Vous êtes sur la page 1sur 5

Les chromitites des ophiolites de Bou-Azzer

Localisation : La boutonnière de Bou Cadre géologique (Fig.1) : La boutonnière


Azzer-El Graara (Fig. 1) recèle plusieurs de Bou Azzer-El Graara qui longe l’Accident
gisements de chromite associés aux roches Majeur de l’Anti-Atlas (Choubert, 1947) est
ophiolitiques. Les gisements les plus caractérisée par l’affleurement d’écailles
importants sont localisés entre le Jbel Ingajjam tectoniques de roches mantelliques rattachées
et Aït Ahmane (GPS : N30°29'52.97", à une série ophiolitique démembrée, vestiges
W6°38'43.67", alt. 1300m). d’un plancher océanique du Néoprotérozoïque
moyen obducté sur la marge nord du craton
Historique et état actuel : Les gisements ouest-africain lors de la collision panafricaine.
de chromite de la boutonnière de Bou Azzer-El Ce complexe ophiolitique comprend des
Graara ont été exploités par la CTT serpentinites dérivant de harzburgites et de
(Compagnie de Tifnout-Tiranimine) entre 1990 dunites qui encaissent de petites lentilles
et 1998. Bien que le tonnage commercialisé podiformes de chromite massive, des cumulats
n’ait pas dépassé les 100 000 tonnes, la ultramafiques à mafiques, un complexe filonien
teneur à été souvent au-delà de 45 % de (sheeted dyke complex) très réduit et des
Cr 2 O 3 , ce qui en faisait un produit de haute écailles de basaltes et diabases spilitisés.
valeur ajoutée. L’exploitation a été arrêtée à Dans sa partie orientale, le complexe
cause de l’épuisement des corps connus, sans ophiolitique de Bou Azzer contient de
toutefois faire appel aux outils d’exploration nombreuses lentilles podiformes de chromitite
indirects pour découvrir et exploiter les massive ou disséminée (Fig. 2 et 3),
gisements cachés. encaissées dans des serpentinites.

Substance exploitable : Chrome

Fig. (1) : (A) Les grands domaines structuraux du Maroc ; (B) Schéma géologique de l'Anti-Atlas ; (C) Carte géologique
simplifiée de la boutonnière de Bou Azzer–El Graara (d'après Leblanc, 1975).
Fig.(2) : Log synthétique du complexe ophiolitique de Bou-Azzer et localisation des corps minéralisés (Chr) (d’après Leblanc,
1975)

Description des gisements s’étendant sur plusieurs dizaines de mètres de


Les corps exploités jusqu’à maintenant sont longueur. Ces pods se localisent dans des
tous de petite taille (quelques milliers de péridotites litées (dunites) à la base des
tonnes) et sont tous de subsurface, mis en cumulats et dans la partie supérieures des
évidence par la prospection directe (Fig. 3). Ils harzburgites (manteau supérieur résiduel).
sont encaissés dans les péridotites
serpentinisées. Les chromitites se présentent Dans les harzburgites, les corps de chromite
sous deux formes (Fig. 2) : sont toujours entourés par de dunite. Ils
► des grains disséminés qui s’organisent forment des lentilles concordantes (direction
généralement en lits dans les serpentinites ; dominante N110 à N130E) ou des lentilles
► des masses irrégulières «pods » de discordantes d’environ 30°) sur les structures
quelques centimètres à une dizaine de mètres magmatiques primaires des harzburgites.
d’épaisseur, de 20 à 30 mètres de largeur

Fig. (3) : Carte géologique montrant la distribution des amas de chromite (pods) dans le secteur d’Aït Ahmane-Jbel Ingajjam.
Les corps podiformes présentent auréoles de chlorite et de stichtite (carbonate
généralement des textures massive, rubaneé, de chrome et de magnésium, hydraté). Dans
nodulaire, disséminée (Fig. 5 et 6). Les les zones déformées, la chromite acquiert une
structures les plus caractéristiques sont des texture fibreuse.
nodules de chromite massive (0.3 à 3 cm de La gangue est constituée essentiellement
diamètre) et des orbicules à couches d’olivine serpontinisée et transformée en un
concentriques de chromite et d’olivine (2 à 3.5 assemblage de chlorites, épidotes, trémolite,
cm) (Fig.6). vésuvianite, carbonates, etc. La chromite
La chromite est souvent xénomorphe à lorsqu’elle s’altère, elle se transforme en
subautomorphe, en grains millimétriques, stichtite [Mg6Cr2(CO3)(OH)16.4H2O]. A Bou-
disséminée ou en îlots multigranulaires, parfois Azzer, cette dernière est abondante par
associée à la magnétite. Les grains de endroits en petites mouches roses
chromite sont généralement altérés, ou disséminées dans la serpentine.
fracturés et sont cernés par des liserés et des

Fig ; (6): A) échantillon de chromite disséminée dans les dunites de la carrière d’ Ingajjam (barre
échelle = 3 cm) ; B) minerai de chromite massif (barre échelle = 5 cm) ; C) minerai de chromite avec
un halo d’altération au sein des harzburgites d’ Ingajjam (barre échelle = 4 cm) ; D) minerai de
chromite (produit de scheidage) provenant des indices du massif de serpentinite de la région d’Ait
Ahmane.
Fig.(7): Photos de chromitites de Bou-Azzer (a) type massif, (b) type disseminé, (c) type nodulaire et
(d) type orbiculaire dunitique.

Hypothèse génétique : Les structures progressivement en chromite qui est le premier


internes des corps de chromite, leur formes, minéral à cristalliser, entre 1300 et 1200 °C ;
leur localisation privilégiée dans la zone de ce minéral reste en suspension dans le flux
transition sous la section crustale, s’expliquent magmatique comme des particules solides
par le modèle de Lago et al., 1982 dans une cellule d’élutriation où elles peuvent
(cristallisation et concentration de la chromite s’agglomérer pour former des nodules. Ainsi
par processus d’élutriation dans le flux formés, les corps de chromite initialement
magmatique). Selon ce modèle la chromite se discordants par rapport aux structures
concentre dans des pièges qui correspondent d’écoulement plastique de haute température
à des zones élargies des filons nourrissant en du manteau, vont être progressivement
basalte la dorsale d’origine. Le flux ascendant transposés et accordés dans la foliation des
de magma basaltique, circulant dans un péridotites en s’éloignant de l’axe de la dorsale
conduit recoupant les péridotites, se charge (Fig. 8).
Fig.(8) :Formation des gisement de chromite selon le modèle d’élutriation dans un conduit magmatique sous une paléoride
océanique (d’après Lago et al., 1982).

Vous aimerez peut-être aussi