Vous êtes sur la page 1sur 3

A l’attention de Mme Laurence des Cars

Présidente directrice du musée du Louvre

Musée du Louvre

Pavillon Mollien, 75058 Paris CEDEX 01

Paris, le 19 juillet 2021

Objet : Demande de rendez-vous concernant le partenariat du Louvre avec le groupe Total.

Madame la présidente directrice,

Je souhaite en premier lieu vous présenter mes félicitations pour votre récente nomination en
tant que présidente directrice du musée du Louvre.

Je saisis l’occasion de cette future prise de poste pour attirer votre attention sur un sujet que le
musée du Louvre ne peut plus se permettre d’ignorer, il s’agit du partenariat avec le groupe
Total via sa fondation d’entreprise.

La culture est un bien commun essentiel de nos sociétés et les institutions culturelles publiques
en sont à l'avant-garde. Elles sont porteuses de l’intérêt général et se doivent donc d’intégrer
dans la diversité de leurs activités les grands enjeux auxquels fait face la société.

L’urgence climatique est le défi principal auquel l’humanité est confrontée à l’heure actuelle, en
témoignent les inondations et crues meurtrières en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas
ainsi que les récentes terribles vagues de chaleur qui ont frappé le Canada, l‘Espagne et
l’Afrique du Nord, ou encore les feux qui ravagent la Sibérie. Cette crise climatique est
alimentée en premier lieu par l’industrie des énergies fossiles dont Total est un des géants
mondiaux.

Grâce à son partenariat de mécénat avec le musée du Louvre, le groupe bénéficie d’une image
positive auprès de la société et assure ainsi l’acceptabilité sociale de son business model
climaticide basé sur les énergies fossiles. Au-delà de jouir de l’aura de la prestigieuse institution
qu’est le musée du Louvre en échange de son financement, Total bénéficie également de
nombreuses contreparties indirectes utiles à la poursuite de son activité économique, au
premier rang desquels l’outil de diplomatie internationale que vous lui offrez.

L'artwashing, stratégie de relations publiques que les multinationales pétrolières utilisent pour
redorer leur image est désormais dénoncée dans de nombreux pays et plusieurs institutions
culturelles telles que le Royal Shakespeare Theatre et le Tate museum au Royaume-Unis ou le
musée Van Gogh aux Pays-Bas ont pris les mesures et engagements nécessaires en cessant
leurs partenariats avec les entreprises productrices d’énergies fossiles.

Le dérèglement du climat est l’affaire de toutes et tous et la culture ne se situe pas en périphérie
de cette problématique. Par son partenariat avec Total, le Louvre contribue à créer la norme
sociale selon laquelle les entreprises qui produisent du pétrole et du gaz sont utiles à la société
alors qu’elles concourent à sa perte en alimentant la crise climatique et en s’opposant à toutes
les réglementations qui permettraient d’en sortir.

Il est ainsi légitime pour les citoyens et la société civile dans son ensemble de questionner ce
type de partenariat et il est urgent pour les institutions culturelles telles que le Louvre de se
positionner publiquement contre les financements issus des entreprises productrices d’énergies
fossiles.

Le Louvre doit prendre ses responsabilités et cesser de se rendre complice des activités
climaticides de Total qui nous mènent vers un monde à plus de 2°C.

Après la production et la diffusion d’une série documentaire sur le sujet au printemps dernier,
nous commencerons à la rentrée une nouvelle étape de notre campagne publique en faveur
d’un outil de réglementation européen visant notamment à interdire les partenariats de toutes
les institutions publiques européennes avec le secteur des énergies fossiles.

Je vous propose une rencontre afin d’échanger avec vous à ce sujet et sur la suite de notre
campagne dès la rentrée du mois de septembre.

Veuillez croire, Madame la présidente directrice, en l’expression de ma considération


respectueuse.

Jean-François JULLIARD

Directeur général de Greenpeace France

Vous aimerez peut-être aussi