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Quel est l’apport de l’arrêt Monpeurt rendu

par le Conseil d’État le 31 juillet 1942 ?


par Steven | Cours de droit en ligne

SOMMAIRE [Masquer]
 1 Arrêt Monpeurt : Quels sont les faits et procédure de l’arrêt ?
 2 Les prétentions des parties et la question de droit de l’arrêt Monpeurt
 3 Quelle est la solution de l’arrêt Monpeurt rendue en date du 31 juillet 1942 ?
 4 Quelle est la portée de l’arrêt Monpeurt rendu le 31 juillet 1942 par le Conseil d’État ?

L’arrêt Monpeurt du 31 juillet 1942 rendu par le Conseil d’État confirme

que les organismes créés par les pouvoirs publics pour administrer

l’économie avec le concours des professionnels remplissent un rôle qui

relève du contrôle de la juridiction administrative au même titre que les

autorités administratives classiques.

L’arrêt Monpeurt a ainsi permis une évolution du droit administratif

puisque désormais les organismes privés peuvent produire des actes

administratifs. De ce fait, à partir de l’arrêt Monpeurt les organes


administratifs ne sont plus les seuls à pouvoir prendre des actes

administratifs.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à travers la jurisprudence Mon peurt, le

Conseil d’État va aussi permettre une évolution de la notion

d’établissement public. À partir de cet arrêt, les établissements publics ne

sont plus exclusivement des services publics dotés de la personnalité

morale ou de personnes morales dotées de prérogatives de puissance

publique.

En effet, ils sont désormais aussi des services publics personnalisés, ainsi

que des personnes dotées de prérogatives de puissance publique,

auxquels le Conseil d’État dénie expressément la qualité d’établissement

public.

En d’autres termes, il s’agit d’établissements privés qui de par leur

fonction ou leur but servent à la continuité du service public.

L’arrêt Monpeurt du 31 juillet 1942 marque alors une véritable évolution de

la notion du service public, dans la continuité de l’arrêt Blanco de 1878,

puisqu’à partir de cet arrêt, peu importe le statut de l’organe prenant

l’acte, si sa mission contribue au service public les actes qu’il édictera

seront soumis au Contrôle du Conseil d’État.


ARRÊT MONPEURT : QUELS SONT LES
FAITS ET PROCÉDURE DE L’ARRÊT ?
Les faits de l’arrêt Monpeurt sont les suivants : La loi du 16 août 1940

créa les comités d’organisation, institution à caractère corporatif chargée


de l’organisation de la production industrielle. Ces comités avaient

différentes missions, dont celle de contribuer à limiter ou encore à

atténuer les effets de la pénurie sévissant à l’époque.

C’est ainsi que, pour parer aux conséquences d’une pénurie de cha rbon,

le Comité d’organisation de l’industrie du verre s’efforça au début de 1941,

de provoquer des ententes volontaires qui permettaient aux entreprises de

répartir entre elles les possibilités de production au mieux de leurs intérêts

respectifs.

Mais, craignant sans doute que cette politique ne soit insuffisante, il alla

plus loin encore et s’engagea sur la voie des ententes obligatoires. Son

directeur prit notamment le 25 avril 1941, une décision concernant le

secteur particulier des tubes en verre neutr e ou ordinaire, dont la

fabrication était assurée par trois entreprises, rejetant une demande

d’autorisation de mise à feu présenté par l’une d’elles et imposant en

compensation aux deux autres l’obligation de lui livrer vingt tonnes de

tubes par mois avec un rabais de 20 % sur le tarif normal.

En l’espèce, le Comité d’organisation des industries du verre et des

commerces s’y rattachant prend une décision le 25 avril 1941. Celle -ci

consiste à déterminer les entreprises autorisées à fabriquer des tubes en

verre neutre ou ordinaire pour les ampoules en leur imposant de livrer un

tonnage mensuel de verre à une usine à titre de compensation.

Le Secrétaire d’État à la production industrielle va confirmer cette décision

le 10 juin 1941 pour contrer un recours formé par Monsieur Monpeurt


contre la décision prise par le comité. De plus, la compensation demandée

par le Comité sera exécutée par un taux de fabrication particulier au

bénéfice d’une entreprise tierce, moyennant un « tarif normal affecté d’un

rabais ».

Monsieur Monpeurt va solliciter le Conseil d’État le 2 juillet 1941 pour

annuler la décision prise par le Secrétaire d’État par la voie du recours en

excès de pouvoir tout en demandant un sursis à l’exécution de la décision

attaquée.
LES PRÉTENTIONS DES PARTIES ET LA
QUESTION DE DROIT DE L’ARRÊT
MONPEURT
Le requérant a sollicité le Conseil d’État pour l’annulation d’une décision

du 10 juin 1941 par laquelle le Secrétaire d’État à la Production

industrielle a rejeté un premier recours formé par celui -ci contre une

décision du Comité d’organisation des industries du verre et des

commerces s’y rattachant en date du 25 avril 1941.

Cette décision déterminait les entreprises autorisées à fabriquer des tub es

en verre neutre ou ordinaire pour des ampoules et leur imposait de livrer à

une usine, dont la demande de mise à feu du four n’avait pas été admise,

un tonnage mensuel à titre de compensation.

La question de droit auquel devait répondre le Conseil d’Éta t dans l’arrêt

Monpeurt du 31 juillet 1942 était de savoir si une personne privée a oui ou

non la possibilité d’émettre des actes administratifs ?


En reformulant pour coller la question à l’espèce, le Conseil d’État est -il

compétent pour connaître des déci sions prises par le Comité

d’organisation des industries du verre et des commerces s’y rattachant ?

L’enjeu était grand puisque jusqu’à lors, seuls les organes administratifs

avaient la possibilité de faire des actes administratifs. Autrement dit, seuls

les organes administratifs étaient sous le contrôle du Conseil d’État.

Voir aussi, nos autres fiches de cours sur les arrêts essentiels en droit

administratif :

 L’arrêt Dame Lamotte (Conseil d’État, 17/02/1950): Un arrêt qui a su

imposer que tout acte administratif ou décision administrative est

susceptible de recours pour excès de pouvoir.

 L’arrêt Narcy (CE, Sect. 28/06/1963, Narcy, Req. P.401): Un arrêt qui a

permis de déterminer dans quelles circonstances une personne privée peut

assurer une mission de service public.

 L’arrêt APREI (Conseil d’État, 22/02/2007): Un autre arrêt fondamental en

droit administratif qui a assuré la continuité de l’arrêt Narcy rendu par le

Conseil d’État le 28 juin 1963.


QUELLE EST LA SOLUTION DE L’ARRÊT
MONPEURT RENDUE EN DATE DU 31
JUILLET 1942 ?
La solution prise par le Conseil d’État dans l’arrêt Monpeu rt est on ne peut

plus claire : bien que les Comités ne soient pas des établissements

publics, ils participent à l’exécution d’un service public et par conséquent


les décisions prises par de tels Comités sont des actes administratifs qui

relèvent de sa compétence.

Quant à la légalité de la requête, le Conseil d’État va rejeter le recours

formé par Monsieur Monpeurt. En effet, le Conseil d’État considère que la

décision du 25 avril 1941 prise par le directeur du Comité d’organisation

des industries du verre et des commerces entre dans le cadre des

attributions qui ont été données aux comités d’organisation par l’article 2

de la loi du 16 août 1940, surtout pour ce qui concerne les paragraphes 2

et 4.

Ainsi, selon le Conseil d’État il n’a pas « empiété sur les pouvoirs dévolus

à l’Office central de répartition et aux sections dudit office par la loi du 10

septembre 1940, alors qu’il n’est même pas allégué qu’il ne se soit pas

conformé aux règles édictées par ces organismes ».

Ce qu’il faut savoir, c’est que le Conseil d’État considère qu’aucune

disposition législative ou réglementaire n’oblige les comités à régler

l’activité des entreprises lors de l’établissement des programmes de

fabrication faisant référence à une période antérieure déterminée.

Ainsi, il leur appartient de tenir compte de l’ensemble des éléments de la

situation du secteur industriel dont ils ont la charge, particulièrement pour

ce qui concerne la capacité des entreprises demandant à continuer ou

encore à reprendre leur production.


De fait, pour contester la légitimité de la compensation en nature prescrite

au profit de cette société, le requérant n’était pas fondé à arguer de la

situation des Établissements Boralex antérieure au 1er septembre 1935.

Par ailleurs, le requérant n’est pas non plus fondé à soutenir que la

compensation dont bénéficie la société en vertu de cette décision

constitue un enrichissement sans cause.


QUELLE EST LA PORTÉE DE L’ARRÊT
MONPEURT RENDU LE 31 JUILLET 1942 PAR
LE CONSEIL D’ÉTAT ?
L’arrêt Monpeurt du 31 juillet 1942 à plusieurs apports. Ainsi, le premier

apport de cet arrêt est de faire perdre définitivement à la notion de

service public sa signification organique.

En effet, la gestion des services publics peut désormais être confiée, non

plus seulement aux personnes publiques classiques, mais aussi à des

organismes qui ne constituent pas « des services administratifs détachés

de l’administration générale de l’État » (Conseil d’État, 16 mars 1956,

arrêt Garnett) ou même à des personnes purement privées.

L’arrêt de principe Monpeurt, en second lieu, fait perdre à l’établissement

public sa définition traditionnelle de service public doté de la personnalité

morale ou de personne morale, (ici la définition), dotée de prérogatives

de puissance publique. Depuis cet arrêt, il existe des services publics

personnalisés, ainsi que des personnes dotées de prérogatives de


puissance publique, auxquels le Conseil d’État attribue expressément la

qualité d’établissements publics.

Ensuite, concernant les actes administratifs : Traditionnellement, la notion

d’acte administratif s’entendait d’actes émanés de l’administration et, plus

précisément, d’une personne publique. Désormais, un acte administratif

peut émaner d’une personne privée.

Dans l’arrêt Monpeurt, la nature administrative des actes des comités

d’organisation résulte de ce qu’ils sont pris « dans la sphère des

attributions » des comités, « chargés de participer à l’exécution d’un

service public ».

Le critère public est donc à lui seul déterminant pour reconnaître un acte

administratif, que l’acte soit réglementaire ou individuel. L’arrêt Monpeurt

confirme ainsi l’importance de la notion de service public en droit

administratif, dans le prolongement de l’arrêt Thérond (4 mars

1910), l’arrêt Terrier (6 février 1903) et de l’arrêt Blanco (8 Février

1873).

Pourtant, peu importe le rôle du critère du service public dans

l’identification de l’acte administratif, il n’exclut pas celui de prérogatives

de puissance publique de manière directe ou indirecte.

Tout d’abord, la présence de prérogatives de puissance

publique permet de reconnaître un service public dans une activité

générale confiée par les pouvoirs publics à un organisme.


Elle a été expressément relevée par M. Ségalat dans ses conclusion s sur

l’arrêt Monpeurt : Si un acte est administratif comme pris dans les sphères

des attributions de services publics dont est chargé cet organisme, alors

ces attributions comportent elles-mes des prérogatives de puissances

publiques.

En second lieu, le critère de la puissance publique peut s’ajouter, voir se

substituer à celui du service public pour reconnaître à un acte une nature

administrative. Certains arrêts ne se contentent pas de considérer qu’une

mesure est prise pour l’exécution d’un service publ ic ; ils ajoutent qu’elle

l’est en vertu des prérogatives de puissances publiques attribuées à

l’organisme.

D’autres arrêts de principe en droit français et d’autres arrêts d’espèce

qui ont suivi ont eux aussi mentionné aussi la présence de prérogatives de

puissance publique, sans pour autant faire mention du service public

(fédération nationale des huileries métropolitaines par exemple).

D’autres arrêts enfin, tout en reconnaissant qu’un organis me privé est

chargé d’une mission de service public, refusent de voir un acte

administratif dans une mesure qui « ne ressortit à l’exercice d’aucune

prérogative de puissance publique » comme évoqué dans l‘arrêt du 17

février 1992 rendu par le Conseil d’Éta t (arrêt Société Textron).