La Responsabilité
Sociale des
Entreprises
2016 – 2017
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
REMERCIEMENTS
Je remercie mes très chers parents pour leur soutien dans mes choix et leur attention
sans faille, ainsi qu’a ma bonne maman, dans les encouragements et l’amour inconditionnel
m’accompagnent depuis toujours.
Enfin je remercie mes amies que j’aime tant, Imane et Khaoula, pour leur sincère
amitié et l’aide précieuse qu’elles m’ont apportée tout au long de ce travail, et à qui je dois ma
reconnaissance et mon attachement.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
SOMMAIRE
REMERCIEMENTS................................................................................................................2
INTRODUCTION.................................................................................................................... 4
Chapitre 1. Les différentes approches théoriques et conceptuelles..................................... 8
Section 1. La responsabilité sociale : Une notion fondatrice aux origines du management .. 8
Sous-section 1. Les sources américaines de la RSE....................................................................... 8
Sous-section 2. L’émergence de la notion de responsabilité sociale............................................. 12
Section 2. RSE et théories des parties prenantes.................................................................. 16
Sous-section 1. La RSE comme création de valeur pour les parties prenantes............................. 16
Sous-section 2. Engager les parties prenantes.............................................................................. 16
Section 3. Institutionnalisation de la RSE.............................................................................19
Sous-section 1. Une nouvelle RSE ?............................................................................................ 19
Sous-section 2. Présent et avenir de la RSE européenne.............................................................. 20
Chapitre 2. Pratiquer la responsabilité sociale de l’entreprise..........................................22
Section 1. Les dispositifs d’encadrement de la RSE.............................................................22
Sous-section 1. Les avancées au niveau de l’Union Européen et en France.................................22
Sous-section 2. Les déclarations de principes à l’échelle mondiale..............................................25
Sous-section 3. Le foisonnement des référentiels liés à la RSE.................................................... 28
Section 2. La RSE : Une opportunité stratégique.................................................................30
Sous-section 1. Stratégie RSE : Vecteur de croissance................................................................ 30
Sous-section 2. Développer des solutions innovantes.................................................................. 32
Sous-section 3. La RSE et le capital immatériel de l’entreprise................................................... 35
Section 3. La RSE : Enjeux organisationnels....................................................................... 36
Sous-section 1. Impulser une démarche RSE............................................................................... 36
Sous-section 2. L’ancrage du processus....................................................................................... 39
Sous-section 3. La consolidation de la démarche RSE................................................................. 41
Chapitre 3. Etude de cas : la RSE dans les PME marocaines............................................ 43
Section 1. Méthodologie....................................................................................................... 43
Section 2. Analyse des résultats............................................................................................44
Section 3. Limites et perspectives.........................................................................................47
Section 4. Conclusion........................................................................................................... 47
CONCLUSION GENERALE................................................................................................49
BIBLIOGRAPHIE................................................................................................................. 50
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
INTRODUCTION
A l’heure où les problèmes environnementaux et sociaux occupent une place toujours plus
grande, dans les médias, sur l’agenda politique ou au sein de la société civile, le rôle des
entreprises est remis en question. Que ce soit à la suite des catastrophes humaines et
écologiques récentes ou à des scandales plus anciens ; mais aussi à travers des compagnes
mettant en avant des bonnes pratiques, le débat sur la place des entreprises dans la société est
alimenté en argument aussi bien négatifs que positifs. Leur influence et leur impact sur les
problèmes environnementaux, économiques et sociaux ; aussi bien globaux que locaux ; font
l’objet de nombreuses discussions.
Quelle est la contribution des entreprises à ces problèmes, et surtout, comment peuvent-elles
faire partie de solutions ?
L’une des réponses à ces questions est celles apportée par le concept de responsabilité sociale
d’entreprise (RSE). Il s’agit d’un concept pour le moins à la mode, et dont la définition ne fait
pas pour autant l’objet d’un consensus. Nous allons toutefois tenter d’établir plus précisément
ce qu’est la responsabilité sociale d’entreprise.
Contexte
Il nous apparaît intéressant avant de commencer toute analyse de se pencher sur les trois
termes du concept de « Responsabilité Sociale des Entreprises » (RSE). Celle-ci est riche
d’enseignements dans la mesure où elle fait apparaître les questions essentielles autour de ce
concept.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
créent une ambiguïté que l’on peut considérer comme inhérente à la RSE. Dans notre sujet, il
s’agir bien du respect d’une obligation, mais sans que l’on sache si cette obligation est
juridique, éventuellement suivie de sanction, ou morale, voire religieuse – cette dimension
spirituelle étant à l’origine de la RSE aux Etats-Unis. L’adjectif « social », ensuite, désigne
couramment ce qui a un rapport avec la société (milieu social, groupe social, etc.) et/ou qui
concerne les relations entre les êtres vivants (conflit social par exemple). Associé à la
responsabilité, ce terme se rapporte généralement aux impacts potentiels qu’une décision ou
une action de la part d’individus, groupes ou entreprises peut avoir sur la société. Cette
association est également ambivalente : cette responsabilité sociale ne s’exerce-telle que dans
les relations de travail autrement dit avec les salariés ou s’étend-elle à un cercle plus large de
relations entre associés d’une même société ce qu’on appelle les parties prenantes ?
« Entreprises », enfin, peut être défini comme une réalité socio-économique ou une unité
institutionnelle, avec un projet décliné sous forme de stratégies et/ou de politiques et de plans
d’action dont le but est de produire et de fournir des biens ou des services à destination de
clients ou usagers. Dans notre expression, il n’ya pas de distinction entre petites et grandes
entreprises, et cela conduit à s’interroger sur la responsabilité des autres structures (publiques,
associatives, etc.).
Toutes ces questions ne sont pas tranchées, de sorte qu’il n’existe pas de définition unique et
partagée de la responsabilité sociale des entreprises. De plus, depuis les années 1960 et 1970,
on assiste à la prolifération est que le domaine de la RSE n’est pas influencé simplement par
les évolutions théoriques mais l’est aussi par des agendas politiques, sociaux et managériaux.
Il semble ainsi difficile de trouver une formulation qui satisfasse l’ensemble des parties en
question. Selon Allouche, les tentatives de définition de la RSE par les acteurs concernés,
entreprises, agences de notations et chercheurs, ont génére une confusion dans la
conceptualisation de ce concept. Néanmoins, une majorité s’entend sur le fait que derrière le
concept de RSE, il est question d’entreprises intégrant les préoccupations sociales, humaines,
culturelles, environnementales et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions
avec leurs parties prenantes.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
livre vert intitulé Promouvoir un cadre européen pour la responsabilité sociale des
entreprises, la RSE est « l’intégration volontaire des préoccupations sociales et
environnementales des entreprises à leurs activités commerciales et leurs relations avec leurs
parties prenantes ». Autrement dit, « être socialement responsable signifie non seulement
satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais aller au-delà et investir
d’avantage dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes
». Quant à la définition de l’ISO (organisme international de normalisation), il a, pour sa part,
retenu la définition suivante : « actions d’un organisme pour assumer la responsabilité de
l’impact de ses actions sur la société et l’environnement pour autant que ces actions soient
cohérentes avec les intérêts de la société et du développement durable, fondées sur un
comportement éthique, le respect de la loi en vigueur et des instruments gouvernementaux, et
intégrées aux activités habituelles de l’organisme » .
Problématique
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
• La mise en pratique de la RSE analysée à travers les dispositifs d’encadrement, les
opportunités stratégiques, les enjeux organisationnels.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Chapitre 1. Les différentes approches théoriques et conceptuelles
Contrairement à une idée reçue qui voudrait que le concept de RSE soit un nouveau
paradigme ou une nouvelle mode managériale, l’idée de RSE, en tant que pratique, est assez
ancienne et trouve ses fondements dans les pratiques d’entreprise vieilles de plus d’un siècle,
surtout en Amérique du Nord. Ces pratiques étaient connues sous le non de « philanthropie
d’entreprise ». Cependant, le développement de la RSE comme concept académique est plus
récent et trouve son point de départ dans l’ouvrage de Bowen (1953), qui est considéré
comme le « père fondateur » de la RSE. Son ouvrage témoigne de l’ancrage religieux de la
RSE et marque l’entrée de la notion de RSE dans le monde académique. A partir de là, ce
concept a connu une évolution marquée, tant que le plan théorique que conceptuel. A travers
ce chapitre, nous allons montrer :
Le point de départ généralement reconnu de la RSE, dans son sens contemporains, est la
publication du livre de Bowen en 1953, intitulé Social Responsabilities of the Businessman.
Bowen fut un pionnier dans plusieurs domaines, comme économiste, comme professeur et
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
auteur et comme administrateur universitaire. Selon Pasquero (2005), la publication de cet
ouvrage intervient dans un contexte particulier où il est demandé aux entreprises de dépasser
le cadre strict de leurs obligations économiques pour assumer des obligations morales envers
la société. L’objectif de Bowen était alors d’une part d’étudier et analyser le discours d’un
certain nombre de capitaines d’industrie sur les responsabilités sociales de l’entreprise dans un
contexte euphorique d’après-guerre, et d’autre part de l’enrichir par des contributions de
grands courants de la critique sociale et morale de l’époque. Ce livre reste donc aujourd’hui
encore une référence dans le domaine de la RSE dans le sens où il aborde toutes les questions
encore sans réponse actuellement. Bowen positionne son analyse de la doctrine
macroéconomique et l’évalue en fonction de sa capacité à générer un niveau de bien être plus
élevé dans la société (Gond et Igalens, 2008). Selon les auteurs, la notion de RSE,
s’appréhende comme une sorte de « troisième voie », à mi-chemin entre l’interventionnisme
étatique (keynésianisme) et le « laisser-faire » du marché (école néo-classique). La RSE
apparait ainsi comme un mode d’autorégulation des entreprises qui permet d’éviter les excès
de la régulation que la société américaine honnit en raison du risque qu’elle fait planer sur la
démocratie. La RSE, telle qu’elle est décrite, aurait donc le mérite de contribuer à la poursuite
des nobles objectifs que s’est fixée l’économie américaine.
On assiste ensuite à une lente institutionnalisation de la doctrine de Bowen. Celle-ci est liée à
des facteurs tels que l’évolution du système de valeurs de la société américaine (affirmation
d’idéaux démocratiques marqués, développement du syndicalisme ouvrier, etc.).
Selon Bowen, ces tendances ne suffisent pas à celle seules à expliquer l’intérêt grandissant
des firmes américaines pour la RSE. Le développement de ce concept s’est effectué
simultanément avec la division entre propriété et contrôle de l’entreprise (séparation entre
actionnaires/propriétaires de la firme et managers/gestionnaires de la firme). Cette dichotomie
a renforcé la socialisation des dirigeants, les rendant ainsi plus sensibles à la société qui les
entoure et aux pressions exercées par elle (Gond et Igalens, 2008).
Selon Pasquero (2005), trois groupes de raisons ont poussé à une réflexion approfondie autour
du concept de RSE qui a été à l’origine de son rapide développement.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
sur « une prise en charge des intérêts publics par l’Etat », est basé sur le modèle du
« volontarisme libéral ». A savoir que l’Etat intervient très peu dans la sphère du
secteur privé. Ce qui a vite entrainé des dérapages, des débordements que le
gouvernement a tenté de circonscrire, non pas en supplantant le modèle libéral, mais
plutôt en tentant d’y amener de correctifs et des réaménagements plus au moins
important. On peut citer, à titre d’exemple, dans les années 1860, les lois anti-trust, qui
sont des lois anti-monopoles, dont l’objectif était de limiter des abus sociaux et
économiques de certains grands groupes de l’époque. Ces lois, très en avances sur leur
temps et reconnues comme étant des modèles de sévérité, réorganisèrent en
profondeur l’économie américaine. De manière générale. En dépit de ses multiples
abus et dérives, le système capitaliste est considéré comme fondamentalement bon, le
« moins pire » des systèmes du moins, car le système le lus libertaire dans la mesure
où il favorise la libre initiative, la liberté d’entreprendre et l’accumulation de richesses
qui en découlent. Ses pires détracteurs s’accordaient pour dire que s’il avait
dysfonctionnement ce n’était pas dû au système lui-même, mais plutôt à ses acteurs
qui le pervertissaient et le dévoyaient. Il fallait donc s’en prendre à eux pour
l’améliorer (Pasquero. 2005). Un bémol à cela cependant, lorsque l’on analyse la crise
économique et financière que le monde traverse aujourd’hui (la pire depuis 1929) : il
s’agit là d’une crise systémique qui pourrait déboucher sur une refonte totale du
système.
Les raisons éthiques : pour l’opinion publique américaine, au niveau individuel (work
ethics), l’éthique a un double référentiel religieux et idéaliste (Epstein, 2002). Celle-ci
est basée sur l’effort continu, l’honnêteté et l’intégrité comme valeurs indépassables.
Selon Pasquero (2005), l’entreprise « éthique », au même titre que l’individu, est celle
qui sait assumer son rôle social qui doit être basé sur une certaine loyauté envers les
acteurs sociaux auxquels elle doit sa réussite. L’Etat est exclu de ces acteurs.
L’entreprise éthique sera celle qui fabriquera des produis de qualité, dont les normes
de sécurité seront élevées, dont les employés seront bien rémunérés et bien traités, bref
qui se comportera selon les normes considérées comme légitimes par le public. Enfin,
l’entreprise prospère doit intégrer, comme acte de loyauté envers cette communauté,
des actions philanthropiques d’envergure. On retrouve là la philosophie protestante sur
laquelle est basée la société américaine. A tire d’exemple, Henry Ford, au début du
siècle dernier, a été mis en accusation par ses partenaires que l’accusaient d’abus de
pouvoir. Ces derniers le sommant de s’expliquer sur sa vision de la RSE (mélange de
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
moralisme, idéalisme et pragmatisme à l’américaine) qui était très avant-gardiste pour
l’époque ;
Des raisons pragmatiques : les années 1960 ont marqué un tournant dans le
capitalisme américain et ont posé avec acuité la question du rôle des entreprises dans
leur environnement. En effet, ce système s’est retrouvé sous un tir nourri de la part de
ceux qui n’avaient de cesse de dénoncer les abus de celui-ci. Sauf que là, les éléments
étaient définitivement contre les entreprises (rivières gorgées d’hydrocarbures qui
prennent feu, voitures dangereuses mises sue le marché etc.). Le système était à
repenser entièrement en mettant la question de la responsabilité de l’entreprise, en tant
qu’acteur majeur du système, au centre de toute considération. Et c’est à partir de là
que des groupes de pression commencèrent à s’organiser, réussissant à entrainer le
pouvoir politique avec eux. Il a résulté de cela des vagues de règlementations sévères
pour les entreprises qui les ont obligées à modifier durablement leur comportement
afin de protéger les consommateurs, la santé des travailleurs et leurs sécurité,
l’environnement, etc. Face à cela, un certain nombre de grandes entreprises ont choisi
de prendre les devants, sans attendre de quelconque règlementation publique, en
prenant un certain nombre d’initiatives qui pouvaient paraître révolutionnaires pour
l’époque. L’idée était que si l’instabilité socioéconomique générée par les externalités
négatives de ces firmes perdurait, alors leur survie même était menacée à terme
(approche utilitariste). C’est ainsi que le concept de RSE a commencé à sortir du
simple cadre théorique pour investir progressivement le terrain. Une fois lancé, quatre
facteurs socioculturels ont contribué à le maintenir vivace (Pasquero, 1997 ; 2004).
Le premier facteur est le rôle joué par l’individualisme dans une société telle que la
société américaine, où le collectif n’est que l’addition des initiatives individuelles et
où la RSE est une réponse à la problématique de la relation entre intérêt privé
(entreprise) et bien commun (société) dans le contexte d’une économie de marché.
Le second facteur est le rôle joué par le pluralisme démocratique. Dans ce cadre, la
RSE peut être considérée comme un concept « porteur de changement social » qui
« fait l’objet d’une redéfinition permanente (…). Elle ne saurait être définitivement
figée ». Pasquero (2005) soulignait, à juste titre, l’expérience riche et le rôle
précurseur du « modèle » américain dans ce domaine qui a fait que celui-ci est devenu
une source d’imitation pour d’autre pays, surtout à cause de sa créativité et son
dynamisme.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Vient ensuite le moralisme à l’américaine qui a contribué à maintenir la RSE en éveil.
En effet, celle-ci a trouvé, dans le vieux fond moraliste américain, un chemin
favorable qui y trouve à la fois « une application concrète de ces principes et l’objet
d’une analyse critique permanente des formes d’organisation socioéconomique »
(Pasquero, 2005).
Enfin, le dernier facteur socioculturel est l’utilitarisme qui établit que la RSE ; comme
pratique des affaires, présente pour les entreprises le double avantage de limiter les
risques de dérapages, qui peuvent engendrer un coût énorme pour celle-ci (financier
et/ou autre) et de les conduire à adopter une démarche pro-active et anticipative sur
des plans autres que les plans techniques ou économiques (Pasquero,2005).
On remarque bien à travers tout ceci à quel point l’économie et la société américaines
constituent un véritable laboratoire en matière de relations entre l’entreprise et la société. Le
rôle de l’entreprise et la nature de ses responsabilités sociales ont donc été à chaque fois
profondément modifiées à l’occasion d’un nouveau changement institutionnel. L’outil en a
été la réglementation publique. Selon Eisner (1993), quatre régimes se sont ainsi succédés
depuis une certaines d’années. Selon Pasquero (2005), on appelle « régime de réglementation
publique un ensemble de politiques et d’institutions visant délibérément à structurer les
relations entre acteurs sociaux (entreprises, syndicats, société civile, Etat) ».
Plusieurs phénomènes expliquent l’intérêt grandissant des managers, mais aussi des
responsables publiques et des responsables de la société civile, pour la notion de RSE.
Ces vingt dernières années ont été marquées par de nombreuses catastrophes
écologiques consécutives à des accidents industriels (Bhopal, Exxon Valdez, Amoco-
Cadiz …) ainsi que par de nombreuses controverses –éthiques, sanitaires ou
sécuritaires- : OGM, brevetabilité du vivant, accès des pays les plus pauvres aux
médicaments anti-sida… Ces différentes situations ont posé le problème du
développement technique, de la production de masse et, finalement, d’une économie
de marché fondée sur la seule notion de profit.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Les années 1980 ont été marquées par le mythe de l’entreprise comme nouveau
creuset des valeurs de la société : performance, richesse, croissance, modernité,
innovation, excellence, etc.
Le pouvoir acquis par les entreprises a été d’autant plus important que, au même
moment, nous avons assisté à un recul des institutions traditionnelles telles que l’Etat
(dérégulation, privatisation des services publics…), l’Eglise voire la famille.
L’entreprise a acquis une nouvelle légitimité. La période pour vivre heureux, vivons
caché’ est désormais révolue. Les conséquences de la crise économiques du début des
années 90 (vagues de licenciements consécutives aux dépôts de bilan et aux
restructurations) ont brisé quelque peu le mythe. Un renversement des valeurs a ainsi
été observé. Les citoyens sont ainsi devenus en même temps plus méfiants et plus
exigeants vis-à-vis de l’entreprise. Ces sentiments ont été exacerbés par plusieurs
scandales économico-financiers ou politico-financiers (Enron, WorldCom, Elf, crise
financière en Asie ou en Argentine…). Les citoyens réclament ainsi aujourd’hui de
plus en plus de transparence et sont plus sensibles -par exemples dans leurs
comportement d’achat- à la notion de responsabilité : honnêteté des dirigeants, respect
de l’environnement, respect des salariés, respect des consommateurs, etc.
Le pouvoir –réel ou supposé- acquis par les entreprises et les dirigeants des grandes
entreprises ces dernières années a engendré l’émergence d’un contre-pouvoir incarné
par des groupes d’intérêt civils (associations de consommateurs, associations
écologistes, organisations humanitaires, mouvement altermondialistes, scientifiques)
mais aussi par les médias. Ce phénomène se traduit par l’accroissement de la pression
sociétale sur les entreprises. Ces groupes d’intérêt contribuent à la médicalisation des
controverses technico-économiques, à la mobilisation des opinions et des pouvoirs
publics. La société civile réagit ainsi plus spontanément aux plans sociaux, aux
délocalisations et dénoncent les pratiques des dirigeants (chantage, abus de biens
sociaux, pratiques des ‘patrons voyous’…). L’action des médias et des groupes
d’intérêt civils peut conduire les entreprises et leurs dirigeants à changer leurs
pratiques, à modifier les conditions d’exercices de leurs activités voire à abandonner
certaines activités.
Ces dernières années ont été marquées par une prise de conscience collective à
l’échelle mondiale- largement impulsée par les scientifiques et les écologistes- des
dangers de la destruction des ressources naturelles rares : aquatiques, minérales,
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
forestières, énergétiques, animales, etc. Les sommets mondiaux de Rio ou de Kyoto
ont contribué à une plus grande prise en compte de la notion de RSE par les grandes
entreprises à l’échelle mondiale.
La mondialisation de l’économie et des logiques de globalisation ont également
contribué à une plus grande prise en compte des enjeux sociétaux par les firmes
multinationales. Elles ont également accentué les pressions sociales sur les entreprises.
En s’attaquant à des marchés à l’échelle mondiale, en délocalisant ou en ayant recours
à des sous-traitants dans des pays sous-développés, les firmes multinationales sont
parfois confrontées à des réalités socio-politiques originales : nécessité de négocier
avec des Etats (par exemple pour réaliser des investissements directs), nécessité de
participer plus activement à la vie sociale (éducation, formation…), prise en compte
de problématique sociétale (co-développement, dumping social…
Plusieurs tendances lourdes confirment la portée de la notion de RSE pour les entreprises. Le
développement des filières de commerce équitable atteste par exemple de la sensibilité –certes
relative mais réelles- des citoyens-consommateurs à des facteurs non économiques mais plutôt
d’ordre sociétal (échange Nord-Sud, pauvreté dans le monde, dignité des producteurs de
matières premières…). Dans une certaines mesure, le succès grandissant des filières de
produits biologiques ou issus d’une agriculture raisonnée relève de la même logique : besoins
de sécurité, de transparence, rejet des modes de consommation de masse, etc.
Le développement des agences de notation sociale (Vigeo, Core Ratings, Sam…) ainsi que
celui des fonds de placement éthiques (investissements socialement responsables) soulignent
également la prise en compte du comportement sociétale de l’entreprise dans les choix des
actionnaires. La performance de l’entreprise n’est pas seulement jugée selon des critères
financiers ou économiques, mais aussi selon des critères relatifs à son comportement sociétal.
Les relations avec l’ensemble de ses parties prenantes deviennent alors une donnée objective
dans l’appréciation de la performance. Différentes initiatives publiques ont achevé de donner
à la RSE un caractère stratégique pour les entreprises. A l’échelle internationale, le
programme Global Compact, lancé par les Nations Unies en 2000 a pour objectif de
promouvoir au sein des entreprises des pratiques respectueuses de l’environnement et des
droits de l’homme. En 2001, la Commission européenne a publié un Livre vert visant à
promouvoir la RSE. Toujours en 2001, le Parlement français a adopté des dispositions
concernant la RSE dans la loi relative aux Nouvelles Régulations Economiques. Cette loi
prévoit l’obligation pour les entreprises cotées de la prise en compte des conséquences
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
sociales et environnementales de leurs activités. Elle impose également la publication de
certaines informations relatives à la politique sociale et environnementale de l’entreprise dans
ses rapports d’activité annuels. Ces différentes initiatives publiques engendrent, sinon de
nouvelles contraintes légales à respecter en termes de RSE, du moins une dynamique
favorable aux firmes qui prennent en compte les dimensions sociétales et environnementales
de leurs activités.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Section 2. RSE et théories des parties prenantes
Les parties prenantes sont les individus ou les groupes d’individus qui représentent
l’écosystème dans lequel l’entreprise évolue et sur lequel elle a un impact autant que par
lequel elle est impactée. La responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) entend contribuer à la
création de valeur pour les parties prenantes de l’entreprise.
Dès 1984, R. Freeman dans son ouvrage Strategic Management : A Stakeholder Approch
apporte la définition suivante de ce qu’est une partie prenante : « Tout groupe ou individu qui
peut affecter ou être affecté par les activités de l’entreprise. » Cela concerne une multitude
d’acteurs aussi bien internes qu’externes à l’entreprise : les employés et les syndicats, les
actionnaires et les investisseurs, les clients et les consommateurs, les sous-traitants et les
fournisseurs, les organisations professionnelles, les pouvoirs publics, les communautés
locales, les organisations non gouvernementales et les associations, les medias, blogueurs,
etc., mais également les parties prenantes bien plus silencieuses comme notre planète, le
climat ou bien les générations futures.
Il existe un lien très fort entre parties prenantes et responsabilité sociale de l’entreprise,
puisque non seulement la RSE se propose de créer de la valeur partagée entre chaque
catégorie de parties prenantes, mais également car la prise en compte et la réponse aux
attentes économiques, environnementales et sociales des parties prenantes sont l’un des
enjeux majeurs auxquels tout programme RSE doit pouvoir répondre. F. Baddache et I.
Nicolai dans un article paru dans le journal of Business Strategy étudient combien la relation
de l’entreprise à ses parties prenantes demeure une dynamique transactionnelle visant à
satisfaire des attentes et à créer progressivement des nouvelles pratiques volontaires plus
responsables qui se diffusent dans les entreprises : la relation aux parties prenantes est
créatrice de performance RSE.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
En réalité l’engagement des parties prenantes au cœur de la stratégie RSE de l’entreprise est
une solution gagnante pour l’entreprise, car les parties prenantes viennent partager et
alimenter la connaissance d’un enjeu de l’entreprise et permettent d’aligner les activités de
l’entreprise directement avec leurs attentes. De plus cela évitera bien des désagréments par la
suite si les attentes des parties prenantes ne sont pas prise en compte. Toutefois, il convient de
préciser que l’objectif de l’engagement des parties prenantes dans un processus de
concertation ne vise en aucun cas à arriver systématiquement à un consensus entre l’entreprise
et ses parties prenantes. Il s’agit plutôt d’appréhender les différents points de vue, de
connaitre l’impact des activités de l’entreprise sur la société et l’environnement, pour mieux
maitriser les risques qui y ont liés.
Le MEDEF, dans son guide Cap vers la RSE : « comment engager le dialogue avec les parties
prenantes ? »a recueilli les témoignages d’entreprise qui exposent les bénéfices suivants,
qu’elles soient multinationales ou PME. Ainsi, l’engagement des parties prenantes est :
Face à une définition si vaste de ce qu’est une partie prenante, il s’agit tout d’abord pour les
entreprises d’identifier l’écosystème spécifique à ses activités et de classer ses parties
prenantes en différentes catégories pertinentes pour l’entreprise. Il existe plusieurs
possibilités, que l’Observatoire de la responsabilité sociale des entreprises (ORSE) a illustrées
au travers de différents cas d’entreprises dans son rapport de 2010 : « La prise en compte des
parties prenantes dans les processus de reporting développement durable des entreprises ».
Les parties prenantes peuvent être classées par exemple :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
✓ Selon les trois piliers du développement durable (sphère sociale,
environnementale, gouvernance) ;
✓ Selon la sphère d’influence ;
✓ Selon les liens directs ou indirects ; selon les revenus alloués ;
✓ Selon qu’elles sont internes ou externes à l’entreprise ;
✓ Selon qu’elles sont contractuelles ou non contractuelles ;
La responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) s’attache à prendre en considération
l’écosystème social et environnemental dans lequel l’entreprise évolue et que
représentent les parties prenantes : tout groupe ou individu qui peut affecter ou être
affecté par les activités de l’entreprise. Engager le dialogue avec les parties prenantes est
une des principales missions de la RSE et génère de nombreux bénéfices pour
l’entreprise (réputation, acceptabilité, visibilité, anticipation, etc.). Il s’agit d’identifier et
classer les parties prenantes qui sont importantes pour l’entreprise. Cela passe par un
exercice de cartographie des parties prenantes et d’analyse de la matérialité.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Section 3. Institutionnalisation de la RSE
✓ La RSE est adoptée par des instances politiques, comme un moyen dans la
mise en œuvre de stratégies publiques à long terme ;
Les auteurs du livre vert on atténué ces trois innovations en utilisant dans le sous-titre une
formule ambiguë (cadre européen pour la RSE) qui s’appliquait à la fois au document lui-
même et aux objectifs politiques dont il n’était que la première étape. Ils signifiaient ainsi en
même temps :
Dans la logique des institutions européennes, le livre vert est en effet un moyen de
consultation permettant de produire ensuite un livre blanc. Celui-ci est la base de dispositions
contraignantes pour les états membres. Dans le cas de la RSE, un clivage très fort s’est
manifesté entre deux positions contraires qui n’ont cesse de s’affronter :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
✓ Les entreprises rejettent un tel cadre au non d’un principe logique simple selon
lequel une responsabilité sociale résultant d’une obligation ne serait plus volontaire.
✓ C’est avec constance que son rapporteur pour la RSE, le député travailliste
R.Howitt défend l’idée du rôle que doit jouer l’UE dans la construction d’un cadre
régulateur de la RSE au niveau mondial ;
✓ La RSE soit une réponse aux trois défis majeurs qui sont devenus les plus
menaçants avec la mondialisation.
✓ Une RSE qui soit effective, qui émane de l’intérieur des entreprises mais aussi
de régulations externes publiques.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Le point positif déjà atteint par l’UE est l’instauration d’un dialogue réel au sein du Forum
Plurilatéral. Le point négatif est le blocage réitéré de ce dialogue sur le choix entre une RSE
contraignante et une RSE volontaire. Le rapporteur souligne que la Commission s’est retirée
du débat en créant une nouvelle instance, l’Alliance, où le consensus entraine la ségrégation :
entreprises et académiques à l’intérieur de l’Alliance, syndicats et ONG à l’extérieur. En
conséquence, il appartient au parlement de faire un choix stratégique sur cette question, faute
de quoi :
Ce choix stratégique du parlement est formulé de façons moins diplomatique et donc plus
explicite dans les travaux et le rapport de la commission de l’emploi et des affaires sociales, et
encore plus clairement dans les publications de l’un de ses experts Olivier de Shulter. La
transposition et la mise en pratique de la RSE européenne par les états membres constitue
désormais un ensemble de phénomène juridiques et sociologiques complexes.
21
LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Chapitre 2. Pratiquer la responsabilité sociale de l’entreprise
L’Union européenne (UE) dispose de plusieurs leviers pour encadrer l’activité des entreprises
et les amener à mieux prendre en compte leurs responsabilités sociales et environnementales.
Elle agit d’abord par la voix des directives, qui ont vocation à être transposées dans les
législations nationales des États membres. Elle a également adopté une stratégie de
développement durable, celle-ci étant complémentaire de la stratégie de Lisbonne définie en
mars 2000, qui visait à établir dans l’UE « l’économie la plus dynamique et la plus
compétitive du monde ». C’est d’ailleurs dans la stratégie de Lisbonne que la RSE était
apparue pour la première fois dans un texte de l’Union ; un appel avait alors été lancé aux
entreprises afin qu’elles contribuent à la mise en œuvre de ladite stratégie mais il est clair que
le choix de s’engager dans la RSE, de la part des entreprises opérant dans les pays membres,
s’inscrit également dans la recherche d’un développement durable.
La RSE s’inscrit dans le cadre des objectifs de la politique sociale et de la stratégie en faveur
du développement durable de l’UE. Dans un contexte de concurrence mondiale accrue, la
RSE peut contribuer à :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
✓ Le respect des valeurs européennes et de normes en matière de droits de
l’Homme, de protection de l’environnement et du travail.
L’article n° 116 (intégré au code de commerce) de la loi sur les nouvelles régulations
économiques (NRE) votée en 2001 prévoit que les entreprises cotées en bourse indiquent dans
leur rapport annuel une série d’informations relatives aux conséquences sociales et
environnementales de leurs activités.
Cela comprend :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, le droit d’accéder à l’information
détenue par les autorités publiques et le droit de participer à l’élaboration des décisions
publiques ayant une incidence sur l’environnement. Si ce texte accorde des droits à chacun, il
impose aussi des devoirs. Chacun doit ainsi contribuer à la réparation des dommages qu’il a
causés.
Par ailleurs, les autorités publiques sont tenues d’appliquer le principe de précaution et de
promouvoir un développement durable. Enfin, le texte modifie l’article 34 de la constitution
afin de confier au législateur la détermination des principes fondamentaux de le préservation
de l’environnement. L’élévation au rang constitutionnel de principes à finalité
environnementale (ex : prévention, précaution, responsabilité) va permettre de donner une
assise juridique plus forte à certains instruments nécessaires à la politique publique dans le
domaine de l’environnement.
« Grenelle » est une référence aux accords de Grenelle de mais 1968 et à la réunion des
représentants des différents acteurs de la société. La mesure phare de ce Grenelle, la taxe
carbone a finalement été écartée, ce qui a été dénoncé par les écologistes (et en particulier par
Nicolas Hulot) qui se sont retirés des négociations par la suite.
✓ La préservation de la biodiversité ;
✓ La prévention de la conséquence des pollutions sur la santé ;
Comment s’est déroulé le Grenelle de l’environnement ?
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
• Grenelle I : Il répondait au Pacte écologique précédemment proposé par Nicolas Hulot. Le
projet de loi qui en a découlé a définitivement été adopté en juillet 2009.
• Grenelle II : Il renforce et précise le précédent dispositif, notamment en matière
d’agriculture, de bâtiment et de transport. La loi portant engagement national pour
l’environnement a été promulguée en juillet 2010.
Les Principes directeurs apportent aux entreprises, aux organisations syndicales et à la société
civile un cadre internationalement reconnu permettant de favoriser l’adoption, par les
entreprises multinationales, de comportements socialement responsables dans le cadre de la
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
mondialisation. Dans leur version révisée en 2001, un nouveau chapitre sur les droits de
l’Homme a été inclus.
En outre, l’OCDE publie chaque année un rapport décrivant les actions engagées par les
pouvoirs publics des pays signataires pour honorer concrètement leurs engagements.
Lancé en juillet 2000, le Pacte mondial des Nations Unies est à la fois un ensemble de
politiques et un cadre pratique, à l’intention des entreprises qui ont pris l’engagement du
développement durable et de pratiques commerciales responsables. En tant qu’initiative visant
le niveau directorial, et approuvée par les hauts responsables des entreprises en question, le
Pacte mondial vise à l’alignement des activités et stratégies des entreprises du monde entier
sur dix principes universellement reconnus, dans les domaines des droits de l’homme, du
travail, de l‘environnement et de la lutte contre la corruption.
✓ L’orientation des actions dans le sens d’objectifs plus larges des Nations Unies
tels que les Objectifs du Millénaire pour le développement (les OMD)
Par ce processus, les entreprises -qui sont le moteur essentiel dans le cadre de la
mondialisation- peuvent faire en sorte que les marchés, le commerce, les technologies et le
secteur financier progressent au service de l’économie et de la société en général, partout dans
le monde, et contribuent à une économie mondiale plus durable et plus intégrante.
Le Pacte mondial des Nations Unies n’est pas un instrument de régulation ; il s’agit plutôt
d’une initiative volontaire, fondée sur la responsabilité publique, la transparence et une
information ouverte à tous ; à cet égard, le Pacte mondial vient compléter les mesures de
régulation et offre un espace d’innovation.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Les Principes pour l’investissement Responsables (PRI) ont été lancés par les Nations Unies
en 2006. Il s’agit d’un engagement volontaire qui d’adresse au secteur financier et incite les
investisseurs à intégrer les problématiques Environnementale, Sociale et de Gouvernance
(ESG) dans la gestion de leurs portefeuilles, mais au sens large. Les PRI sont un des moyens
de tendre vers une généralisation de la prise en compte des aspects extra-financiers par
l’ensemble des métiers financiers.
Les principes pour l’investissement responsable sont au nombre de 6. Les investisseurs qui
s’engagent à les respecter doivent :
1. Prendre en compte les questions ESG dans leurs processus de décisions en matière
d’investissement
2. Prendre en compte les questions ESG dans leurs politiques et leurs pratiques
d’actionnaire
3. Demander aux sociétés dans lesquelles ils investissent de publier des rapports sur leurs
pratiques ESG
4. Favoriser l’acceptation et l’application des PRI auprès des gestionnaires d’actifs
5. Travailler en partenariat avec les acteurs du secteur financier qui se sont engagés à
respecter les PRI pour améliorer leur efficacité
6. Rendre compte de leurs activités et leurs progrès dans l’application des PRI
En signant, de manière volontaire, les principes d’Équateur (EP), une banque s’engage à
prendre en compte un certain nombre de critères d’évaluation sociaux et environnementaux
dans le choix des projets qu’elle finance. On peut considérer les principes de l’Équateur
comme une application de la RSE au domaine de la finance. Il s’agit d’une liste de 10
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
principes qui engagent les banques signataires à choisir leurs investissements en fonction de
critère sociaux et environnementaux.
On compte 3 versions des Principes de l’Équateur : une première version qui a vie le jour en
2003, une version révisée en 2006, la dernière en date étant celle de 2013 qui est plus
exigeante que les anciennes.
Les principales normes ayant vocation à certifier les activités et processus des entreprises du
point de vue de la RSE peuvent être regroupées en trois catégories :
✓ Les normes ISO, d’inspiration et de portée globales : ISO 1400, ISO 2600
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Les principaux labels de la RSE :
✓ NF-Environnement
✓ Ecolabel européen
✓ Haut Qualité environnementale (HQE)
✓ Forest Stewardship Council (FSC)
✓ Marine Stewardship Council (MSC)
✓ Max Havelaar
Les agences de notations sociétales
✓ Vigeo (France)
✓ EIRIS (Royaume-Uni)
✓ OEKOM Research (Allemagne)
✓ RobecoSAM (Suisse)
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Section 2. La RSE : Une opportunité stratégique
Le président de Sony pense que les marchés ne sont pas faits pour être étudiés mais pour être
créés.
Depuis quelques années, on observe une progression lente mais régulière du pourcentage de
consommateurs finaux qui sont à la recherche de produits « VERTS », « ÉTHIQUES » ou
« ÉQUITABLES ». Ces consommateurs, également citoyens, sont de plus en plus concernés
par des problèmes tels que :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Dans les secteurs de l’agroalimentaire, ces consommateurs « verts » sont devenus de pus en
plus importants pour soutenir la promotion d’un segment biologique.
L’agence bio estime que les achats de produits alimentaires bios dans le monde en 2011 ont
atteint 65.3 milliard de dollars US.
Toute entreprise qui veut garder une longueur d’avance sur la concurrence se voit obligée de
répondre à ces nouvelles attentes des consommateurs. Il existe deux approches afin de
satisfaire ces besoins :
✓ Créer sa propre marque, son propre marché. Des entreprises telles que Yves Rocher,
The body shop … ont crée un nouveau marché en offrant aux consommateurs une
nouvelle proposition de valeur et en appliquant une approche RSE dans tous les
aspects de leurs management. Certains grands groupes ont compris que ces marchés
étaient porteurs et ont développé des marques des produits « vert » parallèlement a
leurs marques existantes.
✓ Acquérir une société existante, par exemple l’Oréal a acquis The body shop et
sanoflore, quand a Clorox Co, une société américaine de produit d’entretien, elle a
acquis Barre Escentuals et Burts Bees. Naturellement, la question soulevée par ces
acquisitions et de savoir s’il s’agit d’une démarche opportuniste, ou bien si ces société
cherchent réellement, garce a ces acquisitions, a acquérir un savoir-faire « responsable
».
L’exploitation « durable » de marché du bas de la pyramide
BOP, en anglais, signifie Bottom of the Pyramid, autrement dit le bas de la pyramide
économique mondiale, qui selon la Banque mondiale désigne les 4 milliards de personnes
vivant avec moins de 9 dollars par jour. C’est un marché potentiel énorme pour toute
entreprise suffisamment innovatrice sachant offrir un produit adapté aux besoins et moyens de
ces personnes. Les entreprises gagnantes sont celles qui savent développer des solutions
innovantes et changer radicalement leur structure de couts, et leur mode de distribution. Les
entreprises qui décident de se lancer sur ces marchés accèdent à d’immenses espaces
incontestés tout en bénéficiant d’énormes économies d’échelles. Prahalad& Fruehauf (ont
qualifié cette stratégie de strategy of the bottom of the pyramid (BOP).
Les entreprises majeures (Danone, Lafarge, Schneider Electric, Novartis, etc.) adoptent une
double approche :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
✓ La première est que de permettre aux plus démunis d’accéder à des produits et
services inaccessibles pour eux jusque-là, ou des produits spécialement conçus pour
leurs besoins, par exemple en termes de nutriments, de soins, etc.
Un secteur en particulier a été très impacté par la prise de conscience générale qu’il fallait
produire autrement et mieux : le secteur de l’énergie. Ce secteur a vu émerger un nombre
important de nouvelles propositions avec le développement d’énergies de substitution et de
technologies « propres ». Dans d’autres industries, ces nouvelles propositions de valeur
respectueuses de l’environnement et des intérêts des diverses parties prenantes- s’articulent
autour de l’éco-conception.
Le secteur des technologies « propres » est un secteur doté d’un fort potentiel de croissance
dans le cadre de la transition énergétique. Les investissements dans ce secteur devraient
atteindre 48 000 milliards d’euros entre 2015 et 2040 d’après l’Agence Internationale de
l’Energie.
Les technologies « propres » sont par définition des produits, des services ou des processus de
production qui utilisent les énergies renouvelables, visent a diminuer la consommation
d’énergie, et tendent à limiter la production de déchets. Les principaux secteurs d’activité où
sont concentrées ces technologies « propres » sont les suivants :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
✓ Les énergies renouvelables (géothermie, énergie solaire, éoliennes, usines
marémotrices, hydroliennes) et novatrices (piles à combustible).
✓ Les transports (véhicules hybrides, véhicules à hydrogène).
✓ Le secteur des matériaux de construction (éco-construction, matériaux issus
des biotechnologies).
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
✓ Par l’énergie utilisée pour la production et l’utilisation de ses produits, cette
industrie est responsable d’environ 2% des émissions mondiales de CO2 ;
Elle décrit le fonctionnement, l’organisation et toutes les étapes suivies par l’entreprise pour
arriver à définir de proposition de valeur au client.
La chaîne de valeur interne distingue entre les activités principales et les activités de soutien
qui sont concernées par des actions intéressant la RSE.
Inclure une vision RSE tout au long de la chaîne de valeur interne est indispensable à la mise
en place d’une stratégie RSE. Cependant créer de la valeur pour le client final de façon
responsable nécessite d’avoir une vision élargie de la chaîne de valeur, et d’y intégrer les
fournisseurs, les distributeurs, les sous-traitants – voire les clients.
Elle concerne le processus de spécialisation qui, tout au long de la filière, crée une offre
valorisée pour le client.
L’étude de la chaîne de valeur externe permet de prendre position par rapport aux
interrogations concernées par l’impact de la RSE dans le processus de création de valeur.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Il est primordial de concevoir une stratégie de RSE étendue à toute la chaîne de valeur
interne et externe et de travailler en concertation avec les producteurs et distributeurs.
C’est une garantie de réduction de risque et de coûts à long terme er de création d’une
nouvelle proposition de valeur plus responsable.
La prise en compte de la RSE peut conduire les entreprises à remettre en question leur modèle
de revenu. D’autres modèles de revenu que celui de l’achat individuel peuvent permettre aux
entreprises de limiter leur impact sur l’environnement, et/ou de satisfaire de nouveaux
consommateurs. Le modèle de la location est, par exemple, un modèle qui offre à l’entreprise
la possibilité de contrôler la gestion des déchets, et de réduire la tendance à l’obsolescence
programmée. L’entreprise qui l’adopte continue à percevoir un revenu pendant toute la durée
de vie du produit.
Une stratégie RSE permet de construire un avantage concurrentiel en poussant les entreprises
à redéfinir la valeur créée et développer des modèles d’affaires innovants. Ce saut de valeur
permet aux entreprises de se différencier de leurs concurrents tout en satisfaisant les besoins
de diverses parties prenantes. La dernière section montre comment une stratégie RSE permet
d’augmenter le capital immatériel, élément primordial dans la pérennité de l’entreprise.
✓ Elle peut chercher à renforcer sa réputation par toute une série de moyens, par
exemple en publiant annuellement un rapport de RSE (ou de développement durable)
dans lequel elle détaille l’ensemble des actions menées.
✓ Elle peut choisir de s’engager dans des actions concrètes en faveur des
communautés locales au sein desquelles elle est implantée – ce qui a pour effet
d’améliorer la cohésion sociale externe et la légitimité de l’entreprise.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Section 3. La RSE : Enjeux organisationnels
Dans ce chapitre, nous allons aborder la mise en pratique de la RSE du point de vue des
enjeux organisationnels qu’elle soulève. Comment décide-t-on de s’engager dans une
démarche RSE ? Comment faire en sorte que cette organisation soit acceptée et poursuivie
dans la durée ? Est-ce l’affaire de tous les collaborateurs ? La transformation de l’entreprise
en une organisation à la fois efficace et responsable requiert, après l’élaboration d’une
stratégie idoine, une planification et une mise en ouvre solidement fondées sur les valeurs de
l’entreprise.
Dans une telle démarche, il est possible de distinguer quatre phases clés :
Le rôle du PDG comme levier pour impulser un changement dans ce domaine est
indiscutable. Sans son implication volontariste, aucune politique ou démarche de RSE ne peut
s’installer durablement dans le fonctionnement interne ou externe d’une entreprise, quelles
que soient les circonstances qui ont provoqué la décision :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
✓ La référence aux valeurs de l’entreprise ;
Cette orientation « responsable » doit être communiquée avec efficacité en interne afin que
chaque collaborateur commence à s’impliquer dans cette logique et puisse contribuer
efficacement à l’intégration de la RSE dans la culture de l’entreprise. La clé de la réussite
consiste à communiquer fréquemment et d’une manière extensive à toutes les unités. Il
convient également de s’assurer que la vision et les valeurs adoptées soient présentes dans
chaque message diffusé par l’entreprise à ses paries prenantes externes – depuis les
fournisseurs et sous-traitants jusqu’aux clients, en incluant toutes les autres catégories.
La formation à la RSE
Plus précisément, le PDG doit s’assurer que l’impulsion qu’il donne en faveur de la RSE est
cohérente avec les éléments suivants :
✓ Les relations avec les parties prenantes externes : les clients, les fournisseurs,
la société civile ou les communautés locales, l’environnement.
Une fois le PDG et les principaux dirigeants se sont engagés dans cette voie, l’étape suivante
consiste à expliciter et à communiquer l’action à mener et les objectifs à atteindre.
La nature de la RSE nous amène à nous situer dans une perspective de long terme. Les
résultats néfastes des activités « non responsables » comme, par exemple, l’émission de gaz à
effet de serre, la production de pesticides nocifs pour la biodiversité, ou le non-respect de la
santé des employés, ne sont souvent perceptibles que sur une échelle temporelle de longue
durée – des années ou des décennies. Cette perspective de long terme s’inscrit évidement en
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
vif contraste par rapport au cycle d’activité d’une entreprise, qui est rythmé par des rapports
mensuels, trimestriels ou, au mieux, des plans stratégique à 3 ou 5 ans.
Une entreprise qui s’engage dans la RSE se trouve donc confrontée au défi de concilier ces
deux perspectives temporelles, et d’être en mesure de poser des jalons sur le long chemin qui
mène vers la responsabilité globale. Pour cela, il convient de ne pas perdre de vue le long
terme, et d’établir un plan d’action et des objectifs à court et à moyen terme.
Le court terme
Il est indispensable pour l’entreprise de pouvoir s’offrir des « victoires rapides », qui vont à la
fois motiver les salariés, et démontrer une capacité d’action efficace à l’ensemble des parties
prenantes externes. Il s’agit de sélectionner des initiatives fiables et peu coûteuses à mettre en
place, mais qui auront un effet visible dans le domaine de la RSE, par exemple :
✓ Améliorer les conditions de travail des salariés (adopter des bonnes pratiques
en matière de prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) ;
✓ Soutenir ou mener une action répondant à un besoin existant dans telle ou telle
communauté locale (permettre à des collaborateurs de l’entreprise d’aider
bénévolement une association à but caritatif ou humanitaire).
Le moyen terme
La mise en place des objectifs à moyen terme doit être orientée par le plan stratégique et peut
se décliner en trois questions :
Les réponses à ces questions, ensuite appliquées à la chaîne de valeur en amont et en aval,
permettront d’identifier le champ des possibles et les opportunités propres à l’entreprise, et
constitueront la base d’un plan d’action adapté avec les objectifs clairs et lisibles par tous.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Le plan d’action établi sera d’une meilleure efficacité pour emporter l’adhésion du personnel
s’il reflète les priorités des employés.
Pour cette raison, il est toujours préférable de l’entreprise de l’élaborer en collaboration avec
des membres de tous les services ou filiales de l’entreprise.
En s’appuyant sur des exemples de « bonne pratique », les sélections qui suivent traitent de la
manière d’identifier les valeurs essentielles d’une entreprise, et de leurimportance dans la
mise en application de la RSE.
En premier lieu, l’entreprise doit s’assurer de l’adhésion des principaux dirigeants, puis
expliciter la démarche par la consommation interne, en répondant aux questions que beaucoup
se posent : qu’est-ce que la RSE ? Qu’est-ce que le développement durable ? Pourquoi
l’entreprise s’engage-t-elle dans cette voie ? Qu’a-t-elle à y gagner ?
Ensuite, une série de réunions à différents niveaux peuvent être organisées pour recueillir les
perceptions et les opinions des managers et des collaborateurs, dans le but de définir les
valeurs essentielles de l’entreprise.
La définition des valeurs essentielles d’une entreprise peut s’appuyer sur plusieurs piliers :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Rédiger un code de conduite ou une charte éthique
Une charte éthique et un code de conduite constituent deux documents différents. La charte
éthique décrit les grandes lignes des ambitions éthiques, tandis que le code de conduite décrit
concrètement les comportements éthiques à suivre dans l’entreprise. Le premier document
reflète donc ce que l’entreprise voudrait être, et le deuxième met en pratique ces grandes
lignes en disant comment faire. Un code de conduite peut être assez long – quelques pages -,
alors qu’en général les chartes éthiques tiennent en une seule page.
Les six valeurs morales qui sont le plus souvent exprimées dans les chartes éthiques sont les
suivants :
✓ La loyauté ;
✓ Le respect ;
✓ La responsabilité ;
✓ L’équité ;
✓ L’humanité ;
✓ La citoyenneté
Les procédures pour élaborer une charte éthique peuvent varier d’une entreprise à l’autre,
mais on relève certaines caractéristiques communes dans la plupart des cas :
- La sélection d’une personne ou d’une petite équipe pour piloter le projet – ces
personnes ayant reçu si possible une formation en éthique des affaires ;
- Une réunion de représentants de parties prenantes externes qui connaissent bien
l’entreprise ;
- Un questionnement collectif sur les ambitions éthiques de l’entreprise perçues par les
parties prenantes ;
- Une première ébauche de la charte ;
- Un feedback de l’ensemble des participants afin de créer la version définitive ;
- La diffusion de la charte à tous les collaborateurs de l’entreprise.
La phase d’identification et de formulation des valeurs de l’entreprise, est une phase longue
qui mobilise toutes les parties prenantes dans un processus consultatif de type bottom up. Il
est nécessaire en même de mettre en place une structure de coordination pour s’assurer du bon
déroulement du processus du changement.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Mettre en place une structure de coordination
Les types de structures mises en place pour le lancement et le suivi de la RSR dans une
entreprise ou un grand groupe varient selon sa taille et l’organigramme existant.
Si l’on considère les structures en place pour l’organisation de la RSE dans les PME, on
constate qu’il existe une grande variété de cas possibles. La responsabilité du pilotage du
processus peut en effet être assumée par diverses personnes :
✓ Le PDG lui-même ;
✓ Le responsable qualité/sécurité/environnement ;
✓ Le responsable du marketing ou des ressources humaines ;
✓ Le comité de direction ;
✓ Un comité formé par des représentants ou des responsables de chaque service
dans l’entreprise.
Quand la taille de l’entreprise est plus importante, les entreprises ont tendances à mettre en
place une structure dédiée avec un responsable « développement durable » ou « RSE » qui,
selon l’importance donnée à la RSE, peut diriger une équipe plus ou moins nombreuse. Ces
responsables « RSE » peuvent être recrutés en interne, mais il y a une tendance croissante de
recrutement externe. Ils sont souvent directement rattachés à la direction générale.
Le « Comité RSE », quelle que soit sa dénomination ou sa composition, doit avoir une place à
part entière dans l’organigramme de l’entreprise. Il est important que ce Comité soit
directement rattaché à la Direction générale afin de pouvoir appliquer la RSE au niveau
politique le plus élevé. La stratégie de responsabilité globale adoptée par l’entreprise nécessite
également que le Comité RSE soit en lien direct avec toutes les filières ou métiers de
l’entreprise et avec toutes les unités opérationnelles.
Cette organisation assure une structure favorable à l’intégration de la RSE dans chaque
activité de l’entreprise, et à la nécessaire coordination entre les différentes entités.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Il existe plusieurs systèmes d’évaluation et de reporting en matière de RSE. Les systèmes les
plus répandus à travers le monde sont le référentiel de la Global Reporting Initiative ou GRI,
et les normes génériques internationales qui recouvrent en partie les dimensions sociales et
environnementales (exemple : ISO 14001 concerne les SME – système de management
environnemental, et OHSAS 18001 la santé et la sécurité au travail). Une norme ISO 26000
traitant spécifiquement de la RSE a été lancée en novembre 2010. Par ailleurs, il existe des
normes spécifiques à une industrie donnée, et des référentiels nationaux ou locaux, à
l’exemple de LUCIE développé par l’association Qualité France.
Tous ces systèmes fournissent un excellant référentiel de base, mais nécessitent dans chaque
cas une adaptation à l’activité et aux objectifs particuliers de l’entreprise.
Pour qu’un système d’évaluation soit bénéfique, il est nécessaire que chaque unité
opérationnelle ait la possibilité de partager des résultats, ses pratiques - et ces réflexions sur
ces pratiques-, avec l’entreprise dans sa globalité. De cette façon, un cycle vertueux est
enclenché, qui permet à l’organisation d’apprendre et de se développer.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Chapitre 3. Etude de cas : la RSE dans les PME marocaines
Le Maroc se trouve désormais confronté à la mondialisation qui lui impose l’ouverture de son
économie. Dans ce contexte, l’adoption par les entreprises marocaines de démarches RSE est
de nature à développer l’attractivité de l’économie marocaine et à renforcer sa compétitivité et
les investissements directs de l’étranger. Les PME marocaines suivent cette tendance malgré
leurs différences avec les grandes entreprises et la spécificité de leur gestion, voire des
contraintes auxquelles elles sont soumises. La recherche sur la PME en général et sur la
relation PME et RSE en particulier n’est pas encore très bien développée au Maroc. Les PME
adoptent de plus en plus des pratiques RSE, le peu de recherche réalisé à ce stade montre que
la dimension sociale de la RSE est prépondérante et elle est plutôt focalisée sur la relation
avec les employés.
Section 1. Méthodologie
Ce chapitre explicite une démarche de recherche pour atteindre les objectifs ciblés dans le
cadre de cette étude. Nous débutons par la présentation du type de recherche retenu, soit
l’étude de cas multiples, ainsi que sa pertinence dans le présent contexte. Le choix et la
présentation des cas retenus suivent, de même que la façon dont les données ont été collectées
et analysées.
Pour répondre aux objectifs exploratoires de notre étude, nous allons opter pour une étude de
cas multiples, appelée également comparaisons inter-sites. Ce genre de démarche est très
adapté pour baliser un nouveau terrain de connaissance car il favorise une meilleure
compréhension de l’objet étudié. Pratiquement, la comparaison inter-sites permet de cerner un
objet de recherche dans une logique contextualisant qui tient compte de l’ancrage culturel sur
la base d’un nombre limité de cas. A notre sens, l’étude de la perception de la RSE chez les
dirigeants de PME au Maroc est à son début, c’est un terrain quasiment inexploré qu’il faut
découvrir, d’où la nécessité de recourir à la méthode des cas multiples.
La collecte de donnée s’est fait sur la base d’un échantillon de 4 PME qu’il convient de
considérer comme quatre cas à étudier. Dans cet échantillonnage nous allons retenir trois
critères :
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
✓ La variété,
✓ La taille de l’entreprise,
✓ Le statut de décideur chez les répondants.
D’abord, vue la nature exploratoire de notre enquête nous allons chercher à faire appel à des
contextes différentes pour avoir un maximum découverte. Par conséquent, nous allons
chercher a étudier des PME exerçants dans quatre secteurs d’activité différents. Ensuite, en
s’appuyant sur les critères de discrimination entre la PME et la grande entreprise en vigueur
au Maroc (chiffre d’affaire annuel, nombre d’employé à plein temps et total du bilan), nous
allons retenir des entreprises ayant un statut de PME.
De nombreuses études empiriques ont enrichi la connaissance sur la RSE. Mais ces études
concernant surtout les pays développés et tout particulièrement les pays anglo-saxons.
Concentrés fondamentalement sur l’action, les dirigeants de PME n’ont bien souvent ni le
temps, ni les moyens, ni même l’organisation nécessaire pour l’appropriation d’une démarche
RSE. Les résultats de cette étude indiquent qu’il existe des différences significatives entre les
grandes entreprises structurées et les PME dans le contexte marocain.
Une étude qualitative a permis de mettre en évidence, les motivations et freins à la mise en
œuvre d’une démarche RSE chez les dirigeants de la PME marocaine. On peut en déduire
qu’au Maroc, la PME opte pour la RSE parce qu’elle pense que cette pratique permet
d’améliorer l’image de l’entreprise vis-à-vis de ses parties prenantes ce qui va se répercuter
sur leurs compétitivité surtout suite aux accords de libre-échange signés avec plusieurs pays
dans le monde.
L’étude révèle que les dirigeants de la PME dans le contexte marocain voient dans le respect
et la conformité à la loi et les pressions des parties prenantes, un moyen pour appréhender la
RSE.
Cette enquête souligne par ailleurs qu’une part des PME n’a pas confiance dans la démarche
RSE, ce qui interpelle la critique à la valeur ajoutée d’une telle démarche pour ces PME. Au
final, les motivations et freins évoqués par les dirigeants des PME marocain offrent aussi des
pistes intéressantes pour évaluer l’apport d’une démarche RSE pour une PME dans le
contexte marocain.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Les 4 PME ont des parties prenantes internes et les intervenants externes tels que les
employés, les propriétaires, les clients, les fournisseurs, la communauté, ainsi que
l’environnement. Les 4PME déclarent que les parties prenantes internes en particulier les
clients sont la partie importante comme l’a souligné tous les dirigeants propriétaires que la
société ne peut pas suivre sans ces principales parties prenantes. Toutes les parties prenantes
internes et externes sont fondamentales aux 4 PME.
Les employés
Toutes les entreprises ont reconnus l’importance de leurs employés, parce que les employés
peuvent toujours avoir de grandes répercussions sur les entreprises en particulier dans les
PME. Par conséquent, il est essentiel de bien prendre soin de la santé et le bien-être des
employés. Le niveau de salaire doit être plus élevé que le niveau moyen, ce qui indique que
les employés peuvent avoir une meilleure qualité de vie et devenir plus satisfaits de
l’entreprise surtout dans ces derniers temps marqués par la crise économique. Le respect de
tous les employés est une autre approche adoptée par les 4PME, ce qui les motive à donner le
maximum d’eux-mêmes. Voici comment ces 4 PME ont établis une relation à long terme avec
les employés.
Les actionnaires
Puisque les PME opèrent d’une manière différente, comparée avec une équipe de gestion
structurée des grandes entreprises, vue la dépendance au propriétaire-dirigeant. Le
propriétaire déterminera la nature et la position de la société, qui va influencer la manière
dont la société se développer dans l’avenir. Par conséquent, d’être responsable envers le
propriétaire est de première étape d’une démarche RSE d’une PME. Les PME enquêtées
prennent cette responsabilité à travers un domaine économique, retourner l’argent nécessaire
au propriétaire dans le temps, ce qui est le retour sur investissement suggéré par Carroll
(1979).
Les clients
Pour être responsable vis-à-vis des propriétaires, les 4 PME ont besoin de garder la rentabilité,
ce qui signifie qu’ils doivent avoir une bonne relation avec les clients (Yin, 2012). Comme l’a
dit un propriétaire dirigeant : « Nous devons veiller à la qualité des ouvres et des produits et
de fournir de meilleurs services autant que possible à notre clientèle ». Ce qui revient à dire
que les activités visant à augmenter le chiffre d’affaire désignera la maximisation des profits
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
ou la valeur des actions et peuvent être considères comme ayant la responsabilité sociale
économique. Shanghai Lumière se concentre sur la qualité des produits et services, faire des
bénéfices, quant à lui, en prenant la responsabilité sociale. Cependant, ils ne rendent pas
compte. Cette situation est logique parce que les PME ont déjà fait certaines activités SCR,
mais n’a pas réussi à utiliser la voie professionnelle pour les définir (Roberts et al, 2006).
Les 4 PME sont conscientes d’établir une relation gagnant-gagnant avec les clients, mais le
conducteur est d’avoir une entreprise à long terme à but lucratif. Cependant, la relation est
toujours dynamique en raison des besoins d’occasion, ce qui implique que pas vraiment se
soucient de long terme, les avantages non-économiques qui est en contraste avec.
Les fournisseurs
La relation entre les 4 PME et leurs fournisseurs est similaire à la relation entre les clients et
ces 4 PME. La différence est que cette fois les 4 PME changent leurs rôles du fournisseur au
client. Ils essaient d’avoir une relation à long terme avec les fournisseurs en ayant un contrôle
régulier de leur performance de qualité, ce qui montre que les 4 PME ne peuvent se soucier de
la qualité des matières premières. En conséquence, la relation avec les fournisseurs est
également dynamique, on peut toujours trouver un nouveau fournisseur de haute qualité et à
bas prix.
La communauté
Toutes les entreprises enquêtées ont une relation avec la communauté locale selon un
propriétaire dirigeant : « Nous avons toujours une relation harmonieuse avec la communauté
où nous sommes situés par la création d’emplois, l’embauche de personnel, et répondent en
partie aux attentes de la société afin d’avoir une responsabilité sociétale ». Les quatre PME
ont contribué à la construction d’un puit pour avoir de l’eau potable dans un douar en plus de
la contribution à la construction d’un certain plusieurs d’école primaire dans des petits
patelins. Cependant, se sont les choses de base et ne coute pas trop cher.
Environnement
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
l’énergie ». En outre, les 4 PME mettent en place un mécanisme de gestion des émissions ou
des déchets, afin d’assurer la qualité des produits.
Section 4. Conclusion
Cet article vise à explorer la perception de la RSE par les PME marocaines. Cette initiative
d’exploration de la RSE dans les PME marocaines cible aussi de stimuler l’examen dans la
RSE dans le contexte des pays en voie de développement, dans un monde marqué par une
concurrence acharnée et l’ouverture des frontières, les entreprises marocaines sont amenées à
s’aligner sur les nouvelles pratiques managériales intégrées dans le contexte mondial, la RSE
en est une.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
Enfin, étant donné que la RSE dans le contexte marocain est encore dans sa phase
embryonnaire en termes de sa conceptualisation et sa mise en œuvre, cet article fournit de la
matière pour les chercheurs et les praticiens (gestionnaires et décideurs), afin de contribuer à
développer une meilleure compréhension de concept RSE et de son intégration dans le
management stratégique des entreprises dans le contexte marocain. Un long chemin attend
l’appropriation d’une démarche RSE par les PME dans le contexte marocain.
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LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES | Théories et pratiques
CONCLUSION GENERALE
Pour conclure notre étude intitulée « responsabilité sociale des entreprises » qui consistait à
étudier les différentes approches théoriques et conceptuelles de la RSE et les enjeux concrets
liés à la mise en application, nous avons choisi de survoler les différents points traités tout au
long de ce travail.
Le premier chapitre s’est articulé autour des généralités sur la responsabilité sociale de
l’entreprise dont nous avons défini les concepts clés, et ce travers trois sections. La première
section étant un bref aperçu historique, la deuxième quant à elle évoque les différentes
interactions existantes entre les parties prenantes de l’entreprise dans le cadre de la RSE. La
troisième et la dernière section analyse la réappropriation européenne de la RSE.
Le deuxième chapitre explicite la mise en œuvre des concepts introduits lors du chapitre
précédent. Commençant par souligner les dispositifs d’encadrement qui renforcent le
phénomène d’institutionnalisation de la RSE, ensuite mettre en relief la supériorité d’une
stratégie RSE en termes d’avantage concurrentiel à long terme, et enfin mettre le point sur les
enjeux organisationnels qu’elle soulève.
Le dernier chapitre traite du contexte marocain, particulièrement les PME dont la pratique de
la RSE reste timide : Un manque de connaissance de l’univers du concept de la RSE et une
opérationnalisation qui se limite à la dimension sociale. Les PME marocaines constituent
donc un champ fertile où beaucoup d’efforts sont à déployer, notamment de la part du
gouvernement, dont les initiatives sont fortement sollicitées pour encourager ces entreprises à
adopter des stratégies de base responsables.
Tout cela nous a permis de voir ce qu’est la responsabilité sociale de l’entreprise. Nous avons
pu toucher à la pluridisciplinarité de la RSE qui interroge aujourd’hui toutes les disciplines
des sciences de gestion. D’où l’importance certaine que revêt ce concept dans le monde
actuel.
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BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages
Articles et rapports
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strategy and practice in the business community », Journal of Business Strategy, vol. 34, n° 6,
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Guide Cap vers la RSE : comment engager le dialogue avec les parties prenantes ?, MEDEF,
2012.
International Journal of Innovation and Applied Studies ISSN 2028-9324 Vol. 16 No. 2 Jun.
2016, pp. 456-466 © 2016 Innovative Space of Scientific Research Journals
http://www.ijias.issr-journals.org/
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