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REPUBLIQUE DU BENIN

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MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET
DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE (MESRS)
-------------------
ECOLE SUPERIEUR DE GESTION INFORMATIQUE
ET SCIENCE
--------------------
UNITE UNIVERSITAIRE DE COTONOU (UUC)

EXPOSE DE MASTER PROFESSIONNELLE

Domaine: Sciences Economiques et de Gestion

MATIERE: Environnement Economique Internationnal

SUJET:

L’ECO

Réalisé par : Professeur : Dr. TOHOUENOU Corneille

 GOUSSI Jpordane
 TATY Hénoc
 AFFOYON Yslain
 DEDEGBE Sandrelle
PLAN

Introduction
I - L’intégration africaine
1 - Analyse des monnaies actuelles en Afrique de l’Ouest
2 - Vers une monnaie unique pour les pays de la CEDEAO / Questions Réponses
II – Chronologie de l’ECO
III – Risques liés à l’ECO
Conclusion
INTRODUCTION
L’objectif d’une monnaie africaine commune est depuis longtemps l’un des piliers de l’unité
africaine, un symbole du dynamisme qui, l’espèrent ses partisans, émergera des efforts
d’intégration du continent. Jusqu’alors en veilleuse, le projet de faire de la création d’une monnaie
africaine unique l’un des objectifs de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) établie en 1963 a
retrouvé le devant de la scène en 2001, lorsque les 53 pays membres de l’OUA ont convenu de la
remplacer par l’Union Africaine (UA); celle-ci a pour mandat non seulement d’assurer, à l’instar
de son prédécesseur, l’unité politique et économique du continent, mais aussi de relever les défis
de la mondialisation. Toutefois, la création de cet espace économique commun impliquerait le
transfert de la souveraineté monétaire des États vers une instance communautaire. Elle nécessiterait
également une relative harmonisation de la gestion budgétaire, la réduction des marges de
manœuvre unilatérales des États participants et une redéfinition de leurs prérogatives7 . Par
ailleurs, à cause des pré-requis et des délais nécessaires d’ajustement, les effets escomptés par les
pays de la sousrégion ne suivraient pas automatiquement leur renoncement aux instruments de
politique monétaire et de change.
I - L’intégration africaine
Le processus de l’intégration africaine à travers la mise en place de la Communauté économique
africaine est censé transiter par six étapes (soit 34 ans) telles que le prévoit le Traité d’Abuja entré
en vigueur en 1994.
Ce processus devra être théoriquement parachevé entre autres par la création d’une Banque centrale
africaine, d’une monnaie africaine unique, d’une Union économique et monétaire panafricaine.
Toutefois, conscients de la difficulté de créer au même moment une zone monétaire africaine à
cause de fortes hétérogénéités intra et inter-CER, les dirigeants africains ont opté pour une
approche séquentielle en deux temps. Dans un premier temps, chaque CER devra établir les
conditions de création d’une monnaie unique en son sein à partir d’un calendrier bien établi. Dans
un second temps, une monnaie unique africaine devra être érigée à partir des monnaies sous-
régionales d’ici 2028. Cette stratégie séquentielle a conduit à créer, à consolider et à rationaliser
les CER4, avec pour objectif de limiter la multiappartenance des pays à différentes CER.
Les pays de la Cedeao sont en marche pour disposer d’une monnaie unique. Un processus dans
lequel le Nigeria est appelé à jouer un rôle de premier plan. Si le projet semble faire l’unanimité, «
le diable est dans les détails ».

1 - Analyse des monnaies actuelles en Afrique de l’Ouest


La « géographie monétaire » de l’Afrique de l’Ouest subsaharienne est constituée de plusieurs

Franc dont la monnaie est accrochée à l’Euro et un ensemble de monnaies nationales inconvertibles
dont le taux de change par rapport au dollar ou à l’euro est plus ou moins administré. La coexistence
de différents régimes de change sur un espace réduit ne favorise pas les échanges commerciaux
entre les pays, compte tenu des coûts de transaction élevés (par exemple les frais engendrés par les
opérations de conversion de devises, ou par les coûts d’assurance supportés par les importateurs et
exportateurs pour se couvrir contre les risques de change). Par ailleurs, pour les monnaies non
ancrées à une devise internationale, des problèmes de crédibilité de la politique de change et les
incertitudes liées à la volatilité des taux de change empêchent l’entrée de capitaux et des
investissements étrangers stables sur un horizon à moyen et long terme.

2 - Vers une monnaie unique pour les pays de la CEDEAO / Questions Réponses
Les pays de la Cedeao sont en marche pour disposer d’une monnaie unique. Un processus dans
lequel le Nigeria est appelé à jouer un rôle de premier plan. Si le projet semble faire l’unanimité, «
le diable est dans les détails ».
Quels sont les arguments qui plaident en faveur d’une monnaie unique pour les pays de la
Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ? Y-a-t-il des points de
blocage et des difficultés ?
L’idée de la mise en place d’une monnaie unique à l’échelle de la Cedeao s’appuie sur plusieurs
observations historiques.
D’abord, les unions monétaires ont tendance à favoriser le commerce régional, à condition qu’il y
ait une taille critique. Ensuite, c’est le commerce régional qui tire les croissances économiques,
plutôt que les transactions réalisées dans le contexte d’une spécialisation Nord/Sud.
La raison est que le commerce régional porte le plus souvent sur des échanges de produits
similaires, ce qui permet d’éviter que les industries nationales soient évincées par les importations.
Enfin, après la Triade au niveau commercial, l’économie mondiale des années à venir risque de
s’organiser autour de pôles monétaires. Il est important, qu’à côté des pôles constitués par les
devises internationales (dollar, yen euro), les pays d’Afrique puissent avoir leurs propres pôles.
Le calendrier de mise en place d’une monnaie unique à l’échelle de la Cedeao obéit à la logique
suivante : les pays non membres de la zone Franc vont d’abord constituer leur propre zone
monétaire appelée « Zone monétaire d’Afrique de l’Ouest » (WAMZ : West African Monetary
Zone) avec l’adoption d’une monnaie commune (l’Unité de compte ouest africaine).
Il s’agit du Ghana, de la Gambie, de la Guinée, de la Sierra-Leone et du Nigeria.
Ensuite, la WAMZ et l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) devraient
fusionner leurs deux zones monétaires en vue de former une zone monétaire unique à l’échelle de
la Cedeao avec l’adoption d’une nouvelle monnaie. Le Cap-Vert et le Libéria devraient également
rejoindre cette zone.
En effet, l’Escudo cap-verdien est ancré à l’euro et le gouverneur de la Banque centrale du Libéria
vient officiellement de demander l’adhésion de son pays à l’UEMOA. Il n’y a pas à proprement
parler de points de blocage, mais comme on le sait, le diable est dans les détails.
En premier lieu, une union monétaire a d’autant plus de chances de tenir que les pays ont des
structures économiques proches, que les politiques économiques menées par les gouvernements
sont coordonnées, et que chacun accepte de ne pas adopter des politiques qui seraient nuisibles
pour les autres.
Il faut donc définir un cadre institutionnel qui favorise cela. Les pays non membres de la zone
Franc ont adopté des critères de convergence des politiques économiques. Mais la convergence des
niveaux de vie est plus difficile à mettre en place pour une union constituée en majorité de pays
pauvres et qui ne disposent pas d’équivalents de « fonds structurels » comme cela a pu être le cas
en Europe.
En second lieu, il ne suffit pas d’avoir une monnaie unique. La question du régime de change est
fondamentale, car il faut décider de ce qui est le mieux pour les pays dans leur rapport avec le reste
du monde. Ainsi, la future monnaie unique de la Cedeao pourra flotter par rapport aux devises
internationales, ou bien être liée à celles-ci par un taux de change fixe, ou encore varier par rapport
à un panier de devises à définir.
Le choix d’un régime de change donné est difficile parce qu’il implique de prendre en compte tous
les aspects du « bien-être » économique et social : le niveau de la dette, les conséquences sur le
commerce, l’inflation, la croissance, etc.

Quel est le rôle particulier pour le Nigeria dans la mise en place de L’eco
Le Nigeria est le seul pays de la Cedeao ayant les capacités de soutenir la monnaie unique, compte
tenu de son poids économique et financier dans la zone et de l’expérience de sa Banque centrale
dans la gestion d’une monnaie indépendante. D’autre part, vu le poids de l’agriculture dans la
croissance économique de la zone, le choix du taux de change n’est pas une question anodine. Par
exemple, la dévaluation d’une monnaie peut améliorer les termes de l’échange sur les marchés à
l’exportation, mais accroître en retour les coûts de production si l’on importe l’essentiel des intrants
de production.
Dans l’esprit des nigérians, la monnaie unique doit servir à protéger le potentiel agricole et
industriel de la zone ; par conséquent, il sera nécessaire de lier la politique de change et la politique
commerciale en matière agricole.
La monnaie devrait servir à limiter les risques de syndrome hollandais, l’impact des fluctuations
internationales des termes de l’échange et l’instabilité des recettes agricoles en raison des très fortes
fluctuations des prix domestiques.
Le Nigeria a une longue expérience dans ces domaines, dont la zone devrait bénéficier. Dans ce
contexte, l’idée d’une monnaie-marchandise fait son chemin. Comme il existait autrefois l’étalon-
or, le taux de change de la future monnaie unique pourrait être défini, non pas par rapport à une
devise internationale, mais par rapport aux cours des principales matières premières exportées par
les pays de la Cedeao.
Ainsi, par exemple en cas de baisse du prix mondial du coton, la monnaie se dépréciant
automatiquement, les recettes d’exportations de la zone — en monnaie nationale — ne seraient pas
affectées (contrairement à ce que l’on observe aujourd’hui).
Évidemment, les pays devront s’entendre sur les produits agricoles que l’on choisit comme
référence pour définir l’étalon marchandise. Il existe bien sûr d’autres alternatives à l’adoption
d’une monnaie-marchandise. On pourrait imaginer une monnaie dont le taux de change serait défini
par rapport à un panier de devises, ou à une devise internationale.
L’avantage de ces solutions est que la politique suivie par la future banque centrale gagnerait en
crédibilité (la crédibilité est importante vis-à-vis des investisseurs qui prêtent des capitaux, mais
aussi vis-à-vis des bailleurs de fonds, parce qu’elle élimine les risques de change). Mais
l’inconvénient est que, du point de vue de la compétitivité, la monnaie unique serait alors
complètement soumise aux fluctuations des devises internationales.

II - CHRONOLOGIE ECO
Projet d'unité monétaire
Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) (Franc CFA (UEMOA))
Zone monétaire ouest-africaine
CEDEAO seulement (Cap-Vert)
Pays officiellement
Utilisateurs CEDEAO :
Zone monétaire ouest-africaine
Cap-Vert
Gambie
Ghana
Guinée
Liberia
Nigeria
Sierra Leone

Union économique et monétaire ouest-africaine


Bénin
Burkina Faso
Côte d'Ivoire
Guinée-Bissau
Mali
Niger
Sénégal
Togo
Banque centrale Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest
Chronologie de la monnaie
Précédent Franc CFA (UEMOA)
Définition de l’Eco
L'eco est le nom d'un projet de monnaie unique des quinze pays de la Communauté économique
des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO), datant des années 1960. Sa mise en place était prévue
pour le troisième trimestre 2020, mais elle a été repoussée à une date indéfinie en remplacement
du franc CFA (UEMOA) dans les huit États membres de l'Union économique et monétaire ouest-
africaine.

L'élargissement à la zone monétaire ouest-africaine est en cours de discussion au sein des instances
de l'Union africaine. Ce projet serait une des modalités pratiques d'un grand marché unique africain
au sein de l'Union monétaire africaine.
Origine
L'Afrique dispose déjà de zones économiques où les échanges sont facilités, comme l'Union
économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) — remplaçante en 1994 de l'Union monétaire
ouest-africaine — ou la zone monétaire ouest-africaine (ZMOA). De plus, l'Afrique dispose déjà
du franc CFA qui, en deux zones, constitue une expérience de monnaie commune.

D'abord initiée en décembre 2009 par les pays membres de la ZMOA, Ghana, Nigeria, Guinée,
Gambie et Sierra Leone, ses promoteurs souhaitent qu'elle regroupe à terme l'ensemble des pays
de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO). D'abord rejoints par
le Liberia puis par le Cap-Vert, les pays de l'une des zones CFA, Bénin, Burkina Faso, Côte
d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo, se joignent au projet en juin 2013 par la voix
de Kadré Désiré Ouédraogo, alors président de la Commission de la CEDEAO.

La feuille de route prévoit une opération en deux temps, avec d'abord l'introduction, début 2015 de
cette monnaie unique au sein des pays non membres de l'UEMOA, puis, en 2020, la fusion des
deux monnaies communes en une monnaie unique. Sa mise en place s'avère difficile, le chemin de
la convergence économique étant complexe, comme il en est fait état lors d'une réunion en mars
2014 à Yamoussoukro.

Histoire et processus du projet


2009-2015
La mise en place était initialement prévue au sein de la CEDEAO pour décembre 2009, mais son
introduction a été reportée dans un premier temps à janvier 2015. La monnaie devait demeurer une
monnaie commune pendant quelque temps, avant la disparition des monnaies nationales en 2020.
Le projet était toutefois signalé comme étant au point mort en septembre 2014.
2018
En 2018, les discussions reprennent dans la perspective d'un lancement en 2020. Dans le cadre de
la monnaie unique, la commission de la communauté de la CEDEAO lance un concours régional
visant à proposer un nom et un logo pour cette monnaie.
Ce concours est ouvert du 1er au 20 novembre 2018 « aux citoyens des États membres de la
CÉDÉAO, indépendamment de leur lieu de résidence, et aux personnes morales légalement établies
dans un État membre de la CEDEAO », souligne la commission.
Le 12 décembre 2018 pour la sélection du logo et du nom de cette future monnaie, des membres
retenus dans le jury du concours se sont réunis à Niamey pour analyser les 126 propositions reçues.
La 54e session ordinaire de la conférence des chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO a
décidé, le 22 décembre 2018 en clôture de ses travaux à Abuja, de constituer un groupe de travail
chargé de proposer des noms et des signes pour la future monnaie unique.
Ce groupe de travail doit être composé des représentants des banques centrales et des experts dans
les domaines de design, graphisme, économie, histoire, anthropologie, sociologie, sciences
politiques, signes monétaires ou droit.
Au titre du régime de change et de l’harmonisation du cadre de la politique monétaire et du modèle
de la future banque centrale, la conférence a invité le comité ministériel comprenant les ministres
des finances, le président de la commission de la CEDEAO et l’ensemble des gouverneurs des
banques centrales des pays membres à finaliser les études d’impact et à lui soumettre des
propositions, lors de sa prochaine session ordinaire de 2019.
2019
En juin 2019, les grands argentiers des quinze pays de la CEDEAO ont insisté sur l’importance de
renforcer la convergence macroéconomique des quinze pays. Le respect du calendrier de mise en
œuvre de la monnaie unique dépendra « des efforts » de chaque pays en la matière, a déclaré le
président de la commission de la CEDEAO, Jean-Claude Brou. « Les performances en matière de
convergence macroéconomique sont une condition sine qua non » pour la monnaie unique, a insisté
Adama Koné, ajoutant qu’il fallait « renforcer les mécanismes de surveillance multilatérale ». Une
devise unique « va apporter beaucoup à nos économies. C’est une occasion d’intégration qu’il faut
saisir pour les pays africains, car les marchés sont [actuellement] fragmentés ». Le 29 juin 2019,
les dirigeants de la CEDEAO ont formellement adopté le nom d'« eco » (sans accent) pour leur
projet de monnaie unique dont ils souhaitent la création dès 2020.
En juillet 2019, le président français Emmanuel Macron a déclaré que le sujet délicat de l'avenir
du franc CFA pouvait être discuté « de manière apaisée » et « sans tabou », alors que les pays
d'Afrique de l'Ouest ont confirmé leur intention de se doter d'une monnaie commune. Le franc CFA
« a une utilité », a insisté le président français. « On doit garder la part de stabilité que ça apporte
mais on doit permettre à toute la région de s'intégrer pleinement dans un espace monétaire intégré
».
En août 2019 a lieu, à Conakry, en Guinée, la 42e session du Conseil de convergence de la zone
monétaire ouest-africaine (ZMAO). Cette organisation regroupe les pays membres de la CEDEAO
qui n’utilisent pas le franc CFA. Lors d’une réunion précédente à Abuja, au Nigeria, les chefs
d'États et de gouvernement ont instruit les gouverneurs des banques centrales de tout mettre en
œuvre pour lancer en 2020 la monnaie unique en Afrique de l'Ouest dénommée eco.
Cette future monnaie, l’eco, pourra néanmoins avoir des relations avec l’euro sans qu’elles soient
exclusives. Ce qui va donc changer, c’est que les banques de la zone CFA d’Afrique de l’Ouest
devront gérer la totalité de leurs réserves de change. Une sorte d’indépendance monétaire que
réclame une partie de l’opinion dans la région.
« La Banque centrale des pays d’Afrique de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) va gérer
la totalité de ces réserves de devises et va les répartir auprès des diverses banques centrales
partenaires dans le monde », a assuré le chef de l’État béninois, déclarant que cela se ferait « très
rapidement ».
En décembre 2019, sur RFI, le président ivoirien Alassane Ouattara a défendu le franc CFA dans
son fonctionnement actuel, c’est-à-dire une monnaie attachée à l’euro : « Le fait que nous sommes
arrimés à l’euro, si nous empruntons des euros, le moment de les rembourser dans cinq ou dix ans,
le taux est fixe. Il n’y a pas de problème. Donc, c’est le même taux auquel nous remboursons. Et
si nous avions une monnaie, les gens parlent de monnaie flexible, c’est très bien pour certains pays.
Mais nous, nous avons une parité fixe. Je suis désolé de le dire, je suis ancien gouverneur de la
Banque centrale et peut-être que je ne suis pas objectif. Si les pays de l’UEMOA n’ont pas tellement
de problèmes de dettes, c’est grâce à cette parité fixe ».
Le 21 décembre 2019, les chefs d’États de l’espace communautaire de la CEDEAO se réunissent à
Abuja au Nigéria, pour examiner les recommandations des ministres des Finances, concernant le
régime de monnaie unique proposé pour la sous-région.
Cette rencontre intervient après la réunion du comité des ministres de Finances et des gouverneurs
des banques centrales de l’espace communautaire organisée quelques jours auparavant dans la
capitale nigériane.
Le président ivoirien Alassane Ouattara annonce la fin du franc CFA pour les huit pays de la
CEDEAO et son changement de nom pour prendre le nom « eco » : « par un accord avec les autres
chefs d'État de l'UEMOA, nous avons décidé de faire une réforme du franc CFA ». Les liens
techniques avec la France sont en grande partie coupés, c'est-à-dire que Paris ne cogérera plus la
monnaie de ces huit pays. Les réserves de change ne seront plus centralisées par la France et
l'obligation de verser 50 % de ces réserves sur un compte d'opération du Trésor français disparaît.
De plus, la France se retire des instances de gestion du CFA.
Jusqu'à présent, Paris avait un représentant à la Banque centrale des états d'Afrique de l'Ouest, un
autre à la commission bancaire, et un dernier au conseil de politique monétaire. Toutefois, c'est la
Banque de France qui restera garante de la convertibilité entre l'eco et l'euro avec lequel il gardera
une parité fixe. Il est prévu que sa mise en place s'effectue en 2020[3].
Le 21 décembre 2019, La CÉDÉAO « exhorte les États membres à poursuivre les efforts visant le
respect des critères de convergence » requis pour la mise en œuvre de la monnaie commune, a
déclaré Jean-Claude Kouassi Brou, président de la Commission de la Cedeao à la clôture d’un
sommet extraordinaire des chefs d’États ouest-africains à Abuja, au Nigeria, Seul le Togo semble
respecter les critères de convergence.
Les critères clés de convergence sont de rester en dessous de 3 % du Produit intérieur brut de
déficit, de 10 % d’inflation, avec une dette inférieure à 70 % du PIB.
Tout en se félicitant des « progrès enregistrés », la conférence a demandé au comité ministériel
chargé du dossier d’« accélérer » ses efforts en vue de « la création de l’union monétaire de la
Cedeao en 2020 ».
Les chefs d’État des 15 pays de la région ont par ailleurs adopté le symbole de l’eco – « EC » –
ainsi que le nom de la future Banque centrale de la Cedeao, la « Banque centrale de l’Afrique de
l’Ouest ». Aucun calendrier précis n’a toutefois été annoncé officiellement.
Les réactions sont alors contrastées : pour Kristalina Georgieva, directrice du FMI, ces
changements « constituent une étape essentielle dans la modernisation d'accords de longue date
entre l'Union économique et monétaire ouest-africaine et la France ». À l'inverse, des économistes
africains contestent leur portée, tel Demba Moussa Dembelé qui y voit une façon de « torpiller le
projet de la CEDEAO ou de le retarder le plus possible. Ils coupent l’herbe sous le pied des critiques
en éliminant les symboles qui fâchent sans toucher au fond du problème. Ce que demandent les
peuples africains, c’est la fin du franc CFA et non sa réforme. »
Le 28 décembre 2019, le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, s'est rendu
à Abidjan en Côte d'Ivoire, pour rencontrer Alassane Ouattara et échanger sur la réforme du franc
CFA dans la zone UEMOA. Le président équato-guinéen souhaiterait voir s'appliquer la même
réforme en zone CEMAC et juge le franc CFA « obsolète ».
Le 30 décembre 2019, le Ghana rappelle qu'il pourrait être le premier pays hors zone CFA à adopter
l’eco, ce qui en ferait la première économie de cet espace monétaire devant la Côte d'Ivoire, en
attendant que le Nigéria renonce à sa monnaie, le naira. Mais le Ghana conditionne cette adoption
à la levée des barrières commerciales et monétaires et à la fin de la parité fixe avec l’euro. Le Ghana
invite les autres États de la CEDEAO à installer une Banque centrale fédérale.
2020
Le 10 février, le Nigeria demande un report du lancement de l’eco, prévu théoriquement en juillet
2020. « La position du Nigeria sur l’eco est que les critères de convergence [entre États] n’ont pas
été atteints par la majorité des pays » devant adopter cette monnaie commune, selon la présidence
nigériane sur son compte Twitter. « Il doit par conséquent y avoir un report du lancement de la
monnaie unique », ajoute-t-elle.
Fin février, l'agence de notation américaine Standard & Poor's réalise une étude sur la
concrétisation du projet de sortie du franc CFA, et se dit rassurée par le fait que l'eco reste arrimé
à l'euro et que la France continue à garantir sa convertibilité. Le lancement de la nouvelle monnaie
n'aurait donc pas d'effets immédiats, et une dévaluation n'est à ce jour pas prévue. L'étude rappelle
de même que « les États membres de l'UEMOA ne seront plus tenus de conserver la moitié de leurs
réserves de change sur un compte d'opération au Trésor français. Autrement dit, la banque centrale
régionale, la BCEAO, pourra gérer ses réserves de changes comme bon lui semblera ».

Le 20 mai, le Conseil des ministres français valide un projet de loi qui sera soumis au Parlement
qui doit aboutir à la disparition du franc CFA en zone UEMOA. La Banque centrale des États de
l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) ne sera plus obligée de déposer la moitié de ses réserves de change
auprès du Trésor public et la France se retire des instances de gouvernance dans lesquelles elle était
présente.
Le 10 décembre, la France ratifie l'accord de coopération monétaire avec l'UEMOA qui doit
permettre la mise en œuvre formelle de l'eco.
La nouvelle monnaie unique ouest-africaine devait voir le jour en 2020 mais sa mise en place a été
repoussée à une date indéfinie.

III – Risques liés à l’ECO


Il est clair que le lancement réussi de l’euro a suscité un regain d’intérêt pour les unions monétaires
dans les autres régions. Mais on oublie parfois que le processus a été très long en Europe.
En Afrique, les problèmes budgétaires sont bien plus graves et la crédibilité des institutions
monétaires est plus fragile.
Si la création des institutions nécessaires a été aussi difficile pour des pays riches dotés de services
administratifs très compétents qui ont œuvré de concert pendant plus de 50 ans, comment qualifier
réalistiquement le défi posé aux pays africains sinon d’énorme?
Deuxièmement, l’union monétaire africaine est motivée par la volonté de contrecarrer ce qui est
perçu comme des faiblesses économiques et politiques. Par exemple, les groupements régionaux
pourraient aider l’Afrique à négocier des accords commerciaux qui lui sont favorables, à l’échelle
mondiale (dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce) ou bilatérale (avec l’Union
européenne et les ÉtatsUnis).
Si l’objectif d’intégration régionale semble fondé, on ne sait pas très bien si la formation d’une
union monétaire y contribuerait grandement. Il est à prévoir qu’une monnaie mal gérée et sujette à
des dépréciations répétées ne fera pas la fierté de la région ni ne rendra les pays membres influants
sur la scène mondiale.
En bref, une monnaie unique peut réduire les coûts de transaction de divers types, mais un pays qui
renonce à sa monnaie nationale renonce aussi à sa capacité d’utiliser la politique monétaire
nationale pour réagir à des chocs asymétriques. Il peut réduire au minimum cet inconvénient en
assouplissant le fonctionnement de son économie.
En d’autres termes, un pays qui renonce à sa souveraineté monétaire peut quand même faire face à
ces chocs, essentiellement grâce à la mobilité de la main-d’œuvre, à la flexibilité des salaires et des
prix et aux transferts budgétaires.
Pour déterminer la probabilité de chocs asymétriques pour un pays, il faut voir dans quelle mesure
ses structures de production et d’exportation sont semblables à celles des autres membres de l’union
monétaire.
Les pays de la zone euro disposent de moyens de communication et de transport bien meilleurs que
les pays africains. Aussi l’Afrique ne peut-elle s’attendre à réaliser les mêmes économies d’échelle,
ni à voir les coûts de transaction diminuer autant — même en proportion de son poids économique.
La forte spécialisation des pays africains fait que leurs termes de l’échange sont soumis à des chocs
considérables, qui souvent ne sont pas liés aux mêmes produits et n’évoluent donc pas tous dans le
même sens.
Ni les caractéristiques structurelles des économies africaines, ni les outils de politique économique
disponibles ne laissent attendre une adaptation facile à ces chocs. La mobilité de la main-d’œuvre
dans certaines régions africaines est plus grande qu’en Europe, mais elle reste limitée et demeure
un sujet politiquement sensible.
Par ailleurs, il existe aujourd’hui peu de possibilités de transferts budgétaires entre pays africains.
Lorsque l’analyse s’applique à l’Europe, il est généralement supposé que les questions relatives à
la conception des institutions sont pour l’essentiel résolues.
En particulier, les statuts de la banque centrale peuvent interdire à celle-ci de financer les dépenses
publiques. (En Europe, cette interdiction est assurée par une disposition de non-renflouement, qui
empêche les banques centrales d’accorder des prêts à l’État et que vient renforcer une tradition
d’indépendance de la banque centrale, notamment en Allemagne.)
Le principal danger est que la politique budgétaire exerce alors indirectement des pressions sur la
politique monétaire, quoique le Pacte de stabilité et de croissance de la zone euro ait cherché à
réduire ce danger au minimum.
L’efficacité de ce pacte est très controversée — en partie parce que plusieurs pays n’ont pas
respecté le plafond fixé au déficit, mais il n’est pas à craindre dans l’immédiat que l’indépendance
de la Banque centrale européenne soit menacée.
En Afrique, cependant, les problèmes institutionnels sont bien plus sérieux.
Les banques centrales existantes ne sont en général pas indépendantes, et les pays dotés d’une
monnaie qui leur est propre ont souvent enregistré une inflation élevée parce que leur banque
centrale a dû financer des déficits publics ou d’autres activités quasi budgétaires.
La creation d’une banque centrale régionale pourra-t-elle remédier au manque de crédibilité dont
souffrent les banques centrales existantes?
Si oui, une banque centrale qui serait plus indépendante et qui ferait régner une plus grande
discipline budgétaire que les banques centrales nationales pourrait devenir un «organisme
d’encadrement.
Cependant, l’histoire nous apprend que cet organisme d’encadrement a besoin d’autres piliers
institutionnels et n’est pas directement issu de la seule union monétaire.

Conclusion
Il résulte de ces analyses que les économies des pays de l’Afrique de l’Ouest ne sont pas
synchrones. Toutefois, seules deux corrélations négatives et significatives ont été identifiées 173
entre les cycles communs et les dynamiques individuelles des pays. Les divergences observées ne
sont donc pas de nature à exclure toute possibilité de constitution d’union entre les pays de la sous-
région. Par ailleurs, contrairement aux réserves souvent exprimées par rapport au Nigeria, les
dynamiques d’inflation et de croissance de ce pays le rapprochent plus des économies de l’UEMOA
que de celles de ses partenaires dans la ZMAO.
Le projet de monnaie unique de la CEDEAO est donc porté par des économies qui ont une
convergence lente et qui ne sont pas synchrones. Mais les pays de la région qui participent déjà à
une union monétaire sont relativement proches et synchrones. Par rapport à la compétitivité
extérieure, la situation des pays en union monétaire n’est pas pire comparée à celle de leurs voisins.
Par ailleurs, la participation d’un pays partenaire du projet de ZMAO à l’UEMOA aurait été
accompagnée d’une amélioration immédiate de sa compétitivité extérieure et de son niveau de
bien-être, mesuré par sa consommation par habitant. Le projet de monnaie unique de la CEDEAO
est donc meilleur à la poursuite d’une politique monétaire et de change autonome pour les pays
partenaires du projet de ZMAO. Toutefois, la faible proximité des économies devrait être compe
Notes et références
« La réforme du franc CFA est une « étape essentielle », selon le FMI », Le Monde, 23 décembre
2019 (lire en ligne, consulté le 25 décembre 2019)
« À Abidjan, conférence de presse du Président Emmanuel Macron avec Alassane Ouattara,
Président de la République de Côte d'Ivoire », sur elysee.fr, 21 décembre 2019 (consulté le 22
décembre 2019)
Cyril Bensimon, La fin du franc CFA annoncée par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, Le
Monde, 21 décembre 2019
« Ouattara annonce le remplacement du franc CFA par l'éco en Afrique de l'Ouest », sur rfi.fr, 21
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