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10/28/2020

Objectifs du Cours
— Approfondir les connaissances des étudiants sur le concept
THEORIES ET STRATEGIES de développement; les indicateurs de mesure du
DU DEVELOPPEMENT développement; les principales théories et stratégies de
développement
Par
— Renforcer les capacités analytiques des étudiants:
Dr. Roukiatou NIKIEMA
Et ü comprendre et expliquer le pourquoi des disparités de
Dr. Jean Abel TRAORE niveaux de développement entre les pays
ü analyser les stratégies et politiques de développement
appliquées dans les pays en développement

Plan du cours Plan du cours


Chapitre III : Problèmes et stratégies de développement
Introduction Générale: Qu’est ce que l’Economie du développement?
Introduction : les fondements des stratégies d’industrialisation
Chapitre I : Le concept de « Développement » I. Les stratégies autocentrées
I.1 L’industrialisation par la substitution des importations
Introduction I.2 Les industries industrialisantes
I. Définitions et controverses II. Les stratégies extraverties
II. Facteurs et caractéristiques du sous-développement II.1 L’industrialisation par la promotion des exportations
II.2 Les stratégies fondées sur les IDE et l’Aide Publique au Développement (APD)
II. Indicateurs de mesure du développement
III. Le financement du développement
Conclusion III.1 La mobilisation des ressources domestiques
Chapitre II: Les théories du développement III.2 La mobilisation des ressources externes
Introduction : Les causes du sous-développement Conclusion

I. L’approche du développement linéaire Chapitre IV : Les problèmes de développement au Burkina Faso


II. L’approche des changements structurels Introduction
III. L’approche néoclassique I. Diagnostic de l’état du développement au Burkina Faso
II. Analyse des stratégies de développement mises en œuvre au Burkina Faso (CSLP, SCADD,
IV. Les nouvelles visions du développement PNDES)
Conclusion Conclusion

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Introduction Générale: Qu’est ce que Introduction Générale: Qu’est ce que


l’Economie du développement ? l’Economie du développement?
— Comment expliquer qu’aujourd’hui encore la majorité de la population
qPlace de l’Economie du développement dans la théorie économique
du monde vive dans la pauvreté et la précarité, alors que les progrès
techniques et organisationnels semblent rendre la solution à portée de — Tous les économistes classiques et marxistes sont des économistes
main? Pourquoi certains pays connaissent une certaine prospérité du développement: Smith, Ricardo, Malthus, Marx
économique et d’autres des situations de pauvreté persistante? — Comment créer les conditions de la croissance et de la prospérité ?
— L’économie du développement est donc une analyse du rattrapage — L’économie du développement débute par un rejet de modèle de
économique des pays plus pauvres concurrence pure et parfaite
— Economie du développement = économie des pays en développement Ø modèle très critiqué pour les pays riches depuis la crise des années
— La science économique doit prendre en compte la situation empirique 1930
des pays. Règles de fonctionnement spécifiques propres aux pays
Ø modèle encore plus critiqué pour les pays pauvres dont le
fonctionnement semble encore plus éloigné

Introduction Générale: Qu’est ce que l’Economie du Chapitre I : Le concept de « Développement »


développement?
— Les bases de l’économie du développement comme une discipline à part
entière (années 50/60)
Introduction
— Paul Rosenstein-Rodan (1943 EJ) “Problems of Industrialization of Eastern
and South- Eastern Europe” [big push, croissance équilibrée]
— Ragnar Nurkse (1953) “Problems of Capital-Formation in Underdeveloped Comment définir le développement?
Countries” [Epargne et accumulation, cercles vicieux]
Développement vs Croissance
— Arthur Lewis (1954) “Economic Development with Unlimited Supplies of
Labour” [Economie duale]
— Gunnar Myrdal (1957) “Economic Theory and Underdeveloped Regions”
[Processus cumulatif, “poverty breeding poverty”]
— Un domaine privilégié pour les économistes orthodoxes:
ü Albert O. Hirschmann (1958) ” The Strategy of Economic Development”[Ecole
structuraliste]

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Chapitre I : Le concept de « Développement »


Chapitre I : Le concept de « Développement »
q La définition de Chenery (1979)
« On peut considérer que le développement économique est un
I. Définitions et controverses ensemble de transformations intimement liées qui se produisent
qDéfinition de François Perroux (1961) dans la structure d’une économie, et qui sont nécessaires à la
« C’est la combinaison des changements mentaux et sociaux poursuite de sa croissance. Ces changements concernent la
d’une population qui la rendent apte à faire croître composition de sa demande, de la production et des emplois aussi
cumulativement et durablement son produit réel et global» bien que de la structure du commerce extérieur et des
mouvement de capitaux avec l’étranger. Pris ensemble, ces
changements structurels définissent le passage d’un système
Le concept désigne l’ensemble des transformations techniques, économique traditionnel à un système économique moderne. »
sociales, démographiques et culturelles accompagnant la
croissance de la production.

Chapitre I : Le concept de « Développement » Chapitre I : Le concept de « Développement »


q La définition de Sen (1999, 2003) q La définition de Sen (1999, 2003)
« Le développement peut-être appréhendé comme un
processus d’expansion des libertés réelles dont jouissent les Les libertés à poursuivre peuvent et doivent se décliner
individus. » dans de nombreux domaines : la liberté de « ne pas
En se focalisant sur les libertés humaines, on évite une mourir de faim », de disposer d’un revenu comme
définition trop étroite du développement. moyen d’accéder à un certain nombre de biens, à la
C’est en poursuivant les libertés politiques, sociales et santé, à l’éducation, à la culture, à une spiritualité
économiques que l’on promeut une société dans laquelle
chaque personne peut être l’agent de la formulation et de la choisie, quels que soient son sexe, sa religion, sa tribu, sa
réalisation des valeurs qu’elle poursuit, ainsi que son nationalité etc.
bénéficiaire.
Développer, c’est donc agir pour que tout type de
liberté s’accroisse.

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Chapitre I : Le concept de « Développement » Chapitre I : Le concept de « Développement »


qLa définition du PNUD q Notion de développement durable

« Le principal objectif du développement humain est d'élargir la — « Le développement durable est celui qui répond aux besoins des
générations présentes sans compromettre la capacité des générations
gamme des choix offerts à la population, qui permettent de
futures à satisfaire les leurs » (Rapport Bruntland pour la
rendre le développement plus démocratique et plus participatif.
Commission mondiale sur l’environnement et le développement.
Ces choix doivent comprendre des possibilités d'accéder aux ONU, 1987)
revenus et à l'emploi, à l'éducation et aux soins de santé et à un
— Trois piliers du développement durable:
environnement propre ne présentant pas de danger. L'individu
ü Le pilier économique: développement économique
doit également avoir la possibilité de participer pleinement aux
décisions de la communauté et de jouir des libertés humaines, ü Le pilier environnemental: Respect de la biodiversité et des
économiques et politiques. » écosystèmes, réduction des émissions polluantes, non-destruction du
capital naturel
ü Le pilier social: conséquences sociales de l’activité économique,
problème des inégalités, conditions de travail et de vie

Chapitre I : Le concept de « Développement » Chapitre I : Le concept de « Développement »

— Ne pas confondre croissance économique et


développement.
Le développement englobe des bouleversements plus grands (valeurs
et normes sociales, structure sociale, etc.) que le simple processus de
croissance économique. Le développement est par nature un
phénomène qualitatif de transformation sociétale (éducation, santé,
libertés civiles et politiques…) alors que la croissance économique
est seulement un phénomène quantitatif d’ accumulation de
richesses.

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Chapitre I : Le concept de « Développement » Chapitre I : Le concept de « Développement »


II. Facteurs et caractéristiques du sous-développement
— Aussi, le développement est un processus de long terme, qui a des q La notion de « sous-développement» a été définie, comme une
effets durables. Une période brève de croissance économique ne situation de non-développement.
peut ainsi être assimilée au développement.
qOn va considérer une économie sous-développée d’abord par sa
Toutefois, si la croissance peut se réaliser sans forcément entraîner structure productive primaire et dualiste, ensuite par son
le développement, il y a tout de même une forte fonctionnement instable et dépendant et enfin par son incapacité
à rompre le « cercle vicieux de la pauvreté ».
interdépendance entre croissance et développement (le
qLe cercle vicieux de la pauvreté se définit comme une sorte de
développement est source de croissance et nécessite une
causation circulaire selon laquelle la pauvreté engendre la
accumulation initiale). pauvreté à travers des revenus très faibles et en conséquence une
épargne faible pour permettre un investissement substantiel
générateur de croissance donc d’accroissement des revenus.

Analyse du cercle vicieux de la pauvreté Chapitre I : Le concept de « Développement »


II. Facteurs et caractéristiques du sous-développement
q La notion de « pays sous-développé » est utilisée pour la première fois
Faiblesse des Faible capacité Investissement par le président américain Harry Truman en 1949, lors de son
DU CÖTE revenus d’épargne réduit discours sur l’état de l’Union (« point IV»).
DE
L’OFFRE q Il y justifie l’aide que doivent apporter les pays riches aux pays
GLOBALE
Manque de
pauvres afin d’endiguer la montée du communisme. C’est donc dans
Faible productivité un contexte de guerre froide que se forge le débat sur les appellations
capital
des pays les plus pauvres.
q En 1952, le démographe et économiste français Alfred Sauvy utilise la
Faiblesse des Demande
notion de « tiers-monde » pour qualifier les pays sous-développés. En
Faible productivité faisant référence au tiers état de l’Ancien Régime, il entend dénoncer
DU CÖTE revenus insuffisante
DE LA la marginalité dans laquelle se trouve ce troisième monde à côté des
DEMANDE deux blocs en conflit et annoncer son émergence imminente en force
GLOBALE Incitation à investir politique mondiale
réduite

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Chapitre I : Le concept de « Développement »


Chapitre I : Le concept de « Développement »
qDans les années 1970, à côté de la notion politique de tiers- q Les caractéristiques des PED
monde, l’ONU avance la notion de « pays en voie de ü Des structures économiques et sociales désarticulées
développement » (PVD), la notion de pays sous-développé étant ü Une pauvreté de masse
considérée comme trop stigmatisante. ü de fortes inégalités par rapport aux pays développés mais aussi à
qPuis, dans les années 1980, s’impose l’appellation « pays en l’intérieur du pays lui-même (hommes/femmes,
développement » (PED ) qui est censée traduire le processus de urbains/ruraux…) ;
progrès économique et social dans lequel sont engagés les pays ü Une faible insertion dans le commerce international
pauvres. Elle traduit la volonté d’une approche optimiste et
ü Une forte croissance démographique
positive du développement
ü L’insécurité, qu’elle soit environnementale, sanitaire ou encore
politique, dans laquelle vit la majorité de la population.

Chapitre I : Le concept de Chapitre I : Le concept de


« Développement » « Développement »
II. Indicateurs de mesure du développement — 2- La mesure par les indicateurs de développement
— 1 La mesure par le PNB/habitant Le niveau de développement d’un pays ne se limite pas à son
niveau de richesse économique. C’est pourquoi d’autres
La Banque mondiale mesure le niveau de développement par un indicateurs sont souvent utilisés. Ainsi, le taux de mortalité
indicateur de richesse, le revenu moyen de la population infantile est l’un des plus pertinents puisqu’il est affecté par le
assimilé au PNB/habitant. Cela lui permet de classer les pays niveau d’éducation des femmes d’un pays, le niveau
en trois catégories selon leur niveau de richesse: d’exposition aux maladies de la population et le niveau du
système de santé (hôpitaux…).
- Les pays à revenu faible
On considère qu’un pays ayant un taux de mortalité infantile
- Les pays à revenu intermédiaire (tranche inférieure et tranche supérieur à 5 % est en sous-développement. Mais cet indicateur
supérieure) est encore trop limité, car il ne prend pas en compte
- Les pays à revenu élevé suffisamment de facteurs de développement.

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Chapitre I : Le concept de
« Développement »
• 2- La mesure par les indicateurs de développement
Le PNUD a donc créé en 1990 un indicateur synthétique,
l’indicateur de développement humain (IDH ). Considérant que le
développement traduit l’extension des possibilités humaines,
celle-ci nécessite trois conditions : la possibilité de vivre
longtemps et en bonne santé, la possibilité de s’instruire, et enfin
les possibilités d’accès aux ressources permettant de vivre
convenablement.
Pour représenter ces trois dimensions du développement (santé,
éducation, niveau de vie), l’IDH synthétise trois indicateurs
mesurés de 0 à 1 (plus il est élevé, plus le pays est développé):

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Le développement, une notion ethnocentrique ? C’est la thèse défendue par un courant de pensée
Une question se pose : ce que nous entendons par anti-développement (représenté en France par Serge
Latouche ou Gilbert Rist) qui assimile même le
développement n’est-il qu’une certaine conception de ce que développement à une religion, une croyance imposée
doit être le progrès humain, conception héritée des Lumières du à tous et encadrée par des rites (mode de production
capitaliste, rapports marchands, discours mettant en
XVIIIe siècle et propre au monde occidental ? Derrière la notion avant la notion de progrès et de modernité sans les
de développement se cacherait le modèle économique de définir, etc.).

production capitaliste. Ainsi, le souhait de voir se développer les


pays pauvres participerait d’un projet de normalisation capitaliste
et libérale du monde.

Cette conception critique du développement s’appuie sur les


travaux d’anthropologues comme l’Américain Marshall Sahlins Tout comme le PNB/habitant, l’IDH rencontre des limites puisqu’il
, qui défend dans son ouvrage « Âge de pierre, âge ne montre pas si le niveau de développement atteint est dû à une
d’abondance, Économie des sociétés primitives (1970) » la aide extérieure ou bien aux progrès réels du pays qui traduisent
thèse que les sociétés primitives, sous-développées au sens alors l’effectivité d’un processus durable de développement. De
occidental, ne connaissent pas la pénurie mais l’abondance du plus, on peut lui reprocher son caractère statique alors que ce qu’il
fait du peu de besoins à satisfaire. On voit alors émerger la est censé mesurer, le développement, est lui un phénomène
critique du capitalisme : c’est le fait que le système capitaliste dynamique. Enfin, l’IDH n’indique pas le niveau des inégalités
crée de nouveaux besoins qui crée alors le sous- internes au pays.
développement. Une vie heureuse et accomplie serait donc
possible en dehors du développement.

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Chapitre II : Les théories du développement


I LES théories libérales (approche
Pour sortir les pays pauvres du sous-développement, plusieurs linéaire)
courants théoriques s’opposent sur les blocages qui expliquent leur
— Lorsque l'intérêt pour les pays pauvres du monde a réellement
situation. Le courant libéral considère le sous-développement commencé à se matérialiser après la Seconde Guerre mondiale, les
comme un simple retard qui pourra être comblé par l’imitation des économistes des pays industrialisés ont été pris au dépourvu.
stratégies adoptées par les pays développés dans leur — Ils n'avaient pas d'appareil conceptuel facilement disponible pour
industrialisation et, en particulier, la participation au commerce analyser le processus de croissance économique dans des sociétés
largement agraires caractérisées par la quasi-absence de structures
international. D’autres courants hétérodoxes considèrent eux que économiques modernes.
les PED doivent élaborer des stratégies originales du fait de la — Mais ils ont eu l'expérience récente du plan Marshall, en vertu
spécificité de leur situation économique, sociale et culturelle : duquel des quantités massives d'assistance financière et technique
des États-Unis ont permis aux pays européens déchirés par la
dualisme du système économique, insertion défaillante dans le guerre de reconstruire et de moderniser leur économie en
commerce international, culture opposée aux modalités de quelques années.
développement, sous-développement des pays de la « périphérie » — De plus, n'est-il pas vrai que toutes les nations industrielles
causé par la domination exercée par les pays développés du « modernes étaient autrefois des sociétés agraires peu développées?
centre ».

— 1 Les PED sur les traces des pays développés


— Leur expérience historique dans la transformation de leurs Au cours des années 1950, l’analyse libérale du sous-
économies en géants industriels modernes a tiré des développement considère ce dernier comme l’expression du
enseignements importants pour les autres pays. simple retard des pays pauvres qui n’ont donc qu’à copier le
— La logique et la simplicité de ces courants de pensée - l'utilité modèle de développement des pays riches. Cette analyse est
des injections massives de capitaux et le schéma historique représentée par les travaux de l’économiste américain Walt
des pays maintenant développés (Rostow, Harrod-Domar)- Rostow qui, en 1961, dans Les Étapes de la croissance définit
étaient trop irrésistibles pour être réfutées. cinq étapes de croissance que les pays doivent connaître pour
— En raison de l'accent mis sur le rôle central de l'accumulation se développer :
accélérée de capital, cette approche est souvent qualifiée de
«fondamentalisme du capital».

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• la « société traditionnelle » : économie de subsistance, • le « take-off » (décollage) : apparition du progrès


sans accumulation, spécialisée dans les activités agricoles. technique, le taux d’investissement augmente fortement, ce qui
L’économie connaît donc un taux de croissance très faible; lance la croissance économique. Cette période est assimilée à la
• les « préalables au développement » : inspirés de révolution industrielle des pays développés des XVIIIe et XIXe
l’observation des sociétés européennes des XVIe et XVIIe siècles ;
siècles, ils consistent en un changement des mentalités vers • la « marche vers la maturité » : diversification des
l’accumulation et l’accroissement du taux d’épargne. Une secteurs de production par la diffusion du progrès technique,
structure économique et sociale tournée vers la croissance accroissement des gains de productivité ;
économique se met en place (début de l’industrialisation et • la « consommation de masse » : accroissement des
émergence d’une bourgeoisie commerçante) ; revenus de la population qui lui permet d’atteindre un niveau de
vie élevé basé sur la consommation de masse : biens
d’équipement, loisirs, etc.

Cette thèse a fait l’objet de nombreuses critiques. L’économiste De plus, le caractère universel de cette théorie est remis en
américain Simon Kuznets , en 1972, met en cause le manque de cause. Elle ne serait que l’interprétation du processus historique
données empiriques qui aurait permis de valider les différentes de développement des pays occidentaux au cours de leur
étapes du développement, ainsi que l’absence de précision sur industrialisation et ne saurait être appliquée aux PED actuels du
les modalités de passage d’une étape à une autre. L’économiste fait du changement de contexte (modalités du commerce
d’origine russe Alexander Gerschenkron montre qu’il est international, existence de pays développés aujourd’hui…).
possible de suivre d’autres voies de développement que les Cette théorie serait donc trop linéaire, évolutionniste et non
seules étapes de Rostow. Il indique aussi que des étapes peuvent universelle, réduisant le développement au phénomène
être sautées du fait que l’emploi de nouvelles technologies dans occidental contemporain de l’avènement de la consommation
le développement actuel permet de venir concurrencer bien de masse.
plus rapidement les pays développés.

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2. Modèle de croissance Harrod-Domar Modèle de croissance Harrod-Domar


— L'une des principales stratégies de développement 1. L’épargne S est une proportion s du produit nationalY
nécessaires à tout décollage a été la mobilisation de l'épargne S=sY (1)
intérieure et extérieure afin de générer des investissements
suffisants pour accélérer la croissance économique.
— Le mécanisme économique par lequel plus d'investissements 2. L’investissement net (I) est la variation du stock de
conduit à plus de croissance peut être décrit en termes de capital K
modèle de croissance Harrod-Domar ou modèleAK. = ∆ (2)
— Modèle Harrod-Domar (modèle AK) permet d’expliquer la K/Y= (3)
dynamique: relation investissement – croissance (Etape 3 ∆ /∆ =k (4)
chez Rostow)
∆ = ∆ (5)

Modèle de croissance Harrod-Domar Modèle de croissance Harrod-Domar


3. L’épargne nationale nette doit être égale à l’investissement — Plus précisément, il indique qu'en l'absence de
national net gouvernement, le taux de croissance du revenu national sera
= (6) directement ou positivement lié au taux d'épargne et
— = ∆ = ∆ (7) inversement ou négativement liée au rapport capital-
— s = ∆ (8) production de l’économie (c’est-à-dire que plus k est élevé,
∆ plus le taux de croissance du PNB sera faible).
— = (9)
— Pour croître, les économies doivent épargner et investir une
— Equation (9) qui est une version simplifiée de la célèbre équation
certaine proportion de leur PNB. Plus ils peuvent épargner
de la théorie de la croissance économique de Harrod-Domar.
et investir, plus vite ils peuvent croître.
— Le taux de croissance du PNB est déterminé conjointement par le
taux d'épargne national,s, et le ratio capital-production, k.

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Modèle de croissance Harrod-Domar Modèle de croissance Harrod-Domar


Obstacles et contraintes — Condition nécessaire ... mais pas suffisante
— Pour se développer, un pays doit épargner un certain niveau de — Le plan Marshall a fonctionné en Europe car les pays recevant
son revenu
l’aide avaient les institutions, la main d’œuvre qualifiée, le
— Avec un ratio capital-output de 3, un pays peut passer d’un taux
de croissance de 2% à 5% en augmentant son taux d’épargne de
développement de marchés financiers permettant de
6% à 15% s’assurer que le capital investi était productif.
— Si le pays veut croître à 7% mais ne peut accroître son taux — Dans beaucoup de cas, certaines conditions ne sont pas
d’épargne au-delà de 15%: Ecart d’épargne (saving gap) de 6% remplies: Compétences managériales; Travail qualifié;
— Saving gap: peut être financé par l’aide internationale ou les IDE Habilité à développer des projets de développement
— “Contraintes de capital”: Outil justifiant des transferts massifs des
pays développés vers les pays en développement (logique du Plan
Marshall)

En résumé — Les modèles de Rostow et Harrod-Domar supposent


— Malheureusement, les mécanismes de développement incarnés implicitement l'existence de ces mêmes attitudes et
dans la théorie des stades de croissance n'ont pas toujours arrangements dans les pays sous-développés.
fonctionné.
— Pourtant, dans de nombreux cas, ils font défaut, tout comme des
— La raison fondamentale n’était pas parce que davantage d’épargne
et d’investissement n’étaient pas une condition nécessaire à facteurs complémentaires tels que la compétence de gestion, la
l’accélération des taux de croissance économique main-d'œuvre qualifiée et la capacité de planifier et
— Plutôt parce que ce n’était pas une condition suffisante. d'administrer un large éventail de projets de développement.
— Le plan Marshall a fonctionné pour l'Europe parce que les pays — Aussi, la théorie des étapes n'a pas pris en compte le fait crucial
européens bénéficiaires de l'aide possédaient les conditions que les nations en développement contemporaines font partie
structurelles, institutionnelles et comportementales nécessaires d'un système international hautement intégré et complexe dans
pour convertir efficacement les nouveaux capitaux en niveaux de lequel même les stratégies de développement les meilleures et
production plus élevés. les plus intelligentes peuvent être annulées par des forces
extérieures.

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— 3. Une trop faible spécialisation commerciale Les PED doivent se spécialiser dans la ou les productions où ils
internationale disposent d’un avantage comparatif par rapport aux autres pays.
Depuis la fin des années 1960, l’analyse libérale critique les Le théorème HOS précise alors que l’avantage comparatif
politiques protectionnistes adoptées par plusieurs PED. dépend de la dotation en facteurs de production du pays
S’appuyant sur la théorie néoclassique du commerce concerné : main-d’oeuvre, ressources naturelles, capital
international, héritée des travaux de David Ricardo sur les technique… Quel que soit le choix de la spécialisation, elle sera
avantages comparatifs et ses prolongements modernes avec le mutuellement avantageuse pour le PED comme pour ses
théorème HOS (Hecksher-Ohlin-Samuelson), elle considère partenaires commerciaux du moment qu’elle concerne le
que le sous-développement est causé par une trop faible secteur où l’avantage comparatif est présent. La participation au
insertion dans le commerce international et que la voie du commerce international par l’intermédiaire de la spécialisation
développement passe par la spécialisation des exportations. est donc la voie du développement. Le sous-développement se
caractérise par une trop faible exploitation et mise en valeur de
leurs avantages comparatifs par les PED.

En conséquence, dans les années 1950, des auteurs comme — II Les structures des PED comme obstacles à leur
Jacob Viner et Gottfried Haberler incitent les PED à accentuer développement (changements structurels)
leur spécialisation dans les produits primaires. Les gains tirés de — La théorie du changement structurel se concentre sur le
l’échange international leur permettront d’importer des biens mécanisme par lequel les économies sous-développées
d’équipement et ainsi d’amorcer leur « takeoff». Leur transforment leurs structures économiques caractérisées par
raisonnement s’appuie sur les exemples réussis de l’Australie ou une l'agriculture de subsistance (traditionnelle) en une
de la Nouvelle-Zélande. économie manufacturière et de services (moderne), plus
Ces théories seront à l’origine des travaux de Bela Balassa, Anne urbanisée et plus diversifiée sur le plan industriel.
Krueger et Jagdish Bhagwati qui théoriseront la politique — Le modèle théorique du «travail excédentaire à deux
d’ouverture commerciale prônée par les institutions secteurs» de W. Arthur Lewis et l'analyse empirique des
internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) «modèles de développement» de Hollis B. Chenery et de ses
ou la Banque mondiale dans les années 1980. coauteurs sont des exemples représentatifs bien connus de
l'approche du changement structurel.

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— 1 La première économie du développement — 1 La première économie du développement


Modèle de base — Dans le modèle de Lewis, l'économie sous-développée se
compose de deux secteurs:
— L'un des premiers modèles théoriques de développement les
— un secteur de subsistance rural traditionnel et surpeuplé
plus connus axés sur la transformation structurelle d'une
caractérisé par une productivité marginale du travail nulle -
économie essentiellement de subsistance était celui formulé
une situation qui permet à Lewis de le classer comme
par le lauréat du prix Nobel W. Arthur Lewis au milieu des excédent de travail dans le sens où il peut être retiré du
années 1950, puis modifié, formalisé et étendu par John Fei et secteur agricole sans aucune perte de production –
Gustav. Ranis. — un secteur industriel urbain moderne à haute productivité
— Le modèle Lewis à deux secteurs est devenu la théorie dans lequel la main-d'œuvre du secteur de subsistance est
générale du processus de développement dans les pays du progressivement transférée. L'objectif principal du modèle est
tiers monde à main-d'œuvre excédentaire pendant la majeure à la fois le processus de transfert de main-d'œuvre et la
partie des années 60 et au début des années 70. Il compte croissance de la production et de l'emploi dans le secteur
encore aujourd'hui de nombreux adeptes, notamment parmi moderne. Le transfert de main-d'œuvre et la croissance de
l'emploi dans le secteur moderne sont provoqués par
les économistes américains du développement. l'expansion de la production dans ce secteur.

— 1 La première économie du développement Le fort potentiel de main-d’œuvre dans le secteur rural exerce
une pression à la baisse sur les salaires. En conséquence, les
Pour Lewis, le sous-développement provient de l’utilisation gains de productivité réalisés dans le secteur moderne ne
sous-optimale de la main-d’œuvre. En effet, il pose la profitent pas au développement de la population locale sous
corrélation entre le sous-emploi et le sous-développement: les forme de hausse du niveau de vie, mais sont répercutés sur les
gains de productivité ne se traduisent pas en accroissement des prix des exportations, profitant alors aux importations des pays
salaires réels comme le postule pourtant l’analyse néoclassique. développés.
La solution est de transférer ce surplus de main-d’œuvre du
secteur traditionnel dans le secteur moderne où la productivité
est croissante, afin de dégager des taux de profits croissants et
donc un taux d’épargne suffisamment important pour lancer le
processus d’industrialisation. Lewis pense donc que le
processus de développement se déroulera par la
rupture du dualisme.

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— Dans le modèle de Lewis, le stock de capital du secteur moderne


peut passer de KM1 à KM2 à KM3 à la suite du réinvestissement
des bénéfices par les capitalistes industriels. Cela entraînera le
déplacement total des courbes de produit de la figure 4.1a de TPM
(KM1) à TPM (KM 2) à TPM (KM3).
— Ce processus de croissance et d'expansion de l'emploi dans le
secteur moderne devrait se poursuivre jusqu'à ce que toute la
main-d'œuvre rurale excédentaire soit absorbée dans le nouveau
secteur industriel.
— Par la suite, des travailleurs supplémentaires ne peuvent être
retirés du secteur agricole qu'au prix d'une perte de production
alimentaire plus élevée, car la baisse du rapport travail-terre
signifie que le produit marginal du travail rural n'est plus nul.
Ainsi, la courbe de l'offre de main-d'œuvre devient positivement
inclinée à mesure que les salaires et l'emploi dans le secteur
moderne continuent d'augmenter.
— La transformation structurelle de l'économie aura eu lieu, le solde
de l'activité économique passant de l'agriculture rurale
traditionnelle à l'industrie urbaine moderne.

— Premièrement, le modèle suppose implicitement que le taux de


transfert de main-d'œuvre et de création d'emplois dans le secteur
moderne est proportionnel au taux d'accumulation du capital du
— Critiques du modèle de Lewis secteur moderne.
— Plus le taux d'accumulation de capital est rapide, plus le taux de
Bien que le modèle de développement à deux croissance du secteur moderne est élevé et plus le taux de création
secteurs de Lewis soit simple et reflète à peu près d'emplois est rapide.
l'expérience historique de la croissance — Mais que se passe-t-il si les profits capitalistes sont réinvestis dans
des équipements plus sophistiqués, au lieu de simplement
économique en Occident, quatre de ses reproduire le capital existant, comme le suppose implicitement le
hypothèses clés ne correspondent pas aux réalités modèle de Lewis?
institutionnelles et économiques de la plupart des — Les revenus supplémentaires et la croissance de la production sont
pays en développement contemporains. distribués aux quelques propriétaires du capital, tandis que les
niveaux de revenu et d'emploi pour les masses de travailleurs
restent pratiquement inchangés. Bien que le PNB total augmente,
il y aurait peu ou pas d'amélioration du bien-être social global
mesuré,par exemple, en termes de gains de revenu et d'emploi.

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— La deuxième hypothèse discutable du modèle de Lewis est la


— La troisième hypothèse irréelle est la notion d'un marché du
notion selon laquelle la main-d'œuvre excédentaire existe travail compétitif dans le secteur moderne qui garantit l'existence
dans les zones rurales alors qu'il y a plein emploi dans les continue de salaires urbains réels constants jusqu'au point où
zones urbaines. l'offre de main-d'œuvre rurale excédentaire est épuisée.
— La plupart des recherches contemporaines indiquent qu'il y a — Une caractéristique frappante des marchés du travail urbains et de
peu de surplus de main-d'œuvre générale dans les zones la détermination des salaires dans presque tous les pays en
rurales. Certes, il existe des exceptions saisonnières et développement était la tendance de ces salaires à augmenter
géographiques à cette règle mais dans l'ensemble, les considérablement au fil du temps.
économistes du développement conviennent aujourd'hui que — Des facteurs institutionnels tels que le pouvoir de négociation des
L'hypothèse de Lewis d'un surplus de main-d'œuvre rurale syndicats, les échelles de salaires dans la fonction publique et les
n'est généralement pas valide. pratiques d'embauche des sociétés multinationales ont tendance à
annuler les forces concurrentielles sur les marchés du travail du
secteur moderne des PMA.

— Une dernière préoccupation du modèle de Lewis est


son hypothèse de rendements décroissants dans le
2.Le modèle de Harris-Todaro
secteur industriel moderne. — En 1970, Todaro (1969) et Harris et Todaro (1970) ont
— Pourtant, il existe de nombreuses preuves que des
soutenu, en s' appuyant sur un modèle théorique
représentant une économie duale où un secteur rural et un
rendements croissants prévalent dans ce secteur, ce qui
secteur urbain coexistent, qu'un accroissement de l'emploi
pose des problèmes particuliers pour l'élaboration des urbain, en attirant la population rurale, entraînait une
politiques de développement. augmentation du chômage.
— Ce paradoxe de Todaro a suscité de nombreuses controverses
de politique économique dans les pays en développement.
Todaro (1976) a montré que ce paradoxe n'est valable que si
l'élasticité de la migration par rapport à la probabilité
d'obtenir un emploi urbain est suffisamment importante.

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Le modèle de Harris Todaro Le modèle de Harris Todaro


— Les quatre caractéristiques du modèle Harris-Todaro — Les implications de politiques

— La migration s’explique par considérations économiques — Il est nécessaire de réduire les inégalités d’opportunités rural-urbain
causées par le biais urbain. Lorsque le salaire urbain croît plus vite que
rationnelles, liées à un calcul coût-bénéfice financier, mais aussi le salaire rural, cela provoque de la migration et du chômage urbain.
psychologique Cela peut provoquer des problèmes sociaux dans les villes, mais
— La décision de migrer dépend du différentiel de salaire espéré et également des pénuries de main-d’oeuvre dans les campagnes. Les coûts
sociaux peuvent excéder les bénéfices individuels.
non observé
— La création d’emplois urbains est insuffisante pour régler le problème de
— La probabilité de trouver un emploi est directement lié au taux chômage urbain.
d’emploi urbain — Conséquences sur les politiques éducatives : Les ruraux qualifiés
— La migration au-delà des opportunités d’emplois est rationnelle. plus susceptibles de migrer. Possibles pénuries de main-d’oeuvre
Le chômage urbain est donc une conséquence des déséquilibres qualifiée dans les zones rurales. Si afflux de travailleur qualifié et
chômage: phénomène de déclassement (les diplômés occupent des
rural-urbain dans les pays en développement emplois non-qualifiés).

3.Changement structurel et modèles Changement structurel et modèles de


de développement (Chenery et al.) développement (Chenery et al.)
— Comme le modèle de Lewis antérieur, l'analyse des modèles de — Dans la mesure où les pays en développement ont accès aux
développement des changements structurels se concentre sur le opportunités présentées par les pays industriels en tant que
processus séquentiel par lequel la structure économique, sources de capitaux, de technologie et d'importations
industrielle et institutionnelle d'une économie sous-développée manufacturées ainsi que de marchés d'exportation, ils
est transformée au fil du temps pour permettre à de nouvelles peuvent effectuer la transition à un rythme encore plus
industries de remplacer l'agriculture traditionnelle.
rapide que celui réalisés par les pays industrialisés au cours
— Les analystes empiriques des changements structurels mettent des premières périodes de leur développement économique.
l'accent sur les contraintes nationales et internationales au
développement. — Ainsi, contrairement au modèle des étapes précédentes, le
— Cependant, ce sont les contraintes internationales (l'accès aux
modèle de changement structurel reconnaît le fait que les
capitaux extérieurs, à la technologie et au commerce pays en développement font partie d'un système international
international) qui font que la transition des pays actuellement en hautement intégré qui peut promouvoir (ainsi qu'entraver)
développement diffère de celle des pays maintenant industrialisés. leur développement.

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— 4. L’analyse structuraliste En conséquence, les pays de la périphérie se voient cantonnés à


L’analyse structuraliste naît au sein de la Commission l’exportation des produits primaires pour le centre. De plus, le
économique pour l’Amérique latine des Nations unies progrès technique a des effets différents sur les prix selon la
(CEPAL), créée en 1948. Elle est représentée par les travaux de structure de marché. Dans le centre, les marchés étant peu
l’économiste argentin Raul Prebisch , en particulier un article concurrentiels, la baisse des prix est limitée alors que dans la
publié en 1950 en collaboration avec Hans Singer et un rapport périphérie, les prix des produits primaires diminuent. En
à la CNUCED en 1964 sur les causes du sous-développement conséquence, les prix de leurs importations augmentant par
de l’Amérique latine. Il considère que le sous-développement rapport à ceux de leurs exportations, les pays de la périphérie
est la conséquence de la division internationale du travail qui s’appauvrissent en participant au commerce international. C’est
engendre la polarisation du monde entre un centre (les pays à une véritable mise en accusation de la théorie traditionnelle du
riches) et une périphérie (les pays pauvres) : l’analyse « centre- commerce international que se livre Prebisch.
périphérie* ». L’avancée technologique et la position du centre
lui permettent d’organiser à son profit les relations avec la
périphérie.

La spécialisation dans les produits primaires des PED et la L’économiste français François Perroux est l’autre représentant de
dégradation des termes de l’échange sont la cause de leur sous- l’analyse structuraliste du sous-développement. Le monde s’organise
développement. Ce mouvement de pensée sera à l’origine de la selon lui dans des relations inégales de pouvoir entre les pays,
revendication du nouvel ordre économique international certains pouvant orienter les échanges et la production à leur profit
(NOEI) à la CNUCED. (« effet de domination »). L’économie mondiale est donc structurée
en pôles d’influence entretenant des relations asymétriques entre eux
Les calculs de Paul Bairoch semblent infirmer les thèses de Raul basées sur des dominations. Cependant, si cette analyse se rapproche
Prebisch sur la période qu’il étudiait (la première moitié du fortement de la thèse du centre et de la périphérie de Raul Prebisch,
XXe siècle). Ces dernières ont d’ailleurs été fortement François Perroux ne considère pas que les relations de domination
contestées par la suite par les libéraux. Cependant, on constate soient le fruit d’une action volontaire des États du « centre ». Il
une dégradation des termes de l’échange des PED non plaide alors pour la constitution de pôles de développement dans les
exportateurs de pétrole depuis les années 1970, ce qui pourrait zones dominées par l’intervention d’un État planificateur,
alors valider empiriquement les conclusions de Raul Prebisch, proposition qui aura une forte influence sur les stratégies de
en particulier pour les PMA exportateurs de produits primaires. développement des années 1950 et 1960.

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— 5 Le rôle des facteurs socioculturels L’économie du développement doit donc se tourner vers les
Les analyses précédentes convergent sur un point fondamental : apports de la sociologie et de l’anthropologie pour mieux
le sous-développement n’a pas que des causes économiques, il a comprendre les blocages culturels au développement, comme
aussi des origines non économiques. Ainsi les institutions, les les pratiques religieuses ou traditionnelles dans certains pays qui
traditions présentes dans les PED peuvent être une entrave au réduisent les femmes à un rôle de mère ou bien les travaux du
développement. Ce dernier nécessite la réunion de conditions sociologue français Marcel Mauss sur le don et la kula (système
socioculturelles pour pouvoir advenir : changement culturel d’échanges réciproques entre tribus) qui montrent que les
tourné vers le progrès, logique de l’enrichissement et de échanges peuvent répondre à des logiques politiques de
l’accumulation comme but de l’activité économique. prestige, de pouvoir ou de pacification des conflits… Ces
Ainsi Arthur Lewis note qu’« une partie de la production et des différentes traditions culturelles sont des obstacles au processus
échanges [dans les PED] est régie non par le désir de d’accumulation et d’industrialisation, préalable essentiel au
maximisation du revenu mais par d’autres considérations non développement. Le sous-développement s’expliquerait alors par
économiques ». le fait que certaines sociétés n’y sont pas prêtes culturellement.

— Cette thèse est à l’origine d’apports importants comme le fait III. La révolution de la dépendance
de ne pas réduire le processus complexe de développement à
de seules conditions économiques et donc de prendre en
internationale
— Au cours des années 70, les modèles de dépendance internationale
compte les données culturelles des pays dans la définition des ont gagné un soutien croissant, en particulier parmi les
stratégies de développement. Mais il faut faire attention de ne intellectuels des pays en développement, en raison du
pas tomber dans le piège du déterminisme aculturel du désenchantement croissant envers les modèles par étapes et les
changements structurels.
développement, présent par exemple dans l’idée que des aires — Essentiellement, les modèles de dépendance internationale
culturelles (monde musulman, Afrique subsaharienne) ne considèrent les pays en développement comme assaillis par des
rigidités institutionnelles, politiques et économiques, tant
connaîtront pas le développement du fait de leurs valeurs et nationales qu'internationales, et pris dans une relation de
pratiques opposées à toute idée de progrès. Des pays africains dépendance et de domination avec les pays riches.
ou arabo-musulmans connaissent un processus de — Au sein de cette approche générale se trouvent trois courants de
pensée majeurs: le modèle de dépendance néocoloniale, le
développement. modèle de faux paradigme et la thèse de développement
— La culture n’est donc qu’un facteur parmi d’autres du dualiste.
développement.

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Le modèle de dépendance Le modèle de dépendance


néocoloniale néocoloniale
— Ce courant majeur, est un développement indirect de la pensée — Certains groupes dans les pays en développement qui jouissent
marxiste. de revenus élevés, d'un statut social et d'un pouvoir politique
— Elle attribue l'existence et la persistance du sous-développement constituent une petite classe dirigeante d'élite dont le principal
principalement à l'évolution historique d'un système capitaliste intérêt, sciemment ou non, est dans la perpétuation du système
international très inégal de relations entre pays riches et pays capitaliste international d'inégalité et de conformité par lequel ils
pauvres. sont récompensés.
— Que ce soit parce que les nations riches exploitent
— Directement et indirectement, ils servent (sont dominés par) et
intentionnellement ou par négligence involontaire, la coexistence
de nations riches et pauvres dans un système international dominé sont récompensés par (sont tributaires) de groupes de pouvoir
par des relations de pouvoir aussi inégales entre le centre (les pays d'intérêt international spéciaux, y compris des sociétés
développés) et la périphérie (les PMA) rend les tentatives des multinationales, des agences nationales d'aide bilatérale et des
nations pauvres d'être autonome et indépendant difficile et parfois organisations d'assistance multilatérale comme la Banque mondiale
même impossible. ou le Fonds monétaire international ( FMI).

Le modèle de dépendance Le modèle de dépendance


néocoloniale néocoloniale
— Les activités et les points de vue des élites empêchent souvent de — Des luttes révolutionnaires ou au moins une restructuration
véritables efforts de réforme qui pourraient bénéficier à une population
plus large et, dans certains cas, conduire à des niveaux de vie encore majeure du système capitaliste mondial sont donc nécessaires
plus bas et à la perpétuation du sous-développement. pour libérer les nations en développement dépendantes du
— En bref, la vision néo-marxiste et néocoloniale du sous-développement contrôle économique direct et indirect de leurs oppresseurs
attribue une grande partie de la pauvreté persistante et croissante à du monde développé et nationaux.
l'existence et aux politiques des pays industriels capitalistes et à leurs
extensions sous la forme de petites mais puissantes élites dans les pays
moins développés.
— Le sous-développement est donc considéré comme un phénomène
d'origine externe, contrairement aux stades linéaires et aux théories du
changement structurel qui mettent l'accent sur les contraintes internes
telles que l'épargne et l'investissement insuffisants ou le manque
d'éducation et de compétences.

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Le modèle du faux paradigme


— Le modèle du faux paradigme, attribue le sous-développement à
des conseils erronés et inappropriés fournis par des conseillers
Le modèle du faux paradigme
internationaux «experts» bien intentionnés mais souvent mal — En outre, selon cet argument, des intellectuels universitaires,
informés,biaisés et ethnocentriques de pays développés. des syndicalistes, des économistes de haut niveau du
— Ces experts proposent des concepts sophistiqués, des structures gouvernement et d'autres fonctionnaires reçoivent tous leur
théoriques élégantes et des modèles économétriques complexes de formation dans des institutions de pays développés où ils
développement qui conduisent souvent à des politiques reçoivent involontairement une dose de concepts et de
inappropriées ou incorrectes. théories élégantes mais inapplicables.
— En raison de facteurs institutionnels tels que le rôle central et — Ayant peu ou pas de connaissances vraiment utiles pour leur
remarquablement résilient des structures sociales traditionnelles permettre de s'attaquer efficacement à de vrais problèmes de
(tribu, caste, classe, etc.), la répartition très inégale des terres et développement, ils ont souvent tendance à devenir des
des autres droits de propriété,etc.
apologistes inconscients ou réticents pour le système
— Ces politiques, basées comme elles le sont souvent sur des modèles de
existant.
main-d'œuvre excédentaire de type Lewis ou de changement structurel
de type Chenery, dans de nombreux cas, ne servent que les intérêts des
groupes de pouvoir existants, tant nationaux qu'internationaux.

La thèse du développement dualiste La thèse du développement dualiste


— Implicite dans les théories du changement structurel et — 1. Un ensemble de conditions, dont certaines sont
explicite dans les théories de la dépendance internationale, le «supérieures» et d'autres «inférieures», peuvent coexister
dualisme est un concept largement discuté en économie du dans un espace donné.
développement. — Des exemples de cet élément de dualisme comprennent la
— Il représente l'existence et la persistance de divergences notion de Lewis de la coexistence de méthodes de
croissantes entre les nations riches et pauvres et les peuples production modernes et traditionnelles dans les secteurs
riches et pauvres à différents niveaux. Plus précisément, le urbain et rural; la coexistence d'élites riches et très instruites
concept de dualisme englobe quatre arguments clés: avec des masses de pauvres analphabètes; et la notion de
dépendance de la coexistence de nations industrialisées
puissantes et riches avec des sociétés paysannes faibles et
appauvries dans l'économie internationale.

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La thèse du développement dualiste La thèse du développement dualiste


— 2. Cette coexistence est chronique et pas seulement — 3. Non seulement les degrés de supériorité ou d'infériorité
transitoire. Ce n'est pas dû à un phénomène temporaire, ne montrent aucun signe de diminution, mais ils ont même
auquel cas le temps pourrait éliminer l'écart entre les une tendance intrinsèque à augmenter. Par exemple, l'écart
éléments supérieurs et inférieurs. de productivité entre les travailleurs des pays développés et
— En d'autres termes, la coexistence internationale de la leurs homologues dans la plupart des PMA semble s'élargir
richesse et de la pauvreté n'est pas simplement un d'année en année.
phénomène historique qui sera corrigé avec le temps. Bien — 4. Les interrelations entre les éléments supérieurs et
que la théorie des stades de croissance et les modèles de inférieurs sont telles que l'existence des éléments supérieurs
changement structurel supposent implicitement une telle ne fait pas grand-chose ou ne fait rien pour remonter
hypothèse, pour les partisans de la thèse du développement l'élément inférieur. En fait, cela peut en fait servir à le
dualiste, les faits de l'accroissement des inégalités pousser vers le bas - à «développer son sous-
internationales semblent le réfuter. développement».

Conclusions et implications Conclusions et implications


— Quelles que soient leurs différences idéologiques, les partisans des — Ils mettent davantage l'accent sur les déséquilibres
modèles de dépendance néocoloniale, de faux paradigme et de internationaux du pouvoir et sur les réformes économiques,
dualisme rejettent l'accent exclusif sur les théories économiques politiques et institutionnelles fondamentales nécessaires, à la
néoclassiques traditionnelles conçues pour accélérer la croissance fois nationales et mondiales.
du PNB comme principal indice de développement.
— Dans les cas extrêmes, ils appellent à l'expropriation pure et
— Ils remettent en question la validité des modèles de modernisation
simple des actifs privés dans l'espoir que la propriété et le
et d'industrialisation à deux secteurs de type Lewis à la lumière de
leurs hypothèses discutables et de l'histoire récente du monde en
contrôle des actifs publics seront un moyen plus efficace pour
développement. aider à éliminer la pauvreté absolue, offrir des possibilités
d'emploi accrues, réduire les inégalités de revenu et élever le
— Ils rejettent en outre les affirmations de Chenery et d'autres selon
lesquelles il existe des schémas de développement empiriques bien
niveau de vie.
définis qui devraient être poursuivis par la plupart des pays pauvres.

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— IV L’approche néoclassique

Conclusions et implications L’économie du développement se métamorphose


complètement à partir des années 1980. En effet, les crises
— Les théories de la dépendance présentent deux faiblesses
majeures. d’endettement réorientent les priorités. Ainsi, émerge
— 1) bien qu'ils offrent une explication intéressante des raisons
l’impératif de l’équilibre qui évacue la dimension temporelle du
pour lesquelles de nombreux pays pauvres restent sous- changement. De ce fait, la pluralité des théories se rétrécit au
développés, ils n'offrent que peu d'explications formelles ou profit de la théorie néoclassique et de ses variantes
informelles sur la manière dont les pays initient et keynésiennes. Toutefois, la question lancinante demeure posée :
soutiennent le développement. pourquoi certains pays en voie de développement ont-ils réalisé
— 2) et peut-être plus important encore, l'expérience de bons résultats en matière de développement dans la période
économique réelle des PMA qui ont mené des campagnes
révolutionnaires de nationalisation industrielle et de
postcoloniale et d’autres ont-ils stagné, voire régressé ?
production gérée par l'État a été souvent négative.

— Contrairement aux théoriciens de la dépendance, les contre-


— L'argument central de la contre-révolution néoclassique est que le sous- révolutionnaires néoclassiques soutiennent que le Tiers-Monde est
développement résulte d'une mauvaise allocation des ressources en raison sous-développé non pas à cause des activités prédatrices des pays
de politiques de tarification incorrectes et d'une trop grande intervention riches et des agences internationales qu'ils contrôlent, mais plutôt
de l'État. à cause de la main lourde de l'État et de la corruption, l'inefficacité
et le manque d'incitations économiques qui imprègnent les
— Les principaux écrivains de l'école de contre-révolution, dont Lord Peter économies des pays en développement.
Bauer, Deepak Lal, Ian Little, Harry Johnson, Bela Balassa, Jagdish Bhagwati
— Ce qu'il faut c’est de promouvoir des marchés libres et une
et Anne Krueger, soutiennent que c'est cette intervention très étatique dans économie de laissez-faire dans le contexte de gouvernements
l'activité économique qui ralentit le rythme de croissance économique. permissifs qui permettent à la «magie du marché» et à la «main
— Les néolibéraux soutiennent qu'en permettant aux marchés libres invisible» des prix du marché de guider l'allocation des ressources
compétitifs de prospérer, en privatisant les entreprises publiques, en et de stimuler le développement économique.
favorisant le libre-échange et l'expansion des exportations, en accueillant les — Ils pointent à la fois le succès de pays comme la Corée du Sud,
investisseurs des pays développés et en éliminant la pléthore de Taïwan et Singapour comme exemples de «marché libre» (bien
réglementations gouvernementales et les distorsions de prix sur les marchés que ces Tigres d'Asie soient loin du prototype néoconservateur du
des facteurs, des produits et des marchés financiers, l'efficacité économique laissez-faire) et les échecs des économies publiques
et la croissance économique seront stimulées.
interventionnistes d'Afrique et d'Amérique latine.

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Dans ce contexte, la fin des années 1970 a vu s’établir Cependant, l’ajustement structurel n’a pas pour objet
un consensus sur l’explication du sous-développement. d’aider à la création de dynamiques économiques internes.
Les différences des politiques économiques y jouent un C’est aux autorités des pays soumis à l’ajustement de s’en
rôle important. De fait, les institutions internationales préoccuper. Le rôle de l’ajustement est de s’assurer que
se sont évertuées à recommander aux pays en voie de l’évolution de la balance de paiements dégage les ressources
développement une combinaison de politiques nécessaires à l’amortissement d’une dette. La situation
économique qui cadre avec ce constat est celle où les
économiques que l’on regroupe sous le vocable de
activités tournées vers le marché interne sont ralenties, les
politiques d’ajustement structurel (PAS), prônant la
salaires comprimés et les impôts indirects élevés alors que
mise en place d’une politique macro-économique saine, les impôts directs sont bas, et les changes soumis à des
la libéralisation, l’intégration effrénée dans l’économie dévaluations compétitives.
mondiale, etc.

De même les théories du développement se sont


— Le bilan de ces politiques reste contrasté. En fait, complètement modifiées. Les échecs symboliques du
l’évaluation de ces politiques mises en place par les tout État (planification) et du tout marché (État
experts de la Banque mondiale dans dix-neuf pays minimal) ont conduit à une métamorphose de
fait ressortir les résultats suivants entre 1980 et l’économie du développement. Ces théories montrent
1986 : ils sont faiblement positifs sur la croissance et qu’il existe une forte complémentarité entre
les exportations, ne stimulant pas l’entrée des démocratie et marché, au sens où système politique et
capitaux privés étrangers et ont un effet négatif sur système économique se confortent mutuellement
l’investissement. (Fitoussi, 2004).

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D’un point de vue social, il est largement admis, y Dans ces conditions, Stiglitz (2002, p. 146) écrit : « Le
compris par les institutions internationales, que les FMI a donc sous-estimé les risques de ses stratégies de
politiques d’ajustement structurel avaient des résultats développement pour les pauvres. Mais il a aussi sous-
désastreux. En dépit du fait qu’elles ont contribué à la estimé le coût politique et social à long terme des
stabilisation des situations macroéconomiques de mesures qui ont ravagé la classe moyenne pour
quelques pays, elles n’en ont pas moins fragilisé les enrichir une toute petite élite, et surestimé les
conditions sociales des individus. En effet, elles ont bénéfices de ses mesures néolibérales ». Eu égard à ce
généré plus de pauvreté dans les pays qui en ont fait constat, Stiglitz (2002, p. 134) écrit : « Tout
l’objet. Ce qui a poussé les institutions internationales développement réussi veille soigneusement au
à mettre la question de la pauvreté à l’ordre du jour maintien de la stabilité sociale ».
des priorités. ,

Tout compte fait, l’économie du développement a connu — C’est ainsi que la « bonne gouvernance », peut renvoyer, a
une tournure majeure à la fin des années 1980. De ce fait, priori, à la prise en compte du comportement politique dans
l’échec des politiques d’ajustement structurel est interprété le développement. C’est dire, le coût du politique est mis en
par la Banque mondiale comme un manque de capacité avant dans les nouvelles théories du développement.
institutionnelle de certains pays, elle oriente donc ses — En substance la théorie qui se dégage de ces travaux vise à
programmes vers ce qu’elle a appelé « La bonne démontrer que les États les plus aptes à favoriser le
gouvernance ». Dès lors, le politique fait une entrée développement sont des États dotés d’une architecture
remarquable dans le discours des institutions institutionnelle rationalisée, réduite à l’exercice des fonctions
régaliennes universelles que des acteurs autres que l’État ne
internationales. De fait, il ne s’agit pas seulement de
seraient en mesure d’élaborer avec la même efficacité. De
s’intéresser aux programmes à mettre en place, il s’agit
proche en proche, l’institutionnalisme fait irruption dans le
aussi de comprendre la nature des institutions qui donnent débat sur le développement.
corps à ces programmes.

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En fait, l’accent est dorénavant mis sur le déficit institutionnel — V Les nouvelles visions du développement : le rôle
dont souffrent les pays en voie de développement. En d’autres des institutions
termes, si certaines recettes théoriques n’ont pas montré leur La science économique a longtemps ignoré la question
efficacité au niveau empirique, c’est parce que l’architecture
des institutions. Celles-ci restées en jachère pendant
institutionnelle a fait défaut. Dans la section suivante, nous nous
proposons de tracer les contours d’un nouveau modèle de un moment, sont aujourd’hui remises au goût du jour.
développement en plaçant la question des institutions au centre En effet, la théorie néoclassique, les considérait
de l’analyse sur le développement. comme une variable exogène, et elles n’avaient donc
aucun impact sur l’allocation des ressources, assurée
par le seul mécanisme du marché.

— Le volet institutionnel a été intégré dans les analyses D’un point de vue théorique, les analyses développées
économiques avec les travaux de Veblen (1898, par R. Coase (1984) ont largement contribué à mettre
1904), Mitchell (1913) et Commons (1931). sous un nouveau jour la question des institutions. En
L’analyse institutionnelle était initialement basée sur effet, cet auteur en arrive à la conclusion que
les postulats néoclassiques et considèrait les l’entreprise est parfois plus efficace que le marché
institutions comme des mécanismes mis en place par dans la mesure où elle permet d’économiser sur les
les agents économiques, dotés d’une rationalité coûts des transactions. Ainsi, l’organisation (la firme,
parfaite et substantielle, pour la coordination la hiérarchie) représente un thème essentiel par lequel
optimale de leurs actions. les institutions sont réintroduites dans l’analyse.

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Williamson (1994) considéré comme l’inventeur de la C’est ainsi qu’émerge une nouvelle économie institutionnelle,
nouvelle économie institutionnelle, a approfondi cette prenant ses distances (d’un point de vue méthodologique) avec
la théorie néoclassique sur le plan des hypothèses et soulignant
analyse en partant du postulat de la rationalité limitée
l’importance d’institutions comme les droits de propriété et les
et l’opportunisme des agents. De fait, l’idée qui modes de gouvernance alternatifs tels que le marché et la
structure la nouvelle économie institutionnelle est que hiérarchie des firmes. En outre, on remarque que même la
les institutions comptent et qu’elles peuvent être famille néoclassique, devant la montée en puissance de
analysées par les outils de la théorie standard. Donc, la l’approche institutionnelle renouvelée, tend à étendre sa
prise en compte des institutions représente une méthode et ses concepts aux questions institutionnelles.
avancée majeure de la théorie économique.

Ainsi, les trois dernières décennies ont été marquées par une North (un auteur significatif de la nouvelle économie
résurgence de l’intérêt pour les institutions. Cette tendance a institutionnelle), conçoit les institutions comme des règles du
été renforcée par la reconnaissance de leur rôle dans les jeu. Il considère qu’il existe deux sortes d’institutions : les
développements sociaux et économiques, différents d’une institutions formelles (les lois, les règles, les constitutions) et
région ou d’un pays à l’autre. Comme le signale M. Aoki institutions informelles (les normes, convention, code de
(2006), un consensus est pourtant loin d’être trouvé parmi les conduite). La définition des institutions développée par cet
analystes des institutions concernant leur définition, et plus auteur est enrichissante dans la mesure où les institutions sont
encore, leur genèse ou leur transformation. perçues comme des « règles du jeu d’une société ou, plus
formellement, les contraintes définies par les hommes pour
donner forme à leurs interactions ». De cette manière, les
institutions assurent que les règles du jeu sont respectées dans
un contexte où les différents types de transactions se
reproduisent plusieurs fois.

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Acemoglu et Robinson (2012), quant à eux, distinguent les En définitive, à partir des approches de la Banque mondiale, la
institutions extractives des institutions inclusives. Les pensée libérale a tenté de promouvoir un modèle aménagé
institutions politiques extractives sont celles où un petit groupe d’organisation des économies en développement fondé sur
d’individus détient le pouvoir et les institutions politiques l’idée que démocratie et marché ne sont pas antinomiques. Dès
inclusives impliquent la majeure partie de la population dans le lors, les deux se complètent mutuellement. Dans cette
processus de gouvernance. Les institutions perspective, l’État est appelé à jouer un rôle croissant dans le
économiques inclusives permettent et encouragent la développement au travers de la mise en place d’une base
participation de la population dans les activités économiques, infrastructurelle et institutionnelle. Ceci débouche sur
font le meilleur usage de leurs talent et compétence, et leur l’importance qu’accordent les chercheurs en économie de
permettent de faire des choix volontaires. Par contre, celles développement et les acteurs de communauté internationale à la
extractives s’accompagnent des institutions politiques thématique des institutions. Donc, selon ces acteurs, c’est un
extractives et sont structurées par les élites de sorte à extraire principe d’efficacité qui gouvernerait la sélection des
les ressources du reste de la société. institutions. Tel est l’objectif du vocable de la « bonne
gouvernance ».

Conclusion
— La littérature sur le développement économique de l'après-Seconde — Cette approche par étapes linéaires a été largement remplacée
Guerre mondiale a été dominée par quatre grands courants de pensée dans les années 1970 par deux écoles de pensée économiques
parfois concurrents: (1) les stades linéaires du modèle de croissance, (2) (voire idéologiques) concurrentes.
les théories et les modèles de changement structurel, (3) la révolution
de la dépendance internationale et (4) la contre-révolution néoclassique — Le premier, axé sur les théories et les schémas de changement
du libre marché. structurel, a utilisé la théorie économique moderne et l'analyse
— Les théoriciens des années 50 et du début des années 60 considéraient le
statistique pour tenter de décrire le processus interne de
processus de développement comme une série d'étapes successives de changement structurel qu'un pays en développement «typique»
croissance économique que tous les pays devaient traverser. Il s'agissait doit subir s'il veut réussir à générer et maintenir un processus de
principalement d'une théorie économique du développement dans croissance économique rapide.
laquelle la bonne quantité et le bon mélange d'épargne, d'investissement — La seconde, la révolution de la dépendance internationale, avait
et d'aide étrangère permettait le développement. une orientation plus radicale et politique. Il considérait le sous-
— Le développement est ainsi devenu synonyme de croissance économique développement en termes de relations de pouvoir internationales
rapide et globale. et nationales.

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10/28/2020

— Chaque approche a ses forces et ses faiblesses.


— Le fait qu'il existe une telle controverse - qu'elle soit
— Pendant une grande partie des années 80 et au début des idéologique, théorique ou empirique - est ce qui rend l'étude
années 90, une quatrième approche a prévalu, la contre- du développement économique à la fois stimulante et
révolution néoclassique (parfois appelée néolibérale). passionnante.
— Elle souligne le rôle bénéfique des marchés libres, des — Plus encore que d'autres domaines de l'économie, l'économie
économies ouvertes et de la privatisation des entreprises du développement n'a pas de doctrine ni de paradigme
publiques inefficaces. universellement acceptés. Au lieu de cela, nous avons un
modèle en constante évolution d'idées et de compréhensions
— L’échec de développement, selon cette théorie, est non pas à qui, ensemble, fournissent la base pour examiner les possibilités
cause de forces externes et internes exploiteuses telles de développement contemporain des diverses nations
qu'exposées par les théoriciens de la dépendance. Il s'agit d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Chacune de ces
plutôt principalement du résultat d'une intervention approches pour comprendre le développement a quelque chose
gouvernementale et d'une réglementation trop importantes à offrir.
de l'économie.

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