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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou.

2018/2019

Chapitre 1/ La protection des créations informatiques


Au Niger, comme dans la plupart des pays en développement, la protection des
créations intellectuelles, au nombre desquelles figurent les créations informatiques, relève du
droit de la propriété intellectuelle. Celui-ci distingue selon qu’il s’agisse d’une création
relevant de la propriété littéraire et artistique ou de la propriété industrielle.
Section 1/ La protection des créations relevant de la propriété littéraire et
artistique
La propriété littéraire et artistique est la branche du droit de la propriété intellectuelle
qui protège les créations littéraires et artistiques. Elle comprend le droit d’auteur et les droits
voisins (ces derniers sont aussi appelés droits connexes). Le droit d’auteur est constitué de
l’ensemble des prérogatives exclusives reconnues à l’auteur d’une œuvre littéraire ou
artistique. Quant aux droits voisins, ils regroupent les droits conférés aux auxiliaires de la
création, c’est-à-dire aux personnes qui concourent à la diffusion de ces œuvres littéraires et
artistiques (éditeurs, producteurs, imprimeurs, arrangeurs, etc.).
Au Niger, le régime de la propriété littéraire et artistique est fixé par la loi n° 2010-
95 du 23 décembre 2010 portant sur le droit d’auteur, les droits voisins et les expressions du
patrimoine culturel traditionnel. Les œuvres numériques et les œuvres multimédias étant
considérées comme des œuvres littéraires et artistiques, sont donc régies par cette loi.
Toutefois, elles présentent des traits particuliers qui nécessitent que l’étude de leur régime soit
séparée de celle du régime général du droit d’auteur.
Il convient donc de voir successivement la protection générale des œuvres par le
droit d’auteur, puis les spécificités de la protection des œuvres numériques et des œuvres
multimédias.
Sous-section 1/ La protection générale des œuvres par le droit d’auteur
Il y’a lieu de présenter successivement l’objet du droit d’auteur, les conditions de la
protection, les prérogatives conférées et les titulaires des droits.
Parag.1/ L’objet du droit d’auteur
Le droit d’auteur porte, à titre principal, sur les œuvres de l’esprit. Mais, le
législateur n’a pas défini la notion d’œuvre de l’esprit. Il s’est simplement borné à énumérer
les différents types d’œuvres en indiquant que certaines sont admises à la protection tandis
que d’autres en sont exclues. Ainsi, sont admises à la protection : les œuvres littéraires, les
œuvres artistiques et musicales, les œuvres scientifiques, les œuvres dérivées, les recueils et

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les titres des œuvres littéraires et artistiques1. Inversement, la loi exclut de la protection
certains objets. Il s’agit en premier lieu des idées qui doivent être de « libre parcours », selon
l’expression de Desbois ; c’est-à-dire à la disposition de tous. Il s’agit ensuite des textes
officiels qu’ils soient de nature législative, administrative ou judiciaire ainsi que de leurs
traductions officielles. C’est également le cas des nouvelles du jour (informations brutes), des
découvertes, des procédés, systèmes, concepts, principes et méthodes de fonctionnement,
mêmes incorporés dans une œuvre. C’est enfin le cas des simples faits et données.
Parag.2/ Les conditions de la protection
Aux termes de l’art. 4 de la loi sur le droit d’auteur, l’auteur de toute œuvre originale
littéraire et artistique jouit sur cette œuvre d’un droit de propriété incorporelle exclusif et
opposable à tous, du seul fait de sa création. Malgré cette disposition, pour bénéficier de la
protection, une œuvre doit remplir un certain nombre de conditions. En effet, elle doit être
originale et se matérialiser dans une forme.
L’originalité sous-entend d’abord que l’œuvre a été créée. Or, l’œuvre créée est celle
qui résulte d’une activité intellectuelle et non d’un fait de hasard ou d’une simple mise en
œuvre d’une technique ou d’un savoir-faire. Elle ne découle pas d’une découverte ou d’une
simple captation d’un élément préexistant dans la nature. Néanmoins, elle peut résulter d’un
choix ou d’une disposition opérés par l’auteur parmi des éléments préexistants. En définitive,
il y a création lorsqu’il y a eu « conception », c’est-à-dire l’idée, mais également
« réalisation », c’est-à-dire la transformation de l’idée en objet, avec un minimum de
conscience du résultat à atteindre. Il n’est cependant pas nécessaire que cette réalisation soit
terminée pour bénéficier de la protection car, selon la loi, « l’œuvre est réputée créée,
indépendamment de toute divulgation, du seul fait de la réalisation même inachevée de la
conception par l’auteur ». Il importe également peu que la création soit fixée sur un support
ou non. En effet, elle est considérée comme un fait juridique et peut, par conséquent, se
prouver par tous moyens.
Quant à l’exigence d’originalité proprement dite, elle constitue la condition
essentielle de protection des œuvres de l’esprit. Selon une conception classique, qualifiée de
conception subjective, une œuvre est considérée comme originale lorsqu’elle porte
l’empreinte de la personnalité de son auteur. L’originalité, dans cette optique, se distingue
de la nouveauté exigée en matière de propriété industrielle. A l’inverse, une conception
objective perçoit l’originalité comme l’apport intellectuel de l’auteur de l’œuvre. Cet apport

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Toutefois, cette énumération n’est pas exhaustive. En effet, une ouverture est faite à d’autres œuvres non
prévues expressément.

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est généralement déduit des différences que l’œuvre présente avec l’état antérieur de l’art d’où
une forte ressemblance avec le critère de nouveauté requis en propriété industrielle.
L’originalité peut aussi comporter des degrés. En effet, une œuvre peut être d’une
originalité absolue, lorsqu’elle est créée pour la première fois (on l’appelle œuvre première),
ou d’une originalité relative, lorsqu’elle incorpore des éléments appartenant à une œuvre
préexistante (on parle d’œuvre dérivée, d’œuvre composite ou encore d’œuvre seconde). C’est
ainsi que la Cour de cassation française a admis que des logiciels rédigés dans un langage
informatique différent de logiciels précédemment créés devaient être considérés comme des
œuvres originales dès lors que ce langage avait permis de les faire fonctionner avec un certain
type de processeur traduisant ainsi «l’existence d’un apport intellectuel propre et d’un effort
personnalisé ».
La preuve de l’originalité doit être appréciée au cas par cas. Il appartient donc à celui
qui se réclame auteur d’une œuvre de démontrer qu’elle remplit les conditions exigées pour
être investie de la protection légale. Mais, dans bien des cas, cette protection est présumée par
les juges.
S’agissant de l’exigence de forme, elle découle du fait que seule la réalisation
concrète d’une œuvre la fait bénéficier de la protection. En effet, le droit d’auteur ne protège
pas les idées ; celles-ci étant considérées comme étant de « libre parcours ». Seule donc la
forme de l’œuvre qui présente un caractère particulier fait l’objet de protection. Il faut
toutefois, noter que la protection par le droit d’auteur n’est pas admise lorsque la forme est
purement fonctionnelle, c’est-à-dire lorsqu’elle est imposée par les fonctions techniques de
l’objet. En effet, dans une telle hypothèse, c’est la protection par la propriété industrielle qu’il
faut envisager.
Si toutes ces conditions sont réunies, la protection n’est soumise à aucune formalité
et elle est indépendante du genre de l’œuvre, de la forme de son expression, de son mérite ou
de sa destination (art. 5 de la loi).
Parag.3/ Les prérogatives conférées par le droit d’auteur
Le droit d’auteur se décompose en deux séries de prérogatives que sont le droit moral
et le droit patrimonial. Contrairement au système anglo-saxon du copyright où le droit moral
est relégué à un second rang, dans les systèmes d’inspiration française, il tient une place de
choix dans l’ordre des prérogatives de l’auteur. C’est pourquoi, il sera examiné avant le droit
patrimonial.

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A/ Le droit moral
Le droit moral appartient à la catégorie des droits de la personnalité. Il a pour but la
protection de la personnalité de l’auteur, à travers son œuvre, indépendamment de
l’exploitation de celle-ci. C’est un droit d’ordre public. Il est perpétuel, inaliénable,
imprescriptible et insaisissable. Il est transmissible aux héritiers de l’auteur en cas de décès.
Le droit moral confère à l’auteur un certain nombre de prérogatives énumérées à
l’art. 8 de la loi. Il s’agit : du droit de divulgation de l’œuvre, du droit à la paternité de
l’œuvre, du droit au respect de l’œuvre et du droit de retrait et de repentir.
- Le droit de divulgation : c’est le droit qu’a l’auteur de choisir le moment et les
conditions de la communication de son œuvre au public. C’est le fait de révéler au public
l’existence de l’œuvre. C’est un droit exclusif. Autrement dit, personne ne peut procéder à la
divulgation de l’œuvre sans le consentement de l’auteur. Le droit de divulgation est reconnu
sur chaque mode de communication de l’œuvre.
- Le droit à la paternité : il comprend le droit au respect du nom et le droit au respect de
la qualité. Le premier consiste à faire connaître l’auteur en faisant mentionner son nom sur
l’œuvre. Le second impose que soient indiqués ses titres, grades et distinctions. La
divulgation de la paternité n’est cependant pas une obligation. En effet, l’auteur a le loisir de
garder l’anonymat ou de publier son œuvre sous un pseudonyme.
- Le droit au respect de l’œuvre : c’est le droit qu’a l’auteur de s’opposer à toute
suppression, adjonction, modification, altération, déformation ou dénaturation, même mineure
de l’œuvre, dans ses éléments constitutifs (on parle de respect de l’intégrité de l’œuvre) ou
dans son esprit. Le respect de l’œuvre s’impose aussi bien aux tiers qu’aux cocontractants de
l’auteur. Le droit au respect de l’œuvre est en principe absolu. Mais, dans certaines situations,
il subit des aménagements qui atténuent sa force. Tel est le cas lorsque l’œuvre est un logiciel.
- Le droit de retrait et de repentir : c’est le droit reconnu à un auteur, pris de remords
d’ordre artistique, de retirer son œuvre du circuit économique ou d’y apporter des retouches,
après l’avoir divulguée et même après avoir signé un contrat d’exploitation. Il faut, toutefois,
mentionner que le droit de retrait et de repentir ne s’applique qu’au cessionnaire du contrat
d’exploitation. Il n’est donc pas opposable aux bénéficiaires de contrats de représentations,
aux coauteurs d’une œuvre de collaboration, aux acheteurs d’exemplaires et aux détenteurs
d’œuvres de commande. Même à l’égard du cessionnaire le titulaire ne peut exercer son droit
qu’à charge de l’indemniser préalablement de tout préjudice que le retrait ou le repentir peut
lui causer. Par ailleurs, si postérieurement à l’exercice de son droit de retrait et de repentir,

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l’auteur décide à nouveau de publier l’œuvre, il doit, par priorité, offrir les droits
d’exploitation au cessionnaire originaire ; aux conditions initialement convenues.
Telles sont les prérogatives reconnues à un auteur dans le cadre du droit moral. Il convient
à présent de voir en quoi consiste le droit patrimonial.
B/ Le droit patrimonial
Le droit patrimonial est un droit exclusif d’exploitation de l’œuvre (appelé
monopole) reconnu à l’auteur. Il porte sur les aspects pécuniaires de l’œuvre. Il confère
plusieurs prérogatives à l’auteur (1). Cependant, il connaît aussi d’importantes limitations (2).
En outre, contrairement au droit moral qui est perpétuel, sa durée est limitée (3).
1/ Les attributs du droit patrimonial
Le droit patrimonial confère à l’auteur plusieurs prérogatives, notamment : un droit
de représentation, un droit de reproduction, un droit de location et de prêt, un droit de
distribution, un droit d’importation, un droit de transformation et un droit de suite.
- Le droit de représentation : la représentation consiste dans la communication directe
de l’œuvre au public par n’importe quel procédé. C’est le fait de faire directement voir ou
entendre l’œuvre quel qu’en soit le genre. Le droit de représentation permet donc à l’auteur
d’autoriser ou de refuser la communication directe de son œuvre au public. Il peut toutefois
être concédé à un tiers moyennant paiement à l’auteur d’une redevance tenant compte de
chaque mode de communication.
- Le droit de reproduction : la reproduction consiste dans la fixation matérielle de
l’œuvre par tous procédés qui permettent de la communiquer au public d’une manière
indirecte. Il y a également reproduction lorsque l’œuvre est reprise en tout ou en partie dans
une œuvre composite. La reproduction peut se faire à l’identique ou se traduire par une
fixation fugitive. Il peut s’agir de la fixation d’une première œuvre ou de la reproduction en
nombre d’exemplaires d’une œuvre déjà fixée. Le droit de reproduction permet à l’auteur ou
ses ayants-droit de s’opposer à toute reproduction intégrale ou partielle de l’œuvre faite sans
leur consentement. Peu importe le support de la fixation qui peut être analogique ou
numérique, mobilière ou immobilière. L’auteur peut toutefois autoriser un tiers à reproduire
l’œuvre. Cette autorisation donne également lieu au paiement d’une redevance.
- Le droit de location et de prêt : c’est le droit exclusif reconnu à l’auteur d’autoriser ou
d’interdire la location ou le prêt de tout support corporel de son œuvre. Ce droit est parfois
appelé « droit de destination ». Il permet au titulaire de l’œuvre de percevoir une redevance
pour chaque nouveau mode d’exploitation de l’œuvre. Par ce droit, l’auteur peut ainsi
contrôler l’utilisation des différents exemplaires de son œuvre.
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- Le droit de distribution : c’est le droit exclusif reconnu à l’auteur d’autoriser ou


d’interdire toute mise à disposition du public des exemplaires de son œuvre par la vente ou
par un quelconque procédé de transfert de propriété.
- Le droit d’importation : c’est le droit dont dispose l’auteur d’importer lui-même ou
d’autoriser ou interdire un tiers à importer des exemplaires de son œuvre.
- Le droit de traduction et d’adaptation : c’est le droit exclusif reconnu à l’auteur d’une
œuvre d’autoriser ou d’interdire sa modification par traduction ou adaptation dans une œuvre
dérivée. Il faut toutefois souligner que la traduction et l’adaptation constituent également des
œuvres de l’esprit susceptibles de protection par le droit d’auteur.
- Le droit de suite : c’est le droit reconnu aux auteurs d’arts graphiques et plastiques de
percevoir un pourcentage sur le prix de revente de leurs œuvres. Toutefois, il ne s’applique
qu’à la revente de l’œuvre lorsque celle-ci est faite par l’intermédiaire d’un professionnel du
marché de l’art ou par le professionnel lui-même agissant en qualité d’acheteur ou vendeur.
Ainsi précisés les différents attributs du droit patrimonial, il convient à présent
d’exposer les exceptions à ce droit.
2/ Les exceptions au droit patrimonial
Elles permettent légalement certaines utilisations des œuvres même sans
l’autorisation de l’auteur et sans obligation de lui payer des redevances. Ces exceptions sont :
- La libre reproduction à des fins privées ou copie privée : C’est le droit reconnu au
détenteur d’un exemplaire de l’œuvre de faire une copie destinée à un usage privé et
individuel. La copie privée n’est donc pas autorisée en cas d’usage collectif et professionnel.
En plus, elle ne doit pas porter atteinte à l’exploitation normale de l’œuvre, ni causer un
préjudice injustifié aux intérêts légitimes de l’auteur. Dans certaines situations l’exception ne
s’applique même pas. C’est le cas des :
 œuvres d’architecture revêtant la forme de bâtiments ou de constructions
similaires ;
 œuvres des beaux-arts à tirage limité, aux œuvres musicales, aux manuels
d’exercice et aux publications dont on ne se sert qu’une seule fois ;
 bases de données ;
 programmes d’ordinateurs hormis les cas où leur libre utilisation est permise.
La copie privée est compensée par une rémunération dite rémunération équitable
pour la reproduction à des fins privées qui est payée par les producteurs et les importateurs
d’appareils et de supports matériels utilisés pour cette reproduction. Cette rémunération est

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perçue et distribuée par le BNDA aux auteurs, aux artistes interprètes ou exécutants et aux
producteurs de phonogrammes.
- Les analyses et les courtes citations : C’est une exception qui permet d’utiliser des
extraits de l’œuvre sans porter atteinte à son exploitation normale. Ces extraits doivent être
justifiés par le but à atteindre et indiquer la source et le nom de l’auteur. Ils doivent rester
accessoires, c’est-à-dire ne pas prendre le pas sur le contenu principal de l’œuvre, ni faire de
longs emprunts. Le caractère accessoire peut s’apprécier tant en quantité qu’en qualité ;
- La libre utilisation pour l’enseignement et la recherche scientifique : il s’agit de la
reproduction et la représentation d’extraits d’œuvres à des fins exclusives d’illustration dans
le cadre de l’enseignement et de la recherche. Cette exception ne joue que lorsque
l’établissement d’enseignement ou de recherche ne vise pas directement ou indirectement un
profit commercial. En plus, elle doit être justifiée par le but à atteindre et ne pas porter atteinte
à l’exploitation normale de l’œuvre. En outre, la source et le nom de l’auteur de l’œuvre
doivent être indiqués ;
- La libre reproduction par les bibliothèques et les services d’archives : elle est
accordée pour permettre le remplacement d’un exemplaire perdu, détruit ou rendu
inaccessible lorsqu’il n’est pas possible de se procurer cet exemplaire dans des conditions
raisonnables ou pour satisfaire à la demande d’une personne physique. Il faut dans les deux
cas que l’acte de reproduction soit un acte isolé ou, s’il est répété, que les occasions soient
séparées et soient sans relation entre elles. Toutefois, l’exception ne s’applique pas aux
programmes d’ordinateurs ;
- La libre reproduction à des fins judiciaires et administratives : elle est accordée dans
la mesure du but à atteindre ;
- La libre utilisation à des fins d’information : elle porte sur les œuvres vues ou
entendues au cours des évènements d’actualité : les articles ou documents d’actualité
économique, politique ou religieux, les discours politiques, les conférences, les allocutions,
sermons, les discours délivrés lors des procès et toute œuvre de même nature délivrée en
public. Elle ne joue qu’à titre d’information sur l’actualité, dans la mesure justifiée par le but
d’information à atteindre et à condition d’indiquer la source et le nom de l’auteur. Passé donc
un certain délai, la publication de l’œuvre doit être autorisée par l’auteur ;
- La libre utilisation d’images d’œuvres situées en permanence dans les endroits
publics : c’est une exception qui permet de reproduire une œuvre située dans un lieu public
accessoirement à la couverture d’une manifestation publique. Toutefois, pour que l’exception

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joue, il faut que l’utilisation de l’œuvre ne soit pas le sujet principal de la représentation ou
de la reproduction et qu’elle n’ait pas un but commercial ;
- La libre utilisation et adaptation des programmes d’ordinateurs : l’exception est
accordée aux utilisateurs légitimes d’un exemplaire d’un programme d’ordinateur. En effet, la
loi leur permet de faire, sans autorisation de l’auteur et sans paiement de redevance, tous les
actes nécessaires à l’utilisation du programme, y compris la correction d’erreurs, de faire une
copie de sauvegarde du programme pour pallier les cas de perte ou de destruction, d’effectuer
des études et des tests pour déterminer les idées et les principes qui sont à la base du
fonctionnement du programme et, enfin, d’accomplir les actes indispensables pour obtenir les
informations nécessaires à l’interopérabilité du programme avec d’autres programmes lorsque
ces informations ne sont pas facilement accessibles ;
- Le libre enregistrement éphémère par des organismes de radiodiffusion : aux termes
de cette exception, un organisme de radiodiffusion peut, sans l’autorisation de l’auteur et sans
paiement d’une rémunération séparée, réaliser un enregistrement éphémère par ses propres
moyens et pour ses propres émissions d’une œuvre à condition de détruire cet enregistrement
dans les six mois suivant sa réalisation à moins qu’un accord pour une période plus longue
n’ait été passé avec l’auteur de l’œuvre enregistrée. Toutefois, sans un tel accord, un
exemplaire unique de cet enregistrement peut être gardé à des fins exclusives de conservation
d’archives ;
- L’importation à des fins personnelles : C’est l’exception qui permet d’importer
librement les exemplaires de l’œuvre mis sur le marché par le titulaire ou avec son
consentement ;
- La libre revente et prêt public : aux termes de cette exception, il est permis, sans
l’autorisation de l’auteur de revendre ou transférer la propriété d’un exemplaire d’une œuvre
après la première vente. C’est l’application de la théorie dite de l’épuisement des droits de
l’auteur. Cette exception ne s’applique pas aux programmes d’ordinateur et aux reproductions
réalisées à tire de copie privée ;
- La libre représentation ou exécution publique : elle concerne les représentations
d’œuvres lors des cérémonies officielles, les cérémonies religieuses et les activités des
établissements d’enseignement ou de recherche scientifique. Toutefois, pour que l’exception
joue, il faut que le public assistant auxdites activités soit composé exclusivement du personnel
et des étudiants de l’établissement, des parents et des surveillants des enfants ou d’autres
personnes directement liées aux activités de l’établissement ;

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- La libre reproduction, représentation et exécution par un établissement hospitalier,


pénitentiaire, d’aide à la jeunesse ou à des personnes handicapées : C’est une exception
reconnue à ces établissements dans un but d’éducation et de sensibilisation. Aux termes de
l’art. 22 de la loi sur le droit d’auteur qui consacre cette exception, les activités des
établissements visés ne doivent pas avoir un caractère commercial ni directement, ni
indirectement et les actes de reproduction, représentation et exécution doivent être réservés à
l’usage exclusif des personnes qui y résident ;
- La libre reproduction et communication au public des œuvres au bénéfice des
personnes handicapées : Cette exception instaure une liberté d’atteinte au droit d’auteur au
profit des personnes handicapées. Toutefois, les actes de reproduction et de communication ne
doivent pas avoir un but commercial. Ils doivent, en plus, être directement liés au handicap en
question et uniquement posés dans la mesure requise par ledit handicap ;
- Les caricatures, parodies et/ou pastiches : l’exception vise l’évocation dans un but
d’humour et de dérision d’une œuvre préexistante passant par des emprunts à celle-ci. Elle est
accordée à condition que la caricature, parodie ou pastiche permettre de reconnaître l’œuvre
initiale et ne crée pas un risque de confusion avec elle, ni lui faire concurrence ;
- Les reproductions provisoires accessoires à la transmission en ligne : L’exception
concerne les reproductions temporaires, purement techniques et dépourvues de portée
économique faites sur les réseaux numériques dans le but unique de permettre l’utilisation
licite d’une œuvre protégée ou sa transmission dans un réseau. Elle n’est admise que si la
reproduction de l’œuvre est provisoire et accessoire à la transmission et à condition qu’elle
soit automatiquement effacée sans permettre la récupération électronique de l’œuvre à
d’autres fins.
3/ La durée du droit patrimonial
Contrairement au droit moral qui est perpétuel, le droit patrimonial a un caractère
temporaire. Il dure toute la vie de l’auteur et soixante dix (70) ans près sa mort pour toutes les
œuvres sauf les œuvres d’art appliqué. Celles-ci sont protégées pendant vingt cinq (25) ans à
partir de leur réalisation. Après ces délais, l’œuvre tombe dans le domaine public. Il importe
toutefois de noter que ces règles de calcul des délais de protection changent pour certaines
catégories d’œuvres. Ainsi, les œuvres de collaboration sont protégées pendant la vie du
dernier auteur survivant et soixante dix ans après sa mort. Une œuvre de collaboration est une
œuvre à la création de laquelle ont participé deux ou plusieurs personnes. De même, les droits
patrimoniaux portant sur les œuvres anonymes, pseudonymes, collectives et audiovisuelles
sont protégés pendant une durée de 70 ans à compter de la fin de l’année civile où elles ont été
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publiées licitement. Mais, si avant l’expiration de ce délai, l’identité de l’auteur de l’œuvre


anonyme ou pseudonyme est révélée ou ne laisse aucun doute, le droit d’auteur se prolongera
au-delà de la mort de l’auteur dans les conditions habituelles. On entend par œuvre collective,
l’œuvre créée par plusieurs auteurs à l’initiative et sous la responsabilité d’une personne
physique ou morale qui la publie sous son nom et dans laquelle les contributions des auteurs
qui ont participé à la création de l’œuvre se fondent dans l’ensemble de l’œuvre, sans qu’il
soit possible d’identifier les diverses contributions. Enfin, dans le cadre d’une œuvre
composite, c’est-à-dire une œuvre nouvelle qui incorpore une œuvre préexistante et qui est
réalisée sans la collaboration de l’auteur de cette dernière, chaque œuvre est soumise au
régime commun. Par conséquent, après l’expiration du délai de protection de l’œuvre
première, le titulaire de l’œuvre dérivée (ou ses ayants droits) n’est plus tenu d’avoir
l’autorisation du premier auteur pour l’utilisation de son œuvre.
Parag. 4/ Les titulaires du droit d’auteur
La loi confère les droits d’auteur au créateur. Celui-ci est présumé être, sauf
convention contraire, la personne sous le nom de laquelle l’œuvre a été divulguée. En cas
d’œuvre anonyme ou d’œuvre pseudonyme, l’éditeur sous le nom duquel l’œuvre a été
publiée est présumé être le représentant de l’auteur. Si l’œuvre est une œuvre de
collaboration, elle est considérée être la propriété commune des coauteurs, lesquels doivent
exercer leurs droits d’un commun accord. Toutefois, sauf convention contraire, chacun des
coauteurs peut exploiter séparément sa contribution personnelle à condition de ne pas porter
préjudice à l’exploitation de l’œuvre commune. De même, le droit au respect de l’œuvre peut
être exercé par un seul des auteurs au nom du groupe. S’agissant d’une œuvre dérivée, la
propriété appartient à la seule personne qui l’a réalisée. Celle-ci doit, néanmoins, respecter les
droits de l’œuvre première. Par conséquent, pour exploiter l’œuvre dérivée, le titulaire doit
avoir l’accord préalable de l’auteur de l’œuvre première. Il s’ensuit qu’en cas d’œuvre
composite, ce dernier peut, au nom du droit de divulgation, refuser la reprise de son œuvre
dans l’œuvre dérivée ou exiger, au nom du droit de paternité, que son nom figure sur l’œuvre
composite.
Contrairement à ces règles, la titularité du droit d’auteur est parfois conférée à
d’autres personnes que le créateur. Il en est ainsi de la titularité des droits patrimoniaux
portant sur une œuvre de commande ou sur une œuvre créée par un salarié qui sont attribués à
l’employeur lorsque l’œuvre a été créée dans l’exercice des fonctions ou d’après les
instructions que l’employeur a données. C’est également le cas des droits moraux et
patrimoniaux d’une œuvre collective qui, sauf convention contraire, sont attribuées à la
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personne physique ou morale sous le nom de laquelle l’œuvre a été publiée (l’Entrepreneur).
Toutefois, les coauteurs conservent, sur leurs contributions personnelles, tous les attributs du
droit moral et peuvent les exercer à l’égard des tiers et de l’entrepreneur à condition de ne pas
porter préjudice à l’exploitation normale de l’œuvre collective. Néanmoins, ils ne peuvent
exercer à l’égard de l’entrepreneur le droit au respect de l’œuvre. En effet, ce dernier peut
retoucher les contributions individuelles à condition de ne pas les dénaturer. Enfin, en cas
d’œuvre audiovisuelle, le contrat d’exploitation conclu entre le producteur et les coauteurs
emporte cession automatique au producteur des droits patrimoniaux portant sur l’œuvre. Mais,
là également, sauf stipulation contraire, les coauteurs conservent leurs droits moraux et les
droits patrimoniaux relativement aux autres utilisations de leurs contributions individuelles si
celles-ci peuvent être séparées de l’œuvre commune.
Sous-section II/ La protection des œuvres numériques et des œuvres
multimédias
Les œuvres numériques et les œuvres multimédias sont soumises pour une grande
partie au régime général du droit d’auteur. Il s’agit donc ici juste de mettre en évidence les
particularités liées à leurs natures. Pour ce faire, nous examinerons d’abord la protection des
œuvres numériques puis celle des œuvres multimédias.
Parag. 1/ La protection des œuvres numérisées.
Les technologies de l’information et de la communication ont profondément changé
la manière d’appréhender juridiquement la notion d’œuvre. En effet, la règle selon laquelle la
propriété de l’œuvre est indépendante de celle de son support est devenue une illusion car les
possibilités de duplication, de modification, d’altération et de diffusion de l’œuvre numérisée
sont à la portée de tout utilisateur. C’est pourquoi, aussi bien en ce qui concerne les
programmes d’ordinateur que les bases de données, la protection du droit d’auteur subit
quelques aménagements.
A/ La protection des programmes d’ordinateur ou logiciel
Selon la loi sur le droit d’auteur, « un programme d’ordinateur est un ensemble
d’instructions exprimées par des mots, des codes, des schémas ou par toute autre forme
pouvant, une fois incorporée dans un support déchiffrable par une machine, faire accomplir
ou faire obtenir une tâche ou un résultat particulier par un ordinateur ou tout autre procédé
électronique ou similaire capable de faire du traitement de l’information ».
Cela dit, il convient de voir d’abord le régime du logiciel privé avant de présenter le
cas particulier du logiciel libre.

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1/ Le régime du logiciel privé.


Le logiciel est considéré comme une œuvre littéraire et artistique. A ce titre, il est
soumis au droit d’auteur comme toute œuvre du genre. Pour bénéficier donc de la protection,
il doit remplir les conditions d’originalité et de forme. Or, c’est la conception objective de
l’originalité qui s’applique au logiciel. Selon cette conception, le logiciel doit être la création
intellectuelle propre de l’auteur pour prétendre à la protection. Si cette condition est remplie,
la protection va porter sur la forme, c’est-à-dire l’expression de l’idée ; ce qui sous-entend
qu’il doit exister plusieurs manières d’exprimer l’idée. En effet, une manière unique de
présenter l’œuvre ne pourrait être considérée comme une création intellectuelle propre de
l’auteur, ni sa manière particulière de l’exprimer et ne peut donc conférer la protection.
Au vu de ce qui précède, la réalisation d’un logiciel s’effectuant en plusieurs étapes,
ce ne sont pas tous les éléments du logiciel qui sont protégeables. C’est ainsi que le cahier des
charges, l’interface, la structure du programme, les spécifications internes et externes, les
codes sources et codes objets peuvent bénéficier de la protection s’ils remplissent les
conditions requises tandis que les algorithmes en sont exclus car ils relèvent du domaine de
l’idée. Dans tous les cas, si le logiciel est sous licence privée, tous les droits sont réservés au
titulaire. Par conséquent, un utilisateur éventuel doit avoir son autorisation préalable.
Pour ce qui est de la titularité des droits, si le logiciel a été créé par une personne
physique indépendante, c’est cette personne qui aura tant les droits moraux que patrimoniaux.
Toutefois, sauf stipulation contraire, l’auteur du logiciel ne peut ni exercer son droit de
repentir et de retrait, ni s’opposer à sa reproduction ou sa modification par le cessionnaire des
droits lorsque ces actes sont nécessaires à l’utilisation du logiciel ou ont pour objet d’effectuer
une copie de sauvegarde pour pallier aux cas de perte et de destruction. Si l’auteur du logiciel
est un salarié investi d’une mission de créativité ou qui a réalisé le logiciel en application des
instructions de son employeur, les droits patrimoniaux de l’auteur sont dévolus à l’employeur.
Ce régime de protection du logiciel privé est très différent de celui du logiciel libre.
2/ Le régime du logiciel libre
Contrairement au logiciel sous licence privée qui limite les droits du preneur de la
licence, le logiciel libre (open-source) est un logiciel dont le code source est accessible
librement et dont l’utilisation, l’étude, la modification, la duplication et la diffusion sont
universellement autorisées sans contrepartie. Ce type de logiciel n’est pas forcément gratuit
même si en général beaucoup de logiciels libres le sont. Par contre, il comporte quatre libertés
fondamentales que sont :
- La liberté d’exécuter le programme quel que soit le but recherché (liberté 0) ;
12
Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

- La liberté d’étudier la manière dont le programme fonctionne et de l’adapter à ses


besoins (liberté 1) ;
- La liberté de redistribuer des exemplaires du logiciel (liberté 2) ;
- La liberté d’améliorer le programme et de publier ses améliorations (liberté 3).
Il se pose une difficulté juridique lorsqu’un développeur intègre le programme du
logiciel libre dans un autre logiciel et tente de redistribuer l’ensemble sous une licence privée,
car les utilisateurs du nouveau logiciel se verront privés des libertés initialement accordées par
le logiciel libre. Pour éviter cela, un mécanisme permettant de garantir la pérennité des
libertés offertes par le logiciel libre a été mis en place : c’est la technique des « licences
copyleft » ou « licences réciproques » qui impose aux preneurs de licences de réutiliser la
même licence libre en cas de redistribution du logiciel (qu’il s’agisse de la version originale
ou modifiée) et de permettre l’accès au code source.
B/ La protection des bases de données
La loi définit la base de données comme « une compilation de données ou de faits ».
A l’instar des logiciels, les bases de données sont donc protégeables par le droit d’auteur, sous
condition d’originalité. Egalement, tout comme les logiciels, la condition d’originalité
s’apprécie de façon particulière en ce qui concerne les bases de données. En effet, la
jurisprudence exige que la base relève d’un choix personnel de l’auteur constituant une
création intellectuelle et non pas seulement d’un choix purement technique.
Le créateur d’une base de données doit avoir les autorisations requises lorsqu’il
utilise des données qui sont couvertes par le droit d’auteur ou des données personnelles. A
l’inverse, il peut librement utiliser et commercialiser les données libres. Il a, sur la base des
données créée, tous les droits d’auteur tant moraux que patrimoniaux à moins que celle-ci ne
soit créée sur ordre ou commande d’une autre personne (physique ou morale) ; auquel cas
c’est cette personne qui se verra attribuer les droits patrimoniaux. Il importe toutefois de noter
que le droit d’auteur ne porte pas sur les données et faits qui constituent le contenu de la base.
Celles-ci peuvent être librement utilisées par les tiers lorsqu’ils ne sont pas couverts par un
droit d’auteur. En plus, les limitations au monopole du titulaire du droit d’auteur s’appliquent
à la base des données sauf l’exception de copie privée qui ne joue pas en la matière. Par
conséquent, contrairement au logiciel, il n’est pas permis d’effectuer une copie de sauvegarde
sur une base de données sans le consentement du titulaire des droits.

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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

Parag. 2/ La protection des œuvres multimédias


A défaut d’indication de la loi, c’est la doctrine qui a défini la notion d’œuvre
multimédia comme une œuvre réunissant, sur un même support, des éléments de genre
différents tels que les sons, les textes, les images fixes et animées, les programmes
informatiques et dont la structure et l’accès sont régis par un logiciel permettant
l’interactivité et qui a été conçu pour avoir une identité propre, différente de celle résultant
de la simple réunion des éléments qui le composent.
Sous donc le vocable d’œuvre multimédia, nous allons examiner successivement la
protection du site internet et celle du jeu vidéo.
A/ La protection du site Internet
La protection porte de façon séparée sur la page web si celle-ci fait ressortir la
personnalité de l’auteur au travers des choix qu’il a opérés lors de sa réalisation et sur les
éléments qui composent le site lorsqu’ils remplissent la condition d’originalité. Il y a, en effet,
application de la règle selon laquelle les droits sur une œuvre sont indépendants du sort du
support.
B/ La protection du jeu vidéo
Exemple d’œuvre multimédia par excellence, le jeu vidéo compile, sur un même
support, de nombreuses expressions, chacune susceptible d’un régime de protection différent.
Selon la jurisprudence, le jeu vidéo n’est ni une œuvre audiovisuelle, ni une œuvre logicielle.
Il est plutôt considéré comme une œuvre de collaboration dont chacune des composantes est
soumise au régime qui lui est applicable en raison de sa nature. Ainsi, par exemple, la partie
logicielle est protégée comme un logiciel et, par conséquent, les droits qui s’y rattachent
peuvent être dévolus à l’employeur dans les conditions déterminées par la loi.
Ainsi s’achève l’étude de la protection des créations relevant de la propriété littéraire
et artistique. Il convient, à présent d’aborder celle des éléments relevant de la propriété
industrielle.
Section II/ La protection des créations relevant de la propriété industrielle.
La propriété industrielle est l’autre branche du droit de la propriété intellectuelle qui
gouverne la protection des créations industrielles et des signes distinctifs. A la différence des
droits de propriété littéraire et artistique, les droits de propriété industrielle ne naissent pas
automatiquement du seul fait de leur création. Ils sont accordés par l’autorité publique à la
suite d’une demande présentée par l’intéressé. Il existe une grande variété de droits de
propriété industrielle qui exercent une influence dans le domaine de l’informatique.

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L’influence des signes distinctifs étant la plus significative, elle mérite d’être étudiée avant
celle des créations industrielles.
Parag. 1/ La protection des signes distinctifs
Les signes distinctifs sont des formes ou des dénominations destinées à individualiser
des produits, services ou établissements vis-à-vis de la clientèle. Il s’agit du nom commercial,
de l’enseigne, des marques, des indications géographiques, des noms de domaines, etc. Seuls
seront étudiés dans le cadre de ce module les marques et les noms de domaine.
A/ La protection de la marque
La marque est un signe susceptible de représentation graphique servant à distinguer
les produits ou services d’une personne physique ou morale. Il existe différentes sortes de
marque : marques de fabrique et de commerce, marques de produits et de services ; marques
nominales et marques figuratives ; marques simples et marques complexes ; marques
individuelles et marques collectives, etc.
Une marque remplit plusieurs fonctions. Elle permet d’abord de distinguer les
produits ou services d’une entreprise de ceux de ses concurrents. Elle atteste également que
les produits ou services qu’elle couvre proviennent d’une même entreprise ou d’entreprises
économiquement liées (fonction d’indication de l’origine du produit ou service). La marque
sert enfin d’instrument de publicité pour l’entreprise. En effet, elle assure parfois dans l’esprit
du consommateur une garantie de qualité des produits ou services en objet.
En informatique, la marque est omniprésente. Elle est d’abord apposée sur le
matériel informatique et les logiciels et guide ainsi le choix des consommateurs. Elle est aussi
largement utilisée pour la vente des produits et services en ligne. Il est donc important de
connaître le régime de sa protection.
Au Niger, ce régime est institué par l’Accord de Bangui du 24 février 1999 régissant
la propriété industrielle dans les pays membres de l’Organisation africaine de la propriété
intellectuelle (OAPI) et notamment par son annexe III. Aux termes de ce texte, pour prétendre
à la protection, en tant que marque, un signe doit être distinctif, disponible et licite. Le droit
sur la marque ne s’acquiert qu’après dépôt d’une demande et enregistrement de la marque
auprès de l’OAPI, sauf s’il s’agit d’une marque notoire. Ce droit est accordé pour une durée
de dix (10) ans renouvelable indéfiniment, à compter de la date de dépôt de la demande
d’enregistrement. Mais, une fois, l’enregistrement accordé, le titulaire de la marque jouit sur
celle-ci, relativement aux produits ou services désignés dans la demande et les produits ou
services similaires (c’est le principe de spécialité de la marque), d’un droit exclusif de
l’exploiter. Par conséquent, il peut interdire son utilisation à toute personne qui n’a pas reçu
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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

son autorisation. Il a également le droit de céder la marque ou de concéder des licences sur ses
droits. Toutefois, il ne peut empêcher son utilisation aux titulaires de produits différents et aux
personnes qui exploitaient déjà, le signe objet de la marque, avant son enregistrement. Il ne
peut, non plus interdire à un tiers l’usage de la marque en relation avec des produits qui ont
été licitement vendus sur le territoire d’un Etat membre. Hormis ces exceptions, tout acte de
reproduction ou d’imitation de la marque, lorsqu’il présente un risque de confusion avec le
signe enregistré ainsi que toute apposition de la marque sur des produits qui n’y ont pas droit
constitue un acte de contrefaçon. Le délit de contrefaçon est également constitué lorsque
l’utilisateur, sans avoir reproduit ou imité personnellement la marque, s’est simplement borné
à l’utiliser, sans le consentement du titulaire, pour commercialiser des produits ou services, y
compris sur un site internet.
Il faut toutefois noter que le titulaire de la marque peut être déchu de ses droits par le
tribunal lorsque, dans un délai de cinq (5) ans précédant la saisine du juge, la marque n’a pas
été exploitée sur le territoire national de l’un des Etats membres.
Après cette étude de la marque, voyons à présent la protection du nom de domaine.
B/ La protection du nom de domaine
Le nom de domaine désigne « l’enseigne sous laquelle une entreprise exploite, sur le
réseau internet, un établissement virtuel auquel une clientèle peut s’adresser pour obtenir des
produits ou des services ou s’informer de l’activité commerciale qu’elle exerce »2. Ainsi
défini, le nom de domaine comporte trois parties, à savoir :
- Le préfixe : www
- Le radical : partie choisie par le titulaire du nom du domaine
- Le suffixe ou extension qui correspond au domaine.
En pratique, un nom de domaine est enregistré en faveur de la première personne
physique ou morale qui en fait la demande, à condition que le nom soit disponible et que le
demandeur s’acquitte des droits de réservation du nom. On parle de principe du « premier
arrivé, premier servi ». Par conséquent, l’enregistrement du nom de domaine peut être refusé,
notamment lorsqu’il porte atteinte à un droit de propriété intellectuelle ou de la personnalité.
Le titulaire du nom peut néanmoins échapper au refus d’enregistrement lorsqu’il justifie d’un
intérêt légitime et agit de bonne foi. Sont ainsi considérés comme actes de mauvaise foi : le
fait d’enregistrer un nom identique ou similaire à un signe déjà objet d’un droit détenu par un

2
Loiseau (G.), « Noms de domaine et internet : turbulences autour d’un nouveau signe distinctif », D. 1999,
chron., p. 245.

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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

tiers dans le but de le revendre ou encore le fait de nuire à la réputation ou profiter de la


renommée d’un signe en créant un risque de confusion dans l’esprit du consommateur.
Un nom de domaine peut faire l’objet d’une cession. Ainsi, une entreprise qui souhaite
exploiter un nom de domaine indisponible pourra en négocier contractuellement la cession ou
la licence. Cette cessibilité entraîne parfois un effet pervers. En effet, il est fréquent qu’une
réservation d’un nom de domaine soit effectuée sur une marque dans le but d’empêcher son
utilisation au véritable propriétaire. Ces actes sont qualifiés de cybersqatting ou typosquatting.
En cas d’action judiciaire, ils donnent lieu à une condamnation pour contrefaçon lorsque trois
conditions sont réunies : le site doit être exploité ; le nom de domaine doit être identique ou
similaire à la marque ; les produits ou services visés dans l’enregistrement de la marque
doivent être identiques ou similaires à ceux proposés sur le site et de nature à créer un risque
de confusion dans l’esprit du public. Inversement, le nom de domaine antérieur à une marque
pourra faire obstacle à son enregistrement ou entraîner son annulation selon les mêmes
conditions.
Ainsi se présente la protection des signes distinctifs. Examinons à présent la protection
des créations industrielles.
Parag. 2/ La protection des créations industrielles
Les créations industrielles sont soit techniques, soit ornementales. Les brevets
d’inventions correspondent à la première catégorie et les dessins et modèles industriels à la
seconde.
A/ Les brevets d’invention
Le brevet est le titre qui protège une invention. L’invention elle-même se définit
comme « une idée qui permet dans la pratique la solution d’un problème particulier dans le
domaine de la technique ». Les brevets d’invention sont régis au Niger par l’Accord de
Bangui du 24 février 1999, notamment son annexe I. Au regard de ces textes, toute invention
n’est pas brevetable. En outre, la protection d’une invention nécessite le dépôt d’une demande
de brevet auprès de l’autorité publique. Pour cerner donc le régime de l’invention, il faut
successivement présenter les caractères de l’invention brevetable, la demande de brevet, les
droits conférés par le brevet et le régime de la titularité.
1/ Les inventions brevetables
La détermination de l’invention brevetable conduit à préciser, d’une part, les
conditions de brevetabilité et, d’autre part, les créations qui en sont exclues. Après quoi, il
faut dresser la typologie des brevets.

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a) Les conditions de brevetabilité


Pour qu’une invention soit brevetable, elle doit être nouvelle, impliquer une activité
inventive et être susceptible d’application industrielle. Ces conditions s’apprécient à la date du
dépôt de la demande.
- La nouveauté : une invention est nouvelle si elle n’a pas d’antériorité dans l’état de la
technique ou plus simplement si elle n’a pas fait l’objet de divulgation avant la demande du
titre. L’état de la technique est constitué de toutes les informations qui ont été rendues
accessibles au public avant le dépôt de la demande. Mais exceptionnellement, une invention
peut être considérée comme faisant partie de l’état de la technique alors même qu’elle n’est
pas accessible au public. Il en est ainsi lorsqu’une invention est objet de deux demandes de
brevets successives dont la première n’est pas encore publiée à la date de la seconde.
- L’activité inventive : une invention implique une activité inventive si, pour un homme
du métier, elle ne découle pas de manière évidente de l’état de la technique. L’homme du
métier est un être fictif correspondant au technicien moyen de la branche d’activité dont
relève l’invention.
- L’application industrielle : une invention est susceptible d’application industrielle si
son objet peut être fabriqué dans tout genre d’industrie, y compris l’artisanat, l’agriculture, la
pêche et les services.
b) Les créations non brevetables
Elles sont énumérées à l’art. 6 de l’annexe 1 de l’Accord de Bangui. Il s’agit des :
- inventions dont l’objet est contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs ;
- découvertes, théories scientifiques et méthodes mathématiques ;
- inventions ayant pour objet des variétés végétales, races animales, procédés
essentiellement biologiques d’obtention de végétaux ou d’animaux, autres que les
procédés microbiologiques et produits obtenus par ces procédés ;
- plans, principes ou méthodes destinés à faire des affaires, à réaliser des actions
purement intellectuelles ou à jouer ;
- méthodes de traitement du corps humain ou animal par la chirurgie ou la thérapie ainsi
que les méthodes de diagnostic ;
- simples présentations d’information ;
- programmes d’ordinateurs ;
- créations de caractère exclusivement ornemental ;
- œuvres littéraires, architecturales et artistiques ou toute autre création esthétique.

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c) Typologie des brevets


Il existe plusieurs types de brevets. On distingue notamment :
- Les brevets de produits et de procédé ;
- L’application nouvelle de moyens connus ;
- La combinaison nouvelle de moyens connus.
2/ La demande de brevet
Quiconque veut obtenir un brevet doit déposer directement à l’OAPI ou par
l’intermédiaire des structures nationales de liaison des Etats membres, une demande rédigée
au moyen d’un formulaire spécial et adressée au Directeur Général de cette Organisation. La
demande ne peut porter que sur une seule invention sauf si elle concerne des inventions qui
sont liées entre elles de nature à former un seul concept inventif général. La demande doit être
accompagnée de la pièce justificative du paiement de la taxe de dépôt et de la taxe de
publication, d’un pouvoir sous-seing privé si le déposant est représenté par un mandataire et
d’un pli cacheté contenant le titre de l’invention, un abrégé descriptif du contenu technique de
l’invention, sa description détaillée (ou mémoire descriptif), les revendications et
éventuellement les dessins qui illustrent l’invention. Lorsque l’invention porte sur un micro-
organisme ou son utilisation, la demande doit, en plus, contenir un récépissé de dépôt dudit
micro-organisme auprès d‘une autorité de dépôt international. De même, lorsqu’elle a pour
objet une revendication de priorité, elle doit présenter les éléments justifiant le premier dépôt.
La demande ainsi constituée fait l’objet d’un examen complet de régularité formelle
et d’un contrôle limité au fond. Si après cet examen, elle ne satisfait pas aux exigences
requises, elle est rejetée ou renvoyée au déposant pour régularisation. Dans le cas contraire,
l’OAPI procède à la délivrance du brevet et à sa publication dans le bulletin officiel de la
propriété industrielle. Toutefois, le brevet délivré peut faire l’objet d’une action en nullité
devant le juge, seul habilité à statuer sur sa validité définitive.
Il faut souligner que, grâce au système PCT, une seule demande peut être introduite
auprès de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) pour obtenir la
protection dans plusieurs pays. Dans ce cas, tous les pays où le déposant souhaiterait avoir la
protection pour son invention sont désignés dans la demande et une seule recherche
d’antériorité est effectuée.

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3/ Les effets du brevet


Le brevet confère à son titulaire un droit exclusif d’exploitation de l’invention et un
droit d’interdire son utilisation aux tiers qui n’ont pas reçu son consentement. Ce droit lui est
accordé pour une durée de vingt (20) ans à compter du dépôt de la demande. Au-delà de ce
délai, l’invention tombe dans le domaine public.
L’exploitation du brevet est d’ailleurs une obligation pour le titulaire du brevet. En
effet, si dans un délai de quatre (4) ans à compter de la demande ou trois (3) ans à compter de
la délivrance du brevet, celui-ci n’est pas exploité ou est insuffisamment exploité sur le
territoire d’un Etat membre, une licence non volontaire peut être délivrée. Mais, encore
faudrait-il prouver que le titulaire de l’invention a refusé d’accorder des licences à des
conditions raisonnables.
L’exploitation d’un brevet s’entend non seulement de la fabrication et de la
commercialisation de l’objet de l’invention, mais également de son apport en société ou
encore de la concession de contrats de licence. En tout état de cause, ces opérations doivent
s’effectuer avec l’accord du titulaire du brevet sinon, ils constituent des actes de contrefaçon
punis par la loi et susceptibles d’engager la responsabilité civile de leur auteur. Toutefois, le
titulaire du brevet ne peut pas empêcher son utilisation :
 aux personnes qui utilisent l’invention après qu’elle soit régulièrement mise dans le
marché sur le territoire d’un Etat membre par le titulaire du brevet ou avec son
consentement (on parle d’épuisement des droits du breveté) ;
 aux personnes qui, de bonne foi, à la date du dépôt de la demande utilisaient
l’invention ou faisaient des préparatifs effectifs et sérieux pour l’utiliser (on parle de
possession personnelle antérieure) ;
 lorsque les produits objets de l’invention sont en transit dans l’espace, dans les eaux
ou sur le territoire d’un Etat membre ;
 lorsque l’invention est utilisée à des fins expérimentales dans le cadre de la recherche
scientifique et technique.
L’exercice continu des droits du breveté est toutefois subordonné au maintien en
vigueur du brevet. En effet, chaque année, à la date anniversaire de la délivrance du brevet, le
titulaire est tenu de verser des droits à l’OAPI. Le défaut de paiement de ces annuités entraîne
la déchéance du breveté de ses droits. Toutefois, il pourra les restaurer en apportant la preuve
que le non paiement est dû à des circonstances indépendantes de sa volonté et en s’acquittant
de la taxe annuelle et d’une surtaxe. La demande de restauration doit être introduite dans un
délai de six (6) mois, à compter de la date où ces circonstances ont cessé.
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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

4/Le titulaire du brevet


Selon l’Accord de Bangui, « le droit au brevet d’invention appartient à l’inventeur ;
le déposant est réputé être le titulaire du droit ». Ainsi, cet accord, contrairement au système
en vigueur dans les pays anglo-saxons, consacre l’attribution du droit au brevet au premier
déposant. Par conséquent, si deux personnes réalisent, sans malhonnêteté, la même invention,
au même moment, indépendamment l’une de l’autre, le droit au brevet sera attribué au
premier à en avoir effectué le dépôt. Néanmoins, l’autre inventeur pourra exploiter l’invention
sans risque d’être qualifié de contrefacteur au titre de la possession personnelle antérieure.
Toutefois, l’exploitation doit être faite à des fins non commerciales. Par conséquent, Il ne peut
ni céder l’invention, ni la concéder en licence. Si par contre, une invention a été dérobée pour
être déposée, le véritable inventeur pourra en revendiquer la propriété.
En cas d’une une invention réalisée par un salarié, pour connaître le titulaire des
droits, il faut distinguer selon que l’invention a été faite en exécution d’un contrat conclu à cet
effet (invention de mission) ou en dehors de ce type de contrat (invention hors mission).
Dans le premier cas, le droit au brevet est attribué directement à l’employeur qui est
néanmoins tenu de verser une indemnité à l’inventeur. Dans le second cas, le brevet reste la
propriété du salarié. Toutefois, si l’invention a été réalisée grâce aux données ou aux moyens
mis à la disposition du salarié dans le cadre de son travail, l’employeur a le droit de se faire
attribuer propriété moyennant paiement au salarié d’un juste prix fixé par accord ou, à défaut
par la juridiction compétente. Dans toutes les autres situations, l’invention appartient au
salarié qui l’a créée.
La création ou le dépôt d’une invention peut également être l’œuvre de plusieurs
personnes. Par conséquent, le droit au brevet appartient en commun aux créateurs : on parle
de copropriété du brevet. La copropriété peut aussi résulter de la cession du brevet à
plusieurs personnes, de sa transmission à des héritiers en cas de décès de l’inventeur ou d’une
action judiciaire. Dans tous les cas, la copropriété implique qu’aucune licence exclusive ne
peut être concédée sur l’invention sans l’accord unanime des copropriétaires. Mais chaque
copropriétaire peut, individuellement, agir en contrefaçon, exploiter l’invention ou la
concéder en licence. Dans les deux derniers cas, les copropriétaires qui ne participent pas à
l’opération doivent être indemnisées. En cas d’action en contrefaçon et de concession de
licence, l’acte d’assignation et le projet de concession doivent être portés à la connaissance
des autres copropriétaires.

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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

B/ La protection des dessins et modèles industriels


Selon l’Accord de Bangui (annexe IV), le dessin est un assemblage de lignes ou de
couleurs ayant une configuration originale tandis que le modèle est une forme plastique,
associée ou non à des lignes ou à des couleurs, qui donne une apparence spéciale à un produit
et qui peut servir de type pour la fabrication d’un produit industriel ou artisanal. Il s’ensuit
que les dessins et modèles industriels sont des titres spécifiques de propriété industrielle qui
permettent de protéger le design industriel. Mais, pour qu’un dessin ou un modèle industriel
puisse bénéficier de la protection, il ne doit pas être contraire à l’ordre public et aux bonnes
mœurs. En plus, il doit remplir certaines conditions de fond et faire l’objet d’un dépôt auprès
de l’OAPI.
Au titre des conditions de fond, le dessin ou modèle doit être une création nouvelle,
de forme ornementale ou esthétique et, présentant un caractère propre et apparent.
La nouveauté découle du fait que le dessin ou modèle présente des différences avec
les dessins ou modèles qui existent dans l’état de l’art avant le dépôt de la demande
d’enregistrement ou la date de priorité si celle-ci a été revendiquée. Mais, une différence
même minime suffit pourvu qu’elle ne soit pas insignifiante. Par conséquent, un dessin ou
modèle n’est dépourvu de nouveauté que s’il a été divulgué de toutes pièces, c’est-à-dire s’il a
été rendu accessible au public, et en particulier aux professionnels du secteur concerné, dans
tous ses éléments essentiels. La divulgation complète détruit la nouveauté même si elle est le
fait du créateur. Toutefois, si elle résulte du fait que les dessins et modèles ont été présentés à
une exposition officielle, le créateur peut déposer une demande d’enregistrement, dans un
délai de douze mois à compter de la date de l’exposition.
L’exigence de forme, pour sa part, s’apprécie comme pour le droit d’auteur. En effet,
le dessin ou modèle doit résulter d’un effort créateur concrétisé et non relever de la simple
idée.
En troisième lieu, il faut noter que pour que la protection spécifique s’applique, il
faut que la forme revêtue par l’objet ait été adoptée dans un but ornemental et non utilitaire.
En effet, si la forme est imposée par la fonction, c’est la protection par les brevets qu’il faut
envisager et non le régime spécifique des dessins et modèles. A l’inverse, si la forme est
séparable de la fonction, le dessin ou modèle peut bénéficier aussi bien de la protection par le
régime spécifique que de la protection au titre du brevet d’invention.
Quant au caractère propre du dessin ou modèle, il découle du fait que l’impression
visuelle d’ensemble que le dessin ou modèle suscite chez l’observateur averti diffère de celle

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produite par tout dessin ou modèle divulgué avant la date de dépôt de la demande
d’enregistrement.
Enfin, l’exigence du caractère apparent signifie que le droit ne protège que les
formes extérieures qui sont visibles.
Si ces conditions sont réunies, le créateur doit constituer un dossier comportant la
demande d’enregistrement, les pièces justificatives de paiement de la taxe de dépôt et de la
taxe de publication ainsi que les exemplaires des dessins et modèles et les transmettre à
l’OAPI. Lorsque, après examen, l’enregistrement est accordé, le déposant bénéficiera d’un
droit exclusif sur lesdits dessins et modèles et pourra, à ce titre, empêcher leur utilisation à
toute personne qui n’a pas reçu son consentement.

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Chapitre 2/ Les contrats informatiques


Le contrat informatique n’est qu’un contrat ordinaire, dont la nature peut d’ailleurs
varier, et dont la caractéristique fondamentale est de porter sur un objet complexe qu’est
l’élément informatique. Il s’ensuit donc que le contrat informatique se forme et s’exécute
suivant les règles du droit commun des contrats même s’il comporte par ailleurs des
spécificités tenant compte des nécessités du domaine et des risques inhérents à son objet.
Ce chapitre va ainsi aborder successivement la soumission du contrat informatique
au droit commun et ses particularités avant de présenter les variétés de contrats informatiques.
Section 1/ La soumission du contrat informatique au droit commun.
Le contrat informatique obéit aux règles de droit commun des contrats aussi bien
dans sa formation que dans son exécution.
Sous-section 1/ La formation du contrat informatique
Comme tout contrat, la formation du contrat informatique est subordonnée à des
conditions dont l’inobservation entraîne des sanctions.
Parag. 1/ Les conditions de formation du contrat informatique
Ces conditions sont essentiellement de fond. Mais parfois, il s’y ajoute des
conditions de forme quand un texte l’exige.
A/ Les conditions de fond
Ce sont les conditions prévues à l’art. 1108 du code civil qui dispose que quatre
conditions sont essentielles pour la validité d’une convention, à savoir : le consentement de la
partie qui s’oblige, sa capacité de contracter, un objet certain qui forme la matière de
l’engagement et une cause licite dans l’obligation ».
Ces conditions sont cumulatives, c’est-à-dire qu’elles doivent toutes être réunies.
En essayant de les classer, on remarque que les unes se rapportent aux parties tandis que les
autres portent sur le contrat lui-même. On dit que les premières sont subjectives et les autres
objectives.
1 / Les conditions relatives aux parties ou conditions subjectives
Ce sont : le consentement et la capacité des parties.
1.1/ Le consentement des parties
Le consentement est l’accord des volontés des différentes parties au contrat. Pour
être valable, il doit exister et être intègre et sincère.
a/ L’existence du consentement
L’existence du consentement résulte de la rencontre d’une offre et d’une acceptation.

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 L’offre : C’est la proposition faite par l’une des parties (appelée l’offrant) à l’autre (le
sollicité) d’entrer en relation contractuelle avec elle. Elle peut consister en une simple
invitation à négocier (on parle alors de pourparlers) ou en un véritable engagement à conclure
le contrat (on parle en ce moment de pollicitation).
Les pourparlers sont donc la phase de négociation précontractuelle au cours de
laquelle les termes du contrat sont discutés sans engagement réel de la part des parties. En
raison de cette absence d’engagement, on admet qu’ils puissent donc, à tout moment, être
rompus par les parties pourvu que la rupture ne soit pas abusive. Une rupture est abusive
lorsqu’elle est, par exemple, effectuée de façon brutale ou intempestive. Tel est le cas d’une
rupture, sans motif légitime, de négociations qui sont très avancées ou d’une rupture ayant
pour seul but de nuire au cocontractant.
Quant à la pollicitation, c’est l’offre faite avec une volonté ferme de conclure le
contrat si le cocontractant l’accepte. Elle peut être expresse ou tacite. En tout état de cause,
elle doit être précise et ferme, c’est-à-dire qu’elle doit contenir tous les éléments essentiels
du contrat et marquer l’engagement, sans équivoque de son auteur. C’est pourquoi, le retrait
d’une telle offre est strictement règlementé. En effet, s’il s’agit d’une offre faite au public, elle
peut être révoquée à tout moment tant qu’elle n’est pas acceptée par quelqu’un. A l’inverse, si
c’est une offre faite à personne déterminée, elle doit être maintenue jusqu’à ce que cette
personne lève l’option. Si l’offre est faite avec délai, elle ne peut être retirée avant l’échéance
prévue. D’ailleurs, même si aucun délai n’a été stipulé, la jurisprudence exige de l’offrant
qu’il observe un délai raisonnable avant de retirer sa proposition. Le délai raisonnable
s’apprécie en fonction des circonstances, des usages et de l’intention de l’offrant s’il l’a fait
connaitre. Il est important de souligner à ce niveau que les offres faites en ligne sont
considérées comme des offres faites au public.
 L’acceptation
L’acceptation est la réponse favorable donnée par le destinataire de l’offre à la
proposition qui lui est faite. Elle entraîne la formation du contrat sauf lorsque la loi ou le
contrat accorde, à une partie, un délai de réflexion ou un droit de rétractation ou de repentir.
L’acceptation doit être pure et simple. Par conséquent, si elle est assortie de réserves ou de
modifications, elle n’entraîne pas la formation du contrat mais, constitue une contre-
proposition à laquelle l’offrant va devoir répondre à son tour. L’acceptation doit aussi être
claire (sans équivoque) et extériorisée. Elle peut ainsi être expresse ou tacite. Toutefois, le
silence ne vaut pas consentement. Il n’est admis comme consentement que : lorsque les
parties étaient déjà en relation d’affaires pour le même type de contrat ; lorsque la loi ou les
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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

usages autorisent la tacite reconduction ; c’est-à-dire la reconduction implicite d’un contrat


qui existait déjà entre les parties ou, enfin, lorsque l’offre a été faite dans l’intérêt exclusif de
son destinataire ou, du moins, lorsque celui-ci n’a pas intérêt à la refuser.
Le lieu et le moment de l’acceptation sont utiles à connaître, car ils permettent de
déterminer la loi applicable au contrat et le tribunal compétent en cas de litige ; d’où une
difficulté juridique en ce qui concerne les contrats conclus par correspondances appelés
« contrats entre absents ». A cet égard, deux théories se sont opposées : la théorie de
l’émission et la théorie de la réception. Selon la première, le contrat doit être considéré
comme formé dès l’émission (via la poste par exemple) de la réponse de l’acceptant alors
même que l’offrant ne l’a pas encore reçue. Quant à la seconde, elle postule que le contrat
sera formé quand l’offrant recevra la réponse de l’acceptant. Après plusieurs hésitations des
juges entre ces deux théories, la thèse de l’émission semble aujourd’hui prendre le pas sur
celle de la réception.
Il faut noter ici que dans les contrats électroniques (contrats conclus par Internet),
l’acceptation se réalise comme dans les contrats entre présents, car l’émission et la réception
de la réponse se produisent en même temps.
b/ L’intégrité et la sincérité du consentement
Il ne suffit pas que les parties donnent leur consentement pour que celui-ci soit
valable. Il faut en plus que ce consentement soit intègre et sincère, c’est-à-dire exempt de
vices. En effet, le consentement d’une personne peut être affecté de trois sortes de vices, à
savoir : l’erreur, le dol et la violence. A ces vices, il faut ajouter le trouble mental.
 L’erreur : l’erreur est une fausse représentation de la réalité par un des contractants au
moins. Elle consiste à croire vrai ce qui est faux ou inversement à croire ce qui est faux
comme vrai. Elle constitue un vice de consentement si elle porte sur :
- la nature ou l’objet du contrat (on parle alors d’erreur obstacle) ;
- la substance, c’est-à-dire sur la matière objet du contrat ou sur les qualités
essentielles que celui qui invoque l’erreur entend attacher à la chose ;
- la personne du cocontractant lorsqu’il s’agit de contrats intuitu personae ;
- la cause, c’est-à-dire la raison qui a déterminé le consentement de toutes les parties ou
le consentement d’une d’entre elles. Mais, la cause ne doit pas être confondue avec les
mobiles, c’est-à-dire les raisons personnelles et subjectives qui poussent une partie à conclure
un contrat. En effet, l’erreur sur les mobiles n’a pas de conséquence sur la validité du contrat.
Exemple : quelqu’un prend une maison en location dans une ville pensant qu’il y sera affecté

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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

dans le cadre de son travail. Même si l’affectation n’a pas eu lieu, il sera tenu par son
engagement.
L’erreur qui porte sur la valeur de la chose est également considérée comme un vice
de consentement, mais seulement dans trois cas : lorsqu’elle concerne un contrat conclu par
un incapable si ce contrat a tourné au détriment de l’incapable ; lorsqu’elle porte sur la vente
d’un immeuble si le prix de vente n’a pas atteint les 7/12è du prix réel de l’immeuble ou
lorsqu’elle concerne le partage d’une succession si un héritier est lésé de plus du quart de sa
part. Toutefois, l’erreur sur la valeur n’est pas prise en compte dans les contrats aléatoires : On
dit que dans ces contrats « l’aléa chasse l’erreur ».
Dans tous les cas où l’erreur est admise, elle doit être déterminante du
consentement de la victime pour pouvoir invalider le contrat. En d’autres termes, l’erreur doit
être telle que si la victime avait eu connaissance de la réalité dès le départ, elle n’aurait pas
conclu le contrat. Mais, l’erreur inexcusable, celle qui ne peut pas être commise par une
personne raisonnable, n’est pas prise en compte.
Il y a lieu de noter enfin, que l’existence de l’erreur s’apprécie au moment de la
conclusion du contrat et que même si elle est établie, elle ne donne pas droit à des dommages
et intérêts, car elle n’est pas due à la faute du cocontractant. Tel n’est pas, cependant, le cas du
dol qui est engendré par la faute du cocontractant.
 Le dol : Le dol est une tromperie d’une personne induisant son cocontractant en erreur.
Il peut découler de mises en scènes ou mensonges (on parle de manœuvre dolosive) ou de la
rétention d’une information capitale pour le cocontractant (réticence dolosive). Dans les deux
cas, il doit révéler l’intention manifeste de tromper le cocontractant. Le dol entraîne la nullité
du contrat mais seulement lorsqu’il émane du cocontractant et s’il a joué un rôle déterminant
dans le déclenchement du consentement de la victime. Il ne produit donc aucun effet s’il
provient d’un tiers, à moins qu’il n y ait eu une complicité entre ce tiers et le cocontractant.
Mais, contrairement à l’erreur, si le dol est avéré, il peut donner lieu à des dommages et
intérêts ainsi qu’à des sanctions pénales.
 La violence : C’est une contrainte physique (coups, séquestration) ou morale
(menaces, chantages) exercée, directement ou indirectement, sur une personne pour l’obliger
à contracter. Elle constitue un vice de consentement si elle est actuelle, réelle et illégitime. En
effet, il n’y a pas violence lorsque l’auteur de cette violence n’a fait qu’exercer un droit sans
chercher à se procurer des avantages excessifs. Par ailleurs, la seule crainte révérencielle
envers les parents (père, mère, ou tout ascendant), sans une réelle violence, ne peut constituer
un vice de consentement. Mais, si la violence est réellement établie, elle entraîne la nullité du
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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

contrat et peut donner lieu à l’allocation de dommages et intérêts ainsi qu’à des sanctions
pénales.
 Le trouble mental : Si un contrat est conclu par une personne atteinte de trouble
mental, il peut être annulé. Du vivant du malade, il revient alors à lui ou son tuteur, de
démontrer que l’état de trouble existait notoirement à l’époque où l’acte a été fait. En cas de
décès, l’acte ne sera annulable que s’il présente par lui-même un caractère insensé ou si les
héritiers démontrent que le malade avait été interné, placé sous sauvegarde de justice ou sous
tutelle avant son décès.
1.2/ La capacité de contracter
Lorsqu’une personne est frappée d’incapacité, elle doit se faire représenter dans les
conditions prévues par la loi. Ainsi, le mineur non émancipé doit être représenté par
l’administrateur légal ou le tuteur. Quant au majeur incapable, il doit se faire assister par son
curateur ou se faire représenter par son tuteur.
2/ Les conditions objectives ou conditions relatives au contrat
Ces conditions concernent l’objet et la cause du contrat.
2.1/ L’objet du contrat
L’objet peut être l’opération juridique que les parties entendent réaliser ou la
prestation de chaque partie dans le contrat. Pour qu’un contrat soit valable, l’objet doit
exister. Par conséquent, le contrat est nul si la chose n’existe pas ou si elle a été détruite au
moment de la rencontre des deux volontés. Il est toutefois admis qu’un contrat puisse porter
sur une chose future s’il ne s’agit pas d’un contrat portant sur la succession future d’une
personne encore vivante. Les contrats aléatoires ne sont pas cependant concernés par
l’exigence d’objet car le risque de perte de la chose est inhérent à ces contrats.
En plus de son existence, l’objet doit être déterminé ou déterminable, possible et
licite. La détermination de l’objet signifie qu’il peut être identifié au moment de la conclusion
du contrat s’il s’agit d’un corps certain ou qu’on peut préciser sa quantité et sa qualité s’il
s’agit d’une chose de genre. L’objet qui ne peut pas être déterminé au moment de la
conclusion du contrat doit être déterminable lors de son exécution sur la base d’indications
données dans le contrat. Toutefois, il faut noter que dans les contrats portant sur des sommes
d’argent (contrats-cadres de distribution notamment), l’indétermination du prix qui constitue
l’objet n’empêche pas la validité du contrat.
Dans l’appréciation de l’objet, il est également tenu compte de l’équilibre entre les
prestations des parties lorsqu’il s’agit de contrats conclus entre professionnels et
consommateurs. Par conséquent, si le juge constate un déséquilibre au détriment du
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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

consommateur, il peut déclarer non écrites les clauses qui consacrent ce déséquilibre appelées
clauses abusives. Il faut souligner, qu’on considère comme consommateur « toute personne
physique qui agit à des fins qui n’entrent pas dans le cadre de son activité professionnelle ».
2.2/ La cause
La notion de cause peut être appréciée subjectivement ou objectivement. Dans le
premier cas, elle correspond à la finalité recherchée par les deux parties dans la conclusion du
contrat (c’est la cause du contrat). Dans le second cas, elle désigne la raison qui oblige chaque
partie à exécuter son obligation (on parle de cause de l’obligation).
Pour qu’un contrat soit valable, la cause doit exister, être réelle, licite et morale au
moment de sa conclusion. Toutefois, il n’est pas nécessaire qu’elle soit exprimée. Par
conséquent, l’obligation sans cause ou reposant sur une fausse cause est nulle. Néanmoins, si
ce sont les parties qui ont volontairement dissimulé la cause, il faudra rechercher la cause
réelle pour déterminer le sort du contrat.
B/ Les conditions de forme
On entend par conditions de forme, les formalités (écrit, publicité, autorisation, etc.)
qui peuvent être exigées lors de la conclusion d’un contrat soit comme condition de validité
du contrat, soit à titre de publicité, ou encore comme moyens de preuve. Contrairement aux
conditions de fond, elles ne doivent être prises en compte que lorsqu’elles sont prescrites par
un texte.
Parag. 2/ La sanction du non respect des conditions de formation du contrat.
La sanction du non respect d’une condition de formation d’un contrat est en principe
la nullité de ce contrat. Mais, s’il s’agit d’une condition de forme exigée à titre de publicité, la
sanction est l’inopposabilité du contrat aux tiers. Si c’est un écrit qui est exigé comme moyen
de preuve, celui qui a manqué à son établissement sera tout simplement privé de la possibilité
de prouver son droit.
La nullité doit être demandée auprès du juge. Elle peut prendre soit la forme d’une
nullité relative ou celle d’une nullité absolue. La nullité relative intervient lorsque le vice du
contrat se rapporte à une règle qui protège l’intérêt particulier d’un des contractants. Elle ne
peut être demandée que par ce contractant. Quant à la nullité absolue, elle sanctionne un vice
qui entache une règle qui protège un intérêt général. Ce type de nullité peut être demandé par
toute personne ayant intérêt. Il peut même être prononcé d’office par le juge. Toutefois, le
juge qui constate une cause de nullité n’est pas toujours tenu d’annuler tout le contrat. Il peut,
si la clause concernée n’est pas essentielle dans le contrat, ne prononcer que la nullité de cette
clause, le reste du contrat restant valable.
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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

En termes d’effets, le contrat annulé est réputé n’avoir jamais existé. Par conséquent,
s’il n’a pas encore été exécuté, les parties sont dispensées de leurs obligations. Dans le cas
contraire, elles doivent se restituer les prestations exécutées. Toutefois, il n y a pas restitution
lorsqu’il s’agit d’un contrat à exécution successive ou lorsque la partie qui demande la nullité
est à l’origine du vice (on parle dans ce cas de turpitude). Dans le même ordre d’idées, les
contrats conclus par les incapables, ne peuvent donner lieu à restitution que dans la limite de
ce qui a tourné au profit de l’incapable.
A l’égard des tiers, l’annulation du contrat entraîne également la nullité de tous les
contrats qui ont été conclus à partir du contrat nul. Toutefois, si le tiers est de bonne foi, c’est-
à-dire s’il ignorait l’irrégularité du contrat annulé, les actes d’administration qu’il a conclus
sur le bien seront considérés comme valables.
Il est des cas aussi où malgré l’existence de la cause de nullité celle-ci ne joue pas. Il
en est ainsi lorsque l’action est prescrite ou lorsque le vice fait l’objet de régularisation ou de
confirmation.
Il y a prescription lorsque le délai prévu pour exercer l’action s’est écoulé sans que le
bénéficiaire n’agisse. La prescription met un terme au droit d’exercer l’action en nullité mais,
le titulaire peut toujours opposer l’exception de nullité.
On parle de régularisation lorsque les parties décident de corriger le vice, en réparant
l’acte. La régularisation valide le contrat dès sa conclusion.
Enfin, il ya confirmation lorsque la partie victime du vice renonce à exercer son droit
de demander la nullité du contrat. La confirmation valide aussi le contrat depuis sa formation.
Elle n’’est soumise à aucune formalité. Toutefois, elle n’est pas opérationnelle en cas de
nullité absolue. Autrement dit, on ne peut pas confirmer un contrat qui est frappé de nullité
absolue.
Sous-section .2/ Les effets du contrat
Selon l’art. 1134 alinéa1er du code civil, « les conventions légalement formées
tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites». Cet article pose le principe dit de la force
obligatoire du contrat. Les effets du contrat s’analysent sous l’angle de l’application de ce
principe et celui de l’inexécution (ou le défaut d’exécution) du contrat.
Parag. 1/ La force obligatoire du contrat
Selon ce principe, les obligations nées du contrat ont force de loi entre les parties et
doivent être exécutées de bonne foi. Par conséquent, elles ne peuvent être modifiées ou
révoquées que de commun accord. Dans le même ordre d’idées, le juge ne peut, pour un

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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

changement de circonstances qui bouleverse l’équilibre initial du contrat, procéder à sa


révision (c’est le problème de l’imprévision). Le législateur non plus, ne peut, par une loi
nouvelle, modifier le contrat en cours d’exécution à moins qu’il ne s’agisse d’une loi d’ordre
public. A l’égard des tiers, la force obligatoire du contrat est exprimée par l’art. 1165 qui
dispose que les conventions n’ont d’effet qu’entre les parties contractantes ; elles ne nuisent
point au tiers, et elles ne lui profitent que dans le cas prévu par l’article 1121. Cet article
consacre la règle dite de l’effet relatif du contrat qui postule que la force obligatoire du contrat
ne concerne que les parties et elles seules et qu’elle n’intéresse pas les tiers parce qu’ils n’ont
pas pris part à sa conclusion. Il faut néanmoins souligner que cette règle ne s’applique pas à la
stipulation pour autrui, à la convention de porte-fort et aux accords collectifs. Dans le même
ordre d’idées, les ayants-cause à titre particulier et les créanciers chirographaires peuvent être
concernés par l’exécution du contrat malgré qu’ils n’ont pas pris part à sa conclusion. En plus
de ces cas, l’effet relatif du contrat ne joue pas lorsque le contrat porte sur une chose dont la
propriété a été transférée (ex : un contrat d’assurance portant sur un véhicule vendu) ou sur un
droit d’action qui a été transféré (exemple : le droit d’action de l’entrepreneur contre le sous-
traitant qui est transféré de droit au maître d’ouvrage : c’est l’action directe. Cette action
n’existe que si elle est prévue par un texte).
Sous-section 2/ L’interprétation et l’inexécution du contrat
L’exécution d’un contrat peut engendrer des difficultés d’interprétation entre les
parties. Il revient alors au juge d’interpréter le contrat s’il est saisi. Le juge doit donc
rechercher la commune intention des parties en s’attachant non pas à la lettre du contrat, qui
par définition est ambiguë, mais à son esprit. A cet effet, il doit interpréter les clauses les unes
après les autres pour leur donner un sens en tenant compte des circonstances de la cause.
Lorsque les clauses sont inconciliables, il doit rechercher celles qui reflètent le mieux la
commune intention des parties. Si en dépit de cela il ne parvient pas à donner un sens au
contrat, il pourra alors se référer à l’équité, à la bonne foi ou aux usages. Enfin, lorsqu’aucune
de ces méthodes n’a réussi, le juge doit interpréter le contrat en faveur de celui qui s’oblige (le
débiteur). C’est ce que l’on appelle l’interprétation in favorem. Au cours de l’interprétation, le
juge peut requalifier le contrat si la qualification des parties ne lui paraît pas adéquate.
Toutefois, l’interprétation ne doit pas dénaturer le contrat. Par conséquent, le juge ne peut
interpréter les clauses qui sont claires et précises.
Le contrat peut aussi ne pas du tout être exécuté ; la notion d’inexécution devant être
entendue largement : absence d’exécution, exécution fautive ou exécution tardive.

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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

L’inexécution peut résulter d’un cas de force majeure ; le cas le plus délicat étant celui où
l’objet du contrat périt. En effet, il va se poser la question de savoir qui, du créancier ou du
débiteur, va supporter cette perte. C’est la question de la théorie des risques. Mais, le contrat
peut aussi être inexécuté par le fait de l’une des parties. La question sera alors de savoir
comment la partie dont la prestation n’est pas exécutée pourra faire prévaloir son droit.
Ainsi, si l’objet du contrat est détruit par suite d’un cas de force majeure, pour
déterminer celui qui supporte cette perte, il faut distinguer selon que le contrat implique des
obligations de faire ou de ne pas faire, ou selon qu’il contienne des obligations de donner.
Dans le premier cas, la perte est supportée par le débiteur de l’obligation inexécutée. On dit
que la chose périt au risque du débiteur (Res perit debitori). En revanche, lorsqu’il s’agit d’un
contrat comportant une obligation de donner, c’est-à-dire une obligation de transférer la
propriété d’une chose, la perte est mise à la charge du propriétaire. On parle alors de chose qui
périt au risque du propriétaire : Res perit domino.
S’agissant d’un contrat qui n’a pas été exécuté par l’une des parties, il y a atteinte
volontaire à la force obligatoire du contrat. Dans ce cas, le créancier bénéficie d’une panoplie
de solutions. Il peut mettre en jeu la responsabilité civile de son cocontractant ou demander
l’exécution forcée, c’est-à-dire contraindre le débiteur défaillant à s’exécuter avec l’appui de
l’autorité judiciaire. Mais pour ce faire, il devra au préalable adresser une mise en demeure au
débiteur, c’est-à-dire l’intimer de s’exécuter avant toute action. A côté de ces deux solutions,
le créancier a la possibilité de faire jouer l’exception d’inexécution ou de demander la
résolution du contrat. L’exception d’inexécution s’applique aux contrats synallagmatiques. Il
permet au créancier de se fonder sur le refus de son débiteur d’exécuter sa prestation pour
refuser d’exécuter aussi la sienne. Elle suspend simplement le contrat. Pour obtenir donc la
rupture définitive du contrat en cas de non satisfaction, la partie victime de l’inexécution doit
saisir le juge afin de demander la résolution du contrat. La résolution permet, pour sa part,
d’anéantir rétroactivement le contrat. Elle doit toujours être demandée au juge. Toutefois, il
faut relever que le juge saisi d’une action en résolution d’un contrat peut refuser de prononcer
cette résolution s’il estime que le manquement constaté n’est pas grave. Il est aussi permis aux
parties de prévoir dans le contrat des clauses de résolution expresse ou automatique (de plein
droit).

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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

Section II/ Le particularisme du contrat informatique : L’obligation de collaboration


entre le fournisseur et le client.
Plus que pour le droit commun des contrats où chacune des parties est soumise à une
obligation de diligence et de bonne foi, le contrat informatique impose une obligation de
collaboration mutuelle entre le fournisseur et le client dont le but est de conclure un contrat
qui correspond au mieux aux attentes de ce dernier. Cette obligation implique pour le
fournisseur un devoir de conseil, et, pour le client, un devoir de coopération avec le
fournisseur dans la définition de ses besoins.
Parag. 1/ L’obligation de conseil du fournisseur
Traditionnellement, dans tout contrat mettant en relation un professionnel et un
profane, le professionnel est astreint à une obligation d’information à l’égard du profane
devant permettre à ce dernier de donner un consentement libre et éclairé à la conclusion du
contrat. Cette information porte généralement sur les caractéristiques générales du produit ou
service objet du contrat, les dysfonctionnements possibles ou encore les conditions
d’entretien. L’obligation de conseil qu’impose le contrat informatique au professionnel est
plus contraignante. En effet, elle lui impose de s’informer convenablement sur les besoins de
son client et d’en faire une appréciation claire et circonstanciée afin de lui proposer des offres
à même de répondre à ses attentes. A cet égard, il devra conseiller le client sur les avantages
des différentes solutions proposées, les risques encourus et les éventuelles inadéquations avec
le matériel ou le personnel dont dispose celui-ci. Cela nécessite non seulement une meilleure
connaissance des caractéristiques des produits proposés mais également une démarche active
envers le client pour cerner ses besoins, notamment en cherchant plus de précisions pour
compléter éventuellement les lacunes du cahier des charges. Le fournisseur est également
tenu, après avoir informé son client des différentes options à sa disposition, d’orienter le choix
de ce dernier et de l’inciter à adopter la meilleure solution. Mieux, il a l’obligation de le
dissuader de faire des mauvais choix. Toutefois, l’obligation de conseil qui pèse sur le
professionnel de l’informatique est, sauf stipulation contraire, une obligation de moyens. En
plus, son contenu varie suivant la qualité du client. Ainsi, si ce dernier est également un
professionnel de l’informatique ou est assisté d’un conseil indépendant, le fournisseur ne sera
tenu que de l’informer sur la portée des caractéristiques du matériel.
Parag. 2/L’obligation de coopération du client
L’obligation de conseil du fournisseur a pour pendant une obligation de coopération
pesant sur le client. En effet, pour permettre au fournisseur de s’acquitter convenablement de
son devoir, celui-ci doit disposer du maximum d’informations sur les besoins, les moyens et
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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

les attentes du client. Par conséquent, ce dernier doit les définir avec précision dans le cahier
des charges. En cas de lacunes du cahier, il a le devoir de répondre avec clarté, soins et
diligences aux questions qui seront posées par le fournisseur. C’est à ce titre seulement qu’il
pourra mettre en jeu la responsabilité du fournisseur pour manquement à son obligation de
conseil.
NB/ Les contrats informatiques sont soumis, comme tout contrat, au principe de la
liberté contractuelle. Il appartient donc à chaque partie de prendre les dispositions qui
s’imposent afin de préserver ses intérêts. Il est particulièrement recommandé de prêter
attention aux aspects suivants :
- La confidentialité : le contrat peut amener le client à révéler ses secrets d’affaires au
fournisseur. Inversement, celui-ci a intérêt à ce que le savoir-faire qui est transmis avec le
matériel, notamment les logiciels, ne soit pas divulgué. Par conséquent, les deux parties sont
tenues par le secret ;
- La détermination du prix : s’agissant souvent de la transmission de droits d’auteurs, la
fixation du prix peut être très complexe. Il revient donc à chaque partie d’identifier les droits
concernés et de se préparer en conséquence. Afin d’éviter les conséquences néfastes d’une
variation du prix, les parties peuvent prévoir dans leur contrat une clause d’indexation ou une
clause de hardship leur permettant respectivement d’indexer le prix à un élément ou de
renégocier le contrat.

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CHAPITRE III/ LES CONTRATS ELECTRONIQUES


Le commerce électronique se définit comme « L’activité économique par laquelle
une personne propose ou assure à distance et par voie électronique la fourniture de biens ou
de services ». Entrent également dans le champ de ce commerce, « les services tels que ceux
consistant à fournir des informations en ligne, des communications commerciales et des outils
de recherche, d’accès et de récupération de données, d’accès à un réseau de communication
ou d’hébergement d’informations, y compris lorsqu’ils ne sont pas rémunérés par ceux qui les
reçoivent ».

Dans l’espace CEDEAO, il est régi principalement par l’acte additionnel portant sur
les transactions électroniques signé à Abuja le 16 février 2010. En examinant ce texte, les
règles qui régissent cette activité peuvent être regroupées en deux grandes catégories, à
savoir : les règles régissant les opérations préalables sur Internet et les règles de
contractualisation.

SECTION I/ LES REGLES PREALABLES SUR INTERNET

Elles se traduisent par des obligations mises à la charge de l’e-commerçant,


notamment en matière de publicité et de démarchage en ligne et en matière d’information vis-
à-vis du client.

P.1/ Les règles de publicité et de démarchage en ligne

On entend par publicité, « toute forme de communication faite dans le cadre d’une
activité commerciale, industrielle, artisanale ou libérale dans le but de promouvoir la
fourniture de biens ou de services, y compris les biens immeubles, les droits et obligations ».
Quant au démarchage en ligne, elle se manifeste généralement par des procédés plus
dangereux pour la vie privée tels que le spamming ou les conversations privées initiées par les
annonceurs à travers les chats ou les sites de rencontre.

Les règles relatives à ces deux types d’activité ont pour objet d’encadrer les activités
des annonceurs afin de protéger l’utilisateur.

A/ Les règles en matière de publicité en ligne

La publicité en ligne doit être lisible pour le potentiel acheteur, c’est-à-dire qu’elle
doit lui permettre d’identifier clairement le message publicitaire qui lui est adressé. C’est
pourquoi, toute publicité électronique qui porte sur des jeux concours et des offres
promotionnelles doit indiquer, de manière non équivoque, sa nature, son auteur et ses

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Cours de droit de l’informatique, IUT de Tahoua, par SOUMANA Hamadou. 2018/2019

modalités dès la réception du message ou, en cas d’impossibilité technique, dans le corps du
message. Elle doit aussi mentionner une adresse ou un moyen électronique devant permettre
au destinataire de demander la cessation de la publicité si elle n’est pas intéressée.
Une publicité en ligne ne doit pas aussi être trompeuse. Est considérée comme
publicité trompeuse : une publicité qui crée un risque de confusion avec un autre produit ou
signe distinctif d’un concurrent, une publicité qui induit le consommateur en erreur sur la
nature, le prix, la disponibilité et les accessoires du produit, une publicité qui n’identifie pas
clairement celui pour le compte duquel elle est faite et une publicité qui ne contient pas
certaines informations substantielles ou qui contient des informations fausses ou pas claires.
Enfin, s’il s’agit d’une publicité comparative, c’est-à-dire une publicité qui met en
comparaison des biens ou services concurrents, elle doit être licite. Est considérée comme
licite la publicité comparative qui respecte les conditions suivantes : ne pas être trompeuse ;
porter sur des biens ou services répondant aux mêmes besoins ou ayant les mêmes objectifs ;
une publicité dont la comparaison porte sur des caractéristiques essentielles, pertinentes et
vérifiables des biens ou services concernés. Il s’ensuit que toute publicité comparative ayant
pour objet de jeter un discrédit sur les produits ou services d’un concurrent ou de tirer profit
de la renommée d’un produit ou d’une marque est illicite.

A/ Les règles relatives au démarchage en ligne

Dans le but de protéger le consommateur, toute activité de démarchage sur le Web


doit être clairement définie comme telle et comporter des indications permettant aux
destinataires des messages d’identifier leur auteur. De même, toute prospection directe de
masse (mailing) doit obtenir le consentement préalable du destinataire et comporter une
rubrique lui permettant de se désinscrire de la liste de diffusion à tout moment.
P.2/ L’obligation d’information pesant sur l’E-commerçant
Toujours dans le souci de protéger le consommateur, la loi a mis à la charge de l’E-
commerçant une obligation d’information qui comporte principalement deux dimensions.
La première dimension a trait à l’identification du commerçant lui-même. Dans cette
optique, pour toutes les opérations à finalité commerciale effectuées sur Internet, la loi oblige
le commerçant à permettre au client d’accéder facilement et clairement à son nom ou sa raison
sociale, son adresse, son siège social et son numéro d’identification fiscale.
La deuxième dimension de l’obligation d’information pesant sur l’E-commerçant
porte sur le prix des produits ou services offerts. A cet égard, lorsqu’une offre en ligne
mentionne un prix, le législateur impose que ce prix soit défini de manière à ne comporter

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aucune ambiguïté, c’est-à-dire que le client doit savoir clairement si les frais de livraison et
les taxes y sont ou non inclus.
SECTION II/ LA CONTRACTUALISATION EN LIGNE
Il convient d’examiner successivement la formation du contrat en ligne puis son
exécution.
P. 1/ La formation du contrat en ligne
Comme tout contrat, le contrat en ligne se forme par la rencontre de deux volontés
matérialisées par une offre et une acceptation. L’étude de la formation du contrat électronique
impose donc de préciser les règles régissant ces deux éléments. Mais, en plus, elle exige
d’indiquer le régime de l’écrit dans une telle opération.
A/ L’offre en ligne
En plus des exigences classiques relatives à une offre dans un contrat, l’offre en ligne
doit énoncer :
- Les différentes étapes à suivre pour conclure le contrat par voie électronique ;
- Les moyens techniques permettant à l’utilisateur, avant la conclusion du contrat,
d’identifier les erreurs commises dans la saisie des données et de les corriger ;
- Les langues proposées pour la conclusion du contrat ;
- En cas d’archivage du contrat, les modalités de cet archivage par l’auteur de
l’offre et les conditions d’accès au contrat archivé ;
- Les moyens de consulter par voie électronique les règles professionnelles ou
commerciales auxquelles l’auteur de l’offre entend, le cas échéant, se soumettre.

En outre, une offre faite en ligne doit comporter des indications sur le droit de
rétractation du client, les frais de renvoi des produits en cas de renonciation, les modalités de
résiliation du contrat, le mode de règlement des litiges, les moyens de paiement et toutes
autres informations essentielles. Ces informations doivent être fournies au consommateur de
manière lisible et compréhensible. Elles doivent à nouveau lui être communiquées après
conclusion du contrat, sur support durable et dans un délai raisonnable.

Au vu de ces règles, deux constats, au moins, s’imposent. En premier lieu,


contrairement aux contrats classiques, l’omission d’une information essentielle dans l’offre
n’entraîne pas la responsabilité civile de l’auteur de l’offre mais rend celle-ci non valable et
par conséquent, impossible la formation du contrat électronique. En second lieu, tant qu’une
offre est accessible en ligne, elle est considérée comme valable et peut entraîner la formation
du contrat si elle est acceptée. Il appartient donc à l’auteur de l’offre qui ne dispose pas des

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produits ou qui ne peut les livrer partout de supprimer l’offre ou de la limiter


géographiquement selon le cas, sous peine d’engager sa responsabilité.

B/ L’acceptation en ligne

L’acceptation en ligne obéit au principe du double clic selon lequel avant


confirmation de son acceptation, le destinataire de l’offre doit avoir la possibilité de vérifier le
détail de sa commande et son prix total et corriger les éventuelles erreurs. L’auteur de l’offre
doit, pour sa part, accuser réception de la commande, sans délai. Cela s’effectue généralement
par l’envoi d’un message dans la boîte du client. Dans tous les cas, la commande, la
confirmation de l’acceptation et l’accusé de réception ne sont considérés comme reçus que
lorsque les personnes auxquelles ils sont destinés auront effectivement consulté leurs boîtes
électroniques.

L’acceptation en ligne peut s’effectuer aussi au moyen d’une signature électronique


passée sous les hospices d’un tiers certificateur. Cette formule a le mérite de garantir
l’identification des parties et l’intégrité de leur consentement. Mais, pour que cette signature
puisse faire foi, le certificateur doit se conformer à certaines exigences, notamment :

- La fiabilité des services de certification électronique ;


- La bonne tenue d’un service annuaire recensant les certificats électroniques ;
- La bonne tenue d’un service de révocation des certificats ;
- La vérification effective de la date et l’heure de la signature ainsi que l’identité
des signataires.

En tout état de cause, le consommateur dispose d’une faculté de rétractation, c’est-à-


dire d’une possibilité de renoncer au contrat, même définitivement conclu. Ce délai est de
quatorze (14) jours, à compter de la réception des produits ou de l’acceptation de l’offre de
service. Toutefois, le droit de rétractation du consommateur ne joue pas lorsqu’il s’agit de :
services pleinement exécutés avant la fin du délai de rétractation avec l’accord du
consommateur ; de biens ou de services dont le prix dépend de fluctuations sur le marché
financier ; de biens susceptibles de se détériorer ou de se périmer facilement ;
d’enregistrements audio ou vidéo ou de logiciels informatiques lorsqu’ils ont déjà été
descellés et, enfin, d’un journal, un périodique ou magazine à l’exception des contrats
d’abonnement.

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C/ L’écrit en matière de contrat électronique

Le contrat électronique est, en principe, régi par le principe de la liberté des formes.
Par conséquent, l’écrit n’est obligatoire que s’il est prescrit par un texte. L’écrit peut, dans ce
cas, être exigé à titre de validité ou de preuve du contrat. Dans tous les cas, il doit se
conformer aux exigences de la loi. Il doit, en outre, être établi de nature à garantir son
intégrité en cas de conservation et à permettre l’identification de celui dont il émane.

SECTION II/ L’EXECUTION DU CONTRAT ELECTRONIQUE

Il y’a lieu de préciser les obligations des parties avant d’envisager les hypothèses
d’inexécution ou de mauvaise exécution du contrat.

P.1/ Les obligations des parties

La conclusion du contrat électronique emporte pour l’acheteur obligation de payer le


prix du bien ou du service qu’il a commandé. Ainsi, lorsque ce paiement s’effectue en ligne, il
peut être exécuté directement par le client ou se dérouler par l’intermédiaire d’un tiers que
l’on appelle « tiers de confiance ». Dans ce dernier cas, les parties ne se communiquent pas
leurs données bancaires. Seul le tiers entre en possession des données de chaque partie et
organise les échanges sur un réseau sécurisé par ses soins.

Pour l’E-commerçant, la conclusion du contrat fait naître à sa charge une obligation


de livraison mais également une obligation de garantie contre les vices cachés et de garantie
contre l’éviction. Ainsi, si la chose est immatérielle, son téléchargement doit être rendu
possible par le prestataire. En revanche, s’il s’agit d’une chose matérielle, la livraison doit se
faire au domicile de l’acheteur ou à l’adresse qu’il a communiquée, dans le délai indiqué. A
défaut de délai, elle doit se faire dans un délai de trente jours après la conclusion du contrat.

En tout état de cause, le fournisseur doit prévenir immédiatement l’acheteur lorsque


la livraison a été effectuée. Il doit aussi lui signaler tout évènement qui pourrait retarder cette
livraison.

P.2/ L’inexécution ou la mauvaise exécution du contrat

L’acheteur dispose d’un droit de retourner le bien acheté s’il s’avère défectueux. Il
peut exercer ce droit même s’il n’a formulé aucune réserve lors de la livraison mais à
condition de signifier sa décision, par lettre recommandée avec avis de réception, au
transporteur et au vendeur, dans un délai de trois jours à compter de la livraison.

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La responsabilité de l’E-commerçant peut aussi être engagée en cas d’inexécution ou


de mauvaise exécution du contrat due à son fait personnel ou au fait d’un prestataire auquel il
aurait fait recours. Néanmoins, il pourra s’exonérer de sa responsabilité en prouvant la faute
de l’acheteur ou un cas de force majeure.

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