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De 1350 à 1389, trois rois se sont succédés à la couronne de France, dans le
contexte politique complexe de la guerre de Cent Ans : Jean le Bon de 1350 à 1364, Charles
V de 1364 à 1380 et Charles VI de 1380 à 1422.

Nous avons ici deux textes traitant d¶une part d¶une succession et d¶autre part de
dettes. Ces deux textes présentés dans le corpus sont tous deux des chartes. Ce sont des
actes de la pratique mis en forme d¶une certaine manière, qui sont créateurs de droit et qui
font foi en justice. Pour la seconde partie du document 2 il est question de lettres et chartes
royales ce sont des actes émanant de la chancellerie royale, les lettres patentes, scellées à
la cire verte et ayant une valeur perpét uelle.

Les auteurs de ces chartes sont des gardes du s ceau et des tabellions. Notre document 1
date du 10 août 1350. En ce qui concerne le document 2, nous savons que la plainte fut
portée à Paris le 15 décembre 1 388, que le jugement et serment furent faits le 28 décembre
et que l¶ensemble de l¶a cte fut énoncé le 2 janvier 13 89.

Le contexte politique est complexe avec des crises externes comme internes. Nous
sommes ici dans le cadre de la guerre de Cent Ans sur la période 1350 -1389. En effet durant
la guerre de Cent Ans, la supériorité tactique anglaise est telle que le roi de France enchaîne
défaites sur défaites. Le discrédit des Valois va alors permettre à Charles de Navarre de
contester leur légitimité et de réclamer le trône de France. Il va alors prof iter de la
déstabilisation du royaume pour jouer sa carte. La Normandie, région où se situe le fief dont
il est question, est une région tampon que se tiraille nt l¶Angleterre, le Prince de Navarre et le
roi de France. En 1315, la Normandie avait reçu une quasi autonomie. En 1354, au traité de
Mantes, Jean II le Bon cède quasiment la moitié de la Normandie (côté Cotentin) à Charles
de Navarre, puis en 1355 Jean confie son domaine de Normandie à son fils Charles V que
Charles de Navarre échoua à corrompre. En fin, après la bataille d e Poitiers, Jean se voit
obligé de céder la Touraine, l¶Anjou, le Maine et surtout la Normandie à Edouard III, roi
d¶Angleterre.

En ce qui concerne nos textes, pour le document 1, de la ligne 1 à 3 l¶auteur présente


les hommes présents à la rédaction de l¶écrit, aussi bien le garde du seel, le juré que le
propriétaire du fief. Ensuite de la ligne 3 à 7, on explique que Guillaume Semion tient ce f ief
de son père, on délimite géographiquement le fief ; et note qu¶une partie du fief e st confiée
par hommage aux religieux du couvent de Saint Etienne de Caen. L8 à 11, on affirme que
par cet hommage, Guillaume Semion et ses hoirs, seront tenus de respect er ce prêt de terre
octroyé aux religieux. L 12 à 13, sont notées la date du document et l¶officialisation des
lettres. Pour le document 2, de la L 14 à 19 sont rappelées les obligations de Guillaume
Semion envers les religieux ainsi que les gens présents à la rédaction du document. De la
L19 à 24, est présentée la dette que Guillaume doit au roi, n¶ayant pas payé l es rentes
pendant plusieurs années. De la L 24 à 27, quand un nouveau receveur arrive en 1386, il
décide de faire vendre le fief, ce à quoi s¶oppose le propriétaire. De la L 28 à 33, Semion
n¶ayant pas remboursé sa dette de 2ans et en raison de l¶hommage, le fief est mis aux
enchères auprès des religieux. L33 à 47, on explique que Semion a donc perdu ses terres et
que la partie confiée aux religieux leur a été vendu e. De la L47 à 49, l¶acte est officialisé et
daté. De la ligne 50 à 88, la charte rappelle les faits émis dans une précédente charte datant
du 28 décembre 1388. Cette charte fut faite à Caen. De la L50 à 52, sont énoncées les
parties présentes. De la L 52 à 70 Guillaume Sémion reconnait devant notaire Oudart Paisan
l¶édit du roi Charles VI. Il reconnait l¶hommage aux religieux et accepte de leur laisser le fief
de Ros ainsi que tous autres terrains rattachés pour une certaine somme. Guillaume
s¶engage à ce que lui, ainsi que ses successeurs, ne viennent jamais tenter de ré cupérer ces
terres. L70 à 80 Il prête alors serment. Il espère ainsi que les religieux auront quelques
considérations, pitié et compassion pour lui. Et c¶est le cas puisque au vu des anciens
services et en échange du respect de ses engagements, les religie ux lui ont laissé tailler et
donner des biens de leur église. L80 à 87 On précise que Guillaume jure sur les évangiles
de respecter ses engagements fait devant notaire et ce en tout temps. De la L87 à 88. De la
L89 à 91. 

Ainsi nous allons pouvoir nous dema nder quelles sont les causes et les
conséquences de l¶endettement d¶un seigneur normand ? Dans un premier temps, nous
étudierons la situation même du fief d¶origine : un fief normand qui est soumis à l¶hommage.
Dans un second temps, nous étudierons les ca uses de l¶endettement du propriétaire du fief,
pour enfin en déduire les conséquences de son endettement avec l¶intervention officielle.

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Etudions donc tout d¶abord le cadre de ces deux textes .

L.3 et 17 « la paroisse de Rots ». Rots est un ensemble de quartiers, de hameaux


que la mue sépare selon un axe nord sud. L¶originalité de Rots est le dédoublement du
village, le Bourg et une vaste demeure rurale, terre donnée à l¶abbaye Saint -Ouen de Rouen.
A côté de ces fiefs ecclésiastiques existaient quelques fiefs laïcs et notamment le fief
Siméon situé entre l¶église et le marais dans le vallon de la mue, à proximité de la chapelle
de l¶Ortial.

L.4 et 5 «fieu» est un fief. Les fiefs sont de différents types selon le bien qui est
concédé, les obligations afférentes et sa place dans la hiérarchie féodale. Le plus souvent, le
fief est une tenure, une terre que le vassal tient de son seigneur et qui assure sa subsistance
et le paiement d¶un équipement militaire. Plus particulièrement il est question ici d¶un L.5
« Franc-fieu » ou franc-fief. Le franc -fief est un fief dont la concession ne donne lieu à aucun
service. La possession d¶un fief influait notablement sur la position sociale de son détenteur.
Ici il est question à la l.20 de «25L.t de rente» Une rente est un revenu annuel versé en
nature ou en argent d¶un capital qu¶on fait valoir ou qui a été constitué par contrat au profit de
quelqu¶un. Guillaume Sémion devait donc verser une redevance annuell e s¶élevant à 25L.t.
Cette taxation avait été fixée par Jean, duc de Normandie à l¶époque où Raoul Campion était
receveur des aides de guerre à Caen.

L6 «tenu par hommage». L¶hommage est une promesse de fidélité et de dévouement


absolu d'un vassal envers son seigneur. Cette attache liait deux hommes pour la vie. En
rendant hommage au suzerain, le vassal s'interdit tout acte d'hostilité contre lui, et promet de
lui apporter aide et conseil. Il devait servir son seigneur en toutes conditions, et combattre
pour lui en certains cas. En contrepartie, le seigneur lui assure la possession paisible
d'un fief, généralement une terre dont le revenu lui permet de vivre noblement et de
s'équiper pour la guerre. L'hommage est une cérémonie publique qui se déroule en gé néral
au château du seigneur, devant témoins. Il n'y a donc pas besoin de contrat écrit. Ici p lus
particulièrement, des religieux prête l¶hommage à Guillaume Sémion. Ce qui est une
particularité. On peut donc penser à un échange de conseil et de soutient s pirituel,
Guillaume s¶engage à servir et protéger les religieux.

L61 à 66 sont énumérées les différentes possessions du fief. Elles sont composées
de différentes taxes qui sont rattachées au fief , tel que le relief ou encore le treizième. L.62 le
« relief » est un droit que le vassal payait à son seigneur lors de certaines mutations,
notamment lors de successions. L.62 le « treizeisme » est une redevance due au seigneur,
qui se monte à la treizième partie des revenus d'un fief ou du prix de vente d'un bien . L65
« maisons, manours et eddiffices » le fief est aussi composé de divers bâtiments. L.64
« fours, moulins ». Guillaume Semion possède aussi des banalités qui sont des droits que le
seigneur avait d'imposer l'us age de son four, de son moulin et autres objets lui appartenant,
à ses sujets et de percevoir une redevance sur cet usage. Et enfin des terres exploitées et
non exploitables y sont rattachées. 

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Comme nous l¶avons présenté en introduction, l¶histoire de la Normandie est
complexe. Sa position ambiguë, tiraillée entre les princes même bien avant la guerre de Cent
Ans, induit de multiples spécificités qu¶il faut prendre en compte.

A la ligne 2, L14 et L 24, il est question de la « Vicomté de Caen » et du « vicomte de


Caen » Au temps des mérovingiens et carol ingiens, le vicomte était un officier nommé par le
roi, pour gouverner un comté en l'absence du comte. Une vicomté était le ressort et l'étendue
de la juridiction de ces jugesþ En ce qui concerne la vicomté de Caen, elle est fondée vers
l'an mille. Sous l'autorité des ducs de Normandie, elle occupe une place essentielle dans
l'appareil administratif et judiciaire. Après la réunion du Duché au domaine royal français au
XIIIe siècle, elle devient une subdivision du bailliage royal. Elle a en charge principalement
les affaires concernant les paiements les tutelles et successions nobiliaires. La vicomté est
s¶occupe aussi de la petite délinquance et des atteintes aux biens.

 Pour rester dans le domaine judiciaire, ligne 41 est invoqué e « la coutume de


Normandie ». Une coutume est tout d¶abord, un ensemble de règles juridiques fondées sur
l¶usage et la mémoire collective. Pour la coutume de Normandie, ce droit oral coutumier est
mis par écrit en latin dès le 12 ème siècle puis traduit en français et nommé Grand coutumier
dès 1300.on peut retenir quelques caractéristiques de cette coutume qui la différencie du
droit français classique : dans le système de succession, seul l¶aîné hérite, Guillaume
Semion doit être l¶aîné de la famille, les c adets eux n¶héritent de rien et doivent trouver
d¶autres moyens pour acquérir des biens, les filles sont dotées et transmettent leur héritage
au mari en cas d¶absence d¶héritier mâle. Pour le droit matrimonial, la coutume de
Normandie prévoit un partage st rict des biens entre les deux époux, tout est fait pour que les
biens ne soient pas dispersés ou séparés vers d¶autres branches familiales. Enfin, la
coutume de Normandie a pour originalité, ce que l¶on appelle « la clameur du haro », c¶est
une plainte verbale, lorsque quelqu¶un se sent menacé ou attaqué, il peut engager une
procédure judiciaire,  on sommait quelqu¶un de comparaître sur -le-champ devant un juge
pour se plaindre en justice par action civile du dommage que l¶on affirmait avoir souffert.

Dans un souci géographique, il convient de souligner qu¶il est question de parties de


fiefs disséminés sur la « paroisse de Ros »ligne 6, commune située à l¶ouest de Caen.

De plus, certaines parties du fief sont confiées aux religieux du « couvent Saint
Etienne de Caen » ligne 7, 14, et L 87  C¶est le couvent de l¶Abbaye st Etienne de Caen.
L¶abbaye Saint Etienne fut fondée s ous Guillaume le Conquérant pour faire bien voir son
mariage avec Mathilde de Fland res, aux yeux du pape. C¶est l¶Abbaye aux H ommes, elle
bénéficie d¶enrichissement sous les ducs de Normandie et devient un foyer intellectuel
important. La construction de l'abbaye aux Hommes commence en 1063. L'église a été
construite entre 1065 et 1083. Ensuite, Guillaume le Conquérant enrichit ce monastère de
domaines, d'argent, d'or et de divers ornements ; La guerre de Cent Ans met l'abbaye en
première ligne des combats. Nous voyons dans ce texte l¶étendue de leurs terres jusqu¶en la
paroisse de Ros. 

Après avoir étudié le fief du seigneur, sa soumission à l¶hommage et son cadre


géographique, voyons comment son propriétaire s¶est endetté.

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La période de notre étude est une période de crise qui touche le monde seigneurial.
Plusieurs facteurs sont à l¶origine de cette crise. Nous nous attacherons donc à é tudier dans
cette seconde partie les causes de l¶endettement de Guillaume Sémion.

A) Une fiscalité grandissante.


Le premier aspect qui touche les seigneurs et ce seigneur normand plus
particulièrement est une fiscalité grandissante.

Dans le deuxième texte, l. 22 à 23 « es parties de environ des aides qui lors couroient pour le
fait de la guerre. » La guerre de Cent Ans ainsi que la guerre interne contre Charles de
Navarre conduisent à une fiscalité grandissante. Une fiscalité plus pesante puisqu¶on passe
d¶une économie de paix à une économie de guerre qui se pérennise. Le financement de
celle-ci devient un large problème aux yeux du roi. Les revenus domaniaux ne suffisent plus.
On fait alors appel aux aides. Pour les vassaux du roi ceux -ci n¶était soumis qu¶aux aides
aux quatre cas. Les quatre cas étant les suivants : lorsque le seigneur est prisonnier, lorsqu¶il
part en croisade, lorsque le seigneur arme son fils afin qu¶il devienne chevalier et enfin
lorsqu¶il marie sa fille aînée. En 1360, on voit la création d¶une aide nouvelle afin de payer la
rançon de Jean le bon fait prisonnier lors de la bataille de Poitiers en 1356 et s¶élevant à 3
millions d¶écus. Cette aide rentre bien dans le cadre des quatre cas puisqu¶il s¶agit de la
situation où le seigneur est fai t prisonnier. On reste donc dans le cadre de la coutume , et le
consentement des vassaux n¶est pas demandé . Pourtant très vite ce nouveau prélèvement
va s¶apparenter à un impôt, amenant alors avec lui une certaine contestation.

L.19 « ycellui fieu chargé de puis vingt et quatre ans en encha envers le roy notre seigneur ».
Ici on peut penser au premier abord à une forme de contestation puisque comme nous
l¶avons évoqué plus haut les nouve lles exigences fiscales entraînent une contestation. En
effet, il n¶était pas concevable à l¶époque que le roi dépasse ses propres ressources en
taxant ses sujets. Le roi avait le devoir de vivre de ses propres ressources que lui
apportaient son domaine et autre droit. Mais cette idée de résistance doit être minimisé voir
écarté. En effet L.19 à20 « en encha envers le roy notre seigneur en la somme de 25L.t de
rente par an » et l23 « pour les arrérages desquielx 25L de rente deus de plusieurs termes et
années passées », montre ici que plus qu¶une résistance c¶est d¶une incapaci té dont il est
question ici. Une incapacité de payer ses dus. En effet avec le concours en partie de la
guerre les revenus du domaine seigneurial surtout en Normandie ont diminué et il devient
difficile de pallier à cette baisse de profit. Dans le document « L¶abbaye de Saint Etienne de
Caen » on apprend que dès 1362, Guillaume Sémion pour tenter de se relever
financièrement avait vendu une partie de ses propriétés. Mais cela ne suffit pas. Ajoutons à
cela que la guerre qui se déchaîne est surtout présent e en Normandie. La guerre entraî ne
alors des destructions de terre mais aussi lors des trêves par le passage des grandes
compagnies qui pillent et saccagent les terres.

Enfin, L.3 du premier texte et l.15 du second texte est précisé que Guillaume Sémion éta it
« escuier » et l.5 du premier texte « oussi escuier, aîné son père ». Cela traduit le fait que les
problèmes financiers que subit Guillaume Sémion peuvent remonter à plus loin. En effet, le
déclassement de la petite noblesse se traduit par la raréfactio n en son sein du nombre de
chevaliers. L'écuyer est un jeune homme qui se destine à devenir chevalier. Les jeunes
hommes sont écuyer de 14 à 17 ans puis vient la cérémonie de l¶adoubement. Mais le coût
de celle-ci ainsi que de l¶équipement et des différent es dépenses qui s¶en accompagnent
deviennent trop importante. On voit alors des hommes préférant demeurer écuyer jusqu¶à un
âge avancé voir jusqu¶à leur mort.

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Dans ce texte il est question d¶arrérages et rentes : L23 « arrérages desquels 25 L de
rente deus de plusieurs termes et années passés » et L20 « 25L T de rente par an ». La
rente est le revenu périodique produit par un capital aliéné ou cédé, versé par la personne
ou l'organisme qui exploite ce capital. Le roi est suzerain des seigneurs, il leur prête des
terres dont il tire des rentes. Ensuite, les seigneurs eux mêmes tirent des rentes de leurs
vassaux. Mais il semble ici que le système ne fonctionne plus. Si le seigneur avait promis
L21 « aucunes debtes », il se retrouve L33 « saisi des choses comprinses » avec des dettes
de deux ans, et son fief est L28 « mis aux enchères »et L29 « au pris de 100L t ». Il s¶agit de
recontextualiser cet endettement. Hormis l¶augmentation fiscale royale nous sommes dans
un contexte économique global complexe.

D¶un point de vue démographique, après la grande croissance du XIIIe siècle et


début XIVe siècle, dès 1350, la population décroît, en Normandie certains historiens
retiennent une perte de 70% de la population, alors que l ¶on est à une période où le faible
développement technologique rend l¶homme indispensable à la production. A cette tendance
naturelle au déclin ou stagnation démographique s¶ajoute le fléau de la peste qui décime des
villages entiers. Tout cela pour expliq uer que de ce point de vue un seigneur se trouve
confronté à une main d¶œuvre rare et donc chère.
De plus dans notre texte, il est question à de multiples reprises des livres tournois,
monnaie de référence, utilisée pour pouvoir convertir des sommes dans une même unité, à
une époque où une multitude de valeurs était en circulation. Elle servait à homogénéiser les
opérations financières, et elle était bien distincte de la monnaie avec laquelle ces opérations
étaient matériellement effectuées. A cette époque, la monnaie est instable, on constate une
dévaluation monétaire, cela consiste en une réduction du taux de métal précieux dans la
monnaie, de plus, face à une soif de numéraire, le prix de l¶or augmente et il est de plus en
plus difficile d¶en trouver. Voici un exemple de monnaie en circulation cette fois très stable,
créée en 1360 par Jean II le Bon à son retour de captivité

En parallèle, face à un climat difficile et des étés pourris, la carence en production si


elle a entraîné à court terme une flambé e des prix, selon Claude Gauvard à long terme, les
produits agricoles s¶effondrent. En effet, le prix des productions monte plus lentement que le
prix des outils ou de la main d¶œuvre Or les revenus paysans et seigneuriaux sont
essentiellement fondés sur l a production agricole et vont donc diminuer ce qui entraîne des
endettements. Les seigneurs ont un train de vie à maintenir alors même que leurs revenus
diminuent.

On comprend mieux l¶endettement d¶un seigneur tel que Guillaume Semion face à
ces problèmes démographiques, monétaires et économiques.

Pour terminer, après avoir étudié le fief en question, les causes de l¶endettement du
seigneur analysons en donc les conséquences



 
 
       
  
 Face à un tel endettement, les débuts d¶une administration royale efficace se mettent
en marche, jusqu¶à la dépossession totale du propriétaire de son fief.

    


 
 



Face à un tel endettement, on constate à travers le texte, l¶intervention de multiples
officiers et instances locales comme nationales.

D¶une part, interviennent des officiers qu¶on pourrait dire locaux comme L1 et 14
« garde du seel » et « garde du seel des obligacions de la vicomté de Caen ». Le garde du
sceau en français modernisé, était un officier local, ici de la vicomté de Caen (que nous
avons définie auparavant) qui détient les sceaux. Le sceau est des cachets où sont gravés
en creux des signes propres à une autorité souveraine, à un corps constitué ou à u n simple
particulier. Quand il est appliqué sur une matière molle, cire ou plomb, afin de créer une
empreinte en relief, il atteste l'authenticité, l'autorité et la validité des documents sur lesquels
il est apposé. Guillaume du Theil comme Aubery Levesque , tous deux gardes du sceau à
une époque différente, ont authentifié nos deux documents.

Ensuite il est question de « clerc juré » L2, de « clerc tabellion juré » L51 et de
« tabellion »L79, 80et 84. Un tabellion est un notaire soit un professionnel de
l¶instrumentalisation, il a l¶avantage de valider les actes avec foi, d¶où l¶adjectif de « juré ».Le
clerc est ici le clerc de notaire, soit l¶employé d¶une étude de notaire þ En plus des gardes du
sceau, des tabellions ou leur commis étaient présents et ont r édigé ces actes.

De plus, c¶est un receveur L21 « Raoul Campion fut receveur a Caen », qui a
constaté que Guillaume ne payait pas ce qu¶il devait au roi. Un receveur, est un officier local
qui gérait la perception des prélèvements financiers. Il est vrai q u¶au XIVe siècle l¶impôt
devient régulier et donc les perceptions régulières et pesantes. A cause de cet endettement
il est dit que le fief est porté au « marchié de boursse » L40, il semble qu¶à cette époque le
mot bourse désigne le lieu public où s¶assem blent, à certaines heures, les négociants, les
banquiers, les agents de change, les courtiers, pour traiter d¶affaires, comme ici de la vente
d¶un bien.

Mais comme l¶affaire s¶est compliquée et que d¶une certaine manière Guillaume a
voulu contester la mise en vente de ses biens, d¶autres instances sont intervenues. L30
l¶affaire a été menée devant les « gens des comptes du Roy » et donc L 43 à la « Chambre
des comptes ».La Chambre des comptes est une commission permanente qui prend
naissance au sein de la curia regis dans la deuxième moitié du XIIIe siècle ayant un champ
d¶action très vaste. C¶est un organe de contrôle vérifiant la comptabilité des agents
percepteurs, un organe de contrôle administratif portant sur les engagements des dépenses
ou aliénation des biens mais aussi une instance de justice jugeant les litiges financiers
comme ici. Les gens des comptes sont donc des officiers royaux appartenant donc à la cour
du roi , L38 « la court du Roy » vers qui se sont tournés les religieux. Comme on le voit sur
notre schéma, la cour du roi (contenant la chambre des comptes) avait des compétences
politiques, financières, administratives et judiciaires La cour du roi étant la seco nde branche,
avec l¶hôtel du roi, de la curia regis. A cette époque, la curia regis réunissait donc de grands
seigneurs, des officiers royaux, des ministériaux chargés de l'administration royale, ainsi que
de conseillers.

S¶il semble que les officiers soi ent ici très consciencieux dans leur travail de contrôle
et de perception à la lecture d¶ordonnances et de lettres, on constate de nombreuses
dérives, trafics et abus de cette administration royale. La fréquence de ces abus, qui ne sont
pas mis en avant dans ces textes, s¶explique par les exigences contradictoires de ces
officiers : ils sont recrutés pour servir un roi juste, ce qui suppose le respect des libertés
locales et des personnes mais d¶autre part, le souverain leur demande d¶être efficaces, ce
qui passe souvent par des méthodes expéditives. Voici le cas illustratif de Nicolas Braque,
un administrateur royal, membre de la chambre des comptes corrompu mais protégé par le
roi, il a spéculer sur les mutations monétaires et assassinat ceux qui auraient pu le
dénoncer, tout cela sous la protection de Jean II le Bon qui lui donna une lettre de rémission
en 1361 en le déclarant cinnocent « parce qu¶il a bien longuement et loyalement servi ».

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L.24 25 «Jehan le Grant, viconte de caen, eust des l¶an 1386 derrain passé fait
mettre en ban et vendue ledit fieu et terre et toutes les appartenances et deppendances
d¶icelui fiieu avecques les fruits et labours dessus croissans.» Les problèmes financiers et
l¶incapacité de paye r ses dus au roi conduisent donc le vicomte de Caen à mettr e en vente le
fief de G. Sémion. Il fait donc une saisie sur le fief de Sémion et ordonne la mise en vente.
C¶est au cours des pleds (cour ou assemblées locales où le souverain prend conseil de ses
vassaux) et sergenteries que la vente de tous les biens et bâtiments est décrétée. Il procède
alors de la manière suivante. Durant trois dimanche et à l¶issue des messes les biens seront
mis aux enchères. Cette procédure de dépossession de la terre était prévue dans le droit
féodal dans les cas suivants : lorsqu¶un vassal était coupable de félonie (c¶est à dire qu¶il
manquait de fidélité à son seigneur) ou encore lorsque le vassal ne faisait pas hommage de
son fief à son seigneur dans les délais prescrits.

L.27 à 29 « Et aussi eust en ladite vendue esté mis enchiere de la partie desdis
religieux, abbé et couvent de Saint Estienne, et la chose mise au pris de cent L.t» Les
religieux de Saint Etienne ayant eu connaissance de cette affaire vont alors proposer 100 L.t
afin de racheter le fief. Cette proposition de rachat est formulée par le trésorier de l¶abbaye.

L29 «en après sur ledit debat ou opposicion mis par ledit Sémion» Guillaume se rend
donc à Paris afin de couper court à la mise en vente et tenter de récupérer un délai de
paiement supplémentaire. L.31 à 32 «eust requis temps et terme« donné lui fut jusques à
deux ans » il obtient donc un délai de 2ans et fait alors serment devant les notaires du roi de
rembourser. Mais sa situation ne s¶améliore pas. Le fief est alors vendu et acquis par l¶abbé
Robert qui n¶est autre que l¶ancien trésorier de l¶abbaye. Les religieux ont désormais à
charge de payer chaque année la rente s¶élevant à 25 L.t. Ils ont aussi à charge de payer les
arrérages s¶élevant à 150 fr ancs. Les religieux récupèrent donc le fief par l¶intervention de
diverses institutions royales. L47 à 49 L¶officialisation est faite par le roi Charles VI au travers
d¶un édit rédigé le 15 décembre 1388. Les religieux paient les sommes de la vente à un
chargeur du trésor et receveur du domaine du roi.

L67 à 70 « et sans que lui, ses hoirs ne autres aians cause de lui y puissent jamés
aucune chose demander ne reclamer par quelconques voie, cause ou raison que ce soit« »
G. Sémion reconnait donc ne plus avoir de droit sur ce fief et écarte par la même occasion
ses descendants. Mais bien que serment fut fait , les religieux se doivent d¶attendre deux ans
supplémentaires afin de jouir pleinement de ce fief. En effet, la sœur de Guillaume ainsi que
son mari ont tenté de réclamer ce fief pour des raisons de lignage. L e droit féodal prévoyait
que lors de succession le fief soit remis à l¶héritier. Les religieux furent donc obligés de leur
verser 30 L.t afin que ceux -ci renoncent à toutes prétentions sur le fief.

Notons enfin l.73 à 80 de « Pour le quel fait lesdis religieux aian pitié et compassion
d¶icellui escuier « jusqu¶à « content et agrée devant icelui tabellion » que les religieux
prennent pitié de Guillaume et consentent à lui bailler et donner des biens afin que celui -ci
ne se retrouve pas dans le besoin. En effet, un noble sans terre équivaut à un déclassement
social radical et non envisageable.

  
 
En conclusion,

Cette étude, nous a donc permis de mieux comprendre la crise seigneurial qui traver se notre
période. Dans la paroisse de Ros se situe un franc -fief tenu par Guillaume Sémion. Cette
terre, dont une rente doit être versée chaque année, est tenue par hommage. A celle -ci sont
liées plusieurs droits et biens particuliers. Dans un texte tel que celui si il a fallu prendre en
compte toutes les spécificités du cadre normand et s¶attarder sur le cadre de la vicomté
comme de l¶Abbaye. Durant la guerre de Cent Ans et suite à différentes crises internes, le
fief du Guillaume Sémion se trouve en diffi cultés financières dû à une fiscalité royale
grandissante. Il nous a paru important de replacer ce cas d¶endettement seigneurial dans un
cadre économique plus général, c¶est ainsi qu¶on a pu constater « le malheur des temps »
économique de cette époque. Un endettement seigneurial a bien sur eut des conséquences
et à travers nos textes nous avons pu constater une réelle intervention de divers officiers et
instances royales comme locales en gestation. Autres conséquences de cet endettement,
c'est la dépossession du fief. Le rachat de celui -ci est alors effectué par les religieux. Ceux -ci
sont désormais à charge de payer la rente annuelle. C¶est un cas limité à la Normandie.
Celle-ci comme nous l¶avons dit subit de plein fouet les guerres. Ce qui n¶est pas le c as pour
le reste du royaume. De plus, cette crise qui touche les seigneurs ne se limite pas à ceux -ci.
On voit sur toute la période une crise globale touchant toutes les couches sociales ainsi que
tous les secteurs.