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Le secret de Jésus

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« Je ne viens pas apporter la paix mais la guerre, a dit Jésus. J’ai
jeté le feu sur le monde et j’attiserai jusqu’à l’embrasement. »
(source)Et c’est maintenant.

Pour les chrétiens, et peut-être aussi pour les autres, Jésus est le
visage de l’amour inconditionnel, l’image du Relié qui relie les
autres par la puissance de son propre lien, ou celui qui délie. Pour
eux, son existence historique est anecdotique.

Son corps physique n’a pas plus d’importance, même si le mystère


de son visage reste assez troublant. On se souvient des péripéties
invraisemblables concernant le suaire de Turin : est-il
authentique ? bidonné ? Le fake ne date pas du web…

La plus grande prudence est recommandée dans un sujet aussi


sensible que Jésus. Ici, je ne veux rien faire d’autre qu’interroger
l’histoire et le mythe. Avant toute autre spéculation, assurons-nous
que l’homme, un certain Yeschoua Bar Yosef, est bien réel.

Du mythe à la réalité

Certains historiens, et non des moindres, pensent que Jésus est un


héros composite, nourri de multiples influences et de plusieurs
prophètes de cette époque. Il y en eut, c’est vrai, un très grand
nombre au premier siècle, tout autour de la Méditerranée, et peut-
être ailleurs. Un film fou s’en était fait l’écho, La vie de Bryan des
Monty Pythons, un régal de british nonsense où toute une
ribambelle de « rois des Juifs » sont condamnés ensemble à la
crucifixion. On ne prête qu’aux riches…
La vie de Jésus et son personnage sont si émouvants, si réussis…
que certains les ont jugés trop beaux pour être vrais.

Bien des séquences de la vie de Jésus sont des remakes de


traditions antérieures. Osiris, Christ des Atlantes, ou Prométhée,
Christ des Hellènes sont des modèles qui ont pu servir à composer
le Christ Jésus, sans compter Enki le Christ de Sumer, Viracocha
le Christ des Andes, Manou le Christ des Indes, et beaucoup
d’autres. Mais le modèle le plus proche est un christ oriental,
Mithra. Alors Jésus, ou plutôt Yeshua n’a pas existé ? De
nombreux textes semblent attester sa réalité mais ils sont douteux.

Nazareth ? connais pas

Bible, évangiles, actes des apôtres, épitres, tous ces textes sont en
effet de parti-pris, copiés par des moines qui oeuvraient pour une
cause. Ils ont enluminé leur copie de faits merveilleux empruntés à
d’autres traditions. Les premiers moines ont ainsi façonné trait par
trait le personnage composite que les églises nous présentent
aujourd’hui sous le nom de Jésus de Nazareth. Déjà, première
erreur historique. On sait depuis peu que la ville de Nazareth
n’existait pas encore en l’an 1. Mais les copistes médiévaux
l’ignoraient…

En fait, le premier conte de Noël est formel, Jésus n’est pas né à


Nazareth, mais à Bethléem, dans une étable. Pour cause de
recensement, ses parents ont dû se rendre dans leur ville natale. En
chemin, ils se sont arrêtés à Bethléem pour y passer la nuit, mais
l’hôtel était complet, rien d’étonnant, toute la Judée était sur les
routes. La fable paraît crédible. Sauf qu’elle reste une pure fable :
les méticuleuses archives romaines n’ont pas trace du moindre
recensement dans ces années-là…

Mais ça, les copistes l’ignoraient aussi. Encore un détail qui


cloche, et un nouveau coup de canif dans le mythe.

Pire, les archives romaines ne mentionnent pas non plus la mise à


mort d’un dénommé Yeshua bar Yosef, puisque tel était l’état civil
de Jésus. Pour certains théologiens, cette histoire repose sur une
erreur de traduction. Encore une ! Yeshua n’était pas Nazaréen, il
appartenait à la secte des Nazoréens, gnostiques purs et durs, sous
la guidance d’un certain Yacoub, Saint Jacques, frère aîné de
Yeshua. Attendez… il était fils d’une vierge et il avait quand
même un frère aîné ? Oui, oui, on y reviendra.

Nag Hammadi

Seulement voilà. Quand les moines copistes ont lus Nazoréen dans
la version copte, comme ils ne connaissaient pas la secte en
question, ils ont changé pour Nazaréen, mieux connu. Du coup, ils
ont inventé l’histoire du recensement pour justifier la naissance à
Bethléem. De toute façon, il fallait que Yeshua ne naisse pas chez
lui, pour pouvoir placer la belle image de la crèche et des bergers,
empruntée à une tradition orientale antérieure : l’adoration de
l’enfant-dieu par les bergers est purement et simplement décalquée
du mithraïsme.

Bien que fausse, l’image d’une naissance dans le dénuement est


conforme au personnage de Yeshua. Dans l’Évangile de Thomas,
on voit la pauvreté de rabbi Yeshua, qui n’a même pas une pierre
où reposer la tête. En vérité, il nous le dit « Je viens pour vous
révéler un savoir secret. » Voilà la clé de notre salut, ajoutent les
gnostiques. Quel savoir ? Question idiote. Si le savoir est secret,
on ne sait évidemment pas de quoi il s’agit. D’accord, mais
puisqu’il est venu nous le révéler, ce savoir n’est plus secret.

L’évangile de Judas et celui de Thomas ont en commun une


qualité précieuse : l’authenticité. Découverts dans les sables du
désert, ils n’ont subi qu’un demi siècle de caviardage par le clergé
catholique. On ne peut pas en dire autant des évangiles
canoniques, qui ont reçu pas mal d’injures au fil des conciles et
des fluctuations théologiques. Les textes de Nag Hammadi ont une
double fraîcheur, celle de l’origine, et celle, décapante, de la
gnose. Il y souffle un parfum de modernité qui ne vient pas
seulement de la traduction.

Jésus et Bouddha

On y découvre un Rabbi Yeshua fascinant de complexité, qui


prend femme, qui boit et qui fume, à l’opposé du petit Jésus rose
et bleu flanqué d’angelots fessus et de moutons bêlants. Les
gnostiques l’auraient vomi, eux pour qui le monde est infesté par
le mal et donc indigne de nos regrets. Le monde, peut-être, mais
tous nos chéris qui y sont ? Le point de vue gnostique en rappelle
un autre, celui de Çakya Muni dit le Bouddha, ce fils de radja
hindou qui a fait le show cinq siècles avant Jésus.

Né avec dans la bouche une cuillère en argent, brillament éduqué,


nourri, vêtu, Çakya Muni envoie tout balader pour prendre la route
avec son bâton de pèlerin. Sous un figuier, plaf, il se mange l’éveil
en pleine tronche : il comprend qu’il a perdu son temps
jusqu’alors. Comme les gnostiques, il voit que la vie est une vallée
de larmes, un océan de souffrances, il comprend qu’il faut s’en
détacher sans regret. Vieille rengaine de toutes les sectes. Par
contre, l’histoire du démiurge est plus originale et mérite qu’on
s’y attarde.

Démiurge, pas Dieu

Pour les gnostiques, notre créateur n’est pas le vrai dieu.


L’homme a été créé par un faux dieu. Un apprenti-sorcier. Un
démiurge, comme on dit dans ces cas-là. Est-ce la raison qui fait
de cette terre une vallée de larmes ? Le démiurge, est-ce le
diable ? Est-il attaché à notre perte, ou pire ? A votre avis ? On
bute sur un os théologique. Si le diable nous a fait, il n’est pas le
Mal, puisqu’il y a du bon dans l’homme. Si le démiurge n’est pas
le diable, qui est-il au juste ?

Un sous-dieu ? Un grouillot divin en mal d’indépendance ? Ou


tout bêtement un généticien de talent, qui s’est contenté de
tripatouiller son ADN pour accoucher d’une créature fragile, à vie
brève, si brève qu’il nous a nommé les éphémères. « Dieu a créé
l’homme à son image. » Dans ce cas, Dieu est un homme comme
les autres.

L’homme est un dieu qui s’ignore. Il n’y a pas de différence de


nature entre dieu et l’homme, juste une différence de degré.

Voilà le véritable secret de Jésus. Voilà sa révélation qui sauve.


Voilà pourquoi il se disait fils de l’Homme. Comment Dieu s’est
fait homme s’il l’était déjà ? Qu’importe, au fait ? Jésus savait
tout ça, il était gnostique comme son frère Jacques, toutes ces
histoires n’avaient pas de secret pour lui. Le livre d’Enoch était
son livre de chevet. Comment ? Vous ne saviez pas que Jésus avait
un frère ? Il en avait même plusieurs, dont Jacques, qui était le big
boss des Nazoréens, une secte gnostique qui groupait des
extrémistes purs et durs.

Les Nazoréens voulaient nettoyer un peu les écuries d’Augias du


Sanhédrin, le haut-clergé juif acquis à Rome. Dans le livre de
chevet de Jésus, le Livre d’Enoch, ce dernier rencontre les
démiurges, Elohim, « elles et ils, venus du ciel », qui ont créé
l’Adam à leur image. En terre d’Eden. Avec leur ADN. Eden,
Adam, ADN. Et la saga va… Quand Jésus évoque son Père qui est
dans les cieux, de qui parle-t-il ? Du démiurge ou du vrai dieu ? Le
démiurge n’a créé que la bagnole, pas le pilote.

Le démiurge a fait le corps, en tant que prince de la matière. Mais


la lumière de l’esprit existait avant le démiurge. En nous prêtant
vie dans un corps biomanipulé, il n’a pu empêcher l’âme éternelle
de s’y glisser. Ainsi, dans le mythe de Prométhée, quand il nous
façonne dans l’argile, Athéna y met son grain de sel et y ajoute
une âme. C’est pourquoi nous sommes de nature divine, bien que
créés par un intermédiaire, nous sommes comme lui, reliés à la
Source, donc de nature divine. Voilà le secret de Jésus.

Entre Dieu et l’homme, il n’y a pas de différence de nature.


Il y a juste une différence de degré.
Cultive Dieu en Toi.

Dans les Andes va survenir un homme doux et bienveillant. Il


soignera les malades, il détournera les hommes des effusions de
sang. Son nom sera Tiki ou Enki. Il montrera aux gens comment
se passer de leur bagnole. On n’est pas né pour être pilote, leur
dira-t-il. On n’est pas au service de la bagnole. Alors les Andins
renonceront à leur corps de chair. Aucun démiurge n’a fait notre
âme. Incréé, tel est notre esprit. Eternelle est la lumière. Notre
apparence actuelle est contingente, seule la lumière demeure.

Xavier Séguin