'une route. l'homme s'habitua à le ces grottes. 21 Cela suppose des échanges et des ententes. Puis. quand les glaciers se furent quand il put revenir à déplus longs séjours sur les terres découvertes.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. il conserva de sa résidence dans les cavernes un souvenir mystique et une religieuse reconéloignés. tout au contraire. Pour changer de lieux et d'instruments. comme « le compagnon des bois » du Moyen Age. si grêles et si disgracieux qu'ils ^ soient parfois. Il en fit domicile de sa vie tant qu'il fut nécessaire. si Et je peux ^. . à côté du silex. 1. Enfin. pas plus que dans l'histoire connue. 2. D'abord. maîtresse absolue dans l'outillage. C'est peut-être un timide et un farouche. celui qui perce. témoignent d'un certain zèle pour trouver des formes ou des emplois nouveaux. Il n'y a pas en préhistoire. l'effort qui devait faire la France ne Le labeur humain ne ce passage s'en continuait pas moins. On a avancé jusqu'à l'époque précédente la découverte du procédé de l'emmanchement. Ces outils eux-mêmes. affirmer que tous ces instruments variés ont dû servir à fabriquer mille choses diverses avec le bois ou le cuir s'est donc point interrompu dans du plateau à la caverne. on taille et on utilise l'os. la pierre ne règne plus en. L'outillage se diversifie. Peu à peu. celui qui scie. Puis. et bien d'autres sortes encore.

puissante. les magnifiques publications entreprises par l'Institut de Paléontologie humaine. la société glodytes. Monaco) L'archéologie préhistorique est peut-être actuellement celle qui possède en France la meilleure méthode et les plus com^ plets instruments de travail. plus séduisants comme butin. depuis 1906. La nature. allait être réservé. Et tant que dura la civilisation des chasseurs. une ou. un complet dévelopses facultés. appelée d'ailleurs par vie : conditions plus faciles de la race au front droit et vaste. . le cheval. hors des cavernes. race dont on devine. paraît être à la fois dans des faits de nature et des faits de race. stationnements de De nouveaux animaux arrivèrent. mieux. Cartailhac. l'antilope. mais à la tournure dégagée. qu'elle possédait dans un corps très sain une intelligence 1. à ses œuvres. véritable Renaissance. Capitan. sur ces grottes. comme celle de ce Moyen Age. Ses facultés physiques et intellectuelles se réveillèrent à ce jeu plus intense. et permit. humaine se fit gloire d'être une famille de trode nouvelles et brillantes destinées. au cerveau développé. pement de toutes ce besogneux Moyen Age. devenue fille L'origine de cette Renaissance. et si le froid demeura très rigoureux. à des expéditions hasardeuses.22 DE LA GAULE A LA FRANCE. pêches interminables. auxquelles collaborent Boule. Une noupeut-être velle espèce d'hommes se les présenta sur notre sol. à la musculature solide. dit-on. Voyez maintenant. il il devint clair et sec. sous les généreux auspices du prince Albert de Monaco. moins dangereux pour l'homme comme adversaires. des cavernes *. (Pe/ntares et gravures murales des cavernes paléolithiques. Peyrony. se montra plus clémente. à la tête fine. etc. un les vrai froid de steppe. les longues courses de chasses. Au surplus. à l'humanité des chasseurs. le renne. conçue pour ainsi dire dans le sein de la terre. après naissance. Il s'habitua à d'audacieux voyages. à un contact plus constant avec la franche lumière et la libre nature. Breuil.

manche de bois 2. dire. En principe. avec l'aplatissement de ses deux côtés. grande il n'y aura que le métal pour ramener. sur notre sol. de La Madeleine (Dordogne) : là. perçoirs étroits et pointus vrilles. grattoirs massifs. au moins des armes humaines car on a dû en faire présent à des dieux ou à des morts. Voyez. les lamelles de pierre trouvées à Volgu (en Saône-et-Loire). sous le travail de l'artiste de Volgu. longtemps après. s'est transformé en une feuille de silex à peine plus pesante que la feuille de saule dont elle imite et amplifie les formes. plus loin. de ' Solutré (Saône-et-Loire). un tel résultat. c'est la lame de Saint-Acheul. Et voyez. pour arriver à rupture. 23 non moins saine K Et établis alors. l'antique coup de poing. magdalénienne. produisirent des chefs-d'œuvre presque du pre- mier coup. son allongement progressif en pointe : mais ici. Il est vrai que ce ne sont pas des armes. donnés par une légèreté et d'une sûreté infmies. Jamais. si le mot ne jurait pas avec la matière. où principes par les générations antérieures parvinrent à leur les apogée. . commença les la floraison d'une civilisation splendide-. posés par générations nouvelles. solutréenne. Époques dites aurignacienne. pointes à crans. La vieille On pourrait pratique du silex fut portée à sa perfection. pour une souplesse incroyable. la lame a jus- qu'à près de 40 centimètres de longueur et quelques milli- mètres à peine d'épaisseur. où d'autres principes. le formant paléolithique supérieur. lourd et robuste. les instruments d'Aurignac (Haute-Garonne). Race dite de Cro-Magnon (Tayac en Dordogne).L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. pour l'utilité de l'outilje sache. comme des burins aux extrémités angulaires. la pierre n'a livré des : : main d'une — lage. mais pour eux. qu'on devine incorporées dans un 1. il la ciseler sans a fallu des centaines de coups. qu'elle atteignit — la délicatesse des objets. que œuvres d'une ténuité aussi.

ce sont les premiers essais de la bijouterie. habitation. égala alors son con- du temps d'Aurignac. ces aiguilles. L'esprit sens pour ne négliger aucun des humain rayonne en tout emplois de la matière. des pointes aussi voici. des besoins en quantité étaient satisfaits par ces outils de silex. de la droguerie. des os évidés en tube. reil appade chasse et de pêche. des aiguilles avec chas d'une exiguïté telle. Chose étrange! ces hommes ne se sont point préoccupés . de façon indissoluble. des perçoirs. l'outillage en os. et ces godets contenaient les matières grasses destinées à faire la lumière dans les grottes. Et ces os renfermaient l'ocre rouge destinée à colorer leurs tatouages. du temps de La Madeleine. des tubes à Car maintenant. ici. nous n'avons plus seulement devant nous des instruments. et aussi de tiges denticulées qui annoncent déjà la forme des scies de métal. maintes Plus nouvellement venu. tout comme les épées de plus tard. ce suif qui sert à éclairer. A chaque jour. de la couture. Cette ocre qui sert à colorer. Et je ne parle pas des épingles.24 DE LA GAULE A LA FRANCE. que le seul métal pourrait en produire de semblables. pourvues. et teaux. de la chimie. l'organe créé l'industrie. cependant. ces pendeloques. des bâtons de couleur. des poinçons. Quel dommage. des industries nouvelles prenaient nais- sance dans ce monde de travail et de réflexion. mais aussi des récipients. Les hommes d'alors ont connu l'idée d'imiter avec la pierre ou l'os la paume de la main ou la coquille qui retient et conserve le liquide et la poudre. lamelles d'une rare petitesse. comman- dement. des marcurrent. d'une soie plus mince encore. Voilà. et peut-être l'outil avait-il fois éveillé le besoin. des harpons. en face de cette variété d'instruments. Ils ont eu des galets creusés en soucoupe. des ciseaux. de ne pouvoir retrouver la matière à laquelle ils s'appliquaient et la façon qui en était tirée! Vestiaire. fines que celles de silex. stimulé sans doute par l'imitation de la pierre. des pendeloques en dents perforées.

Maintenant. a été la surprise et la joie de tous ceux que passionne la recherche des plus anciens âges de l'humanité et de la France -. animaux et humains même. Déjà. leurs engins dirait 25 de combat '. 4. ». les grosses armes de pointe avaient été réduites en leur puissance. ne peuvent être des instruments bien redoutables. dit Déchelette du (p. l'outil de bataille a perdu de sa force et de sa valeur.cavernes. légers. lors du reflux dans les . D'où leur est venu don imprévu. élégants et fins. merveille dont la découverte. peut-être. ces milliers d'objets que nous avons à notre disposition. de sûreté plantes ce '. Assez rarement jusqu'ici. : Mais voici maintenant la plus grande merveille de ces temps où régnaient les chasseurs de rennes et de chevaux sauvages. Le monde de France n'invente que des manières de travailler. dans l'observation. de discipline dans le geste? La rareté 1. . de netteté dans l'intelligence.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. « Chapelle Sixtine de l'art quaternaire plafond de la grotte d'Altamira en Espagne 3. Leroux). petits. Ces chasseurs ont été d'incomparables artistes qu'ils aient : non voulu imaginer des figures ou composer des scènes. Voyez le Réperloire de l'art quaternaire de Salomon Reinach (1913. 150). Paris. mais ils ont su reproduire avec une exactitude extraordinaire les êtres de vie qu'ils voyaient autour d'eux. Dans la mesure où la chose peut faire connaître l'homme. Sauf. les temps où nous sommes parvenus furent peut-être les plus pacifiques de l'histoire plus de coups de poing. sous nos yeux et de nos jours. 2. où l'archéologie permet de juger d'une société. d'os ou de pierre. et pas encore de haches ni d'épées. On que depuis le premier âge du silex. le perfectionnement de la flèche et de sa pointe. d'améliorer leurs armes. qui les a fait parfois comparer à des Michel-Ange préhistoriques ^? La race était-elle supérieurement douée.

en noir ou de nos cavernes. Enfin la peinture se manifeste en d'innombrables images de chevaux. comme le fait . de plain-pied. et c'est déjà de l'excellente gravure. et ce n'est que de nos jours.2G DE LA GAULE A LA FRANCE. Certaines allures. de bisons. certain dispositif des membres d'un cheval au galop ont été saisis par le regard du peintre avec une précision invraisemblable. Ces mêmes les causes. calme ou troublée. Et tout cela. courant ou se baissant en ocre. ces chefs-d'œuvre d'art. de mammouths. sont obtenus avec quelques teintes plates et uniformes. de taureaux. fixées à tout jamais. fuyant devant l'homme ou se retournant contre lui. dans ces images des maladresses. Mais le plus grand nombre est réussi. cela va de soi l'art des cavernes n'a pas produit que des hommes de génie. La bête y vit. une grande époque d'art qui se manifeste. Toutes les manières de reproduire la figure nous sont subitement révélées. les 1. des guerres tourna-t-elle son esprit vers les préoccupations supérieures de la pensée et de l'art? La vie de chasse développa-t-elle chez elle l'acuité des sens qui perçoivent. ces images. de cerfs. justement remarquer Déclielette (p. y d'informes tâtonnements. que la science moderne a pu reconstituer ces allures et ce dispositif : l'œil et la main du chasseur préhistorique les avaient retenus aussi fidèlement que la plaque sensible. La sculpture sur pierre a fourni en bas-relief des frises de chevaux courant ou des humains se tenant debout. : matières présentent d'autres figures incisées. à l'aide de la photographie instantanée. On croit la revoir. l'attention soutenue et la notation impeccable des choses et des êtres de la nature? Je sans doute jamais ne sais et nous ne saurons Mais nous voyons les effets et c'est. sans rien qui nous l'ait fait prévoir'. la glyptique a donné des os de renne ou de mammouth taillés en types d'animaux. sur Qu'il les parois ait parfois : dans une attitude de vérité absolue. 231). jetées sur Ajoutez aussi les ornements de style géométrique. et il y a bien des figures d'une surprenante beauté.

cette image peinte à titre de souvenir. A-t-il regardé l'animal. ou d'une famille. et toutes ses facultés lui obéissent maintenant assez pour qu'il puisse comprendre et copier la nature. ou d'une tribu. . comme une puissance supérieure. vojez le livre si documeiité de Th. qui était de conquérir l'animal. Ou encore. — — 1. pour être plus sûr de la capturer dans la chasse. On peut encore supposer. sacrée qui et l'art commence. Sur les hypothèses possibles au sujet de la vie religieuse à l'époque préhistorique. ou l'insigne. et sa présence en image ne serait-elle pas le signe de ralliement d'un groupe d'hommes ou la marque de quelque entente entre ce groupe et un groupe allié? dans ce cas. 1921. propres facultés. voilà l'image débute par l'idolâtrie '. 2. A désir la vue de un pro- j blême s'est aussitôt posé. dans quel l'homme a-t-il été amené à reproduire sur la pierre de sa caverne ou l'os de son bâton l'image de ses animaux de chasse ou de voisinage? Est-ce simplement par désœuvrement. Les Religions de la préhistoire. en la rapprochant par l'imitation figurée? dans ce cas. Cette fois. et faire à sa façon une œuvre de créateur. de ces sculptures. chacun de ces animaux ne serait-il pas l'enseigne. dont la figure allait protéger sa demeure? dans ce cas. ces peintures. et. réalisé la tâche la terre et ses 27 l'homme a bien de ce temps. dans un sens religieux. l'art est à son origine une opération magique. Avec presque rien de la terre. dans un sens laïque. l'image de la bête chassée donnée en ex-voto à la divinité. au contraire. correspondant à un besoin impérieux de sa vie? A-t-il considéré l'animal comme une sorte de dieu. simplement comme une proie à maîtriser de toutes les manières. Picard. la dompter au préalable. Sous quelle impulsion. parois rugueuses d'une caverne. Paris. il a fait le mouvement de par la force la vie. de l'animal il a pris le corps à la fois du chasseur et la vision de l'artiste. Mainage. l'art aurait commencé par être un agent de la vie sociale -.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. par intuition d'art? Ou n'a-t-il pas eu quelque intention plus pratique. ou le représentant d'un être vivant. a-t-il voulu l'attirer.

il aura pénétré par l'étroite entrée de la grotte. il faut visiter les grottes où elles s'appliquaient comme en un musée. elles apparaîtraient plus nette- moins belle. magique ou sociale. et il se sentira enveloppé de confiance dans les destins de l'humanité. quand il aura peu à peu discerné sur dant encore du gées par une si les parois ces bêtes monstrueuses. et que l'effet seul a été recherché. plus encombrée de de ses ancêtres. que cette cause a vite disparu. dans les grottes et sur les ivoires. pour qu'elles soient uniquement le produit d'une dévotion. il faut les voir. Tout Français qui a le culte et l'image serait ment. qui pouvait entraîner son existence dans une voie plus grandiose encore. Vraiment. où sont peintures. trop d'images et trop diverses. quand ses yeux se Et quand. moins vivante. quelle initiale que soit la cause de ce travail esthétique. Parler de ces images ne suffit pas. et vivantes cepenfait de quelques couleurs trouvées et arranhabile. renaît tout à coup sous son regard grâce à la vertu magique de l'intelligence et de l'art.28 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. une émotion religieuse l'étreindra. Ce sont sincérité et de goût. tout homme qui a la curiosité respectueuse de son passé. moins marques et de symboles. doit faire le pèlerinage des Eyzies sur la Vézère. simple. et œuvre de non pas de besoin. A la fin fit de cette belle période d'industrie et d'art. Il décou- l'homme . religieuse. main passé. pour bien juger l'époque qui les a produites. quittant seront habitués à la faible lueur des lampes. d'ailleurs. disparues depuis des milliers d'années. quand il songera que ce lointain longtemps oublié des hommes. est bien probable. L'art apparaît dans toute son indépendance et toute sa franchise. On a l'impression que ces artistes ont aimé ce qu'ils fai- saient et qu'ils le faisaient par amour. les plus nombreuses et les plus belles de ces la lumière du jour. S'il y avait des arrière-pensées cultuelles. nous avons de ce temps. Pour bien les comprendre. une nouvelle découverte.

L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Celle-là travaille et produit. tantôt enchevêtrés. peut-être seulement de leur auteur. des bandes. Assurément. établir par là entre des êtres éloignés les uns des autres une sorte de relation magique. une communion dans l'intelligence ou la décision. à l'aide de peroxyde de fer. ces signes étaient en petit nombre et de forme naïve. des s'imprimer sur la pierre. destinés peut-être à rappeler des faits de chasse. des ronds. à des états d'âme ou à des faits. il a ajouté l'écri- ture. Mais on alla bientôt plus loin '. en outre. devaient être compris de tous. Je voudrais me représenter maintenant les conditions matérielles et morales dans lesquelles ont vécu les 1. peuvent se rapprocher ou se combiner. aux aïeux et aux descendants. Jamais l'homme n'avait fait une découverte plus capable de combattre le néant. correspondre à des paroles. . hommes Époque dite azilienne (Le Mas-d'Azil en Ariège). On utilisa des galets sur lesquels on peignit. et ces signes. annoncer un acte accompli ou à exécuter. L'écriture est de la parole humaine fixée et visible pour tous. vrit récriture. et exige la présence immédiate. Ce furent d'abord de simples traits ou des encoches sur os ou sur corne. l'os signes conventionnels : ce sont des demi-cercles. Jamais il n'avait assuré à ses facultés une telle souveraineté. de vaincre l'espace et le temps. C'était pour ainsi dire mieux et plus que la parole. mais l'écriture unit entre eux les vivants et les unit aux morts et à l'avenir. Celle-ci ne dure pas. imite et conserve. A l'industrie. tantôt isolés. et qui ont pu n'être compris que de quelques-uns. l'art procure des jouis- sances supérieures. c'est-à-dire qu'il 29 imagina des signes pouvant ou le bois. l'homme a trouvé le principal agent de la sociabilité humaine. à l'art. tout ainsi que nos Cette lettres fois. et ces signes devaient révéler une pensée ou un désir.

Placer à cette origine du monde l'Éden ou l'âge d'or fut une fable enfantine. peine et tremblement. Làdessus. Mais il est tout aussi ridicule de notre part de n'y voir que misère. siècles. et en particulier ceux des derniers voudrais savoir leur degré de bien-être et de ils bien faire. Nos premiers aïeux ne se sentaient point privés de ce que nous appelons le confort. évidemment. pour n'être pas aussi variée que la nôtre. les huttes et lits de branchage. la cueillette des -fruits naturels. nous manquons de mille choses que nos héritiers jugeront indispensables à la vie et dont l'ignorance actuelle nous vaudra de leur part une ridicule pitié. Pourtant. n'en était pas moins très largement assurée par la pêche.30 DE LA GAULE A LA FRANCE. qu'il ait l'audace Il faut de toutes les curiosités. Ces chasseurs d'Aurignac ou de La Madeleine n'étaient ni plus malheureux ni plus heureux que nous ne sommes nous-mêmes. Ils avaient tous les moyens de se défendre contre : les intempéries les : la fourrure ou le cuir des bêtes. ce que valait leur société. Le bonheur ne consiste pas à vivre dans certaines conditions matérielles ou mentales. Ces minces aiguilles . Ils ne vivaient ni dans les délices du paradis ni dans les terreurs de la géhenne. à défaut de la chance des solutions. puisqu'ils ne savaient ce que c'était et ce que cela voulait dire. la chasse. . et vrai- ment une société humaine digne de ce nom. il consiste à s'adapter aux conditions que l'on connaît et dans lesquelles on doit vivre. l'historien a le droit et le devoir de pousser sa recherche jusqu'au plus intime des âmes. j'entends jusqu'à quel point le connaissaient si bonheur ou c'était le bien. N'ayons donc pas pitié des chasseurs et des troglodytes de jadis ils pouvaient atteindre toute la part de bonheur à laquelle doit prétendre l'âme d'un être vivant. Ce n'est pas à l'aide d'une peinture murale ou d'un silex taillé que l'on devinera les vertus et les vices des hommes. La subsistance de ces hommes. je de cette longue période. Soyons sûrs que même nous autres. je ne peux apporter que des impressions.

posé. et. aviation. annonce une habitation et un Ils mobilier sufïîsants. cet outillage scie. On a vu qu'il leur laissa des loisirs pour faire des et de véritables œuvres d'art. comme on l'a sup- des images de piété. tout aussi bien L'intelligence la nôtre. durs à la fatigue et assidus à la besogne. c'est c'est l'éclat le pro- grès qui est fait sur le passé. l'art sous toutes ses formes. que ces peintures d'animaux soient vraiment. auparavant. Mais le travail matériel n'était pas plus impérieux. c'est l'élan vers le nouveau. de ces hommes était sœur ou mère de Nous ignorons davantage leurs croyances et leurs mœurs. étaient sans nul cloute fort occupes à toutes ces affaires de chasse ou d'installation. l'avenir. que les découvertes d'un Edison ou d'un Pasteur. . pour cultiver leur esprit. C-e qui fait la valeur d'une intelligence et l'éminence d'une invention. électricité ou vapeur. réfléchir et rêver. Tandis que l'époque païenne et l'époque chrétienne ont inscrit dans toutes leurs ruines l'empreinte de leurs dieux et la marque de leur culte. taille. ce n'est pas la nature des choses auxquelles on s'applique. l'arme d'estoc et de suppose une tension continue de l'esprit ou une divination subite. une suite d'expériences et de déductions ou la fixation rapide d'une lueur de génie.L'ÉPOQUE DES CHASSEVRS. d'une pensée imprévue. c'est la portée dans auparavant. perce et racle. Qu'on ne se trompe pas sur la supériorité intellectuelle de notre époque et sur la grandeur de ses découvertes. des idoles de Je que leur religion fût uniquement d'Esleur culte uniquement de pratiques magidivinités. la période du silex n'a rien livré qui ressemble à coup sûr à une pierre rituelle ou à un signe de dévotion. et. de femmes et de chevaux. 31 qui annoncent un vestiaire délicat et complique. Car je doute de plus en plus que ces sculptures d'hommes. affiner leur intelli- inventions inestimables c'est-à-dire gence. n'oserais pas dire prits invisibles. pas plus absorbant qu'il ne l'est de nos jours. Or. découvrir l'écriture.

à l'endroit des Magdaléniens jugés contemporains. les nous avons dit qu'ils remettaient en usage ce n'était plus ignobles et les plus sanglantes coutumes de l'ère préhistorique. La femme. de la pierre si. Les hommes de la pierre ont pu vivre avec des instruments pareils il n'empêche qu'ils à ceux des sauvages contemporains ne sont pas restés des sauvages. et. c'est de la même manière qu'on a . on les a comparés aux plus ignorants des nègres africains. l'horreur hirsute des habitants des cavernes. esclave et sujette. Mais celle est de fait que de toutes les archéologies. je ne leur je aucun de nos vices. l'arme du : combat ne refuserai s'est point perfectionnée et que l'instrument du travail n'a cessé de progresser? A tout prendre. des idées toutes faites. il ne résulte pas qu'elle fût seulement consacrée au meurtre et à la destruction. combien de fois avons-nous lu et lisons-nous ces expressions et bien d'autres similaires ! Pour expliquer leur degré de barbarie. on a à la essayé de conclure croyance en l'âme et en son immortalité.1-2 DE LA GAULE A LA FRANCE. de la part de nos ennemis. On a attribué à ces premiers hommes des mœurs atroces. C'est à peine de l'attitude des morts dans la tombe. De ce que nous ignorons leurs mœurs. aux pires atrocités. De ce que leur vie s'est déroulée très loin dans le passé. pure calomnie. dit-on. Des artistes et des inventeurs de ce genre on qu'ils me fera difTicilement croire aimaient uniquement le sang et le mensonge. n'avons-nous pas constaté que chez eux. pas autre chose qu'un être du bétail. en admettant qu'on : puisse se servir de ce mot à leur égard. nous n'avons pas le droit de dire qu'elles fussent féroces. taillée est jusqu'ici la plus laïque. était alors. mais ne leur dénierai aucune de nos vertus. Débarrassons-nous des prépas. il ques. Je me suis toujours demandé si ou des Aurignaciens. si l'on a des figures féminines. La sauvagerie des temps primitifs. Je ne nierai pas qu'ils ont pu faire la guerre et cependant. Quand la Grande Guerre nous a fait assister. à tout le moins.

voici que l'on vient de découvrir. et se succédant pendant des siècles. JuLLiAN.L'homme est d'un : ils apparaissent tous deux en couple d'égaux. Boule. La comparaison avec le c'est une bête que l'on chasse. Ces centaines de peintures que nous font songer à des centaines venus les créer ou les voir. Hommes fossiles. Et puis. p. Il a fallu. y voyons d'hommes associés qui sont La vie de chasse et de pêche la guerre civile et la dévas- amène plus souvent l'entente des familles et la formation de tribus qu'elle ne provoque tation des choses. Je sens au contraire des hommes qui se rapprochent en familles. pour les produire. et peut-être déjà par-dessus des tombes. c'est l'accumulation. 3 . a-t-on encore répété pour ces mil: c'était vraiment le temps du « coup où chacun se faisait d'abord sa place. Certaines sta- tions sur les plateaux de la Somme se sont prolongées depuis les premiers temps du silex jusqu'au plus bel âge de la civilisation des chasseurs. 33 Il faudrait le prouver. D'abord. Les t. Homo de poing lupus homini. de même que Paris s'est continué depuis l'époque ligure jusqu'à la nôtre. 1. Lalannc à Lausscl (Dordogne) XXIII. ce n'est pas la dispersion. Si je femme est de l'autre pense à quelque mythe pour traduire mon impression sur la famille de ce temps-là. une superbe image côté. L'Anthropologie. en tribus. . je préfère à tout autre celui d'Adam et d'Eve. 309 et 305. et renne tombe à faux tel n'est point le cas de la femme. en villages autour de lénaires de l'origine ». et non pas en maître et esclave. Je ne le crois pas. — De la Gaaile à la France. foyers et d'ateliers. la d'homme '. Ce qui apparaît dans ces gisements de silex taillés. en dernier lieu. beaucoup d'hommes vivant ensemble.L'ÉPOQUE DES CHASSEUIiS. des images de rennes ou de bisons. près desEyzies. à côté des : : figures féminines. 1912. ne parlons pas de bétail pour cette époque elle ignore les animaux domestiques. Découvertes du docteur G. à la même place. On ne se réfugie pas dans les cavernes pour se défier ou s'entre- déchirer.

Sur nos plateaux du : : Nord ont été recueillis les silex les plus robustes et les . n'est point possible. sur notre sol. furent vraiment les centres actifs de la première industrie du silex nulle part vous n'en trouverez de vestiges plus denses. préludé aux Gaulois et à la France? Gela. une formation politique qui ressemblât à une nation. de la Marne. chasse. des nationalités. si l'on veut parler d'une grande fraternité de troglodytes et de sa capitale. qu'on dirait un sanctuaire de ralliement de tribus innombrables. à peu près simultanément. autour de nos une nature particulière et une intensité de vie que il nous ne rencontrerons pas dans les régions plus lointaines de l'Europe.34 DE LA GAULE A LA EHAJSCE. par les mêmes phases. fleuves. A l'heure où j'écris (je dis cela. Au nord comme au sud de la Manche et des Pyrénées. On est également tenté de croire que les hommes de nos pays ont été. Il n'y a rien. et qui aurait. par-dessus familles. si nombreuses. de la Seine. sociétés de une entente plus vaste. c'est à la France et aux Eyzies qu'il faut s'adresser. concevoir Peut-on enfin. montant ou descendant par les rivières de France. si rapprochées. hommes. l'Europe de ces périodes est passée. ses véritables animateurs. parce que nous sommes toujours à la merci d'une nouvelle découverte). On signalera en Espagne d'aussi mais ces grottes belles peintures que celles des Eyzies françaises de la Vézère sont si riches. Les bords de la Somme. qui indique une civilisation propre à notre terre. de la Meuse. semble entièrement inconnu de ces Et cependant. un lieu de rendez-vous ou de pèlerinage où des milliers de chasseurs se sont rassemblés. y a déjà chez nous. aux différentes étapes de cette civilisation. tribus. à l'est comme à l'ouest du Rhin. dans la vie de nos plateaux ou dans celle de nos cavernes. jusqu'à de nouvelles découvertes. depuis l'invention de l'arme de silex jusqu'à celle de la peinture pariétale. Ce que nous appelons des frontières.

êtres à demi errants. Ils possédaient leurs sentiers et leurs stations d'habitude. dans cette religion des cavernes. Mais de cette terre. Je n'ignore pas qu'il a dû y avoir des enfouissements voulus de morts dès les temps moustériens. ces tribus n'en demeuraient pas moins des chasseurs. Ils ignoraient que la terre est une source de vie par les tombes \ de fraternité par Mais une autre période d'histoire allait commencer. ils avaient déjà.L'ÉPOQUE] DES CHASSEURS. C'était la surface seule qu'ils les terre souveraine. . ce sont nos gîtes qui approvisionnent les du musées européens des c'est pièces les plus typiques dans nos cavernes qu'il faut se du Moyen Age paléolithique. en d'autres temps. le souffle inspirateur est venu de la Grèce et de Rome. Au moment actuel de la science tout nous invite à supposer que c'est ici qu'a été donné le branle à la vie intelligente de l'Europe dans les premiers temps de sa destinée. comme. Ces hommes. celle où l'homme découvrit la valeur de la terre et associa la vie du sol à sa propre vie. à demi nomades. 35 mieux Centre travaillés de l'ère primitive. et les galets porteurs d'écriture proviennent de la grotte où coule un torrent pyrénéen. — 1. en France comme ailleurs en Europe. avaient voulu conquérir et qu'ils possédaient maintenant. rendre pour avoir l'im- pression la plus juste de l'esthétique des chasseurs. Mais je songe ici au culte de la tombe. dans la vie courante. cultures. qui fixe. ils ne connaissaient que la surface. senti la première impression de la qui appelle les vivants et morts. de tradition par les les cités et les patries. Il n'empêche que la vie civilisée commençait à peine.

Voyez les mêmes livres que pour l'époque précédente. — Avènement de Terre-Mère. Toute datation. l'archéologie de la pierre polie n'apparaît clairement ni dans ses périodes ni dans son évolution ni dans sa répartition. Les premières cultures. même approximative. Exploration minéraloDomestication des terre. On a donné les chiffres de 7 500 à 6 000 ans avant notre ère pour il . prépondérance de la hache. vie solidaire. Migrations humaines dans cette période. plus considérables que tous ceux qui 1. — Les résidences des morts. Mais faut avouer que tous ces livres laissent.II L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS TEMPS NÉOLITHIQUES OU DE LA PIERRE POLIE * La grande révolution de comme force agricole. la gique de — Nouveaux éléments de relations routes. de nouvelles découvertes et de nouvelles statistiques. — La conquête de mer. Déclin des œuvres de Vesprit. . Nou- — — — — Incertitude de — notre histoire : la la science — velles industries. déesse souveraine. — Ce que France animaux. marchés. mais non décadence absolue. Dans ère ^j il le cours des derniers millénaires avant notre prodi- se produisit chez les hommes de France de gieux changements. — La céramique. Nouveaux instruments . — — — les la : la la doit à cette rôle de la époque : éléments nouveaux d'une Bourgogne. — Groupements humains forteresses. Jusqu'à. 2. lechien. une impression moins nette que pour les temps paléolithiques. paraît impossible. découverte du métal. Discipline de la terre et de l'âme. des temps néolithiques. découverte de la terre sur les origines de cette révolution. villages.

et je doute qu'on ait déjà eu l'idée de voir dans la et qui nourrit. Mais celle-ci.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Elle les portait dans leurs stationnements et dans leurs marches. qu'il rencontrait sur familles et les tribus ne savaient pas ce qu'était un domicile. bois ou silex. ses cavernes leur avaient offert un asile aux heures pénibles de leur existence. c'est à l'agriculture qu'ils demandèrent surtout les moyens de vivre. p. Les Hommes fossiles. 10000 ans avant l'époque on descendu à 4 800. sans renoncer à la chasse. La théorie de 1' « hiatus ». Ce n'est pas que la terre fût demeurée une inconnue pour leurs ancêtres. attentifs qu'ils les sol ou de culte. en obserse vateurs étaient. malgré tout. Ils découvrirent la valeur productrice de la terre. me paraît définitivement abandonnée. et. pour creuser des de et sans doute. 1. Corrèze). ne tenait qu'une place secon- daire dans leurs besoins et leurs espérances. 37 avaient jusque-là modifié leurs corps et leurs âmes. Les animaux eux était fournissaient à l'homme le principal de sa nourriture et l'essentiel de son vêtement. les face foulée par ses pieds. et à bon droit. j'emploie ce le mot « connaître dans son sens commencement de est cette période néolithique (Boule songe à actuelle. c'est-à-dire de l'absence de transition entre le paléoUthique et le néohthique. qu'ils appliquèrent le meilleur de leurs pensées. il se battre contre sa besogne ordinaire et pour ainsi dire son devoir d'être vivant. que les choses. même . « » terre un Esprit supérieur qui enfante De nouvelles générations vont surgir qui connaîtront » enfin la terre. des habitudes et des sentiments enracinés en un point du sol. De la terre n'occupait et n'utilisait que la surcette surface. 61). et ils n'avaient dès lors cessé de regarder lieu le sein de la terre comme un leurs fosses et de refuge. Dès l'époque moustérienne (squelette de La Chapelle-auxSaints. sont-ils bonne heure aperçus que arbustes de leur nourriture sor- taient de grains enfouis dans les profondeurs de la terre. 3 300 pour le début de certaines stations néolithiques lacustres delà Suisse. de réunion le mains savaient entr'ouvrir y déposer leurs morts '.

les Tour à lin hommes lui confièrent les grains de blé ou de pour améliorer leurs conditions matérielles. plus large. pareille aux femmes et m. — — — — . évidemment. les élèves immédiats de ces lointains ancêtres. Ces deux époques. de l'argile. sociales et religieuses. tant d'efforts. ont contribué chacune pour sa part à nous faire ce que nous sommes. tout cela e^dge encore pour nous groupes sociaux. ils modifièrent son aspect et sa nature même afin qu'elle s'adaptât tence. n'aura produit une telle suite de découvertes. ils tirèrent d'elle de la pierre. une chaîne d'événements et un ensemble de phénomènes d'une unité parfaite et d'une grandeur réelle. Elles comprirent sa force féconde. que nous pouvons nous dire les héritiers directs. humain et religieux à la fois. du métal pour compléter leur outillage de travail et de combat. aux temps des chasseurs. l'histoire aux Jamais de l'humanité. celle des temps des chasseurs et des troglodytes. des demeures et des villages faits pour l'éternité. la prééminence de est devenu pour nous une chose l'homme dans le monde. si longue soit-elle. et cela nous rappellera l'unité et la grandeur de la période précédente. de transfor- mations économiques. ils en firent aux nouveaux modes de leur exisun objet que l'on possède et une étendue vie. tout ce que les agriculteurs des temps nouveaux vont remuer de faits et blé. labeurs de paix ou entreprises de guerre. Mais le bienfait suprême que nous devons aux millénaires paléolithiques.38 le DE LA GAULE A LA FRANCE. C'est la véritable histoire de la terre de France qui commence avec eux. elles sentirent son attrait divin. se déterminant dans un ordre naturel. ils se l'imaginèrent que telle l'on délimite. frontières de d'idées. métal. ils bâtirent à sa surface des tombes. tour. propriété du sol. dans ces temps d'agriculteurs. que cette longue époque nous paraît étrangère et inutile à notre destinée. recevant et exigeant d'elle tant de bienfaits.ères qui les avaient engendrés. et enfin. si naturelle. tant de sources de qu'une puissance souveraine. Nous allons rencontrer. Au contraire.

amené par un changement dans la vie de la nature '. ne crois constante. soit entraînée par la rumeur populaire. une température plus douce permit aux habitants de la terre de remarquer avec plus d'attention les richesses et les variétés de ses produits. la régularité de ses fonctions créatrices. je crois. . 3. Le climat perdit de sa rigueur. instituant sur notre sol des habitudes nouvelles. à la ténacité de ses expériences. C'est et 1. sur tous ces points. Car je crois à la persistance. à l'ingéniosité de ses hypo- A quelle race attribuer le mérite d'avoir ouvert à notre histoire de France la voie de l'ambition agricole? Est-ce à nos anciens troglodytes S qui se seraient peu à peu détournés de la contemplation artistique de la nature pour rielle? se mettre délibérément à son exploitation maté- Est-ce à de nouveaux venus. à sa faculté de noter thèses. l'opinion je compte.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 39 Ce changement dans la vie des hommes fut peut-être. les saisons prirent des proportions plus harmonieuses. Connue comme telle. les glaciers recu- lèrent sur les plus hauts sommets. le goût pour un autre genre de vie? La découverte du blé que l'on cultive et du pain que l'on fabrique s'est-elle faite chez nous. provoquée pour ainsi dire par l'excellence de notre terre. pour une part. de nombreux individus de la race des derniers temps troglodytiques. qui sera ^? éternellement la patrie du pain blanc ou nous est-elle arrivée de proche en proche. Car c'est au génie observateur de l'homme qu'il faut revenir en dernière analyse. sur notre sol. dès les temps gaulois. les rapports entre les êtres ou entre les faits. J'en doute encore pour mon pas impossible que la stabilisation du climat ait été acquise avant les temps de la pierre polie. soit introduite par quelques émigrants indus- trieux ou une bande d'heureux conquérants? questions à nous poser! Que de Que de réponses à attendre de la science de demain! Celle d'aujourd'hui. 2.

Boule constate l'apparition et la fixation. des trois principaux types physiques actuels. M. Toutes les hypothèses possibles ont été imaginées.40 DE LA GAULE A LA FRANCE. qui semble bien dériver de la race magdalénienne dite de Cro-Magnon. à propos surtout des premiers temps du bronze). s'établirent au milieu ou à côté des descendants des troglodytes magdaléniens. On s'est complu à croire que les premières familles d'agriculteurs étaient douces et pacifiques. 487 . l'homme Alpin 3. Race l'Ouest. et peutêtre cette race était-elle plus apte aux besognes rudes et continues qu'allait exiger le travail de la terre. et l'homme Méditerranéen. opinion dont je regrette de me séparer. Elle a réussi à fixer siècles l'apparition ébranlé les en furent les épisodes successifs. à la fin du néolithique. Depuis le jour où l'homme estima la d'êtres. et que l'aurore de la civilisation rurale ne fut pas traversée de lueurs sanglantes '\ J'ai peine à le penser. ou de Grenelle (Paris). Ces migrations n'ont pas dû se produire sans troubles et sans luttes. p. d'Asie. Dans son livre sur Les Hommes fossiles (p. Race dite des Baumes-Chaudes (Lozère). Les déplacements de masses humaines sont rarement des faits d'accord et de calme. terre à son prix. dans l'ensemble des de la plus grande révolution qui ait multitudes humaines . de désir plus énergique. I. l'expression de Déchelette {Manuel. C'était l'opinion et . On l'a fait arriver tour à tour d'Extrême-Orient. Aux popuune race lations anciennes \ d'autres vinrent se mêler ^ : au crâne plus fuyant. t. Soyons d'ailleurs sûrs qu'il a dû venir des émigrants de plusieurs espèces et que tout ce monde s'est vite mélangé. de plus atroce cause de batailles et 1. à l'allure moins dégagée. mais elle ne sait pas quels premiers promoteurs et les vacille et tâtonne. 339 et suiv. dite de Furfooz (Belgique) l'homme du Nord. de Belgique. On la dit dominante dans 2. à' la stature moins élevée. par la Méditerranée. d'Espagne. Elle paraît jusqu'ici dominer dans le Nord et dans l'Est. En tout cas le début de la vie agricole fut accompagné en France de larges mouvements d'hommes. d'Italie.). d'Afrique. il n'y eut pas de besoin plus impérieux.

que l'acquisition et la possession d'un peu de cette terre. 41 de meurtres. en leur objet. Du jour où l'habitant de la terre se mit à la travailler. ou l'envie. aussi bien désordonnées des Cimbres et des Teutons. les regards changèrent de direction. : autant de deuils que de joies restera en son : et il en sera ainsi tant qu'il âme le vice et le mal. On dirait qu'il a perdu la force. à dessiner de sa main des figures semblables à celles qu'il aperçoit. il sema dans l'univers. Telle est la loi inéluctable. d'en noter exactement les traits. il ne renoncera jamais à tracer. capables de prendre à leur service les conquêtes de l'intelligence. de ces peinsi tures et de ces sculptures saisissantes de vérité. les populations de la Gaule se mirent toutes peu à peu à leur nouvelle vie. à travers des germes de vie. de les copier pour renouveler lui-même l'allégresse de ses yeux. je ne distingue pas. ou des signes qui que nous ont révélées grottes lui rappelleront les objets familiers : mais ces dessins les sont maintenant incorrects et informes. les comme du Périgord. ou le plaisir de voir. Anciennes ou récentes. Certes. il n'a pas renoncé. Ce qui est chose d'art lui est devenu indifférent ou difficile. et. Nous n'admirerons celles plus. L'esprit changea d'allure. L'homme n'a plus la tentation de reproduire ce que la nature lui présente. les unes et les autres de ces invasions. les facultés changèrent de domaine.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. des semences innombrables de mort. et de longtemps. dans une certaine mesure. que toute découverte humaine apporte à l'homme autant de ruines que de profits. et sur pierre se gravures réduisent souvent à des lignes incohé- . C'est par la cupidité du sol et de ses richesses que s'expliquent les courses les les invasions les plus brutales. que marches méthodiques des légions romaines car à bien regarder les choses.

n'est plus question de l'écriture. Ce que je dis là est inspiré d'un témoin et observateur de la faillite intellectuelle de l'Empire romain (l'expression de faillite m'est suggérée par St. l'esprit se stérilisa. XIV. ces époques de décadence ne sont jamais absolues. et il s'en est ensuite détourné dans des faits de ce Bien un accès de timidité subite. et que tout au contraire. quand on conclut uniquement d'après des faits d'archéologie. préoccupée par la seule recherche du bien-être de chaque jour. De tous les grains de 1. lorsque les bienfaits de la paix romaine laissèrent espérer que les initiatives de l'art et de la science helléniques allaient faire éclore des prodiges inattendus. l'homme s'est placé au seuil de sa il plus merveilleuse découverte. j'aperçois avec le Christianisme des germes d'une transformation morale qui compensera le déclin de l'esprit. une réfutation imprévue. ainsi qu'il devait des siècles plus tard. Il L'art est ramené à l'enfance. Au milieu de l'atonie intellectuelle que subit l'Empire romain. au lieu d'un appoint nouveau. Et aux siècles où disparut l'art paléolithique. auxquels le hasard d'une découverte peut apporter.42 DE LA GAULE A LA FRANCE. Dans la mesure où l'on peut apphquer ces deux expressions aux représentants de l'époque dite azilienne. au temps des invasions barbares. 2. *. 3-4). Les traces en dispa- raissent avec les dernières générations des troglodytes magdaléniens ^ Ainsi. Au surplus. 3. des sentiet. Ceci dit dans l'état actuel de nos connaissances. Ce qu'on imposa d'abord et surtout à la terre. ments. s'y est arrêté. l'humanité ne sut plus ni découvrir. Gsell). ni exploiter ou même conserver les découvertes de son passé ^. j'entrevois l'intelligence faisant effort pour transformer la vie matérielle de la terre et la vie sociale des hommes. Il s'agit moins de l'affaissement de l'humanité que d'une crise où elle évolue vers des principes. Pline l'Ancien (II. Il faut toujours réserver l'avenir. rentes l'être. 117. des genres de vie jusque-là inconnus. la volonté s'atrophia. garder et féconder le blé. ce fut de recevoir. genre se sont produits à la fin du monde — antique. .

D'autres céréales accompagnèrent d'assez bonne heure froment. si oublié depuis que le maïs l'a remplacé sur nos terres maigres. sorbiers ou on dut longtemps encore les accepter tels que les offrait la nature. du pommier et du poirier. fraisiers. Je suppose que les arbres fruitiers sortirent eux aussi de la période sauvage pour entrer définitivement dans j'entends par là que d'habiles pratiques l'âge civilisé permirent de tirer le plus de fruits possible.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 77). On ne peut affirmer. que l'on connût mais la présence de pépins de l'art de fabriquer le vin raisins dans les débris de cette époque nous donne le droit de supposer que l'on s'approcha bien près de la joyeuse découverte. le seigle. et les meilleurs. l'avoine. le blé fut peut-être 43 le connu le et honoré premier. d'Anilirùpologic. Le blé eut le lin : comme le principal concurrent pour l'emploi de la terre grain qui nourrit partagea le sol arable avec le le grain qui habille. chênes S prunelliers. on eut aussi l'orge. pour ces temps reculés. 1917. à peu près au même rang et dans les mêmes conditions que de nos jours. il devint très vite plus estimé et le plus répandu de tous. hêtres. culture. de la Soc. Les frères Cotte ont signalé des traces de chanvre dans la caverne néolithique de l'Adaouste dans les Bouches-du-Rhône {Bull. On eut le millet. Je les place ici. p. était m'étonnerais qu'il en fût ainsi 1 . alors ignoré : On je a dit en revanche que chanvre -. 2. Les terrains à blé furent les plus nombreux parmi ceux que l'on cultiva. . et qui sont devenus les plus chers au paysan de France. noisetiers. La vigne avait sans doute hommes sur les mystérieuses : déjà attiré l'attention des vertus de ses grappes. noyers. Et il en est toujours ainsi sur le sol de France. Car pour les autres. en tout cas. à cause de l'usage alimentaire qu'on a certai- nement tiré des faînes et des glands. les deux arbres qui se prêtèrent le : le mieux aux leçons humaines.

Maria Chapde: laine (1921. dessécher des marécages. de ne pas semer ses grains en été et de ne pas astreindre au blé un sol qui ne pourrait supporter que le millet. 32) roman de mœurs canadiennes où tant d'épisodes de la vie des défricheurs peuvent donner une idée de nos temps néolithiques. de la conquête décisive du sol. et souple. de pluies. Notre sol de France prendra un air plus aimable et plus accueillant. Alors. où elle faudra qu'elle concède prendra et retiendra habitudes exigées par lui. également. la culture ne comporte plus : les coups de fantaisies et les longs loisirs de la vie de chasse. se vêtir et se dénuder au hasard de sa nature. « il fallut. Le : sort de ses moissons est lié à l'espèce de la terre et au cours des saisons il convient de choisir et d'expérimenter le terrain et l'époque. . le ne sont point sous 1. pour loger et nourrir ces grains. Paris. surtout p. Ces mêmes récoltes. enfin. Son aspect va devenir plus et plus gaie entre les bois et varié encore. Ce fut. le com- mencement de l'interminable bataille contre la nature.44 DE LA GAULE A LA FRANCE. et le regard de l'homme per- cevra une poésie plus douce dans ces paysages qu'il aura tout à la fois nuancés et disciplinés. il sentira s'imposer âme une discipline et des sentiments nouveaux. de Voyez le roman posthume de Louis Hémon. et avoir enfin devant soi la terre nue prête au labour et à la semence. les Il à l'homme des espaces réservés. les clairières des emblavures et des linières jetteront les une note plus vive marécages. faire suivant de la terre » ^. il recevra lui-même. dépendent d'événements qui pouvoir de l'homme. cette fois. brûler des broussailles. Grasset. à son Par contre-coup. La terre ne pourra plus pousser à sa guise ses arbres et ses plantes. la parole des défricheurs canadiens. abattre des forêts. Cette fertilité de la terre. dépend d'un labourage et d'un entretien continus ou périodiques le maître doit classer plus rigoureusement ses occupations dans le cadre de ses heures.

p. caractérisée surtout par une multiplicité de très petits silex dits silex pygmées. une époque tardenoisienne (le pays du Tardenois dans l'Aisne). après l'azilien.). Le silex ' : dégrossi et taillé a toujours servi en pleine période agricole. il 45 faut donc qu'il s'attende aux Inconnues du lendemain. dite robenhaiisienne (Robenhausen près de Zurich). On ne cessa dès lors de chercher de nouveaux outils. Deuxième époque néolithique. 336). puis la hache. de la confiance ou de la résignation. moins souverain sur la terre que dans les temps où la force de son bras et l'habileté de son regard suffisaient à lui procurer un gibier de choix. et d'en trouver. aux limites du paléolithique et du néolithique. ne pouvaient suffire. et il se reconnaît peut-être moins libre et moins puissant. moissons à récolter. finit par s'apercevoir - que les parties lisses Seine. p. anciens instruments fut inventé. l'agriculteur de la nouvelle époque se conforma. t. dans la confection : de son outillage. On a souvent constitué. terre les à labourer. Au début. 350 et s. commune de Blangj' : la station du a donné son nom à la première époque néolithique (en laissant l'azilien dans le paléolithique). En Campigny . 2. Breuil dans L'Anthropologie de 1921. puis le pic. pour rompre les troncs les plus résistants. arbres à abattre. il sait plus profondément ce que sont des angoisses ou des espérances. Mais on 1. Entre le pic ou le tranchet de l'agriculteur normand du Campigny et le coup de poing de Chelles ou le burin d'Aurignac. pour creuser le sol. rapidement façonnés par l'enlèvement d'éclats. par une taille à coups répétés.Inférieure. il n'y a que des différences de destination et de forme le procédé de fabrication est identique. I. et cette opinion paraît reprendre corps (cf. les Le tranchet pour couper plus grosses branches.V ÉPOQUE chaleurs ou d'orages : DES AGRICULTEURS. du reste. Je partage encore là-dessus le scepticisme de Déchelette (Manuel. aux ses instruments principes des ciseleurs de silex furent simplement des fragments de pierre. Devant ces besognes inattendues.

à polir la pierre. que rendait les tranchants et les pointes plus et égalisées de la l'aiguisement redoutables. réussit à faire des instruments. aussi lustrées que les plus travaillés des marbres et des métaux.46 DE LA' GAULE A LA FRANCE. au silex taillé. Car cette lourde masse. d'hast ou de jet. polie pour les plus grandes. aussi glabres. cette hache est devenue l'agent le plus terrible de la volonté humaine. aiguisée et tranchante. puisqu'elle complétait sa force dans ses travaux de construction tout autant que dans devoirs de défense ou ses envies de destruction. il fut inféodé à la pierre ancienne. que l'épée le sera au guerrier gaulois et au chevalier du Moyen Age. Elle fut vraiment le traducteur et l'amplificateur de ses gestes. maintenant polie. taillée pour les plus petites. ses et bien plus encore. et qui font aujourd'hui l'admiration de nos la techniciens de la pierre. Les pointes de lances et de flèches. oubliant que pour une bonne moitié de sa durée. aussi mêlée à son être. et destinée non point seulement à des batailles contre les arbres de la forêt. De nombreux vestiges nous montrent que le maître de la hache avait à sa disposition bien d'autres armes. Elle fut aussi indispensable à sa vie. L'épée seule sera plus puissante mais il faudra le métal pour la constituer. insérée dans un long manche de bois et maniée par un bras robuste qui à distance lui transmet sa vigueur et par cette vigueur décuple le poids brutal et la force pénétrante de la pierre. ou de pierre « nouvelle » (néolithique). mais encore à des batailles contre d'autres hommes. C'est pour cela que l'on a appelé cet âge de l'histoire l'âge de la pierre polie. des têtes de hache aussi fines. hache avaient plus de force coupante. toutes également en pierre. Comme l'ouvrier de ce temps-là était à il la fois fort patient et fort habile. de choc. l'emblème de son activité. les têtes de maillets et de massues abondent dans les ruines des temps : . La hache n'allait pas tarder à devenir la compagne habituelle de l'homme. tout naturellement. et on en arriva ainsi.

. manieurs de la hache de pierre. on constal'industrie alimentaire. cidre.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. « « C'est une merveille ». semblent au contraire fois. Faisons rapidement l'inventaire de leurs industries. contemplative. II. en principe d'oa ou de corne. est formé du même radical que pugnus. avec les procédés et les Instruments pour filer. fusaïoles. « poing » il y a là une survivance. 2. corme et peutl'industrie du vêtement. 47 Nous n'avons plus. armés de l'épée de métal. déchiré par les combats aux conquérants et aux pirates. Le lent développement du poignard avant la découverte du métal. Hist. poiré. « poignard ». pesons. Des indices de lutte et de meurtre appachaque pas au milieu de ces découvreurs de L'arsenal ne doit point faire négliger l'atelier. l'impression d'une vie paisible et en partie raissent à la terre. » Il parlait des temps héroïques de la Grèce. loin de nuire aux progrès industriels. 117. est à rappeler Ici (je ne parle que de la Gaule). avec ses blés. fuseaux. : linguistique très nette des conditions préhistoriques. comme à l'époque des troglodytes. 44 (45). nous pouvons parler de même pour les hommes des temps néolithiques. nat. avec le être déjà bière et vin. Ajoutons les poignards et les couteaux. d'y voir cependant l'esprit humain appliqué à tant de choses et arriver à résoudre les problèmes les plus ardus et les discordes. — lin et ensuite la laine. Remarquez qu'en latin pugio. dans leurs rapports avec les besoins humains. PUne. les avoir surexcités. et bientôt ses fours et ses pains. en proie des inventions nouvelles. Si l'on examine ces industries dans leur destination. ses meules de tera grès. : avec ses boissons fermentées. et cependant cette sorte d'arme était déjà en germe dans le coup de poing clielléen. Guerres et dangers. ^. rures des qui s'ajoutent au cuir et aux fourtemps primitifs. néolithiques *. a dit Pline l'Ancien que de voir dans le monde d'autre- morcelé entre tant de tribus. 1. ses gâteaux de farine. carder et tisser.

pics. ciseaux. aux écailles. essais colliers. avec ses premiers trice immédiate de la précédente. et seulement pour h\ fin de cette période. — voici les engins qui 1. auxquels l'emploi de l'argile et de l'osier — chaque va donner mille formes on eut même de petits et mille dimensions nouvelles : flacons à fard. 1918. 6G et Mémoires de la Soc. les fils et les graines de l'herbe.48 DE LA GAULE A LA FRANCE. mais suffira de peu pour l'atteindre. pots. et peut-être chemises et pantalons. aux coquillages. — tranchets. de franges et de passements. I. Si l'on examine enfin les objets de ces mêmes industries voici les suivant leur manière de servir ou d'agir. 15 mai 1917. armes. et Ch. avec ses innombrables bracelets et bagues. auxquels la souplesse permet de donner la forme du corps. . percent ou taillent. scies. marteaux. Tissage et vannerie sont arrivés aux résultats qui importent. . D'après les découvertes et recherches des frères Cotte. le bois. du tissu peignes et dévidoirs. les croissants et les cercles empruntent leur diversité et leur vertu magique aux dents d'animaux. aux pierres dures ou rares. instruments. première ébauche d'une mode éternelle. poinçons. — tuniques. haches. jarres. jour plus nombreuses. en os. accompagna* avec ses teintures bleues et rouges. d'Anthropologie de Paris. l'industrie de l'ameu- — et je n'ai blement. l'industrie de la parure et de la toilette. 1919. jattes ou cruches.. épingles. s. le les tiges de jonc et il d'osier. plus à parler des industries de l'agriculture et de la — guerre. harpons. t. Bulletins et p. en espèces voici les récipients. avec ses vêtements. l'os et le cuir depuis longtemps en usage. Cotte. Revue des Études anciennes. manteaux. aiguilles. elles utilisent toutes les pierres possibles. Revue arch. molles et dures. J. fournies par la guède et le kermès pour la coloration des costumes ou des tatouages. on verra qu'outre la pierre. Si l'on la examine ensuite ces différentes industries suivant matière employée. et aussi l'argile. lesquels rompent. avec ses vases d'argile ou d'osier. Il ne manque que métal. dont les pendeloques.

JoLLiAM. Pour le moment n'en tire que des vases fort vulgaires. Parmi il ces industries. feu du bois et l'arme de pierre. larges blocs qui conservent les aujourd'hui encore le rainures profondes creusées sous frottement incessant des têtes de haches. allait fabriquer. est point de plus riche et de plus souple n'en à façonner et durcir. de flanc qui annoncent les anses. là ailleurs des bourrelets formes et les usages des amincissements à la les pieds. 1. la brique qui supporte. entre les moyens de proil duire que la nature a mis entre les mains de l'homme. Mais laissons agir est temps. terre. 4 . les deux premières que rhumanité le avait faites. dont faut signaler avec insistance les débuts à l'époque de ' : la pierre polie car vraiment.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. comme Avec découverte. ici des des taille. aident à attacher. Gela valait presque. l'image qui reproduit. l'homme ses doigts. L'industrie d'élite déjà. ajoute à ses vases les organes qui : en varieront plus tard rebords au sommet. fils 49 et boutons. tout pareils à ceux de nos faucheurs. presque aussitôt les née avec la céramique. Je me range du côté de ceux qui n'acceptent pas la céramique à l'époque paléolithique. il en est une. — et voici enfin les outils auxiliaires. cordages. la tuile qui conduit. ses présents. la céramique. cette glaise ou boue informe. ils ont proclamé que la terre leur avait fait le plus beau de l'argile que pétrir. boursouflures de base qui annoncent tion ne se déroule jamais isolément : Une inven- cent détails surgissent aussitôt à sa suite pour la soutenir et l'accompagner. en leur révélant l'argile. tournés à la main. il moule qui le répète. au gré de le tour à tour le vase qui renferme. — De la Gaule à la France. aiguisoirs en pierre à trou de suspension. et polissoirs de grès ou de granit. Si les peuples de ce temps usaient déjà du langage imagé qui fut cher à la Grèce. elle Et après sa naissance. mal cuits.

1.50 DE LA GAULE A LA FRANCE. voilà la principale ambition des hommes de ce temps. rouge comme les gouttes du sang ^ Je sais bien que véritables chefs-d'œuvre : salle II. Il fallait. Voyez au Musée de Saint-Germain. habiles à forer et perspi- des puits. et bientôt. et surtout. et qui devait avoir pour les destinées de l'humanité les plus profondes conséquences. par Marsille. tout ainsi que plus les plombiers de cette même Gaule s'en iront quérir leurs lingots de métal dans l'île voisine de Bretagne. dont les ouvriers locaux devaient tirer leurs pointes de lances ou leurs tranchants de scies. les collections du Musée archéologique de la Société polymathique du Morbihan {Catalogue. de la Soc. Peut-être pas avant les premiers temps du métal. voyez . patients caces. pour découvrir un gisement de matière utile. 1921). Mais pour tous les produits des temps de la pierre polie. Bull. doré comme un rayon de soleil ^. Peu à peu sans doute. A la fin seulement des temps néolithiques. vitrine 17. ils acquirent le même flair que leurs ancêtres les chasseurs pour dépister un gîte de gibier. tard Il fallait. l'ambre. L'exploration de la terre. les du travail néolithique '. aussi. et peut-être en relation avec la migration des Indo-Européens. le corail. Il fallait à leurs armes et à leurs outils en silex taillé une pierre à la fois solide et souple ils reconnurent les gisements du Grand-Pressigny en Touraine. pour les parures et les amulettes. et de celle-là on forma des têtes : de haches d'un poids énorme et d'un galbe étonnant. on demanda au Grand-Pressigny des blocs de silex brut. à scruter des surfaces. 3. pour les haches à polir. des pierres rares portant en elles les couleurs souveraines du ciel et de la vie on se procura la callaïs. des pierres dures et compactes. de tous les points de la contrée qui deviendra un jour la : Gaule. Vannes. à sonder des parois. Ce furent des prospecteurs décidés. 2. d'origine volcanique ou autre on sut trouver l'obsidienne et les jades. aux teintes vertes et bleues de l'horizon.

à tort ou à raison. et tout d'abord il fut frappé par l'or aux couleurs de rayon solaire. ou très petites (jusqu'à 20 millimètres). ne fut utilisç d'abord que comme 4. Et l'idée vint aux polisseurs de hache de fabriquer avec le cuivre des instruments semblables. et à plus forte raison l'or. « Les racines de l'âge métalhque sont . et j'imagine que nombre de ces objets étaient réservés aux morts ou aux dieux. l'homme aperçut le métal. Mais je me place au point de vue probable des hommes de ce temps. et par le cuivre qui lui ressemblait ^. en particulier pour les usages religieux. L'époque du cuivre (énéolithique) et l'époque contemporaine de l'or (chrysolithique) m'ont toujours paru s'amalgamer plus qu'à moitié avec les temps néolithiques. C'est en particulier le cas des haches qui ont une dimension inusitée. à en fabriquer beaucoup en ces temps-là. Les choses. l'ambre et 51 le corail ne se recueillent qu'aux rivages de mais l'exploration des mers fut la suite naturelle de l'exploration des profondeurs du sol. très grandes (jusqu'à 468 milhmètres). leur fit en ce nouvel âge de la les hommes. On continua. L'arme de métal dériva. je pense. le métal prenait mille formes sous l'action de la chaleur il y avait en la matière nouvelle que l'on façonne et de la pierre qui se durcit. à peine épanouis. Et je sais aussi qu'ils appartiennent en principe au règne végétal ou au règne animal et ne peuvent pas être assimilés à des pierres. de l'arme en pierre polie. On est convenu. et que les temps néolithiques. 3. Il ne faut pas croire que la présence de haches polies exclue les temps du métal. 2. ne pas oublier animaux qui 1. des objets d'ornement plus rares ^ Mais il constata bien vite qu'à la différence de la pierre. Au cours de ces recherches. s'accompagnèrent de l'usage du métal *. allèrent très vite je veux dire que : comme de l'argile : la hache en pierre polie reçut de bonne heure comme concurrente la hache de cuivre.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Le cuivre. de placer vers l'an 2500 les premiers développements du métal dans nos pays. L'exploration vie des de la terre. je suppose. perle de collier. même du temps du bronze. sans transition. Il ne vit la mer ' : d'abord en eux que des pierres plus brillantes.

et ce fut la joie de l'homme que de les pourchasser ou de les combattre. ce fut une nouvelle découverte. les temps où s'épanouit le néolithique ». l'aurochs. traqué de toutes parts. les millénaires avaient été leur pensée maîtresse dans l'intelligence et le de leur ancienne jeunesse. dans . l'homme ne fut plus seul dans ces parties de course et de bataille.S2 DE LA GAULE A LA FRANCE. ou. et elle gardera même jusqu'à nos jours cette allure hiératique qui est un héritage des troglodytes. Comment l'idée en est-elle venue? Est-ce en une saison de misère que la bête. l'animal ne s'est-il pas proposé joyeusement. elle ne les substitue jamais absolument les uns aux autres. mais ce que nous savons. Cette fois. Mais le cerf et le sanglier. 1919. bêtes les plus puissantes avaient disparu de notre Le renne. rôdant pour sa nourriture aux abords des foyers humains. et d'avoir fait du chien un animal domestique et un commensal fidèle. le bison et l'élan Vosges et les Ardennes. une nouvelle réussite de ces temps de se réfugièrent dans les labeur héroïque. et dès le début de la période agricole. l'ours et le loup tinrent bon dans nos bois et nos montagnes. en 1 courant près des chasseurs à la poursuite d'un gibier î commun? Nous ne le savons guère. en auxiliaire. en attendant un dernier exil dans les forêts de l'Europe orientale. L'humanité complète ou transforme ses gains ou ses idées. a dit justement Ischer dans un bon résumé sur la chronologie du néolithique {Indicateur d'antiquités suisses. On continua à pratiquer beaucoup la chasse et la pêche. a suggéré à l'homme qu'elle pouvait devenir son esclave en échange de la subsistance? Ou. mieux. 150). Car rien de ce qui a une fois agité cœur humains n'en disparaît pour toujours. en serviteur. en ami de tout instant. Il est vrai que les sol. s'éloigna vers le levant d'été. p. on y mit la même ardeur qu'autrefois. plutôt. Le chien l'accompagna. aux jours laissés libres par le travail de la terre. et cette ardeur durera autant que les hommes.

Mais en France. apparut à l'horizon de Pour garder et nourrir ces Des lieux de culture et des lieux de séjour leur furent réservés sur la terre c'est à la terre encore qu'on demandait un abri et un appui pour les d'enclos et de pâturages. II s'agit de la charrue en bois. Aucun d'entre eux ne valut pour l'homme le camarade universel qu'était le chien. à : du chien ce qui donna le porc. Il ne put exploiter que la matière en ces animaux. mais il tira d'eux d'utiles éléments de nourriture et de vestiaire. cependant. de trait ou la vie sociale ^ animaux. les premières générations qui travaillèrent la terre voulurent aussi la parcourir en tout sens. on eut besoin de charge. le mouton. ces nouveaux domestiques assurèrent au moins le le lui : secours de leur force vivante bœuf fut attelé à la charrue. : compagnons de l'homme. régions du globe. ( 1. tandis que dans le chien il exploitait surtout l'imitation de celui l'intelligence. Plus tard. aux paysages variés et attirants. que cette éducation progresse chaque jour.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. et le cheval. et que nous ne pouvons en prévoir terme. Cette passion de la terre s'alHait étrangement à l'esprit d'aventure et de curiosité. la Ces deux faits ne peuvent se placer qu'à la fin de cet âge. On essaya ensuite l'asservissement d'autres bêtes. et du cuivre. agricole et Il est possible que dans d'autres aux vastes espaces monotones. contrées aux rivages hospitaliers. le premier après l'homme. c'est 53 qu'à partir de ce moment commença l'éducation le intellectuelle et morale d'un nouvel être vivant. la vie l'amour du sol aient fixé l'homme sur un terroir pour n'en plus bouger. sans doute à l'époque . aux vallons ouverts. absorbant ses espérances et ses décisions dans le retour périodique de ses moissons et de ses labours. en Europe. le bœuf et la chèvre.

le les pierres rares. Les tailleurs de mottes de silex du Grand-Pressigny finirent par travailler pour des milliers de clients ce fut une vraie cité industrielle qui développa autour des tailleries sur trois lieues d'étense due. Hannezo {Les Poijpes. Les possesseurs des gisements de callaïs en Armorique pendeloques sur les rivages de l'Océan.Venant sur la dissémination des produits des ateliers du Grand-Pressigny. à peine reconnu. L'origine armoricaine de la callaïs n'est point prouvée et est encore fort discutée. que le terrien à l'origine fut et un rural qui s'établit. p. Les dernières recherches sur les tumuli de l'âge du bronze. lu en 1900 au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris {Comptes rendus. 4. par-dessus les cols des montagnes. avec ses 25 puits (et davantage) mais je ne sais si on a étudié l'aire de sur 25 hectares d'ateliers dispersion de ses produits. et en particulier celles de J. [1920]). de vallée en vallée. De proche en proche. se : 1. La Transhumance des troupeaux en Provence et en Bas-Languedoc (bonne thèse de doctorat en droit de Montpelher. Je ne peux pas cependant ne pas l'accepter. 37 et suiv. 2. voyez Rouquette. Ceci a été fort bien mis en lumière dans un travail qui fit sensation.54 DE LA GAULE A LA FRANCE. brochure. et de là les blocs partaient pour des centaines de lieues. le lointain connaître dans de ses horizons aussi bien que sol. et il voyage que les plus hardis des chasseurs arriva ceci. 3. ch. me paraissent avoir prouvé surabondamment qu'ils bordaient et jalonnaient des pistes contemporaines. Nos chemins de transhumance (par exemple les carraïres ou drailles du Midi) sont peut-être des pistes de temps immémorial. Revue des Études anciennes. produit. Ils dans les profondeurs de son le surent aller plus loin dans la course et d'autrefois. 1921. Le centre le plus important après celui-là est celui de Spiennes en Belgique. jusque vers les vallées de la Meuse et du Rhin ^ De larges pistes^ où les bestiaux pouvaient également passer^. par terre ou par mer.ez Masson). et ayant d'abord servi à l'ensemble du trafic et des : marches. devenait firent circuler les précieuses Un ' un élément de trafic. Des relations s'étaient formées entre les groupes humains pour se communiquer les nouvelles découvertes et s'en à la fois un nomade qui explore transmettre les objets. celui de de Saint. 1913) . cf. les silex spéciaux s'échangèrent long des fleuves.

ce fut le désir de l'utiliser ce qui comme la la route. ce qui fit sillonner par de terre. golfe en golfe sur les rives de l'une et de Car. un réseau invisible de chemins innom: brables. devait à la vrir les plus lointains des conduire à décou- La mer les portait mondes et à leur imposer sa loi. ouvrira la Gaule à la civilisation grecque. Et l'on se lança à la conquête d'un nouveau domaine. donc du cygne qui nage et du bois qui de larges vaisseaux furent creusés dans des troncs d'arbres. des rames servirent de propulseurs. monter sur la mer. On pattes ou de nageoires. 1 Strabon. et un cabotage commença de l'autre mer.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 16. Et la mainmise sur fin le eaux. provoquée par la surface des eaux. rivières et mers. . dans quelques siècles. L'un et l'autre fait sont miers marins ont été L'homme se presque inséparables. les larges et sa route surtout à la mer. suivant le mot d'un Ancien \ de « vivre les en amphibie ». à la suite de tant d'inventions provoquées par la surface de la terre. 1. fleuves et océans. c'est lui qui. imitées de s'inspira flotte. elle invitait à des relations indéfinies avec tous habitants du globe le vaisseau qui vient de la dompter sera le principal instrument de la vie universelle. Nos prefils de nos premiers paysans. 55 frayèrent à travers plaines et montagnes. une dernière s'était produite. continuant ceux de rapides. demandant sa nourriture surtout à la terre. ce fut le désir de nouveaux chemins. I. Cette conquête suivit de très près celle de la terre. hâta. On voulut circuler : sur elle à la manière dont on circulait sur le sol attira vers le fleuve. conduisant à d'autres rivages par des lignes plus et plus droites La possession du fleuve et de l'océan fut le résultat d'ambitions routières.

en partie enfoncées dans le groupées au voisinage d'une source ou près du repli d'un cours d'eau S non loin des terres de culture et ce fut là vraiment le lieu de séjour des familles humaines. dominant un repli de la Bièvre et la source de Cachan. les trois éléments dont sortira notre vie lac — urbaine sont déjà constitués. par le Jahresbericht de la Société Suisse de Préhistoire. Pour celui-ci. 200 et s. 1899. de trafic. dressa le village de montagne. Forteresse. notamment en Suisse. de fraternité. Rollain. : — ou de marais. aux cabanes séparées les unes des autres. eut d'abord le village terrestre. que des variétés locales des lieux de groupement. servit moins souvent à des domiciles permanents qu'à des rendezEnfin. on eut des enceintes en pierres sèches. On se tiendra au courant des découvertes et publications qu'ils ont provoquées. refuge en temps de danger plutôt que résidence de travailleurs. . Les palafittes ou cités lacustres ne sont. ouvert. entre le hameau 1. de toutes manières. p. De ces résidences. entre les « caps barrés » de la Côte d'Or et les métropoles chrétiennes de la Saône. leur vraie patrie. nous trouvons trois espèces à l'époque néolithique. une Puis. se vous de marché ou à des réserves de denrées ^. Bulletins de la Soc. La société citadine vient de naître du labeur agricole. L'intensité et la régularité de ces relations. Entre la bourgade néolithique et la plus grande ville de nos jours.56 DE LA GAULE A LA FRANCE. la cité est fille de la terre. je crois. ce fut le village de société de seuils et de foyers. 2. qui barraient le cap ou qui enfermaient le rocher. de ces places d'habitation. Par exemple au plateau des Hautes-Bruyères dans Villejuif. perché sur un rocher ou sur un promontoire en vue d'espaces découverts. d'Anthropologie de Paris. pleines d'êtres vivants. mais qui. On sol. précieux recueil annuel composé par E. marché. la fixité de ces routes de terre et de mer : s'expliquent par l'instal- lation de résidences définitives un voyageur de commerce n'évolue qu'entre des places stables et connues. village. bâti sur pilotis. lieu de protection. Tatarinofî et paraissant à Zurich (Béer).

plus solides. Voyez. J'en trouve d'un est le hectare à peine. etc. sur ces enceintes. de plus petites encore. j'en trouve.. Dès lors. depuis 1906). vaste esplanade rocheuse de dix ses rebords escarpés les riches plaines et '. du reste. et j'en trouve de considérables. le vivant construisit de véritables demeures. ce sont des mais ce : hameau germe qui s'épanouira dans la cité. etc. les unes et les autres imitant dans leur ensemble [les grottes où avaient vécu les ancêtres car les vieux usages restent imposés au mort. Ce furent d'ordinaire de longues allées ou des chambres étroites. plus visibles que les siennes mêmes. dolmens. qui ne sont peut-être que les châteaux forts des chefs de clans. cromlechs. et la plus forte. tout comme Içs gutres. Grottes artificielles. qui font songer à des tels « villes : les espaces » du Grand-Pressigny déjà nommé. 2. de huttes de Villejuif et différences infinies « 57 la Cité » de formes et de dimensions de Paris. il demeure fidèle au passé et semblable à ses aïeux. Bulletin. . le mort voulut aussi avoir sa résidence. ces deux dernières sortes nous paraissant de plus en plus à caractère funéraire. sur les hauteurs. les agglomérations humaines sont de toute espèce et de toute étendue. ou le camp de Chassey. simples villages comme les nôtres. allées couvertes. fermée à ses extrémités par de puissantes murailles et qui les domine de profondes vallées de la Bourgogne A côté du vivant. menhirs. cistes ou coffres de pierre. plus durables. et recouvertes de terre. Viré.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. hectares. La tombe de pierre ou de terre est contemporaine de l'enceinte de pierre 2. ou bien (les dolmens) formées par des dalles de pierre non dégrossies. l'enquête de la Société Préhisto1. A côté de ces salles terre s'était tout à : Et ceci était la dernière preuve. Pour ses défunts. Nous en reparlerons. rique Française (Guébhard. ou bien taillées dans le roc.. que la coup emparée des âmes et des corps de la race humaine.

Elle accueillait à nouveau les morts dans son giron. pour abriter les restes des tertres du mort ou pour conserver la trace de sa vie. Il était désormais certain que ni le travail des uns ni la mémoire des autres ne quitteraient plus la terre qu'ils avaient choisie. les tribus s'entendaient le long des pistes. Elle était bien la force souveraine. de hautes pierres debout les menhirs) rappellent la mémoire de ceux dont cadavres ont disparu. ou des monceaux de terre. mère de tout et de tous. Une étude sur les iumuli préhistoriques de la France (mottes. reléguant derrière les à son service ou dans son cortège. des blés et des tribus. Esprits de tout genre. Comment s'étonner. aujourd'hui encore aussi fermes et compacts que œuvres de la nature ^ Le mort. qui avaient pu survivre de l'ère des troglodytes? C'était la Terre qui maintenant faisait vivre les humains et les ani- manière dont la mère allaite ses enfants. signe quel qu'il soit devenu. Et ce furent aussi. sur la terre. les familles duraient autour du foyer. à la 1. etc. alors la plus après cela. . et se souvenant du temps des cavernes. Bien des mottes que nous croyons féodales sont de l'ère du bronze.) est un des desiderata de la science. le blé sortait de ses entrailles. (les funéraires où gisent les corps des défunts.58 DE LA GAULE A LA FRANCE. des animaux et des hommes. l'homme croyait naïvement que lui aussi était sorti du sein de la terre. Elle portait les foyers. que la Terre soit devenue la divinité grande divinité. par excellence. d'astres. Grâce à elle. poypes. d'animaux ou de tribus. a son monument de souvenir et symbole d'existence. elle. hauts parfois les comme aussi des collines. C'est donc vers elle que les hommes tournèrent leurs regards de dévots et leurs âmes de fidèles. Les vivants n'habitent pas loin de là. elle portait les tombes. maux. Ils avaient près d'eux les vestiges de ceux qu'ils avaient aimés. Elle était vraiment la Mère. sans doute pour les amener à une autre vie.

Elle protégeait ces tombes. que créant par montagnes et sources : avaient également leurs Génies divins plantes et se rassembler les les sources sur- tout. gardait un l'homme l'avait vu aller et venir. la plus bienfai- sante. ainsi que la mère protège ber- ceau de l'enfant. qu'on gravait sur les pierres tombales. d'ailleurs. et ils vivaient aussi tout proches des vivants. rôle infernal Qu'on songe à l'expression latine de Mania mater Larum. lui-même. qui font pousser les hommes. C'étaient les Esprits des ancêtres. rial. Lune et forêts. beau car dir et disparaître. la dépendance de les traits la Terre : c'était sous d'une femme aux le seins visibles. assurément. resplenéclairer et réchauffer de temps immémo- je bien avant qu'il n'eût l'idée de connaître la terre. ces menhirs pareils à des rochers. la plus constante. La Terre était mère des morts aussi bien que des vivants K donnât lieu à des pratiques cruelles ou ridicules. se montraient ou persistaient très auprès rôle : d'elle. la plus mystérieuse de toutes? Un seul groupe de divinités pouvait. les œuvres mêmes de on élevait ces tertres pareils à des collines.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. et je n'affirmerai pas 1. celle-ci. faire concurrence à la Terre. . et Le soleil. en l'honneur desquels on copiait la Terre. doute cependant qu'il ne fût pas alors jugé inférieur à l'aidant seulement à créer plutôt étoiles. sottes ou vulgaires. Le défunt revivait en la reine et la elle. Car ces Esprits. eux aussi. qui rafraîchissent. ces dolmens pareils à des grottes. où toutes les familles et toutes les tribus fraternisèrent. D'autres divinités. etc. cela va de soi Que cette religion : la foi arrive à la pureté nécessaire. étaient immortels. Elle 59 anima un culte universel. à la rigueur. au de Cérès et de Proserpine. magiques ou symboil faudra des millénaires pour que liques. Pourtant. qui désaltèrent. on les mit également sous son image à elle. mais qui sait leur vertu sacrée n'était pas comme une des actions innombrables de la Terre même. regardée et qui courent et si qui murmurent comme des êtres vivants.

En parlant de la Terre le il comme d'une mère. simulacres de la Terre. et surtout à une grande patrie comme la France. Il culte du culte de ses foyers en est vraiment «l'habitant c'est-à-dire. et par quoi il semble se rattacher à l'esthétique des troglodytes. n'en sépare pas la vie de sa vie. et déjà les principaux vestiges de dessin qui nous restent de ce temps. d'hommes fois. garants de consolations et d'espérances. où traduirait par la pierre la splendeur de la maternité veillant sur l'enfance. y soit qu'elle ce culte des morts parvenue.60 DE LA GAULE A LA FRANCE. presque tous les éléments qui feront la patrie ont été dès lors les déposés par Ils défricheurs de notre sol. qui a ses habitudes sur elle. ont fondé l'amour de notre terre. à la d'une Gaule. Rien. le L'homme ». il par se Quiconque voudra la pliera aux règles qui lui lui arracher sera son ennemi. . et permettront de la défendre. l'homme s'apprêtait à mieux com- prendre ses destinées et à s'y résigner joyeusement. celui qui la possède elle et d'une manière continue. la langue rapprochait jour où le sculpteur la montrerait en Image féminine. bien qu'il soit interdit de parler ici d'une nation. ne ressemblait à ce que nous appelons une lions patrie. à coup sûr. et reconnaissant de l'Océan à la Méditerranée et des Alpes aux Pyrénées. ce sont des figures de femmes. Pourtant. d'une France. Mais enfin ce culte de la Terre et faisaient descendre dans les âmes humaines des germes de sentiments supérieurs. à une association humaine s'étendant sur des milet des millions d'hectares. les avantages d'une entente définitive. suivant le sens étymologique du mot. sentir autour de soi A vie et dompte la une puissance souveraine qui crée la mort. et de parler aussi des accords et des sentiments que ces mots supposent. ni et de ses morts. et aussi les germes d'impressions d'où émaneront les plus belles formes de l'art et du langage.

les colis de silex pénètrent jusqu'en Belgique par la route de Sambre-et-Meuse. Des contrastes se dessinent partout. qui engendreront plus de variété dans la vie matérielle. Cet amour du la sol le 6l met en communication. De vastes sociétés religieuses s'établissent dans des espaces délimités. Les plateaux des forêts voisines le . jusqu'en Armorique par celle de la Loire. du Parisis se sont différenciés Brie et Beauce ont commencé à paraître . par lesquelles. Comtat Venaissin inaugure dans . les familles de pêcheurs ou de marins s'apprêtent à commencer une vie qui ne s'arrêtera point. religion sont unis dans la créatrice foi. il y a des hameaux sur les deux rives de la Seine parisienne. pour l'homme de Notre terroir de France a pris la plupart de ses aspects d'aujourd'hui. plus d'images et de beautés dans les visions du regard.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. dans se de sur la Terre. pour apporter leurs hommages. le village ne bougera plus. Marchandises et voyageurs vont et viennent sur les pistes. Quelque chose existe déjà. jusqu'en Suisse par les cols de la Touraine. et on peut prévoir le moment où ils installeront un marché commun sur les marais des bords ou dans l'île de la Cité. Des centres de groupement se fixent pour l'éternité de culture ne devant point bouger. Côte d'Or et du Jura : l'on routes vitales. plus de relations et d'échanges dans la vie sociale. se . Ils rassemblent jours elle. leur à tous. qui annonce de tout côté nos pays et nos villes. en commuIls nion avec d'autres hommes. les plaines sa vie de verdure féconde. et la terre de ces espaces est ces sociétés mère. Les hauts lieux de la Bourgogne sont occupés au fond de toutes les baies de l'Armorique. pour une peut parler maintenant de ces si grande part. en opposition avec l'âpreté des montagnes qui les environnent les terres basses de la Bourgogne portent leurs champs de blé entre les rochers du couchant et les marécages des rivières. reine et déesse. Partis du Grand-Pressigny en : les terres . en lui des lieux consacrés. Et il existe aussi quelque chose qui annonce leur besoin et leur désir de s'associer. à des solennels.

du Rhône et du Rhin et ici encore nous : sommes à Ce n'est un des carrefours pas un hasard si le sol est le essentiels de la France. 352-3. elle possède Alésia et Cluny. Elles ne sont plus. elles au Grand-Pressigny en Touraine. presque déjà des capitales. cachées mystés'étalent librement à la rieusement sous la terre surface. et Lj'on est à sa porte : on dirait. une capitale agricole et : commerciale. Au-dessus de ces hameaux. p. et où passe le plus de grandes routes. dans ces temps néolithiques. qui surveille à blé de la plaine et cette tranchée les terres de la Dheune par où le chemin de la Loire s'en vient rejoindre celui de la Saône. 1. comme si l'entente humaine reconnaît déjà la valeur de ces limites. Manuel. aux nœuds de ces routes. une capitale industrielle et nous sommes ici à un des centres de la France. La chose a été remarquée par Déchelette. cette : région de Gaule la plus habitée^ car c'est Bourgogne fut un des alors la terroirs de France où il plus riche et le plus varié. t. fera la France. Voici. . au milieu de ces tribus. au Camp de Chassey en Bourgogne. entre Tours. Aussi bien ce trafic ne sort pas des limites qui seront plus tard celles de la Gaule. Bourges et Poitiers. Voici. tout ensemble ville de séjour et de maîtrise.G2 DE LA GAULM A LA FRANCE. dans une et large mesure. I. telles que jadis les grottes : des Eyzies. La Bourgogne. se montrent des foyers d'une vie plus intense. qu'elle exerçait déjà une sorte de prééminence. a contribué à fonder l'unité gauloise l'unité française.

III L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS INDO-EUROPÉENS . matérielle et hommes de Au cours de cet âge agripro- environ deux mille ans avant l'ère chrétienne. l'éducation de Les principes de la vie sociale se fixent. Elle est essencaractère général de Vanité indo-européenne. industrielle . nom d'une époque. la charrue. centre probable de ces migrations. l'agriculture et l'exploitation de la la vie profondément modifié France. tiellement un fait d'Europe. les lieux de la terre dénommés les Ilalo-Celtes identiques aux Ligures. d'un groupement humain. Ligures. la marine. la terre se termine. à des troupes d'immigrants ou de conque- . LIGURES Da Autre événement capital: les migrations indo-européennes. Le Nord-Est de l'Europe. Les grands ment d'une race. la Limagne. Ce fut la soumission du pays. ITALO-CELTES . se duisit la vie un autre événement qui politique allait transformer aussi de nos ancêtres. Hypothèses sur les étapes et les routes. Caractère originel. — — — — — — — — — — — — — — — La découverte de terre avaient sociale des cole. la famille et la tribu. Persistance des populations antérieures. et nulleLes lieux saints de l'Occident. Progrès dans la vie travaux de défrichement. but et moyens des migrations. Cambre. leurs habitudes intel- lectuelles et morales. Similitude des noms de lieu. Les règles de la vie morale. le mégalithe. pour toujours. Extension de Vunité primitive de l'Occident de l'Europe. en son entier. le bronze. les langues italo-celtiques. Indices en faveur de cette hypothèse.

Au tion.64 DE LA GAULE A LA FRANCE. nous Indo-Européens. sur notre sol. que les éléments indo-européens se soient adaptés. au demeurons tributaires du triomphe des même titre que de l'Empire romain ^ pour comprendre le caractère de cette migraconquête romaine qu'il faut la comparer. ses religion. sinon dans ses procédés. A toutes et sa Rome a imposé son langage. il De ce que Rome les les nous Indo- reste en nos parlers et en nos usages d'innomil brables vestiges. deux millénaires aupara- vant. a donné. Aujourd'hui. les troupes indoeuropéennes arrivaient d'un pays lointain. ces contrées de l'Occident européen. L'agricul- ture nous a fourni l'élément essentiel de notre travail et l'allure stable nous a valu droit. l'unité indo-européenne a groupé autour de la Gaule les contrées limitrophes. de même que la civilisation gallo-romaine est née de l'adaptation d'éléments gaulois aux éléments classiques. De même que l'Empire des Césars et l'unité latine. et en reste autant de ce que Européens ont imposé à nos aïeux. pour les continuer. fort étranger aux terres de France. ont également contribué à former notre civilisation moderne ils se suivent dans le temps. Ces deux faits. Sauf la possibilité. avec nos premiers vainqueurs. l'invasion qui vint ensuite éléments originels de notre langue. sa littérature. l'espace. de populations indo-européennes. . qui demeure grande. En examinant mots 1. De même que les légions de Rome. son art. de notre de notre esprit'. vie agricole et migration indo-européenne. à l'installation. ils se sont déterminés sur . à quarante siècles de distance. à des éléments antérieurs. ses mœurs en fut de même. sans tenir compte de reste. 2. du moins dans ses conséquences. et il lois. Celui-ci. et ils ont collaboré à la même œuvre. c'est à la ce qu'on appellera plus tard les limites naturelles. considéré surtout comme propagateur de la culture hellénique. rants. les de nos sociétés.

comme le sol de notre terre. sauf des parages écartés plaines la dans elle péninsules méridionales ou d'immenses espaces les : orientales de la Russie grande médiatrice de l'Europe continentale. au nord-ouest même de l'Europe. au même titre qu'eux. on la vit gagner peu à peu l'Asie Mineure. de souche indo-européenne. au Danube et à l'Euphrate. n'a pas traversé la Méditerranée de l'Afrique. pour parler : comme les Anciens. maîtres des mers et des fleuves. En revanche. et. : elle a fait. laissant à l'écart de sa route rivages de Syrie. le Turkestan et monotones dans a été. s'appuyant tout à la fois sur les côtes extrêmes de l'Atlantique et sur les vallées centrales de l'Europe.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. les hommes de cette origine Peut-être sans en excepter la Finlande. et. y compris ceux de l'Irlande. nous discernerons sans peine. au delà de l'apport chrétien. Puis. Entre l'Empire romain et l'unité indo-européenne Méditerranée et à celui de l'Atlantique occidental. est que les Troyens. de tous les rivages de l'Atlantique européen. dont est 65 formée notre langue. Car notre âme et notre langue sont. la couche indo-européenne. la Perse. il a dédaigné l'Irlande. également. L'unité indo-européenne. a pris pour les elle toute l'Europe. la couche romaine. 2. et il n'importe que les de Finlande ne parlent plus une langue indo-européenne. « sa mer » et son domaine elle elle a été la grande dominatrice des eaux occidentales et septentrionales. ceux qui combattirent les Grecs. elle. souverains des grands chemins du monde. hommes JuLLiAN. plus loin encore. il y a cette différence qxxe celui-là s'est limité au bassin de la a fini par s'arrêter au Rhin. elle n'a rien connu. déserts d'Arabie et plaines de Chaldée de Troie au Bengale les Ugnées de cette espèce ont présenté un instant une chaîne ininterrompue. de la Scandinavie et de la Baltique '. '^ : Voilà pourquoi. Au delà de l'Europe vers le levant. — De la Gaulo à la Franco. les idées dont est remplie notre âme. l'Inde. constituées par des alluvions il successives qu'ont déposées les civilisations disparues. au sud de ces mers. 5 . chaque jour plus forte. 1. Ma conviction. étaient.

s'est J'appelle cette lignée et la langue qu'elle parlait espèce pour me conformer à l'usage courant. l'Indo-Européen est en train de conquérir l'univers. à bien voir les faits d'aujourd'hui. et les Grecs. éducateurs de l'Ancien Monde. C'est en 1. et de l'Europe la plus lointaine. bien avant les temps historiques et jusqu'à nos jours. je les appelle ainsi rentée aux nôtres. de la langue mère qu'une conquête. C'est en Europe que leur race s'est constituée '. a parlé une langue étroitement appaet langue indo-européennes. S'il a perdu l'Asie au temps de la décadence ont que celui latine. que de l'Inde serait partie la migration initiale. En Ils réalité. il a fait de l'Océan Pacifique. ce qu'on doit dire également des autres groupes. 2. à l'origine. et les Celtes de l'Occident. sans arrêt et sans lassitude. et il il a déjà maîtrisé annexé les deux Amériques. une nouvelle mer à son nom. Europe enfin. Dans la mesure de leurs éléments indo-européens. que leur langue s'est organisée. et les Slaves innombrables. fondateurs de l'Empire méditerranéen. C'est de l'Europe qu'ils sont venus. et l'on a même cru un instant que cette langue était la mère de celles de l'Europe. l'Afrique. que leurs ont fini : par quérants ils coutumes se sont établies. il s'apprête à la reprendre. une race déterminée. l' Indus et le Gange leurs courses de conne sont point partis de là.6G DE LA GAULE A LA FRANCE. Cet usage est venu de ce que l'habitant de l'Inde. . et les Germains de l'Europe centrale ^. après la réac- Dans la mesure où il y a eu. ils ne sont point issus de l'Asie. origine de nos destinées. fini par fonder un domaine plus vaste et plus durable de l'Empire romain. et les Italiotes. insérant leurs familles partout où il y a des terres. C'est en Europe qu'ont grandi les principales souches de la famille. Car. aux antipodes de son berceau. et peut-être la et des émigrants fondateurs. l'Inde n'est dernière. parlant la langue mère.

faut-il renoncer d'ordinaire à l'expression compliquée d' et recourir « indo-européen » au simple mot d' « européen » '. Arya.Bergen etTrondhjem. aux estuaires de l'Atlantique. Chemins maritimes des Saxons. pour être plus juste et plus exact.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. qu'elle a esquissé les plus audacieuses tentatives d'empire universel ou d'unité Aussi. par les vallées des grands fleuves. Britan- aux rivières normandes. comme route de migration (sans doute la migra- . des Angles et des Vikings. et qui Weser. ou France. les routes de mer. aux caps espagnoles de l'Armorique. Angleterre mondiale. du nord-est que je placerai volon-| de la nation ancestrale. 3. qui n'a jamais été constatée que les groupes orientaux. Elbe et reçoivent la mer ou qui la continuent. des Mongols et des Turcs. Je me la représente sous la forme d'une vaste association de tribus. et qui mènent aux niques. la de mer Baltique. que l'antique famille conquérante a repris vigueur. au Pas de Calais. est de plus en plus abandonnée. Riga. Oder. en Bohême. aux rades -. L'expression de Aryen. Regardez sur la carte ces lieux et ces régions. et c'est d'ici. : voilà les villes modernes qui détiendraient aujourd'hui l'héritage des fondateurs de l'Europe. s'étendant C'est dans l'Europe tiers le siège depuis les îles et les presqu'îles danoises jusqu'au et depuis les rivages fond de la Prusse et de la Poméranie jusqu'aux derniers fiords de la Norvège Hambourg. et. où l'on sent toutes proches les routes de la Grèce ^ Et voici. au 1. Voici à s'en gauche. vers le couchant. Voici au sud. dans 2.Visby. au delà du seuil de Moravie. Kœnigsberg. De là vont les rivages ou les pistes qui ont conduit les Européens aux extrêmes limites de leurs migrations. J'indique ici. en Allemagne. Vistule. Espagne. jusqu'au fond de l'Adriatique. sur lesquelles Iles s'ouvrent fiords et détroits. 67 tlon asiatique des Arabes. des chemins qui portent en Pologne.

les migrations des peuples slaves. d'Ecbatane. les Duna. J'indique ici. Aussi. immensités de ouvrent la voie vers Noire. divergent tant de voies souveraines'. mais qui sait ce qu'ils auraient pu fonder en Occident. c'est de là que dans les temps historiques. moins organisés. celles de Troie. par les poussées succes- bandes en marche. gagnant de proche en comme une inondation qui se tend. sur celles même Paris. qui ont ressemblé à ces sives de leurs émigrants par leur d'aller invincible désir de se déplacer. sont partis les principaux mouvements d'hommes qui ont premiers refait sur ces mêmes routes les antiques étapes des Européens. de la Méditerranée occidentale. Niémen et levant. 1. puis descendant aux portes de Constantinople. vers la '. Réunissons ensemble querons mieux les les aventures rapides des Vikings : '^ et l'extension interminable des Slaves et conquêtes et les directions nous nous explide l'unité indo-européenne. Il est vrai que les Vikings n'ont réussi à prendre que des domaines restreints (encore que les royaumes anglo-saxons de la Grande-Bretagne se rattachent à ce même mouvement). que nous retrouverons après Gharlemagne sur toutes les côtes de l'Atlantique. débordant à l'ouest de l'Elbe. la route des caravanes porteuses des olTrandcs liyperboréennes.68 DE LA GAULE A LA FRANCE. qui. Voyez. de Samarcande et de Delhi Vous chercheriez en vain dans le monde un carrefour d'où la Russie. à travers la mer mer Caspienne. vers les terres d'Asie. comme routes de migrations. et à qui quelques générations suffiront pour pénétrer jusqu'à Kiev et jusqu'à Voyez à la même proche à travers les plaines époque. de nos jours. les Vikings ou les Normands. les chemins suivis au Moyen Age par le commerce des fourrures. Du fond de l'Adriatique on continuait jusqu'à Dodone. et. sur les mers et les fleuves. le long des routes frayées par leurs ancêtres des temps préhistoriques. d'autres fleuves. comme cela a dû arriver à l'époque préhistorique? . arrivant presque aux rives du golfe Persique et au pied des montagnes du Thibct. s'ils y avaient rencontré une population et des chefs moins résistants. 2. par leur volonté toujours plus loin. lion hellénique).

69 D'autres indices nous invitent également à nous tourner du côté de la Baltique pour y chercher le berceau de ces l'aide envahisseurs de la première heure. les chairs molles. et qui elle-même se nommait celle des Estes. Leur espèce physique semble caractérisée par le front le crâne allongé. lorsque les Allemands ses voisins s'approchèrent pour la détruire enfin ^. la peau blanche. et peut-être encore au lendemain de l'an mille. et auquel. Champion). Paris. nous rencontrons sur les rives de la Baltique. la forêt. parmi les arbres de la forêt. 2. ce type d'homme demeure le mieux conservé. Hachette). Outre le texte formel de Tacite. : . Cette nation a vécu là pendant bien plus d'un millénaire. Telle l'ont décrite les voyageurs européens antérieurs à Hérodote. songeons à la paille de froment détail qui avait qui enveloppait les offrandes hyperboréennes sans doute une valeur symbolique. telle nous la revoyons au temps de l'historien Tacite. toutes différentes des Germains qui les assaillirent plus tard par le sud-ouest. porté dans le pays de l'ambre par les populations indigènes. ou « la race de l'Extrême-Nord ». était celle d'un peuple qui connaissait mer. au temps du roi Théodoric. en ces régions. une nation que les Grecs ont appelée celle des Hyperboréens.VÊPOQVE DES MIGRATEURS. que nous pouvons reconstituer à la des débris laissés dans les idiomes héritiers. le saule et le bouleau. 1. Le nom de Prusse. C'était un ensemble haut. de tribus agricoles ^ et laborieuses.. est passé ensuite à leurs maîtres allemands. la pêche. les yeux bleus. Introduction ù l'étude comparative des langues indo-européennes {3^ édit. dans une sorte d'immobilité hiératique. Leur langue '. avec son complément indispensable. Or. entre la Vistule et le Niémen. les cheveux blonds. 3. A l'époque historique. Les Dialectes indo-européens (1908. Paris. C'est ici qu'il faut rappeler l'admirable ouvrage de Meillet. le chêne. étaient surtout familiers le hêtre. 1912. Cela fait songer aux horizons et aux habitudes des bords de la Baltique.

les quatre textes suivants voyages et renseignements d'Aristée. et de là. s'étendant sur seize siècles. ceux qui ne sont point partis et qui sont demeurés sur le sol natal. la route suivie par leurs ancêtres en bandes de conquérants le chemin de migration était chemin de commerce *. Cassiodore. Variarum. IV. Pendant toute la durée des temps antiques. 1. Je ne suis pas d'ailleurs convaincu que ce culte. t. Tacite. V. sur les rivages de la mer. 2. A mille ans de distance. Il y a là. en Gaule. au vi* siècle avant notre ère. Or ce culte de l'ambre. Pareil fait se constate en Afrique. Patrologia Latina. c. Ces marchands refaisaient. en troupes pacifiques.70 DE LA GAULE A LA FRANCE. dieu souverain de ces hommes ^. Germanie. la chose précieuse valut plus que l'or. à propos des Sembi vel Pruzzi. la matière mystérieuse et magique où semblaient s'être renfermés les rayons du soleil. plus que tout bien de ce monde car il y avait un dieu en elle. 13. 633-4 (homines humanissimi. des caravanes ou des cabotages étaient organisés. même chez les Hyperboréens du Samland. Pour l'introduire en Grèce. 2 (ambassade des Estes à Théodoric). : Comparez les rapportant : . enveloppées dans la paille de froment. héritiers de la terre originelle. 45 (les Estes laborant patientiiis). On vantait leur humeur honnête et hospitalière K Leur langue ressemblait à celle des Bretons d'Angleterre. jusqu'aux bords de la mer hyperboréenne ^. des perles d'ambre. en Italie. dociles aux coutumes des aïeux. L'une de ces coutumes était la recherche. n'ait pas été concurrencé de très bonne heure par celui de la Terre-Mère. pendant des mois de marche. les peuples de la lignée indo-européenne semblent l'avoir conservé en eux-mêmes avec une indomptable fidélité. J'ai peine à croire que les fameuses offrandes hyperboréennes. Adam de Brème. les Estes du même pays envoient à Théodoric un présent d'ambre. un des plus curieux phénomènes de ténacité historique que je connaisse. allant et revenant par exemple de Délos à Dodone et à Aquilée (près de Venise). Je n'hésite pas à voir dans ces Hyperboréens les fils de la nation mère. CXLVI. ne fussent pas des morceaux d'ambre. Migne. sous Crésus b les Hyperboréens ne font pas la guerre». rameau ou descendants des Estes au Samland). plus que le diamant. 4. 3. Dans cet invincible devenu : : immuablement Hérodote.

que valaient-ils. peuples de ces régions le sens du un certain idéal de justice et de bonté. il ne peut s'agir de qualités immuables les dangers de la vie ou de mauvais contacts pourront changer ces vertueux Hyperboréens en cohortes de guerriers ou en hordes de pillards.VÈPOqVE DES MIGRATEURS. quels qu'ils soient. J'ai déjà indiqué leur nature physique. Tous les : hommes. Enfin. Mais là encore. un sentiment profond de la solidarité humaine. attrait exercé 71 par l'ambre sur ils les peuples de l'Europe. dépendent moins de leur nature que de leur histoire. le pays où ils s'établiront. puisque leur départ a donné le branle à l'histoire de la moitié du monde. l'amour de la paix entre eux et l'humeur accueillante. connaissaient l'or et le cuivre ^ Je ne dis pas le bronze. et les peuples comme les hommes. et ils l'avaient transmis à leurs des- cendants. Qu'étaient exactement ces hommes. de leur origine que de leur éducation. Les institutions communes qu'ils ont léguées aux populations de leur descendance dénotent chez eux le respect religieux du droit. un désir intense d'organiser la société sur des principes rigoureux et pour une durée éternelle. et pourquoi partirent-ils? Il faut bien se poser ces questions. encore que ce soit possible. je crois que ces peuples du Nord étaient arrivés au même degré de civilisation que la plupart des tribus occiils dentales auxquelles vont imposer leur maîtrise. . Il : communément les populations au sang desquelles ils mêleront le leur. et 1. ce qu'on appelle ne faut pas d'ailleurs lui attribuer une grande importance elle va se modifier suivant les nouvelles conditions de leur vie. je vois l'héritage moral laissé par leurs fondateurs. ils Quand étaient partis de là-bas. avaient emporté avec eux le fétiche de leur foi. la race. J'ai également indiqué les les mérites que les Anciens ont : cru reconnaître chez travail. C'étaient ils dès lors des agriculteurs.

la ruée sainte des Arabes en Afrique ou en Espagne. lançant les et. C'est pour cela que je regrette de n'avoir pu étudier à fond. l'élément italo-celtique a été fort important parmi eux. Les Hyperboréens ne partaient pas pour brûler ou tuer. me mettant l'accord entre tous ces rivages. Qu'on se rappelle l'histoire des Cimbres et des Teutons ^ s' avançant péniblement à travers l'Europe pour 1. l'humeur paisible et laborieuse de ces Hyperboréens ne les empêcha pas de courir le monde et de le conquérir. On ne s'empare pas des Iles Britanniques et de l'Armorique française sans être les maîtres de la mer. plus étendues ou plus fertiles.72 DE LA GAULE A LA FRANCE. 2. Cette marine. Ils s'éloignaient de leurs terres afin d'en chercher d'autres. en particulier au point de vue chronologique. : Mais c'étaient aussi des navigateurs intrépides je ne représente pas leur société sans une marine puissante. et spécialement du Samland. il faut qu'ils aient eu des avantages militaires qui manquaient aux autres agriculteurs des temps néolithiques peut-être une cohésion plus grande entre leurs troupes. après tout. les désastres de l'Europe sous les chevauchées des Huns ou des Mongols. Car. le jour venu. Mais. le pillage de l'Empire romain par les bandes germaniques. Mais ne nous imaginons pas leurs départs comme des aventures de guerre.pour que ces la mêmes Hyperboréens le aient soumis également Danube. elle ne peut. couvrant de ses barques la Baltique et la mer du Nord. premiers départs. ce qui leur assure la supériorité sur les populations de l'ouest. voilà peut-être l'élément principal de leur force. s'imposer que par la crainte ou Gaule et : par la violence. et devenir la terreur du monde. J'ai peine à croire que les Cimbres et les Teutons fussent de purs Germains. l'outillage préhistorique de ces terres hyperboréenncs. N'ayons pas à la pensée. Évidemment. . peut-être de meilleures armes de combat'. pour nous expliquer ces temps lointains. si pacifique que soit une migration d'hommes. . leurs conquêtes comme des histoires de destruction.

obtenir 73 un sol vacant qu'ils pussent défricher. a agi sur ces âmes avec une force d'autant plus grande qu'on venait à peine de découvrir le prix de la chose. Ces familles nordiques pouvaient se dire parmi les plus déshéritées de l'espèce humaine.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. et si à la fin ces malheureux firent tant de mal. Ces « printemps sacrés » étaient des nations en marche. . elle devenait à l'état de pléthore. On ne partait pas à l'aventure et en désordre. La bonne terre a été le mot d'ordre de ces émigrants. ici par le terre de marécage. 1895. avec moins de peine pour les hommes. 311 (trad. ont su rencontrer des terres de labour. La population croissait sans relâche. C'était. 300. et que par là même on l'estimait plus haut. et que le blé et le Un y poussent sous un ciel plus gai. s'en saisir et les conserver. partout par la forêt. le On a entendu dans ces foules errantes les sentiers langage que et près des Moïse tenait à Israël sur rives du désert du Jourdain. C'est le '[ouw. Marescq). montagne. Les Indo-Europécns avant l'hisposthume]. là y fut vite limitée. au contraire. Elle avait le désir de fonder ailleurs des familles. à ceci près que ces migrateurs des premiers jours. de former des tribus. la nouvelle jeunesse qui s'en allait vers un nouvel horizon. transformer en sillons. et que le droit de vivre leur était partout refusé. par la 1. p. La labour. de bâtir des foyers.. De plus nobles motifs les accompagnèrent. franc. ayant affaire à des sociétés plus informes. en affamés pressés de nourriture. en demeures et en villes. Le mot magique de terre. Paris. "Voilà l'image des vingt épisodes dont a été faite la migration indo-euro- péenne. presque à chaque génération. Ses dieux la protégeaient. Mais je ne dirai pas que la faim fut l'unique conseillère de ces départs '. ce fut parce qu'ils s'exaspérèrent de trouver toutes les places prises sur le sol. Et l'on devait connaître la richesse plus grande des plaines du sud. toire mot de von Ihering. arrivant sur des espaces moins occupés. de « terre promise ».

sur des témoignages de confiance. J'ai cherché sans relâche quelques hj'pothèses qui permettent une lueur de vérité. et nous aimerions aussi connaître les épisodes de la conquête. essayant d'y constituer une vie normale. sans doute autour du sanctuaire de Dodone. puis s' avançant plus loin après quelques années. comme les Vikings leurs derniers descendants? Ont-ils suivi par terre les rivages de la Frise et des PaysBas. Les Slaves. Ces marches étaient lentes et longues. de l'Espagne et de l'Italie. et avant d'arriver à Dodone. ils venaient de faire un très long séjour en Épire. Nous aimerions savoir par où sont venus ceux des IndoEuropéens qui ont soumis la France et avec elle les régions voisines des Iles Britanniques. non seulement nous ne savons rien de certain. telle que fut l'installation définitive d'Israël sur la terre de Chanaan. Quand les Hellènes se répandirent en Grèce. j'imagine qu'ils fond de l'Adriatique L'établissement ébauché d'autres domiciles au ou sur les bords du Danube. n'ont pas encore achevé leurs destinées de colons. et je n'ai rien trouvé qui s'appuyât sur des indices réels. voire une génération d'hommes.74 DE LA GAULE A LA FRANCE. plus importants pour notre histoire que les campagnes gauloises des proconsuls romains Domitius et César. Là-dessus. comme les Celtes et les Francs des temps historiques? Ont-ils gagné le Rhin en longeant au nord la lisière des . On s'arrêtait longtemps à de certaines étapes. qui se sont mis en route il y a quinze siècles. par malheur. mais toute vraisemblance nous est même interdite. Nos ancêtres sont-ils arrivés par mer. C'est par dizaines d'années et peut-être par siècles qu'il faut compter pour évaluer le temps employé à la conquête de l'Europe. remontant ensuite les fleuves. d'un groupe indo-européen dans une ont grande région est la fin d'une très longue histoire.

43) ce qui me paraît correspondre à un parcours immémorial de peuples et de commerce. du persan et des langues européennes. petits-fils soient con- damnés à débris lieux ou une connaissance plus rigoureuse des nécessités géographiques ou des habitudes sociales. C'est en 1816 que parut l'ouvrage initial. celui de Bopp sur la grammaire comparée du sanscrit. noms de attentive personne ne savait ce qu'étaient ces Indo-Européens. 51). On sait qu'il a été précédé dans cette voie par Frédéric Schlegel et les publications de la Société Asiatique fondée à Calcutta en 1784. conquise. ne se doutait de cette unité qui est à l'origine de notre 1. ainsi qu'à Voilà pour les l'époque des Suèves ou des Alamans? en Bohême ou — questions d'étapes.. La Gaule fut-elle d'abord les péninsules. 39). d'un immense campement situé en Souabe. Il y a un siècle ^. Mais. Si l'on pense la retrouver à l'aide des plus anciens sanctuaires fédéraux connus. ayant pris pied d'abord en pire propagea-t-elle ensuite au delà des monts. I. 75 grandes forêts centrales de l'Europe S comme essayèrent Voilà les questions de faire les Slaves du Moyen Age? problème de la route. des traces laissées par les d'objets. le bois de Castor et Pollux chez les Lugiens de Posnanie (id. il ne s'ensuit pas que nos l'ignorer à leur tour. Une étude plus migrations. la forêt centrale et sainte des Semnons ou Suèves du Brandebourg (Germanie. et je n'y répondrai pas davantage. Il. 2. et auxquelles je ne que suscite le — saurais répondre. une science plus riche et mieux outillée fournira un jour des lueurs inattendues qui éclaireront la marche des IndoEuropéens vers les terres du couchant. : : . 12). on peut prendre pour jalons le lucus Tamfanae chez les Sicambres de la Ruhr (Tacite. se tique? ou l'invasion.L'ÉPOQUE DES MIGBATEURS. Annales. C'est sur cette ligne que la piste d'invasion serait le plus malaisé à reconstituer. et après elle les îles et ce qui se produisit lors de l'Empire celItalie. la silva Herculis chez les Chérusques du moyen Weser (id.. le monde nouveau s'engoufîrat-il en Occident par des vagues parallèles. pareille à l'Em- romain? ou encore. comme nous l'avons fait pour la migration hellénique. de ce que nous ignorons la marche de ces événe- ments.

le plus grand nombre. p. Mais Leibniz. se passa alors un fait semblable à ces multiples péripéties de conquêtes ou de colonisations que présente l'histoire connue de l'Europe et en particulier de la Gaule. Quelques mil- de Celtes ont conquis la Gaule ligure. l'avait pressentie {De Originibus gcniiumdiictis potissimum ex indicio linguarum [écrit en 1710]. . vie civilisée D'aujourd'hui à un siècle. c'est la force et le prestige d'une minorité. quelques milliers de 1. qui sait ce que la science découvrira? l'histoire vient A voir les fruits magnifiques que j'ai de récolter. Ce qui a triomphé dans cette : his- toire. à la masse des envahis brèches irréparables. les populations pri- mitives ne disparurent nulle part. à cette fatale disparition des indigènes en Australie ou aux États-Unis.76 DE LA GAULE A LA FRANCE. IV. Mais il est possible que les possesseurs du sol aient fait souvent accueil et place aux étrangers. s'impo- mais masse est demeurée ce qu'elle était. la Gaule celtique. la multitude qui obéit et se discipline. Rien ne fait songer à ces inassacres que les Espagnols pratiquèrent dans l'AméIl rique du Sud. en supposant qu'il y eût bataille. Dutens. c'est la place qu'elle laissa aux vaincus. et c'est l'étendue qu'elle assigna à ses domaines. dans ses moissons de demain des espérances infinies. t. pas une cette seule fois les vainqueurs n'ont taillé dans ses rangs des sant au plus grand nombre. Déjà tielles d'ailleurs nous soupçonnons deux choses essen- sur cette victoire occidentale des Indo-Européens. édit. 186). Je dis les vaincus. en particulier par l'examen des noms de lieu. avec son intelligence coutumière. '. Qu'il y ait eu résistance ou accord. Le vieux fond vivant et agissant est resté à sa place sous de liers nouveaux maîtres. quelques mil- liers de Romains. comme cela s'est maintes fois produit dans l'histoire des colonies grecques ou des migrations slaves. II« partie.

77 quinze siècles avant cette vieille troisième et dernière conquête. la race. ainsi que les Celtes ont fait pour les Ramains. Un vaste travail de métissage s'opéra dans notre Occident. à la formation de laquelle la race ne sert de presque rien. La plus histoire de notre sol est celle de redites régulières. en retour des leçons de langue ou d'obéissance qu'ils acceptèrent des arrivants. prendre l'idiome et Les millions d'hommes qui l'habitaient alors. la Gaule romaine. qu'elles remontent aux lointains troglodytes. s'efface rapidement ou se réduit à quelques trois : doute qu'elles se soient prolongées plus de signes extérieurs sans portée profonde. lations Il se forme peu à peu parmi les popu- d'une même contrée un caractère commun. cela n'est point invraisemblable : je ou quatre générations. L'élément purement physiologique ou physique. Toutes les espèces humaines qui habitent alors la Gaule. ils pesèrent sur eux de tout le poids de leur nombre. et en tout cas sans action sur l'âme. de riverains de la Méditerranée ou de montagnards alpins arrivés au temps de la pierre polie. nous voyons que les deux groupes d'hommes se sont associés de très bonne heure. quelques milliers d'Indo- Européens ont conquis la Gaule néolithique. A chaque fois que nous examinons des conquêtes. un tempérament collectif. de leur sang et de leur caractère. une mentalité d'ensemble. toutes s'amalgament désormais entre elles. et. Qu'entre vainqueurs et vaincus aient subsisté des oppositions sociales. qu'elles proviennent d'Espagne ou d'Italie. une physionomie de peuple. Francs. sous César ou sous Clovis. et que la tare de la défaite a disparu je ne peux interpréter autrement la victoire indo-européenne. ou qu'elles soient de la souche hyperboréenne nouvellement implantée. et pour ainsi dire une âme de société. Mais. et qui doit ses traits et ses humeurs à la nature du climat . et l'influence du climat et du sol vint s'ajouter à celle de la multitude humaine pour faire oublier aux Indo-Européens primitifs leur nature des jours du départ.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. durent les coutumes des envahisseurs.

sans exception. se soit continuée dans les âmes sous la forme d'une bataille entre les dieux. . et du sol.s déités ne se hâtent pas de contracter alliance ou mariage. Je fais et dont allusion à une théorie assez en vogue aujourd'hui. ' : : allons constater l'extraordinaire unité de langage que ce régime fonda en Occident rien ne nous interdit de supposer que cet Occident eût préludé par des idiomes similaires à la communauté européenne. Mais 1. J'ai peine à croire que la lutte entre anciens et nouveaux habitants. telle que serait la concurrence entre le Soleil des Hyperse pénétrer. à la manière de vivre. et Toute la Gaule. aux relations entre les hommes. Paris. Dans quelques au temps des Celtes. plaines montagnes. de Boccard). rons les décrire. de cette erreur Incurable que l'Empire romain provoque chez tant d'his: Nous toriens ils : sous prétexte qu'il a assuré l'unité de la Gaule. Voici quelle fut l'étendue du premier empire que nous connaissons en Occident. on trouvera l'expression la plus complète chez Piganiol. et nous poursiècles.78 DE LA GAULE A LA FRANCE. Gardons-nous. Nous essaierons tout à l'heure d'exposer les principes originels de la morale et du droit européens rien ne nous dit que quelques-uns de ces principes ne fussent pas communs aux fondateurs et aux sujets du régime nouveau. les Essai SUT origines de Rome (1917. se refusent à voir que cette unité existait déjà. lui appartenait. s'adapter les unes ment boréens et la Terre des néolithiques soleil et terre besognent trop ensemble pour que leu. Les institutions morales et religieuses durent égale- aux autres. aux événements de l'histoire. et que les Césars se sont bornés à l'accepter et à la continuer. Alpes et Pyrénées. les lignes principales de cette physionomie seront tracées pour la Gaule. rivages et fleuves. une fois réglée par les armes ou les lois. à l'endroit de ces générations primordiales.

ils possédaient les rives de l'Atlantique. l'Irlande. de si les îles de la Méditerranée occidentale furent plus la effleurées qu'entamées par conquête '. pareils encore. 2. : La . qui furent. les la vallée de l'Èbre et sur les larges espaces de l'Andalousie. il n'en fut pas même des îles de l'Océan. Je rappelle ici une fois pour toutes que dénommer celtiques ou Celtes un ensemble de langues. ni le 79 Rhin ne servaient de une nationalité distincte. la Grande-Bretagne. Au sud des Alpes. En appelant celtique le monde occidental des temps primitifs. Et c'est pour cela que a récemment dénommé ce langage. complète- ment absorbée par elle. frontières à d'autres. le premier-né Corse. et c'est par suite d'une conquête qu'il s'est étendu d'abord à la France (et d'ailleurs il n'est jamais passé dans les Iles Britanniques). filles du latin. de races ou de peuples de l'Occident avant le yi"-' siècle est un abus de langage le nom de Celtes n'existait peut-être pas avant cette date. peut-être plus occupée que la Sardaigne et la Sicile. sont y a l'on 1. nous commettons la même erreur d'expression que si nous traitions de franc l'Empire romain d'Occident sous les fils de Théodose. occupaient la vallées Bohême et les hautes Européens revendiquaient pour eux la plaine du Pô et une bonne partie de l'Italie péninsulaire.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. De cette immense communauté sociale devaient sortir plus tard deux groupes principaux de peuples et d'idiomes. ceux que les Modernes appelleront du nom de Celtiques^ aujourd'hui. au moins jusqu'à l'Elbe. des hommes de même langue que ceux de France habitaient l'Allemagne de la plaine. il a été d'abord limité à une petite région. y compris les collines de Rome et les montagnes du Latium. Au delà du Rhin. il ans et davantage. Enfm. au nord. la marque la plus nette de l'unité de l'Europe occidentale. filles ou nièces de l'idiome parlé autrefois en Gaule et dans les Iles les Italiotes : Britanniques. ni les Alpes. En Espagne. langues romanes. ni les Pyrénées. au sud des Alpes. recouverte jusqu'aux terres hautes de l'Ecosse. les hautes terres de l'intérieur. et. langues celtiques. mais d'antiques populations résistèrent dans les replis de danubiennes. où les avaient attirés les mines plus que le sol. trois mille les descendantes de ce langage qui fut.

ces mots ont traversé sans périr les révolutions politiques et les changements de langue. plantée au cœur de l'Italie ainsi que nos montagnes au centre delà Gaule. Voilà pourquoi l'Elbe germanique. le bruit ou la grandeur de la colline qui se dresse. en Angleterre. et par bien d'autres que les ancêtres des Irlandais. Mais que ce mot ne nous induise pas en erreur n'oublions pas que cet idiome a été parlé au sud des Pyrénées et sur les bords de l'Elbe et du Danube. des Bretons ou des Gaulois. rappelle le lac Léman. : noms de mer d'Irlande et la noms de sources. rivières. moins éloigné de la langue mère.80 DE LA GAULE A LA FRANCE. ne furent d'abord que des mots communs. de l'eau qui s'étale. en Espagne. l'idiome italo-celtique. Albis. porte le même nom que l'Aube champenoise. ils furent les mêmes partout où l'on parla cette langue. tant de sources ou de rivières se nomment ou se sont nommées Dives ou Divonne. . Et peut-être Cimenice le 2. regio. de la fontaine qui murmure. dans le Périple d'Aviénus. pourquoi le nom primitif de nos Cévennes. comme la terre les retient à tout jamais. c'est-à-dire « l'eau divine » car les hommes de l'époque italo-celtique honoraient avec ferveur la divinité des eaux pures et salutaires. qui fut un marais desséché. acceptés avec la terre par les maîtres et les parlers nouveaux. la Campanie. de 1. peut-être de l'indo-européen '. Et comme les mots qui s'appliquent au sol s'y attachent et s'y enracinent. comme ils signifiaient l'aspect. de lacs et "de montagnes. vers 622. Alba ou Albis. que les ancêtres des Latins de Rome ou des Ombriens du Tibre. aussi immuables qu'elle-même. pourquoi enfin en France. : Un des signes les plus visibles et les plus persistants de cette unité italo-celtique est la similitude des lieu entre l'Elbe et les Pyrénées. pourquoi la Limagne d'Auvergne. Gomme ces vocables. Cimena ^ se retrouve dans celui de la forêt Giminienne.

suivant les sentiments qu'elles suscitaient en leurs âmes. une énergie qui rapproche cent tribus. 81 En dénommant ainsi les formes de la terre. on peut essayer de le retrouver. le voici nom. les hommes de ce temps nous ont fourni le moyen de connaître ces sentiments et de pénétrer dans ces âmes. il est probable qu'ils eurent JuLLiAN. immen on divinisait plus qu'à demi une fontaine en lui donnant un nom. ont appelé Ligures les populations qui l'habitaient aux époques les plus reculées. Nomen. 6 . par où plus d'un navigateur du Midi tenta sans doute d'atteindre les mystérieux marchés de l'ambre. qui nous ont transmis des témoignages sur l'histoire de l'Occident. Les plus anciens écrivains. faire presque entrer la source. la rivière dans le cycle de cette vie humaine. fixer nature. Quoique ce nom ne soit point parvenu jusqu'à nous. un nom à devenu une : seule et même personne pour ses milliers de riverains.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. grecs ou latins. régler ses rapports avec la vie humaine. en même ou la colline Maintenant que lui. et c'est. Ils achevaient également. la fraternité d'alliance qui s'était manifestée par ce langage. sources ou montagnes. temps. la transformer en un être qui a son unité et qui fait image. par l'octroi de ces mots défila prise nitifs. et peut-être à l'estuaire de l'Elbe. Ils ont mentionné des Ligures sur IcsJ collines de Rome et sur celles de Marseille. Puisque ces Italo-Celtes avaient un langage commun. il un nom pour désigner l'ensemble originel de leurs tribus. de possession du sol que les agriculteurs néolithiques avaient commencée. le Rhin porte un seul depuis sa source jusqu'à la mer. c'est la caractériser. sur les caps de l'Atlantique espagnol et sur les rivages de la Normandie. Donner un nom à une son rôle ou sa portion du sol. Ce mot de Ligures est la plus vieille appellation collective que présente l'Occident. \ — Le la Gaule à la France.

des Alpins solides et trapus. Je crois à peine commencée. On se présente — de l'autre. des Méditerranéens agiles et souples. et ceux de Francs et de Français après eux. d ailleurs. 2. Y a-t-il un rapport entre ces noms et celui de l'ambre? Cela ne pourrait être que si « ambre « était de pnvenance indo-européenne primitive. sous forme de nombreux îlots. J'ai également supposé que les Italo-Celtes avaient comme nom collectif celui d'Ambrons. et dont on a tellement abusé et mésusé. 3. une langue. porté ces noms l'un ù côté 1. en examinant sa structure physique et ce qu'il croit être sa race. pendant quelques générations. de dire qu'il est un Ligure.82 DE LA GAULE A LA FRANCE. avant les Ligures. Les Ligures seraient donc le peuple et la langue qui auraient dominé en Gaule et en Occident avant l'apparition du nom gaulois ou du nom celtique. le nom de Ligures sporadiquement en Occident dans les mêmes conditions qu'au Moyen Age celui de Romani. Ce fut le premier nom général qui y définit des multitudes humaines. Mais je répète et je dis un nom. je ne dis pas une race. un peuple à la rigueur. étendue par toute la Gaule. Nul d'entre nous n'a le droit. . nul historien n'a le droit d'attribuer à a remarqué qu'à l'époque historique. l'existence de groupes politiques dUtincts ayant. l'enquête sur ces vastes appellations collectives. sur la surface de l'ancien Empire romain. de cette grande famille. des blonds venus du Nord. des bruns venus du Midi. lequel se manifeste. et non pas un Gaulois ou un Romain. Je dirai de même pour le nom ibère. et qu'on pourrait aussi en rapprocher celui d'Ombriens. ou l'un des noms ^. 4. Ce qui est vrai. : i nous rappr'>che des temps où cet Occident avait son il nous conduit aux lieux mêmes où elle régnait ^ Nous sommes donc invités à croire qu'il était le nom. et : espèces ethniques qui se sont juxtaposées *. Sauf. bien entendu. qui fut celui de l'État espagnol de l'Èbre. en faisant des Ibères une race s'étant. qualifient des situations politiques qui se sont succédé ^ et non pas des unité. Parmi eux se trouvaient des hommes pareils à nos Flamands et d'autres pareils à nos Provençaux. Ces Ligures renfermaient des hommes de toute origine. c'est qu'il est fils et petit-flls de Romain et de Gaulois ces trois noms. Pas davantage.

» Nous ne sommes aïeux ni des Ligures ni des ont été tour à tour l'un et par ces phases successives. nous sommes réduits. tures. de notre tempérament de peuple. et avant eux le laboureur armé du pic néolithique. Chaque période de nos anciennes destinées possède aujourd'hui ses admirateurs ou ses dévots. celui-ci défrichant la terre. aux plus fragiles conjec- Que l'expression d'Empire ne nous égare pas. Ligures. sur trices les institutions direc- de cet énorme Empire d'Occident. corps et âmes. fait dire La récente découverte des siècles ligures a des choses nouvelles : « Arrière Gaulois et aux fanatiques Romains Nous ! sommes Gaulois. Notre France. Aucun ne mérite d'être traité en fait sa ouvrier principal. vies et terres. et à côté d'eux a travaillé à cette même tâche le Grec de Marseille. 83 l'époque ligure l'origine de notre civilisation nationale. est le produit d'une création dix à vingt fois millénaire. et. en passant mais nos nous. ont également travaillé à faire le génie de notre nation et à faire le génie de chacun de l'autre. On a dit pendant longtemps et des écri: vains d'intelligence rare écrivent encore « Nous sommes : Romains avec Jules romantique César. Le poète et le juriste de Rome.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. ont travaillé cinquante générations de Chré- tiens et de philosophes. le vergobret de la Gaule. chaque nom d'histoire a part de labeur. ils nous ont aidés à devenir des Français. Sur l'organisation générale. celuilà développant l'esprit. Cette unité ne ressemblait ni à l'Empire d'Attila. le chasseur ciseleur de silex et. » Les enthousiastes de l'époque « et leurs derniers héritiers se récrient » Nous sommes des Gaulois formés par les Druides. Chaque siècle. lançant des hordes . Et l'œuvre éternelle n'est peut- être pas encore terminée. jusqu'à nouvel ordre. après eux encore. le Ligure des dolmens. le Druide de la Loire.

sur et Gien. eux aussi par des traites familières. à une Peut-être il tribu suzeraine. d'institutions et de langues.84 DE LA GAULE A LA FRANCE. et surtout l'étain et ces sanctuaires. ni à celui de Xerxès. résidence. les chemins de Saint-Jacques ou les che- . à un corps suprême. communs étroite- à tous. et sur ces pistes. des sanctuaires gouvernés par des prêtres. telles les abbayes du Moyen Age. lieux de rendez. où le marest chand coudoie le fidèle. ces espaces consacrés. et peut-être aussi de manufactures. le corail et le cuivre. à les Druides. ni à celui de ment fonde serré par des lois et des ordres Rome. auxquelles pouvaient et devaient se soumettre tous les hommes de cette lignée. *. entre Orléans 1. C'était : une communauté à la fois plus libre et plus pro- plus profonde. De ces lieux saints de l'Occident où s'est formé le patrimoine collectif des Européens. circulant l'or ou l'argent. et ces sanctuaires maritimes. plus libre. car je doute qu'elle le ait obéi à un seul souverain. juxtaposi- du fond de sa tion de vingt peuples divers. et enfin. celui où nous trouverons bientôt la Loire. ces centres religieux. quelques-uns de les non les moindres. de caravansérails. mi-chemin de son cours. ces pèlerinages. les pierres dures. car elle devait reposer sur de fortes similitudes de cultes. placés sous l'invocation de divinités universelles. Voyez par exemple mins de Rome. situés sur rivages ou les îles côtières. où souvent le même voyageur et. réunissant entre eux les lieux sacrés l'ambre. la Terre leur mère ou le Soleil leur maître. de reliés marchés. des pistes connues de temps immémorial. Je me : suis toujours représenté l'ancien monde européen comme assez sem- blable d'allure à la Chrétienté médiévale en des espaces choisis et traditionnels. l'un et l'autre.vous de milliers de pèlerins. organisés sous forme de caravanes. je commence à en entreen voir quelques-uns dans l'ombre de la préhistoire : Gaule. servant à la fois de lieux de prières. principal élément d'union et d'alliance était- l'élément religieux et sacerdotal.

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
dans
les. Iles

85

Britanniques, cette

île

d'Anglesey qui fut

peut-être le trait d'union cultuel entre Irlande et Grande-

Bretagne; un autre aux Pays-Bas, en cette île de Walcheren où commencent les grandes routes de l'Escaut, de

Meuse et du Rhin ^; plus loin sur ce rivage, l'îlot sacré de Heligoland, face à l'ouverture de l'Elbe; de l'autre côté de l'Occident, un lieu saint à Aquilée, près de Venise, à l'endroit d'où l'on descend des Alpes, où l'on arrive de l'Adriatique -. Au delà de ces sanctuaires proprement italoceltiques, commençait la ligne de ceux que revendiquaient pour eux les terres helléniques, comme celui de Dodone en Épire, ou qui demeuraient dans la contrée des ancêtres indo-européens, comme celui de l'île de Fehmarn au pasla

sage des détroits danois ^ et, l'aïeul et peut-être le plus sacré de tous, celui de l'ambre baltique au Samland, entre
Vistule et Niémen. Car,

même

après migrations et disper-

sions, les relations continuèrent

d'abord entre

les

hommes

ou

les prêtres.

Ces pérégrinations lointaines, accomplies grâce à des trêves de dieux et à des protections de prêtres, n'étaient

pas

le

principal dans la vie de ces

hommes.

Elle se passait

surtovit à cultiver et à récolter.

plus fortes, avec des

L'œuvre de défrichement continua, dans des proportions moyens plus perfectionnés, sous une

coordination plus régulière des bras et des volontés.
1. C'est, je crois, le

Dans

sanctuaire insulaire dont parle Strabon (IV, faisant face à la Bretagne et consacré à une déesse du sol indigène analogue à celle de Samothrace : et ce doit être le temple 'bien connu de Néhalennia à Domburg (Corpus inscr. Latin., t. XIII, n'5 8 775 et suiv.). L'importance de ces vieux sanctuaires insulaires
4, 6),

et maritimes suffirait à rappeler le rôle de la marine dans l'histoire primitive de l'Europe. 2. Le fameux sanctuaire de Bélénus, à Aquilée, est, dans les temps de l'Empire romain, Théritier de ce lieu saint. 3. Si c'est là qu'il faut placer le sanctuaire fédéral de la Terre

chez

les

peuples baltiques de l'ouest (Tacite, Germanie, 40).

86

DE LA GAULE A LA

FRAJSCE.

la légende d'Hercule, vainqueur de l'hydre de Lerne, nettoyeur des écuries d'Augias, chasseur des oiseaux du lac Stymphale, s'est dissimulé le souvenir et le symbole des vastes conquêtes agricoles dont la Grèce a été le témoin. Mais la Gaule a eu aussi les siennes, et si la légende ne les

a point célébrées, et leur grandeur.
le

elles

n'en eurent pas moins leur beauté

C'est après l'arrivée des Indo-Européens que je placerai

formidable travail de la Limagne, immense marais qui

fut alors transformé en cette terre merveilleuse, la joie

des yeux de France ^ Cette fois, ce n'est plus la besogne médiocre et pénible d'un travailleur isolé ce sont des milliers d'hommes qui s'attachent ensemble à des milliers d'hectares; c'est l'assaut discipliné contre le marécage, mille canaux qui le pénètrent comme des tranchées d'at:

taque, des ingénieurs qui calculent

les

pentes, qui atten-

dent le résultat pour donner de nouveaux ordres, l'armée des laboureurs succédant à l'armée des terrassiers. Nous

avons

le tort "de

réserver ces

mots

d'orgueil scientifique,
Ils

ingénieur ou calcul, à nos entreprises contemporaines.
ce que, depuis Henri

valent tout autant pour ces tâches d'autrefois. Songeons à

IV ou au Moyen Age, a représenté de de méditation, de volonté, le dessèchement des marais de la Garonne et de Normandie, du Lay etdela Sèvre et sachons admirer les créateurs de la Limagne Niortaise au même titre que les moines de Maillezais ou les Flapeine,
:

mands
d'eux.

appelés par Sully. L'histoire se doit également à
se sont fait oublier et à

ceux qui

ceux qui ont

fait parler

La Limagne
1.

est le chef-d'œuvre de ce

temps; mais en

Voyez

le

chapitre consacré à la

Limagne d'Auvergne dans

la Géologie agricole de Risler, si précieuse même pour l'histoire, Paris, Berger-Levrault). t. II, p. 404 et suiv. (1889, de Dienne, Histoire du 2. Je renvoie à deux livres essentiels
:

marais en France avant 1789, paru en 1891, Paris, Champion; Etienne Clouzot, Les Marais de la Sèvre Niortaise et du Lay, 1904, Paris, Champion. Et il y aurait bien des monographies de grand intérêt à écrire encore sur ce sujet.
dessèchement des lacs
et

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.

87

Bourgogne, en Soissonnais, en Picardie, en Agenais, en Languedoc, dans le Coratat, en Alsace, dans toutes nos
provinces d'aujourd'hui, des affaires pareilles furent réussies.

Nous ne voyons
:

le le

chasseur qui court la forêt ou

marécage

temps reculés que sauvage perdu dans j'aperçois plus volontiers le bûcheron qui
d'ordinaire en ces
le
le terrassier

défriche l'une,

qui dessèche l'autre.

On

insiste

sans cesse, pour décrire cette époque, sur la note de barbarie
vail.
:

j'ai le

droit et le devoir d'insister sur celle de tra-

Fouillée

avec audace, la terre

livrait

de

nouvelles

richesses métalUques.

On connut

l'étain après le cuivre,

l'or. Le hasard d'une expérience heureuse ou quelque renseignement venu d'Orient révéla la possi-, bilité d'un alliage entre les métaux et l'union du cuivre

l'argent après

:

et de l'étain produisit le bronze, malléable, solide et bril-

comme un métal créé par l'homme *. Grâce au bronze, la hache fut perfectionnée chaque jour. Gomme arme de combat, elle fut aidée par le poignard, puis par l'épée, dont nous verrons plus tard le triomphe. Des objets de tout genre apparurent sous l'action du métal 2, fines et longues aiguilles pareilles à des dards, agrafes ou fibules aux têtes ornées de spirales car le bronze se prêtait à la rigidité de la pointe qui transperce et à la souplesse du fil qui s'enroule. Depuis que les Hyperboréens, descendus vers le sud, se trouvaient en contact direct avec les vieilles civilisations de l'Orient, ils purent
lant, qui fut
:

1. Je n'ose, au sujet de ce problème de rorigine du bronze, me décider entre la thèse de l'origine unique, qui serait en Orient, et celle des origines multiples, dont une quelque part dans le monde indo-européen. N'oublions pas que ces populations primitives de l'Europe se pénétraient certainement beaucoup plus que nous ne pensons. 2. Pour l'âge du bronze, ou le premier âge du métal, voir le partie, 1910. Manuel de Déchelette, t. II,

V

88

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

connaître et adopter

progrès réalisés aux bords de la

Méditerranée

*.

Des animaux domestiques furent affectés à de nouveaux usages. Le cheval, qui venait à peine d'être soumis, fut attelé à des chars ou à des chariots car la roue avait été découverte; et ce n'est sans doute pas à pied que partirent tous les émigrants. Le bœuf fut attaché à la charrue, et rhom«ie n'eut plus qu'à manœuvrer le soc au
:

lieu

de

le

conduire lui-même.
le

L'attelage du bœuf, le labour à la charrue, voilà, pour

nos pays agricoles de France,
à la
fois l'outil et la terre associés
le sillon

signe d'une ère nouvelle,

de travail et de sentiment. C'est l'homme, l'animal, en une

commune

entreprise; c'est

qui se creuse sans peine et s'allonge sans erreur;

c'est le sol qui le reçoit

joyeusement;

c'est le

laboureur

et la bête qui s'avancent

ensemble, en une marche rythmée,

\

'

ciel et l'or du soleil. Assurément, les génétemps ne définirent pas la poésie sainte de ces choses avec la virtuosité d'un Millet ou d'un Victor Hugo. Mais soyons sûrs qu'elles la sentirent confusément, qu'elles comprirent la magie religieuse du labourage. Les principales images, d'ailleurs enfantines et grossières, que nous ont laissées leurs artistes, représentent des charrues et des attelages de bœufs ^. Aux siècles disparus des troglodytes, l'homme fixait la figure de l'animal de chasse, espérance de sa vie et but de ses courses il fixe maintenant le simulacre du labeur, dont la pensée domine son âme. Enfin, ces nouveaux instruments et ces nouvelles matières du travail industriel permirent de construire des édifices

sous l'azur du

rations de ce

:

plus

solides

et

plus

durables

*.

On

s'attaqua avec plus

1. Mais je ne peux croire qu'ils n'aient pas imaginé par eux-mêmes bien des choses de métal. 2. Les gravures rupestres des Alpes de Tende, si patiemment mises en lumière par Bicknell; de ce dernier, surtout A guide to the prehisioric rock engravings in the Ilalian Maritime Alps, 1913, Bordighera, Bessone. 3. C'est à dessein que je me suis interdit d'insister sur les monuments mégalithiques au chapitre précédent, avant l'introduction

L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS.
d'énergie à la pierre,

89

comme on l'avait fait à la terre. Les demeures des vivants restaient toujours en bois mais, pour les demeures ou les souvenirs des morts, on bâtit des dolmens chaque jour plus massifs, des menhirs chaque jour plus hauts'. Le Men-er-Hroeck de Locmariaquer dresse son pilier à plus de 20 mètres; la grande dalle qui
:

recouvre la chambre sépulcrale de Gavr'inis a plus de 12 mètres carrés. Pour amener ces blocs, pour dresser ces
il fallut des charpentes, des rouleaux, des cordages de dimensions considérables et d'une solidité à toute épreuve, et il fallut en outre des équipes d'hommes orga-

obélisques,

nisées,

manœuvrant avec ensemble
il il

sous l'ordre d'un seul

chef, et

fallut enfin, chez ce chef, des calculs attentifs

et minutieux. Certes,

ne

les faisait

pas par

écrit,

il

ne

savait ce qu'étaient l'épure, le papier, le chiffre et la méca-

nique

:

tout se passait en son cerveau, par souvenirs et

Mais lui aussi, comme le dessiccateur de la LJmagne, valait sa valeur de savant. Cette construction de mausolées indestructibles nous ramènera à la même conclusion que le dessèchement des marais, que la dénomination des détails du sol l'éducation de la terre est terminée, par le labour, par le tombeau, par la sainteté du nom. Attendons quelques génénous verrons cette terre imprimer son rations encore image sur les sociétés politiques.
réflexions.
:

:

En même temps que la terre, les familles et les tribus humaines qui l'habitaient recevaient, elles aussi, leurs façons
définitives, les règles de leur vie et les lignes de leur droit-.

du métal. Dans un sens contraire, Déchelette les étudie sous la rubrique âge de la pierre polie (t. I de son Manuel). 1. Ce qui n'exclut pas le rapetissement de ce genre de construction à une époque postérieure. 2. Je m'inspire, pour ce qui suit, de Fu-tel de Coulanges, La qui ait été l«nté Cité antique, le premier et le plus grand eflui
'.

Pour être vraiment un homme. la mariage n'est plus ou n'est point un acte de femme enlevée comme un butin de chasse ou de guerre. Celui-ci guide et. Les enfants. l'épouse oubliera la famille de sa naissance pour ne plus connaître que celle de son mari. il faut être père de famille. ibi Gaia. et peut-être déjà les champs qu'elle cultive. Son devoir. Mais enfin. » : . dans une antiquité sans date. C'est une union librement consentie. mais ce ne sont pas des esclaves. et que les institutions se sont ou établies ou préparées.es. au besoin. la vie conjugale est indissoluble.90 DE LA GAULE A LA FRAyCE. elle sera mère et maîtresse. auxiliaire et associée Le père de famille a pour compagne. pourvu de droits et honoré de la titres. Cette famille était l'idéal de la vie terrestre. que les croyances ". 4 « Les populations grecques et italiennes sont infiniment plus vieilles que Romulus et Homère. est de les préparer à devenir pères de famille à leur tour. le mariage est l'origine le : d'une famille éternelle. et peut-être les poètes ou les prêtres la comparaient-ils à l'union féconde entre la Terre-Mère et le Soleil dominateur tout ainsi que cet accord entre les dieux suprêm. en les élevant corps et âmes. femme Car qu'il s'est choisie et qui a accepté de vivre avec lui. Ils sont sous sa juridiction et sa discipline. Le principe de la vie sociale est la famille. dépendent du père. Elle possédait. P. Il est vrai que l'homme demeure la le maître. la juge. ubi Gaius. l'espace qu'elle habite. membre de la société.se sont formées. violence. sa réplique ou son emblème sur le car toute lignée humaine doit montrer son lieu de rési- dence. pour reconstituer la morale et le droit primitifs des Indo-Européens. sol : pour ainsi parler. constituée par l'homme au jour du mariage. la maison qui l'abrite. dans la vie elle participe à son culte et à ses titres : où il sera père et maître. C'est dans une époque plus ancienne. eux aussi. comme dira le rituel romain. placée sous la sauvegarde des dieux et la sanction du culte. devant les dieux elle est son égale.

ainsi que la maison. une « piété » continue. sous la forme d'une paternité et d'une fraternité morales. c'est le foyer de cet âtre. prêtre et roi. cette tribu aura. Si le père engendre. dans ces sociétés d'autrefois. L'afïection. Mais ce qu'elle a surtout de divin et d'éternel. de ces villages. Entre les ces tribus. dans les sacerdoces ou les royautés religieuses des grands maisons sanctuaires régionaux. Elle est pour le père un temple pour un prêtre. sans cesse exprimée par des paroles et des actes. Le seuil et l'âtre en sont des endroits consacrés. Le despotisme y était inconnu. entre les voisins d'un village.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. ainsi que la famille. à la manière de ce feu immortel. La communion avec des les morts est un devoir : les hommes. juge. ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître. circule du père à l'épouse. qui ne doit jamais s'éteindre. Si plusieurs villages s'entendent pour former une tribu. son chef. ce serait les faire supprimer de la mémoire périr une seconde fois. et d'une mort dont on ne revient plus. mais une affection agissante. des fils aux parents. Il ne faut pas que l'oubli atteigne les aïeux qui sont morts que leurs tombes soient au voisinage de la maison ou dans un champ dans c'est : sacré des terres lointaines. à un tyran gouvernant à sa guise. Rien. en parler. son foyer et son feu sacré. entre les citoyens d'une tribu. et cette piété est le levain impérissable qui fait surgir et s'animer toute vie sociale. 91 La maison ce que serait est une chose sainte. Tout dans sieurs l'univers ressemble à se une famille. comme diront plus tard les Latins. c'est membres de ces familles. Car. Au-dessus du père de famille était le devoir familial. les prier. de un échange religieux de sentiments et de devoirs. la famille vivra le temps comme sur l'espace. ou. Si t)lu- groupent pour former un village. Et sans doute l'élément familial se retrouvait. leur sacrifier. les vivants veulent se souvenir d'eux. pour que ses fils engendrent après lui. au-dessus du roi . ce village aura.

Tu ne dois pas voler. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Des obligations plus précises réglaient les rapports entre hommes. de tribu était l'Esprit de la tribu. honorer tes parents. léna). Une morale impérieuse avait été établie pour eux tous. » Toute la loi d'Israël fut dans les dix commandements que Moïse édicta pour son peuple en marche nous en retrouvons de semblables dans le monde européen à l'époque de ses migrations. pas plus d'ailleurs qu'Israël lui1. Les êtres passaient. sens. ' : — — — — — — — — — — : — connaissait point toutes. familles et tribus restaient. c'est la loi. Je crois bien que l'Europe occidentale avait trouvé. Tu ne dois pas mentir. Tu dois obéir à l'ordre de ta tribu. léna) et Alt-arisches Jus civile (1892-6.92 DE LA GAULE A LA FRANCE. des législateurs aussi capables que Moïse ou Hammourabi de formuler des préceptes de conduite ou de rédiger des articles les de loi : seulement les articles de la loi se répétaient par la parole et n'étaient pas inscrits sur des tables. Je les indique d'après les deux ouvrages de Leist. aussi bien pour le chef que pour les Un souffle de liberté et d'égalité agite ces hommes. Tu ne dois pas tuer. Ce qui commande véritablement à des hommes. Il connaissait donc les règles de la Il est vrai qu'il ne les morale absolue et immuable. ce n'est pas un chef. On a pu ramener à neuf principes la morale fonda« Tu dois mentale des premiers Indo-Européens Tu dois respecter et respecter et honorer les dieux. Rappelons-nous la manière indépendante dont les Grecs autres. . parmi ses prêtres ou ses conducteurs. même d'Homère parlent à leurs rois : c'est un dernier écho de la tradition primitive des Indo-Européens. dois honorer ton hôte. Alt-arisches Jus gentium (1889. Tu Tu dois maîtriser tes Tu dois te tenir propre et pur. l'étranger et le mendiant. qui est la pour tous.

de l'existence humaine. le m. que le Christ : ajoutera aux dix commandements. Il n'empêche que cette morale européenne ne fait point une part exclusive au sentiment égoïste et fermé de la famille et de la tribu. : il ont aussi droit à des égards y a donc des devoirs même envers par cela seul qu'il est un homme. de la vérité. tous ces devoirs devaient être à chaque ils instant violés par des milliers d'hommes.L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS. Par cela seul qu'il y est question d'amour et de respect pour quelques-uns. parmi ses ordres. A coup sûr. vaste patrie ou humanité tout entière.endiant ou à des sympathies le misérable. au droit universel. Des préludes à la bonté. l'hôte. on peut prévoir le jour où respect et amour passeront à des groupes plus étendus. c'est que l'élite hommes comprît déjà. ceux de son groupe. c'est qu'on a reconnu la nécessité ou la beauté de la discipline morale. le meurtre et le mensonge sont interdits. le vol. Mais ce qui importe. celui aimer son prochain comme soi-même ». comme le les sont encore. . s'y manifestent. Enfin. et je ne suis point sûr que ces prohibitions fussent limitées à la famille ou à la tribu. 93 même d' a nous n'entendons point. l'étranger. Si la débauche. c'est que quelques-uns des maîtres des aient voulu les inscrire dans le cœur de tous.

. à voir dans l'organisation druidique la survivance d'institutions antérieures au nom celtique. gieuse que Une aussi vaste communauté. A propos des sacrifices humains. souveraine de l'Océan. Relations religieuses avec la Grande-Bretagne. Caractères de la civilisation druidique : pas d'écriture. 1. Le roi de tribu. — — — — — — — — — — — — — >•> — — L'unité de l'Europe occidentale se disloqua à la veille de l'an mille avant notre ère. . 102 et s. Pour les arguments en faveur de cette thèse. après de longues hésitations. L'assemblée des Druides au centre sacré de la Gaule. p. La rupture de Vanité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France. L'Armorique. p. plus très reli- sociale. capitale des morts. Approche des Méditerranéens et fondation de Marseille. 27 et s. Je me décide. de temple. Sacrifices communs et communauté religieuse. plus commerciale elle les que politique. Le « pays ». centre de vie agricole. sociale et religieuse.IV L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS LIGURES ET DRUIDES *. sans ces convulsions sanglantes qui brisèrent l'Empire romain. La rupture dut se faire d'elle-même. Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale. Hiérarchie druidique et dieux généraux. L'Armorique. L'âge de répée se prépare et l'âge du fer commence. d'image. 1919. Les « pays se groupent en provinces ou « cités ». Dangers qui naissent des ambitions commerciales. renfermait point en germes d'une Aucune puissance matérielle n'existait pour la maintenir. voyez Revue des Études anciennes. ne longue durée.

qui avaient fait de la terre la base de la vie sociale. telle terre. moraux de l'entente des hommes. dans le rayonnement de ses vallées et à l'ombre de ses montagnes familières. les Ombriens. Mais l'unité la plus nette et la plus forte qui apparut alors dans le monde occidental fut celle de notre pays au lendemain et à la faveur de la décadence de la société italo-celtique. les tribus indo-européennes allèrent à l'isolement. Aucune trace de gouvernement central ou général ne résulte des faits linguistiques. l'être qui devait devenir la Gaule et la France se montra enfin sous la forme d'une personnalité religieuse et politique. était fait vers \ l'avènement de notre patrie. et se laissèrent peu à peu assauvagir par les forêts et les marécages qui les enserraient. Elle avait contre elle le jeu des forces géographiques. à vivre chacune pour soi. religieux ou autres qu'on a pu constater dans le monde occidental à la première époque indo- européenne. les contours intellectuels et sur hommes. Les plus anciennes générations avaient pris possession du sol. bien enfermée dans le cadre providentiel de ses : mers. tendance des régions naturelles de l'Europe à se suffire à elles-mêmes. A l'est du Rhin. L'Italie. ces 1. celles de l'Irlande. et ce fut sous la domination du robuste peuple du Tibre et des Apennins. les populations furent chaque jour plus indifférentes à leurs voisines du couchant. terre de Saturne ». comme société que la nature l'avait créée comme Un nouveau pas. enracinés à cette terre.L'ÉPOQUE DES PRÉTRES-ROIS. . Voici maintenant que tout jamais accord fraternel. archéologiques. avec elles. ou perdit et reprit une certaine homogénéité. de plus récentes avaient fixé les lois fondamentales de cette vie. Au sud des Pyrénées. et peut-être. prit et garda. Un lien religieux assez étroit continua à grouper ensemble les tribus de la GrandeBretagne. plus décisif encore. s'y rapprochent pour un pour une communauté nationale. et ne vécurent plus que sous le reflet des États étrangers qui grandirent sur l'Èbre « et en Andalousie. 95 aucun gouvernement ne prenait intérêt à sa conservation la '. d'autres étaient venues.

image symbole de patrie. l'Empire carolingien a eu le le mal fait par les épigones de Dagobert. Ce lieu de rencontre avait été expressément accepté parce qu'on le disait au centre de la contrée habitée par toutes les tribus de même sang. Chaque année. L'unité gauloise (je me sers de ce mot de Gaule par anticipation) était essentiellement d'ordre religieux. Elle avait obligé les familles de ce pays à se connaître et à se comprendre. en lui rappelant sans cesse ses vraies frontières. les obtiennent toujours un bénéfice à se serrer plus : près les uns des autres. se réunissaient en un pour y tenir leurs assises. parler. il fallait donc que l'on eût l'idée d'une de prêtres et . à des jours lieu consacré solennels. les prêtres des tribus. Pour avoir ainsi cherché et choisi ce centre. mille ans plus tard. fait elle avait rendu les routes plus fréquentées accessibles. elles esquissent parfois de la De même mérite de réparer un instant nouvelles patries hommes car.96 DE LA GAULE A LA FRANCE. Si dangereuses que soient ces grandes formations impériales pour le repos et la santé du monde. elle et les lointains plus avait. elles ne font pourtant pas que le mal. contribuera à parfaire l'unité de la Gaule. et ce lieu était. qu'on appelait les Druides. lui aussi. en De lui même manière. comme je l'ai déjà indiqué. En : apparence. imposant à nouveau la même langue et les mêmes dieux. les montagnes et le Rhin. manière encore. Lyon ou Trêves. même groupés pat la violence. l'Empire romain. c'était assemblée nationale. pour la ainsi que la contrée tout entière sentît et respirât d'un souffle plus régulier et plus général. sur la Loire. en réunissant les tronçons de la Gaule chrétienne. en cherchant pour elle des capitales. La conquête indo-européenne avait évidemment préparé ce jour où une nation devait se fonder en France. ce n'était que concile et cénacle en réalité. près de la forêt d'Orléans.

et. contours précis et visibles. 229. indiquant la valeur rituelle et frontière aux époques les plus anciennes. c'est de lui marquer un centre.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. pour une nation. On eut alors pour centre. foyer et capitale. temps antérieurs à l'Empire la — De Gaule à la Franco. le : : 1. hommes de Rhin. J'incline à accepter l'hypothèse de Soyer sur l'emplacement de « l'ombilic » gaulois. Mandeure au pied du Jura. à. : enceintes consacrées Il n'importe d'ailleurs le principe souverain. p. diront-ils. pour désigner JfLLus. de lui imposer un cœur qui le foyer. plus au sud. 16). fallait qu'on eût la notion de son étendue et l'indication de les le ses limites. le sanctuaire de la Loire ^. 1920. qu'ils installeront un puissant monastère et leurs plus célèbres écoles car là. résidence il d'une famille sociale. Voyez l'importance des Et je pourrais citer bien des faits cultuelle d'une ligne 2. ce est-il possible : car les prêtres et les fidèles d'alors aimaient plus encore les que nous les les lignes tracées. l'île attirante de Sein aux neuf prophétesses. 4. lorsque moines bénédictins voudront refaire l'unité intellectuelle et morale de cette Gaule devenue chrétienne. les Deux mille ans plus tard. domine. pour définir une région. pour doter une nation d'un domicile certain. 7 . les Encore cela que temps lui aient assigné pour frontières deux mers et les deux chaînes de montagnes. c'est au même endroit. le rocher de Monaco. autour duquel s'unissent terres et forces vives. limites dans le droit fécial primitif. Aquitaine et Bourgogne'. près de la fontaine Saint-Sébastien {Bullelin de la Section de Géographie. Regardez les lieux extrêmes de la Gaule ligure* l'île de \Yalcheren avec son sanctuaire cher aux marins de la mer du Nord. 3. n. en tant que demeure de tribus parentes. vaut plus que les murailles. on touche à la fois à France. '. contrée. la capitale. future station d'Hercule. Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire. Voyez p. plus que les frontières. pour une famille. 3. à Fleury-sur-Loire. qui sera le plus révéré des lieux gaulois au voisinage du Rhin. Je répète que je ne les me sers de cette expression de ligure que celtique. Il était admirablement placé pour commander à tout ce qui sera la Gaule. Je ne dis pas que cette contrée correspondît exactement à la France.

l'unissant à la vie de la par des paroles mystérieuses et d'émouvantes for- mules. le cap du Figuier aux abords de l'île enchantée de Saturne \ tous ces angles naturels de la Gaule. les habitudes scienpeu à peu chassé cette allure magique que l'homme imprimait à terre sa vie. la mère même de leur société. si elles se tenaient en ce saint des saints pour sentir palpiter son cœur. Je disais tout à l'heure que la religion aimait les lignes précises^ : mais elle aimait également les images concrètes qui dessinent la pensée. depuis la Genèse jusqu'à Samuel. les tribus associées qui s'arrêtent. Si nous voulons nous rendre compte de la manière dont ces fondateurs de la Gaule se représentaient leur nation et sa terre. On dira que ce sont là symboles et images. Les hommes de ce temps ont-ils donc mesuré les étapes sur les routes pour arriver au milieu même de leur réseau? ou est-ce le hasard qui les y a conduits. L'îlot de Santa-Clara à SaintSébastien? 2. vers 164-172. voyez les dénombrements primitifs. sont à égale distance de « l'ombilic » divin de la Loire. de méta- tifiques ont phores et de figures. Mais c'est précisément pour cela que de tels mots. cap Cerbère qui abrite le port de Vénus. d'images et de symboles. ce n'était pas seulement la terre universelle à laquelle elles donnaient le baiser de dévotion. Je pourrais ajouter les nombres rigoureusement exacts. là s'assemblaient ses prêtres. D'après Aviénus. . Si ces pieuses réunions avaient pour objet de culte la Terre-Mère. et qui les a conduits exactement à la moitié du cours de la Loire. Elles vivaient. bien plus que les nôtres. de telles idées conviennent à ces générations anciennes. l'histoire de sa conquête. occupés par des enceintes sacrées. relisons l'Ancien Testament. la terre et la vie L'adaptation est maintenant absolue entre la vie de de la société. L'esprit laïque. la description de la Terre Promise.98 DE LA GAULE A LA FRANCE. c'était la terre propre de leur nation. le fleuve médian de la France? Toujours est-il que là où était le centre du pays. les solennels rassem- 1.

telle que Gergo\ie ou Bibracte. . Les Druides ne faisaient pas autrement dans leur enceinte divine. Les divergences entre les hommes ou que les entre les sociétés humaines sont moins si fortes ressemblances. l'analogie véritable. 99 blements de leurs hommes autour de « la pierre de témoignage » *. les centres religieux principaux au temps des Juges. s'y assembler reste. 2. Esdras. c'est pour vivifier à nouveau leur société. Sion ou Jérusalem rappelle plutôt une capitale militaire de la Gaule celtique. § 1. ils obéissaient au même désir. Il me paraît certain que « l'ombilic » de la Gaule était représenté par une pierre. pour l'ombilic druidique. Lorsque les hommes d'un clan. se rendent autour de la pierre mystique qui est l'emblème de leur vie sociale et qu'ils accomplissent les gestes et les actes solennels. analogue à celles de Delphes ou d'Irlande ou à la pierre de Kermaria (dans Pont-L'Abbé. membres d'une un peuple qui s'identifie avec son Dieu. et que nous n'avons parlé que d'Indo-Européens. si l'on veut établir une concordance plus exacte. 193 et s'. renforcer la fraternité natio- 1. cf. pour prendre un sentiment plus fort de ses attaches et de ses intérêts. c'est une sorte de renaissance de sa conscience collective. la solidarité fraternelle qu'à chaque instant nous entendons l'écho de nos pensées des ou de nos traditions nation. Que l'on n'objecte pas que ces conquérants de Chanaan étaient des Sémites.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. 3. Revue des Études anciennes. 3. Finistère). tels que je me les figure au temps primitif. en état de pureté rituelle. sur les ombilics des pays celtiques. et le repos accordé enfin à l'arche dans la colline sainte de Sion ^. et monte aux pour jours de fête vers la ville sacrée sa capitale. groupés sur le giron de la terre maternelle. ch. qui place son foyer au temple de ce Dieu. nous observons des épisodes de vie collective qui nous rappellent les prêtres de la Gaule. p. Loth. en particulier Samuel. 1915. serait avec Silo ou Mitspa. . et aujourd'hui encore la lecture de l'Ancien c'est Testament réussit à nous passionner. et les Juges. comme s'il était une seule famille^. Au même chez les tribus arriérées de l'Australie. En réalité. ne sont pas loin de ressembler aux Druides.

Paris. et peut-être se souvenaient-ils. la religion sociale s'est abêtie dans les rites magiques d'un clan atrophié. on englobait. leurs même les langue. on confondait. « la conscience collective. Voyez maintenant Loisv. de force et de pureté. Par le meurtre rituel de quelques hommes émissaires. 2. car l'esprit de la 1. exerçaient de très importantes fonctions de juges : ils punissaient des coupables. ainsi que les Juifs à Jérusalem. à côté de leur rôle religieux. conscience de conscrences » ^ Seulement. Druides les renouvelaient dans les journées des assises par plus efficaces et les plus solennels des sacrifices. Nourry). Alcan). on pensait effacer ces tares et expier ces fautes. qu'ils avaient une ascendance commune. : Les prêtres.100 DE LA GAULE A LA FRANCE. purifier. Par là même. Les prêtres et les dévots qui se rendaient aux bords de la Loire parlaient la tribus. des relations commerciales existaient entre leurs coutumes étaient pareilles. tandis qu'en Gaule elle s'épanouissait dans l'image éternelle d'une grande nation. en Australie. . Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912. J'emprunte expressions et renseignements au célèbre ouvrage de Durkheim. 033. Paris. ils adoraient mêmes Cette les dieux. sur qui l'on rejetait toutes les fautes et toutes les tares de la société. communauté de sang les et cette fraternité d'alliance. on unissait dans ce renouveau toutes les tribus associées ces sacrifices d'expiation et de purification devenaient aussi des actes de communion et d'alliance. un resserrement du lien fédéral. qui étaient des victimes humaines -. rajeunir et réconforter cette société : c'était pour elle bail de vie. Essai historique sur le sacrifice (1920. nale. ils tranchaient des litiges. comme un nouveau un nouveau traité de sauvegarde qu'elle contractait avec ses dieux. en particulier p. Ce n'était pas en effet un groupement artificiel auquel présidaient les rites druidiques. un réveil de la solidarité publique.

10. L'un d'eux était regardé comme le premier et le chef de tous. prêt à disparaître vers le sud. et elle répondait à un idéal qu'on peut supposer en leurs âmes. des pratiques génécontinuaient la loi de l'alliance. sagesse divine textes ' 101 était en eux. et peut-être est-ce en ces fêtes de décembre. au solstice de juin. des titres. une gloire quasi divine. pleines terre dans toute sa maternité. des institutions. le soleil apparaît dans toute sa gloire et la que d'autres moins sanglantes et plus paisibles. consolidaient encore ces attaches nationales qui s'étaient renouées dans le sang de leurs Il sacrifices. le prêtre des prêtres. le juge des juges. au moment où la terre reçoit les semences nouvelles. verdure immuable au milieu de la forêt dépouillée. Mais dans l'intervalle de ces fêtes. Puis. Les dieux qu'on avait adorés aux heures saintes demeu1. etc. qu'avait lieu la cueillette du gui. . 18-19. avaient intérêt à rappeler sans cesse cette loi car elle faisait en partie leur puissance. J'imagine aussi d'espérances en l'éternité de la vie. Il est possible que son autorité fût purement nominale mais ce n'en était pas moins une souveraineté magnifique. Par la suppression des préils à batailles ou à querelles. s'arrête et revient pour recommencer sa course. et où le soleil. au moment où fêtes. rentrés chacun en sa tribu. n'a rien vu de comparable. Les prêtres. Juges. que rales : : d'être pour des millions d'hommes occidental. 2.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. 3. des noms donnaient une sanction permanente à l'unité. au solstice de décembre. avaient lieu en hiver. Le monde jusqu'au temps empereurs romains. « le roi des sacrifices des ». est vrai que ces fêtes J'imagine qu'elles avaient lieu en ne duraient que quelques instants. Il y avait une hiérarchie dans ce clergé. été. Je m'inspire pour cette expression de l'Ancien Testament. Ces Druides n'étaient pas égaux entre eux.

avait fondé la nation dont il portait le nom. tonnerre. Tentâtes. a une telle allure de Génie de peuple. c'est fort probable. de la société fédérale qu'elle représentait. que ne peux m'empêcher de le voir présider.102 DE LA GAULE A LA FRANCE. Nous vou- drions les connaître exactement. lui révélant l'industrie et les arts. en admettant qu'il l'ait jamais été? Disait-on simplement «la Teutatès? nation ». l'astreignant au travail et par son je à la paix. mais Certains indices m'ont parfois rendu l'iiypotlièse fort tentante. dès ce temps-là. J'ai peine cependant à croire que Teutatès n'ait point déjà existé signifie le dieu « comme ». mère du dieu et de la nation. auprès d'eux. aux assises religieuses de ses tribus associées. dans ces enceintes de prières. Enfin. ouvrant des routes et des marchés. ne sont peut-être que de nouveaux venus. Ce Teutatès. Qu'à côté ou même au-dessus de lui on ait adoré la Terre. père et éducateur du peuple. Au reste. plutôt. — — acceptés par les prêtres à la suite de révolutions politiques ou sociales. dieux adoptifs. que le fait même des prières communes et celui de l'enceinte où tant d'hommes sont assemblés. raient les dieux communs de toutes les tribus. le dieu des champs et des batailles. . le dieu du ciel et du bords sacrés de la Loire. dieu d'alliance disait il : son fils nom de la national on de lui que. à Bélénus le Soleil. nombre et noms de dieux nous que inté- ressent moins. 1. qu'une place importante ait été faite un jour. une dernière question se pose à propos de cette assemblée. sur la Loire. Quel nom lui donnait-on? et quel nom ' ' donnait-on à la terre qui la renfermait? Le nom de Ligures était-il toujours celui de ces populations. Terre et peut-être aussi son époux. d'empereur et de législateur. d'Esprit social. comme on disait le dieu « national )>. des mots de Gaule et de Gaulois '. Ésus. ou. Ceux que nous trouverons bientôt sur les Taran. — Je ne pense pas qu'on puisse supposer l'existence. il y a encore bien des motifs pour l'écarter. nous ne pouvons encore les distinguer. le dieu souverain. nom et son histoire. qu'il l'avait ensuite disciplinée.

L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS.
Je ne
ce
dois

103

pas parler de Celtes, car

les

hommes de
j
I

nom

habitaient encore au delà du Rhin.

Ainsi, l'histoire ancienne de la Gaule s'inaugure dans
l'unité; et cette unité résulte
la région naturelle qu'est la

de l'accord profond entre' France et la société humaine

qui s'y est établie.
Pareil fait étonne ceux des historiens ou des sociologues
la pensée demeure dominée soit par le morcellement du monde antique en cités rivales, soit par l'émiettement

dont

actuel des populations sauvages en tribus qui s'ignorent;
et
ils

se refusent à reconnaître cette loi

du passé, que

l'his-

toire générale de l'Europe (pour

ne parler que de l'Eu-

rope) a

commencé sous les auspices de vastes fraternités humaines. Car ce que je dis de la Gaule, je pourrais le répéter d'autres régions de notre monde. A l'arrière des destinées

du Latium et des douze acropoles de l'Étrurie, il y eut, je crois, l'unité de « la Terre de Saturne », dont les mythes nous ont conservé le souvenir, et que l'archéologie reconstituera un jour. Avant de se décomposer en ligues ou en royaumes, la Grèce a connu le prestige d'une large société religieuse, qui lui a imposé la communauté de langue et de mythes et qui lui a laissé le regret éternel de l'accord disparu. Ce régime des cités antiques que nous voyons au temps de Thémistocle ou de Cincinnatus, ce n'est pas une société qui commence et se forme, c'est une société qui se disloque et finit. Ou, plutôt, si c'est le point de départ d'une civilisation nouvelle, d'un Hellénisme universel ou de l'Italie romaine, c'est en même temps la décomposition, qui se continue et s'achève, de l'Italie de Saturne ou de l'Hellénisme des fils de Dodone. Ainsi va le monde, ainsi se fait l'histoire, qu'une ancienne unité s'efface quand une nouvelle unité se prépare. En France, au dixième siècle,
classiques de l'Italie, des trente villes

104

DE LA GAULE A LA FRANCE.
les

\ on observera

prodromes d'une grande nation, qui
de cela,
le

est

déchirement féodal /sera le dernier terme de la rupture de l'Empire romain. Mais le grand mérite de la France, la loi providentielle
la nôtre; et à côté
les

devenue f

de ses destinées, et cela apparut dès l'origine, c'est que forces d'unité l'emportèrent toujours rapidement sur

les forces

diale,

ou

la conscience

de dispersion. Le souvenir de l'unité primorou l'instinct de l'unité nécessaire,

ne se perdirent jamais. L'idée d'une amitié collective, d'une union sacrée planera toujours au-dessus des divisions les plus fortes. Ce ne fut pas l'épisode symbolique d'un jour, compris de quelques initiés et oublié après eux, que ce rassemblement des prêtres de toutes les tribus aux abords de la Loire, au centre de la terre gauloise ce fut le premier signe d'une histoire qui ne finira plus. L'émotion ressentie en ces solennités druidiques ne disparaîtra pas. Elle pourra s'affaiblir pour longtemps, les masses pourront l'ignorer elle renaîtra sans cesse, quelle que soit la forme que lui donneront de nouvelles générations. Il y aura toujours des âmes d'élite qui conserveront l'espérance d'une grande patrie; et cela devait suffire pour
: :

assurer l'éternité à l'idée souveraine.

Si
les

grande et

si

sainte

que parût cette unité de

la Gaule,

hommes

qui la maintenaient ne se résignaient point
ils

à n'en pas sortir;

n'avaient pas perdu la tradition ou

le désir d'une unité plus grande et plus sainte encore.

Les liens étaient rompus avec les gens de l'Italie, et sans doute aussi, sauf quelques navigations commerciales vers Heligoland ou les marchés de l'ambre, les liens avec les parents plus lointains. La famille indo-européenne vivait de plus en plus en sociétés qui s'ignorent, chacune se transformant à part, les unes pour se civiliser, les autres pour dépérir. Mais le sentiment de la parenté et de l'alliance demeurait encore très vif, chez les prêtres de la Gaule,

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-BOIS.
à
l'endroit

105

de

leurs

voisins

des

Iles

Britanniques.

marine armoricaine, les échanges de trafic étaient fort intenses entre les deux rives de la Manche et du Détroit. On commençait à recourir, pour le bronze, à l'étain de Cornouailles. La mer servait de route, et non pas de frontière. Sur les côtés opposés, c'était la même
Grâce à
la

civihsation, l'ardeur à bâtir des mégalithes ', le goût d'une certaine céramique- et sans aucun doute de très étroites affmités de langage. Les prêtres des deux îles s'appelaient des Druides, comme les nôtres; et ils se réunis-

saient

eux aussi en des lieux consacrés, au centre de leurs
les

tribus ^

Entre

Druides de Gaule et
relations

les

Druides de Grandeet

Bretagne,

les

étaient profondes

continues.
l'île

Ceux du continent avaient même pour ceux de
respect particulier.
Ils

un

traitaient leurs voisins en maîtres

ou en initiateurs
«

:

c'était en Bretagne, disaient-ils,

que leur

discipline

»

avait été découverte, c'est-à-dire qu'avaient

été réglés les rites de leur culte, ou leur code de morale, ou leurs méthodes d'enseignement. Il serait possible que le Druidisme breton ait vu se lever autrefois un législateur célèbre, dont les leçons auraient pénétré en Gaule, dont la tradition, soigneusement recueillie, se serait conservée intacte dans les sanctuaires de l'île. Pour la connaître dans toute sa pureté, prêtres et néophytes d'ici n'hésitaient pas à passer le Détroit et à se mettre à l'école de leurs
voisins, dépositaires de la loi sacrée.

L'histoire religieuse et intellectuelle de la France est coutumière de ces hommages rendus aux Iles Britan-

1

niques. Ces néophytes gaulois qui traversent la
L'Irlande

mer pour

1.

est,

comme

et

l'Angleterre possède quelques-uns ques les plus puissants du monde.

notre Armorique, fort riche en dolmens; des monuments mégalithi-

2. Je m'en tiens aux recherches de Loth sur les vases à quatre anses (Revue des Études anciennes, 1908, p. 175 et s.). Le caractère armoricain de ces vases a été combattu par Déchelette, Manuel, t. II, p. 377. 3. Surtout l'île d'Anglesey

106

DE LA GAULE A LA FRANCE.

puiser aux sources vraies de la tradition druidique, annon-

cent ces dévots du cloître ou ces fervents de l'école qui,

au temps de Brunehaut ou de Charlemagne, appelèrent, pour régénérer la France ou pour l'instruire, l'Irlandais Colomban ou Alcuin le Breton. Des deux côtés du Détroit se transmettait l'habitude d'une alliance morale qui pouvait préparer un meilleur avenir aux terres occidentales de l'Europe.

Cette civilisation druidique excluait tout ce qui, depuis
la

conquête romaine,

fait partie

intégrante de notre vie

ordinaire.

Et c'est pourquoi ce mot de civilisation fait sourire, quand on le voit appliqué aux prêtres et aux éducateurs de ces temps reculés.
Ils
ils le

ignoraient l'écriture, ou,

s'ils

en connaissaient l'usage,

condamnaient. Entre le dieu et le fidèle pour le sacrement ou la prière, entre le chef et le citoyen pour l'ordre et l'obéissance, du maître à l'élève pour la science, de
la

l'homme à l'homme pour
suffisait; et,

promesse ou
la

l'amitié, la parole

mémoire des faits accomplis, elle suffisait encore. C'était évidemment priver les hommes de la sécurité et des joies que donne l'écriture, témoin infaillible du mot prononcé, écho fidèle des choses disparues. Pourtant, ne croire qu'en la parole, lui attribuer une
pour conserver
valeur solennelle et magique, faire qu'un

mot

lie

à jamais

une volonté plus que ne le ferait un signe sur le bronze, tracer pour toujours dans l'âme invisible l'empreinte des
âges passés et des ancêtres partis, incorporer par là à
l'esprit,

de façon indélébile, la croyance et la tradition,

fortifier ainsi

deux des

facultés maîtresses de l'homme,

la

cela avait une grandeur une beauté que nous ne devons point méconnaître. Nous voyons bien, aux services que nous rend l'écriture, le désastre que serait pour nous d'en être dépouillés; nous ne voyons pas assez les faiblesses intellectuelles et morales qu'a amenées sa divulgation.
et la religion
:

mémoire

du mot

et

L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS.

107

Les Druides interdisaient d'imaginer la figure des dieux le doute de reproduire la figure des hommes monde était prive de ces merveilles que sont pour le regard les images divines, de ces joies que sont pour les survivants les images des êtres perdus. Mais cela n'empêchait pas
et sans
:

force

de songer au mort, de revoir nettement ses traits par la du souvenir, et de l'aimer encore de l'esprit et des

yeux; et la divinité ne pouvait que gagner en splendeur et en pureté, de ne point être représentée par des lignes matérielles.

L'usage n'était point venu de
bâtir des édifices.
terre
:

tailler la pierre et

d'en

Un

dieu n'avait point sa demeure sur la

l'endroit consacré

l'on priait et sacrifiait était

un

lieu

d'assemblée pour

les fidèles, et

non pas un

lieu

de

résidence pour la divinité. C'était en bois qu'étaient les

demeures des hommes. Seules, les enceintes sacrées des villes et les tombes des morts avaient droit à la pierre mais c'était pierre brute que le métal n'avait point polie.

:

Et

cette

tradition

continuait tout à la fois le respect

ancestral pour la pierre et l'inquiétude religieuse qu'a
éveiller l'emploi

pu

de ce métal.

telles prescriptions supprimaient beaucoup d'art beaucoup de science; mais la vie morale n'en prenait pas une fâcheuse allure. Nous avons été tellement éduqués par l'art et par l'écriture, que nous ne comprenons plus l'existence sans eux, que nous traitons de sauvages ou de barbares les siècles ou les peuplades qui en sont dépourvues. En réalité, il peut exister des civilisations qui ne les con-

De

et

naissent point, j'entends des sociétés hostiles à la lettre
et à l'image
le travail,
l'esprit

moulées qui pourtant enseignent

la

bonté et

qui honorent la justice et la vérité, qui cultivent
libre

de l'homme, où la réflexion et l'imagination se
carrière.

donnent

Des poésies admirables peuvent

n'avoir jamais été écrites et se transmettre de bouche en

1.

La valeur

religieuse des murailles doit

remonter aux temps

primitifs.

Pour avoir été gravés sur des tables de bronze ou de marbre. Il irait habiter au loin. je reconnais qu'il en restait de les sacrifices humains. les codes de morale n'ont pas été mieux observés. 1. A la décharge des temps druidiques. On les ne fera pas un crime ou une aux Druides longtemps que et Grecs ou Italiotes. Le tombeau était pour le défunt une station d'attente ou de voyage à la veille de l'installation dans un second domicile. au delà des mers. de l'Europe chrétienne et du monde moderne montrent avec quelle lenteur^ l'homme se déshabitue du rite de meurtre. même . il : Européen de toute sa vertu. Athènes et Carthage les ont connus. plus fidèles comme intelligence et faiblesse les lois comme cœur. il Je suis de plus en plus persuadé que la civilisation et peut-être la langue du Nord-Ouest sont demeurées les moins éloignées de l'indo-européanisme primitif. L'Indol'origine réservait à la parole toute sa force. en ces parages inconnus vers lesquels semblaient terribles et cruelles. Israël n'y a pas été étranger. Le dogme de l'immortalité humaine avait de plus en plus pénétré dans les cœurs. aux habitudes aux des aïeux ^ Parmi ces habitudes. bouche. les mêmes angoisses que de nos jours. La religion a singulièrement perdu à devenir une forme de l'art. il faut rappeler que la mort n'éveillait pas alors les mêmes désespoirs. le jeu de la poutre et de la paille n'est pas de mise pour l'historien. lettre et l'image laissait à il l'Égyptien ou au Sémite la n'en valait ni plus ni moins d'être demeurés. par exemple Mais en cela encore. On ne considérait la mort que comme un passage à une autre vie. Rome. et certaines pratiques populaires. Les sacrifices humains ont été de tous les peuples et de tous les temps. ne faut pas se payer de mots ou se nourrir de préjugés. Ces prodigieux inventeurs qu'ont été les hommes du silex et de la hache ignoraient le calcul écrit. religieuses ou juridiques de l'Empire romain.108 DE LA GAULE A LA FRANCE.

brûler des serviteurs sur le corps de leur maître.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. Immoler un homme. Car l'idée dominante de toute génération laissera chez nous ses vestiges et ses témoins. cette apothéose du défunt. Et « les alignements » de Carnac sont un immense champ des morts. se porter les 109 caps de l'Armorique. qui gardait à demi sa place parmi les vivants. polymathique du Morbihan pour l'année 1882. sol. L'amour de Dieu a bâti nos cathédrales au centre de nos cités. l'idéal a travaillé la matière. au voisinage de la mer. se sont exprimés par des empreintes ineffaçables sur l'aspect de notre sol. un affaissement du . Si ces morts sont là. et peut-être la pierre debout était-elle le simulacre de l'homme qui avait vécu. à l'entrée du Morbihan. de Closmadeuc. la gloire des morts a dressé les menhirs et les dolmens sur les les collines plateaux de nos campagnes. Il s'en trouve parfois de si proches des vagues. les appelait. de la Soc. Je songe aux cromlechs de l'îlot d'Er-Lanic. c'était ne point les séparer de celui qu'ils devaient servir après la tombe. Des corps ont reposé sous ces dans ces chambres de pierre. comme si le défunt 1. Ce prestige de la mort. en si grand nombre. même façonnée. et surtout sur les caps et de l'Armorique. J'ai peine à croire que la chose soit due à. rapprocher de sa demeure définitive. c'était le On se suicidait avec la même spontanéité qu'on sacrifiait un homme. Ces piliers rappellent des êtres disparus. en vue de l'Océan. sur les paysages de France. . à la place où on a déposé leurs restes ou sacrifié en leur nom. menhirs tertres et à la religion funértiire. et la matière. Le mort n'était pas un être aboli. reste immuable. c'est parce que l'Océan les attirait. et cromlechs appartiennent bien Car dolmens. la fureur de la gladiature a bâti les amphithéâtres aux faubourgs de nos villes. il devenait un Esprit puissant et mystérieux. dont l'un serait recouvert même à marée basse cf. que la marée haute recouvre leurs pierres '. Bull.

mais on y voyait aussi celles de chefs ou de prêtres illustres amenés du reste de la Gaule. fais allusion à la poésie de Claudien {In Rufinum. c'était le rendez-vous des morts de la Gaule. et voir les forces de dispersion après les énergies de rassemblement. Je reconnais d'ailleurs les objections que l'on peut faire à ce système. que ces désirs suprêmes convergeant vers les mêmes rivages. Voilà. La baie des Trépassés? 2. ou qui projette au loin ses promontoires pour se laisser embrasser par elle.110 DE LA GAULE A LA FRANCE. autrefois habitant de la terre et était ensuite emporté par le flot. il leur fit refaire la route qu'elles avaient suivie en partant K C'était. garants de l'unité nationale. outre les assemblées des vivants au centre de la Loire. que ces routes sillonnées par des morts. l. non pas comme une société de prêtres \ivant ensemble. outre les lois communes données par les prêtres. En d'autres termes. étaient en les représentants de petites sociétés locales ^ faut maintenant descendre dans ces sociétés. mais comme un concile. Car beaucoup de ces morts n'étaient pas du pays. Je suppose que ces morts s'embarquaient là pour la résidence lointaine de leur nouvelle vie : Ulysse. L'Armorique est une capitale de tombes. voilà un nouveau principe d'unité pour notre terre. un être amphibie. non pas comme un monastère. Oceani prœtenlus aquis. était venu en les Armorique pour rappeler tenir. On voyait là les sépultures de ces marins armoricains dont la pensée nous revient à chaque époque de notre histoire. je me représente l'organisme druidique. ubi ferlur Ulixes. mais comme une assemblée périodique de prêtres ayant cliacun son ressort. cette Armorique qui s'entr'ouvre sans cesse pour recevoir la mer et l'étreindre. 1. 123 et Est locus. la rive universelle des trépassés. que ces rivages et ces tombes enveloppant le sol des vivants.) . ombres qu'il voulait entre- par son évocation. etc. même temps Il Ces Druides. et. dira-t-on plus tard. extremum pandit qiia Gallia litus. Je : suiv.

ce qui se présenta longtemps encore. ces bois qui ferment l'horizon.U ÉPOQUE pagus. qui oublie en chon. lieu de foire et de prières tout ensemble. ces hautes ces « hameaux et La plupart de ses lieux forts. ces villages disséminés au milieu d'eux. trois mille ans en arrière de nous. ses marché central. l'histoire le fleuve les marais et les landes qui le rétré- Trois millénaires et peut-être davantage pour de ces pays de France. nos vieux « pays » sont les héritiers directs des tribus ligures et le pays de Buch. à l'entour. et la Maurienne allongée sur -. qui désigne un terroir de France. domaines existent toujours et forment pays » de France. C'est qu'en efïet chaque tribu. aux extrémités. qui désigna primitivement un groupe humain. Sauf les cas. et le Perthois de Champagne aux riches cultures. à leur voisinage. c'est une des beautés de 1. déterminée du sol Un demi-millier de tribus se partageaient les terres de : France. Voyez. les territoires des collines droites comme des sentinelles : là habitait et travaillait. . Des caps de l'Armorique aux sommets des Alpes. ces champs qui s'étalent auprès. tout ainsi que ' la nation. torrent et l'Auxois dominant cissent. enserré par les pinèdes autour du bassin d'Arcaforteresses. de migrations intérieures. un marché sacré. Ce DES PRÊTRES-ROIS. 2. Chacune d'elles possédait. au centre de son domaine. avait lié partie définitive avec la terre. son : les deux rives de son groupé autour de sa coHine sainte d'Alésia. et. vivait indissolublement unie à une étendue tribu et pays ne faisaient qu'un. a donné naissance à notre mot de « pays ». des terres de culture qu'avoisinaient villages et refuges. des : forêts qui les bordaient et où passait ses la frontière la forêt avait d'ailleurs. que Latins appelleront mot de pagus. bien entendu. du mamelon qui porte la ville de Senlis. et leBlayais girondin. ses blés et ses lins. une tribu agricole qui. et le dévot pays de Montbéliard dans le rayonnement du lieu sacré de Mandeure. avait ses hameaux. les 111 L'unité sociale est la tribu. aux mêmes places. Peut-être divisée en deux pagi. elle aussi.

offre notre destin que. les corbeau ou gui. Je distingue l'un de l'autre le roi et le Druide. Dans la suite des temps. ses dieux et ses chefs. soit de l'animal ou de la plante qui lui servait d'arme parlante. Les coutumes du pays dépendaient surtout de la nature du terroir. et eut un roi à côté de pour exercer les fonctions civiles et militaires. soit de quelque particularité gens de Senlis. soit de l'ancêtre. Les chefs étaient les anciens et les principaux des villages. de ces sociétés rurales. ayant son nom. qui faisait vivre les gens de Buch en pêcheurs et résiniers. voilà une des causes les plus profondes de notre solidité comme nation. réel ou supposé. outre divinités générales. s'appelant les Silvanectes à cause de la forêt qui les enlace. qui avait inauguré sa les tribus vie. Le chef originel. . pareil au père de famille en sa maison. par exemple. il aussi déjà dans le détail l'image des terroirs qui s'unissent en cette unité. est probable qu'ils ont été à l'origine était en sa tribu chef et prêtre à la fois. il fut relégué il comme prêtre dans les fonctions lui religieuses. en Gaule ainsi que dans tout le monde européen. présentant déjà à son origine l'image de l'unité. qui se confondait souvent avec la déité de la colline la plus haute ou de la fontaine la plus abondante. Chacun de ces pays formait un petit État. Ces Druides que nous avons vus siéger aux bords de la Loire doivent être des rois déchus. L'existence. Son nom était tiré. et l'Esprit ou le Génie de la tribu. ceux du Perthois en agriculteurs. Leurs dieux étaient. comme pour juives des fils de Jacob. sanglier. à la base de notre vie commune. ceux de en éleveurs : la Maurienne les car la raison d'être de ces sociétés fut et resta l'exploitation du sol.112 DE LA GAULE A LA FRANCE. Mais il une seule et même autorité. ses coutumes. les dieux des sources et des collines. de son sol. au-dessus desquels étaient le roi et le prêtre de toute la tribu. leur persistance à travers les âges.

Loyson (iy20. Ithaque et les îles ses sujettes ne renferment guère plus d'hommes et de cnanips que l'arrondissement de Marseille. Voyez maintenant le livre de Frazer. occupait la fertile vallée de l'Huveaune et les montagnes boisées qui l'environnent. 113 — 11 n'empêche que leur assemblée. Le jour où les Grecs arrivèrent. 11 ou fils de rois des environs. rielle. il donnait un festin pour les fiançailles de sa fille. entre lesquels. à l'horizon de Marseille. JcLLiAN. vous retrouverez chez leurs rois la même allure Agamemnon ou Ulysse sont également les chefs de petits domaines. 3. les chefs y avait ou fils de chefs de villages. ils se montrent en chefs de grandes maisons. accueillant pour les * hôtes ainsi que l'ordonnait la là les rois loi de ses ancêtres. C'était le chef de la tribu qui. dernier témoin de l'antique royaume figure où s'installèrent les Phocéens -. elle tendit à l'un des Grecs la coupe du mariage. Y 2. la vierge figure choisirait son époux. Geutimer). à la fin du repas. il les invita au banquet. et il accorda au Phocéen la fille de son sang et une portion de sa terre. supérieure à la force l'infini. Il suffit. trad. Paris. maté- démembrée à La physionomie de ces roitelets est peut-être ce que nous connaissons le mieux dans cette très ancienne Gaule. 8 .L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. cents rois de tribus. Lisez l' Iliade et l'Odyssée patriarcale. en pères de famille riches. Quand il apprit la venue des étrangers. la force morale. de regarder celui qui accueOlit à Marseille les Grecs de Phocée et de le comparer aux rois hellènes des temps homériques. simples et généreux ^ : compris celle du Jarret son affluent. il faut supprimer de l'arrondissemenL le terroir de Ce>Teste et La Ciotat. — De la Gauio à la France. sans nul doute. dédaignant ceux de sa race. pour retrouver ce royaume. 1. Son père admira son geste comme un prodige suscité par les dieux. Je crois cependant que. ils engagent de nombreux hôtes à leurs banquets et ils savent nourrir les mendiants. au dessus des cinq une et sainte. Mais. Ils vivent sur leurs terres en maîtres de métairies plus qu'en despotes de palais. Les Origines magiques de la royauté. pour la reconstituer. représente l'autorité universelle.

Vienne. . Un désir naturel de large sociabilité. la ligne régulière de l'Allier. les plus stables. plus puissants que celle-là. en dehors et peut-être en dépit de l'autorité centrale. société de cinq cents rois sous la souverai- neté religieuse d'un concile de Druides et de son grand prêtre. pour montrer le pays » les plus ces comment groupes se sont fondés. Alors. Il était impossible à un petit pays de France de vivre dans l'isolement. Trois ou quatre tribus. Je citerai quelques-unes de ces provinces. Une Gaule. moins étendus que celui-ci. et il en une société fédérale. s'entendirent montagnes des Puys. et d'autres encore Ghifïre supposé pour les trois départements qui ont été 1. les intérêts du commerce. s'associèrent pour exploiter ensemble la région parisienne. Entre interposés peu à peu des organes de tout genre. anciennes. comme un axe d'équilibre et une route de communication. Les bas pays de la Limagne. amenèrent les tribus limitrophes à se confédérer. terres de culture. comment ils répondent à l'appel irrésistible de forces géographiques et d'intérêts humains. il devait se rapprocher de ses voisins immédiats. formés du Limousin. Autour de la Vienne se réunirent les douze tribus du Limousin. naquit « la province ». la pénétration de longues routes. terres de résistance. dont les avec les résulta : ^ plateaux fromentiers et les forêts giboyeuses descendaient également vers le double confluent de la Seine avec l'Oise et la Marne. par-dessus « de France. qui sera plus tard l'Auvergne au milieu et au travers de ce pays s'allongeait. Tôt ou tard. Corrèze. Creuse. les nécessités militaires imposées par des dangers communs. Haute. l'influence des chemins fluviaux. On eut un État fédéral avec les pays de Saintonge des deux côtés de la Charente. c'était un assemblage trop simple et trop théorique pour résister à l'action du temps et la tribu et le conseil aux passions des d'alliance se sont hommes.114 DE LA GAULE A LA FRANCE.

c'est d'avoir été des sociétés de « le pays » fut une commerce. C'est de la structure de la terre française qu'ils dépendaient.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-ROIS. ici la Loire ou là les confluents parisiens. Mais dans l'ensemble avaient la ils se ressemblèrent tous. le Commencé peut-être mille mouvement s'achevait à peine temps. de la disposition de ses vallées. la en Anjou autour de l'éventail des rivières de Maine. La province joignit ensemble des pays qui avaient les mêmes intérêts la Charente est une voie d'appel pour tous les terroirs de Saintonge. caractère. Ce sont des forces qu'il faut se garder de diminuer . ils garderont une fixité que nulle nation au monde ne présente en ses provinces ^. de ici. une fois constitués. ce qui fit le principe de celle-ci. pour en adopter une autre. La force militaire d'un groupe accrut souvent son étendue. ne fut point partout uniforme. Buch. Ces formations ne se produisirent pas toutes en même ère. D'autres se séparèrent de l'association qu'elles avaient acceptée d'abord. une unité commerciale. ans avant notre dix siècles plus tard. de Maurienne. surtout dans les régions de forêts et de montagnes '. et. ils même origine. Nos organismes provinciaux dépendirent de circonstances diverses et connurent des fluctuations nombreuses. Il retardé ou accéléré suivant les événements politiques. c'est l'utilisation en commun d'une route. c'est l'exploitation en commun d'un terroir de culture. C'est le cas des pays de Senlis. en Touraine ou en Orléanais sur les 115 deux rives de la Loire. Par là même. ces organismes étaient nés pour toujours. et ils devaient être inva: : 1. de la convergence de ses rivières. Des tribus préférèrent vivre isolées. Ce qui fit le principe de celui-là. d'entente économique unité agricole. le même ainsi que les pays dont ils étaient formés. déjà nommés 2. « la province ». Leur caractère initial. d'un carrefour. La récente guerre a montré la vitalité extraordinaire de nos anciennes provinces et de leur nom.

parce que c'est actuellement celle qui désigne ces groupements de « pays ». 2. au village de Pleine-Selve vous sortez de la Saintonge pour descendre dans les pays de Gironde. un des plus anciens de u notre sol. nom. il existe un Limousin. les terrains crétacés de Saintonge. que nous ne trouverons celui de cioitas : d'ailleurs qu'à l'époque latine. limite qui continue celle des deux provinces. Remarquez y a là contact entre deux zones géologiques. mais à la limite du Puy-de-Dôme. Pleine-Selve est en Gironde. des ligues plus vastes. deux départements ne fait que continuer deux provinces. et ce Pleine-Selve. une Saintonge. ces landes qui vous entourent. mais à la limite de la CharenteInférieure. On quitte le Limousin pour entrer en : Auvergne au les lieu d'Eygurande signifie « et ce mot. Quand vous allez de Saintes à Blayç. voilà trois mille ans. Leur qu'il . surtout le commerce maritime. la plus ancienne des ligues 1. 1905). une Auvergne les limites que tracèrent. les terrains tertiaires de la Gironde. ce « plan de la forêt ». ration de pagi évolua en cité et peuple. et il existe souvent ces provinces ont un Berry. C'est à cette cause qu'est due la société des « tribus de la mer ». l'eau frontière qui séparait jadis deux provinces gauloises i. ses traditions et l'ardent amour riables comme dépit des des siens. il se forma des sociétés.. durant les temps celtiques. . était la fédé- mais c'est que. . Je me suis servi de l'expression de « province ». cette structure. en bouleversements administratifs. indiquent et montrent jadis le désert qui limitait -. 3. et on trouverait bien d'autres cas où nos limites provinciales se conforment à des limites géologiques voyez la belle Carte géologique de la France au millionième (2<= éd. avec sa langue. Aujourd'hui encore. ou de l'Armorique. et cette frontière des celle des Eygiirande esL eu Corrèze. les fédérations spontanées des pays gaulois. au midi la société fédérale des pays santons Ce mouvement de concentration des forces locales ne s'arrêta pas aux unions provinciales ^ Dans certaines régions.116 DE LA GAULE A LA FRANCE. et le commerce en fut également la cause principale.

. On peut placer la thalassocratie mlnoenne dans la seconde moitié de l'avant-dernier millénaire avant notre ère (la période du minoen récent des archéologues. où se dirigeaient ombres des morts. et à la même époque. 479-484). 1876-1893. t. la présence sur ces rivages de mau: fameux. si grands qu'aient été les services rendus par cet ouvrage (4 vol. une entreprise de commerce et peut-être aussi de piraterie. commerçant et flibustier à la hanse du Morbihan ^. et les gisements similaires de l'Angleterre voisine. la comme qui se divise lui-même en ports et réduits innombrables ^. par exemple le culte de la hache (cf. Et bien des traits de cette civilisation minoenue se rencontrent dans l'archéologie contemporaine de l'Armorique et de l'Occident. Il n'y a plus à faire état des théories sur les modifications du rivage depuis les temps historiques. en dehors de rassemblée des Druides. Hachette). I). 2. De même. Il me paraît maintenant difficile de nier l'existence de relations entre la marine armori- . sa situation prééminent au milieu de l'Atlantique. 1600-1200). p. Paris. l'Empire maritime de Minos le Cretois. Desjardins (t. havre et abri aux dimensions puissantes. j'ai du grand menhir de Locmariaquer (Men-er-Hroeck) « la pierre de témoignage » ou « l'ombilic » d'alliance des Armoricains. En tout cas. de cimetières universels. Tout prédisposait notre Bretagne à ce rôle maritime la contexture de ses rivages. embrassait la les îles et rivages de la manière de mer Egée. Avant de me décider pour le caractère funéraire. qui la faisait ressemavancée bler à un immense promontoire. ce lieu de Locmariaquer a dû jouer un rôle central et faire sacré dans cette ligue de mer. fils solées à tout instant les désirs des vivants et les lui aussi les de pères indo-européens. les caps et les îles font une véritable citadelle de mer. dont les replis. Déchelette. telles qu'elles sont exposées dans la Géographie de la Gaule romaine de E. ses gisements d'étain si précieux à l'époque du bronze. Loire à celle de la Seine. : une large entente groupa fut quelque chose les rivages et les vaisseaux Hanse baltique autour de Visbj'^ et de son île. 117 qui ont uni ensemble des terres et des mers de France. peut-être De l'embouchure de la ce même à celle de l'Escaut. Le centre était le golfe de Morbihan ^. A l'autre extrémité du monde européen. II.L'ÉPOQUE DES PRËTRES-ROIS. 3. à l'aurore songé à 1.

pour les sociétés humaines. étaient principes ou appétits nouveaux. con- une chaîne de montagnes. du Sud ou du Nord. un débouché sur la rive d'un fleuve. Ce n'était pas une arme plus meurtrière que la hache mais. D'autres événements en rapprochaient la venue. soumise aux pensées les plus : rapides de l'intelligence qui la guide. 3. intérêts de commerce. Strabon. IV. Ces provinces économiques qui se déve- loppent peuvent devenir jalouses voiter les unes des autres. l'Atlantique la gloire et la maîtrise que Tout cela. la seuil sur un convoitise et la concurrence. s'approcher de ces marchés de l'étain dont ils voudront garder le monopole. soit directement. elle était devenue le caine et la marine Cretoise. soit par l'intermédiaire de Cadix. qui servit de lien entre les mondes méditerranéen et atlantique. A l'horizon de tout gain commercial il y a.118 DE LA GAULE A LA FRANCE. 2. et un jour peut-être pays de Bourgogne et pays de Franche-Comté en arriveront aux batailles pour conquérir ce chemin de la Saône qui t marche » à leur frontière commune ^ Les marins de l'Armorique verront avec déplaisir d'autres marins. mer. fédérations empire de la de tribus. . avec sa double puissance d'estoc et de taille. la marine de France avait conquis sur la nature lui offre par l'Armorique. un gisement métallique ou une source thermale de leur voisinage. la colère et la guerre. Le goût de l'épée se propageait. de notre histoire. prolongeant comme un bras de métal le bras vivant qui la tient. qui allaient détruire le caractère pacifique et sacerdotal de l'État druidique. De nouveaux temps de combats se préparaient. 1.

t. le roi du pays leur ayant concédé un port et la colline à triple butte qui le domine au Nord. 4. au même titre que Armoricains exploitaient les mers du Nord. chaque tribu même. pourra : '^. bientôt avoir son métal et forger ses épées ^. en Armorique comme en Franche-Comté. 1. Les archéologues de l'école de Déchelette font finir l'époque du bronze et commencer l'âge du fer vers l'an 900. 3. qu'on appelle l'époque de Hallstalt (Autriche) et qu'on place entre 900 et 500.L'ÉPOQUE DES PRÊTRES-EOLS. Au cours du vu» siècle avant notre ère. En même temps. les Phocéens fondèrent un premier comptoir à Marseille. et non pas d'exploitation et le directe. héritiers de Minos. Samiens. Le premier âge du fer.). p. mille dangers de lutte surgiront pour les fils des Hyperboréens. en 1600-1300 (t. finirent par les découvrir et rêvèrent de les les exploiter à leur profit. Et par là encore. Il ne serait pas impossible que les Druides aient pris des mesures contre la propagation du fer. Vers l'an 600 avant notre ère. et des marins ambitieux de l'empire des mers. du fait de cette arrivée. IP partie. en Périgord comme en Lorraine. immédiatement antérieurs à l'époque celtique. qu'il place . d'étain et d'ambre. 119 moyen souverain par l'homme ^ lequel l'homme peut commander à II est vrai qu'elle était en bronze. et que le bronze demeurait une chose rare il faut le faire venir de loin. l'étranger s'avançait vers ces terres heureuses et riches. Eux aussi. correspond aux derniers temps ligures. Rhodiens ou Phocéens \ étaient des trafiquants en quête de cuivre. 199 et suiv. il est matière de commerce. Les navigateurs grecs de la Méditerranée. Mais voici qu'on vient de découvrir le fer fer se rencontre sur tous les territoires de la France. Cependant. je n'accepte que des Phocéens pour la venue en Gaule. Manuel. 1913. Jusqu'à nouvel ordre. Il est étudié au point de vue archéologique par Déchelette. 2. II. Chaque province. II. ce n'est pas la guerre que les hommes du Déchelette fait apparaître l'épée au troisième âge du bronze.

Les Grecs qui viennent s'installer. ce sont hommes d'intelligence fine et d'un goût parfait. Pour bonheur de la Gaule. Et puis. cette société druidique vivait dans la La force de la religion. les êtres et les causes. et son rêve et pirate aussi des : est de vivre jusqu'à son dernier jour auprès du foyer de ses aïeux. et il sait l'art de bien dire. En paix. il a la curio- sité de tous il les hommes et de toutes les choses. l'intensité du travail agricole unissaient les familles entre elles et les tenaient unies à la vie régulière du sol. des guerriers. en m'aidant des textes et traditions relatifs aux H3'perboréens et aux Ligures. que les ardeurs militaires qui naîtront dans les provinces. discerne et aime le les belles oeuvres et les nobles actions. Ulysse leur patron a beau être marin. s'il le faut. c'est uniquement troquer des marchandises autour d'un port confortable et d'une résidence inviolable. la terre et le prêtre qui leur commandaient étaient des maîtres de concorde K 1. ce moment. sont des négociants et. il ne il cesse de réfléchir sur les faits. Qu'entre ces cinq cents rois il n'y eût jamais conflit et combat. à leur tour. ce serait sottise que de le croire mais le besoin de l'accord était le plus puissant parmi les : hommes. Midi leur apporteront tout d'abord. en remarquant ce que les voyageurs classiques ont dit de la Grande-Bretagne en un temps où elle était l'image de la Gaule druidique. pourront éduquer les élèves des Druides. je redoute moins l'arrivée des Grecs à Marseille. commerçant ce n'est pas un preneur de terres. .120 DE LA GAULE A LA FRANCE. soldat. Ses élèves. J'ai reconstitué ce pacifisme en examinant l'état habituel des grandes sociétés agricoles et sacerdotales. Mais ils ne tiennent pas à conquérir. et ils ne se de battront que pour se défendre. Ce qu'ils veulent.

— — et sa vie. les rois de toute la Gaule. Je répète" que ceci. Le caractère des hommes de Gaule se fixe. organisation des cités. son allure Le cfief gaulois. le nom de Gaule devient prépondprant. la communion dépit de sa grandeur. caractère propre au régime municipal de la Gaule. La Gaule n'est pas en décadence. Peu de temps après la fondation de Marseille. — — — — — — la conquête romaine.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS LA GAULE DES CELTES ET DES BELGES Autres invasions ou Ce que fut sons doute l'invasion celtique. — L'éducation de la jeunesse. de son 1. commence l'éducation classique de la Gaule. au cours du sixième siècle avant notre ère. la fédération religieuse laborieuse et pacifique. de sa sainteté. pement de la vie provinciale. et l'alinéa qui d'hypothèse et de reconstruction. les Celtes envahirent la Gaule et en conquirent la majeure partie : im des État guerrier se substitua à tribus ligures '. à cause de cela humeur même. DévelopOrganisation du système routier. plutôt. Beauté historique de V unité — — — gauloise. ne sont là qu'à titre . ou. les lieux de foire. migrations. Intensité de la vie agricole. La brutalité de — — — De — la religion Littérature poétique. Des cérémonies solennelles. En suit. — gauloise. Vimpérinlisme gaulois en Europe. Persistance et force des éléments d'unité. Formation et croissance des centres urbains . la société théocratique de la Gaule ligure était condamnée à disparaître. Il y a une patrie La Grèce gauloise.

1. étaient domiciliés aux rivages de la mer du Nord. dansP/2z7oZo(7/ca. : . et le Ces maîtres. la jalousie et la convoitise à l'endroit des hommes plus riches et des terres plus heureuses qu'on savait au couchant. l'émoi des pieuses assemblées. (indication voisine de 500 avant notre ère). en firent un groupe politique plus solide. ce qui. D'après le Périple de Festus Aviénus. nous ramène à dire que les Celtes primitifs étaient un groupement de tribus ligures. depuis ils les îles de la Hollande jusqu'à celles appartenaient à la même famille d'Européens du Danemark que les . pour assurer la paix et la concorde. ne m'a fait découvrir aucune séparation caractéristique entre éléments celtiques et éléments ligures.122 DE LA GAULE A LA FRANCE. leçons des Druides. laissée à l'écart de du fleuve. les ont ramenés aux langues celtiques. des conditions d'exis- tence plus rudes. Et toutes les études qu'on a pu faire dans ces dernières années sur les documents épigraphiques attribués aux Ligures. ni pour la langue. 46) sions historiques. HolgerPedersen. les périodique autour des autels. donnèrent à ces Celtes une énergie particulière. traduit en expresLondres. l'autre côté Leur isolement. n'étaient point très différents d'eux-mêmes. si bien qu'on a pu dire que le ligure est un dialecte celtique(endernierlieu. Entre Ligures et Celtes. vers 133 et suiv. lien qui pût résister à la brutalité d'une vie des hommes. d'ailleurs. 1921. ni pour les coutumes. ni pour les dieux. reste et des frontières une armée qui Druide des sans force contre un roi Druides. Les Ligures ne purent que s'enfuir ou se résigner à des maîtres ^ que l'on surveille. Philological Society. p. absorbée par les semailles et la moisson. La toponymie. n'empêchaient pas un conquérant d'occuper Une entente de prêtres ne valait pas. 2. qui est peut-être la source principale d'informations. était d'hommes en armes. roi des sacrifices. et peut-être n'étaientqu'une arrière-garde de ces tribus. voisins immédiats de la Gaule. ne suffisaient pas à créer entre ses invasion. membres un La organisé. t. je n'aperçois contraste qui compte ^ Les Celtes. était incapable d'arrêter l'élan d'un ennemi On : avait multiplié les lieux de refuge sur les hauteurs ils la terre et de la garder. plus 1. tribus d'entre ils Rhin et Pyrénées.

Elle consista surtout en ce que des chefs. celle des Alpes et de l'Italie. ibérique. à propos de ces noms. et avec lui pénétra au nord des Pyrénées cette langue basque de Veskuara que nul événement la poli- tique. en Gascogne jusIl semble que la blesse du monde ligure. Je n'ai jamais varié d'opinion sur le basque deux éléments originels. J'incline parfois vers une origine asiatique. il renferme 3. tout ainsi que dans celle du présent. qu'à la Garonne. A leur tour. Des bords de l'Èbre. Ligures ou Ibères. : . nulle transformation intellectuelle ne pourra plus déloger ^ 1. italo-celtique. le royaume des Ibères ^ s'étendit en Languedoc jusqu'au Rhône. et. et les habituèrent ainsi à prendre à leur tour ce les nom de Celtes. d'une langue sur une autre langue. des formations nationales. imposèrent leur pouvoir toire facile. 2. de conceptions ethniques. l'un. la route du Rhône et du Nord à Nice et à Antibes. de la Garonne et de l'Océan. celle de l'Aude. visible surtout dans la structure. des groupements politiques sous des noms déterminés. 123 le jour venu. à une migration vers l'Èbre de Je tiens à répéter la même : . l'autre. d'autres riverains de mer du qu'il faut chercher dans l'histoire du passé. entreprenant. nation ou Empire de l'Èbre. aux seuils des grandes routes qui menaient vers l'intérieur à Arles. à la façon le encore dont Gaulois devaient un jour accepter nom de Francs ^ conquête celtique. La question est de savoir d'où vient la langue dite ibérique. plus reculée. à Antibes. celle d'une religion sur une autre religion. devaient plus tard soumettre cette même Gaule. et s'abstenir entièrement. ce fut pour eux une vicmanière dont les Francs. de nom celtique.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. Les Grecs de Marseille s'établirent à Nice. visible surtout dans le vocabulaire. à Arles et à Agde. Je répète encore qu'Ibères signifie État. et que parler d'une race ibérique qui aurait précédé en Gaule une race ligure est peut-être une des plus funestes aberrations qu'ait produite l'historiographie récente de nos origines. Celtes. à la à des millions d'êtres établis en Gaule. partis des mêmes rivages. Cette victoire ne fut donc pas celle d'une race sur une autre race. en montrant la faiait incité les voisins à prendre leur part de butin. à Agde.

franchirent Rhin les miers arrivés eux pour disputer aux prepays d'entre l'Escaut et la Marne. les Belges. Loire. Seine. Et on du nom du peuple les lieux qui en tenait la plus grande part et soit éminents. sur le basque. où leurs tribus vécurent en fédération sous le nom d'Aquitains. ils se partagèrent les bois et l'Oise et à étaient du Nord jusqu'à Beauvais près de Reims près de la Marne mais. nom mj'stérieux dont je ne peuples de l'Orient. . Ils acceptèrent à leur voiGrecs de Marseille. querelles et batailles s'acharnèrent pen- dant des générations sur malheureux sol de la Gaule. et les Celtes retinrent pour eux et Paris la meilleure et la plus grosse part. depuis Rouen Il jusqu'à Bordeaux. sans tenir deux populations rivales. au Roussillon et surtout toirs aux coteaux. monde et sans habitants eux-mêmes propagèrent dès lors un l'appela tout entière soit la Celtique. qui après tout ne cherchaient pas à annexer des territoires autour de leurs comp- de commerce. Ambiderrière le tions. Quant aux Belges. des Bourgogne. autrefois voisins et le Nord. appétits. Il resta quelques Ligures indépendants au fond des Alpes. nom doute les unique qui signifiait la grande contrée aux limites visibles. Voir en dernier lieu. Toulouse et Narbonne. de la même manière que les Phéniciens à Cadix ou les Étrusques en Toscane. fût réservé sur tout son parcours. Rhône et Garonne. parents des Celtes. compte de ce dualisme le encoches de la frontière. Éléments de phonétique basque. comme ils de même origine que les Celtes. Les Ibères furent réduits aux angles extrêmes de la Gaule méridionale. Paris. Champion. n'y eut pas de grand fleuve. 1920. A eux appartinrent les ceux de l'Auvergne.124 DE LA GAULE A LA FRANCE. le très bon travail de Gavel. de préférence la Gaule. entre ces deux les vallées : groupes de peuples l'union fvit toujours assez étroite pour que nul n'ait songé à voir dans la terre de Gaule une terre divisée entre Tout au et des contraire. A la fm tout se rangea. aux pinèdes et aux m^ontagnes de la Gascogne. qui ne leur sommets souverains de Cévennes sinage et de la les l'intérieur.

désormais ou s'il n'est pas l'écho de quelque appel des Druides réunis à leur concile de la Loire. la puissance en hommes. Celle-ci devient l'emblème et la marque de la domination humaine.L'ÉPOQUE DES GUERJRIERS. ou. la vertu magique. et le fer dont elle se forge est le métal essentiel des âges nouveaux '. la maîtrise de l'épée. pour leur obéir et le prendre. — Je nommerai Gaulois. il fut impossible à ces hommes de demeurer en place. dans l'exubérance de leur jeunesse de combattants. saurais dire s'il 125 a été apporté par les nouveaux venus. les de bataille emportera ses chefs vers points de l'horizon pour la conquête du toire universelle. ils n'avaient qu'à suivre le vol des oiseaux ou la fuite des nuages sur les routes divines du ciel. verront dès lors devant eux de grands rois qui les conduiront dans leurs guerres. de la enserrés par la règle pacifique tribu et de ses quatre habitudes. Ce n'est plus la prière. que les arciiéologues appellent le second âge du let. dans le ciel. Belges ou Celtes. passaient les grands vols des oiseaux sauC" st cette époque. gauloise ou celtique. mqnde et la vic- d'écrivain Et ceci n'est point formule et métaphore moderne car véritablement les Gaulois ont cru : que leurs dieux leur donneraient l'empire de la terre et que. des Ligures des Alpes et des Aquitains de Gascogne. (Ici . l'assurance de la volonté. Les Gaulois. mais la bravoure au combat. où prêtres et agriculteurs ne sont plus que les auxiliaires d'ambitions militaires. le contact avec les dieux. à la manière des Anciens. La principale direction était celle du sud-est. exception faite des Grecs hommes de de Marseille. 1. l'esprit A peine formé par la conquête de la Gaule. du nom de la slation célèbre du lac de Neuchâtel. par où. avec prédominaîice oujets en fer. qui fera le pouvoir suprême. l'époque de La Tène. tous les la Gaule. Alors.

avec lequel c'étaient les ils s'entendirent. les Gaulois d'Armorique. de nos jours. et qui. en Vénétie. qui durèrent des générations. en Lombardie. en Souabe. la vages. de leur flotte devenue redoutable par ses vaisseaux de haut bord. dédaignant les le conquêtes par terre. Et plus loin encore. Au nord. ils étaient peu soucieux des choses maritimes. en Serbie.126 DE LA GAULE A LA FRANCE. Au sud-ouest. Belges qui réclamaient leur firent ^. . l'une à Delphes. des marchés de l'étain et de l'ambre droits qu'ils tenaient d'un usage immémorial. en Transylvanie de l'autre. en Bavière. La mer du sud recevait également de la Gaule ses maîtres. les Grecs de Marseille ce dont les Celtes de Provence et de Languedoc ne furent nullement jaloux. de la valeur privilégiée de leurs rivages. en Autriche. souche en Grande-Bretagne de provinces à leur nom Au nord-ouest. parties des bords de la Loire. d'étape en étape. mères d'importants États d'un côté. d'autres Celtes passèrent en Espagne pour s'établir au pourtour de l'État des Ibères. au delà des Alpes. comme. revendiquaient droit de disposer des routes de la mer. franchissant la Manche. Il n'y est jamais venu que du fait de spéculations scientifiques modernes. et par où. du trafic de l'Atlantique. on allait aux pays chauds et bienheureux de Grèce et de l'Italie : et deux troupes de Celtes. que la nature avait dessinés pour inviter la Gaule à l'empire maritime de l'Ouest. finirent par arriver. en Bohême. en Emilie. morceau du monde. où l'arrêta le Jupiter des Latins. dans les Marches. . sur la terre. au delà du Rhin. les : Gaulois laissèrent des colonies. Il est bon de rappeler ici que le nom celtique n'a jamais réellement pénétré dans les lies Britanniques. et ils préférèrent s'aboucher avec les Hellènes. des producteurs de domaines ou de manufactures s'entendraient avec des armateurs de navires ou des courtiers : : 1. on vit des royaumes de Gaulois surgir dans la Thrace voisine de Byzance et dans la Phrygie voisine de la mer Egée. Au cours de ces étapes. l'autre à Rome. où l'Apollon des Grecs l'arrêta.

d'autres fonder un le taillé royaume en Portugal.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. la nation française passera subitement de la crise de son adolescence à la gloire de commander. cents avant notre ère. ils I au . treize siècles plus tard. terres et mers. et au ce fut pour découvrir : même vers le cercle Polaire. coûte que coûte. lorsqu'on vit l'Angleterre et l'Italie soumises par des Normands. deux avait encore. et non pas pour en conquérir il imita Ulysse son ancêtre et non pas Alexandre son contemporain. Si le : même pas une seule fois elle plus glorieux de ses marins. à Antioche. Moins de deux siècles suffirent pour assurer aux hommes de Gaule l'empire de l'Europe occidentale. alors qu'il il accourait des Gaulois près de Byzance et de Rome. Une épopée de marches et de combats les conduisit partout aux confins de la civilisation méditerranéenne. des terres. à Tarente. Dès lendemain de sa naissance. pour les rois de la Loire. De même. Marseille était alors la sagesse ne songea à étendre hors de Méditerranée ses entreprises navales et à faire sur la l'Atlantique concurrence aux Armoricains de Gaule. et déjà elle voulait être la première en ce monde. des tribus qui n'étaient point de ce nom gaulois. y nord des Pyrénées et à l'ouest des Alpes. remplacer par l'achèvement de leur domaine naturel leurs courses prodigieuses vers de chimériques horizons Au lieu des dieux du ciel qui leur montraient l'univers. Et l'on parla des Celtes à Carthage. à leurs batailles. C'est ainsi que. Pythéas. le nom celtique s'était sa place dans toutes les parties de l'univers. 127 Au reste. sur les bords du Nil. la et que des bords de la Loire et de Seine partit l'élan qui devait rendre l'Orient au monde chrétien. La France n'avait point encore accompli sa crois- sance. au sortir de l'an mille. des Champenois menacer l'Allemagne. à Thulé de Norvège. poussa un jour jusque dans delà la mer d'Irlande. Ceux qui titre ne prirent pas des terres s'engagèrent à naires dans les États de merce- du sud afin de se mêler. de commeroe. Qu'il eût mieux valu. son roi n'en possédait qu'une partie.

Sans doute y fit naître des rivalités inquiétantes. roi Du « jour où il y eut un de guerre. Ces courses triomphales n'étaient point inutiles au maintien de l'entente celtique. les auraient dû écouter le déesses de la terre qui leur révéIls leraient les frontières de leur nation. L'écho des victoires du Danube ou du Tibre revenait jusqu'en Gaule. vainqueur o Rome. en sa résidence du Berry pour gouverner les Celtes. et c'était un ferment de plus pour accroître la cohésion du le nom gaulois et soulever l'orgueil de ceux qui « gestes » que Dieu accomplit par les Francs à Jérusalem et àConstantinople.128 DE LA GAULE A LA FRANCE. Et si nombreux qu'on suppose les émigrants. Elles contribuaient à former un esprit national. l'un pour franchir : les Alpes. les femmes étaient assez fécondes pour réparer les brèches était resté faites | par le départ dans le royaume de Gaule. ces folles aventures ne compromirent pas les principes d'unité qui s'étaient déposés en la Gaule. n'ont-ilspas donné r portaient. Mais ne demandons pas à ces batteurs d'estrade du passé — l'intelligence politique qui manqua si souvent à des rois de France. adversaire de l'Apollon de Grèt Des hymnes et des poèmes naissaient sous les pas des conquérants. conducteur des Celtes. Les poètes gaulois racontaient que les deux conquérants de l'Europe avaient été Bellovèse et Ségovèse. Les nos aïeux une conscience plus nette de leur nom de Français En Gaule même. neveux du roi Ambigat ils s'étaient mis en route. l'autre pour traverser le Rhin. mais le roi Ambigat . Il ne partait que les plus audacieux de la jeunesse. les chefs le roi des des i différentes tribus aspirèrent à ce titre. Toutefois. On racontait les hauts faits d'un Brennos. la prépondérance de l'esprit miUtaire ne diminuait pas encore il le respect de l'unité. ne pouvant l'être chez eux. à être > . et ils ne savaient pas occuper la Gaule. mêlé de rumeurs de miracle s. d'un autre Brennos. voulaient remplir monde. ceux qui voulaient être chefs au loin.

Celui-là. se bornant à donner à ses deux neveux le mot d'ordre pour conquérir le monde. la légende l'a obscurci de ses nuages ^ Mais nous connaissons par l'histoire quelques-uns des rois de la Gaule qui régnèrent après lui.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. adorateurs des cimes. la Limagne dispensatrice de biens sans cesse : renouvelés. mais qui. Tous deux étaient des Arvernes. et nous venons devoir le fameux Ambigat. rois ». par cela seul qu'elle existait. le Charlemagne celtique. dit-on. Luern et Bituit. faits tout ensemble pour abriter et maîtriser une nation. En ces temps de croyance où l'homme sentait partout dans la nature l'expression d'une pensée divine. Et vraiment c'était justice que l'Auvergne arrivât sous les Gaulois à commander à elle en détient et le centre et les plus hauts la France lieux. le père. demeure majestueux et immobile en son palais.N. Franco. les refuges inviolables et les aires dominatrices des plateaux de Gergovie ou de Corent. cette ambition d'une royauté unique entretenait la supré- matie de l'honneur convoité. étaient invinciblement attirés pour y chercher leur dieu. l'autre le fils : Ceux-ci étaient. Mais il est impossible de vérité. à la difïérence de Charlemagne guerroyant aux côtés de son neveu Roland. jusce qui per- qu'aux Pyrénées et jusqu'au Rhin. — De la Gaulo à lu 9 . au roi des Bituriges. ne pas y rcconnaîUe un grand fond de de Charlemagne n'empêche pas à sou Empire. elle dresse ce puy de Dôme où les hommes. il put dire que l'Auvergne 1. évidem- ment. dont l'autorité. Mais. elle a les eaux chaudes pleines de vertus sacrées. l'un met de supposer que les Gaulois acceptèrent un instant une royauté héréditaire. rois des Puys et de la Limagne en même temps que dictateurs militaires de la Gaule. s'étendit au-dessus des Belges et des Celtes. vieillard puissant et sage. tout ainsi que la légende do croire à sou existence et JvLLiA. Acquérir le principat de toute la Gaule devint le rêve suprême de quiconque se sentit le désir de commander à des hommes. 129 et plus d'une « fois ou se combattit à qui le possé» derait. Il appartint longtemps au cheJ: des tribus du Berry.

que l'éducateur ne concentre pas ses éloges sur les chefs et sur les pays qui ne sont pas nôtres. une étendue incohérente sans limites marquées par la divinité. Bituit. de religions. et près de lui un poète chantant sa gloire. ce qu'on appelle les Empires de Cyrus ou d'Alexandre. je ne trouve pas que cette royauté de la Gaule soit moins grandiose que celle d'un Cyrus ou d'un Alexandre. Leur pouvoir ne sort pas des frontières de la Gaule. les dieux pour servir de socle à la Gaule et de trône à son roi. à l'ombre . Des voyageurs grecs ou italiens les ont vus. au contraire. je le répète. Si folle et si vaniteuse qu'elle ait pu être. cette royauté de toute la Gaule devrait inspirer à l'histoire une sympathie plus grande que d'un Cyrus ou d'un Alexandre la : et je ne dis pas cela parce qu'il s'agit des Gaulois et de France. lançant des pièces d'or. marchant contre les Romains à la tête de cent cinquante mille hommes et de ses meutes de chiens de guerre. et ils l'exercent du centre même de cette Gaule.130 DU LA GAULE A LA FRAXCE. de langues hostiles ou dissemblables. avait été construite par A mon celle sens même. d'êtres différents. ce sont des États faits de contrées disparates. pour les nôtres. Luern. sont. Je veux simplement. ont été reçus à leur cour. pareille à celle d'un laboureur divin qui fait lever la richesse sous le soc de sa charrue. Je veux seule- ment que l'historien n'absorbe pas son zèle. Ils nous ont montré Luern paradant à travers les routes en un cortège de fête. debout sur un char plaqué d'argent. et ces terres et ces hommes sans autre unité que d'appartenir à un seul maître. des figures d'histoire. sont moins les maîtres d'un Empire que les symboles vivants et directeurs d'une unité nationale. Et ils nous ont aussi montré Bituit. Or. Luern et Bituit. de coutumes. pour ce seul motif que les hasards de l'écriture nous ont mieux conservé le récit de leurs victoires et l'apologie de leurs grandeurs. la justice et la vérité.

Paris. 131 de SCS plus hautes montagnes et sous l'appui de ses plus grands dieux. Prêtres et rois. le mélange s'est : fait entre tous les êtres du pays. Pénétrons plus avant dans et : 1. . législateur et éducateur de son peuple. Leurs sujets ou leurs fidèles parlent la même langue ^. depuis les temps de la conquête celtique. Le panthéon gaulois s'enrichit sans cesse de noms nouveaux: je ne dis pas de figures. Taran la lumière et le tonnerre du ciel. d'autres encore. La nature l'assiste en lui donnant comme compagnons Bélénus le soleil. il lui reste le droit de prier dieux au nom la de toutes les tribus. Ésus le génie des combats. d'autres encore. outre la Terre. Kliiicksicck. Et il y a en outre des déesses près de lui. s'étend par les l'unité : et religieuse tressée jadis lieu la Druides leur assemblée se réunit toujours au sur les bords de la Loire. guerrière s'appliquant à elle comme morale le vêtement s'adapte au corps. l'union fraternelle des hommes. guide des bandes en marche aux heures de conquête. le conseil sacré n'en conserve pas moins les la souve- raineté morale. ou mieux. fds de la Terre. Voyez Dottin. à façonner une nation. nous y reconnaîtrons les empreintes d'un esprit national. hommes et terre. et si consacré par les siècles majeure partie des attri- butions politiques et judiciaires sont passées aux chefs militaires. car la tradition fut d'abord assez forte pour détourner du culte des images. sa mère et sa compagne Andarta pareille à une Victoire ou à une Minerve. Sirona pareille à une Diane. d'exclure de représenter auprès d'eux les criminels de communion gauloise.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. soldats et chefs. la vie morale de ces hommes. La Lantjue ijaaloisc. 1920. Le plus grand dieu des Gaulois demeurait Tentâtes. Épona protectrice des chevaux. Au-dessus de la royauté des Arvernes. gardien de l'alliance entre ses tribus aux jours de la paix. collaboraient à maintenir cette union. appartiennent à la même espèce d'hommes car.

Peut-être auraient-ils préféré. tels que Moïse devant lahvé. l'unité rehgicuse ne put que gagner à ce que la sainteté des choses de la nature. les gens d'Alsace et de Lorraine au Donon. Le Jupiter italien n'a fait que grandir en s'arrêtant au Capitole. les Arvernes au puy de Dôme. puisque Bélénus était le soleil qui eaux chaudes des Vosges ou de cette même Auvergne. ces eaux chaudes. etc.132 DE LA GAULE A LA FRANCE. Les Druides se réservaient le droit de définir leur nature. sont extrêmement rares. Aucun de ces dieux ne portait atteinte à l'unité morale de la Gaule. se dispersa en les espèces de mille bonnes Mères ou Matrones. et chaque peuplade put l'avoir chez soi. au lieu d'être engendrée par une humble divinité du sol. je crois l'équivalent du Clarus Mons de Clermont. Bélénus s'empara de quelques et. on mulseul dieu ^ et un seul sanctuaire Tentâtes descendit sur les montagnes impérieuses. créatrice des eaux salubres. et l'Apollon des Grecs en animant à Delphes le sommet du réchauffe.. A côté tiplia leurs domiciles. de lui. ceux de Paris à Montmartre. Divicus. de dire leurs noms. comme les : prêtres d'Israël. etc. les noms tirés des dieux particuliers. et. Laon. Tentâtes. Leyde). et on adora des Mères à la Fontaine de Nîmes. mot que . Fourvières à Lyon ou Cler- mont en Auvergne-. comme ces sources. un mais les besoins religieux des peuples furent plus forts que l'idéalisme des chefs. et. 2. Mais. « claires collines ». de les voir face à face en leur présence invisible. et qu'en revanche abondent les noms associés à la divinité générale. Diviciaciis. Divico. et aussi la source de la Durance. 1. Je fais allusion ici aux villes appelées Lugdunum (Lyon à Fourvières. on attribua aussi à sa présence les : Parnasse et la source de Castalie. Remarquez qu'en matière de noms de personnes (et les noms de personnes révèlent toujours le plus ancien état de la croyance). après avoir multiplié les êtres divins. caressées par le soleil levant. Saint-Bertrand-de-Gomminges. fût attribuée à l'une des présences d'une divinité souveraine. En même temps la Grande INIère. ces collines étaient de longue date puissances et lieux divins. qu'on adora aux sources et aux fontaines la Marne (Matronà) fut une Mère.

à travers ce la hommes que leurs passions monde. et la sainteté du lieu ajoutait encore : à la valeur durable du précepte ou du récit.L-ÉPOQii-: Di'.i Les Druides avaient l)eau ne plus être les rois de la Gaule c'étaient eux qui préparaient son avenir en formant sa jeunesse. à deux mille ans de distance de notre époque. en racontant ce que avaient fait pour elle. composés les Druides. une nation qui conquiert. que se donnait l'enseignement. des dieux qui agitent. évidemment. et. présentait ce qu'on chercherait vainement à Rome ou à Athènes. où l'histoire de la nature était suivie de partant du chaos des éléments la genèse à l'apocalypse. Les jeunes gens affluaient de partout pour recevoir les leçons de leurs prêtres. dieux Druides qui enseignent. et surtout de ne point craindre la mort. par Les Gaulois eurent leurs poèmes didactiques. grottes ou mystérieux recoins des forêts. ce qu'on trouverait seulem.ent dans les États modernes. le devoir qui soutient bon soldat. de la création et des destinées du monde. et une éducation nationale. Mais ils enseignaient aussi les devoirs de la morale. de l'immortalité des âmes. il en devait résulter l'éclosion d'une vie littéraire intense et variée. un système d'éducation publique. des rois qui commandent. par la mémoire qui retient. Les Druides. c'est-à-dire par cette chaîne d'influences secrètes qui va de la pensée du maître à la pensée du disciple. par l'attention qui écoute. C'était dans des endroits consacrés. il se donnait par la parole qui prononce. chefs qui combattent.s aci-nniEfi^.:. et. des idées communes et même langue. à défaut de l'écriture. . s'installent sur la terre. parlaient surtout de la vie des dieux. Car cette Gaule d'autrefois. Et ils parlaient encore les de la fortune de la Gaule. i:.

fit rire proconsul et prières. compositeurs et chanteurs à la fois. Quand les Romains menacèrent Bituit. . la poésie n'intervînt légionnaires. et tantôt cette chevalerie française que nous verrons apparaître dans la suite de cette histoire. héraut attitré de sa puissance. une classe de poètes. le d'où sortit monde. vie sociale. où étaient racontés les faits et gestes de leur nation. sa Gaulois annonce un même. Par son physique. Elle me rappelle tantôt cette féodalité marocaine que nous venons de rattacher à la France. escorté d'un barde. je crois entendre les frères seigneurs de l'Atlas ou Tharaud parlant des Léon Gautier parlant des preux de ses le Charlemagne. qui ne se payaient pas de mots. qui pourtant faisaient sentir leurs approches. et ce fut le chant du poète qui préluda au discours de l'ambassadeur. Peu à peu se fixe la physionomie de cette société gauloise. analogue aux jongleurs de la France féodale. et qui. où les étaient célébrés les aïeux et les gloires des grands chefs. Ils eurent leurs poèmes épiques. s'ils étaient esclaves des formes. les traits s'en dessinent et des couleurs se dégagent. et se place à longue distance des Romains. que la Gaule renferma. Cela. homme des temps modernes. n'acceptaient point celles qui s'entouraient de rythmes et d'images. Il n'y eut pas de grand seigneur ou de roi qui ne fût accompagné de son barde. leurs poésies lyriques.13'» DE LA GAULE A LA IRAIS CE. il leur adressa un noble de sa cour. et je doute que dans lieux consacrés. Elle prit dans la vie de ce temps une telle place. après les sacrifices et les pas pour esquisser quelque mystère théâtral. leurs hymnes pieux pour invoquer les dieux. Un poète était l'ornement nécessaire des cortèges et des cérémonies. pour finir à sa destruction par l'eau ou le feu. les bardes. son caractère manières d'être. sans doute. En relisant les textes dont les Anciens l'ont décrite.

chapeaux de feutre ou turbans. d'un mufle de bête ou d'un fétiche mysté- monté sur un cheval paré comme taille. des armes et du collier : et songe malgré soi à des marquis de Versailles et non pas à ces Romains uniformément drapés dans des toges blanches et monotones. Il porte d'amples pantalons. c'étaient ensuite d'interminables festins au milieu de la . Bottines. Quand la ne marche pas avec son roi dans les sentiers de guerre. l'on le vert ou le jaune. qui ne prend l'épée que pour le Gaulois ne sort pas de sa demeure sans avoir le glaive à son côté. souliers. et. il vit dans ses domaines. vaste ferme à l'orée d'une forêt giboyeuse. parmi les êtres d'aujourd'hui. Ce sont alors bruyantes journées de chasse au sanglier ou au à la suite de ces meutes de chiens gaulois qui n'avaient point leurs pareils pour la quête. Mais si je regarde sa vie morale. chaussons ou espadrilles. une tunique serrée par une ceinture. son costume tient à la fois du nôtre et de de l'Oriental. rieux. 135 Au celui physique. lui. ce guerrier est déjà un seigneur.UÉPOQVE DES GUERRIERS. c'est. le cavalier de l'Islam qu'il nous semble reconnaître. brandisles sant de la main la grande épée de déployant éclats des couleurs qui le revêtent. il se couvre d'un casque orné de cornes monstrueuses. et sur lesquels brillent les ors de la ceinture. soit en une cerf. Mais ce qu'il aime et ce qui nous manquera depuis la fin de notre noblesse de cour. où se heurtent l'écarlate. parades militaires. soit en un donjon il campé les sur une montagne aux flancs abrupts. il use de cela aussi bien que nous. faisant faire à sa mon- ture les voltiges d'une fantasia savante. ce sont les vêtements aux couleurs vives et bariolées. Ce cavalier gaulois est déjà un chevalier. les du Romain. Aux heures des la différence A jours de bataille. je suis tenté de croire que notre société féodale se prépare. la poursuite ou l'arrêt. un manteau ou flottant sur l'épaule ou encadrant le buste et fermé sur la poitrine. ce glaive qui est la preuve de sa liberté et son insigne d'homme. capuchons ou cache-nez.

avec elle. ces chauds tapis de laine aux tons colorés. liques les y a longtemps que : ces années idyl- ont pris fm les derniers survivants des petits propriétaires vivent dans la dépendance ou sous l'hypo- thèque des grands seigneurs leurs voisins. 1014) demeure de premier ordre. le maître trônant à la place d'honneur. A sa maison sont destinés ces cofïres en bois massif. Paris. à ses armes. et. La campagne entière est à ces derniers. 3" édit. au début de commun au profit si elle de tous les hommes d'une il tribu. . ces ornements d'émail où l'ouvrier a su faire descendre les couleurs du ciel ou 1. ainsi du corps. a connu ensuite le partage de ces terres en portions égales entre tous pères de famille. est Il en un grand propriétaire et un chef de bande.S?8. qui s'étendent sur des milliers d'hectares. d'amis. Catalogue illustré.m fi DE LA GAULE A LA FRANCE. chaufTce par les troncs d'arbres brûlant dans l'immense cheminée.. ou qu'ils à leur merci. Dans les villes même. L'industrie C'est s'ingénient à fixer sur la terre cuite ces teintes vives qu'affectionne le regard du noble gaulois. pour eux que les céramistes tournent les grands vases noirs aux flancs saillants comme des carènes. flanqué de serviteurs innombrables qui ressemblaient à des gardes Ce effet féodal. l. IIP p. et si la sa vie agricole. Leroux et Musées Nationaux). les villages de paysans penchés aux bords des sources ou blottis aux recoins des hautes citadelles. Le Manuel de Déchelette (t. 2 vol. la culture des terres en Gaule a connu. d'hôtes. II. L'important est de recourir aux collections du Musée de Saint-Germain et aux catalogues si soigneusement dressés par Salomon Reinach (Catalogue sommaire. 1917 et 1921. entouré d'une assemblée de parents. pour eux que les bijoutiers cisèlent ou martèlent les colliers d'or ou fondent les plus belles perles de verre... que nous dirions aujourd'hui. les ouvriers sont à leur solde ou * travaille à complaire aux riches. grande salle.. éclairée par les flambeaux de résine. de clients et de parasites. est le possesseur d'immenses biens-fonds.

et que la bière. raffolaient fut en relation avec les colons de Phocée. C'est L. Mais. pendant le demi-millénaire où la Gaule libre Il y avait. ces « nautes « de m'est impossible de ne pas reporter l'exis- tence jusqu'aux temps gaulois.. Et les découvertes archéologiques. ces produits chimiques qui la parent des nuances d'une jeunesse nouvelle ou d'un blond éternel. les trépieds de métal à la structure mystérieuse. que les environs de Marseille la Grecque offraient d'excellents vignobles. et que jamais pourtant. l'émail- lerie. ces sociétés de trans: C'est également le luxe des grands qui fait vivre ces marchands grecs venus de port qui s'organisent sur Paris dont il les fleuves tels. elle Car l'industrie gauloise est habile à découvrir n'a pas de rivale en : a inventé le savon. et elle Europe pour livrer à ses maîtres chars de guerre ou de fête. . ceci d'extraordinaire. le cidre et l'hydromel du pays ne leur suffisent pas. à sa chevelure. la tonnellerie. dans son livre De l'économie publique et rurale des Celles. 137 du sang. par exemple celle de l'émaillerie gauloise au Beuvray. Voir Bulliot. ils demandent aux Grecs de leur apporter sans cesse des amphores de vin. n'ont fait que confirmer ses thèses. charrettes de campagne ou voitures de vitesse la carrosserie de Gaule pouvait être estimée la : première du monde K Marseille. Un seul érudlt moderne a su rendre justice aux efforts des Gaulois en matière économique et faire certaines réserves sur les progrès apportés par les Romains en celte matière. chariots de camionnage. montés en force et en appétit. toutes choses gracieuses à voir : ont l'esprit assez ouvert pour comprendre et celle ils beauté de la matière travaillée par l'artiste de la phrase modelée par le poète. l'étamage. l'argenture. Rej-nier. les aux courbures car ils élégantes. 1899. A ces riches il faut les la coupes d'argile façonnées aiguières de bronze et peintes par des potiers de Grèce. 1818. comme la sont aussi grands buveurs de vin. que leur terre était admirablement douée pour la vigne. en effet. Autun. Fouillrs dii mont Bcuvraij. que les Gaulois du vin. et ils les paient au prix qu'on voudra. 2 vol. Dejussieu. jamais la vigne 1.L'ÉPOQUE DES CUEPRIERS.

138

DE LA GAULE A LA FRANCE.

ne parvint à sortir du terroir marseillais. J'ai peine à croire que les Grecs aient pu réussir à en empêcher l'évasion. Je supposerai plutôt qu'une loi gauloise en interdisait l'importation, et que cette loi venait des Druides. Ainsi que d'autres prêtres de l'Ancien Monde et du Nouveau, ils ont redouté les conséquences de l'ivresse avec l'abus du vin, et peut-être aussi, avec l'extension du vignoble, le discrédit des terres à blé. Si les Gaulois buvaient du vin, ce n'était que du vin de luxe, importé du dehors, et je suppose aussi qu'ils le buvaient à l'insu de leurs Druides et en dépit de leur religion ce qui serait un autre trait de ressemblance entre leur vie et celle des fils de l'Islam.
:

C'est

évidemment
les

l'aristocratie qui a fourni

aux

écri-

vains anciens
tel qu'ils

principaux traits du caractère gaulois,

le

ont essayé de le décrire. Mais si les chefs donnaient ton à la nation, il est permis de supposer que la masse des hommes s'étaient déjà mis à le prendre. « La race gau» ^

lors son humeur, son tempérament, une âme d'une certaine tenue; et on parlait de cette âme et de sa nature à la façon dont on parlait de l'âme d'Athènes ou du Génie du peuple romain, encore que Rome et Athènes fussent des patries municipales, et la Gaule une vaste société nationale. Le Gaulois a l'intelligence éveillée, rapide, souple et
loise

avait dès

j'ose dire

précise.

Il

sait

apprendre, comprendre, imiter et inventer.

C'est

un

être de clarté et de logique.

Deux

défauts gâtent cette intelligence. L'imagination,
:

vraiment, est trop débordante
ce qui ne sera
sissent, son

il

voit ce qui n'est pas et
le désir le saifin.

pas; quand l'espérance ou

âme s'emporte dans

des illusions sans

détourne de la réflexion et de l'acte; son pays est un repaire de rhéteurs
Puis,
il

sacrifie trop à la parole, qui le

1.

En

traduisant ainsi l'expression de Strabon, IV,

4,

2

:

Tb

:pj>,ov

ra),/,'.xôv.

L'Ll'OnUlù
et

DhS

GUtltlUhilS.

l;;'j

autant que par
servent

de bavards; ses chefs doivent s'imposer par l'éloquence la bravoure, et les plus angoissants dangers
d'occasion

à

de

beaux discours, ordonnés

et

majestueux.

Des qualités éminentes de cœur relèvent le mérite de l'esprit. Nul écrivain de l'Antiquité, pas môme de ces Romains auxquels les Celtes firent tant de mal, n'eût osé accoler à leur nom ces mots de ruse et de perfidie qu'on répétait à satiété à l'endroit d'adversaires. Le Gaulois est un être de premier élan, qui ne sait pas dissimuler sa pensée. Sur le champ de bataille, il ne veut
combattre qu'à ciel ouvert; il ne cachera ni son corps devant l'ennemi ni son âme dans une discussion. La fidélité au serment et le respect du droit ont conservé chez
lui

leur valeur

primitive. Vérité et justice
Il

ne se

séparent pas à son sentiment.

a l'horreur de

une forme du mensonge; et il a aussi celle de la lâcheté, qui est une forme de la bassesse. Ce qui manquait le plus aux Gaulois, c'était la discil'iniquité, qui est
Ils savaient prendre de bonnes résomais combien vite abandonnées! Amis du plaisir, joyeux de vivre, on eût dit qu'ils avaient peur des déci-

pline de la volonté.
:

lutions

sions

fixes,

froides

et

continuées,

qui

exigent

l'effort

et la peine d'une longue tension de soi.

Ce sont,

et je crois

que Michelet a eu raison de
mobiles et crédules.

le dire

^,

de grands enfants,

On

leur attribua la vivacité et l'incon-

sistance des passions politiques, et le goût des révolutions.

Leur bon sens
de
la plus

et leur finesse

ne

les

préservaient pas, en

matière de gouvernement, des plus sottes imprudences et

Aucun de

dangereuse imprévoyance. ces travers n'était d'importance au regard

de la morale; et toutes ces qualités faisaient des Gaulois de très braves gens, enclins à l'idéal, et qui étaient des hommes d'esprit. Mais, dans les temps prochains où

1.

monde

Histoire de France, livre I, chap. 1 «Ce sont les enfants naissant. » Écrit en 1833 au plus tard.
:

du

140

DE LA GAULE A LA FHANCE.

rimpérialisme romain allait étouffer les lois de la morale, ces qualités ne seraient pour un peuple qu'une très médiocre
sauvegarde.

Ce que
ils

c'est l'excès

aux habitants de la Gaule, de leur individualisme. Obéir leur répugne, veulent faire par eux-mêmes. Ils ne sont nullement
je reprocherai le plus
la faculté d'organisation, et ils

dépourvus de

ont su doter

leur pays d'un ensemble d'institutions intelligentes, judiciaires, militaires

ou

fiscales

:

mais

ils

ne s'y conforment

Chaque peuplade aime à agir à sa guise; et, dans chaque peuplade, l'individu compte plus que l'État. L'amour de sa personnalité, la vanité de son nom ou l'orgueil de ses actes, la passion de la gloire, dominent
guère.
les chefs, et,

sous de tels stimulants, ils arrivent à faire de très belles choses, mais ils en viennent aussi aux pires
aberrations de l'amour-propre et de la jalousie. Quelques-

dévouer avec un admirable héroïsme à ce commune, que ce fût la Gaule ou leur cité. Mais le monde gaulois n'était pas encore parvenu à connaître cette abnégation aveugle et absolue que la religion de la patrie inspira aux cités méditerranéennes dans l'âge de leur maturité. n'empêche que ces Gaulois sont maintenant les Il d'une seule famille, -"^yant même physionomie et fils même tempérament. Quel que fût le sang originel des plus lointains ancêtres, leurs descendants s'étaient tellement mêlés, corps et âmes, ils avaient tellement subi ensemble les influences du climat et du sol, de l'histoire et de l'éducation, qu'il existe sur la terre de Gaule une espèce humaine avec sa nature propre, avec des traits dessinés pour toujours. Les révolutions qui vont suivre changeront peu de chose à cette nature, ne supprimeront ou n'ajouteront aucun trait essentiel. Et tel nous nous sommes imaginé le chef arvei-ne Vercingétorix au temps de César dans la Gaule finissante, tel nous apparaîtra Roland, neveu de Charlemagne, dans le rêve de la France adolescente.
uns surent
se

qui représentait pour eux la cause

L'ÉPOQUE DES GUEIUUEIIS.

141

Le
Ce

sol,

égaleiiiunt, avait reçu sa ligure définitive, ses

espaces de culture, ses routes et ses domiciles humains.
qu'il faudrait
:

à ses cultures, c'est un peu plus de
les

variété

il

n'a pas encore adopté, par exemple, l'olivier

et la vigne,

malgré

timides essais des temps néoli-

thiques.
leuse,

INIais les

Gaulois, en dépit de leur

humeur

batail-

n'ont rien laisse perdre des terres fécondes que

leurs aïeux avaient découvertes; le grand seigneur, qui

champs, qui leur doit le les entretenir en bon père de famille, et n'oublie pas d'amender et d'engraisser ses emblavures, au moment opportun, avec la marne calcaire ou argileuse du sous-sol. Qu'on ne nous répète plus que la Gaule de ce temps était encombrée et hérissée de forêts impénétrables, et qu'il fallait attendre les Romains pour défricher ces espaces incultes. Les Romains n'ont supprimé ou amoindri aucune des forêts celtiques, et les seules brèches qui y aient été faites par le travail des hommes viennent de bûcherons chrétiens. Mais ces forêts elles-mêmes étaient
vit le plus

souvent près de
ses

ses

plus fort

de

ressources,

sait

loin

d'atteindre les formidables proportions

qu'on leur
les

attribue.
les

Landes, grandes hêtraies ou rouvraies de l'Ile-de-France elles
cite les
les

On

Ardennes,
leurs

Vosges,

:

existent toujours,

et

bords seuls cnt été rognés.

Nulle part,

le

bois ne gênait la culture; les Gaulois avaient
cjui

toute l'étendue

leur était nécessaire

pour récolter

le

blé de leur nourriture.

elle-même était un réservoir de vie variée. Elle avait ses larges pistes de chasse, sans cesse foulées par des chevauchées, et ses
reste, la forêt

Au

sentiers de pèlerinage, qui conduisaient

aux lieux sacrés
des arbres

des

sources,

des

clairières,

des

grottes ou

fameux. Une exploitation forestière valait alors ce que peut valoir de nos jours une mine de charbon c'était de
:

la forêt

que

le

Gaulois tirait

les bois

de ses demeures, car

142
il

DE LA GAULE A LA FRANCE.

voulait ignorer l'usage de la pierre; et les sous-bois ser-

vaient au pacage de porcs innombrables, un des aliments
favoris de ce temps. Abri, vivres et chaleur,

l'homme devait

presque tout à la forêt. Une nombreuse population de « compagnons des bois », forgerons, bûcherons, charbonniers,
cueilleurs de simples, sorciers et
«

sauvages

»,

y avaient

élu

domicile.

Des

villages s'étaient formés sur les hauteurs

au

milieu des arbres. La forêt n'étaitplusqu'unmodeparticulier

de

la discipline

du

sol plie

pour toujours à

la vie

humaine.

Cette

vie

humaine

s'étendait, s'agitait

partout. Elle

avait désigné les lieux favorables à ses résidences et à ses

rendez-vous,
Il

les lignes utiles

à sa circulation.

existait encore des villages en

nombre

sur les hauteurs

inexpugnables des Alpes, des Vosges ou du Limousin,
sur les promontoires rocheux qu'enserrent les boucles des
rivières
villes

du Quercy ou du Rouergue,
le

et les plus

grandes
le

elles-mêmes, Bibracte ou

mont Beuvray dans
celle-là, les

Morvan de Bourgogne, Gergovie
vergne, malgré
ci,

près de Clermont d'Au-

les

135 hectares de

75 de celle-

n'étaient que d'énormes refuges dressés au milieu des

bois et des rochers, à plus de 800

ou de 700 mètres de
tendait aussi vers des

hauteur. Mais la vie en
sites plus hospitaliers.

commun

Lutèce était née dans l'île des PariBordeaux, autour de Vestey de la Devèse, à l'endroit où ce ruisseau sacré rejoint la Garonne; Avaricum ou Bourges, sur la presqu'île qu'entourent les marais de l'Yèvre et de l'Auron; Narbonne, auprès de l'Aude en sa fin; Arles et Lyon, sur les collines qui dominent, là-bas la fourche et le delta du Rhône, ici son confluent avec la Saône; Toulouse, sur le large plateau^ qui commande le passage de la Garonne et le débouché des routes
siens;

venues de

la

mer

Intérieure; Orléans et Nantes, ports sur
la
ville,

de Vieille-Toulouse, d'où 1. Plateau descendra à son emplacement actuel.

sous

Auguste,

où l'on s'embarque pour la Grande-Bretagne. le merveilleux isolement de sa colline. port des Vénètes du Morbihan et peut-être leur lieu saint. la joie de faire nombre. Rouen. toujours à portée des bonnes terres et des les Ailleurs. la à des carrefours de routes. citadelle et port sur la Gironde. de parler et de crier ensemble en quelques heures fiévreuses ou plaisantes on y dépensait plus de vie que dans la longue succession des mois de travail banal. marché sur la Seine. que ses eaux bienheureuses. Dreux à portée de la Beauce aux moissons inépuisables. Locmariaquer. l'attrait la passion des affaires. le voisinage des divi- du plaisir. et. ont rendue plus vénérée et plus célèbre que les plus peuplées des métropoles. : marchés de paysans. de vastes esplanades invitaient les hommes à des réunions périodiques. Blaye. et cinquante lieux de ce genre. et émotions qu'y provoquaient nités. les vieilles pistes des défricheurs néolithiques s'étaient transformées en de très larges routes. à la lisière d'un bois fréquenté. Nîmes. L'activité des hommes ne se concentrait pas dans ces endroits de domicile permanent. en ces âges anciens. où pouvaient passer en masse. sanctuaires de pèlerins Boulogne sur Manche. et les troupeaux aux époques^ . En cent autres lieux. bénis des dieux et chéris les des hommes. au-dessus des eaux jaillissantes de sa Fontaine divine.^ sans trouble et sans arrêt. à la fois villages de travailleurs. gîtes d'étapes. la « 143 Loire. routes populeuses. sur ses monts ». auprès d'une source illustre. entre toutes. les grands rassemblements de foule. qui devaient demeurer ou devenir métropoles des provinces de France. Alésia de Bourgogne. se tiennent « modestes bourgades des paj'S ». jours de fête qui étaient en même temps des jours de foire. à des points frontières. le passage incessant de marchands et d'étrangers. les On aima beaucoup. : Pour satisfaire à cet intense va-et-vient.VÈPOQUE DES GUERRIERS. de jouir.

s'emparent de ce sol pour le marquer à leur empreinte. Et ils ont su également ouvrir des passages. Quand les Carthaginois ou les Romains entrèrent dans le pays. les grandes lignes de voies ferrées qui encadrent ou qui sillonnent la France actuelle sont les héritières de routes que les Gaulois ont connues. au Petit ou au Grand Saint-Bernard. sur ce Rhône tempétueux Romains jugeront indomptable. convois d'artillerie le CCS routes étaient construites et entretenues ou d'intendance. Les provinces. les Séquanes la Franche-Comté. les Allobroges le Dauphiné. au Cenis ou au Genèvre dans les Alpes. Hannibal. à Paris. et les caravanes en toute saison. Voilà donc tracées pour toujours. cavaliers. et aux mois de campagne. César en fit près de soixante-quinze en vingt-quatre heures. : . des « ports » suffisants. Sauf dans les régions .144 DE LA GAULE A LA FRANCE. à leur tour. à Nevers. au moins dix mille hommes. Verdun et Metz. marchait à raison de trente kilomètres par jour et davantage. les Volques le Languedoc. à Roncevaux ou au Pertus dans les Pyrénées. long du Rhône. de Paris au Rhin par Reims. avec quatre légions. sur les routes d'Auvergne. ces derniers venus des groupes humains. et les Helvètes ébauchent la Suisse. On avait bâti des ponts de bois à Orléans. les guerriers de transhumance. On ne sait : comment mais soyons assurés que des règlements comnmns à toute la Gaule veillaient à leur bon état. de être même les que Boulogne à Marseille par Alésia ou par Langres. sur le sol de France. et peutà Pont-Saint-Esprit. De nouvelles ont apparu les Salyens viennent de dessiner la Provence. ils n'éprouvèrent jamais la moindre difficulté à transporter leurs troupes. les lignes générales qui guideront les gestes et les mouve- ments de sa vie. de Marseille à Bordeaux par Narbonne et Toulouse. fantassins. Des bords du Rhin au col de Roncevaux par Paris et Bordeaux.

10 . lorsque les villages épars des dèmes de et l'Attique avaient reconnu la suprématie d'Athènes.vN. Arverncs et Bibracte chez Éducns La Gaule s'acheminait donc à son tour vers ce régime municipal qui fit la beauté. patrie de sol et d'âme. sanctuaire pour les Médiomatriques de Lorraine. chaque province. forum de chands temple de ses dieux. Elle a son chef militaire. C'est la province qui a pris la direction des affaires publiques. le cénacle et le donjon de leur union indestructible. les Gergovie chez de Bourgogne. des règlements de finances. à l'époque fabuleuse d'Hercule et de Thésée. bourg principal pour les Rèmes de Champagne.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. la tribu pays » (pagus) est réduit à une vie obscure de travail et de dévotion autour du lieu traditionnel où respire son Génie tutélaire. geront ainsi sous les lois de Lutèce en son devint citadelle pour les J'ai déjà nommé les trois plus célèbres de ces capitales. Metz. — Gaule à la l-rauce. Besançon Séquanes de Franche-Comté. Surtout. roi ou vergobret. avaient fait d'elle leur capitale. l'acropole de ses chefs. devenues le plus souou « le vent des affaires de guerre. Les tribus des plateaux et des confluents parisiens se ranîle. leur ville unique et maîtresse. et Reims. Il va se passer chez nous ce que la Grèce avait vu. Et ici se présente un fait de première importance pour les destinées de la Gaule et de la France. sont institués au-dessus des coutumes des cantons ruraux. La ligue de tribus se muait en une « cité ». près de mille ans auparavant. reculées 145 où dominent la forêt ou la montagne. le lieu de rassemblement de leurs forces associées. qui est en même temps juge et administrateur. Une loi commune. faisant d'une ville cenle trale son autel et son foyer. chaque ligue de tribus veut avoir sa capitale. De la telle ses marqu'Athènes pour JvLLi. la grandeur et le charme du monde méditerranéen. peut-être les premières nées des métropoles de la Gaule celtique : Avaricum ou Bourges chez les les Bituriges du Berry. et le domicile moral de tous le ses citoyens.

Bibracte ou Langres. le lieu demeures que par d'ailleurs et de ses richesses ses elle de convergence de ses cultes. que Rome. l'Attique ou Sparte pour la Laconie. ses marchés et ses remparts. au contraire. vu l'importance du temple et la force de l'unité religieuse. ce 1. en villages. telle ^. en champs de foire. auront leurs fils passionnés. Auvergne. est l'énergie éminente et le principe substantiel rives de la mer Intérieure. Sous le régime municipal qui s'inaugure. ou Mais le Marseille ici-même régime municipal s'annonçait dans Gaule sous une allure différente de celle qu'il avait prise aux thage. de la cité. qui est une région naturelle de la France. et qui transmettront à ces fils leurs coutumes. ville et campagne ont trop besoin l'une de l'autre pour ne pas s'entendre et travailler chacune à titre égal. elles demeureront toujours encadrées et soutenues par des terres fécondes et sacrées qui. Gergovie. qu'un terroir d'étendue resEn Gaule. abondante en cultures. Jérusalem valut plus chez les Hébreux que. elles aussi. ville. La terre où ils habitent a trop de valeur pour qu'ils ne réclament pas leur part de gloire et de pouvoir en face de la capitale. chef-lieu de tribu rurale. de ses la campagne ne compte plus : villages épars et ses sanctuaires vieillots. n'est jamais treinte et de fertilité médiocre. Bourgogne ou Berry. Bibracte chez les Éduens. . Les hommes et les dieux de cette campagne ne se résigneront jamais à n'être que les sujets anonymes et dociles d'une ville lointaine. Je devrais ajouter Jérusalem. Toutefois. Alésia. par : exemple. Mais chez les Hébreux. est une colline trop sainte pour se laisser perdre dans le rayonnement d'une métropole. fut en partie comme chez les Gaulois la ville n'absorba pas le territoire. en domaines. leurs bienfaits et leurs séductions. à Athènes ou à Caravec ses sanctuaires. les villes auront beau croître en étendue et en beauté. en lieux de prières. En France. en forêts. la Tyr ou Carthage.146 DE LA GAULE A LA FRANCE. Bibracte ou Bourges commandent à un immense et opulent territoire. en montagnes et en sources célèbres. la A Rome.

Ils ont des chefs souverains. communient dans le présent par l'adoration de dieux nationaux. et une vie très puissante. ils sont à la fois un peuple et une ils église. Pareille erreur a été souvent commise pour le Moyen Age français. résulle de textes. quelc|ues âmes nombre des 1. erreur dont on commence enfin à revenir. trente millions d'hommes' qui ont fixé pour toujours les foyers de leurs résidences et les routes de leurs relations. des conseils polifrontières naturelles. ils communient dans l'avenir par les leçons d'espérance et de foi que reçoit leur jeunesse. et. Voici. C'est la méconnaître absolument le caractère et l'intensité de vie antique. tiques et des assemblées religieuses. l'examen attentif des évidemment qu'approximatif. une mère ou une déesse. sa tête et ses organes. et la même vie. fidèles qui la servent. et qui sauront mourir pour elle. ou au milieu d'humbles travailleurs qui ne comprenaient que la besogne du pain quotidien. Par les souvenirs de leur histoire ils communient dans le passé. moins de dix millions. Mais cela s'est vu en d'autres temps et chez les nations les plus solides. ne parlerai-je pas d'une patrie gauloise? Voici une contrée que la nature a pourvue de vaut mieux. qui n'est lions. La Gaule est un corps qui a sa pensée. ils ont des lieux de rendez-vous universels. ce qui solidarité entre les terres intérieures. les uns rois et les autres prêtres. d'une étroite dans ce pays.L'ÉPOQUE DES CUElilUERS. et parfois même moins de cinq milCe chilTre. 147 Comment. . après cela. Et il se trouvera des hommes qui aimeront cette Gaule comme une femme. Tout cela ne fait-il pas une patrie? et la gloire de leurs aïeux. se répand en tous ses membres. Je ne puis en aucune manière souscrire aux chiffres très faibles donnés par les systèmes courants. Gaule furent l'excepau milieu d'ambitieux qui restaient attachés à la fortune de leur cité ou à l'intérêt de leur maison. des ruines et des sites humains se référant à l'époque gauloise. et l'existence d'une patrie ne dépend point du Il est certain que ces patriotes de d'élite isolées la tion. Ces hommes ont même langue et même nom.

Les Gaulois étaient trop vifs. Mais des querelles de cette sorte. a-t-on dit. Les Éduens de la Bourgogne disputèrent aux Arvernes de l'Auvergne le privilège de commander à la Gaule Athènes et Sparte. Mais les luttes de partis sont inséparables d'une vie de liberté et de l'exubérance d'un tempérament. est également certain que la force prise par les cités une entrave à l'entente gauloise. la 241 219 de . Mommseii. p. ses Huguenots et ses Papistes. les nations justifier 1. le patriotisme municipal fit concurrence au patriotisme national. étaient des hommages rendus à l'unité d'une nation. après lui ou d'après lui. ses Mazarins et ses Frondeurs. et elle ' : descendait la pente qui entraîne vers la mort vieillissantes. Rœmische (p. Les écrivains qui ont parlé ainsi ont voulu la défaite de la Gaule. A propos de cette lutte pour le principat entre Arvernes et Éduens. et chaque cité. le triomphe de Rome et Gescbichte. luttaient pour l'hégémonie de la Grèce. eut ses Armagnacs et ses Bourguignons. son unité morale n'a été un instant pour reparaître ensuite en la forme union sacrée plus solide et plus douce. je veux dire par là ses partisans des Arvernes et ses partisans des Éduens. allemands et français. de même. trop bavards et trop personnels. atteint le degré de civihsation qui lui était départi par les destins. t. On a prononcé le mot de décadence à propos de l'état de cette Gaule elle avait. fut souvent : si funestes qu'elles soient devenues. et je viens d'y faire allusion : compromise d' « que ». pour ne point se livrer avec ardeur aux discussions et aux conflits politiques. En grandissant. première édition). et bien d'autres écrivains. Il est certain enfm que l'esprit de parti troubla souvent la vision de l'intérêt général. chaque famille même. ils se divisèrent en deux camps. III (écrit peu avant 1856).148 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. La France a traversé des crises tout aussi redoutables. chaque tribu.

pour les tremblements de la décrépitude. et non pas remarques d'historien. quel signe reconnaîtrcz-vous qu'un être est en décasi vous brisez sa vie par une mort violente? Que de fois ce mot de décadence a alors été brutalement proféré le ou perfidement insinué pour amener chute de la France. Ce qui manquait A la Gaule. ni les de l'art. Que les prêtres de Gaule aient vu d'abord avec déplaisir cette pénétration d'idées étrangères. rimpérialismc latin. c'est que. fut divulguée L'écriture. c'est possible mais ils ont : vite accepté et suivi portait les eux-mêmes le courant invincible qui Gaulois à une existence nouvelle. ni les édifices images de pierre. les routes et les villes de leur pays. Elle ne connaissait ni les lettres de l'écriture et de l'épigraphie. ce qui s'échange. rien en un mot de ce qui assurait l'exis- aux cités de la Grèce et de les l'Italie les agréments de les tence et la sécurité des relations. mais aussi des leçons et des sentiments. avec caractères helléniques. et parfois 149 des empires du passé. Alors. . progrès ou en dédaignait les avantages. d'entrer dans le monde se à accepter la qu'elle recueillait avant plus brillant des renouveaux ou la plus ! complète des victoires Ce qu'on a pris. que Gaulois ouvrent aux marchands les de Marseille cité. Mais ce sont propos d'une politique misérable. et que les rues et les temples de leur Grecs ouvrent aux Gaulois entre Gaulois et Grecs. nouveau. chez les Gaulois. ni les dences urbaines. n'était que les tâtonnements d'une adolescence qui désire s'instruire et qui hésite sur la loi de son avenir. ni la régularité des résidieux à figure humaine. ni les pièces de monnaie. elle vivant à l'écart en ignorait les de la civilisation méditerranéenne. Mais voici que Grecs ont bâti Marseille. ce ne sont pas seulement des marchandises et de bons rapports. même.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. par delà l'apothéose préparer ravènement d'un empire A dence.

Les Gaulois apprirent à traduire leurs pensées par des figures qui en furent les symboles"^. les Leroux. . Leurs mains mala- droites tardèrent plus longtemps à façonner des images. modèle des statères d'or et des drachmes d'argent. en ce tempslà. pour ces rues où les maisons s'alignaient en un rythme symétrique. à la surface aplanie. 2. Arvernes. Les Celtes de Provence et de Languedoc ne pouvaient visiter Marseille sans être saisis d'admiration pour ces remparts droits et solides. dans la Gaule. pour peindre ou graver les documents qu'on voulait soustraire à l'oubli. et les Gaulois taillèrent dans des troncs d'arbres leurs premières idoles. éducateur des hommes. En supposant que Gaulois n'en aient pas eu l'idée par eux-mêmes. Ils comprirent que 1. on s'en servit pour les actes publics. Paris. ainsi qu'avaient fait les Grecs pour leurs plus lointaines Art émis. ressemblait à : Hermès. Ils s'habituaient de plus en plus à comparer leurs dieux avec ceux des Grecs rapports de marchands. Mais enfin le désir d'avoir les dieux près de soi fut plus fort que tout. le serpent linéaire qui semble avoir été pour eux et. et après s'être bornés à copier grossièrement les images des pièces grecques. Grecs et Gaulois trouvèrent bientôt que Bélénus ressemblait à Apollon. ils firent dessiner des emblèmes empruntés à leurs cultes Sur le ou à leur vie militaire^. Éduens. c'était un peu échange de dévotions. Traité des monnaies gauloises. pour ces temples où la divinité siégeait en un asile inviolable. et que Tentâtes. aux pierres énormes et régulières. 1905. le sceau mystérieux de la divinité. par respect pour la tradition.150 DE LA GAULE A LA FRANCE. elles hésitèrent à modeler des dieux à la ressemblance des hommes. Voyez Blauclict. Armoricains et autres frappèrent des monnaies de bon aloi et de type constant. Ils combinèrent en spirales ou en courbes d'une variété infinie le prestigieux signe en S. législateur de son peuple.

Les expressions de Trogue-Pompée sont évidemment excessives et tendancieuses : mais cela même semblerait prouver qu'il a voulu rappeler les droits de la Grèce comme éducatrice de la Gaule et réagir contre les prétentions de l'amour-propre romain. et jugeait inutile de construire pour les défunts une solennelle sur un Celte demeure faisaient un sol qu'ils allaient quitter pour toujours. sed Gallia in Grœciam translata viderctur. avait étrangers.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. adeoque magnus hominibus et rébus imposilus est nitor. Et l'on vit peu à peu clans la Gaule se dresser des remparts pour les villes et peut-être des temples pour les dieux *. C'est ce qu'on appelait « le philhellénisme » des Gaulois. XLIII. étant donné que ce détail remonte sans doute à un écrivain grec contemporain d'Auguste. et agronim : cultus (ceci est exagéré) et urbes mœnibus cingere didicerunt. Les morts. On ne peut certes pas accepter telle quelle l'assertion 2. 5). 5. Tune et legibus. Justin (résumé de Trogue-Pompéc. 4 Ab his (les Marseillais) Galli et usum. -. 151 c'était la pierre taillée qui faisait cette puissance et cette harmonie. Car le Gaulois aimait ses voisins. cuUioris. sans renoncer laisse Barbares Qu'on l'initier donc la à la culture méditerranéenne. disciple les d'Hérodote. 8). contemporain d'Auguste). vitse. XL III. les les vivants se entraîner aux choses nouvelles. et il était curieux d'apprendre ce qui venait de loin. ut deos eorum adorare liceret (Justin. et que les Druides et l'élite des Gaulois ont dû Ctre curieux de toutes les choses helléniques qui étaient à leur portée. le prêtres même goût des entretiens avec ceux qu'il appelait des Gaule demander à la Grèce de Peu importe qu'elle s'en instruise d'abord lentement. que les Druides se sont inspirés de Pythagoi'e. eux. qui est un homme du pays. tune olivam serere consuerunt. tune viiem putare (très tardivement). Mais on ne peut pas non plus la négliger. deposila ac mansuefacla barbaria. voyez ce roi gaulois qui demande aux Marseillais d'être admis dans leur ville. à rencontre des morts. d'Ammien Marcellin (XV. 9. en hésitant. 1. et le Grec. Mais. Je ne suis pas sûr que point pris contact avec Druides eux-mêmes n'aient d'Artémis ou les lettrés les prêtres de Marseille. non armis vivere (ceci est exagéré). ut non Grœci in Galliam emigrasse. résistaient au progrès et se contentaient de chambres misérables creusées dans la terre : car il y avait longtemps que menhirs. et . dolmens et tertres élevés étaient disparus des usages funéraires.

les directions de son art et de ses lettres.. » Considérations ^ur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. elle coupa la Gaule en deux comme . Mais son ambition eut pour appui la sottise de Marseille et celle de la Gaule. les prétentions des Éduens. l'histoire était en droit d'attendre une civilisation nouvelle. : . des Celtes de Provence. Rome ne le permit pas.. « la profondeur » de la politique romaine-. et qu'elle les a reçues en les adaptant aux traditions de sa langue et aux pratiques de son esprit.. qu'elle a reçu d'eux la forme de ses dieux. qui toutes deux crurent en l'amitié du peuple romain. parfois gênant. sans rien perdre de ses facultés propres. Languedoc et Dauphiné. Elle vainquit Bituit. roi des Arvernes et chef de toute la Gaule et. Mais Rome. p. : territoire. ]\Iarseille eut recours à cette amitié pour se débarrasser du voisinage. Cupidité des particuliers. ni ceux qui lui ont été imposés. avec Montesquieu. ne travailla que pour elle. en annexant les terres du Midi.. Mais il ne faut pas méconnaître que Montesquieu ne fut jamais dupe des Romains « Ils ne faisaient jamais la paix de bonne foi. chap. qui portent une certaine probité dans rexcrcice du crime. Les progrès les plus sûrs d'un peuple ne sont pas les plus rapides. au delà des Alpes. » 2. originale et charmante *. et. D'une alliance spontanée entre la nature gauloise et'r'éducation hellénique. à l'aide de son alliance.. après cette défaite. en supprimant l'hégémonie arverne et en soutenant. Admirons. comme nation.. avarice pubhque.. Litlré (Études sur les Barbares et le Moyen Age. sans rien perdre de ses libertés. C'est de cette manière douce et consentie que Rome s'est fait élever jadis par les Grecs.152 DE LA GAULE A LA FRAS'CE. On n'avait pas même cette justice des brigands. 6. Provence. 205) revendique hautement pour l'historien le droit de rechercher ce qui « La considéaurait pu arriver sous un autre cours d'événements ration des cas hypothétiques a cela d'utile qu'elle oblige à distinguer soigneusement ce qui dans l'histoire est nécessaire de ce qui n'y : est que contingent. ce qui vaut mieux encore. à de chères habitudes. 1867. mais 1.

rappelons qu'elle était 153 de criminels. eut la vision de la Gaule entière. Les uns se confièrent en des mercenaires germains. imposant à l'univers le respect de son droit et de sa liberté '. Mais la Gaule. n'ayant qu'une seule volonté. 1. . mais qui. Vercingétorix. noble entre tous. mais toujours au était sa vraie patrie et le nom de la Gaule. En vain l'héritier des chefs à soulever Il le arvernes. les réussit-il un instant toutes fut vaincu par le cités ville contre royale Jules César.L'ÉPOQUE DES GUERRIERS. et. Romain devant pour Alésia. levée contre l'étranger. Ariovistc. Cette Gaule ses mot sacré du ralliement de hommes. De bello Gallicn. Ils rivalisèrent d'ailleurs de maladresse et de crédulité. La guerre civile éclata entre les deux partis gaulois. la cité sainte des Celtes. Les autres se confièrent en un proconsul de Rome. proconsuls avides de gloire et brasseurs d'alTaires en quête service au de placements. VII. sut prendre la Gaule chef. ne formant qu'un seul corps. Jules César. Je suis convaincu que César rapporte toLiiis consilium des paroles réellement prononcées. Alors. vainquit devant Gergovie. 29 : Verdngétorix proclame (se) iinum Cailla' cffcclurum. par la vertu de sa concorde. finit et la garder. Pas une seule fois Vercingétorix ne parla ou ne combattit au nom des Arvernes. tout fut fini Du moins elle avait montré. ce qu'elle était et ce qu'elle pouvait devenir. la il de ses aïeux. unie et invincible. plus fort que lui. dont le par réclamer la Gaule pour lui-même. par cette suprême résis- tance et par l'apparition de ce chef. qui ne procéda pas autrement que le bandit d'outreRhin. cujiis consensui ne orbis (jiiidcm terranini possil obsisterc. Dans il ses heures d'espérance et d'enthousiasme.

Intensité de la commerciale . sites — — La terre. — L'armée gallo-romaine. Le régime municipal.VI L'ÉPOQUE IMPÉRIALE L ETAT ROMAIN Beauté apparente de VEmpire romain. de inestimables services rendus par le Corpus inscriptionum Latinarum. Souveraineté de la tangue et de la littérature latines. autre paix romaine. Mœurs Faiblesse du génie latin. et la soldats barbares et pacifisme des civils. torité. — urbains. son gouveret ses habitudes. — Ce que fut passer l'invasion germanique. — Maintien en son Conseil. la vigne. 1. triomphe du style classique. — Gaule des éléments d'unité. gallo-romaines. — Rome laisse principe d'unité. Ce ne fut pas seulement une nation qui perdit sa liberté pour être la de toute étude sur la Gaule romaine. Il est bon. t. parus à l'ouvrage est en ce Berlin en différentes parties depuis 1888 moment inachevé. culture. romaines. la fois Incorporée à l'Empire romain. source d'audes pays persistance des — Toute-puissance du grand domaine. elle nement et prit les usages de ces maîtres. Elle fut soumise à des maîtres. héritières — vie industrielle et — — — — — « ». — L'Empire en état de siège. de la mythologie. décadence maritime. . XII et XIII. Lyon capitale Amour-propre gallo-romain. — Nouveaux — — Plus de variété dans la : La construction en pierre les villes villes et routes. Victoire La fièvre d'art. relatifs à la Gaule. cités et Les tombeaux de pierre. de villes gauloises. en tète les rappeler . la Gaule transforma à sa vie politique et sa vie morale.

ils prolongent en nous. et ces hommes comprenant tous. tels que seraient les enfants d'un père de famille : historiens et siècles poètes de Rome ont déliré pendant des dans : l'admiration de cette œuvre. 1. ils nous imposent leurs sentiments de vainqueurs. celui de cet l'Italie le soin d'instruire la premier abord. façonnés aux mêmes coutumes. une mentalité de vaincus qui acceptent leurs maîtres et qui les Rome adorent. plus de nations qui s'entre-déchirent. . l'oli- gourmets. et le cerisier. joie de France entière. la joie du Midi. patrie unique et école suprême de cent millions d'hommes '. conquise par César. des familles. et la vigne. car les écrivains de Et nous délirons à leur suite nous ont élevés et élèvent encore notre jeunesse. ce qu'on a appelé « le génie latin » et « la paix romaine ». qui mirent à la surface plus de variété. ses maîtres romains.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. la ciel le travail garantis à la terre. le pêcher. promenades joie d'été. priant les mêmes dieux. province d'un immense État. Gaule lui-même compléta son éducation sous Il dut au nouveau régime des cultures qu'il avait ignorées jusque-là. d'un côté l'éducation et de l'autre 1q gouvernement. Et plutôt plus'quc moins. plus de partis qui se quepaix et loi Au . à deux mille ans de la défaite de nos pères. c'était un spectacle splendide que Empire romain. ce furent cette nation qui entrèrent société civilisée 155 les hommes de comme Romains dans la grande : du monde méditerranéen car Marseille. remit à Gaule. rellent. Plus de rois ennemis. joie des siestes et des joie des vier. et ce que valurent. Voyons la réalité à travers les phrases. parlant une même langue. image du se sous la d'un empereur divin. Ils connurent le platane à la fraîcheur inaltésol Le de la rable. et plus de jouissances au cœur des hommes.

au contraire. et davantage. Je ne dis pas que l'éducation romaine ait détourné les Gaulois de la terre. La vigne fut. gardons-nous de croire que cette conquête en ait provoqué une autre. le sol de la riche que soit le par Gaule. au voisinage des embouchures de fleuves. les pépinières. et non pas à la forêt ou au marécage. à peine inférieure à celle du blé. et ils abandonnèrent la tâche aux moines chrétiens ou aux ouvriers de Sully. l'Artois ses lins et le Quercy ses chanvres. celle de la nature par le cultivateur. était encore abominablement enlaidi par de vastes étendues de marais stériles et funestes il restait un noble travail à faire pour de nouveaux Hercules. les amenèrent à multiplier dans leurs domaines les vergers. les jardins fleuristes. des bords de la Moselle. les serres. elle occupa rapidement les terrains qui lui étaient favorables et engendra aussitôt les vignobles de gloire française ceux du Languedoc autour de Béziers leur capitale. les potagers. plus de vie à assurer aux hommes. Les terrains que soumettent les vignerons sont enlevés à d'autres cultures. C'était pour notre pays une richesse sans limite.13(i DE LA GAULE A LA FRANCE. Ils l'ont. Voilà des siècles que la Brie et la Beauce ont leurs blés. le grand bienfait. don fait à la terre de Gaule conquête romaine. plus de terres à donner au grain. Que la vigne gauloise soit fille des cépages de Marseille ou de ceux de la Campanie (car cette affaire fut surtout aux mains de vignerons grecs). et surtout de ce luxe de table qui fut la frénésie de la civilisation latine. . de façon plus délicate et moins monotone. non point avec plus de force. ceux de la Bourgogne encadrant Beaune. mais avec plus de goût. Mais les : Romains n'y songèrent point. Certes. ceux des coteaux parisiens. Les recherches du bien-être et du luxe. en ce genre. ceux du Rhône aux flancs de la Côte-Rôtie. Il y a beau temps que l'essentiel. : la Champagne manquant Mais. des Graves bordelaises. a été fait par les néolithiques ou les Ligures. la si seule à l'appel. aimée en ce temps-là. et c'était pour ses habitants un motif de plus d'aimer la vie que leur faisait la terre.

la . Il n'y eut pas de groupement social. et l'on puisa sans arrêt dans gile couches d'ar- de l'Auvergne. 1. des plomb et de fer. de fait politique. il se couvrit d'édifices attachés le sol comme le rocher. poussa de partout.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. cela va sans dire. durs la terre i gaire. s'ouvrit à une vie plus profonde. Les Vases céramiques ornés de Gaule romaine (1901. de plaisir vulà lui. elle était capable de les faire durer éternellement. réservé aux habitations et aux marches humaines changea brusquement d'aspect. Sondé et creusé en tout sens par les prospecteurs de mines et de carrières. de France reçut ainsi la plus gaie si de ses parures. 157 : par la grefYc. Picard). roses et de violettes. Il prit l'apparence que nous lui voyons aujourd'hui. de son côté. Une végétation de murailles en pierre. et même d'espérance morale. du Rouergue ou du Gévaudan K Les : la brique et de la pierre de taille étaient venus Gaule montra que. et. Voyez le travail de Déclielette. en ciment. dans assises les de marbres pyrénéens. de fruits et de fleurs. en brique. plus que pays au monde. couvrit. que quelques faits. i Afin d'orner le sol se les tables des vivants et les des morts. On eût dit que la vie humaine. ce qui lui restait d'or et de cuivre. Paris. de pensée religieuse. à y produire toutes les espèces possibles de légumes. qui ne se traduisît par un édifice bâti et immuable. qui ne devait plus s'interrompre. les plus connus ou les plus caractéristiques. et de dresser des villes aussi drues que ses moissons. Je ne cite. temps de la Par suite de cet appel forcené à la pierre et à l'argile. et qui semblaient continuer dont ils sortaient. et la tombes \ aux abords des demeures. il livra ce qu'on sut en tirer d'argent. Mais qui sait la Marseille n'avait pas été première à la tisser sur la terre de Gaule? Le sous-sol. le forçage ou l'hybridation. et l'on \ commença de la ' à tailler largement dans les bancs de calcaire les Saintonge ou du Jura.

à l'occasion du Congrès de l'Assoc. t. Lyon.. 1901. Castan Besançon et ses environs.. Citons ici les meilleures monographies de villes gallo-romaines : Harold de Fonlenay. Paris. çà et là. Ces mêmes principes de construction. basiliques et curies pour les séances des magistrats du sénat. Clermont gallo-romain. Constans. 1910. la ville moderne n'offre aucun élément que n'ait réalisé la ville romaine. Picard. de maisons. s'agiter au delà même de la mort. ces mêmes ensembles de pierre. Dejussieu. théâtres. bordées de trottoirs et droits. Lausanne. taines K et le les eaux pures des sources loin- A part la lumière qui éclaire et qui réchauffe. I. fil porteur de paroles. Association Pro Auentico . 3''. 5 vol. Allmer. Paris. Paris à l'époque (jallo-romaine. qui. Clermont. et un système de canaux ces rues et de ces édifices. éd. Mont-Louis De Pachtere. 1912. de Boccard. et. entou- rées de portiques. nouv.15» DE LA GAULE A LA FRANCE. Aulun. dans Allmer et Dissard. ces mêmes attitudes de la vie sociale. 1919. formant un réseau de chemins coupés à angles aux contours réguliers. Aguœ Sextiœ. ornés de statues. pour rAvancement des Sciences). qui leur amènent. Fr. cirques. Dragon. 1921. Audollent. La Civilisation romaine (à Nîmes). Aix. Jacquin. des places centrales. 1. bénéficiaire de tous les architectes du monde antique -. Blanchet. dans Mélanges littéraires publiés par la Faculté des Lettres. amphithéâtres et thermes pour l'amuse- ment de tout monde. Recherches sur les aqueducs et cloaques de la Gaule romaine. en un conduit souterrain ou sur les arcades d'un aqueduc. Musée de Lyon. 1889. publication municipale. elles aussi. Secretan. de hauts et larges monuments précédés de colonnades. 1908. Paris. 1916. dans Nîmes et le Gard. au travers ou au-dessous de un système d'égouts qui les débarrassent des matières usées. 2. ressemblèrent aux nôtres chaussées rectilignes. Clerc. Inscriptions antiques. . ne pouvait plus dans un cadre de pierre. Autun et ses monuments. Delaroche. 1888-1893. couronnés de frontons et dominant en souverains le peuple des maisons le culte humaines tassées à et leurs pieds : temples pour des dieux. que On construisit des villes qui. 1912 (Nîmes. Arles antique. arcs de triomphe pour le glorifier l'histoire.. Mazauric. se retrouvent dans de simples bourgades. Besançon. Aventicum. : somme toute. .éd.

le plus souvent. celles-ci à surface très mince et nécessitant sans cesse des chargements ou une réfection. leurs aqueducs et leurs édifices publies^. ces villas. « Là où trouve ces ». la il et d'eau chaude. qui a su franchir marécages sur pilotis. ni leur allure. Mais qu'on ne s'y trompe pas. ces villages. routes de pierre qui sont les témoins de la voie latine. survécu jusqu'à nous. et 2. déjà la route de la Gaule indé- pendante. . Abry). 1. Là où qu'une surface fragile. et également décorées de portiques. Annecj'. par Marteaux Le Roux (1913. on enfonça sous terre une muraille compacte de blocs. dans villas. C'est et la première. pourvues d'eau froide des sanctuaires. elles aussi en pierre et en brique. que les héritières enrichies des fermes. à un chemin de ronde sur la courtine d'un rempart -. 159 ont leurs rues. de cailloux. chemins ferrés ces levées ». et la voie romaine fut alors pareille. dans les marchés sacrés de la campagne. là passait elle. de ciment. les ont leurs théâtres. elle qui a tracé pour guider les marches humaines. et un modèle du genre. La grandeur romaine a procuré à nos routes de Gaule un vêtement de pierre presque inusable : Rome ces « ne leur je a indiqué « ni leur direction «. leurs thermes et leurs temples. qui. profonde parfois d'un mètre. les sillons nécessaires De même. La monogi'aphie de Boulse.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Et c'est pour cela qu'elle a. ne sont. aussi stable dans sa masse de pierre du sous-sol cjue les arcades des arènes au-dessus du pavé des villes. et pjarées Il comme la loi n'était pas jusqu'aux routes à quoi maçonnerie n'y avait eu ne s'imposât comme du temps. eux aussi. en tant d'endroits. Ceci est la grande différence entre la route romaine et nos routes contemporaines. ces villes de la Gaule romaine. est le travail le plus fouillé que nous possédions sur un viens de Gaule. Les Fins il' Annecy. en solidité et en résistance. qui a su gravir les les montagnes par des pentes continues. des bourgades et des forteresses de la liberté.

capitale romaine des Éduens. Vienne. Mais on a vu que Gaulois eux- mêmes. quelques-uns de ces lieux bâtis doivent aux habitudes des âges nouveaux. imaginée de toutes pièces : recevoir les habitants d'une ville antérieure. avant par fit l'arrivée de César. édifiées sur des coteaux qui n'avaient reçu jusque-là que on les des villageois au labour ou des dévots en prière a construites pour remplacer Bibracte et Gergovie. capitale romaine des Arverncs. et qui n'était pas très loin de là. Au reste. Sans doute. La Gaule romaine a suscité des villes d'eaux magnifiques. elle les Gaulois et leurs aïeux ont aimé de la Cité. Luchon.160 DE LA GAULE A LA FRANCE. dieux et magistrats en tête c'était le déplace- ment non pas la fondation d'un foyer municipal. devient le lieu de séjour de leur aris- n'existe l'île que parce que tocratie. et cent autres mais la Gaule indépendante n'ignora les mérites tière coloniale : . Ils se transportèrent dans leurs nouveaux : domiciles. et Les hommes de villas de villages ou de vieilles comme les rudes repaires de hauteur où de villes. Néris. sous un gères. ont quitté les malheurs des temps et de le pratiques avaient logé leurs aïeux. aux temples et aux thermes de marbre. Aix-en-Savoie. et l'habitation se humaine familiarisa chaque jour davantage avec les coteau ou la plaine. Narbonne a été le siège d'un puissant royaume. s'étaient sentis attirés les terres et les routes d'en bas. et la loi de Rome ne que les inviter à s'en rapprocher plus vite. Lutèce a beau couvrir de superbes édifices et 1 à la mode latine sa pieuse colline de la rive gauche. juchées l'existence à la fortune ou : trop haut. après avoir été le port des marchands allobroges. sont des villes entièrement neuves. Rien ne nous dit que Trêves ne soit pas l'héridu lieu sacré ou du marché central des Trévires. Glermont. combien de villes romaines ne sont que les avatars de résidences celtiques ou ligures Avant d'être la colonie capitale du Midi. Luxeuil. aucune de ces villes n'est une création franchement origielles furent tracées pour nale. Vichy. Autun. et d'autres encore. ciel inclément. loin des routes passaces villes. A côté.

— De la Gaulo à la France. Tellement il est vrai de dire que les Romains furent plus souvent les sectateurs du passé que les prophètes de l'avenir 1 siques Pour venir plus tard que les vivants aux habitudes clasdu Midi. dans le bas. Paris. ils Mais tous étaient de pierre ou de marbre. à l'oinbre de ces même Fontaine. la Société royale d'Archéologie de Bruxelles. 1908. et cette région devait un jour produire les plus riches ateliers de labeur citadin que la Gaule ait jamais possédés dans ses frontières. un travail de premier ordre que celui de Fr Comment la Belgique fut romaniséc. aussi complètement. s'en éleva de dimensions et de formes infinies. les Eux comme les encore. A tombe le 11 sans nom et sans figure. ils voulurent la avoir leurs demeures de pierre. éternelles et connues de tous. comme aux les dieux. 1914 (Annales de 1. t. Aix. Béziers. XXVIII). Narbonne. . Jui-LUN. une abondante floraison de colonies romaines ou latines. La Gaule thermale. mêmes collines et au contact divin de cette On vit alors. comme grands ou la plèbe. les morts de la Gaule finirent par les accepter magistrats. Arles. lignes droites surgis- sant de la terre. au contraire. aucune ville n'apparut à l'époque romaine"-. C'est Cumont. pour rappeler davantage le défunt aux êtres qui Bonnard. c'est pour demeurer à quelques pas de là. le long de la Méditerranée et du Rhône. H . et protection de dieux au elles 161 nom celtique sourdent toujours sous la '. image ou inscription et d'ordinaire ils bordaient les grandes routes. Orange. Pion. à demi invisible. succéda monument stèle funéraire en façon de temple ou de statue. Avignon. En Flandre. Si les habitants de Nîmes ont quitté les « monts » d'où jaillit leur Fontaine.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Nîmes. depuis la portaient haute d'une coudée jusqu'au mausolée de cent pieds. d'aucune de ces eaux. 2. Vienne mais c'est que les hommes de ces pays : s'étaient de longue date façonnés à la vie municipale. où la population gauloise ne s'était groupée qu'en hameaux ou en fermes.

plus septentrionale et la plus célèbre est « la pile » de Cinq-Mars près de Toui's. sont des œuvres de souvenir imposées par ses morts à la terre de Gaule. la Pennelleprèsde Marseille. 2. Du môme genre. Ses habi- tants connurent alors en leur intensité cette production commerciale qui laissaient indifcar les terres d'une cité suffisaient jadis à la faire vivre. La . « piles » ^ et « pyramides » ^. il se fonde des manufactures aux ambitions universelles. autant que elle survivaient. Le travail et le rôle de la matière grandissaient chaque jour dans cette vie internationale que représentait l'EmIl ouvrait aux besoins nouveaux ou aux du monde entier les richesses de chacune des provinces de ce monde. et le grand seigneur trouvait sur son domaine de quoi satisfaire aux nécessités courantes. Grâce au prestige de la pierre que l'on taille et de l'édifice que l'on dresse. à Autun (pyramide dite « pierre de Couard »). et fer même pour ses armes. et les plus étranges ou les plus fières des ruines de la Gaule romaine. ses ouvriers ne travaillaient que pour quelques-uns. porcs et gibier pour sa nourriture. blé. La mort. mais il y en a bien d'autres. laine. tout objet fabriqué hors de la Gaule fut aussitôt souhaité par industrielle. Tourmagne de Nîmes.162 DE LA GAULE A LA FRANCE. tout objet fabriqué par la pire romain. des maisons de commerce aux velléités impéférents les Gaulois de l'ancien régime : Le mot est répandu surtout dans l'Ouest et le Sud-Ouest. désirs futiles Gaule fut aussitôt souhaité par l'univers. cette activité elle. chanvre et lin pour ses vêtements. bois pour ses bâtisses et ses meubles. argile pour ses poteries. Maintenant. marqua le sol à son empreinte. mausolées de Saint-Remy et des Trévires. î. y planta des bâtisses indéracinables. la mort a repris sur cette terre l'empire que lui avait donné la roche brute au temps des menhirs et des dolmens. la vie. En Pi'ovence (pyramide de Fourrières).

Des bronziers de Flandre ou de Hainaut expédient leurs fibules en Allemagne et jusqu'en Asie. et par moments une ruée formidable. et exportent bien au delà de ses frontières.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Des corporations de batellerie ou de camionnage se chargèrent de les exploiter. 1913. riales. de Langres ou les matelas de Quercy. Voyez l'ouvrage capital de Morin-Jean. l'absinthe vermifuge de Saintonge car la production agricole elle-même s'organisa de Besançon. Un maître verrier de Normandie avait des succursales qui faisaient ressembler sa firme à l'administration d'une province^. ses successeurs impériaux ne l'ont point remplacée. ce ne fut pas. Les commissionnaires d'Italie achetaient en gros les lainages d'Artois. Les petits ports de la Méditerranée. Paris. . Toutefois. Boulogne commandait au Détroit. cette ardeur. les jambons de Flandre ou de Franche-Comté. Ce fut. sous cet Empire dont rien n'entravait la puissance. Celle des « nautes de la les cité le de Paris » fut maîtresse de la Saône étaient les armateurs maritimes à Arles. Laurens. Celle-ci et Narbonne dominaient sur la mer du Sud. dans la vie maritime. 1C3 Les céramistes d'Auvergne. de Roucrgue. travaillent pour toute la Gaule. de Hainaut. de la Manche. sur les rivières et les routes. Ce même César a détruit la flotte gauloise du Morbihan. On eût dit que les chefs de Rome avaient organisé en leur faveur le monopole des routes de la mer un grand empire préférera toujours centraliser le travail plutôt que multiplier les énergies. Marseille a perdu toute activité maritime depuis que César lui a ravi la liberté. et Seine et de ses affluents. de Gévau- dan. : en façon industrielle. et la Rhône partagés entre nautes fluviaux à Lyon et : 1. une presse. cet entrain qu'on eût pu espérer en cette Gaule si bien faite pour la mer. La Verrerie en Gaule sous l'Empire romain. L'initiative commerciale se concentrait dans ces trois ports d'Arles. de l'Atlantique. de Narbonne et de Boulogne. sont réduits à d'humbles besognes de cabotage et de pêche.

Paris. régulateur du monde habité et arbitre des hommes. le père du peuple. Je rappelle la visite au IMusée de Saint-Germain. les ailes aux talons et au pétase. pour l'architecture ou l'archéologie monumentale. car en réalité Je ne devrais i)as dire frappés à mort les dieux gaulois subirent une métamorphose plutôt qu'ils ne disparurent. Taran en Jupiter. 1917 et 1921. et d'une manière générale pour tout ce qui concerne l'arcliéologie figurée et l'archéologie domestique de Ja Gaule romaine. et c'est celui-ci qu'on adora partout dans la Gaule. en son allure de dieu aimable et frivole. plus enclins à rabaisser qu'à rehausser leurs à ne plus songer qu'au Mercure de la fable. les peuples. costumes et emblèmes par à ceux des dieux du dehors qui leur ressemblaient comme 1. ne peux admirer ceux qui les remplacèrent. Ces Rome d'une . Ministère de l'Instruction (7 vol. et s'il fut d'abord le Mercure ou l'Hermès de l'antique tradition hellénique. pour l'invisible Teutatès. l'un après l'autre. et tous les dieux indigènes. être de sagesse et Les dieux gaulois et je : d'intelligence. nous avons des recueils de première utilité : Espérandieu. Leroux et Musées). en arrivèrent les mythes de ses conquérants! Les autres divinités gauloises perdirent moins à leurs nouveaux aspects. Bélénus se transforma en Apollon. et le hochet du caducée à la main. furent frappés à mort. Il nous manque un recueil similaire à celui d'Espérandieu.1C4 DE LA GAULE A LA FRANCE. se changea en Mercure. que ce dernier avatar infligé dieux. prirent noms. Reinach. .. Paris. Ésus en Mars. l'Armorique végète le long de ses rivages forces vives de la France ont été frappées par longue stérilité. admirablement disposé pour l'intelligence du passé. inutiles. eux aussi. Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine depuis 1907. \ '. roi de la Gaule. parus publique). Pour tout ce qui suit. Catalogue illustré du Musée des Antiquités nationales au Château de Saint-Germain (2 vol. Tentâtes. si belles que soient les formes dont les artistes les ont revêtus. Quelle déchéance.

et leur emprunter tantôt des noms et tantôt bien des ruisseaux s'appelèrent des Apollons ou des Mars. Les cultes locaux eux-mêmes. avec cette mère et cette reine. cjui arriva dans la Gaule au temps des Antonins. et les Gaulois si bien. Bacchus et sa Phaéton et son char. jusqu'au jour où se rapprochèrent toutes de Cybèle. la Grande Mère des dieux et des hommes. le de la Terre qui reprenait ses droits sentirent sur le sol et sur les humains. tenant des nourrissons sur les genoux. Léda et son cygne. limpides et sautillantes.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. Tout ce que les Anciens avaient raconté sur leurs dieux. l'antique divinité c'était. devinrent . c'était autre chose et du monde gréco-romain. panthère. et de gaies fontaines. se travestirent en lourdes Cybèles. 165 Les déesses s'habillèrent en Victoires. Prométhée et son vautour. Mais cette fois. au puy de Dôme. et même ces sources qui d'ailleurs demeuraient les plus chères des puissances divines. Des statues de Mercure se dressèrent sur les sommets. copies informes des banales images que l'industrie religieuse de l'Empire fabriquait à foison pour les étalages des boutiques et les bancs des marchés au voisinage des sanctuaires. à Montmartre. à défaut des dieux qui s'abandonnaient. grands ou médiocres. La mythologie classique n'en recouvrait pas moins la Gaule entière de ses images et de ses fables. mieux que les banales idoles sous un nom étranger. fut révélé aux Gaulois et accepté de leur foi naïve ou de leurs âmes surprises. Hercule et ses douze travaux. mais à son tour la spirale ou le serpent linéaire disparut devant le triomphe du foudre ou du caducée. des frères. en Junons ou en Dianes. En vain les emblèmes mystiques chers aux aïeux essayèrent de lutter. Ganymède des figures : et son aigle. depuis Homère en son Iliade et Ovide en ses Métamorphoses. en elles Minerves. au Donon. et mille autres histoires de ce genre. durent pactiser avec les plus grands dieux de l'Olympe méditerranéen. que beaucoup en oublièrent aussitôt Mercure et Jupiter.

Icare et Dédale tombant du ciel. dont on éduqua les la matière et regards des foules. pour offrir un passe-temps entre deux services. leurs yeux contemplaient. Paris juge de beauté entre trois déesses. en pierre ou en chair. jeunes vieux. On eut des mosaïques . et je suppose plutôt qu'ils ne voyaient là qu'aventures merveilleuses. en ces tableaux vivants dont s'éjouissait le populaire dans ces mille théâtres qui se construisirent sur le sol des cités. sur les mosaïques qui ornaient les grandes salles des thermes publics et les chambres d'apparat des villas seigneuriales. misérables et lettrés. Les épisodes de la guerre de Troie se déroulèrent en reliefs d'une vie saisissante sur les flancs des vases d'argent exposés dans les sanctuaires. des Niobides massacrés par Apollon. la Gaule s'initiait aux beautés de l'art. qu'elle avait ignorées jusque-là.166 DE LA GAULE A LA FRANCE. Et je ne trouve pas que la conversion de la Gaule à l'anthropomorphisme païen. et encore. légères ou pathétiques. ait marqué pour elle un progrès moral. chose comme larise Il est vrai que quelques-unes de ces figures et de ces scènes étaient des chefs-d'œuvre. On les représenta même en action. et toujours. Aux jours de frairie qui assemblaient à Soissons ou à Champlieu les laboureurs et les bûcherons de l'Ile-de-France. les inévitables amours de Léda. dieux en images et religion en féeries. leur beauté poétique ou leur sens mystérieux? J'en doute. quelque ces mélodrames ou ces acrobaties que popude nos jours la vogue du cinéma. On les vit reproduites sur la vaisselle de table. Comprenaient-ils vraiment ce que signifiaient ces mythes. sur les riches vases d'argent qu'on vouait aux dieux secourables et qu'ils conservaient dans les trésors de leurs temples. Elle put admirer les corps des Vénus ou des Athlètes aux pourtours de ses théâtres ou dans les salles de ses thermes. et qu'en se convertissant à cette religion nouvelle.

leur épouse et leurs enfants à leurs côtés. le capuchon rejeté sur le dos.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. le charretier conduisant sa charrette. et ses piles d'étoffes. De la religion. le forgeron d'Autun. le bœuf qui laboure. le le les drapier derrière sa banque changeur avec sa sébile pleine de pièces. le porc que l'on sacrifie. la fièvre d'art se propagea par toute la Gaule. portraits de citoyens méritants ou de propriétaires vaniteux. en bons pères de famille. la tunique tombant sur les genoux. datant des abords de l'an 200. De même qu'on représentait les batailles des héros et les amours des plus prosaïques. fût-ce de travail ou de marché. L'homme à son tour voulut son image. La Maison Carrée de Nîmes déploya le les grâces élégantes de sa façade. le batelier transportant des barriques. et. artistes grecs appelés à grands frais ou artistes indigènes nourris de leurs leçons. et ses arcades. qui n'eussent souhaité ou obtenu leurs figures sur leurs tombes. depuis Nice fille de Marseille et déjà reine sur la Côte d'Azur. on en vint à décrire par la pierre les occupations de l'existence humaine. Le boutiquier de Sens. Pont du Gard l'harmonieuse simplicité de Œuvres anciennes achetées au les delà des Alpes par de riches amateurs. Le plus célèbre et le plus intact des mausolées à figures de genre. telle que l'avait le dieu. ayant à la main le coffret du maître de maison. est le mausolée d'Igel. Des bustes ou des statues de vivants peuplèrent les places publiques ou les maisons de campagne. . jusqu'à Tongres. cette fièvre pénétra tous les replis des âmes humaines. près de Trêves. à scènes de la vie réelle (mais mêlées de scènes mythologiques). même des plus humbles. œuvres récentes façonnées sur place pour orner forums des villes ou les salles des villas. qui l'avait importée. et il se trouva bien peu de morts. 1G7 OÙ les animaux de la fable ou les combats de l'arène apparurent avec les couleurs de la réalité. scènes dieux. le viticulteur de Trêves *. le commerçant de Bordeaux. se montrèrent sur leurs mausolées en ressemblance absolue. Et nos musées de France sont aujourd'hui 1. perdue dans ses broussailles et ses marécages à la lisière de la Germanie.

étouffée par les progrès continus de l'art mythologique. Et aussi^ aux derniers temps de sa décadence. la Cette fois. Mais par là même les images de cet art gagnaient en vogue ce qu'elles perdaient en mérite. elles viennent de notre sol. elles nous rappellent des pensées et des tâches qui ressemblent aux nôtres. il Cet art ne vivait plus que des conventions de l'école. sont vivantes. Rome assura l'éducation par l'écriture et les belles-lettres. La Gaule. en quatre siècles. au contraire. et tout autrement que devant Vénus d'Arles ou l'Athlète de Vaison. Le malheur est que cette note s'effaça très vite. elle conserva . Voilà enfin. une expression nouvelle de notre vie nationale. de Rome. je m'arrête devant ces œuvres avec un réel plaisir. Il était si commode pour la paresse et la routine humaines! La reproduction de la vie réelle. poème de leur vie. et de copie en copie il n'aboutissait qu'à de misérables plagiats. délaissa l'usage de ses idiomes nationaux. elles nous présentent des hommes loi sous la qui peut-être furent nos aïeux. exige l'effort de l'observation et le souci de la vérité. au moins. l'art religieux des Gréco-Romains réussit à mettre fin aux tentatives personnelles et fécondes des artistes de la Gaule. n'inventait plus rien en attitudes héroïques ou en phy- sionomies divines. et si Veskuara : dut évacuer les basses terres de la Gascogne.168 DE LA GAULE A LA FRANCE. A côté de l'éducation par l'art et par l'image. Il m'est indifférent qu'elles soient moins belles. les Aquitains furent réfractaires à la langue des vainqueurs. une note originale. elle avait disparu. gaulois ou ligures seuls. elles nous apportent des sensations de notre passé. Elles. Moins de trois siècles après la conquête. sa valeur diminuait de jour en jour. de ces bas-reliefs qui racontent le les jours et les ouvrages » du travail de la Gaule. « remplis de ces portraits de bourgeois ou d'artisans.

enfin. les dieux de la Gaule devenant romains. Virgile en voulant l'imiter. Il sortit de ces écoles des avocats qui eurent leurs heures de célébrité et se firent applaudir à Rome même. Narbonnc. des garnisons. et aussi ces inscriptions en majestueux caractères dont on décora les frontons des temples. avant d'être la ville de Clémence Isaure. qui s'empressa de faire la cour à ses maîtres. surexcités par les salaires qu'ils attendaient des préceptorats aristocratiques ou de l'enseignement public dans les villes. par celle. sortis de Grèce ou d'Italie ou formés spontanément dans les milieux indigènes. Bordeaux. mérita d'être appelée « la cité de Pallas et ».L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. ICO un inviolable refuge dans les landes et les vallons du Pays Basque. installés en directeurs de . plus visité des empereurs. par l'influence des colons militaires. Toulouse. les socles des statues et les parois des tombeaux. et des philosophes. c'est en était la seule langue la lin qu'il fallut les prier. Partout ailleurs le latin s'imposa. on récita des vers : de Lucain. et je me demande si ce ne fut pas pour faire oublier un antique collège des Druides. Arles. des lois et des usages publics : car le latin admise pour les actes de l'État et des cités. L'école eut la mission de discipliner ces bonnes volontés. Le Midi. fut plus riche en villes et en colons. il en sortit aussi des poètes qui copièrent tôt. Une nuée de maîtres se répandirent sur la Gaule. des marchands et des gagné plus vite aux lettres latines: et j'entends par lettres la connaissance des poètes et des orateurs de Rome. furent envahis par une population d'écoliors. les offrandes aux dieux. curieuse et passionnée. Bélénus devenant Apollon et Teutatès Mercure. des immigrants et des marchands italiens. et Toulouse. et. Mais les grands seigneurs du Nord ne tardèrent pas à se modeler sur les riches bourgeois du Midi dans les fastueuses villas penchées sur les coteaux de la Moselle ou dans les manoirs perdus au fond des Ardennes. Nîmes. Les Éduens instituèrent une université à Autun. par celle de l'aristocratie indigène. soumis plus touristes.

le jour où elle s'était déclarée l'amie de Rome: accepté car aucun peuple ne réussit à faire sa part à l'amitié de Rome. Des rhéteurs ou des conférenciers qui ne songent qu'à faire de l'esprit avec la science de leurs devanciers. obsédante monotone. de devenir l'éducatrice de l'Occident. semble n'être plus qu'une empreinte de formes et de moules toujours les mêmes. la misère de sa destinée l'emporta. à l'intelligence éveillée et souple. eussent employé les leçons de leurs et : maîtres à rendre des idées et des spectacles de chez eux! . fut chez elle les elle se réfugia dans l'étude d'Homère et le culte des lettres grecques.170 DE LA GAULE A LA FRANCE. cette destinée qu'elle s'était faite à elle-même. Puis. Mais il n'avait plus en Gaule qu'une situation égale à celle qu'on lui avait faite à Rome. En lâtre hellénique vain s'efîorça-t-elle de maintenir son rôle d'écoà demi persécutée sur cette mer qui : avait été sienne. tout au contraire. Gomme je préférerais que ces Gaulois. Le grec n'était point exclu de cet enseignement. c'était pour se préparer à la latinité et triomphante. aux leçons du Portique ou de l'Académie les âmes des petits-fils des derniers vergobrets gaulois. des métaphores mythologiques consacrées par des siècles d'écriture. ouvrirent Grèce. si quelques étudiants le y venaient le encore. l'éterla littérature. et dans leurs contours sans netteté ou leurs dessins sans vigueur. chez les écrivains gaulois. ces vases de céramistes. Le non pas grec. nelle obéissance aux préceptes de l'école comme l'art. C'en était fini avec cette ambition que Marseille avait pu concevoir. donnera chanvre »). comme l'industrie. ces figurines de statuaires. C'est cette latinité que nous retrouverons. et pendant quelque temps ce et Italiens puisèrent que Gaulois aux sources plus pures de la pensée antique. et de le gagner à la conscience. montrent également que les formes et les moules ont fini par s'user à force de servir. Et deux les siècles après César. ces œuvres de poètes. des poètes qui ne savent s'exprimer qu'à l'aide de réminiscences. Marseille avait : dieux et la langue d'Italie latin. lui « nom de sa Cannebière (de cannabis.

mais pour nourrifamille les unissaient ' . peut-être même antérieure à cette époque. même pas de transcrire. d'une mort Oublieux les sans descendance. fils Gaulois s'imaginèrent étaient les de l'Hercule de la fable. assez belle. Je ci'ois la légende bien plus ancienne que le Moyen Age. qu'ils traîtres à leur passé. promenades et jeux d'oisifs dans les thermes. de leur propre histoire. une nouvelle et ample moisson de drames vivants. mystères mythologiques. de strophes émues. et je me demande si la fidélité extraordinaire et presque mystique des Rèmes à f alliance romaine n'est pas en paille la conséquence de cette légende.*. et partout. les plaisirs tableaux vivants. poèmes des Druides et les chants des bardes. aux héros de la que Rémus avait fondé la nation des Rèmes et Ils voulurent avoir la louve romaine. datant au moins de l'époque romaine.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. non plus seulement pour souveraine de leur vie présente. courses de chars dans les cirques des métropoles de provinces. : ils empruntèrent les jeux. De Rome et les vices enfin. baignades en commun. cière de leurs aïeux. rien ne délecta plus la plèbe ou les riches que les prouesses sanglantes de la gladiaturc. pour fournir à de paysages pittoresques. . Leur histoire était 171 leur nature était assez langue latine. Mais nul de ces catéchumènes des lettres classiques ne songea à modeler avec elles les souvenirs de son passé ou L'idée ne leur vint d'imiter les et ces les images de ses regards. combats de gladiateurs ou exécutions judiciaires dans tales les amphithéâtres des capide cités. et à Paris comme à Rom. sous l'inspiration d'une âme gauloise. oeuvres moururent d'une double mort. la riche. on s'amu^^a à Paris à l'instar de Rome. mimes et pantomimes sur les théâtres innombrables des villes et des lieux de foire. que des liens de Grèce et de Rome. d'épopées superbes. de traduire. On me dira qu'un combat de gladiateurs n'était pas 1.

qu'on ne fasse pas de la France l'élève et l'héritière de ce génie. La victime du dieu. Leur arrivée ne modifia pas davantage l'humeur native des hommes. Nos aïeux tels seront les : parle du caractère transmis à y a deux mille ans avaient reçu leur part nécessaire de qualités et de défauts. ils le nature et le tempé- qu'ils étaient comme sont restés : quelques dizaines de milliers de colons militaires à Fréjus. Tels étaient les Gaulois conquis par César. il est vrai. Elle est autre chose. finirent par mouvement de l'ambiance. en tout cas. à Béziers. était Qu'on ne me parle plus du « génie latin ». à Narbonne. les colons romains de Lyon. mourait malgré elle le et gladiateur était libre. à Lyon. à Orange. dans les foires ou dans les villes. s'adapter au . et nous leur ressemblons. quelques centaines de milliers d'immigrants italiens ou grecs sur les routes. Gallo-Romains conquis par Clovis je la naissance. à la mort et au meurtre que de distraire ses Le monde en droit de demander d'autres leçons à ses maîtres romains. cela ne suffit pas pour changer le sang de trente millions d'habitants. Ce sang absorba celui des nouveaux venus. Les colons grecs de Marseille. Je pouvait : n'en suis point sûr. Mettez aujourd'hui un enfant de Saintonge dans une école de Marseille. et ce fut tout. être innocente. et pouvait choisir les un autre genre : de vie ou de mort. et. et elle vaut mieux. la Le génie latin n'a pas transformé rament des hommes de Gaule.17_' DE LA a ALLE A LA FRANCE. d'il loin de troubler l'esprit de leurs hôtes gaulois. je ne parle pas des manières dont l'éducation l'enveloppe. Mais n'en faisaient pas spectateurs de ces sacrifices distraction et de joie un motif de et la multitude entassée dans les arènes ne demandait loisirs. à Arles. Ce race. si plus barbare que ces sacrifices humains jadis cliers aux Gaulois et interdits depuis par la loi de Rome.

inconstant. et ce fut dans leur vie poli- tique et sociale. au moment de qui : sa défaite. Notre droit a emprunté à la législation romaine des principes généraux que les Gaulois partageaient avec tous les fils des de notre droit et les clartés Européens. Gaulois. demeura un être ardent. resté sur la terre et au et jamais milieu des siens. où la poésie chantera Charlemagne et Roland non plus Hercule ou César. ce qu'elle conserva Voyons du passé. Là encore. ornement et force d'une petite patrie. et la France n'a gardé la langue latine qu'à de la mettre à son allure propre. qu'il 173 tienne ensuite boutique à la Gannebière ou à la Grand'Rue. seront consacrées par leurs fils à présenter et à proclamer la vie nationale. l'aceent et l'imagination du cru. mais les lettres et l'art de la Gaule n'auront une valeur que le jour où ils ne seront plus inspirés par le génie latin. La Gaule. Nous avons vu ce que Rome enseigna de nouveau. prime-sautier. et ce fut dans la vie matérielle et morale des peuples. enseignées à nos ancêtres par les hommes du Midi. qu'il discipliné. le mal se mêle abondamment au bien. tenace.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. évoluait vers ce imposa peu à peu sa loi au monde méditerranéen une ville chef-lieu de cité. loyal et crédule. formaliste et ne ressembla fourbe plus traditions demi. comme Rome du Latium régime municipal . Besançon par exemple capitale et citadelle des Séquanes. les N'attribuons pas au génie de ce Latin de notre langue. Ainsi fera la France de ce que Rome lui a apporté de meilleur. Elle conservera le goût des lettres écrites et des œuvres d'art. il au Latin. Même après quatre siè- de loi romaine. cles ou lui ou le ses fils prendront les gestes. la condition où et l'art bâtira des églises romanes et non plus des amphi- théâtres. et où ces formes de la pensée.

dans cette Gaule romaine. le passé continuait. retenaient intacts leur nom traditionnel. la pour y vivre la joyeuse vie. Lutèce finit par s'appeler Paris. courager A cela l'Empire ne cessa d'enbornant à retirer aux chefs des et la souveraineté politique. et le Médoc n'est autre qu'un canton rural de cité gallo-romaine. au temps de César. les antiques cantons des tribus fixité (pagi) le persistaient en une presque hiératique. que de petits « pays » à l'indestructible vitalité Pour un habitant du Médoc. tel fut respecté par les empereurs. auxquelles ces villes commandaient. entre la Gironde et la mer. les Gaulois. dans ce décor nouveau. Mais. mais un lieu de joie. et c'est pour cela d'hui qu'il s'appelle encore aujour- mot. se OU Athènes de l'Attique. l'Auvergne. et qu'il s'y donnait des fêtes magnifiques? Les seigneurs du Dauphinéallobroge avaient quitté leurs rudes manoirs de la montagne pour se bâtir « des hôtels sur les bords riants du Rhône. ses arènes aux gradins innombrables. que le nom de la peuplade ou de la cité soit passé à la ville qui lui servait de chef-lieu. Il est maintes fois arrivé. à Vienne belle ». et ce canton n'était autre qu'une tribu ligure. depuis qu'elle avait sur la colline de la Seine ses thermes aux colonnes de marbre. cités leurs titres indigènes j Par la la force des choses. I nouvelle parure de temples et de monuments non plus seulement un centre d'administration. et dans ce territoire.174 DE LA GAULE A LA FRANCE. une résidence rêvée. leurs et limites. Et au dedans de ces grandes provinces. il a son patois. ville arrivait à la suprématie sur les hommes. le Médoc est vraiment une patrie campagnarde on l'aime comme telle. celle des Medulli. ses habitudes et ses joies propres. prolongeant ainsi une existence près de trois fois millénaire. Sa faisait d'elle. I : du même . par les progrès du bien-être. Les peuplades ou « cités gauloises «. déjà vieille. son accent. d'un millier d'années. leur territoire rural. Tel domaine des Arvernes il avait été soumis par César. Quel est le Parisien de l'Hurepoix ou de la plaine Saint-Denis qui n'eût reconnu en Lutèce sa capitale.

n'eurent qu'à accepter. à défaut de l'ancienne aristocratie. celui des Parisiens. ne montre aujourd'hui en des formes plus nettes et des noms plus tenaces. l'envoi de colons. ses habitants et ses édifices retenaient pieusement. ainsi que tant de maîtres absolus. : instant la diffusion de la richesse mobilière et de la petite propriété. figurer l'Empire C'est une sottise que de se romain comme une ce propos vaste société démocratique. en un mot nait son toujours respecté et vivant. Ceux-là désormais comptèrent. en avoir une toute neuve. provoquèrent un la talistes. les Bituriges du Berry imposèrent Avaricum. les cadres et les titres de sa plus lointaine histoire. Puis le progrès s'arrêta. hors la patrie française. mais nulle autorité. et de rappeler à tion française. l'éveil de l'industrie. où la dispersion de la fortune aurait mis plus d'égahté. plus de regret de la liberté et un sentiment plus juste de la valeur des hommes. l'avènement des professions libérales.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. les Piétons du Poitou servirent à dénommer Poitiers. dont elle était la capitale. Nulle patrie au monde. et bien d'autres ont fait leur vocable à de même. la trace et le souvenir de ces nations qui avaient fait la grandeur du passé gaulois. par là notre sol. en Gaule et partout. a désiré s'entourer d'une noblesse. prédominance des grands propriétaires et des gros capiLa plèbe pouvait gronder dans les arènes cela lui valait plus de pain et plus de jeux. L'organisation sociale ne fut point davantage modifiée dans ses éléments essentiels. Napoléon héritier et législateur de la PvévoluD'abord Napoléon. 175 du même mot que le territoire. qui furent portés au pouvoir par les plus riches. Au début de l'Empire. les Lcmoviques du Limousin à dénommer Limoges. qui possédaient des terres et qui en possédaient . et. qui devint Bourges. pour le malheur de la Gaule et du monde. Mais par là l'antique peuplade gauloise enracinom dans sa ville maîtresse. Les empereurs romains.

176

DE LA GAULE A LA FRANCE.
:

beaucoup

je n'ai

pas à parler

ici

de ceux qui possédaient

des armes,

les soldats et leurs chefs,

que nous retrouverons

tout à l'heure. Les vrais détenteurs de l'autorité civile
furent, ainsi qu'aux
les

la

et et

temps gaulois, les maîtres de domaines moindres propriétés faisaient le décurion, sénateur de cité; les plus grandes faisaient le clarissime, sénateur noble d'Empire, et il importait peu, pour devenir noble clarissime, d'être seigneur terrien en Gaule ou en Italie.
:

Le grand domaine
territoire

resta l'unité foncière, et, pour ainsi

dire, la cellule initiale des

groupements sociaux. Chaque
ville et

de

cité,

en dehors de la

de quelques gros

villages, était divisé en

une centaine de biens-fonds, vastes chacun de plusieurs milliers d'hectares, ayant chacun son
maître, sa villa, ses fermes et ses ateliers; et
il

n'est

même

pas sûr que ces villages eux-mêmes n'aient point dû se résigner un jour à subir le patronage du sénateur leur voisin '.
Il

n'en allait pas autrement dans la Gaule de Vercingétorix.

De même que
la

les tribus et les cités, ces

grands domaines

sont venus jusqu'à nous, et on dirait qu'ils n'ont traversé

domination des empereurs que pour prendre un nom Le passe de notre France ne veut point mourir, il s'enracine à son sol, il ne le quitte pas, il exige que nous nous souvenions de lui, il nous rappelle que nous vivons encore par lui. J'ai trouvé sans peine les traces des cités en nos provinces, en nos départements même, et celles des tribus en nos pays, en nos cantons ou nos arrondislatin.

sements même; et nos communes rurales, elles, sont filles de la villa gallo-romaine, petites-filles du domaine gaulois. Là où sont aujourd'hui l'église et le bourg, sur la hauteur et près de la source, s'étageaient autrefois la villa du maître
et les
1.

communs de

ses

services; des terres
p. 53, éd.
et

de culture,
Habent
privali

Cf.

Frontin {Gromatici,

Lachmann)

:

non cxiguum popiilum plebeium

vicos circa villam.

L'ÉPOQUE IMPÉIUAl.h'.

i'H

aujourd'hui coinme autrefois, partent du bas du coteau et du pied des dernières maisons, et forment le même décor

de verdure autour de

la niasse

des demeures humaines;

au

loin, les bois qui

ferment

l'iiorizon et

séparent la comle

mune

des villages voisins, limitaient jadis

domaine du

seigneur et servaient d'asile nécessaire aux troupeaux de

son cheptel et au gibier de ses chasses.

Le nom même de la villa n'a point changé. Nos Fleury de rilc-de-P'rance, nos Flcurey de Bourgogne, nos Floirac du Midi, sont autant de FZor/ac»/n, bien-fonds d'unFlorus, Gaulois au nom romain; nos Berny ont été possédés par un Brcnnus, Gaulois
le

fidèle à

un nom

celtique; et

il

y a des
:

Vitry, Victoriacum, des Mercurey, Mercuriaciim, qui furent

bien d'un temple de la Victoire, d'un temple de Mercure
le dieu, lui aussi, était

car

grand propriétaire '. -Mais, de ces domaines à nos communes, l'iiistoire n'a transmis que des noms et des cadres, les mots et les lignes fixés au sol, les aspects fixés à la nature. Tout ce qui est
les

condition humaine a ciiangé. C'est aujourd'hui l'égalité

absolue entre
les siens, et

habitants,

le

maire du village choisi par

cliacun d'eux maître en sa maison et sur les
:

champs de son bien
en équipes,
eux.
lui

et c'était autrefois

une

terre et des

hommes dépendant d'un

seul chef, et ses esclaves, répartis

servant de valets de ferme et de laboureurs,
villa,

sous la surveillance de l'intendant de la

esclave

comme

De

la

ses vieilles assises et ses

base au sommet, l'édifice de la Gaule montrait contours consacrés.

nouveaux
1.

L'État romain fut sans doute oblige d'instituer de districts pour servir de ressorts à son adrainisJe

certain

me sépare de l'opinion courante en ce qui concerne un nombre de noms formés à l'aide de noms de dieux. L'ouvrage essentiel sur ces noms de lieu est maintenant le li\Te posthume de
la

Longnon, Les Noms de lieu de depuis 1920, Paris, Champion).
JuLi.iAN.

France (en cours de publication
12

Do

!a (iaulc

à

la ^'rancc.

178

DE LA GAULE A LA FRANCE.

Ce furent les provinces d'Empire, au nombre de neuf d'abord et de dix-sept à la fin. Et nous retrouverons ce chiffre de dix-sei)t dans le plus ancien nombre des provinces ecclésiastiques ou des résidences d'archevêques
tration.
i

Embrun

et

Tarentaise

^

pour

les

provinces des Alpes,

Cologne et Mayence pour les provinces frontières de Germanie, Reims, Besançon - et Trêves pour celles de Belgique, Lyon, Sens, Tours et Rouen pour celles dites de
Lyonnaise, Bordeaux, Bourges et Auch ^ pour les pays au sud de la Loire, Narbonne, Aix et Vienne'' pour la partie de la Gaule jadis conquise sur Bituit. Mais, à part cette survie dans l'Église, les provinces de Rome n'exercèrent point une influence profonde sur nos destinées. Leurs noms et leurs limites s'effacèrent au temps de la royauté franque. Il n'y eut de vivace que la province d'Auch, entre Garonne et Pyrénées, qui devint la Gascogne et il est vrai qu'elle qui l'est restée jusqu'à nos jours correspondait à une région naturelle, et que, pour l'étas'étaient bornés à prendre l'ancien blir, les Romains domaine des Aquitains. Ailleurs, où la nature et le passé avaient fourni de trop faibles éléments à la géographie politique, la province d'Empire eût sombré tout entière sans le respect de l'Église pour les formes romaines. Mais, du passé et de la nature, Rome avait retenu le
:

principal, qui était la Gaule.

Pas une seule

fois

il

ne vint à ses empereurs

la

pensée

lieu (Moutiers)

Tarentaise (Taranlasia) a été primitivement le nom du chefde la province. La province fut partagée plus tard entre les provinces voisines. 2. Besançon a fait partie sous le Bas Empire de la province dite Sequania ou Maxima Scquanorum; auparavant, de la Germanie Supérieure. Mais j'incline à croire qu'il appartenait à la Belgique aux premiers temps de l'Empire. 3. D'abord Éauze. 4. Arles forma plus tard une province ecclésiastique distincte de celle de Vienne. Pour ces provinces et leurs subdivisions diocésaines, voyez V Atlas historique de la France, de Longnon (depuis 1884, Paris, Hachette). Et du même, Géographie de la Gaule au VI'' siècle (1878, Paris, Hachette), p. 180 et s.
1.

L'ÉPOQUE IMPÉRIALE.
de
l'aire

179

disparaître ce

nom

et d'abolir avec lui les souve-

nirs

d'entente et de gloire nationales qu'il renfermait.

Toutes les provinces s'appelèrent des Gaules ou furent dites en Gaule; et les deux Germanies elles-mêmes, autour de Mayence et de Cologne, étaient dites des provinces gauloises car ce nom de Germanie était là pour
:

rappeler un
surveiller.

voisinage

et

l'ennemi

qu'elles

avaient

à

Par
de
la

même, Rome

indiquait les frontières nécessaires

Gaule avec une netteté qui leur avait manqué trop souvent. Les Pyrénées prirent à leur ligne de faîte une valeur de limite fatale; il en fut ensuite de même pour les Alpes; et le Rhin compléta enfin son renom religieux ou poétique de fleuve sacré et de fossé providentiel par la mission formelle et militaire de marquer la fin de la Gaule, de l'Empire et du monde civilisé, et de les protéger contre la barbarie germanique. A des contours précis la Gaule romaine ajouta un centre fixe, Lyon, qui fut choisi à la bonne place, mieux garantie par la loi du sol que la montagne divine du Dôme ou le sanctuaire druidique de la Loire. Ces lieux saints convenaient

à des foyers nationaux en ces temps à demi magiques
et les dieux.

où l'union de la Gaule se faisait surtout par le symbole Mais nous sommes arrivés, en dépit des dieux

le sol, à des manières de vie plus positives et plus matérielles, où les accords humains résultent surtout de routes qui se rencontrent,

qui pullulent plus ciue jamais sur

de marchés où l'on s'assemble, de marchandises qu'on
échange. Le symbole, d'ailleurs, on l'avait à
cette
«

claire

montagne

»

Lyon avec de Fourvières que caressent les
un
les

rayons du

soleil

à son lever, et qui se pose, pareille à
la

ombilic de la Terre-Mère, à l'endroit où s'unissent

eaux

de rivières sacrées. Mais
en

rencontre de ces rivières faisait
lieu

même temps le

carrefour de chemins nombreux, l'arrivée

de troupes humaines, un
devint
le

de foire universelle. Lyon,
auguste des voies

qui n'avait été jusque-là qu'une bourgade insignifiante,

point de départ,

le milliaire

ISO

DE LA GAULE A LA l'HANCE.

romaines, la métropole économique de la Gaule, et la résidence de son grand Conseil. Car il existe toujours un Conseil de la Gaule, où se

rassemblent ses chefs, prêtres et magistrats à la fois, et, n'étaient langue, dieux et idées, Vercingétorix eût pu

une assemblée de vergobrets ou à un concile de Druides. Chaque année, au mois d'août, les délégués des cités de la Gaule se réunissent aux Terreaux de Lyon, au confluent de la Saône et du Rhône. Comme les Druides, ils sont prêtres, et conune eux, ils adressent des prières solennelles aux dieux généraux de la Gaule, dont le
croire à

temple et
les

l'autel s'élèvent sur le flanc
les

de la cofline;

comme
ils

vergobrets ou

rois

des anciens conseils,

sont

nobles et chefs dans leurs cités respectives, et ils délibèrent sur les affaires politiques des provinces gauloises.
la réalité nous ramène à Ceci n'est que l'apparence peu de chose. Les droits politiques du Conseil se bor:

naient à l'examen de la conduite des gouverneurs, et ses devoirs rehgieux consistaient à sacrifier aux deux divinités

souveraines de l'Empire, celle de Rome et celle d'Auguste, à qui seules sont dédiés le temple et l'autel du Confluent. Les empereurs, en empruntant au passé gaulois ces formes du conseil et du sanctuaire indigènes,
les

apphqualent à surveiller

les

agents de leur pouvoir et
Ils

à sanctionner la majesté de leur puissance.

songeaient

moins à la hberté et à la dignité de la Gaule qu'à l'avangardèrent bien, par ils se tage de leur domination exemple, de réunir à la Gaule de Lyon celle de Narbonne, de rejoindre les deux tronçons de cette grande nation brisée par la défaite de Bituit l'Arverne. Leur
:

i

politique

était

faite

surtout

d'utiUtarisme impérial et

d'empirisme administratif; efle

manqua

toujours de ces

vues d'avenir, de ces vastes horizons, de ce large et fécond libéraUsme qui auraient dû être le devoir des maîtres d'un grand Empire. Et ceux qui, à propos de tout, admirent et célèbrent l'Empire romain et son gouvcrne,

ment, ne sont que d'inconscients flagorneurs du succès.

s'exprimait et l'Italie. le forum et l'entrepôt de toute la Gaule. plus haut que dans n'importe quel pays de l'Empire. Mais ici. ce sont les deux moitiés d'une immense région qui se rejoignent pour faire de Lyon l'acropole. symbole de communes. citoyens romains devant la loi. le sommet du mont Donon. vie générale et inspirateur de pensées En dépit des tyrannies impériales et de la veulerie de l'obéissance.. isi Mais (lu les faits étaient plus forts que les lois. qui réveilla monde pour la révolter contre l'insanité de Néron. tous. iMPdniALF. bâti à sa même. Je répète que ces hommes. ou de vétérans de Jules César laissés à Arles. en Gaule. Et l'on sait ce que peut valoir un nom : collectif. par exemple. prenaient et portaient également le nom de Gaulois. le comme le les contemporains. où se rapprochaient tribus d'Alsace et tribus de Lorraine. La Gaule Midi dépendait de Narbonne en administration ses : intérêts frontière économiques la rattachaient à Lyon. surtout lorsqu'il s'applique à la terre et aux hommes. étaient tous devenus des Gaulois dans l'esprit de leurs chefs et à leurs propres yeux. qu'il n'avait point tué en elle tous les germes de la L'opinion publique. et c'est ainsi que les Anciens ont parlé de lui. après . la Gaule saisit plus d'une fois l'occasion de manifester ses désirs et de faire comprendre aux héritiers de César liberté. Quand. qu'ils fussent petits-lils de Lucter l'ami de Vercingétorix.uf. ressortissants de Lyon ou de Narbonne. même Rome dirent le Ce fut le coq gaulois. où se rencontraient les marchands sur une place de foire et les pèlerins en un sanctuaire tel.pnniJF. Lyon ressemblait à ces lieux de rendezvous que la Gaule avait jadis institués aux limites communes de deux cités. Qu'ils fussent vêtus de la toge latine ou de la cagoule celtique.

C'était vraiment. : . et qu'il valait mieux obéir dans la paix et la concorde. car cette assemblée proclama que^ les temps de la liberté avaient causé en Gaule trop de querelles et de misères. Tous n'y étaient pas d'espèce gauloise. Mais entre la Gaule et l'armée du Rhin. et l'on entendit une dernière fois parler des Druides. Je dis une dernière fois. C'était une force militaire incomparable. cinquante à cent mille hommes. quoique les recrues de Gaule fussent en majorité. c'est un ferment le d'unité aussi actif qu'un nom et qu'une capitale rempart achève l'œuvre du foyer. durant trois siècles. Et qu'une nation sente à sa frontière une armée permanente qui soit à elle et pour elle. ils ne s'en estimaient pas moins solidaires en leurs pensées. montèrent la garde contre les Germains. Un dernier élément de cette cohésion nationale fut l'exis- tence d'une armée à la frontière du Rhin. sa fermeté aux heures de péril. Les intérêts du moment étaient plus forts que les souvenirs du passé et que le respect de la dignité humaine. elle faisait sa sécurité aux jours de paix. et res- ponsables de leurs décisions vis-à-vis de la Gaule. Mais une telle assemblée et la déclaration qui la termina montrèrent à l'univers que. ainsi qu'on l'appelait d'ordinaire. Le pays mettait en : son armée sa confiance et sa gloire. Vitellius. les délégués des cités gauloises se réunirent spontanément à Reims. invoquer l'unité et l'indépendance de la patrie gauloise. l'État mort de romain parut se disloquer. et la Gaule la nourrissait. Du lac de Constance aux rivages de mer du Nord.182 DE LA GAULE A LA FRANCE. il se forma peu l'armée était là pour défendre à peu d'étroites relations la Gaule. homogène malgré la des diversités d'origine. et d'une armée propre à la Gaule. si les Gaulois pensaient en serviteurs de l'Empire. nomine Galliamm. « l'armée de Gaule ».

mais parfois aussi un monstre exécrable. — Mais cette administration romaine était lente. de ce aue sans les Anciens ont J'ai dit qu'elle a été fin. l'obéisles règles sance à l'État. à la Vercingétorix. au . qui fut parfois un très honnête homme. de s'enrichir. les lois n'empêchèrent pas les pauvres et les dépendance des plus riches. de jouir sans inquiétude des biens de la terre et des joies de l'âme.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. et que. INIais ils ont sacrifié en échange les héritages de leur histoire. Et n'oublions pas davantage que le règne de Rome infligea à la Gaule ces guerres civiles entre prétendants et entre armées qui sont la tare la plus ignoble dont ait souffert l'humanité. trois siècles durant. La paix romaine. La paix romaine a. Rome leur a fait connaître la discipline publique. ont dit les Anciens et ont répété les Modernes après eux. 183 C'est grâce à ce rempart que la Gaule profita. ce fut pour la Gaule. à recouvrer l'unité et à chasser le elle Germain. le culte de leurs traditions et l'existence d'une patrie libre. tatillonne et bureaucratique. pour eux un sujet de dithyrambes suis réservé le droit de discuter cet enthousiasme. roi des Germains. mais je me nomme « la paix romaine ». ramenait à la volonté d'un despote improvisé. pendant ces trois siècles. — C'est possible. de s'instruire et de s'amuser. encore qu'il soit tout aussi possible que dans un eût réussi sursaut de patriotisme. Mais n'oublions pas que ces guerres civiles ont été entretenues par la politique du Sénat. de l'administration. permis aux Gaulois de travailler. ce fut la fin des guerres civiles et des invasions germaniques si César déshérités de tomber sous la et la souveraineté de l'État se : n'avait pas conquis la Gaule. que Rome a ouvert la principale brèche dans l'unité gauloise. elle se serait entre-déchirée et serait ensuite devenue la proie des Barbares. et qu'elle a accordé son amitié à Arioviste.

même avant Clovis. Je ne dissimule pas qu'au début de l'Empire. Nnllaerunt 1. ubiquc pax. plus complètement peut-être que ne l'eussent lait Arvcrnes ou Éduens. pour apprécier un régime à valeur. Rome elle-même rouvrit la Gaule aux Germains. 2. Rome de fermer la frontière sa juste aux Barbares. 3. mais en l'ensemble de sa durée. les enfants camp inconnue à plus jouer au soldat. Vita Probi. Sauf quelques cas exceptionnels. était Un Gaulois ne portait plus l'épée. comme Autun. et eux-mêmes ne savaient l'armée du Rhin ne fut plus com- posée que d'engagés volontaires et surtout d'auxiliaires barbares. Mais. n'ait fort bien accompli sa tâche. leges. Nonne omnes barbaras gentcs subjccerat? Romanus jam miles erit nullus. Autour des villes anciennes. tibiquc Romans. la France ait subi une catastrophe pareille à celle qui mit fin h la prospérité des temps impériaux. aucune garnison ne surveilla les routes et les campagnes ^ Lutèce développa librement ses riches demeures et ses somptueux édifices sur la hommes prirent résolument Montagne Sainte-Geneviève. la vie de la jeunesse. et les villes neuves s'élevèrent sans forteresse pour les défendre i. . Sauf de très rares exceptions. Orbis terrarum non arma fabricabitnr. Le un aspect civil et sol et les pacifique. : bella.Gaule fut inviolable le long du fossé du Rhin. et je ne crois pas que même même après Charlemagne.jS'â DELA GAULE A LA FRANCE. il ne suffît pas de le voir en ses jours de bonheur ou de chance. cours de CCS guerres. le rempart qu'était l'armée de . Aucun château fort. Mais il en résulta pour les gens de l'intérieur un excès de confiance. Histoire Auguste. L'on disait déjà tout haut c[ue la paix romaine allait supprimer pour toujours les guerres et les armées ^ Une effroyable réalité répondit à ce rêve. 20 IMililes ncccssarios non fuluros. Pendant trois siècles. les murailles des enceintes tombèrent en ruines. avant Jeanne d'Arc et Henri IV.

Blancliet. les villes. ère. ses camps retranchés. d'organisme municipal qu'à l'intérieur de ces tristes murailles. Leroux. ouvertes autour de ce qui restait des villes on construisit une enceinte de remparts. et se : d'autrefois. les villages et les flambèrent dans un immense incendie. personne n'ayant rien prévu au dedans de la frontière. ne perdit pas courage. ici. 1007. ses colonies militaires.médiévales. Paris délaissa sa rive gauche où il n'y avait plus que des ruines. ne resta que Rome. et désormais. laissa passer les Barbares. Citadelles et corps d'armées ne furent plus réservés à la frontière. La Gaule fut divisée en secteurs militaires. ils furent maîtres en Gaule comme des perceurs de muraille dans une maison abandonnée. du Rhin. pendant sept siècles. refuge suprême de nos petites « cités » . jusqu'au réveil de la France. 1. et des belles choses et des années heureuses il cfui avaient été l'œuvre de la paix romaine. Et alors. Les Enceintes romaines de la Gaule. J'emploie ce mot. . non pas dans le sens gallo-romain de territoire municipal. 2. miassifs.V ÉVOQUE Un jour. sans doute. Plus de villes ses garnisons municipales. les hommes périrent par milliers. flanqués détours énormes \ Habitants et demeures furent enserrés par l'étreinte d'une sombre forteresse. rien n'étant disposé pour les arrêter. recouvra la Gaule. des ruines et des souvenirs. encore durant près de deux elle la gouverna Mais ce fut pour la soumettre à un état de siège ininterrompu. sa gendarmerie de route. en l'an IMPÉRIALE. les cultures furent ruinées pour des siècles. il n'y aura plus de vie citadine. 276 de notre civiles. Elle eut raison elle de ces bandits. hauts. l'armée is:. siècles. Paris. mais dans le sens médiéval de quartier central des villes. devenue fort absorbée par les guerres médiocre. et d'ailleurs Du Rhin aux villas Pyrénées. chacun avec son duc ou son comte.

elle aussi. ville marchande et pieuse. Les villas elles-mêmes s'affublèrent du costume militaire. la rang de capitale. Lyon. on leur envoie d'autres Barbares. grosses comme des donjons. ils font venir des Barbares à foison. il y en a pour tenir garnison à Paris. La campagne. souffrir et se battre? Pour cultiver leurs terres. La leçon du malheur ne profita pas à ses citoyens. où les murs nouveaux longèrent les bords du fleuve. ils n'essayèrent pas de modifier l'esprit des hommes. les titres de . à Saverne au débouché du principal col des Vosges. à l'étendue démesurée. de l'Empire avait rendu toutes leurs illuune confiance invincible en son éternité et la sécurité de leur propre égoïsme. briguer les commandements. pour ne la quitter qu'à la fin du Moyen Age. la tribu des Francs Saliens se charge de faire le guet près des du Rhin. prenait la cuirasse de guerre. aux murailles puissantes. pour un sénateur de Bordeaux ou de Narbonne. A quoi bon craindre. Mais c'était trop demander à ces grands seigneurs auxquels la restauration sions. aux tours monstrueuses. de l'Empire romain. que le travail et la défense fussent les buts de sa vie. Des centaines de châteaux forts s'élevèrent aux endroits importants. Car. à Famars près du carrefour des routes de Valenciennes. et la faute irréparable. mais assumaient mission de défendre l'Empire contre un retour offensif d'autres Barbares. replia dans son île. pour surveiller les routes et les rivières de son voisinage. ville de soldats. pour faire la police des campagnes. à la la frontière. Non seulement ses rois et ses guerriers Germanie la était embouchures vaincue. Il eût fallu que sur ce sol en détresse. perdit son empereurs résidèrent près de la frontière.18G DE LA GAULE A LA FRANCE. tout habitant de la Gaule se fît à la fois agriculteur et soldat. à Trêves. si les empereurs avaient réussi à changer l'aspect et les des choses. et ce fut la dernière faute. A quoi bon même. elles eurent leurs remparts et leurs tours pour protéger les richesses que l'aristocratie terrienne s'était hâtée de reconstituer. à Blaye sur la colline qui domine l'estuaire de la Gironde.

: . qiiarum iisiiin alfliientiamque œternilale majus pnlanl. honorées et faciles. grand propriétaire. le temps de la retraite venu. et sa joie suprême sera. 37 Dum obledantur olio simiilqiic dii'iliis pavent. Cela a été écrit au milieu du iv^ siècle. les portiques reconstruits et en relisant Virgile ^ 1. de vivre dans son opulente villa. maître de la milice ou de comte de Il 187 la garde impériale? faut réserver ces fonctions actives et pénibles à des francs. bornera son ambition aux magistratures civiles. mnniverc militaribus et pœne barbaris viam in se ac posteras dominandi.L'ÉPOQUE IMPÉRIALE. rois puisqu'ils sont généraux habiles et sujets Le sénateur. en se promenant sous fidèles. Cet abandon criminel du service militaire par les grands et ses funestes conséquences pour l'Empire ont été marqués d'une manière vigoureuse et prophétique par Aurélius Victor.

Paris. j'estime qu'il y a reprendre de plus près encore. Établissements d'étrangers. Faiblesse de l'Empire de Charlemngne. et tenu. ment d'unité. Hz's/o/rc des institutions politifjues de i ancienne France. Ambitions impériales des rois de Gaule. la réflexion et l'âge ne m'avaient pas encore donné l'expérience de l'histoire. [1897]. Partage de la Gaule entre des chefs barbares. résidence royale. — — La — et la renaissance agricole. Continuité des invasions en Gaule. MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS ' L'Empire romain est une décadence menant à une cataslrojjhe. Aucun principe politique ne vient taire. Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie religieuse. lieu de les . Paris. J'ai à peine besoin de rappeler les travaux décisifs de Fustel dcCoulanges. La civilisation. — de Germanie. c'est parce que l'étude. La Gaule Mérovingienne. Si me Gaule lui ait appar- pu faire jadis l'un et l'autre. encore inspirée de Rome. Prépondérance de la vie mili- — — Déclin des habitudes classiques. Gaule comme unité politique. Le Christianisme renforce Vanité gauloise et la vie locale. — — — — — — — La prééminence décisive du Christianisme. Maintien du mot de Gaule — La petite comme — exploi- idée et senti- — Quelle que soit latins de ma reconnaissance envers les maîtres ma j'ai jeunesse. Un des ouvrages d'ensemble où la notation des faits est la plus exacte et la plus complète est celui de Prou. Malgré tout ce qui a été écrit sur ces sujets. je ne réjouir de ce peux plus admirer l'Empire que la romain.VII L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES INVASIONS GERMANIQUES. 1. Affaiblissement du titre de roi. — Les monastères tation rurale. May.

Paris. Non! Virgile doit et conserver pour nous son charme. l'expédition des affaires courantes. PllsLcr. Il. Auguste devant Arminlus et les héritiers de Charlemagne devant les Normands. Hachette. Xerxès devant Salaminc. leur vie fut absorbée par les soins de la conservation. étaient trop vastes pour qu'un souffle puissant les inspirât. L'Empire romain montra que cette forme de gouvernement fut incapable de rien fonder de durable pour partager son et relire l'avenir des hommes et les destinées de leurs peuples. et alors que l'univers ébloui espère tout de leur omnipotence divine. Un résumé d'ensemble. Éducation latine et jugement sur l'Empire sont choses indépendantes. et Sénèque nous instruire des vertus nécessaires. 189 Je ne dis point qu'il faille renoncer à ces maîtres latins. . préceptes d'idéal et règles de beauté. l'initiative de la volonté. ne plus demander à l'Antiquité romaine des leçons de morale et les jouissances de la poésie. la variété des intelligences. t. Partis le génie d'Athènes sous Périclès ou l'esprit de la France sous tèrent pour des ambitions illimitées. souffraient de leur grandeur qui les condamnait au despotisme d'un chef et à l'immobilité ils étaient incompatibles avec la vigueur de la pensée. ils sont déjà entrés en 6 vol. Kleinclausz. comme le firent ces hommes de la Renaissance qui nous l'ont rendue. l'JOo. mais préservons-nous éternellement de ce mot et de cette idée d'Empire. parBayet.. Cherchons en celte éducation.L'ÉPUijUt: UEH ROYAUTÉS BAIWAIŒS. dans l'Histoire de Fiance de Lavissc. 1888-92. qui furent une peste pour le genre humain. tel que fut saint Louis. Paris. trôle de leurs agents et les conflits le conIls de leurs bureaux. Mais on peut aimer Virgile sans amour du peuple-roi et sa dévotion à Auguste. Hachette. Dès le lendemain de leur naissance. ils s'arrêau premier obstacle. créateur d'idées ou découvreur de vérités. Ces États immenses des masses. Sénèque sans féliciter le monde d'un régime qui lui donna Néron. les Empires ont été plus médiocres des animateurs. les De tous les États de l'histoire. cherchons-y ce qui est art et sentiment. I''' partie.

« César ne fonda qu'une décadence terminée par une » catastrophe 1. le Christianisme persécuté d'abord corrompu qui avait ensuite à devenir jusqu'au martyre et méconnaissable Rome. la gladiature maîtresse souveraine des joies populaires. les caractères. p. le aux lois de Rome. romaine ne réussit pas mieux de Charlemagne à engendrer une humanité monde se livra nouvelle. Aucune découverte fait de science. l'oubli de la beauté grecque. etc. Études sur les Barbares et le Moyen Age (1867. il attendait les de la paix. : . l'achèvement de la découverte de la terre. Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. ne sut même pas en profiter et les conduisit à la faillite. p. et les empereurs n'avaient qu'à la suivre. Quand d'elle. les arts. p. s'usèrent et s'affaiblirent. \ Littré. des progrès infinis dans sciences. avec les bienfaits l'épanouissement d'un art original. n. plus de bonté dans la Grèce. que La louve. Voj-ez les textes de Phne cités ici. 3. tout déchut. 42. les marines de l'Atlantique incapables d'aborder la mer du Nord. Sous le poids de son régime.190 DE LA GAULE A LA FRANCE. les lettres. l'aigle décrépitude. qui avait les âmes. » De même. XVI « Chargé des destins du monde civilisé. t. Alors. : assemblé en elle toutes les ressources du monde antique. Tout au contraire. En soumettant la Gaule à l'Empire. moins par respect par peur du nouveau et crainte du lendeils il main. Fustel de Coulanges. replièrent l'humanité sur ellede la tradition. l'Empire les soutint mal. les forces offensives et défensives s'énervèrent. comme devait arriver. à force d'être répétées. la Grèce avait montré la voie. les hommes à la fois sujets de en l'empereur et à demi esclaves des plus riches. les leçons du passé. à qui Rome devait le meilleur de ce qu'elle possédait et de ce que son Empire allait révéler aux Barbares. même et dans le culte que par inertie. et ce ne fut plus que routine et déchéance. II. Paris). les pilotes de Rome impuissants à retrouver la route de Pythéas le Marseillais. plus de liberté dans la vie : civilisé Rome. 217 et s.

Histoire l'établissement de la Monarchie françoise dans les 1733-4. : Nous avons vu le . les uns aient reçu leur part du consentement des Romains. Le la Gaule livrée à des roisj second fut d'ordre politique barbares. les Burgondes conquirent les terres de l'Est. t. 1. . Dubos. Histoire des inslilulions politiques de l'ancienne France. auxiliaires de l'Empire et chefs dans son armée ^\ Que. et leur souvenir restera dans le nom de Bourgogne. Soissons. saxons ou alains. Avant lui. Dubos. II. Les rapports entre Fustel de Coulanges et critique de Gaules. à Bordeaux. Je ne cite que États principaux nisons : il y en eut d'autres. tout en •étant réels. Toulouse et Narbonne. 3 vol. venus de delà le Rhin ou le Danube. n'ont pas l'importance qu'on leur attribue. parmi ces rois. de la Durance à la Marne. Gaule envahie par les Germains et saccagée par eux de fond en comble. de là. ébauchés par des roi- telets francs. sur la Saône et sur le Rhône. Puis. de Vienne à Dijon. et. chefs de garpour le compte de Rome ou conducteurs de bandes pour leur propre compte.. Et bien que ces rois aient aimé à se dire les sujets ou les amis de Rome. la Gaule n'en changea pas moins de maîtres. s'étendirent jusqu'au Rhône et à la Loire. livre II (la pre- mière édition est de 1875). et ces maîtres n'en étaient pas moins des étrangers. mais à des chefs germains venus à la tête de troupes armées. Les Francs Saliens.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS DARBAÈES. Paris et la Loire. 191 La catastrophe fut en deux actes. en Suisse. le résultat fut le même la Gaule n'obéit plus à un empereur. La distinction entre ces deux groupes d'envahisseurs n'a été marquée nettement que par Fustel de Coulanges. alamans. les trois Arras. s'avan- cèrent par étapes successives Tournai. qui fut d'ordre matériel la : : de la Meuse inférieure où les empereurs leur avaient jusqu'à abandonné les terres septentrionales du Brabant. Au cours du cinquième siècle. les Goths s'établirent dans le Midi. partis des bords premier. et bien que les Gaulois leur aient rarement résisté. que les autres l'aient prise à leur fantaisie.

la Gaule partagée entre plusieurs dominations. les plus heureux des descendants de Clovis le Mérovingien. Il s'arrêtait ou les instincts le par moments devant l'ambition des chefs des foules. Clovis partagea ses domaines entre ses quatre fils. 5. ch.i2 DE LA GAULE A LA FRASCE. roi des Francs Saliens. un irrésistible mouvement entraîna les liommcs à morceler les territoires et à Lilre Ce eiïacé disperser l'autorité roj'ale. d'ailleurs plus intelligente et plus soucieuse de l'intérêt public. Dubos les rois tous V. . t. posséda longtemps autant de 1.l. des héritiers ou le mérite des léga- La Gaule. redevenait l'appellation de la puissance suprême. et si l'unité fut reconstituée par l'un d'eux. faillit le devint maître jusqu'aux Pyrénées et Alpes. G6 et s. III. les nouveaux venus ne comprirent pas davantage que le pouvoir souverain et le domaine de l'État ne se partagent pas comme les terres et les trésors d'une hoirie. devenir jusqu'aux Mais ces restaurations d'un grand royaume ne duraient que le règne d'un homme. le nombre rois (1. Clotaire. Mais il lui faudra un temps infini pour remonter au pinacle et rester Tapanage d'un grand peuple et d'une vaste contrée. dont le prestige traditionnel s'était devant l'éclat divin du titre impérial. Longtemps encore après la ruine de Rome. Chute du pouvoir impérial et démembrement de l'Empire romain. installation de maîtres germains et d'une soldatesque barbare. que ses rois réussirent à procréer de fils. de roi. et quand l'autorité passa à la famille des Carolingiens. suivant taires 1. Clovis.) a justement noté que mérovint'iens claicnt également souverains chez eux. coûte que coûte. p. et de multiples royautés substituées à un empereur unique : une génération suffit pour détruire à jamais l'œuvre politique de cinq siècles romains. elle fut rompue aussitôt après sa mort. et rompue encore du vivant de Clotaire II et après la mort de Dagobert.

13 . bandits de l'univers crurent possible d'y pénétrer. les uns pour y occuper des terres. voilà qui achevait de briser cette unité de la Gaule. la terre en tempête envoya déferler sur la Gaule des vagues d'envahisseurs sans cesse renouvelées. misérables ou les ambitieux. qui jetèrent des pillards sur tous les rivages de la Méditerranée. arrivèrent jusqu'à Nîmes et jusqu'à Poitiers. et ensuite par flottilles de corsaires. pendant un demi-millénaire. elle eut des rois de Neustrie. De la mer de Germanie les Saxons infestèrent les côtes de la Manche et de l'Atlantique. les Alamans entrèrent en Alsace et en Suisse. Les formidables pilleries ou les conquêtes heureuses qu'y avaient faites les Germains et les Francs Saliens donnèrent à des millions de Barbares le désir de les imiter. et. A les voir la ruine irrémédiable de cet Empire. surent revenir par la même route et ne s'arrêtèrent que dans les plaines de Reims. jusqu'au milieu du dixième siècle. les autres pour en emporter du butin. qui se dirent rois d'Aquitaine. des et rois d'Austrasie. et. La Grande-Bretagne fit partir ses Bretons pour émigrer en notre Armorique et lui imposer leur nom. l'Espagne laissa ses Vascons descendre dans la Gascogne et la dénommer pour toujours. de même façon. par-dessus les Pyrénées. Et à laquelle plus d'un millénaire avait déjà travaillé. lOâ Elle en eut au sud de la Loire. qui. Avares et Hongrois. entre la Loire et la Manche.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. des Arabes et des Sarrasins procéda d'abord par de puissantes armées. par le Danube et le Rhin. et que l'Empire lui-même avait laissée debout. L'Afrique des jMaures. l'impuissance les de la Gaule à constituer un grand État. — De la Gaulo à la France. qui. vinrent les Huns. et leurs petits- neveux. Du milieu de l'Europe continentale. avec Attila. D'Asie. dans ces vallées de la Meuse de la Moselle qui avaient formé la Belgique romaine. poussèrent jusqu'à Orléans. Et plus nora- JuLUAN.

Aucune ne remporta Attila fut vaincu en Champagne. pendant le dernier siècle de cette lamentable histoire. et leurs pitoyables retours sur les ruines de leurs ils sanctuaires incendiés. à cultiver le sol. et rien ne la détournait de la recommençait son mystérieuse de son destin. Attila vint au milieu du cinquième siècle. et ce fut cent ans plus tard qu'apparurent les hommes du Nord. Danois et Norvégiens. à construire des oratoires et des couvents aux faubourgs des n'était souvent villes. autour des autels loi travail et la prière reprenaient redressés. sillonnèrent toutes les vallées de la Gaule de leurs vaisseaux rapides. Dans l'inter: valle de ces dangers. des établissements sarrasins dits de Fraxinetum (en Provence). les hommes du Nord cédèrent à de vigoureuses résistances ou à de sages concessions. espérer. de leurs Vikings en course et des flammes point qu'ils allumèrent *. Ce que pour les éveiller chez l'ennemi de nou- velles convoitises et lui assurer se représente angoisses sans un nouveau nombre butin. De tels événements ne laissaient pas que des ruines. des moines de Saint-Germain au faubourg de Paris. plus tenaces. plus habiles que tous leurs devanciers. non 1. les hommes du Nord. De longs espaces de temps les ont séparées les unes des autres. et. Mais le y revenaient quand même. en 942. à élever leurs enfants. semblables à du Vésuve qui retournent à leurs champs Gaulois se remettaient à dès que le volcan s'arrête. Ces invasions ne furent contemporaines. et les Qu'on fuites éperdues des moines de Saint-Victor au faubourg de Marseille. après un siècle d'abominables méfaits. La fin des hivasions est marquée par la ruine.194 DE LA GAULE A LA FRANCE. Un bon nombre de ces envahisseurs restèrent en Gaule. les Arabes au début du huitième. les ces vignerons hommes de les Gaule. les triomphes espérés les Sarrasins près de Poitiers. la vie des terres de France cours. . breux.

Des colons alamans ou francs se chargèrent de cultiver l'Alsace. les voisins de la Gaule se servirent d'eux-mêmes. non plus de est celui bandits. Paris. les empereurs permirent aux Francs Saliens de se domicilier sur les sols inoccupés de la Batavie et du Brabant. Le pays de Bayeux '^ 1. depuis la catastrophe de la grande inva- sion germanique. cette terre était devenue vide d'hommes. héritières de villages sarmates. mais d'exploiteurs.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Cela se passa au début du dixième siècle. que les éléments germaniques de l'Alsace proviennent des Alamans. parce que ce fut la principale installation d'étrangers. a été vivement combattue par TourneurAumont. Je dis terre « celtique » pour me conformer à l'usage courant. et ils introduisirent les dialectes germaniques sur cette rive gauche du fleuve qui jusque-là n'en avait point voulu K Notre Armorique redevint terre celtique sous l'afflux des immigrants bretons. que cette colonie eut une fortune inespérée. Je ne peux me prononcer encore. mais d'habitants. Je ne cite que ceux-là pour cette première époque. Mais je rappelle que les indigènes de la Grande-Bretagne étaient de nom belge et nullement de nom celtique. n'avaient cessé de livrer sa terre à des possesseurs ou à des cultivateurs étrangers. telles que ces Sermaize. Mais il et Le plus connu de ces faits devenu duc en Normandie. où elles créèrent des bourgades à leur nom. L'Empire tombé. L'ère de ces temps interminables de colonisation bar- bare datait du jour où. qui les attribue à une colonisation franque (dans son livre L'Alsace et l'Alemanie. La thèse courante. Mais y eut bien d'autres colonies obscures de Barbares dans nos campagnes. . et que son histoire ressemble étonil namment à celle de Rollon et de ses Normands. empereurs de Rome ou rois des Francs. si proches parents que soient l'un et l'autre. avant l'an 300. y avait bien près de sept siècles que les chefs de la Gaule. plus à titre 195 d'ennemis. du pirate Rollon de ses compagnons de brigandage transformés en barons et en grands propriétaires. le Palatinat et la Rhénanie. 2. Berger-Levrault). 1919. comme si.

Mais on venait en Gaule de bien plus loin que de la frontière. Cabotage sur les côtes. avec leur parler germanique et leur rude application au travail de la terre. t. boutiques dans les \àlles. Fr. dont les habitants ne s'occupaient plus guère. des deux côtés de la Grand'Rue par où on entrait dans Marseille. tout ce qui était chose de négoce leur appartint en un monopole de fait. celui des auxiliaires 1. 1. VIII. H. Chaque ville eut son quartier de Juifs. Je pourrais citer bien d'autres apports étrangers en France à l'époque méro\angienne. 1. Levantins de toute sorte. celui des Irlandais (Scotti). schrift.. de soieries ou de parfums importés. 255) a comparé l'état des royaumes francs avec leurs nationalités diverses à celui de la Turquie. ou terriens comme les petits-fils des Gallo-Romains. ch. l'incertitude politique du pays ne les inquiétait point. Dubos (liv. Syriens et Grecs ^ pêcheurs en eau trouble. ou sur le flanc de Bordeaux : près du cimetière sacré de Saint-Seurin -. même espèce. la Flandre eut également les en attendant de voir arriver hommes des bas- pays néerlandais. Voyez l'entrée de Contran à Orléans en 585. divisée en nations. ces Orientaux prenaient en main les matières de commerce. qui étaient de les siens. Les Colonies d'Orientaux. Bréhier. eut ses Saxons cinq siècles avant d'avoir ses Normands. Us savaient s'entendre avec l'ennemi. etc. germains de Brunehaut. Des régions extrêmes de la Méditerranée accouraient en foule les quêteurs d'aventures de l'Orient. ghetto bruyant et affairé. VI.196 DE LA GAULE A LA FRANCE. et devenir brigands en cas de danger. p. moines ou autres. . 2. Grégoire de Tours. Juifs. « juiverie » à la population criarde et grouillante qui s'entassait aux portes. qu'ils fussent soldats comme les premiers arrivés des Francs.. affaires d'achat. experts à profiter des misères d'autrui. entre les remparts de la «cité » romaine et les basiliques des faubourgs. de vente ou de troc. 1903. En temps ordinaire. t. et pas davantage les menaces d'une invasion voisine. trafic d'œuvres d'art ou d'objets précieux arrachés aux ruines antiques. III. dépôts de verroteries. dans Byzantinische ZeitXII.

tient à vivre en chef militaire. je veux dire l'abri d'un rempart. . les chefs les abandonnèrent pour résider en un lieu fort. comme plus grand des seigneurs de la guerre qui se la soit levé dans Gaule à l'appel de Dieu. et ce fut toujours par millions. que l'on compta les natifs du pays. toute villa peut soutenir un siège. . On ne sait plus ce qu'est une armée et une couverture de frontière chaque groupe d'hommes doit avoir près de soi sa frontière. pour le sol comme pour les hommes. Mais ces étrangers détenaient quelques-unes des ressources vives de la contrée les uns étaient chefs et les autres soldats. je me représente Char- lemagne avec l'allure que lui donne l'épopée française. Saint-Paulien dans le Velay ou Javols dans le Gévaudan. Un César romain était à la fois imperator aux armées et : « prince » des citoyens un roi des Francs. et ceux-ci se réservaient dustrie. A la paix romaine avait succédé la plus violente poussée de vie militaire qu'ait connue notre pays. Il le commerce et l'in- que sous cette af fluence d'êtres nouveaux. ne formèrent minorité. Si l'Empire avait maintenu sans forteresse certaines capitales de cités. ses pour me « servir du titre latin qu'ont porté ». ancêtres. ceux-là fournissaient la main-d'œuvre agricole ou : domestique. son pouvoir civil. La guerre définit sa manière d'être. et que sa terre ne fût plus qu'un sol d'exploitation livré à des était à craindre colonies exotiques. si absolu que soit et. malgré qu'une les misères du temps. Je ne vois plus de villes qui n'aient leurs remparts. au Puy ou à Mende. en maître de la milice Malgré son entourage de palatins et le nombre de le ses capitulaires. l'homme de Gaule ne perdît ces traits d'originalité nationale que les siècles avaient façonnés. 197 Combien étaient-ils. ces étrangers qui ils s'imaginaient repeupler la Gaule? Sans aucun doute.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. L'autorité poUtique est avant tout affaire de guerre. Les châteaux de villages se multiplient.

A leur tour. organisés pour la guerre la plus proche. qui les gouverne en magistrat et capitaine. Arvernes. Les les les rois des Francs. a armé ses hommes. A ce régime. Éduens ou Parisiens ne seront plus que des cadres administratifs. possesseurs héréditaires du sol. Et le sénateur. enfermés comme un trou- peau dans 1. si détenteurs de la civilisation latine. l'enclos ce pendant mot dans l'orage. ville et terri- doivent le service militaire. les avaient respecté dans tants de cette les nobles sénateurs représen- Rome. a pris l'épée. que Rome avait commencée par son Empire. n'avaient point su siècles même Tous dans les les deux derniers de l'Emle pire romain. C'en est pour ces hommes de Gaule. la ville chef-lieu de la civitas J'emploie ici le murée des premiers temps du. s'acheva sous ses légataires barbares.198 DE LA GAULE A LA FRANCE. ils ont un chef. L'esprit de guerre emporte tout. lui aussi. à leur tour comtes ou leudes. . se sou- venant qu'ils avaient été des soldats au service de Rome. et bientôt on ne le distinguera plus d'un compagnon des rois francs. Lire Virgile et connaître le Code ne suffit plus pour exercer l'autorité. La décadence du monde antique. Moyen Age. devenir il faut qu'ils s'accommodent aux habitudes des temps nouveaux. Alors s'accéléra le déclin des choses qui avaient encadré d'une auréole de gaieté la Gaule des premiers empereurs. les habitants des villes sens restreint et tardif. comte. que leur lités le roi leur envoie. de cette exisils tence bourgeoise et pacifique dont se départir. maîtres de la terre et chefs de villages. les grands commande en : seigneurs. toire. les municipavont perdre ce qui leur reste d'autonomie et d'esprit particulier si on laisse faire les rois et leurs comtes. Resserrés dans leurs « cités »'. sont prêts à suivre le mouvement. même au civil. fait. Mais ces nobles de Gaule veulent conserver domaines et pouvoir. ou du territoire municipal gallo-romain. habitants d'une cité.

Il maladroits de semblait que l'humanité revenait aux tendances de néenne : ses lointains ancêtres. cette civilisation qui achève de décliner. de tailler de la roche dans les carrières du sol. les GalloRomains des royaumes francs se désintéressaient de l'écriture. qui laissèrent . demeure fidèle à Rome en ses derniers jours. les fêtes bruyantes des spectacles populaires. et il est rare qu'un chef veuille en parler une autre. La langue latine est la langue recueillir les officielle. comme entrés dans le monde classique. et ses vers étaient moins faciles à comprendre. Sans doute Charlemagne fit chants guerriers des Francs : en quoi il fut supérieur en inteUigence aux empereurs. Les écoles s'étaient dépeuplées de leur jeunesse studieuse. 199 ne connurent plus l'orgueil des édifices de pierre. l'éclat des marbres et des statues. et. Les dessins des monnaies devinrent les traits d'informes essais qui rappelaient l'époque gauloise. les temples et les palais mêmes. Seulement. et s'ils contribuent à la détruire. le bois reprenait sa maîtrise d'autrefois dans les maisons. leurs morts préféraient à nouveau les tombes anonymes. devenus Chrétiens. c'est par ignose rance et non par hostilité. les ceux qui n'avaient la vie méditerra- point encore connu ainsi agréments de que les Celtes des temps disparus. moraux et continuateurs de l'Empire romain. On perdit çà et là l'usage de graver des inscriptions. et n'étaient plus que de tristes abris d'enfants à l'ombre des églises. s'essayait à faire Lucain peut-être davantage. de modeler l'argile. et des vers latins mais chaque jour : comprenait moins ses lectures. sauf l'incapacité à la pratiquer.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. de l'art figuré. ils se résignèrent à ne plus voir leur Dieu présent en son image. gile Un grand et seigneur lisait toujours Viril il et Salluste. depuis Clovis jus- qu'à Charlemagne. les Barbares n'y mettent rien d'eux-mêmes. de la bâtisse de pierre. Les Francs sujets considèrent tous.

XV. Les Francs agirent et pensèrent de même : un roman qui les les fit descendre d'Hector et de Priam. s'attendrait à voir ici Danaus 3. les de la justice. Dubos dans son . et foi ^ biographes de Charlemagne y crurent de très bonne Il n'y eut pas jusqu'aux Danois de Normandie qui ne s'imaginèrent à leur tour être issus d'un héros méditerranéen ^. CXLI. Deux mille ans étaient passés sur les ruines de Troie et sur l'épopée d'Homère. Je suis maintenant convaincu que la légende de l'origine troyenne des Francs est beaucoup plus ancienne qu'on ne croit. réglait le statut personnel des Francs Saliens. : . et un de leurs chefs. li\Te. p. se fait proclamer empereur en Gaule. qu'il y en a peut-être une trace chez Grégoire de Tours {Hist. Ammien Marcellin. On toire se rappelle que fils les Gaulois avaient oublié leur hisleurs historiens inventèrent pour se dire d'Hercule ou de Rémus. LaL. Grsecia capta ferum victorem cepit le mot d'Horace : demeurait éternellement vrai. elle aussi. à régenter ses vainqueurs après sa défaite. et les derniers-nés des Hyperboréens s'inclinaient encore devant l'aube triomphale de la poésie hellénique. alors que tant de chefs francs étaient tout-puissants à la cour de Constance II ou de ses successeurs. hymnes des bardes et les poèmes des Druides. Dani glorianlur se ex Antenore progenilos. cf. continuait. compagnons taient à l'ancien procédés de Clovis et de leurs descendants. « la Grèce captive captivait son farouche vainqueur ».200 DE LA GAULE A LA FRANCE. c 621 édition Lair. et qu'elle a dû être forgée au iv« siècle. Les systèmes d'impôts. 1. l'élève privilégiée de la Grèce. mais à la condition d'être adoptés par lui. ne furent point changés tout d'abord ^ Il est vrai qu'une loi spéciale. la loi Salique. 9). Ces Barbares voulaient bien être les conquérants de l'Empire. quorum in palaiio multitudo florebai. Silvain. Franc. Patrol. 2. Comtes et ducs étaient des titres qui remonrégime. Rome. 5. 130). t. Mais les Gallo-Romains. 11 (à la date de 355) Francis. faire tout périr les mais cela ne l'empêcha pas de au monde pour restaurer le culte des lettres latines et l'Empire des Césars. II. Dudon de SaintQuentin (Migne. Us n'introduisirent en Gaule aucune forme nouvelle d'administration. 1865. C'est ce qu'a le premier mis en lumière On comme ascendant.

FusteldeGoulanges. il s'appela César et nouvel Empire prit pour symbole l'aigle des légionnaires. Childéric Suétone le graver son cachet à la façon romaine. 1282). 125). qui atténue singulièremeut l'impression de barbarie laissée par Grégoire de Tours {Palrologia Grœca de Migne. On mains a dit ^ que la Gaule romaine avait appris des Ger: la pratique de la liberté et de l'égalité tous ces compagnons de Clovis étaient égaux entre eux. 2" leçon. ils ne connaissaient d'autre noble que leur roi. et à ce roi d'ailleurs ils n'accordaient que le droit de les conduire à la guerre et de marcher à leur tête. en France. « Entre un Franc et un Romain de Gaule ». La réaction contre cette thèse a été très énergiquement poussée au xix" siècle par Guérard. Charlemagne eut son Auguste. C'est ainsi que la loi : Salique interdisait aux le femmes Franc jugea souvent trop dur de refuser à sa fille le bien qu'il avait formé pour ses enfants. c. et les fils des conquérants ne se privaient pas de leur obéir. 275-6). disait un étranger^. et d'ailleurs fort mal. s'ils y trouvaient leur compte. Dubos mis à part. et il répudia sa loi naturelle pour disposer de son héritage au gré de ses affections. L'un et l'autre vivent d'hériter de la terre mais de la même manière. t. qu'on oublie trop à ce point de vue {Polijptyque. que pour les familles royales. p. p. 2). Littré (Études sur les Barbarcset le Moyen Age. 7* leçon. et en Éginhard. datant de 1828-9). «je n'aperçois d'autre différence que la langue. Guizot l'accepte encore (Histoire de la civilisation en Europe. » Ni en littérature ni en art vait de fit les nouveaux venus n'avaient essayé de rien fonder. restaient soumis aux lois impériales. LXXXVIII. 199 [ceci écrit en 1838]. Voyez le très curieux passage de l'Histoire d'Agatliias (I. et sans 201 doute bien des immigrants avec eux. Et à la fin la loi Salique ne fut plus appliquée. 2. Les principes de la 1. l'influence des Barbares sur notre civilisation a fait loi au xvni" siècle. C'était la basilique latine qui ser- modèle aux temples du culte nouveau. .L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. p.

Si dans la suite des temps les rois mérovingiens ou carolingiens ont songé à réunir autour d'eux des assemblées de peuples ou des conseils de grands. . Je trouve à vrai dire plus de formes de la liberté politique dans les assemblées pro

Centres d'intérêt liés

inciales de l'Empire romain que dans les foules tumultueuses des Champs de Mars de la royauté franque. et révolte n'est point liberté. et ils arrivèrent à créer. qu'aucun document contempoMais tous ses successeurs furent d'a'^'-:^: tristes despotes. ch.202 DE LA GAULE A LA FRANCE. et non plus maître de sujets. Mais cette toute-puissance du lien personnel existait déjà dans l'État romain. 6). le roi seigneur de seigneurs. Qu'il y ait eu chez ces grands des actes de désobéissance et chez \ murmures de colère. et cette chaîne remplaçant l'édifice uniforme et majestueux d'une « chose publique ». humaine sont venus des sais s'il dignité forêts de la Germanie *. une aristocratie de pouvoir et d'argent chez qui l'on eût vainement cherché les sentiments de l'égalité naturelle. avec leurs fonctionnaires et leurs favoris. à laquelle la Gaule allait bientôt se soumettre l'homme dépendant de l'homme. Ne confondons pas l'individualisme turbulent d'une soldatesque à demi barbare ces peuples des en ont vu et avec l'exercice régulier d'une autonomie légale. bois » (De l'Esprit des Lois. la chaîne continue de la fidélité ou du vasselage commençant au simple châtelain et finissant au roi suzerain. On a dit encore que les royautés germaniques avaient propagé les traits essentiels de la vie féodale. XI. fait k à leur guise aux heures où ils avaient la force. Je ne rain faut se représenter ainsi l'autorité de Clovis connaître. où il était la conséquence fatale de l'immensité de l'Empire et des préro: 1. C'est le mot courant : vernement de l'Angleterre les depuis que Montesquieu a dit du gou« Ce beau système a été trouvé dans liv. peu soucieux de la liberté des hommes. les empereurs romains entendu bien d'autres. fait de l'obéissance inconditionnée de tous à la souveraineté de la loi. et non plus de l'État. je ne vois pas qu'ils en eussent moins le droit d'en agir et l'esprit de ne nous ses Francs.

Avec le Christianisme. et nous verrons bientôt ici les inestimables avantages que la Gaule retira de ce principe. et ne se traîne plus à la remorque du passé. 276": « L'amélioration » fut un bienfait du Christianisme. délibérément. qui ne firent que liquider l'Empire romain. 203 gatives de l'aristocratie foncière. et p. et non pas les royautés barbares.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. ce n'est point parce que la Gaule s'était livrée à des rois barbares. Mais c'est parler trop vite que de lui attribuer une origine germanique. et riche n'avait point de peine à transformer ses amis en fidèles et ses obligés en clients. Des Francs et de la Germanie il n'est rien venu qui ait relevé la dignité des hommes et qui ait égayé leur vie. La Guérard. . L'impérialisme engendre souvent riches la féodalité : l'empereur s'en remettait aux plus du soin de grouper les hommes autour d'eux le et de lui en procurer les services. si ces misères n'ont point empêché l'homme de mettre dans sa vie plus de joies et plus d'espérances. Polyptyque d'Irminon. Rome n'ait point appliqué l'usage d'assigner à chaque esclave une terre à cultiver et une demeure à habiter. non des Germains. le monde va vers l'avenir. dans les temps dont nous parlons. bien avant de connaître les Barbares. voilà le fait essentiel qui temps nouveaux. que lui-même doit avoir sa terre et son foyer. la dignité humaine a survécu et grandi à travers tant de misères. Si toutefois. c'est parce qu'elle était devenue chrétienne *. Cf. et non pas l'Empire romain. Rien ne nous prouve que. Je reconnais que le Christianisme doit beaucoup à ce victoire les 1. l'esclave inaugure du Christianisme. On a dit enfin que les Germains avaient fait connaître à la Gaule ce principe de bienfaisance supérieure. qui ne fit que liquider les cités antiques. et je n'affirmerai pas davantage que les Gaulois l'aient ignoré au temps de leur indépendance.

les gestes des hommes c'est et les habitudes des cités. pour les formes extérieures de son culte des héritages de Jupiter ou de la Mère. Entre eux et lui s'interposa son fils. depuis le plus pauvre jusqu'au plus riche. Et je lui en ai voulu d'avoir ainsi partie avec les choses de la terre. Et j'ai beau chercher dans les annales du monde. : toutes les vertus qu'elle enseignerait. et une religion qui puisse être comprise de tous les peuples et aimée de tous les hommes. je n'en trouve aucune le qui égale celle du Christ. Je reconnais encore que Christianisme ne sut point toujours dégager ses pratiques de celles du passé. Le Christianisme changea la nature et les attitudes du Dieu souverain. passé.204 DE LA GAULE A LA FRANCE. qu'il accepta pour son Église les cadres de l'Empire. la Terre-Mère elle-même disparurent de l'adoration des hommes. vivant sur la terre au miUeu d'eux pour leur annoncer sa loi et pour mourir en rédemp- Le soleil. Mais c'est pour l'humanité un progrès définitif. Au rang suprême et unique se plaça le Dieu créateur du monde et père des hommes. Parlons d'abord des bienfaits généraux qu'il apporta aux hommes de l'Empire romain. . il ne resta que le principe de la Maternité divine mais il était passé de la terre à la femme. Car désormais le soufïle de l'humanité inspirerait tous les aspects de la religion et teur de leurs fautes. et de ces valeurs sacrées qu'on avait tirées de la nature. que d'avoir une religion faite avec le meilleur des âmes des ancêtres. aux Gaulois comme aux autres. Mais j'avoue aussi que d'avoir pris contact avec le passé et le sol de la Gaule qui permit au Christianisme de rendre à cette Gaule d'inoubliables services. pour les lieux de ses prières les sanctuaires traditionnels lié du sol. la lumière. et qu'il renferme en ses plus belles paroles des doctrines et des espérances qui ne furent étrangères ni à la pensée de l'élite gréco-romaine ni à la foi naturelle des multitudes éternelles.

la charité. (dans les Monumenta Germanisé). c'est le culte de la dignité humaine.k'ÊPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. voyez les Vies de saint Césaire. déplaça le but de la vie. répartie en d'innombrables assemblées. et changea l'horizon des vertus. Je relis tour à tour les Évangiles et ici. il n'existait d'autre lien religion fit que ses le hasard des rencontres. pastor egentium. l'attrait vers les autres. beauté de leur mort. continuateurs dans l'Église de l'œuvre de Jésus son fondateur. paier orfanonim. etc. de l'église universelle cité. le retour continuel sur soi-même. Avec hôpitaux. « l'église » l'assemblée » des fidèles de ce Dieu. les Actes du concile de Tours en 567. hommes et fils de Dieu. c'est l'oubli de : soi. un Bacchus ou un Hercule aux travaux invraisemblables. etc. Aussi. depuis saint Etienne le premier martyr jusqu'à saint Martin l'évangéliste de la Gaule. entre dévots de Jupiter ou de la Mère. ce précepte de l'idéal avait manqué aux morales primitives'. une sorte de ministre municipal de la charité. parce qu'ils sont . 205 : Le Christianisme changea l'espèce des êtres divins j'entends par là des êtres qui. l'église de Gaule. avec l'évêque d'une cité. sans participer de l'essence une énergie. des devoirs envers tous « les hommes le prochain aimé suprême qui malgré la noblesse de son âme. jusqu'à saint Benoît l'apôtre du travail et du renoncement. Marc-Aurèle mais de la sienne propre. l'effort vers la constance et la pureté. une grâce non plus des héros étranges et mystérieux. ont pourtant reçu d'elle spéciales. là. la bonté. enfin. autour de son Dieu. marque son empreinte sur le sol. La nouvelle à de adeptes une seule famille. Il y a désormais. Jadis. Le Christianisme ou « institua. mais des hommes ayant vraiment vécu et bien mérité de leurs frères par la tâche de leur vie ou la divine.. je reconnais dans l'Empire romain de Marc-Aurèle moins de principes supérieurs et de gages d'avenir que sous la roj^auté franque des Mérovin1. Et ce furent. de saint Éloi. désormais. hôtelleries de pèlerins. de saint Sulpice. à celle d'une simple à celle du plus modeste village. entre habitués d'un même temple. Le Christianisme. comme soi-même ».

et les sept évêques fondateurs. p. saint Martin. Marseille. l'empereur Marc-Aurèle avait ordonné le supplice des fidèles de Vienne et de Lyon. celui dont ses habitants étaient le plus fiers. Puis. Irénée. sur ces origines du Christianisme gaulois. tion comme une précau- ou un remords. le souci de l'aumône et l'hommage à la charité ^ Voyons maintenant les services rendus à la comment cette religion d'église universelle et de humaine a pu fortifier notre existence nationale.206 DE LA GAULE A LA FRANCE. turpitudes de leur vie : car à travers leurs cruautés et leurs luxures. Vienne. avait. Et maintenant. De Rome partirent sept missionnaires qui. Cf. j'entrevois. et le seul qu'ils connussent tous. Mais le Christ n'avait pas désespéré de la victoire. et dans l'amphithéâtre du Confluent une faible esclave. Lyon. . 230. ici. Blandine. en confessant sa foi. montré plus de courage que l'empereur en combattant les Barbares. empêcha que rien ne se perdît des semences de la foi. acheva l'œuvre en faisant retentir la parole de Dieu dans les campagnes reculées. de belles et touchantes aventures. Gaule. On racontait. ils avaient appris le Christ aux grandes villes du Midi. forment dans le ciel la cohorte des saints de la Gaule. et fraternité Un chapitre nouveau fut inscrit dans l'histoire de la Gaule. Des apôtres étaient venus de l'Asie. et Martin. et les martyrs des premiers âges. conquête des villes populeuses. l'assistance aux pauvres et aux malades. dont la trame faisait une épopée de lutte. évêque de Tours. savants ou ignorants le chapitre de : la Gaule conquise par le Christ. un chapitre qui n'appartenait qu'à la Gaule. évêque de Lyon. de souffrance et de sainteté. devenus évêques dans les principales cités de la Gaule. malgré les giens. recommencèrent 1?. 1. autrement véridique que les marches des Francs après l'incendie de Troie.

t. Sens. le concile d'Orléans de 639-641 Omnium episcoporum senleniia prolala.. Hisloria Francorum. 99-100. c finibus Gallise eliminatus (p. Canlilenœ perfectiorem scientiam. Duchesne. et pour elle seulement. Reims ou Poitiers. Tours. 3.. IX. 208 de l'édition : des Monumenta Germanise). Origines du culte clxrélien (1889. 4. Epistola de apos' Migne. 39. Mariialis. Pair. le concile des évêques l'excluait solennellement de la communion de l'église de Gaule ^. c. ses cantilènes dont elle était fière. A l'intérieur de la aussi l'unité séculaire et la cohésion des vieilles cités. ses habitudes. voyez les textes de Walafrid Strabo. Thorin). 957 pêne jam tota Francia diligil. Cf. les chefs religieux de la Gaule lui rendaient l'unité que venaient de briser les contrée. en particulier c. assemblées de législateurs et de juges qui décidaient pour l'église de Gaule. 84. 143. contemplant avec qu'ils I 207 joie les ^. quant 948. fils de leurs œuvres sur la terre ont quittée les Car Chrétiens de Gaule formaient une communauté ayant son amour-propre. CXLI. c. 2. Parisiens de Lutèce. ses conseils généraux '. Cf. tout ainsi que la Gaule des Druides s'était tenue en dehors et au-dessus des distincte ^ : batailles entre Éduens et Arvernes.. 947. ses chefs. Migne. Je m'inspire ici iolatu s. De rébus eccL. 180. 1. Lat. Les évêques de ses cités se réunissaient en « conciles ». t. Ni la disparition des sénats locaux ni le despotisme du comte royal ne réussirent à éteindre d'Adémar de Chabannes. une liturgie particulière. le Christianisme sauvegardait passions politiques.. écrit au milieu du ix° siècle. : p. ses règlements. CXIV. S'il se présentait quelque grand coupable. Patria dans le sens de la Gaule en tant qu'église. 962. A mille ans de distance. Paris. Peu importait que le royaume des Francs eût été divisé en Neustrie et Austrasie la Gaule chrétienne conservait son unité. . Grégoire de Tours. Sur les usages propres des églises de Gaule. et cette excommunication n'était pas sans ressembler à l'interdiction des sacrifices que l'assemblée des Druides de signifiait jadis contre les rebelles à toutes les cités nom gaulois.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Arvernes de Clermont.

cité Devenue une garde la vitalité que les lois lui refusent. disait Chilpéric (Grégoire de Tours. : 1. l'épiscopat ressemblait par la pérennité de la fonction. romaine. ils s'incUnaient à toutes les journées de leur exis- tence. fraternités restreintes qui purent rapce procher davantage leurs prières et leurs sacrements furent les d paroisses ». 46). au miheu pensées et au-dessus de leurs demeures. VI. à l'abri des remparts et près de sa cathédrale. L'évêque réside dans la ville métropole. des mariages. et. âmes valait et passait celle des royauté encore. des communions. de ces diocèses il de Reims ou de Sens. se forma de petites « assemblées » l'immense « cité de Dieu ». Hist. pasteur. une église qui fut la capitale de leur vie morale et l'inspiratrice de leurs les plus profondes. à l'ombre des saintes que leurs corps reposeraient. Aucune religion antique n'avait atteint à une pareille beauté morale celle-ci unissait les vies humaines en une murailles. la royauté des corps. associés dans la mort à ceux qui avaient été leurs frères dans la vie. père. et dans les campagnes ceux locales. la suite et les annales des évêques qui les avaient gouvernées. Au même titre que l'église de Gaule. Autour de l'autel de cette é#glise.208 DE LA GAULERA LA FRANCE. depuis l'apôtre envoyé du Christ qui avait été leur fondateur. SoU episcopi régnant. les églises la A de cités avaient et racontaient avec amour leur histoire sacrée. qui groupaient dans les villes les fidèles d'un même quartier. jadis peuplade église. l'évêque. Franc. et c'est là qu'ils recevaient les bénédictions solennelles aux heures des baptêmes. par la succession ininterrompue des pontifes. Roi. cette gauloise. qui furent les réduits les plus intimes de : d'un même village ou d'une même villa. Car toute cité la vie municipale. et c'est près de là encore. ^ en ces temps de croyance absolue. A l'intérieur de ces églises municipales. . a désormais son chef spirituel. Ils virent s'élever. il et il y siège comme un roi en son palais l'était sur les âmes. gardien et défenseur.

auxquelles depuis des milliers d'années les hommes avaient accordé leurs prières. Il était impossible qu'elle se désintéressât de ces choses charmantes et bienfaisantes de la nature. — De la Gaule à la France. lacs. Et le sol de la Gaule demeura imprégné de vie religieuse. auprès des fontaines. à l'orée des bois. et elle y appelait et y retenait les hommes. 209 même temps à la terre Sur cette terre de Gaule. rendez-vous des multitudes aux jours aux moments d'enthousiasme. la tombe de saint Martin à Tours prit soudainement une merveilleuse importance. et surtout sources et fontaines. cette religion s'incorporait encore davantage à la saints. toujours présent par sa vertu. Marseille à celle de saint Victor. et les unissait en qu'elles habitaient. collines. il trouva un saint à vénérer. le saint. située à la rencontre de la Loire et de la grande route de l'Ouest. Pour des milliers de localités le saint fut le père et le maître. guérissait les malades. Ce furent les : au contact desquelles car. Partout où l'homme avait adoré un dieu. au bord des lacs. eut ainsi son foyer d'espérances. du fond de son sépulcre. chaque bourgade. qui n'étaient que de simples villages. pierres bénies tombes des naissait une floraison de miracles : : terre. Par là. en qui l'on voyait l'émule de saint Paul et le convertisseur de la Gaule. famille éternelle. le fondateur des âmes et le principe d'union et c'est pour cela qu'aujourd'hui tant de villes et de bourgs de France ne sont plus connus que sous le nom de leur protecteur sacré. y était devenu le saint le plus populaire et le plus actif des faiseurs de miracles? Est-ce parce que la ville de Tours. où le saint remplaça les déesses tutélaires et les Génies chers à la Gaule d'autrefois Paris pria à la tombe de saint Denys. Des chapelles furent élevées au sommet des collines. Est-ce parce que saint Martin. d'angoisses ou le Christianisme suscita des lieux de culte ardent. et on vénéra saint Romain à Blaye ou saint Julien à Brioude.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. 1* . Chaque ville. JuLLiAN. Parmi ces lieux sacrés. punissait les coupables et sauvait les malheureux. Bordeaux à celle de saint Seurin.

en de l'âme. et par conséquent les de certains moments. Les foules s'entassèrent dans la basilique qui abritait sa tombe. aux évêques et aux saints. reprirent-ils les anciennes habitudes qui avaient amené leurs est France? et ancêtres au sanctuaire voisin des Druides? Toujours est-il que saint Martin. Wœlfflin (collection Teubner). et en son tombeau un foyer mystique. La Gaule chrétienne eut en lui un héros souverain. » Le livre pieux et la charrue étaient rapprochés l'un de l'autre comme symboles et instruments de l'activité chrétienne. qui virent dans le tra- vail de la terre rents à la nature une manière de combattre « L'oisiveté humaine : les vices ». s'occuper au tra- vail des mains. après sa mort. fait vivent du travail de leurs mains. Il religion l'aidait encore à réparer les désastres de son les abîmé par se trouva. édit. Il procura à Clovis la victoire qui acheva de lui donner la France. à de saintes lectures. et en d'autres. les prêtres parmi de la foi nouvelle. les obligent à s'occuper sans relâche. des hommes d'intelligence et d'action. 48. matin jusqu'au repas de midi Et si la pauvreté du sol. . La sol. ainsi qu'ont les nos pères et apôtres ^ g » Il y avait bien cette difïé- 1.210 DE LA GAULE A LA FRANCE. grâce à l'Église. On vit partout l'empreinte de ses pas. un des carrefours vitaux. comme la Grèce avait vu celle des pas d'Hercule. qu'ils ne s'en affligent point s'ils ils seront alors vraiment moines. Régula monachorum. le « Les moines travailleront et le soir jusqu'à vêpres. fut le plus vivant des chefs de la Gaule. menacées par les invasions barbares et les royautés franques. Elle sauvegardait ainsi. le : soin des récoltes. misères de ces invasions. des centres naturels de la les hommes. ses forces nationales et locales. Son nom se posa sur près de la moitié des églises. en y accourant pour prier. inhé- écrivit saint Benoît. « est l'ennemi frères doivent.

Il faut abandonner complètement la théorie fantaisiste qui fait rattacher Cordouan à la terre ferme. avait été sous les premiers empereurs une petite ville de bains et de plaisirs les moines. le chefd'œuvre monastique de saint Colomban.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. ce fut une création et non pas une restauration'^ forêts s'éclaircirent. et les disciples 211 de saint Benoît. et la carte humaine de la France s'éclaira de mille feux nouveaux. antiet bonne culture ^. et ce fut de même à SaintDenis près de Paris. 3. 1. à Saint-Jean-d'Angély en Saintonge. lorsqu'un ermite les rallumai a fait remarquer que les premiers monastères ont été à portée des villes ou sur l'emplacement d'anciens castra. Peut-être. De profit. Ailleurs. et que c'est plus tard seulement qu'on s'enfonça dans les solitudes. villa siècles récents avait fait : ques villas gallo-romaines ressuscitées en monastères. à Clairvaux en Champagne. à La Sauve dans Bordelais. Il est probable que dans certains cas. 2. à la faveur de leur abbaye. rence entre les apôtres et et le travail. villages se bâtirent. le monastère a occupé une ancienne villa de temple païen. à Cîteaux en Bourle gogne. On construits — . à Clairmarais en : Flandre. en cet îlot de Cordouan qui commande les passes périlleuses de la Gironde. cette règle notre terre de Gaule tira un singulier Les moines de saint Benoît et saint Colomban son émule cherchèrent aux abords des forêts et des marécages les terrains à défricher. l'Empire romain avaitil installé quelque phare pour guider les navigateurs. marécages se desséchèrent. en firent une bourgade neuve. Mais je ne doute pas que les flammes n'en fussent éteintes depuis longtemps. et auquel ils donnèrent une nouvelle vie. à Fleury près de la Loire. à Cluny en Bourgogne. Ceci après l'an mille. Ce fut souvent un sol de vieille ou village. et la campagne environnante commença une seconde jeunesse. Luxeuil dans les Vosges. que le malheur des abandonner. que ceux-là n'avaient établi aucun lien moral entre la religion que Benoît faisait du travail une règle essentielle de la vie religieuse.

routes. Polyptyque de l'abbé Irminon. à ces temps mythiques de l'Antiquité où chaque citoyen de Rome ou de Sparte recevait en partage les arpents de terre qui lui permettaient d'élever les siens. les excellentes remarques de Halphen. sur les questions qui vont suivre. de métayers ou de bordiers ont pris sur la terre une place qu'elles ne quitteront plus *. de trois à dix hectares. Guérard. esclaves et hommes 1. villes. le plus bienfaisant des changements. au même titre que les sociétés de domaines. ayant chacune sa famille de cultivateurs. t. que le le bien familial du libre. Latin ou du Grec était privilège de l'homme le droit tandis que sur la surface de la Gaule franque. Ce ne sont plus seulement que nous apercevons fixés mais aussi les hameaux et aussi les fermes. Il libres possédaient également à la culture faut toujours en revenir. après des détours infinis. de colons. dans la manière d'être de notre sol. de fermiers. I. Voyez en dernier lieu. les familles de laboureurs ou de vignerons. villages et villas sol. Mais il y avait ce contraste entre mas. Il apparut divisé en un nombre infini de parcelles. Prolégomènes (1844). à l'unité sociale correspondait l'unité de culture. les : les lotissements coloniaux des cités antiques et l'exploi- tation morcelée du sol de France. Cette carte humaine de la France se dessine peu à peu dans sur le ses moindres détails. et. On aurait dit que la Gaule revenait. le plus profond. Le lot de terre correspondait au foyer familial. . Paris. mais qui étaient suffisantes pour occuper la famille et pour la faire vivre. de bourgades ou de cités. l'histoire de Charlemagne (1921. au chef-d'œuvre de B. et en particulier nomie rurale pour les temps Études critiques sur carolingiens. les casaux et les bordes.212 DE LA GAULE A LA FRANCE. la ferme ou le mas qui en était le chef-lieu parcelles de peu d'étendue. C'est en effet au cours de ces longs siècles de dangers matériels et d'incertitudes politiques que s'acheva ou se produisit. pour toutes ces questions d'écoet de régime social. Alcan). le plus durable.

tion juridique de la terre. ces terres. et cette tâche est une parcelle à cultiver. et un monastère des Vosges ou de Bouraux replis et : t "f ^ gogne. Mais les faits sont venus. la \ie sociale. aux recoins innombrables. Chacun d'eux a sa tâche propre. J'ai parlé encore d'esclaves à propos de cette culture des terres.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. plus que jamais ^. Les paroisses de la banlieue de Paris seraient intéressantes à étudier à ce point de vue. et pour cultiver cette parcelle on lui attribue sa cabane et les instruments néces- 1. commencer à se reconstituer par l'effet du démembrement de certains grands domaines. maître de milliers d'hectares et de milliers d'esclaves ou de colons. et les 213 moyens d'en vivre. Il y a sur l l presque autant d'esclaves (disons de serfs pour cette époque) qu'il y en avait eu au temps des empereurs. Condition juridique des hommes. Cultures morcelées et paysans c'est la égaux de notre démocratie rurale. Ce n'est pas en ces siècles d'infortunes que la petite propriété avait chance d'échapper à la ruine. Il importe cependant de remarquer cjue la petite propriété semble. le travail France d'aujour- d'hui qui se prépare et s'annonce. qui ont bouleversé les habitudes de la vie. surtout aux abords des villes. plutôt que de les exploiter avec les risques de la liberté. en particulier en vue de la dotation des églises. et non pas division de la propriété. un clarissime de Constantin. qui travaillent ici et là au gré du maître ou de son intendant. ces immenses villas que nous avons vus à l'époque romaine restent. Ces esclaves ne sont plus groupés en équipes. et les derniers survivants de la médiocrité foncière préférèrent placer leurs terres sous la protection d'un grand et en jouir sans crainte comme fermiers. . tenanciers ou colons. Ces grands domaines. Sujétion valait mieux qu'indépendance. rien ne paraît changé de ce ' qui est réglé par le droit. dans son accord entre humain et les espaces de sa terre. n'est qu'une variété de l'aristocratie terrienne. J'ai dit morcellement de la culture. condien effet. la condition normale de la terre un leude de Dagobert vaut. en tant que grand propriétaire.

aux environs de . et pour toujours. plus de dix millions d'habitants ruraux. le petit propriétaire qui assujettit la sienne à un grand domaine. et sans aucun doute beaucoup plus. pour cette époque. Ferdinand Lot a montré que les terres cultivées de la France. il s'imposa à la loi. XXXII. dotée de millions de paysans \ ayant chacun sa maison et sa terre. terre qui en dépend. aucune législation ne le prépara. t. 1921). la dépendance sera absolue. Désormais il ne quittera plus cette cabane ni la Son fils lui succédera pour travailler l'une comme lui. . que nul ne se douta des voies nouvelles où entrait la Gaule chrétienne. DE LA GAULE A LA FRANCE. La Gaule est maintenant. et qu'elle doit durer. Et c'est à cela qu'on reconnaît qu'une œuvre sociale est bonne. la différence de vie est insensible charges et redevances sont à peu près les mêmes. la terre les a rapprochés en hommes égaux. Entre l'homme et ce lopin de terre. il s'opéra avec une telle lenteur. et le serf qui de père en fils cultive une portion immuable de ce même domaine. ni lui sans la terre. dira-t-on la nature de son être est désormais réglée par son métier de cultivateur. pour habiter l'autre comme lui. Entre l'homme libre qui afferme la terre d'un seigneur. Sa situation de fait est donc à peine inférieure à celle de ses voisins libres. « serf de la glèbe ». : : de remarquables Conjectures démographiques sur la 1. Dans France au IX^ siècle. Aucune guerre civile ne l'amena. fermiers. en ce temps-là. auxquelles j'adhère complètement (dans Le Moyen Age. Il est donc impossible de ne pas proposer. Que je voudrais savoir sous quelles influences morales.40 habitants par kilomètre carré. et elle a rapproché l'esclave de la liberté. Il résulta des mœurs et des faits.214 saires. sous quelles nécessités matérielles s'est fait ce prodigieux changement. tous habitent et travaillent de façon semblable. décisif pour les destinées de notre pays! Mais nul contemporain n'en a parlé. Le maître ne pourra vendre la terre sans lui. métayers ou colons. comportaient une population rurale équivalente à ce que nous voyons de nos jours. Un serf apparaîtra moins comme l'esclave de ce maître que comme l'ouvrier de ces champs et le serviteur de ce sol. il n'est plus la chose d'un autre homme.

les pertes subies. III. à l'ombre du régime féodal. Mais cet édifice se prépare également à l'aide des harmonies humaines transmises par le bases passé et que le mot de Gaule des prêtres et des écrivains. » Mais cela doit être dit surtout pour la France. qui ne peut s'effondrer nulle part. si l'Empire avait survécu à son fait plus grand désastre. etc. mais il y trouve son foyer. posées sur les le sol. qui touche partout le sol. la ils front contre les Germains et sauvé ce qui restait de l'Occi- devinaient que. sa capitale des derniers jours. p. p. la Gaule preaux yeux des lettrés et des poètes. elle lui 215 Cette terre est médiocre. herbes bénies du tées par les poètes chan- Voilà donc. l'heure de la Gaule des prêtres. et la Gaule seule. Études sur Barbares et le Moyen Age. l'homme peut disposer pour son de sa demeure d'une plante ciej et agrément et il les arbustes d'un verger ou les roses d'un jardin. voyaient que. Entre la maison qui abrite et la terre qui nourrit. De cullura hortorum (p. pour préparer les peuples à de meilleures destinées. 1845. Je songe aux très curieuses poésies de Walafrid Strabo. corps et figure de nation. Études sur l'histoire. 82 « La civilisation moderne repose sur un large fond populaire. derrière Rhin sa fron- 1. Cette maison est peu confortable. c'est par la base. « Ce n'est point par le sommet que se refont t. Cf. le seuil saura encadrer ^. » les : : . hommes et terres associés. c'est parce que la Gaule. de l'époque mérovingienne. des Poetae Latini levi Karolini). mesure que l'Empire romain déclinait. et qui. — rappelait encore à la pensée Nous avons parlé tout à Voyons celle des poètes. le jour où l'Empire tombele Gaule. etc. répare aussitôt.. dans les mutations les plus graves. 335 et s. 2. les fondements d'un nouvel édifice national'-. ramassée autour de Trêves.U ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. Voilà qui justifie les admirables paroles de Littré. aussi les remarques de de Pétigny. Ils la comprenaient mieux que soldats et poliils A tiques. mais donne son pain et son vin ou son cidre. Il fallait le travail lent et successif des faits et des idées. nait. avait dent latin. d'une société nouvelle. de sauge ou de verveine. 495 les sociétés. par une sève inépuisable. rait.

Rome avait vue s'échapper de ses mains lassées A chaque siècle. imperii. tu Sidoine Apollinaire. tibi pareat orbis. Carmina. Sidoine Apollinaire... l'évêque continue 4. églises naissantes au miUeu des bois. et Grégoire. 4. vers 540 et suiv. n'est pas encore tombé. siècles après lui. Deux tiers. d'amour et de gratitude. 7. et le poète Sidoine qu'il ne remette pas aux Gaulois le soin de protéger le monde. des mots plus touchants. l'éclat de tes héros. L'Empire est tombé. à l'endroit de cette Gaule. 516-7 (panégyrique d'Avitus) : Nam Gallia si te compulerit. Venance Fortunat. évêque de Tours. 8 : Te contenta suo Gallia cive placet. etc. identifie provincia Gallia et patria nostra. plaude libens. Et longtemps après lui. I. Elle leur paraît enfin digne d'être chantée en des vers imités de Virgile rial. III. etc. évêque de Poipareils ^ retrouve et ses des accents les en décrivant ses fleuves coteaux. Le rapprochement entre Ausone par Guizot (Hist. lisent chez de les respect. écrit à la façon de Salluste l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. proprias qua Gallia gyrique d'Avitus. : .. célèbre en Ausone de Bordeaux. tière. et qu'il rêve pour la Gaule le droit d'agir par elle-même et d'être une patrie *. reprendrait malgré les Barbares l'œuvre que ^... entre cent passages de ce genre. quœ jure poiest. 1. Carmina. C'est ainsi que j'interprète les très difficiles passages du panéPortavimus umbram 7. L'Empire Apollinaire. regrette épaules. III. tu as reçu en présents du ciel la gloire des trophées. "Voyez. : 3.216 DE LA GAULE A LA FRANCE. préfet du prétoire impéune poésie émue la fontaine divine de sa verdoyantes des rivières de la Gaule : ville natale. les rives on dirait que le vers latin a découvert les charmes du pays. Carm. 2. Promptissima niiper fulsit conditio. 7 Gallia. Epist. 7. et les routes parsemées de miracles chrétiens. de la et Venance Fortunat a été : fait « civilisation en France. ^. » Littérairement parlant. Fortunat. Il semble parfois que « l'ombre de l'Empire » pèse sur ses évêque des Arvernes.. vires exereret. 18® leçon) le consul. la fécondité du sol. se derniers fervents des lettres latines. le moine Walafrid Strabo chante la Gaule comme la plus belle des choses : « Heureuse Gaule.

les les poètes et les historiens. II. il la parole même par les rois et : faut laisser aux siècles le soin de propager l'écho et d'en émouvoir les âmes. un servir roi des Francs n'hésitait pas à se du nom de Gaule comme d'un mot de ralliement.. Hist. les égoïsmes et et ignorances des heures pré- sentes. Ce sont peut-être : plus beaux vers que la Gaule ait jamais inspirés Félix Gallia fortibus tropseis. de l'écrivain n'est point encore répétée comprise des multitudes. Le cas échéant. de les lois éter- qui échappent aux regards limités ou dévoyés des chefs et de leurs ministres. 217 marches empourprée par la splendeur du titre de royaume. Romame . Omne Galliarum Regniun de nece martyrum coronans. » Ce ne sont qu'images de poètes et propos de lettrés. des Poetse Latini sévi Karolini : Walafrid Strabo. Regni nomine purpurala magno. Mais quand à travers nelles des il s'agit de patries. Grégoire de Tours. il n'importe le mot de patrie est prononcé.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. toi. de martyribus Agaunensibus (p. la sœur et la compagne de la ville de Rome. Un mot de poète suffît à faire vivre l'idée souveraine. 367-8. l'appel magique est lancé. Ubertale soli.. éd. Hymnus . savent apercevoir les leçons du passé. 37. A l'origine lointaine de l'Italie moderne. 2. Franc. virum nilore.. Lorsque Clovis rejeta les Alamans au delà du Rhin et les Goths au delà des Pyrénées.. c'est la voix de Dante qu'on entend la première. lorsqu'on lui dit que «de tous côtés les hommes de la Gaule souhaitaient de les lui obéir » -. Et voici que les saints du Christ tissent autour de toi la couronne sanglante de leurs martyres '.. 35 MuUi jam tune ex Galliis habere Francos dominos summo desiderio cupiebant. soror urbis alque consors. dans les Monumenta Germanise). les droits âmes du l'idéal. Et quand bien sol. II. d'un emblème verbal propre à dissimuler les intérêts de son pouvoir ou son ambition de conquêtes. je n'hésite pas 1.

la seulement charmé par l'étendue des horizons grâce des vallées. ou a-t-il été parisiens. Julien.. un saint Rémi. VIII. toutes leurs conquêtes. a-t-il vu la carte. monde que Et parmi la Gaule était le ces actes. la richesse des moissons Voyez dans le même sens. et des idées de vaste domination et de lointaines frontières dont il était inséparable. pour être sa résidence et le siège de son royaume ^ été. Qu'on ne s'en tienne aux anecdotes pittoresques de Grégoire de Tours ou aux secs résumés de Frédégaire ou des esprits malavisés. les ont conduits aux frontières de la Gaule. cf. Lui a-t-on dit que Paris avait au quatrième il siècle. pr. 3.. pour juger ces rois. devenu roi sur la Gaule. Études 1. sans exception. ne songeant aux soirs de victoires que pour les trésors à prendre et les captifs à ramener. les études de Kurth. et que de là avait recon- quis la Gaule sur les Germains? Lui a-t-on montré qu'il n'y avait nulle part en Gaule un carrefour de rivières et de routes plus commode pour concentrer des armées et distribuer des ordres? A-t-il su l'histoire. ils avaient su ce qu'était la Gaule contre et ce qu'elle signifiait. Hist. etc. 4. Paris. Historia Francorum. et à croire qu'il sut tirer profit de ce vocable consacré par l'Église célèbre dans le monde entier. un saint Éloi n'étaient point de médiocres se Germains Alamans racontaient intelligences pas. L'unité morale du royaume des Francs est revendiquée par Grégoire de Tours. 27. II. incapables de pensées générales. la résidence d'un César. Champion. VI.218 DE LA GAULE A LA FRANCE. Leurs aïeux avaient été comtes et ducs d'Empire. Près de Clovis ou de Dagobert. et leurs batailles sur le les Rhin dans les vieilles chroniques. 2. 38 (cathedramregni). Je ne peux m'imaginer que ces rois fussent de simples Barbares. 1919. franques (2 vol. Grégoire de Tours.. : qu'on estime leurs pensées à l'étendue de leurs conquêtes et à la nature de leurs actes ^ Or. . tous leurs actes tendirent à montrer au des Francs ^. Fr. V. j'en vois royaume naturel un qui eut une : portée décisive pour l'avenir de l'unité gauloise ce fut Paris choisi par Clovis. recueil posthume).

après Lyon. disparaîtraient devant une règle unique.. . Barbares et infidèles se voyaient à jamais barrer le passage vers l'Occident. devenu le 1. il s'appuyait sur l'évêque de Rome. à Rutilius Namatianus. et cette fois la capitale définitive. hanta ». parlant de l'Empire romain (I. Les lois diverses qui régissaient les hommes. du monde qui se reconstituait. plus grands des rois francs. Dagobert. A peine atteintes les frontières de la Gaule. latin Aussitôt. Et. en Allemagne. César et Auguste. vers 47 et s. était marqué du sceau de Dieu. Il avait été créé pour convertir le monde au Christ. c. la variété des fleurs Nous ne le saurons jamais.). la fraîcheur des forêts. « L'ombre de l'Empire pesa sur pour reprendre le vers de Sidoine Apollinaire. après Trêves. accrue de cette Grande Germanie devant laquelle Rome elle-même s'était reconnue impuissante. enfin.Burgondes. je crois.).U ÉPOQUE et des fruits? DES ROYAUTÉS BARBARES. oublier un instant la Gaule *. qui leur C'était l'unité fit. et à réaliser le rêve qui. Patr. Romains ou Saxons. Clovis. La paix allait régner partout. le nouvel Empire. à Rome. en Espagne même. empereur. . t. par son origine et par sa vocation. Ils n'entendaient ce mot de Gaule que pour écouter le mot d'Empire. Le malheur est que Mérovingiens et Carolingiens ne comprirent jamais les choses qu'à moitié. Francs Saliens. réussit à se faire proclamer. CIV. Ce dernier. Comparez Agobard. Mais. Lat. il a donné à la France. en Italie. poètes et prêtres tressaillirent d'une allégresse nouvelle. Pépin et Charlemagne. après le puy de Dôme et le sanctuaire de la Loire druidique. / . les vaguement l'esprit de ses prédécesseurs. ce qui avait manqué à l'Empire romain. à son insu ou en pleine conscience. à eux aussi. 219 et des vignes. les deux Clotaire. il nous a donné une nouvelle capitaie. parlant de l'Empire chrétien et carolingien (Migne. ils se hâtaient de les franchir pour soumettre de nouveaux royaumes. 113 et s.

. ne fut que fantôme et fantoches. et son chef. et ce fut dès le fils du fondateur. chacun de ces groupes revint aussitôt à ses errements. à l'exemple de l'Empire romain. et lorsque la volonté manqua au chef de l'État. très inJgal d'ailleurs. là l'Italie ou ailleurs la Germanie. Charlemagne mis à part. « tête de la terre ». en fils. et Aix n'était encore que « la chapelle » du grand roi. avait reçu d'un évêque l'onction royale et du pape la couronne des empereurs.. C'était Rome et sa valeur sainte de capitale. Pour qu'il vécût. Lehuërou. il n'existait plus que de nom. faisant un roi de chacun de leurs alors qu'il n'aurait fallu avoir que des fonctionnaires autour d'un Auguste. 1 1. livre très original. carolingiennes (1843). sibles : 1. 596. On lui obéissait. des institutions mérovingiennes . il aurait dû. Charlemagne.. borna peuplades du présent. homogène et permanente. Les empeGaule. surveillées sur ici la place par un gouvernement Il sévère. qui avait pire : morale de l'Empire des Césars. s'étayer à l'intérieur sur de soMdes assises provinciales. Charlemagne ne sut jamais l'organiser en puissance militaire.220 DE LA GAULE A LA FRANCE. C'était la Gaule qui faisait la force matérielle de l'Emil en était issu et elle servait de lien entre ses domaines. t. il est vrai. p. Cf. qui fût respectée comme un être divin. Cet Empire tenait uniquement dans la personne du chef. Mais le nouvel Empire. premier évêque de la Chrétienté. cinquante ans plus tard *. Rome ne comptait plus guère dans l'esprit des peuples. rempli de vues d'avenir. les se à rapprocher l'un de l'autre royaumes ou les reurs aidèrent eux-mêmes à morceler l'Empire. de toutes les manières posil commandait aux hommes en personnage sacré. Il manqua à de Charlemagne une capitale traditionnelle. Un demi-siècle après sa fondation. et que de souvenir. aucune ville ne l'avait remfait la force celui placée. Hist.

L'idée que l'Empire de Charlemagne est déjà un État féodal a été développée par Lehuërou. et un principe commandements personnels. Jamais rêve humain ne fut plus vite dissipé que l'Empire de Charlemagne. de «la chose publique» mais. 1. des institutions. et la façade impériale n'était que le masque momentané d'un monde déjà féodal'. Cet Empire ne portait aucun Il n'avait point d'histoire. 2. : Mais. qu'il arrête et fortifie du moins le cadre de son Empire. et sa flotte se dispersa. Ceux qui parlent ainsi veulent ignorer les Normands. sans laisser de traces. il n'était pas nom qui fût vraiment à lui. il aurait mis définitivement un terme aux grandes invasions germaniques. Jamais lendemain d'Empire ne fut plus lamentable que les années qui suivirent la fin du rêve. ainsi que l'avait fait l'Empire romain de la belle époque. cette fois. comme l'avait été Rome et son Empire. t.L'ÉPOQUE DES ROYAUTÉS BARBARES. 221 en chef d'État. Or son armée ne fut jamais qu'une armée errante. 419. invasions de Barbares. organiser une armée de frontière et des flottes de surveillance à défaut de centre et d'unité. en évêque des évêques. Chargé de protéger l'Europe contre les Barbares. Charlemagne aurait dû. à propos de l'Empire de Charlemagne. en roi des Francs et en empereur. Toutes les catastrophes qui avaient assailli le monde à la chute de Rome se répétèrent. respublica. à part les juristes attardés du palais. 611). en seigneur des seigneurs. p. et ignorer aussi que les Saxons n'étaient plus guère des envahisseurs dangereux. et royautés surgissant de partout 2. au premier vent qui amena les hommes du Nord. et reprise par Fustel de Coulanges (t. p. II. guerres civiles et démembrement de l'État et de la Gaule. On par: bien à nouveau delà. une patrie. les mers aux pirates. : . la même assertion erronée qu'à propos de l'Empire romain en conquérant la Germanie. VI de VHist. On retrouve. Il eût mieux valu une seule manière d'être au-dessus de tous lait les le maître. il resta le royaume de France. personne ne pouvait ou ne voulait définir ce mot. commepouvaitl'êtrela Gaule.

Vieweg). On a dit beaucoup de mal du traité de Verdun qu'il : 1. Hachette). la Le traité de Verdun. Le roi de France. — Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de gloire de Charlemagne. L'imagerie chrétienne. IP p. Renaissance romane et architecture de pierre. Universalité des mots Francs et Français. Paris. Paris. Bouillon). . (1901. et nationale. Voir surtout Pfister. Champion). Études sur le règne de Robert le Pieux (1885. Lot. Il n'y a plus qu'un roi en France. Paris. Études sur le règne de Hugues Capet et la fin du X" siècle (1903. fusion des races. Lot. Valeur souveraine du titre royal. espérances de Gallicanisme. Paris. Nouvelle vitalité du sol et des routes. le résumé de Luchaire. II. — Le patriotisme français à sa naissance. Les derniers Carolingiens (1891. Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les villes. — L'idée de Gaule toujours dans les écoles. traité de Verdun reconnaît la France. Histoire de France de Lavisse. empereur dans son royaume. — Formation d'une langue française. t. Retour aux habitudes de la civilisation classique. sanctionna l'existence publique du royaume de France et lui assigna quelques-unes de ses limites naturelles.VIII LA PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE DERNIERS CAROLINGIENS ET PREMIERS CAPÉTIENS* Le — — Forces nouvelles des provinces des petits pays. De l'opinion publique vers l'an mille. Velléités de constitutions. — — — — — — — — — — et vit la — « Avènement d'une littérature française Chanson de Roland ». qui démembra l'Empire de Charlemagne. — Paris s'annonce de nouveau comme capitale.

. et aussi. la Loire et la Garonne en l'entier de leurs bassins. doit être interprété. c'est parce qu'on le laissa faire. J. Germanie. qu'il mutilait la France en donnant à la Germanie la rive gauche du Rhin. nul ne pensait qu'ils ne fussent point des Francs c'étaient seulement « les Francs du milieu ». sans tenir compte des lois naturelles du sol et des traditions historiques des peuples. le plus passionné des hommes. 223 recommençait les sottises des partages mérovingiens. était sans doute rejeté bien en deçà du Rhin. Cet ensemble. celui de Paris et d'Orléans. 1. non pas avec l'idée. la Saône et le Rhône sur leur rive droite ^. Le passage des lettres de Gerbert (édit. Le nom de Germanie ne franchit pas le Rhin pour pénétrer jusqu'à la Meuse il resta limité par les eaux du fleuve. jusqu'aux Pyrénées. vague héritier de l'ancienne Austrasie. et des habitants de ce royaume. que je crois fausse. la Seine et tous ses aflluents. 1889. et on a dit aussi que c'était un acte insignifiant. Par endroits seulement. p. port du Rhin sur la rive droite. n'eût point osé prononcer que cette Alsace était terre germanique K Le royaume des Francs occidentaux. de Bourgogne ou de Provence. conquérir et voler à sa guise. Havet. sans portée pour l'avenir. De la Gaule il recevait l'essentiel. ces puissants rivages de la Manche et de l'Atlantique où pouvait se reconstituer la fortune de la marine armoricaine. lettre 39. jusqu'à la Méditerranée du Languedoc. en deçà même de la ]Meuse on ne lui concéda qu'une Gaule amputée. que Brisach était encore sur la rive gauche (l'a-t-il même jamais été?). Gerbert lui-même. au temps où il aima les rois d'outreRhin et où ils possédaient l'Alsace. et d'une manière intermittente.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. collection Picard. 37). les énergies terrestres les plus actives. gens d'Alsace. de Lorraine. et si plus tard le roi des Germains se déclara maître en Alsace. puis entre les Alpes et le Rhône. Mais enfin il allait jusqu'à l'Océan. Mais au traité de Verdun les terres orientales de la Gaule appartenaient à un royaume distinct. Rien de tout cela n'est vrai. puis en Lorraine. Germaniim Brisaca Rheni [Rhenann] litoris. était en 2. qui : : . mais comme si Brisach.

aux terres qui se tenaient. Gabriel Monod. de Syriens. Bretons d'Armorique. qui avaient toujours vécu ensemble : Tous les hommes de cette contrée étaient appelés des Francs ou des Français. formait un bloc compact. de Juifs même car avec une politique habile et point de préjugés religieux on pouvait faire de tous les Juifs des s'étaient répandues sur la les J'imagine que parmi : 1. aux hommes qui se ressemblaient. tel que l'histoire l'avait préparé. dans un article célèbre {Annuaire de VÉcole pratique des Hautes Études pour 1896 Du rôle de l'opposition des races et des nationalités dans la dissolution de l'Empire carolingien) les traités de Verdun (843) et surtout de Mersen (870) ont contribué « à isoler les pays par lesquels se faisait le contact et le mélange des races ». La Marche d'Espagne. Personne ne pensait à dire « roi des Francs et des Bretons ». le traité de Verdun traça pour le royaume des Francs occidentaux un empire tout d'un tenant. La fusion se faisait entre les populations disparates qui Gaule au temps des invasions. en réservant pour lui le nom de Francia et de France. Quelle que fût leur origine ou leur langue. en une seule formule. 2. il leur servit à l'une et à l'autre de titre et de symbole. etc. s'étendait du cap Cerbère* à la pointe du Raz. dans le regnum Francorum. et comme naturellement. ^. : : . s'en détacha peu à peu. qui relevait de la Francia de Hugues Capet. Ce nom ne fut plus un vocable mobile et flottant qui suivait un peuple dans ses conquêtes il s'attacha à une contrée et à la nation qui l'habitait. « le royaume des Francs ». Les hommes du temps le reconnurent presque aussitôt. Flamands de Flandre ou Basques de Gascogne étaient incorporés. aux peuples Tandis que les partages mérovingiens avaient découpé la Gaule en domaines enchevêtrés où disparaissaient les contours du sol. tel que la nature s'y fût résignée. de l'embouchure de l'Escaut au sommet de la Rune et au col de Roncevaux. de Goths. Francs de Hugues Capet il y avait bien des petits-fils de Sarmates.224 DE LA GAULE A LA FRANCE.

p. lors de l'arrivée des Goths. Pourtant. et. 631. qui frappa d'admiration les chroniqueurs des âges suivants K Invasions et pirateries s'arrêtèrent : les Normands et leurs ducs devinrent de bons Français. JuLLiAN-.. Lair). ils donnaient naissance à des enfants de l'espèce que la Gaule avait formée depuis des siècles. outre l'ensemble du récit et des discours. c. l'atmosphère physique et morale de la France. livre II Dacia (les Normands) sorte iuos qum GaUis millis alumnos. Lair. 647-8. Cinq siècles auparavant. les mœurs et l'ambiance. Normands dans la férus d'ordre et de discipline. la Normandie recouvra cette richesse l'Empire romain. Grâce à eux. c'est de savoir courir sur la mer. 1. ils se mirent à la culture et à l'élevage en habiles praticiens du sol. c. '2'15 Francs de langue. Le sol. agissaient sur ces êtres différents.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. CXLI. 144 de l'édit. etc. C'est qu'il y avait dans cette Gaule bâtie pour l'unité. les empereurs de Rome avaient escompté un succès pareil lorsqu'ils donnèrent le Midi de la France à des rois goths et à leurs armées -. Ceux qui décidèrent les le roi Charles le Simple à installer province de Rouen. ils oublièrent leur affreux langage du du Nord pour parler latin ou français. au bout de deux ou trois générations à peine. des ferments de vitalité morale et d'entente humaine qui manquaient à l'Empire romain. incohérent et vieilli. IS . la fondation du royaume goth ébranla pour la chute finale l'Empire romain. et la seule chose qu'ils aient retenue de leur passé. t.. d'esprit et de caractère. Patrologia Lat. très dévots à la religion Christ. lui parlent dans les mêmes termes que ceux de Charles le Simple comparez Amniien MarceUin (XXXI. p. 4) et Dudon de Saint: : Quentin {ibid.. Migne. — De Gaule à la France. dans cette France nouvelle qui voulait durer. et la fondation du duché de Normandie aida la France à se reconstituer. l'extraordinaire apostrophe de Dudon de Saint-Quentin. ont réussi un coup superbe. et cette valeur maritime que les Romains avaient aussi agricole qui avait été son lot sous méconnue. 165-6 de la l'édit. Voyez. 2. Les conseillers de Valens. 4.

des documents furent inscrits au nom du roi des Bretons. La France avait un vivant ne pouvait en avoir qu'un. il a recouvré le privilège du pouvoir suprême usurpé par le titre impérial au temps de César ou de Charlemagne. furent obligés d'aller chercher ce titre de la France. maître entre Loire et Pyrénées au temps du roi désiré échanger contre ce titre de roi leur titre de Robert. des rois de Bourgogne. duc d'Aquitaine. en tant que puissance indiviroi et sible et perpétuelle. Quelques seigneurs. ce fut pour lui assurer la succession de la royauté. des rois de Provence. Sous la dynastie qui commence à Hugues Capet. . le principe de l'unité royale devint absolu. Eudes de Blois sur les terres d'Empire. on eut pendant quelques années des rois de Lorraine. Personne ne pensait plus qu'il pût y avoir plusieurs rois en France. et le mot de monarchie fut également prononcé à la cour de Guillaume le Grand. Mais ce furent velléités d'un jour ni au delà ni en deçà de la Meuse la Gaule ne vit durer d'autre royaume que le royaume de France. En France même. en Gaule ou en France. Et si Hugues de son fit roi son fils Robert. le comte de Flandre se crut un souverain et parla de sa monarchie. comme au temps des héritiers de Clovis ou de Pépin. le plus célèbre et le plus magnifique des seigneurs de son temps. le titre de roi est en notre pays le signe de l'unité nationale et de la vie commune. Guillaume d'Aquitaine en ItaHe. et ceux des grands seigneurs de cette époque ardente et ambitieuse qui voulurent quand : même loin être rois. sans parler de ceux qui réussirent plus tard à l'acquérir au delà des mers ou au sud des Pyrénées. eussent comte ou de duc. Guillaume de Normandie en Angleterre.226 DE LA GAULE A LA FRANCE. Entre Meuse et Rhin ou entre Rhône et Alpes. France et royaume se confondent désormais.

Richer. et de régler les croyances des fidèles le monde et l'élu : : ne comprenait pas encore ces choses. que des textes contemporains de Robert. dignitas Romani imperii ex loto non peribit.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. imperat aller Quique régit gaudens virtutibus. et si les Meuse qui leur servait de Germains insistaient pour faire sonner plus haut le titre impérial. Adalbéron (édit. le traitait d'égal à égal sur les bords de cette frontière commune. Et on eût rois également fait rire bien des évêques de France. t. Huckel. ab antecessoribus herediiario jure sibi debitum (Pertz.imperal seque. empereur des Romains. 227 Le roi des Germains avait rétabli à son profit ce titre le d'empereur. Mais on eût fait rire le roi de France. ce titre d'Empire romain n'était plus qu'un hochet dangereux ramassé par un Germain dans les décombres des ambitions disparues. Voyez les réclamations de Henri sur le palais d'Aix. écrit vers 954 (Migne. si on eût dit que son royaume faisait partie de « l'Empire des Romains » et que ce mot de imperator ou d' « empereur » signifiait suzerain des le monde ne comprenait plus ces choses. vers 280 et 398 primi duo sunl : aller régit. Quamdiu reges Francorum duraverint qui Romanum imperium tenere debent. évêque universel. Pair. les écrivains de France racontaient que les prédécesseurs de leur maître. pour cette formule. Scriptores. 71. dans le libellas de Anlichristo de Adson de Luxeuil. Lat. Quiconque était roi de France y régnait comme empereur". c. Quant le roi le roi Robert de France avait une entrevue avec il de Germanie. l'avaient également possédé. p. CI. De même. VII. et que l'aigle impérial d'Aix-la-Chapelle avait tenu entre les mains de leur roi Lothaire ^ A vrai dire.. 1295). et on disait souvent qu'il était maître à Rome du pape. 1901). Charlemagne ou Louis. 225). si on eût dit que l'évêque de Rome avait le droit de les juger et de les nommer. 2. III. quia slabil in regibus suis. : Nam . rois et évêques de France n'entendaient point que le pape de Rome transformât en autorité réelle les 1. Jene donne. ces souvenirs n'étaient plus qu'une affaire d'érudit. t. IV.

Cf. l'héritage impérial. et qu'au bord de la moine se disait plus puissant qu'eux. qui consistaient à être les rois de France. 130 et s). C'est si on mesure la force d'un roi à l'étendue de ses fermes et au nombre de ses coffres. le concile de l'édition Waitz) : . IV. dire à ses aussi. cassum et irritum ficri. retenues de Hugues Capet n'eût pas hésité à interévêques de répondre à un appel pontifical. sous Robert (Richer. Gallicanisme remarquablement mis en lumière par Lot (Hugues Capet. Quel faire. Guizot. et encore suis-je tenté possible. au besoin qu'ils et ses évêques auraient su rappeler ne . Hugues et Robert détenaient la force et la richesse éminentes. une valeur telle une souveraineté qui agit par cela seul qu'elle existe. seraient jugés que par les conciles. Le Gallicanisme faillit naître aux mêmes heures que la France \ et confirmés roi s'est complu de nos jours à railler la faiblesse de ce au premier siècle de la dynastie capétienne pauvre sire errant de villa en villa. cette supé- qu'on en puisse Garonne un que soit l'emploi que la royauté française est riorité fût-elle sans force. « Dès qu'un mot ». 2. car le nom seul d'un pouvoir illusoire de Chelles.228 DE LA GAULE A LA FRANCE. plus d'une fois de ne voir en ces propos que boutades d'historiens et désir d'établir un contraste saisissant entre les ennuis politiques d'un Hugues ou d'un Robert et la royauté triomphale d'un Philippe-Auguste ou d'un saint Louis. a dit un homme qui connaissait bien l'influence des mots et des idées. 89. Je m'inquiète peu de savoir que leurs ordres n'étaient point obéis. elle excite les désirs des hommes. 1. et ils ont raison. Je n'ai pas à rechercher ici les causes du très rapide avortement de ce Gallicanisme. « dès qu'un mot désigne une supériorité quelconque. 169 Plaçait sanciri. p. lui formes de préséance qu'il avait. à peine plus fort et plus riche que : On le seigneur de Montlhéry. si quid a papa Romano contra patrum décréta suggereretur. En réalité. son voisin et son ennemi. p. élus que par leurs églises que parleur roi '.

ab les bien analyser faits Aqnitaniam tangit. Le royaume de France était à l'image d'une église. Le serment de fidélité. Pair. L' « ombilic » druidique des Carnutes était parfaitement connu rappelé vers l'an mille (Aimoin. sur les retards qui en gênèrent longtemps l'exercice. d'en marquer l'origine et la nature. Essais sur l'histoire de France. Il était il seul à posséder titre prestigieux au-dessus duquel il n'y a que nom de Dieu.. p. » Je n'ai pas à insister sur les ombres qui passaient devant ce pouvoir. t. sœc. les ordres monastiques voyaient en lui l'ancien abbé de Saint-Denis et le protecteur naturel de leurs privilèges le roi : Les évêques tenaient l'ordre de Cluny lui-même. et il propageait avec enthousiasme Guizot. et d'ailleurs il les confirmait dans leur titre. De ce Dieu. et : oriente Burgundiam. l'hommage féodal unissait à lui tous les seigneurs et tous les hommes du royaume par un lien continu qui de proche en proche pénétrait jusqu'aux plus lointains et aux plus humbles. au temps où nous sommes : arrivés. De sa justice on ne pouvait en appeler qu'à celle de Dieu. avait reçu l'onction sainte. l'élu sur la terre. était le représenil tant. Lai. Le roi de France était le le roi unique et roi partout.. Pareil à un Saul ou à un David. d'en suivre la durée et de ces énergies. Et à de géographie politique. 3. aidait la royauté dans sa tâche. s'appliquait également : à la piété des Chrétiens et à l'obéissance des sujets rebelle était sacrilège. je désire surtout parler ici des énergies latentes ou visibles qui ont soutenu la France. 84 de la 1. p. du tombeau de saint Benoît à Fleury. II® essai. c.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. un presque pour un des leurs. et celle-ci s'appuyait volontiers sur son cher monastère de Fleury-sur-Loire. CXXXIX. comme jadis le sanctuaire druidique dont il occupait peut-être la place-. 2" édit. Fleury. cela résulte en auslrali parle . 364 ) A septentrione Franciam. IP p. malgré son envergure internationale. au début du xi« siècle (Ada sanclorum Ordinis s. la plus pleine et la plus présente était la royauté. 1824. fides.. Fleury se croyait et se disait au centre de la Gaule ^. et le mot de un « foi ». 229 est encore un pouvoir'. 635). Benedidi. ab 2. IV. Thierry' de Fleur>' ou d'Amorbach écrit.

c. tandis que les juristes latins invoquaient surtout les droits du chef de l'État.230 DE LA GAULE A LA FRANCE. CXXXIX. Le roi enfin. CoUectio canonum. ne point se laisser exalter par la prospérité. pardessus tout. tel est encore le devoir du roi. CXLI. 10. et qu'elle juge entre tous sans acception de personnes. Éviter la colère. res publica : mais. avaient transformé devoirs. le théoricien intelligent et convaincu de la royauté nouvelle ^ « C'est le propre de la justice du roi qu'elle n'opprime personne de sa puissance. Pair. Abbon. de décourager les impudiques et les histrions. par toute cette Gaule la splendeur du nom royal. Il lui appartient d'empêcher le vol. Hymni. le conseiller du roi Hugues. et qu'il fuie le contact des devins. semblable à l'empereur romain ou au magistrat des cités antiques. garder à l'Éternel la foi catholique. Elle est la sauvegarde des étrangers. 344. Fulbert de Chartres. c. A l'inaugura \ Aux le jours des grandes solennités. de réprimer l'adultère. convergence qui a peut-être été également la cause de l'installation du concile druidique en cet endroit. J. des sorciers et des pythonisses. façonnés par l'esprit de ces droits en autant de Écoutons Abbon. de châtier les impies et de punir par la mort les parricides. de minislerio régis. être le protecteur des églises et l'aumônier des pauvres. Qu'il ne confie qu'à des personnes justes l'administration du royaume. « défendre avec justice et courage la patrie qui lui est confiée. Voyez dans le même sens. le chef de l'abbaye de Fleury.j t. Lat. Lai. 477. se réserver chaque jour des heures pour prier ». Patr. qu'il prenne les conseils des vieillards et des hommes sages et désintéressés. . t. était le gardien suprême de l'État. 1. de « la chose publique les ». détourner ses flls de l'impiété. canonistes du régime français. Le roi doit l'Évangile. vivre en Dieu par toutes choses. 3. et. des orphelins et des veuves. Migne. : i droite ligne de la convergence vers ce point de plusieurs cités gauloises.. » le duc de Normandie comte d'Anjou pouvaient amener avec eux de plus ou nombreux et de plus brillants cortèges c'était au roi de France qu'appartenait la gloire de l'heure. d'abaisser l'iniquité.

Pflster. Seigneur. 238). cria par trois fois : « Paix paix paix ! ! ! » ^ dire la paix du roi.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. et de reprendre les habitudes des joies familiales et du travail régulier. Le roi était l'espérance de millions d'hommes. qu'elle doive à cette communion les élans les puissants de sa foi de patrie. et à haute voix : prie . est suivi d'une assemblée d'archevêques. et que ta miséricorde nous a confié. publique dit . comme on disait la ou la paix de Dieu. reconstitution du l'Yonne. est avec elle : et le peuple. c'est le roi Robert qui préside encore. des troupes innombrables sont venues de tous les lieux du royaume. Aux ». levant les mains au ciel. de gouverner pour le royaume et de garder ce royaume. de pieux évêques et de saints moines ont apporté avec eux les reliques les plus célèbres à chaque instant des miracles se produisent dans les rangs de la multitude. p. et la Héry est dans y a eu une opinion justement Ferdi- époques même les plus sombres. nous l'avons éprouvé nous- mêmes dans le la Grande Guerre. le plus obstinément dispersé dans les libres allures et les jalousies ombrageuses des individus. » Au concile d'Héry pour la paix. y compris « les basses classes ». c. qu'on ne me reproche pas d'appliquer à l'an t. le peuple au monde plus hostile à l'autorité d'un guide. il Robert préside. Que ce '^ mot et d'opinion publique ne provoque aucune surprise 1. L'opinion publique était pour le roi de France. on sent que la vertu de Dieu s'agenouille devant l'autel. nous. assoiffés de repos et de sécurité. « concile par 172-3. 2. qu'elle dirige toutes ses pensées vers la pensée d'une seule âme plus de chef. Et qu'une nation entière mette en un homme On aurait pu justice du roi le principe de sa vie et l'assurance de son salut. Lat. Voyez les récits d'Helgaud. 925-7. la foule le voit et l'entend il alors il Dieu « Donne-nous. il CXLI. Patrol. : d'évêques et d'abbés. a nand Lot (Hugues Cupet. en présence de son roi.lp.. tioii 231 le roi de la basilique de Saint-Algnan à Orléans. qui est tien.

servait de lieu ments communs. et. maître et le : le pèlerinage pour les dévots. en ce temps-là autant que de nos jours. ce qu'on y entendait. chez ces hommes qui se connaissaient depuis l'enfance. le marché pour les paysans. Pourquoi Robert n'auraient-ils point réfléchi sur les affaires du temps. et il n'était pas nécessaire que l'autorité publique en tînt compte. Et le seul fait d'être ensemble. contemporains du roi du dix-neuvième siècle. la fontaine pour les femmes. Mais je ne saurais admettre que le roi et ses conseillers n'aient point cherché à savoir ce que le peuple désirait. Car même sous les premiers Capétiens. à satisfaire à ces désirs et j'entends par le peuple les plus pauvres comme les plus riches.232 DE LA GAULE A LA FRANCE. un paysan de France. et l'église pour tout le monde. faisait germer en eux des idées et des opinions générales. le plaid pour les seigneurs. On avait. éloignait les esprits du terre à terre quotidien. de réunion à des senti- L'église. et. Ces premiers temps de la dynastie capétienne furent ceux où l'homme de France commença à réfléchir sérieuse- ment sur ses destinées : je ne dis pas ses destinées reli- . manifesté leur pensée? Assurément. cette pensée n'apparaissait pas au grand jour de l'écriture. On s'y groupait le dimanche et bien des jours de la semaine. vingt occasions de parler politique l'école pour la jeunesse. elle faisait fonction de place publique. Ce qu'on y voyait. dans une certaine mesure. travailleur méthodique et tenace. à la façon de la nôtre. courbée sur la charrue et docile à son maître. Elle était assez vaste pour contenir le quartier d'une ville ou un village de la campagne. au besoin. et il me semble impossible qu'il fût une simple mille l'expression favorite les : bête de somme. surtout. et qu'il n'eût jamais le courage de discuter ce goût de parler politique. savait que le sort de ses cultures dépendait de la marche des affaires publiques.

2. 129. distincte de celle de leurs voisins. « Les uns sont nobles et les autres esclaves ». les paysans du Valois et du Vermandois éprouvèrent sans doute qu'il y avait une différence entre les uns et les autres K Un Chrétien sentait que de par le Christ aussi bien que de par la nature. Je ne crois pas qu'il faille voir de vains propos. 823. Lorsque les paysans de Normandie décrétèrent que l'usage des eaux et des forêts leur serait commun à tous. et la solidarité qui unissait les plus riches aux plus pauvres. quelquesuns rappelaient énergiquement aux grands chefs cette liberté et cette égalité primitives de tous les êtres humains. Guillaume de Jumièges. et quand les bandes de l'empereur Otton vinrent menacer Paris et que l'armée du roi Lothaire les refoula jusqu'aux Ardennes. 127). CXXXII. p. : c'étaient celles de l'adolescent qui porte enfin son atten- tion sur les problèmes de la vie.Migne. CXLIX. parce que externo régi servira non honaerit.t. P. Ces réflexions pouvaient être naïves et maladroites mais tiques. Migne. Lat.. une langue à eux. 2. je ne peux accepter qu'ils agissent en imbéciles.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE.. de suis visceribus regem{éd. il a pu n'inspirer que dans ces dernières années de longues théories les contemporains du roi et des livres sensationnels Robert connaissaient l'idée aussi bien que nous. Marx (1914). livre V. p. 11). cliap. . Les gens se sont aperçus çais. il était né homme libre. gieuses. Pair. ou dans celle de Réginon {Chronique. L. réglé par des lois nouvelles et contrôlé par leurs délégués. Kurze. et qu'ils étaient Francs ou Franqu'ils parlaient non pas Germains ou Tudesques. Parmi les prêtres qui leur enseignaient la loi. 73 de l'éd. c. c t. 233 dont le prêtre s'occupait> mais ses destinées polique Dieu laissait à la merci de simples mortels. disant qu'on écarta Charles de Lorraine au profit de Hugues Capet. lui écrivait un : 1. Ce mot de solidarité a beau être né d'hier. à l'année 888). et qu'il avait droit à une part d'homme sur les biens de la terre. sous la seule impulsion de la convoitise ou du besoin d'un moment^. par exemple dans cette parole de Richer (IV.

que deviendrait noble? Le roi lui- même c'est et les évêques sont les serviteurs de leurs serfs. L'autorité royale était absolue en droit. que les prêtres prient les esclaves. Un roi de France devait à l'opinion publique de s'entourer de sages conseillers et de les écouter. Cf. De même. foires. . de Tocqueville. L'Ancien Régime el la Révolution. à la veille de la Révolution Française. : doivent leur luxe et leurs Que les nobles com- battent. 2. Et voilà trois demeures dans cette maison de notre Père. eux. Désir d'indépendance et acti- 275. Voyez la poésie d'Adalbéron. ^. en ce monde chrétien et franc. qui me font songer à ce mot ^. n'eût certainement toléré les abominables tyrannies d'un Néron ou d'un Caligula. et aussi 245Et je ne cite ces passages qu'entre dix similaires. ce n'était point sous la poussée du malheur et dans l'excitation de ses misères c'était : au contraire parce tiative. que chacun laboure sa terre avec plus de sécurité. et que la foule accourt aux rendez-vous des 1. filleule de l'autorité divine. 3. » Nul. vers 287 et suiv. car à la sueur et aux larmes de ces misérables qu'ils plaisirs. l'on croit que unique et la même pour tous.234 DE LA GAULE A LA FRANCE. travaillent. en 1856. c'est parce que la paix est revenue. écrit livre III. si le Français parle plus haut et plus clair. aspirait Lorsque. Voyez la poésie d'Adalbéron. chap. 4. « évêque de Laon mais s'il n'y avait pas l'esclave pour le peiner et produire. Ce serait un excès de langage que de pro- noncer le mot de roi tourage du mais des hommes de l'enconstitution Robert ont parfois rêvé de lois politiques. le peuple à la liberté.. au lendemain de l'an mille. : écrites et connues. les que trois quarts de siècle d'une prospérité inouie avaient répandu partout l'esprit d'ini- moyens de s'instruire et le courage de dire sa pensée *. on n'admettait point qu'elle ne fût pas consacrée au bien. que les denrées du paysan ou les marchandises du bourgeois se vendent sans peine. mais.

chef de police sur des terres à demi émancipées. Si brutal que soit le châtelain. ce terrible villicus jadis si redoutable à ses compagnons de servitude. de gangue seigneu- . La terre. campagnes. esclave. Mais leur ancien maître n'est plus le maître de leur personne. les seigneurs pactisent avec les temps nouveaux. 235 vite matérielle grandirent ensemble sous les premiers Capé- à qui t-chut la chance inespérée de présider au réveil de toutes nos ressources nationales. l'a préparé à la liberté dans Chaque jour de nombreux chis sur les : : quelques générations. surveillant d'hommes libres comme lui. le jour où elle a fixé l'esclave sur elle. il n'est plus que le propriétaire de la tenure ils ne lui doivent plus services de corps. qui lui soit comparable pour la splendeur de ses cultures. de major ou de maire ». et il lui arrive même quelquefois d'oublier qu'il dépend d'un chef et lui doit titre compte de ses « actes. lorsque l'autorité et la propriété seigneuriales s'affaibliront et disparaîtront. L'intendant du domaine. et ils sont toujours à elle. à son tour. mais redevances de jouissance foncière. disait-on. c'est lui qui rendra la liberté à la terre. la liberté ne les enlève pas à la terre.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. paysan s'apprête à fonder une société nouvelle. En maint endroit il prend le La commune rurale se dégage. Et cette terre qui produit de nouvelles richesses produit en même temps de les Dans redevinrent un titre de gloire pour la France : nouvelles libertés. moissons et vendanges de Gaule il n'y a pas de terre sous le ciel. et la parcelle de sol cultivée par le laboureur deviendra le domaine absolu de l'ancien du paysan Ubre. si farouche que soit le manoir. tiens. Ils restent quand même sur les champs qui leur sont confiés. serfs de la glèbe sont affrandomaines des monastères et des évêchés. petit-fils rural qui travaille avec acharnement. la avec ses paysans et son magistrat. fils du serf de la glèbe. et aussi sur ceux des seigneurs. est à présent un Dans ce monde le on sent que homme libre. cette terre n'est pas encore à eux.

terre qui s'enrichit. comme marchés . Et alors. voilà qui va ressusciter en Gaule les formes rajeunies de la vie civilisée. Caen. à Bordeaux de la montée des Salinières au parvis de Saint-Éloi. et les forêts et les pacages qui entouraient la villa gallo-romaine. temps oCi. quartiers de forgerons. « la cité construite par les derniers empereurs romains. des images pour décorer les temples et les demeures. « rues neuves ». riale transmise par quinze siècles d'aristocratie foncière. de ces « bourgs neufs ». marchands et ouvriers s'installent au voisinage de la vieille enceinte impériale. de leurs confréries de piété ou de leurs sociétés de commerce. Mais. villes qui se relèvent et esprit qui se réveille.^entre^bien d'autres. était siège ou seigneurie du comte ou de l'évêque. mais où les salles d'armes sont remplacées par les entrepôts de draps. Là aussi. tendent à devenir communaux du village K Dans les villes. Après de longs siècles de 1. 212. des monuments pour revêtir le sol. le temps n'est pas éloigné où. 1) l'œuvre essentielle. des poètes pour égayer les loisirs. à Marseille au fond du Port Antique et en lisière de la Gannebière. n. et pour toujours. « hôtels » des gros bourgeois. C'est le Lille. autour des monastères suburbains. et au milieu ne tardent pas à s'élever les maisons de pierre.236 DE LA GAULE A LA FRANCE. tout comme dans les villages. à Paris sur la Grève ou le Marais qui bordent la Seine. hautes et fortes à l'instar de donjons seigneuriaux. sortira le désir de l'indépendance communale ^ Société qui s'organise. s'éveillent 2. depuis que les Barbares du Nord se sont retirés. des maîtres pour instruire la jeunesse. mis à l'usage des les » manants. de barriques ou de poisson salé. ce sont bourgs. marchés et marchands. de « fabres » ou de « febvres ». aux places de foire qui précèdent les portes. Elle esquisse sa fortune propre. J'ai déjà cité (p. tassée et serrée par ses remparts et son château. Montpellier. « grandes rues ».

ainsi qu'avaient fait Ausone pastichant Virgile. . La les civilisation antique avait recherché la pierre ses ' pour demeures de dieux et de ses chefs ses églises. rapportée 1. la naissance de ce style architectural que l'on a appelé» l'art roman». de sa laissées nationale. lassitude ou d'impuissance. On discutera sans doute longtemps sur les origines de romane' : l'architecture de toutes les formes de l'expres- sion artistique. pour donner enfin à l'art de nos pères une allure terre. Je recommande particulièrement l'article sobre et nourri de Brutails. le Français du Moyen Age les consacrera à glorifier les croyances les : plus profondes de son âme. ou les artistes sculpteurs des Vénus aux attitudes grecques. Paris) 2. pour bâtir ses seigneurs. la 237 main et l'imagination des hommes que se remirent au travail. les cloîtres de ses moines et les hôtels châteaux de de ses Et ce fut. VI). l'église Les uns. et rapprirent les leçons Rome et la Grèce avaient données aux ancêtres. dans la collection Picard. continueront à voir dans romane une image des églises orientales. aux abords de l'an mille. on ne les appliquera plus à copier les œuvres de maîtres étrangers. t. 1911. Barcelone. les saints et les héros de sa foi et de son histoire. qui dissimule le plus aisément les signatures de ses ouvriers et les conseillers de ses œuvres. en plus grand nombre. Mais ces leçons d'architecture. les : le Français revint à la pierre bourgeois. Où s'est constituée l'architecture romane (1919. ce fut pour animer les choses mêmes du pays. Sur le développement des constructions en pierre (même à la campagne pour les granges).PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. voir l'excellent recueil de Mortet iRecueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture. Et si les impulsions par la civilisation antique se firent à nouveau sentir dans la Gaule. ou l'architecte élevant la Maison Carrée pour les dieux de Rome les inspirations éternelles de l'art. d'imagerie ou d'épopée. extrait de l'Anuari de L' Institut d'Esludis Catalans. l'architecture est celle qui garde le plus volontiers l'anonymat.

la Chanson de Roland n'en sera pas moins un poème national de France. que ces éléments de l'édifice aient été suggérés par des ruines romaines ou conservés par la tradition latine il n'empêche que la physionomie de l'église romane ne soit personnelle.). et c'est un : à qui aurait la plus belle. arcatures aux cintres réguliers pour couronner portes et fenêtres. tableaux d'images sculptés sur la façade. Et je ne juge pas impossible que l'église romane soit née d'une autre source. écrivait de la vie contemporain. par quelque pèlerin des terres saintes de l'Asie. p. l'effort réfléchi et personnel fait par le génie des hommes de chez nous ^ C'est chez nous. p.238 DE LA GAULE A LA FRANCE. Les autres admireront en elle la disciple. et de la robe blanche des basiliques nouvelles 1. édit. contreforts massifs pour appuis de ces murailles. Prou (collection Picard. Les églises romanes sont nées de la foi chrétienne. I. 1886. formée sur place. 280. que l'art médiéval aurait pu s'inspirer des constructions en bois des x<-' et ix*^ siècles.4. t. les espèces les plus originales. lorsque les contemporains du roi Robert : se reprirent à aimer la beauté et à croire en la sécurité « Chaque communauté chrétienne ». secoué. Paris). 2. du travail de la France et de sa paix royale. 111. Picard). Paris. frises fouillées en jeux de capricieux ornements. galeries de déambulatoires à l'intérieur. admettons. Pour être écrite en une langue issue du latin. » Je songe à la théorie. épaisses murailles pour soutiens de ces voûtes. 62. Cf. des basiliques et des voûtes transmises par le monde romain. ^. écrit méthodes (1900. C'est le texte si souvent cité de Raoul Glaber. en tout cas. si l'on veut. les silhouettes les plus séduisantes. etc. 74 et s. . Elles surgirent de toutes parts. « voulut avoir son église neuve. en particulier de Courajod (Leçons. rejetant le passé qu'il voulait se parer On eût dit que le monde se fût comme une défroque vieillie. chrétienne et française. franche. la discussion de cette hypothèse chez Brutails. 13. qu'elle a produit les variétés les plus nombreuses. L'Archéologie du Moyen Age et ses p. Voûtes de pierre servant de toiture. qu'elle a grandi. en 1891.

et que les Chrétiens de nos villages y prient toujours devant l'autel Dieu posséda dans les moindres hameaux sa maison indéracinable à la parure sainte quelques-unes des églises romanes les plus achevées et pour ainsi dire les plus touchantes se dressent aujourd'hui dans les bourgades les plus obscures. La religion du Christ aura les figures de ses saints. unissant les : ' . éd. Mais d'autres les en un ont aussitôt remplacées. de métal ou de pierre ce n'avait pas été sans les violentes ou pieuses colères des prêtres intelligents qui. que ces clochers dominaient le village et la campagne pour porter plus loin l'appel joyeux ou triste des voix du sanctuaire. pressentaient le culte de l'idole sous la vue de l'image Mais le mal était fait. Si l'on ajoute que ces églises reçurent de hautes tours pour abriter les cloches. la légère 239 Beaucoup de ces églises. le jugement dernier. ont rapidement disparu. nobles et puissantes. et il y aura bientôt mille ans qu'elles leur servent de foyers. p. on et ceux qui igno- raient l'écriture pouvaient lire sur la pierre le catéchisme de leur religion. dans le Liber miracalurum sande Fidis. 1897. des tableaux de pierre résumaient en scènes pittoresques de la foi chrétienne le Christ sur son trône de gloire entouré des symboles des Évangélistes. Bouillet (coll. qu'elles sont encore debout. s'était décidé à repro- duire les figures et les corps des saints en sculptures de bois. qui leur ressemblèrent. Paris). A l'intérieur. Elle les voudra agréables. la résurles articles : rection des morts. on reconnaîtra dans ces murailles de l'art roman les asiles inviolables des pieuses fraternités de France.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. connaissant les faiblesses de l'âme humaine. Picard. Voyez le voyage de l'écolâtre d'Angers. : abrité par une voûte éternelle. A l'extérieur de ces églises. 1. 46 et s. et de ce mal vont sortir pour l'humanité de très grandes joies. sous les porches de l'entrée. et qui si furent solides. construites à jour d'enthousiasme. .

mais y renonça bientôt. s'étant aperçu que la pierre de l'Ile-de-France était tout aussi bonne pour le service de Dieu '. Lecoy de La Marche. qui traduisait les mystères de sa disparus l'avantage d'ajouter aux plus belles figures nature sacrée. la statuaire romane ne put y vants pour que le arriver il faut attendre les siècles sui- visages ineffables. des physionomies inconnues jusque-là. et les Vierges les esquisses romanes sont naïves de l'art chrétien montant vers sa jeunesse. pour bâtir son église. Prélats et abbés avaient pensé de même au temps qu'il 1. telle qu'autrefois la religion des dieux païens. En art comme en religion. Halphen (p. en sa terre et en ses routes. Il s'agit de Suger. Ce nouvel aspect de la vie reUgieuse accrut encore la valeur du sol de France. c'était l'âme humaine qui enracinait ses sentiments les plus intimes. Elles n'ont pas plus de grâce et de que les grosses matrones modelées jadis par teurs païens pour représenter les déesses-mères des fontaines gauloises. monde connaisse les Vierges-Mères aux En ce moment. grâces humaines à la gloire de la vertu A son tour. divine.240 DE LA GAULE A LA FRANCE. et sourire de bonté et aura sur les cultes un un regard de douceur qu'ont ignorés les sculpteurs des Vénus et des Apollons. elle éveillera la passion de l'art. On raconta plus tard qu'un prêtre illustre de Paris avait voulu. faire enlever des marbres aux ruines antiques ou aux carrières de l'Italie. § 3. p. De éd. consecratione ecclesise s Dionysii. des corps vie dans une les sculp- attitude hiératique. 218-9. 293) remar- . des attitudes. les saintes se présentent figés avec des figures sans expression. elle inspirera des formes. L'heure était venue pour le Christianisme de se pencher vers la il perfection des beautés visibles. Mais ces matrones étaient les dernières redites de l'art classique descendant à sa sénilité. 1867. Cette splendeur de l'image : chrétienne.

Douillet. éd. p. 477). 1. la puissance fit d'attraction de la statue merveilleuse se sentir sur toute la Gaule K C'est le temps où ces grands chemins s'enfièvrent de bruit et de passion. Je ne dis pas que sous les Francs de Clovis et de Charlemagne ils aient cessé d'être sillonnés par le roi : des foules. dévots vers saint Martin ou soldats vers le silence et la solitude ne se sont jamais faits sur une route route de France. par toutes les routes lui attirait les des pèlerins. Avoir en son église pour la paroisse ou l'abbaye. s'animèrent d'une vie extraordinaire. Robert étant voit passer des troupes d'espèces infinies : roi. et. chemins du Rouergue. voyez en particulier le Liber miraculorum sande Fidis. de l'Aules vergne. et. carrières JuLLiAN. au lieu d'uti- de Gaule. d'Orléans ou de Reims. Imago sacra. cortèges d'abbés quittant Cluny ou Fleury pour parcourir la Gaule à la visite de leurs plus lointains couvents. 49 et ailleurs. au lieu cloîtres avec les débris des monuments : des Vosges redevinrent familiers à ces qui avaient perdu le maçons de Gaule chemin des bancs de pierre depuis les une image du pays. posséder une souveraineté morale qui. La route n'effraye plus. de proche en proche par grandes voies. sainte. de Laon. 2. c'était. le granit sombre d'Auvergne ou le grès rouge Robert . la caravanes de marchands aux foires de Saint-Denis. du Quercy. on préféra faire venir des marbres enlevés aux monuments antiques de l'Italie. 16 .Jacques de Galice. aux écoles épiscopales de Chartres. surtout dans la première moitié {Recueil de Mortet. du roi 241 de construire basiliques ou païens. grandes misères de l'invasion germanique. deBre- que justement que liser les même à l'époque carolingienne. Mais aujourd'hui.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Du jour où la sainte les hommages Foy de Conques fit ses premiers miracles. écoliers destinés aux écoles monastiques de Cluny ou de Fleury-sur-Loire. p. ils employèrent la roche vierge et neuve du pays le calcaire blanc de Saintonge. bandes de pèlerins pour Saint-Pierre de Rome ou Saint. Et déjà. — Do la Gaulo à la Franco. elle appelle^. des petits ports de Normandie. Remarquez le grand nombre de ponts construits au xi^ siècle.

possesd'hommes. de même les cités * tradition- où les siècles d'autrefois avaient groupé tribus ou cantons ruraux. sur ces chaussées. parmi les prélats. J'emploie municipal. La route ne se borne pas à appeler. pêcheurs et matelots se hasardent à chercher les chemins des mers occidentales. une émulation de dépenses à qui élèvera la plus somptueuse cathédrale. Mais l'ÉgUse ne perd rien à ce que ses chefs s'entendent avec le monde. et. ici le mot dans le sens large et primitif de territoire 2. tagne. C'est. elle retient. ayant son nom. oubliés depuis que César a détruit la marine armoricaine. de cité. diocèses. La « cité » dans son sens restreint. ses les séductions et son histoire. la Bolène qui mène à Notre-Dame du Puy. Elle est devenue un être à demi humain. impose à la province diocésaine.242 DE LA GAULE A LA FRANCE. le palais en ruine où habita l'empereur Charlemagne. Les évêques qui gouvernaient ces cités. et il arrive souvent qu'ils soient les souverains politiques des villes fortes qui leur servent de métropoles ^ l'évêque de Marseille est vraiment roi de « la ville haute » en même temps que gardien religieux du diocèse. On se montre les chaussées construites par César le Romain ou par Brunehaut la reine des Francs. du Pays Basque. la brèche ouverte dans son neveu Roland. C'est la Régordane qui traverse Cévennes. devenues leurs maintenant de puissants seigneurs. la Ténarèse qui gravit le flanc des plus hautes Pyrénées. le rocher par l'épée de De même que et bâties par les nelles les vieilles routes tracées par les Gaulois Romains. maîtres de milliers : 1. . Des hôpitaux pour pauvres et pèlerins en jalonnent les étapes. Une basilique de siège épiscopal. sont seurs de vastes domaines. telle que Saint-Front de Périgueux ou Notre-Dame du Puy. doivent un attrait nouveau aux nouvelles richesses que recevaient la terre et les âmes.

Boulogne sur le Détroit. à bien observer la terre de France et à se rappeler son passé. ce ne sera que vêtements d'emprunt pour recouvrir les vieilles habitudes communes des Allobroges. A l'intérieur même de ces provinces. la force générale qu'était la Gaule. Champagne. les siècles reculés où un demi-millier de roitelets. On eut des comtes d'Auvergne. de ses façades. se partageaient la Gaule sous l'autorité nominale de l'assemblée des Druides. trônant au milieu de leur petite cour. des seigneurs à Blaye sur la Gironde. Si bien des noms nou- veaux apparaîtront. et parfois de poésie. Arvernes. les « pays » ligures reprirent un regain de vie sous la direction des vicomtes qui s'installèrent dans leur bourgade principale. locales. la suprématie de ses pierres. en multipliant les seigneuries en faisant de la terre la base du pouvoir. nos provinces ne sauront mieux parler chacune son langage propre. chacun en sa tribu. Jamais peut-être. il n'y avait pas à s'inquiéter de cette reprise des énergies locales. des Volques ou des Rèmes. de Poi- d'Anjou. comme un barde des très anciens temps. Le cadre d'ensemble tiendrait bon. Pictons et Andes. et ces noms n'étaient que françaises de ceux que les Celtes avaient mis sur ces territoires. put avoir la gloire de son style roman. Le régime féodal lui-même. renforça qui unissaient les les liens millénaires hommes les à ces prodérivations vinces de France. était destinée à l'em- . à cité chartraine. Languedoc ou autres. et elle imposera parfois son type architectural artistes du pays chaque région de France. Saintonge ou Limousin. et des centaines genre. se Mais. Dauphiné.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. Auvergne. à On eut la Dreux dans de même piquant d'ambition et de luxe. 243 Périgord ou Velay. tiers. au moins sur la carte. de ses coupoles. dans l'histoire de l'art fran- aux : çais. Et cela me rappelle. de ses forêts de colonnes et de statues.

du royaume de France. proœmia (^SUgne. en marquaient l'unité. . les écoliers se groupaient par milliers. Ils en prononçaient sans cesse le nom. Les maîtres d'école parlaient toujours de la Gaule. Je répondrais aussitôt qu'en ce temps comme aujourd'hui la science et l'école préparaient la France du lendemain. en indiquaient les limites naturelles et les voisinages barbares *. Le réveil de rhistoriographie franque. venus.). Richer. idée et tradition indestructibles. t. est particulièrement digne de remarque (Aimoin.. ils Ces maîtres d'école n'étaient pas les premiers s'appelaient Abbon à Fleury. Abbon. I. sans rapport avec les réalités du temps. et c'est l'abbé de Fleury. etc.). ils étaient destinés à devenir chefs d'églises. on leur racontait la merveilleuse histoire ^ Les plus instruits ou les plus hardis d'entre les maîtres remontaient aux âges lointains où les c. évêques. et en ce moment elle transmettait à ce royaume de France ce qui lui restait de valeur. Richer. Gerbert à Reims. 2 2. Adémar de Chabannes. dit-on. Fr. et à assurer l'avenir cette Gaule vivait encore. comtes et France. Voyez Aimoin. Francia et Gallia sont alors synonymes : les textes abondent. le conseiller des premiers rois capétiens. 3. et bien d'autres. Hisl. Car porter. Gallica lingua signifie le français. Abbon écrire par l'un de ses l'histoire moines un long traité sur géographie et furent livres de la Gaule. et s. CXXXIX. . Autour de ces maîtres. Raoul Glaber.1:44 DE LA GAULE A LA FRANCE. le même homme c'est qui a rédigé qui la fit « les canons » de l'office royal. Et cette nom et Son passé de Gaule qu'ils 2. ce Qu'on ne m'objecte pas encore que d'école et propos de savants. Beaucoup parmi eux devaient devenir les grands de la terre et les maîtres des hommes. c'était par son même rois de France. Fulbert à Chartres. vers l'an mille. avaient d'abord appris à la connaître De cette Gaule où ils habitaient. abbés. 629 1.

s'étaient partout enfuis devant pairs. des Francs il avait fait le peuple souverain.. Hist. 638). {Pair. fut alors le héros de cette littérature latine qui. Charlemagne avait réuni en une seule nation les royaumes dispersés dans la Gaule. c. CXXXIX. quelques-unes des plus belles depuis les Carolingiens. et les plus enthousiastes imaginaient qu'il avait rendu Constantinople à l'Église véritable et débarrassé de la honte païenne le saint Sépulcre de Jérusalem. dans ces récits.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. pareille à l'Hellénisme d'autrefois. délivré Rome et l' Italie. s'essayaient à composer des poésies ou à rédiger de la prose savante. avait trouvé dans Charlemagne son Bacchus aux cortèges triomphaux et son Hercule aux tra- vaux de Il justice. servirent de thèmes à ceux qui dans les cathédrales. et Turpin l'archevêque de Reims. et ils rappro- chaient leur courage invincible des batailles que leurs des- cendants livrèrent aux Normands sur le sol de la patrie K Mais d'ordinaire.. L'humanité chrétienne. et les lui. 7. Charlemagne et ses pairs. il avait conquis l'Espagne sur les Sarrasins. le était. Charlemagne. son olifant victorieux avait retenti dans le monde entier. commençant par les miracles de saint Martin et la conversion de Clovis. converti et soumis l'Allemagne. les cloîtres. Gaulois de Brennos avaient conquis 245 Rome. Richer. . roi et empereur. Dans saient l'éclat « cette histoire les gestes où depuis cinq ». Lat. pour les contemporains des premiers Capérésumé et le symbole de ce qu'ils aimaient et de ce qu'ils espéraient. et associant de siècle en siècle la sainteté des églises et la puissance des rois. vivait heures de sa vie chrétienne. les écoles et les cours. Son nom tiens. Aimoin. I. t. et parmi eux surtout Roland son neveu. émules de sa vaillance et ennemis de Dieu Entouré de ses douze de son renom. proœmia 1. ce n'était que l'histoire de la Gaule chrétienne et franque. Fr. siècles s'accomplis- de Dieu un homme apparaissait dans d'une gloire divine.

les annales ou des Francs. on montra. les épitaphes métriques. tels qu'ils se lisent chez . nous pouvons maintenant écrire ces deux mots à côté l'un de l'autre. Leur renom grandissait du mouvement qui France. les récits de miracles. son olifant miraculeux à Saint-Seurin de Bordeaux. la triple brèche faite dans la roche par le tranchant de son épée. Sur quelques merveilleux. Leurs noms remplirent les cantilènes héroïques. L'histoire du grand roi était pour son peuple un gage d'union et un talisman d'éternité. de la réalité ils passèrent à l'école. la colline où Roland avait voulu mourir. les vies des -saints. de Lucain ou de Salluste. derniers héritiers de Virgile. à la frontière d'Espagne. Sur ce chemin de Roncevaux. les gestes les romans historiques. plus loin. De ils l'histoire ces noms passèrent à : la poésie. de l'école et de la poésie pèlerins et dévots passèrent marquèrent au nom de Charlemagne les choses étranges ou les ruines anonymes que l'on rencontrait aux faubourgs des villes et le long des grandes routes. fût alors en France éclatante et cela montrait bien que cette France était devenue une patrie vivante. dont la vogue de Saint-Jacques faisait la grande voie de la piété et de la légende chrétiennes. éveillait la Un même élan emportait vers l'avenir le souvenir de l'empereur et la jeunesse de notre nation. romanciers et populaire faisaient lever une frondaison touffue d'épisodes Nul ne doutait que Charlemagne et Roland ne fussent des guerriers de Gaule et des champions du nom franc. les chroniques locales des évêchés « » ou des monastères.246 DE LA GAULE A LA FRANCE. son tombeau de marbre à Saint-Romain à la légende populaire de Blaye. poètes. si Et que la gloire si de Charlemagne universelle. les complaintes édifiantes. la source où ses compagnons s'étaient désaltérés. France et patrie. et. les épopées guerrières. faits réels.

et sa langue. France a reçu sa capitale. Encore je n'en suis point sûr. Lat. tu pourras un jour égaler l'Olympe des Anciens par la splendeur de ton nom et l'éternité promise à ton règne ^. l'expression t. centre de sa forme personnelle de ses pensées. 625.47 les prononçaient sans émotion sacrée. cette conscience du devoir. de Roricon. chantait un poète latin. d'angoisses et de gloires partagées. les nobles et touchantes expressions dont les Anciens ont paré le mot de patrie. ces sentiments de respect et de reconnaissance. France. compatrioiœ mei Franci. livre I {Pair. 1. » « Pourquoi ». aimable et fidèle. vers 596 (p. priscas. 115 de l'éd. disait un autre. En tout cas. du temps ^ Ceux-ci ne cloute pas avec cette que leur jeunesse ardente n'ait point ressenti le charme grandeur de cette fraternité nationale qui s'impose à notre maturité réfléchie. CXLI.. t. c. etc. dura.PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. 135-G de l'édition Lair) Francia tôt gentes siiperans Fortis. les écrivains 2. : peto. c. 3. jerox. p. Cf. . Tu es la nation forte et constante. modeste et timide? Tu as triomphé jadis de peuples plus puissants que toi. que dix nouveaux siècles de vie commune. vie. Gesta Francorum. de Dudon de Saint-Quentin (Migne. 2. II. sage et juste. « te caches-tu. Voyez. 589). montre donc la valeur que t'ont donnée tes ancêtres ^ » et et la : Pour parfaire ce corps la et enrichir cette âme de nation. en 33 vers. Abbon (le poète). l'apostrophe à la France. allaient mettre peu à peu dans les âmes de leurs descendants. et celles dont depuis des siècles les poètes avaient revêtu la Gaule. les voici qui servent ensemble à dessiner la France. aimée comme une mère « Tu vaux mieux que tant de nations superbes qui sont mortes ». belle comme une femme. CXXXIX.. France heureuse entre toutes. des Monumenla Germanise) : Francia car latitas? Vires narra. « ton œuvre est tout entière faite de pieux devoirs et d'actes de vertu. jusqu'à salve tripudians. etc. et aveto in sœcula regnans. De bello Parisiaco. devenue à son tour personne vivante.

II. brillant comme une reine auvilles. monastère de Fleury. disait Gerbert (lettre 154. disait-il. Un poète avait. Orléans.248 DE LA GAULE A LA FRANCE. et voisin des centres religieux de la Gaule païenne et chrétienne. il fallait à la France une ville maîtresse. 5 et ailleurs.. Elle sentait confusément que. de où le premier des Capétiens avait fondé le sa lignée. : — p. dessus de toutes les Ce n'est pas seulement au milieu de la Seine que tantôt elle se repose et tantôt elle se dresse. les premiers Capétiens hésitèrent entre ^ Orléans et Paris. Sur le prestige d'Orléans. la le tombe de lieu saint Martin. l'édit. face à la Cité de l'île. une Iliade de Gaule Paris. : ils préféraient Laon. I. avaient paru incertaines sous de la famille de Charlemagne sa colline à tière. Abbon. « Le palais Havet). une demeure centrale qui serait son foyer et son acropole. commence par vénérer Paris ^ » 1. qui agitait la Gaule le depuis deux millénaires. était comme au sommet du fleuve médian de la France. L'opinion publique avait depuis longtemps devancé le choix royal. sur le cintre de la Loire. magnifique » que fit bâtir Robert est encore dans la Cité. en latin. ce besoin d'une capitale. une nation pareille à celle de Rome. 137 de 2. c'est au cœur du royaume de France. De bello Parisiaco. Paris l'emporta. rendez-vous des nou- veaux bourgeois. 12-14 (p. face à la Grève et au Marais. Après siège victorieux qu'il avait soutenu contre les et Normands renom. Remensis caput regni Francorum est. bien posté sur deux bras pour surveiller les routes de la fronAprès eux. pour être une patrie pareille à celle d'Athènes. Raoul Glaber.J 79) : Sum polis. Cet instinct. les derniers rois si Les destinées de Paris en tant que capitale du royaume. Reims était regardé comme la capitale morale et religieuse ecdesia. 3. du passé et des évêques.. est par excellence. le sanctuaire des Druides. et la royauté. ut . une auréole héroïque encadrait : la ville de saint Denys « et écrit sur ce siège la ville de sainte Geneviève. « A » la fm. l'arrêta enfin sur Paris. bâtira au Louvre son château et son hôtel -. Quiconque souhaite pour ce royaume richesse et gloire.

je n'entrevois pas le moteur une fois de plus en matière de science.. Pourquoi. rechercher d'anciennes et indéracinables tra- regina micans omnes super urbes. bon de rappeler que Hugues Capct ne savait que ou encore Gallica lingua. les sons un héritage qu'on accepte et qu'on de la phonétique. nerveux. Rlcher. je ne sais pas pourquoi. le . à l'origine profonde du système de notre le fil langage. concis. Il est roman (le français. rapide comme un javelot de légionnaire. et j'ignore les raisons vivantes de la langue française. ramassé. après avoir lu travaux des maîtres de la linguistique. III. les mots du vocamodes de la conjugaison ou les procédés de la les syntaxe.PREMIÈRE ÉPOQVB DU ROYAUME DE FRANCE. Quisquc cupiscit opes Francorum. on demeure impuissant devant le problème de la vie. le français est issu du « latin. coulant en détours et détails variés sans jamais perdre de la clarté.. entre le Rhin et l'Océan. riche en articuvois de quels ressorts aimer ». nous a exposé avec une science parfaite qu'elle est venue du latin et par quelles étapes successives elle s'est On éloignée de son ascendance romaine. je sont que amare a donné ad Romam. Je saisis bien. on possède les éléments du corps. si je peux discerner le mécanisme. les la fois. limpide. éprise des finesses de l'analyse. comment faits. 1. ». te veneratiir. tel fait valoir. « je vais à Rome ». et rien que là. est-il devenu chez nous une langue aimable. mater a donné « mère et vado : lations. retenant et trans- formant à bulaire. le latin s'est-il transformé en langue française? Pourquoi ce latin.. toute pareille à nos fontaines de Gaule? Faut-il. 85). Mais si je sais comment. la France le achevait de forger la langue qui devait être signe le plus visible de sa \atalité nationale K Nul savant n'a encore pénétré le secret de sa formation. je décompose les ils rouages de son mécanisme. 249 Au moment où im plus net et l'organe le poète latin parlait ainsi.

voir les très mort si prématurément Introduction à la chrono- latin vulgaire (1899. enfin. quelle que soit la solution que nous apportera l'avenir de la science. Paris. Roi de France? mais il ne l'est que parce que son titre repose sur le nom de France. un fait est acquis c'est qu'avec de la matière latine la France a façonné sa propre langue-. : La France. Ah non! ce n'est pas la royauté qui a créé la France. les liens de parenté. 3. un souffle d'âme né de sources lointaines. la nature du sol et du climat. Klincksieck). Bouillon) eties Origines romanes (1900. le récit du latin. Voir en dernier lieu la 5^ édition de Bourciez. et et ils composèrent en l'idiome nouveau remarquables travaux de Mohl. qui est parvenu à modeler. a fait cette royauté et lui donne maintenant tout son prix. exprimer ses idées et ses rêves. à élever un être humain fait de millions d'autres êtres unis pour toujours. va faire entendre sa voix et son langage pour raconter elle-même son histoire. la vie et les leçons 1. Au début de sa Préface de 1869 à son Histoire de France. qui ont habité cette terre ses le ^ même ? Ou faut-il croire que notre parler national doit habitudes et ses usages à des forces plus mystérieuses. inconnues et éternelles. . ditions laissées par les Gaulois. et tout d'abord la de leurs miracles. Précis historique de la phonétique française (1921. à animer.250 DE LA GAULE A LA FRANCE. Prague). des poètes sont nés qui veulent faire dire à la langue française ce que la tradition réservait à l'empire gloire des saints. par le travail incessant des siècles. Paris. : trop logie Dans ce méconnu du sens. caractère des habitants. Comme Michelet eut raison de comparer un peuple à un Prométhée qui se formerait soi-même^! Cette France me semble maintenant une idée magique. si grands que seront les services rendus par certains rois. 2. C'est elle qui. Dès les derniers temps carolingiens. du Christ. de coutumes et d'histoire qui rappro- chent les hommes? Mais.

commençaient leur carrière par la poésie et elles suivaient la par ses la poésie sacrée. La Renaissance du Livre).PREMIÈRE ÉPOQUE DU ROYAUME DE FRANCE. l'histoire et les pensées de sa patrie -. Les lettres françaises. 211-2). ce sommet des Pyrénées où. XH. ce rivage de l'Océan que l'archange Michel protège du péril de la mer. la France s'avance dans l'histoire à la manière dont y a marché la Grèce elle bâtit pour son Dieu ses temples de pierre. écrivit la Chanson de Roland. où le Christ lui-même a envoyé ses apôtres. et aussi les héros et les les légendes qu'il servait à glorifier. si 251 de naïves cantilènes ou de courtes épopées aux sujets comme marche naturelle tracée jadis par l'Hellénisme. Puis.). elle sculpte les images de sa foi. de récit. Roland a voulu mourir pour regarder une dernière fois l'ennemi d'un regard de triomphe. chants épiques. le lieu de France qui retentit le plus de prières chrétiennes. 2. Turold rassemble et célèbre en son épopée la terre. I. et par-dessus tout '. miracles : 1. ce cimetière de Saint-Seurin de Bordeaux. 313 et s. et. p. Paris. Et chroniques.. cette rive du Rhin où reposent les saints de Dieu. le latin prêta plus largement à la nouvelle langue modes de chant. Bédier vient de se rapprocher de Wilmotte {Histoire de la nation française de Hanotaux. récits de de vies de saints. complaintes. Paris. vol. Charlemagne et Roland Cantilènes. héros du jour. éloges d'épitaphes. Pion. p. Paris. tel qu'Homère en son Iliade. au col de Roncevaux. Nous voyons cette terre en ses sanctuaires fameux. t. Voyez les analogies indiquées par Littré entre l'Iliade et la Chanson de Roland (Hist. 1908-13. t. Turold. Décidément. 1863. Les Légendes épiques (4 édition). de la langue française. de poème. tout cela finit par se mêler et se fondre en une épopée nationale. A la différence de Bédier. . Nous voyons cette terre en ses frontières sacrées. première Wilmotte insiste sur les pré- cédents latins des chansons de geste {Le Français a la tète épique. œuvres latines ou françaises. et un poète de génie. 1917. 1921. fournis par la foi chrétienne. La Chanson de Roland est une chanson de notre terre. elle se donne ses héros. Champion.

Le nom de France la domine tout entière. cherchant à rcahser le rêve de leur foi.252 DE LA GAULE A LA FRANCE. mais Charlemagne le réserve au jugement d'un tribunal solennel. 19 août 1921. Les heures les plus difficiles sont écoulées. sûre d'elle-même. de la lâcheté et du mensonge. inviolable et forte. . cette Chanson de Roland. imprudent. la nous voyons dans ses routes. L'idéal du poète qui chante sa gloire est un idéal de justice et de droit le traître Ganelon mérite mille fois une mort sans phrase. comme Vercingétorix le Gaulois. mobile et sincère. mais servante de Dieu et éducatrice d'autrefois. enfin. elle est sortie saine et sauve La France a donc achevé des crises impériales qui ont menacé sa vie. mère des guerriers. et si ses chefs savent la comprendre et écouter parfois les poètes qui chantent ses rêves et les historiens qui racontent son passé. la France. le long travail de sa croissance et trouvé la loi de sa destinée. un chef de guerre et un beau parleur. sur ce chemin d'Aix-la- Chapelle à Roncevaux où ont passé tant de rois en vainqueurs^ et où passent tant de pèlerins. Il ressemble à chacun de nous. lorsque que la : des hommes. et que Dieu commandait à Charlemagne. si du moins elle sait choisir ses chefs. patrie « douce » entre toutes. Elle peut aller à l'avenir en toute confiance. Ciboure. Il a l'horreur de la trahison. est. Roland. Elle est bien. notre poème national. « la grande terre ». C'est la chanson de notre histoire en son plus beau jour Charlemagne commandait à la France. il est colère. France commandait au monde. Son adolescence s'achemine vers les années de la jeunesse. la chanson de la France. C'est la chanson de notre caractère et de notre humeur. le héros.

. le chien Nouveaux éléments de relation. Une nouvelle race Renaissance industrielle Merveilles d'art Apparition de l'écriture Des conditions morales et sociales de la vie humaine en ce temps-là Rôle des hommes de France à cette époque 20 22 23 25 28 29 34 IL — L'époque La grande des Agriculteurs (Temps néolithiques ou de la pierre polie) 36 : révolution de notre histoire la découverte de la terre comme force agricole Incertitude de la science sur les origines de cette révolution Migrations humaines dans cette période Déclin des œuvres de l'esprit.TABLE DES MATIERES I. Les premières cultures Discipline de la terre et de l'àme Nouveaux instruments. 7 L'histoire peut et doit remonter très loin dans le passé et de la terre et des âmes Définition de la plus lointaine époque De la durée d'une époque historique L'homme conquiert la terre sur l'animal Des plus anciens témoins de la vie humaine 7 ÎO 11 12 12 13 15 16 18 sur les plateaux de France Foyers et ateliers Les armes et instruments de silex Bouleversements physiques et décadence Le refuge dans les cavernes. prépondérance de la hache . efforts nouveaux L'homme . les routes La conquête de la mer 42 44 45 47 49 50 51 53 55 . La céramique Exploration minéralogique de la terre. .. 36 39 40 41 . découverte du métal Domestication des animaux. — L'époque des Chasseiirs (Temps paléolithiques) . . mais non décadence absolue. Nouvelles industries ..

— L'époque des Migrateurs (Indo-Européens. Ce que la France doit à cette époque éléments nouveaux d'une vie solidaire. Elle est essentiellement un fait d'Europe Le Nord-Est de l'Europe. marchés. . . . 94 La rupture de Sacrifices l'unité italo-celtique et la préparation d'une nation sur terre de France la L'assemblée des Druides au centre sacré de Gaule. nom d'une époque. les langues italo-celtiques Similitude des noms de lieu les lieux de la terre dénommés pour toujours Italo-Celtes identiques aux Ligures. . communs et communauté religieuse 94 96 100 101 Hiérarchie druidique et dieux généraux Qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de l'existence de cette unité nationale Relations reUgieuses avec la Grande-Bretagne Caractères de la civilisation druidique pas d'écriture. et nullement d'une race Les lieux saints de l'Occident Les grands travaux de défrichement la Limagne Progrès dans la vie industrielle le bronze. Les résidences des morts Terre-Mère. 83 85 87 . la famille et la tribu Les règles de la vie morale les . but et moyens des migrations. d'un groupement humain. étapes et les routes Persistance des populations antérieures Extension de l'unité primitive de l'Occident de l'Europe. 106 108 109 110 112 114 116 118 118 119 . centre de vie agricole. . déesse souveraine.. la. . . souveraine de l'Océan Dangers qui naissent des ambitions commerciales.. centre probable de ces migrations Indices en faveur de cette hypothèse. L'âge de l'épée se prépare et l'âge du fer commence. l'ambre 63 64 66 67 69 Caractère originel. .TABLE DES MATIÈRES. 103 104 .. le mégalithe l'éducation de la terre se termine Les principes de la vie sociale se fixent.. Approche des Méditerranéens et fondation de IMarseille. Du caractère général de l'unité indo-européenne. capitale des morts Le « pays ». les Ligures. : . Groupements humains : forteresses. d'image. de temple A propos des sacrifices humains L'Armorique. sociale et religieuse. Italo- Ligures) : 63 les Autre événement capital migrations indo-européennes. rôle de la Bourgogne Avènement de la 56 57 58 : 60 III. . . la charrue. . 89 92 IV. Le roi de tribu Les « pays » se groupent en province ou « cités » L'Armorique. villages. marine Hypothèses sur 71 74 76 78 80 81 . Celtes. — L'époque des Prêtres-Rois {Ligures et Druides). . .

source d'autorité « pays ». : villes et les villes routes gallo-romaines. persistance des cités et des La terre. son allure et sa vie Le caractère des hommes de Gaule se fixe Intensité de la vie agricole Formation et croissance des centres urbains. autre principe d'unité Ce que fut la paix romaine Rome laisse passer l'invasion germanique L'Empire en état de siège. décadence maritime Victoire de la mythologie La fièvre d'art. brutalité de la conquête romaine . 128 130 131 133 133 134 138 141 142 143 Il y La La La a une patrie gauloise Gaule n'est pas en décadence Grèce commence l'éducation classique de la Gaule. . les lieux de foire Organisation du système routier Développement de la vie provinciale. triomphe du style classique Souveraineté de la langue et de la littérature latines Mœurs romaines .TABLE DES MATIÈRES. . . Toute-puissance du grand domaine Maintien en Gaule des éléments d'unité. 123 125 De la religion gauloise L'éducation de la jeunesse Littérature poétique Le chef gaulois. soldats barbares et pacifisme des civils 182 183 184 185 . 154 La construction en pierre Nouveaux sites urbains. 144 147 148 149 152 — L'époque Impériale (L'État Romain) Beauté apparente de l'Empire romain Plus de variété dans la culture la vigne . héri- 154 155 157 159 161 162 164 166 168 171 172 173 175 176 177 181 tières de villes gauloises Les tombeaux de pierre Intensité de la vie industrielle et commerciale. Lyon capitale et son Conseil Amour-propre gallo-romain L'armée gaUo-romaine. . organisation des cités caractère propre au régime municipal de la Gaule. 255 — L'époque des Guerriers {La Gaule des Belges) des Celles et 121 121 Ce que fut sans doute l'invasion celtique Autres invasions ou migrations le nom de Gaule devient prépondérant L'impérialisme gaulois en Europe Persistance et force des éléments d'unité les rois de toute la Gaule Beauté historique de l'unité gauloise . Faiblesse du génie latin Le régime municipal. ^ .

Il n'y a plus qu'un roi en France Le roi de France. VII. empereur dans son royaume. L'Empire Romain 1 1 1 1 1 1 . Paul BRODARD. ' . Mérovingiens et \ Carolingiens) 1 est une décadence menant à une catastrophe Partage de la Gaule entre des chefs barbares Affaiblissement du titre de roi Continuité. . résidence royale. 2 2ij " L'imagerie chrétienne Nouvelle vitalité du sol et des routes Forces nouvelles des provinces et des petits pays. Chanson de Roland * Coulommiers.. espérances de Gallicanisme Valeur souveraine du titre royal De l'opinion publique vers l'an mille Velléités de constitutions Progrès matériels et sociaux dans les campagnes et les traité . des invasions en Gaule Établissements d'étrangers Prépondérance de la ^^e mihtaire Déclin des habitudes classiques La civilisation. . . . ' Le 2 2 villes " 2 Retour aux habitudes de la civilisation classique. j . encore inspirée de Rome Aucun principe politique ne vient de Germanie La prééminence décisive du Christianisme Nouveau caractère qu'il donne à la religion et à la vie . L'idée de Gaule vit toujours dans les écoles Réveil de l'historiographie française et rôle souverain de la gloire de Charlemagne Le patriotisme f'^mçais à sa naissance Paris s'annonce de nouveau comme capitale Formation d'une langue française Avènement d'une littérature française et nationale. — Li'époqpie des Royautés barbares {Invasions germaniques. — 173-5-22. Ambitions impéria'es des rois de Gaule Faiblesse de l'Empire de Charlemagne VIII.. la . 2 " — La première époque du Royaume de France et (Derniers Carolingiens Premiers Capétiens) 2 de Verdun reconnaît la France Universalité des mots Francs et Français fusion des races. et la renaissance agricole La petite exploitation rurale Maintien du mot de Gaule d'unité comme idée et sentiment r î^ La Gaule comme unité politique. 1 1 2 2 2 2 2 ' religieuse Le Christianisme renforce Les monastères l'unité gauloise et la vie locale. Paris. . . . . Renaissance romane et architecture de pierre .1 ' 256 TABLE DES MATIÈRES. Imp.

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Camille Louis De la Gaiile à la France .PLEASE DO NOT REMOVE FROM THIS CARDS OR SLIPS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY DC 61 J8 Jullian.

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ieux âges ont mis en nous. de notre France d'aujourd'hui. p. Alcan). on peut retrouver la trace de nos aïeux les plus anciens. Georg). introduction. t. dans la Description raisonnée du Musée de Saint. plutôt. 99). De ce qu'ils ont fait pour conquérir et cultiver le sol. ment pour l'homme. en 1870. Comme répertoire archéologiques.Germain (1889. des éléments éternels à l'intérieur de notre vie morale. Époque des alluvions et des cavernes. années plus tard (La Cité antique est de 1864). Éléments de préhistoire (1914. c'est par ces paroles qu'il annonçait son dessein de reconstituer les croyances et les institutions primitives des Grecs et des Romains. Yvert). Paris. Paris. p. S'il descend en son âme. La Renaissance du Livre). . Eyboulet). ou. la riche Bibliographie générale de Montandon. façonner l'outillage du travail et du combat. des ancêtres communs dont l'un et l'autre peuple étaient descendus. L'Humanité préhistorique (1921. la volonté et le cœur. Ussel. Amiens. éduquer les l'intelligence. La France préhistorique (2« édit. Genève. 4-5. Salomon Reinach. tel qu'il est lui-même à chaque époque. Fustel de Coulanges devait développer ces mêmes idées dans ses leçons à la cour impériale. Paris. Didot) Gabriel et Adrien de Mortillet. Car. l'oublier. Cartailhac. Parmi les livres plus anciens. La Préhistoire (1910. de Morgan. des travaux préhistoriques et Schleicher). il est le produit et le résumé de toutes époques antérieures. Dans ce qu'elle est. 1896. Paris. 1. La Cité antique. Peyrony. il peut y retrouver et distinguer ces différentes époques d'après ce que chacune d'elles a laissé en lui K » C'est ainsi que Fustel de Coulanges a commencé La Cité antique. . Quelques : . et en particulier dans la première. de tout cela il existe encore des vestiges visibles à la surface de notre terre. Mais ce qu'il a dit en ces termes du monde antique et de l'âme humaine. I. Fustel de Coulanges.8 DE LA GAULE A LA FRANCE. disposer les hommes en sociétés durables. écrit de sa main (Revue archéologique de 1908. 2 vol. parus (1917 et 1920.. résumés chez Comment. corps et esprit. L'homme peut bien il mais le garde toujours en lui. est également vrai de la France. » On a retrouvé et publié le résumé de cette leçon. Les Hommes contemporains du renne (1914. qui fut consacrée aux temps préhistoriques de la Gaule « Je voudrais montrer tout ce que nous devons à ces \ieux âges.

et ce n'est pas davantage la Monarchie. Et nul ne peut affirmer que ce travail soit terminé.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. le résultat d'une longue. de même les habitudes sociales qui nous groupent pour l'amour et la défense de ces moissons remontent à des germes déposés par ces premières générations. pas l'étude du sol ou de la matière et celle de l'âme ou de Ce sont — la société.. 9 La France lions est l'œuvre de dizaines de siècles et de mil. Mais chacune de ces périodes ou chacun de ces états politiques a contribué à nous faire ce que nous sommes. lente et patiente élaboration. Elle est. d'imaginer et d'exposer. Car je suis de ceux qui croient un devoir de plus à que les destinées si nationales de la patrie française le commen- cent à peine. n'apporteront pas un trait nouveau à la une richesse imprévue à son terroir. Nous ne sommes pas uniquement les fils intellectuels du Moyen Age chrétien ou de la Rome latine. Ce n'est point la Révolution qui a créé la France. long que soit passé qui fut nécessaire à ici les premiers âges de ce passé que je veux essayer Je ne séparerai de connaître. ils qui les ont suivies ont perfectionné la culture ont également suscité des motifs nouveaux d'union et d'accord à la société humaine qui devait devenir notre patrie. Et si les siècles du sol. et nous n'avons pas non plus le droit de revendiquer pour notre ascendance seulement les Celtes ou les Ligures. il a fallu un interminable travail humain. et que les siècles à venir figure de la France. d'hommes. L'historien ne fera jamais qu'une œuvre incomles plète ou mutilée s'il analyse les institutions ou mœurs humaines à l'écart ou en dehors de la terre sur laquelle . et qui dès lors ne s'est point interrompu. qui a commencé dès le jour où les hommes ont apparu sur notre sol. sa formation. cette patrie. sa vie. Pour qu'il se soit bâti une terre de France et que nous devenions des Français. De la même manière que les plainec blé de la Bourgogne ou de la Beauce doivent leurs sillons originels aux générations inconnues des temps préhistoriques.

Et jour où la science historique s'apercevra plus simples cer- arrivera enfin. l'instrument de pierre dont ils se servaient d'ordinaire. pour ainsi : parler. la reUgion ou la patrie. qui caractérise la nature même de cette vie et ses pratiques principales. La plus ancienne période de notre histoire est généralement définie d'après la nature des seuls témoins qu'elle nous a laissés d'elle comme ce sont des pierres. et j'appellerai cette époque l'époque des chasseurs. Car la chasse était alors. les a déter- minées et Tâches de l'esprit et de la culture. révolutions politiques et transformations matérielles. ou encore. ce fut l'agriculture ou la guerre. besoins du cœur du corps. toute l'histoire nous parle aujourd'hui il comme du sol y a dix mille ans d'une intimité irrésistible entre la terre et l'être humain. 1. et des milliers d'habitudes que hommes ont peu à peu reçues de cette terre. la raison sociale des vivre. Les divinités avant le les plus tenaces français. des silex taillés par la main de l'homme. Geographia historiée oculas. peut-être de ce que l'intuition des âmes elle les a déjà deviné les : que la France résulte d'abord d'une taine nature de sa terre. en d'autres : temps. l'époque paléolithique. sont développées et qui pour une part '. on appelle ce temps celui de la pierre taillée. .10 elles se DE LA GAULE A LA FRANCE. J'aime mieux une expression plus compréhensive. et qui vivent encore après avoir déjà milliers d'années vécu des Christ. ce qui les faisait comme. ce qui les faisait se grouper hommes. comme il est le plus reculé que nous puissions connaître. sont les divinités des le sources et des collines. à force d'analyses et d'analogies. écrivait Ortelius. Mais cette dénomination ne marque qu'un des éléments dont a été faite la vie de ces hommes. on l'appelle le temps de « la pierre ancienne ». à com- prendre comment est née notre nation.

aperçoit les retours périodiques des forces et des mêmes mêmes aspirations. au-dessus des détails innombrables et contradictoires. les ralentissements ou les arrêts d'un siècle dans une marche plusieurs fois . cela n'étonnera pas l'historien. il a persisté des dizaines de milliers d'années. sortis victorieux de la captivité signifient mille de Babylone ou du triomphe de Titus. peut-être bien plus tard encore. des agité les : populations. luttant pour l'indépendance. comme l'Arménie. et c'est pour cela que nous voyons aujourd'hui tant d'événements semblables à ceux qui ont hommes sous les règnes de Darius.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. ce plus ancien et ce plus long des âges de l'humanité se présente en une unité parfaite. et n'a dû prendre fin que dix millénaires avant notre époque. Que ou deux mille ans pour une grande période historique? Qu'importent les retards. et le retour des Juifs à Jérusalem. Que l'on puisse voir une même période un espace de plusieurs fois dix mille ans. 11 L'âge des chasseurs a commencé sans doute aussitôt qu'il y eut des hommes. notre même période de l'humanité que l'ère des cités antiques et des tribus gauloises. et. à travers des variations nombreuses dans la suite des années. Une loi identique préside à cette période. suivant un rythme intelligent et d'une réelle beauté ainsi : tout que la civilisation hellénique partit des idoles informes de la religion primitive l'art et de la pensée dans pour aboutir aux merveilles de les temps de Périclès ou de historique dans Platon. offre l'image il nous d'une civilisation qui se développe normalement. Malgré sa durée considérable. Nous avons beau vivre siècle appartient à la d'une allure très différente des Celtes ou des Grecs. de César ou de Théodose une invasion germanique se produisant sous la double forme de l'infiltration et de l'irruption. des Il êtres en quête de leur nour- riture. qui. en un progrès parfois ralenti mais toujours continué.

de cette bataille impitoyable pour obtenir son droit à la liberté et à la souveraineté. Cette conquête de la terre. c'est tou- jours la même : loi qui préside aux convulsions des sociétés humaines les des patries qui veulent se former et grandir dans les régions naturelles de la terre. durant ces milliers d'années. l'intelligence plus dégourdie. l'homme la fit deux séries de forces bras et : les unes qu'il tira les à l'aide de de sa propre autres qu'il nature. le cœur plus proche des sentiments d'humanité. appartiendra à l'homme. qu'il dispute la possession de la terre. le maître du sol. lui : les sens plus aiguisés. de la terre de France je ne dis pas culture du sol. par l'homme. à la conquête. des invasions qui menacent. emprunta aux matières voisines. décidément. et aussi le maître de soi-même. en même temps.12 DE LA GAULE A LA FRANCE. des conflits qui les affaiblissent. plus fort que lui. il sortira plus convaincu du devoir de la vie commune. Ce qui fait l'unité. et il finira même par voir de la beauté dans ce monde extérieur qui tout d'abord n'avait éveillé en lui que le besoin de la violence et le désir de la force. la loi du premier âge de la pierre. la terre. Il n'en aura pas chassé l'animal. mais. son son intelligence. plus largement ouverte sur tous les spectacles de la nature. que l'homme y vit en chasseur de la bête j'entends par là qu'il demande à la chasse le principal de sa nourric'est : ture. il sera désormais son maître. millénaire? Depuis Cyrus jusqu'à maintenant. Car. des empires qui les oppriment et dont elles se dégagent. qu'il est en état de bataille contre l'animal. Nous assisterons. et en premier lieu à celles . je dis possession de la surface. Quand cette période sera terminée.

nous permet de remonter jusqu'à l'homme dont il fut le compagnon. je le répète. dans ces temps paléolithiques. par les contours que la taille lui a donnés.L' ÉPOQUE DES CHASSEURS. et ce silex. et rien qu'avec eux. au regard qui l'a aperçu. l'utilisant : telle qu'elle brute et informe c'est possible et même probable. deux subdivisions : phase ancienne dite chellcenne (de Glielles en Seine-et-Marne). et rien que d'un bâton. le sol aux endroits mêmes où l'homme Époque dite paléolithique inférieur . de ces massues de bois ou de ces pierres de jet nulle trace n'a pu demeurer jusqu'à nous. du sol. nous permet de reconstituer un chapitre de la vie de l'homme et un aspect de sa demeure. à la pensée qui l'a modifié. . mais comme. 13 que lui fournit la surface qui étaient visibles de lui et à sa portée. de ces poings humains. à la main qui l'a façonné. * * Un premier épisode. qu'il se soit ensuite armé d'une pierre pour la lancer ou pour doubler par elle la vigueur de son combattu avec poing. Ce simple débris. est le caillou de silex taillé. mais sans la travailler. par sa nature. aux œuvres auxquelles il a servi. est déterminé par les siècles dont il ne reste d'autres traces humaines que les silex abandonnés sur avait vécu K 1. ses — Qu'il ait d'abord membres. L'histoire de cette bataille et de ce travail ne commence que lorsque nous rencontrons sur le sol un objet arrangé ou fabriqué par l'homme. Et le premier de ces objets que nous connaissions. où l'homme a mis et a laissé quelque chose de lui-même. qu'il se soit plus tard armé d'un bâton. le bois et la pierre. phase récente dite acheuléenne (de Saint-Acheul près d'Amiens). nous devons nous résigner à ne rien savoir des premiers épisodes de la bataille et du travail humains. dans cette période des chasseurs. de ses intentions ou de ses goûts. par cela seul que l'homme l'a travaillé. était. à l'esprit qui l'a choisi. par sa forme.

Ils portent et ils le ne le nourrissent pas soutiennent déjà. comme s'abritant sous les roches ou se cachant dans les cavernes. les hôtes habituels de nos parages ne différaient : point de ceux de l'Afrique la plus sauvage c'étaient les éléphants. au début de sa vie. On suppose qu'elle faisait corps avec l'île voisine de la GrandeBretagne et que le Détroit était remplacé par un isthme et la Manche par un golfe de l'Océan. On suppose aussi que le climat était fort différent du nôtre. C'est sur ces plateaux. tremblant de froid ou fuyant de peur. avec ses plateaux gaie- ment étendus au-dessus des berges des ou au marécage qui enlise. Ne nous le représentons pas. les hippopotames. Parles courez aujourd'hui. avec l'alternance de ses plaines et de ses montagnes. par exemple. Assurément. à notre connaissance. vous pourriez trouver les silex sans nombre déposés par : nos plus lointains ancêtres. mais ils le drues. où les vastes marécages alternent avec d'impénétrables forêts. d'Amiens à Abbeville sous ces terres à blé qui ne finissent point. En tout cas. sa forme et son apparence. Et cependant. Il a débuté. qu'il devait enrichir si plus tard de cultures encore. longues esplanades limoneuses qui s'étendent. par ou la le plein air des plateaux de France. Ils ont vécu et travaillé sur . pouvait regarder sans crainte le ciel et la nature. les rhinocéros. la France n'était point en ce temps-là achevée dans sa structure. qu'il s'installa tout d'abord.14 DE LA GAULE A LA FRANCE. avec ses vallées aux replis harmonieux. la Seine Meuse. L'homme n'y était pas éternellement en proie à la forêt qui étouffe trouvait sur ces plateaux de il vastes espaces découverts d'où sur son œuvre. les grands fauves du désert. les les conditions de la vie humaine étaient dès lors supérieures à celles de l'Afrique équatoriale. préparer ses armes et réfléchir dominant la Somme. au sud de la Somme. Il fleuves. beaucoup plus humide ce qui pouvait faire ressembler notre pays aux régions tropicales. beaucoup plus : chaud. Car lignes intérieures de la France étaient déjà tracées.

s'étalait une des stations les plus anciennes et les plus actives des hommes façonneurs du silex. l'atelier. 92) le rôle de ces terrasses limoneuses de la Picardie à l'époque agricole je l'utilise pour l'époque antérieure des chasseurs. leurs héritiers vivent et travaillent encore. 1. 15 ces espaces découverts où. Le silex qu'elles travaillent est recueilli sur place. La famille. Voyez son admirable Tableau de la géographie de la France. comme plus tard le mêmes terres. des journées de travail à après ces mêmes du et je heures de chasse. Cette terre fut essentiellement pour eux un « sol d'éducation où se sont formées les premières habitudes »' de de l'Avre et de la Somme notre vie sociale. les cellules pour consti- sont prêtes en atten- dant l'édifice. I. de longs instants de repos autour foyer. . lieux où elles habitent. 1"^ p. une des villes les plus laborieuses de France et dont les destinées furent le plus constantes. avant les heures l'atelier. retient et fixe les fera le blé de ces C'est l'expression dont se sert Vidal de La Blaclie (p. Paris. la tribu naîtront de ces habitudes. cinquante mille ans après eux. l'essentiel est déjà tuer la société humaine. c'est l'arrêt attentif en vue d'une besogne utile à plusieurs. c'est la station ensemble autour d'un feu qui réchauffe. A ce confluent où se fonda Amiens. pour définir : Hachette). Car ces populations des hauts plateaux de France ne me paraissent pas avoir été d'humeur instable. si elles me demande ne sont pas déjà nées. qui éclaire et qui réconforte. les gisements en abondent dans les On dirait qu'il hommes au sol. sur cette terrasse de Saint-Acheul qui domine la cité moderne.. S'il est vrai qu'on ait trouvé sur ces plateaux des traces fait de foyers et d'ateliers. Ces hommes-là ont beau être des chasseurs qui courent et se déplacent : il leur faut. Le foyer. de chasse. de l'Histoire de France de Lavisse (1903. qui forme le t. et.VÈPOQVE DES CHASSEURS.

que l'on nepeut s'empêcher d'entrevoir. en face d'eux. à propos de ces outils silex. avec cet instrument. Avec cette pierre aux côtés amincis. combat contre les animaux ou contre d'autres hommes. bois 1. que je n'ai pu encore examiner. il peut frapper d'estoc et de taille*. des de travail et non pas seulement de guerre. tel que sera la hache et tel que le sera l'épée Il en d'autres temps. Mais il y en eut ensuite de si petits. Les plus gros et les plus anciens ont servi sans doute au combat. non pas des corps à abattre brusquement. et avec elle encore. Mais je crois qu'ils furent aussi autre chose. d'y avoir ménagé deux faces symétriques. Car. le choc ou la pesée du poing qui brise et qui abat. On nie d'ordinaire l'existence de l'emmancliement pour la plupart de ces pièces. On est convenu de ne parler de flèches que pour les temps postérieurs. A coup sûr. Ici se pose la question.16 DE LA GAULE A LA FRANCE. il peut piquer et percer. à des armes et à des épées. voilà le bras doté de deux ressources que la nature lui a refusées elle ne lui a permis que la force brutale. il peut frapper de taille. — . Cet outil de silex. nous sommes encore très loin de l'épée. Alors. le c'est donc le compagnon fidèle de l'homme. l'arme : Je songe. grâce à la pointe qui la termine. de manière à : présenter deux faces presque parallèles et peut-être est-ce premier perfectionnement que l'intelligence humaine a imposé au caillou de pierre. trancher et couper. si finement ouvragés. moustériens et surtout aurignaciens. aux pointes si ténues. dont la rencontre sur les côtés forme un double tranchant et qui à l'extrémité se confondent en une même pointe. mais de la matière à travailler soigneusement. : la plus profondément humaine qu'ait imaginée l'homme et cependant. de J'emploi simultané de l'arme de contact (coup de poing) et de l'arme de jet (caillou lancé donnant naissance à la fronde d'un côté et à la flèche de l'autre). lui aussi. le silex de Saint-Acheul nous en montre déjà l'embryon solide et complet. bien empoigné par la main. là le est légèrement aplati.

ignorons absolument la race qui peuplait alors ' pla- teaux de France ^ Mais ce que nous voyons d'elle permet de croi. Sa pensée est très ferme et son geste est très sûr. les indices d'une recherche d'art. même à cette époque reculée. JuLLiAN. les bords en courbe sont d'une netteté presque linéaire. 19. il OU cuir. on n'aurait pu les faire plus égales de dimension et plus semblables de forme. l)et du crâne de Piltdown (dans le Sussex d'Angleterre). Nous les ^ \ . Boule. l'ensemble rité de la pièce a tout à la fois la régulad'une figure d'cpure et la symétrie élégante d'une feuille de hêtre. bien audessus des animaux qui l'entourent. le cintre de la poignée fait contraste avec l'amincissement de : la pointe. de celui que l'homme peut faire sur sa pensée. Enfin. si à côté de l'arme nous avons l'instrument. mais il est en tout cas une chose faite avec un soin infini. Après avoir vaincu la bête par l'arme. pour ce qui nous concerne. Et si cette hypothèse est vraie. il domptera la matière par l'outil. p. Paris.e qu'elle était bien douée et en marche vers le progrès. et le voilà en mesure d'atteindre la souveraineté absolue. 1921. voici qu'apparaissent. ne nous est connu que par domiciles et par ses œuvres de pierre. sur son geste. les linéaments d'une autre sorte de travail. Gardons-nous de dire que l'homme de Saint-Acheul est parvenu au style géométrique et à l'art d'imitation. Je ne peux faire état. qu'à moins de les polir. Mais il est sur la route qui mène à l'un et à l'autre. cf. pour créer avec la matière des formes plaisantes. — De la Gaule à la France. Les Hommes fossiles. à côté de la lutte qui détruit l'industrie qui produit. Masson. Pour tout ce qui concerne les races primitives. les éclats ont été si habilement enlevés sur les deux faces. voilà l'homme. 2 . qui ne soient pas seulement utiles. 1. voyez l'excellent traité de M. Aucun squelette humain ne nous a été conservé de cette époque. cette fois. d'ailleurs. mais agréables. J'ai entre les mains un beau silex de Saint-Acheul il ne me paraît pas une arme bien terrible. disons déjà le mot. de la mâchoire de Mauer(prèsdeHeidelberg. ses Cet homme-là.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. n.

dit-on. Le froid. qu'on n'y ait pas ressenti le contre-coup de la révolution géologique qui aurait amené la rupture avec la Bretagne. parfois à la fin du paléolithique. apparurent. t. et je ne peux admettre. Colin). les glaciers se rapprochèrent de la les le plaine. II. et. nos contours maritimes prirent la direction et l'aspect qu'ils présentent encore aujour- d'hui. en tout tout genre l'outil et cas. Paris. Paléolithique moyen ou moustérien. sur ce point. en même temps. ou. en compagnie de Boule. ce furent des modifica: tions dans la structure de notre sol la Grande-Bretagne détacha de la France. 1895. paléolithique. nos fleuves et nos rivières se sans nul doute. On dut évacuer le plus souvent les plateaux et les terrasses. c'est que certainement leurs habitants ont vu et utilisé ces grottes et ces berges elles de rivières avec la structure qu'elles ont de nos jours paraissent n'avoir subi aucune modification depuis les temps moustériens. les neiges quittèrent moins longtemps des animaux émigrèrent. p. 2. des changements de ' arrêtèrent ce progrès. se transforma également. D'abord. cf. Et ce furent pour les de nouveaux ennemis. donnera Et par fut troublée. se à ce qu'on pense. de me séparer de l'opinion courante. Les Périodes géologiques 1. Des révolutions. climat. entre autres. Il devint plus hauteurs. et ce qui m'a frappé. » J'ai visité. Haug. l'homme de Saint-Acheul dans l'ère dans les chasseurs. beaucoup plus. où il semble que l'homme devint plus malheureux et son intelligence moins ouverte. 1802-3 est reliée « La Grande-Bretagne au Continent au moins jusqu'au début du quaternaire supérieur. comme mammouth hommes et l'ours gris. qui place cette constitution de la structure actuelle de la France à une époque plus tardive. (1908-11. Je suis obligé. la vie des humains fixèrent au lit et à l'étiage qu'ils ne devaient plus abancela. : : . si loin que nous soyons ici de la Manche. Traité de géologie. qui suivit temps des un véritable Moyen Age. d'autres. en dépit des objections qui m'ont été souvent faites. L'époque fut. de nouvelles conditions de vie. les grottes et stations de la Vézère.18 DE LA GAULE A LA FRANCE.

L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Voyez le livre de M. semble-t-il. d'importants changements se produisirent parmi les races humaines. en est la matière principale. aux heures mauvaises de dans les grottes. à la rigueur moins évolué. C'est toujours le silex qui. ce n'est pas le résultat d'un choix intelligent entre cent cailloux à façonner. du chelléen. La trace ethnique la moins incertaine que nous ayons du paléolithique primitif est la mâchoire de Mauer (près de Heidelberg). il fallut aussi chercher des abris. Boule. sans harmonie. Boule. aux frimas et aux pluies. mais lourd et ramassé. mais qui n'est autre. pour l'ensemble en moyenne. côté. on sent humain. vrai chef-d'œuvre d'analyse et de reconstitution. Le plein air continu fut impossible. et par suite de ces perturbations de la nature. comme l'a bien montré M. sans vigueur. se réfugia sous eut souvent à en disputer aux bêtes fauves durs arrivaient. L'Homme fossile de La Chapelleaux-Saints (1913. tête aux fortes mâchoires. les silex Il nous a paru que celle qui avait travaillé était d'espèce supé- sur les terrasses de la Somme ne peut en dire autant de celle qui a végété longtemps dans les grottes de la France centrale. Les dimensions en sont assez faibles rarement plus de dix centimètres. 19 exposés aux vents. beaucoup de petits objets. et dont on a pu reconstituer l'ossature et imaginer l'aspect corps rieure ^ : On vigoureux sans doute. Des temps plus Peut-être. les roches. l'impression de deux races différentes. moustérien de l'autre) et . Mais quelle différence entre l'arme élégante du plateau de Saint-Acheul par exemple. et l'outil de la grotte périgourdine du Mousvoilà tier! Celui-ci n'est jamais taillé que sur une face effort de moins pour l'ouvrier. que le type moustérien de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze) ou du Neanderthal (Prusse rhénane). L'homme. mais front surbaissé et crâne à capacité restreinte -. Il est fait à l'aide d'un un éclat arraché à un bloc. et il l'année. l'accès et la jouissance. dans la Comme nature et comme peine et médiocrité dans le travail : : 1. Masson). contemporaine. 2. dans la race. qu'on a voulu rapprocher du pithécanthrope. La comparaison des outillages (cheiiéen et acheuléen d'un me donne cependant. Paris.

Une circulation plus régulière sillonna le sol de la France. de nouveaux profits sont acquis pour les hommes pour la terre de France. que l'homme a manqué de souffle ou son bras le et qui. et J'ai s'élaboraient les éléments d'une vie nouvelle. on avait pénétré plus avant dans le sol de la France. font même la mérovingiennes au regard de On de dirait docilité. Mais ces temps-là. De même. par lesquels devait s'épanouir la civilisation de la France chrétienne et moderne. à tout prendre. on fouilla le fond des vallées et les flancs des montagnes. Ce n'est plus seulement aux cailloux du lieu que l'on s'adresse pour confectionner les outils on va chercher au loin soit la matière première pour les fabriquer. on s'était réfugié sur le giron de la terre et on lui devait son salut. On remonta et on descendit le cours des fleuves. la caverne : . à propos de cette époque. et cela fait songer aux temps qui ont suivi la fin de la civilisation romaine. On négligeait souvent le plateau pour se replier dans : mais par là même. pour me servir d'une expression qui deviendra plus tard la formule d'une religion universelle. La recherche de ces domiciles obligea les hommes à une exploration plus soigneuse de leur domaine. même dans ces pénibles débuts de la vie de caverne. pour avoir amené en tant de choses ruine ou décadence. effet que les poteries céramique gréco-romaine. soit des séries d'instruments tout prêts. l'expression de Moyen Age. éner- giques et puissants. n'en virent pas moins en religion et en morale.20 DE LA GAULE A LA FRAACE. prononcé tout à l'heure. on le connaissait plus profondément. de nouvelles choses apparaissent. Hommes et choses se transportaient plus aisément. et. et même dans la vie sociale et la tâche agricole. l'établissement de principes nouveaux. Et cependant. à côté des silex de Chelles et de Saint-Acheul. en la grotte obscure du Moustier.

plus de rapports entre les tribus humaines. La chose peut d'ailleurs dater des temps de Saint-Acbeul. Il y a l'outil qui racle. celui qui coupe. mais il a singulièrement accru ses moyens de travail. la plupart de ces instruments ont dû tiges être emmanchés dans des de bois * : et c'est le pre' mier emploi de ces combinaisons de matières qui devaient faire plus tard la gloire des manufactures. quand la température se fut radoucie. Mais il a ouvert quelques ce voies à l'industrie de l'avenir. de catastrophes qui bouleversent le monde et substituent une humanité nouvelle à une humanité disparue. L'homme de temps n'a pas perfectionné ses armes. l'essai d'un commerce et la piste d'une route. l'homme s'habitua à le ces grottes. 21 Cela suppose des échanges et des ententes. Puis. quand les glaciers se furent quand il put revenir à déplus longs séjours sur les terres découvertes.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. il conserva de sa résidence dans les cavernes un souvenir mystique et une religieuse reconéloignés. tout au contraire. Pour changer de lieux et d'instruments. comme « le compagnon des bois » du Moyen Age. si grêles et si disgracieux qu'ils ^ soient parfois. Il en fit domicile de sa vie tant qu'il fut nécessaire. si Et je peux ^. . à côté du silex. 1. Enfin. pas plus que dans l'histoire connue. 2. D'abord. maîtresse absolue dans l'outillage. C'est peut-être un timide et un farouche. celui qui perce. témoignent d'un certain zèle pour trouver des formes ou des emplois nouveaux. Il n'y a pas en préhistoire. l'effort qui devait faire la France ne Le labeur humain ne ce passage s'en continuait pas moins. On a avancé jusqu'à l'époque précédente la découverte du procédé de l'emmanchement. Ces outils eux-mêmes. affirmer que tous ces instruments variés ont dû servir à fabriquer mille choses diverses avec le bois ou le cuir s'est donc point interrompu dans du plateau à la caverne. on taille et on utilise l'os. la pierre ne règne plus en. L'outillage se diversifie. Peu à peu. celui qui scie. Puis. et bien d'autres sortes encore.

puissante. les magnifiques publications entreprises par l'Institut de Paléontologie humaine. la société glodytes. Monaco) L'archéologie préhistorique est peut-être actuellement celle qui possède en France la meilleure méthode et les plus com^ plets instruments de travail. plus séduisants comme butin. depuis 1906. La nature. allait être réservé. Et tant que dura la civilisation des chasseurs. une ou. un complet dévelopses facultés. appelée d'ailleurs par vie : conditions plus faciles de la race au front droit et vaste. . le cheval. hors des cavernes. race dont on devine. paraît être à la fois dans des faits de nature et des faits de race. stationnements de De nouveaux animaux arrivèrent. mieux. Cartailhac. l'antilope. mais à la tournure dégagée. qu'elle possédait dans un corps très sain une intelligence 1. à ses œuvres. véritable Renaissance. Capitan. sur ces grottes. comme celle de ce Moyen Age. Ses facultés physiques et intellectuelles se réveillèrent à ce jeu plus intense. et permit. humaine se fit gloire d'être une famille de trode nouvelles et brillantes destinées. au cerveau développé. pement de toutes ce besogneux Moyen Age. devenue fille L'origine de cette Renaissance. et si le froid demeura très rigoureux. à des expéditions hasardeuses.22 DE LA GAULE A LA FRANCE. pêches interminables. auxquelles collaborent Boule. Une noupeut-être velle espèce d'hommes se les présenta sur notre sol. à la musculature solide. dit-on. Voyez maintenant. il il devint clair et sec. sous les généreux auspices du prince Albert de Monaco. moins dangereux pour l'homme comme adversaires. des cavernes *. (Pe/ntares et gravures murales des cavernes paléolithiques. Peyrony. se montra plus clémente. à la tête fine. etc. un les vrai froid de steppe. les longues courses de chasses. Au surplus. à l'humanité des chasseurs. le renne. conçue pour ainsi dire dans le sein de la terre. après naissance. Il s'habitua à d'audacieux voyages. à un contact plus constant avec la franche lumière et la libre nature. Breuil.

manche de bois 2. dire. En principe. avec l'aplatissement de ses deux côtés. grande il n'y aura que le métal pour ramener. sur notre sol. de La Madeleine (Dordogne) : là. perçoirs étroits et pointus vrilles. grattoirs massifs. au moins des armes humaines car on a dû en faire présent à des dieux ou à des morts. Voyez. les lamelles de pierre trouvées à Volgu (en Saône-et-Loire). sous le travail de l'artiste de Volgu. longtemps après. s'est transformé en une feuille de silex à peine plus pesante que la feuille de saule dont elle imite et amplifie les formes. plus loin. de ' Solutré (Saône-et-Loire). un tel résultat. c'est la lame de Saint-Acheul. Et voyez. pour arriver à rupture. 23 non moins saine K Et établis alors. l'antique coup de poing. magdalénienne. produisirent des chefs-d'œuvre presque du pre- mier coup. son allongement progressif en pointe : mais ici. Il est vrai que ce ne sont pas des armes. donnés par une légèreté et d'une sûreté infmies. Jamais. si le mot ne jurait pas avec la matière. où principes par les générations antérieures parvinrent à leur les apogée. . commença les la floraison d'une civilisation splendide-. posés par générations nouvelles. solutréenne. Époques dites aurignacienne. pointes à crans. La vieille On pourrait pratique du silex fut portée à sa perfection. pour une souplesse incroyable. la lame a jus- qu'à près de 40 centimètres de longueur et quelques milli- mètres à peine d'épaisseur. où d'autres principes. le formant paléolithique supérieur. lourd et robuste. les instruments d'Aurignac (Haute-Garonne). Race dite de Cro-Magnon (Tayac en Dordogne).L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. pour l'utilité de l'outilje sache. comme des burins aux extrémités angulaires. la pierre n'a livré des : : main d'une — lage. mais pour eux. qu'on devine incorporées dans un 1. il la ciseler sans a fallu des centaines de coups. qu'elle atteignit — la délicatesse des objets. que œuvres d'une ténuité aussi.

ce sont les premiers essais de la bijouterie. habitation. égala alors son con- du temps d'Aurignac. ces aiguilles. L'esprit sens pour ne négliger aucun des humain rayonne en tout emplois de la matière. des pointes aussi voici. des besoins en quantité étaient satisfaits par ces outils de silex. de la droguerie. des os évidés en tube. reil appade chasse et de pêche. des aiguilles avec chas d'une exiguïté telle. Chose étrange! ces hommes ne se sont point préoccupés . de façon indissoluble. des perçoirs. l'outillage en os. et ces godets contenaient les matières grasses destinées à faire la lumière dans les grottes. Et ces os renfermaient l'ocre rouge destinée à colorer leurs tatouages. du temps de La Madeleine. des tubes à Car maintenant. ici. nous n'avons plus seulement devant nous des instruments. et aussi de tiges denticulées qui annoncent déjà la forme des scies de métal. maintes Plus nouvellement venu. tout comme les épées de plus tard. ce suif qui sert à éclairer. A chaque jour. de la couture. Cette ocre qui sert à colorer. Et je ne parle pas des épingles.24 DE LA GAULE A LA FRANCE. que le seul métal pourrait en produire de semblables. pourvues. et teaux. de la chimie. l'organe créé l'industrie. cependant. ces pendeloques. des bâtons de couleur. des poinçons. Quel dommage. des industries nouvelles prenaient nais- sance dans ce monde de travail et de réflexion. mais aussi des récipients. Les hommes d'alors ont connu l'idée d'imiter avec la pierre ou l'os la paume de la main ou la coquille qui retient et conserve le liquide et la poudre. lamelles d'une rare petitesse. comman- dement. des marcurrent. d'une soie plus mince encore. Voilà. et peut-être l'outil avait-il fois éveillé le besoin. des harpons. en face de cette variété d'instruments. Ils ont eu des galets creusés en soucoupe. des ciseaux. de ne pouvoir retrouver la matière à laquelle ils s'appliquaient et la façon qui en était tirée! Vestiaire. fines que celles de silex. stimulé sans doute par l'imitation de la pierre. des pendeloques en dents perforées.

Maintenant. a été la surprise et la joie de tous ceux que passionne la recherche des plus anciens âges de l'humanité et de la France -. animaux et humains même. Déjà. leurs engins dirait 25 de combat '. 4. ». les grosses armes de pointe avaient été réduites en leur puissance. ne peuvent être des instruments bien redoutables. dit Déchelette du (p. l'outil de bataille a perdu de sa force et de sa valeur.cavernes. légers. lors du reflux dans les . D'où leur est venu don imprévu. élégants et fins. merveille dont la découverte. peut-être. ces milliers d'objets que nous avons à notre disposition. de sûreté plantes ce '. Assez rarement jusqu'ici. : Mais voici maintenant la plus grande merveille de ces temps où régnaient les chasseurs de rennes et de chevaux sauvages. Le monde de France n'invente que des manières de travailler. dans l'observation. de discipline dans le geste? La rareté 1. . de netteté dans l'intelligence.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. « Chapelle Sixtine de l'art quaternaire plafond de la grotte d'Altamira en Espagne 3. Leroux). petits. Ces chasseurs ont été d'incomparables artistes qu'ils aient : non voulu imaginer des figures ou composer des scènes. Voyez le Réperloire de l'art quaternaire de Salomon Reinach (1913. 150). Paris. mais ils ont su reproduire avec une exactitude extraordinaire les êtres de vie qu'ils voyaient autour d'eux. Dans la mesure où la chose peut faire connaître l'homme. Sauf. les temps où nous sommes parvenus furent peut-être les plus pacifiques de l'histoire plus de coups de poing. sous nos yeux et de nos jours. 2. où l'archéologie permet de juger d'une société. d'os ou de pierre. et pas encore de haches ni d'épées. On que depuis le premier âge du silex. le perfectionnement de la flèche et de sa pointe. d'améliorer leurs armes. qui les a fait parfois comparer à des Michel-Ange préhistoriques ^? La race était-elle supérieurement douée.

en noir ou de nos cavernes. Enfin la peinture se manifeste en d'innombrables images de chevaux. comme le fait . de plain-pied. et c'est déjà de l'excellente gravure. et ce n'est que de nos jours.2G DE LA GAULE A LA FRANCE. Certaines allures. de bisons. certain dispositif des membres d'un cheval au galop ont été saisis par le regard du peintre avec une précision invraisemblable. Ces mêmes les causes. calme ou troublée. Et tout cela. courant ou se baissant en ocre. ces chefs-d'œuvre d'art. de mammouths. sont obtenus avec quelques teintes plates et uniformes. de taureaux. fixées à tout jamais. fuyant devant l'homme ou se retournant contre lui. dans ces images des maladresses. Mais le plus grand nombre est réussi. cela va de soi l'art des cavernes n'a pas produit que des hommes de génie. La bête y vit. une grande époque d'art qui se manifeste. Toutes les manières de reproduire la figure nous sont subitement révélées. les 1. des guerres tourna-t-elle son esprit vers les préoccupations supérieures de la pensée et de l'art? La vie de chasse développa-t-elle chez elle l'acuité des sens qui perçoivent. ces images. de cerfs. justement remarquer Déclielette (p. y d'informes tâtonnements. que la science moderne a pu reconstituer ces allures et ce dispositif : l'œil et la main du chasseur préhistorique les avaient retenus aussi fidèlement que la plaque sensible. La sculpture sur pierre a fourni en bas-relief des frises de chevaux courant ou des humains se tenant debout. : matières présentent d'autres figures incisées. à l'aide de la photographie instantanée. On croit la revoir. l'attention soutenue et la notation impeccable des choses et des êtres de la nature? Je sans doute jamais ne sais et nous ne saurons Mais nous voyons les effets et c'est. sans rien qui nous l'ait fait prévoir'. la glyptique a donné des os de renne ou de mammouth taillés en types d'animaux. sur Qu'il les parois ait parfois : dans une attitude de vérité absolue. 231). jetées sur Ajoutez aussi les ornements de style géométrique. et il y a bien des figures d'une surprenante beauté.

cette image peinte à titre de souvenir. A-t-il regardé l'animal. ou d'une famille. et toutes ses facultés lui obéissent maintenant assez pour qu'il puisse comprendre et copier la nature. ou d'une tribu. . comme une puissance supérieure. vojez le livre si documeiité de Th. qui était de conquérir l'animal. Ou encore. — — 1. pour être plus sûr de la capturer dans la chasse. On peut encore supposer. sacrée qui et l'art commence. Sur les hypothèses possibles au sujet de la vie religieuse à l'époque préhistorique. ou l'insigne. et sa présence en image ne serait-elle pas le signe de ralliement d'un groupe d'hommes ou la marque de quelque entente entre ce groupe et un groupe allié? dans ce cas. 1921. propres facultés. voilà l'image débute par l'idolâtrie '. 2. A désir la vue de un pro- j blême s'est aussitôt posé. dans quel l'homme a-t-il été amené à reproduire sur la pierre de sa caverne ou l'os de son bâton l'image de ses animaux de chasse ou de voisinage? Est-ce simplement par désœuvrement. Les Religions de la préhistoire. en la rapprochant par l'imitation figurée? dans ce cas. Cette fois. et faire à sa façon une œuvre de créateur. de ces sculptures. chacun de ces animaux ne serait-il pas l'enseigne. dont la figure allait protéger sa demeure? dans ce cas. ces peintures. et. réalisé la tâche la terre et ses 27 l'homme a bien de ce temps. dans un sens religieux. l'art est à son origine une opération magique. Avec presque rien de la terre. dans un sens laïque. l'image de la bête chassée donnée en ex-voto à la divinité. au contraire. correspondant à un besoin impérieux de sa vie? A-t-il considéré l'animal comme une sorte de dieu. simplement comme une proie à maîtriser de toutes les manières. Picard. la dompter au préalable. Sous quelle impulsion. parois rugueuses d'une caverne. Paris. il a fait le mouvement de par la force la vie. de l'animal il a pris le corps à la fois du chasseur et la vision de l'artiste. Mainage. l'art aurait commencé par être un agent de la vie sociale -.L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. par intuition d'art? Ou n'a-t-il pas eu quelque intention plus pratique. ou le représentant d'un être vivant. a-t-il voulu l'attirer.

il aura pénétré par l'étroite entrée de la grotte. il faut visiter les grottes où elles s'appliquaient comme en un musée. elles apparaîtraient plus nette- moins belle. magique ou sociale. et il se sentira enveloppé de confiance dans les destins de l'humanité. quand il aura peu à peu discerné sur dant encore du gées par une si les parois ces bêtes monstrueuses. et que l'effet seul a été recherché. plus encombrée de de ses ancêtres. que cette cause a vite disparu. dans les grottes et sur les ivoires. pour qu'elles soient uniquement le produit d'une dévotion. il faut les voir. Tout Français qui a le culte et l'image serait ment. qui pouvait entraîner son existence dans une voie plus grandiose encore. Vraiment. où sont peintures. trop d'images et trop diverses. quand ses yeux se Et quand. moins vivante. quelle initiale que soit la cause de ce travail esthétique. Parler de ces images ne suffit pas. et vivantes cepenfait de quelques couleurs trouvées et arranhabile. renaît tout à coup sous son regard grâce à la vertu magique de l'intelligence et de l'art.28 Il DE LA GAULE A LA FRANCE. une émotion religieuse l'étreindra. Ce sont sincérité et de goût. tout homme qui a la curiosité respectueuse de son passé. moins marques et de symboles. doit faire le pèlerinage des Eyzies sur la Vézère. simple. et œuvre de non pas de besoin. A la fin fit de cette belle période d'industrie et d'art. Il décou- l'homme . religieuse. main passé. pour bien juger l'époque qui les a produites. quittant seront habitués à la faible lueur des lampes. d'ailleurs. disparues depuis des milliers d'années. quand il songera que ce lointain longtemps oublié des hommes. est bien probable. L'art apparaît dans toute son indépendance et toute sa franchise. On a l'impression que ces artistes ont aimé ce qu'ils fai- saient et qu'ils le faisaient par amour. les plus nombreuses et les plus belles de ces la lumière du jour. S'il y avait des arrière-pensées cultuelles. nous avons de ce temps. Pour bien les comprendre. une nouvelle découverte.

L'ÉPOQUE DES CHASSEURS. Celle-là travaille et produit. tantôt enchevêtrés. peut-être seulement de leur auteur. des bandes. Assurément. établir par là entre des êtres éloignés les uns des autres une sorte de relation magique. une communion dans l'intelligence ou la décision. à l'aide de peroxyde de fer. ces signes étaient en petit nombre et de forme naïve. des s'imprimer sur la pierre. destinés peut-être à rappeler des faits de chasse. des ronds. à des états d'âme ou à des faits. il a ajouté l'écri- ture. Mais on alla bientôt plus loin '. en outre. devaient être compris de tous. Je voudrais me représenter maintenant les conditions matérielles et morales dans lesquelles ont vécu les 1. peuvent se rapprocher ou se combiner. aux aïeux et aux descendants. Jamais l'homme n'avait fait une découverte plus capable de combattre le néant. correspondre à des paroles. . hommes Époque dite azilienne (Le Mas-d'Azil en Ariège). On utilisa des galets sur lesquels on peignit. et ces signes. annoncer un acte accompli ou à exécuter. L'écriture est de la parole humaine fixée et visible pour tous. vrit récriture. et exige la présence immédiate. Ce furent d'abord de simples traits ou des encoches sur os ou sur corne. l'os signes conventionnels : ce sont des demi-cercles. Jamais il n'avait assuré à ses facultés une telle souveraineté. de vaincre l'espace et le temps. C'était pour ainsi dire mieux et plus que la parole. mais l'écriture unit entre eux les vivants et les unit aux morts et à l'avenir. Celle-ci ne dure pas. imite et conserve. A l'industrie. tantôt isolés. et qui ont pu n'être compris que de quelques-uns. l'art procure des jouis- sances supérieures. c'est-à-dire qu'il 29 imagina des signes pouvant ou le bois. l'homme a trouvé le principal agent de la sociabilité humaine. à l'art. tout ainsi que nos Cette lettres fois. et ces signes devaient révéler une pensée ou un désir.

Placer à cette origine du monde l'Éden ou l'âge d'or fut une fable enfantine. peine et tremblement. Làdessus. Mais il est tout aussi ridicule de notre part de n'y voir que misère. siècles. et en particulier ceux des derniers voudrais savoir leur degré de bien-être et de ils bien faire. Nos premiers aïeux ne se sentaient point privés de ce que nous appelons le confort. évidemment. pour n'être pas aussi variée que la nôtre. les huttes et lits de branchage. la cueillette des -fruits naturels. nous manquons de mille choses que nos héritiers jugeront indispensables à la vie et dont l'ignorance actuelle nous vaudra de leur part une ridicule pitié. Pourtant. n'en était pas moins très largement assurée par la pêche.30 DE LA GAULE A LA FRANCE. qu'il ait l'audace Il faut de toutes les curiosités. Ces chasseurs d'Aurignac ou de La Madeleine n'étaient ni plus malheureux ni plus heureux que nous ne sommes nous-mêmes. Ils avaient tous les moyens de se défendre contre : les intempéries les : la fourrure ou le cuir des bêtes. ce que valait leur société. Le bonheur ne consiste pas à vivre dans certaines conditions matérielles ou mentales. Ces minces aiguilles . Ils ne vivaient ni dans les délices du paradis ni dans les terreurs de la géhenne. à défaut de la chance des solutions. puisqu'ils ne savaient ce que c'était et ce que cela voulait dire. la chasse. . et vrai- ment une société humaine digne de ce nom. il consiste à s'adapter aux conditions que l'on connaît et dans lesquelles on doit vivre. l'historien a le droit et le devoir de pousser sa recherche jusqu'au plus intime des âmes. j'entends jusqu'à quel point le connaissaient si bonheur ou c'était le bien. N'ayons donc pas pitié des chasseurs et des troglodytes de jadis ils pouvaient atteindre toute la part de bonheur à laquelle doit prétendre l'âme d'un être vivant. Ce n'est pas à l'aide d'une peinture murale ou d'un silex taillé que l'on devinera les vertus et les vices des hommes. La subsistance de ces hommes. je de cette longue période. Soyons sûrs que même nous autres. je ne peux apporter que des impressions.

posé. et. aviation. annonce une habitation et un Ils mobilier sufïîsants. cet outillage scie. On a vu qu'il leur laissa des loisirs pour faire des et de véritables œuvres d'art. comme on l'a sup- des images de piété. tout aussi bien L'intelligence la nôtre. durs à la fatigue et assidus à la besogne. c'est c'est l'éclat le pro- grès qui est fait sur le passé. l'art sous toutes ses formes. que ces peintures d'animaux soient vraiment. auparavant. Mais le travail matériel n'était pas plus impérieux. c'est l'élan vers le nouveau. de ces hommes était sœur ou mère de Nous ignorons davantage leurs croyances et leurs mœurs. étaient sans nul cloute fort occupes à toutes ces affaires de chasse ou d'installation. l'avenir. que les découvertes d'un Edison ou d'un Pasteur. . pour cultiver leur esprit. C-e qui fait la valeur d'une intelligence et l'éminence d'une invention. électricité ou vapeur. réfléchir et rêver. Tandis que l'époque païenne et l'époque chrétienne ont inscrit dans toutes leurs ruines l'empreinte de leurs dieux et la marque de leur culte. taille. ce n'est pas la nature des choses auxquelles on s'applique. l'arme d'estoc et de suppose une tension continue de l'esprit ou une divination subite. une suite d'expériences et de déductions ou la fixation rapide d'une lueur de génie.L'ÉPOQUE DES CHASSEVRS. d'une pensée imprévue. c'est la portée dans auparavant. perce et racle. Qu'on ne se trompe pas sur la supériorité intellectuelle de notre époque et sur la grandeur de ses découvertes. des idoles de Je que leur religion fût uniquement d'Esleur culte uniquement de pratiques magidivinités. la période du silex n'a rien livré qui ressemble à coup sûr à une pierre rituelle ou à un signe de dévotion. et. de femmes et de chevaux. 31 qui annoncent un vestiaire délicat et complique. Car je doute de plus en plus que ces sculptures d'hommes. affiner leur intelli- inventions inestimables c'est-à-dire gence. n'oserais pas dire prits invisibles. pas plus absorbant qu'il ne l'est de nos jours. Or. découvrir l'écriture.

à l'endroit des Magdaléniens jugés contemporains. les nous avons dit qu'ils remettaient en usage ce n'était plus ignobles et les plus sanglantes coutumes de l'ère préhistorique. La femme. de la pierre si. Les hommes de la pierre ont pu vivre avec des instruments pareils il n'empêche qu'ils à ceux des sauvages contemporains ne sont pas restés des sauvages. et. c'est de la même manière qu'on a . on les a comparés aux plus ignorants des nègres africains. l'horreur hirsute des habitants des cavernes. esclave et sujette. Mais celle est de fait que de toutes les archéologies. je ne leur je aucun de nos vices. l'arme du : combat ne refuserai s'est point perfectionnée et que l'instrument du travail n'a cessé de progresser? A tout prendre. des idées toutes faites. il ne résulte pas qu'elle fût seulement consacrée au meurtre et à la destruction. combien de fois avons-nous lu et lisons-nous ces expressions et bien d'autres similaires ! Pour expliquer leur degré de barbarie. on a à la essayé de conclure croyance en l'âme et en son immortalité.1-2 DE LA GAULE A LA FRANCE. de la part de nos ennemis. On a attribué à ces premiers hommes des mœurs atroces. C'est à peine de l'attitude des morts dans la tombe. De ce que nous ignorons leurs mœurs. aux pires atrocités. De ce que leur vie s'est déroulée très loin dans le passé. pure calomnie. dit-on. Des artistes et des inventeurs de ce genre on qu'ils me fera difTicilement croire aimaient uniquement le sang et le mensonge. n'avons-nous pas constaté que chez eux. pas autre chose qu'un être du bétail. en admettant qu'on : puisse se servir de ce mot à leur égard. nous n'avons pas le droit de dire qu'elles fussent féroces. taillée est jusqu'ici la plus laïque. était alors. mais ne leur dénierai aucune de nos vertus. Débarrassons-nous des prépas. il ques. Je me suis toujours demandé si ou des Aurignaciens. si l'on a des figures féminines. La sauvagerie des temps primitifs. Je ne nierai pas qu'ils ont pu faire la guerre et cependant. Quand la Grande Guerre nous a fait assister. à tout le moins.

voici que l'on vient de découvrir. et se succédant pendant des siècles. JuLLiAN.L'homme est d'un : ils apparaissent tous deux en couple d'égaux. Boule. La comparaison avec le c'est une bête que l'on chasse. Ces centaines de peintures que nous font songer à des centaines venus les créer ou les voir. Hommes fossiles. Et puis. p. Il a fallu. y voyons d'hommes associés qui sont La vie de chasse et de pêche la guerre civile et la dévas- amène plus souvent l'entente des familles et la formation de tribus qu'elle ne provoque tation des choses. Je sens au contraire des hommes qui se rapprochent en familles. pour les produire. et peut-être déjà par-dessus des tombes. c'est l'accumulation. 3 . a-t-on encore répété pour ces mil: c'était vraiment le temps du « coup où chacun se faisait d'abord sa place. Certaines sta- tions sur les plateaux de la Somme se sont prolongées depuis les premiers temps du silex jusqu'au plus bel âge de la civilisation des chasseurs. 33 Il faudrait le prouver. D'abord. Les t. Homo de poing lupus homini. de même que Paris s'est continué depuis l'époque ligure jusqu'à la nôtre. 1. Lalannc à Lausscl (Dordogne) XXIII. ce n'est pas la dispersion. Si je femme est de l'autre pense à quelque mythe pour traduire mon impression sur la famille de ce temps-là. une superbe image côté. L'Anthropologie. en tribus. . je préfère à tout autre celui d'Adam et d'Eve. 309 et 305. et renne tombe à faux tel n'est point le cas de la femme. en villages autour de lénaires de l'origine ». et non pas en maître et esclave. Je ne le crois pas. — De la Gaaile à la France. foyers et d'ateliers. la d'homme '. Ce qui apparaît dans ces gisements de silex taillés. en dernier lieu. beaucoup d'hommes vivant ensemble.L'ÉPOQUE DES CHASSEUIiS. des images de rennes ou de bisons. près desEyzies. à côté des : : figures féminines. 1912. ne parlons pas de bétail pour cette époque elle ignore les animaux domestiques. Découvertes du docteur G. à la même place. On ne se réfugie pas dans les cavernes pour se défier ou s'entre- déchirer.

Sur nos plateaux du : : Nord ont été recueillis les silex les plus robustes et les . n'est point possible. sur notre sol. furent vraiment les centres actifs de la première industrie du silex nulle part vous n'en trouverez de vestiges plus denses. préludé aux Gaulois et à la France? Gela. une formation politique qui ressemblât à une nation. de la Marne. chasse. des nationalités. si l'on veut parler d'une grande fraternité de troglodytes et de sa capitale. qu'on dirait un sanctuaire de ralliement de tribus innombrables. à peu près simultanément. autour de nos une nature particulière et une intensité de vie que il nous ne rencontrerons pas dans les régions plus lointaines de l'Europe.34 DE LA GAULE A LA EHAJSCE. par les mêmes phases. fleuves. A l'heure où j'écris (je dis cela. Au nord comme au sud de la Manche et des Pyrénées. On est également tenté de croire que les hommes de nos pays ont été. Il n'y a rien. et qui aurait. par-dessus familles. si nombreuses. de la Seine. sociétés de une entente plus vaste. c'est à la France et aux Eyzies qu'il faut s'adresser. concevoir Peut-on enfin. montant ou descendant par les rivières de France. si rapprochées. hommes. l'Europe de ces périodes est passée. ses véritables animateurs. parce que nous sommes toujours à la merci d'une nouvelle découverte). On signalera en Espagne d'aussi mais ces grottes belles peintures que celles des Eyzies françaises de la Vézère sont si riches. Les bords de la Somme. qui indique une civilisation propre à notre terre. de la Meuse. semble entièrement inconnu de ces Et cependant. un lieu de rendez-vous ou de pèlerinage où des milliers de chasseurs se sont rassemblés. y a déjà chez nous. aux différentes étapes de cette civilisation. tribus. à l'est comme à l'ouest du Rhin. dans la vie de nos plateaux ou dans celle de nos cavernes. jusqu'à de nouvelles découvertes. depuis l'invention de l'arme de silex jusqu'à celle de la peinture pariétale. Ce que nous appelons des frontières.

êtres à demi errants. Ils possédaient leurs sentiers et leurs stations d'habitude. dans cette religion des cavernes. Mais de cette terre. Je n'ignore pas qu'il a dû y avoir des enfouissements voulus de morts dès les temps moustériens. ces tribus n'en demeuraient pas moins des chasseurs. Ils ignoraient que la terre est une source de vie par les tombes \ de fraternité par Mais une autre période d'histoire allait commencer. ils avaient déjà.L'ÉPOQUE] DES CHASSEURS. C'était la surface seule qu'ils les terre souveraine. . ce sont nos gîtes qui approvisionnent les du musées européens des c'est pièces les plus typiques dans nos cavernes qu'il faut se du Moyen Age paléolithique. en d'autres temps. le souffle inspirateur est venu de la Grèce et de Rome. Au moment actuel de la science tout nous invite à supposer que c'est ici qu'a été donné le branle à la vie intelligente de l'Europe dans les premiers temps de sa destinée. comme. Ces hommes. celle où l'homme découvrit la valeur de la terre et associa la vie du sol à sa propre vie. à demi nomades. 35 mieux Centre travaillés de l'ère primitive. et les galets porteurs d'écriture proviennent de la grotte où coule un torrent pyrénéen. — 1. en France comme ailleurs en Europe. avaient voulu conquérir et qu'ils possédaient maintenant. rendre pour avoir l'im- pression la plus juste de l'esthétique des chasseurs. Mais je songe ici au culte de la tombe. dans la vie courante. cultures. qui fixe. ils ne connaissaient que la surface. senti la première impression de la qui appelle les vivants et morts. de tradition par les les cités et les patries. Il n'empêche que la vie civilisée commençait à peine.

Voyez les mêmes livres que pour l'époque précédente. — Avènement de Terre-Mère. Toute datation. l'archéologie de la pierre polie n'apparaît clairement ni dans ses périodes ni dans son évolution ni dans sa répartition. Les premières cultures. même approximative. Exploration minéraloDomestication des terre. On a donné les chiffres de 7 500 à 6 000 ans avant notre ère pour il . prépondérance de la hache. vie solidaire. Migrations humaines dans cette période. plus considérables que tous ceux qui 1. — Les résidences des morts. Mais faut avouer que tous ces livres laissent.II L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS TEMPS NÉOLITHIQUES OU DE LA PIERRE POLIE * La grande révolution de comme force agricole. la gique de — Nouveaux éléments de relations routes. de nouvelles découvertes et de nouvelles statistiques. — La conquête de mer. Déclin des œuvres de Vesprit. . Nou- — — — — Incertitude de — notre histoire : la la science — velles industries. déesse souveraine. — Ce que France animaux. marchés. mais non décadence absolue. Dans ère ^j il le cours des derniers millénaires avant notre prodi- se produisit chez les hommes de France de gieux changements. — La céramique. Nouveaux instruments . — — — les la : la la doit à cette rôle de la époque : éléments nouveaux d'une Bourgogne. — Groupements humains forteresses. Jusqu'à. 2. lechien. une impression moins nette que pour les temps paléolithiques. paraît impossible. découverte du métal. Discipline de la terre et de l'âme. des temps néolithiques. découverte de la terre sur les origines de cette révolution. villages.

et je doute qu'on ait déjà eu l'idée de voir dans la et qui nourrit. Mais celle-ci.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Elle les portait dans leurs stationnements et dans leurs marches. qu'il rencontrait sur familles et les tribus ne savaient pas ce qu'était un domicile. bois ou silex. ses cavernes leur avaient offert un asile aux heures pénibles de leur existence. c'est à l'agriculture qu'ils demandèrent surtout les moyens de vivre. p. Les Hommes fossiles. 10000 ans avant l'époque on descendu à 4 800. sans renoncer à la chasse. La théorie de 1' « hiatus ». Ce n'est pas que la terre fût demeurée une inconnue pour leurs ancêtres. attentifs qu'ils les sol ou de culte. en obserse vateurs étaient. malgré tout. Ils découvrirent la valeur productrice de la terre. me paraît définitivement abandonnée. et. pour creuser des de et sans doute. 1. Corrèze). ne tenait qu'une place secon- daire dans leurs besoins et leurs espérances. 37 avaient jusque-là modifié leurs corps et leurs âmes. Les animaux eux était fournissaient à l'homme le principal de sa nourriture et l'essentiel de son vêtement. les face foulée par ses pieds. et à bon droit. j'emploie ce le mot « connaître dans son sens commencement de est cette période néolithique (Boule songe à actuelle. c'est-à-dire de l'absence de transition entre le paléoUthique et le néohthique. qu'ils appliquèrent le meilleur de leurs pensées. il se battre contre sa besogne ordinaire et pour ainsi dire son devoir d'être vivant. que les choses. même . « » terre un Esprit supérieur qui enfante De nouvelles générations vont surgir qui connaîtront » enfin la terre. des habitudes et des sentiments enracinés en un point du sol. De la terre n'occupait et n'utilisait que la surcette surface. 61). et ils n'avaient dès lors cessé de regarder lieu le sein de la terre comme un leurs fosses et de refuge. Dès l'époque moustérienne (squelette de La Chapelle-auxSaints. sont-ils bonne heure aperçus que arbustes de leur nourriture sor- taient de grains enfouis dans les profondeurs de la terre. 3 300 pour le début de certaines stations néolithiques lacustres delà Suisse. de réunion le mains savaient entr'ouvrir y déposer leurs morts '.

les Tour à lin hommes lui confièrent les grains de blé ou de pour améliorer leurs conditions matérielles. plus large. pareille aux femmes et m. — — — — . évidemment. les élèves immédiats de ces lointains ancêtres. Ces deux époques. de l'argile. sociales et religieuses. tant d'efforts. ont contribué chacune pour sa part à nous faire ce que nous sommes. tout cela e^dge encore pour nous groupes sociaux. ils modifièrent son aspect et sa nature même afin qu'elle s'adaptât tence. n'aura produit une telle suite de découvertes. ils tirèrent d'elle de la pierre. une chaîne d'événements et un ensemble de phénomènes d'une unité parfaite et d'une grandeur réelle. Elles comprirent sa force féconde. que nous pouvons nous dire les héritiers directs. humain et religieux à la fois. du métal pour compléter leur outillage de travail et de combat. aux temps des chasseurs. l'histoire aux Jamais de l'humanité. celle des temps des chasseurs et des troglodytes. des demeures et des villages faits pour l'éternité. la prééminence de est devenu pour nous une chose l'homme dans le monde. si longue soit-elle. et cela nous rappellera l'unité et la grandeur de la période précédente. de transfor- mations économiques. ils en firent aux nouveaux modes de leur exisun objet que l'on possède et une étendue vie. tout ce que les agriculteurs des temps nouveaux vont remuer de faits et blé. labeurs de paix ou entreprises de guerre. Mais le bienfait suprême que nous devons aux millénaires paléolithiques.38 le DE LA GAULE A LA FRANCE. C'est la véritable histoire de la terre de France qui commence avec eux. elles sentirent son attrait divin. se déterminant dans un ordre naturel. ils se l'imaginèrent que telle l'on délimite. frontières de d'idées. métal. ils bâtirent à sa surface des tombes. tour. propriété du sol. dans ces temps d'agriculteurs. que cette longue époque nous paraît étrangère et inutile à notre destinée. recevant et exigeant d'elle tant de bienfaits.ères qui les avaient engendrés. et enfin. si naturelle. tant de sources de qu'une puissance souveraine. Nous allons rencontrer. Au contraire.

amené par un changement dans la vie de la nature '. ne crois constante. soit entraînée par la rumeur populaire. une température plus douce permit aux habitants de la terre de remarquer avec plus d'attention les richesses et les variétés de ses produits. la régularité de ses fonctions créatrices. je crois. . 3. Le climat perdit de sa rigueur. instituant sur notre sol des habitudes nouvelles. à la ténacité de ses expériences. C'est et 1. sur tous ces points. Car je crois à la persistance. à l'ingéniosité de ses hypo- A quelle race attribuer le mérite d'avoir ouvert à notre histoire de France la voie de l'ambition agricole? Est-ce à nos anciens troglodytes S qui se seraient peu à peu détournés de la contemplation artistique de la nature pour rielle? se mettre délibérément à son exploitation maté- Est-ce à de nouveaux venus. à sa faculté de noter thèses. l'opinion je compte.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 39 Ce changement dans la vie des hommes fut peut-être. les saisons prirent des proportions plus harmonieuses. Connue comme telle. les glaciers recu- lèrent sur les plus hauts sommets. le goût pour un autre genre de vie? La découverte du blé que l'on cultive et du pain que l'on fabrique s'est-elle faite chez nous. provoquée pour ainsi dire par l'excellence de notre terre. pour une part. de nombreux individus de la race des derniers temps troglodytiques. qui sera ^? éternellement la patrie du pain blanc ou nous est-elle arrivée de proche en proche. Car c'est au génie observateur de l'homme qu'il faut revenir en dernière analyse. sur notre sol. dès les temps gaulois. les rapports entre les êtres ou entre les faits. J'en doute encore pour mon pas impossible que la stabilisation du climat ait été acquise avant les temps de la pierre polie. soit introduite par quelques émigrants indus- trieux ou une bande d'heureux conquérants? questions à nous poser! Que de Que de réponses à attendre de la science de demain! Celle d'aujourd'hui. 2.

Boule constate l'apparition et la fixation. des trois principaux types physiques actuels. M. Toutes les hypothèses possibles ont été imaginées.40 DE LA GAULE A LA FRANCE. qui semble bien dériver de la race magdalénienne dite de Cro-Magnon. à propos surtout des premiers temps du bronze). s'établirent au milieu ou à côté des descendants des troglodytes magdaléniens. On s'est complu à croire que les premières familles d'agriculteurs étaient douces et pacifiques. 487 . l'homme Alpin 3. Race l'Ouest. et peutêtre cette race était-elle plus apte aux besognes rudes et continues qu'allait exiger le travail de la terre. et l'homme Méditerranéen. opinion dont je regrette de me séparer. Elle a réussi à fixer siècles l'apparition ébranlé les en furent les épisodes successifs. à la fin du néolithique. Depuis le jour où l'homme estima la d'êtres. et que l'aurore de la civilisation rurale ne fut pas traversée de lueurs sanglantes '\ J'ai peine à le penser. ou de Grenelle (Paris). Ces migrations n'ont pas dû se produire sans troubles et sans luttes. p. d'Asie. Dans son livre sur Les Hommes fossiles (p. Race dite des Baumes-Chaudes (Lozère). Les déplacements de masses humaines sont rarement des faits d'accord et de calme. terre à son prix. dans l'ensemble des de la plus grande révolution qui ait multitudes humaines . de désir plus énergique. I. l'expression de Déchelette {Manuel. C'était l'opinion et . On l'a fait arriver tour à tour d'Extrême-Orient. Aux popuune race lations anciennes \ d'autres vinrent se mêler ^ : au crâne plus fuyant. t. Soyons d'ailleurs sûrs qu'il a dû venir des émigrants de plusieurs espèces et que tout ce monde s'est vite mélangé. de plus atroce cause de batailles et 1. à l'allure moins dégagée. mais elle ne sait pas quels premiers promoteurs et les vacille et tâtonne. 339 et suiv. dite de Furfooz (Belgique) l'homme du Nord. de Belgique. On la dit dominante dans 2. à' la stature moins élevée. par la Méditerranée. d'Espagne. Elle paraît jusqu'ici dominer dans le Nord et dans l'Est. En tout cas le début de la vie agricole fut accompagné en France de larges mouvements d'hommes. d'Italie.). d'Afrique. il n'y eut pas de besoin plus impérieux.

que l'acquisition et la possession d'un peu de cette terre. 41 de meurtres. en leur objet. Du jour où l'habitant de la terre se mit à la travailler. ou l'envie. aussi bien désordonnées des Cimbres et des Teutons. les regards changèrent de direction. : autant de deuils que de joies restera en son : et il en sera ainsi tant qu'il âme le vice et le mal. On dirait qu'il a perdu la force. à dessiner de sa main des figures semblables à celles qu'il aperçoit. il sema dans l'univers. Telle est la loi inéluctable. d'en noter exactement les traits. il ne renoncera jamais à tracer. capables de prendre à leur service les conquêtes de l'intelligence. de ces peinsi tures et de ces sculptures saisissantes de vérité. les populations de la Gaule se mirent toutes peu à peu à leur nouvelle vie. à travers des germes de vie. de les copier pour renouveler lui-même l'allégresse de ses yeux. je ne distingue pas. ou des signes qui que nous ont révélées grottes lui rappelleront les objets familiers : mais ces dessins les sont maintenant incorrects et informes. les comme du Périgord. ou le plaisir de voir. Anciennes ou récentes. Certes. il n'a pas renoncé. Ce qui est chose d'art lui est devenu indifférent ou difficile. et. Nous n'admirerons celles plus. L'esprit changea d'allure. L'homme n'a plus la tentation de reproduire ce que la nature lui présente. les unes et les autres de ces invasions. les facultés changèrent de domaine.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. des semences innombrables de mort. et de longtemps. dans une certaine mesure. que toute découverte humaine apporte à l'homme autant de ruines que de profits. et sur pierre se gravures réduisent souvent à des lignes incohé- . C'est par la cupidité du sol et de ses richesses que s'expliquent les courses les les invasions les plus brutales. que marches méthodiques des légions romaines car à bien regarder les choses.

n'est plus question de l'écriture. Ce que je dis là est inspiré d'un témoin et observateur de la faillite intellectuelle de l'Empire romain (l'expression de faillite m'est suggérée par St. l'esprit se stérilisa. XIV. ces époques de décadence ne sont jamais absolues. et il s'en est ensuite détourné dans des faits de ce Bien un accès de timidité subite. et que tout au contraire. quand on conclut uniquement d'après des faits d'archéologie. préoccupée par la seule recherche du bien-être de chaque jour. De tous les grains de 1. lorsque les bienfaits de la paix romaine laissèrent espérer que les initiatives de l'art et de la science helléniques allaient faire éclore des prodiges inattendus. l'homme s'est placé au seuil de sa il plus merveilleuse découverte. j'aperçois avec le Christianisme des germes d'une transformation morale qui compensera le déclin de l'esprit. une réfutation imprévue. ainsi qu'il devait des siècles plus tard. Il L'art est ramené à l'enfance. Au milieu de l'atonie intellectuelle que subit l'Empire romain. au lieu d'un appoint nouveau. Et aux siècles où disparut l'art paléolithique. auxquels le hasard d'une découverte peut apporter.42 DE LA GAULE A LA FRANCE. Dans la mesure où l'on peut apphquer ces deux expressions aux représentants de l'époque dite azilienne. au temps des invasions barbares. 2. *. 3-4). Les traces en dispa- raissent avec les dernières générations des troglodytes magdaléniens ^ Ainsi. Au surplus. 3. des sentiet. Ceci dit dans l'état actuel de nos connaissances. Ce qu'on imposa d'abord et surtout à la terre. ments. s'y est arrêté. l'humanité ne sut plus ni découvrir. Gsell). ni exploiter ou même conserver les découvertes de son passé ^. j'entrevois l'intelligence faisant effort pour transformer la vie matérielle de la terre et la vie sociale des hommes. Il s'agit moins de l'affaissement de l'humanité que d'une crise où elle évolue vers des principes. Pline l'Ancien (II. Il faut toujours réserver l'avenir. rentes l'être. 117. des genres de vie jusque-là inconnus. la volonté s'atrophia. garder et féconder le blé. ce fut de recevoir. genre se sont produits à la fin du monde — antique. .

D'autres céréales accompagnèrent d'assez bonne heure froment. si oublié depuis que le maïs l'a remplacé sur nos terres maigres. sorbiers ou on dut longtemps encore les accepter tels que les offrait la nature. du pommier et du poirier. fraisiers. Je suppose que les arbres fruitiers sortirent eux aussi de la période sauvage pour entrer définitivement dans j'entends par là que d'habiles pratiques l'âge civilisé permirent de tirer le plus de fruits possible.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 77). On ne peut affirmer. que l'on connût mais la présence de pépins de l'art de fabriquer le vin raisins dans les débris de cette époque nous donne le droit de supposer que l'on s'approcha bien près de la joyeuse découverte. le seigle. et les meilleurs. l'avoine. le blé fut peut-être 43 le connu le et honoré premier. d'Anilirùpologic. Le blé eut le lin : comme le principal concurrent pour l'emploi de la terre grain qui nourrit partagea le sol arable avec le le grain qui habille. chênes S prunelliers. on eut aussi l'orge. pour ces temps reculés. 1917. à peu près au même rang et dans les mêmes conditions que de nos jours. il devint très vite plus estimé et le plus répandu de tous. hêtres. culture. de la Soc. Les frères Cotte ont signalé des traces de chanvre dans la caverne néolithique de l'Adaouste dans les Bouches-du-Rhône {Bull. On eut le millet. Je les place ici. p. était m'étonnerais qu'il en fût ainsi 1 . alors ignoré : On je a dit en revanche que chanvre -. 2. Les terrains à blé furent les plus nombreux parmi ceux que l'on cultiva. . et qui sont devenus les plus chers au paysan de France. noisetiers. La vigne avait sans doute hommes sur les mystérieuses : déjà attiré l'attention des vertus de ses grappes. noyers. Et il en est toujours ainsi sur le sol de France. Car pour les autres. en tout cas. à cause de l'usage alimentaire qu'on a certai- nement tiré des faînes et des glands. les deux arbres qui se prêtèrent le : le mieux aux leçons humaines.

Maria Chapde: laine (1921. dessécher des marécages. de ne pas semer ses grains en été et de ne pas astreindre au blé un sol qui ne pourrait supporter que le millet. 32) roman de mœurs canadiennes où tant d'épisodes de la vie des défricheurs peuvent donner une idée de nos temps néolithiques. de la conquête décisive du sol. et souple. de pluies. Notre sol de France prendra un air plus aimable et plus accueillant. Alors. où elle faudra qu'elle concède prendra et retiendra habitudes exigées par lui. également. la culture ne comporte plus : les coups de fantaisies et les longs loisirs de la vie de chasse. se vêtir et se dénuder au hasard de sa nature. « il fallut. Le : sort de ses moissons est lié à l'espèce de la terre et au cours des saisons il convient de choisir et d'expérimenter le terrain et l'époque. . le ne sont point sous 1. pour loger et nourrir ces grains. Paris. surtout p. Ces mêmes récoltes. enfin. Son aspect va devenir plus et plus gaie entre les bois et varié encore. Ce fut. le com- mencement de l'interminable bataille contre la nature.44 DE LA GAULE A LA FRANCE. et le regard de l'homme per- cevra une poésie plus douce dans ces paysages qu'il aura tout à la fois nuancés et disciplinés. il sentira s'imposer âme une discipline et des sentiments nouveaux. de Voyez le roman posthume de Louis Hémon. et avoir enfin devant soi la terre nue prête au labour et à la semence. les Il à l'homme des espaces réservés. les clairières des emblavures et des linières jetteront les une note plus vive marécages. faire suivant de la terre » ^. il recevra lui-même. dépendent d'événements qui pouvoir de l'homme. cette fois. brûler des broussailles. Grasset. à son Par contre-coup. La terre ne pourra plus pousser à sa guise ses arbres et ses plantes. la parole des défricheurs canadiens. abattre des forêts. Cette fertilité de la terre. dépend d'un labourage et d'un entretien continus ou périodiques le maître doit classer plus rigoureusement ses occupations dans le cadre de ses heures.

p. caractérisée surtout par une multiplicité de très petits silex dits silex pygmées. une époque tardenoisienne (le pays du Tardenois dans l'Aisne). après l'azilien.). Le silex ' : dégrossi et taillé a toujours servi en pleine période agricole. il 45 faut donc qu'il s'attende aux Inconnues du lendemain. dite robenhaiisienne (Robenhausen près de Zurich). On ne cessa dès lors de chercher de nouveaux outils. Deuxième époque néolithique. 336). puis la hache. de la confiance ou de la résignation. moins souverain sur la terre que dans les temps où la force de son bras et l'habileté de son regard suffisaient à lui procurer un gibier de choix. et d'en trouver. aux limites du paléolithique et du néolithique. ne pouvaient suffire. et il se reconnaît peut-être moins libre et moins puissant. moissons à récolter. finit par s'apercevoir - que les parties lisses Seine. p. anciens instruments fut inventé. l'agriculteur de la nouvelle époque se conforma. t. dans la confection : de son outillage. On a souvent constitué. terre les à labourer. Au début. 350 et s. commune de Blangj' : la station du a donné son nom à la première époque néolithique (en laissant l'azilien dans le paléolithique). En Campigny . 2. Breuil dans L'Anthropologie de 1921. puis le pic. pour rompre les troncs les plus résistants. arbres à abattre. il sait plus profondément ce que sont des angoisses ou des espérances. Mais on 1. Entre le pic ou le tranchet de l'agriculteur normand du Campigny et le coup de poing de Chelles ou le burin d'Aurignac. pour creuser le sol. rapidement façonnés par l'enlèvement d'éclats. par une taille à coups répétés.Inférieure. il n'y a que des différences de destination et de forme le procédé de fabrication est identique. I. et cette opinion paraît reprendre corps (cf. les Le tranchet pour couper plus grosses branches.V ÉPOQUE chaleurs ou d'orages : DES AGRICULTEURS. du reste. Je partage encore là-dessus le scepticisme de Déchelette (Manuel. aux ses instruments principes des ciseleurs de silex furent simplement des fragments de pierre. Devant ces besognes inattendues.

à polir la pierre. que rendait les tranchants et les pointes plus et égalisées de la l'aiguisement redoutables. réussit à faire des instruments. aussi lustrées que les plus travaillés des marbres et des métaux.46 DE LA' GAULE A LA FRANCE. au silex taillé. Car cette lourde masse. d'hast ou de jet. polie pour les plus grandes. aussi glabres. cette hache est devenue l'agent le plus terrible de la volonté humaine. aiguisée et tranchante. puisqu'elle complétait sa force dans ses travaux de construction tout autant que dans devoirs de défense ou ses envies de destruction. il fut inféodé à la pierre ancienne. que l'épée le sera au guerrier gaulois et au chevalier du Moyen Age. Elle fut vraiment le traducteur et l'amplificateur de ses gestes. maintenant polie. taillée pour les plus petites. ses et bien plus encore. et qui font aujourd'hui l'admiration de nos la techniciens de la pierre. Les pointes de lances et de flèches. oubliant que pour une bonne moitié de sa durée. aussi mêlée à son être. et destinée non point seulement à des batailles contre les arbres de la forêt. De nombreux vestiges nous montrent que le maître de la hache avait à sa disposition bien d'autres armes. Elle fut aussi indispensable à sa vie. L'épée seule sera plus puissante mais il faudra le métal pour la constituer. insérée dans un long manche de bois et maniée par un bras robuste qui à distance lui transmet sa vigueur et par cette vigueur décuple le poids brutal et la force pénétrante de la pierre. ou de pierre « nouvelle » (néolithique). mais encore à des batailles contre d'autres hommes. C'est pour cela que l'on a appelé cet âge de l'histoire l'âge de la pierre polie. des têtes de hache aussi fines. hache avaient plus de force coupante. toutes également en pierre. Comme l'ouvrier de ce temps-là était à il la fois fort patient et fort habile. de choc. l'emblème de son activité. les têtes de maillets et de massues abondent dans les ruines des temps : . La hache n'allait pas tarder à devenir la compagne habituelle de l'homme. tout naturellement. et on en arriva ainsi.

. manieurs de la hache de pierre. on constal'industrie alimentaire. cidre.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. « « C'est une merveille ». semblent au contraire fois. Faisons rapidement l'inventaire de leurs industries. contemplative. II. en principe d'oa ou de corne. est formé du même radical que pugnus. avec les procédés et les Instruments pour filer. fusaïoles. « poing » il y a là une survivance. 2. corme et peutl'industrie du vêtement. 47 Nous n'avons plus. armés de l'épée de métal. déchiré par les combats aux conquérants et aux pirates. Le lent développement du poignard avant la découverte du métal. Hist. poiré. « poignard ». pesons. Des indices de lutte et de meurtre appachaque pas au milieu de ces découvreurs de L'arsenal ne doit point faire négliger l'atelier. l'impression d'une vie paisible et en partie raissent à la terre. » Il parlait des temps héroïques de la Grèce. loin de nuire aux progrès industriels. 117. est à rappeler Ici (je ne parle que de la Gaule). avec ses blés. fuseaux. : linguistique très nette des conditions préhistoriques. comme à l'époque des troglodytes. 44 (45). nous pouvons parler de même pour les hommes des temps néolithiques. nat. avec le être déjà bière et vin. Ajoutons les poignards et les couteaux. d'y voir cependant l'esprit humain appliqué à tant de choses et arriver à résoudre les problèmes les plus ardus et les discordes. — lin et ensuite la laine. Remarquez qu'en latin pugio. dans leurs rapports avec les besoins humains. PUne. les avoir surexcités. et bientôt ses fours et ses pains. en proie des inventions nouvelles. Si l'on examine ces industries dans leur destination. ses meules de tera grès. : avec ses boissons fermentées. et cependant cette sorte d'arme était déjà en germe dans le coup de poing clielléen. Guerres et dangers. ^. rures des qui s'ajoutent au cuir et aux fourtemps primitifs. néolithiques *. a dit Pline l'Ancien que de voir dans le monde d'autre- morcelé entre tant de tribus. 1. ses gâteaux de farine. carder et tisser.

pics. ciseaux. aux écailles. essais colliers. avec ses premiers trice immédiate de la précédente. et seulement pour h\ fin de cette période. — voici les engins qui 1. auxquels l'emploi de l'argile et de l'osier — chaque va donner mille formes on eut même de petits et mille dimensions nouvelles : flacons à fard. 1918. 6G et Mémoires de la Soc. les fils et les graines de l'herbe.48 DE LA GAULE A LA FRANCE. mais suffira de peu pour l'atteindre. pots. et peut-être chemises et pantalons. aux coquillages. — tranchets. de franges et de passements. I. Si l'on examine enfin les objets de ces mêmes industries voici les suivant leur manière de servir ou d'agir. 15 mai 1917. armes. et Ch. avec ses innombrables bracelets et bagues. auxquels la souplesse permet de donner la forme du corps. . percent ou taillent. scies. marteaux. Tissage et vannerie sont arrivés aux résultats qui importent. . D'après les découvertes et recherches des frères Cotte. le bois. du tissu peignes et dévidoirs. les croissants et les cercles empruntent leur diversité et leur vertu magique aux dents d'animaux. aux pierres dures ou rares. instruments. première ébauche d'une mode éternelle. poinçons. — tuniques. haches. jarres. jour plus nombreuses. en os. accompagna* avec ses teintures bleues et rouges. d'Anthropologie de Paris. l'industrie de l'ameu- — et je n'ai blement. l'industrie de la parure et de la toilette. 1919. jattes ou cruches.. épingles. s. le les tiges de jonc et il d'osier. plus à parler des industries de l'agriculture et de la — guerre. harpons. t. Bulletins et p. en espèces voici les récipients. avec ses vêtements. l'os et le cuir depuis longtemps en usage. Cotte. Revue des Études anciennes. manteaux. aiguilles. elles utilisent toutes les pierres possibles. Revue arch. molles et dures. J. fournies par la guède et le kermès pour la coloration des costumes ou des tatouages. on verra qu'outre la pierre. Si l'on la examine ensuite ces différentes industries suivant matière employée. et aussi l'argile. lesquels rompent. avec ses vases d'argile ou d'osier. Il ne manque que métal. dont les pendeloques.

JoLLiAM. Pour le moment n'en tire que des vases fort vulgaires. Parmi il ces industries. feu du bois et l'arme de pierre. larges blocs qui conservent les aujourd'hui encore le rainures profondes creusées sous frottement incessant des têtes de haches. allait fabriquer. est point de plus riche et de plus souple n'en à façonner et durcir. de flanc qui annoncent les anses. là ailleurs des bourrelets formes et les usages des amincissements à la les pieds. 1. la brique qui supporte. entre les moyens de proil duire que la nature a mis entre les mains de l'homme. Mais laissons agir est temps. terre. 4 . les deux premières que rhumanité le avait faites. dont faut signaler avec insistance les débuts à l'époque de ' : la pierre polie car vraiment.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. comme Avec découverte. ici des des taille. aident à attacher. Gela valait presque. l'image qui reproduit. l'homme ses doigts. L'industrie d'élite déjà. ajoute à ses vases les organes qui : en varieront plus tard rebords au sommet. fils 49 et boutons. tout pareils à ceux de nos faucheurs. presque aussitôt les née avec la céramique. Je me range du côté de ceux qui n'acceptent pas la céramique à l'époque paléolithique. il en est une. — et voici enfin les outils auxiliaires. cordages. la tuile qui conduit. ses présents. la céramique. cette glaise ou boue informe. ils ont proclamé que la terre leur avait fait le plus beau de l'argile que pétrir. boursouflures de base qui annoncent tion ne se déroule jamais isolément : Une inven- cent détails surgissent aussitôt à sa suite pour la soutenir et l'accompagner. en leur révélant l'argile. tournés à la main. il moule qui le répète. au gré de le tour à tour le vase qui renferme. — De la Gaule à la France. aiguisoirs en pierre à trou de suspension. et polissoirs de grès ou de granit. Si les peuples de ce temps usaient déjà du langage imagé qui fut cher à la Grèce. elle Et après sa naissance. mal cuits.

1.50 DE LA GAULE A LA FRANCE. voilà la principale ambition des hommes de ce temps. rouge comme les gouttes du sang ^ Je sais bien que véritables chefs-d'œuvre : salle II. Il fallait. Voyez au Musée de Saint-Germain. habiles à forer et perspi- des puits. et bientôt. et surtout. et qui devait avoir pour les destinées de l'humanité les plus profondes conséquences. par Marsille. tout ainsi que plus les plombiers de cette même Gaule s'en iront quérir leurs lingots de métal dans l'île voisine de Bretagne. dont les ouvriers locaux devaient tirer leurs pointes de lances ou leurs tranchants de scies. les collections du Musée archéologique de la Société polymathique du Morbihan {Catalogue. de la Soc. Peut-être pas avant les premiers temps du métal. voyez . patients caces. pour découvrir un gisement de matière utile. 1921). Mais pour tous les produits des temps de la pierre polie. Bull. doré comme un rayon de soleil ^. Peu à peu sans doute. A la fin seulement des temps néolithiques. vitrine 17. ils acquirent le même flair que leurs ancêtres les chasseurs pour dépister un gîte de gibier. tard Il fallait. l'ambre. L'exploration de la terre. les du travail néolithique '. aussi. et peut-être en relation avec la migration des Indo-Européens. le corail. Il fallait à leurs armes et à leurs outils en silex taillé une pierre à la fois solide et souple ils reconnurent les gisements du Grand-Pressigny en Touraine. pour les parures et les amulettes. et de celle-là on forma des têtes : de haches d'un poids énorme et d'un galbe étonnant. on demanda au Grand-Pressigny des blocs de silex brut. à scruter des surfaces. 3. pour les haches à polir. des pierres rares portant en elles les couleurs souveraines du ciel et de la vie on se procura la callaïs. des pierres dures et compactes. de tous les points de la contrée qui deviendra un jour la : Gaule. Vannes. à sonder des parois. Ce furent des prospecteurs décidés. 2. d'origine volcanique ou autre on sut trouver l'obsidienne et les jades. aux teintes vertes et bleues de l'horizon.

à tort ou à raison. et tout d'abord il fut frappé par l'or aux couleurs de rayon solaire. ou très petites (jusqu'à 20 millimètres). ne fut utilisç d'abord que comme 4. Et l'idée vint aux polisseurs de hache de fabriquer avec le cuivre des instruments semblables. et à plus forte raison l'or. « Les racines de l'âge métalhque sont . et j'imagine que nombre de ces objets étaient réservés aux morts ou aux dieux. l'homme aperçut le métal. Mais je me place au point de vue probable des hommes de ce temps. et par le cuivre qui lui ressemblait ^. en particulier pour les usages religieux. L'époque du cuivre (énéolithique) et l'époque contemporaine de l'or (chrysolithique) m'ont toujours paru s'amalgamer plus qu'à moitié avec les temps néolithiques. C'est en particulier le cas des haches qui ont une dimension inusitée. à en fabriquer beaucoup en ces temps-là. Les choses. l'ambre et 51 le corail ne se recueillent qu'aux rivages de mais l'exploration des mers fut la suite naturelle de l'exploration des profondeurs du sol. très grandes (jusqu'à 468 milhmètres). leur fit en ce nouvel âge de la les hommes. On continua. L'arme de métal dériva. je pense. le métal prenait mille formes sous l'action de la chaleur il y avait en la matière nouvelle que l'on façonne et de la pierre qui se durcit. à peine épanouis. Et je sais aussi qu'ils appartiennent en principe au règne végétal ou au règne animal et ne peuvent pas être assimilés à des pierres. de l'arme en pierre polie. On est convenu. et que les temps néolithiques. 3. Il ne faut pas croire que la présence de haches polies exclue les temps du métal. 2. ne pas oublier animaux qui 1. des objets d'ornement plus rares ^ Mais il constata bien vite qu'à la différence de la pierre. Au cours de ces recherches. s'accompagnèrent de l'usage du métal *. allèrent très vite je veux dire que : comme de l'argile : la hache en pierre polie reçut de bonne heure comme concurrente la hache de cuivre.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. Le cuivre. de placer vers l'an 2500 les premiers développements du métal dans nos pays. L'exploration vie des de la terre. je suppose. perle de collier. même du temps du bronze. sans transition. Il ne vit la mer ' : d'abord en eux que des pierres plus brillantes.

et ce fut la joie de l'homme que de les pourchasser ou de les combattre. ce fut une nouvelle découverte. les temps où s'épanouit le néolithique ». l'aurochs. traqué de toutes parts. les millénaires avaient été leur pensée maîtresse dans l'intelligence et le de leur ancienne jeunesse. dans . l'homme ne fut plus seul dans ces parties de course et de bataille.S2 DE LA GAULE A LA FRANCE. ou. et elle gardera même jusqu'à nos jours cette allure hiératique qui est un héritage des troglodytes. Comment l'idée en est-elle venue? Est-ce en une saison de misère que la bête. l'animal ne s'est-il pas proposé joyeusement. elle ne les substitue jamais absolument les uns aux autres. mais ce que nous savons. Cette fois. Mais le cerf et le sanglier. 1919. bêtes les plus puissantes avaient disparu de notre Le renne. rôdant pour sa nourriture aux abords des foyers humains. et d'avoir fait du chien un animal domestique et un commensal fidèle. le bison et l'élan Vosges et les Ardennes. une nouvelle réussite de ces temps de se réfugièrent dans les labeur héroïque. et dès le début de la période agricole. l'ours et le loup tinrent bon dans nos bois et nos montagnes. en 1 courant près des chasseurs à la poursuite d'un gibier î commun? Nous ne le savons guère. en auxiliaire. en attendant un dernier exil dans les forêts de l'Europe orientale. L'humanité complète ou transforme ses gains ou ses idées. a dit justement Ischer dans un bon résumé sur la chronologie du néolithique {Indicateur d'antiquités suisses. On continua à pratiquer beaucoup la chasse et la pêche. a suggéré à l'homme qu'elle pouvait devenir son esclave en échange de la subsistance? Ou. mieux. 150). Car rien de ce qui a une fois agité cœur humains n'en disparaît pour toujours. en serviteur. en ami de tout instant. Il est vrai que les sol. s'éloigna vers le levant d'été. p. on y mit la même ardeur qu'autrefois. plutôt. Le chien l'accompagna. aux jours laissés libres par le travail de la terre. et cette ardeur durera autant que les hommes.

Mais en France. apparut à l'horizon de Pour garder et nourrir ces Des lieux de culture et des lieux de séjour leur furent réservés sur la terre c'est à la terre encore qu'on demandait un abri et un appui pour les d'enclos et de pâturages. II s'agit de la charrue en bois. Aucun d'entre eux ne valut pour l'homme le camarade universel qu'était le chien. à : du chien ce qui donna le porc. Il ne put exploiter que la matière en ces animaux. mais il tira d'eux d'utiles éléments de nourriture et de vestiaire. cependant. de trait ou la vie sociale ^ animaux. les premières générations qui travaillèrent la terre voulurent aussi la parcourir en tout sens. on eut besoin de charge. le mouton. ces nouveaux domestiques assurèrent au moins le le lui : secours de leur force vivante bœuf fut attelé à la charrue. : compagnons de l'homme. régions du globe. ( 1. tandis que dans le chien il exploitait surtout l'imitation de celui l'intelligence. Plus tard. aux paysages variés et attirants. que cette éducation progresse chaque jour.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. et le cheval. et que nous ne pouvons en prévoir terme. Cette passion de la terre s'alHait étrangement à l'esprit d'aventure et de curiosité. la Ces deux faits ne peuvent se placer qu'à la fin de cet âge. On essaya ensuite l'asservissement d'autres bêtes. et du cuivre. agricole et Il est possible que dans d'autres aux vastes espaces monotones. contrées aux rivages hospitaliers. le premier après l'homme. c'est 53 qu'à partir de ce moment commença l'éducation le intellectuelle et morale d'un nouvel être vivant. la vie l'amour du sol aient fixé l'homme sur un terroir pour n'en plus bouger. sans doute à l'époque . aux vallons ouverts. absorbant ses espérances et ses décisions dans le retour périodique de ses moissons et de ses labours. en Europe. le bœuf et la chèvre.

le les pierres rares. Les tailleurs de mottes de silex du Grand-Pressigny finirent par travailler pour des milliers de clients ce fut une vraie cité industrielle qui développa autour des tailleries sur trois lieues d'étense due. Hannezo {Les Poijpes. Les possesseurs des gisements de callaïs en Armorique pendeloques sur les rivages de l'Océan.Venant sur la dissémination des produits des ateliers du Grand-Pressigny. à peine reconnu. L'origine armoricaine de la callaïs n'est point prouvée et est encore fort discutée. que le terrien à l'origine fut et un rural qui s'établit. p. Les dernières recherches sur les tumuli de l'âge du bronze. lu en 1900 au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris {Comptes rendus. 4. par-dessus les cols des montagnes. avec ses 25 puits (et davantage) mais je ne sais si on a étudié l'aire de sur 25 hectares d'ateliers dispersion de ses produits. et en particulier celles de J. [1920]). de vallée en vallée. De proche en proche. se : 1. La Transhumance des troupeaux en Provence et en Bas-Languedoc (bonne thèse de doctorat en droit de Montpelher. Je ne peux pas cependant ne pas l'accepter. 37 et suiv. 2. voyez Rouquette. Ceci a été fort bien mis en lumière dans un travail qui fit sensation.54 DE LA GAULE A LA FRANCE. brochure. et de là les blocs partaient pour des centaines de lieues. le lointain connaître dans de ses horizons aussi bien que sol. et il voyage que les plus hardis des chasseurs arriva ceci. 3. ch. me paraissent avoir prouvé surabondamment qu'ils bordaient et jalonnaient des pistes contemporaines. Nos chemins de transhumance (par exemple les carraïres ou drailles du Midi) sont peut-être des pistes de temps immémorial. Revue des Études anciennes. produit. Ils dans les profondeurs de son le surent aller plus loin dans la course et d'autrefois. 1921. Le centre le plus important après celui-là est celui de Spiennes en Belgique. jusque vers les vallées de la Meuse et du Rhin ^ De larges pistes^ où les bestiaux pouvaient également passer^. par terre ou par mer.ez Masson). et ayant d'abord servi à l'ensemble du trafic et des : marches. devenait firent circuler les précieuses Un ' un élément de trafic. Des relations s'étaient formées entre les groupes humains pour se communiquer les nouvelles découvertes et s'en à la fois un nomade qui explore transmettre les objets. celui de de Saint. 1913) . cf. les silex spéciaux s'échangèrent long des fleuves.

ce fut le désir de l'utiliser ce qui comme la la route. ce qui fit sillonner par de terre. golfe en golfe sur les rives de l'une et de Car. un réseau invisible de chemins innom: brables. devait à la vrir les plus lointains des conduire à décou- La mer les portait mondes et à leur imposer sa loi. ouvrira la Gaule à la civilisation grecque. Et l'on se lança à la conquête d'un nouveau domaine. donc du cygne qui nage et du bois qui de larges vaisseaux furent creusés dans des troncs d'arbres. des rames servirent de propulseurs. monter sur la mer. On pattes ou de nageoires. 1 Strabon. et un cabotage commença de l'autre mer.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. 16. Et la mainmise sur fin le eaux. provoquée par la surface des eaux. rivières et mers. . dans quelques siècles. L'un et l'autre fait sont miers marins ont été L'homme se presque inséparables. les larges et sa route surtout à la mer. suivant le mot d'un Ancien \ de « vivre les en amphibie ». à la suite de tant d'inventions provoquées par la surface de la terre. 1. fleuves et océans. c'est lui qui. imitées de s'inspira flotte. elle invitait à des relations indéfinies avec tous habitants du globe le vaisseau qui vient de la dompter sera le principal instrument de la vie universelle. Nos prefils de nos premiers paysans. 55 frayèrent à travers plaines et montagnes. une dernière s'était produite. continuant ceux de rapides. demandant sa nourriture surtout à la terre. ce fut le désir de nouveaux chemins. I. Cette conquête suivit de très près celle de la terre. hâta. On voulut circuler : sur elle à la manière dont on circulait sur le sol attira vers le fleuve. conduisant à d'autres rivages par des lignes plus et plus droites La possession du fleuve et de l'océan fut le résultat d'ambitions routières.

en partie enfoncées dans le groupées au voisinage d'une source ou près du repli d'un cours d'eau S non loin des terres de culture et ce fut là vraiment le lieu de séjour des familles humaines. dominant un repli de la Bièvre et la source de Cachan. les trois éléments dont sortira notre vie lac — urbaine sont déjà constitués. par le Jahresbericht de la Société Suisse de Préhistoire. Pour celui-ci. 200 et s. 1899. de trafic. dressa le village de montagne. Forteresse. notamment en Suisse. de fraternité. Rollain. : — ou de marais. aux cabanes séparées les unes des autres. eut d'abord le village terrestre. que des variétés locales des lieux de groupement. servit moins souvent à des domiciles permanents qu'à des rendezEnfin. on eut des enceintes en pierres sèches. On se tiendra au courant des découvertes et publications qu'ils ont provoquées. refuge en temps de danger plutôt que résidence de travailleurs. . Les palafittes ou cités lacustres ne sont. ouvert. entre le hameau 1. de toutes manières. p. De ces résidences. entre les « caps barrés » de la Côte d'Or et les métropoles chrétiennes de la Saône. leur vraie patrie. nous trouvons trois espèces à l'époque néolithique. une Puis. se vous de marché ou à des réserves de denrées ^. Bulletins de la Soc. La société citadine vient de naître du labeur agricole. L'intensité et la régularité de ces relations. Entre la bourgade néolithique et la plus grande ville de nos jours.56 DE LA GAULE A LA FRANCE. la cité est fille de la terre. je crois. ce fut le village de société de seuils et de foyers. 2. qui barraient le cap ou qui enfermaient le rocher. de ces places d'habitation. Par exemple au plateau des Hautes-Bruyères dans Villejuif. perché sur un rocher ou sur un promontoire en vue d'espaces découverts. d'Anthropologie de Paris. pleines d'êtres vivants. mais qui. On sol. précieux recueil annuel composé par E. marché. la fixité de ces routes de terre et de mer : s'expliquent par l'instal- lation de résidences définitives un voyageur de commerce n'évolue qu'entre des places stables et connues. village. bâti sur pilotis. lieu de protection. Tatarinofî et paraissant à Zurich (Béer).

plus solides. Voyez. J'en trouve d'un est le hectare à peine. etc. sur ces enceintes. de plus petites encore. j'en trouve.. Dès lors. depuis 1906). vaste esplanade rocheuse de dix ses rebords escarpés les riches plaines et '. du reste. et j'en trouve de considérables. le vivant construisit de véritables demeures. ce sont des mais ce : hameau germe qui s'épanouira dans la cité. etc. les unes et les autres imitant dans leur ensemble [les grottes où avaient vécu les ancêtres car les vieux usages restent imposés au mort. Ce furent d'ordinaire de longues allées ou des chambres étroites. plus visibles que les siennes mêmes. dolmens. qui ne sont peut-être que les châteaux forts des chefs de clans. cromlechs. et la plus forte. tout comme Içs gutres. Grottes artificielles. qui font songer à des tels « villes : les espaces » du Grand-Pressigny déjà nommé. 2. de huttes de Villejuif et différences infinies « 57 la Cité » de formes et de dimensions de Paris. il demeure fidèle au passé et semblable à ses aïeux. Bulletin. . le mort voulut aussi avoir sa résidence. ces deux dernières sortes nous paraissant de plus en plus à caractère funéraire. sur les hauteurs. les agglomérations humaines sont de toute espèce et de toute étendue. ou le camp de Chassey. simples villages comme les nôtres. allées couvertes. fermée à ses extrémités par de puissantes murailles et qui les domine de profondes vallées de la Bourgogne A côté du vivant. menhirs. cistes ou coffres de pierre. plus durables. et recouvertes de terre. Viré.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. hectares. La tombe de pierre ou de terre est contemporaine de l'enceinte de pierre 2. ou bien (les dolmens) formées par des dalles de pierre non dégrossies. l'enquête de la Société Préhisto1. A côté de ces salles terre s'était tout à : Et ceci était la dernière preuve. Pour ses défunts. Nous en reparlerons. rique Française (Guébhard. ou bien taillées dans le roc.. que la coup emparée des âmes et des corps de la race humaine.

Elle accueillait à nouveau les morts dans son giron. pour abriter les restes des tertres du mort ou pour conserver la trace de sa vie. Il était désormais certain que ni le travail des uns ni la mémoire des autres ne quitteraient plus la terre qu'ils avaient choisie. les tribus s'entendaient le long des pistes. Elle était bien la force souveraine. de hautes pierres debout les menhirs) rappellent la mémoire de ceux dont cadavres ont disparu. ou des monceaux de terre. mère de tout et de tous. Une étude sur les iumuli préhistoriques de la France (mottes. reléguant derrière les à son service ou dans son cortège. des blés et des tribus. Esprits de tout genre. Comment s'étonner. aujourd'hui encore aussi fermes et compacts que œuvres de la nature ^ Le mort. qui avaient pu survivre de l'ère des troglodytes? C'était la Terre qui maintenant faisait vivre les humains et les ani- manière dont la mère allaite ses enfants. signe quel qu'il soit devenu. Et ce furent aussi. sur la terre. les familles duraient autour du foyer. à la 1. etc. alors la plus après cela. . et se souvenant du temps des cavernes. Bien des mottes que nous croyons féodales sont de l'ère du bronze.) est un des desiderata de la science. le blé sortait de ses entrailles. (les funéraires où gisent les corps des défunts.58 DE LA GAULE A LA FRANCE. des animaux et des hommes. l'homme croyait naïvement que lui aussi était sorti du sein de la terre. Elle portait les foyers. que la Terre soit devenue la divinité grande divinité. par excellence. d'astres. Grâce à elle. poypes. d'animaux ou de tribus. a son monument de souvenir et symbole d'existence. elle. hauts parfois les comme aussi des collines. C'est donc vers elle que les hommes tournèrent leurs regards de dévots et leurs âmes de fidèles. Les vivants n'habitent pas loin de là. elle portait les tombes. maux. Ils avaient près d'eux les vestiges de ceux qu'ils avaient aimés. Elle était vraiment la Mère. sans doute pour les amener à une autre vie.

Elle protégeait ces tombes. que créant par montagnes et sources : avaient également leurs Génies divins plantes et se rassembler les les sources sur- tout. gardait un l'homme l'avait vu aller et venir. la plus bienfai- sante. ainsi que la mère protège ber- ceau de l'enfant. qu'on gravait sur les pierres tombales. d'ailleurs. et ils vivaient aussi tout proches des vivants. rôle infernal Qu'on songe à l'expression latine de Mania mater Larum. lui-même. qui font pousser les hommes. C'étaient les Esprits des ancêtres. rial. Lune et forêts. beau car dir et disparaître. la dépendance de les traits la Terre : c'était sous d'une femme aux le seins visibles. assurément. resplenéclairer et réchauffer de temps immémo- je bien avant qu'il n'eût l'idée de connaître la terre. ces menhirs pareils à des rochers. la plus constante. La Terre était mère des morts aussi bien que des vivants K donnât lieu à des pratiques cruelles ou ridicules. se montraient ou persistaient très auprès rôle : d'elle. la plus mystérieuse de toutes? Un seul groupe de divinités pouvait. les œuvres mêmes de on élevait ces tertres pareils à des collines.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. et je n'affirmerai pas 1. celle-ci. faire concurrence à la Terre. . et Le soleil. en l'honneur desquels on copiait la Terre. doute cependant qu'il ne fût pas alors jugé inférieur à l'aidant seulement à créer plutôt étoiles. sottes ou vulgaires. Le défunt revivait en la reine et la elle. Car ces Esprits. eux aussi. qui rafraîchissent. ces dolmens pareils à des grottes. où toutes les familles et toutes les tribus fraternisèrent. D'autres divinités. etc. cela va de soi Que cette religion : la foi arrive à la pureté nécessaire. étaient immortels. Elle 59 anima un culte universel. à la rigueur. au de Cérès et de Proserpine. magiques ou symboil faudra des millénaires pour que liques. Pourtant. qui désaltèrent. on les mit également sous son image à elle. mais qui sait leur vertu sacrée n'était pas comme une des actions innombrables de la Terre même. regardée et qui courent et si qui murmurent comme des êtres vivants.

En parlant de la Terre le il comme d'une mère. simulacres de la Terre. et surtout à une grande patrie comme la France. Il culte du culte de ses foyers en est vraiment «l'habitant c'est-à-dire. et par quoi il semble se rattacher à l'esthétique des troglodytes. n'en sépare pas la vie de sa vie. et déjà les principaux vestiges de dessin qui nous restent de ce temps. d'hommes fois. garants de consolations et d'espérances. où traduirait par la pierre la splendeur de la maternité veillant sur l'enfance. y soit qu'elle ce culte des morts parvenue.60 DE LA GAULE A LA FRANCE. presque tous les éléments qui feront la patrie ont été dès lors les déposés par Ils défricheurs de notre sol. qui a ses habitudes sur elle. ont fondé l'amour de notre terre. à la d'une Gaule. Rien. le L'homme ». il par se Quiconque voudra la pliera aux règles qui lui lui arracher sera son ennemi. . et permettront de la défendre. l'homme s'apprêtait à mieux com- prendre ses destinées et à s'y résigner joyeusement. celui qui la possède elle et d'une manière continue. la langue rapprochait jour où le sculpteur la montrerait en Image féminine. bien qu'il soit interdit de parler ici d'une nation. ne ressemblait à ce que nous appelons une lions patrie. à coup sûr. et reconnaissant de l'Océan à la Méditerranée et des Alpes aux Pyrénées. ce sont des figures de femmes. Pourtant. d'une France. Mais enfin ce culte de la Terre et faisaient descendre dans les âmes humaines des germes de sentiments supérieurs. à une association humaine s'étendant sur des milet des millions d'hectares. les avantages d'une entente définitive. suivant le sens étymologique du mot. sentir autour de soi A vie et dompte la une puissance souveraine qui crée la mort. et de parler aussi des accords et des sentiments que ces mots supposent. ni et de ses morts. et aussi les germes d'impressions d'où émaneront les plus belles formes de l'art et du langage.

les colis de silex pénètrent jusqu'en Belgique par la route de Sambre-et-Meuse. Des contrastes se dessinent partout. qui engendreront plus de variété dans la vie matérielle. Cet amour du la sol le 6l met en communication. De vastes sociétés religieuses s'établissent dans des espaces délimités. Les plateaux des forêts voisines le . jusqu'en Armorique par celle de la Loire. du Parisis se sont différenciés Brie et Beauce ont commencé à paraître . par lesquelles. Comtat Venaissin inaugure dans . les familles de pêcheurs ou de marins s'apprêtent à commencer une vie qui ne s'arrêtera point. religion sont unis dans la créatrice foi. il y a des hameaux sur les deux rives de la Seine parisienne. pour l'homme de Notre terroir de France a pris la plupart de ses aspects d'aujourd'hui. plus d'images et de beautés dans les visions du regard.L'ÉPOQUE DES AGRICULTEURS. dans se de sur la Terre. pour apporter leurs hommages. le village ne bougera plus. Marchandises et voyageurs vont et viennent sur les pistes. Quelque chose existe déjà. jusqu'en Suisse par les cols de la Touraine. et on peut prévoir le moment où ils installeront un marché commun sur les marais des bords ou dans l'île de la Cité. Des centres de groupement se fixent pour l'éternité de culture ne devant point bouger. Côte d'Or et du Jura : l'on routes vitales. plus de relations et d'échanges dans la vie sociale. se . Ils rassemblent jours elle. leur à tous. qui annonce de tout côté nos pays et nos villes. en commuIls nion avec d'autres hommes. les plaines sa vie de verdure féconde. et la terre de ces espaces est ces sociétés mère. Les hauts lieux de la Bourgogne sont occupés au fond de toutes les baies de l'Armorique. pour une peut parler maintenant de ces si grande part. en opposition avec l'âpreté des montagnes qui les environnent les terres basses de la Bourgogne portent leurs champs de blé entre les rochers du couchant et les marécages des rivières. reine et déesse. Partis du Grand-Pressigny en : les terres . en lui des lieux consacrés. Et il existe aussi quelque chose qui annonce leur besoin et leur désir de s'associer. à des solennels.

du Rhône et du Rhin et ici encore nous : sommes à Ce n'est un des carrefours pas un hasard si le sol est le essentiels de la France. 352-3. elle possède Alésia et Cluny. Elles ne sont plus. elles au Grand-Pressigny en Touraine. presque déjà des capitales. cachées mystés'étalent librement à la rieusement sous la terre surface. et Lj'on est à sa porte : on dirait. une capitale agricole et : commerciale. Au-dessus de ces hameaux. p. et où passe le plus de grandes routes. dans ces temps néolithiques. qui surveille à blé de la plaine et cette tranchée les terres de la Dheune par où le chemin de la Loire s'en vient rejoindre celui de la Saône. 1. comme si l'entente humaine reconnaît déjà la valeur de ces limites. Manuel. aux nœuds de ces routes. une capitale industrielle et nous sommes ici à un des centres de la France. La chose a été remarquée par Déchelette. cette : région de Gaule la plus habitée^ car c'est Bourgogne fut un des alors la terroirs de France où il plus riche et le plus varié. t. fera la France. Voici. . au milieu de ces tribus. au Camp de Chassey en Bourgogne. entre Tours. Aussi bien ce trafic ne sort pas des limites qui seront plus tard celles de la Gaule. Bourges et Poitiers. Voici. tout ensemble ville de séjour et de maîtrise.G2 DE LA GAULM A LA FRANCE. dans une et large mesure. I. telles que jadis les grottes : des Eyzies. La Bourgogne. se montrent des foyers d'une vie plus intense. qu'elle exerçait déjà une sorte de prééminence. a contribué à fonder l'unité gauloise l'unité française.

III L'ÉPOQUE DES MIGRATEURS INDO-EUROPÉENS . matérielle et hommes de Au cours de cet âge agripro- environ deux mille ans avant l'ère chrétienne. l'éducation de Les principes de la vie sociale se fixent. Elle est essencaractère général de Vanité indo-européenne. industrielle . nom d'une époque. la charrue. centre probable de ces migrations. l'agriculture et l'exploitation de la la vie profondément modifié France. tiellement un fait d'Europe. les lieux de la terre dénommés les Ilalo-Celtes identiques aux Ligures. d'un groupement humain. Ligures. la marine. la terre se termine. à des troupes d'immigrants ou de conque- . LIGURES Da