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Raison présente

L'identité selon Claude Lévi-Strauss. De la substance à la structure


Pierre-Noël Denieuil

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Denieuil Pierre-Noël. L'identité selon Claude Lévi-Strauss. De la substance à la structure. In: Raison présente, n°169, 1er
trimestre 2009. Les usages politiques de l'identité. pp. 83-93;

doi : https://doi.org/10.3406/raipr.2009.4144

https://www.persee.fr/doc/raipr_0033-9075_2009_num_169_1_4144

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L'identité selon Claude Lévi-Strauss

De la substance A la structure

Pierre-Noël Denieuil *

Ce texte a pour objectif de mettre en évidence le « sens »


que Claude Lévi-Strauss attribue à la notion d'identité, notam¬
ment dans le cadre du séminaire qu'il a dirigé au collège de France
en 1974-75 1. Outre l'ethnologie, Lévi-Strauss a convoqué le
mathématiques, la linguistique, la biologie, la philosophie dans
leur manière de poser et de définir la question de l'identité. Son
dessein était à deux niveaux : d'une part comprendre comment
des disciplines scientifiques diverses « formulent et tentent de résou¬
dre chacune pour son compte le problème de l'identité » ; d'autre
part et simultanément, de rassembler des anthropologues afin de
confronter les multiples visions de l'identité au sein des sociétés
exotiques, ainsi qu'au sein de nos propres sociétés (essentiellement
rurales). Dans la partie ethnologique des interventions suscitées
il a cherché « un commun dénominateur de la problématique des
sociétés exotiques et de la nôtre ». Le séminaire a interrogé un peu¬
ple sud américain (les Bororo), deux populations africaines (les
Samo et les Mossi), puis des groupes paysans de l'Europe orien¬
tale (Balkans) ou de la France de l'est (Chatillonnais). Son idée
sous jacente était que « l'identité se réduit moins à la postuler ou
à l'affirmer qu'à la refaire, la reconstruire ; et que toute utilisation
de la notion d'identité commence par une critique de cette notion »
(p. 9).

Le projet de Lévi-Strauss et les revendications


identitaires des années 1970

En organisant son séminaire, le but de Claude Lévi-Strauss


Raison Présente

ticulièrement l'anthropologie qui doit à l'époque faire face à d


nombreuses critiques universitaires puisque « d'aucuns font so
procès » (p. 9). Ce projet se situe dans le contexte des revendica
tions de l'après 68, du droit à la différence face à la crise de l'Eta
et au renouveau des dites « identités régionales » dont entre autre
pour la sociologie François Dubet et Alain Touraine, pour l'éco
nomie Ignacy Sachs, pour l'ethnologie Pierre Clastres et Rober
Jaulin, se sont faits les chantres. Lévi Strauss est exposé à des atta
ques professionnelles contre l'ethnologie et contre le structura

moderne
lisme, notamment
» de la nouvelle
du côtéuniversité
du courantParis
de «7.l'ethnologie
Son fondateur
du Rober
mond

Jaulin dirigeait une équipe de jeunes chercheurs attentifs au véc


et à la quotidienneté des communautés et des petites sociétés euro
péennes, puis des micro-communautés urbaines, dans un souci d
« déconstruire » la connaissance livrée par les générations anté
rieures. La querelle naît d'une opposition de société entre le véc
et le réel. Pour cette génération, connaître c'est essentiellemen
faire l'expérience du « vivre avec », alors que l'auteur de Trist
Tropiques lui disait que « pour atteindre le réel il faut d'abor
répudier le vécu ». C'est alors que Jean Monot, auteur d'un « rich
cannibale », journal autobiographique relatant l'expérience émo
tionnelle d'un ethnologue sur son terrain, publiait sa « Lettr
ouverte à des ethnoloques », ou que Robert Jaulin préfaçait, dan
La paix blanche, sa critique du structuralisme par le célèbre adag
des Pieds Nikelés : « Quand on vend du vent, il faut soigner l'em
ballage ».

Lévi-Strauss précise qu'il s'est posé ce problème de l'iden


tité « en raison d'attaques très vives contre l'ethnologie, qui se fon
jour ces derniers temps » (p. 320). Il prend acte de l'accusatio
qui lui est faite de sombrer dans un nouveau « colonialisme idéo
logique, à quoi on oppose l'irréductibilité de ces autres » . Il syn
thétise ainsi l'affaire : « Une autre mode qui ne vaut pas mieu
que l'autre reproche aux anthropologues de fondre des culture
qui sont radicalement différentes, dans le moule de nos catégorie
et de nos classifications, de sacrifier leur originalité distinctive
leur caractère ineffable en les assujettissant à des formes mentale
propres à une époque et à une civilisations » (p. 10). Il réagit tr
mal à ces critiques et prit de haut ce qu'il qualifiait de « crise d'iden
tité » devenue « le nouveau mal du siècle » et que « une mode pré
tentieuse exploite » . Il répond au débat avec peu de nuance et e
déconsidérant ces héritiers de 1968, « personnages en mal d'iden
L'identité selon Claude Lévi-Strauss

congénitale, la cervelle vide; leur identité souffrante apparaît


comme un alibi commode pour nous masquer... une nullité pure
et simple » (p. 10). Dans un souci d'affirmer une intelligibilité et
curantisme
un langage universels,
: « ceux quiil en
prétendent
vient à accuser
que l'expérience
ses détracteurs
de l'autre,
d'obs¬
individuel ou collectif, est par essence incommunicable et qu'il est
à jamais impossible, coupable même, de vouloir élaborer un lan¬
gage dans lequel les expériences humaines dans le temps et dans
l'espace deviendraient, au moins pour partie, mutuellement intel¬
ligibles, ceux-là ne font rien d'autre que se réfugier dans un nou¬
vel obscurantisme » (p. 10).
En dépit de ces joutes, il y avait là un vrai débat qui justi¬
fie le projet de Lévi-Strauss, associé au philosophe Jean-Marie
Benoist, d'organiser un séminaire sur l'identité. Le souci de la nou¬
velle génération était de reconstruire la science ethnologique à par¬
tir du « terrain » et du « vivre ensemble » (qu'il soit écologiste,
marxiste ou maoïste) qui caractérisait une partie des aspirations
de la jeunesse d'alors. Le souci de l'auteur des Structures élémen¬
taires de la parenté était de construire une science ethnologique
(disons plutôt anthropologique) désubstantialisée et apte à rendre
compte des structures profondes qui relient les peuples du monde,
la
descour
analogies
du roi au
Arthur
sein d'une
et celle
humanité
du roi Soleil,
sans oufrontières,
encore des
voire
Bororo
entre
à Platon. Lévi-Strauss ne partageait pas l'empathie du terrain reven¬
diquée par la génération ultérieure. Il la considérait selon l'expres¬
sion de Jean-Marie Benoist, comme « la forme inavouée d'un eth-
nocentrisme de l'annexion, celui par lequel il advient que l'autre
revienne au même » (p. 15). Sa propre empathie s'inscrivait plu¬
tôt dans un projet de totalisation intellectuelle : « Ce n'est pas une
raison parce qu'un ethnologue se cantonne pendant un ou deux
ans dans une petite unité sociale, bande ou village et s'efforce de
la saisir comme totalité pour croire qu'à d'autres niveaux que celui
où la nécessité ou l'opportunité le placent, cette unité ne se dis¬
sout pas à des degrés divers dans des ensembles qui restent le plus
souvent insoupçonnés » (p. 16; extrait de L'homme nu , Pion).
Dans ce contexte, Lévi-Strauss fait le dessein de « poser le
problème de l'identité sur un terrain plus solide », au nom de ce
qu'il nomme dans Races et Histoire , « l'histoire universelle ». Il
estime à ce titre, dans un texte aux élans des Lumières, que notre
conception d'une identité substantielle immuable et attachée au
vécu de l'individu, perçue comme éphémère et dérisoire, « pour¬
rait n'être que le reflet d'un état de civilisation » : « Mais alors la
85
Raison Présente

fameuse crise d'identité dont on nous rebat les oreilles, acquerra


une tout autre signification. Elle apparaîtrait comme un indi
attendrissant et puéril que nos petites personnes approchent d
point où chacune doit renoncer à se prendre pour l'essentiel : fonc
tion instable et non réalité substantielle, lieu et moment, pareille
ment éphémères, de concours, d'échanges et de conflits auxque
participent seules, et dans une mesure chaque fois infinitésimal
les forces de la nature et de l'histoire suprêmement indifférentes
notre autisme » (p. 11).

La convocation d'un débat interdisciplinaire


sous arbitrage ethnologique

une de ses
En conclusions
préliminaire sur
de la
sonnon
séminaire,
existenceLévi-Strauss
d'une « identité
nous subs
liv

tantielle
une identité
» : Aucune
substantielle
des sociétés
: elles la
« ne
morcellent
semble tenir
en une
pour
multitud
acqui

d'éléments dont, pour chaque culture bien qu'en termes différent


la synthèse pose un problème » (p. 11). Il précise que cette appro
che est
notre civilisation
partagée par
et l'état
les autres
actueldisciplines
des connaissances
: « En cedans
qui des
concern
bran

ches très diverses : mathématiques, biologie, linguistique, psycho


logie, philosophie, là aussi on a constaté que le contenu de la notio
d'identité est mis en doute, et fait l'objet d'une très sévère crit
que » (p. 11).

Le point de vue des ethnologues : la société garant


de la diversité des identités

Notre auteur s'appuie d'entrée de jeu sur la lecture d


sociétés indonésiennes qui renvoie à des identités éclatées, et don
l'essence même est caractérisée par une tendance à la dispersio
irréductible à toute velléité de la substantialiser : « On connaî
notamment en Indonésie, des sociétés qui croient en des "âmes
innombrables logées dans chaque membre, chaque organe, cha
que jointure du corps individuel; le problème est alors d'évit
qu'elles ne s'échappent, de vaincre leur tendance constante à
dispersion. Car c'est seulement à la condition qu'elles resten
ensemble, que l'individu conservera son intégrité » (p. 74). Ce poin
de vue est corroboré par Françoise Héritier venue montrer que
concept d'identité « n'a pas trop de sens chez les Samo » puisqu
leur système de l'univers s'appuie sur « une hiérarchisation ou plu
L'identité selon Claude Lévi-Strauss

souffle qui sont à peu près sur le même plan, et les quatre entités
spirituelles, la vie, la pensée, le double et le destin, lesquelles ne
peuvent pas être ordonnées hiérarchiquement » (FH, p. 74). Ces
entités se combinent entre elles dans la rencontre de l'inscription
généalogique et du métaphysique, en tant qu'esprit des défunts,
indéfinissable « qui donne sa marque propre aux actes de l'en¬
fant ». La même absence d'identité substantialisée se remarque
chez les Bororo, où l'individu s'identifie à des localisations par¬
tielles faites de doubles et d'identifications métaphoriques (p. 180).
L'identité individuelle substantialisée devient éclatée ou
multi facettes, et se trouve subsumée par la soumission au code
social et par l'emprise structurante de la société sur toute initia¬
tive individuelle. C'est alors que la nomination s'impose comme
la première déclaration d'identité. Françoise Zonabend, qui a tra¬
vaillé sur Minot, village du Chatillonnais français montre com¬
ment la nomination y est manipulée par le groupe. Un prénom
devient « surnom » familier lorsqu'il est précédé de l'article « le »
( « le Robert » ). Des sobriquets peuvent s'appliquer collectivement
à un village. De même un individu sera nommé de manière diffé¬
rente selon que c'est un consanguin ou un allié qui s'adresse à lui.
Cette multiplicité d'identités (les indiens Kwakiuti changent de
nom 20 fois dans leur vie) s'objective jusque dans la mort : « Sur
l'inscription tombale, il semble que l'on rassemblait toutes les iden¬
tités que l'individu avait portées durant sa vie et qu'en dernier on
mettait le nom sous lequel sa famille proche le désignait »
(FZ, 284).
Lévi-Strauss met en perspective un jeu constant avec les
identités, auquel l'individu lui-même n'échappe pas : « Il me sem¬
ble que deux notions d'identité sont ici concurrentes : d'un côté
l'identité cartésienne, rationnelle, celle de l'état civil. De l'autre
côté cette espèce d'identité très singulière qui est faite à la fois de
toutes les perspectives du groupe sur un individu donné d'une mul¬
tiplicité de perspectives » (p. 284). Dans les sociétés traditionnel¬
les, les identités désignées marquent la prééminence du groupe sur
l'individu, mais sont rarement assignées de l'extérieur. Lévi-Strauss
constate en ce sens que « L'ethnonyme, le nom ethnique, apparaît
comme
ne sait pas
unesesorte
réclamer
de dernier
d'une fonction,
recours. On
d'un
s'en
titre
réclame
ou d'une
quand
hiérar¬
on
chie » (p. 313). Il distingue entre l'identité donnée à l'intérieur des
relations sociales produites dans le groupe, et celle référée aux

autres
« Dans sociétés
les sociétés
facetelles
auxquelles
que vous
nous
les avez
affirmons
décrites,
notre
les individus
groupe :

87
Raison Présente

cherchent essentiellement à se définir, ou sont obligés, par rapport


à ce qu'en anglais on appellerait Pin group, tandis que dans nos
sociétés quand elles sont en contact les unes avec les autres, la défi¬
nition se fait beaucoup plus tôt et d'abord par rapport à l'out
group. Nous nous disons français pour signifier que nous ne som¬
mes pas italiens, espagnols, allemands. Par contre chez vous on se
dirait français parce qu'on ne peut pas se dire duc, baron, méde¬
cin, professeur, avocat » (p. 313).

Le point de vue des psychanalystes : L'identité


comme construction des individus
Lévi-Strauss reconnaît que l'inconscient freudien a remis
en cause l'idée d'une conscience unitaire que récuse aussi l'ethno¬
logie. Il se définit toutefois « comme un représentant des sciences
humaines extérieur à la psychanalyse » (p. 81). La grande diffé¬
rence tient au fait qu'en ethnologie l'identité est imposée par la
société : « c'est la société qui lui impose l'identité par les positions
qu'elle définit pour chaque individu dans le réseau social » (p. 99).
Alors que la psychanalyse s'attache au mécanisme « des rapports
de l'individu avec ses géniteurs » dans son histoire individuelle,
qui fait que « cette identification exigée par le groupe social pourra
s'établir plus ou moins bien, et parfois même ne pas s'établir du
tout » (p. 99). Le psychanalyste ne voit pas seulement le lien de la
mère à l'enfant dans une relation normative au groupe social mais
introduit l'idée de représentation (et donc de « sexe imaginaire »,
A.G. p. 101) en cherchant à comprendre comment la mère et l'en¬
fant vont se « voir ». La psychanalyse s'intéresse à la part fantas¬
matique et au lien narcissique, elle individualise la relation, alors
que Lévi-Strauss la collectivise. Il y voit un court-circuitage de
l'harmonie mythologique de la société, voire une « réserve » (Green
p. 100) qui serait émise sur le caractère culturel de la notion de
consanguinité. Selon lui, l'ethnologue essaie « de déterminer pour
chaque société une sorte de paradigme collectif des attitudes »,
alors que la psychanalyse partirait de « la constatation que ce para¬
digme n'est pas respecté de la même manière par toutes les confi¬
gurations familiales à l'intérieur du groupe, qu'il y a du jeu, de la
variation » (p. 100).
Même si Lévi-Strauss précise que ces deux approches « ne
sont pas contradictoires et exclusives l'une de l'autre », il estime
ne pas avoir besoin de la relation mère-enfant « pour expliquer les
conduites collectives ». Cette relation constitue pour lui un « micro¬
schéma » secondaire et inessentiel par rapport au « macro-
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L'identité selon Claude Lévi-Strauss

schéma » auquel il s'attache et qui universalise la figure de « l'on¬


cle maternel » comme représentant des donneurs de femmes. Il
croit que les psychanalystes construisent leur schéma à partir de
notre société où « le rapport entre groupes donneurs et groupe

preneur
« sont libres
cessede
d'être
choisir
signifiant
leur conjoint,
» (p. 104),
au fond
puisque
c'est les
la femme
individus
— lay

future mère — qui représente le groupe de ces donneurs : elle se


donne; et non seulement comme individu mais comme membre
d'une autre catégorie sociale, d'un certain niveau de fortune, d'un
certain style de vie etc. » (p. 104).

Le point de vue des biologistes : la « désintégration »


de l'identité

Lévi-Strauss voit dans l'approche biologique de l'identité,


une révolution exemplaire qui permet de passer d'une conception
« subjective, collective et synchronique » (p. 208), à une perspec¬
tive qui est « objective, individuelle et diachronique ». Pour notre
auteur, la biologie introduit à une approche critique et va permet¬
tre une « désintégration » de l'identité substantielle. Ainsi avec la
biologie, « cette identité individuelle, à quoi nous attachons tant
de prix, au fond, se résout en une espèce de libre arbitre détenu,
chacun pour son compte, par dix milliards de points axonaux »,
« sans qu'on puisse jamais prévoir si tel ou tel d'entre eux réagira
ou non à une stimulation donnée » (p. 1 1 ). « Quand on croit attein¬
dre l'identité, on la trouve pulvérisée, en miettes ; et j'imagine que,
quand on pourra faire la théorie de cette "liberté de choix" du
point axonal, on s'apercevra que par derrière, il y a quelque chose
de plus compliqué, par derrière quoi il y a peut-être quelque chose
de plus compliqué encore » (p. 208-209). Le biologiste Antoine
Danchin, invité par Lévi-Strauss, évoque dans le cadre d'un « sys¬
tème global », une identité biologique complexe formée de la mise
en relation d'entités identiques les unes aux autres par leurs pro¬
priétés, et dont « la mise en relation produit quelque chose qui est
qualitativement différent » (A.D., p. 210), du fait que les systèmes
à un stade de complexité renforcée interagissent spontanément.
A cela notre auteur répond qu'il comprend dans ces propos, que
« cette sélectivité que le darwinisme avait placée entre les espèces
et les individus, se trouve maintenant à l'intérieur de l'individu lui
même » (p. 211).
Cette complexité demeure entropique car l'individu perd
des capacités au fil de son apprentissage : « En ce qui concerne la
Raison Présente

certains sons : il est certain qu'un enfant entend infiniment plus


sons qu'un adulte, et qu'on perd cette aptitude » (A.D. p. 212
Selon Antoine Danchin, Jean Piaget a essayé de déterminer en com
parant les comportements d'individus au cours de leur développ
ment, l'enveloppe génétique individuelle, « c'est-à-dire ce qui e
continu d'un individu à l'autre », ou les propriétés du programm
(A.D., p. 212). L'identité biologique se réfère donc à un « pr
gramme » que l'auteur de l'anthropologie structurale défin
comme « un système organisé d'opérations ». Ce système d'op
rations, bien que tout à fait déterminé selon des structures ident
ques, fait néanmoins part à une certaine variabilité, et donc à d
comportements différents, introduits par les différents environn
ments qui ont donné naissance à une structure déterminée ma
particulière (A.D. 214).

Structuration et classement par analogie


une démarche opératoire pour réduire la culture
« l'identique »

tions
tuaient
humaine
d'ordonner
le
tout
des
de
celui
monde
déplacer
couleurs,
dans
deLa
naturelles
le
l'abstrait.
pour
au
l'univers
modèle
métaphore
les
l'intelligibilité
niveau
des
classer
formes
: «saveurs,
logique
Dans
Les
a des
un
les
obsédante
sensibles,
espèces
données
sens,
La
choses
des
que
depensée
la
et
textures,
zoologiques
laréalité
sociales
que
«de
nature
de
d'introduire
sauvage,
la
le
l'œuvre
sensibilité,
monde
du
des
de
proposait
plan
ou
sons
cette
ilde
botaniques
signifie
loue
de
deLévi-Strauss
».
façon
la
considérer
la
Son
àles
logique
sensibilité
lasur
classific
»
projet
réflexi
. const
le da
pl
qe

Il explique qu'en côtoyant la société Bororo, il s'est po


la question de la « recherche des lois d'organisation qui doive

présider
vait résulter
à und'une
agencement
suite deaussi
hasards
complexe,
accumulés
subtil,
» (DVD).
et dont L'identi
il ne po

ne se livre pas dans la certitude de l'expérience première. Il don


un exemple en linguistique, né de sa rencontre avec Jakobson
« les sons émis, phonèmes, n'ont de réalité et d'importance q
dans la mesure où ils servent à distinguer des significations, l'im
portant étant la relation entre les phénomènes et non les sons

langage
la structure
lui-même,
d'une langue
alors on
» est
(DVD).
en position
L'identité
de comprendre
est donc unece« qu'e
stru

ture » affirmée dans la mise en relation des phénomènes qui


constituent, indépendamment de la compréhension que l'on pou
L'identité selon Claude Lévi-Strauss

rait accorder à chacun de ces phénomènes en particulier. Ainsi


comme la linguistique, les faits sociaux « nous mettent en présence
des différentes manières dont les institutions se présentent. Il est
intéressant de comprendre quelles sont les relations entre ces ins¬
titutions, et non les phénomènes eux-mêmes tels qu'ils apparais¬
sent à l'observation empirique » (DVD).

L'auteur des Mythologies a montré que les mythes, sous


leur aspect d'histoires « sans queue ni tête », sont des œuvres col¬
lectives entendues, répétées, modifiées, qui « fournissent des schè
mes, des principes régulateurs », en tant que « type d'explication
qui cherche à rendre compte de la totalité de l'expérience d'une
société depuis ses rapports avec le monde (ciel, plante, animaux,
ordre social...) tel que cette société le voit et l'a créé » (DVD).
Cette vocation du mythe à totaliser l'expérience s'inscrit dans un
inconscient collectif qui dépasse la réalité de telle ou telle société.
Il renvoie à un langage universel à tous les peuples, constituant ce
que Lévi-Strauss nomme des « connexions » et des « relais » de
communication entre les sociétés (à partir de l'opposition
nature/culture, le cru et le cuit, la prohibition de l'inceste...). Et
c'est bien là que se situe son projet identitaire qui montre « en quoi
toutes les cultures se différencient les unes des autres, et en quoi
cependant elles sont identiques par cet effort d'interdire » (p. 40).
Il estime qu'on « pourrait arriver à envisager l'identité de la pen¬
sée mythique en dépit de ses manifestations très différentes ».
L'identité de la culture est l'identique, c'est-à-dire sa capacité à
« déconnecter les espaces et à les reconnecter » (Michel Serres,
p. 40). « Me posant le problème de savoir ce qu'il y a d'identique
dans des mythes provenant de sociétés très différentes et fort éloi¬
gnées dans le temps. . . je concluais qu'en définitive tout mythe cher¬
che à résoudre un problème de communication et que tout mythe
consiste à brancher et à débrancher des relais » (p. 40-41).

tité », aSaconduit
« quêteLévi-Strauss
des structures
à relativiser
profondes lequi
niveau
façonnent
« vécu
l'iden¬
» de

l'identité, en montrant que la désignation des totems, ou du nom


et de l'appellation, appartiennent à une universalité humaine dont
les structures organisent la relation à l'autre. Il nous faut toutefois
pour terminer, et afin de mieux éclairer le projet structuraliste de
notre auteur, interroger sa propre identité, son « être au monde »,
dans la relation même de sa « conscience opérante » (Kristeva
p. 250) à l'existence et à l'expérience dite « subjective » voire subs¬
tantielle.
Raison Présente

Vivre et énoncer l'identité n'est pas la connaître


Claude Lévi-Strauss hait l'expérience subjective comm
hait les voyages et les explorateurs. C'est pourquoi il considè
Tristes tropiques comme un écart dans sa vie, sorte « d'école bu
sonnière », un livre où il a raconté « tout ce qui me passait par
tête ». Il se méfie des sentiments et des émotions (« le moi n
pas seulement haïssable », Tristes tropiques , p. 479). Il estime qu
est dangereux de faire appel à des instincts, des sentiments et ém

tions
« la conscience
pour expliquer
est l'ennemie
ce que l'on
secrète
ne comprend
des sciences
pas.
de Ill'homme
pense q

qui doivent réaliser la distinction du sujet qui opère et de l'ob


qu'il étudie... Il récuse son époque et n'est pas un « homme
terrain » : « J'avoue que pour ma part, j'éprouve une inquiétu
croissante devant ce que j'appellerai ce néo romantisme que no
voyons apparaître par une action conjuguée de la psychanaly
et peut-être même des mathématiques, parce que je me deman
jusqu'à quel point cette unité que l'on postule correspond d'u
façon quelconque à quelque chose de réel ». Et lorsque lui est po
la question de son jugement sur ses contemporains, il se pare
distance et oppose pudiquement sa position d'homme de scien
qui essaie d'extraire du réel des « parcelles de vérité », en mett
à jour « l'ordre secret » qui préside aux œuvres d'art.

tion de L'auteur
l'identitéde
enLa
termes
voix des
d'existence.
masques Iln'aborde
contestejamais
les théories
la qu

l'existentialisme sartrien, de l'immédiateté perçue et du droit à


différence. Il leur reproche cette « forme exaspérée d'humanism
qui séparant l'homme de la nature, sépare de façon ethnocentr
un certain
tion de cette
type
identité
d'homme,
substantielle
de l'homme
s'inscrit
occidental
dans uncivilisé.
antihumanis
La né

dont on a souvent accusé le structuralisme. C'est à ce titre q


critique l'humanisme occidental hérité de la Renaissance, « i
piré par la destruction des cultures, systématique, à laquelle l'
cident s'est livré de la conquête à nos jours » (DVD).
Claude Lévi-Strauss a voulu sortir la notion d'identité
« ghetto » dans lequel il la voyait enfermée par la réification d'u
l'utilisation
« seconde nature
existentialiste
», par unedes
théorie
sciences
du sociales.
sujet et de
Sases
raison
habitus,
a été

prôner la structure identitaire comme un mécanisme « d'horlog


rie » que l'on peut extraire dans une approche du réel qui n
déjà plus la réalité vécue. Sa limite fut de le faire au nom d'u
dénégation de l'expérience sensible et vécue. Si nous optons p
une réconciliation des deux théories, nous nous en référeron
L'identité selon Claude Lévi-Strau

deux niveaux d'échelles distincts, le « micro » et le « macro ». L'u


voit l'identité homogène et vécue dans les mouvements sociaux
ethniques perçus de l'intérieur, et l'autre recherche la structure un
verselle
le structuralisme
qui lui permet
se situe
de àreconstruire
un niveau d'échelle
le « réel d'observation
» . Nous dironsdan
qu

laquelle se dissout le sujet. Lévi-Strauss reconnaît lui-même c


deux niveaux, car le projet structuraliste n'était pas de « vivre
l'identité, mais de la « connaître » : « Si vous prenez une gout
d'eau, elle sera réelle mais différente si on la met sous un micro
cope avec des grossissements successifs car alors vous voyez d
animalcules ou si le microscope est électronique, on voit des mol
cules et des atomes... Il s'agit de savoir quel est le point de vue
le grossissement que l'on doit adopter pour obtenir un résultat. L
structuralisme choisit un grossissement dans lequel la notion
sujet se dissout et s'abolit, nous étudions les mécanismes qui
passent à l'intérieur d'une pensée qui déborde de tous côtés ce pet
secteur de pensée que le sujet croit lui-même délimiter » (DVD

Paris,
par
nisé
tier,
teva,
nos
àont
conversations
Un
tions
1 .laquelle
Claude
Nous
film
suivi
analyses
Claude
André
par
Françoise
Montparnasse,
1977.
Lévi-Strauss,
de
Jean-Marie
nous
les
puisent
Pierre
Green,
exposés
Lévi-Strauss
Cet
sur
enZonabend,
accordées
ouvrage
les
référons
Beuchot,
Jean
nos
interventions
Benoist,
des
Ed.
Paris,
réflexions,
Petitot,
intervenants
en
reprend
au
Quadrige
essentiellement
entretiens
1973
Paul
collège
2006.
avec
Christopher
par
le
Henri
se
de
lecontenu
PUF,
constitue
de
concours
Claude
menés
(numéros
France
Stahl,
2007,
aupar
Croker,
du
Lévi-Strauss.
Lévi-Strauss
livre
des
de
Michel
séminaire
durant
de
José
lère
: bandes
L'identité,
Michel
pages
édition
Antoine
Marchand.
Izard.
l'année
cités).
interdisciplinaire
au
sonores
Cf
Serres,
Grasset
cours
Claude
séminaire
Danchin,
Nous
La
1974-75,
DVD
Françoise
seconde
(DVD
des
avons
Lévi-Strau
et vidéo,
Julia
débats
Fasquel
dirigé
cité)
coor
sour
cent
dir
Hér
Kr
ép
q
d

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