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Université Mohammed V – Agdal

Faculté des Sciences Juridiques Semestre 3 – 2007/2008


Economiques et Sociales
Rabat

www.ecoa.bbactif.com

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Réalisé par un étudiant d’après
le cours exposé par monsieur EL HADIRI Abderassoul
durant le semestre 3 de la session 2007/2008 sur
les Grandes Etapes de la Construction Européenne.
 
Table des matières

Introduction ..........................................................................................................................3
Chapitre I : Les organes, les premiers appels à la signature du traité de Rome ............8
Section 1 : les préludes : du vieux rêve d’unité aux premières initiatives concrètes.. 8
Paragraphe 1 : les exhortations et les projets d’unification ....................................... 8
Paragraphe 2 : l’émergence des premiers organes communs .............................. 11
A – la coopération économique ............................................................................ 11
B – la coopération diplomatique et militaire......................................................... 13
C – l’organisme de coopération politique et parlementaire ............................. 14
Section 2 : les débuts de la construction européenne................................................. 15
Paragraphe 1 : les motivations de la CECA ............................................................... 16
Paragraphe 2 : fonctionnement et institutions originales de la CECA ................... 17
Section 3 : de la tentative avortée de la CED au traité de Rome.............................. 18
Paragraphe 1 : l’insuccès de la CED........................................................................... 18
Paragraphe 2 : relance économique et les traités de Rome.................................. 20
A – la négociation des traités.................................................................................. 20
B – les mécanismes intégratifs de la CEE ............................................................... 20
+ L’union douanière industrielle.......................................................................... 20
+ Les politiques communes................................................................................ 21
+ Le cadre juridique et institutionnel ................................................................ 22
Chapitre II : de la crise d’intégration au marché unique ...............................................23
Section 1 : les soubresauts : crise en Europe crise de l’Europe ................................... 23
Paragraphe 1 : crises politiques et nouvelles adhésions .......................................... 24
Paragraphe 2 : crise monétaire et économique – crise de l’intégration............... 25
Section 2 : l’achèvement du marché intérieur unique par l’acte unique européen26
Paragraphe 1 : crises politiques et nouvelles adhésions .......................................... 26
A – l’abolition des frontières physiques .................................................................. 26
B – l’abolition des frontières techniques................................................................. 27
C – l’abolition des frontières fiscales....................................................................... 27

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Introduction :
L’Union Européenne (UE) est une expérience historique pour l’instant unique au
monde mais particulièrement intéressante et fascinante, elle a servi d’exemple et de
stimulation pour les autres hommes du monde, ses leçons peuvent êtres instructives et dignes
d’êtres méditées par les pays en développement soucieux d’alternatives, parmi ces derniers, le
Maroc est concerné aux plus hauts points par sa proximité géographique, ses liens historiques
et économiques dont notamment le volume de ses échanges avec l’UE, voir sa forte
dépendance à son égard des décisions et des politiques de celle-ci, d’autres pays s’en
ressentent inévitablement concernés positivent ou négativement. La connaissance et l’étude de
cette grande puissance située à nos portes s’imposent.
L’UE représente actuellement la forme de loin la plus poussée et incontestablement la
plus irréversible des groupements régionaux crées depuis la 2ème guerre mondiale, elle est
aussi si attractive grâce à ses succès et ne cesse d’incorporer de nouveaux membres, en
principe, toutes les démocraties européennes peuvent adhérer à cette union.
LUE est un ensemble géographique, humain et économique composé actuellement de
27 états membres et comptant une population de plus de 4OO millions d’habitants, sans quoi,
dans l’économie mondiale c’est décisif. Zone riche, elle est ouverte sur l’économie mondiale :
le commerce international représentant plus de 14% du PIB de l’UE contre 12% pour les
États-Unis et 11% pour le Japon. Elle est le premier exportateur mondial de services avec
23.9% du total mondial ; elle est également la première source mondiale d’investissements
directs étrangers (IDE) et la seconde zone mondiale d’accueil des IDE. Sans conteste, elle
constitue une réelle puissance économique sur la scène mondiale.
La constitution européenne est une issue d’une simple idée, rendre la guerre
impensable et impossible en établissant entre les ex-belligérants des solidarités réelles. Le
point de départ de sa création était d’abord hautement politique, il fallait en priorité empêcher
le retour des conflits qui avaient ensanglantés le vieux continent. La construction européenne
fût donc fondée sur la réconciliation entre la France et l’Allemagne c.-à-d. entre les deux
nations qui étaient au cœur du déclenchement de deux guerres mondiales, puis avec
l’avènement de la guerre froide dont elles étaient objets plutôt caqueteurs. L’Europe devenait
un impératif stratégique : son édification à l’ouest était envisagée comme un rempart contre le
risque d’extension du Communisme, autrement dit, elle était un instrument collectif en vue de
relever le défi du bloc communiste, restreint à la partie occidentale du continent. L’Europe se
faisait dans le giron de l’alliance atlantique et sous le bouclier nucléaire américain.

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Le motif économique de la construction européenne réside dans l’incapacité de chaque
pays européen à tout faire efficacement pour lui-même en raison de sa faible dimension,
l’Europe ne peut atteindre l’efficacité et la productivité des États-Unis sans une taille
minimum du marché « Les européens acquièrent très vite cette certitude que les techniques
américaines et leurs niveaux de productivité sont liées à la dimension du marché sur lequel
elles interviennent, que la capacité d’exporter qui leurs est ainsi garantie vient encore
renforcer de manière cumulative, or les marchés cloisonnés de l’Europe apparaissent d’autant
plus petit que le pouvoir d’achat y est plus faible. La certitude se dégage très vite qu’il est
nécessaire de construire l’Europe si l’industrie européenne veut acquérir une capacité
concurrentielle à l’égard de l’industrie américaine ».
La finalité de l’intégration est hautement politique. Projet politique avant tout,
l’intégration économique européenne était seulement le prétexte ou encore le moyen au
service de cette finalité politique « il ne faut pas oublier toute fois que l’aspect initial comme
le but final reste politique même si la construction de l’Europe se trouve ainsi engagée sur le
terrain et en quelque sorte par le billet commercial et économique » ce billet commercial et
économique a servi paradoxalement de pilier à l’édification de l’UE.
Cette union obéie à une logique de marché dont l’instrument principal a consisté dans
la libéralisation des mouvements de biens, de services et des autres facteurs de production de
façon à abolir progressivement les frontières économiques entre pays membres et à créer un
« marché intérieur », néanmoins, l’UE ne peut se faire par les seuls mécanismes du marché et
que pour concrétiser l’union économique et monétaire, il est nécessaire de mettre sur pied des
« politiques » c.-à-d. des actions volontaires par des choix et des moyens budgétaires. Ceci
dit, la construction européenne ne pouvait être autre chose que ce que les différents acteurs
voulaient et pouvaient réaliser, plus précisément elle est celle que ses forces motrices ont
façonnées et édifiés progressivement compte tenu de leurs intérêts et de leur volonté
d’avancer dans la voie de l’intégration, de leurs capacité à modifier le cours des événements.
Dès le départ, l’idée d’une intégration complète n’a pas été admise et acceptée par tout les
partenaires et tout les acteurs économiques : certains redoutent une hégémonie politique,
d’autres une domination économique par certains partenaires et d’autres en faire un
écrasement culturel. À l’opposé, certains partenaires ont jugé que le cadre européen était trop
petit et trop modeste et désiraient plutôt penser et agir en termes de marchés mondiaux. Faute
d’avoir pu ou voulu réaliser le grand objectif initial d’une intégration complète, c’est donc
l’Europe à petit pas qui a prévalue comme le dit Robert Schuman, ministre des affaires
étrangères français dans un exposé du 9 Mai 1950 : ‘L’Europe se fera par des réalisations

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concrètes créant d’abord une solidarité de fait’. Elle va donc s’opérer par un cheminement lent
pas à pas, morceau par morceau, étape par étape.
Dans ce processus lent, la construction européenne n’a jamais été un long fleuve
tranquille, tout au contraire, elle s’est toujours faite par coupes et par sursauts, faisant alterner
des plages de somnolence et des périodes d’intenses activités. Une histoire donc
mouvementée mais où les grands événements sont en général des aboutissements autant que
des points de départ : chaque étape accomplie incite à pousser plus avant le processus mais
l’étape suivante ne se réalise pas automatiquement et exige une relance par des initiatives
politiques tel que par exemple le programme du marché unique où celui de l’union monétaire.

Etapes :
Libre Echange Union Douanière Marché Commun Union Economique Union Politique

Quoi qu’il en soit, l’Europe avance certes avec des difficultés, des dissensions et des
compromis laborieux, donc elle avance à grandes enjambés et à petits pas, cette avance
s’opère par un double mouvement d’approfondissement et d’élargissement :
- Approfondissement signifie un enrichissement du contenu de l’union régionale, on
passe d’une étape inférieure à une autre supérieure, de l’union douanière au marché commun
et de ce dernier au marché unique puis à l’union monétaire.
- Elargissement désigne l’expansion géographique de l’union européenne par
accroissement du nombre d’états participants.
Lorsqu’elle est apparue dans les années 50, l’UE comprenait 6 Etats membres : la
France, la République fédérale d’Allemagne (RFA), l’Italie, la Belgique, le Luxembourg et
les Pays-Bas. Elle s’est depuis lors agrandie par des vagues d’adhésion successives, la 1ère
vague a incorporée le Danemark, l’Irlande et le Royaume-Uni en 1973, la 2ème a inclus la
Grèce en 1981 suivie de la 3ème vague avec l’adhésion de l’Espagne et du Portugal en 1986,
puis la 4ème avec l’Autriche, la Finlande et la Suède en 1995, la 5ème vague a été entamée le 1er
Mai 2004 où l’UE a accueillie 10 nouveaux pays, Chypre, la république Tchèque, l’Estonie, la
Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie. La dernière
vague est celle qui a vu l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007. Par ces
élargissement successifs, l’UE ne cesse de repousser constamment, plus loin sa frontière
extérieure, elle n’a pas encore fixée ses frontières finales puisque son extension géographique
devrait se poursuivre mais jusqu’où ?

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On touche ici un problème délicat de définition, qu’est ce que l’Europe ? Une réalité
géographique, une culture et une civilisation originale se ventant d’être supérieure ? Ou bien
est-ce tout simplement une construction de l’esprit humain ?
Sa limite environnementale étant imprécise car géographiquement l’Europe fait partie d’un
ensemble vaste qui est l’Eurasie. On constate alors que le critère géographique s’avère
aléatoire. Le critère historique ne résiste pas mieux à la déconstruction de l’Europe
géographique, les peuples européens n’ont jamais été unifiés, au contraire, l’Europe s’est
longtemps définie contre l’islam d’abord au temps des croisades, contre le totalitarisme,
ensuite les nazis ou staliniens, mais aujourd’hui ces ennemis ont disparus ou presque d’aucuns
clament que la seule vraie particularité de l’Europe ce sont ses valeurs et sa culture judéo-
christano-gréco-latine. En effet, on affirme avec force « que les sources juives, chrétienne,
Grèce et latine ont conflué une synthèse harmonieuse qui est à la fois le substitut spécifique et
le dénominateur commun de l’Europe. C’est sur cette base que l’Europe a produit une
civilisation originale marquée par la spiritualité, l’humanisme, la rationalité et la démocratie
« c.-à-d. des vertus et des valeurs supérieures à celle de toute autre civilisation ». Mais cela
n’est vrai comme partie et passe sans silence d’autres réalités qui lui sont indissociables
comme l’a remarqué avec raison Jean Baptiste Duroselle : « Quand on me dit que l’Europe
est le pays de droit je songe à l’arbitraire, quel est le pays de la dignité humaine, je pense au
racisme, quel est celui de la raison, je pense à la rêverie romantique. Et je trouve la justice en
Pennsylvanie, la dignité humaine chez les nationalistes arabes, la raison partout dans
l’univers, s’il est vrai comme le dit Descartes que le bon sens est la chose du monde la plus
partagée. ». D’ailleurs, les valeurs de l’Europe que sont la liberté, la démocratie, les droits de
l’homme, la soif du progrès se présentent avec le processus actuel de mondialisation comme
universels et cette mondialisation a pour ambition d’atténuer cette particularité attribuée à
l’Europe.

En vérité, l’Europe n’est qu’une construction de l’esprit humain à partir d’une réalité
géographique mal définie dont l’union ne peut donc être que le résultat d’une forte volonté
politique et son unité économique est une construction singulièrement récente. On peut
décrire les grandes étapes de cette construction de l’Europe économique comme suit : (voir
page suivante)

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Les grandes étapes de cette construction de l’Europe
économique :

- 1951 : traité de Paris signé le 18 avril instituant la communauté européenne du charbon et


de l’acier (CECA), que les parlements des 6 pays membres ratifient. Traité entré en
vigueur le 23 juillet 1952 ;
- 1957 : traité de Rome créant le marché commun et la communauté européenne de l’énergie
(EURATOM) entre la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la
RFA ;
- 1962 : la politique agricole commune (PAC) est instituée ;
- 1968 : création de l’union douanière entre les 6 états membres du marché commun ;
- 1973 : adhésion du Danemark, de l’Irlande et la Grande-Bretagne à la Communauté
Economique Européenne (CEE) ;
- 1979 : création du système monétaire et naissance de l’ECU (European Currency Unit) ;
- 1981 : adhésion de la Grèce à la CEE ;
- 1986 : adhésion de l’Espagne et du Portugal à la CEE et signature également de l’acte
unique européen prévoyant la création d’un marché unique pour le 1er janvier 1989 ;
- 1992 : signature du traité de Maastricht qui va établir l’UE ;
- 1993 : entrée en vigueur du marché unique ;
- 1995 : adhésion de l’Autriche, de la Finlande et de la Suède ;
- 2002 : la mise en circulation de l’euro € ;
- 2004 : élargissement de l’UE à 10 nouveaux membres.
- 2007 : adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie et l’échec de la constitution européenne.

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Chapitre I : les organes, les premiers appels à la
signature du traité de Rome :
L’idée d’une Europe unie a été clamée à plusieurs reprises pendant plusieurs siècles,
pourtant elle ne s’est concrétisée dans les faits qu’à la fin de la 2nde guerre mondiale. L’unité
européenne n’est pas l’œuvre des peuples mais d’élites visionnaires animés par le vif désir de
voir les hostilités séculaires et les rancunes du passé oubliées au profit d’une nouvelle
expérience fondée sur un objectif commun et de travaux conjoints. Elle s’est faite sous la
pression des circonstances qui ont amené les états européens à surmonter leur division
ancienne.
Aussi, il faut analyser les contextes historiques précis et spécifiques dans lesquels les
organisations ont vu le jour et les traités conclus. Dans cette optique, nous retracerons dans un
premier point les préludes qui vont du vieux rêve d’unité européenne jusqu’aux premières
initiatives avec l’apparition des premiers organes communs puis nous verrons dans un second
point, la naissance de la C.E.C.A qui marque le début de l’aventure de la construction
européenne et dans un dernier point la tentative avortée de la C.E.D, suivie de la reprise du
chantier européen sur le terrain économique d’abord jusqu'à la signature des traités de Rome.
1- Les préludes : du vieux rêve d’unité aux premières initiatives concrètes :
L’unité européenne est une inspiration et un rêve ancien qui n’a pris forme qu’après la
nde
2 guerre mondiale, les ravages causés par celle-ci, les dangers de la guerre froide et l’offre
d’une aide économique américaine (Plan Marshall) subordonnée à une concertation et
coordination européenne est celle qui incite les européens à chercher leur salut pour l’UE.
Certes la vision qui se faisait n’était pas similaire chez les hommes d’états aussi divers que
Charles De Gaulle, discours prononcés en Novembre 1942, Winston Churchill en 1946, Jean
Monnet, Robert Schuman, Alcide De Gasperi et Konrad Adenauer.
- Paragraphe 1 : les exhortations et le projet d’unification :
Durant des siècles, l’Europe fut le théâtre de guerres fréquentes et sanglantes, les
grandes puissances monarchiques ou impériales de l’Europe n’ont pas cessées de s’affronter
et de se quereller par la diplomatie et la guerre en vue d’exercer une hégémonie sur le
continent. Dans cette tradition millénaire de conflits européens, seuls quelques intellectuels
prônent et se préoccupent tardivement de l’unité européenne. L’idée européenne reste limitée
dans le cercle des philosophes et des visionnaires. Au XVIIIe siècle les voix des penseurs
(Grotius, l’abbé de St. Pierre, Kant) s’élèvent pour réclamer une Europe unie et au XIXe

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siècle les projets se multiplient de St. Simon, à Mazzini, initiateur du manifeste de « Jeune
Europe », en 1834 signé par 7 italiens, 7 polonais et 5 allemands ; jusqu’à Victor Hugo qui
emploi pour la 1ère fois en 1851 l’expression célèbre d’« Etats-Unis d’Europe ». Ces projets
qui correspondaient à un idéal humaniste et pacifique sont pourtant restés sans écho et ont
volés en éclat avec la guerre de 1870 et avec la paix armée entre deux systèmes d’alliance
d’états européens qui s’en ont suivi. C’est dans ces circonstances que Gho Von Bismarck,
homme d’état allemand a déclaré : « qui parle d’Europe a tort ». En effet, entre 1870 et 1945,
la France et l’Allemagne sont entrées en conflit à 3 reprises dont 2 conflits aux XX siècle qui
ont été de dimension mondiale ayant un effet dévastateur démultiplié par les progrès
techniques.
A l’issue de la 1ère guerre mondiale et ses horreurs, l’idée européenne refait surface et
les projets d’union prennent des contours plus précis. En 1923, le comte Coudenhove-Kalergi,
diplomate autrichien se fait l’avocat du Pan Europe qui rassemble de nombreux
parlementaires. De même le 5 septembre 1929, le ministre français Aristide Briand propose à
la tribune de la société des nations une sorte d’union fédérale opératoire surtout dans le
domaine économique et dans laquelle les états ne seront en aucun cas dépossédés de leurs
souveraineté. D’ailleurs si modeste soit-il, son projet a capoté et s’est heurté aux résistances
anglaises.
En octobre 1929, la grande crise économique mondiale éclate avec la « wall street
crash ». Pour se prémunir contre la transmission internationale des problèmes économiques et
monétaires, les états se réfugient dans le protectionnisme appliqué durant les années (1929-
1939), le protectionnisme appliqué a eu des effets nuisibles pour l’industrie et le commerce
européen : vieillissement de l’infrastructure industrielle, ralentissement voir arrêt de certaines
branches du progrès technique, perte de compétitivité. La plupart des pays européens sont
touchés par ces recules à l’exception de l’Allemagne, stimulée par son effort d’armement.
C’est dans ce climat de pourrissement économique et social qu’a pu s’épanouir un
nationalisme radical et qui a donné lieu au fascisme. Même si le gouvernement français remet
le 1er Mai 1930 un mémorandum incitant sur l’unification politique de l’Europe et présente le
21 Mai 1931 un plan pour combattre la crise au niveau européen, l’avènement d’Hitler coupe
court et réduit à néant tout c’est efforts et c’est appels en mettant l’Europe à feu et à sang au
nom de l’Europe, il fait dire aussi que la plupart des gouvernements européens restent attachés
à la notion de souveraineté nationale inviolable et indivisible ; les conditions d’un
consentement mutuel à l’unification de l’Europe ne sont pas encore mûres.

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Néanmoins et en parallèle, de petits états de l’ouest procèdent à leur unification
économique. Dès 1921, on assiste à la création de l’union économique belgo
luxembourgeoise, douanière et monétaire, entre la Belgique et le Luxembourg. En 1932, la
Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas signent la convention de Gauchy ; réfugiés en
Angleterre pendant la 2ème guerre mondiale, les gouvernements de ces trois pays décident en
Octobre 1943 d’instaurer le Benelux entre l’union économique belgo luxembourgeoise et les
Pays-Bas, avant même la libération, ils signent une convention monétaire, puis le 5 septembre
1944, un traité d’union douanière. Ce traité et entériné par les parlements en 1947 et devient
effectif en 1948. L’expérience du Benelux a été à maintes reprises invoquée au cours des
discussions préparatoires à la commission économique européenne.
Dans l’histoire de l’idée et des projets européens, le débat coopération intégration a
toujours divisé et agité leurs promoteurs. La question cruciale est celle de savoir s’il faut
réaliser l’union de l’Europe à partir d’un rapprochement entre les états qui ne mettraient pas
en question leurs souverainetés (opération) ou bien doit-on établir une autorité commune
supranationale qui imposerait ses vues aux divers états de l’union (c’est ce qu’on appel
l’intégration). Les écrivains, poètes et philosophes penchent pour la deuxième solution, tandis
que les hommes politiques privilégient la première. Mais il faut prendre des initiatives et
amorcer un mouvement réel d’union pour que l’Europe se construise plutôt q’elle ne se rêve.
A la fin de la 2nde guerre mondiale, l’Europe est exsangue, meurtrie, coupée en deux
par une ligne politique, idéologique et militaire appelée « rideau de fer » séparant les alliés et
clients des Etats-Unis des satellites de l’URSS. Les états européens occidentaux prennent
conscience de leur faiblesse et de leur effacement sur la scène politique mondiale. Cet
effacement est le résultat conjoint de la montée de deux grandes puissances sorties vainqueurs
de la guerre : les Etats-Unis, l’URSS et le mouvement de décolonisation. En effet, les deux
grandes puissances, chacune convainque de la force supérieure de son idéologie, vont
dominer le monde et son proche avenir. Simultanément, des pays d’Afrique et d’Asie dont
beaucoup ont contribués à la guerre s’éveillent, et qui face à leurs métropoles européennes,
diminuaient revendiquant leurs indépendances ; devant cet effacement plusieurs dirigeant
européens ont alors acquis la conviction que seule leur union économique et politique pourrait
permettre aux états européens de préserver leur indépendance face aux deux grands blocs qui
se partagent dorénavant le monde. Or, pour dépasser leurs antagonismes nationaux et
triompher de leurs division, il faut une réconciliation de la France et de l’Allemagne, c’est le
sens de la proposition faite le 19 septembre 1946 par Winston Churchill à Zurich de la
création des Etats-Unis d’Europe et de la réconciliation franco-allemande dans le cadre d’une

10 | P a g e
Europe unie et dans laquelle les Etats-Unis et la Grande-Bretagne seront : « amis et
protecteurs de la nouvelle Europe ». A partir de ce moment, la volonté d’unification de
l’Europe progresse dans les esprits, les premiers pas de son affirmation vont êtres accomplies
avec l’émergence de trois organes communs selon une approche intergouvernementale.
- Paragraphe 2 : l’émergence des premiers organes communs : l’approche
intergouvernementale
La menace soviétique qui a atteint son paroxysme avec le blocus de Berlin, déjoué
grâce au pont aérien américain, a accéléré et favorisé la solidarité européenne et atlantique.
Cette solidarité est illustrée par l’institution de trois types de coopérations : 1°) la coopération
économique, avec la création de l’OECE (l’organisation européenne de coopération
économique) devenue par la suite OCDE (l’organisation de coopération et de développement
économique) ; 2°) la coopération diplomatique et militaire : le pacte de Bruxelles et l’OTAN
(l’organisation du traité de l’atlantique nord) ; 3°) la coopération politique et parlementaire :
le conseil de l’Europe.
A- la coopération économique:
L’aggravation de la pénurie en Europe a poussé les Etats-unis à mettre au point le plan
Marshall, il s’agit d’une aide économique massive offerte à l’ensemble des pays européens
dans le cadre de la stratégie de réconciliation et de reconstruction acceptée et fondée sur la
coopération, cette aide annoncée par le général George Marshall dans un discours prononcé à
Harvard le 5 juin 1947, se chiffre à 16 milliards de dollars sur 4 ans dont 12.5 milliards de
dollars ont été fournis à l’Europe sous forme de prêts et d’aides conditionnelles.
Craignant de perdre sa souveraineté, vue les conditions liées à cette aide, l’URSS
repousse alors cette offre dès lors, entraînant à sa suite les pays de l’est européen sous sa
dépendance. La Finlande à également opposée une fin de non recevoir, seuls 16 pays
européens (Autriche, Belgique, Danemark, France, Grande-Bretagne, Grèce, Irlande, Italie,
Islande, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Suède, Portugal, Suisse et Turquie.) ont répondu
présents lors de la conférence de Paris, ouverte le 27 juin 1947. Les bénéficiaires de l’aide
Marshall ont été invités à exprimer leurs propres besoins et à formuler leurs propres plans. La
conférence de Paris s’est conclue par la création d’une entité composée de donateurs et de
bénéficiaires : OECE, établie par une convention signée le 16 avril 1948 à Paris. L’Allemagne
de l’ouest ne rejoint l’OECE qu’en 1949 et l’Espagne en 1959.

11 | P a g e
La mission confiée à cette organisation est double :

- d’une part rétablir et coordonner les crédits de la manne américaine, les Etats-unis
réclament toutefois que les plans de reconstruction soient concertés ;
- d’autre part, faciliter la réduction des restrictions qui entravent le développement
des échanges entre européens et la multilatéralisation des paiements.

Aux fins de cette multilatéralisation, une union européenne des paiements (UEP),
financée par des capitaux américains et par des contributions des pays européens ayant une
balance des paiements courante excédentaire, a été mise en place, entre la France, la RFA,
l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas, le 19 septembre 1950. L’UEP permet de s’émanciper des
contraintes liées aux relations bilatérales. En effet, la non convertibilité des monnaies
européenne entre elles au lendemain de la guerre freine les échanges puisqu’il faut régler en
or les déficits commerciaux. L’UEP établie un système de compensation multilatérale sous la
conduite de la banque des règlements internationaux, qui consiste à enregistrer pour chaque
pays une position créditrice ou débitrice multilatérale en USD permettant de réduire les
transferts de fonds. Le système de compensation s’accompagne d’un mécanisme de crédit
automatique des pays créanciers aux pays débiteurs membres de l’OECE. Le règlement des
sommes nettes globales s’effectue en partie grâce à des crédits alloués par les créditeurs aux
débiteurs et en partie en or et en dollar ; de cette manière, des pays comme le Royaume-Uni et
la France, confrontés à des soldes constamment débiteurs, ont bénéficié de crédits octroyés
par la Belgique et la RFA, faisant de ces deux pays les banquiers de l’Europe. Ce système a
néanmoins contribué à consolider la solidarité des pays membres de l’OECE et à l’expansion
des échanges commerciaux.
A partir de 1958, les monnaies européennes sont redevenues convertibles, l’UEP a été
remplacé par l’accord monétaire européen, qui met fin au système de compensation
multilatéral et de crédit automatique. Les échanges étaient dorénavant totalement réglés en or
ou en monnaie de réserve ($ ou £).
Bien que le plan Marshall a accéléré le relèvement de l’Europe occidentale et
démantelé les restrictions quantitatives et monétaires aux échanges ; et que l’OECE a permis
aux états européens de multiplier les consultations et les échanges d’informations
économiques, cette organisation économique reste pourtant trop faible pour coordonner
l’action des états membres. Elle n’a pas été en mesure de mettre en œuvre une programmation
économique commune du fait de la vigueur du nationalisme économique. Finalement l’aide

12 | P a g e
américaine a été alloué à chacun des pays pour financer des projets purement nationaux, à vrai
dire, l’OECE n’est pas autre chose q’une simple coopération intergouvernementale, elle
dispose certes d’institutions communes mais nullement fortes : le conseil des ministres prend
ses décisions à l’unanimité avec la possibilité d’obtention. Le secrétariat n’est investi que des
pouvoirs exécutifs ; il ne peut aller plus loin dans le sens d’une réelle unification européenne
car ses dispositifs prévoient que chacun des pays peut se dérober aux décisions qui le gênent,
ce qui va à l’encontre de l’esprit communautaire.
En se transformant en OCDE (organisation de coopération et de développement
économique) en 1960, l’OECE perd depuis cette date son caractère géographique européen
puisqu’il englobe en son sein des pays membres extérieurs tel que les Etats-Unis, le Canada et
le Japon. Les activités de l’OCDE portent d’avantage sur les études et les réflexions
économiques sans agir directement sur la politique économique des états ni atteindre à leurs
souverainetés.
B- la coopération diplomatique et militaire : du pacte de Bruxelles à l’OTAN :
Le coup de Prague du 20 Février 1948, par lequel les communistes accaparent le
pouvoir à Prague avec la bénédiction des soviétiques, active les négociations déjà engagées
entre la France et la Grande-Bretagne et les trois pays du Benelux. Les 2 premiers pays, la
France et la Grande-Bretagne suggèrent à leurs partenaires de les faire bénéficier et de leurs
appliquer, les garanties et les procédures de consultation mutuelle prévues par le traité de
Dunkerque du 4 Mars 1947 pour prévenir toute nouvelle agression de la part de l’Allemagne.
On aboutit alors à la signature le 17 Mars 1948 à Bruxelles du traité de légitime défense
collective entre les cinq pays précités pour une durée de 50 ans, il met en place un état-major
commun établi à Fontainebleau, un comité permanent à Londres et un plan d’intégration des
forces, ce pacte de Bruxelles qui crée l’union occidentale est dirigé à la fois contre une
éventuelle reprise d’une politique d’agression de la part de l’Allemagne et contre la menace
d’une invasion militaire soviétique. La décision des EU de rompre leurs traditions
isolationnistes et de sceller une alliance durable avec les européens intervient suite à deux
événements majeurs : le début du blocus de Berlin et l’entrée des troupes de Mao Zedong à
Pékin. Les négociations s’engagent alors et débouchent sur la signature à Washington du
pacte de l’Atlantique Nord le 4 Avril 1949, par lequel les européens bénéficient d’une
garantie de sécurité non automatique. En 1950 est mis sur pied un commandement unifié des
forces alliés (l’OTAN) sous le leadership des EU, qui regroupe 12 Etats : La Belgique, le
Canada, le Danemark, les EU, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le
Luxembourg, le Norvège, les Pays-Bas et le Portugal ; ces pays sont rejoints en 1952 par la

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Grèce et la Turquie, l’Allemagne en 1955 et l’Espagne en 1982. L’organisation militaire
intégrée de l’alliance absorbe les comités militaires de l’union occidentale, cette dernière se
transforme en l’union de l’Europe occidentale (UEO). Elle est le seul organe exclusivement
européen ayant une compétence de traiter des questions de défense et dont la finalité et de
limiter le réarmement (s’il y a agression l’action relève de l’OTAN). En réalité l’UOE n’est
rien d’autre qu’une annexe du pacte atlantique, celui-ci se trouve au centre de la politique de
défense des pays libres opposés à l’expansion du communisme lors de la guerre froide.
Malgré la fin de cette guerre et la disparition de son adversaire (chute du mur de Berlin en
Novembre 1989) ainsi que la dissolution en Février 1991 du pacte de Varsovie (unissant les
armées des pays de l’est depuis 1955), l’OTAN perd dur.
C- L’organisme de coopération politique et parlementaire (le conseil de l’Europe) :
En 1948, se tient à la Haye un congrès qui réuni plusieurs personnalités de premier
plan, sous la présidence de Winston Churchill, son ambition est de poser les premières
fondations de l’UE. Les discussions sont vives et approfondies sur les méthodes et les
mécanismes de la construction européenne. Les congrès ont permis la constitution d’un
comité de coordination d’un mouvement européen, celui-ci présente le gouvernement, la
motion votée par le parlement qui demande notamment l’institution d’une assemblée
européenne. La France propose le 20 Juillet 1948 de mettre en place une assemblée
européenne commune aux cinq membres du traité de l’union occidentale, le gouvernement
britannique exprimant certaines réserves sur cette proposition ; c’est finalement sous la forme
d’un compromis que né le conseil de l’Europe. Crée en 1949, celui-ci est une organisation
européenne intergouvernementale de coopération politique, culturelle, sociale et juridique.
Elle regroupe tout les Etats européens qui reconnaissent les droits de l’homme et les libertés
fondamentales. Pour les fondateurs du conseil de l’Europe, les Etats doivent rester souverains
tout en coopérant plus en plus d’un commun accord, ce qui suppose que toutes les décisions
soient prises à l’unanimité. Le conseil de l’Europe a une assemblée qui représente à la fois les
gouvernements et les parlements nationaux, mais qui ne détient que des pouvoirs consultatifs.
Le conseil des ministres possède un pouvoir de décision mais dans un domaine réduit, celui
de la reconnaissance des droits de l’homme. Le conseil de l’Europe a un champ d’action vaste
mais guère de pouvoir.
Avec la création de trois organes communs, le cadre de la coopération des européens
se dessine, l’OECE supervise l’aide américaine et assure la reconstruction économique de
l’Europe, le conseil de l’Europe procure une tribune politique et parlementaire, le traité de
Bruxelles et surtout le pacte Atlantique veille à la sécurité. Cependant aucun de ces organes

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communs n’est en mesure d’engendrer une véritable unification européenne, car l’intérêt
commun est trop vague et les disciplines communes ne sont guères rigoureuses. Toute
organisation qui ne possède pas de pouvoir propre délégué est vouée à l’impuissance, aussi il
faut dépasser l’approche intergouvernementale par une approche supranationale et il fallait
commencer par des réalisations plus pragmatiques selon une approche d’abord sectorielle
avec la mise en place de la CECA.
2- Les débuts de la construction européenne :
Son acte de naissance remonte à la création de la communauté européenne du charbon
et de l’acier (CECA). Le traité l’instituant est signé le 18 Avril 1951 à Paris et ratifié
rapidement par les parlements des pays membres au cours de l’hiver et du printemps 1952, il
est entré en fonctionnement le 25 Juillet 1950 et a expiré le 23 Juillet 2002. Ce dernier est
conçu initialement par Jean Monnet, commissaire au plan de la France et par son équipe, et
puis défendu et présenté le 9 Mai 1950 au salon de l’horloge du quai d’Orsay par Robert
Schuman, ministre des affaires étrangères français, en accord avec le chancelier allemand
Konrad Adenauer.
Le projet de la CECA consiste à mettre en commun la gestion des deux branches
industrielles sur lesquelles s’appuis tout effort de guerre, à savoir le charbon et l’acier. Il
s’agit donc de favoriser pour ces deux produits des échanges qui vont susciter peut à peut une
symbiose des deux économies allemandes et françaises. Les matériaux de la guerre se voient
ainsi convertis en instruments de réconciliation et de paix, la création de la CECA bénéficie
de l’appui des EU puisqu’elle renforce l’unité européenne face au bloc communiste, six pays
au cœur de l’Europe y participent : les trois pays du Benelux, la RFA, la France et l’Italie. Le
Royaume-Uni décline la proposition, hostile qu’il est à toute institution dotée de
supranationalité et à toute union douanière susceptible de mettre en question ses liens
privilégiés avec le Commonwealth, il finira par s’y associer le 21 Décembre 1954.
La CECA a été une étape capitale et décisive sur la voie de la construction
européenne, elle a non seulement inaugurée mais encore préfigurée l’Europe communautaire
par ses principes (la libre circulation des produits et mise en route de la politique commune) et
son organisation institutionnelle (la création d’une institution indépendante des
gouvernements et l’établissement d’un droit communautaire), autrement dit la CECA peut
être considérée comme une sorte de banc d’essai du marché commun généralisé. Alors nous
étudierons dans un premier point les motivations de la CECA et dans un deuxième point son
fonctionnement et ses institutions originales.

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- Paragraphe 1 : Les motivations de la CECA
Les ressources du charbon et de l’acier de la Ruhr allemande sont placées depuis 1948
sous la tutelle des alliers occidentaux et gérés par une autorité internationale. L’Allemagne,
coupée en deux et l’enjeu de la guerre froide qui met au prise deux blocs, les EU exprime le
souhait de réarmer la RFA et de développer son potentiel économique pour en faire un
élément de résistance capable de faire bloc à toute extension communiste mais également
pour l’attacher à l’occident, de son côté la RFA a fait preuve d’un dynamisme remarquable
qu’on ne peut freiner indéfiniment, ce qui entraîne la crainte et la frayeur de ses voisins. Dans
ce contexte, la question de fond qui se pose est de savoir comment permettre à l’économie
allemande (avec ses secteurs clés du charbon, du fer et de l’acier, importants en cas de
guerre) de participer à la reprise économique de l’Europe sans mettre en danger la paix future.
On sait bien qu’on ne peut pas et qu’on ne pourra pas indéfiniment prolonger l’occupation des
alliers et qu’il fallait restituer la Ruhr à l’Allemagne. Or, la reconstruction des aciéries
françaises avait été fondée sur une tentative d’appropriation de marchés autrefois allemands et
aussi sur l’accès garanti aux réserves de charbon allemandes. En 1950, la politique américaine
de relâchement des contrôles risque d’entraîner l’arrivé de surplus de production de l’industrie
sidérurgique allemande sur les marchés. Si au même moment le charbon allemand avait été
réorienté vers les fourneaux allemands ou si les fournitures étaient livrées à des prix
relativement défavorables, les effets nuisibles sur la sidérurgie française auraient été plus
importants encore, c’est à ce moment que Jean Monnet a l’idée dont il convint Robert
Schuman, de placer l’ensemble de la production charbonnière et sidérurgique des deux pays
sous une haute autorité commune de caractère supranational. Le 1er objectif de la CECA est
hautement politique : « réaliser les premières assises concrètes d’une fédération européenne
indispensable à la préservation de la paix. ». La mise en commun des ressources du charbon et
de l’acier rendait inconcevable toute idée de conflit militaire nouveau entre la France et
l’Allemagne car cela crée entre eux, dans ses secteurs stratégiques, des liens d’intérêt étroits
qu’il est impossible de s’en séparer ensuite.
Mais par le biais de la communauté économique, c’est la communauté politique qui est
en vue : la CECA n’est que le premier élément d’une fédération européenne et doit être « le
ferment d’une communauté plus large et plus profonde ». D’autres objectifs sont poursuivis
également par l’initiative de la CECA et peuvent êtres atteints simultanément. Par le plan
Schuman, un contrôle est maintenu sur la Ruhr et la réindustrialisation allemande. Les
complémentarités Ruhr - Loraine peuvent êtres valorisées. Un autre aspect économique peu
aperçu et caché par l’aspect politique est celui-ci : la CECA représente le moyen d’acquérir

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une indépendance voir contester la supériorité de la capitale mondiale de l’acier qu’était
devenue pendant la 2ème guerre mondiale Pittsburgh au Etats-unis. L’alternative était
évidente : les pays européens reconstruisaient chacun pour soit des sidérurgies à la dimension
de leurs marchés nationaux étroits et aucune sidérurgie ne serait jamais compétitive avec celle
de Pittsburgh, ou bien, était affichée la volonté d’avoir une sidérurgie concurrentielle qui lui
fallait un grand marché pour assurer une production à grande échelle, permettant de réduire
les coûts de production.
- Paragraphe 2 : fonctionnement et institutions originales de la CECA
Dans la constitution de la CECA, la méthode d’intégration choisie est sectorielle et à
la fois pragmatique et novatrice, au lieu de couvrir l’ensemble des secteurs de l’économie,
l’intégration se limite à un seul secteur, mais au sein de ce secteur elle est immédiate et totale,
c’est-à-dire que le marché unique est instantané sans période transitoire. Cette méthode
recours à une nouvelle et originale structure institutionnelle qui servira de model pour la
communauté économique européenne (CEE).
Institutions nouvelles : haute autorité indépendante (qui deviendra la commission de
Bruxelles), une assemblée parlementaire (le futur parlement européen), un conseil des
ministres qui va représenter les intérêts des gouvernements des Etats membres et une cour de
justice.
- Haute autorité : à Luxembourg, composée de 9 personnalités indépendantes des
gouvernements, choisies en raison de leurs compétences générales et désignées
pour 6 ans. Dans les 9 personnalités, 8 sont nommées conjointement par les
gouvernements. C’est derniers cooptent le 9ème. La haute autorité ne peut compter
plus de 2 ressortissants d’un même pays et les décisions sont prises à la majorité.
Le premier président était Jean Monnet.
- Pouvoirs : elle détermine les cotes de production pour tout les pays membres, elle
décide du financement des programmes de recyclage de la main d’œuvre
excédentaire et de la fixation de certaines règles pour éviter une concurrence
déloyale, les pays membres ne mettent pas en commun leurs productions de
charbon, de fer et de produits sidérurgiques, ils se contentent de transférer pour 50
ans leurs souverainetés à une institution supranationale qui a pour mission
d’assurer dans ces secteurs la croissance de la production, la libre circulation des
produits, la concurrence loyale et le progrès social.
La haute autorité puise ses ressources financières non des contributions des Etats,
mais de prélèvements directement établis sur les productions dont elle a la charge,

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c’est prélèvements autorisés par le traité de Paris, ne peuvent dépasser 1% de la
valeur de la production. Outre c’est prélèvements, la haute autorité peut lancer des
emprunts contractés dans et hors la communauté. Elle peut prendre seule certaines
décisions alors que d’autres exigent l’accord du conseil des ministres, accord
donné soit à la majorité simple ou qualifiée*, soit à la l’unanimité.
- Le conseil des ministres : représentant les Etats membres, dispose d’un pouvoir
limité : l’avis conforme qu’il est appelé à émettre à l’égard de certaine décisions de
la haute autorité. Un système de pondération des voix rend impossible de mettre en
minorité ensemble la France et la RFA dont la production représente 70% du
charbon et de l’acier européen.
- L’assemblée parlementaire : assure le contrôle diplomatique et regroupant les
délégués (68 délégués des parlements des Etats membres). Cette assemblée
examine périodiquement l’action de la haute autorité, qui lui fournit annuellement
un rapport général sur son activité. Elle peut voter une notion de défiance vis-à-vis
de la haute autorité, qui est alors appelée à démissionner, ce qui ne s’est jamais
produit.
- La cour de justice : la légalité des décisions ou plus largement de l’application du
traité (car il peut y avoir recours pour carence) est confiée aux 7 juges.

Enfin, le traité prévoit explicitement le principe de la consultation de tous les


intéressés avant que la haute autorité puisse proposer au conseil des décisions importantes.
Cette consultation est notamment assurée par un comité consultatif réunissant des
représentants des travailleurs des deux secteurs industriels concernés (producteurs et
consommateurs).
3- De la tentative avortée de la CED au traité de Rome:
Le CECA a enregistrée un tel succès que malgré l’échec de la communauté
européenne de défense (CED), il n’a fallu que quelques années pour que les 6 mêmes pays se
décident à franchir un pas supplémentaire en étendant l’intégration à d’autres secteurs de leurs
économies avec le traité de Rome.
- Paragraphe 1 : l’insuccès de la CED
Le 25 Juin 1950, l’envahissement de la Corée du sud par la Corée du nord, avec les
incitations de l’URSS et de la chine, fait naître le sentiment d’un danger imminent en Europe,

*
Proportionnelle selon la production de chaque pays.

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les Etats-Unis demandent que l’Allemagne participe à l’effort commun de défense du camp
occidental.
Pour la France, la perspective de voir se reconstituer une armée allemande et plus
inquiétante et alarmante que la restitution de la Ruhr à l’Allemagne, elle craint la réapparition
d’un militarisme. Contrainte de réagir, la France lance l’idée de l’intégration de contingent
allemand dans une armée européenne. Le plan inspiré par Jean Monnet et proposé par le
président du conseil René Pleven reçoit l’assentiment des Etats-Unis et de l’OTAN, il
envisage « la création pour la défense commune d’une armée européenne rattachée à des
institutions politiques de l’Europe uni. ». Cette armée serait placée sous la responsabilité du
ministre européen de la défense, sous le contrôle d’une assemblée européenne avec un budget
militaire commun. La proposition française fait l’objet d’une négociation qui s’ouvre à Paris,
le 15 Février 1951 et qui dure 1 an. Le traité de la CED est signé par les 6 Etats membres de la
CECA le 27 Mai 1952, il prévoit la mise en place d’une quarantaine de divisions nationales
fortes de 13.000 hommes, tous sous l’uniforme européenne. L’intendance serait placée sous la
gestion d’un commissariat européen de la défense. La CED réclame une politique étrangère et
ouvre la voie à l’union politique de l’Europe « en effet, une assemblée ad hoc, l’assemblée
parlementaire de la CECA complétée par 9 délégués des parlements des 3 principaux pays » a
eu comme mandat de préparer un projet de communauté politique et qui a été parvenu en
quelques mots de Septembre 1952 à Mars 1953. La communauté politique projetée aura pour
mission de sauvegarder les droits de l’homme, les libertés fondamentales, de garantir la
sécurité des Etats membres contre toute agression, d’assurer la coordination de la politique
extérieure des Etats membres et d’établir progressivement par accord successif un marché
commun. Une chambre du peuple sera élue au suffrage universel direct, il y aura également
un sénat élu par les parlements nationaux et un conseil exécutif européen de 5 membres, dont
le président sera élu par le sénat et sera responsable devant les deux chambres (le sénat et la
chambre du peuple). Un conseil des ministres nationaux assurera la liaison entre l’exécutif
européen et les gouvernements. Enfin, une cour de justice est prévue.
Paradoxalement, le traité instituant la CED, bien que ratifié un à un et sans difficulté
par les parlements européens, est rejeté par l’assemblée nationale de la France, pays ayant
pourtant élaboré et initié ce projet. Le débat qui a suivi a relevé des divergences importantes
et a déchiré les cédétistes et les anti-cédétistes*. Dans son échec, le projet de la CED entraîne
celui de la communauté politique européenne. A la suite de l’impossibilité d’instaurer une

*
Les partisans et les adversaires de l’armée européenne.

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CED viable, les pays membres de la CECA revoient à la baise leurs objectifs et reviennent à
la méthode fonctionnaliste en choisissant un nouveau terrain de relance, le terrain
économique, de l’ouverture d’un marché commun industriel, auquel les bénéluxiens sont de
chauds partisans.
- Paragraphe 2 : la relance économique et les traités de Rome :
A- La négociation des traités :
Un an après l’échec de la CED, les six ministres des affaires étrangères réunis en
Sicile, le 1er et 2 Juin 1955, annoncent qu’ils entendent poursuivre l’établissement d’une
Europe unie, pour cela ils chargent un comité intergouvernemental, sous la présidence de
Paul-Henri Spaak, convaincu de la mission de préparer un rapport sur « les possibilités d’une
union économique générale ainsi que sur une union dans le domaine nucléaire ».
Le rapport du comité est saisi le 21 Avril 1956 et approuvé par les ministres qui décident le 30
Mai à Venise de l’ouverture des négociations intergouvernementales auxquelles les six et
d’autres pays européens sont appelés à s’y joindre. Invité à y prendre part, le Royaume-Uni se
retire devant l’évolution des discussions vers l’inclusion dans l’union douanière des produits
agricoles. Les négociations reprennent en Juin 1956 à Val Duchesse. La crise de Suez accroit
et catalyse l’ardeur des européens. Finalement, les négociations aboutissent en Mars 1957 à la
double création à la fois d’une communauté européenne de l’énergie atomique, dite
familièrement EURATOM, et d’une communauté économique européenne, appelée CEE ou
encore marché commun. Entérinés la même année à de larges majorités par les parlements des
six pays, les traités entrent en vigueur le 1er Janvier 1958, ils sont conclus pour une période
indéterminée. Ils sont avec le traité portant création de la CECA, le support et la charte de
l’Europe communautaire.
B- Les mécanismes intégratifs de la CEE :
• L’union douanière industrielle :
La première étape de la création d’un marché commun comporte d’une part, la
suppression des droits de douanes, des taxes et des restrictions quantitatives concernant les
échanges entre Etats membres, et d’autres part, l’établissement de droits de douane uniformes
sur les marchandises entrantes dans un Etat membre en provenance de pays tiers. A cet effet,
le traité de la CEE fixe des règles précises et un calendrier détaillé :
La réduction progressive des droits de douane et l’élimination des contingents quantitatifs,
sont programmées pour une période transitoire de 12 ans, divisée en 3 étapes, en principe de 4
ans chacune. Elles sont accompagnées de la mise en œuvre en parallèle et à un rythme

20 | P a g e
comparable d’un tarif extérieur commun vis-à-vis des pays tiers, sur la base de la moyenne
arithmétique des tarifs pratiqués par les six Etats membres.

Exemple :

Exportations de voitures :

Allemagne 10%
France 20%
Italie 30%

Cette union douanière a été achevée dès le 1er Juillet 1968, soit 18 mois en avance sur
le calendrier.
 Résultats obtenus :
De 1958 à 1970, les résultats du démantèlement douanier sont stupéfiants. Le
commerce intracommunautaire est multiplié par six, tandis que les échanges de la CEE avec
les pays tiers ont triplés. Conséquence, le pourcentage des échanges de chacun des six pays
membres avec ses cinq partenaires passe de 30% en 1958 à 52% en 1973. Sur la même
période, le flux de richesses créées chaque année, mesuré par le PIB moyen de la CEE,
progresse de 70%. L’union douanière industrielle a enregistré un succès retentissant.
• Les politiques communes :
Le traité de la CEE prévoit le rapprochement progressif des politiques économiques
des Etats membres. Il ne s’agit pas seulement de les coordonner, mais de mettre en place des
politiques communes dans les domaines où l’intervention de la puissance publique est déjà
déterminante : l’agriculture, les transports et le commerce extérieur.
La politique économique commune la plus importante et la plus célèbre est la politique
agricole commune (PAC). L’agriculture a fait l’objet d’une politique commune parce que la
France en a fait, d’une façon incitante et affirmée, l’une des conditions à sa participation au
marché commun général. Il faut aussi souligner que dans ce secteur, la production et
l’échange n’ont jamais été librement soumis aux lois du marché. Selon des modalités diverses,
toutes les agricultures étaient protégées. Sans politiques agricoles, il était donc impossible
d’instaurer la liberté des échanges agricoles.

21 | P a g e
 La PAC repose sur trois principes de base :
- Un marché unique pour chaque produit (unité du marché), ce qui suppose la libre
circulation des produits agricoles à l’intérieur de la communauté et l’unicité de
leurs prix.
- La préférence communautaire : les produits agricoles en provenance du reste du
monde ne peuvent êtres vendus sur le marché communautaire à des prix plus bas
que le pris européen. En effet, dans ce cas, il serait grevé d’une taxe appelée
prélèvement qui relèverait leurs montants au niveau européen. Inversement, un
pays européen qui écoulerait à l’étranger sa production agricole à un prix plus bas
que le prix européen recevrait dès lors un dédommagement appelé restitution.
- La solidité financière : les Etats membres doivent financer les dépenses causées
par la mise en application de la PAC à travers le fond européen d’orientation et de
garantie agricole (FEOGA), celui-ci rempli une double mission qu’il exerce par
l’intermédiaire de ses deux sections : la section orientation finance, l’amélioration
des structures de production et la section garantie s’occupe de la gestion des
marchés.
A part l’agriculture, dans les autres domaines où l’intérêt économique et politique
a été moins massif et moins personnalisé et où aucun des gouvernements ne
mettait donc tout son poids pour obtenir des progrès, les avancés étaient faibles.
Une politique commune est le complément logique du marché commun : c’est la
politique de la concurrence car le fonctionnement de celui-ci suppose l’existence
d’un degré suffisant de concurrence entre les personnes et les entreprises. Cette
politique de concurrence entend surveiller le processus de concurrence sur les
marchés et d’empêcher l’apparition de monopoles, l’abus de position dominante
ainsi que les pratiques déloyales.
• Le cadre juridique et institutionnel :
Ce cadre comporte des éléments originaux :
- Un système sans équivalent associant une institution indépendante des Etats
membres (la commission européenne) qui dispose du monopole des propositions et
met en œuvre les décisions prises, à une institution intergouvernementale (le
conseil des ministres) qui prend les décisions, ainsi qu’un parlement qui ne dispose
pas des mêmes prérogatives que les parlements nationaux, mais dont le pouvoir de
contrôle a augmenté au fil du temps. Enfin, un conseil européen, crée plus tard en

22 | P a g e
1975, organe de pilotage politique réunissant 2 ou 3 fois par an les chefs d’états et
de gouvernements et fixant les orientations stratégiques.
- Un ordre juridique basé sur les traités qui permettent à la communauté de prendre
des décisions directement applicables dans les Etats membres sans vote des
parlements nationaux, et chapeauté par une cour de justice qui tranche les litiges
entre les Etats et entre ceux-ci et la commission et qui peut être saisi par les
citoyens. Le droit communautaire a primauté sur les droits nationaux.

Chapitre II : de la crise de l’intégration au marché


unique :
Le traité de la CEE donne une grande importance à l’objectif de l’établissement d’un
marché commun puisqu’il lui consacre 76 articles. Sa création a été programmée avec
beaucoup de soins et avec pour but de mettre en place les quatre libertés fondamentales (libre
circulation des biens, services, capitaux et personnes). Le même objectif est repris par l’acte
unique avec un échéancier tout aussi précis, deux objectifs identiques mais avec un écart de
presque 30 années, c’est que des difficultés économiques et institutionnelles ont ralentis le
dynamisme communautaire et que l’environnement économique s’est profondément
transformé, qu’il fallait en prendre acte et remettre donc sur le chantier d’anciens travaux et
en initier de nouveaux, c’est la raison pour laquelle ont va assister à une relance de la
dynamique du grand marché. Après avoir décris les soubresauts des crises en Europe et le
piétinement de l’intégration, on exposera la réforme la plus significative dans les années 80
avec l’achèvement du marché unique.
1- Les soubresauts : crise en Europe crise de l’Europe :
Les progrès de l’intégration sont toujours plus rapides en période d’expansion
économique parce que les ajustements qu’elle impose sont plus aisés, mais dans les années
60, des obstacles sont apparus, et le début des années 70 est caractérisé par une rupture dans
l’environnement économique des six pays membres fondateurs. En même temps, la
construction européenne va se heurter à des difficultés institutionnelles. Bien sure, la
communauté européenne enregistrera des succès : l’élargissement aux pays de l’Europe du
nord et ceux du sud et avec la mise en place du système monétaire européen (SME).

23 | P a g e
- Paragraphe 1 : crises politiques et nouvelles adhésions :
Revenu au pouvoir en 1958, le général Charles de Gaulle accepte le traité de Rome au
nom des vertus de la libre concurrence. Il se bat pour la mise en place de la PAC, pourtant
d’inspiration supranationale, parce qu’elle sert les intérêts de l’agriculture française, mais il
demeure hostile à tout transfert important et global de souveraineté aux « eurocrates » de
Bruxelles. En 1965, la commission propose de remplacer les contributions nationales par le
versement du TEC (tarif extérieur commun) et des prélèvements agricoles d’abord au FEOGA
le 1er Juillet 1967, puis à l’ensemble du budget communautaire le 1er Janvier 1972. La
commission souhaite aussi renforcer les pouvoirs budgétaires du parlement européen. Par
ailleurs, le traité de Rome prévoit qu’après une certaine période (de 1958 à 1966) certaines
décisions se prennent à la majorité qualifiée et non plus à l’unanimité, ce qui signifie la perte
du droit de veto des Etats membres ; sur ces questions, la France de de Gaulle oppose un
refus, ce qui va plonger la communauté dans une crise politique grave. La France se retire du
conseil le 30 Juin 1965, c’est la politique dite de « la chaise vide » qui provoque une grande
tension diplomatique pendant six mois. Pour sortir de cette impasse, on va s’entendre sur un
compromis dit de Luxembourg : « lorsque des intérêts très importants d’un ou plusieurs
partenaires sont en jeu, les membres du conseil des ministres doivent parvenir à un accord
unanime », cette décision constitue un frein à une construction européenne d’autant plus que
l’adhésion de nouveaux membres rend plus difficile la décision à l’unanimité. Par ailleurs, la
Grande-Bretagne, devant le succès du marché commun mais aussi en raison de crises
économiques et la perte de son influence au sein du Commonwealth, pose sa candidature en
1961 à la communauté, elle est poussée sans doute par les États-Unis qui était à l’époque
favorable au développement de la CEE dans laquelle elle vois avant tout une débouché
considérable pour ses exportations, d’autant plus qu’elle peut espérer la transformer en un
instrument de libéralisation généralisé des échanges mondiaux. A la demande d’adhésion du
Royaume-Uni, la France de de Gaulle brondie son veto pour deux fois au grand dam de ses
partenaires, d’abord en 1963 après que le Royaume-Uni a manifesté sa préférence avec les
États-Unis en signant les accords de Nassau, puis en 1967 où elle juge la Grande-Bretagne
trop libre échangiste et atlantiste en raison de ses liens étroits avec les Etats-Unis, et de ce fait
apparait comme le « cheval de Troie » des Etats-Unis, mais au second refus la France se
trouve très isolée et son obstination crée un profond malaise au sein de la CEE. Lors du
sommet de la Haye, qui s’est tenu en 1969, le successeur de de Gaulle, George Pompidou va
développer ce dossier, les six se prononcent pour le renforcement de la communauté et son
élargissement.

24 | P a g e
En 1973, la CEE connait son premier élargissement avec la venue de trois nouveaux
membres, à savoir, le Royaume-Uni, le Danemark et l’Irlande, ce dernier est plus pauvre
économiquement par rapport aux deux autres. L’entrée du Royaume-Uni soulève de nouveaux
problèmes étant donné les relations privilégiées qu’entretien ce pays avec le Commonwealth.
En effet, les importations importantes en provenance de ces pays se traduisent par une
contribution importante du Royaume-Uni au budget de la CEE, beaucoup plus qu’il n’en
bénéficie.
L’élargissement de la CEE se poursuit en 1981 avec l’adhésion de la Grèce et en 1986 par
celle de l’Espagne et du Portugal, mais cela va imposer des problèmes : l’entrée de ces trois
pays déplace le centre de gravité géographique et économique vers le sud, en terme de
PNB/tête, ces pays se situent largement en dessous de la moyenne communautaire. En
synthétisant on peut dire que les deux vagues d’élargissement se sont opérées :
 Vers le nord ouest, entrainant le problème de la prise en considération de la spécificité
anglaise (à deux reprises sous les travaillistes en 1974 puis avec Margaret Thatcher en
1979, la GB demande une renégociation de son adhésion afin d’obtenir un régime
spécial en matière agricole et une diminution de sa contribution financière).
 Vers le sud ce qui a posé le problème de l’assimilation des pays moins avancés
économiquement.
L’élargissement était inscris dans la logique de la construction européenne pour des
raisons à la fois géopolitiques et économiques :
• La CEE se constitue à six alors que l’Europe correspond en réalité à un
continent.
• L’intégration de nouveaux membres élargis la taille du marché
européen et par là permet aux entreprises européennes d’obtenir des
économies d’échelles supplémentaires.
- Paragraphe 2 : crise monétaire et économique – crise de l’intégration :
Le sommet de la Haye n’ouvre pas seulement la voie à l’élargissement mais aussi au
renforcement de l’union européenne, avec notamment l’achèvement des communautés, c'est-
à-dire passage le 1er Janvier 1970 de la période de transition au stade définitif des règlements
financiers agricoles et l’édification d’une véritable union économique et monétaire. Le rapport
« Werner » de 1970 précise les moyens d’atteindre l’UEM (union économique et monétaire),
mais la crise du système monétaire international (SMI), caractérisée par l’inconvertibilité du
dollar en or et la dévaluation de la livre sterling qui compromettent les espoirs.

25 | P a g e
L’objectif n’est pas atteint étant donné que le rapport a sous estimé :
- La nécessité de rapprocher les politiques macroéconomiques des Etats membres.
- L’instabilité monétaire avec en 1973 le flottement généralisé des monnaies.
Le SME bien qu’il représente une étape supplémentaire d’intégration économique, ne
fait cependant pas partie intégrante du traité et les Etats membres ne sont pas obligés d’y
adhérer. Parallèlement, la crise économique qui se manifeste ne deviendra éclatante qu’à la fin
de l’année 1973 avec le premier choc pétrolier. Chaque économie nationale s’efforce de se
mettre à l’abri de la concurrence extérieure pour sauvegarder ses emplois. Ne pouvant pas
user des barrières douanières traditionnelles, supprimées par les traités ou réduites dans le
cadre du GATT, les Etats eurent recours aux obstacles non tarifaires (ONT), ceux que
constituent les réglementations fiscales et administratives, les normes techniques et
sanitaires…sans oublier les mesures d’aide et de subventions qui sont également susceptibles
de fausser le jeu de la concurrence; Il en a résulté un recul du marché unique réalisé en 1968.
Cette montée des protectionnismes est très directement à l’origine de la relance de la
construction européenne de 1985.
2- L’achèvement du marché intérieur unique par l’acte unique européen :
Devant le constat d’échec de la construction européenne, la commission Delors
nommée le 1er Janvier 1985 a décidé de réagir en publiant en Juin 1985 un livre blanc sur
l’achèvement du marché intérieur pour donner une valeur juridique à ses objectifs. Les Etats
membres ont signés les 17 et 18 Février 1986 l’acte unique européen, celui-ci est un
approfondissement du marché commun, il est dit unique parce que par un seul texte il
complète et modifie les trois traités instituant la communauté européenne (CECA, CEE,
EURATOM).
- Paragraphe 1 : les dispositions du marché intérieur :
Quelques 300 directives et règlements sont adoptés dans le cadre de l’acte unique pour
éliminer les frontières physiques, techniques et fiscales au sein du marché unique.
A- L’abolition des frontières physiques :
Au 1er Janvier 1993, tous les obstacles à la libre circulation des marchandises (contrôle
sanitaire, statistique ou en matière de transport) ont été abolies. Par exemple, en matière de
transport routier, un transporteur routier qui franchissait la frontière devrait remplir 70
documents différents. En 1988, au lieu de 70 documents on a institué le DAU (document
administratif unique).

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En ce qui concerne les personnes, le maintien du contrôle répondait à une double
motivation fiscale et policière. La libre circulation des personnes nécessite un effort
d’harmonisation des législations européennes sur le problème de la drogue ou de la
réglementation des armes et même à la limite la mise en place d’une politique commune
d’immigration. Les accords de Schengen qui eurent lieu le 17 Juin 1985 entre la France, la
RFA et les pays du Benelux vont dans le sens puisqu’ils prévoient d’abord un allégement des
contrôles aux frontières puis leurs transferts aux frontières extérieurs de ces mêmes pays à
partir du 1er Janvier 1990. Tout les Etats ce sont joint à cette démarche sauf le Royaume-Uni
et l’Irlande.
B- L’abolition des frontières techniques :
Deux aspects doivent êtres relevés, la libéralisation des marchés publics et
l’harmonisation des normes techniques européennes. Les marchés publics ont un poids
considérable, ils représentent entre 8% et 10% du pipe communautaire. Les procédures de
passation de ces contrats peuvent conduire souvent à préférer les entreprises nationales à
celles des autres pays même si ces dernières sont plus compétitives. L’obligation d’ouverture
aux autre pays membres s’impose sans exception depuis le début de 1993.
Pour les normes techniques, on utilise en partie l’harmonisation et à défaut la
reconnaissance mutuelle. Les principes d’harmonisation préalables cherchent à rapprocher
toute modalité des règlements afin d’éviter un alignement par le bas. Cette technique est lente
et complexe, elle conduit à des discussions sans fin car chacun est convaincu de la supériorité
de sa propre réglementation, pour trouver une solution, on a introduit une innovation : le
principe de reconnaissance mutuelle, l’idée de base est qu’il n’est pas nécessaire de tout
harmoniser et que si un produit est reconnu propre à la consommation chez l’un des pays
membres, il convient vraisemblablement au consommateur des autres pays membres. Cette
technique permet une ouverture des marchés beaucoup plus rapide que l’harmonisation.
C- L’abolition des frontières fiscales :
La suppression totale des contrôles douaniers suppose qu’il y est harmonisation ou a tout le
moins rapprochement des impôts indirects. Dans les pays européens on prélève dans tout les
pays membres une TVA mais les taux varient d’un pays à l’autre, ce qui provoque une
distorsion des prix entres pays, il faut donc une harmonisation des taux de TVA et des droits
d’assises (droits spécifiques perçues en une fois sur certains produits comme l’alcool, le tabac
manufacturé et le carburant). Un régime transitoire de TVA a été mis en place le 1er Janvier
1993 pour permettre le fonctionnement du marché intérieur sans contrôle aux frontières. Les
taux de TVA sont limités à : un taux normal 15% au moins et un taux réduit 5%.

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