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Exposé 6a : Discours de Robert le Coq aux Etats généraux

Journal des états généraux réunis à Paris au mois d’octobre 1356


Dans le système politique de l’Ancien Régime, on désignait par états généraux les assemblées
exceptionnelles convoquées par le roi pour traiter d'une crise politique, en général une guerre et
décider d'une aide militaire ou fiscale. Institution créée en 1302 par Philippe le Bel, ils réunissaient au
début le clergé, la noblesse et la bourgeoisie des bonnes villes. Jusqu'en 1484 ils sont réunis de
manière distincte par région de Langue d'oïl ou de Langue d'oc.
Jusqu’au début du XIVe siècle, le roi vivait « du sien » c’est-à-dire des seuls revenus
ordinaires, coutumiers, domaniaux. Sous Philippe VI, des économies furent trouvées sur le train de vie
de l’Etat. On a réduit les effectifs de l’Hôtel, des notaires, des membres du Parlement, etc. Philippe
VI mais aussi Jean II ont multipliés les taxes. Par ailleurs, dans les années 1340 les mutations
monétaires vont rapporter plus d’argent que les taxes levées pour la guerre. Mais après 1340, ces
revenus ne suffisent pas pour financer une guerre couteuse et qui dure. Le roi doit lever un impôt
extraordinaire et régulier pour payer les soldats, acheter des alliances, matériel de guerre,
fortifications, etc. Cela l’oblige à demander le consentement des habitants. Il convoque les assemblées
des trois Etats. Il cherche alors à les persuader de participer à l’effort de guerre.
La bataille de Poitiers a lieu le 19 septembre 1356, le roi Jean le Bon, ne voulant pas fuir
comme l'avait fait son père à Crécy, se bat héroïquement. Il est fait prisonnier par les Anglais, mais
acquiert dans cette affaire un grand prestige. En l’absence du roi de France, bientôt transféré en
Angleterre dans l’attente du paiement de sa rançon, le pouvoir, fort contesté, revient au dauphin
Charles dont les débuts sont difficiles : il n'a que dix-huit ans, peu de prestige personnel (d'autant
qu'il a quitté le champ de bataille de Poitiers contrairement à son père et son frère Philippe) et peu
d'expérience. Il s'entoure des membres du conseil du roi de son père, qui sont très décriés et rendus
responsables de la crise. Charles va bientôt devoir convoquer les Etats une nouvelle fois.
Les Etats de Languedoïl se réunissent à Paris le 17 octobre 1356 et le dauphin va se heurter à
une forte opposition : assemblée houleuse, violente, dominée par 2 figures, Robert le Coq, évêque de
Laon, orateur habile devenu le séide du roi de Navarre depuis quelques mois, et le prévôt des
marchands de Paris, Etienne Marcel, d’une riche famille de drapiers.
Sur cette première session des états généraux, qui dura du 17 octobre au 3 novembre, on est
bien renseignés et, par chance, on a les deux versions des évènements. La voix du parti royal – ou
plutôt de sa branche parisienne, le parti des officiers – se fait entendre dans les Articles contre
Robert le Coq, texte à la fois violent et précis. Le parti des « réformes », au sens de Cazelles, - le
parti des états -, a laissé le Journal des états généraux réunis à paris en octobre 1356 , un texte écrit
et pensé, où se sent le poids de la réflexion politique menée dans les milieux intellectuels du temps.
L’inspirateur, sinon l’auteur, de ce texte n’est autre que le fameux évêque de Laon, Robert le Coq.
Robert Le Coq (né vers 1310 et mort en 1373) était l’évêque de Laon de 1351 à 1358. Fils d’un
officier royal anobli, il avait fait ses études de Droit à l’université d’Orléans puis était entré au
Parlement et était devenu membre du Grand Conseil de Jean le Bon. Convoitant le poste de chancelier
de Normandie, il se rangea aux côtés de Charles II de Navarre et fut donc assimilé au parti navarrais.
Lors des Etats généraux de 1356 qui nous intéressent ici (puis plus tard ceux de 1357), il joua un rôle
important, comme dans le soulèvement parisien mené par Etienne Marcel. Il contribue à imposer au
régent la grande ordonnance de 1357. Ayant perdu son évêché en 1360, il se réfugie en Espagne. Il y
deviendra évêque de Calahorra en 1363 où il mourut en 1373.
Nous nous demanderons ici quelles sont les revendications des Etats Généraux d’Octobre 1356
formulées par Robert le Coq en l’échange du vote de subsides et quelles en sont les buts en étudiant
tout d’abord les critiques du gouvernement du roi et les recommandations au « Duc » puis le
programme politique ambitieux des états visant à mettre la monarchie sous une sorte de tutelle.
I- Critiques du gouvernement du roi et recommandations au « Duc »
1) Le contexte de la séance du 3 novembre 1536

Le texte commence par un premier paragraphe qui situe le discours chronologiquement. Puisqu’il
s’agit d’une retranscription des évènements, ce n’est pas Robert le Coq lui-même qui parle : « Ledit jour de
jeudi après la Toussaint toutes les choses conseillées par lesdits trois états […] furent dites et
proposées, au nom desdits trois états, par l’évêque de Laon, en déclarant particulièrement les articles
qui avaient été conseillés. » Robert le Coq est donc désigné ici par son titre « d’évêque de Laon ». La
première ligne « Ledit jour de jeudi après la Toussaint » est une référence chronologique qui montre que
ce discours a été prononcé au début du mois de Novembre 1356 (le 3 en l’occurrence cette année là).
Sachant que les états ont, comme l’indique le titre, étaient convoqués en octobre, il s’était déjà passé bien
des évènements depuis le du début de la réunion des états le 17 octobre jusqu’à ce discours le 3 novembre :
Les états généraux avaient déjà été réunis deux fois au cours de l’année 1356. En mars et en mai
pour des questions de levée d’impôt. Ils avaient été confrontés aux faiblesses de l’administration pour lever
ces subsides. Charles avait dû les convoquer de nouveau, parce que le trésor était encore vide. Il ne
s’agissait pas seulement de payer la rançon du roi, expressément prévue par le droit féodal sans qu’il y fût
besoin du consentement des contribuables. Il fallait en revanche le consentement du pays si l’on voulait de
l’argent pour faire tourner normalement les rouages de l’administration et remettre sur pied une armée.
Les Etats de Languedoïl se réunissent donc le 17 octobre 1356. Les exigences étaient très fortes.
Délibérant état par état, en trois salles séparées, les députés mirent deux semaines à formuler leurs
exigences en échange de la levée de nouveaux impôts. A la fin du mois d’Octobre, on pria le dauphin de venir
au couvent des Célestins, sur la rive gauche, pour entendre les conditions préalables de l’aide financière. Pas
assez puissant pour pouvoir refuser d'emblée les propositions ambitieuses des états, prétextant l'arrivée
de messagers de son père, il leur demanda si ces nouvelles qu’il leur exposait ne rendaient pas préférable le
renvoi de la séance à un jour prochain. Bon gré mal gré, les députés donnèrent leur accord et l’on décida de
remettre la réunion au jeudi 3 novembre.
Mais le dauphin fini par annuler la séance. Tenant là une bonne occasion d’exprimer haut et de
diffuser largement leur programme politique les états ne se laissèrent pas faire. La grande séance du 3
novembre fut, en effet, maintenue. Elle n’eu pas lieu au plais, bien évidemment, mais au couvent des
Cordeliers. Et là, devant les députés renvoyés, Robert le Coq prononça son grand discours-programme. Le
Dauphin, lui, quitta Paris pour Montlhéry et son fort donjon au cas où les choses tourneraient mal.

2) Les « conseils » des Etats à Charles

Robert le Coq commence ici son discours par des sortes de « conseils » à Charles (lignes 4 à 7) :
« Premièrement. Le premier conseil que les gens des trois états voulaient donner et donnaient à
monseigneur le duc était qu’il redoutât Dieu, craignît, aimât et honorât Lui et ses ministres, et gardât
ses commandements, [qu’il] fit bonne justice et loyale au royaume » On remarque que le dauphin est
désigné par « monseigneur le duc » car il est aussi Charles Ier, duc de Normandie depuis 1355. C’est peut-
être aussi une manière pour Robert le Coq de le rabaisser car Charles a aussi le titre de « lieutenant du roi
et défenseur du royaume en l’absence de son père ». C’est d’ailleurs pour assurer son pouvoir qu’il va prendre
en 1358, le titre plus significatif de « régent ».
Ces conseils de Robert le Coq qui « materne » en quelque sorte le dauphin ne sont pas une première
de l’évêque de Laon qui a déjà activement contribué à monter Charles contre son père, le tout sur fond de
rivalité entre Charles de Navarre (dont Robert le Coq est proche) et Jean le Bon. En 1355, la tension était
montée en raison d’une crise diplomatique entre son père et son oncle, l’empereur Charles IV pour les
frontières est. Charles risquant de perdre le Dauphiné à cause de l’intransigeance de son père, avait prit le
partit de l’empereur. Monté contre lui par Robert Le Coq qui jouait alors double jeu auprès de Jean le Bon
et ne cessait de lui assurer que son père cherchait à l'évincer du pouvoir, organisant même une fugue du
dauphin pour lui faire prêter serment à l’empereur. Informé, le roi l’avait empêché d’agir et avait confié la
Normandie en apanage à son fils pour le rassurer.
Robert le Coq exprime d’ailleurs juste après une remarque à peine voilée contre Jean le Bon en
disant « aussi bien aux grands qu’aux petits, [qu’] il fût miséricordieux et piteux, et plein de grande
clémence, ennemi de grande vengeance ». Cette formulation peut être vue comme une manière de dire au
Dauphin de ne pas faire comme son père à qui Robert le Coq reproche son attitude vis-à-vis de Raoul de
Brienne, du Parti Navarrais et de Charles de Navarre lui-même. Le roi Jean avait en effet prit certaines
mesures sévères qui lui avaient mises une partie de la noblesse à dos. Robert le Coq exhorte donc Charles à
éviter ce type de comportement.
En effet, en 1350, Jean, à peine sacré roi avait fait arrêter puis exécuter Raoul de Brienne, comte
de Guînes et connétable de France que l’on soupçonnait de rendre hommage à Édouard III, ce qui aurait été
catastrophique pour le nouveau roi car aurait ouvert la porte à d'autres défections vers le camp anglais.
Pour éviter ces défections éventuelles, l'affaire fut réglée dans le secret. Or, l'opacité totale qui avait
entourée cette exécution eu un effet complètement contre-productif et alimenta les rumeurs. Une grande
partie de la noblesse normande et les nombreux soutiens du connétable se rallièrent au camp navarrais : les
seigneurs normands et la noblesse du Nord-Ouest.
De même, lassé par les intrigues des Navarrais, Jean avait cette même année 1356 fait arrêter et
emprisonner Charles de Navarre mais pas exécuté à la demande du Dauphin. Jean avait en revanche fait
passer sa rage en faisant exécuter sans procès Jean d’Harcourt et trois de ses compagnons présents en
leur faisant trancher la tête par un criminel libéré par la circonstance. Incarcéré, Charles de Navarre avait
d’ailleurs gagné en popularité ; ses partisans le plaignant et réclamant sa liberté. Nombreux sont les barons
Normands qui avaient alors reniés l'hommage prêté au roi de France en se tournant vers Édouard III
d'Angleterre. Ce geste est perçu par les Navarrais comme le fait d'un roi qui se sait illégitime et espère
éliminer un adversaire dont le seul tort est de défendre ses droits à la couronne de France. Pour Robert le
Coq et les Navarrais, l’occasion était trop belle, une fois le roi prisonnier, de ne pas en profiter pour faire
libérer Charles de Navarre et le placer en position d’arbitre.

3) La demande de destitution des conseillers

Aux lignes 9 à 12, il dit « Item, qu’il élût par le conseil des trois états aucuns grands,
sages et notables du clergé, des nobles et des bourgeois, anciens, loyaux et [de bonnes] mœurs,
qui continuellement près de lui fussent et par qui il se conseillât, et que rien par les jeunes,
simples et ignorants du fait du gouvernement du royaume et de la justice, il n’ordonnât […]. »
Les Etats avaient obtenus du roi, lors de leur cession de novembre 1355, le contrôle du
processus fiscal. « Des élus » choisis par l’assemblée devaient établir l’assiette de l’imposition et neuf
généraux, trois par Etats, se chargeaient du paiement des troupes. Cela avait été un échec et le roi,
faute d’obtenir l’argent par l’impôt, avait eu recours, le 26 juillet 1356, à une mutation des monnaies.
Revinrent donc sur le devant de la scène les financiers et les brasseurs d’argent, décriés et haïs pour
les bourgeois qui en étaient victimes dans leur commerce comme les nobles dans leurs rentes. Les
états sont donc extrêmement méfiants quant à la gestion des finances publiques, échaudés par les
dévaluations entraînées par les mutations monétaires qui ont fait perdre à la monnaie royale 82% de
sa valeur en un an. L’avis est unanime : tous les malheurs du royaume sont venus par la faute des
conseillers du roi. Les états généraux exigent la destitution des conseillers les plus compromis (ils
sont sept qu’il faut destituer, emprisonner et leur confisquer leurs biens. Ce sont Pierre de La Forêt,
Simon de Bucy et Robert de Lorris, épaves parisiennes du parti royal, et quatre financiers, Nicolas
Braque, Enguerran du Petitcellier, Jean Poilevilain et Jean Chauveau).
Les Etats souhaitent donc remplacer les conseillers à qui ils reprochent leur jeunesse et leur
incompétence mais se permettaient malgré tout de conseiller le roi (lignes 33-34) : « Mais rien n’en
ont fait les conseillers principaux à qui on s’en remettait, on a toujours fait pis que devant ».
Mais en plus d’être responsables des problèmes monétaires, la fin du discours leur reproche
également, par leur actes, d’avoir mit en danger le peuple tout entier : « Ainsi commençaient les dix
principaux conseillers à aviser et ordonner quand les ennemis étaient sur nous et faisaient
mander le peuple pour avoir subsides nouveaux, et on faisait crier arrière ban, sans modification
aucune, et affaiblissement de monnaie, à la très grande destruction du peuple, et par tels
gouvernements, qui sont tous notoires et qui ont été faits par lesdits gouverneurs, le peuple et
le royaume sont en grande désolation et péril de perdition ».
Enfin, la gestion de la guerre et des finances est abondamment critiquée mais nous le verrons
plus tard avec les solutions que proposent les Etats pour y remédier.
II- Le programme politique ambitieux des états visant à mettre la monarchie sous tutelle
1) Le projet de prise de contrôle du Conseil

Les Etats souhaitent donc destituer les conseillers mais en compensation constituer
un conseil de membres de chaque ordre parmi les représentants des états. C’est ce que
demande Robert le Coq aux lignes 13 à 19 : « Item, que des trois états monseigneur le duc
élût certain nombre de personnes notables, puissantes, sages, prud’hommes et loyales,
en tel nombre que bon lui semblerait, qui fussent résidentes à Paris pour le grand et
secret conseil, et qu’elles fussent mises et établies par monseigneur le duc, souverain
de tous les officiers du royaume et allassent devers monseigneur le duc toutes les fois
qu’il lui plairait les mander, pour le conseiller des grosses besognes qui lui viendraient
[…]. » Le fait que ces personnes soient résidentes à Paris montre le fait qu’il y a derrière le
côté pratique de la proximité, la volonté de surveiller les actes du pouvoir. Il était prévu que
ce conseil compte vingt-huit membres pris dans les trois ordres : quatre évêques, douze
chevaliers, douze bourgeois. D’ailleurs, les états avaient anticipés en désignant, dès le début
de la session, une commission permanent de cinquante ou quatre-vingts membres (selon les
sources). Il avait semblé qu’une telle commission était plus apte à suivre les affaires du
gouvernement qu’une assemblée de huit cens personnes aux compétences inégales.

2) La reprise en main de la guerre et des questions militaires

Aux lignes 20 à 23, Robert le Coq demande « que, pour expédier et dépêcher, pour
le fait des guerres, et répondre aux chapelains, connétables, maréchaux, maîtres des
arbalétriers, amiraux de la mer, lieutenants et capitaines », qu’une sorte de
commissions de « certaines personnes des trois états » (ligne 22) soit désignée. Ainsi les
Etats entendent reprendre en main la situation militaire après la défaite de Poitiers, mais
surtout que les personnes qui en ont la charge soient des connaisseurs de la chose militaire
(« sages et suffisants en fait d’armes » ligne 22), en fait qu’ils soient experts et qu’on ne
laisse plus ces affaires sérieuses que sont la guerre et la défense dont dépend la survie du
royaume à des personnes incompétentes.
De plus ils rejettent la politique des trêves qui laisse les responsables politiques dans
une sorte d’insouciance et puisqu’ils ne se préparent pas pour la fin de cette trêve une fois
les impôts votés (lignes 27-28) : « quand les subsides et impositions ont été octroyés,
plusieurs fois trêves ont été tantôt prises, et pendant les trêves, par les dessusdits qui
avaient le gouvernement du royaume il n’était fait ordonnance ni préparation pour la
guerre future, et n’en était parler mot mais on dormait en toute négligence jusqu’à la
fin des trêves ». En effet, en 19 ans de guerre, on était déjà à 4 trêves avec l’Angleterre
soit un traité tous les 3 ans (la Trêve d'Esplechin-sur-Escaut en 1340 qui dura 2 ans,
la Trêve de Malestroit en 1343 qui dura aussi 2 ans, la Trêve de Calais de 1347 et le Traité
de Westminster de 1353). On sait dors et déjà que cette réclamation n’aboutira pas puisque
la pratique des trêves va se poursuivre durant toute la guerre de Cent ans (à la fin du
conflit, le Traité de Picquigny sera le 37e traité de paix entre les belligérants).
Comme va l’expliquer Robert le Coq juste après, la question de la reprise en main des
affaires militaires et de questions financière sont intimement liées puisque ces impôts sont
levés et doivent être gérés pour défendre le royaume
3) La politique financière

On l’a vu, il est fortement reproché la gestion de la guerre au pouvoir royal mais aussi et
peut-être même surtout la gestion de ces finances pour faire la guerre (lignes 34 à 39) : « il
semblait bien, par la volonté des gouverneurs et par leur fait, que cela importait peu pourvu
qu’on ait de l’argent du peuple. Et chaque fois les subsides et aides que l’on prenait pour les
guerres se dépensaient et gâtaient pendant les trêves, en dons inutiles, de telle manière
qu’il n’y avait nulle disposition ni ordonnance pour le gouvernement, ni finance suffisante
quand la guerre venait. » Robert le Coq reproche la mauvaise gestion des finances car une fois
les impôts levés, les subsides qu’en tirait le roi pour faire la guerre étaient inutilement dépensés
dès qu’il y avait une trêve. Ainsi dès que celle-ci s’achevait, on n’avait plus assez de moyens pour
faire la guerre. A ce moment, on devait alors redemander la levée de subsides qui étaient au final
aussi mal employés que la fois précédente. Ainsi lignes 40 à 42 : « quand les ennemis étaient sur
nous et faisaient mander le peuple pour avoir subsides nouveaux, et on faisait crier arrière
ban, sans modification aucune, et affaiblissement de monnaie, à la très grande destruction
du peuple». Cela n’avait rien de nouveau. Dès le mois de décembre 1355, les états de Langue d’oïl,
où Etienne Marcel portait déjà la parole au nom des villes mais collaborait encore en apparence
avec Jean le Bon, mettaient à leur contribution de très strictes conditions : ils exigeaient avant
toute que l’impôt octroyé pour la défense du royaume fût affecté à cette défense et à elle seule.
L’Artois, la Normandie, le Vermandois l’avaient déjà obtenu, chacun pour soi. Cette fois, c’est à
l’échelle du royaume tout entier que le principe était posé : ce qui est octroyé pour la défense ne
peut être ordonnancé que par ceux qui l’ont octroyé.
Conclusion :

Le discours de Robert le Coq, proposait donc un nouveau modèle de monarchie aux députés, mais
aussi à leurs électeurs, puisque l’on invitait chacun à partir en emportant une copie du discours. Derrière son
projet, il y avait tout le poids de la réflexion politique du XIVe siècle. On y reconnait les mots et les idées
élaborés à l’Université de Paris : ces « sages hommes », qui parlent « d’un commun accord ». Au-delà du
programme de réforme, les Etats esquissent un régime de monarchie contrôlée. Si Robert le Coq n’était pas,
on l’a vu, désintéressé par la réforme de l’Etat, d’autres comme Etienne Marcel l’étaient peut-être
d’avantage. Son but était d’écarter le personnel le plus corrompu et le plus disqualifié, établir sur la
monarchie un contrôle exercé par des représentants des trois ordres au moyen d’un conseil qui aurait
« puissance de toute faire et ordonner au royaume aussi comme le roi ». Une fois soumis aux directives des
« gouverneurs des trois Etats », le pouvoir, moins indépendant en apparence mais plus forte en réalité
pourrait reprendre la guerre : à cet effet un subside était prévu, destiné à l’entretien de 30 000 hommes
d’armes pour une nouvelle armée. Avant, comme après Poitiers, l’objectif des Etats restait identique :
consentir un immense effort financier et militaire de quelques mois afin d’écarter une fois pour toutes la
menace. C’est pourquoi ils dénonçaient la politique des trêves, des atermoiements, voir des négociations,
dans laquelle ils ne voyaient qu’un gaspillage des ressources fiscales. Toutes ces revendications étaient à
l’opposé des traditions de la monarchie française. Mais le dauphin, jusqu’ici connut pour ses idées
réformatrices ne se crut pas assez fort pour les rejeter ouvertement. Les conseillers étaient
indispensables à la monarchie de par leur capacité à apporter très rapidement des subsides au roi. Malgré
les détournements et la spéculation qu’ils opèrent, le duc doit donc composer avec eux. Les Etats portent
donc un coup d’épée dans l’eau. Globalement, l’absence du roi paralyse les Etats. Le dauphin ne peut en effet
pas accéder à leur volonté de réforme ni même à leur requête visant à faire libérer Charles le Mauvais. Les
Etats de Languedoc, réunis au même moment, se montrèrent moins exigeants, demandant seulement la libre
disposition des subsides qu’ils accordaient pour la défense de leur province.
Le 10 décembre 1356, le dauphin publie une ordonnance donnant cours à une nouvelle monnaie, ce qui
lui permettrait de remplir ses caisses sans passer par les états généraux. Il s'agit cette fois d'un
renforcement monétaire de 25%, ce qui avantage les propriétaires fonciers: c'est-à-dire la noblesse, le
clergé et le patriciat urbain (qui possède une bonne partie de l'immobilier des grandes villes) donc les
catégories sociales représentées aux états généraux. Cela provoque une levée de boucliers de la population
parisienne qui voit ses loyers croître de 25%.
L’année 1356 s’acheva par la sortie du dauphin hors du royaume, à Metz, cité impériale, où il
rencontra le 22 décembre son oncle l’empereur Charles IV de Luxembourg, en vue, peut-être, d’obtenir son
appui. Tout demeurait en suspens. On peut se demander si le contrôle de la royauté formulée par les états à
l’automne 1356 était considéré par eux comme une mesure d’exception, résultant de la captivité du roi et de
la poursuite des hostilités, ou comme l’amorce d’un autre régime politique où les états, même en dehors des
périodes de crise, auraient eu, comme le parlement en Angleterre, un rôle reconnu, régulier et organique.
À son retour en mars 1357, Charles accepta la promulgation de la « grande ordonnance », esquisse
d'une monarchie contrôlée et vaste plan de réorganisation administrative, mais obtient le maintien en
captivité de Charles de Navarre. Une commission d'épuration devait destituer et condamner les
fonctionnaires fautifs (et particulièrement les collecteurs d'impôts indélicats) et confisquer leurs biens.
Neuf conseillers du dauphin furent révoqués. Six représentants des états généraux entrèrent au conseil du
roi qui devint un conseil de tutelle. L'administration royale fut surveillée de près : les finances, et
particulièrement les mutations monétaires et les subsides extraordinaires, furent contrôlés par les états
généraux.
En mars 1357 et au début de 1358, les réunions d’états se poursuivirent, de moins en moins suivies,
mais le débat politique se déplaça, et de la contestation légale les leaders réformateurs glissèrent dans le
camp de l’illégalité et de la violence.
Étienne Marcel, lui choisi le parti des compagnons et des boutiquiers contre la grande bourgeoisie
et les spéculateurs: il devint maître de la rue. Des échauffourées éclatèrent et Étienne Marcel fit pression
sur Louis d’Anjou puis sur le dauphin qui dût révoquer l’ordonnance et rappeler les états généraux.
Tels furent les débuts d’une crise majeure, militaire, politique mais aussi sociale, qui devait se
prolonger au moins jusqu’en 1358 avec la révolte des ruraux connue sous le nom de Jacquerie et l’assassinat
d’Étienne Marcel. Le mois suivant, le régent revenait dans Paris.
Bibliographie
Ouvrages généraux :

 FAVIER Jean, « La Guerre de Cent Ans », Fayard, Paris, 1980, 678p.

 KERHERVE Jean, « Histoire de la France : la naissance de l’Etat moderne 1180-1492 »,


Hachette Supérieur, Paris, 2004, 271p.

 DEMURGER Alain, « Nouvelle Histoire de la France médiévale – 5 - Temps de crises, temps


d’espoirs – XIVe XVe siècle », Editions du Seuil, Paris, 1990, 383p.

 CONTAMINE Philippe, « La Guerre de Cent Ans », PUF – Que sais-je ?, Paris, 1994, 126p.

Ouvrages biographiques :

 AUTRAND Françoise, « Charles V », Fayard, Paris, 1994, 909p.

Plan
Quelles sont les revendications des Etats Généraux d’Octobre 1356 formulées par Robert le
Coq en l’échange du vote de subsides et quelles en sont les buts ?

I- Critiques du gouvernement du roi et recommandations au « Duc »


1) Le contexte de la séance du 3 novembre 1536
2) Les « conseils » des Etats à Charles
3) La demande de destitution des conseillers

II- Le programme politique ambitieux des états visant à mettre la monarchie sous tutelle
1) Le projet de prise de contrôle du Conseil
2) La reprise en main de la guerre et des questions militaires
3) La politique financière