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ISSN 0484-8942

REVUE ------------------------------------
--------------- NUMISMATIQUE

Dirigée par Secrétaires de la rédaction


C. Morrisson, M. Amandry, Fr. Duyrat, A. Hostein,
M. Bompaire, O. Picard J. Jambu

2013
(170e volume)

Revue soutenue par l’Institut National des Sciences Humaines et Sociales


du Centre national de la recherche scientifique

----------------------------------------------------
Société française de numismatique

Diffusion : Société d’édition « Les Belles Lettres »


2013
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Comité de lecture

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François Thierry*, Maryse Blet-Lemarquand**

Autour des monnaies Hồng Đức thông bảo


de Thánh Tông des Lê (1460-1497)

Résumé – Les monnaies Hồng Đức thông bảo de l’empereur vietnamien Thánh Tông des Lê
(1460-1497) sont classées en trois groupes selon la graphie des caractères. Le type 3 apparaît
atypique avec une graphie lourde et des caractères épais. Une trentaine de monnaies ont été
analysées par activation aux neutrons rapides de cyclotron. Les analyses élémentaires montrent
qu’aux trois types monétaires correspondent des tendances significatives de la composition. Mais,
contrairement à ce qui était attendu, l’alliage de type 3 est le plus riche en cuivre, et donc le plus
onéreux, tandis que le type 1 présentant la graphie la plus soignée a été le plus avili par l’ajout de
plomb. En l’absence de sources historiques et de données archéologiques fiables, les compositions
élémentaires constituent un critère pour proposer une chronologie relative des Hồng Đức thông
bảo, par comparaison avec les monnaies immédiatement antérieures et postérieures.

Mots clés – Monnayage, Vietnam, Hồng Đức, bronze, analyses élémentaires, ANRC.

Abstract – The Hồng Đức thông bảo coinage of Emperor Thánh Tông (1460-1497) of the Lê
Dynasty can be divided in three types according to both the type and the calligraphy, with type 3
characterised by heavy calligraphy and thick characters. Fast Neutron Activation Analysis was
performed on about thirty coins. Elemental analyses clearly show that these three types exhibit
different compositions. But contrary to the expected results, the alloy of type 3 is the richest
in copper and therefore the most costly, whereas type 1 showing the best calligraphy contains
the highest proportions of lead. Given the lack of historical sources and reliable archaeological
data, the elemental composition provide criteria to propose a relative chronology of the different
types of Hồng Đức thông bảo by comparing the composition of former and later coins.

Keywords – Coinage, Vietnam, Hồng Đức, bronze, elemental analysis, FNA.

On connaît, pour l’empereur vietnamien Thánh Tông des Lê (1460-1497)


deux inscriptions monétaires correspondant à ses deux ères Quang Thuận et Hồng
Đức. Pour cette dernière, on a pu mettre en évidence l’existence de trois types de
monnaies Hồng Đức thông bảo 洪德通寶, « monnaie courante de l’ère Hồng
Đức » : un beau type aux grands caractères tracé avec art (type 1), un type simi-
laire mais moins élégant (type 2) et un type assez fruste (type 3). En s’appuyant
sur l’idée convenue qu’un beau monnayage orné d’une calligraphie élégante est
la marque d’une période d’abondance et de puissance et qu’une calligraphie lourde

* Conservateur général, Département des Monnaies, médailles et antiques, BnF.


Courriel : francois.thierry@bnf.fr.
** IRAMAT CEB (UMR 5060, CNRS Université Orléans), 3D rue de la Férollerie 45071
Orléans cedex 2. Courriel : lemarquand@cnrs-orleans.fr.

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celle d’une époque de décadence, François Thierry a envisagé que les monnaies
du type 3 avaient été émises à la fin du règne de Thánh Tông, après celles du
type 1, pendant une période de relative décadence postulée, accompagnée d’un
contrôle insuffisant des ateliers monétaires. La graphie si particulière du type 3
des Hồng Đức thông bảo avait même fait naître une interrogation sur son apparte-
nance réelle au monnayage de Thánh Tông. C’est sur ces interrogations que s’est
construit le programme dont les résultats font l’objet de cet article.

I. Données historiques et numismatiques

1. Le contexte historique

L’empereur Thánh Tông 聖宗 (r. 1460-1497) fut le plus grand souverain de


la dynastie vietnamienne des Lê Postérieurs 後黎 (1428-1789)1. Son règne, qui
se partage en deux ères (niên hiệu), Quang Thuận 光順 (26 juin 1460-31 janvier
1470) et Hồng Đức 洪德 (1er février 1470-21 janvier 1498)2, a été principalement
marqué par trois événements, la réorganisation administrative et militaire du
pays, la rédaction du code qui porta le nom de sa seconde ère de règne, le code
de Hồng Đức, et l’expansion territoriale vers le Sud au détriment du royaume
du Champa. Rien cependant dans la jeunesse du prince ne présageait un règne
aussi brillant.
Lê Tư Thành 黎思誠 est né le 20e jour de la 7e lune de la 3e année nhâm-tuất
壬戌 de l’ère Đại Bảo 大寶 (25 août 1442)3 ; il est le quatrième fils de l’empereur
Thái Tông 太宗 (1433-1442), qui meurt quelques jours plus tard, au 4e jour de

1. La forme Thánh Tôn, que l’on trouve parfois, est consécutive à l’application, au xixe siècle,
de la règle du tabou des caractères du nom personnel de l’empereur Hiến Tổ des Nguyễn
(ère Thiệu Trị, 1840-1847), Nguyễn Phúc Miên Tông 阮福綿宗 (Ngô DT, p. 353-355 ; Langlet
1985, Annexe VI, 127). Pour le règne de Thánh Tông, on consultera les ouvrages suivants,
Collectif, Lê Thánh Tông (1442-1497), Con người và sự nghiệp [Lê Thánh Tông (1442-1497),
l’homme et son œuvre], Nhà xuất bản Ðại học quốc gia, Hanoï 1997 ; Lê Kim Ngân, Tổ chức
chính quyền trung ưõng dưới triều Lê Thánh Tông (1460-1497) [L’organisation du pouvoir central
sous le règne de Lê Thánh Tông, 1460-1497], Tủ sách viện khảo cổ, Saïgon 1963 ; Withmore
1968.
2. Selon une coutume rituelle, le nom de règne de l’empereur décédé est généralement utilisé
jusqu’à la fin de l’année lunaire en cours et ce n’est qu’au premier jour de la nouvelle année qu’on
utilisera le niên hiệu du nouvel empereur. C’est pourquoi, alors que le règne s’achève à la mort
de Thánh Tông, le 3 mars 1497, l’ère Hồng Đức s’achève le 21 janvier 1498.
3. Les années cycliques du calendrier vietnamien, comme celle du calendrier chinois, sont
des années lunaires plus courtes que les années solaires du calendrier grégorien puisque les mois
lunaires sont plus courts que les mois solaires. Le mois lunaire, ou lune, débute avec la nouvelle
lune et le 15 tombe à la pleine lune. Comme le solstice d’hiver doit toujours tomber dans la 11e lune,
le début de l’année lunaire se déplace entre le 21 janvier et le 20 février. Pour éviter un glissement
progressif qui ferait débuter l’année en été ou en automne, on ajoute tous les deux ou trois ans
une 13e lune. De ce fait, les dates grégoriennes que, par commodité, on donne généralement
aux années lunaires ne correspondent pas exactement à la réalité : ainsi, l’année nhâm-tuất 壬戌

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la 8e lune (7 septembre). On écarte le prince de Lạng Sơn 諒山王, Lê Nghi Dân


黎宜民, pour placer sur le trône son demi-frère, le troisième fils de l’empereur,
un enfant de 3 ans né de l’épouse principale : c’est l’empereur Nhân Tông (1442-
1459). La réalité du pouvoir est entre les mains de la reine mère et des anciens
ministres de Thái Tông. À la 6e lune de la 3e année de l’ère Đại Hòa 大和 (1445),
le jeune Tư Thành, demi-frère de l’empereur, est fait prince de Bình Nguyên
平原王.
Le 3e jour de la 10e lune de la 6e année kỷ-mão 己卯 de l’ère Diên Ninh,
Nghi Dân fomente un coup d’État, renverse l’empereur, qu’il fait assassiner
avec tous ses proches, et se proclame empereur avec le nom de règne de Thiên
Hưng 天興, « Restauration céleste », le 7e jour (1er novembre 1459). Il épargne
le jeune Tư Thành qui, comme la plupart des princes et des fils de hauts fonction-
naires, est envoyé au Collège des Fils de l’État (Quốc tử giám 國子監), et qui
reçoit le titre de « prince excellent », Gia vương 嘉王. Le nouvel empereur ne
tarde pas à s’aliéner la haute administration et l’aristocratie : au 6e jour de
la 6e lune de la 2e année canh-thần 庚辰 de Thiên Hưng (24 juin 1460), Nguyễn
Xí 阮熾 et Đinh Liệt 丁列, deux vieux compagnons de Lê Lợi, le fondateur de
la dynastie, sortent de leur retraite pour se placer à la tête d’un contre coup
d’État ; ils éliminent celui qui est tenu pour un usurpateur et placent sur le trône
le prince Tư Thành, maintenant âgé de dix-huit ans. Au 8e jour, on ouvre la
1re année de l’ère Quang Thuận 光順4 et l’empereur prend le nom de Souverain
clairvoyant du Sud du Ciel, Thiên Nam đỗng chủ 天南洞主. Nguyễn Xí devient
conseiller impérial et Đinh Liệt commandant en chef de l’armée. Le nouveau
souverain a été fortement marqué par ses études au Collège5 et est un confucéen
convaincu, plus précisément un adepte des théories néo-confucéennes chinoises
de la période Song, dont le plus célèbre représentant est Zhu Xi. Il aura comme
ligne directrice de son action les préceptes confucéens d’ordre et de hiérarchie,
de bienveillance et de justice. Le règne est marqué par une réorganisation de
l’appareil d’État, une centralisation administrative, un développement de l’éduca-
tion et une expansion territoriale.

ne correspond pas à 1442, mais à 1442-1443. Certains événements survenus dans la 11e ou la 12e lune
d’une année lunaire doivent être datés du début de l’année solaire qui suit l’année solaire qui
comprend la plus grande partie de l’année lunaire en question.
4. Dans la réalité des faits, la 2e année de Thiên Hưng s’arrête au 6e jour de la 6e lune (24 juin
1460) et l’année Quang Thuận commence deux jours plus tard. Dans ce cas, les sources précisent
qu’avant la 6e lune, on est dans l’ère Thiên Hưng, et qu’après on est dans l’ère Quang Thuận :
il ne saurait être question de respecter les rites et d’achever l’année lunaire dans le niên hiệu d’un
usurpateur régicide (DVSK, XVIII, p. 639) ; pour d’autres, les cinq mois de la 2e année de Thiên
Hưng sont rétroactivement attribués à la 1re année de Quang Thuận (Bui 1963, p. 54).
5. Il eut comme enseignant Trần Phong qui sera l’un de ses principaux conseilliers.

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L’appareil d’État est réorganisé dans le but de renforcer le pouvoir de l’em-


pereur. On instaure six ministères (bộ) dont l’ordre protocolaire est Fonction
publique, Finances, Rites, Armée, Justice et Travaux publics ; chaque ministère
est dirigé par un président (thượng thư) assisté de deux vice-présidents (thị lang).
L’administration est reprise en main et contrôlée, sur le modèle chinois, par un
corps d’inspecteurs et de censeurs.
L’armée est placée sous le commandement direct de l’empereur ; la fonction
de grand maréchal est purement honorifique. Elle est composée de deux forces,
la garde impériale, forte de plus de 100 000 hommes, qui est cantonnée à la capitale,
Thăng Long, et des troupes extérieures casernées en province, qui comptent
environ 60 000 hommes. On peut, en cas de besoin, mobiliser une réserve compo-
sée de paysans : c’est ainsi que lors de la campagne contre le Champa, l’armée
vietnamienne peut aligner environ 260 000 hommes. Il y a trois corps, l’infanterie,
la cavalerie (chevaux et éléphants) et la marine.

Au 16e jour de la 11e lune de l’ère Quang Thuận, on décide de changer le


nianhao et d’adopter celui de Hồng Đức 洪德. C’est durant cette période que se
concrétisent les projets lancés au début du règne : rédaction d’un nouveau code,
mise en chantier d’une cartographie du pays connue sous le nom d’« Atlas de
Hồng Đức » (Hồng Ðức bản đồ 洪德版圖), achèvement d’un service d’hospice
et d’hôpitaux, etc.
Durant l’année canh-dần 庚寅 (1470-1471), prenant prétexte d’une attaque
des Chams contre la préfecture méridionale de Hóa Châu, l’empereur prépare
une attaque massive contre le Champa. L’armée vietnamienne se met en marche
à la fin de l’année et les premiers combats ont lieu au 7e jour de la 2e lune de
l’année tân-mão 辛卯 (26 février 1471) ; le 27, Thi Nại 市奈, le port de Vijaya,
la capitale chame, est pris. Trois jours plus tard, la capitale tombe à son tour
et le roi est capturé. La conquête s’achève dans l’année : tout le nord du pays
est annexé et le sud, découpé en trois principautés, est placé sous protectorat
vietnamien. Les territoires conquis deviennent la province du Quảng Nam 廣南
divisée en circonscriptions administrées par des préfets et sous-préfets et où
sont installées des colonies militaires (DVSK, XVIII, p. 679-690 ; Bùi, Nguyễn,
p. 80-86).

Le Đại Việt devient une des principales puissances régionales de l’Asie du


Sud-Est, qui entretient des relations avec le Japon et la Chine aussi bien qu’avec
les royaumes d’Insulinde ; ses produits manufacturés, et en particulier sa céra-
mique, commencent à s’exporter vers les pays du Sud et vers l’Occident.
L’empereur meurt à 56 ans après un règne de 38 ans, au 30e jour nhâm-thân
壬申 de la 1re lune de la 28e année (đinh-ty. 丁巳) l’ère Hồng Đức (3 mars 1497)
dans la salle Quang Bảo du palais (DVSK, XIX, p. 745 ; Bui 1963, p. 54, n. 2).
Au 6e jour de la 2e lune a lieu l’intronisation du prince héritier et la proclamation
du nouveau nianhao qui prendra effet l’année suivante : Cảnh Thống 景統.
On donne à l’empereur défunt le nom de temple de Thánh Tông.

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2. L’histoire monétaire d’après les sources

Les sources historiques nous fournissent quelques informations sur la monnaie


et la politique monétaire à l’époque de Thánh Tông6. En ce qui concerne le person-
nel chargé des Finances, on constate une relative stabilité. Le premier ministre
des Finances (hộ bộ thượng thư 戶部尚書) à être mentionné est Nguyễn Cư
Pháp 阮居法, à l’occasion d’un avis impérial délivré aux principaux ministres
à la 12e lune de la 4e année quý-vị 癸未 de l’ère Quang Thuận (janvier 1464)
(DVSK, XVIII, p. 648) ; il est probable qu’il détient ce poste depuis l’avène-
ment de Thánh Tông. Trois ans plus tard, à la 1re lune de la 8e année đinh-hợi
de l’ère Quang Thuận (février 1467), le ministère est confié à Trần Phong 陳封
(DVSK, XVIII, p. 658). À la 12e lune de l’année kỷ -sửu 己丑 (janvier 1470), c’est
Lê Cảnh Diệu 黎景耀 qui est nommé ministre (DVSK, XVIII, p. 677), charge
qu’il garde neuf années ; à la 12e lune de la 9e année de l’ère Hồng Đức (1479),
il est brièvement remplacé par Trịnh Công Ngô 鄭公吳 (DVSK, XIX, p. 706).
À la 11e année (1480), le ministère est confié à Lê Đoan Chi 黎端之 (DVSK,
XIX, p. 711) qui devient ministre de la guerre à la 12e lune de la 16e année
(janvier 1486) et qui est promu marquis Tá Quốc 佐國侯 dans la 17e année
(1486) (DVSK, XIX, p. 727, 730). Enfin, dernière information, dans la 23e année
de l’ère Hồng Đức (1492), les sources signalent la nomination de Lê Cảnh Huy
黎景徽 au ministère des Finances (DVSK, XIX, p. 740)7.
Les données sur la circulation sont plus intéressantes : à la 2e lune de la 3e année
nhâm-ngọ de l’ère Quang Thuận (mars 1462), on promulgue un édit par lequel
« il est sévèrement interdit d’écarter et de rejeter des monnaies de cuivre » (DVSK,
XVIII, p. 645) ; il s’agit d’éviter une pratique qui vise à choisir systématiquement
les meilleures monnaies et à écarter toute pièce qui présente le moindre défaut,
avec pour conséquence une réduction de la masse monétaire utile. À la 8e lune
de l’année suivante giáp-thân (septembre 1464), un édit impérial est promulgué
contre la fonte privée de monnaies de bronze (DVSK, XVIII, p. 650) : il y avait
donc une fabrication privée de « bonnes monnaies », puisqu’il ne s’agit pas de
monnaies en mauvais alliage. À la 9e lune de la 10e année de l’ère Quang Thuận
(octobre 1469), un édit impérial est promulgué qui interdit l’échange des bonnes
monnaies contre des monnaies défectueuses (DVSK, XVIII, p. 677). À la 5e lune
de la 17e année de l’ère Hồng Đức (1486), on interdit de trier les monnaies

6. Les deux principales sources pour cette période sont les « Annales complètes du Đại Việt »,
Đại Việt sử ký toàn thư, 大越史記全書 (DVSK), et le chapitre Tiền tệ chi dụng 錢幣之用,
« De l’usage des monnaies », du Quốc dụng chí 國用誌, « Rapport sur les ressources de l’État »
(QDC-a QDC-b).
7. Membre de la famille impériale et haut mandarin, Lê Cảnh Huy avait été éloigné par Nghi
Dân qui l’avait envoyé en Chine pour apporter le tribut aux Ming (DVSK, XVII, p. 635). C’est
l’un des plus fidèles ministres de Thánh Tông : alors qu’il était déjà chef d’État-major de gauche,
il s’est vu confié les affaires d’État durant l’absence de l’empereur qui était parti en campagne
contre le Champa (1470-1471) (DVSK, XVIII, p. 682).

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de manière excessive : « L’usage de la monnaie n’a d’intérêt que par sa circula-


tion du bas en haut [de la société]. La thésaurisation dans les trésoreries n’a
d’intérêt que si [les monnaies] peuvent se conserver longtemps sans se détériorer.
Aussi, à partir d’aujourd’hui, tous les yamen, de la capitale comme de la province,
lorsqu’ils mettront les impôts en recouvrement, lorsqu’ils presseront le paiement
des amendes ou des dommages et intérêts dus par les condamnés, chaque fois
enfin qu’il y aura versement aux trésoreries, ils devront procéder à la vérification
de toutes les monnaies. Il faudra que tout ce qui entre dans les trésoreries de l’État
soit trié de façon stricte et l’on n’acceptera uniquement les pièces en cuivre
véritable. Même si leur rebord est un peu abimé, si elles sont en cuivre véritable
et susceptibles de se conserver longtemps sans dommage, on devra les accepter.
Et pour ce qui est des traitements des fonctionnaires ainsi que des transactions
courantes entre les particuliers, on utilisera les pièces, du moment qu’elles sont
en cuivre véritable8 et qu’elles sont enfilables en ligature, elles doivent toutes
être acceptées et utilisées : il ne pourra être question de les refuser et l’on ne
devra pas se montrer trop tatillon dans le tri » (DVSK, XIX, p. 729 ; QDC-a,
p. 106b-107a). Deux jours après la mort de l’empereur, au 8e jour de la 2e lune de
la 28e année l’ère Hồng Đức (5 mars 1497), on émet un décret visant à réprimer
la pratique utilisée par le personnel des palais de faire pression sur les prix en
refusant certaines monnaies : « on avertit les esclaves des dames du trésor du palais
impérial, des demoiselles d’honneur du palais de l’Harmonie Céleste, et [ceux]
des magasins de tous les princes et princesses et des demeures des hauts digni-
taires, que pour les moyens d’échange dans les transactions avec la population
sur les marchés et dans les bourgs, il ne faut pas perpétuer les mauvaises habitudes
anciennes et profiter du statut officiel pour servir des intérêts privés en faisant
pression à l’achat sur la valeur des pièces et s’attribuer indûment des pièces sans
les rendre. À partir de ce jour, quand la population se livre au négoce et quand on
encaisse pour les trésoreries publiques, toutes les pièces, pourvu qu’elles sonnent
clair lorsqu’on les jette au sol et aussi qu’elles puissent être enfilées, même si
le rebord est un peu abîmé, à partir de ce jour on les utilisera toutes et il ne faudra
pas se montrer trop tâtillon dans le tri » (DVSK, XIX, p. 748)9.

8. Après « en cuivre véritable » 真銅, Phan Huy Chú (QDC-a, p. 106b ; QDC-b, p. 7) a omis
積久無弊者,亦宜選取。若官吏代俸及百姓賣買使用錢,凡真銅…, « et susceptibles de se
conserver longtemps sans dommage, on devra les accepter. Et pour ce qui est des traitements des
fonctionnaires ainsi que des transactions courantes entre les particuliers, on utilisera les pièces,
du moment qu’elles sont en cuivre véritable… » (DVSK, XIX, p. 729). Cette omission vient probable-
ment de la triple répétition dans ce bref passage de l’expression 真銅, l’auteur ayant, par inadvertance,
placé ce qui suit le troisième 真銅 après le deuxième.
9. Le tri excessif, qui vise à écarter ce qui est considéré comme de la « mauvaise monnaie »,
déja condamné à de nombreuses reprises, le sera à nouveau durant les règnes suivants ; voir en
particulier le décret pris en juin 1658, dans la première année de l’ère Vĩnh Thọ (DVSK, XXIV,
p. 961 ; QDC-a, p. 107ab).

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En ce qui concerne les unités de compte, il faut aussi rappeler que quelques
années auparavant, à la 3e lune de la 6e année de l’ère Thiệu Bình 紹平 de Thái
Tông (1439), on a promulgué une loi stipulant que « 60 monnaies de cuivre
enfilées font un mạch » (DVSK, XVII, p. 604 ; QDC-a, p. 106a), alors qu’au début
de la dynastie, on avait fixé le mạch à 50 pièces10. On dispose de quelques rares
indications sur les prix et les taxes : à la 9e lune de la 2e année de l’ère Hồng Đức
(1471), « on fixe les règles de la capitation : chaque homme versera 8 mạch de
monnaies » (DVSK, XVIII, p. 688). Dans la 21e année de l’ère Hồng Đức (1490),
« cette année, le riz est cher, parce qu’avec un mạch de pièces, on obtenait 2 thăng
de riz » (以是年米貴,錢一陌米得二升故也 DVSK, XIX, p. 736).

3. L’apport de la numismatique

La numismatique nous fournit d’autres éléments : on connaît pour le monna-


yage de Thánh Tông deux inscriptions monétaires correspondant à ses deux
ères de règne Quang Thuận 光順 (1460-1469) et Hồng Đức 洪德 (1470-1497) :
les Quang Thuận thông bảo 光順通寶 et les Hồng Đức thông bảo 洪德通寶
(Schroeder 1905, nos 21-24 ; CMV, nos 443-517 ; CMVS, nos 42-44). Les mon-
naies sont généralement de bon poids (entre 3,5 et 4,5 g.) et de fabrication
correcte ; il est rare de trouver des monnaies présentant un décentrage (figure 4,
Wanxuanzhai 2226, Ø 24,4mm, 3,57g), indice d’une fabrication défectueuse.
En fonction de la graphie des caractères, on peut mettre en évidence trois types
principaux de monnaies Hồng Đức thông bảo. Miura Gosen, pour sa part, iden-
tifie dix types (AS, p. 40-41), mais les différences apparaissent parfois bien
minces : ainsi le type 1 (« caractères réguliers ») ne présente guère de différence
avec le type 3 (« large Hồng »), de même le type 5 (« petits caractères ») ne se
distingue pas vraiment du type 4 (« petits caractères, bảo réduit »), quant aux
types 9 et 10, ils ne se différencient que par quelques dixièmes de millimètres
de diamètre. En fait, si l’on veut, on peut trouver un type par monnaie, en fonc-
tion de la largeur des rebords, interne et externe, de la minceur ou de l’épaisseur
des caractères, de leur taille, de l’épaisseur ou du diamètre des pièces. C’est ce
que fait Allan Barker, qui multiplie les variantes en se fondant sur les détails les
plus infimes, jusqu’au type de patine, et parvient ainsi à 20 types différents
(Barker 2004, nos 36-1 à 36-20). Nous avons identifié nos trois séries en fonc-
tion de différences typologiques nettes et immédiatement identifiables, et aussi
en fonction de l’existence d’une quantité significative de monnaies présentant
les mêmes caractéristiques. Il existe, naturellement, quelques autres variantes,
mais elles sont, dans la masse des Hồng Đức thông bảo, des formes isolées, des
hapax, comme le type 36-3 de Barker par exemple.

10. DVSK, X, p. 557. Le mạch 陌 est la dizième partie de la ligature mân 緡 qui vaut donc
600 pièces.

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590 François Thierry / Maryse Blet-Lemarquand

Le type 1 se caractérise par de grands caractères, une graphie cursive élégante,


pointes et crochets acérés ; les deux premiers traits du radical 氵 du caractère
Hồng 洪 ont la forme de > (figure 1, CMV 458, Ø 25, 1 mm, 3,83 g). Le type 2,
stylistiquement lié au précédent, a des caractères plus petits et une graphie cursive
moins élégante, pointes et crochets moins acérés, parfois même absents ; les deux
premiers traits du radical de Hồng sont parfois réduits à des points allongés,
les deux premiers traits du radical de Đức sont plus courts que sur le type 1,
et le premier trait de la tête de thông 通 est souvent plus marqué (figure 2,
CMV 472, Ø 24,5 mm, 4,26 g). Le type 3 est très différent des deux autres : il a
une graphie lourde et des caractères épais, la partie gauche du radical 辶 de
thông est réduit à un point et à un trait vertical, et la tête du même caractère est en
triangle, pointe vers le bas (figure 3, CMV 512, Ø 24,7 mm, 4,16 g). Si les types 1
et 2 s’intègrent parfaitement dans le style des monnaies de la seconde phase de
la période Lê Sơ11, force est de constater que le type 3 constitue une surprise dans
la série des superbes calligraphies qui vont des Diên Ninh thông bảo (1454-1459)
aux Quang Thiệu thông bảo (1516-1522) et qui se prolongent sous les Mạc depuis
les Minh Đức thông bảo (1527-1529) jusqu’aux Quảng Hòa thông bảo (1541-
1546). On en trouve même des réminiscences frustes avec certains Thịnh Đức
thông bảo 盛德通寶 (1653-1658) et Vĩnh Thọ thông bảo 永壽通寶 (1658-1661).
En suivant l’idée convenue qu’une belle calligraphie est la marque d’une
période faste et qu’une calligraphie lourde celle d’une époque décadente, la graphie
comparativement fruste des monnaies du type 3 a conduit l’un de nous à penser
qu’il s’agissait de monnaies émises durant une période de relative décadence,
accompagnée d’un contrôle insuffisant des ateliers monétaires, que, par facilité,
il situait plutôt à la fin du règne de Thánh Tông. Mais la graphie si particulière
du type 3 des Hồng Đức thông bảo avait fait naître également une interrogation
sur son appartenance réelle au monnayage de Thánh Tông. Il convenait donc
de comparer le thông et le bảo de ces monnaies avec ceux d’autres monnaies
vietnamiennes : or on constate une certaine ressemblance avec des monnaies
du xviiie siècle et en particulier avec certains Cảnh Hưng thông bảo 景興通寶,
« monnaie courante de Cảnh Hưng », de l’empereur Hiên Tông des Lê postérieurs
(1740-1786). On sait qu’après de la prise de Thuận-Hóa, la capitale des seigneurs
Nguyễn, et la reconquête de leur principauté par les seigneurs Trịnh, les vainqueurs
ont émis diverses monnaies commémoratives. Parmi ces pièces, il existe un
type portant au droit l’inscription Hồng Đức thông bảo et au revers Thiên hạ Thái
Bình 天下太平, « grande paix dans l’empire », dont le but est, à l’évidence,
d’établir un parallèle entre la conquête de Thuận-Hóa en 1775 et la prise de
Vijaya, capitale du Champa, en 1471 (Thierry 2005, p. 34, fig. 1) ; l’idée s’est
donc faite jour qu’il n’était pas impossible qu’on ait également fondu à cette
époque des sapèques ordinaires au nianhao de Hồng Đức.

11. On appelle Lê Sơ 黎初, « début des Lê », la première période de la dynastie, qui va de
l’indépendance à l’usurpation des Mạc en 1527.

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Autour des monnaies Hồng Đức thông bảo de Thánh Tông des Lê 591

Figure 1 Figure 2

Figure 3 Figure 4

II. Les analyses élémentaires

Pour apporter des réponses aux problématiques posées, 5 ou 6 exemplaires de


chaque série monétaire ont été analysés par activation avec des neutrons rapides
de cyclotron (ANRC)12. Tous les résultats d’analyse figurent en annexe.

1. Les trois types de Hồng Đức thông bảo

Certes les teneurs en cuivre, en étain et en plomb varient de façon notable au


sein de chaque type mais des tendances apparaissent pour chacun d’entre eux
(tableau 1 et figure 5). La concentration moyenne en cuivre croît régulièrement
entre les types 1 et 3 ; en contrepartie, la teneur en plomb diminue globalement
d’un groupe à l’autre et celle en étain décroît légèrement. L’alliage du type 3 se
révèle donc le plus riche en cuivre et donc le plus onéreux, tandis que celui du
type 1 est le plus avili par ajout de plomb.

12. Rappelons que cette méthode d’analyse élémentaire globale permet de déterminer, de façon
non destructive, la composition moyenne des monnaies en alliages cuivreux. Les teneurs d’une
dizaine d’éléments majeurs, mineurs, et traces caractéristiques de ces alliages sont déterminées
(Beauchesne, Barrandon 1986 et Beauchesne et al. 1988).

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592 François Thierry / Maryse Blet-Lemarquand

Type (nombre de monnaies analysées) Cu (%) Sn (%) Pb (%)


Moyenne 65,7 4,8 26,6
Écart type 3,3 2,0 3,5
Type 1
Médiane 66,6 4,6 25,9
(5)
Max. 69,6 7,8 32,5
Min. 61,0 2,2 23,5
Moyenne 75,0 3,3 20,6
Écart type 5,6 1,1 5,7
Type 2
Médiane 75,2 3,1 18,9
(6)
Max. 81,4 5,2 30,0
Min. 65,9 2,2 14,6
Moyenne 83,5 2,3 13,7
Écart type 4,3 1,6 3,7
Type 3
Médiane 82,6 1,8 14,0
(6)
Max. 91,6 5,3 18,7
Min. 79,6 0,8 7,4

Tableau 1 - Statistiques sur les teneurs en cuivre,


en étain et en plomb des trois types de Hồng Đức thông bảo.

40 Thánh Tông
Quang Thuâ.n thông bao
˛

Hông Du’c thông bao :


˛
36 4
type 1
type 2
32 8
type 3

28 12

24 16
Pb (%) Sn (%)
20 20

16 24

12 28

8 32

4 36

40
100 96 92 88 84 80 76 72 68 64
Cu (%)

Figure 5 - Diagramme ternaire des teneurs en cuivre, en étain et en plomb des monnaies de
Thánh Tông : les Quang Thuận thông bảo et les trois types de Hồng Đức thông bảo.

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Autour des monnaies Hồng Đức thông bảo de Thánh Tông des Lê 593

Un élément mineur de l’alliage monétaire, l’arsenic, montre de grands écarts de


composition (figure 6). Sa teneur moyenne s’effondre entre le type 1 et le type 3.
L’antimoine, présent en quantités moindres, montre une évolution semblable.
Un affinage prolongé, soigné, aurait conduit à réduire les teneurs en antimoine
et en arsenic. Les fortes teneurs (surtout en arsenic) de ces éléments pourraient
être le signe d’affinages « bâclés ». Elles s’accompagnent ici de concentrations
élevées en plomb.

4 As (%)
Type 1
Type 2
Type 3

0
Sb (%)
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0

Figure 6 - Graphique binaire des teneurs en arsenic en fonction


de celles en antimoine des trois types de Hồng Đức thông bảo.

À la lueur de ces informations, nous pouvons nous interroger sur la signifi-


cation de ces distinctions stylistiques et de composition. Ces différents types
correspondent-ils à une évolution chronologique ? Si tel est le cas, nous sommes
tentés de voir le type 3, le plus riche en cuivre, comme le plus ancien des trois.
Une graphie plus soignée n’aurait-elle pas été adoptée pour « compenser » un ajout
en plomb de plus en plus important ? Une autre interprétation suppose que les trois
types ont été fabriqués dans différents ateliers ayant des approvisionnements
métalliques distincts et ajoutant plus ou moins de plomb. Si l’existence d’un atelier
monétaire situé dans la capitale est évidente, on ne sait pas s’il était le seul en
service. Mais en fait la centralisation de l’administration sous les Lê et en parti-
culier sous Thánh Tông tend à invalider l’hypothèse de l’existence de plusieurs
ateliers. Pour apporter des éléments à la discussion et tester la nouvelle chronologie
relative proposée, les analyses ont été étendues à des monnaies de l’ère précé-
dente, les Quang Thuận thông bảo, et à celles émises par l’empereur Hiên Tông
(1498-1503) qui a succédé à Thánh Tông, les Cảnh Thống thông bảo.

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594 François Thierry / Maryse Blet-Lemarquand

2. Les Hồng Đức thông bảo comparés aux Quang Thuận thông bảo
et aux Cảnh Thống thông bảo

Les Quang Thuận thông bảo, émises a priori entre 1460 et 1469, évoluent dans
un large domaine de composition avec des teneurs en cuivre comprises entre
65 % et 88 % pour les exemplaires étudiés et des teneurs en étain globalement
plus fortes que dans les autres groupes de monnaies (figure 7). Cette dispersion
est aussi valable pour les éléments mineurs : un exemplaire (CMV 447) contient
1,4 % d’antimoine et un autre (CMV 456) 1,6 % de fer, teneurs à chaque fois
les plus élevées jamais relevées pour les monnaies analysées pour cette étude.
La variabilité de compositions s’explique peut-être par le contexte politique et
économique du début de règne de Thánh Tông : après des épisodes de guerre et
d’usurpation du pouvoir, le pays est remis à flot.
Les Cảnh Thống thông bảo, émises par Hiến Tông, peuvent être réparties dans
deux groupes en se fondant sur la masse et sur la graphie. Mais cette distinction
ne se traduit pas au niveau des teneurs en cuivre, étain et plomb et les concentra-
tions moyennes sont proches de celles calculées pour les Quang Thuận thông bảo
et les Hồng Đức thông bảo.

40 Thánh Tông
Quang Thuâ.n thông bao
˛

Hông Du’c thông bao :


˛
36 4
type 1
type 2
32 8
type 3

28 12 Hiên Tông
˛ ˛
Canh Thông thông bao
24 16 type 1
Pb (%) Sn (%)
type 2
20 20

16 24

12 28

8 32

4 36

40
100 96 92 88 84 80 76 72 68 64
Cu (%)

Figure 7 - Diagramme ternaire des teneurs en cuivre, en étain


et en plomb des monnaies de Thánh Tông et de Hiến Tông.

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Autour des monnaies Hồng Đức thông bảo de Thánh Tông des Lê 595

En s’appuyant sur les compositions, lequel des trois types de Hồng Đức thông
bảo aurait pu succéder aux Quang Thuận thông bảo ? L’examen des teneurs
en cuivre et en plomb ne permet pas de trancher mais celles en arsenic sont
plus pertinentes. Si la chronologie relative des Hồng Đức thông bảo types 3, 2
puis 1 est retenue (correspondant à un ajout de plus en plus important de plomb),
les teneurs en arsenic croissent dans le temps (figure 8). La distribution des
teneurs en arsenic mesurées dans les Quang Thuận thông bảo s’apparente à celle
du 3e type des Hồng Đức thông bảo, ce qui valide l’idée d’une continuité.
L’arsenic est a priori un élément mineur de certains minerais de cuivre. Pourtant,
c’est en traçant ses teneurs en fonction de celles en plomb que des tendances appa-
raissent. Sur le graphique correspondant la plupart des points représentatifs des
Hồng Đức thông bảo du groupe 1 et la moitié de ceux des Cảnh Thống thông bảo
sont alignés (figure 9). Nous ne nous aventurerons pas plus loin dans l’interpréta-
tion de cette corrélation linéaire positive, faute de pouvoir proposer un minerai
plombifère contenant de l’arsenic13. L’important est que noter que certains Cảnh
Thống thông bảo se placent bien dans le prolongement des Hồng Đức thông bảo
du type 1. L’approvisionnement métallique utilisé pour couler ces deux séries a
des points communs. Nous apportons des arguments supplémentaires en faveur
d’une chronologie relative des Hồng Đức thông bảo qui comprendrait le type 3
puis le 2 et enfin le 1.

4 As (%)

0
˛
Hông Du’c thông bao Canh Thông thông bao
˛ ˛ ˛
Quang Thuâ.n thông bao
(types 3, 2 et 1) (types 1 et 2)

Figure 8 - Évolution de la teneur en arsenic des monnaies de Thánh Tông et de Hiến Tông.

13. Autre explication, les augmentations conjointes des teneurs en arsenic et en plomb résultent
de deux faits concomitants, la refonte d’objets en cuivre arsénié et l’ajout de plomb.

RN 2013, p. 583-603
596 François Thierry / Maryse Blet-Lemarquand

4 As (%)
Thánh Tông
Quang Thuâ.n thông bao
˛

Hông Du’c thông bao :


˛
type 1
type 2
3 type 3

Hiên Tông
˛ ˛
Canh Thông thông bao

0
Pb (%)
0,0 10 20 30 40

Figure 9 - Graphique binaire des teneurs en arsenic en fonction


de celles en plomb des monnaies de Thánh Tông et de Hiến Tông.

3. Les Cảnh Hưng thông bảo de Hiên Tông des Lê postérieurs

Une parenté stylistique a été établie entre les Hồng Đức thông bảo du groupe 3
et les Cảnh Hưng thông bảo de l’empereur Hiên Tông des Lê postérieurs qui a
régné de 1740 à 1786. Existe-t-il des similitudes entre la composition élémentaire
de ces deux groupes de monnaies coulées à plus de trois siècles d’intervalle ?
Les Cảnh Hưng thông bảo se caractérisent par des teneurs élevées en plomb
(moyenne de 30 %) au détriment du cuivre (moyenne de 64,4 %), de façon sembla-
ble aux concentrations en plomb et en cuivre des Hồng Đức thông bảo du type 1
plutôt que de celles du type 3 (figure 10).

L’examen des teneurs des éléments mineurs fer et zinc permet de distin-
guer clairement les deux séries monétaires Cảnh Hưng thông bảo et Hồng Đức
thông bảo. Les monnaies du xviiie siècle contiennent en moyenne 1,3 % de fer
alors que cet élément ne dépasse que de façon exceptionnelle le seuil des 0,5 %
dans les monnaies de la 2e moitié du xve siècle. (figure 11). Des proportions varia-
bles mais significatives de zinc ont été déterminées dans les monnaies les plus
récentes : les teneurs en zinc s’échelonnent entre 0,05 % et 0,5 % dans les Cảnh
Hưng thông bảo alors que cet élément est rarement présent à plus de 0,05 % dans
les 30 monnaies des empereurs des Lê analysées. L’hypothèse selon laquelle des
Hồng Đức thông bảo du groupe 3 auraient été refondues sélectivement pour couler
des Cảnh Hưng thông bảo ne tient pas.

RN 2013, p. 583-603
Autour des monnaies Hồng Đức thông bảo de Thánh Tông des Lê 597

40 Thánh Tông
Quang Thuâ.n thông bao
˛

Hông Du’c thông bao :


˛
36 4
type 1
type 2
32 8
type 3

28 12 Hiên Tông
˛ ˛
Canh Thông thông bao
24 16 type 1
Pb (%) Sn (%)
type 2
20 20
Hiên Tông des Lê postérieurs
16 24 ˛
Canh Hu’ng thông bao
˛

12 28

8 32

4 36

40
100 96 92 88 84 80 76 72 68 64
Cu (%)

Figure 10 - Diagramme ternaire des teneurs en cuivre, en étain et en plomb des monnaies de
Thánh Tông, de Hiến Tông et de Hiên Tông des Lê postérieurs.

2,0 Fe (%)

1,5

1,0

0,5

0,0
˛ ˛ ˛
Quang Thuâ.n thông bao Hông Du’c thông bao Canh Thông thông bao Canh Hu’ng thông bao
˛ ˛ ˛
(types 3, 2 et 1) (types 1 et 2)

Figure 11 - Évolution de la teneur en fer des monnaies de Thánh Tông,


de Hiến et de Hiên Tông des Lê postérieurs.

RN 2013, p. 583-603
598 François Thierry / Maryse Blet-Lemarquand

4. Les approvisionnements métalliques : comparaison avec les monnaies chinoises

Nous savons que les Vietnamiens, qui ne disposaient pas sur leur territoire
d’importantes ressources en cuivre, coulaient leurs monnaies à partir d’objets en
bronze, et principalement d’anciennes monnaies chinoises émises sous les Tang
(kaiyuan tongbao) et les Song de la fin du xe au xie siècle, qui étaient massivement
importées (Fan CD, p. 273). L’ouvrage Metallurgical Analysis of Chinese Coins at
the British Museum (Wang et al. 2005) rassemble les résultats d’analyses par
EDXRF (spectrométrie de fluorescence X) de plus de 550 monnaies chinoises
émises entre les iiie et xixe siècles. Les figures montrant l’évolution des teneurs
moyennes en étain et en plomb ont été reprises pour comparer ces tendances à nos
données (figure 12). Si les compositions issues des deux méthodes d’analyses,
fluorescence X et ANRC, sont bien comparables (au moins lorsque des tendances
sont examinées), il apparaît que les monnaies Song qui auraient servi de réserve
métallique contiennent en moyenne bien plus d’étain (teneur moyenne de 10,5 %)
que les sapèques vietnamiennes du xve siècle, tandis que leurs concentrations en
plomb s’intègrent dans la grande variabilité de teneurs mise en évidence pour
cet élément dans le monnayage vietnamien du xve siècle. En supposant que
la composition des bronzes au plomb est peu modifiée lorsque l’alliage est refondu,
la comparaison montre que les monnayeurs vietnamiens ajoutaient du cuivre,
ou bien du cuivre et du plomb, au stock des monnaies chinoises à refondre.

L’arsenic est apparu comme un élément pertinent de l’étude des monnaies


de Thánh Tông. Malheureusement la teneur de cet élément n’a été déterminée,
au moyen d’une autre méthode14, que pour une sélection de monnaies émises entre
le début du xve et la fin du xixe siècle (Cowell et al. 2005, p. 68-69). Les monnaies
chinoises de cette période, qu’elles soient en bronzes, en alliages quaternaires
cuivre-étain-plomb-zinc ou en laiton, contiennent majoritairement tout au plus
0,5 % d’arsenic et bien souvent cet élément ne dépasse pas 0,2 % dans les bronzes.
Une seule exception est à noter, il s’agit d’une monnaie du début du xvie siècle,
sans zinc ajouté, qui contient 1 % d’arsenic. Mais cette teneur reste anecdotique.
Aucun élément ne permet donc d’affirmer ou d’infirmer que l’arsenic était déjà
présent dans l’alliage monétaire chinois. Faute de données supplémentaires,
la comparaison ne peut être poursuivie. Cependant, il semble peu probable que
la refonte de vieilles monnaies chinoises choisies au hasard aboutisse à une
augmentation régulière de l’arsenic comme il est constaté dans les Hồng Đức
thông bảo. Cet élément serait une singularité du métal vietnamien.

14. AAS ou spectrométrie d’absorption atomique.

RN 2013, p. 583-603
Autour des monnaies Hồng Đức thông bảo de Thánh Tông des Lê 599

Han early 2nd c. BC


Han late 2nd c. BC
Han 1st c. BC
Wang Mang 1st c. AD
Han late 2nd c. AD
Shu 3rd c. AD
Shu 5th c. AD
Shu 6th c. AD
Tang 7th c. AD
Tang 8th c. AD
Tang 9th c. AD
0,0 5,0 10,0 15,0 0 4 8 12 16 20

Tang 9th c. AD
Former Shu 10th c. AD
S. Han 10th c. AD
S. Tang 10th c. AD
N. Song 10th c. AD
N. Song early 11th c. AD
N. Song late 11th c. AD
N. Song 12th c. AD
S. Song early 12th c. AD
S. Song late 12th c. AD
S. Song 13th c. AD

0,0 5,0 10,0 15,0 0 10 20 30

˛
Quang Thuâ.n thông bao

˛
Hông Du’c thông bao
types 3, 2 et 1

˛ ˛
Canh Hu’ng thông bao

0 5 10 15 0 10 20 30

Sn (%) Pb (%)

Figure 12 - Teneurs en étain (à gauche) et en plomb (à droite) des monnaies vietnamiennes du


xve siècle comparées aux teneurs moyennes des monnaies chinoises (d’après S. Bowman et al. 2005,
p. 7). Les séries exportées en grandes quantités vers le Vietnam sont repérées par des carrés gris.

RN 2013, p. 583-603
600 François Thierry / Maryse Blet-Lemarquand

Conclusion

Les analyses avaient pour but de voir d’abord si aux trois types de graphie
identifiés correspondaient trois types de métal monétaire, puis si, éventuellement,
le métal du type 3 présentait une composition caractérisée par une chute sensible
de la quantité de cuivre, qui se serait accordée avec l’hypothèse d’une éventuelle
baisse des contrôles des ateliers, et enfin, si la composition du métal de ces pièces
– dans l’hypothèse d’un métal spécifique à ce type – s’apparentait à celui des
monnaies de l’époque Cảnh Hưng.
Si les résultats ont bien montré qu’aux trois types monétaires correspondent
des tendances significatives de la composition, ils ont aussi mis en évidence que
le métal du type 3 est paradoxalement le plus riche en cuivre des trois et donc
le plus onéreux (ce qui n’est pas l’indice d’une période de décadence), et qu’il
est aussi celui qui s’éloigne le plus de l’alliage de l’époque Cảnh Hưng. De plus
il est apparu que ces monnaies du xviiie siècle contenaient systématiquement
des quantités notables fer alors que cet élément reste au niveau des traces dans
les exemplaires du xve siècle. L’hypothèse selon laquelle des sapèques ordinaires
portant le nianhao de Hồng Đức auraient été fondues au xviiie siècle pour des
motifs propagandistes se trouve donc invalidée.
Que signifient les différences de composition des trois styles des Hồng Đức
thông bảo ? Sont-elles l’expression de différents ateliers ou alors résultent-elles
de changements d’approvisionnement métallique et de recettes d’une seule et
même officine ? Les analyses élémentaires n’apportent pas d’argument décisif
pour trancher mais l’hypothèse d’une chronologie relative qui verrait le type 3
inaugurer la série puis laisser la place aux types 2 puis 1, apparaît la plus crédible
en comparant les compositions des trois styles de Hồng Đức thông bảo avec
celles des sapèques immédiatement antérieures et postérieures. Pour avancer sur
le dossier, il faudrait disposer de données archéologiques précises, par exemple
de cartes de répartition des différents styles de Hồng Đức thông bảo découvertes
sur le territoire vietnamien. Malheureusement, l’état de l’archéologie au Vietnam
n’est pas aussi avancé qu’en Chine.
On pouvait par le passé s’interroger sur la pertinence d’analyser des monnaies
fiduciaires. Leurs valeurs d’échanges n’étant pas liées à la valeur des métaux
qu’elles contiennent, que peuvent bien signifier les évolutions de leurs compo-
sitions ? Il est clair qu’une différence de 20 ou 30 % de la proportion du métal
le plus coûteux (le cuivre) a une influence sur la valeur intrinsèque du signe
monétaire pour l’émetteur, c’est pourquoi, on doit estimer que la valeur n’est
fiduciaire que jusqu’à une certaine limite ; mais l’utilisateur n’est en mesure
d’évaluer la nature du métal que lorsqu’elle devient évidente soit par l’aspect soit
par le son. Par ailleurs, ces informations témoignent des procédés de fabrication
monétaire et enrichissent à ce titre l’histoire des techniques. Notre étude montre
que les analyses élémentaires sont véritablement une source pertinente d’informa-
tions pour aborder, par exemple, des questions d’organisation de la production

RN 2013, p. 583-603
Autour des monnaies Hồng Đức thông bảo de Thánh Tông des Lê 601

monétaire ou de circulation des différents monnayages par le biais des refontes.


Elles prennent tout leur sens si elles s’inscrivent dans une problématique solide
et si elles sont confrontées aux documents archéologiques et historiques.

Bibliographie

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RN 2013, p. 583-603
602 François Thierry / Maryse Blet-Lemarquand

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RN 2013, p. 583-603
Autour des monnaies Hồng Đức thông bảo de Thánh Tông des Lê 603

Annexe

Résultats d’analyse par ANRC des monnaies analysées. Toutes proviennent


des collections de la BnF et les références sont celles du CMV. Les teneurs sont
en pour cent massique.

Empereur
Réf. BnF Cu Sn Pb As Ag Au Fe Ni Sb Zn Monnaie
(dates de règne)
447 71,9 6,2 20,2 0,28 0,063 0,0024 0,02 1,4
456 87,7 4,8 5,5 0,059 0,075 0,0002 1,6 0,03 0,16
455 86,9 2,7 9,8 0,14 0,040 0,02 0,37 Quang Thuận
1990.322 83,6 4,1 11,7 0,18 0,058 0,0011 0,026 0,03 0,28 thông bảo
1443 70,7 9,7 18,3 0,93 0,064 0,0008 0,03 0,27
453 65,5 5,6 27,4 0,77 0,055 0,0007 0,17 0,04 0,36
461 69,6 4,1 23,5 2,1 0,034 0,21 0,04 0,30
460 67,0 5,1 24,5 2,8 0,046 0,12 0,03 0,48 Hồng Đức
462 64,1 7,8 26,7 0,52 0,034 0,50 0,02 0,34 thông bảo
458 66,6 4,6 25,9 2,2 0,039 0,041 0,02 0,46 0,01 (type 1)

463 61,0 2,2 32,5 3,3 0,063 0,0004 0,15 0,06 0,71
Thánh Tông
475 81,4 3,3 14,6 0,10 0,065 0,0007 0,13 0,03 0,32 0,02
(1460-1497)
474 79,6 2,9 16,9 0,19 0,070 0,0016 0,038 0,02 0,27
498 76,5 2,3 18,2 1,8 0,060 0,52 0,02 0,57 Hồng Đức
thông bảo
477 73,9 5,2 19,6 0,58 0,049 0,0002 0,25 0,03 0,49 (type 2)
496 72,5 2,2 24,4 0,24 0,16 0,0006 0,19 0,35 0,02
Y11014 65,9 3,7 30,0 0,099 0,038 0,047 0,02 0,17
510 91,6 0,81 7,4 0,029 0,063 0,047 0,00 0,03
509 80,9 5,3 13,4 0,21 0,034 0,0003 0,063 0,02 0,08 0,02
512 83,9 2,2 13,6 0,088 0,019 0,13 0,01 0,03 0,05 Hồng Đức
thông bảo
508 82,6 2,8 14,3 0,087 0,030 0,044 0,02 0,08 0,02 (type 3)
511 82,5 1,3 15,0 0,89 0,043 0,0013 0,072 0,03 0,16
513 79,6 1,4 18,7 0,12 0,032 0,0012 0,15 0,02 0,04
518 71,1 6,3 20,4 1,6 0,042 0,0002 0,13 0,02 0,35
519 79,5 3,4 16,6 0,074 0,070 0,0012 0,064 0,01 0,16
S 45 78,5 6,0 14,8 0,29 0,074 0,043 0,02 0,11 0,05 Cảnh Thống Hiến Tông
521 76,0 3,5 17,8 1,3 0,050 0,0005 0,22 0,03 0,92 0,10 thông bảo (1498-1503)
523 62,0 2,7 33,1 1,4 0,058 0,18 0,03 0,37
525 73,4 4,1 20,2 1,4 0,069 0,44 0,03 0,28
621 70,0 2,8 24,9 0,42 0,042 0,0004 1,4 0,07 0,17 0,26
620 65,9 3,1 28,6 0,52 0,049 0,0005 1,2 0,07 0,16 0,42
Hiên Tông
641 64,2 3,0 30,5 0,51 0,046 0,0004 0,89 0,07 0,28 0,44 Cảnh Hưng des Lê
623 63,4 3,1 30,7 0,58 0,048 0,0004 1,3 0,07 0,40 0,40 thông bảo postérieurs
(1740-1786)
619 62,7 3,2 31,7 0,50 0,046 0,0004 1,3 0,06 0,16 0,27
622 60,4 4,7 32,8 0,15 0,064 1,7 0,06 0,04 0,05

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