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Dictionnaire philosophique et historique de la

L O G I Q U E

définitions • étymologies • analyses historiques • interprétations philosophiques


index des auteurs • bibliographie générale, historique et thématique

Steeven Chapados


STEEVEN CHAPADOS

DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE
ET HISTORIQUE DE LA
L O G I Q U E
Les Presses de l’Université Laval reçoivent chaque année du Conseil des Arts du Canada et de
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l’ensemble de leur programme de publication.
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Maquette de couverture : Laurie Patry

ISBN 978-2-7637-3144-5

PDF 9782763731452

© Presses de l’Université Laval. Tous droits réservés.


er
Dépôt légal 1 trimestre 2017

www.pulaval.com

Toute reproduction ou diffusion en tout ou en partie de ce livre par quelque moyen que ce soit est
interdite sans l’autorisation écrite des Presses de l’Université Laval.
À ma conjointe Annie,
mes enfants Lili-Rose et Alexis,
qui m’ont appuyé au cours de ces dernières années
consacrées à la recherche et l’écriture.

À mes parents églement,


mes anciens professeurs, mes amis fidèles
et tous ceux perdus quelque part dans le temps.

Je remercie spécialement le cégep de St-Laurent,


qui m’a appuyé sans hésitation dans mon projet,
ainsi que mon ami et collègue Pierre Charette,
pour ses nombreux commentaires éclairés.
Avant-propos_____________________________________________________________________________________

Au cours de son histoire, la logique fut longtemps estimée sans histoire. Cet ouvrage est un très long grief
adressé contre le plus proverbial des préjugés dont l’origine remonte à Kant. Dans la préface à la
seconde édition de sa Critique de la raison pure (1787), le philosophe des Lumières jugea ouvertement la
discipline «close et achevée» («geschlossen und vollendet») depuis Aristote1, comme si toute la science
des lois formelles de la pensée et du raisonnement avait jailli déjà toute constituée du génie de son
fondateur. Kant négligea d’apprécier tous les progrès réels accomplis par la logique grâce aux travaux
des commentateurs d’Aristote, des maîtres-logiciens de la scolastique et des réformateurs de la logique
de l’Âge classique. Cet aveuglement connut un destin historique aussi profond que malheureux : trois
quarts de siècle plus tard, le philologue allemand Prantl conclut lui aussi à l’anhistoricité de la logique,
mais paradoxalement et plus déplorablement au terme d’une monumentale recherche consacrée à …
l’histoire de la logique2! Si Heidegger eut sans doute raison dans Être et temps (§ 32) d’énoncer
l’impossibilité radicale pour la philosophie de se déployer à couvert de toute structure d’anticipation (Vor-
Struktur), il est des cas comme celui-ci où des idées préconçues entravent, voire jugulent carrément toute
possibilité de compréhension.

Heureusement, la situation changea pour le mieux et l’oubli de l’historicité de la logique semble ne plus
appartenir aujourd’hui qu’à une époque révolue de son histoire. Deux événements majeurs sont à
l’origine de cette prise de conscience historique. D’une part, dans la deuxième moitié du XIXe s.,
l’avènement de la logistique moderne, fondée sur la réduction des processus du raisonnement à l’ordre
du calcul algébrique, avala une bonne partie de la logique traditionnelle et mit de ce fait en exergue
l’idée que cette dernière fut encore capable de progrès. Plus tard, la logique classique (notamment dans
le calcul des prédicats) surpassa les capacités formelles de la logique traditionnelle en offrant les moyens
de traiter efficacement des relations logiques, chose à laquelle la logique aristotélicienne était par nature
inadaptée, révélant du coup que celle-ci était tout, sauf définitivement achevée. D’autre part, dès les
années 1930, les premières enquêtes destinées à retracer (avec sérieux) le développement historique de
la logique contribuèrent à un certain nombre de révélations touchant, entre autres, la logique
propositionnelle mégarico-stoïcienne (insérée en sous-main à la logique aristotélicienne dès le IIe s. de
notre ère), les contributions originales de la logica modernorum scolastique (avec ses théories nouvelles et
ses anticipations sur plusieurs éléments de la logique contemporaine), et enfin sur certains travaux inédits
d’auteurs tels Leibniz au XVIIe s. (avec son remarquable projet d’un calculus ratiocinator) et Bolzano au
début du XIXe s. (notamment sur la distinction entre les registres grammatical et logique)3.

Toutefois, l’oubli de l’historicité de la logique ne se réduit pas qu’à la seule dénégation du procès
temporel au cours duquel cette dernière fut constituée. Il transporte avec lui, dès l’origine dans
l’Antiquité, un bagage d’idées préconçues corollaires énonçant de manières diverses le caractère
extramondain et monolithique de la raison (lógos) dont la logique se comprit elle-même classiquement
comme l’étude des lois universelles figées de toute éternité. Cette conception dominante, qui remonte
au moins au Timée de Platon (-IVe s.) et dont on retrouve la formulation explicite au Moyen Âge (T.
d’Aquin, XIIIe s.) et jusque dans le grand projet husserlien d’une logique transcendantale au début du XXe
s., s’attacha à considérer les lois logiques primitives comme des lois absolues de la pensée rationnelle
dont la valeur ne dépend d’aucune condition empirique de réalisation. La logistique moderne, si son
mérite demeure entier d’avoir fait connaître à la logique traditionnelle l’un de ses plus grands pas en
avant, est responsable d’avoir perpétué ce préjugé séculaire en rapprochant la logique de l’ordre
mathématique. C’est le renouveau des logiques modales contemporaines à partir des années 1920 et
leur développement sans précédent dans les années 1960 qui contribuèrent le mieux à briser la fiction
d’une rationalité imperméable à toute incarnation mondaine. Chacun des systèmes de logique modale
admet en effet son propre appareil axiomatique et groupe de connecteurs propositionnels destinés à
définir la façon dont ses modificateurs fonctionnent et sont utilisés aux fins de la description de la
rationalité à l’œuvre dans tel ou tel registre concret se rapportant à la temporalité, la normativité, la
connaissance, la croyance, etc. Par ailleurs, la multiplication des approches de la logique et la
diversification des calculs logiques (para-classiques, partiels, étendus et non-classiques ou alternatifs),
dont la mise en forme fut entamée aussi dès les années 1920, fracassèrent pour leur part le mythe de
l’unité de la raison humaine en mettant en évidence la nécessité d’en développer une intelligence à
géométrie variable susceptible de rendre compte des spécificités liées aux processus à l’œuvre dans une
diversité de domaines tels l’informatique, l’intelligence artificielle, la linguistique, l’économie ou encore

1
l’exotique mécanique quantique.

Mon dictionnaire a pour ambition de rappeler la nécessité de déconstruire tout ce système de préjugés
dont la logique fut trop longtemps la cible au cours de son histoire. Je le fais en donnant l’occasion à mes
lecteurs, à chacune des définitions que je donne de ses concepts fondamentaux, d’avoir sous les yeux un
panorama aussi complet que possible des projets philosophiques qui ont donné naissance à ces
concepts et des apports successifs des grands philosophes et mathématiciens dans leur élaboration
historique, de l’Antiquité à aujourd’hui. Je pense que mon ouvrage est unique en son genre. En effet, alors
que les autres ouvrages offerts sur le marché semblent tous s’attacher à recomposer le fil des événements
de manière à offrir au regard un grand panorama synthétique de l’histoire de la logique, je propose pour
ma part un voyage orienté plutôt vers la décomposition analytique de cette histoire, de façon à narrer
cette dernière au travers de ses principaux éléments notionnels pris individuellement et en exerçant ma
rigueur à montrer pour chacun d’eux ce qu’ils présupposent notamment sur divers plans telles
l’épistémologie, l’ontologie, la sémantique et la philosophie du langage. Mon approche donne ainsi
l’occasion de parcourir l’histoire de la logique à plusieurs reprises sous des angles multiples et à partir de
points de départ chaque fois différents, le tout dans une unité dont la cohérence globale est assurée par
le fait d’en avoir été le seul concepteur. Le vaste système de renvois que j’ai intégré au dictionnaire
assure la cohésion de l’ensemble et la possibilité pour le lecteur d’emprunter sans se perdre les chemins
qu’il juge intéressant de suivre. À mon projet s’ajoute, in fine, le souci pédagogique d’identifier
soigneusement les diverses nuances sémantiques de chacun des termes de la logique, de guider le plus
efficacement possible à leur intelligence historique et de rendre à mon lectorat le bon office de livrer des
analyses variées susceptibles de répondre à la diversité de ses attentes.

J’espère que l’austérité du vocabulaire de la logique et la complexité de son histoire ne dissimuleront pas
l’intense plaisir avec lequel j’ai moi-même d’abord parcouru les étapes de ce long chemin que
représente l’histoire de la logique en Occident. Je souhaite que vous éprouviez le même agrément que
fut le mien à arpenter celle-ci dans toutes ses sinuosités, ses méandres, ses ascensions et ses très nombreux
embranchements.

Steeven Chapados

____________________________
1. «depuis Aristote, [la logique] n’a pu faire un seul pas en avant, et qu’ainsi, selon toute apparence, elle semble close
et achevée» (Critique de la raison pure, Préface à la 2e éd., VIII).
2. Carl von Prantl (1820-1888), Geschichte der Logik im Abendlande, 4 vol., 1855-1870.
3. Parmi les pionniers et notables artisans de la nouvelle compréhension historique de la logique, mentionnons H. Scholz
(L’axiomatique des anciens, 1930, Esquisse d’une histoire de la logique, 1931), J. J. Jørgensen (A Treatise of formal logic,
vol. 1 «Historical development», 1931), J. Łukasiewicz (1934-1935), J. M. Bocheński (Ancient formal logic, 1951, Formale
Logik. Geschichte, 1956), W. et M. Kneale (The Development of Logic, 1962), T. Kotarbinski (Leçons sur l’histoire de la
logique, 1964) et, dans la tradition française, R. Blanché (La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, 1970), à qui ce
dictionnaire doit beaucoup.

2
Comment utiliser ce dictionnaire____________________________________________________________

Ce dictionnaire comprend 1200 entrées, dont 605 articles complets et 595 renvois. Les articles tombent sous
deux catégories : les articles principaux, auxquels sont consacrées les notions les plus importantes de la
logique et qui délivrent de celles-ci une caractérisation relativement substantielle, et les articles
secondaires, rattachés pour leur part aux concepts de logique plus périphériques et qui se bornent à n’en
donner que les éléments définitoires les plus essentiels. La plupart du temps, les articles secondaires
convergent vers les articles principaux de manière à ce que le lecteur puisse compléter sa compréhension.

Les articles principaux partagent, à chaque cela s’y prête, une structure uniforme en cinq parties, à savoir :

1\ une partie étymologique (è Étymol.), où sont précisées l’origine et l’évolution sémantique de la notion
à travers l’histoire (en général depuis l’Antiquité ou le Moyen Âge) ;

2\ une partie définitionnelle ou lexicale, où sont présentés les principaux éléments définitoires. Ces
définitions sont rangées selon les diverses acceptions et différences d’interprétations rencontrées dans la
littérature et dans l’histoire de la logique ou de la philosophie en général. Chaque signification recouvrée
(large ou spécifique, commune ou technique, comprise au sens de la logique aristotélicienne, mégarico-
stoïcienne, scolastique, mathématique, classique, modale, non-classique, etc.) est identifiée par un
numéro (1\, 2\, 3\...). Dans la partie définitionnelle, le texte en caractère gras sur lequel s’ouvre l’article
fait office d’entrée en matière, d’où l’utilisation de formules parfois plus synthétiques et plus denses que
dans le texte qui suit immédiatement dans la partie analytique ;

3\ une partie analytique, qui introduit le lecteur dans l’univers technique (de type formel, historique,
philosophique, sémantique…) dans lequel évolua ou s’inscrit encore la notion définie et qui apporte des
précisions et des nuances conceptuelles aux éléments identifiés plus haut dans la partie définitionnelle ;

4\ une partie historique, dans laquelle l’histoire de la notion est retracée dans le détail à partir de son
origine gréco-latine ou plus récente s’il s’agit d’une notion de la logique traditionnelle ou de la logique
contemporaine. Cette section, peut-être la plus importante d’entre toutes étant donné les objectifs
express du présent dictionnaire, vise à donner au lecteur les outils lui permettant de comprendre à quelle
progression historique sont reliés le ou les sémantismes de la notion étudiée ;

5\ une partie typologique, où est dressée une classification générale des diverses espèces auxquelles
appartiennent les réalités désignées par la notion définie. Dans certains cas, la typologie est elle-même
divisée en plusieurs sous-sections qui correspondant respectivement aux divers critères à partir desquels
on classe ces diverses espèces.

Chaque article est accompagné d’une ou deux petites sections auxiliaires destinées à renvoyer le lecteur
à d’autres articles susceptibles de parachever sa compréhension : celle identifiée par » Sur…, qui renvoie
à des lectures spécifiques sur des thèmes soulignés en caractère gras, et une autre identifiée termes
connexes, qui réfère à un éventail de sujets un peu plus éloignés, mais qui entretiennent certaines
relations importantes avec le sujet principal. Tous les noms d’auteur et les dates historiques figurent en
caractère gras de manière à faciliter leur repérage dans le texte.

Un peu plus de 16,400 liens renvoient les notions de logique utilisées dans le corps du texte aux articles qui
leur correspondent, offrant la possibilité au lecteur d’accéder directement et efficacement au sens de
tous les termes techniques employés. Les notions inscrites dans ce système de renvois sont en caractère
italique et accompagnées d’un astérisque (raisonnement déductif*, syllogisme*, modificateur*…). Un tel
réseau interne resserre les liens entre les divers articles qui composent le dictionnaire, assure une forme
d’homogénéité et de cohérence des parties par rapport au tout, et offre enfin l’avantage d’alléger le
texte en évitant de devoir répéter plusieurs fois les mêmes définitions à divers endroits de l’œuvre.

Trois grands index situés en annexe complètent l’ouvrage :

» un index des noms (Index nominum), constitué d’une liste alphabétique et d’une liste chronologique, où
le lecteur trouvera quelques détails biographiques concernant tous les auteurs évoqués dans le
dictionnaire, que ceux-ci soient spécifiquement des logiciens ou non. Pour chaque auteur sont données
ses dates biographiques, ses lieux de naissance et de décès, sa profession ou sa spécialité dans le champ

3
de la logique ou de la philosophie, ainsi que la liste exhaustive de tous les articles du présent dictionnaire
où figure son nom et où il est possible que celui-ci ait eu une influence sur le cours des idées en
philosophie et spécialement en logique - ainsi, il sera possible pour le lecteur de parcourir l’histoire de la
logique, par exemple, en suivant les contributions de certains auteurs ciblés ;

» un index bibliographique (Index scriptorum), organisé selon un double critère thématique et


chronologique (qui comporte plus de 1,200 titres, de l’Antiquité jusqu’à 1990) ;

» un index des articles et définitions, sorte de grande table des matières où est donnée la liste complète
des notions de logique auxquelles sont consacrés respectivement les articles du dictionnaire.

4
A_________________________________________________________
A
è Étymol. : les lettres A, I, E et O correspondent à l’ordre dans lequel apparaissent les voyelles dans les mots latins
d’affirmo (= affirmation) et nego (= négation) (du distique scolastique Asserit A, negat E, verum generaliter ambo ;
Asserit I, negat O, sed particulariter ambo1).

En logique traditionnelle*, symbole utilisé depuis le Moyen Âge pour désigner la proposition* universelle* et
affirmative* (Omne s est p : tout s est p). S’oppose directement à O*, avec lequel il entre en contradiction*.

Les autres types de propositions sont désignés par les symboles E*, I* et O*, en vertu de la typologie des
propositions établie par Aristote (v. Proposition, Typ., 3. Typ. selon la qualité et la quantité*). Parmi toutes
ces formes logiques de la proposition, la forme A fut favorisée par Aristote, car elle exprime l’essence dans
son universalité (v. Syllogisme, Les fig. du syl., 1re fig.*), ce à quoi tend la science selon le philosophe.

Dans le symbolisme de la logique classique* moderne, la proposition de type A s’écrit ∀x (Px) ou ∀x (Px è
Qx) (v. Quantificateur*).

» Sur la visualisation de la proposition de type A par les méthodes diagrammatiques de G. W. Leibniz et de


L. P. Euler, v. Diagramme logique*.

è Termes connexes : Affirmation*, Carré log.*, Diagramme logique*, E*, I*, O*, Proposition, Typ.*, Syllogisme, Les fig. du
syl., 1re fig.*, Universel*.
_________________________
1. Vers mnémoniques forgés par les logiciens de l’École. Voir Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la philo.,
Paris, PUF, 1968, p. 1.

A=A
a est a, a Ξ a

Formulation symbolique classique du principe d’identité*.

V. Principe d’identité*.

ABDUCTION " Raisonnement, Typ. 2, Raison. abductif* et Syllogisme, Typ. 1, Syl. dialectique, Abduction et
aporème*.

ABSOLUTISME LOGIQUE

Nom de la tendance doctrinale de la logique* (d’origine frégéo-russellienne) selon laquelle cette dernière
peut être réduite intégralement à un nombre minimal d’axiomes* desquels se déduit ensuite, par
enchaînement démonstratif*, l’ensemble de ses lois*, règles d’inférence* et théorèmes*.

La thèse logiciste* repose sur une telle approche de la logique, en tant qu’elle implique que les
mathématiques se déduisent* également d’une axiomatique* logique. La logique intuitionniste* rejette la
thèse absolutiste (v. l’article).

» Sur les origines et le destin de l’absolutisme logique, on consultera : Axiomatique, Ah*,


Conventionnalisme*, Logicisme*, Métalogique* et Métamath.*.

ABSURDE, ABSURDITÉ

è Étymol : terme issu du latin absurdus (= discordant), qui traduit le grec álógos (= non logique, non rationnel, alogique,

5
au sens de ce qui étranger à la logique1).

1\ Désigne en général le caractère d’une proposition*, d’un jugement* ou d’un terme* dépourvus
d’intelligibilité ou de signification*. Synonyme de non-sens et d’inintelligible. Sur le plan proprement
grammatical, l’absurdité relève essentiellement d’une violation de la syntaxe*.

Selon Aristote, une proposition sensée lie un prédicat* à un sujet* (v. Proposition, Lógos àpophantikós et
vérité* et Apophantique*). Les philosophes français N. Malebranche et britannique J. S. Mill montrèrent
que le critère aristotélicien est insuffisant, qu’une proposition, même logiquement et grammaticalement
correcte, peut être totalement dénuée de sens. Dans ses Entretiens sur la métaphysique, sur la religion et
sur la mort (1688), l’Oratorien donna l’exemple suivant : «Il existe un Blictri» (II, vii). Ce qui prive cette
proposition de sens est seulement le fait que l’un de ses termes* en est lui-même dépourvu.

E. G. A Husserl introduisit dans Recherches logiques de 1900 la notion de Bedeutungskategorien


(catégorie de sens) en tant que critère de type sémantique (v. Sémantique*) pour distinguer les
expressions avec et sans signification*2. B. A. W. Russell pour sa part associa la privation de sens à une
faute de type syntaxique* (v. Syntaxe*) : dans un langage* logique, un énoncé sensé est un énoncé bien
formé (well-formed formulas, abrégé par le sigle wff, ou ebf parfois en français). Autrement dit, en
logique, une proposition est une formule si et seulement si elle est construite par l’application des règles
syntaxiques de la grammaire d’une langue donnée, à défaut de quoi la proposition est privée de sens.

» Sur les formules dénuées de sens, v. aussi Théorie des types* et Description définie*.

2\ Dans la tradition de la syllogistique* classique ou sur le plan du raisonnement* spécifiquement, est


qualifiée d’absurde toute conclusion* qui ne dérive pas logiquement des prémisses* posées (une telle
conclusion n’étant alors qu’apparence de conclusion). Corrélatif sémantique de raisonnement non
sequitur*, non validité*, incohérence*, raisonnement formellement faux. L’absurdité qualifie explicitement
dans ce contexte ce qui ne s’accorde pas avec la raison* ou le bon sens, et correspond ainsi à
l’irrationnel ou à ce qui ne possède pas de cohérence* logique3.

Est aussi absurde ce qui contrevient en général au principe de non-contradiction* et ne respecte pas la
règle* des contradictoires* et des contraires*.

V. Contradiction, Contradictoire, Principe de non-contr., Ah* et Raisonnement par l’absurde*.

L’absurdité peut être explicite ou implicite, selon qu’elle est aisément perceptible (lorsqu’une thèse* par
exemple comporte des contradictions* évidentes) ou plus malaisée à percevoir (comme dans le cas de
certains paradoxes*).

On peut considérer les paralogismes* et les sophismes* formels comme des raisonnements absurdes dans
la mesure où ceux-ci violent une ou plusieurs règles de validité* des raisonnements (à ce propos, v.
Sophisme, Typ., Les soph. formels*.

è Termes connexes : Apodioxis*, Autocontradiction*, Cohérence*, Conséquence*, Contraire*, Contradiction,


Contradictoire, Principe de non-contr., Ah*, et Principe de non contr.*, Incohérence*, Jugement*, Opposition, Typ.*,
Paradoxe*, Paralogisme*, Prémisse*, Proposition*, Raisonnement, Typ. 2, Rais. par l’absurde et non sequitur*, Sophisme*,
Validité*.
_________________________
1. Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la philo., Paris, PUF, 1968, p. 38.
2. À ce propos, on consultera M. Seymour, «Catégorie (- sémantique)», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire
(Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 280-281.
3. Pour plus de détails et de nuances, v. Duponthieux, M., «Absurde», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire
(Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 13.

ABSTRACTION " Querelle des universaux, 2\*.

ACCEPTION

è Étymol. : du latin acceptio (= action de recevoir).

6
Désigne le sens spécifique dans lequel un mot, un terme* ou un concept* est utilisé.

Lorsqu’un mot ou un concept recouvre plusieurs significations, on dit qu’il est plurivoque*, équivoque* ou
polysémique* (voir ces articles).

On distingue notamment entre acception générale (ou large) et particulière (ou étroite) (v. Définition*),
principale ou secondaire, moderne ou ancienne, primitive ou dérivée, courante ou désuète, essentielle*
ou accidentelle*, logique* ou empirique*, obvie ou savante.

ACCIDENS PRÆDICAMENTALE " Accident

ACCIDENT
ou attribut (2\*), incident (2\*)

è Étymol. : emprunté aux termes latins d’accidere et accidens (= ce qui arrive par hasard*, ce qui survient en outre
[sous-entendu : à la substance*]), qui traduit le grec sumbebêkos, kata sumbebêkos (= propriété accidentelle). Le
philosophe latin Sénèque semble être le premier auteur à avoir utilisé le terme comme substantif (accidens, traduit par
accident). Le terme latin entra dans l’usage seulement à partir de Tertullien au IIIe s.1.

En s’inspirant de la doctrine des catégories* d’Aristote, les logiciens de l’École discriminèrent entre
l’accident dans son acception* métaphysique (soit l’accidens prædicamentale, traduit par accident
prédicamental) (1\), sens qu’ils privilégièrent2, et l’accident dans son acception logique (l’accidens
prædicabile, traduit par l’accident prédicable ou accident commun) (2\), dont l’origine remonte plus
spécifiquement à Porphyre de Tyr (IIIe s.) et à Boèce (début VIe s.).

1\ L’accident prédicamental
lat. : accidens prædicamentale

Dans son rapport avec la théorie des catégories* ou des prédicaments* d’Aristote, l’accident désigne un
caractère qui n’est pas indispensable ou nécessaire* pour qu’une substance* donnée soit ce qu’elle est,
bien que ce caractère affecte celle-ci effectivement, 1\ que ce soit provisoirement (diathesis) ou de
façon permanente (hexis, habitus) ou encore 2\ de manière séparable (chôrista) ou non-séparable
(achôrista). L’accident est un caractère extérieur à une substance qui ne se rapporte à celle-ci que
comme «ce qui lui est arrivé» (par hasard*, de manière fortuite). Il est donc un caractère dont la présence
ou l’absence n’ébrèche en rien cette substance quant à sa nature ou son existence. Les caractères
accidentels ne font pas partie de l’intension* d’un concept* et n’entrent donc pas dans une définition*.
Équivalent de l’expression scolastique* d’accidens prædicamentale (accident prédicamental).
Synonyme de quoddité*, antonyme d’essence* et de quiddité*.

Au rebours du caractère essentiel* qui est toujours nécessaire*3, l’accident peut être quant à lui ou bien
nécessaire, ou bien contingent* (sur ces subtilités, v. Essence, Essence et accident, nécessité et
contingence*, Accident commun* [infra] et Propre*).

Chez Aristote, le caractère accidentel est un caractère possédé par une substance en quelque sorte par
hasard* (apo tukès). Les concepts stoïciens de sumbama et de parasubama transposèrent le sens de ce
qui arrive par hasard à la substance aux événements eux-mêmes4.

V. Catégorie*, Essence*, Prédicament*, Prédicat*, Órganon, les Catégories*, Quoddité* et Sophisme, Typ.
B, Soph. de l’accident*.

- Analyse historique

Aristote est à l’origine du terme d’accidentel. Dans la partie lexicale de ses Métaphysiques, le Philosophe
définit l’accidentel (katà sumbebêkos) comme «ce qui appartient à un être et peut en être affirmé avec
vérité, mais n’est pourtant ni nécessaire, ni constant5». L’accidentel désigne ce qui appartient* à un être,
mais sans appartenir pour autant et précisément à sa nature (1025a23). Dans sa célèbre doctrine des
catégories*, le Stagirite identifia pas moins de dix modes d’attribution dont seul le premier - celui de la
substance -, est essentiel, les autres n’étant tous qu’accidentels (v. Órganon, les Catégories*). Le concept
aristotélicien d’accidentel est donc d’acception très large : il s’étend à toutes les formes d’attributs* (v.

7
l’article). Dans le même esprit, le néo-platonicien Porphyre de Tyr, dans son introduction aux Catégories
(l’Isagogè*, 268-270), définit l’accident dans ces termes : «L’accident est ce qui est présent (ou : ce qui
peut avoir lieu) et absent (ou : disparaître), sans que cela n’entraîne la destruction de son sujet6» (v.
Prédicat, Typ., 1. La typ. classique : les cinq prédicables*).

Socrate eut avant Aristote l’intuition d’une différence de nature entre l’essence d’une chose (exprimée
par la définition* universelle, dont Socrate aurait été à la recherche, selon le témoignage d’Aristote) et les
caractères qui affectent cette chose de façon seulement circonstancielle, c’est-à-dire à l’occasion
d’une certaine situation. C’est ce que suggère l’emploi des termes d’idea et de eîdos déjà dans les
dialogues de jeunesse de Platon, par exemple dans l’Euthyphron, où il est suggéré que la vertu de piété
(eusebia) dispose d’une essence (qu’il appela la forme même de la piété, celle par laquelle les choses
pieuses sont pieuses) (v. 6d-e). Dans le Lachès, un caractère que Socrate reconnut à la vertu de courage
au point de vue de son essence (le «courage lui-même» - autè he andreia7), dans toutes les circonstances
où celle-ci se manifeste (à la guerre, dans la pauvreté, en mer, dans la maladie, dans les plaisirs, …), est
celle de la fermeté de l’âme, alors que Socrate exclut par exemple celle d’être accompagnée de
réflexion, étant donné l’existence d’actions fermes irréfléchies8. En établissant une différence entre le fait
d’être en toute circonstance une fermeté de l’âme et en certaines occasions, tantôt un acte réfléchi,
tantôt un acte irréfléchi, Socrate établit déjà ce qui devint une différence correspondant précisément à
celle entre l’essence et l’accident chez Aristote et pour la métaphysique ultérieure. Dans ses Méditations
métaphysiques (1641, 1647), R. Descartes donna dans le même esprit l’exemple devenu classique d’un
morceau de cire qui, une fois rapproché du feu, perd ses caractères accidentels (que le philosophe
associe à ceux auxquels se rapportent les sens : l’odeur pour l’olfaction, la couleur pour la vision, etc.),
tandis que la cire devenue liquide demeure la même substance, avec les mêmes attributs* (v. 3\*) (ceux
se rapportant à l’étendue), malgré son changement d’état.

***

Le terme latin d’accidens entra assez tôt dans l’usage, au IIIe s., à partir de Tertullien. Chez lui l’accident
est défini dans le droit fil de la définition générale qu’en donna Aristote, savoir comme la chose
accessoire ajoutée à la substance (ad-cedere = ce qui arrive en outre [à la substance]9. Les définitions de
l’accident formulées ultérieurement préservèrent essentiellement la même signification* : c’est le cas de
celle donnée par Victorinus Afer (quod in substantiam cadit = ce qui échoit à la substance) et par Boèce
un siècle plus tard, en s’inspirant de Porphyre dans son Isagogè (268-270), et qui fut retenue au Moyen
Âge :

1\ accidens est quod adest et abest præter subjecti corruptionem (= l’accident est ce qui est présent ou
absent sans corruption du sujet) ;

2\ accidens est quod contingit eidem esse et non esse (= l’accident est ce qui peut, de manière
contingente, être dans une chose ou ne pas y être), et ;

3\ quod neque genus neque differentia neque species neque proprium, semper autem est in subjecto
subsistens (= ce qui n’est ni genre ni différence ni espèce ni propre, mais toujours subsistant dans un
sujet)10. V. Accident commun* (infra) et Propre*.

Toujours en suivant Porphyre11, Boèce apporta une distinction entre accidents séparables (separabilia,
équivalent sémantique du grec chôrista) et accidents inséparables (inseparabilia, qui traduit achôrista)
de l’individu12.

è Termes connexes : Catégorie*, Concept*, Contingence*, Définition et Règle no 1*, Essence*, Incident*, Intension*,
Nécessaire*, Proposition*, Propre*, Quiddité*, Quoddité*, Sophisme, Typ., Soph. de l’accident*, Sujet*.

2\ L’accident commun ou prédicable


lat. : accidens prædicabile

L’un des cinq prédicables* (ou catégorèmes*) de la logique traditionnelle*, telle que développée à partir
de Porphyre dans son Isagogè (268-270) (v. Prédicat, Typ.* et Arbre de Porphyre*).

L’accident commun désigne la classe* des attributs* accidentels* se rapportant à des sujets* individuels.
À la différence du propre*, les attributs qui tombent sous cette catégorie ne sont que contingents* dans la

8
mesure où ils ne se rapportent pas au sujet* considéré au point de vue de son espèce*, mais uniquement
sous la perspective de sa singularité. Il s’agit donc d’un accident de l’individu en tant qu’individu, donc
d’un caractère qui affecte un sujet sans que ce caractère ne découle de l’essence* du sujet (ni sous
l’aspect de son genre*, ni sous celui de son espèce*). En d’autres termes, l’accident commun est une
manière de prédiquer quelque chose d’un sujet sans que cela ne lui appartienne, ni essentiellement, ni
nécessairement.

Dans la terminologie scolastique*, l’accident commun est dit prédicable in quale* accidentaliter et
contingenter.

L’accident commun est un type de prédicat accidentel-contingent affirmé d’un sujet considéré au point
de vue de son individualité, par opposition au propre qui est un prédicat accidentel-nécessaire affirmé
d’un sujet considéré au point de vue de l’essence qu’il possède en tant qu’espèce* (v. Propre*).

À titre d’exemple, le fait pour Socrate d’être dans une palestre à Athènes pour discuter avec Lachès et
Nicias est un attribut qui appartient* à Socrate non pas en tant que celui-ci est un homme, mais
simplement en tant que Socrate est un individu de l’espèce humaine. Ce qui lui est prédiqué, de ce point
de vue, relève ainsi de la contingence la plus totale et ne saurait être considéré comme un attribut
appartenant nécessairement à son espèce. L’exemple classique du propre est celui de la capacité à rire
(v. à ce sujet Propre*) : dans l’ordre de l’accident commun, cette capacité se traduirait par la manière
individuelle de rire. Ainsi, Socrate qui rit tient de façon nécessaire sa capacité à rire du fait de son
appartenance* au groupe des humains (dont ladite capacité est le propre, relativement à d’autres
espèces), mais tient sa manière de rire aux diverses contingences qui l’ont affecté.

Le propre de l’accident commun est d’être un prédicable à la fois accidentel et contingent (à ce sujet, v.
Essence, sect. Essence, accident, nécessité et contingence*).

Pour une représentation schématique de cinq prédicables, v. Prédicat, Typ., 1. La typ. classique : les cinq
prédicables*.

è Termes connexes : Contingence*, Espèce*, Différence spéc.*, Distinction*, Espèce*, Essence*, In quale*,
Nécessaire*, Prédicat, Typ., Pr. formel et pr. matériel*, Propre*.

- Bibliographie

Robertson, T., «Essential vs. Accidental Properties», dans The Stanford Encycl. of Phil.
_________________________
1. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2005, pp. 8-9.
2. Pérussel, D., «Accident», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol.,
éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 19.
3. Robertson, T., «Essential vs. Accidental Properties», Intro., dans The Stanford Encycl. of Phil..
4. Ildefonse, F., «Accident», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS,
2013 (2006), p. 6.
5. Mét., Δ, 30, 1025a14, trad. Tricot. Aussi Δ, 7, 1017a 6-22 et Ε, 2 et 3.
6. Isagogè, V, 4a24.
7. Platon, Lachès, Euthyphron, Introductions et trad. inédites de L.-A. Dorion, Paris, GF-Flammarion, 1997, p. 160, n. 147.
8. Ibid., pp. 114-118 (192c – 193e).
9. Fontanier, J.-M., op. cit., p. 9.
10. Ibid.
11. Isagogè, V, 4a24
12. Ibid. V. aussi Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de
l’Univ. Laval, 2006, pp. 190-192.

ACCIDENT PRÉDICABLE " Accident, 2\ Accident commun ou prédicable*


ACCIDENT PRÉDICAMENTAL " Accident, 2\ Accident prédicamental*, Propre*
A CONTRARIO (raisonnement) " Raisonnement, Typ. 2, Rais. a contrario*
ACTIVITÉ ARGUMENTATIVE " Argumentation*
ADDITION LOGIQUE " Somme logique*

ADÉQUATION
ou concordance*, convenance, accord, conformité, correspondance, congruence, vérité-adéquation,
vérité-correspondance

9
è Étymol. : emprunté au latin adæquatus (du verbe ad-æquare = égaler, rendre égal).

Notion classique de la philosophie qui désigne en général la correspondance de la représentation d’une


chose dans l’esprit (ou d’un jugement*, d’une proposition*) avec ce qu’est cette chose hors de la
représentation, c’est-à-dire dans la réalité ou le monde extérieur (celui des objets ou des faits
intramondains, selon les approches1). L’adéquation de la représentation aux états de choses donnés
extérieurement est la conception philosophique classique de la vérité* depuis l’Antiquité. Cette
conception, dénommée au XXe s. «théorie de la vérité-adéquation», énonce qu’est vrai tout concept*,
définition*, proposition* ou jugement* en accord ou égal (ad-æquare = rendre égal) aux états de choses
(et faux dans le cas inverse), que la vérité réside dans un rapport de conformité ou de concordance*
entre ce que sont les choses dans la réalité et la manière dont ces choses sont re-présentées dans l’esprit.

La théorie de la vérité-correspondance est traditionnellement associée à la doctrine métaphysique


réaliste (qui pose l’existence d’un monde extérieur indépendant de l’esprit et extérieur à la perception) et
à la théorie épistémologique empiriste* (qui énonce que toutes les connaissances sont formées a
posteriori*, c’est-à-dire issues de l’expérience sensorielle). Cependant, la réalité historique est plus
nuancée dans la mesure où le concept de vérité-adéquation fut également promu dans la tradition
idéaliste ancienne (Parménide d’Élée, Platon) - pour laquelle une représentation est adéquate non pas à
un objet ou un fait du monde extérieur, mais à un objet intelligible conçu a priori* (par exemple l’être et
ses propriétés, une Idée) - et la tradition rationaliste moderne (R. Descartes, N. Malebranche, B. Spinoza,
G. W. Leibniz) (v. Ah*, infra)2.

En marge de la théorie de la vérité-correspondance existe tout une gamme d’options, au nombre


desquelles la théorie plus rationaliste et idéaliste de la vérité-cohérence ou cohérentielle (v. Cohérence*),
celle plus ontologique de la vérité-dévoilement (M. Heidegger), ou encore celle plus pragmatique de la
vérité-utilité (Ch. S. Peirce, W. James, J. Dewey, G. H. Mead) et de la vérité comme consensus.

» Sur le critère d’adéquation dans la formulation d’une définition, v. Définition*.

- Analyse historique

L’idée générale que la vérité réside dans une égalité entre la chose-pensée et la chose elle-même ou
une correspondance entre la pensée et ce dont il y a pensée remonte à l’Antiquité. Certaines formules
de Parménide dans son poème Sur la nature la suggèrent déjà : «C’est le même, écrivit l’Éléate, penser et
ce à cause de quoi il y a pensée/C’est une même chose, le penser et ce dont est la pensée» («Ταὐτὸν δ'
ἐστὶ νοεῖν τε καὶ οὕνεκεν ἔστι νόηµα3») ; «… car le pensé et l’être sont une même chose/… car c’est le
même que de penser et être» («… τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστίν τε καὶ εἶναι4». Socrate5 soutint dans le même
esprit que la définition* universelle d’une partie quelconque de la vertu (aretḗ = excellence), par exemple
la piété, la justice, le courage…, n’est rationnellement acceptable qu’à la condition d’être parfaitement
conforme à l’essence* (ousía) de cette partie de la vertu, autrement dit, que si sa représentation est
adéquate à sa nature, à ses propriétés nécessaires*, c’est-à-dire à ce qu’est cette partie de la vertu en
soi, que si la définition qui en est donnée est en tout point conforme à ce qui reste identique au travers
des multiples situations concrètes où cette partie de la vertu se manifeste dans le monde6. La découverte
du moindre écart entre la représentation (abstraite ou définitionnelle) d’une partie de la vertu et ce
qu’est cette partie de la vertu elle-même (concrètement) en dehors du champ de la représentation suffit
à Socrate pour déclarer son interlocuteur ignorant, quelles que soient les prétentions de ce dernier. On
trouve aussi certaines allusions à la vérité-adéquation chez Platon, notamment dans Le Cratyle (385b2) et
Le Sophiste (240d-241 et 263b)7. Dans La République (VI, 502c-509c), le philosophe idéaliste introduisit
l’idée du principe anhypothétique* (archè anupóthetos), qu’il dénomma Idée du Bien (ho agathós), afin
d’expliquer la possibilité d’une homoiôsis (ressemblance, consonance) entre l’intelligence «intuitive»
(nóēsis) et l’intelligible (topos noetos), soit entre un objet intelligible et universel (une Idée) du «monde
intelligible» et sa saisie par l’intelligence8, de la même manière, analogiquement, que le Soleil rend
possible la ressemblance entre l’acte de vision et le «lieu visible» (topos horatos), c’est-à-dire entre un
étant matériel et individuel du «monde sensible» et son image dans l’esprit. Platon transposa la
problématique épistémologique de l’adéquation sur le plan proprement métaphysique en posant un
rapport de ressemblance entre les choses sensibles et les «Idées-prototypes» dont elles sont les «copies»
individuelles et matérielles, tel un rapport d’imitation (mimèsis) ou analogique (analogía, en Rép., VI 508b-
c) opérant ontologiquement entre ce qu’est par essence la chose sur le plan intelligible et la physionomie
que cette chose possède matériellement. Aristote soutint de son côté, dans son traité Sur l’interprétation,
que les pensées ou affections de l’âme sont comme des ressemblances (homoiomata) des choses (1,

10
16a3-6)9. Dans ses Métaphysiques, à l’occasion d’une discussion sur le tiers exclu*, le Stagirite donna de la
vérité une définition suggérant fortement l’idée d’une conformité entre l’énoncé et le réel (l’être) : «Dire
de l’être qu’il est et du non-être qu’il n’est pas, c’est le vrai» (Γ 7, 1011 b25-27).

Toutefois, la formulation canonique de la vérité en termes d’adéquation ne remonte spécifiquement qu’à


T. d’Aquin dans ses Questiones Disputatæ de Veritate (1256-1259). La célèbre définition qu’il en donna,
«Veritas est adæquatio rei et intellectus10» (Q. 1, art. 1.), le docteur universel admit l’avoir empruntée au
philosophe juif Isaac Isræli, dans son Kitab al-Ḥudud wal-Russum (Livre des Définitions, Xe s.), bien qu’il
semblerait que la formule n’y apparaît guère. Le concept de vérité-adéquation possède toutefois bel et
bien quelques antécédents dans l’Antiquité tardive et au Moyen Âge, comme chez Proclus
(Commentaire sur le Timée, II, 287, 1), S. Empiricus (Contre les Mathématiciens [fin IIe s.], VII, 168, où le
médecin sceptique usa du terme de symphonos [= accord] pour définir la conception traditionnelle de la
vérité – qu’il dénonça), le commentateur d’Aristote J. Philopon (Commentaire sur les Catégories
d'Aristote, 81, 25-34 [v. 512-517]), Avicenne (Metaphysica compendium, dans Kitâb al-Najâh [v. 1030], I. 8-
9), Averroès (Tahafut al-Tahafut [fin XIIe s.], 103, 302) et, en Europe, chez le Français Guillaume d'Auxerre,
qui aurait introduit la notion dans l’École, ainsi que chez G. d’Occam (Summa Logicæ [v. 1323], II) et J.
Buridan (Sophismata, II [v. 1345])11.

Les métaphysiciens des Temps modernes adoptèrent la perspective classique sur la vérité, mais en la
pliant aux particularités de leurs systèmes et aux exigences de leurs partis pris doctrinaux pour la raison*.
Au livre I de son Éthique (1677) par exemple, B. Spinoza posa comme sixième axiome* de son système la
proposition qu’une idée vraie est une idée «qui doit convenir [covenire en latin = s’accorder] avec ce
dont elle est l’idée12». Au livre suivant, le philosophe ajouta toutefois qu’une idée adéquate (ideam
adæquatam), indépendamment de tout rapport avec un objet13, se doit d’être en conformité avec
certaines dénominations intrinsèques (denominationes intrinsecas)14, que Spinoza associa aux propriétés*
qui font de l’idée vraie une idée dont la vérité est évidente par elle-même. Ainsi chez Spinoza, vérité-
adéquation et vérité-évidence sont non-distinguées : une idée vraie est une idée à la fois
extrinsèquement adéquate à ce dont elle est la représentation et intrinsèquement évidente par elle-
même. Cette thèse fait écho à l’ancienne distinction établie par les scolastiques* (et reprise par R.
Descartes dans Méditations Métaphysiques [1641], III) entre la réalité objective de l’idée (realitas
objectiva, c’est-à-dire l’idée en tant qu’elle représente un objet) et la réalité formelle de l’idée (realitas
formalis, soit l’idée en tant que telle ou en tant qu’entité réelle). Ainsi, l’idée adéquate et évidente satisfait
chez Spinoza à la double exigence que représente pour l’idée d’être à la fois dans un rapport de
conformité avec la chose dont elle est l’idée et, sur un mode a priori* en quelque sorte, avec ce qu’elle
est en elle-même, bref, dans le même temps, égale à la chose et égale à soi-même. De son côté, G. W.
Leibniz tint l’adéquation comme le propre d’une idée ou d’une connaissance distincte dont les notions
primitives qui la composent sont elles-mêmes distinctes (par opposition à confuses)15. Ainsi, une idée est
égale ou adéquate à son objet lorsque le contenu est connu distinctement par voie simplement a
priori*16. Ces exemples d’assimilations rationalistes du concept de vérité-adéquation doivent nous mettre
en garde contre une association trop étroite de celui-ci à la tradition empiriste* (J. Locke, D. Hume)17,
selon laquelle une idée adéquate est une représentation conforme à ce qu’est la chose dans le monde
des objets ou des faits hors de la pensée et de la perception sensorielle.

M. Heidegger s’éleva contre l’intelligence du concept de vérité-adéquation véhiculé par la tradition


philosophique occidentale, dont il chercha à surmonter la sous-détermination métaphysique. Le
philosophe s’inspira des présocratiques, qui auraient eu une compréhension de la vérité comme éclosion
et dévoilement, ce qu’exprimeraient originellement, selon le philosophe, les termes d’alêtheia (la vérité
en tant que non-recouvert, non-voilé [lantháno = être caché]) et phusis (nature, de phuein = produire,
croître). Heidegger situa la notion de vérité directement sur le plan ontologique de l’advenir de l’être lui-
même, plutôt que sur celui, dérivé, d’une relation épistémologique entre un sujet (ou une représentation)
et un objet. Déjà Heidegger s’était interrogé sur les présupposés du concept classique d’adéquation en
écrivant, dans Être et temps (1927) : «La caractérisation de la vérité comme «accord», adæquatio,
óµοίωσις est certes très générale et vide. Elle doit pourtant détenir quelque légitimité puisque, malgré
toute la variété des interprétations de la connaissance qui doit recevoir ce prédicat privilégié, elle réussit
à se maintenir. C’est pourquoi nous posons maintenant la question des fondements de cette «relation».
Nous demandons : Qu’est-ce qui est tacitement co-posé dans ce tout de relations qu’est l’«adæquatio
intellectus et rei» ? Et quel caractère ontologique ce co-présupposé possède-t-il ?18». La question de
savoir ce qui rend possible l’accord entre la chose et l’intellect et ce que sont les fondements
ontologiques d’une telle possibilité, Heidegger la reprit de façon plus radicale encore dans sa conférence
de 1930 (De l’essence de la vérité, dans Questions I)19. C’est dans ce texte que le penseur attira
l’attention sur le fait que le terme grec d’alètheia, sur le plan étymologico-conceptuel, a le sens de non-

11
retrait, non-voilé, non-couvert, non-caché, suggérant que la vérité, au sens originaire du concept, avant
d’être dérivativement une concordance entre la pensée et la chose, n’est autre que le dévoilement lui-
même, dévoilement qu’Heidegger identifia au domaine de l’ouvert ou clairière de présence (Questions
IV), autrement dit, à un advenir de l’être lui-même20.

Dans la tradition de la logique, le problème de l’adéquation fut mis en exergue par le logicien austro-
britannique L. J. J. Wittgenstein (Tractatus logico-philosophicus, 1921 et Carnets [Notebooks], 1914-1916)
en tant que problème relié à la possibilité de surmonter l’hétérogénéité de nature entre la représentation
elle-même (ou le signe matériel de cette représentation) et ce dont elle est la re-présentation ou
«présence différée»21. F. L. G. Frege pour sa part (Recherches logiques, 1918-1923) s’interrogea sur le
problème de l’application d’un critère de l’adéquation d’une représentation à la réalité22. B. Russell
établit23 qu’une proposition* n’est vraie* que si celle-ci est structurellement isomorphe à un état de choses
dans le monde : ainsi, l’énoncé L’oiseau est dans l’arbre est vrai si et seulement si tel est effectivement le
cas dans le monde extérieur que l’oiseau dont on parle est dans l’arbre dont on parle. Si l’un des objets
figurant dans l’énoncé est manquant (l’oiseau, l’arbre, le fait pour l’oiseau d’être dans l’arbre), l’énoncé
est alors faux. Le philosophe J. L. Austin fit valoir que l’existence d’un tel parallélisme structurel n’est pas un
critère nécessaire24. On doit au logicien polono-américain A. Tarski («Le concept de vérité dans les
langues formalisées» (1933), 1935-1936, 197225) une théorie de la vérité comme adéquation avec les faits
qui eut une influence déterminante sur le développement de la sémantique et la théorie des modèles* en
logique mathématique* au XXe s. Tarski montra que l’application du concept de vérité-adéquation dans
les langues naturelles est source de paradoxes sémantiques* (du type du paradoxe du Menteur* [dit sui-
falsificateur*], où la proposition est à la fois vraie et fausse sur le plan logique, v. Paradoxe, Ah*), d’où la
nécessité établie par lui de distinguer entre langue et métalangue* (metajęzyk, qui a la langue elle-même
pour objet, v. Langue-objet*) et d’adopter un schéma d’interprétation de la vérité d’une proposition dans
ces termes : «P» est vrai si et seulement si p (p étant la proposition exprimée par la proposition «P» - par
exemple : «il neige» est une proposition vraie si et seulement s’il neige. Autrement dit, un énoncé «P» (dans
le métalangage) est vrai si, et seulement si, ce qu’il énonce (sur le plan de la langue-objet) est
factuellement le cas26. Plutôt que de traduire une conception de la vérité-correspondance, il semblerait
toutefois selon certains que l’approche tarskienne présuppose davantage un concept de vérité-
déflationniste dans la mesure où la différence apparaît nulle entre affirmer, d’une part, que p est vrai, et
d’autre part, affirmer que p (la vérité n’ajoutant en effet strictement rien à ce qui est affirmer : énoncer
qu’il est vrai que Socrate réfute Hippias est identique à affirmer que Socrate réfute Hippias). La théorie de
la vérité de Tarski, quoi qu’il en soit, exerça une grande influence sur un certain nombre de partisans du
concept de vérité-correspondance, dont K. R. Popper27.

» Sur la théorie cohérentiste de la vérité, v. Cohérence, 2\*.

è Termes connexes : A posteriori*, Cohérence, 2\*, Concordance*, Définition*, Faux, fausseté*, Jugement, Typ., Jug.
de fait*; Pétition de principe, Ah*; Proposition*, Vérité*.

- Bibliographie

Austin, J. L., «Truth», dans Proceedings of the Aristotelian Society, 1950, 1979 ; Crivelli, P., Aristotle on Truth, Cambridge
Univ. Press, 2004 ; David, M., «The Correspondence Theory of Truth», 1. History of the Correspondence Theory, dans The
Stanford Encycl. of Phil. ; Hanna, P. et Harrison, B., Word and World: Practices and the Foundation of Language,
Cambridge Univ. Press, 2004 ; Kaplan, F., La vérité et ses figures, Paris, Aubier, 1977 ; Kirkham, R. L., Theories of Truth: A
Critical Introduction, MIT Press, Cambridge, 1992 ; Künne, W., Conceptions of Truth, Oxford, Clarendon Press, 2003 ;
Rankine, H. D., «A-létheia in Plato», dans Glotta 41, 1963, 51-54 ; Write, A. R., Truth, Londres et Basingstoke, MacMillan,
1970.
_________________________
1. Il est deux grandes variantes du concept d’adéquation, 1\ selon qu’il y a concordance du jugement* ou de la
proposition* avec son objet (un jugement est vrai si et seulement si le prédicat qu’il rapporte à un sujet correspond à un
prédicat dont le sujet est réellement affecté) et 2\ selon qu’il y a concordance du jugement* ou de la proposition*
avec les faits. La première version est plus ancienne que la seconde, qui ne remonte qu’à D. Hume (Traité de la nature
humaine, 1739-1740, 3.1.1), J. S. Mill (Système de logique déductive et inductive, 1843, 1.5.1), G. E. Moore (Some Main
Problems of Philosophy, 1910-1911) et B. Russell (The Problems of Philosophy, 1912 : «a belief is true when there is a
corresponding fact, and is false when there is no corresponding fact» [p. 129]). Sur cette distinction, v. David, M., «The
Correspondence Theory of Truth», dans The Stanford Encycl. of Phil. et Künne, W., Conceptions of Truth, ch. 3, Oxford,
Clarendon Press, 2003.
2. On consultera à ce sujet Kirkham, R. L., Theories of Truth: A Critical Introduction, sect. 4.6, MIT Press, Cambridge, 1992.
3. Diels, VIII, 34.
4. Diels, III.
5. Selon le témoignage laissé par Platon dans ses dialogues de jeunesse.

12
6. Cette thèse socratique mit Aristote sur la piste de ce qu’est une définition, soit une proposition* qui exprime
l’essence* d’une chose (v. Définition*).
7. À ce propos, v. David, M., «The Correspondence Theory of Truth», 1. History of the Correspondence Theory, dans The
Stanford Encycl. of Phil. Platon expliqua dans Le Sophiste qu’une affirmation n’est vraie que s’il y a adéquation entre la
proposition et l’objet (de nature intelligible chez Platon) sur lequel elle porte.
8. G. Guest, «Adéquation» [philo. géné.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle,
vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 45.
9. À ce sujet, v. les travaux de Crivelli, P., Aristotle on Truth, Cambridge Univ. Press, 2004. Aussi G. Guest, «Adéquation»,
op. cit., p. 45.
10. Voir aussi Somme théologique (Q. 16, art. 1). Notons que T. d’Aquin usa également des termes latins de conformitas
et correspondentia pour qualifier la nature de la vérité. Au sujet de l’âme il écrivit, en s’inspirant d’Aristote, qu’elle est :
«Ens quod natum est convenire cum omni ente» («l’étant dont la nature est de convenir, d’entrer en adéquation avec
tout étant» (trad. de M. Heidegger, 1927).
11. Voir David, M., «The Correspondence Theory of Truth», dans The Stanford Encycl. of Phil.
12. «Idea vera debet cum suo ideato convenire» (I, A6). On consultera Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la
philo., Paris, PUF, 1968, p. 26, l’article et le complément.
13 Voir Éthique, II, Déf. IV et son Explication : «Per ideam adæquatam intelligo ideam quæ quatenus in se sine relatione
ad objectum consideratur».
14. C’est le même point de vue que partagea Spinoza dans son Traité de la réforme de l’entendement (1665-1670,
publié en 1677), dans lequel il écrivit : «Par idée adéquate, j’entends une idée qui, pour autant qu’on la considère en
elle-même et sans relation à un objet, a toutes les propriétés, ou dénominations intrinsèques, de l’idée vraie» (G. Guest,
«Adéquation», op. cit., p. 44).
15. Voir Discours de métaphysique (1686), ch. XXIV. Fontanier, J.-M., op. cit., p. 11. Leibniz fut par ailleurs le partisan
d’une conception de la vérité comme vérité-cohérence (v. Cohérence, Ah* et F. Châtelet, Une histoire de la raison,
Paris, Points Seuil, 1992, p. 158).
16. Sur la typologie leibnizienne des idées, voir Nadeau, R. (dir.), Philosophies de la connaissance, Duchesneau, F., Ch. 6
«Leibniz critique de Locke sur l’entendement humain», Les Presses de l’Univ. Laval, 2009.
17. Voir J. Locke, An Essay Concerning Human Understanding (1689-1690), 4.5.1, et D. Hume, A Treatise of Human
Nature (1738-1740), 3.1.1.
18. Être et temps, §44 «Dasein, ouverture et vérité», «a. Le concept traditionnel de la vérité et ses fondements
ontologiques», trad. d’E. Martineau, p. 161.
19. V. Question I, «III. Le fondement de la possibilisation (Ermöglichung) d’une conformité».
20. La conférence sur l’essence de la vérité (Vom Wesen der Wahrheit) exprime en ce sens un «tournant» dans la
pensée de Heidegger. Le propos qu’il y tint illustrerait un déplacement d’intérêt vers la question de l’être posée en
dehors de toute perspective anthropocentrique, perspective à laquelle Être et temps était encore soumise en faisant
du Dasein l’être-découvrant fondamental et l’espace de rencontre qui précède toute adéquation. Sur le concept de
vérité chez Heidegger, on consultera avec profit l’ouvrage de E. Tugendhat, Der Wahrheitsbegriff bei Husserl und
Heidegger, Berlin, 1967).
21. Ce questionnement fut déployé chez Wittgenstein dans le cadre de sa doctrine de la figure (Bild) et de la logique
de la représentation figurative (Logik der Abbildung) (G. Guest, «Adéquation», op. cit., p. 44).
22. Logik, dans Schriften zur Logik und Sprachphilosophie, Hambourg, F. Meiner, 1978, p. 78. Voir G. Guest,
«Adéquation», op. cit., p. 46.
23. B. Russell, The Problems of Philosophy, 1912
24. À ce sujet, v. Kirkham, R. L., Theories of Truth: A Critical Introduction, sect. 4.2, MIT Press, Cambridge, 1992.
25. A. Tarski, Pojęcie prawdy w językach nauk dedukcyjnych, dans Towarzystwa Naukowego Warszawskiego, Wydzial III
Nauk Matematyczno-Fizycznych 34, 1933 (trad. all. : «Der Wahrheitsbegriff in den formalisierten Sprachen», dans Studia
Philosophica 1, 1935, 1936, pp. 261–405, trad. fr. : «Le concept de vérité dans les langues formalisées», dans Logique,
sémantique et Métamathématiques, 1923-1944, Granger, G.-G. et al. (éd.), Paris, Armand Colin, vol. 1, 1972, pp. 157-
269.
26. M.-H. Perey, «Vérité» [épist. géné.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle,
vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 2717. On appréciera la recension très fouillée des ouvrages consacrés à
la notion de vérité réalisée par l’auteur (pp. 2718-2719).
27. Voir Popper, K., Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance (1930-1933), Paris, Hermann,
1999.

AD ANTIQUITATEM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad antiquitatem*


AD BACULUM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad baculum*
AD CONSEQUENTIAM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad consequentiam*
AD HOMINEM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad hominem*
AD IGNORANTIAM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad ignorantiam*
AD INFINITUM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad infinitum*
AD METUM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad metum*
AD MISERICORDIAM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad misericordiam*
AD NAUSEAM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad nauseam*
AD NOVITATEM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad novitatem*

13
AD PASSIONES (argument) " Argument, Typ., Arg. ad passiones*
AD PERSONAM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad personam*
AD POPULUM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad populum*
AD VERECUNDIAM (argument) " Argument, Typ., Arg. ad verecundiam*
A est A " A = A

AFFIRMATION, AFFIRMATIF
ou proposition affirmative, assertion*, déclaration*

è Étymol. : du latin adfirmatio (d’ad-firmare = rendre ferme), qui traduit les termes de phásis et katáphasis (katáphanai
= affirmer), employé par Aristote (v. Cat., 12b8) (par opposition à àpóphasis = négation*).

1\ Corrélatif sémantique large d’assertion*, proposition*, jugement*, énoncé*.

2\ En logique traditionnelle*, désigne spécifiquement l’un des deux genres de propositions*


(apophantiques*) classées selon la qualité*. Une affirmation ou proposition affirmative est chez Aristote un
énoncé dont le prédicat* est attribué au sujet* de manière positive, c’est-à-dire dans lequel il est dit qu’un
ou plusieurs attributs* sont possédés (effectivement ou virtuellement) par le sujet ou constitutifs du sujet.
S’oppose directement à négation* et proposition négative*.

Prenons à titre d’exemple la proposition Les ours hibernent. Le prédicat* de l’hibernation est rapporté au
sujet* ours de manière à exprimer qu’il est possédé par lui ou lui appartient* (uparkein chez Aristote) - on
dit alors que le sujet est subordonné au prédicat ou que le prédicat est composé du sujet. Cette dernière
expression est un legs de la tradition scolastique* au sein de laquelle fut pensé les rapports du sujet au
prédicat en termes de convenance [compositio] et disconvenance [divisio]). Il est possible de se
représenter également le rapport du sujet au prédicat en extension (à ce propos, v. Proposition,
Interprétation de la prop. en intension et en extension*). Les propositions affirmatives sont symbolisées par
les lettres A* et I* selon qu’elles sont par ailleurs universelles* ou particulières*.

Dans le cas d’une proposition affirmative (de type A ou I), la quantité* du prédicat* est toujours partielle,
c’est-à-dire que le prédicat est pris dans son extension particulière* (supponit particulariter) (par ex :
l’oiseau est ovipare ≡ l’oiseau est quelque ovipare). Dans une proposition négative* (E* ou O*), le prédicat
est plutôt pris dans son extension totale ou universelle (supponit universaliter) (par ex : l’oiseau n’est pas
vivipare ≡ l’oiseau n’est aucun vivipare) (v. Quantité*).

C’est la copule qui permet précisément d’identifier le mode affirmatif ou négatif sur lequel la relation du
sujet au prédicat est posée (v. Copule, Copulation*). Concernant la formulation possible des propositions
affirmatives (et négatives) avec l’emploi du verbe avoir, v. Copule, Ah*.

- Analyse historique

On retrouve chez Aristote les développements sur l’affirmation et la négation au ch. 7 du traité Sur
l’interprétation (v. Órganon*). Son commentateur Boèce (début VIe s.) définit l’affirmation dans ces
termes : c’est un discours «qui conjoint une chose à une autre par une certaine participation ; la négation,
au contraire, disjoint une chose d’une autre par une certaine séparation. Par exemple, tout homme est
un animal : ce discours joint l’animal à l’homme, car l’homme participe d’un genre propre, à savoir le
genre animal» (v. In categ. Arist. 4, dans la Patrologia Latina, 64, c. 271d)1.

è Termes connexes : Carré log.*, Copule, Copulation*, Jugement*, Particulier*, Prédicat*, Proposition, Typ.*, Négation*,
Qualité*, Universel*.
_________________________
1. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 15.

AFFIRMATION DE L’ANTÉCÉDENT " Modus ponens*


A FORTIORI (argument ou argumentation) " Argument, Typ., Arg. a fortiori*

ALÉTHIQUE
logique aléthique ou vérifonctionnelle, apophantique*

14
è Étymol. : formé d’après le terme grec d’alêtheia (= vérité* [v. Vérité, Étymol. et Adéquation, Ah*]).

1\ Nom donné aux modalités* classiques de la logique traditionnelle* (le nécessaire*, l’impossible*, le
possible* et le contingent*).

À ce sujet, v. Modificateur, Les quatre mod. classiques* et Log. modale, Ah*.

2\ Terme utilisé depuis le milieu du XXe s. pour qualifier la logique* dont les propositions* peuvent être
déterminée vraie* ou fausse* et ainsi que la logique ne transgresse pas les limites du vrai et du faux.
L’expression fut forgée en réaction à l’émergence de certaines formes de logiques qui n’admettent pas
l’attribution (quoique cela soit contesté) de valeurs de vérité*, comme c’est le cas entre autres de la
logique déontique* issue des travaux de von Wright1, avec ses modalités de l’obligatoire, de l’interdit, du
permis et du facultatif2.

_________________________
1. Wright, G. H. von, An Essay in Modal Logic, North Holland, Amsterdam, 1951 ; «Deontic Logic», dans Mind, vol. 60, n°
237, JSTOR, 1951, pp. 1-15 ; Norm and Action, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1963 ; V. Truth, knowledge and
modality. Philosophical papers, vol. III, Oxford, Basil Blackwell, 1984.
2. J. L. Gardies, «Aléthique», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 60.

ALGÈBRE BOOLÉENNE " Algèbre de Boole*

ALGÈBRE DE BOOLE
ou algèbre booléenne, calcul booléen, algèbre de Boole-Schröder

è Étymol. : l’expression serait due au logicien H. M. Sheffer (selon E. V. Huntington, 1904).

Type d’algèbre de la logique* (intégrée à la logique classique*) développée par Boole (1847, 1854) et
parachevé par Schröder au moyen des avancées léguées par Ch. S. Peirce (on parle alors
spécifiquement de l’algèbre de Boole-Schröder). L’algèbre de Boole est le premier système contemporain
de logique mathématique*, en tant que méthode de traitement algébrique des relations logiques, et le
premier système formel* opérationnel de réduction des procédures du raisonnement* à un calcul
logique* (c’est-à-dire à une série d’opérations sur des variables*). L’algèbre de Boole est une logique des
classes* bivalente* et sa structure générale fut mise au jour par l’algèbre de Lindenbaum-Tarski.

En calcul propositionnel*, l’algèbre booléenne est une méthode syntaxique* qui permet l’analyse des
propositions composées*. Elle est également utilisée aux fins de la vérification de la validité* des
propositions* ou raisonnements* dans le calcul des prédicats* (v. Validité*).

- Analyse historique

Le projet d’algébrisation intégrale de la logique entrepris par le mathématicien et logicien britannique G.


Boole1 (tel que parachevé en Allemagne par E. Schröder) fut motivé à l’origine par l’objectif d’élargir le
registre de la logique traditionnelle* en dehors des frontières de la syllogistique*2 aristotélicienne. Le
système repose sur un isomorphisme étroit présumé entre les lois de la syntaxe* algébrique et celles de la
syntaxe logique. Il comprend en effet trois catégories de symboles directement empruntés aux
mathématiques, à savoir :

1) des variables ou symboles littéraux (x, y, z, …), utilisés pour représenter des concepts* interprétés en
extension*, donc comme des classes* (l’algèbre de Boole pouvant ainsi recevoir une interprétation dans
le langage* de la logique des classes*),

2) des signes d’opération ou signes opératoires (+, x, -, …), repris directement du calcul algébrique et qui
désignent les opérations de l’esprit (v. Psychologisme*) effectuées sur ces classes : l’addition et la
multiplication sont les deux formes élémentaires, correspondant respectivement à la somme logique* (x +
y, ou la réunion de deux classes, équivalent du connecteur* propositionnel de la disjonction*) et au
produit logique* (xy, ou l’intersection de deux classes),

15
3) le signe de l’égalité ou de l’identité (=), symbolisant la copule* et dont l’utilisation indique que les deux
classes en présence possèdent la même extension ou qu’elles sont mutuellement inclusives (notion
mathématique d’égalité qui fait de l’algèbre de Boole une logique extensionnelle*).

Cette formalisation permet la traduction algébrique complète de toutes les propositions logiques sous
forme d’équations, à l’instar de ce qu’est l’algèbre dans l’ordre des mathématiques, et plus précisément
la réduction des procédures du raisonnement* à un calcul logique* (v. l’article). Elle permet en outre 1\
de transformer des propositions* en d’autres propositions équivalentes* (xy = yx ; x + y = y + x ; z (x + y) = zx
+ zy ; z(x – y) = zx - zy ; (x = y + z) = (x – z = y)3, tout comme encore une fois le permet l’algèbre dans le
domaine des quantités numériques, et 2\ de vérifier si des propositions sont toujours vraies (soit des
tautologies*) ou toujours fausses (des contradictions*).

L’analogie entre les calculs de type logique et algébrique autorise un certain nombre d’opérations,
notamment l’application des lois* de commutativité* et de distributivité* aux variables* logiques. Celle-ci
rencontre cependant certaines limites, et plusieurs logiciens contemporains de Boole le remarquèrent,
comme le logicien et économiste anglais W. S. Jevons (Pure logic, 1864) (v. Calcul log., Ah*). Pour
marquer la différence entre l’algèbre et les lois de la logique (assimilées chez lui à des lois de la pensée,
comme chez son prédécesseur), la loi d’idempotence* ( p ≡ (p ν p) ; p ≡ (p л p)) par exemple annule
l’effet de l’élévation aux puissances de variables logiques : en algèbre de la logique, l’élévation aux
puissances d’une classe* d’objets ne peut donner autre chose que cette même classe d’objets (la classe
des objets bleus multipliée par la classe des objets bleus ne peut jamais donner autre chose que la classe
des objets bleus ; ainsi : xn = x), ce qui n’est pas le cas en général pour l’algèbre mathématique. Il existe
cependant deux cas particuliers où cette loi* logique prévaut aussi pour l’algèbre numérique, à savoir
lorsque la valeur élevée aux puissances est égale à 0 ou à 1 (en effet : 0n = 0, 1n = 1)4. Pour réduire au
maximum l’écart entre les deux syntaxes5, Boole assimila l’algèbre de la logique à une algèbre spéciale
(dite bivalente, v. Bivalence*), fondée sur les seules valeurs de 1 et de 0 (B = {1, 0}) (v. Domaine booléen*).
Le logicien utilisa les valeurs de 0 et de 1 pour désigner 1\ les propositions toujours vraies et toujours
fausses (ex. : le principe de non-contradiction*, qui s’exprime : p v ¬p ó1, et sa contradictoire : p л ¬p ó
0) (v. Tautologie*) et 2\ pour désigner respectivement la classe vide (ou nulle) et la classe universelle (la
totalité des objets d’une classe). Cette innovation permit de reformuler sous forme algébrique tous les
types classiques de propositions (ex. : quelque x est y se traduit par xy ≠ 0 ; quelque x n’est pas y se traduit
par x (1 – y) ≠ 0 [où «1 - y» symbolise la classe universelle, exception faite des y]6, ainsi que les divers
syllogismes.

L’algèbre de Boole peut être interprétée également dans les termes de la logique propositionnelle* (v.
l’article, Ah*).

» Sur la critique de l’algèbre de Boole (et de l’algèbre de la logique* en général), ainsi que de sa place
dans l’histoire de la logique moderne*, v. Calcul log., Ah*7.

è Termes connexes : Algèbre de la log.*, Bivalence*, Calcul log., Ah*, Calcul des prédicats*, Calcul prop., Ah*, Cal.
ratiocinator*, Classe*, Commutativité*, Connecteur*, Contradiction*, Copule, Copulation*, Diagramme logique, diagr.
de Venn*, Distributivité*, Équivalence*, Extension*, Logique, Ah*, Log. des classes*, Log. math.*, Log. propositionnelle*,
Loi de De Morgan*, Méthode syntaxique*, Opérateur logique*, Proposition*, Proposition composée*, Raisonnement*,
Tautologie*, Valeur de vérité*, Variables propositionnelles*.

- Bibliographie

Halmos, P. R., Algebraic Logic, New York, Chelsea Publ. Co., 1962, Lectures on Boolean Algebras, Londres, Van
Nostrand, 1963 ; Ponasse, D. et Carrega, J. C., Algèbre et topologie booléenne, Paris, Masson, 1979.
_________________________
1. Dans The Mathematical Analysis of Logic, being an essay towards a calculus of deductive reasoning (1847) et surtout
An investigation of the Laws of Thought, on Which are Founded the Mathematical Theories of Logic and Probabilities
(1854).
2. Voir Boole, G., Laws of thought, op. cit., ch. XV.
3. Exemples de traductions logiques de lois algébriques : blanc bonnet = bonnet blanc (xy = yx), blanc et bonnet =
bonnet et blanc (x + y = y + x), les chapeaux (blancs et bonnets) = les chapeaux blancs et les chapeaux
bonnets (z (x + y) = zx + zy), les chapeaux (les blancs, mais pas les bonnets) = les chapeaux blancs, mais
pas les chapeaux bonnets (z(x – y) = zx - zy) ; les choses blanches sont les bonnets et les chapeaux = les
choses blanches, excepté les chapeaux, sont des bonnets ((x = y + z) = (x – z = y)).
4. Voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 273-274.
5. Voir Boole, G., An investigation of the laws of thought on which are founded the mathematical theories of logic and

16
probabilities (ouvrage communément appelé The Laws of Thought, 1854), Chicago, Open Court Publ. Cie, 1940, pp.
37-38.
6. Boole préféra user de l’expression v plutôt que le symbole mathématique de l’inéquation. Ainsi : xy = v ; x (1 – y) = v.
La lettre v symbolise ici une valeur intermédiaire entre 1 et 0, exprimant la particularité* (xy = v signifiant que
l’intersection de la classe des x et celle des y est non nulle, c’est-à-dire particulière, sans exclure la possibilité qu’elle soit
universelle : l’utilisation de la particularité au sens d’une indétermination* d’extension qui inclut la possibilité de
l’universalité, remonte à Aristote et à Théophraste (v. Particulier, Ah*).
7. Et sur le détail technique de l’algèbre de Boole, voir notamment : Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à
Russell, Paris, Armand Colin, 1970, ch. X «Le réveil de la logique», pp. 269-278 ; Glaude, D., et Permingeat, N., Algèbre
de Boole, Théorie, méthodes de calcul, application, Dunod, 1997 ; Jørgensen, J., A Treatise of formal logic, vol. 1,
«Historical development», Copenhague, Levin & Munksgaard, et Londres, Humphrey Milford, 1931 ; Lepage, F.,
Éléments de logique contemporaine, Les Presses de l’Univ. de Montréal, 1991, pp. 60-63 ; Liard, L., Les logiciens Anglais
contemporains, Paris, 1878 ; 5e éd. Alcan, 1907 ; Quine, W. V. O., Méthodes de logique, trad. fr. Clavelin, Paris, Armand
Colin, 1972 (éd. originale 1950).

ALGÈBRE DE LA LOGIQUE
algébrisation de la logique

è Étymol. : de l’anglais Logical Algebra (G. Boole) et Algebra of Logic (E. V. Huntington, 1904) et de l’allemand
Algebra der Logik (E. Schröder), première occurrence française chez L. Couturat dans son ouvrage L’Algèbre de la
logique (1905). Le terme d’algèbre fut forgé à la fin du XIVe s. à partir du latin algebra, lui-même issu de l’arabe al-jabr
(= restauration [sous-entendu : restauration d’une égalité], titre d’un ouvrage d’Al-Khwarismi datant du IXe s.).
L’algèbre devint explicitement à partir du mathématicien français F. Viète la discipline ayant pour objet d’études les
expressions symboliques formelles (logistica speciosa), par opposition à l’étude des nombres (logistica numerosa)1.

Approche de la logique moderne* (et précisément l’une des formes de la logique mathématique*)
fondée sur la symétrie présumée entre la syntaxe* de la logique et celle de l’algèbre dans son sens large
- elle a pour finalité de réduire les procédures du raisonnement* à un calcul logique* indépendant de tout
recours aux formules du langage* naturel.

L’algèbre de la logique se distingue de l’algèbre de Boole* dans la mesure où elle conçoit l’algèbre en
un sens non spécifiquement numérique et au sens où elle se refuse donc à imposer à la logique un simple
traitement d’ordre mathématique (v. Logique mathématique, 2\*). Les logiciens G. Boole (1847, 1854) en
Angleterre et E. Schröder (1877) en Allemagne ne distinguèrent point entre l’algèbre dans son acception
mathématique traditionnelle et l’algèbre proprement logique, celle que développèrent notamment H.
MacColl, W. S. Jevons, Ch. S. Peirce, A. N. Whitehead et surtout F. L. G. Frege et B. A. W. Russell, et sur
laquelle repose précisément l’approche proprement contemporaine de la logique (v. Log. classique*).
Cette distinction entre les deux perspectives algébriques correspond aux deux grands sémantismes de la
logique mathématique* (à ce propos, on consultera l’article, ainsi que Algèbre de Boole* et Calcul log.,
Ah*).

L’algèbre de la logique fut axiomatisée* par l’Américain E. V. Huntington («A Set of Independent
Postulates for the Algebra of Logic», 1904, 1933).

» Sur la critique de l’algèbre de la logique, v. Calcul log., Ah*6.

è Termes connexes : Algèbre de Boole*, Calcul log., Ah*, Log. math.*.

- Bibliographie

Halmos, P. R., Algebraic Logic, New York, Chelsea Publ. Co., 1962.
_________________________
1. J.-P. Tignol, «Aléthique», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol.,
éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 60.

ALGÉBRISATION DE LA LOGIQUE " Algèbre de la logique*

AMBIGUÏTÉ, AMBIGUË

è Étymol. : tiré (1270) du latin ambiguitas (= équivoque*, qui a de multiple sens).

17
Terme désignant le caractère d’un mot*, concept*, définition*, proposition*, jugement* ou discours* dont
la signification* n’est pas claire et distincte, et donc susceptible de créer de la confusion. Synonyme
d’équivoque, 1\*.

L’emploi d’un concept polysémique* ou équivoque* est plus susceptible d’engendrer de l’ambiguïté
lorsque l’acception* dans laquelle il est utilisé n’est pas précisée. L’ambiguïté est une forme de
paralogisme* informel ou encore de sophisme* lorsqu’il est utilisé à des fins fallacieuses.

La logique moderne* est née d’un effort de désambiguïsation du langage* naturel (à ce propos, v.
Calcul log., Ah* [en particulier F. L. G. Frege] et Log. moderne*).

On peut considérer les paradoxes sémantiques* comme des ambiguïtés (v. Adéquation, Ah*, sect. sur
Tarski, Théorème de Tarski* et Métalangage*).

è Termes connexes : Calcul log., Ah*, Équivoque*, Log. moderne*, Paralogisme*, Plurivoque*, Polysémie*, Sophisme*,
Univoque*.

AMPLIATION " Raisonnement*


ANALOGIE, ANALOGISME (raisonnement par) " Raisonnement, Typ. 2, Rais. par analogie*

ANALYSANDUM (pl. analysanda)

Terme d’épistémologie désignant l’objet ou le système complexe sur lequel porte une analyse*. Terme
complémentaire à celui d’analysans*.

è Termes connexes : Analysans*, Analyse*.

ANALYSANS

Terme d’épistémologie désignant l’ensemble des propositions* ou le discours* dans lesquels est exprimée
une analyse* dans des termes non tautologiques* (ou non circulaires). Terme complémentaire à celui
d’analysandum*.

è Termes connexes : Analysandum*, Analyse*.

ANALYSE
ou résolution, régression

è Étymol. : terme qui traduit le grec analusis (= décomposition, dissolution, déliaison) et analuein (= délier).

Le concept d’analyse est utilisé dans plusieurs disciplines (en mathématiques, domaine duquel il provient,
musique, linguistique, chimie, littérature,…) et recouvre par conséquent un large spectre de significations
spécialisées.

1\ Au sens scientifique et classique du terme, désigne un type de recherche dont l’office est d’identifier,
par un mouvement régressif, les causes* d’un phénomène, d’une réalité1, dans l’objectif de donner une
explication*. Synonyme large d’analyse causale.

Cette définition du concept d’analyse correspond davantage à sa signification d’origine grecque


ancienne (v. Ah*, infra). L’analyse, ainsi vue comme régression (allant des effets à la cause), prévaut
autant dans le domaine des sciences physiques (par exemple l’analyse du phénomène de l’évaporation
ou de l’effet photoélectrique) que dans le domaine de la psychologie (la psychologie réflexive, qui
cherche à remonter des effets aux causes de phénomènes psychiques. Par exemple, en psychanalyse -
littéralement analyse du psychique -, celle-ci permet d’identifier les motivations (causes) inconscientes en
amont des comportements pathologiques).

Lorsqu’une analyse fait partie d’une stratégie visant à démontrer une proposition* ou une thèse*, on parle

18
alors d’une démonstration quia* et ascendante* (v. Démonstration, Typ.*).

2\ En logique traditionnelle*, l’analyse se rapporte au schéma du raisonnement* dans lequel l’inférence*


se fait de la conséquence* aux principes*, par opposition à la synthèse*, qui suit le chemin inverse.

À ce sujet, v. Démonstration, Typ., Démonstration quia*.

3\ Terme d’épistémologie (d’origine mathématique grecque) qui désigne une activité cognitive ou une
méthode consistant à décomposer un tout (qui forme un système complexe), de manière à mettre en
évidence ses parties élémentaires et les liens que ces constituants entretiennent entre eux. Synonyme de
résolution.

L’analyse est une opération intellectuelle qui va du complexe au simple (s’oppose en ce sens à
synthèse*). Son objectif est de parvenir à la connaissance parfaite de la chose qui en fait l’objet
(l’analysadum*).

***

L’analyse isole dans un système complexe donné les éléments fondamentaux dont ce système est
constitué, de façon à mieux comprendre et évaluer ce système et la façon dont les différentes parties le
soutiennent ou le justifient. La substitution des simples aux composés peut porter sur différents éléments, à
savoir le concept*, la proposition*, le jugement*, l’argumentaire*, la thèse* et le discours*.
Sommairement :

- l’analyse conceptuelle (ou philosophique) consiste à décomposer l’intension* d’un concept*, de


manière à mettre en évidence son contenu* (ses attributs* essentiels*) et de dispenser sa signification*. En
ce sens, la définition* est une analyse conceptuelle (v. Concept*, Définition*, Essence*, Intension* et
Jugement, Typ., Jug. analytique*). L’analyse peut porter spécifiquement sur l’étymologie du mot (on parle
alors d’analyse étymologique) ;

- l’analyse propositionnelle désigne la décomposition du contenu d’une proposition* en ses composantes


logiques premières (sujet*, copule*, prédicat*, v. Proposition*). En logique moderne*, l’analyse
propositionnelle correspond spécifiquement au traitement de la logique dans le champ de la logique
propositionnelle* (ex. : le calcul des prédicats*, où la proposition est décomposée en fonction et
argument, v. Calcul des prédicats*) ;

- l’analyse argumentative vise à mettre en évidence la structure d’un argument* et du raisonnement*


dont il fait partie, de façon à mieux pouvoir juger de sa valeur quant à la vérité* de son contenu et quant
à sa validité* formelle (v. Argumentation, Structure et analyse argumentative*) ;

- l’analyse d’une thèse consiste à mettre en évidence les arguments particuliers qui la justifient, afin de
mieux pouvoir juger de sa légitimité globale (v. Thèse*) ;

- L’analyse du discours, enfin, a pour visée de mettre au jour la structure logique et les différentes thèses
particulières dont celui-ci est constitué, de manière à pouvoir déterminer sa cohérence et sa valeur
globale (v. Discours*).

- Analyse historique

À l’époque de la Grèce antique, le concept d’analyse ne correspondait pas avec le sens 2\ précité
comme décomposition en parties (en dépit du fait que son étymologie le suggère). L’analyse désignait
essentiellement le travail philosophique visant à saisir les principes* premiers des choses. Il s’agissait alors
moins d’une décomposition que d’une régression rationnelle2. Bien que le terme grec d’analyse
(analuein) n’apparaisse pas chez Platon, il est clair que la recherche des définitions* universelles chez
Socrate, telle que présentée à tout le moins dans les dialogues socratiques, correspondait déjà à une
forme d’analyse de type régressif où, à partir d’exemples particuliers, il s’agit de remonter à la définition
universelle. Cependant, si l’analyse semble être au cœur de l’exercice philosophique depuis ses origines, il
est coutume de faire remonter sa tradition spécifiquement à Aristote, en particulier à ses écrits de logique
(v. Órganon*).

L’analyse reçut sa signification moderne seulement chez R. Descartes, pour qui l’analyse, deuxième règle

19
de la méthode, consiste à diviser les problèmes en «parcelles», de façon à pouvoir «les mieux résoudre»,
avant de recomposer ultérieurement la chaîne complexe des certitudes. C’est dans le sens de la
décomposition que l’analyse fut reprise essentiellement dans la suite des Temps modernes, en recevant
cependant certaines variations sémantiques* selon les auteurs et les systèmes philosophiques développés3
(notamment chez G. W. Leibniz, É. B. de Condillac, E. Kant4, J. G. Fichte, S. Freud, M. Heidegger, …). Sur le
plan de la logique, la méthode de résolution leibnizienne par exemple trouve sa plus brillante expression
dans le projet d’une lingua characteristica universalis* conçue comme un Alphabet ou une Algèbre
universelle des pensées humaines (v. l’article)5.

La tradition de l’analyse culmina au XXe s. avec la philosophie analytique. Celle-ci, qui est d’origine
continentale (F. L. G. Frege, F. Brentano, E. G. A. Husserl, L. J. J. Wittgenstein, A. Tarski, …)6, mais qui prit son
envol dans l’univers anglo-américain dès le début du XXe s., tint la philosophie du langage* (ou de
l’analyse logico-linguistique) pour le seul moteur de l’activité philosophique in extenso. Les analyticiens
présupposent en général que tous les problèmes de la philosophie se réduisent à certaines prises de
position (implicites ou non) concernant les liens qu’entretient le langage* avec la pensée (ou la logique
spécifiquement) d’une part, et d’autre part, avec la réalité (le monde hors du langage), prises de position
qu’il s’agit précisément de mettre au clair par l’analyse et de résoudre par ce moyen certains problèmes
philosophiques. Après les répréhensions révolutionnaires du second Wittgenstein7 et celles adressées à la
distinction classique analytique*/synthétique* par W. V. O. Quine (1963)8, entre autres, d’aucuns affirment
que la philosophie est désormais passée à une nouvelle étape post-analytique9,10.

è Termes connexes : Analysandum*, Analysans*, Analytique*, A priori*, Argument*, Cohérence*, Concept*,


Démonstration, Typ., Dém. ascendante*, Discours*, Jugement, Typ., Jug. anal.*; Proposition*, Synthèse*, Thèse*.

- Bibliographie

Bochner, S., «The emergence of analysis in the Renaissance and after», dans Rice Univ. Studies 64, nos 2-3, p. 11-56, 1978
; Cizek, F., «The analytical method and reduction», dans Teorie Rozvoje Vedy, Prague, 1983.
_________________________
1. V. la definition du terme d’analyse que formula É. B. de Condilac dans son Dictionnaire des Synonymes, III.
2. Voir Beaney, M., «Analysis», 1.1 Characterizations of Analysis et 2. Ancient Conceptions of Analysis and the
Emergence of the Regressive Conception, dans The Stanford Encycl. of Phil.
3. Beaney, M., Op cit., Intro.
4. V. Analytique*.
5. De Gaudemar, M., Le Vocabulaire de Leibniz, Paris, Ellipses, 2001, pp. 11 et 16.
6. Voir à ce sujet Dummett, M. A. E., Les origines de la philosophie analytique, Gallimard, 1991.
7. Chez qui la vie du langage* est irréductible à une logique grammaticale.
8. «Two Dogmas of Empiricism», dans From a Logical Point of View, Harper and Row, New York, 1951, pp. 20-46, traduit
dans P. Jacob. (dir.), De Vienne à Cambridge, Paris, NRF, Gallimard, 1980, pp. 87-112.
9. Beaney, M., op. cit. V. aussi Bosredon, B., «Analyse (- logico-linguistique)», dans Les notions philosophiques.
Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 88.
10. Au sujet des différents problèmes philosophiques contemporains touchant au concept d’analyse, voir DePaul, M. et
Ramsey, W. (dir.), Rethinking Intuition: The Psychology of Intuition and Its Role in Philosophical Inquiry, Rowman &
Littlefield Publishers, Lanham, Maryland, 1998 (avec les contributions de George Bealer, Robert Cummings, Michael
DePaul, Richard Foley, Alvin Goldman , Alison Gopnik, George Graham, Gary Gutting, Tery Horgan, Tamara Horowitz,
Hilary Kornblith, Joel Pust, E Rosch, Eldar Shafir, Stephen Stitch, Ernest Sosa et Edward Wisniewkski). V. aussi Foley, R.,
«Analysis», dans The Cambridge Dictionary of Philosophy, 2e éd., Cambridge Univ. Press, New York, 1999.

ANALYSE ARGUMENTATIVE " Analyse, 2\*


ANALYSE CAUSALE " Analyse, 1\*
ANALYSE CONCEPTUELLE " Analyse, 2\*
ANALYSE DU DISCOURS " Analyse, 2\*
ANALYSE D’UNE THÈSE " Analyse, 2\*
ANALYSE LOGICO-LINGUISTIQUE " Analyse, Ah*
ANALYSE PHILOSOPHIQUE " Analyse, 2\*
ANALYSE PROPOSITIONNELLE " Analyse, 2\*

ANALYTIQUE, ANALYCITÉ ou ANALYTICITÉ

è Étymol. : terme qui traduit le grec analutikos (= qui peut être résolu), dérivé d’analusis (= décomposition, dissolution,
déliaison).

20
» Sur la philosophie analytique et l’analyse logico-linguistique, v. Analyse, Ah*.

1\ Chez Aristote, synonyme de la logique*, par opposition à la dialectique (1\*).

Le terme d’analytique désigna chez Aristote ce qui correspond à la logique* en son acception classique.
Ses ouvrages consacrés à la théorie du syllogisme* et du syllogisme démonstratif* - qui forment le cœur de
la «logique» aristotélicienne - furent titrés respectivement par ses successeurs et éditeurs Premiers et
Seconds analytiques (v. Órganon*) (peut-être par Andronicos de Rhodes, v. Logique, Histoire des termes
de log. et de dial.*). La première occurrence historique du terme d’analytique, que l’on doit à Euclide
d’Alexandrie (v. 300 av. J.-C.), se rapporte au raisonnement* : l’analytique «consiste, selon lui, à prendre
ce qui est recherché comme accordé, et, en passant par les relations de consécution, à arriver à
quelque chose dont la vérité est accordée1»).

2\ En son sémantisme transcendantal kantien, désigne l’analyse* (entendue comme décomposition, v.


Analyse, 2\*) des concepts a priori* de l’entendement. Dans un sens plus spécifiquement logique, que
partagea aussi Kant, l’expression sert à désigner le genre de proposition* (ou jugement*) dont la valeur
de vérité* est garantie a priori*, soit par la seule signification* des termes* ou concepts* qu’elle contient2
(synonyme de proposition identique, s’oppose à proposition synthétique*). Cette intelligence de la notion
d’analytique remonte à la doctrine leibnizienne et scolastique* dite de l’inhérence (v. Prædicatum inest
subjecto*).

Par exemple, la proposition Tous les unijambistes n’ont qu’une seule jambe est une proposition
analytiquement vraie (le prédicat est contenu dans le concept du sujet), tandis que la proposition Tous les
pentagones sont des polygones à huit côtés est analytiquement fausse (le prédicat n’est pas contenu
dans le concept du sujet).

» Sur le jugement analytique et synthétique, v. Jugement, Typ., Jug. anal., Ah*. V. aussi A priori* et A
posteriori*.

- Analyse historique

Durant la deuxième moitié du XXe s., la notion d’analycité et la distinction analytique/synthétique


drainèrent d’ardentes polémiques. Celles-ci trouvent leur origine dans le célèbre article produit par
l’Américain W. V. O. Quine intitulé Deux dogmes de l’empirisme (Two Dogmas of Empiricism, 1951, 1961),
dans lequel le logicien dénia l’existence d’une définition non-circulaire du concept de vérité analytique
et rejeta la distinction classique entre analytique et synthétique3. H. P. Grice et P. F. Strawson réagirent
directement à l’article de Quine (In Defense of a Dogma4, 1956) en dénonçant notamment l’attitude
sceptique de son auteur vis-à-vis du phénomène de la signification*, laquelle aurait entachée toute son
analyse et remontrances. H. W. Putnam réagit également («Two Dogmas revisited»5 1976, 1983) en faisant
valoir que le texte de Quine confond les notions d’analycité et d’a priori*6. Le positiviste logique R.
Carnap, contre qui l’article de Quine était implicitement dirigé (puisqu’il s’attaquait à deux dogmes
ordinateurs de la doctrine à laquelle Carnap adhérait), rédigea une réplique à l’article de Quine à la
défense de l’analycité – article que Quine ne connut point, le texte de Carnap n’ayant été publié
seulement qu’en 19907)8.
________________________
1. Gourinat, J.-B., «Analytique», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du
CNRS, 2013 (2006), p. 31.
2. Ce type de jugement n’accroît en rien notre connaissance, son analyse ne faisant qu’expliciter le prédicat toujours
déjà inclus dans l’intension* du sujet.
3. Cette critique de Quine s’inscrit dans le projet visant à rayer la démarcation néo-positiviste entre les sciences
naturelles et la métaphysique. À ce propos, on consultera l’article de J. Nadal, «Empirisme» [philo. géné.], dans Les
notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p.
779.
4. Dans The Philosophical Review 65, No 2 (Avril 1956), pp. 141-158
5. Dans Realism and Reason, Philosophical Papers, vol. 3, Cambridge Univ. Press, 1983, pp. 87-97.
6. Quine, W. V. O., et Carnap, R. Dear Carnap, Dear Van: The Quine-Carnap Correspondence and Related Work.
Berkeley, CA: University of California Press. 1990.
7. Putnam, H., «Two dogmas revisited», dans G. Ryle, Contemporary Aspects of Philosophy, Stocksfield, Oriel Press, 1976,
202–213.
8. Sur la distinction analytique/synthétique, on consultera : Linksy, L. «Analytical/Synthetic and Semantic Theory», dans
Synthese, vol. 21, no 3/4, Semantics of Natural Language, I, oct. 1970, pp. 439-448 ; Katz, J. J., Where Things Stand Now
with the Analytical/Synthetic Distinction, dans Synthese, vol. 28, no 3/4, On Logical Semantics, nov. 1974, pp. 283-319.

21
ANALYCITÉ SÉMANTIQUE " Jugement, Typ., Jug. analytique*
ANALYCITÉ SYNTAXIQUE " Jugement, Typ., Jug. analytique*

ANAPODICTIQUE
ou indémontrable*

è Étymol. : terme formé à partir du grec apódeikticos (= indémontrable*) (v. Apodictique*).

Terme d’origine aristotélicienne, équivalent du terme d’apodictique* (v. l’article), à la réserve près que la
vérité de la proposition* ou du jugement* est au-delà de toute démonstration* (tels les axiomes* et
principes premiers*).

Chez Aristote, une proposition anapodictique sert de prémisse* dans un raisonnement démonstratif* (dont
le résultat est apodictique* - il n’y a donc pas pour lui de syllogisme anapodictique1). Aristote considéra
les principes d’identité*, de non-contradiction* et du tiers exclu* comme des principes anapodictiques ou
indémontrables* (ceux-ci ne figurent pas comme des propositions primitives dans la logique
propositionnelle* de B. A. W. Russell - à ce sujet, v. Calcul prop., Ah*).

Les cinq tropes* (ou schémas abstraits) du syllogisme stoïcien furent également considérés comme
indémontrables (v. Syllogisme, Typ., Syl. conditionnel, Ah*).

è Termes connexes : Anhypothétique*; Apodictique*, Axiome*, Principe d’identité*, Contradiction, Contradictoire,


Principe de non-contr.*, Tiers exclu*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. dém.*, Syllogisme, Typ., Syl. cond., Ah*.
_________________________
1. Gourinat, J.-B., «Analytique», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du
CNRS, 2013 (2006), p. 33.

ANHYPOTHÉTIQUE
ou principe anhypothétique, inconditionné

è Étymol. : formé du grec a (= non-) et upothêtos (= hypothèse*), donc littéralement : ce qui ne donne pas lieu à une
hypothèse1, ce qui n’est pas hypothétique2. Principe anhypothétique est une traduction de l’expression archè
anupóthetos.

Ce terme signifie en matière de métaphysique la qualité* d’un principe* par rapport auquel il n’y a rien
d’antérieur et qui ne présuppose donc aucune condition ou hypothèse* tant pour son essence* que pour
son existence. Équivalent des termes de logique d’anapodictique*, inconditionné, absolu.

L’expression d’anypothétique se rattache spécifiquement chez Platon au caractère ontologique de


l’Idée du Bien (ho agathós) dans La République et que permettrait d’atteindre la forme ascendante de la
dialectique*3. Elle est l’équivalent sémantique* du concept de principe premier*, au sens où il est posé
sans que rien n’ait besoin d’être posé antérieurement ou en amont, et qui bénéficie par lui-même d’un
degré de certitude absolue. Aristote qualifia d’anhypothétique le principe le plus fondamental et ferme
d’entre tous, celui de non-contradiction* (en Mét., 3, 1005b14). Le terme acquit chez lui une acception
proprement logique dans la mesure où le principe de non-contradiction ne suppose rien qui lui soit
«analytiquement» antérieur.

è Termes connexes : Anapodictique*, Apodictique*, Axiome*, Postulat*, Principe*.


_________________________
1. Hansen-Løve, L. (dir.), La philosophie de A à Z, Paris, Hatier, 2011, p. 26.
2. G. Guest, «Anhypothétique», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 97.
3. Voir Solère, J. L., «Anhypothétique», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd.
du CNRS, 2013 (2006), pp. 35-36.

ANTÉCÉDENT
ou condition*, implicante*, terme impliquant, implicans

22
è Étymol. : mot emprunté du latin antecedens (= ce qui vient avant, ce qui précède, qui est antérieur à autre chose),
équivalent du grec proteros = antérieur).

1\ Lato sensu, désigne toute réalité (normalement de type physique, donc des éléments ou événements)
chronologiquement antérieure à une autre, qu’il en soit la cause ou non. En épistémologie (D. Hume, J. S.
Mill), il fut parfois identifié au concept de cause* (v. l’article).

Lorsqu’un antécédent (simplement chronologique) est présenté fallacieusement comme une cause sans
qu’elle en soit réellement une, il s’agit alors d’un sophisme (v. Sophisme, Typ., Soph. de la fausse
causalité*).

2\ Dans son acception logique*, l’antécédent (ou implicans), première partie d’un raisonnement*
(déductif*, inductif* ou analogique*) dont est tiré le conséquent* (ou implicatum) - il correspond donc aux
prémisses*, qui précèdent logiquement le conséquent.

V. Raisonnement*.

3\ En logique propositionnelle*, désigne le premier membre ou terme* (p) d’une proposition


conditionnelle* (ou hypothétique*), à savoir la condition, le deuxième terme étant le conséquent* (q) (si
p, alors q ; si p, q ; p si q ; p è q). La préséance de l’antécédent sur le conséquent va uniquement dans un
sens (de p vers q).

Par exemple, dans la proposition conditionnelle suivante S’il fait soleil, alors je porte mon chapeau,
l’antécédent correspond à Il fait soleil et le conséquent à je porte mon chapeau.

Pour tous les détails, v. Proposition composée, Typ., Prop. cond.* et Implication matérielle, Ah* et
Connecteur, Implication mat.*. V. aussi Syllogisme, Typ., Syl. cond.*.

Dans le cadre de la logique des relations* contemporaine (dont le canon fut donné par B. A. W. Russell
dans ses Principia Mathematica, 1910-1913), l’antécédent est appelé referent* et le conséquent relatum*
(Ch. S. Peirce parla pour sa part de relat et corrélat).

è Termes connexes : Conclusion*, Connecteur, Implication mat.*, Conséquence*, Conséquent*, Contrafactualité*, Log.
propositionnelle*, Proposition composée, Typ., Prop. cond.*, Raisonnement, Typ. 1*, Referent*, Syllogisme, Typ., Syl.
cond.*.

ANTÉPRÉDICATIF
ou pré-théorique, vécu originaire, circon-spection préoccupée (Heidegger)

Caractère de tout vécu, perception ou expérience d’une réalité qui précède la formulation d’une
proposition* ou d’un jugement* à son sujet.

Dans son traité Sur l’interprétation (9, 18b, 37), Aristote supposa qu’avant toute attribution* ou négation*
d’un prédicat* à un sujet* dans une proposition*, l’âme entre en contact antéprédicatif avec les objets
intramondains. Ainsi, avant de rapporter le prédicat de la blancheur au sujet neige (en énonçant : la neige
(s) est blanche (p)), il est une constatation empirique et un savoir préalable de cet état de fait.

Aristote n’usa cependant pas du terme, qui ne fut introduit en philosophie que beaucoup plus tard par E.
G. A. Husserl (Erfahrung und Urteil - Expérience et jugement, 1939) pour qualifier l’expérience évidente d’un
objet singulier (donné dans le monde de la vie) antérieurement à la formulation (idéalisée) de tout
jugement prédicatif1. M. Heidegger délivra dans Être et temps (1927) une analyse devenue célèbre de la
structure d’anticipation (Vor-Struktur) du Dasein lors de laquelle il qualifia l’«énoncé» ou la proposition
attributive* (Aussage, équivalent du lógos àpophantikós d’Aristote) de mode dérivé ou second2 de la
compréhension ou de l’interprétation. Cela signifie que l’attribution d’un prédicat à un sujet n’est pas un
moment premier de la compréhension, mais succède toujours à un vécu originaire antéprédicatif.
L’énoncé n’a pour fonction que de rendre manifeste ou explicite ce qui est toujours déjà donné dans le
vécu. Heidegger donna l’exemple de la proposition le marteau est lourd. Avant de consigner cet état de
choses à l’intérieur d’une structure prédicative, le vécu de la lourdeur du marteau - qui s’exprimait déjà,

23
par exemple, dans le fait, pour un artisan, de mettre le marteau de côté après plusieurs heures de travail –
avait déjà valeur d’explicitation de la compréhension. Affirmer sur le plan logique que le marteau est lourd
n’est donc en ce sens qu’un mode dérivé de l’explicitation. Voilà ce qu’est pour Heidegger l’état
originaire et pré-théorique dans lequel est ancré le Dasein avant toute appréhension logico-linguistique de
la réalité (état du Dasein qu’il appela circon-spection préoccupée3). Ainsi, il est faux de dire selon
Heidegger que le sens est un phénomène lié à l’énoncé prédicatif, comme s’il était second au regard de
l’énoncé. C’est plutôt le sens qui est premier et l’énoncé second, c’est l’énoncé qui est lié au sens.
L’énonciation*, dans la terminologie de Heidegger, entraîne une forme de mutation ontologique de
l’étant-disponible (Zuhanden) du vécu circon-spect en étant dérivativement subsistant (Vorhanden)4, doté
de prédicats. À ce sujet, on complétera en se reportant à Adéquation, Ah*.
_________________________
1. L. Foisneau, «Antéprédicatif», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 104.
2. v, § 33 «L'énoncé comme mode second de l'explicitation - Die Aussage als abkünftiger Modus der Auslegung».
3. v. Être et temps, trad. Martineau, p. 157.
4. Cette distinction avait déjà été établie, avant Être et temps, et de manière beaucoup plus développée, dans ses
Cours de la période de Marbourg, semestre d’hiver 1925-1926 (v. GA 21 : Logik. Die Frage nach der Wahrheit, pp. 143-
161). Heidegger avait discriminé entre deux modes d'explicitation (qu’il appela parfois le Als = le comme), le premier
apophantique* (apophantischen «Als» der Aussage) et le second, plus originaire, existential-herméneutique (existenzial-
hermeneutische «Als»).

ANTILOGICISME " Logicisme, Ah*

ANTILOGIE, ANTILOGIQUE
ou antinomie*, contradiction*, aporie*, paradoxe, 3\*

è Étymol. : terme issu du grec antilogia (= contre le discours, contre la raison).

1\ Au sens large, en matière de logique de l’argumentation*, terme d’origine rhétorique et sceptique


désignant un couple de thèses (thèse* et antithèse*) ou discours* opposés et de force égale. Correspond
en ce sens à antinomie* et parfois considéré comme un synonyme de contradiction*.

2\ Plus spécifiquement, l’antilogie est une figure de rhétorique (ancêtre de la disputatio in utramque
partem1) qui consiste à développer deux argumentations* contradictoires* et de valeur équivalente
supportant la même thèse*. Il s’agit d’un procédé développé par les sophistes dans le contexte de la
promotion du relativisme. Les sceptiques pour leur part en tiraient la conclusion qu’il fallait suspendre son
jugement* (épokhè)2.

Platon discrédita cette approche rhétorique dans La République (V, 54a), le Théétète (164c-d) et Le
Sophiste 932b), au motif que l’antilogie repose sur les mots et non pas sur les choses elles-mêmes3.

è Termes connexes : Antinomie*, Antithèse*, Argument*, Aporie*, Autocontradiction*, Contradiction, Contradictoire,


Principe de non-contr.*, Contraire*, Discours*, Opposition, Typ.*, Paradoxe*, Thèse*.
_________________________
1. M. Narcy, «Antilogía», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol.,
éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 112.
2. Sur l’emploi du terme d’antilogie dans la tradition sceptique ancienne, v. S. Empiricus, Hypotyposes pyrrhoniennes,
ch. 27.
3. Croire que l’antilogie existe sur le plan des choses elles-mêmes passe outre le principe de non-contradiction*
d’Aristote.

ANTINOMIE
ou antilogie*, contradiction*, paradoxe*, aporie*

è Étymol. : du grec antinomos (= contre la loi1, la règle, la convention), que traduit le latin antinomia.

1\ Au sens classique, désigne une opposition* entre deux thèses (thèse* et antithèse*) portant sur un
même objet et de valeur équivalente. L’évolution du terme est liée à celui d’antilogie*. Lorsqu’il est
impossible de décider entre les deux thèses opposées, on parvient à une aporie*.

24
Le terme d’antinomie ne fit véritablement son entrée dans l’univers philosophique que sous la plume d’E.
Kant, précisément dans la section «Dialectique transcendantale» de sa Critique de la raison pure (1781,
1787). Le philosophe préféra le concept d’antinomie à celui d’antilogie au motif de sa proximité avec la
notion de nomos (= loi, convention), en référence à la logique du faux ou de l’erreur à laquelle
succombe naturellement la raison pure lorsqu’elle quitte le terrain de l’expérience et des phénomènes en
s’égarant dans la recherche spéculative d’un inconditionné originaire (v. anhypothétique*). Le conflit
thèse/antithèse n’en est plus un de nature jurisprudentielle, conformément à l’étymologie du terme (v.
Étymol., supra), mais un conflit inhérent à la raison* elle-même, raison que Kant comprit comme une
instance qui cherche par nature à surmonter ses propres limites ou capacités. Kant conserva l’idée
traditionnelle du juge à qui revient la tâche de régler l’antinomie en évoquant l’image réflexive du
tribunal de la raison pure devant faire la critique des capacités de connaissance par raison pure2.

2\ Le terme est parfois utilisé comme un synonyme de paradoxe*.

V. Paradoxe*.

è Termes connexes : Antilogie*, Antithèse*, Argument*, Aporie*, Autocontradiction*, Contradiction*, Contraire*,


Discours*, Opposition, Typ.*, Paradoxe*, Thèse*.

- Bibliographie

Salamucha, J., «Apparition du problème des antinomies dans la logique médiévale» (en polonais), dans Przegl. Filoz.,
40, 1937.
_________________________
1. Le terme est d’origine juridique. Il s’agissait primitivement d’une contradiction entre les lois donnant lieu à un cas de
jurisprudence requérant arbitrage. Voir J.-P. Desclés, «Antinomie», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire
(Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 112.
2. C’est le sens du titre de l’ouvrage de Kant, qui peut être lu au sens du génitif objectif ou subjectif : il s’agit d’une
critique de la raison pure au sens où la raison pure comparaît devant le tribunal de la raison pure (la raison pure est
l’objet de la critique), ou au sens où c’est la raison pure qui incarne le tribunal lui-même (la raison pure étant jugée par
elle-même).

ANTITHÈSE
ou contre-thèse

è Étymol. : du grec antithêsis (= opposition, au sens de thèse inverse). Sur thêsis, v. Thèse, Étymol.*.

En logique de l’argumentation*, le terme réfère à une proposition* ou thèse* considérée au point de vue
de son opposition* à une autre. Le couple constitué par une thèse et une antithèse* forme une antinomie*
ou antilogie*.

L’antithèse peut s’opposer plus ou moins fortement à la thèse selon le type d’opposition* qu’elle forme
avec elle (la contradiction* et la contrariété* surtout, mais aussi la subcontrariété* ou la subalternation* -
dans la mesure où cette dernière constitue véritablement une forme d’opposition, v. l’article).

è Termes connexes : Antilogie*, Antinomie*, Aporie*, Argumentation*, Concession*, Contradiction*, Contraire*, Log. de
l’argumentation*, Objection*, Opposition, Typ.*, Réfutation*, Thèse*.

APAGOGIE, APAGOGIQUE
ou raisonnement apagogique

* Ne pas confondre avec épagogique (v. Raisonnement inductif*)

1\ Chez Aristote, synonyme d’abduction*.

V. Syllogisme, Typ., Syl. dialec.* et Raisonnement, Typ. 2, Raison. abductif*.

2\ Synonyme de raisonnement par l’absurde*.

V. Raisonnement, Typ. 2, Rais. par l’absurde*.

25
A PARI (raisonnement) " Raisonnement, Typ., Rais. par analogie*

APODICTIQUE

è Étymol. : du grec apódeikticos (= qui peut être prouvé, démontré, propre à convaincre), qui fut traduit également
par démonstration*. Le terme dérive du verbe deiknumai = montrer).

1\ En logique traditionnelle*, se dit d’une proposition* où la relation du sujet* au prédicat* est renforcée,
positivement ou négativement, de la modalité du nécessaire* (v. Modificateur*). Les propositions modales
de ce type sont l’une des trois principales sortes de propositions* de la logique aristotélicienne*, avec les
assertoriques* (qui ne sont pas affectées ou qui sont simplement attributives*) et les problématiques*
(affectées par la possibilité*).

V. Log. modale*, Modificateur, Typ. des propositions modales*, Nécessité*, Proposition, Typ.* et Syllogisme,
Typ., Syl. modal*.

2\ Caractère d’une proposition* (ou d’un jugement, 2\*) dont la vérité* est par elle-même évidente*
(synonyme d’axiome*, dans ce cas-ci indifférencié d’anapodictique*) ou qui a été préalablement
démontrée* et qui ne saurait donc être niée ou remise en question d’aucune manière. Le terme qualifie
ainsi ce qui est nécessairement* et universellement* vrai. Sur le plan épistémologique, un jugement* est
apodictique lorsqu’il renferme, indépendamment de son contenu, le savoir de sa nécessité1.

Se rapporte chez Aristote au syllogisme démonstratif* et s’oppose au raisonnement dialectique*.

V. aussi Nécessaire* et Universel*.

3\ En un sens spécifiquement épistémologique, désigne chez E. Kant une modalité (subjective) du


jugement* qui énonce une vérité nécessaire*.

V. Ah*, infra.

- Analyse historique

Dans ses écrits de logique, Aristote rapporta directement le terme d’apódeixis à l’ordre du syllogisme
démonstratif* (apódeixis fut d’ailleurs traduit par démonstration*), qu’il opposa au syllogisme dialectique*.
Le texte des Seconds analytiques fut d’ailleurs placé par certains commentateurs sous le titre
d’Apodictique (v. Órganon*).

Dans sa Critique de la raison pure (1781, 1787), E. Kant opposa le jugement apodictique, qui exprime la
nécessité (soit le fait, pour une proposition, d’être nécessairement vraie* ou nécessairement fausse*) au
jugement assertorique*, qui ne concerne pour sa part que les vérités de fait (les propositions qui affirment
qu’une chose est ou n’est pas le cas), et au jugement problématique, restreint au registre du
vraisemblable et du probable. Pour Kant, les propositions analytiques* (dont le prédicat* découle du
sujet*) sont apodictiques, par exemple les propositions Dieu est parfait (où la perfection fait partie du
concept de Dieu) et Tout corps est étendu (où le prédicat de l’extension spatiale appartient*
nécessairement au sujet corps) (V. Analytique* et Proposition, Typ.*).

Chez E. G. A. Husserl, le terme servit à désigner les propositions absolument évidentes qui ne sont
révocables en doute d’aucune façon.

è Termes connexes : Analytique*, A priori*, Axiome*, Démonstration*, Dialectique*, Évidence*, Jugement, Typ., Jug. de
fait, 1\*, Modificateur*, Nécessaire*, Postulat*, Proposition, Typ.*, Raisonnement, Typ. 1*, Syllogisme, Typ., Syl. dém. et Syl.
dialec.*, Vérité*.
_________________________
1. Sur le jugement apodictique, d’Aristote à Łukasiewicz dans La Syllogistique d’Aristote (1972), on consultera M.-A.
Sinaceur, «Apodictique (jugement – et démonstration)», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie
philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 123-125.

26
APODIOXIS

è Étymol. : mot grec signifiant rejet.

Jugement* d’absurdité* porté sur un argument* qu’on rejette. Terme vieilli, peu usuel.

APOPHANTIQUE
ou aléthique*, attributif, prédicatif

è Étymol. : expression issue du grec àpophantikós (= attributif, déclaratif*).

1\ L’apophantique qualifie chez Aristote (et dans la tradition de la logique traditionnelle* jusqu’à Husserl)
le caractère fondamental d’une proposition* ou d’un jugement* susceptible de recevoir une valeur de
vérité* (vrai* ou faux*) quant à l’attribution d’un prédicat* à un sujet*. Il correspond au caractère de la
proposition attributive* (qui est alors soit affirmative* – katáphasis -, soit négative* - àpóphasis), qui
exprime un sens* et dispose d’une valeur référentielle* (Extension*). C’est chez Aristote la proposition
apophantique qui autorise la mise en langage* des dix catégories* ou manières universelles de prédiquer
un sujet* (v. Catégories*).

À ce sujet, v. Proposition, Lógos àpophantikós et vérité*, Jugement, 2\* et Valeur de vérité*. V. aussi
Aléthique*.

2\ Sous sa forme substantivée, le terme fut parfois utilisé pour désigner la logique traditionnelle* ou
aristotélicienne*.

***

Aristote qualifia d’apophantique tout discours ou proposition* (àpophansis) susceptible d’être dit vrai ou
faux, par différence d’avec les propositions poétiques et rhétoriques. Il correspond donc spécifiquement
chez lui à la proposition attributive* (lógos àpophantikós, en Sur l’interpr, 1-6).

Le terme fut utilisé à l’époque contemporaine notamment par E. G. A. Husserl, qui distingua
l’apophantique formelle (qui correspond à la théorie de l’énonciation) de l’ontologie formelle (qui
renvoie aux modes formels des objets entrant dans les jugements*)1 (v. A priori, Ah*). L’expression fut
également employée, dans une perspective critique, par M. Heidegger dans Être et temps (1927). Le
penseur soupçonna la logique d’être de collusion avec la métaphysique, c’est-à-dire avec une
conception de l’être défini comme substance, perdurance ou permanence, dont la logique attributive*
classique, qui rapporte un prédicat à un sujet, ne serait que le décalque ou le produit dérivé. Au § 33
d’Être et temps, à titre d’exemple, Heidegger tenta de remonter à un moment antéprédicatif*, soit sur le
plan du vécu originaire (de la circon-spection préoccupée), dont la proposition apophantique n’est
qu’une explicitation seconde. Cela fit dire à Heidegger, contre Aristote, que le sens n’est pas
originairement lié à la proposition attributive*, mais que c’est plutôt la proposition qui est liée à un sens qui
la précède sur un plan pré-théorique.

» Sur la critique husserlienne et heideggérienne de l’apophantique, v. Antéprédicatif, Ah*.


_________________________
1. Voir Pradelle, D. (dir.), L’archéologie du monde, Kluwer, Pays-Bas, 2000, p. 278. Aussi J. Wilfert et G. Guest,
«Apophantique», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd.
Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 130.

APORÈME

1\ Lato sensu, corrélatif sémantique d’aporie*.

2\ Stricto sensu, chez Aristote, le terme réfère au syllogisme dialectique* qui mène à une contradiction*.

V. Syllogisme, Typ. 1, Syl. dialectique, Abduction et aporème*.

27
APORIE, APORÉTIQUE
ou aporème

è Étymol. : du grec aporίa, aporeίa (= embarras, impasse, problème, obstacle, sans issue [dérivé de póros = voie,
chemin, passage]).

1\ Au sens large, l’aporie est une difficulté théorique qui est (ou qui semble) insurmontable. Une aporie est
un obstacle impossible (ou qui semble tel) à franchir et qui bloque les possibilités d’investiguer plus avant.

2\ En son acception plus précise et philosophique, l’aporie désigne l’état d’un discours* qui met en
présence deux thèses opposées (thèse* et antithèse*) et incompatibles entre lesquelles il n’est pas
possible de choisir. Synonyme d’antilogie* et correspond au concept kantien d’antinomie*.

***

Plusieurs dialogues de jeunesse de Platon (le Lachès, l’Euthyphron, le Lysis,…) sont traditionnellement
considérés comme appartenant au genre des dialogues aporétiques (ἀπορητικός) dans la mesure où, ni
Socrate, ni ses interlocuteurs (pourtant réputés sages ou savants) ne parviennent à fixer la définition*
universelle de la vertu morale examinée (le courage, la piété, l’amitié, …). Ces dialogues se closent sur
une impasse, en queue de poisson pour ainsi dire1.

Plutôt que d’interpréter l’aporie comme un nœud gordien ou une difficulté insoluble surgissant au terme
d’une enquête (à l’instar de chez Platon et chez les Modernes en général), Aristote vit quant à lui dans
l’aporie la condition même de la recherche et le point de départ du développement du savoir (v. Mét. B,
1 «Énoncé des apories» - où Aristote présenta sa méthode diaporématique visant à résoudre les apories
(995a 24-34) - et Topiques, VI, 145 b17-20). L’aporie est donc chez lui synonyme de «difficulté à résoudre2»
et d’étape préliminaire à la démarche scientifique.

è Termes connexes : Antilogie*, Antinomie*, Antithèse*, Argument*, Contradiction*, Contraire*, Discours*, Opposition,
Typ.*, Paradoxe*, Thèse*.
_________________________
1. Voir Platon, Lachès, Euthyphron, Introd. et trad. de Dorion, L.-A., Paris, GF-Flammarion, 1997, Avant-propos, pp. 13-14,
et p 161, n. 152. V. aussi Ménon, 80 a-d.
2. Voir Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la philo., Paris, PUF, 1968, p. 69, qui renvoie à l’ouvrage de Hamelin,
O., Le système d’Aristote. V. aussi Lambert, M. «Aporie», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse,
Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013 (2006), p. 41, et Aubenque, P., «Sur la notion aristotélicienne d’aporie», dans
Symposium Aristotelicum 11, Aristote et les problèmes de la méthode, 3-19, 1960.

A POSTERIORI

è Étymol. : terme latin signifiant postérieur, en partant de ce qui vient après (tiré de l’expression a posteriori ratione
quam experientia).

1\ Dans son sens spécifiquement scolastique*, désigne un mode de démonstration* qui remonte de l’effet
à la cause* (démonstration quia*), c’est-à-dire où les prémisses* sont postérieures à la conclusion* (par
opposition à démonstration propter quid*).

À ce sujet, v. Démonstration, Typ., Démonstration quia*.

2\ Dans le champ de l’épistémologie, l’expression qualifie la classe des connaissances d’origine


empirique*. Est a posteriori tout concept*, proposition*, jugement*, définition* ou argument* dont le
contenu* dérive de l’expérience sensible et dont la vérité* est généralement conçue sur le mode d’une
adéquation* (ou correspondance) avec les choses ou les faits (v. Adéquation*). Les connaissances a
posteriori sont classiquement reconnues comme générales* et contingentes*. Forme une relation
sémantique d’opposition avec le terme d’a priori, 1\*.

Pour divers compléments d’analyse, on se reportera à A priori*, Empirique*, Jugement, Typ., Jug. anal.,
Ah*.

» Sur l’histoire de la distinction entre l’a posteriori et l’a priori, v. A priori, Ah*.

28
APPARTENANCE " Inclusion*

APPELLATION, APPELLATIF

Synonyme médiéval du terme de connotation*.

V. Connotation*, Dénotation* et Intension*.

A PRIORI

è Étymol. : terme latin signifiant antérieur (formé à partir de prior = qui est premier).

1\ En son acception proprement logique et originelle, terme utilisé par les philosophes de l’École pour
désigner un mode de démonstration* visant à expliquer* un effet par sa cause* (qui va de principe* à
conséquence*). Il correspond à la démonstration propter quid*, où les prémisses* sont antérieures à la
conclusion* (par opposition à la démonstration quia*).

À ce sujet, v. Démonstration, Typ., Dém. propter quid*.

2\ Dans son sens épistémologique plus tardif, qualifie le genre de connaissances qui n’est pas d’origine
empirique* ou que l’expérience présuppose. Précisément, est a priori tout concept*, proposition*,
jugement*, définition* ou argument* dont le contenu de signification*, indépendamment de toute
observation des faits, dérive des seules ressources de la raison* ou de l’entendement et dont la valeur de
vérité* se vérifie par le seul moyen de l’analyse* (v. Analytique, 2\*). Les connaissances a priori sont
traditionnellement reconnues, essentiellement depuis Kant, comme universelles* et nécessaires*.
S’oppose à a posteriori* (2\).

Par exemple, le jugement analytique* Tous les unijambistes n’ont qu’une seule jambe est une proposition
a priori. Son contenu et sa vérité ne s’établissent que par l’analyse* du sens du concept d’unijambiste.

On doit à E. Kant l’idée d’avoir mis en relation la distinction épistémologique entre a priori et a posteriori
avec celle, de nature logique, entre analytique* et synthétique* (v. Ah*, infra). Le jugement a priori est
analytique dans la mesure où il ne fait qu’exprimer un prédicat* déjà contenu (implicitement,
«secrètement» dit Kant) dans le sujet*, et qui conséquemment n’accroît pas la connaissance
(contrairement aux jugements synthétiques). En effet, l’idée fait déjà partie de la signification* du
concept d’unijambiste de ne posséder qu’une seule jambe, de sorte que le jugement Tous les
unijambistes n’ont qu’une seule jambe, étant une formule tautologique*, ne nous apprend rien de plus
que ce qui déjà faisait partie de l’intension* du concept d’unijambiste.

» Sur une discussion plus nuancée sur le caractère épistémologique des propositions a priori, v. Ah* (infra),
Jugement, Typ., Jug. anal., Ah* et Raisonnement, Typ. 1*.

Un jugement a priori est appelé axiome* lorsqu’il est utilisé à titre de prémisse* dans un raisonnement ou
un syllogisme démonstratif*.

- Analyse historique

L’origine conceptuelle de la distinction a priori\a posteriori remonte aussi loin qu’à Platon. Sa théorie de la
connaissance tend à disqualifier l’expérience sensible comme origine du savoir. C’est le sens du propos
autobiographique livré par Socrate dans le Phédon (95e-102a), où est raconté l’itinéraire intellectuel du
philosophe au cours duquel il finit par se détourner de toute forme d’explication simplement matérialiste
(au sens de mécaniste) de la nature (phusis), à laquelle échappe la connaissance intelligible du télos.
Platon confirma dans le Timée la supériorité de l’explication par la fin sur celle établie par les causes
matérielles, qui ne sont qu’auxiliaires (sunaitiai). Mais déjà dans le Ménon, Platon avait exposé sa fameuse
théorie de la réminiscence et s’était donc déjà porté à la défense d’une théorie innéiste de la
connaissance en vertu de laquelle le savoir procède d’une source antérieure (chronologiquement) à
toute forme d’expérience empirique. À cette épistémologie pré-empiriste succéda la dialectique

29
présentée dans La République, fondée quant à elle sur la thèse de l’origine trans-empirique de la
connaissance, où les Idées sont immédiatement saisies, par intuition intellectuelle (noèsis, v. l’analogie de
la ligne, livre VI). Platon réserva le terme de connaissance aux seuls contenus d’origine «a priori», pour ainsi
dire, tout le reste concernant le «lieu visible» (topos horatos) relevant seulement de l’opinion (dóxa) et
d’une forme d’appréhension sensorielle («a posteriori») à laquelle il n’accorda guère de crédit (le «monde
sensible» n’étant pas pour lui le monde réel1).

De manière un peu plus plus explicite, Aristote distingua entre ce qui est antérieur relativement aux objets
singuliers perçus par les sens et antérieur au sens absolu du terme et se rapportant à l’universel : «J'appelle
antérieur et mieux connu pour nous, écrivit-il, ce qui est plus proche de la sensation, alors que ce qui est
antérieur et mieux connu absolument en est plus éloigné. Or ce qui est le plus universel en est le plus
éloigné, alors que les individus en sont le plus proches» (Sec. anal., I, 2, 71b33).

Au Moyen Âge, c’est sous la double inspiration générale de la logique du Maître et du Commentateur
Averroès (2e moitié du XIIe s.) que les deux expressions latines d’a posteriori et d’a priori furent
expressément forgées pour désigner deux modes de raisonnement* et de démonstration*, le premier
consistant à partir de l’effet pour remonter à la cause (ab effectibus ad causas) et le deuxième à
progresser de la cause à l’effet2 (ex causis ad effectum) - c’est la démonstration propter quid* (dite a
priori). Pour le détail, v. Démonstration, Typ., Démonstr. Propter quid*.

Les termes d’a priori et d’a posteriori furent affectés dans les Temps modernes d’une signification plus
spécifiquement épistémologique. G. W. Leibniz usa des locutions d’a posteriori et d’a priori pour qualifier
respectivement la classe des vérités induites de l’expérience (qu’il dénomma vérités de fait) et celle des
vérités connues par voie strictement logique (vérités de raison ou de raisonnement)3. Les concepts
d’antériorité et postérité furent chez le polymathe allemand représentés non plus dans le cadre classique
des relations qu’entretiennent, dans un raisonnement*, les prémisses* au regard de la conclusion*, mais
dans celui des relations qu’entretient la connaissance avec l’expérience - donc, avant et après
l’expérience. L’un des effets de la contribution leibnizienne fut d’avoir rapproché conceptuellement le
binôme a priori\a posteriori du couple métaphysique traditionnel nécessaire*/contingent*, dans la
mesure où les vérités de raison sont nécessaires et universelles* (soit celles dont le contraire est impossible)
et les vérités de fait sont des connaissances contingentes* (dont l’opposé est possible). C’est E. Kant qui
paracheva plus tard l’assimilation des concepts d’a priori et d’a posteriori dans la théorie de la
connaissance (v. infra) - avant lui, dans son Enquête sur l’entendement humain (1748), D. Hume avait
associé pareillement l’a posteriori aux données de l’expérience (qu’il rapporta aux questions de fait
[matters of fact] en tant que jugements causaux) et l’a priori aux relations of ideas (aux relations d’idées,
qui relèvent de l’ordre logico-mathématique)4. Ce que l’on doit précisément à Kant (Critique de la raison
pure, 1781, 1787) est non seulement d’avoir rendu systématique l’emploi des expressions d’a priori et d’a
posteriori en épistémologie et d’avoir assigné au premier terme une fonction spécifiquement
transcendantale5 (celle de ne constituer qu’une pure condition de possibilité, sur le plan de la sensibilité
et de l’entendement)6, mais aussi l’idée originale d’avoir mis en rapport la distinction a priori/a posteriori
(dans leur acception épistémologique) avec la distinction (logique quant à elle) qu’il établit par ailleurs
entre jugements analytiques* et synthétiques* (v. ces articles). Le jugement a posteriori est synthétique
dans la mesure où exprimant un prédicat* qui n’est pas contenu implicitement dans le sujet*, il accroît ou
étend la connaissance (au rebours des jugements analytiques, qui ne font que l’expliciter). En effet, l’idée
ne fait pas déjà partie du concept de mollusque de posséder les deux sexes, de sorte que le jugement
Certains mollusques sont hermaphrodites, n’étant point tautologique*, fournit des informations
supplémentaires au sujet de cet embranchement animal et qui ne faisaient pas déjà partie de son
concept. En ce sens, un jugement a posteriori déterminé comme vrai est vrai non simplement ex
definitiones, mais parce qu’une certaine vérification empirique* a expressément permis de l’établir (au
mieux, de façon générale*, les grands fonds abyssaux étant encore hors de portée !). Par contraste, l’a
priori chez Kant désigne tout ce qui peut être connu dans l’horizon de la nécessité* et de l’universalité* et
donc conçu indépendamment de toute expérience sensible, faisant de la connaissance a priori ce qu’il
dénomma connaissance pure (et dont l’examen critique des conditions de possibilité doit permettre de
statuer sur la légitimité de la métaphysique, cette discipline qu’il conçoit justement comme une forme de
connaissance synthétique a priori)7. L’œuvre de Kant donna de cette manière une nouvelle signification
et profondeur philosophique à la distinction classique a posteriori\a priori.

Pour plus de détails, v. Jugement, Typ., Jug. anal., Ah* et Logique, Histoire des termes de log. et de dial.*.

Le concept d’a priori servit également de cheville ouvrière aux Idées directrices pour une
phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures (1913) et le projet d’une ontologie

30
formelle chez E. G. A. Husserl (v. Apophantique*), dans la mesure précise où l’a priori sied au cœur de
l’intuition eidétique par laquelle sont objectivement et immédiatement saisies les essences* universelles
(par opposition aux phénomènes sensibles)8.

La validité de la distinction a posteriori\a priori est aujourd’hui sujette à débats. Selon le logicien
américain S. A. Kripke9 et quelques autres (H. W. Putnam, G. Evans), un jugement a priori n’est pas
nécessairement nécessaire et un jugement a posteriori nécessairement contingent. Il est possible qu’un
jugement a priori soit contingent (p. ex. Le mètre étalon de Paris a un mètre de long) et qu’un jugement a
posteriori soit nécessaire (p. ex. L’étoile du soir est identique à l’étoile du matin), possibilités auxquelles la
tradition n’avait pas pensée10. Mais cette position de Kripke reste elle-même aujourd’hui objet de
controverses11.

è Termes connexes : Analyse*, Analytique*, A posteriori*, A priori*, Axiome*, Démonstration, Typ., Dém. propter
quid*, Empirisme*, Évidence*, Général*, Jugement, Typ., Jug. de fait et Jug. anal., Ah*, Prædicatum inest subjecto*,
Prédicat, Typ., Prédicat a priori*, Raisonnement, Typ. 1*, Syllogisme, Typ., Syl. dém.*, Synthétique*, Universel*.
_________________________
1. Pour un développement complet sur la position platonicienne à l’égard de la sensation et de l’expérience (incluant
le dialogue Théétète où Platon accorda pour la première fois une certaine attention à la perception ou sensation
[aisthèsis]), v. Nadeau, R. (dir.), Philosophies de la connaissance, Leroux, G., Ch. 1 «De l’objet sensible à l’objet
intelligible : les origines de la théorie de la connaissance chez Platon», Les Presses de l’Univ. Laval, 2009, pp. 19-44.
2. Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la philo., Paris, PUF, 1968, p. 74.
3. Monadologie, § 33, Nouveaux essais, IV, XVII, 1. Voir Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd.
Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 28.
4. V. Enquête sur l’entendement humain, sect. IV.
5. Sur la signification des expressions de transcendantal et de philosophie transcendantale chez Kant, v. Critique de la
raison pure, trad. Tremesaygues et Pacaud, PUF, 1975, p. 46 et 79.
6. Vaysse, J.-M., Le vocabulaire de Kant, Paris, Ellipses, 1998, p. 9.
7. Sur le problème de l’a priori chez Kant, on consultera avec grand profit l’ouvrage de Grondin, J., Kant et le problème
de la philosophie : l’A Priori, Paris, Vrin, 1989. On consultera aussi M. Crampe-Casnabet, «A priori» [philo. géné.],
dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF,
1998, p. 140-141.
8. Voir J. Benoist, L’a priori conceptuel : Bolzano, Husserl, Schlick, Paris, Vrin, coll. «Problèmes & controverses», 1999.
9. Kripke, S., «Naming and Necessity», dans Semantics of Natural Language, D. Davidson et G. Harman (éd.),
Dordrecht,, D. Riedel, 1972, pp. 253-355.
10 . Au même titre que la distinction classique analytique/synthétique, qui ne fut remise en question qu’au milieu du
XXe s. par W. V. O. Quine (Deux Dogmes de l'empirisme, 1951, 1961) (v. Analytique, analycité*).
11. Voir Russell, B., «A Priori Justification and Knowledge», «2. What sorts of propositions can be a priori justified and
known?», dans The Stanford Encycl. of Phil. V. aussi Baehr, J. S., «A Priori and A Posteriori», dans Internet Encyclopedia of
Philosophia.

ARBRE DE PORPHYRE
ou ligne, arbre prédicamental

è Étymol. : du latin arbor porphyriana. Aussi : scala prædicamentalis (= échelle de la prédication).

Nom classique donné au schéma dichotomique et hiérarchique des genres* et des espèces* sous la forme
d’un arbre.

L’idée d’une classification schématique de la définition aristotélicienne des espèces* par le genre* et la
différence spécifique* vient du néo-platonicien Porphyre de Tyr dans son Isagogè* (268-270)1. Son
diagramme pyramidal va de l’espèce spécialissime* (soit celle dont l’extension* est la plus petite et sous
laquelle tombent directement les individus [atomon, individuum], entre lesquels n’existent plus que des
différences accidentelles), jusqu’au genre suprême* (celui dont le cadre extensionnel* est le plus grand et
qui est une catégorie*), en passant par toute la gamme des genres et des espèces intermédiaires et où
sont identifiées les différences spécifiques qui fondent les diverses espèces. Dans l’Isagogè, Porphyre
dressa la classification hiérarchisée suivante pour la catégorie principale de la substance :

Substance = genre suprême\catégorie*


í î
matérielle immatérielle = différences spécifiques*
ê ê
corps esprit = genres subordonnés*

31
í î
animés inanimés = différences spécifiques
ê ê
êtres vivants êtres minéraux = genres subordonnés
í î
sensibles insensibles = différences spécifiques
ê ê
animaux végétaux = genres prochains*
í î
raisonnables non raisonnables = différences spécifiques
ê ê
hommes bêtes = espèces spécialissimes*
í î í î
Socrate Platon Socrate le chien Platon le chat = individus

Le terme d’arbre vient de ce que certaines de ces représentations graphiques sont centrées sur la ligne
prédicamentale*, offrant ainsi l’image d’une rangée centrale (d’un tronc) identifiant la série hiérarchique
des genres et des espèces, et de laquelle partent des ramifications (des branches), correspondant aux
différences spécifiques qui fondent les diverses espèces. À titre d’exemple :

Substance
í î
matérielle immatérielle
î
corps
í î
animés inanimés
î
êtres vivants
í î
sensibles insensibles
î
animaux
í î
raisonnables non raisonnables
î
hommes
í î
Socrate Platon

Cette forme de schématisation est un indice qui laisse croire que Porphyre adopta un point de vue
extensiviste sur la logique (ce qui est beaucoup moins sûr pour Aristote, v. à ce sujet, Proposition,
Interprétation de la prop. en intension et en extension*).

- Analyse historique

C’est à Boèce (début VIe s.), premier traducteur latin de l’Isagogè au VIe s. (In Porphyrium
commentatiorum), que l’on doit la première représentation en arborescence2, et à P. d’Espagne au XIIIe
s. (v. 1240) l’appellation devenue classique d’arbor porphyriana3.

Plusieurs structures similaires furent développées dans la tradition à l’intérieur des contextes plus larges que
celui de la logique, notamment par le savant catalan R. Lulle et son célèbre Arbre de la science (Arbor
scientiæ, 1295-1296) - les branches symbolisant les genres et les feuilles les espèces4 - et plus tard par R.
Descartes, dans ses Principes de la philosophie (1644), qui figura lui aussi sous la forme d’un arbre
l’organisation systématique des sciences, les racines représentant la métaphysique, le tronc la physique,
et les branches principales respectivement la mécanique, la médecine et la morale. Le principe de
l’arbre de Porphyre est le lointain ancêtre de la systématique phylogénétique ou de la cladistique
moderne.

è Termes connexes : Différence spéc.*, Espèce*, Extension*, Genre, Typ., Ligne prédicamentale*, Logique de Port-
Royal*, Prédicat, Typ., 1. La typ. classique : les cinq prédicables*, Proposition, Interprétation de la prop. en intension ou
en extension*.
_________________________
1. Porphyre de Tyr, Isagogè (ou Introduction aux Catégories d'Aristote), trad. Tricot, J., 1947, Paris, Vrin, coll. «Sic et Non»,
1995, Clxii. Pour plus de détails sur l’Isagogè de Porphyre et les prédicables, v. Isagogè* et Prédicat, Typ., 1. La typ.
classique : les cinq prédicables*.

32
2. Boèce, In Porphyrium commentatiorum lib. III, dans Migne, Patrologia latina 64, Paris, 1864, p. 103.
3. P. d’Espagne, Tractatus called afterwards Summule logicales, Introduction de Rijk, L. M. de, van Gorcum & Co.,
Assen, 1972, ch. 11.
4. Voir Reboiras, F. D., Varneda, P. V. et Walter, P., «Instrumenta Patristica et Mediævalia. Subsidia Lulliana» 1, dans
Arbor Scientiæ: der Baum des Wissens von Ramon Llull. Akten des Internationalen Kongresses aus Anlass des 40-jährigen
Jubiläums des Raimundus-Lullus-Instituts der Universität Freiburg i. Br., éd. Brepols, 2002.

ARGUMENT

è Étymol. : du latin argumentatio, dérivé du verbe argumentare (= prouver [argumentum = preuve]), équivalent du
grec elenchi.

1\ Dans le vocabulaire usuel de la philosophie, le terme d’argument réfère à toute proposition* ou


jugement* utilisé aux fins de la légitimation ou justification* de la vérité* d’une thèse*, en totalité ou en
partie, directement ou indirectement. L’acceptation des arguments implique rationnellement aussi celle
de la thèse* qui en découle.

D’une manière générale, comme le suggère son étymologie, toute raison ou tout motif susceptible
d’apporter une légitimation, un appui, une justification*, voire un élément de preuve* à l’appui ou à
l’encontre d’une thèse est un argument. Cependant, un argument ne répond pas nécessairement à son
objectif. La valeur des arguments recouvre un large spectre allant de la pure sophistique* à la
confirmation totale et définitive, cette valeur étant redevable à l’argument lui-même et au type auquel il
appartient* (v. Argument, Typ.*, infra).

Dans le vocabulaire de la logique de l’argumentation*, on appelle argumentaire (parfois script


argumentatif dans certains contextes) l’ensemble - préférablement organisé et cohérent* (ou
systématique) - des arguments présentés pour justifier* une thèse*. Le potentiel argumentaire des thèses
est très variable. Lorsqu’un argument est utilisé dans l’objectif d’affaiblir ou ruiner un autre argument, on
parle précisément de contre-argument* ou d’objection*. À la différence de l’explication*, l’argument
sert à justifier une thèse et non pas simplement à rendre compte d’un phénomène ou d’une situation (v.
2\*, infra, et Explication*).

On appelle structure argumentative la manière dont sont présentés et disposés les arguments, d’une part,
les uns par rapport aux autres, et d’autre part, en relation avec la thèse (à ce sujet, v. Argumentation,
Structure et analyse argumentative*).

2\ Le terme est parfois rapporté à l’ensemble des prémisses* dont est tirée la conséquence* ou
conclusion* dans un raisonnement* ou une inférence*. En effet, dans un raisonnement, la conséquence
ou conclusion (l’équivalent ici de la thèse) trouve sa légitimité ou justification* dans les prémisses dont
elle procède nécessairement.

Par exemple :

Il ne devrait pas être illégal de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui (= argument 1)
Or la consommation du cannabis ne nuit pas à autrui (= argument 2)
_________________________________________________________________________________
Donc, la consommation du cannabis ne devrait pas être illégale (= thèse)

Dans ce raisonnement, la conclusion est justifiée (effectivement ou non) par deux arguments liés l’un à
l’autre (comme prémisse majeure* et prémisse mineure* dans un syllogisme*).

Dans un discours* argumentatif, les raisonnements prennent régulièrement la forme d’épichérèmes*, soit
de raisonnements dont chacun des arguments (ou prémisses) est l’objet de développements visant à les
justifier* (v. Syllogisme, Typ., Épichérème*).

On peut associer un type d’argumentation à chaque mode du syllogisme : argumenter en Barbara*, en


Festino*, en Darapti*, etc. Par exemple, argumenter en Bamalip* (ou en Baralipton*) signifie tirer une
conclusion particulière* affirmative* (de type I*) à partir de deux prémisses universelles* affirmatives* (A*).
V. Syllogisme, Les modes du syl.*.

33
La question de savoir si les arguments étayent et justifient la thèse sur le plan strictement logique est une
question qui relève du domaine de la validité*. Celle de savoir si les arguments sont eux-mêmes vrais ou
faux quant à leur contenu* matériel est un problème qui relève quant à lui de l’épistémologie. Dans
l’exemple précité, la conclusion est valide dans la mesure où elle respecte la forme logique du syllogisme
(ici celle de la deuxième figure, ainsi que les règles de validité* du syllogisme [v. Syllogisme, Règles de
validité du syl.*]). Cependant, la question de la vérité des arguments 1 et 2 relève d’un problème de
vérification ou d’argumentation d’un tout autre ordre (par exemple de nature éthico-politique pour le
premier et de nature empirique pour le second).

Dans un discours* argumentatif, l’indicateur donc et ses autres formes (en conséquence, on peut déduire
que, etc.) permet ordinairement d’identifier la présence d’arguments*. Mais cela n’est pas le cas
nécessairement. Autrement dit, le raisonnement en présence peut ne pas constituer un ensemble thèse-
arguments. Cela est le cas des raisonnements qui ne sont que des explications*, c’est-à-dire qui ne visent
qu’à faire comprendre un phénomène ou une situation par la cause*, sans chercher à le justifier. Affirmer
par exemple que Lili ne pourra participer à la compétition sportive d’aujourd’hui parce qu’elle s’est
blessée hier dans la cour d’école n’est pas une argumentation, mais une simple explication. On ne justifie
pas, mais on explique pourquoi Lili devra s’absenter. Par contre, affirmer que Lili ne doit pas participer à la
compétition parce qu’elle doit laisser une chance à ceux qui sont moins expérimentés qu’elle et leur
donner la chance de cultiver leur estime de soi est une justification.

On complétera ce qui précède en se reportant à Explication*, Justification* et Argumentation*.

L’évaluation d’un discours argumentatif doit donc faire la part entre les éléments qui expliquent et ceux
qui justifient une conclusion.

3\ En logique moderne*, spécifiquement en calcul des prédicats*, l’argument remplace le concept


classique de sujet*. Dans une fonction logique, il est symbolisé par une variable* ou constante d’individu*.
Le remplacement de la distinction d’origine grammaticale entre sujet et prédicat par celle entre
argument et fonction, d’origine mathématique, est l’œuvre du logicien Frege (1879) dans le contexte de
son projet visant à réformer la logique traditionnelle*.

À ce sujet, on se reportera à Calcul des prédicats*, Fonction prop.*, Concept, 4\* et Variable, 4\*.

- Analyse historique

La notion d’argument est d’origine rhétorique. Elle renvoie spécifiquement chez les sophistes à toutes les
figures susceptibles d’emporter l’assentiment de l’auditoire à l’occasion d’un discours public - discours
que ces derniers entendaient fondamentalement comme un espace de l’argumentation. Ces figures
furent l’objet des revêches incriminations de Platon dans la mesure où en aucun cas ces arguments ne
permettent selon lui de rendre véritablement raison de la thèse* à la défense de laquelle ils sont invoqués.
Aristote, dans ses Réfutations sophistiques (v. Órganon*), montra en quoi ces figures dénoncées par Platon
ressortent précisément à l’ordre de l’argumentation spécieuse et fallacieuse (à ce sujet, v. Sophisme* et
Argument, Typ., Arg. sophistiques*, infra). En octroyant à la notion d’argument un sens nouveau, c’est ce
même Aristote qui motiva cependant son entrée sur la scène philosophique en la rattachant à l’univers
du raisonnement dialectique*, c’est-à-dire à celui du raisonnement fondé sur non pas sur l’évidence de la
démonstration* – propre à la science au sens fort du terme (v. Seconds analytiques, dans Órganon*) -,
mais plutôt sur le probable ou vraisemblable (v. Topiques, dans Órganon*, et Syllogisme dialectique*),
l’argument étant ainsi distinguée de la preuve1. Aristote admit ainsi qu’un argument, sans démontrer la
thèse, peut concourir néanmoins à sa justification par la mise en valeur de motifs communément compris
et admis par un auditoire et donc susceptibles d’emporter son adhésion. R. Descartes et les rationalistes à
sa suite, qui réduisirent le discours philosophique à l’ordre du démonstratif more geometrico, se refusèrent
de maintenir la technique de l’argument à l’intérieur du champ de la science. On doit aux théoriciens de
l’argumentation Ch. Perelman et L. Olbrechts-Tyteca au XXe s. d’avoir voulu réhabiliter en philosophie
l’intelligence ancienne et rhétorique de l’argument (Traité de l’argumentation, 1958) en montrant qu’un
discours, en dépit du fait qu’il ne soit pas toujours prouvé par des arguments démonstratifs, reste en
mesure d’apporter l’adhésion de tout être raisonnable (v. Argumentation* et Log. de l’argumentation,
Ah*).
_________________________
1. T. Gontier, «Argument», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol.,
éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 156-157.

34
TYPOLOGIE DES ARGUMENTS
Aristote proposa le premier, dans ses Topiques (quatrième traité de l’Órganon* qui succède aux deux
traités analytiques), une typologie des formes argumentatives en tant que celles-ci se rattachent à
l’entretien dialectique. Une autre classification des genres d’arguments est présentée dans la Rhétorique
(II, 115). Plusieurs autres typologies proposées par les scolastiques*, bien que celles-ci conservèrent toutes
la trace de leur origine aristotélicienne, en particulier celle de la distinction entre l’argument démonstratif*
et l’argument dialectique* (v. infra). J. Locke et J. Bentham constituèrent également plus tard leur propre
typologie (v. Sophisme*). Plus près de nous encore, Ch. Perelman et L. Olbrechts-Tyteca présentèrent la leur
dans le Traité de l’argumentation (1958) (v. Log. de l’argumentation, Ah*) en rattachant les arguments à
des figures qu’ils appelèrent topos (sous l’inspiration du vocabulaire de la rhétorique classique).

La tradition eut toujours claire conscience du fait que la valeur des arguments est immensément variable
et que cette fluctuation de valeur affecte directement celle des thèses que ces arguments étayent. Alors
que certains arguments ont un poids philosophique et rationnel important et parfois incontestable,
d’autres ne sont à l’évidence que des paralogismes*, voire de purs sophismes* lorsqu’ils sont
expressément présentés dans un but tendancieux (v. Paralogisme* et Sophisme*).

1\ Les arguments philosophiques

Une première typologie est fondée sur la distinction aristotélicienne entre démonstration* et dialectique*.
Les développements qui suivent forment système avec les articles Démonstration*, Dialectique*,
Raisonnement, Typ. 1* et Syllogisme, Typ., Syl. démonstratif et Syl. dialectique*.

- L’argument démonstratif
ou argument logique, rationnel, a priori, déductif

Raisonnement ou syllogisme démonstratif* présenté à titre d’argument* à la faveur d’une thèse* dans un
discours* ou un débat. L’argument démonstratif s’oppose à l’argument dialectique* (v. infra). Corrélatif
sémantique de preuve* formelle.

Dans le contexte de la logique d’Aristote, l’argument démonstratif est essentiellement un argument a


priori*, soit un argument dont la vérité ne dépend pas de l’expérience (un argument qui n’est pas
empirique* ou a posteriori*). Selon le philosophe, ce genre d’argument est vrai strictement en vertu des
définitions*, axiomes* et postulats* au moyen desquels il est obtenu (v. Démonstration*). L’argument
démonstratif est par définition de valeur supérieure à l’argument dialectique dans la mesure où il est
considéré comme rigoureusement vrai et non pas simplement vraisemblable ou probable.

On appelle communément ce type d’argument argument logique, qui est une proposition dont la vérité
vient simplement du fait qu’elle dérive nécessairement d’autres propositions posées précédemment à
titre de prémisses* (v. Raisonnement*).

è Termes connexes : Anapodictique*, Analytique*, Apodictique*, A priori*, Démonstration, Typ.*, Jugement, Typ., Jug.
anal.*, Preuve*, Raison*, Raisonnement, Typ. 1*, Syllogisme, Typ., Syl. dém.*.

- L’argument dialectique
ou argumentation dialectique

1\ En logique traditionnelle*, désigne un raisonnement ou syllogisme dialectique* présenté à la faveur


d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Il s’oppose à l’argument démonstratif* (v. supra).

Selon la terminologie d’Aristote, l’argument dialectique est un type d’argument dont la valeur est
inférieure à celle de l’argument démonstratif (v. Argument, Ah*). Contrairement à celui-ci, sa vérité n’est
pas immédiatement donnée ou n’a pas été prouvée au moyen d’une démonstration* préalable (v.
Syllogisme démonstratif*). Ce type d’argument se fonde sur de simples opinions reçues ou acceptées (ta
endoxa), des lieux communs, croyances, brevitatis causa, des formes de savoir dont la vérité ou
rationalité n’est pas rigoureusement assurée1 - l’activité dialectique chez Aristote correspond ainsi à une
sorte d’usage doxique de la raison2.

35
Les prémisses* et la conclusion* d’un pareil raisonnement ne sont reconnues que comme des
hypothèses*, jamais comme des certitudes en mesure de lever irrémédiablement les doutes au sujet de la
thèse que cet argument étaie. L’argument peut néanmoins être valable et contribuer de manière
convaincante à accepter une thèse quant à son caractère plausible ou vraisemblable.

* Il est erroné de confondre l’argument dialectique avec le paralogisme*. Le premier est en lui-même un
argument formellement valide* en dépit du fait que son contenu* ne soit que vraisemblable. Il ne devient
proprement sophistique* ou éristique* que lorsque l’argument est fallacieusement présenté comme un
argument démonstratif (v. Sophisme*). Mais en soi, il est tout à fait légitime de former des raisonnements à
partir de prémisses dont la vérité n’est que plausible pour se porter à la défense d’une thèse, à condition
que le caractère seulement vraisemblable de cette dernière ne soit pas dissimulé dans le jugement final
porté sur elle.

Pour plus de détails, v. Dialectique* et Syllogisme, Typ., Syl. dialec.*.

2\ On appelle argumentation dialectique une tactique argumentative visant à réfuter* un adversaire en le


plaçant dans une situation d’autocontradiction*.

Cela peut se faire de manières diverses, par exemple en retournant contre l’adversaire une thèse* ou une
proposition* qu’il a concédée ab ante et qui s’oppose à une nouvelle qu’il affirme, ou en tirant de cette
thèse ou de cette proposition une conséquence* absurde*. Socrate fit de cette démarche le cœur de sa
pratique de la dialectique* réfutative.

V. en particulier les articles Dialectique, 4\* et Éristique*.

è Termes connexes : Absurde*, Autocontradiction*, Démonstration*, Dialectique*, Éristique*, Órganon*, Syllogisme,


Typ., Syl. dialec.*, Validité*, Vérité*.
_________________________
1. Voir R. Smith, «Aristotle's Logic», 8.1 «Dialectical Premises : The meaning of Endoxos», dans The Stanford Encycl. of Phil.
2. Pour reprendre l’expression de S. Chauvier, «Argumentation», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire
(Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 157.

2\ Autres formes d’arguments philosophiques

Outre la classification canonique d’Aristote (selon les paramètres de la démonstration et de la


dialectique, v. supra), un éventail très large d’arguments furent identifiés, utilisés, discutés et évalués au
cours de l’histoire. On entend par argument philosophique un argument qui, en principe, est recevable
dans une argumentation* en tant que celui-ci étaye ou justifie rationnellement une thèse*. En voici
quelques-uns :

- L’argument a contrario

Raisonnement a contrario* présenté à titre d’argument* en faveur d’une thèse* dans un discours* ou un
débat.

V. Raisonnement, Typ. 2, Rais. a contrario*.

- L’argument analogique

Raisonnement analogique* présenté à titre d’argument* en faveur d’une thèse* dans un discours* ou un
débat.

À ce sujet, v. Raisonnement, Typ. 2, Rais. par analogie*.

Exemple classique d’un argument analogique tiré du Manuel d’Épictète :

«Qu’un enfant plonge le bras dans un vase d’une embouchure étroite, pour en tirer des
figues et des noix, et qu’il en remplisse sa main, que lui arrivera-t-il? Il ne pourra la retirer et
pleurera. ‘Lâches-en quelques-uns (lui dit-on), et tu retireras ta main.’ Toi, fais de même

36
pour tes désirs. Ne souhaite qu’un petit nombre de choses, tu les obtiendras» (Épictète,
Entretiens, livre III, ch. IX).

- L’argument apagogique

Raisonnement par l’absurde* présentée à titre d’argument* en faveur d’une thèse* dans un discours* ou
un débat.

V. Raisonnement, Typ. 2, Rais. apagogique* et Rais. par l’absurde*.

- L’argument a priori*

Synonyme d’argument logique*, rationnel* ou déductif*.

V. Argument démonstratif*, supra.

- L’argument baculinum
ou argument du bâton

Argument* visant à démontrer l’existence du monde extérieur en frappant le sol à l’aide d’un bâton.

* Ne pas confondre avec l’argument ad baculum*.

Le caractère philosophique de cet argument est bien évidemment contestable : l’existence du monde
extérieur ne saurait être démontrée en seule référence au monde extérieur…

V. Mill, J. S., An Examination of Sir Hamilton's Philosophy, Londres, 1865, ch. XI.

- L’argument du bâton " Argument baculinum*

- L’argument logique

Synonyme d’argument a priori*, déductif* ou rationnel*.

V. Argument démonstratif*, supra.

- L’argument par l’absurde " Argument apagogique*

- L’argument empirique
ou a posteriori*

Raisonnement construit à partir de l’observation d’un fait objectif (empirisme*) et présenté à titre
d’argument* en faveur d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Il s’oppose en général à l’argument
logique (a priori*) ou démonstratif* en ce qu’il possède les qualités de l’argument dialectique*.

V. Argument dialectique* (supra) et Argument inductif* (infra).

- L’argument inductif
ou épagogique, a posteriori, empirique

Raisonnement inductif* présenté à titre d’argument* en faveur d’une thèse* dans un discours* ou un
débat. Ce type d’argument est la plupart du temps empirique* ou a posteriori* - sauf dans les cas où la
généralisation porte sur des entités de nature logico-mathématiques (v. Raisonnement inductif*).

V. Argument dialectique* (supra) et Argument empirique* (infra).

- L’argument rationnel

37
Synonyme d’argument a priori*, logique* ou déductif*.

V. Argument démonstratif*, supra.

3\ Les arguments sophistiques

Les genres d’arguments qui ne sont pas recevables dans un discours* philosophique sont légion et
reçoivent luxuriance de formes spéciales. Beaucoup d’entre eux ont en commun d’être constitués de
raisonnements non sequitur*, c’est-à-dire de raisonnements dont la conclusion ne découle pas des
prémisses posées, ou, s’ils sont valides*, d’être formés de prémisses* dont le contenu* de signification* est
faux*. Lorsque ces arguments sont utilisés à des fins de réfutation* (v. l’article), on parle précisément de
réfutation sophistique (au sens de réfutation de type sophistique).

Les développements qui suivent forment système avec l’article Sophisme* (qui donne des caractérisations
plus détaillées).

- L’argument ad antiquitatem
ou ad antiquitam, argument de la tradition

Sophisme de l’appel à la tradition* qui prend la forme d’un argument* présenté en faveur ou en défaveur
d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Ce type d’argument laisse croire fallacieusement qu’il est
légitime de conclure à la vérité ou fausseté d’une thèse au seul motif que celle-ci est sanctionnée ou non
par une tradition ou certaines coutumes. S’oppose à argument ad novitatem*.

Pour le détail, v. Sophisme, Typ., Soph. de la tradition*.

- L’argument ad baculum
ou argument par la force, par la raison du plus fort

è Étymol. : terme latin signifiant bâton (au sens du bâton avec lequel on peut battre quelqu’un).

Variété de sophismes de l’appel aux conséquences* (v. infra) prenant la forme d’un argument* présenté
en faveur ou en défaveur d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Cet argument laisse supposer
tendancieusement qu’il est légitime de conclure à la fausseté ou à la vérité d’une thèse au seul motif que
celle-ci entraîne ou non une forme de punition.

* Ne pas confondre avec l’argument ad baculum*.

- L’argument ad consequentiam
ou argument par les conséquences

Sophisme de l’appel aux conséquences* prenant la forme d’un argument* présenté en faveur ou en
défaveur d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Ce type d’argument laisse croire, dans un objectif
fallacieux, qu’il est légitime de conclure à la fausseté ou à la vérité d’une thèse pour la raison que celle-ci
entraîne ou non des conséquences indésirables. L’argument ad baculum* (supra) appartient à la classe*
des arguments ad consequentiam.

- L’argument ad hominem
ou ad personam

è Étymol. : expression latine signifiant «à l’homme».

Désigne un argument qui n’a de valeur que contre l’adversaire en personne et non pas directement
contre la thèse soutenue par celui-ci. L’argument ad hominem correspond au sophisme de l’attaque à la
personne* en vertu duquel il est tenté d’établir indûment la fausseté d’une thèse* par le truchement d’un
discrédit jeté sur l’individu qui soutient cette thèse.

V. Sophisme, Typ., Soph. de l’attaque à la personne*.

38
- L’argument ad ignorantiam
ou argument d’ignorance

Sophisme de l’appel à l’ignorance* prenant la forme d’un argument* présenté en faveur d’une thèse*
dans un discours* ou un débat. L’argument captieux consiste à faire croire que l’absence de preuve
concernant la fausseté d’une thèse (ou l’ignorance de l’adversaire de ce qui pourrait entraîner sa
fausseté) suffit à en établir la vérité. Une variante consiste à obliger l’adversaire à admettre une certaine
thèse sous prétexte que celui-ci n’est pas en mesure d’en formuler une meilleure.

Formes possibles de l’argument :

- L’adversaire ne connaît aucune évidence contre p, donc p est vrai


- L’adversaire ne connaît aucune évidence pour p, donc non-p est vrai
- L’adversaire ne connaît pas de meilleure thèse que p, donc p est vrai

À titre d’exemple, il ne serait pas rationnel pour un individu de conclure avoir été un enfant adopté en
faisant valoir ne pas être en possession d’évidences confirmant ne pas l’avoir été, ou inversement, de
conclure ne pas avoir été un enfant adopté au seul motif de ne pas être en possession d’évidences
attestant l’avoir été. De la même manière, il ne serait pas acceptable rationnellement de défendre la
thèse selon laquelle les extraterrestres existent sur la base du fait qu’il n’a jamais été prouvé qu’ils
n’existent pas ou encore que les extraterrestres n’existent pas parce qu’il n’a jamais été prouvé qu’ils
existent. Il est possible que les extraterrestres existent ou n’existent pas, indépendamment de toutes nos
tentatives pour prouver ou démontrer l’une ou l’autre des possibilités.

- L’argument ad infinitum " Argument ad nauseam*

- L’argument ad metum
ou in terrorem

Variété de sophismes de l’appel aux émotions* (et d’argument ad passiones*) qui prend la forme d’un
argument* présenté en faveur ou en défaveur d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Ce type
d’argument laisse croire, à des fins de tromperie, qu’il est légitime de conclure à la fausseté ou vérité
d’une thèse au seul motif que celle-ci suscite ou ne suscite pas la peur ou la terreur.

Pour le détail, v. Sophisme, Typ., Soph. de l’appel aux émotions, Variantes, L’appel à la peur*.

- L’argument ad misericordiam
ou argument galiléen

Variété de sophismes de l’appel aux émotions* (et d’argument ad passiones*) qui prend la forme d’un
argument* présenté en faveur ou en défaveur d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Ce type
d’argument laisse croire, de manière trompeuse, qu’il est légitime de conclure à la vérité ou à la fausseté
d’une thèse au seul motif que celle-ci suscite ou ne suscite pas la pitié ou la culpabilité.

Pour le détail, v. Sophisme, Typ., Soph. de l’appel aux émotions, Variantes, L’appel à la pitié*.

- L’argument ad nauseam
ou ad infinitum, ad numeram, la raison par forfait, l’appel aux lieux communs

Nom donné au sophisme de la majorité* qui revêt la forme d’un argument* présenté en faveur ou en
défaveur d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Ce type d’argument laisse croire, à des fins
captieuses, qu’il est légitime de conclure à la fausseté ou à la vérité d’une thèse au seul motif que celle-ci
est ou n’est pas largement reprise et répétée par une collectivité. Il s’agit d’une variante de l’argument ad
populum* (v. infra).

Pour le détail, v. Sophisme, Typ., Soph. de la majorité, Variante* et Argument ad populum*, infra.

- L’argument ad novitatem
ou ad novitam

39
Sophisme de l’appel à la nouveauté* prenant la forme d’un argument* présenté en faveur ou en défaveur
d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Ce type d’argument laisse croire, tendancieusement, qu’il
est légitime de conclure à la vérité ou fausseté d’une thèse au seul motif que celle-ci est ou n’est pas
nouvelle, inédite ou moderne. S’oppose à argument ad antiquitatem*, fondée quant à elle sur la
survalorisation de l’ancien et du traditionnel.

Pour le détail, v. Sophisme, Typ., Soph. de la nouveauté*.

- L’argument ad passiones
ou argument par les émotions, sentiments, passions

è Étymol. : expression formée à partir de passio, -onis (= fait de subir, de souffrir, d’éprouver).

Sophisme de l’appel aux émotions* prenant la forme d’un argument* présenté en faveur ou en défaveur
d’une thèse* dans un discours* ou un débat. Ce type d’argument laisse croire fallacieusement qu’il est
légitime de conclure à la fausseté ou à la vérité d’une thèse au seul motif que celle-ci suscite ou ne
suscite pas une certaine émotion (la peur, la flatterie, la pitié, la honte,…).

Pour le détail, v. Sophisme, Typ., Soph. de l’appel aux émotions*.

- L’argument ad personam

è Étymol. : expression latine signifiant à la personne.

V. Argument ad hominem* (supra) et Sophisme, Typ., Soph. de l’attaque à la personne*.

- L’argument ad populum
ou du consensus, du consentement universel, démagogique, populiste, raison de la majorité, appel à la
masse, appel aux croyances

Sophisme de la majorité* prenant la forme d’un argument* présenté en faveur ou en défaveur d’une
thèse* dans un discours* ou un débat. Ce type d’argument laisse croire, de façon fallacieuse, qu’il est
légitime de conclure à la vérité ou à la fausseté d’une thèse pour la seule raison que celle-ci fait ou ne
fait pas l’unanimité, ou encore correspond ou non au point de vue ou aux croyances du plus grand
nombre. L’argument ad nauseam* en est une variante.

Pour le détail, v. Sophisme, Typ., Soph. de la majorité*.

- L’argument ad verecundiam
ou argument d’autorité, de la parole d’expert, par la foi

Sophisme de l’appel à l’autorité* présenté à titre d’argument* en faveur d’une thèse*, c’est-à-dire un
argument consistant à faire croire qu’il est légitime de conclure à la vérité d’une thèse du seul fait d’être,
pour cette dernière, soutenue (réellement ou prétendument) par une certaine figure d’autorité
(scientifique, religieuse, politique, idéologique,…).

Pour le détail, v. Sophisme, Typ., Soph. de l’appel à l’autorité*.

- Variantes

On appelle spécifiquement argument par la foi un argument qui tire sa justification d’un texte sacré ou
d’une certaine norme religieuse. Dans le domaine proprement moral, on appelle argument d’Aristide (en
référence à Aristide le Juste, homme d’État athénien du VI-Ve s. av. J.-C.) l’intention (fallacieuse) de
légitimer un comportement moral par le fait qu’Aristide, incarnation vivante de la justice, a ou aurait agi
conformément à ce comportement. En généralisant, il s’agit d’un argument visant à justifier* faussement
une thèse* (morale) à partir du cas d’un individu reconnu pour sa droiture morale et qui validerait ou
infirmerait cette thèse.

- L’argument a fortiori
parfois : raisonnement a fortiori

40
è Étymol. : l’expression est tirée du latin a fortiori ratione (= à plus forte raison, raisonnement par la raison la plus forte).

On désigne par cette expression tout paralogisme* ou sophisme* consistant à conclure «du moins au
plus», c’est-à-dire par lequel il est prétendu justifier* une proposition* ou une thèse* «moins forte» par une
autre «plus forte». Ce type d’argument n’est pas valide* puisqu’il est fondé sur le contenu* et non pas sur
la forme*.

C’est le raisonnement auquel fait référence le dicton : qui peut le plus peut le moins. Il est, comme le
raisonnement a contrario* (v. supra) et ab exemplo* (v. infra), d’origine juridique.

Par exemple, si pour protéger la vie menacée de son enfant il est autorisé à tuer (la situation la plus forte),
a fortiori il est donc permis aussi de voler pour le sauver de la famine (la situation la moins forte). Ainsi,
suivant le dicton, celui qui peut le pire (tuer) peut faire le moins pire (voler). C’est un raisonnement qui vise
donc à légitimer le moins sur la base du plus.

- L’argument circulaire
ou diallèle, cercle vicieux, cercle logique

V. Pétition de principe, 2\* et Cercle vicieux*.

- L’argument cum hoc

Sophisme de la fausse causalité* présenté à titre d’argument* en faveur d’une thèse*, soit un argument
consistant à faire passer pour deux événements causalement reliés deux événements qui ne sont en
réalité que simultanés.

V. Cause* et Sophisme, Typ., Soph. de la fausse causalité, Soph. cum hoc*. V aussi Argument post hoc*,
infra.

- L’argument d’Aristide " Argument ad verecundiam*


- L’argument d’autorité " Argument ad verecundiam*
- L’argument de l’appel à la masse " Argument ad populum*
- L’argument de l’appel aux croyances " Argument ad populum*
- L’argument de la tradition " Argument ad antiquitatem*
- L’argument du consensus " Argument ad populum*
- L’argument du consentement universel " Argument ad populum*
- L’argument démagogique " Argument ad populum*
- L’argument galiléen " Argument ad misericordiam*

- L’argument non sequitur

è Étymol. : non sequitur est une expression latine qui signifie qui ne suit pas (les prémisses*).

Argument dont la conséquence* ne découle pas logiquement des prémisses* posées et qui n’est donc
pas par définition une conséquence. Que la conclusion soit vraie* ou fausse* sur le plan du contenu*,
l’argument demeure logiquement non valide*. Les sophismes formels sont des raisonnements non
sequitur.

V. Non sequitur*, Sequitur* et Sophisme, Typ., Soph. formels*.

è Termes connexes : Conséquence*, Sophisme*, Syllogisme*, Validité*, Vérité*.

- L’argument par la foi " Argument ad verecundiam*


- L’argument par les émotions " Argument ad passiones*

- L’argument post hoc

41
Sophisme de la fausse causalité* présenté à titre d’argument* en faveur d’une thèse*, c’est-à-dire un
argument qui fait passer fallacieusement un événement pour la cause* d’un autre du seul fait que celui-ci
le précède sur un plan chronologique.

V. Antécédent, 1\*, Cause* et Sophisme, Typ., Soph. de la fausse causalité, Soph. post hoc*. V.
aussi Argument cum hoc*, supra.

*
* *

ARGUMENTAIRE " Argument*

ARGUMENTATION
ou activité argumentative

è Étymol. : du latin argumentatio, argumentare (= prouver [argumentum = preuve]).

1\ Dans le vocabulaire usuel et classique de la philosophie et de la rhétorique (v. Argument, Ah*),


désigne l’exercice discursif consistant à justifier* ou réfuter* une thèse* par le recours à des arguments*.
Elle est l’acte par lequel on vise à emporter l’adhésion d’un interlocuteur ou un auditoire à une certaine
proposition* ou conclusion par la communication d’un certain nombre de raisons.

2\ L’argumentation désigne aussi plus spécifiquement, en logique de l’argumentation*, le jeu des


échanges où sont opposés deux discours* (thèse* et antithèse*) soutenus par des arguments faisant
l’objet d’un examen. L’activité argumentative est formée de l’enchaînement de moments habituellement
appelés objection*, contre-objection*, concession* et réfutation* (on se reportera à ces articles).

3\ Dans la tradition de la logique aristotélicienne*, l’argumentation est confinée à une activité de type
dialectique* fondée sur le probable ou la vraisemblance, à la différence de l’activité démonstrative à
l’intérieur de laquelle sont présentés non pas des arguments, mais des preuves. Le grand théoricien de
l’argumentation contemporain Ch. Perelman s’éleva contre cette intelligence de l’argumentation (Traité
de l’argumentation, 1958) (à ce sujet, v. Argument, Ah).

L’argumentation est l’une des réalités les fondamentales de l’univers philosophique, voire de tout
domaine à l’intérieur duquel se déploie une forme de rationalité. Elle exprime l’idée selon laquelle une
proposition* ou une thèse*, pour être acceptée ou y adhérer, doit d’être justifiée par un argumentaire*
dont celle-ci découle et dont elle tire sa justification*1 (v. Charge de la preuve*). Sur le plan rhétorique,
psychologique et relationnel, l’argumentation a partie liée au phénomène de la persuasion. Dans son
Traité de l’argumentation (1958), Ch. Perelman proposa de l’argumentation la définition suivante : elle est
«l’étude des techniques discursives permettant de provoquer ou d’accroître l’adhésion des esprits aux
thèses que l’on propose à leur assentiment2». Une argumentation efficace, ajouta-t-il plus loin, «est celle
qui réussit à accroître cette intensité d’adhésion, de façon à déclencher chez les auditeurs l’action
envisagée (action positive ou abstention), ou du moins à créer, chez eux, une disposition à l’action, qui
se manifeste au moment opportun3». C’est ainsi que le théoricien, en associant argumentation et
persuasion, fut reconduit à réhabiliter l’ancienne tradition de la rhétorique et à promouvoir son
renouvellement (à ce sujet, v. Argument, Ah* et Log. de l’argumentation, Ah*).

- Structure et analyse argumentative

On appelle structure argumentative l’organisation logique et dynamique des arguments qui étayent et
visent à justifier* une thèse* dans un discours et analyse argumentative la mise au jour analytique* des
éléments qui forment cette organisation. La complexité de la structure varie selon les types d’arguments
en présence, leur formulation, leur nombre et les liens qui les unissent. En complément avec l’analyse des
arguments, l’analyse de la structure vise à permettre l’évaluation de l’argumentation présentée.

TYPOLOGIE DES STRUCTURES ARGUMENTATIVES

On rencontre des structures argumentatives simples et complexes, selon que les arguments concourent
directement ou indirectement, individuellement ou liés à d’autres, à étayer et justifier une thèse*. Les deux
types de structures peuvent se rencontrer en même temps dans le même discours*4.

42
1\ La structure simple

La structure simple est une structure argumentative au sein de laquelle les arguments concourent
directement, individuellement ou collectivement, à appuyer et justifier* la thèse. Il est diverses figures de
structures simples :

- La structure à argument unique, où une thèse est étayée par un seul argument :

a1
ê
thèse

Lorsqu’un seul argument est apporté à la faveur d’une thèse, il y a intérêt à ce que l’argument soit d’une
grande force de conviction puisqu’il constitue la seule raison avancée pour justifier celle-ci.

- La structure à argumentation convergente, où une thèse est étayée par plusieurs arguments qui
contribuent directement à soutenir la thèse, mais qui n’entretiennent pas de liens mutuels :

a1 | a2 | a3 | an
î ê ê í
thèse

Chaque argument constitue en quelque sorte une raison indépendante en faveur de la thèse. Cette
structure à arguments multiples offre l’avantage d’appuyer la thèse en dépit du fait que des objections
pourraient ruiner ou affaiblir quelques-uns de ces arguments.

- La structure à argumentation liée, où une thèse est justifiée par des arguments solidaires :
a1 + a2 + a3 + an
ê
thèse

Les arguments liés forment en quelque sorte un seul et même grand argument. Chaque argument ne
contribue que partiellement à montrer le bien-fondé de la thèse.

2\ La structure complexe

La structure complexe est une structure argumentative où les arguments qui la forment participent
indirectement à appuyer la thèse, c’est-à-dire dont certains arguments ont pour fonction non pas de
justifier* la thèse de manière directe, mais d’étayer et justifier la valeur d’autres arguments au sein de
l’argumentaire.

Par exemple :
a1 a1 + a2 + a3

ê ê
a2 a3
ê ê
a3 thèse
ê
an
ê
thèse

L’argumentation complexe possède la structure du polysyllogisme* (v. l’article).

43
L’argumentation globale peut être l’assemblage d’une argumentation simple et complexe, comme dans
l’exemple suivant :
a1
ê a8 | a9
a2 ê í a11 + a12 + a13 a17 + a18

ê a5 + a6 ê ê

a3 ê a14 + a15 è a19


ê a7 è a10 ê ê
a4 a16 a20
î ê í í

thèse

Dans cet exemple d’une structure composée de vingt arguments, la thèse n’est justifiée directement que
par quatre arguments (a4, a10, a16 et a20). Chacun de ces arguments est à son tour soutenu par d’autres
arguments qui n’étayent ainsi la thèse que de manière indirecte. Certains d’entre eux sont des arguments
eux-mêmes liés à d’autres arguments (c’est le cas pour les arguments a5 + a6, a11 + a12 + a13, a14 + a15 et
a17 + a18).

è Termes connexes : Analyse*, Antithèse*, A posteriori*, A priori*, Calcul des prédicats*, Conséquence*, Démonstration*,
Discours*, Empirisme*, Explication*, Fonction prop.*, Inférence*, Logique, 1\*, Log. de l’argumentation*, Objection*,
Syllogisme, Typ., Polysyllogisme*, Prémisse*, Preuve*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. par analogie.*, Réfutation*, Syllogisme,
Les modes du syl. et Typ., Épichérème*, Thèse*, Validité*, Variable*, Vérité*.

- Bibliographie

Anscombre, J.-C, et Ducrot, O., L’argumentation dans la langue, Bruxelles, Mardaga, 1983 ; Laramée, H., Doyon, F.,
Mosquera, G., Vigneault, G., L’art du dialogue et de l’argumentation, Chenelière Éducation, 2009 ; Perelman, C. et
Olbrechts-Tyteca, L., Traité de l’argumentation. La Nouvelle Rhétorique, Bruxelles, Éd. de l’Univ. de Bruxelles, 1958, 3e
éd., 1976 ; Ch. Plantin, L’Argumentation, PUF, coll. Que sais-je?, 2005; Van Emeren, F. H., Grootendorst, R. et Kruiger, T.,
The Study of Argumentation, New York, Irvington, 1984.
_________________________
1. Hansen-Løve, L. (dir.), La philosophie de A à Z, Paris, Hatier, 2011, p. 36.
2. Perelman, Ch. et Olbrechts-Tyteca, L., Traité de l’argumentation. La Nouvelle Rhétorique, Bruxelles, Éd. de l’Univ. de
Bruxelles, 1958, 3e éd., 1976, p. 5.
3. Perelman, Ch. et Olbrechts-Tyteca, L., op. cit., p. 59. Cité par Ch. Plantin, dans L’Argumentation, PUF, coll. Que sais-
je?, 2005, pp. 36-37.
4. Inspirée du texte de Laramée, H., Doyon, F., Mosquera, G., Vigneault, G., L’art du dialogue et de l’argumentation,
Chenelière Éducation, 2009, pp. 53-55. V. aussi Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation,
raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ. Laval, 2006, pp. 812-818.

*
* *

ARITÉ " Calcul des prédicats*


ARITHMÉTISATION DE LA LOGIQUE " Logicisme, Ah*
ARS NOVA " Logique scolastique, Caractères de la log. scolastique*
ARS VETUS " Logique scolastique, Caractères de la log. scolastique*

ASSERTION
ou affirmation*, proposition affirmative*, déclaration*, proposition assertée ou apophantique*

è Étymol. : du latin adsertio (d’adserere = affirmer), qui traduit le grec apophansis.

1\ Synonyme large de proposition* ou jugement* (on consultera ces articles).

44
2\ En logique traditionnelle*, correspond à proposition affirmative* (v. Proposition, Typ., la proposition
affirmative* et Affirmation*). Asserter une proposition signifie que celle-ci est tenue pour vraie1.

3\ En logique moderne*, opération par laquelle une proposition* est posée comme vraie* dans le cadre
d’une théorie donnée.

Par exemple, 5 + 2 = 7 est une assertion (une proposition vraie) dans la théorie des nombres naturels. En
logique, on parle d’assertion logique pour désigner une proposition vraie qui peut être utilisée comme
prémisse* dans un raisonnement (v. Démonstration* et Raisonnement, Typ. 1, Rais. dém.*). On doit cette
définition de l’assertion à F. L. G. Frege2 dans sa Begriffsschrift («Écriture du concept») (1879).
_________________________
1. S. Auroux,, «Assertion», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol.,
éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 174.
2. Sur le sens frégéen de l’assertion et sa différence d’avec l’affirmation*, et concernant l’évolution du terme
d’assertion chez le logicien polonais S. Leśniewski et la critique de son usage métalinguistique chez L. J. J. Wittgenstein,
voir Vernant, D., «Assertion», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS,
2013 (2006), p. 64. Sur l’emploi pragmatique du concept d’assertion chez Frege, v. l’article de Vernant, D., Ibid.

ASSERTORIQUE

è Étymol. : du latin adsertio (= affirmation*).

1\ En logique traditionnelle*, désigne une proposition* qui ne comporte pas de modificateur* (tou
uparchein chez Aristote), c’est-à-dire qui est simplement attributive. Elle ne réfère simplement qu’à une
relation entre un prédicat* à un sujet*, sans indiquer, au moyen d’un modificateur*, la manière dont est
affectée cette relation. Les propositions assertoriques sont l’une des trois principales sortes de propositions
de la logique aristotélicienne*, avec les propositions apodictiques* et problématiques*. On nomme
syllogisme assertorique* (ou catégorique) tout syllogisme dont les propositions qu’il contient ne sont pas
modalisées (le syllogisme assertorique est chez Aristote privilégié par rapport au syllogisme modal, v. Log.
modale*).

V. Proposition, Typ., La prop. attributive* et Syllogisme, Typ., Syl. modal*.

2\ En une acception plus spécifiquement épistémologique, nom donné chez Kant à la modalité
(subjective) du jugement* énonçant une vérité contingente* (synonyme de jugement de fait*) et
s’opposant ex definitiones à la modalité de la nécessité*.

V. Apodictique, Ah*, Proposition, Typ.* et Jugement, Typ., Jug. de fait*.

è Termes connexes : Apodictique*, Contingence*, Jugement, Typ., Jug. de fait, 1\*, Log. non-modale*, Modificateur*,
Proposition, Typ*.

ASSOCIATIVITÉ (règle de l’)

Règle de transformation* du calcul propositionnel* indiquant les équivalences* entre des propositions*
logiques par le déplacement ou suppression des parenthèses.

- Associativité de la disjonction* (ν) :

(p ν (q ν r)) ≡ ((p ν q) ν r)
((p ν q) ν r) ≡ (p ν (q ν r))

- Associativité de la conjonction* (л) :

(p л (q л r)) ≡ ((p л q) л r)
((p л q) л r) ≡ (p л (q л r))

45
- Associativité de l’équivalence* (≡) :

((p ≡ q) ≡ r) ≡ (p ≡ (q ≡ r))
(p ≡ (q ≡ r)) ≡ ((p ≡ q) ≡ r)

Comme somme logique* et multiplication logique* :

(p + q) + r ≡ p + (q + r) = p + q + r
(pq)r ≡ p(qr) = pqr

L’associativité ne vaut pas pour l’implication matérielle* (v. l’article). La règle de l’associativité logique
dérive du vocabulaire de l’algèbre (à ce sujet, v. Log. math.*, Algèbre de Boole* et Algèbre de la log.*).

è Termes connexes : Règle de transformation*.

ASSOCIATIVITÉ DE LA CONJONCTION " Associativité*


ASSOCIATIVITÉ DE LA DISJONCTION " Associativité*
ASSOMPTION " Mineure*

ASYLLOGISTIQUE

Caractère d’une inférence* ou raisonnement déductif* valide* qui n’a pas la forme du syllogisme*.

La logique stoïcienne* laissait place à des raisonnements déductifs dont la forme n’était pas syllogistique,
par différence de la logique aristotélicienne*. Par exemple :

Il est jour,
Or tu dis qu’il est jour
______________________
Donc tu dis la vérité

Le premier plus grand que le second


or le second plus grand que le troisième
____________________________________________
donc le premier plus grand que le troisième

À l’Âge classique, le mathématicien et naturaliste allemand J. Jung, dans sa «logique hambourgeoise»


(Logica Hamburgensis, 1638), exposa diverses inférences assylogistiques - l’existence de ces formes
irrégulières d’inférence, tout à fait légitimes sur le plan logique, aurait fit forte impression sur G. W. Leibniz1.
Jungius identifia les quatre formes irrégulières suivantes :

- les equipollentiæ per inversionem relationis. Par exemple :

David est le père de Salomon


________________________________
Donc, Salomon est le fils de David

Ce syllogisme se fonde sur l’échange de la position du sujet et du prédicat. Ceci renvoie aux analyses
d’Aristote portant sur les termes relatifs ou corrélatifs (voir Opposition, Typ., 1. Opp. des concepts, 4\*).

- les consequentiæ a compositis ad divisa et a divisis ad composita. Par exemple :

12 est divisible par 4 et par 3


_____________________________
Donc, 12 est divisible par 4

12 est divisible par 4


12 est divisible par 3
___________________________________

46
Donc, 12 est divisible par 4 et par 3

Ces formes de syllogisme furent l’objet de certains développements (inachevés) par Aristote, dans son
texte Sur l’interprétation (11, 20b, 31-21 à 33)2 (bien que son système de logique soit essentiellement une
syllogistique*).

- les consequentiæ simplices a rectis ad obliqua procedentes. Leibniz donna l’exemple célèbre suivant :

Tout cercle est une figure


__________________________________________________
Donc, celui qui décrit un cercle décrit une figure3

- les syllogismes obliques. Par exemple :

Le carré d’un nombre pair est un nombre pair


6 est un nombre pair
_____________________________________________
Le carré de 6 est un nombre pair

Aristote lui-même donna curieusement une première ébauche de ces syllogismes dans ses Premiers
analytiques (I, 36)4.
_________________________
1. À ce sujet, voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 195-196, et
Jungius, J., Logica Hamburgensis facsimile reproduction of the original edition (Hamburg, 1638), éd. par R. W. Meyer et
J. J. Augustin, Hambourg 1957. Leibniz écrivit dans ses Nouveaux essais : «Il y a des conséquences asyllogistiques
bonnes et qu’on ne saurait démontrer à la rigueur par aucun syllogisme sans en changer quelque peu les termes» (IV,
XVII) (cité par Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la philo., Paris, PUF, 1968, p. 88). Sur les relations entre Leibniz
et Jungius, voir Cassirer, E., «Leibniz und Jungius», dans Beiträge zur Jungius-Forschung, Prolegomena zu der von der
Hamburggischen Universität beschlossenen Ausgabe der Werke von Joachim Jungius, Hambourg, 1929.
2. Scholz, H., Esquisse d’une histoire de la logique (1931), Paris, Aubier-Montaigne, 1968, p. 70.
3. Omnis circulus est figura, ergo, quicunque circulum describit, figuram describit.
4. Scholz, H., op. cit., pp. 50 et 71.

ATTRIBUT
ou caractéristique*, qualité*, propriété*

è Étymol. : du latin scolastique attributum (= chose attribuée), dérivé du verbe attribuere (= attribuer, attribuer en
propre à).

1\ Dans la terminologie classique de la logique, corrélatif sémantique de prédicat*, soit de tout ce qui est
susceptible d’être affirmé* ou nié* du sujet* dans une proposition*. L’attribut possède aussi cette
signification générale en grammaire (attribut du sujet).

Historiquement, l’acception proprement logique et grammaticale du terme d’attributum (comme


synonyme de prædicatum) est un produit de la logique scolastique*. Celui-ci n’avait pas ce sens à
l’origine dans la langue latine, où le terme fut d’abord et pendant longtemps un terme de rhétorique
(signifiant ce qui permet de caractériser une personne et une action). C’est par analogie que l’attribut
devint ce par quoi est défini un sujet en général, ce qui lui est attribué par l’intermédiaire d’une copule*1.

V. Prédicat*.

» Sur les attributs dialectiques, v. Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq prédicables*.

2\ Au sens métaphysique et épistémologique, le terme d’attribut se rapporte à la caractéristique*, le


caractère, la qualité* (1\) ou propriété* (accidentelle* ou essentielle*) possédée par une substance*.

Dans la métaphysique scolastique*, l’attribut est l’équivalent du propre* et de l’accident* chez Aristote.
Chez T. d’Aquin, le terme d’attributum est utilisé exclusivement pour désigner les caractères divins (bonté,
justice, omnipotence, etc.2).

V. Propriété*, Propre* et Qualité, 1\*.

47
3\ En un sens plus restrictif, l’attribut désigne parfois la propriété essentielle possédée par une substance*.

Cette acception spéciale du concept d’attribut est celle qui prévalut au sein de la tradition rationaliste
moderne, notamment chez R. Descartes et B. Spinoza, pour lesquels l’attribut désigne une propriété
essentielle possédée par une substance3, versus l’accident, qui n’est pas constitutif et ne permet donc en
rien de définir la chose ou d’en saisir l’essence* (v. Accident*)4. Dans Essai philosophique concernant
l’entendement humain, 1689-1690, contre Descartes, J. Locke critiqua l’attribut pris sous cet angle en
faisant valoir que nous n’avons jamais la connaissance certaine (apodictique*) du caractère essentiel
d’un attribut rapporté à une substance, au motif que la liaison entre l’attribut et la substance ne nous est
jamais directement donnée dans l’expérience. Si la liaison est fréquemment rencontrée, la propriété est
alors au mieux générale selon Locke5.

è Termes connexes : Accident, Ah*, Affirmation*, Essence*, Négation*, Prédicat*, Proposition, Typ., Prop. attributive*;
Propre*, Propriété*, Qualité*, Sujet*.
_________________________
1. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, pp. 29-30.
2. Ildefonse, F., «Attribut», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013
(2006), p. 71.
3. Descartes écrivit en effet, dans ses Principes de la philosophie (1644) : «Lorsque je pense plus généralement que ces
modes ou qualités sont en la substance, sans les considérer autrement que comme les dépendances de cette
substance, je les nomme attributs» (I, 56). Et B. Spinoza, dans le même esprit, écrivit : «Per attributum intelligo id, quod
intellectus de substantia percipit, tanquam ejusdem essentiam constituens - Par attribut, j’entends ce que
l’entendement perçoit de la substance comme constituant son essence» (Éthique, 1677, I, Déf. 4). Spinoza conçut les
attributs comme des modes (essentiels) de la Substance (qu’il identifia à Dieu), dont les seuls qui nous soient
accessibles sont ceux de la pensée et de l’étendue. V. Fontanier, J.-M., op. cit., p. 30 et T. Gonthier, «Attribut», dans Les
notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p.
190.
4. Hansen-Løve, L. (dir.), La philosophie de A à Z, Paris, Hatier, 2011, p. 43.
5. Ildefonse, F., op. cit., p. 71.

ATTRIBUT DIALECTIQUE " Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq prédicables*

ATTRIBUTION, ATTRIBUTIF
ou proposition apophantique*, assertée, prédicative*, lógos àpophantikós

» Sur la proposition attributive (ou catégorique*, assertorique*, déclarative*), v. Proposition, Typ.*, Log.
attributive*, Prédicat* et Catégorique*. V. aussi Catégorématique*.

AUTOCONTRADICTION, AUTOCONTRADICTOIRE

1\ Désigne une proposition* où deux prédicats* contraires sont simultanément affirmés du même sujet* ou
lorsque le principe de non-contradiction* en général n’est pas respecté.

L’autocontradiction est une menace directe à la possibilité de la cohérence* logique et du discours*


philosophique en général. Elle fut vivement dénoncée par Socrate, Platon et Aristote (v. Contradiction,
Contradictoire, Principe de non-contr.*). Dans le Lachès par exemple, Lachès est réfuté par Socrate au
motif que le stratège militaire soutint en même temps l’idée que le courage est une belle chose et que
plusieurs actions, qu’il reconnaissait par ailleurs comme courageuses, ne sont pas belles1.

Le relativisme est une doctrine philosophique pour laquelle la proposition autocontradictoire n’est pas en
soi problématique. En effet, le relativisme, refusant d’admettre l’existence d’une vérité objective ou
absolue, et subordonnant la vérité à la multiplicité des points de vue ou des perceptions individuelles,
rend possible l’attribution de propriétés contraires à un même objet dans la mesure où ces propriétés
n’appartiennent ou n’appartiennent pas à cet objet que selon la perspective individuelle adoptée sur
cet objet.

2\ Synonyme d’antinomie* et de paradoxe 3\*.

48
V. Autoréférence*, Contradiction, Contradictoire, Principe de non-contr., Ah* et Paradoxe, 3\*.

è Termes connexes : Absurde*, Antilogie*, Antinomie*, Autoréférence*, Cohérence, 2\*, Contradiction, Contradictoire,
Principe de non-contr.*, Contraire*, Imprédicativité*, Opposition, Typ.*, Raisonnement, Typ. 2, Rais. par l’absurde*,
Paradoxe*, Réfutation*.
_________________________
1. Voir Platon, Lachès, Euthyphron, Introd. et trad. de Dorion, L.-A., Paris, GF-Flammarion, 1997, pp. 114-118 (192c –
193e).

AUTOLOGIQUE
ou proposition autologique, autoréférentielle

è Étymol. : expression forgée à partir du grec autos (= soi-même) et lógos* (= pensée, raison, langage*, verbe, principe
d’intelligibilité, cause*).

V. Autoréférence*, Imprédicativité*.

AUTORÉFÉRENCE, AUTORÉFÉRENTIEL
ou proposition autologique, autoréférentielle, réflexive, imprédicative* ou non prédicative

1\ Lato sensu, nomme la propriété*, pour une réalité (la conscience, la subjectivité), le langage* (naturel
ou formel*), un système, une proposition*, un terme* ou un concept* de faire référence à lui-même.

V. Métalangage, Métalangue, Métalinguistique*, Langue-objet*, Métalangage*.

2\ En logique*, réfère au caractère d’une proposition* qui fait d’elle-même un référé et pouvant conduire
à un paradoxe* ou autocontradiction* qu’on appelle paradoxe sui-falsificateur (dans la mesure où le
caractère autoréférent de la proposition implique logiquement sa propre fausseté), comme l’est de façon
exemplaire le paradoxe du Menteur1 (v. Paradoxe, Ah*)2. La théorie des types* de Russell est l’une des
méthodes les plus connues de résolution de ces formes de paradoxes (v. l’article), laquelle interdit à un
ensemble d’être élément de lui-même et à une fonction propositionnelle* d’être argument* d’elle-même.

À ce sujet, on consultera Imprédicativité*, Paradoxe, 3\ et Ah*, Théorie des types* et Sujet, Ah*.
_________________________
1. Par exemple la proposition Cette proposition est fausse. Si cette proposition est vraie, c’est alors le cas qu’elle est
fausse (c’est vrai qu’elle est fausse). C’est d’ailleurs exactement ce qu’affirme cette proposition (qu’elle est fausse),
donc elle affirme une vérité (elle est vraie). Étant vraie, c’est donc vrai qu’elle est fausse…, ainsi de suite ad infinitum.
Ce genre de paradoxe donne lieu à des raisonnements* au terme desquels on est amené à chaque fois à conclure à
la proposition inverse (si elle est vraie, alors elle est fausse ; si elle est fausse, alors elle est vraie…). V. Théorie des types*.
2. Sur une typologie relativement exhaustive des paradoxes sui-falsificateurs, on consultera B. Godart-Wendling, «Sui-
falsificateur (paradoxe -)» [log.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 2495-2498.

AXIOME
ou proposition anapodictique*, indémontrable*, primitive (principe premier*, principe commun* ou
notions communes* chez Aristote)

è Étymol. : le terme apparut en français au XVIe s. comme traduction du latin axioma (= ce qui est jugé convenable,
juste), lui-même issu du grec àxiôma (= valeur, prix et ce qui est vrai sans démonstration*1).

1\ Dans le vocabulaire classique et usuel de la philosophie, on entend par axiome toute proposition*
primitive dont la vérité* est apodictique* (évidente* par elle-même ou ex terminis [selon la terminologie
de l’École), analytique* et a priori*.

2\ En logique traditionnelle*, l’axiome est précisément défini au sens précédent, mais aussi comme une
proposition dont la vérité est anapodictique*, c’est-à-dire non tirée d’une proposition qui lui serait
antérieure et dont elle dériverait. Lui-même dispensé de toute démonstration* (il est un indémontrable*),
l’axiome peut servir de prémisse* dans un syllogisme démonstratif*. Il s’oppose à théorème*, qui est une

49
prémisse ayant déjà fait l’objet d’une démonstration préalable.

* Ne pas confondre avec le postulat*, qui est sémantiquement proche du terme d’axiome, à la
différence que le postulat est une proposition que l’on demande temporairement de considérer comme
vraie et dont la démonstration sera donnée ultérieurement. V. Postulat*.

La première définition proprement technique (2\*) de l’axiome remonte à Aristote, qui définit celui-ci
comme une proposition apodictique*, soit une proposition dont la vérité est immédiatement donnée (v.
Apodictique*), à l’instar par exemple de ce que peut être le postulat*, mais qui au surplus est
anapodictique* dans la mesure où son caractère apodictique est tel que la proposition se passe de toute
démonstration* (ce qui n’est pas le cas du postulat*), tels sont par exemple les axiomes ou maximes de la
géométrie. Sur la différence d’avec le concept de postulat, v. Postulat*.

Suivant une remarque d’Aristote (en Mét., Γ, 3, 1005b33), l’axiome est tenu pour un jugement analytique*2
et, clairement depuis E. Kant, un principe a priori*, c’est-à-dire une proposition première dont la vérité est
saisie dans son universalité* et sa nécessité* par la seule intelligence rationnelle, sans référence à quoi que
ce soit d’intramondain.

On distingua plus tardivement parfois entre axiomes analytiques*, qui dérivent des principes logiques
(comme ceux d’identité* et de non-contradiction*) et axiomes synthétiques*3, dont l’application
concerne une matière spéciale, par exemple, la géométrie.

3\ Chez les stoïciens, corrélatif sémantique de lekta* (exprimable, proposition*).

V. Proposition, Prop. logique et langage naturel*.

- Analyse historique

Aristote usa des expressions de principe commun et notion commune pour parler de l’axiome (en Sec.
anal., 1, 2, 72a18-b4 et 1, 2, 72a23, ainsi que 1, 2, 76b14, où il écrivit koinà axiomata). Le philosophie
introduisit le concept d’axiome dans le cadre d’une recherche sur les conditions que doivent satisfaire les
propositions placées au point de départ des syllogismes démonstratifs* ou de qualité proprement
scientifique (v. Syllogisme, Typ., Syl. démonstratif*). Nonobstant leur valeur, Aristote ne se mit jamais en
peine d’en donner un recensement complet, ni même partiel, se satisfaisant plutôt à ne circonscrire, ça
et là dans son œuvre, que les plus fondamentaux, notamment le principe de non-contradiction*.
L’axiome représente précisément chez Aristote le moyen par lequel est expliqué* qu’un prédicat
appartienne nécessairement et universellement à un sujet (à ce propos, v. Démonstration, Typ., Dém.
propter quid*, Cause* et Syllogisme, Typ., Syl. dém.*).

Dans le même esprit, Euclide d’Alexandrie (v. 300 av. J.-C.) parla de notions communes ou ordinaires
(koinai ennoiai) pour désigner les principes premiers à partir desquels il établit sa célèbre géométrie par
enchaînements déductifs (p. ex. Les choses égales à une même chose sont égales entre elles ; Le tout est
plus grand que la partie). Cette méthode géométrique inspira celle mise de l’avant dans le rationalisme
moderne (R. Descartes et B. Spinoza notamment. Concernant Descartes, v. Raisonnement, Typ. 1, Rais.
déductif, 1\*).
_________________________
1. F. Lowenthal, «Axiomatique», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 219, qui reprend cette information de Dauzat (1938).
2. Voir Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la philo., Paris, PUF, 1968, p. 106.
3. Ibid.

AXIOMATIQUE, AXIOMATISATION
ou système d’axiomes, théorie axiomatique, théorie déductive, méthode axiomatique

è Étymol. : expression forgée d’après le terme d’axiome (v. Axiome, Étymol.*).

En logique moderne*, depuis F. L. G. Frege, le terme d’axiomatique réfère à l’ensemble des axiomes*
inhérent à un système formel* donné. On parle précisément de théorie axiomatique (ou déductive) pour
désigner une théorie dont les règles d’inférence* ou lois* sont entièrement déduites, par enchaînements
démonstratifs*, à partir de ce système d’axiomes. Ces axiomes forment ce qu’on appelle communément

50
les hypothèses* (le terme est pris dans son sens logique, v. Hypothèse, Étymol.*) ou conditions* du
système. V. Complétude*.

En tant que partie de la logique, une axiomatique est un système démonstratif* entièrement symbolisé et
finalisé par l’exposé de l’organisation logique d’un groupe de propositions* primitives et des règles
d’inférence* ou de dérivation grâce auxquelles est dérivable l’ensemble des autres propositions du
système (propositions dérivées appelées théorèmes*). Le nombre des axiomes (qui forme l’alphabet du
système) doit être réduit au strict minimum et ceux-ci ne doivent pas présenter entre eux de
contradiction.

Les axiomes reconnus de la logique traditionnelle* sont le principe d’identité*, le principe de non-
contradiction* et du tiers exclu*, reconnus par Aristote comme axiomes* logiques.

L’axiomatisation est établie sur un mode a posteriori* ou a priori*. Dans le cas de la première forme, dont
le résultat est appelé axiomatique matérielle ou informelle, l’axiomatisation est entreprise à partir d’objets
appartennant à un univers pré-existant, c’est-à-dire que les axiomes sont formulés après-coup de manière
à décrire primitivement cet univers (c’est le cas par exemple de la géométrie d’Euclide). Dans le
deuxième cas, l’axiomatique, qualifiée alors de formelle, est posée antérieurement à l’univers auquel elle
donne existence (les premières constructions de ce genre remontent au mathématicien D. Hilbert, v.
infra).

- Analyse historique

L’axiomatisation de la logique est l’un des caractères fondamentaux de la logique moderne*.


Cependant, elle fut l’objet de certains développements dont les origines remontent aussi loin que
l’Antiquité, notamment chez Aristote1, Euclide d’Alexandrie (v. 300 av. J.-C.) et C. Galien2 (IIe s.). Le projet
fut tenté également dans la Modernité par G. W. Leibniz, chez qui les axiomes euclidiens devaient être
réduits en nombre (faisant du principe d’identité* le seul qui soit véritablement indémontrable*), et par le
scolastique italien G. G. Saccheri (Logica demonstrativa, 1697), qui laissa sa marque dans l’histoire de
l’axiome des parallèles et celle de la géométrie non euclidienne3. À l’Âge des Lumières, dans sa querelle
qui l’opposa au rationaliste leibnizien Ch. Wolff – chez qui le principe de raison suffisante (v. Cause*)
pouvait se déduire de l’axiome de non-contradiction* (v. Contradiction, Contradictoire, Principe de non-
contr.*) -, le philosophe et théologien allemand C. A. Crusius, lutta pour sa part contre l’idéal même
d’une axiomatisation et d’une méthode de démonstration, lesquelles à son avis accablaient la logique
depuis ses origines4.

À l’époque contemporaine, on doit la première initiative systématique et rigoureuse d’ordonnancement


axiomatique de la logique (précisément du calcul propositionnel*) à F. L. G. Frege, dans sa Begriffsschrift
(«Écriture du concept») (1879), où il réduisit cette dernière à un ensemble de 133 propositions premières.
Au premier tome des Principia Mathematica (1910), B. A. W. Russell parvint à ramener à cinq seulement le
nombre de ces propositions primitives (symbolisées Pp) (v. Calcul prop.*). Si Frege et Russell usèrent d’un
connecteur binaire* différent dans leur axiomatique (la disjonction* pour le premier et l’implication* pour
le second), ils firent en commun l’usage de celui, unaire*, de la négation*. H. M. Sheffer démontra en 1913
(«A set of Five Independent Postulates for Boolean Algebra, with application to logical constants») que
l’axiomatisation de l’algèbre de Boole* (parachevé par le logicien allemand et mathématicien E.
Schröder, v. Calcul log.*) peut faire l’économie de la négation et ne reposer que sur l’usage d’un seul
connecteur, celui de l’incompatibilité* (la barre de Sheffer*) ou de la bi-négation*. Le logicien français J.
Nicod démontra plus tard que la barre de Sheffer pouvait suffire aux fins d’une axiomatisation complète
du calcul propositionnel (v. Barre de Sheffer* et Connecteur, Incomp.*)5.

Les premiers projets contemporains d’axiomatisation de la logique, tel celui présenté dans les Principia
Mathematica6, accordèrent encore une place relativement importante à l’évidence* logique. Mais à
cette première axiomatisation «naïve» succéda une approche plus rigoureuse, inspirée directement du
développement des mathématiques qui s’étaient déjà engagées dans cette voie (chez D. Hilbert, dans
ses Grundlagen der Geometrie [Fondements de la géométrie] 1899, où le mathématicien procéda à
l’axiomatisation de la géométrie euclidienne, v. Métalogique* et Métamath.*), visant à définitivement
battre en brèche tout recours à l’intuition par la réduction intégrale de tous les enchaînements déductifs
à des procédures mécaniques formelles explicitement exprimées7 (v. Absolutisme log.*).

Si l’axiomatisation et la formalisation des axiomatiques furent des tendances lourdes de la logistique*


moderne à ses débuts, leur développement ne se fit toutefois pas sans résistance. L’une des résistances

51
les plus significatives fut offerte par L. J. J. Wittgenstein et E. L. Post avec leurs travaux sur les tables de
vérité*, procédures de décision dont l’usage se généralisa rapidement et au moyen desquelles il est
possible de déterminer mécaniquement la valeur de vérité des variables propositionnelles* sans devoir
recourir à des axiomes et parcourir des longues suites d’enchaînements démonstratifs. Par ailleurs, le
développement des systèmes logiques sans axiome et des nouvelles méthodes de calcul, comme la
déduction naturelle* du logicien allemand G. K. E. Gentzen8, l’intuitionnisme brouwerien (v. Log.
intuitionniste*) qui s’opposa à la réduction logiciste des mathématiques (v. Logicisme*), l’avènement de
l’approche métalinguistique et métalogique*9, sont autant de facteurs qui contribuèrent au
démantèlement et, au final, à la ruine du projet axiomatique contemporaine - et à celle de la
perspective de l’absolutisme logique* en général12. Dans cette histoire, il faut considérer bien sûr les
conséquences des deux théorèmes d’incomplétude* de K. Gödel (1931), qui démontrèrent qu’aucun
système formel* (du moins ceux écrits dans un langage logique* de premier ordre*, tel le système des
Principia Mathematica, 1910-1913 [v. Calcul des prédicats, Ah*]) ne peut être démontré au moyen des
seuls principes qu’il contient (les systèmes axiomatiques formalisés contenant tous au moins une
proposition indécidable*, c’est-à-dire indémontrable*) et que pour ce faire le recours à des éléments
extérieurs est nécessaire (v. aussi Logicisme, Ah*).

Le principe de tolérance (ou de conventionnalité, de tolérance de la syntaxe) formulé par le néo-


positiviste R. Carnap (Logische Syntax der Sprache, 1934, § 17) fut l’expression de cet échec de
l’absolutisme logique*. Ce principe met de l’avant le caractère foncièrement arbitraire du choix des
axiomes pour un système :

«En logique, il n’y a pas de morale. Chacun a la liberté de construire sa propre logique,
c’est-à-dire sa propre forme de langage, comme il le souhaite. Tout ce qui est exigé est
que, s’il souhaite en discuter, il doit énoncer clairement ses méthodes et fournir des règles
syntaxiques plutôt que des arguments philosophiques11».

Ce point de vue appartient à ce qu’on appelle la conception conventionnaliste de la logique12 (v.


Absolutisme* et Conventionnalisme*) et se trouve au fondement du pluralisme logique* dont est
aujourd’hui affectée la logique (v. l’article). L’Américain W. V. O. Quine s’opposa à cette conception de
la logique et au caractère «fondationnel» de la convention, exerçant sa rigueur à montrer que la logique
est présupposée dans l’activité par laquelle sont établies les conventions elle-même13 - l’axiomatisation ne
répond alors qu’à des objectifs techniques et pédagogiques «post-fondationnels».

è Termes connexes : Absolutisme log.*, Anapodictique*, A priori*, Apodictique*, Barre de Sheffer*, Calcul log.*,
Connecteur, Incompatibilité et Bi-négation*, Contradiction, Contradictoire, Principe de non-contr.*, Conventionnalisme*,
Démonstration*, Évidence*, Jugement, Typ., Jug. anal.*, Log. moderne*, Métalogique*, Principe commun*,
Raisonnement, Typ. 1, Rais. déd.* et dém.*, Postulat*, Principe*, Principe d’identité*, Système formel*, Tiers exclu*, Vérité*.

- Bibliographie

Blanché , R., L’axiomatique, Paris, PUF, coll. Quadrige, 1955 ; Cavaillès, J., Méthode axiomatique et formalisme, Paris,
Hermann, 1938 ; Kennedy, H. C., «The origins of modern axiomatics: Pasch to Peano», dans The American Mathematical
Monthly 79, 1972, pp. 133–136.
_________________________
1. À ce sujet, v. Scholz, H., Esquisse d’une histoire de la logique (1931), Paris, Aubier-Montaigne, 1968, pp. 21 et 25.
2. Scholz, H., op. cit., p. 64.
3. Ibid., p. 65.
4. Ibid., p. 71. Sur la récusation par Crusius du principe de raison suffisante*, v. Carboncini-Gavanelli, S., «Christian
August Crusius und die Leibniz-Wolffische Philosophie», dans Studia Leibnitiana - Suppl. 26, Stuttgart, 1986.
5. À ce sujet, voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 343-344.
6. Ibid., p. 348
7. Ibid., pp. 347-348. Aussi : Julien, V., «Analytique\synthétique», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd.
Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013 (2006), p. 80.
8. Dans ses «Untersuchungen über das logische Schliessen» (Recherches sur la déduction logique), dans Math.
Zeitschrift, 1934. V. Déduction naturelle*.
9. Blanché, R., op. cit.,pp. 357-358.
10. Concernant tous ces sujets, v. l’ouvrage de R. Blanché intitulé L’axiomatique, Paris, PUF, coll. Quadrige, 1955. Pour
un panorama général, on consultera: Kennedy, H. C., «The origins of modern axiomatics: Pasch to Peano», dans The
American Mathematical Monthly 79, 1972, pp. 133–136.
11. Vernant, D., «Axiomatique», dans Dict. des concepts philos.., op. cit., p. 79. La citation est tirée de Carnap, R., The
Logical Syntax of Language (1934 en allemand), Londres, Kegan Paul trench, Trubner & Co., 1937, pp. 51-52.
12. Voir Rungaldier, E., Carnap's Early Conventionalism: an Inquiry into the Background of the Vienna Circle,
Amsterdam, Rodipi, 1984.

52
13. Voir Putnam, H., «Convention: a theme in philosophy», dans Realism and Reason, Cambridge Univ. Press, 1983, pp.
172-173.

53
B_________________________________________________________
BACULINUM (argument ou argumentation) " Argument, Typ., Arg. baculinum*

BAMALIP
syllogisme ou raisonnement en -, mode -, Barbari

En logique traditionnelle*, nom du premier mode valide* de la quatrième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Bamalip est formé de deux prémisses de type A* et d’une conséquence* de type I*.
Équivalent logique du syllogisme en Baralipton*.

Tout a est b (A)


Or tout b est c (A)
_________________________
Donc, quelque c est a (I)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Tout m est mt
Or tout mt est M
______________________
Donc, quelque M est n

Par exemple :
Tout être courageux est vertueux
Or tout être vertueux est sage
___________________________________________
Donc, quelques êtres sages sont courageux

Le syllogisme en Bamalip porte le nom de Barbari dans la Logique de Port-Royal*, 1662) (v. Barbari*).

Ce mode peut se ramener au mode parfait Barbara* (à ce sujet, v. Syllogisme, Réduction des modes
imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les modes du syl.*.

BARALIPTON
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom donné au premier mode indirect de la première figure du syllogisme*,
équivalent logique du syllogisme en Bamalip* et Barbari*.

Tout b est c (A)


Or tout a est b (A)
_________________________
Donc, quelque c est a (I)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Tout mt est m
Or tout M est mt
________________________
Donc, quelque m est M

Par exemple :

54
Tout être vertueux est courageux
Or tout être sage est vertueux
___________________________________________
Donc, quelques êtres courageux sont sages

V. Syllogisme, Les fig. du syl., 1re fig.*.

BARBARA
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du premier mode valide* de la première figure du syllogisme*. Les trois
propositions qui forment le raisonnement* en Barbara sont de type A*.

Dans ses Premiers analytiques, Aristote définit ce mode dans les termes suivants : «Si A [est prédiqué] de
tout B, et B de tout C, [il y a] nécessité que A soit prédiqué de tout C1» (I, 4, 25b, 37).

Tout b est c (A)


Or tout a est b (A)
______________________
Donc, tout a est c (A)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Tout mt est M (A)


Or tout m est mt (A)
______________________
Donc, tout m est M (A)

Par exemple :
Tout être vertueux est courageux
Or tout être sage est vertueux
___________________________________________
Donc, tout être sage est courageux

Les modes imparfaits de syllogismes dont le nom commence par la lettre B peuvent être ramenés au
mode Barbara, premier mode parfait (à ce propos, v. Syllogisme, Réduction des modes imparfaits aux
modes parfaits*).

Le syllogisme en Barbara figure parmi les exceptions (la plus éminente étant donné son statut chez
Aristote) au principe général voulant que le raisonnement déductif suive un mouvement allant de
l’universel* vers le particulier*2. En effet ici, la conclusion est tout aussi universelle que les prémisses dont
elle découle (les autres modes possédant une conclusion universelle étant Celarent* (EAE), Cesare* (EAE),
Camestres* (AEE) et Camenes* (AEE)). V. Raisonnement, Typ. 1, Rais. déd.*.

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*. V. aussi Singulier, Ah*.

» Sur la visualisation du mode Barbara par les diverses méthodes diagrammatiques, v. Diagramme
logique*.

» Sur son expression dans le symbolisme du calcul propositionnel, v. Calcul prop.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 51, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.
2. Verneaux, R., Introduction générale et logique, Paris, Beauchesne et ses fils, 1964, p. 88. Notons cependant que dans
le syllogisme en Barbara, la conclusion, bien qu’elle soit universelle, possède une extension* plus petite que celle des
prémisses* dont elle découle.

BARBARI

55
1\ Nom du mode traditionnel Bamalip* dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683).

2\ Nom scolastique* du mode Barbara lorsque les subalternes* particulières sont prises en compte. Il
correspond au premier mode indirect de la première figure du syllogisme (v. Baralipton*).

V. Syllogisme, Les modes du syl.* et Bamalip*.

BAROCO
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du quatrième mode valide* de la deuxième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Baroco est formé d’une majeure* de type A*, d’une mineure* de type O* et d’une
conséquence* de type O*.

Dans ses Premiers analytiques, Aristote définit ce mode dans les termes suivants : : «Si M appartient à tout
N, mais non à quelque X, [il y a] nécessité que N n’appartienne pas à quelque X1».

Tout c est b (A)


Or quelque a n’est pas b (O)
_______________________________
Donc, quelque a n’est pas c (O)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Tout M est mt (A)


Or quelque m n’est pas mt (O)
_________________________________
Donc, quelque m n’est pas M (O)

Par exemple :
Tout être courageux est vertueux
Or quelques êtres sages ne sont pas vertueux
__________________________________________________
Donc, quelques êtres sages ne sont pas courageux

Le mode Baroco peut être ramené au mode parfait Barbara* par une réduction par l’absurde (à ce sujet,
v. Syllogisme, Réduction des modes imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.

BARRE DE SHEFFER
ang. : Sheffer stroke

En calcul propositionnel*, autre nom donné au connecteur* de l’incompatibilité* et dont la table de


vérité* est la même que celle du NON-ET* (Nand).

Découverte en 1913 par H. M. Sheffer1, la barre de Sheffer ne fut véritablement connue et n’entra dans
l’usage qu’après son utilisation dans l’édition de 1925 des Principia Mathematica (1910-1913) de B. A. W.
Russell et d’A. N. Whitehead. Elle occupe une place importante dans les travaux de logique
mathématique* de W. V. O. Quine.

V. Connecteur, Incomp.*. V. aussi Axiome, Ah* et Logique combinatoire*.


_________________________
1. Sheffer, H. M., «A set of Five Independent Postulates for Boolean Algebra, with application to logical constants», dans
Transactions, American math. Society 14, 1913, pp. 481-488.

56
BICONDITIONNEL,LE " Connecteur logique, Typ., Équivalence*
BINAIRE, BINARITÉ " Bivalence*

BIVALENCE
thèse, principe ou loi de bivalence ou de binarité, logique bivalente, binaire ou à deux valeurs

Thèse, principe* ou loi* en vertu duquel une proposition* ou les variables* d’un système* n’admettent
qu’une seule des deux valeurs suivantes : le vrai* ou le faux*. La logique bivalente est synonyme de
logique binaire ou de logique à deux valeurs. S’oppose à multivalence* ou plurivalence.

La logique traditionnelle* (soit incluant la logique attributive* aristotélicienne et, marginalement, les
rudiments de la logique propositionnelle* stoïcienne véhiculée à travers elle, v. Lod. trad.*) est une logique
à deux valeurs. L’algèbre de Boole* en logique moderne* l’est par ailleurs, cette dernière n’admettant en
effet que deux valeurs possibles : 1 et 0 (v. Algèbre de Boole*). Le principe de bivalence est l’une des
thèses fondamentales du calcul propositionnel* et du calcul des prédicats* de la logique moderne
classique*, avec celle de la vérifonctionnalité*. La logique moderne* admet cependant aussi des
logiques pluri- ou multivaluées* (V. Log. moderne, Typ.* et Multivalence*).

Il ne faut pas associer étroitement le principe de bivalence à celui du tiers exclu* (lequel est en fait une
notion plus large : un système peut respecter ce principe sans être nécessairement bivalent) (v. Tiers
exclu*).

La binarité suppose la thèse philosophique de la discontinuité, qui énonce la possibilité de décrire les
phénomènes au moyen de catégories discrètes binaires, en excluant l’existence d’un spectre
intermédiaire continu1. Les logiques plurivalentes sont nées en réaction aux limites conceptuelles imposées
par cette approche classique (v. Multivalence*).

- Analyse historique

Le problème classique des futurs contingents* tel que traité chez Aristote (Sur l’interprétation*) témoigne
déjà d’une certaine forme d’hésitation de la part du Stagirite quant à la réduction possible du problème
à la simple alternative : il est vrai ou il est faux qu’il y aura une bataille navale demain. Aristote fit valoir le
fait que de déterminer comme vraies* ou fausses* de telles propositions impliqueraient respectivement, et
paradoxalement, la nécessité* ou l’impossibilité* d’un événement défini pourtant par ailleurs comme non
déterminé de manière nécessaire* (v. aussi Futurs contingents* et Multivalence*).

Cet épineux problème fut aussi discuté chez les logiciens du Portique, notamment Chrysippe de Soles, qui
n’eut pas de scrupule quant à lui (pour des raisons métaphysiques, v. Nécessité, 1\*) à appliquer
systématiquement le principe de bivalence à toutes les propositions (en l’occurrence les axiomata ou
propositions logiques), incluant celles portant sur des événements futurs. Épicure (IVe – IIIe s. av. J.-C.), qui
prit le parti d’une métaphysique du hasard*, et si l’on en croit l’auteur latin Cicéron (Sur le destin [De
fato]2), se serait rangé du côté d’Aristote en refusant d’attribuer quelque valeur de vérité aux propositions
portant sur le futur.

è Termes connexes : Algèbre de Boole*, Calcul prop.*, Contradiction, Contradictoire, Principe de non-contr.*, Log.
bivalente*, Log. moderne, Typ., Log. non-classiques*, Multivalence*, Tiers exclu*, Table de vérité*, Valeur de vérité*.
_________________________
1. S. Auroux, «Binarité», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd.
Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 235.
2. Voir Scholz, H., Esquisse d’une histoire de la logique (1931), Paris, Aubier-Montaigne, 1968, p. 61.

BOCARDO
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du cinquième mode valide* de la troisième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Bocardo est formé d’une majeure* de type O*, d’une mineure* de type A* et d’une
conséquence* de type O*.

Quelque b n’est pas c (O)

57
Or tout b est a (A)
_______________________________
Donc, quelque a n’est pas c (O)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Quelque mt n’est pas M (O)


Or tout mt est m (A)
_______________________________
Donc, quelque m n’est pas M (O)

Par exemple :
Quelques êtres vertueux ne sont pas courageux
Or tout être vertueux est sage
___________________________________________
Donc, quelques êtres sages ne sont pas courageux

Le mode Bocardo peut se ramener au mode parfait Barbara* par une réduction par l’absurde (à ce sujet,
v. Syllogisme, Réduction des modes imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.

58
C_________________________________________________________
CADRE EXTENSIONNEL " Extension*
CALCUL " Calcul logique*
CALCULABILITÉ " Calcul logique*, Théorie de la calculabilité*
CALCUL AFFAIBLI " Logique moderne, Typ. des «nouvelles logiques» modernes, 2\*
CALCUL BOOLÉEN " Algèbre de Boole*
CALCUL COMPOSITIONNEL " Vérifonctionnalité*
CALCUL DES CLASSES " Logique des classes*, Classe*
CALCUL DES ÉNONCÉS " Calcul propositionnel*
CALCUL DES ÉQUIVALENCES " Calcul équivalentiel*
CALCUL DES FONCTIONS " Calcul des prédicats*

CALCUL DES PRÉDICATS


ou calcul des prédicats du premier ordre, logique de premier ordre, calcul des relations ou des fonctions,
logique des prédicats, théorie des variables apparentes (dans les Principia de Russell)

Langage formel* ou système formel* développé en logique classique* (F. L. G. Frege, B. A. W. Russell) et
qui englobe une bonne partie de la logique traditionnelle*. Il s’agit d’une méthode de calcul logique*
conçue aux fins de la vérification de la validité* des propositions* (à l’instar du calcul propositionnel* qui
en est une partie). Le calcul des prédicats est fondé sur l’analyse des constituants primitifs des propositions
et se caractérise particulièrement par la quantification* des variables. La proposition y est analysée en
termes de fonction propositionnelle* (équivalent du prédicat* et de la relation) et d’argument (\3*)
(équivalent du sujet*), la notion d’implication* jouant le rôle de copule* fondamentale. Le calcul des
prédicats peut aussi être représenté dans la logique intuitionniste* et, dans le cadre d’un usage très
différent de la négation* et de la contradiction*, dans le système de la logique minimale*.

Le langage formel du calcul des prédicats est formé d’un ensemble de symboles représentant :

- des fonctions propositionnelles* (P, Q, R,…) - chacune d’elle étant dotée d’une arité ou nombre
d’arguments (3\*) (ou objets) qui les complètent (la fonction est un prédicat* lorsqu’elle est une
fonction à un argument et une relation lorsqu’elle est une fonction à n arguments). Ces arguments
sont notés par :
- des variables* d’individus (x, y, z,…, qui symbolisent des objets individuels non déterminés),
- des constantes* d’individus (a, b, c,…, qui symbolisent des objets individuels déterminés), ou
- d’autres fonctions (dites d’ordre 2).

Le symbolisme comporte aussi :

- des connecteurs* logiques (ceux du calcul propositionnel* : ¬, л, ν, ⊃, ≡,…),


- deux quantificateurs* (l’universel ∀ et l’existentiel ∃), et
- divers symboles de ponctuation (« », ( ),…), utiles à la clarification.
- des modificateurs* peuvent être aussi intégrés à la formalisation. V. Tautologie, 3\*.

L’énoncé (2\*) suivant :


∀x(Px) л ∃x∀y(xRy)

se lit : tout x est P et il existe un x tel que pour tout y, x est en relation R avec y.

On appelle prénexe une formule dont les quantificateurs figurent en premier et s’étendent sur elle
complètement. Des règles de transformation permettent de convertir les formules en formules prénexes,
de manière à pouvoir tester subséquemment leur validité* (bien que certaines formules, pourtant valides,
résistent au pouvoir de ces règles)1.

59
On complétera cet article en se reportant à ceux-ci : Constante*, Variable*, Fonction prop.*, Prédicat*,
Connecteur* et Quantificateur*.

***

Aux fins de la détermination de la validité* des raisonnements*, le calcul des prédicats utilise des
quantificateurs* (universel ∀ et existentiel ∃) qui introduisent la référence à des classes d’objets et relations
entre les objets (v. Quantificateur, Typ.*). Leur utilisation permet une puissance d’analyse supérieure à
celle dont est capable le simple calcul propositionnel*. Selon l’arité ou nombre d’arguments qui
complètent ou que requièrent les fonctions propositionnelles, à savoir un, deux ou plusieurs, on est en
présence d’un prédicat unaire* (ou monadique) (Pa, Pb, Px, Py,…), binaire* (ou dyadique) (Pab, Pxy) ou
n-aires* (ou n-adiques) P (a, b, c,…, n).

Les fonctions propositionnelles, relations ou prédicats, possèdent diverses propriétés, notamment la


réflexivité (aPa), la symétrie (aPb – bPa), l’antisymétrie [(aPb л bPa) – a = b] et la transitivité [(aPb л bPc)
– aPc].

Le calcul des prédicats admet classiquement les trois règles d’inférence* suivantes2 :

1) A, A–B 2) C – A(x) 3) A(x) – C


B C – ∀xA(x) ∃xA(x) – C

- Logique de premier ordre et d’ordre supérieur

On appelle calcul des prédicats de premier ordre (ou de logique de premier ordre, associée à la logique
classique*) celui dont les quantificateurs ne portent que sur les variables d’individus ou d’objets, calcul
des prédicats de deuxième ordre (ou logique de second ordre) celui dont les quantificateurs portent sur
les ensembles d’individus et les symboles de fonctions ou de prédicats de ces individus (les variables de
prédicat), et enfin calcul d’ordre supérieur (ou logique d’ordre supérieur) celui dont les quantificateurs
portent sur les ensembles d’ensembles d’individus (v. Théorie des types*). Bien que la puissance
d’expression de la logique d’ordre deux soit supérieure à celle de premier ordre (non seulement pour
exprimer les structures mathématiques (v. Logicisme*), mais aussi des propositions contenant des
prédicats de prédicats [v. Prédicat, Typ.*]), il existe une position selon laquelle la logique aurait néanmoins
cette dernière pour domaine propre (W. V. O. Quine).

- Analyse historique

Certains historiens de la logique font remonter certaines intuitions du calcul des prédicats aussi loin qu’au
disciple d’Aristote, Théophraste d’Érésos (à ce propos, v. Quantificateur, Typ., Ah*)3. Plus près de nous,
dans le cadre de ses tentatives visant à réduire le raisonnement à un calcul logique*, G. W. Leibniz
anticipa lui aussi (Generales inquisitiones, 16864), et plus manifestement que chez le pupille d’Aristote, sur
le calcul des prédicats.

La formalisation* complète de la logique, issue à l’origine des travaux de G. Boole, E. Schröder, et surtout
F. L. G. Frege et G. Peano (v. Calcul log., Ah*, Log. moderne* et Logicisme*) permit d’accroître
considérablement le potentiel d’expression de la logique traditionnelle* fondée sur la simple attribution*
d’un prédicat* à un sujet* (v. Logicisme*, Logique* et Proposition*). Bien qu’il prit véritablement son envol
à partir des Principia Mathematica (1910-1913) de B. A. W. Russell, le calcul des prédicats tire son origine
effective de la logique élaborée par Frege (1879), elle-même anticipée par les travaux de Ch. S. Peirce
(1870, 1885) et H. MacColl (1877) (v. Calcul log., Ah*), pour laquelle le sujet et le prédicat ne sont plus
interprétés dans leur sens logique traditionnel (soit le prédicat comme «ce qui est affirmé d’un sujet», v.
Fonction prop.*, Argument, 3\*, Prédicat*, Sujet* et Log. attributive*).

Dans la Begriffsschrift («Écriture du concept») (1879), en s’inspirant de la notion mathématique de


fonction, Frege rompit avec l’approche traditionnelle de la logique envisagée sous le rapport d’une
proposition logique attributive en faisant 1\ du prédicat (ou concept, 4\* [Begriff]) une fonction (qu’on
appelle fonction propositionnelle*, terme introduit en logique par G. W. Leibniz), laquelle inclut à la fois le
concept de prédicat dans son sens classique et la copule* qui effectue l’attribution, et en faisant 2\ du
sujet* classique un argument* (3\), dont le rôle logique est de compléter cette fonction5 (argument qui
est soit une constante [un objet déterminé] ou une variable individuelle [pouvant représenter n’importe

60
quel objet]). Soit la proposition suivante :

Phobos est l’une des lunes de la planète Mars.


˜ ˜ ˜
argument1 (a) fonction ou prédicat (P) argument2 (b)
Ξ
Pab

Cette proposition s’analyse comme une fonction propositionnelle en tant que mise en relation («… est
l’une des lunes de…») complétée par deux arguments (Phobos et la planète Mars, qui sont des
constantes d’individus, a et b). Soit le prédicat P, en y ajoutant les deux arguments, on obtient ainsi Pab. P
est ici d’un prédicat binaire (car ilrequiert ici deux arguments ou constantes, v. supra).

La graphie contemporaine n’est plus celle développée par Frege, qui n’était pas commode sur le plan
typographique6. Elle s’inspire plutôt de celle élaborées par B. A. W. Russell dans ses Principia Mathematica
(1910-1913). Pour le logicien britannique, les lettres grecques (φ, ψ, χ) servent à symboliser les fonctions,
alors que les arguments qui les complètent sont symbolisés soit par les lettres x, y, z (lorsqu’ils sont
indéterminés ou ambigus, dans le langage de Russell, représentant alors des variables*), soit par les lettres
a, b, c (lorsqu’ils sont déterminés ou non ambigus, représentant alors des constantes). Ainsi une
proposition vraie pour toutes les valeurs de x s’écrit chez Russell (x).φx, une proposition vraie pour
quelques-unes des valeurs de x s’écrit (∃x).φx ; et enfin une proposition vraie pour aucune des valeurs de
x s’écrit (x).~φx. Russell fonde la logique des classes* sur la théorie des fonctions à un argument, et la
logique des relations* sur celle des fonctions à deux ou plusieurs arguments.

La complétude* du calcul des prédicats fut démontrée par K. Gödel dans sa thèse de doctorat (1929)7.
Son théorème de complétude établit qu’à partir des axiomes* et règles d’inférence* (v. Inférence*) du
calcul des prédicats (de premier ordre), il est possible de déduire l’ensemble des lois logiques (ainsi, tout
ce qui est vrai dans le cadre théorie quelconque formulée dans le langage* de la logique du premier
ordre est démontrable par un théorème* de cette même logique).

è Termes connexes : Argument, 3\*, Calcul log.*, Calcul prop.*, Connecteur*, Extension*, Fonction prop.*, Forme*,
Logique*, Log. trad.*, Log. moderne*, Log. des classes*, Log. des relations*, Opérateur logique*, Proposition*, Proposition
composée*, Quantificateur*, Valeur de vérité*, Table de vérité*; Système formel*, Tautologie, 3\*, Terme*, Variable, 4\*,
Vérité*.
________________________
1. Ed., «Prénexe (forme -)» [log.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 2029.
2. F. Lowenthal, «Inférence (règles d’-)» [log.], dans Les notions philosophiques. op. cit., p. 1289.
3. Blanché, R., op. cit., p. 84. Pour des indications bibliographiques générales sur la contribution de Théophraste à
l’histoire de la logique traditionnelle*, v. Logique*.
4. V. Generales inquisitiones de analysi notionum et veritatum, 1686, dans Opuscules et fragments inédits de Leibniz,
Couturat, L., Paris, Félix Alcan, 1903, pp. 356-399.
5. «Je crois que le remplacement des concepts de sujet et de prédicat par ceux d'argument et de fonction se
maintiendra dans l'avenir» (Frege, Préface à la Begriffsschrift, 1879). «Nous appellerons les arguments pour lesquels φx a
une valeur, valeurs possibles de x ; nous dirons que φx a un sens pour l’argument x quand φx a une valeur pour cet
argument» (Russell B., La théorie des types logiques, dans Revue de Métaph. et de Morale, 1910, p. 267). V. aussi
Théorie des types* et Calcul log., Ah*.
6. Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 315.
7. La démonstration de Gödel fut simplifiée par le logicien américain L. A. Henkin (The completeness of formal systems,
1947).

CALCUL DES PRÉDICATS DU PREMIER ORDRE " Calcul des prédicats*


CALCUL DES PROPOSITIONS " Calcul propositionnel*
CALCUL DES RELATIONS " Calcul des prédicats*
CALCUL DE PREMIER ORDRE " Calcul des prédicats*, Logique moderne, Typ., Calculs élargis*
CALCUL DE SECOND ORDRE " Calcul des prédicats, Logique de premier ordre et d’ordre supérieur*,
Logique moderne, Typ., Calculs élargis*
CALCUL ÉLARGI " Logique moderne, Typ. des «nouvelles logiques» modernes*

61
CALCUL ÉQUIVALENTIEL
ou calcul des équivalences

C’est ainsi qu’on appelle le mode de calcul partiel* fondé sur la reconstruction du calcul propositionnel*
sur la seule base du connecteur* propositionnel de l’équivalence*. Il constitue en ce sens un sous-
système du calcul propositionnel.

V. Équivalence* et Log. moderne, typ., Calculs partiels*.

CALCUL EXTENSIONNEL " Calcul propositionnel*

CALCUL FONCTIONNEL

Nom donné à une forme moderne du calcul des prédicats*.

V. Calcul des prédicats*

CALCUL IMPLICATIONNEL

Mode de calcul partiel* fondé sur la reconstruction du calcul propositionnel* sur la seule base du
connecteur* propositionnel de l’implication*.

V. Implication* et Log. moderne, Typ. des «nouvelles logiques» modernes*.

CALCUL LOGIQUE
ou calcul logistique

è Étymol. : du latin calculus (= caillou).

On lira cet article en parallèle avec Logique moderne*.

En logique moderne*, désigne une suite d’expressions symboliques ou signes organisés entre eux en vertu
de règles logiques* prédéfinies (une syntaxe*) et sur lesquels sont effectués des procédures mécaniques
acheminant à un résultat nécessaire*. Ces signes sont strictement formels*, c’est-à-dire vidés de tout
contenu* de signification* particulier. La notion de calcul logique est au cœur de ce qu’on appelle
logique mathématique* ou logistique* moderne. Le calcul des prédicats* et le calcul propositionnel* qui
en est une partie sont des méthodes de calcul logique.

Le calcul logique se distingue du calcul mathématique (forme originelle de calcul) en ce qu’il porte sur
des relations non pas entre des quantités, mais entre des qualités. L’analogie entre les opérations logiques
et algébriques fut surestimée par un certain nombre de logiciens, notamment J.-H. Lambert et G. Boole1
(v. Ah*, infra).

Le calcul logique moderne prend essentiellement la forme du calcul des prédicats* et du calcul
propositionnel* qui en est un registre.

V. aussi Matrices (méthode des)*, Méthode sémantique*, Méthode syntaxique* et Table de vérité*.

- Analyse historique

Le calcul logique est sans aucun doute le concept le plus fondamental de la logique moderne*. Sa
première définition explicite et non spécifiquement mathématique remonte au savant allemand G. W.
Leibniz, qui le premier conçut le projet de réduire tous les raisonnements* à une procédure mécanique
appliquée sur des symboles formels (à ce propos, v. Calculus ratiocinator* et Log. moderne*) et pouvoir
idéalement ainsi fournir les moyens de solutionner n’importe quel conflit d’opinion et controverses
philosophiques2. Sur le projet d’un traitement mathématique de la logique et la constitution d’un calcul
logique, Leibniz reconnut certains devanciers, notamment le polymathe catalan R. Lulle (XIIIe s.), ainsi que

62
T. Hobbes3, plus près de lui. Toutefois, certes ces derniers en conçurent le programme, mais chez le
philosophe anglais celui-ci ne fut même jamais amorcé, et s’il le fut chez Lulle, c’est malheureusement de
manière fort «défectueuse», pour reprendre le mot de Leibniz4. C’est à celui-ci qu’il faut véritablement
savoir gré d’une réelle tentative de réduction du raisonnement à une forme de calcul, comme l’attestent
les nombreux passages de son œuvre où Leibniz esquissa diverses méthodes sérieuses pour y arriver5. Si le
projet logique de Leibniz demeura cependant inachevé, c’est à une longue succession de chercheurs,
philosophes et mathématiciens ultérieurs que l’on doit sa véritable mise en oeuvre. Aux XVIIIe s. et XIXe s.,
des auteurs tels J.-H. Lambert, J. D. Gergonne et B. Bolzano jouèrent à ce titre un rôle important, à côté de
plusieurs autres, dont G. Ploucquet6. J.-H. Lambert, auteur d’une série de travaux sur le calcul logique7 et
en particulier sur le traitement algébrique de la logique, resta cependant - tel Leibniz dont il reçut
l’influence par Ch. Wolff -, captif des cadres conceptuels de la logique traditionnelle*. Soulignons que les
travaux du philosophe et mathématicien français, à l’instar des autres en général, se heurtèrent aux
résistances offertes par l’interprétation intensionnelle de la logique (ou de la proposition dans forme
attributive*) à servir de support à un calcul formel8, lequel ne trouve seulement son expression véritable
que lorsque la logique est abordée sous un angle extensionnel (v. Proposition, Interprétation de la prop.
en intension et en extension, Classe*, Log. des classes*).

En marge de ces difficultés internes liées à l’approche de la logique, il est de nombreuses recherches,
issues d’approches et projets philosophiques très divers, qui furent sérieusement attentatoires au
développement de la logistique moderne. L’oeuvre du Pragois germanophone B. Bolzano (Contributions
à un exposé mieux fondé de la mathématique, 1810) anticipa à maints égards sur la logique moderne, et
en particulier sur certains aspects des travaux de G. Boole et surtout de F. L. G. Frege, à qui on accorde
communément le mérite d’en être les premiers fondateurs. Toutefois, si plusieurs développements du
projet de Bolzano pressèrent le pas à l’émancipation définitive de la logique de son carcan classique,
devançant même Boole sur ce point, son entreprise ne fut jamais directement finalisée par l’idée d’une
arithmétisation ou algébrisation de la logique, la réduction des procédures du raisonnement ou des règles
de déduction* à un calcul. Le projet du savant bohémien dans sa Théorie de la science
(Wissenschaftslehre, 1837) resta plutôt rattaché à l’objectif inverse, en quelque sorte, de renouveler la
logique aux fins d’une fondation rigoureuse des mathématiques et des sciences en général. Bolzano se
méfia ex professo d’une telle réduction systématique de la logique à une simple série d’opérations
logiques effectuées sur des symboles, réduction qu’il vit comme une forme d’aveuglement en regard de
la tâche réelle de la logique9, de nature épistémique.

Toujours du côté allemand, ce jugement négatif sur la logique formelle* fut également porté par
l’idéalisme post-kantien, inter alia, et surtout par G. W. F. Hegel. Dans sa Wissenschaft der Logik (Science
de la logique, 1812-1816), non seulement le philosophe rejeta en effet toute distinction entre forme et
contenu de la connaissance et tourna en dérision toute entreprise dont le dessein serait celui de réduire
la logique à un pur formalisme, mais il afficha aussi son opposition en particulier face à tout projet de
réduction de la logique à l’exécution d’un calcul10, tel que R. Lulle, G. W. Leibniz et G. Ploucquet s’y
essayèrent.

Dans son célèbre Système de logique déductive et inductive (1843), le Britannique J. S. Mill offrit lui aussi
une tenace opposition à la constitution d’une logique formelle, mais pour des motifs qui relèvent cette
fois du parti pris empiriste. Selon Mill, la logique est pour la vérité une condition certes nécessaire,
cependant insuffisante : celle-ci n’est qu’un instrument intellectuel placé au service d’une science qui se
rapporte aux faits intramondains. La logique ne peut être un moyen pour la découverte des preuves*, sa
fonction se limitant à l’estimation de ces preuves seulement après leur découverte par voie empirique. Le
raisonnement ne peut donc jamais être vidé de son contenu et réduit à un pur formalisme puisqu’il est
essentiellement finalisé par le projet d’une recherche de la vérité dans l’horizon des sciences11, c’est-à-
dire selon le projet d’exprimer les attributs réels possédés par les choses du monde observable.

En dépit des résistances de ces diverses tendances doctrinales, une tradition logico-philosophique qui
remonte à W. Hamilton, J. F. Herbart, R. H. Lotze, F. L. G. Frege et E. G. A. Husserl put contribuer
favorablement à l’épanouissement d’une logique formaliste* et une éventuelle assimilation du
raisonnement à un calcul. Récupérant la distinction kantienne entre forme et contenu de la pensée12, le
métaphysicen écossais Hamilton mit au point une approche strictement formelle de la logique (qu’il
appela Nouvelle Analytique - New Analytic) visant à séparer définitivement la logique de tout aspect
psychologique et épistémologique, et propre à parachever, en le corrigeant, le système de la logique
hérité d’Aristote13. Cette correction porte sur la quantification, qu’Aristote appliqua au seul sujet. En
ajoutant au sujet quantifié un prédicat quantifié, le logicien écossais constitua une typologie des
propositions composée de huit possibilités logiques (v. Proposition, Typ., Selon la double quant. de

63
Hamilton* et Quantificateur, Ah*). Si la découverte fut saluée à l’époque et encore par des historiens plus
récents14, il faut néanmoins se garder d’y voir, au regard de la logique formelle moderne, une anticipation
opératoire : la quantification logique actuelle implique la détermination ou l’indétermination de la valeur
existentielle du sujet auquel est rapporté un prédicat dans une proposition, distinction absente de la
logique traditionnelle* dans laquelle demeura donc encore prisonnière le projet d’extension de la
quantification de Hamilton (à ce propos, v. Quantificateur, Ah*).

Or, c’est cette distinction, et pour être précis cette dissolution de la valeur existentielle des propositions
universelles (par leur mise en forme hypothétique ou conditionnelle*), qui ouvrit directement la voie à la
logique moderne. C’est au grand pédagogue allemand J. F. Herbart au début du XIXe s. que l’on doit
créditer de la première tentative visant à construire une logique fondée sur la forme hypothétique
comme mode d’expression fondamental de la pensée15 et dont la logique serait précisément la science.
En abrogeant tous les absolus pour ne laisser place qu’aux relations formelles posées entre les termes dans
une proposition* (un rapport que peuvent avoir un sujet et un prédicat donnés), Herbart fut le premier
logicien contemporain à prendre le parti d’une logique des relations* (consacrée chez A. De Morgan plus
tard) et à prendre officiellement ses distances vis-à-vis du présupposé classique de la valeur existentielle
de l’universelle et de la forme catégorique : «dans toute relation, écrivit-il, il y a une hypothèse, et aucun
relatif n’est susceptible d’être posé absolument16». Ainsi, s est p signifie simplement, indépendamment de
l’existence de s, que si s est pensé dans une proposition (en tant qu’antécédent*), alors le prédicat p doit
lui être rapporté (en tant que conséquent*). Dans toute proposition, indépendamment de son extension
(particulière ou universelle), le prédicat n’est plus pensé dans son appartenance* essentielle à un sujet
présumé existant (dans le droit fil du dogme classique de l’interprétation de la proposition en
compréhension*), mais seulement dans son rapport conditionnel* à ce sujet, si celui-ci devait être pensé.
Herbart fit véritablement œuvre de pionnier de la logique formelle moderne en faisant reposer sa
syllogistique sur les deux seuls principes fondamentaux que sont le modus ponens* et modus tollens* et en
interprétant la proposition comme la position d’une dépendance d’une fonction logique à l’égard d’une
autre fonction logique (v. infra). Le philosophe allemand R. H. Lotze prit plus tard (Logik, 1843 ; System der
Philosophie, Erster Theil. Drei Bücher der Logik, 1874) le flambeau de cette approche de la logique pure
émancipée de tout contenu matériel et concentrée sur les seules conditions formelles de ce qui est
pensé.

L’approche formaliste naissante rencontra une opposition directe dans les travaux du philosophe et
psychologue autrichien F. Brentano. Dans son étude sur les rapports entre la représentation et le
jugement, présentée dans sa célèbre Psychologie vom empirischen Standpunkt (Psychologie d’un point
de vue empirique, 1874), celui-ci soutint, conformément à la tradition de la logique traditionnelle*, que
toutes les formes traditionnelles de la proposition se prêtent à une interprétation existentielle, c’est-à-dire
que toutes posent catégoriquement l’existence de leur sujet : la combinaison des représentations dans
l’esprit, sous forme d’un jugement*, par l’usage du terme être, traduit selon Brentano l’idée selon laquelle
tous les jugements sont au fond des jugements d’existence (v. Copule, Copulation*)17.

» Sur la contribution historique respective de Herbart et Brentano sur la logique moderne par l’usage de
l’universalité et de l’existence comme quantificateurs, v. Quantificateur*.

En marge de ces acquis théoriques dont la logistique moderne est le produit, la dernière grande escale
dans la constitution d’un calcul logique fut accomplie par une série de déplacements théoriques au
terme desquels furent constituées les assises de l’analyse mathématique de la logique. Une lignée de
travaux sur la logique datant de la fin du XIXe s., nonobstant leur caractère bien souvent remarquable,
offrit encore un certain temps une opposition préjudiciable à l’accomplissement de cette dernière phase,
du fait de leur inféodation à la tradition classique18. À l’intérieur de cette dernière ligne de résistance, le
psychologisme* occupa l’avant-poste, avec ses tentatives de fonder la logique sur des considérations
purement empiriques et matérielles, en l’occurrence ici psychologiques. On doit à F. L. G. Frege et E. G. A.
Husserl principalement d’avoir porté le coup fatal à la logique psychologique (v. Psychologisme* pour le
détail), tous les deux acquis au statut objectif des lois* logiques et à une logique pure dont la vérité est
parfaitement indépendante de toutes circonstances empiriques et contingentes19 (logique pure que
Husserl appela logique transcendantale* – transzendentale Logik).

En parallèle à la tradition philosophique qui contribua à l’avènement de la logique moderne par


l’objectivisation des lois* de la logique (Bolzano, Frege, Husserl) et la mise sur pied d’une interprétation
hypothétique de la proposition (Herbart, Lotze), c’est l’application des mathématiques au traitement des
problèmes de logique qui donna proprement naissance à la possibilité, pour les procédures du
raisonnement, d’être effectivement ramenées à un calcul ou une série d’opérations mécaniques portant

64
sur des signes. On est redevable à G. Boole et à ses travaux d’«algébrisation» de la logique (présentés
dans ses ouvrages de 1847 et 185420) pour la première logique authentiquement mathématique (v. Log.
math.*). C’est lui qui parvint le premier, par la traduction complète des lois de la syntaxe logique par
celles de la syntaxe algébrico-mathématique, à la réduction complète du raisonnement déductif à un
calcul (pour tous les détails, v. Algèbre de Boole*). Boole ramena la procédure visant à solutionner un
problème de logique à celle :

1\ de traduire les données du problème dans la syntaxe symbolique donnée et mettre ainsi le problème
en équations21 ;
2\ de réaliser l’ensemble des opérations algébriques qui s’imposent (c’est ici que s’effectue proprement
le calcul) et ;
3\ d’établir la traduction du résultat obtenu dans le langage logique* d’origine.

Boole promut explicitement la subordination de la logique aux mathématiques et la rupture de celle-ci


d’avec la traditionnelle métaphysique et l’étude de l’existence réelle22.

Une importante réserve s’impose cependant quant à la place qu’occupe cette algèbre de la logique*
dans l’histoire du concept contemporain de calcul logique : l’algèbre de Boole, si elle put contribuer
directement à l’émancipation de la logique de son carcan classique et à préparer le terrain de la
logique mathématique moderne, resta cependant prisonnière d’une conception selon laquelle la
logique peut recevoir intégralement (moyennant quelques amendements, voir Algèbre de Boole*) un
traitement de type mathématique, c’est-à-dire qu’elle est susceptible d’être entièrement réduite à une
syntaxe et à des équations originellement conçues pour le calcul numérique. Comme l’ont montré des
logiciens ultérieurs (Ch. S. Peirce, J. J. Jørgensen), cette approche de logique interprétée au travers du
spectre de l’algèbre (v. Algèbre de la log.*), si elle est opératoire et originale sous plusieurs aspects, n’est
pas pour autant exempte de défauts23 et se fonde sur une surestimation de l’isomorphie entre les
symbolismes logique et mathématique.

Moult apports ultérieurs contribuèrent à réduire le fossé qui séparait encore le calcul logique de son
acception proprement contemporaine. Une vingtaine d’années après la parution des ouvrages de Boole,
W. S. Jevons24 présenta un système de logique pure (pure logic) et un concept de calcul logique dégagé
de sa référence trop étroite au calcul mathématique orienté vers le traitement des quantités. Le logicien
britannique s’opposa à la subordination de la logique à toute forme de calcul numérique et au système
artificiel auquel Boole parvint en particulier par l’approche algébrique (le calcul booléen* ne fut en rien à
son avis un «système de logique»). Dans son ouvrage de 1864 (Pure logic, or, the Logic of Quality apart
from Quantity), le logicien britannique s’appliqua à montrer que la logique est de nature foncièrement
qualitative et que des notions empruntées aux mathématiques (comme celles de l’addition et
soustraction en l’occurrence) ne sauraient convenir, à moins d’en modifier la signification, au
développement d’une authentique logique pure qui s’accorde mieux avec le cours naturel des
opérations de la pensée25. L’une des contributions majeures de l’approche qualitative de Jevons fut
d’avoir fixé pour la logique moderne l’interprétation non exclusive (ou inclusive) de la disjonction* logique
(que Boole et plus tard J. Venn encore interprétèrent dans un sens exclusif, comme l’est la somme
mathématique), investissant dans ce caractère l’essence de la distinction entre la véritable logique d’une
part, et l’algèbre booléenne et le champ des mathématiques en général26 d’autre part. Si Jevons réduisit
le raisonnement à une série d’opérations non numériques effectuées sur des symboles, il conserva
cependant le signe de l’égalité* comme copule* et l’équation comme forme d’expression ordinatrice du
raisonnement. Jevons fit de cette équivalence logique la pierre d’angle du raisonnement, qu’il dénomma
celui de la substitution des semblables (substitution of similars) - tout raisonnement, quel qu’il soit, implique
une forme d’identité ou égalité reconnue entre un sujet et un prédicat, davantage qu’un simple rapport
d’appartenance* de l’un à l’autre comme chez Aristote et la tradition classique. Le calcul logique de
Jevons fondé sur des équations repose sur les trois formes logiques qu’il reconnut de cette identité27 et les
opérations que celles-ci autorisent, de manière à réaliser cette «substitution des semblables» (p. ex. : A =
AB, or B = BC, donc A = ABC ; B = AB, Or B = CB, donc AB = CB). Jevons soutint l’idée que cette technique
de calcul permet de soutirer des prémisses du raisonnement plus d’informations que ne le permet le
raisonnement syllogistique* classique28.

Malgré les réserves soulevées par Jevons, l’approche algébrico-numérique de la logique telle qu’initiée
par Boole fut avec E. Schröder portée à son parachèvement théorique (Der Operationskreis des
Logikkalküls, 1877, et Vorlesungen über die Algebra der Logik, 1890-1905) et à son axiomatisation*
intégrale chez l’Américain E. V. Huntington («A Set of Independent Postulates for the Algebra of Logic»,
1904, 1933). Pour sa part, A. N. Whitehead, dans A Treatise on Universal Algebra (1898), qui s’intéressa aux

65
fondements de la logique, prit soin de distinguer entre les types spéciaux d’algèbres venant se placer sous
le genre d’une algèbre universelle, à savoir entre celles qui relèvent des algèbres numériques et celles qui
relèvent d’une algèbre proprement logique et non numérique (une algèbre de la logique*) pouvant servir
au traitement analytique de la logique.

L’une des contributions les plus significatives à la constitution du calcul logique au sens de la logistique*
contemporaine est redevable à Ch. S. Peirce, qui abolit l’usage systématique du signe d’égalité
mathématique comme copule* en la remplaçant par la notion plus générale d’inclusion* ou implication
(au sens philonien du terme, v. Implication matérielle*). Le logicien et sémiologue américain démontra
que ce qu’il appela illation logique (illatio en latin = inférence*) est propre à exprimer tout autant la
relation du prédicat au sujet dans la proposition catégorique* (le sujet implique le prédicat) que le lien du
conséquent* à l’antécédent* dans la proposition conditionnelle* (l’antécédent implique le conséquent)
et celui de la conclusion* aux prémisses* dans toute forme d’inférence* (les prémisses impliquent la
conclusion). À sa suite et dans le même esprit, le logicien écossais H. MacColl (1877) fit de la loi de
l’implication rien de moins que la loi* élémentaire du raisonnement et de la pensée en général29. Ce
changement de perspective est à l’origine directe du calcul propositionnel* contemporain. L’introduction
par Peirce d’un nouveau symbolisme formel plus adéquat30, ainsi que celle des quantificateurs*, constitua
une autre percée décisive dans le procès d’affranchissement de la logique de sa cangue traditionnelle
et sa consécration à titre de pure logique des relations* sur laquelle repose le calcul logique
contemporain.

La séparation définitive de l’algèbre et la logique fut la grande œuvre de F. L. G. Frege dans son ouvrage
Begriffsschrift (1879), que la tradition tient aujourd’hui pour le véritable texte fondateur de la nouvelle
logique moderne et en particulier du calcul des prédicats*, ouvrage que d’aucuns vont jusqu’à réputer
comme le plus important texte de logique jamais écrit32 - les travaux de Frege ne furent cependant
reconnus que plusieurs décennies plus tard et ce, essentiellement grâce à B. A. W. Russell31, dont les
Principia Mathemetica furent considérés pendant une certaine période comme le texte de référence de
la logique moderne. Dans sa Begriffsschrift, Frege procéda à la symbolisation rigoureuse et intégrale de la
logique33, de manière à débarrasser celle-ci de toutes les ambiguïtés* du langage* naturel et des
contraintes de sa grammaire qui entravent son épanouissement. L’idéographie ou le projet d’une langue
formulaire de la pensée pure auquel il s’attacha et proposa aux fins d’un renouvellement complet de la
logique - tel qu’il l’expliqua dans la préface à l’ouvrage -, eut pour objectif fondamental de constituer
une forme de procédure de calcul pouvant garantir la validité de n’importe quelles «chaînes
d’inférences». Elle accomplit ainsi le projet imaginé et ébauché quelques siècles plus tôt par G. W. Leibniz
et sa lingua characteristica universalis* (v. supra). La symbolique frégéenne diffère de celle de G. Boole
dans la mesure où, si elle s’inspire elle aussi des mathématiques par son usage des variables* (v. l’article),
n’est point constituée à partir d’elle, mais plutôt à partir des particularités spécifiques de la logique :
l’idéographie que Frege mit sur pied constitua l’acte de naissance officiel de la logique moderne en tant
que logistique* (v. l’article), ainsi que le point de départ du logicisme* (surtout dans son ouvrage
Grundgesetze der Arithmetik [Lois fondamentales de l'arithmétique], 1893 [vol. 1] et 1903 [vol. 2]), dans la
mesure où la généralité reconnue par Frege à son idéographie logique eut pour objectif de dominer sur
les autres symboliques spéciales dont fait partie celle des mathématiques.

Mais la contribution de Frege à l’histoire de la logique* moderne ne s’arrête pas là. Celui-ci constitua non
seulement une idéographie logique émancipée de sa référence servile au symbolisme mathématique,
mais engagea aussi la logique sur une voie indépendante à l’égard de toute structure grammaticale
issue des langues naturelles (à cette initiative contribua parallèlement le mathématicien italien G. Peano
avec son grand projet du Formulario mathematico [1894-1908]34). C’est dans le cadre de cette approche
que Frege put non seulement développer un langage formel* prémuni contre les dangers sémantiques
inhérents au langage ordinaire (polysémie*, ambiguïté*,…), mais qu’il put par ailleurs ruiner définitivement
l’asservissement de la logique à la structure attributive («sujet est prédicat», v. Log. attributive*) et fonder
une authentique logique propositionnelle* sur laquelle peut s’effectuer un calcul logique opératoire.
Frege modifia en profondeur pour la postérité de la logique la signification classique des concepts de
sujet et de prédicat (on se reportera à ces articles)35 en les réduisant à une analyse de la proposition en
termes de fonction complétée par un ou des arguments (v. Calcul des prédicats*).

Les Principia Mathematica, nées de la collaboration de B. A. W. Russell et A. N. Whitehead (publiées en


trois volumes : 1910, 1912 et 1913), forment, avec la Bregiffsschrift de Frege, la somme maîtresse de la
logique moderne. Le propos fondamental des Principia reste bien celui du fondement des
mathématiques (v. la Préface à l’ouvrage), cependant la formalisation* de la logique développée à
cette occasion par Russell (dans le premier volume) comme moyen pour réaliser cet objectif devint

66
l’œuvre fondatrice de la logique classique* moderne, autant pour le calcul propositionnel* que pour le
calcul des relations* contemporain (on consultera ces articles, sect. Ah*).

» Sur les formes nouvelles de calcul de la logique moderne, v. Log. moderne, Typ. des «nouvelles logiques»
modernes*.

è Termes connexes : Algèbre de Boole*, Algèbre de la log.*, Calcul des prédicats, Ah*, Calcul propositionnel,
Ah*, Cal. ratiocinator*, Connecteur, Disj.*, Copule, Copulation*, Démonstration*, Lingua char. univ.*, Logique, 3\, et
sect. sur la Log. moderne, Typ. des «nouvelles logiques» modernes*, Log. des classes*, Log. des relations*, Méthode
sémantique*, Méthode syntaxique*, Quantificateur, Ah*, Système formel*, Table de vérité*.
_________________________
1. Voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 228.
2. Dans une lettre à son homologue E. W. von Tschirnhaus, Leibniz écrivit : «Un calcul n’est rien d’autre qu’une opération
au moyen de caractères, qui a sa place non seulement quand il s’agit de quantités, mais encore dans tout autre
raisonnement». V. Scholz, H., Esquisse d’une histoire de la logique (1931), Paris, Aubier-Montaigne, 1968, p. 133. Sur les
diverses tentatives de réduction du raisonnement à un calcul chez Leibniz, v. Opuscules et fragments inédits de Leibniz,
Couturat, L., Paris, Félix Alcan, 1903, pp. 42-92. V. aussi Syllogisme, Ah*.
3. Voir Couturat, L., La logique de Leibniz, d’après des documents inédits, Paris, Félix-Alcan, 1901, pp. 36-39 et 457-472.
4. Voir Blanché, R., op. cit., pp. 210-211.
5. Ibid., pp. 211-213, où Blanché compare les interprétations divergentes de Couturat et Rescher à ce sujet. Sur les
contraintes que firent peser le canon de la logique traditionnelle* sur les développements de la logique formaliste*
leibnizienne, v. Leibniz, G. W., Opuscules et fragments inédits de Leibniz, L. Couturat, Paris, Félix Alcan, 1903, p. 387, n. 3.
6. G. Ploucquet, Methodus Calculandi In Logicis: Præmittitur Commentatio De Arte Characteristica, 1763. Jørgensen
donna les noms suivants : J. Bernoulli, J. A. Segner, I. H. Tonnies, Holland, J. G. Darjes, M. Busch, Ch. Wolff, S. Maïmon, C.
G. Bardili, Castillon, Semler, Twesten, K. F. Hauber, A. Victorin et M. W. Drobisch (v. A Treatise of formal logic, vol. 1,
Historical development, Copenhague, Levin & Munksgaard, et Londres, Humphrey Milford, 1931, p. 82). Sur l’histoire du
concept de calcul logique, on consultera avec fruit : Boyer, C. B., The history of the calculus and its conceptual
development, New York, Dover Publications, 1959.
7. Voir Blanché, R., op. cit., pp. 224-225.
8. Ibid., p. 227.
9. Ibid., p. 246. On consultera : Sebestik, J., Logique et mathématiques chez B. Bolzano, Paris, Vrin, 1992.
10. V. Hegel, G. W. F., Science de la logique, trad. V. Jankélévitch, Paris, Aubier, 1947, t. I, p. 28 et t. II, p. 396.
11. Voir Blanché, R., op. cit., p. 249, en référence au Système de Mill, Intro., 5 et 7; II, iii, 9.
12. À ce propos, v. Proposition, Typ.*.
13. Voir Hamilton, W., Essay towards a new analytic of logical forms, 1836, dans Lectures, 3e éd., 1874, V. pp. 251-254.
14. Voir Blanché, R., op. cit., p. 256-257.
15. Voir Blanché, R., op. cit., p. 259, qui cite Herbart.
16. J. F. Herbart, Sämmtliche Werke, éd. par G. Hartenstein, Leipzig, Voss, 1851, 1886, p. 470 (cité par Blanché, op. cit.,
p. 259).
17. Voir Brentano, F., Psychologie du point de vue empirique, § 5 et 7. La thèse de la «traductibilité» existentielle des
propositions classiques fut reprise plus tard par le logicien J. Venn.
18. Mentionnons les travaux de H. L. Mansel (Prolegomena logica: an Inquiry into the Psychological Character of
Logical Processes, 1851, revue et augmentée, 1860), où l’auteur, disciple de W. Hamilton, entendit montrer les limites de
la logique définie comme «science de la pensée formelle» [«science of formal thinking»]), ceux de l’Écossais A. Bain
(Logic, deductive and inductive, 2 vol., 1870 - qui prolongèrent la tradition empiriste de J. S. Mill -, de J. N. Keynes
(Studies and Excercices in Formal Logic, Londres, Macmillan & Co.,1884) et des deux philosophes idéalistes britanniques
F. H. Bradley (The principles of Logic, Londres, Oxford, Univ. Press, 1883, 1922) et B. Bosanquet (Logic, or The Morphology
of Knowledge, 2 vol., 1888).
19. Voir E. G. A. Husserl, Recherches logiques, vol. 1 : Prolégomènes à la logique pure. Aussi : Rollinger, R., Husserl's
Position in the School of Brentano, Dordrecht, Kluwer, 1999.
20. The Mathematical Analysis of Logic, being an essay towards a calculus of deductive reasoning (1847), Oxford, Basil
Blackwell, 1948, et An investigation of the Laws of Thought, on Which are Founded the Mathematical Theories of Logic
and Probabilities (ouvrage communément appelé The Laws of Thought, 1854), Chicago, Open Court Publ. Cie, 1940.
21. Voir Boole, G., Laws of Thought, op. cit., p. 70.
22. Cependant, Venn montra que Boole admit néanmoins implicitement l’import existentiel des propositions (v. Voir
Blanché, R., op. cit., p. 261).
23. À ce sujet, voir Blanché, R., op. cit., pp. 277-278. Selon Jørgensen, cité par Blanché, «il faut (…) regarder (la logique
de Boole) comme une application de l’algèbre quantitative aux problèmes de la logique» (A Treatise of formal logic,
vol. 1, Historical development, Copenhague, Levin & Munksgaard, et Londres, Humphrey Milford, 1931, pp. 115-116).
24. Particulièrement dans ses deux ouvrages Pure logic, or, the Logic of Quality apart from Quantity, with remarks on
Boole’s system and the relation of logic and mathematics (1864) et The substitution of similars, the true principle of
reasoning (1869).
25. Voir Blanché, R., op. cit., pp. 279-280.
26. L’acception naturelle de la disjonction comme «ou inclusif» fut pressentie quelques années auparavant par J. S. Mill
(dans son Système de logique déductive et inductive, 1843) et H. L Mansel (dans ses Prolegomena logica: an Inquiry
into the Psychological Character of Logical Processes, 1851, 1860).
27. Jevons distingua entre trois types d’identité logique, l’identité simple (A = B), partielle (A = AB) et limitée (AB = AC)

67
(voir Blanché, R., op. cit., p. 282).
28. À ce propos, voir Blanché R., op. cit., p. 283, qui cite Jevons dans ses Principles of science (I, iv, 8, p. 59).
29. Blanché R., op. cit., pp. 309-310.
30. Ibid., p. 298-299.
31. C’est le jugement que portèrent des auteurs comme J. M. Bocheński et J. van Heijenoort (voir Blanché R., op. cit.,
pp. 311-312, qui donne les références).
32. B. A. W. Russell qui en brossa un tableau louangeur en annexe à ses Principles of Mathematics (1903).
33. Sur les particularités de la symbolisation frégéenne de la logique, qui cherche à éviter le formalisme vide (le signe
exprimant une pensée), voir Blanché R., op. cit., p. 348.
34. Sur le Formulaire mathématique de Peano et son intérêt pour l’histoire de la logique, voir Blanché, R., op. cit., pp.
323-326.
35. Sur le détail de l’idéographie logique de Frege, voir Blanché R., op. cit., pp. 313-317.

CALCUL MINIMAL " Logique minimale


CALCUL LOGISTIQUE " Calcul logique
CALCUL PARTIEL " Logique moderne, Typ. des «nouvelles logiques» modernes, 2\*

CALCUL PROPOSITIONNEL
ou calcul des propositions ou des énoncés, logique propositionnelle ou des propositions, calcul
extensionnel, logique des fonctions de vérité, théorie de la déduction (dans les Principia de Russell).

En logique classique*, formalisme ou théorie logique qui constitue l’interprétation la plus élémentaire ou
grossière d’un système formel*. Son objet d’étude ne porte que sur la valeur de vérité* des propositions
composées* selon celle des propositions* simples qui les constituent et les connecteurs* logiques qui les
associent, indépendamment du contenu* des propositions. En tant que simple logique des fonctions de
vérité, elle ne constitue qu’une première étape dans l’élaboration du calcul des prédicats*. Le calcul des
propositions peut aussi être représenté dans la logique intuitionniste* et, dans le contexte d’un emploi très
différent de la négation* et de la contradiction*, dans la logique minimale*.

Ce type de calcul logique* vise à mettre au jour les lois* formelles* du raisonnement* (de l’inférence* ou
des règles de déduction*) et s’assurer de leur validité* par le truchement de diverses méthodes
sémantiques* et syntaxiques*. Il repose sur une approche de la logique fondée sur la proposition
considérée dans son ensemble (v. Log. propositionnelle*), par opposition à la logique des termes*. La
logique propositionnelle correspond ainsi à l’approche interpropositionnelle de la logique (qui laisse la
proposition inanalysée), versus l’approche intrapropositionnelle (qui repose sur l’analyse des constituants
primitifs de la proposition, à l’instar du calcul des prédicats).

Le langage formel* du calcul des propositions est constitué de variables* propositionnelles (les variables
p, q, r, symbolisant alors des propositions simples*) reliées entre elles par des connecteurs* logiques. Il
utilise également le taquet vers le haut (⊥) pour symboliser le faux, ainsi que les parenthèses comme outil
de clarification. Le calcul des propositions ne prend pas en compte les propositions quantifiées (il exclut
autrement dit les quantificateurs* du calcul des prédicats*) et il est qualifié pour cette raison de calcul
resteint.

La complétude* du calcul propositionnel fut démontrée par le mathématicien suisse P. Bernays (1926)
dans le cadre d’une étude sur les Principia Mathematica et à partir d’idées empruntées à Schröder (1895)
(v. Complétude*).

Deux thèses fondamentales constituent l’assise logique du calcul propositionnel (et du calcul des
prédicats* par ailleurs, dont le calcul propositionnel est une partie), à savoir celle de la bivalence* (on
parle pour cette raison parfois de calcul binaire ou bivalent) et celle de la vérifonctionnalité*, qui décrit
pour une proposition la possibilité de faire l’objet d’un calcul extensionnel*, c’est-à-dire de recevoir une
valeur de vérité* globale selon la valeur de vérité des propositions simples qui la composent. Le calcul
propositionnel peut dans ce cadre théorique fournir les règles logiques* grâce auxquelles se construisent
adéquatement des propositions composées à partir de propositions simples, ainsi qu’un ensemble de
théorèmes* traduisant en termes formels différents principes et modes de raisonnement de la logique
traditionnelle*. Voici quelques propositions logiques formulées dans le symbolisme du calcul
propositionnel :

68
((p è q) л p) è q le modus ponens* (règle d’inférence* de base en calcul
propositionnel*, v. Syllogisme, Typ., Syl. cond.*)
((p è q) л ¬q) è ¬p le modus tollens* (ibid.)
(p è q) è (¬q è ¬p) la contraposition (2\*) (comme règle dérivée du modus ponens)
((p è q) л (q è r)) è (p è r) le syllogisme en Barbara*
((p л q) è r) ≡ (p è (q è r)) règle de l’exportation*
(p è (q è r)) ≡ ((p л q) è r) règle de l’importation*
((p è q) л (p è ¬q)) è ¬p le raisonnement par l’absurde*
(p è ¬p) è ¬p le raisonnement par l’absurde*
((¬p è q) л (¬p è ¬q)) è p le raisonnement indirect*

V. aussi Tautologie* pour une liste de principes logiques classiques formulés dans les termes du calcul
propositionnel. V. aussi l’Ah (infra) pour les axiomes* de B. A. W. Russell.

Le logicien polonais J. Łukasiewicz développa en 1920 son propre système d’écriture (appelé notation
polonaise), qui est un système de notation dit préfixé (ou préfixe), c’est-à-dire au sein duquel l’opérateur
figure en première position relativement à ce sur quoi il porte (sur l’opérande). Łukasiewicz introduisit les
symboles littéraux N, C, A et E pour désigner respectivement la négation, l’implication, la disjonction et
l’équivalence1. Il existe aussi un système d’écriture dit postfixé (ou postfixe), appelé notation polonaise
inverse.

- Analyse historique

L’essor de la logique propositionnelle* et du calcul propositionnel à l’époque contemporaine est


étroitement lié à l’avènement de la logique mathématique* dans les dernières décennies du XIXe s., dans
la mesure où cette approche de la logique fondée sur la proposition considérée dans son ensemble put
servir de moyen privilégié pour le traitement des mathématiques en tant que langage* et notamment
pour la modélisation du raisonnement*.

Cependant, les origines de la logique propositionnelle remontent aussi loin qu’à l’Antiquité grecque.
Plusieurs historiens d’aujourd’hui font remonter les toutes premières intuitions la concernant au disciple
d’Aristote, Théophraste d’Érésos2, et il est aujourd’hui bien reconnu que ses premiers véritables
développements théoriques remontent aux mégariques et surtout aux anciens stoïciens, en particulier à
Chrysippe de Soles (v. aussi Dialectique*, Inférence, Ah* et Variable prop., Ah*). Aristote demeura de son
côté étranger à l’approche propositionnelle : sa logique est essentiellement une logique des termes* ou
une logique centrée sur les rapports qu’entretiennent deux concepts* dans une proposition : un sujet* et
un prédicat*. Cette forme concorde davantage avec une métaphysique de la substance, à l’instar de
ce que fut celle d’Aristote (v. not. Mét, Γ, 2), articulée sur l’attribution de qualités* à une substance* en
tant que substrat : Dion (s) est se promenant (p). Aristote n’envisagea donc jamais, pour des raisons
métaphysiques, de réputer la proposition dans son ensemble comme unité ordinatrice de la logique.

En revanche, l’approche propositionnelle est parfaitement adaptée à la philosophie nominaliste


stoïcienne, dont les substances et la participation à des essences sont absentes et dont le monde est
conçu plutôt en termes d’événements (tugchanon) (V. Nécessaire, 1\*), à titre d’exemple Dion se
promène, et de consécutions temporelles d’événements : Si Dion se promène, alors il risque de
s’essoufler3.

Selon Blanché, c’est au philosophe et logicien polonais J. Łukasiewicz au début du XXe s. que l’on doit le
rapprochement explicite de la logique mégarico-stoïcienne* avec le calcul propositionnel4, les études
précédentes, réalisées entre autres par Brochard5, J. Lachelier, Ch. S. Peirce et Reymond ne l’ayant que
pressenti ou timidement reconnu. Concernant spécifiquement les mégariques, J. M. Bocheński conjectura
pour sa part que le caractère essentiellement éristique* de leur dialectique* - c’est-à-dire qui n’eut
d’autre finalité que de réfuter* des affirmations plutôt que de chercher à en formuler de manière positive
- a pu contribuer également à l’idée d’une logique de la proposition prise in extenso (soit qui envisage
l’ensemble de l’affirmation contre laquelle s’exerce la réfutation)6.

D’aucuns sont d’avis que cette approche originale de la logique pratiquée par les mégariques et les
stoïciens marqua une nette progression au regard de la logique des termes* (ou intrapropositionnelle*)
aristotélicienne, notamment sur le plan de l’utilisation plus systématique des variables propositionnelles*, le
développement rigoureux des schémas abstraits du raisonnement (v. Inférence*) et l’analyse scrupuleuse

69
des diverses formes d’opérateurs logiques*7 (ce formalisme leur fut toutefois reproché pendant
longtemps, dès l’Antiquité. Ce qui contribua à leur perte au début des Temps modernes fut précisément
et ironiquement le prétexte à leur réhabilitation à l’époque contemporaine8).

Sur la logique stoïcienne, v. aussi Dialectique, 3\*.

Quelques historiens de la logique virent également chez Boèce (début VIe s.) et Avicenne (XIe s.) une
certaine anticipation de la logique propositionnelle9. Quelques lois* du calcul propositionnel figurent
cependant de manière explicite, dans un langage* toutefois informel, dans le Traité des conséquences
(Tractatus de consequentiis) de J. Buridan (première moitié du XIVe s.)10.

L’algèbre de Boole* peut être interprétée dans les termes d’une logique des propositions* en identifiant
aux variables* littérales (x, y, z,…) non pas des concepts, mais des propositions (v. l’article), et relativement
aux signes d’opération (+, x, -,…), la somme logique* à la disjonction* et la produit logique* à la
conjonction* entre des propositions.

Le calcul propositionnel contemporain trouve son origine dans les travaux de Ch. S. Peirce (1870, 1885) sur
la logique des relations*, H. MacColl (1877) et F. L. G. Frege (1879), qui en proposa la première véritable
axiomatisation* (v. l’article), et surtout B. A. W. Russell, au tome 1 des Principia Mathematica (1910) (v. à
ce propos Calcul log., Ah*). Russell identifia ces cinq axiomes* ou propositions primitives (Pp) qui fondent
selon lui toute la logique propositionnelle11 :

1. : p ν p. ⊃ .p Pp
2. : q. ⊃ .p ν q Pp
3. : p ν q. ⊃ .q ν q Pp
4. : p ν (q ν r). ⊃ .q ν (p ν r) Pp
5. : q ⊃ r. ⊃ : p ν q. ⊃.p ν r Pp
Les principes de non-contradiction*, d’identité* et du tiers exclu*, qui furent considérées par Aristote et la
tradition classique en général comme des principes anapodictiques* (des axiomes), ne figurent pas parmi
les propositions primitives de Russell, mais parmi les théorèmes qui en dérivent.

è Termes connexes : Algèbre de Boole*, Axiome*, Bivalence*, Calcul des prédicats ; Connecteur*, Forme, formel*,
Inférence*, Log. moderne*, Opérateur logique*, Proposition*, Proposition composée*, Syllogisme, Typ., Syl. cond., modus
ponens* et modus tollens*, Système formel*, Valeur de vérité*, Variable*, Vérifonctionnalité*, Table de vérité*; Vérité*.
_________________________
1. Voir à ce sujet Dupas J.-J., «La notation polonaise», dans Tangente n° 120, jan.-fév. 2008, pp. 30-31.
2. Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 88-89. Pour l’ensemble des
indications bibliographiques générales sur la contribution de Théophraste à l’histoire de la logique* traditionnelle, v.
Log. trad.*.
3. Op. cit., pp. 94-95. C’est ce qu’on appelle implication matérielle*.
4. Łukasiewicz a reconnu «que la dialectique stoïcienne est la forme ancienne du moderne calcul des propositions».
op. cit., p. 96. Voir Łukasiewicz, J., «Contribution à l'histoire de la logique des propositions», dans Logique
mathématique, trad. fr. Largeault, J. (éd.), Paris, Armand Colin, 1972. De ce point de vue, le calcul propositionnel
constituerait la forme moderne de la logique stoïcienne.
5. Dans son texte Sur la logique des stoïciens, dans Études de philosophie moderne, Paris, Vrin, 1912.
6. Op. cit., pp. 98.
7. Op. cit., pp. 97.
8. V. Dialectique* concernant leur discrédit et réhabilitation contemporaine. Concernant la critique cartésienne du
formalisme de la logique traditionnelle*, qu’il juge stérile et impropre à saisir la vérité, v. aussi l’article de Schrecker, P.,
«La méthode cartésienne et la logique», dans Revue philosophique, 1937, pp. 336-367.
9. Voir Dürr, K., The propositional logic of Bœthius, Amsterdam, North Holland publisching Co., 1951, et Shehaby, N., The
propositional logic of Avicenna, Boston, 1973.
10. Blanché, op. cit., p. 147.
11. Source : Blanché, op. cit., p. 333.

CALCUL RESTREINT " Calcul propositionnel*


CALCUL VÉRIFONCTIONNEL " Vérifonctionnalité*

70
CALCULUS RATIOCINATOR

Méthode de réduction de tout raisonnement* à un calcul logique* projetée par Leibniz et qui anticipe à
certains égards sur la logique mathématique* moderne (spécifiquement sur la logique des classes*
fondée par Boole [1847, 1854]).

À ce propos, v. Calcul log.*, Extension*, Log. des classes*, Log. moderne*.

CALÈMES " Camenes*

CALENTES
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

Nom du mode syllogistique Camenes* dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683).

CAMENES
syllogisme ou raisonnement en -, mode -, Calèmes, Calentes*

En logique traditionnelle*, nom du deuxième mode valide* de la quatrième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Camenes est formé d’une majeure* de type A*, d’une mineure* de type E* et d’une
conséquence* de type E*. Ce mode fut aussi appelée Calèmes et Calentes*.

Tout a est b (A)


Or aucun b n’est c (E)
______________________
Donc, aucun c n’est a (E)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Tout m est mt
Or aucun mt n’est M
________________________
Donc, aucun M n’est m

Par exemple :
Tout être courageux est vertueux
Or aucun être vertueux n’est sage
_________________________________________
Donc, aucun être sage n’est courageux

Le syllogisme en Camenes porte le nom de Calentes* dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683) d’A.
Arnauld et P. Nicole.

Le mode Camenes peut se ramener au mode parfait Celarent* (à ce sujet, v. Syllogisme, Réduction des
modes imparfaits aux modes parfaits*).

Le raisonnement en Camenes figure parmi les exceptions au principe général voulant que le
raisonnement déductif suive un mouvement allant de l’universel* vers le particulier*1. En effet ici la
conclusion est universelle (les autres modes possédant une conclusion universelle étant Barbara*,
Celarent*, Cesare* et Camestres*). V. Raisonnement, Typ. 1, Rais. déd.*.

V. Syllogisme, Les modes du syl.*.


_________________________
1. Verneaux, R., Introduction générale et logique, Paris, Beauchesne et ses fils, 1964, p. 88.

CAMESTRES
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

71
En logique traditionnelle*, nom du deuxième mode valide* de la deuxième figure du syllogisme*. Le
raisonnement* en Camestres est formé d’une majeure* de type A*, d’une mineure* de type E* et d’une
conséquence* de type E*.

Aristote définit ce mode dans les termes suivants : «Si M [appartient] à tout N, mais à nul X, N
n’appartiendra à nul X1».

Tout c est b (A)


Or aucun a n’est b (E)
_________________________
Donc, aucun a n’est c (E)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Tout M est mt (A)


Or aucun m n’est mt (E)
_________________________
Donc, aucun m n’est M (E)

Par exemple :
Tout être courageux est vertueux
Or aucun être sage n’est vertueux
_________________________________________
Donc, aucun être sage n’est courageux

Le mode Camestres peut se ramener au mode parfait Celarent* par interversion des prémisses (à ce sujet,
v. Syllogisme, Réduction des modes imparfaits aux modes parfaits*).

Le mode Camestre figure parmi les exceptions au principe général voulant que le raisonnement déductif
suive un mouvement allant de l’universel* vers le particulier*2. En effet ici la conclusion est universelle (les
autres modes possédant une conclusion universelle étant Barbara*, Celarent*, Cesare* et Camenes*). V.
Raisonnement, Typ. 1, Rais. déd.*.

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.

» Sur la visualisation du mode Camestres par la méthode diagrammatique d’Euler, v. Diagramme


logique*.
_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.
2. Verneaux, R., Introduction générale et logique, Paris, Beauchesne et ses fils, 1964, p. 88.

CARACTÉRISTIQUE
ou attribut*, propriété*

è Étymol. : du grec kharaktêristikos (= qui sert à distinguer).

Dans le vocabulaire usuel de la philosophie, synonyme d’attribut* et propriété* (accidentel* ou


nécessaire*).

» Sur le terme de caractéristique au sens de Leibniz, v. Lingua char. univ.*.

CARACTÉRISTIQUE UNIVERSELLE " Lingua characteristica universalis*


CARRÉ D’APULÉE " Carré logique, Ah*
CARRÉ D’ARISTOTE " Carré logique, Ah*
CARRÉ DES OPPOSITIONS " Carré logique, Ah*

CARRÉ LOGIQUE

72
ou carré d’Aristote, carré d’Apulée, carré des oppositions (quadrata formula en lat.)

Représentation schématique, sous la forme d’un carré, des sortes d’oppositions qui affectent
mutuellement les propositions* de type A*, E*, I* et O*.

Le carré logique comporte quatre postes, un poste pour chacune des propositions A, E, I et O :

A* = universelle affirmative* : tout s est p (ou : tous les s sont p)


E* = universelle négative* : aucun s n’est p
I* = particulière affirmative* : quelque s est p
O* = particulière négative* : quelque s n’est pas p

Pour les détails, v. Opposition, Typ.* et Proposition, Typ.*.

- Carré logique et tables de vérité des oppositions*

Le carré permet de repérer facilement tous les types d’opposition dans lesquels peuvent se retrouver les
propositions A, E, I et O les unes relativement aux autres. Les tables de vérité liées à chacun des modes
d’opposition identifiés (contradiction*, contrariété*, subcontrariété* et subalternation*) permettent ensuite
d’identifier les valeurs de vérité* que prennent les propositions dans chacun des cas.

Voici la table de vérité* des propositions représentées dans le carré logique (V = vrai*; F = faux*; ? =
indéfini*) :
Si A = V, alors, E = F, I = V et O = F
Si A = F, alors E = ?, I = ? et O = V
Si E = V, alors, A = F, I = F et O = V
Si E = F, alors A = ?, I = V et O = ?

Si I = V, alors A = ?, E = F et O = ?
Si I = F, alors A =F, E = V et O = V
Si O = V, alors A = F, E = ? et I = ?
Si O = F, alors A = V, E = F et I = V

Ainsi :

1) Pour la contradiction (A-O / I-E), A et O reçoivent nécessairement des valeurs de vérité opposées : si A
est V, alors O est F, et inversement. Même chose pour le couple I et E : si I est V, alors E est F, et
inversement.

2) Pour la contrariété (A-E), A et E ne peuvent être V simultanément, mais peuvent être F tous les deux: si A
est V, alors E est F, mais si A est F, alors E est ? (soit V ou F), et inversement (si E est V, alors A est F, mais si E
est F, alors A est ?).

73
3) Pour la subcontrariété (I-O), qui est l’inverse de la contrariété : I et O ne peuvent être F
simultanément, mais peuvent être V tous les deux : si I est F, alors E est V, mais si I est V, alors O est ?, et
inversement.

4) Pour la subalternation (A-I / E-O), d’une part, I et O sont nécessairement V si A et E sont V, mais restent
indéterminées si A et E sont F, et d’autre part, A et E sont F si I et O sont F, mais restent indéterminées si I et
O sont V.

Ainsi :
contradiction contrariété

subalternation subcontrariété

Considérons la table de la contradiction. Elle se lit ainsi : si P1 (qui est A ou E) est V, alors P2 (qui est O ou I)
est F, si P1 est F, alors P2 est V. Et inversement : si P2 (qui est O ou I) est V, alors P1 (qui est A ou E) est F, si P2
est F, alors P1 est V. Pour la contrariété : si A est V, alors E est F, si A est F, alors E est ?, et si E est V, alors A est
F, si E est F, alors A est ?.

» Sur le détail des propriétés logiques de chacune des oppositions, v. Opposition, Typ.*, ainsi que les
articles associés à chacun de ces types : Contraire*, Contradiction*, Subalternation* et Subcontrariété*.

- Analyse historique

La quadrata formula fut à l’origine développée par les logiciens de la fin de l’Antiquité et du Moyen Âge
essentiellement sur la base du chapitre 7 du traité Sur l’interprétation (où le Maître distingua les quatre
types de propositions A, E, I et O) et d’après le texte des Premiers analytiques (I.2, 25a 1-25) d’Aristote (v.
Órganon*). La première représentation connue des oppositions in quadrata formula est attribuée à
Apulée au IIe s. (De dogmate platonic, livre III1), plus ancien contributeur à la logique aristotélicienne* qui
ne soit pas grec. Le philosophe romain dénomma les contradictoires alterutræ, les contraires incongruæ
et les subcontraires suppares. Celui-ci négligea cependant de représenter les subalternes qui ne sont pas,
par opposition aux autres, de véritables oppositions (pugna) – mais plutôt de simples relations logiques
(asymétriques) entre le tout et les parties du tout (v. Opposition, Typ., Subalternation*) :

Le carré d’Apulée fut reproduit plusieurs fois dans les textes logiques de Boèce (début VIe s.). C’est dans
Boèce que se trouva défini la forme canonique du carré logique complété par les oppositions subalternes
et c’est à lui que l’on doit d’avoir fixé pour la tradition les termes de contradictoriæ, contrariæ,
subcontrariæ et subalternæ.

74
Le carré fut l’objet de révisions dès la fin du XIXe s. de manière à le conformer aux développements de la
logique formelle* contemporaine3. Celui-ci trouva en sémiotique une certaine application (plus ou moins
heureuse cependant), grâce aux travaux du linguiste A. J. Greimas. Le carré sémiotique permet la
formalisation des relations entre les signes, de façon à représenter l’émergence de leur sens dans une
structure.

Dans leur ouvrage The Development of logic4, M. et W. Kneale figurèrent le carré logique des modalités
selon l’éminent représentant de l’école mégarique Diodore Cronos :

Dans Les structures intellectuelles, essai sur l’organisation systématique des concepts (1966), le Français R.
Blanché proposa un hexagone logique comportant deux postes supplémentaires (Y et U) de manière à
intégrer les développements du chapitre 9 du traité Sur l’interprétation d’Aristote portant sur les futurs
contingents* :

Le poste Y identifie la conjonction des propositions A et E, le poste U la disjonction des propositions I et O.


La proposition Y peut être interprétée comme Il existe au moins un x qui est à la fois M et W et il existe au
moins un x qui est à la fois M et non W : (∃x) ((M(x) л W(x)) л (∃x)((M(x) л ¬W(x)) (p. ex. : Il existe au moins un
x qui est à la fois un homme et un être intelligent et il existe au moins un x qui est à la fois un homme et un
être non intelligent). Quant à la proposition U, elle peut être interprétée ainsi : pour tout x, si x est M, alors x
est W ou pour tout x, si x est M, alors x est non W : (x)(M(x) → W(x)) ∨ (x)(M(x) → ¬W(x)) (p. ex. : Pour tout x,
si x est un homme, alors x est intelligent ou pour tout x, si x est un homme, alors x est non intelligent).

L’hexagone logique offre un outil qui dépasse les capacités du carré classique en termes de puissance
d’expression. À l’instar du carré logique, celui-ci peut recevoir au surplus une application en logique
modale* (on parle alors du carré modal), que l’on obtient par les mêmes substitutions susmentionnées (A
= nécessaire, E = impossible, O = possible, I = non-nécessaire) et en identifiant respectivement les
propositions U et Y aux modalités du non contingent et du contingent*.

è Termes connexes : Contraire*, Contradiction*, Faux*, Inférence, inf. immédiate*, Opposition, Typ.*, Proposition, Typ.*,
Subalternation*, Subcontrariété*, Valeur de vérité*, Vrai*.
_________________________
1. De philosophia rationali (appelé aussi Peri Hermenías). Son attribution à Apulée a cependant été contestée. À ce
sujet, voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 123.
2. Représentation tirée de Blanché, op. cit., ch. 5 «La fin de l’Antiquité», p. 123.
3. À ce sujet, v. l’article de Parsons, T., «The Traditional Square of Opposition», 1.1 et 1.2, dans The Stanford Encycl. of
Phil., et Church, A., «The History of the Question of Existential Import of Categorical Propositions», dans Yehoshua, B.-H.,
éd., Logic, Methodology, and Philosophy of Science: Proceedings of the 1964 International Congress, North-Holland,
Amsterdam, pp. 417-424.
4. Kneale, W. et Kneale, M., The development of Logic, Oxford, Oxford Univ. Press, 1962, p. 125.

75
CARRÉ MODAL " Carré logique, Ah*

CATÉGORÉMATIQUE
ou terme, expression -, terme significatif

è Étymol. : du grec katēgoremata (= prédicat).

Concept originaire de l’École désignant la classe* de termes* possédant en eux-mêmes une signification*
ou intension* déterminée (ce sont des termes significatifs, par exemple : Socrate, homme, mortel), par
opposition aux expressions syncatégorématiques*, lesquelles ne désignent que des relations entre ces
termes et qui sont donc lexicalement vides. La distinction entre catégorématique et syncatégorématique
fonde la théorie scolastique des suppositions*.

Les termes significatifs peuvent assumer, dans une proposition*, les fonctions de sujet* et de prédicat*.

V. Syncatégorématique*.

è Termes connexes : Concept, Typ.*, Connecteur*, Intension*, Quantificateur*, Sémantique*, Signification*,


Syncatégorématique*, Terme*.

CATÉGORÈME
ou prédicable*

è Étymol. : issu du grec katēgoremata (= prédicat).

1\ Chez Aristote, un catégorème désigne un universel affirmé ou prédiqué d’un sujet* selon un certain
mode (le genre*, l’espèce*, la différence spécifique*, le propre* ou l’accident*). Il s’agit donc d’un
synonyme de prédicable* et d’universel (au sens des universaux*).

À ce sujet, v. Prédicat, 1. La typ. classique : les cinq prédicables*.

2\ Dans la théorie des suppositions* de la logique scolastique*, l’expression qualifie les termes* qui
possèdent une signification* «par eux-mêmes» (par opposition aux termes syncatégorématique*) et
susceptibles d’occuper les postes de sujet* et de prédicat* dans une proposition*.

V. Catégorématique*.

» Sur la théorie scolastique des suppositions, on consultera Connotation*, Log. scol.* et Sujet, Ah*.

CATÉGORIE
ou prédicament*, post-prédicament*

è Étymol. : du latin categoria, qui traduit le grec katēgoría (dans le sens donné au concept dans l’Órganon*
d’Aristote, c’est-à-dire accusation, d’origine juridique). Le verbe katēgoreîn dont le substantif dérive signifie affirmer
[agoreîn = parler sur l’agora], mais aussi rendre visible quelque chose1. R. Bodéüs traduit par imputer2. Le verbe signifie
techniquement, depuis Aristote, prédiquer (au sens d’affirmer quelque chose de quelque chose). Prædicamentum est
une autre traduction latine du terme grec (d’où le terme de Prédicament*).

Le terme dénote une grande diversité d’orientations sémantiques :

1\ Au sens ordinaire du terme, corrélatif sémantique de classe*, groupe ou ensemble (v. Classe*).

2\ Dans son sens moderne (et en psychologie cognitive en particulier), le terme est un synonyme large
de concept* (vu sous l’angle de l’extension*) dans la mesure où celui-ci est une classe* contenant des
choses qui partagent des caractères en commun* (v. aussi Genre*).

3\ C’est ainsi qu’Aristote appelle le genre suprême* de l’être et la pensée. En tant que genres
ontologiques, les catégories sont des classes* universelles à l’intérieur desquelles il est possible de
distribuer tous les étants (onta). Comme genres logiques, les catégories expriment un mode d’attribution*

76
du prédicat* au sujet* dans une proposition attributive*, un genre* d’attribution (genê tôn katēgoriôn) ou
manière universelle de prédiquer un sujet. Synonyme de prédicament*.

V. aussi Genre, Typ., 6\ Genre suprême ou généralissime*.

* Ne pas confondre avec la notion de prédicable* ou catégorème* (v. Prédicat, 1. La typ. classique : les
cinq prédicables*). Pour la liste des catégories aristotéliciennes, v. Órganon, les Catégories*.

4\ Chez Kant, le terme se rapporte aux douze concepts* fondamentaux de l’entendement pur en tant
que formes ou conditions* a priori* de toute connaissance. Les catégories kantiennes sont des conditions
subjectives, par opposition aux catégories aristotéliciennes, qui sont objectives (selon la lecture de Kant).

À ce sujet, v. Proposition, Typ.*, A priori, 2\*, Concept, Ah* et Condition*.

- Analyse historique

Platon proposa deux listes de catégories entendues comme genres suprêmes (dont sont formées les Idées
par combinaison et participation), l’une dans Le Sophiste (l’Être, le Repos, le Mouvement, le Même et
l’Autre, v. 254b-255d) et l’autre dans le Philèbe (l’Infini, la Limite, le Produit de l’Infini et de la Limite, la
Cause et la Dissociation, v. 23c).

Aristote établit également une liste des catégories ou prédicaments*. Sa doctrine est exposée dans la
deuxième partie (ch. 4 à 9) du traité des Catégories* (v. Órganon*). Le terme de catégorie (qui n’y figure
qu’à quatre reprises !) sert précisément à désigner dans ce texte les modes ou genres* de prédication
(genê tôn katēgoriôn, schémata tès katégorías) attribuables à l’ensemble des objets individuels (sur un
mode nécessaire* ou contingent*). Ces formes d’attribution représentent, d’un point de vue ontologique,
les genres les plus généraux de ce qui est, les classes ou «chefs» les plus universels d’accusation (= de
prédication) de l’être ou de tout objet en général (Aristote les qualifie pour cette raison de genres
suprêmes*)3. La doctrine stipule qu’il existe dix manières universelles de dire quelque chose de tout objet
(dix modes d’attribution du prédicat à un sujet), à savoir selon :

1\ la substance* : ousía (au sens de substrat* et d’essence* = ce que c’est),


2\ la quantité* : poson (= combien ou une certaine grandeur),
3\ la qualité* : poïon (= quel), qui se diversifie à son tour de quatre façons),
4\ la relation : pros ti (= à l’égard de quoi, en rapport à quelque chose),
5\ le lieu (poü = où, quelque part),
6\ le temps (potè = quand, un certain moment),
7\ la situation (keítaï = se tenir dans une certaine position),
8\ la possession (echein = avoir, état),
9\ l’action (poïeîn = faire), et enfin
10\ la passion (pascheîn = subir)

V. Cat., 1b25. V. aussi Top., I, 9, 103b20.

Seule la première catégorie se prédique de manière essentielle, tous les autres modes étant accidentels*.
Ces catégories sont séparées les unes des autres et ne participent pas à un genre supérieur (comme chez
Platon dans Le Sophiste, 255d). Aristote ne livra malheureusement une analyse approfondie que des
quatre premières catégories, laissant totalement en plan les six autres. Notons aussi qu’il apparaît inexact
d’affirmer que la substance est un mode de prédication du sujet, car elle est précisément le sujet* lui-
même en tant que substrat recevant la prédication (v. Sujet* et Substance*) (p. ex. l’homme, Socrate, le
chien...). Enfin, dans la troisième partie des Catégories (ch. 10 à 15), la doctrine semble parachevée par
l’ajout de cinq nouveaux modes d’accusation appelés cette fois post-prédicaments*4 : l’opposé, le
contraire, l’antérieur, le simultané et le mouvement (v. Opposition, Typ., Opp. des concepts*).

Pendant très longtemps, l’inventaire aristotélicien des catégories fut canonique pour les traditions de la
métaphysique et la logique. Les premières véritables réflexions critiques dirigées vers lui ne remontent en
effet qu’à A. Arnauld et P. Nicole dans la Logique de Port-Royal* au XVIIe s. (v. I, iii), qui jugèrent le
catalogue d’Aristote redevable au simple ouvrage de l’imagination. Le grand E. Kant porta plus tard un
jugement analogue en affirmant que la Stagirite assembla sa liste «au petit bonheur» et redressa la
situation en déduisant les catégories (v. 4\* supra) à partir d’une typologie formelle des jugements*. J. S.
Mill accusa aussi Aristote d’arbitraire dans son Système de logique déductive et inductive (1843) (I, p. 49).

77
Il écrivit :

«Cette classification a des défauts trop évidents et des mérites trop insuffisants pour
exiger et valoir la peine d'être examinée en détail. C'est un simple catalogue des
distinctions grossièrement marquées par le langage de la vie ordinaire, sans qu'on ait
même essayé de pénétrer, par l'analyse philosophique, jusqu'au Rationale de ces
distinctions vulgaires. Cette analyse, même superficiellement faite, aurait montré que
l'énumération est à la fois redondante et incomplète. Quelques objets y sont omis, et
d'autres y reparaissent plusieurs fois sous des titres différents. Elle ressemble a une
division des animaux en hommes, quadrupèdes, chevaux, ânes et poneys» (Livre I, ch.
III, § 1. Nécessité d'une énumération des choses nommables. Les catégories d'Aristote,
trad. 1865, p. 48).

» Sur les tentatives de la scolastique* d’asseoir la doctrine des catégories d’Aristote sur une base
rationnelle, v. Genre, Typ., Les transcendantaux*).

Bien avant ces incriminations, la doctrine d’Aristote avait déjà fait l’objet de certains remaniements. Les
stoïciens avaient ramené le nombre des catégories à seulement quatre, à savoir les substrats
(hupokeimena), les qualifiés (poia), les disposés d’une certaine manière (pôs ekhonta) et les disposés
d’une certaine manière relativement à quelque chose (pros ti pôs ekhonta). Plotin (IIIe s.) avait vu pour sa
part dans les catégories d’Aristote des genres de l’être sensible, réservant pour le monde intelligible (et
l’être en général) les cinq plus grands genres (megista gene) identifiés par Platon dans Le Sophiste (v.
supra). G. d’Occam plus tard au Moyen Âge interpréta les catégories aristotéliciennes conformément au
point de vue imposé par son parti pris terministe (nominaliste*), à savoir précisément comme des
distinctions linguistiques indépendantes des principes d’organisation de la réalité. E. Kant acheva le
procès de subjectivation des catégories en les réduisant à des concepts de l’entendement pur (v. 4\,
infra).

V. aussi Arbre de Porphyre*, Genre, Typ.*, Distinction*, Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq
prédicables*.

Il y eut à l’époque contemporaine deux grandes interprétations de la doctrine aristotélicienne des


catégories, l’une qualifiée de linguistique (ou grammaticale, logicolinguistique dans certains cas) et
l’autre d’ontologique. À l’époque contemporaine, la lecture linguistique de la doctrine des catégories fut
soutenue par le logicien et philologue allemand F. A. Trendelenberg (1833, 18465), avant d’être reprise
plus tard et popularisée par E. Benveniste (dès 1958). Ce dernier, qui soutint la thèse de la dépendance
de toute pensée à l’égard du langage*, l’interpréta comme «l’ inventaire des propriétés qu’un penseur
grec jugeait prédicables d’un objet, et par suite comme la liste des concepts a priori qui organisent
l’expérience6». Benveniste ramena les six premières catégories à des formes nominales et les quatre
dernières à des formes verbales de la langue grecque. On sait grâce au témoignage de Simplicius
(début VIe s.) qu’à l’époque de l’Antiquité certains commentateurs (dont Porphyre de Tyr et A.
d’Aphrodise, selon J. Philopon) associèrent déjà la doctrine aristotélicienne à une théorie des termes
simples (phônai haplai), suivant les quelques indications d’Aristote lui-même7. Pour le parti pris
ontologique, les catégories dénotent plutôt les genres les plus élevés de l’être ou les dix sens que peut
recevoir tout ce qui est. Cette interprétation remonte au moins aux Ennéades de Plotin (VI, ch. 1-24) et se
fonde elle aussi sur des extraits du texte d’Aristote où il est affirmé que les catégories portent sur les étants
(onta)8. À l’époque contemporaine, elle fut défendue par l’éducateur et philologue allemand H. Bonitz
(1853)9 et peu de temps après par le philosophe et psychologue autrichien F. Brentano dans son texte
Von der mannigfachen Bedeutung des Seienden nach Aristoteles (Aristote. Les diverses acceptions de
l'être, 1862). Selon Brentano, chacune des catégories se rapporte à la substance première comme ses
modes de prédication. Cette position est problématique dans la mesure où elle fait de la prédication ce
qui fonde les catégories, alors que le texte d’Aristote semble affirmer l’inverse, à savoir que ce sont les
catégories qui fondent les divers modes de prédication10. Dans Le problème de l’être chez Aristote (1962),
P. Aubenque abonde dans le sens de l’interprétation de Brentano en faisant des catégories des figures
particulières de prédication de la substance, c’est-à-dire les diverses significations de l’être11. Chez
Aristote, il semble que les catégories relèvent à la fois de l’ontologie et la logique en ce qu’elles semblent
être en même temps les genres suprêmes* de l’être et ceux de la pensée. Elles peuvent donc être
interprétées, sur le plan métaphysique, comme modes de l’être et, pour la logique, comme types de
prédicats* dans une proposition (v. Prédicat*). Le spécialiste P. Pellegrin, dans son «Introduction aux
Catégories» écrit qu’«Aristote n’éprouve aucune difficulté à juxtaposer ces deux distinctions et à les faire
fonctionner ensemble dans le traité des Catégories»12.

78
_________________________
1. Aristote, Catégories, Sur l’interprétation, Introd. gén. à l’Órganon par Pellegrin, P., prés. et trad. par Crubellier, M.,
Damilier, C. et Pellegrin, P., Paris, GF Flammarion, 2007, p. 70.
2. Aristote, Catégories, trad. R. Bodéüs, Paris, Les Belles Lettres, 2001, p. LXXXI.
3. Voir à ce sujet l’article de P. Studtmann, «Aristotle's Categories», dans The Stanford Encycl. of Phil.
4. À ce sujet, v. notamment Aristote, Catégories, trad. F. Ildefonse et J. Lallot, Paris, Seuil, 2002, p. 14 et Catégories, trad.
R. Bodéüs, Paris, Les Belles Lettres, 2001, pp. XC-CX.
5. Historische Beitrage zur Philosophie (1846–1867), vol. 1 Geschichte der Kategorienlehre.
6. Problèmes de linguistique générale, 1, Paris, Gallimard, 1966. V. aussi Aristote, Catégories, Sur l’interprétation, Introd.
gén. à l’Órganon par Pellegrin, (…), op. cit. p. 72.
7. V. Cat., ch. 2, 1a16, ch. 4, 1b25 et 2a4. V. aussi Aristote, Catégories, Sur l’interprétation, Introd. gén. à l’Órganon par
Pellegrin, (…), op. cit., pp. 73-74.
8. V. Cat., ch. 2, 1a20. Il est aussi écrit au livre E de la Métaphysique que «L’être proprement dit se dit de plusieurs
façons, (…) [selon] les formes de prédication (schēmata tēs katēgorías), par exemple le quelque chose, le quel, le
combien, le où, le quand et tout autre terme qui signifie de cette manière (…)» (E, 2, 1026a33).
9. «Über die Kategorien des Aristoteles», dans Sitzungsberichte der Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften, Phil.-hist.
Klasse, 10, 4, Vienne, pp. 591-645.
10. À ce propos, voir Aristote, Catégories, Sur l’interprétation, Introd. gén. à l’Órganon par Pellegrin, (…), op. cit. p. 73.
11. Voir Le problème de l’être chez Aristote, p. 170 de l’édition originale.
12. Aristote, Catégories, Sur l’interprétation, Introd. gén. à l’Órganon par Pellegrin, (…), op. cit. pp. 83-84. Il ajoute plus
loin, en guise de conclusion à sa présentation introductive aux Catégories : «Il ne fait guère de doute qu’Aristote a
conçu les catégories comme des types de prédication et\ou de prédicats, mais aussi comme une sorte de réseau qui
structure la réalité» (p. 87).

CATÉGORIE DE SENS OU SÉMANTIQUE (Bedeutungskategorien) " Absurde, absurdité*

CATÉGORIQUE
proposition catégorique, syllogisme catégorique

è Étymol. : du grec katēgorikos, issu de katēgoría et du verbe katēgoreîn (= affirmer, imputer, v. Catégorie, Étymol.*).

1\ En logique traditionnelle*, on appelle proposition catégorique une proposition attributive*, prédicative


ou déclarative* (assertorique*), c’est-à-dire une proposition où un prédicat* est attribué sans
modification*, ni condition à un sujet* - se distinguant ainsi de la proposition modale* et conditionnelle*
ou hypothétique*.

» Sur la proposition attributive (ou catégorique*, déclarative, prédicative), v. Proposition, Typ., La prop.
attributive* et Log. attributive*.

2\ Toujours en logique traditionnelle*, on appelle syllogisme catégorique un syllogisme* dont les trois
propositions dont il est formé sont de type catégorique ou attributif*.

V. Syllogisme, Typ.*.

3\ Désigne chez Kant (Critique de la raison pure, 1781, 1787) la troisième rubrique logique de la relation
sous laquelle est rangé le concept a priori* de la substance* («inhérence et subsistance»).

CAUSE, CAUSALITÉ
parfois : condition (1\*), antécédent (1\*), principe de causalité

è Étymol. : terme issu du latin causa (= raison, cause), lui-même dérivé de carere. L’équivalent grec est aitía (= raison,
responsabilité, culpabilité, d’origine juridique [v. Diels, Gorgias, 82 B11a36]). Le terme de causalité est forgé d’après le
latin causalitas.

1\ Au sens général (sur les plans physique et métaphysique), une cause est une réalité qui produit une
chose (appelée effet) quant à son essence* ou son existence. La connaissance de la cause permet
d’expliquer* l’effet par délivrance de son pourquoi (to katό). Corrélatif sémantique large de raison* et
principe (1\*). On dit d’un événement qui n’est pas lié à une cause qu’il survient par hasard ou qu’il est
indéterminé.

79
On consultera à ce sujet l’article Explication*.

2\ Le principe de causalité est le nom classique donné à la thèse physique et métaphysique assertant
que tout phénomène est le produit déterminé d’une cause. Le principe de raison suffisante (ou
déterminante) de G. W. Leibniz en est la formulation canonique moderne.

La première contestation de ce principe remonte à N. Malebranche à la fin de l’Âge classique, chez qui
la causalité naturelle n’est qu’occasionnelle, c’est-à-dire qu’elle survient dans l’ordre des phénomènes
physiques qu’à l’occasion de l’action de Dieu, seule authentique efficace. Le philosophe et théologicien
C. A. Crusius adressa aussi à la même époque un important grief au principe de raison suffisante tel qu’il
était défendu par son adevrsaire Ch. Wolff1. D. Hume formula également une critique radicale du principe
en réduisant la relation de causalité à l’ordre de la simple accoutumance psychologique (v. Ah*, infra).

C’est précisément cette critique de la causalité qui tira E. Kant de son «sommeil dogmatique» : si celui-ci
retint l’idée que la causalité n’est pas de nature analytique*, Kant adopta un point de vue
transcendantal en réduisant la causalité à une forme a priori* de l’entendement (la rubrique logique de
la relation) et en expliquant par ce moyen la formulation possible de jugements - portant sur l’ordre
causal des phénomènes - qui sont à la fois universels et nécessaires et étendent notre connaissance.

3\ Dans le registre spécifique de la logique traditionnelle*, la causalité se rapporte, dans un syllogisme


démonstratif*, au lien de nécessité* qui unit la conclusion* aux prémisses* dont elle découle. Synonyme
d’antécédent* (et l’effet de conséquent*).

Aristote usa du terme d’aitía dans un sens proprement logique en qualifiant de cause les prémisses* d’un
raisonnement démonstratif* (Sec. anal., II, 94a 20-95 a9).

» Sur la démonstration par la cause, v. Démonstration, Typ., Dém. propter quid*.

Selon Aristote, la connaissance de la cause constitue le cœur de la science. V. Syllogisme, Typ., Syl. dém.*
(v. spéc. l’Ah*, les conditions no 4 et 6).

En logique moderne*, la notion fondamentale d’implication* est dégagée de toute référence à la notion
de causalité (v. à ce sujet Implication matérielle*).

V. aussi Sophisme de la fausse causalité* (sophisme post hoc*), qui repose sur une confusion entre cause
et antécédent* (1\). V. aussi Soph. cum hoc*.

» Sur la proposition causale, v. Proposition composée, Typ., Prop. causale*. V. aussi dans la partie lexicale
des Métaphysiques d’Aristote (Δ, 2, 1013a 24 à 1014a 25) et Principe, 1\*.

***
Dans ses deux sens, le concept de cause est très proche de celui de principe*.

- Analyse historique

Le terme de cause chez Platon fut utilisé tantôt en rapport avec l’ordre des phénomènes qui affectent le
domaine sensible (génération/corruption) (v. Phédon, 96a1), tantôt de manière à qualifier ce que
représente l’Idée pour à propos de quoi il y a Idée (l’intelligible comme cause du sensible : «Les choses
belles sont belles par le Beau», v. Phédon, 99b-100 d).

» Sur la causalité chez Socrate et Platon, v. A priori, Ah*.

Aristote prit soin de discriminer entre quatre acceptions* du terme d’aitía (cause au sens formel, efficient,
matériel et final), dont l’identification permet d’expliquer ou de répondre à la question du pourquoi d’une
chose.

» Sur la doctrine des quatre causes chez Aristote, on consultera Définition, sect. Diff. spécifique et typ.
quadripartite des causes aristot.* et Explication*. V. aussi sens 2/*, infra, pour le sens logique du terme
donné par le philosophe.

La scolastique* discrimina entre plusieurs sortes de causes : essendi\fiendi, principalis\instrumentalis,

80
efficiens physica\efficiens moralis, prima\secunda…2 - sans oublier l’ajout de la cause première (causa
prima), identifiée à Dieu, qui est quant à lui absolument sans cause étrangère à lui-même (il est causa sui).
Les médiévaux distinguèrent aussi entre causes intrinsèques - qui sont essentielles* ou constitutives de la
substance*, telle la cause formelle* chez Aristote -, et causes extrinsèques - qui n’appartiennent pas à la
substance, telle la cause efficiente.

À la conception plurivoque de la causalité issue de la tradition, R. Descartes et les cartésiens à sa suite


opposèrent le modèle unique de l’explication par la cause efficiente (ou cause mécanique ou naturelle,
celle précisément à l’origine du mouvement [è arkè tès kinèseos écrit Aristote]), calquée sur le modèle de
la transmission du mouvement par le choc ou contact entre les corps physiques inertes (res extensa :
chose étendue [dans l’espace]). Sur le plan de la res cogitans (chose pensante), la causalité chez
Descartes est pensée dans les termes de l’origine des idées (exempli gratia, l’idée de l’infini ne peut
trouver sa cause qu’en Dieu, prouvant ainsi son existence)3. Selon B. Spinoza, c’est l’ignorance des
concaténations causales (v. Cause*) qui nous fait croire à l’existence de la contingence* dans la nature4.
Pour G. W. Leibniz, l’expression de raison suffisante ou déterminante (qui correspond à l’expression
classique de principe de causalité) désigne l’ensemble des causes nécessaires à la production de
quelque chose (substance ou événement)5. Le philosophe de Leipzig fit du principe de raison (nihil est
sine ratione : rien n’est sans raison) l’un des deux principes ordinateurs du raisonnement, avec le principe
de non-contradiction*6.

D. Hume, dans sa célèbre critique du principe de causalité (Traité de la nature humaine, 1739-1740), usa
de l’expression d’antécédent constant pour éviter de prêter à la causalité le caractère de la nécessité
qui lui était prédiquée par les rationalistes et pour souligner sa liaison avec l’habitude. J. S. Mill parla pour
sa part d’antécédent invariable et inconditionnel7 (Système de logique déductive et inductive, 1843),
dans le même but de réduire la causalité à l’ordre de la simple succession ou conjonction régulière dont
les ressorts (la «causation» disait Hume) échappent à toute observation et qui sont par définition (Hume
étant de profession de foi empiriste) hors de portée de la connaissance humaine. La diatribe humienne
eut pour effet de priver le principe de causalité de son fondement logico-rationaliste traditionnel et de
l’ancrer dans une simple constitution de l’esprit humain - précisément dans le phénomène de l’habitude8.

è Termes connexes : Analyse, 1\*, Antécédent*, A priori, Ah*, Conséquent*, Définition, 1. Carac. gén. de la déf. et Déf.
causale et génétique*, Démonstration, Typ., Dém. propter quid*, Différence spéc.*, Explication*, Implication matérielle*,
Principe*, Proposition composée, Typ., Prop. cond.,Ah*, Sophisme, Typ., Soph. de la fausse causalité, variantes*,
Syllogisme, Typ., Syl. dém.*.
_________________________
1. Voir Carboncini-Gavanelli, S., «Christian August Crusius und die Leibniz-Wolffische Philosophie», dans Studia
Leibnitiana - Suppl. 26, Stuttgart, 1986.
2. À ce sujet, v. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, pp. 36-37.
3. À propos de la conception moderne de la causalité comme efficience, dans ses relations au concept de loi, v.
Charrak, A., «Cause», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013
(2006), pp. 104-105.
4. Ibid., p. 47.
5. De Gaudemar, M., Le Vocabulaire de Leibniz, Paris, Ellipses, 2001, pp. 16-17. T. d’Aquin avait formulé ce principe avant
lui (v. Somme Théologique, Ia pars, q. 2, a. 2 et 3), en s’inspirant lui-même d’Aristote. Sur le principe de raison suffisante
chez B. Spinoza et G. W. Leibniz, on consultera l’article de Y. Melamed et Lin, M., «Principle of Sufficient Reason» dans The
Stanford Encycl. of Phil. Sur les formulations scolastiques* du principe : Gurr, J. E., The Principle of Sufficient Reason in
Some Scholastic Systems, 1750–1900, Milwaukee, Marquette Univ. Press, 1959. V. aussi Belot, G. «The Principle of Sufficient
Reason», Journal of Philosophy, 97, 2001, pp. 55–74, Carraud, V., Causa sive Ratio: la Raison de la Cause, de Suarez à
Leibniz, Paris, PUF, 2002 et Pruss, A. R., The Principle of Sufficient Reason: A Reassessment, Cambridge, Cambridge Univ.
Press, 2006.
6. Ibid., articles «Principe, 1\», p. 50, et «Principe de raison», pp. 53-54.
7. H. Barreau, «Antécédent», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 103-104.
8. D. Pérussel, «Cause», C/ Le statut du principe de causalité, dans Les notions philosophiques. Dictionnaire
(Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 286 - 287.

CAUSE EFFICIENT (causa efficiens) " Définition, Diff. spécifique et typ. quadripartite des causes arist.*
CAUSE FORMELLE (causa formalis) " Définition, Diff. spécifique et typ. quadripartite des causes arist.*
CAUSE FINALE (causa finalis) " Définition, Diff. spécifique et typ. quadripartite des causes arist.*
CAUSE MATÉRIELLE (causa materialis) " Définition, Diff. spécifique et typ. quadripartite des causes arist.*

CELANTES
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

81
Nom donné au deuxième mode indirect de la première figure du syllogisme*. Équivalent logique du
mode Camenes*.

V. Syllogisme, Les fig. du syl., 1re fig.*.

CELARENT
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du second mode valide* de la première figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Celarent est formé d’une majeure* de type E*, d’une conséquence* de type E* et d’une
mineure* de type A*.

Aristote définit ce mode dans les termes suivants : «Si A [n’est prédiqué] de nul B, mais B de tout C, [il en
résulte que] A n’appartiendra à nul C1». Le syllogisme présenté ci-dessous en est l’équivalent :

Aucun b n’est c (E)


Or tout a est b (A)
_________________________
Donc, aucun a n’est c (E)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Aucun mt n’est M (E)


Or tout m est mt (A)
_________________________
Donc, aucun m n’est M (E)
Par exemple :
Aucun être vertueux n’est courageux
Or tout être sage est vertueux
_____________________________________
Donc, aucun être sage n’est courageux

» Sur la visualisation du mode Celarent par la méthode diagrammatique de Leibniz, Lambert et Euler, v.
Diagramme logique*.

Les modes imparfaits de syllogismes dont le nom commence par la lettre C peuvent être ramenés au
mode parfait Celarent par le moyen d’un raisonnement par l’absurde* (à ce propos, v. Syllogisme,
Réduction des modes imparfaits aux modes parfaits*).

Le mode Celarent figure parmi les exceptions au principe général voulant que le raisonnement déductif
suive un mouvement allant de l’universel* vers le particulier*2. En effet ici la conclusion est universelle (les
autres modes possédant une conclusion universelle étant Barbara*, Cesare*, Camestres* et Camenes*).
V. Raisonnement, Typ. 1, Rais. déd.*.

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.
2. Verneaux, R., Introduction générale et logique, Paris, Beauchesne et ses fils, 1964, p. 88.

CERCLE, CERCLE VICIEUX, CIRCULARITÉ


ou pétition de principe, diallèle, cercle logique

è Étymol. : expression issue du latin circulus vitiosus, circulus logicus.

Nom donné à un type de pétition de principe*.

82
À ce sujet, on consultera Pétition de principe, 2\* et Imprédicativité*.

CESARE
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du premier mode valide* de la deuxième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Celarent est formé d’une majeure* de type E*, d’une mineure* de type A* et d’une
conséquence* de type E*.

Aristote définit ce mode du syllogisme dans les termes suivants : «Que M ne soit affirmé de nul N, mais le
soit de tout X : … ainsi N n’appartiendra à nul X1».

Aucun c n’est b (E)


Or tout a est b (A)
___________________________
Donc, aucun a n’est c (E)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Aucun M n’est mt (E)


Or tout m est mt (A)
______________________
Donc, aucun m n’est M (E)
Par exemple :
Aucun être courageux n’est vertueux
Or tout être sage est vertueux
_____________________________________
Donc, aucun être sage n’est courageux

Le mode Cesare peut se ramener au mode parfait Celarent* (à ce sujet, v. Syllogisme, Réduction des
modes imparfaits aux modes parfaits*).

Le mode Cesare figure parmi les exceptions au principe général voulant que le raisonnement déductif
suive un mouvement allant de l’universel* vers le particulier*2. En effet ici la conclusion est universelle (les
autres modes possédant une conclusion universelle étant Barbara*, Celarent*, Camestres* et Camenes*).
V. Raisonnement, Typ. 1, Rais. déd.*.

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.
2. Verneaux, R., Introduction générale et logique, Paris, Beauchesne et ses fils, 1964, p. 88.

CHARGE DE LA PREUVE
ou fardeau de la preuve, lat. : onus probandi

Principe philosophique fondamental énonçant l’exigence rationnelle d’appuyer ou justifier* une thèse* au
moyen d’arguments* et de démonstrations*.

Ce principe ne vaut pas seulement dans le cadre d’une discussion ou un débat philosophique (où il est
considéré comme un devoir de la part de chacun des participants d’étayer et justifier* leurs affirmations
par le recours à des arguments, la philosophie étant un discours argumenté, v. Argumentation*), mais sert
même de pivot pour distinguer le discours* philosophique du discours dogmatique, lequel se contente
d’affirmer sans argumentation rationnelle.

Renverser cette charge sur l’un des participants, dans un débat, est un sophisme appelé renversement de
la preuve (v. Soph. de l’ignorance, Variante*).

83
è Termes connexes : Argumentation*, Démonstration, Typ.*; Log. de l’argumentation*, Sophisme, Typ., Soph. de l’appel
à l’ignorance*, Thèse*, Vérité*.

CLASSE

è Étymol. : du latin classis (= classe de citoyens).

1\ On désigne couramment en philosophie par classe toute collection à laquelle appartiennent des
objets qui partagent en commun* divers caractères et regroupés pour cette raison sous une même unité
(telle celle des objets hommes, sages, courageux, ceux qui vivent à Athènes,…). Un concept* est
précisément une classe lorsque celui-ci est interprété en extension* (la classe étant alors l’équivalent de
l’extension du concept) et conçu comme prédicable* (v. l’article). Synonyme d’ensemble, groupe,
catégorie (1\*), classification*.

Les relations entre les concepts* vus sous un angle extensionnel se déterminent comme étant d’extension
variable, supérieure et inférieure, selon le nombre respectif d’objets auquel ceux-ci se rapportent (p. ex. le
genre* est un concept d’extension supérieure à celui d’espèce*, on consultera ces articles). V. Extension*.

2\ Dans le calcul des prédicats* de B. A. W. Russell, une classe désigne la collection d’objets satisfaisant à
une fonction propositionnelle*. Ces objets font de la proposition une proposition vraie lorsqu’ils sont utilisés
comme argument* (3\) de cette fonction.

V. Calcul des prédicats*.

3\ On appelle logique des classes* l’approche de la logique* fondée sur l’interprétation en extension* de
la relation du sujet* au prédicat* (c’est-à-dire en termes de classes*), par opposition à la logique
attributive*.

La logique des classes repose sur une interprétation extensiviste de la proposition* selon laquelle le sujet*
fait partie de la classe* du prédicat* (Socrate est mortel = Socrate appartient* à la classe des mortels). Elle
s’oppose directement à la logique attributive* classique (Aristote), pour laquelle le prédicat est vu
comme un caractère inhérent* au sujet (Socrate est mortel = la mortalité est un attribut appartenant au
sujet Socrate [v. Prædicatum inest subjecto*]). C’est le sens de la relation d’appartenance* ou
d’inclusion* entre le sujet et le prédicat (p ⊆ s ou s ⊆ p) qui fonde la distinction entre les deux approches (à
ce sujet, v. Proposition, Interprétation de la prop. en intension et en extension*, Concept, Structure log. du
concept : l’intension et l’extension*).

À ce sujet, on complétera en se reportant à Log. des classes*.

4\ La théorie des ensembles* distingue la classe de l’ensemble, communément confondus : l’ensemble et


la classe sont tous deux des collections d’objets, mais à la différence de l’ensemble qui peut appartenir à
un autre ensemble, la classe peut ne pas être élément d’une autre classe. C’est Russell qui montra le
premier l’importance en logique de reconnaître ce caractère propre de la classe de manière à prémunir
la logique contre le paradoxe* (dont celui dit des classes* est l’archétype).

À l’origine chez E. Schröder et G. Peano1, et encore plus tard chez A. Tarski2, le concept de classe fut
introduit comme équivalent logique de la notion d’ensemble en mathématique. La théorie des
ensembles* de G. F. L. P. Cantor (à partir de 1874) et B. A. W. Russell (Principia Mathematica, 1910-1913)
distinguent cependant les deux concepts : un ensemble mathématique est une collection d’objets
pouvant à son tour être un élément d’un autre ensemble, ce qui n’est pas nécessairement le cas d’une
classe logique. Autrement dit, il est possible qu’une classe ne soit pas un ensemble (dans ce cas
spécifique, on parle de classe propre*).

» Sur le paradoxe des classes (ou de Russell), v. Imprédicativité*, Paradoxe* et Autoréférence*.


_________________________
1. Voir Peano, G., Formulaire de mathématiques, § 2.
2. Voir Tarski, A., Introduction to Logic and the Methodology of Deductive Sciences, 1946, ch. IV.

CLASSE PROPRE

84
Nom donné à une classe* qui n’est pas un ensemble.

V. Classe, 4\*, Imprédicativité*, Log. des classes* et Paradoxe, Ah*.

CLASSIFICATION

Désigne le concept* ou le terme* dans une proposition* considéré au point de vue de son extension*,
c’est-à-dire comme une classe*.

V. Concept*, Classe*, Extension*, Genre, Typ.* et Proposition, Interprétation de la prop. en intension et en


extension*.

CLAUSE DE FERMETURE " Système formel*

COHÉRENCE
ou «cohésion», non-contradiction*, vérité-cohérence, théorie cohérentiste de la vérité, consistance logique

è Étymol. : tiré du latin cohærens (= attaché avec, fixé à autre chose).

1\ Dans son sens le plus large (étymologique), désigne l’intelligibilité rationnelle des relations qu’entretient
un tout avec l’ensemble de ses parties ou qui unissent une fin avec l’ensemble des moyens mobilisés en
vue de celle-ci1. Synonyme de cohésion (métaphore physique), adhérence des parties.

2\ Dans un horizon plus épistémologique, désigne le caractère d’un discours* dont les différentes parties
ou composantes (notamment les thèses* et les arguments*) ne présentent pas entre elles de
contradiction* ou d’hétérogénéité2. Synonyme de logique, 1\* et consistance logique.

Dans ce sens, la cohérence est synonyme de non-contradiction* (v. Contradiction, Contradictoire,


Principe de non-contr.*) et s’oppose directement à absurdité* et autocontradiction*. Pour être cohérent
ou consistant, un discours doit respecter les règles des contradictoires* et des contraires* (v.
Contradiction, Contradictoire, Principe de non-contr.* et Contraire*).

Cette définition de la cohérence sert de fondement à la théorie cohérentiste ou cohérentielle de la


vérité*. Celle-ci, attribuée d’ordinaire à des philosophies monistes, rationalistes ou antiréalistes (G. W.
Leibniz, G. W. F. Hegel), définit la vérité dans le tout, c’est-à-dire que la vérité d’une proposition n’est pas
établie en fonction de sa correspondance avec une réalité objective et externe donnée (v.
Adéquation*), mais plutôt selon sa relation de cohérence avec les autres propositions déjà acquises qui
forment le système. Cette approche qui lie degré de cohérence interne et degré de vérité fut critiquée
par B. A. W. Russell, partisan de la vérité-adéquation, au motif qu’il n’est pas possible que deux ou
plusieurs hypothèses scientifiques équivalentes soient toutes vraies simultanément – est vraie seulement
celle qui correspond objectivement aux faits extérieurs qu’elles visent à expliquer. À l’époque
contemporaine, cette conception de la vérité fut défendue notamment par le philosophe autrichien O.
Neurath et le logicien américain W. V. O. Quine (dans le cadre de son ontologie relativiste).

3\ Dans son acception logique et syllogistique plus précis, la cohérence dénote* le caractère d’un
raisonnement* valide*, c’est-à-dire dont la conséquence* est correctement tirée des prémisses* posées.
La cohérence est en ce sens le corrélatif sémantique du concept de validité* logique et s’oppose ex
definitiones au raisonnement non sequitur*. Synonyme de logique, 3\*.

Un raisonnement cohérent est dans ce sens un raisonnement formellement valide, c’est-à-dire qui
respecte les règles d’inférence* (v. Inférence*), abstraction faite du contenu matériel des propositions qui
le constituent. Ainsi, quand bien même une conclusion* serait fausse* sur le plan de son contenu, le seul
fait pour le raisonnement d’être valide est signe de sa cohérence. A contrario, un raisonnement dont la
conclusion est vraie* quant à son contenu, mais qui est incorrectement tirée des prémisses posées, et qui
est donc non valide, est incohérent. La cohérence fait donc référence ici à la nature logique des liens
qu’entretient le conséquent* avec l’antécédent* dans un raisonnement valide.

85
4\ On dit d’un système formel* qu’il est consistant sur le plan logique lorsqu’il est complet.

À ce propos, on se reportera à Complétude*.


***

Dans tous les sens qui affectent le mot, la cohérence a toujours partie liée avec un idéal de rationalité (v.
Raison*), cœur battant de l’activité philosophique depuis ses origines. Un discours, un argument, une
thèse ou encore un raisonnement incohérents renvoient à l’ordre de l’irrationnel, voire la folie.

è Termes connexes : Absurdité*, Argument*, Conclusion*, Conséquence*, Contradiction, Contradictoire, Principe de


non-contr.*, Discours*, Faux*, Inférence*, Prémisse*, Raison*, Raisonnement, Typ. 2, Rais. non sequitur*, Thèse*, Validité*,
Vérité*.
_________________________
1. V. à ce sujet Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de
l’Univ. Laval, 2006, pp. 11-16, 38-61.
2. J. Herman, «Cohérence (vérité comme -), dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 349.

COHÉSION " Cohérence*


COMBINATOIRE " Logique combinatoire*

COMMUN

è Étymol. : terme emprunté au latin communis (= qui appartient* à plusieurs).

Caractère d’un prédicat* appartenant à plusieurs sujets*.

L’espèce* regroupe des sujets* qui partagent tous, bien qu’ils diffèrent spécifiquement entre eux, les
prédicats généraux du genre* sous lequel ils se rangent. V. Espèce* et Genre*.

è Termes connexes : Accident, 2\ Accident commun*, Classe*, Concept, 2\*, Définition, 1\*, Différence spéc.*,
Distinction, Typ., Diff. numérique*, Espèce*, Extension*, Genre*, Moyen terme*, Non commun*, Principe commun*,
Propre*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. ind.*, Sophisme, Typ., Soph. cum hoc, soph. de la cause commune*.

COMMUTATIVITÉ (règle de la)


ou commutativité de la conjonction

Règle de transformation* du calcul propositionnel* énonçant que le résultat d’une addition* ou


multiplication* logique demeure le même quel que soit l’ordre des termes*.

p+q≡q+p
pq ≡ qp

(p ν q) ≡ (q ν p) (commutativité de ν)
(p л q) ≡ (q л p) (commutativité de л)

è Termes connexes : Règle de transformation*.

COMMUTATIVITÉ DE LA CONJONCTION " Commutativité (règle de la)*


COMMUTATIVITÉ DE LA DISJONCTION " Commutativité (règle de la)*

COMPLÉTUDE
ou décidabilité*

è Étymol. : le terme est d’origine mathématique. Il fut introduit en allemand (Vollständigkeit) par le mathématicien D.
Hilbert dans le cadre de travaux sur la géométrie (Die Grundlagen der Geometrie [Fondements de la géométrie], 1899)
et l’arithmétique (Über den Zahlbegriff [Sur le concept de nombre], 1900). F. L. G. Frege fut toutefois le premier à faire
valoir la nécessité de démontrer la consistance formelle de l’arithmétique (Die Grundlagen der Arithmetik, 1884).

86
Le terme de complétude, d’origine mathématique, est polysémique*. En logique mathématique*, on dit en
général d’un système déductif* qu’il est consistant* (non-contradictoire) ou syntaxiquement complet
lorsque tous ses énoncés se dérivent à l’intérieur du système. En calcul des prédicats* spécifiquement, la
complétude se rapporte au fait, pour ce système formel*, de pouvoir démontrer* - c’est-à-dire d’établir par
enchaînements déductifs - tous ses énoncés (règles d’inférence* ou lois*) à partir de ses axiomes*. Le
terme est alors un synonyme large de décidabilité* (au sens où une théorie décidable est complète - car
le contraire n’est pas nécessairement vrai). En calcul propositionnel*, la complétude désigne la capacité
de son formalisme* à décrire toutes les fonctions de la sémantique*. S’oppose à incomplétude*.

La complétude du calcul propositionnel* et du calcul des prédicats* fut démontrée respectivement par P.
Bernays (1926) et K. Gödel (1929) (v. Calcul des prédicats et Calcul prop., Ah*).

V. Axiomatique, Ah*, Décidabilité*, Logicisme, Ah*, Métalogique*, Métamath.*, Système formel, Ah*, Calcul
des prédicats, Ah*.

COMPLEXIO " Conclusion*

COMPOSITIO

Nom latin donné par T. d’Aquin à la démonstration propter quid*.

V. Démonstration, Typ.*.

COMPOSITIONNALITÉ
ou principe de compositionnalité, principe de Frege

On doit la formulation contemporaine de ce principe à F. L. G. Frege.

À ce sujet, on consultera Vérifonctionnalité*.

COMPRÉHENSION
ou saisie, intension*, connotation*, signification*

è Étymol. : emprunté du latin comprehensio, comprehendere (= action de saisir ensemble ou avec, action de saisir
par l’intelligence), qui traduit l’expression stoïcienne de katálēpsis (de katalambánein = saisir par l’entendement,
comprendre).

1\ Dans son sens psychologique et épistémologique originel, la compréhension fait référence à la faculté
ou précisément l’acte intellectuel ou psychique par lequel une subjectivité saisit le sens ou le contenu*
signifiant d’un concept* (ou l’essence* d’une chose). Selon les écoles de pensées, il est présupposé que
le sens pré-existe1 à la subjectivité en laquelle sa compréhension survient, ou bien que le sens est une
production de la subjectivité elle-même2.

Le terme entra dans le latin philosophique sous cette acception, traduisant l’ancienne expression
stoïcienne de katálēpsis (dont perceptio [de per-cipere = prendre, saisir au travers de] fut aussi une
traduction chez Cicéron), qui désignait la capacité intellectuelle humaine à saisir un objet en son
essence* (on traduit aujourd’hui katálēpsis par représentation compréhensive, en suivant littéralement
l’expression plus tardive [Pseudo-Plutarque, Cicéron] de phantasía katalēptikè). La compréhension était
chez les philosophes du Portique perçue comme le stade primitif de la connaissance, pouvant ou non
recevoir ensuite l’assentiment (sugkatáthesis) de la volonté3. Augustin d’Hippone (VI – Ve s.) rapporta
cette capacité à l’intellect de Dieu, seul capable de saisir une essence en sa totalité4, acception que R.
Descartes reprit plus tard à son compte (Méd. métaphysiques5, 1641, 1647).

La question de savoir si la compréhension désigne la saisie d’un sens pré-existant dans une subjectivité ou
si le sens est une réalité produite par l’opération de saisie elle-même n’est l’objet que d’un débat
contemporain (Ch. S. Peirce, F. L. G. Frege, L. J. J. Wittgenstein, N. Chomsky, A. J. Greimas, D. Davidson, H.
Parret)6.

87
La notion se retrouva par ailleurs plongée au coeur d’une controverse (W. Dilthey, H. Rickert, M. Weber, K.
Jaspers, A. Schütz) touchant à la spécificité épistémologique des sciences humaines
(Geisteswissenschaften), lesquelles seraient assujetties à des actes de compréhension se rapportant à la
vie et le comportement humain, par opposition aux explications causales qui seraient le propre des
connaissances dans les sciences de la nature (Naturwissenschaften)7.

2\ Dans son sens spécifiquement logique, la compréhension désigne le point de vue sur le concept* se
rapportant à son contenu* de signification*, pris indépendamment de l’acte intellectuel par lequel il est
saisi et de son contexte (psychologique, linguistique, existentiel, épistémique, historique, etc.) (v.
Psychologisme*). Ancien terme remplacé par ceux d’intension* et connotation* à l’époque
contemporaine.

Le terme de compréhension fut introduit dans son acception logique par A. Arnauld et P. Nicole dans la
Logique de Port-Royal* (1662, 1683). La thèse selon laquelle la compréhension d’un concept est
indépendante de toute opération subjective ne remonte spécifiquement qu’à F. L. G. Frege, chez qui le
terme de compréhension dénote le contenu objectif d’un mot ou concept*, celui auquel accède toute
subjectivité. Dans son projet visant à réduire le raisonnement à un calcul*, Frege se détourna du concept
de compréhension pour n’adopter que la perspective extensiviste ou le concept en tant que classe* (à
ce sujet, on se reportera à Calcul log., Ah*, Log. des classes*, Calcul des prédicats*, Psychologisme*. V.
aussi Concept, Le statut d’existence des concepts*).

» Sur le terme de compréhension, on consultera l’article Intension*.

V. aussi Contenu*, Connotation*, Intension*, Sémantique* et Signification*.


_________________________
1. C’est la thèse de l’immanence de la signification*.
2. C’est la linguistique de la production du sens.
3. F. Caujolle-Zaslawski, «Katalepsis (représentation compréhensive» [grec], dans Les notions philosophiques.
Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 1418-1419.
4. V. La Cité de Dieu, 12, 19.
5. Voir Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, pp. 40-41.
6. Sur ce débat, voir Parret H. et Bouveresse, J. (éds.), Meaning and Understanding, 1981, Parret, H., Contexts of
Understanding, Amsterdam, Benjamins, 1980 et «Compréhension [ling.]», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire
(Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 368. Sur la position de Frege en
particulier, voir plutôt J. Largeault, «Compréhension [log.]», ibid., p. 387.
7. Sur cette question, qui dépasse le cadre de cet ouvrage, v. M. Cherkaoui, «Compréhension [épist. Géné., soc.]»,
ibid., p. 387.

CONCEPT
ou idée, nom, fonction*, terme*, classe*

è Étymol. : le terme est issu du latin conceptus (= reçu, saisi), dérivé du verbe concipere (= action de contenir, de
concevoir par la pensée). Sur l’origine du terme dans sa relation avec celui d’objet (esse objectivum), v. Sujet, Sujet et
objet*.

1\ Sur le plan de la grammaire, le concept est un équivalent du nom commun (le mammifère, la table, le
courage,…), de l’adjectif (le blanc, le mortel, le grand,…), du verbe (le courir, le combattre, l’aimer,…) et
de l’adverbe (le courageusement, le mortellement, le grandement,…).

Le concept recouvre aussi le nom propre lorsque celui-ci est utilisé comme nom commun (à ce sujet, v.
Singulier*).

2\ En logique syllogistique*, synonyme large de terme* pouvant occuper les fonctions de sujet* ou de
prédicat* dans une proposition* et entrer dans un raisonnement*. Entendu dans ce sens, le concept est
l’une des notions les plus élémentaires de la logique - du moins pour la logique des termes* -, avec la
proposition* et le raisonnement* (qui correspondent traditionnellement aux principales opérations de la
pensée).

V. Órganon*, Logique, 2\*, Log. des termes*, Prédicat*, Proposition*, Raisonnement*, Sujet*, Terme*.

3\ En un sens philosophique et épistémologique plus large, le concept est une entité abstraite et générale

88
sous laquelle tombent des objets individuels qui partagent en commun* un certain nombre de caractères
essentiels*. Le concept est usuellement associé (depuis l’avènement de la subjectivité cartésienne au
XVIIe s.) à l’ordre de la représentation et il est en ce sens un synonyme large du terme d’idée. En tant qu’il
est une entité générale*, le concept s’oppose directement à l’intuition sensible, qui se rapporte au
singulier* (au monde des substances* individuelles). Certains logiciens posent toutefois l’existence de
concepts individuels (G. E. Leibniz, B. A. W. Russell, R. Carnap, v. Ah, infra).

Le concept se définit traditionnellement sur les plans qualitatif et quantitatif, à savoir, pour une part, par
son intension* ou connotation*, laquelle délivre son contenu* ou sa signification*, et pour une autre part,
par son extension* ou dénotation*, dérivée de l’intension, angle sous lequel le concept apparaît comme
une classe* (catégorie [\1*]* ou collection d’objets) et l’expression d’une classification*. L’intension d’un
concept se compose du genre* et la différence spécifique* se rapportant à la classe d’objets que celui-ci
dénote, lesquels prédicables* sont expressément identifiés dans sa définition*.

À ce sujet, on se reportera à Extension*, Intension et Définition*.

4\ Chez un certain nombre de penseurs (v. Ah*, infra), le concept est vu comme un objet de pensée ou
objet idéal indépendant de toute subjectivité ou activité cognitive en général (v. Psychologisme*). Dans
cette tradition, Frege définit le concept comme la dénotation* d’un prédicat* et réduisit son statut à celui
des fonctions propositionnelles* qui, en étant complétées par son ou ses arguments (\3*), forme un
énoncé signifiant (cela correspond à la représentation fonctionnelle des concepts - à ce propos, v.
Calcul des prédicats*.

***

Les concepts sont vus par plusieurs comme les constituants élémentaires de la pensée humaine ou de la
représentation intellectuelle en tant qu’ils sont étroitement impliqués à l’intérieur d’un spectre très large
de processus de connaissance, d’apprentissage, de classification* et de raisonnement*1.

- Concepts généraux et individuels

Il existe des concepts pour tout groupe d’objets individuels partagaent une essence* commune, que ces
objets soient réalités concrètes (empiriques*), psychiques, abstraites ou imaginatives. Il est par exemple
des concepts pour les entités logico-mathématiques (celui de zéro, figure, axiome, postulat,…), les vertus
morales (courage, amitié, générosité, etc.), les réalités psychiques (conscience, connaissance, intuition,
inconscient, désir,…), les entités fictives (dragon, démon, ogre,…) et les entités abstraites en général
(raison, idée, représentation, concept, extension, intension,…). Il existe un concept pour toutes les classes
d’objets individuels en général, sauf chez certains philosophes, tel B. A. W. Russell, pour qui il existe des
notions rigoureusement individuelles (les descriptions définies, v. Syncatégorématique, 4\*), notamment
celles associées à des noms propres - par exemple celui de Socrate, Alexandre le Grand, César,…),
auxquelles ne correspondent aucun concept général2. La notion de concept individuel a quelques
antécédents historiques. Il est présent chez G. W. Leibniz (Discours de métaphysique, VIII, [1686]), chez qui
il est appelé notion individuelle, notion d’une substance individuelle ou encore, pour reprendre le terme
de J. Duns Scot et Avicenne, hecceité (v. Différence spéc.*), et qui se rapporte spécifiquement chez le
philosophe allemand à la thèse de l’inhérence* du prédicat* au sujet* (thèse qui remonte pour sa part
aussi loin qu’au Latin Boèce v. Prædicatum inest subjecto* et Prédicat, Ah*), c’est-à-dire à l’idée selon
laquelle l’explicitation d’une notion individuelle délivre l’explication de ce qu’est et qui adviendra à la
substance individuelle qui tombe sous elle (Leibniz donna l’exemple de César, dont la notion individuelle
contient le fait pour le général de franchir le Rubicon). À l’époque contemporaine, le positiviste logique R.
Carnap (Meaning and Necessity (1947, 1956) reprit lui aussi l’idée d’expression individuelle, mais en
analysant celle-ci au double point de vue logique de son intension* et son extension* (v. infra) : l’extension
d’une telle expression correspond à l’individu lui-même (le concept de César a pour extension l’individu
qui ayant vécu au 1er s. av. J.-C.), alors que son intension se rattache plutôt au concept individuel de
César (qui franchit le Rubicon) (par. 9) – cherchant ainsi à systématiser la distinction frégéenne entre sens
et dénotation* (v. infra et Dénotation*).

- Structure logique du concept : intension et extension

On complétera ce qui suit en se reportant aux articles Intension* et Extension*.

Ce sont A. Arnauld et P. Nicole (Logique de Port-Royal*, 1662, 1683) qui identifièrent explicitement la

89
première fois les deux propriétés logiques fondamentales du concept, qu’ils dénommèrent
compréhension* (rebaptisée plus tard connotation* et intension*), liée au contenu* ou à la signification*
du concept, et l’étendue (renommée ultérieurement extension*), liée à ce que le concept désigne* ou
dénote* (v. Désignation* et Dénotation*). La compréhension est formée des propriétés* connotées* par le
concept (soit l’ensemble des attributs* essentiels* que le concept renferme), alors que l’étendue réfère
spécifiquement au registre ou à la classe* des objets individuels que le concept dénote*.

Prenons le concept de mammifère. Ce concept correspond à la classe de tous les objets individuels qui
exemplifient les propriétés essentielles qu’il connote (allaitement, cœur à quatre cavités, homéothermie,
crâne synapside,…) et qui permet de discriminer ces objets des autres objets appartenant à d’autres
classes (celle des oiseaux, des reptiles, des insectes ou des poissons par exemple). L’ensemble de ces
propriétés forme précisément l’intension du concept de mammifère (ou sa qualité), et celui des objets
individuels dénotés par lui, son extension (ou sa quantité).

L’intension d’un concept s’identifie avec sa définition*, en tant que cette dernière est l’expression
explicite de son essence* (v. l’article). Cette définition se fait par l’identification du genre* et l’espèce*
auxquels appartiennent les objets dénotés par le concept, c’est-à-dire se fait par l’identification de ce
que tous ces objets partagent en commun quant au genre auquel ils appartiennent et de ce qui les
distingue spécifiquement des autres classes d’objets appartenant au même genre (v. Définition*).

Au point de vue de l’extension par contre, un concept est plutôt une classe* dont font partie les objets
que celui-ci dénote et exprime ainsi une classification* abstraite et générale d’entités individuelles dont le
concept en question fait partie. Dans la tradition aristotélicienne et envisagé sous un angle extensionnel,
le concept est la résultante d’une opération intellectuelle par laquelle sont rangés des objets similaires
dans des ensembles ou catégories (2\*) organisées hiérarchiquement selon le genre* et l’espèce*.
L’extension dérive de l’intension : si l’on définit d’abord l’homme comme animal raisonnable (= son
intension), le concept d’homme suppose alors une classification des êtres selon le genre animal et
l’espèce raisonnable dans lesquels sont rangés les individus qui exemplifient l’ensemble des caractères
qui lui appartient* (généraux et spécifiques) (= son extension). Par ailleurs, le concept pensé sous cet
angle suppose qu’il est lui-même pris comme un élément dans une classification plus large. En tant qu’il
peut être défini et que cette définition détermine son extension, sa place est fixée dans une classification
abstraite où il entretient des liens avec d’autres concepts d’intension et d’extension différentes. Par
exemple, pour le concept de mammifère :

Si au point de vue intensionnel la proposition Le monotrème est un mammifère signifie que le monotrème
possède les attributs du mammifère (viviparité, homéothermie,…), au point de vue de l’extension elle
signifie plutôt et simplement que le monotrème appartient à la classe des mammifères.

Or l’esprit humain pense-t-il par nature en intension ou en extension (ou en termes de qualité ou de
quantité)? Lorsqu’il est dit que L’eau est liquide, l’esprit est-il plus enclin à concevoir le prédicat de la
liquidité comme un caractère du sujet eau ou à considérer plutôt la liquidité comme la classe des choses
à laquelle appartient l’eau? C’est là un problème fondamental de la logique, plus profond et difficile qu’il
n’y paraît. Historiquement, la logique traditionnelle* connut une certaine forme d’hésitation à ce sujet,
oscillant entre l’interprétation intensiviste et extensiviste du concept (ou la proposition*), la première ayant
toutefois globalement dominée sur la seconde (hormis par exemple chez Platon, sans doute chez
Porphyre de Tyr [v. Arbre de Porphyre*] et au sein de la scolastique post-thomiste [XIV-XVe s.]). De façon
générale, l’extension fut conçue comme dérivée de l’intension et la définition* (la connotation*
commandant la dénotation*), et donc secondaire par rapport à elle : le monotrème n’appartient à la
classe des mammifères que dans la mesure où il satisfait les propriétés formant justement l’intension du
concept de mammifère. La logique moderne*, avec l’avènement du calcul logique* et, avec lui, la
logique mathématique* au XIXe s., évolua clairement pour sa part dans le sens de l’approche

90
extensionnelle (v. notamment logique des classes*). C’est l’interprétation du concept comme classe* ou
genre* en effet qui soumet le mieux la logique à l’ordre de la quantité (monotrème = mammifère) et
donc du calcul formel. C’est d’ailleurs le refus de l’approche extensiviste qui réfréna pendant longtemps
la réalisation du grand rêve de G. W. Leibniz d’un langage symbolique universel (v. Lingua char. univ.*) et
d’une logique proprement formaliste* (à ce sujet, v. Calcul log., Ah*). Pour une discussion plus poussée sur
l’interprétation intensiviste et extensiviste du concept et la proposition, on se reportera à Proposition,
Interprétation de la prop. en intension et en extension*.

- Intension subjective et objective

La détermination des attributs formant l’intension d’un concept est en soi problématique. C’est là l’objet
d’une démarche qui excède bien souvent ce qui peut être donné dans l’expérience quotidienne ou la
simple analyse conceptuelle. Cette recherche en appelle dans bien des cas aux ressources de la
démarche scientifique. À titre d’exemple, seules la physique et la chimie sont, en toute rigueur, capables
de déterminer, au-delà du constat que l’on peut en faire sur le plan quotidien, si le point d’ébullition de
l’eau (soit 100o C au niveau de la mer) est un caractère véritablement essentiel faisant partie de
l’intension du concept d’eau. Dans son Traité de logique (1918), E. Goblot prit soin de distinguer deux
formes d’intension, selon le point de vue subjectif ou objectif selon lequel il est considéré. Ce que le
philosophe et logicien français appela compréhension subjective dénote l’ensemble des caractères
qu’un individu considère comme formant (analytiquement ou synthétiquement) la signification* d’un
concept, selon sa formation, éducation, capacité d’analyse et expériences propres. Elle s’oppose à la
compréhension objective, qui désigne chez Goblot l’intension véritable et idéale du concept,
indépendamment de ce nous en savons ou ne pourrons jamais en savoir3 (sur Goblot, v. aussi Loi de Port-
Royal*).

- Le statut d’existence des concepts

La définition générique du concept comme une entité abstraite et générale sous laquelle tombent des
objets individuels qui partagent en commun* un certain nombre de caractères essentiels* (v. 3\*, supra)
est relativement consensuelle. Son identification à l’ordre de la représentation dans une subjectivité l’est
cependant moins. Les théories du concept sont légion, elles tirent leur origine de traditions anciennes et
varient selon les courants de pensée, écoles et domaines de la philosophie, voire de la manière dont la
philosophie est elle-même conçue4. Ce problème excède en principe le champ propre de la logique,
sauf qu’il n’est pas sans rapport avec son histoire.

La théorie représentationnelle du concept remonte à R. Descartes (soulignons que dans le discours


philosophique de l’Âge classique, les notions de concept et d’idée sont non distinguées, la première
différence explicite remontant seulement à E. Kant [v. infra] et G. W. F. Hegel). Dans la Troisième
Méditation (1641, 1647), Descartes conçut l’idée (au point de vue son être formel, c’est-à-dire sans égard
à son contenu*) comme une sorte d’«image des choses» (IX, p. 29), assimilant l’idée à une pensée, ou
pour être plus précis, tel qu’il l’expliqua au Père Mersenne, à «tout ce qui peut être en notre pensée»
(correspondance du 16 juin 1641). Le philosophe français définit par ailleurs la pensée, dans ses Principes
de la philosophie (1644) comme «tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons
immédiatement par nous-mêmes», ce que la tradition philosophique identifia ultérieurement (à partir de
J. Locke, qui usa du terme anglais de consciousness) à la conscience de soi5. Le concept chez Descartes
désigne ainsi une pensée représentative existant dans le «sujet pensant»6. En tant que représentation
mentale ou attribut de la pensée (un «ouvrage de l’esprit» comme le dit aussi Descartes), le concept ou
l’idée est donc défini sur des bases radicalement hétérogènes au regard de celles que présupposait
Platon, chez qui l’idée (idéa, eîdos) était plutôt conçue comme un archétype extramental (et
suprasensible en général) d’étoffe intelligible (noetos).

Le concept comme représentation dans l’esprit ou objet mental (bien que ce soit là une thèse
proprement moderne7), est la reprise d’une position développée à l’origine par Aristote et les stoïciens (v.
Lektón*) dans l’Antiquité et développée plus tard au Moyen Âge dans le champ de la célèbre querelle
des universaux*. Ce qu’on appelle conceptualisme* (ou réalisme immanent) s’inscrit lui-même par surcroît
dans une longue tradition qui remonte au Maître lui-même8 et dont T. d’Aquin au XIIIe s. fut l’exégète le
plus prééminent (v. Querelle des universaux*). Selon cette théorie, les universaux (soit précisément les
prédicables* ou encore les termes universellement rapportés à leur sujet) résultent de l’activité de
l’intellect par laquelle d’une variété donnée d’impressions sensibles se rapportant à une classe d’objets
est abstraite (au sens de détachée, extraite) l’essence* qui s’y rapporte universellement (v. Raisonnement,
Typ., Rais. ind.*). Le conceptualisme était l’une des réponses possibles au problème formulé par le néo-

91
platonicien Porphyre de Tyr dans son Isagogè* (268-270), à côté des positions réaliste ontologique et
nominaliste*. L’expression de conceptualisme fut forgée sur la base du substantif latin de conceptio, qui
dérive de concipere animo et concipire mente, expressions qui référaient dès l’origine à l’action de
concevoir par la pensée (déjà chez Cicéron, Augustin d’Hippone et Boèce - Boèce, pour qui conceptus
traduisait justement noèma chez Aristote). C’est ainsi que dans la terminologie scolastique*, le participe
passé conceptus fut employé pour désigner la représentation mentale d’une chose9. Descartes distingua,
sur le plan objectif (celui du contenu* de l’idée), diverses espèces d’idées ou concepts, selon leur origine
respective (les idées sont adventices, factices ou innées, à ce propos, v. Évidence, Ah* et Forme, Ah*).
Cependant, la définition qu’il en donna au point de vue formel* (comme pensées représentatives des
choses) prolonge cet héritage médiéval.

Après Descartes, le concept comme mode de la pensée s’imposa à titre de conception classique
(d’ailleurs celle-ci domine encore aujourd’hui le paysage des sciences cognitives10), bien que certaines
variantes modernes s’en écartèrent radicalement. Pour le philosophe français N. Malebranche, à titre
d’exemple, qui prolongea une longue tradition remontant à Philon d’Alexandrie et surtout Augustin11,
l’idée ou concept demeure une représentation dans la pensée, mais précisément dans celle de Dieu,
dans l’intellect divin, en tant que cette pensée est exprimée dans son Verbe. Au chapitre 3 De la
Recherche de la vérité (1674-1675), le Père oratorien expliqua que l’homme (en sa qualité d’être fini et
faillible, marqué par le péché originel) ne peut avoir un accès direct, ni aux objets du monde sensible, ni
aux lois qui les gouvernent, mais seulement en avoir une représentation telle que celles-ci sont en Dieu,
sous la forme d’archétypes intelligibles, et donc telles que Dieu lui-même les voit12 - cette théorie est
connue sous le nom de Vision des idées en Dieu, l’une des plus notables de Malebranche. L’idée comme
représentation survécut également, en dépit de ses écarts souvent considérables d’avec le système
cartésien, au travers de l’œuvre de B. Spinoza. Celui-ci, bien qu’il jugeât insuffisante la classification
cartésienne des genres d’idées (adventices, factices et innées), définit formellement l’idée, dans son
Éthique (1677, posth.) comme un «concept de l’âme, que l’âme forme pour ce qu’elle est une chose
pensante» (livre 2, déf. III) : le concept est ainsi chez lui un objet représenté, nonobstant le fait qu’il conçut
par ailleurs l’action de l’âme elle-même comme une expression de la puissance de Dieu - vu sous
l’attribut de la pensée). Le concept est une action de l’âme, explique-t-il ensuite, par opposition à la
perception qui connote davantage une forme de passivité de l’esprit, point de vue philosophique auquel
Spinoza refuse de se placer. Spinoza exprime la même conception de l’idée dans son Traité de la réforme
de l’entendement (publié en 1677)13. G. W. Leibniz conçut pour sa part les concepts comme des notions
communes. Les concepts sont communs en ce sens qu’ils ne réfèrent chez lui qu’à des représentations de
classes d’objets individuels, et jamais à des substances individuées elles-mêmes (si la notion complète
exprime certes chez lui la substance individuelle, il demeure que selon le polymathe de Leipzig seul
l’entendement divin est en mesure d’en avoir la représentation complète)14.

La conception représentationaliste fut perpétuée dans la tradition empiriste anglo-saxonne, la différence


majeure d’avec le rationalisme classique se situant précisément sur le plan de la question de l’origine des
concepts ou des idées. En prenant à contre-pied la thèse innéiste, J. Locke (Essai philosophique
concernant l’esprit humain (1689-1690) prit la défense de l’idée selon laquelle, en tant que représentation
dans l’esprit, les idées tirent toutes sans exception leur origine et leur fondement de l’expérience (sensible)
(Essai, 1. II, ch. I) Plus tard et dans le même esprit, D. Hume (Enquête sur l’entendement humain, 1748),
apporta le raffinement conceptuel nécessaire à la clarification de la distinction entre le concept et les
autres perceptions de l’esprit, faisant dériver les concepts des impressions sensibles dont ils sont en
quelque sorte des copies affaiblies en termes de vivacité et «violence», pour reprendre son mot. Plus tard,
dans son Système de logique déductive et inductive (1843), J. S. Mill dénia l’existence des concepts (par
exemple celui d’homme), n’admettant que celle des images particulières en tant que celles-ci sont les
expressions immédiates de la seule réalité, savoir celle des individus et faits individuels (de tel et tel
homme), orientant ainsi la logique dans une voie inductive* et nominaliste - nominalisme que
prolongèrent d’autres auteurs comme le Britannique J. N. Keynes et le Français E. Goblot. Mill jugea que la
théorie traditionnelle des concepts avait empoisonné toute l’ancienne logique issue d’Aristote et qu’il
fallait pour cette raison la renouveler complètement en la réduisant au raisonnement du particulier au
général et non plus du général au particulier (v. Raisonnement, Typ. 1, Rais. déductif et inductif*).

Dans sa Critique de la raison pure (1781, 1787), E. Kant présupposa l’acception moderne de la notion de
concept en identifiant le concept pur au travail ou la spontanéité de l’entendement (qui règle a priori*
l’ordre des phénomènes) (v. Catégorie, 4\*). Le philosophe allemand distingua l’idée du concept en
établissant que l’idée est une forme de représentation se rapportant à un au-delà, inaccessible pour
l’esprit humain et de l’expérience possible.

92
À l’époque contemporaine, en parallèle à la tradition représentationaliste, il existe une variété de
positions associant plutôt les concepts à des capacités (abilities) que posséderait celui qui les utilise (L. J.
J. Wittgenstein et M. A. E. Dummett développèrent un point de vue de la sorte). Le concept de
mammifère par exemple correspondrait ainsi à la capacité pour un agent à distinguer la classe des
mammifères de la classe des non-mammifères et de pouvoir tirer des informations sur celle des
mammifères15. Cette position est en général soutenue par ceux qui entretiennent des doutes quant à
l’existence des représentations mentales qui précéderaient toute forme de langage*. C’est là une
position répandue en philosophie analytique* qui présuppose l’antécédence du langage sur la pensée
(v. sect. Concept, nom commun et langage, infra). Certains auteurs par contre s’opposent à cette
préséance du langage sur le concept, notamment J.–A. Fodor, qui cherche à expliquer le langage à
partir des représentations mentales (il définit le concept en référence à un réseau de symboles inscrits
dans une sorte de «langage mental» interne - language of thought16). Cette approche appartient à la
même famille que plusieurs autres où le langage est pensé à partir d’éléments plus fondamentaux que lui,
comme la position du philosophe d’origine britannique H. P. Grice, qui conçut le langage à partir des
intentions de signifier des locuteurs (des sujets de l’énonciation), et l’Américain J. Searle, chez qui le
langage est compris à partir du phénomène premier de l’intentionnalité.

L’approche réaliste platonisante connut une recrudescence significative à l’époque contemporaine dans
le champ de la logistique* naissante. Pour des philosophes et logiciens comme B. Bolzano17, F. L. G.
Frege18, E. G. A. Husserl19 et le néo-positiviste R. Carnap (v. Intension*) le concept est une entité abstraite
(sui generis) dont le statut de réalité est pensé dans un horizon de pure objectivité (Gegensändlichkeit) et
d’aucune façon dans celui d’une représentation mentale subjective : le concept est vu comme un objet
de pensée ou idéal indépendant de tout objet, état mental et état vécu20 par le médium duquel une
subjectivité vise la réalité dans sa généralité (et est en ce sens chez les phénoménologues porteur d’une
intentionnalité). Dans le droit fil de son réalisme des essences ou réalisme platonisant, le philosophe et
logicien pragois Bolzano usa (Wissenschaftslehre, 1837) par exemple de l’expression de proposition en soi
(Satz an sich) de manière à rompre avec la conception classique de la proposition et du jugement*
conçus respectivement comme expression verbale et acte de la pensée : les concepts ou idées, qui
composent les propositions et les jugements, sont selon lui indépendants non seulement des mots du
langage*, mais aussi de tout processus subjectifs en général par lequel ils sont appréhendés par l’esprit
humain21. Les propositions de la logique sont ainsi pensées indépendamment de tout positionnement
nominaliste ou subjectiviste, ne sont plus réputées comme des faits de langage ou même des lois de la
pensée (comme eut tendance à le penser encore G. Boole, ultérieurement), mais comme «des vérités
objectives, totalement indépendantes du fait historique accidentel que nous en prenons connaissance,
et qui n’en subsisteraient pas moins si personne ne les pensait, ne les avait jamais pensées et ne devait
jamais les penser. On ne peut certes, dire qu’elles existent, au sens habituel de ce terme, qui implique une
position dans l’espace et dans le temps. Elles n’en sont pas moins une réalité, qui ne saurait se réduire à
celle d’un reflet dans une conscience22».

On complétera ce qui précède en consultant Psychologisme*, Compréhension* et Calcul log., Ah* (sect.
sur Frege).

Le concept ainsi réduit à l’idée en soi (Vorstellungen an sich) ne doit être envisagé qu’au travers le
spectre de sa signification* et son caractère apophantique*, soit la possibilité, pour lui, simplement d’être
vrai ou d’être faux (v. Proposition, Lógos àpophantikós et vérité*). En s’inspirant des mathématiques, Frege
alla plus tard dans le même sens en écrivant dans son article Fonction et concept (1891) qu’un concept
est «une fonction dont la valeur est toujours une valeur-de-vérité23» (Wahrheitswert) (par exemple, la
proposition César franchit le Rubicon [formée de la fonction … franchir le Rubicon et de l’argument*
César] reçoit la valeur Vrai, tandis que la proposition Socrate franchit le Rubicon reçoit la valeur Faux).

» Sur la notion de concept entendue chez Frege comme fonction* (au sens de 4\*, supra), v. Calcul des
prédicats*.

La distinction que Frege établit entre sens et dénotation d’une proposition ou d’un concept (v.
Dénotation*) permet, dans une langue formalisée, de substituer une expression à une autre sans changer
sa valeur de vérité*. Si deux concepts possèdent la même référence* ou dénotation, l’expression a = b ne
signifie pas que ceux-ci ont le même sens (comme dans les langues naturelles), mais plutôt qu’ils
possèdent strictement la même valeur de vérité.

B. A. W. Russell, à l’époque des Principia Mathematica (1910-1913), eut tendance lui aussi à identifier le
concept ou l’universel à une sorte subsistance, tel qu’il l’affirma explicitement dans un article de 1911 :

93
«La logique et la mathématique nous forcent d’admettre une espèce de réalisme au sens
scolastique, c’est-à-dire d’admettre qu’il y a un monde des universels et des vérités qui ne
portent pas directement sur telle ou telle existence particulière. Ce monde des universels doit
subsister, quoiqu’il ne puisse pas exister dans le même sens que celui dans lequel les données
particulières existent» («L’importance philosophique de la logistique», dans Revue de
Métaph. et de Morale, 1911, pp. 286-287).

***

Après plus de 2,000 ans, le problème du statut d’existence des concepts occupe encore une place
importante dans les débats contemporains, notamment en philosophie de l’esprit qui s’interroge sur la
nature des phénomènes mentaux, spécifiquement des attitudes propositionnelles (soit les comportements
d’un agent relativement aux propositions : croire que p, penser que p, désirer que p,…). D’aucuns
n’hésitent pas à qualifier le problème du statut d’existence des concepts de problème permanent en
philosophie24 !

- Concept, nom commun et langage

Certains philosophes (notamment les philosophes analytiques) soutiennent la thèse selon laquelle les
concepts ne sont possibles que dans un langage*25. Cette position est cependant contestée par d’autres,
au motif que plusieurs études en science cognitive menées sur des animaux et jeunes enfants tendent
fortement à démontrer l’existence de certains états mentaux (telles les croyances) en l’absence de
langage26.

Le concept est en général considéré dans son indépendance vis-à-vis du langage. Spécifiquement, le
concept n’est pas confondu avec le mot ou nom commun, bien qu’il en soit en quelque sorte
l’équivalent sur le plan du langage ordinaire. Le concept est posé logiquement antérieur au mot, bien
que celui-ci ne puisse être communicable qu’au travers lui à l’intérieur d’une langue donnée (tout
comme l’essence d’un concept ne peut être formulée et communiqués que dans une définition*). À titre
d’exemple, le concept de mammifère n’est pas identique à ce qu’est le nom commun mammifère dans
la langue française, mais renvoie plutôt au signifié* (à la signification*, l’intension*) du mammifère,
indépendamment du signifiant langagier (celui de mammal, de Säugetier, de emlős) utilisé pour le penser
ou communiquer dans une langue particulière. Ainsi, en dépit du fait qu’il puisse se concevoir comme
une entité langagière d’un certain point de vue (rien ou presque ne pouvant être pensé en terme
conceptuel sans langage, par exemple), le concept jouit en logique d’une indépendance vis-à-vis des
noms employés pour l’exprimer et le communiquer. V. Dénotation*.

Platon et Aristote sont à l’origine de cette conception de l’antériorité de la pensée sur le langage. Chez
Aristote, les termes* de la proposition sont des concepts ou des objets de pensée avant d’être traduits ou
exprimés par des mots («Les sons émis par la voix [phonén], écrivit Aristote, sont les symboles des états de
l’âme» [Sur l’interprétation, 1, 16a 3-4]). Le lógos que constitue la proposition est donc prioritairement
l’expression de concepts dans l’esprit, de termes appartenant au discours intérieur (Sec. anal., I, 10 ; 76b
24-25)27.

è Termes connexes : Analyse, analyse conceptuelle*, Attribut*, De dicto*, Définition*, De re*, Dénotation*, Différence
spéc.*, Espèce*, Essence*, Extension*, Forme, Ah*; Genre*, Intension*, Loi de Port-Royal*, Nom commun*, Prédicat,
Typ.*, Proposition, Prop. logique et langage naturel*, Propriété*, Terme*.

- Bibliographie

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Philosophical Essays on the Foundation of Cognitive Science, Cambridge, The MIT press, 1981 ; The Modularity of Mind,
Cambridge, The MIT press, 1983 ; Ladrière, J., «Concept [épist. géné.]», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire
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Concepts, Marquette Univ. Press, 1970 ; Zalta, E., «A (Leibnizian) Theory of Concepts» dans Philosophiegeschichte und

94
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_________________________
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2. Voir Pacherie, É., «Concept – Entité intensionnelle, constituant d’un contenu de pensée», dans Dict. des concepts
philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013 (2006), p. 135.
3. Voir Tricot, J., Traité de logique formelle, Paris, Vrin, 1966, pp. 75-76.
4. Margolis, E. et Laurence, S., op. cit.
5. Voir Balibar, É., Identité et différence. L’invention de la conscience, Paris, Éd. du Seuil, coll. Essais, 1998.
6. Au sujet de l’épistémologie cartésienne, voir Nadeau, R. (dir.), Philosophies de la connaissance, Boulad-Ayoub, J.,
Ch. 5 «Descartes et le fondement de la vérité», Les Presses de l’Univ. Laval, 2009, pp. 109-137.
7. Narcy, M., «Idée», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013
(2006), p. 388.
8. Selon le témoignage de Diogène Laërce (Vies et doctrines des philosophes illustres, VII, 45, 9-46, 6), le concept fut
aussi conçu chez les stoïciens comme des représentations ou empreintes dans l’âme.
9. Voir Fontanier, J.-M., Le vocabulaire latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, pp. 43-44.
10. Voir Pinker, S., The Language Instinct: The New Science of Language and Mind, Penguin, Londres, 1994 et Margolis,
E. et Laurence, S., op. cit., 1.1. «Concepts as mental representations».
11. Dans De diversis quæstionibus octoginta tribus 83, q. 46.
12. Voir à ce sujet Nolan, L., «Malebranche's Theory of Ideas and Vision in God», dans The Stanford Encycl. of Phil.
13. Voir Simha, S., «Idée», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013
(2006), pp. 390-391.
14. Concernant la conception leibnizienne du concept, v. Zalta, E., «A (Leibnizian) Theory of Concepts» dans
Philosophiegeschichte und logische Analyse / Logical Analysis and History of Philosophy, 3, 2000, pp. 137–183.
15. Margolis, E. et Laurence, S., op. cit.,1.2. «Concepts as abilities».
16. Voir Fodor, J.-A., Lot 2 : The Language of Thought Revisited, Oxford Univ. Press, New York, 2008. V. aussi
Representations. Philosophical Essays on the Foundation of Cognitive Science, Cambridge, The MIT press, 1981, et The
Modularity of Mind, Cambridge, The MIT press, 1983.
17. Dans sa Théorie de la Science (Wissenschaftlehre), 4 vol., 1837, 1929-1931.
18. V. en particulier l’Introduction aux Fondements de l’arithmétique (Grundgesetze der Arithmetik), ainsi que les trois
articles publiés en 1891 et 1892 Fonction et concept (Funktion und Begriff), Sens et dénotation (Über Sinn und
Bedeutung) et Concept et objet (Über Begriff und Gegenstand). On consultera aussi Belna, J.-P., Histoire de la logique,
Paris, Ellipses, Coll. «L’esprit des sciences», 2005, pp. 109-110.
19. Voir E. G. A. Husserl, Recherches logiques (Logische Untersuchungen), 1901, vol. 1 : Prolégomènes à la logique pure,
où Husserl livra une critique du psychologisme* (ch. III). C’est Husserl qui fit connaître Bolzano.
20. Voir Peacocke, C., A Study of Concepts, Cambridge, MA, MIT Press, 1992 et Zalta, E., «Fregean Senses, Modes of
Presentation, and Concepts», dans Philosophical Perspectives, 15, 2001, pp. 335–359. V. aussi Putnam, H., «The meaning
of meaning», dans Mind, Language and Reality, Cambridge Univ. Press, 1975, pp. 218-227, et J. Ladrière, «Concept
[épist. géné.]», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux,
S., Paris, PUF, 1998, p. 394.
21. Concernant la contribution de Bolzano à cet égard, voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell,
Paris, Armand Colin, 1970, pp. 242. V. aussi Belna, J.-P., Histoire de la logique, Paris, Ellipses, Coll. «L’esprit des sciences»,
2005, pp. 83-84. On consuletra aussi Concept, Le statut d’existence des concepts*.
22. On cite R. Blanché, op. cit., pp. 242-243.
23. Ibid. p. 318.
24. Voir Tiercelin, C., «Universaux», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In
Extenso, Éd. du CNRS, 2013 (2006), p. 807.
25. C’est ce que soutiennent entre autres R. Brandom, D. Davidson et M. A. E. Dummett. Voir Brandom, R. Making It
Explicit: Reasoning, Representing, and Discursive Commitment, Cambridge, MA, Harvard Univ. Press, 1994 ; Davidson,
D., «Thought and Talk», dans Inquiries into Truth and Interpretation, Oxford, Oxford Univ. Press, 1975, et Dummett, M. A.
E., Seas of Language, Oxford, Oxford Univ. Press, 1993.
26. Margolis et Laurence (op. cit.) renvoient aux travaux de Tomasello, M., Call, J., et Hare, B, «Chimpanzees
Understand Psychological States - The Question is Which Ones and To What Extent», dans Trends in Cognitive Sciences,
7 (4), 2003, pp. 153–156, et à ceux de Onishi, K. et Baillargeon, R., «Do 15-Month-Old Infants Understand False Beliefs?»,
dans Science, 308, 2005, pp. 255–258.
27. Voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 37-39.

TYPOLOGIE DES CONCEPTS

» Sur la typologie des oppositions entre concepts, v. Opposition, Typ.*.

1\ Selon l’intension

Depuis la parution de la Logique de Port-Royal* (1662, 1683) d’A. Arnauld et P. Nicole, il entra dans l’usage
de la logique de distinguer les concepts selon le point de vue de la compréhension* ou intension* et celui

95
de l’étendue* ou extension*. La classification suivante vaut également pour le concept de terme*, c’est-à-
dire pour le concept utilisé comme sujet* ou prédicat* dans une proposition*.

Selon l’intension, les concepts se diversifient de la façon suivante :

i. les concepts simples ou complexes\composés : un concept est simple lorsqu’il se réduit à une seule
essence* (que cette essence elle-même contienne un seul ou plusieurs caractères), et complexe ou
composé lorsqu’il contient plusieurs essences. Par exemple, le concept de mammifère est un concept
simple, puisqu’il renvoie à une essence qui forme une unité, alors que le concept de mammifère marin est
complexe, puisqu’il en contient deux. Le nombre de mots dans l’expression n’est cependant pas un indice
de sa simplicité ou complexité, exempli gratia, l’expression de triangle est simple, alors que celle de
demain est complexe (il contient les concepts de journée et suivant) ;

ii. les concepts concrets ou abstraits : on emploie ici les termes de concret et abstrait en un sens impropre,
parce que les concepts sont toujours abstraits par nature. Pour reprendre les termes de R. Descartes dans
sa Troisième Méditation (Méd. métaphysiques, 1641, 1647), ceux d’être formel et être objectif de l’idée (du
concept) (v. Adéquation, Ah*), les concepts sont tous abstraits au point de vue de leur forme (v. supra),
mais au point de vue de leur contenu, de leur objet (de là le qualificatif d’objectif), ils peuvent être dits
concrets ou abstraits.

Un concept concret (ou empirique) est du type dont les objets qu’il dénote appartiennent au monde
physique ou naturel (p. ex. homme, arbre, table, étoile, neutron), alors que ceux dénotés par des concepts
abstraits ne le sont pas (p. ex. humeur, sagesse, état d’esprit, les objets mathématiques ou logiques, les
qualités détachées de tout support - la blancheur, le lumineux, la vélocité, le courage, le mortel,…) (v.
aussi Extension*). Les médiévaux distinguèrent précisément en ce sens les termes primæ intentionis (de
première intention, qui désignent des substances ou êtres existants par eux-mêmes) et les termes secundæ
intentionis, qui dénotent des attributs abstraits n’existant que dans une substance* ;

iii. les concepts collectifs ou divisifs\distributifs : les premiers regroupent ceux qui expriment une classe ou
un groupe (l’association, le peuple, un bouquet,…), les seconds, au contraire, désignent un groupe qui
s’incarne dans un individu (homme, penseur, mammifère,…) ;

iv. les concepts positifs ou négatifs (au sens de privatif) : positifs sont les concepts déterminant la classe
d’objets auxquels ils se rapportent (p. ex. les monotrèmes) et négatifs ceux qui sont simplement la négation
de cette classe (les non-monotrèmes) ;

v. les concepts univoques ou équivoques : à ce sujet, v. Univoque* et Équivoque*,

vi. les concepts catégorématiques (avec intension*, qui sont significatifs) ou


syncatégorématiques (dépourvus d’intension ou lexicalement vides) : à ce sujet, v. Catégorématique* et
Syncatégorématique*.

2\ Selon l’extension

Selon l’extension, les concepts sont des :

i. concepts singuliers*, lorsque son extension n’inclut qu’un seul individu (cet homme, Socrate).

Un concept étant, formellement parlant, une entité abstraite, il est toujours en soi universel. Il faut donc
faire attention à l’emploi du terme de singulier (à ce sujet, v. Singulier*) ;

ii. concepts particuliers*, lorsque son extension inclut une classe* partielle d’individus (ces hommes,
plusieurs hommes) (à ce sujet, v. Particulier*) ;

iii. concepts universels*, lorsque son extension inclut tous les individus d’une classe donnée (tous les
hommes, aucun homme, nul homme) (à ce sujet, v. Universel*).

Cette typologie des concepts selon l’extension dérive directement de la classification aristotélicienne des
genres de propositions (v. Proposition, Typ.*).

V. aussi Interprétation de la prop. en intension et en extension.

96
On peut également, au point de vue de l’extension, distinguer entre :

iv. les concepts supérieurs et inférieurs, les concepts inférieurs (ou parties subjectives) étant ceux qui sont
enfermés dans un concept d’extension plus grande, et les concepts supérieurs (ou tout potentiel ou
logique) ceux qui justement contiennent les premiers : ainsi sont précisément le genre* et l’espèce* l’un au
regard de l’autre.

V. Arbre de Porphyre*, Espèce*, Genre et Typ.*, et Prédicat, Typ., Les cinq prédicables*.

CONCEPT ABSTRAIT " Concept, Typ.*


CONCEPT CATÉGORÉMATIQUE " Concept, Typ.*
CONCEPT COLLECTIF " Concept, Typ.*
CONCEPT COMPLEXE " Concept, Typ.*
CONCEPT COMPOSÉ " Concept, Typ.*
CONCEPT CONCRET " Concept, Typ.*
CONCEPT DISTRIBUTIF " Concept, Typ.*
CONCEPT DIVISIF " Concept, Typ.*
CONCEPT ÉQUIVOQUE " Concept, Typ.*, Équivoque*
CONCEPT INFÉRIEUR " Concept, Typ.*
CONCEPT NÉGATIF " Concept, Typ.*
CONCEPT PARTICULIER " Concept, Typ.*
CONCEPT POSITIF " Concept, Typ.*
CONCEPT SINGULIER " Concept, Typ.*
CONCEPT SIMPLE " Concept, Typ.*
CONCEPT SUPÉRIEUR " Concept, Typ.*
CONCEPT SYNCATÉGORÉMATIQUE " Concept, Typ.*
CONCEPT UNIVERSEL " Concept, Typ.*
CONCEPT UNIVOQUE " Concept, Typ.*, Univoque*

CONCEPTUALISME
ou réalisme immanent

Doctrine philosophique issue de la querelle des universaux* médiévale selon laquelle les concepts* (ou
termes* généraux, idées générales) sont des réalités ou constructions mentales (sans être cependant de
nature linguistique, par opposition à ce soutient le nominalisme* ou terminisme*) et qu’à l’extérieur de
l’esprit humain, seules les substances* (ou choses individuelles) possèdent une existence (s’opposant sur
ce point au réalisme* ontologique).

À ce sujet, v. Concept, Le statut d’existence des concepts* et Querelle des universaux*.

CONCESSION

En logique de l’argumentation*, figure ou moment de l’activité argumentative* succédant à l’échange


des objections* et contre-objections* où la thèse* d’origine est modifiée, limitée ou nuancée. La
concession implique que certaines objections avancées par l’interlocuteur ont été acceptées, en partie
ou en totalité.

V. Objection*, Argumentation*, Log. de l’argumentation*.

CONCLUSION

è Étymol. : traduction du grec sumpérasma (épiphora* chez les stoïciens). Équivalent sémantique du latin ancien
complexio*.

1\ En logique traditionnelle*, dans un raisonnement*, synonyme de conséquence* (ou conséquent*),

97
mais en tant que vue spécifiquement sous l’aspect de son contenu* matériel et dont la vérité* dérive
directement de celle de l’antécédent*.

» Sur l’aspect strictement formel, v. Conséquence*. Aussi Validité* et Vérité*.

2\ Cas de la logique mathématique* : nom donné à la proposition* inférée d’une série d’autres
propositions, dans un système formel*, en vertu des règles de transformation*.

» Sur le concept de conclusion au point de vue de la logique de l’argumentation, v. Syllogisme, 3\*.

***

Chez Aristote, une conclusion a valeur scientifique si sa vérité* découle nécessairement de la vérité des
prémisses (v. Vérité* et Démonstration*). Cela ne vaut cependant, en toute rigueur, que pour les
raisonnements de type déductif*, car au sujet des inductions*, il n’est pas possible de dire (sauf peut-être
pour celles qui se rapportent à des objets logico-mathématiques, qui échappent à la contingence*)
qu’une conclusion est nécessairement vraie du fait que les propositions inductrices d’où elle est tirée sont
vraies. La conclusion d’un raisonnement inductif n’est jamais que plus ou moins probable ou
vraisemblable, pour parler comme Aristote, selon le type d’objet considéré et l’échantillonnage impliqué.
Il est possible qu’une conclusion inductive soit fausse même si toutes les prémisses dont elle dérive sont
vraies, comme dans l’exemple suivant :

Le spécimen mammifère x1 est vivipare (= V)


Le spécimen mammifère x2 est vivipare (= V)
Le spécimen mammifère x3 est vivipare (= V)

Le spécimen mammifère x820 est vivipare (= V)
________________________________________________
Tous les mammifères sont vivipares (= F)

En effet, l’ornithorynque, qui est un mammifère, est ovipare.

On complétera en se reportant à Raisonnement, Typ. 1, Rais. inductif, Valeur des conclusions inductives*.

CONCORDANCE

Synonyme large du terme d’adéquation* (v. l’article).

CONDITION
ou antécédent*

è Étymol. : du latin condicio et conditio (= entente, situation résultant d’un pacte), qui traduit le grec sunêmmenon.

1\ Au sens philosophique usuel (d’origine métaphysique), une condition est une réalité sans laquelle une
autre (le conditionné*) ne pourrait exister. E. Kant (Critique de la raison pure, 1781, 1787) fit un usage
«transcendantal» du concept de condition en lui attribuant le sens de ce qui rend possible a priori* (une
connaissance) – ce que sont chez lui, pour une part, les formes de l’intuition du temps et de l’espace, et
pour une autre part, les catégories* ou concepts purs de l’entendement, qui ensemble déterminent les
phénomènes.

Une cause* peut être de cette façon identifiée à la condition d’un effet, puisqu’elle est ce par quoi celui-
ci doit sa production. J. S. Mill fit un usage du terme condition qui l’associe à l’ensemble des réalités
responsables de la manifestation d’un phénomène (Système de logique déductive et inductive [1843], III,
V, 3)1. On pourrait aussi entendre les quatre causes aristotéliciennes au sens de conditions des
déterminations que reçoit la substance.

2\ Plus spécifiquement en logique, dans une proposition conditionnelle*, synonyme d’antécédent*, vis-à-
vis du conditionné*, soit, dans une relation hypothétique, si p est vrai, alors q l’est aussi, et si q est faux, p

98
l’est aussi.

À ce sujet, on se reportera à Antécédent*, Connecteur logique*, Implication matérielle, 3\*, Proposition


composée, Typ., Prop. cond.* et Raisonnement hypothético-déductif*.

3\ En logique mathématique*, on appelle condition l’ensemble des axiomes* ou axiomatique* dans un


système formel.

À ce propos, v. Axiomatique*.
_________________________
1. G. Almeras, «Condition [philo. géné.]», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle,
vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 401.

CONDITION DE VÉRITÉ

Notion de sémantique* désignant les conditions sous lesquelles une proposition* est vraie*.

À ce sujet, on se reportera à Sémantique* et Système formel*.

CONDITION NÉCESSAIRE ET SUFFISANTE

Se dit d’un antécédent* dont la conséquence* en découle toujours lorsqu’il est posé (et dont elle est
toujours absente lorsqu’il ne l’est pas).

V. Nécessaire* et Condition sine qua non*.

CONDITION SINE QUA NON " Sine qua non*, Condition nécessaire et suffisante*

CONDITIONNÉ, E
ou conséquent*, conséquence*

1\ Dans le vocabulaire classique de la métaphysique, le conditionné réfère à ce qui a besoin d’autre


chose (d’une condition*) pour être et exister (ce dont l’existence et ce qu’il est dépend). Synonyme de
conditionnel*. On trouve cette définition du terme chez W. Hamilton1.

V. Condition, 1\*.

2\ En logique, dans une proposition conditionnelle*, désigne ce qui dépend de la condition*. Synonyme
de conséquent*.

V. Conséquent*, Implication matérielle, 3\* et Proposition composée, Typ., Prop. cond.*.

_________________________
1. «(…) that which depends on something else for its being» (Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la philo.,
Paris, PUF, 1968, p. 167.

CONDITIONNEL STRICT " Implication stricte*


CONDITIONNEL VÉRIFONCTIONNEL " Implication matérielle*

CONDITIONNEL
ou hypothétique

1\ Qualifie en métaphysique toute réallité dont la production dépend d’une condition* (v. l’article).
Synonyme de conditionné*.

2\ Dans le registre logique, le terme est utilisé comme synonyme d’implication*. Une conditionnelle est un

99
autre nom de la proposition conditionnelle* ou hypothétique (par opposition à catégorique*).

V. Implication matérielle*, Proposition composée, Typ., Prop. cond.* et Contrafactualité*.

CONJONCTIF " Syllogisme, Typ., Syl. disjonctif et Syl. conjonctif*

CONJONCTION (et, л)

è Étymol. : du latin cum (= ensemble) et jungere (= unir, joindre), donc : joindre ensemble, équivalent sémantique du
grec sundesmos.

1\ En linguistique, nom donné au morphème dont la fonction est de relier deux termes* ou propositions*,
par coordonnation ou subordination.

2\ En logique, type de connecteur* propositionnel dont la fonction est d’unir deux propositions*. S’oppose
à disjonction*.

À ce sujet, on se reportera à Connecteur, Typ., La conjonction*.

V. aussi Proposition composée, Typ., Prop. conj.* et Table de vérité*.

» Sur l’associativité de la conjonction, v. Associativité*.

CONNECTEUR LOGIQUE
ou foncteur logique/propositionnel, connecteur propositionnel, fonction de vérité, opérateur de vérité

è Étymol. : le terme de foncteur, parfois utilisé, est un emprunt à l’allemand Funktor, introduit en 1913.

1\ Un connecteur est en général un constituant syntaxique* ou terme syncatégorématique* dont la


fonction est celle d’établir une liaison logique entre des concepts* (p. ex. : mais, et, ou, «si…, alors… »,
quoique, en effet...).

2\ En calcul propositionnel*, type d’opérateur logique*, représenté par un symbole, servant à exprimer
sans ambiguïté* le mode de liaison logique entre des propositions* simples aux fins de la formation de
propositions composées*. Les connecteurs sont dégagés de toute intension* ou signification*. Les
connecteurs du calcul propositionnel sont aussi utilisés en calcul des prédicats* (dont le calcul
propositionnel est une partie). Synonyme de foncteur logique ou propositionnel, fonction ou opérateur de
vérité.

Le connecteur propositionnel est en logique l’équivalent approximatif des marqueurs* linguistiques utilisés
dans les langues naturelles (v. 1\*, supra). Il existe cependant un écart irréductible entre ceux-ci. En vertu
de la thèse de la vérifonctionnalité*, les valeurs de vérité* que reçoivent les propositions composées sont
exclusivement fonction de celles des propositions simples qui les composent et selon les particularités
logiques des connecteurs qui les associent (v. Table de vérité*). Cette thèse de la vérifonctionnalité est à
l’origine du problème de la concordance de la logique avec les langues naturelles1.

TYPOLOGIE DES CONNECTEURS LOGIQUES

Les connecteurs propositionnels peuvent être unaires (ou monadiques), telle la négation*, ou binaires
(dyadiques) lorsqu’ils servent à relier deux ou plusieurs propositions simples pour former des propositions
composées*. Ces connecteurs sont pour la plupart vérifonctionnels (v. Vérifonctionnalité*).

La graphie contemporaine des connecteurs logiques n’est plus celle utilisée par F. L. G. Frege, laquelle
était moins commode sur le plan de la typographie. Elle provient plutôt de celle de B. A. W. Russell.

Prenons par exemple les deux propositions simples p («Il fait froid») et q («J’allume un feu») (p et q sont
appelés variables* propositionnelles, elles correspondent à des propositions simples, v. Calcul prop.* et
Proposition composée*) :

100
1\ Le connecteur unaire
ou monadique

- La négation*

Symboles utilisés : ¬p, ~p, -p, Np [de l’anglais NOT p]), se lit : non-p.

Ex. : «Il ne fait pas froid».

La négation est le seul connecteur propositionnel unaire qui soit pertinent en calcul propositionnel*, les
autres - il en existe mathématiquement trois autres, selon les tables de vérité possibles - étant inutiles. C’est
le cas par exemple de l’identité* («il est vrai que», entre autres, dans les langues naturelles), qui ne fait
qu’affirmer ce qu’affirme déjà une proposition («Il est vrai que p»). Il n’ajoute donc rien (lorsque p est vrai,
il est vrai, lorsque p est faux, il est faux)2.

Dans le premier volume des Principia Mathematica (1910-1913), B. A. W. Russell identifia la fonction
contradictoire ou négation logique (qu’il écrivit ~p) comme la première des quatre fonctions
fondamentales.

» Sur le principe de la double négation, v. Négation*.

» Sur le symbole de la négation dans la notation polonaise de J. Łukasiewicz, v. Calcul prop.*.

2\ Les connecteurs binaires


ou dyadiques

Il existe une possibilité mathématique de seize connecteurs logiques binaires (encore une fois, selon les
valeurs possibles dans une table de vérité*). Un certain nombre d’entre eux n’ont pas d’utilité logique
réelle et sont abandonnés. V. Table de vérité* pour connaître l’ensemble des valeurs que reçoivent les
principaux connecteurs suivants :

- La conjonction* (et)
ou multiplication logique, produit logique* et ET logique

Symboles utilisés : p л q, p . q, p & q, p x q, Kpq, p AND q, ou absence de symbole : pq. Se lit : p et q.

Ex. : «Il fait froid (p) et j’allume un feu (q)».

La conjonction logique est commutative*, c’est-à-dire que p et q sont parfaitement interchangeables (p


л q a la même valeur que q л p) (v. Commutativité (règle de la)*) - et distributive dans sa relation à la
disjonction* (v. Distributivité (règle de la)*). La conjonction logique ne coïncide donc pas parfaitement
avec le mot «et» dans les langues naturelles, où il sert parfois à désigner une suite d’événements (p. ex. la
proposition Il but la ciguë et mourut empoisonné n’est pas l’équivalent de Il mourut empoisonné et but la
ciguë (le «et» des langues naturelles servant fréquemment à signifier ensuite, puis).

Les marqueurs mais, toutefois, néanmoins, cependant, pourtant, quoique, du reste, bien que, … peuvent
être traités en tant que conjonctions, comme dans les propositions Socrate est grand, mais plus petit que
Simmias, Socrate est sage, bien qu’ignorant. Cependant, la prudence s’impose parce que ces marqueurs
ne servent parfois qu’à restreindre et affecter la portée de l’une des propositions (ce qui modifie le sens
de ce qu’est une conjonction : v. Proposition composée, Typ.) et peuvent aussi ne servir qu’à indiquer,
dans certains cas, une disjonction (p. ex. Cet homme n’est pas courageux, mais stupide).

Pour qu’une proposition conjonctive soit vraie, les propositions simples qui la composent doivent être
toutes vraies, étant donné qu’elles sont justement posées ensemble. Elle est fausse dans tous les autres
cas (v. Table de vérité* et Proposition, Typ., Prop. conjonctive*).

Dans le premier volume des Principia Mathematica, B. A. W. Russell identifia la fonction conjonctive ou
produit logique (qu’il écrivit p.q) comme la troisième des quatre fonctions fondamentales, quoiqu’il pose
par ailleurs que celle-ci soit réductible à ~ (~p ν ~q).

101
Cas du calcul des prédicats* : la conjonction est une fonction* propositionnelle à n places (n ≥ 2) et la
proposition est vraie si, et seulement si, les arguments* qui la complètent le sont tous par ailleurs3. La
conjonction de toutes les propositions rapportant un attribut à l’ensemble des éléments d’un domaine est
l’équivalent logique d’une proposition contenant une variable* quantifiée universellement (v.
Quantificateur* et Lois de De Morgan*).

» Sur la formulation des équivalences logiques entre la conjonction et la disjonction, voir Loi de De Morgan.*

- La disjonction* (inclusive/exclusive)
ou ou inclusif/exclusif, somme logique, addition logique*

Symboles utilisés pour le ou inclusif : p ν q, p || q, Apq, p + q, p OR q Se lit : p ou q.


Symboles utilisés pour le ou exclusif : p w q, Jpq, p ⊕ q, p ≠ q, p q, p q, p XOR q

Ex. : «Il fait froid (p) ou j’allume un feu (q)».

Les deux propositions reliées par ce foncteur sont appelées disjoints. Le symbole V renvoie au latin vel (=
ou).

Le connecteur de la disjonction se prête à deux interprétations : elle est ou bien inclusive ou non-
exclusive (p ou q), ou bien exclusive ou alternative (ou bien p, ou bien q). Le calcul propositionnel
moderne ne retient cependant que la première forme4.

Une proposition composée* comportant un «ou inclusif» est vraie si les deux propositions simples qui la
composent sont vraies ou si l’une ou l’autre est vraie. Autrement dit, elle est fausse uniquement lorsque les
deux propositions qui la composent sont fausses. Par contre, une proposition composée formée par un
«ou exclusif» est vraie si l’une ou l’autre des deux propositions simples qui la composent sont vraies, mais
elle est fausse si les deux sont vraies (v. Table de vérité*).

La disjonction inclusive indique la possibilité pour les deux propositions d’être vraies en même temps, alors
que le «ou exclusif» indique que cela n’est pas possible, que c’est catégoriquement l’une ou l’autre. Le
«ou exclusif» (latin aut) doit être interprété comme un «ou au contraire» (= l’un ou l’autre, mais pas les
deux), faisant des deux disjoints des propositions contraires*. Dans les deux cas (inclusif et exclusif), si les
propositions simples sont fausses, la proposition composée l’est aussi. V. table de vérité*. Par exemple :

Les personnes majeures ou vaccinées y ont droit (ou inclusif, les deux étant possibles) ;
La promotion de 50% s’applique à cet article ou à l’autre (sous-entendu ou exclusif, le connecteur
indique que c’est l’un ou l’autre au sens où les deux forment alternative).

» Sur l’interprétation de la disjonction comme addition logique dans le calcul booléen*, v. Algèbre de
Boole*.

» Sur la formulation des équivalences logiques entre la conjonction et la disjonction, v. Loi de De Morgan.*

» Sur l’équivalence entre la disjonction et l’implication matérielle*, v. Disjonction*.

Dans le premier volume des Principia Mathematica (1910), B. A. W. Russell identifia la fonction disjonctive
ou somme logique* (qu’il écrivit p ν q) comme la seconde des quatre fonctions fondamentales.

» Sur le symbole de la disjonction dans la notation polonaise de J. Łukasiewicz, v. Calcul prop.*.

- L’implication matérielle*
ou conditionnelle*, p implique q, si…, alors…

Symboles utilisés : p è q, p ⊃ q, Cpq. Se lit : si p, alors q ou p seulement si q.

Ex. : «S’il fait froid (p), alors j’allume un feu (q).

102
L’implication est utilisée pour marquer une relation entre propositions hypothétiques* ou conditionnelles,
c’est-à-dire pour exprimer un lien entre une certaine conséquence* et une certaine condition (v.
Proposition composée, Typ., Prop. cond.*). On appelle p l’antécédent* (condition*, implicante ou
implicans), et q conséquent* (conditionnée, impliquée ou implicatum) (on consultera ces articles).

L’implication est vraie lorsque l’antécédent est faux ou le conséquent vrai, et elle est fausse seulement
lorsque l’antécédent est vrai et le conséquent faux. Autrement dit, si p est vrai, q l’est aussi, et si q est vrai
c’est que p l’est aussi nécessairement (v. Table de vérité*). C’est pourquoi l’expression p ⊃ q peut se lire :
p seulement si q. Le principe est que dans une proposition conditionnelle*, celle-ci n’est vraie que dans les
cas où la dépendance exprimée est vraie, indépendamment de la vérité ou fausseté des propositions
considérées isolément (ce qui conduit à des situations curieuses sur le plan matériel ou du contenu*, par
exemple la proposition S’il meurt, alors il saute du 30e étage est vraie s’il est vrai qu’il meurt et s’il est vrai
qu’il saute du 30e étage, s’il est faux qu’il meurt, mais qu’il est vrai qu’il saute du 30e étage, s’il est faux
qu’il meurt et qu’il est faux qu’il saute du 30e étage).

» Sur le détail de la notion logique d’implication, v. Conséquent*, Implication matérielle* et Proposition


composée, Typ., Prop. cond.*.

» Sur l’implication formelle de Russell, v. Implication matérielle, Ah*.

» Sur le symbole de l’implication dans la notation polonaise de J. Łukasiewicz, v. Calcul prop.*.

» Sur l’implication stricte de Lewis, v. Implication matérielle, Ah* et Implication stricte*.

- L’équivalence*
ou biconditionnel

Symboles utilisés : p ≡ q, p ↔ q, p = q, Epq. p q, pXNORq, pIFFq. Se lit : si et seulement si.

Ex. : «J’allume un feu si et seulement s’il fait froid».

Dans cette relation, p implique q et inversement ((p è q) ∧ (q è p)) : s’il fait froid, alors j’allume un feu, et si
j’allume un feu c’est qu’il fait froid / s’il fait froid, et seulement s’il fait froid, j’allume un feu, et, si j’allume un
feu, c’est si et seulement s’il fait froid. Une relation d’équivalence est ainsi vraie si p et q sont vrais ou faux
en même temps. V. Table de vérité*.

L’équivalence est très utilisée dans l’expression logique des tautologies*. Son emploi sert à souligner le
caractère identique des tables de vérité* des propositions mises en présence. V. Tautologie*.

Dans le premier volume des Principia Mathematica (1910-1913), B. A. W. Russell identifia la fonction
d’équivalence (qu’il écrivit p ≡ q) comme une fonction complexe formée de la conjonction de p ⊃ q et
de q ⊃ p.

» Sur le symbole de l’équivalence dans la notation polonaise de J. Łukasiewicz, v. Calcul prop.*.

- L’incompatibilité
ou barre de Sheffer*

Symboles utilisés : p | q, p ↑ q, Dpq

L’incompatibilité est toujours vraie sauf lorsque les deux propositions simples sont toutes les deux vraies.
Ainsi, la proposition «Il fait froid et j’allume un feu» est fausse (p et q sont incompatibles) (v. Table de
vérité*).

La découverte de ce connecteur est redevable à H. M. Sheffer (1913). Le logicien de Harvard démontra


que ce connecteur pouvait exprimer tous les autres connecteurs, incluant la négation (rendant ainsi
possible une axiomatique* fondée sur le seul emploi du connecteur binaire de l’incompatibilité, comme le
démontra plus tard le Français J. Nicod). Sheffer réduisit à ce seul connecteur l’algèbre de Boole*, ainsi

103
que toutes les idées primitives et propositions primitives formulées par B. A. W. Russell dans les Principia
Mathematica (1910-1913) pour la fondation du calcul propositionnel* (v. Axiome* et Tautologie*).

La barre de Sheffer est l’équivalent de la fonction NON-ET (NAND en ang. : p NAND q), utilisée en
informatique et en électronique, avec laquelle il partage la même table de vérité. L’incompatibilité et la
bi-négation (ou le Nor, v. infra), sont appelées foncteurs shefferiens*5.

Les anciens stoïciens disposèrent d’un concept d’incompatibilité (maxètai)6.

- La bi-négation ou disjonction réciproque


ou rejet, ni … ni…

Symboles utilisés : p ˜ q (ou : Xpq ; p ⊥ q; p † q. Se lit ni p, ni q.


Le connecteur de la bi-négation a toujours la valeur faux, sauf lorsque les deux propositions simples sont
fausses. V. Table de vérité*. On doit l’introduction de ce connecteur à l’Américain Ch. S. Peirce, que celui-
ci appela amphec (d’après le grec). On appelle le symbole ˜ flèche de Peirce (Peirce's arrow) et celui
de † dague de Quine (Quine’s dagger).

La bi-négation ou disjonction réciproque est l’équivalent de la fonction NON-OU (NOR en ang. : p NOR q)
utilisée en informatique et en électronique.

- Analyse historique

Les anciens stoïciens connurent les principaux connecteurs utilisés aujourd’hui en logique
propositionnelle*, connecteurs qu’ils appelèrent sundesmos7. Leur système de logique utilisait la négation,
l’implication, la conjonction et la disjonction exclusive8.

è Termes connexes : Antécédent*, Calcul des prédicats*, Calcul prop.*, Catégorématique* Conséquent*,
Contradiction*, Équivalence*, Implication*, Négation*, Opérateur logique*, Proposition*, Proposition composée, Typ.,
Prop. cond.*, Syllogisme, Typ., Syl. cond.*, Syncatégorématique*, Système formel*, Table de vérité*, Vérifonctionnalité*.

_________________________
1. Voir Lepage, F., Éléments de logique contemporaine, ch. 2 «Connecteurs logiques et langue naturelle», Les Presses
de l’Univ. de Montréal, 1991, pp. 21-27.
2. Ibid., pp. 16-17.
3. Ed., «Conjonction [Ling., Log.]», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II),
2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 412.
4. G. Boole et J. Venn soutinrent l’interprétation exclusive de la disjonction. C’est au logicien W. S. Jevons que l’on doit
d’avoir mis en évidence le caractère essentiellement non exclusif de la disjonction utilisée dans son sens proprement
logique (caractère qui le distingue de son acception mathématique fondée sur des quantités – v. à ce sujet Calcul
log., Ah*). A. De Morgan contribua aussi, avec sa loi (v. Loi de De Morgan*), à favoriser la reconnaissance de
l’acception non exclusive de la disjonction.
5. Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 344.
6. Op. cit., p. 110.
7. Ibid.
8. Ibid. V. aussi Syllogisme, Typ., Syl. cond.*.

CONNECTEUR PROPOSITIONNEL " Connecteur logique*

CONNOTATION
ou intension*, anc. : compréhension*

è Étymol. : du latin connotatio.

En logique, corrélatif sémantique de compréhension*, intension* et signification*. S’oppose à dénotation*.


La connotation réfère classiquement à l’ensemble des attributs inhérents (implicites) à un sujet* (ou
concept* du sujet) et se rattache doctrinalement à la théorie scolastique* des suppositions (v.
Prædicatum inest subjecto*).

Le terme entra dans l’usage philosophique à partir des travaux de G. d’Occam au Moyen Âge, bien qu’il

104
ait eu des antécédents, théologiques en l’occurrence, mais aussi philosophiques chez Avicenne et dans
la théorie sémiotique de R. Bacon1 (Compendium studii theologiæ, v. 1292). Le Docteur invincible usa du
terme de connotatio pour qualifier les termes qui supposent quelque chose (soit des attributs*,
susceptibles d’être explicités dans une définition*), versus les termes absolus, qui eux ne supposent rien2 (et
ne peuvent donc faire l’objet d’aucune définition3)4. Dans la Grammaire de Port-Royal, les termes
connotation et dénotation servirent plutôt à définir la manière dont les adjectifs et les substantifs se
rapportent à leurs objets (l’adjectif connote alors que la substance dénote quelque chose)5.

L’usage logique du terme de connotation en lieu et place de celui d’intension est dû à J. S. Mill dans son
Système de logique déductive et inductive (1843) (v. Extension, Ah*, Intension, Ah* et Proposition, 4\*). Mill
remplaça du même souffle le vieux terme de compréhension* utilisé dans le même sens dans la Logique
de Port-Royal* (1662, 1683) ou encore d’appellatif (dont fit usage G. W. Leibniz dans ses Nouveaux essais
(v. 1. III, ch. III, § 5-6).
_________________________
1. A. de Libéra, «Connotatio (connotation))», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 424. Sur la théorie du signe de Bacon spécialement, voir
Fredborg, K. M., «Roger Bacon on Impositio vocis ad significandum», dans English Logic and Semantic…, pp. 167-191.
2. Voir Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 44. Aussi : Michon, C.,
Nominalisme, Paris, 1994, p. 333 et seq. V. aussi Spade, P. V., «Ockham's Distinctions between Absolute and
Connotative Terms», dans Vivarium, 13, 1975, pp. 55–76.
3. A. de Libéra, op. cit., p. 424.
4. Sur la théorie médiévale des suppositions, v. aussi Log. scol.*et Sujet, Ah*. V. aussi de Rijk, L. M., Logica modernorum, A
contribution to the history of early terminist theory, Assen, Van Gorcum & Co., vol. II, 1, The Origin and Early Development
of the Theory of Supposition, 1967.
5. Ducrot, O., et Schaeffer, J.-M., Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Seuil, Points, Essais,
1999, p. 446.

CONSÉQUENCE
ou conséquence logique

è Étymol. : du latin médiéval consequentia, d’après consequens (de consequi = suivre avec, au sens logique ou
temporel). Signifia en français un lien d’arguments dans la conclusion dès son origine au Moyen Âge. Traduit le grec
sumperasma et akolouthia, et équivalent sémantique de ce que les stoïciens appelèrent épiphora*.

1\ Dans son acception commune, désigne tout élément qui succède à un autre ou découle d’un autre
(synonyme de conséquent, 1\*). En relation à une cause*, désigne l’effet (v. Cause* et Condition, 1\*).

2\ Au sens logique du terme, la conséquence réfère à la proposition* correctement tirée des prémisses*
dans le cadre d’un raisonnement* de type déductif*. La conséquence désigne précisément la proposition
tirée nécessairement* de propositions antécédentes* ou prémisses*, indépendamment du contenu* de
signification* de ces dernières. Dans un syllogisme* en particulier, la conséquence est formée de
l’unification du mineur* et du majeur* grâce à un moyen terme*.

On doit au philosophe écossais W. Hamilton la première définition explicite de la logique comme science
de la conséquence entendue en ce sens.

» Sur Hamilton et sa contribution à l’histoire de la logique moderne, on se reportera à Calcul log., Ah*).

» Sur la signification du concept de conséquence dans le cadre de la logique propositionnelle* et la


proposition conditionnelle*, v. Conséquent, 2\*.

- Conséquence versus conclusion

On doit en toute rigueur distinguer entre conséquence et conclusion. Les deux termes font référence à la
proposition tirée nécessairement des prémisses, à la différence que la première ne considère celle-ci que
sous l’angle de sa validité* formelle*, tandis que la seconde prend en considération la vérité* de son
contenu* (les logiciens de l’École avaient déjà discriminé dans le même esprit entre vérité formelle (vi
formæ) et vérité matérielle (ratione materiæ). Si le terme de conclusion est une notion appartenant
davantage au registre de l’épistémologie, celui de conséquence est une notion proprement logique en
ce qu’il se limite à la seule nécessité* logique en vertu de laquelle une proposition est dérivée de
prémisses posées selon des règles d’inférence* (v. Inférence*), indépendamment de tout contenu

105
propositionnel. Cette distinction apportée, on comprendra que la même proposition obtenue au terme
d’un raisonnement déductif peut être vraie en tant que conséquence (vraie formellement s’entend,
c’est-à-dire valide), et fausse quant à son contenu, ou l’inverse, ou encore les deux vraies ou les deux
fausses.

Aristote appela syllogisme démonstratif* un syllogisme dont la proposition inférée est vraie sur les deux
plans, répondant ainsi à la double exigence épistémique et logique de la science (v. Syllogisme, Typ., Syl.
dém.*).

On complétera ce qui précède en se reportant aux articles Conclusion*, Validité* et Vérité*.

è Termes connexes : Antécédent*, Cohérence*, Conclusion*, Conséquent*, Nécessité*, Prémisse*, Raisonnement, Typ.
1, Rais. déd. et Rais. ind.*, Syllogisme, Typ., Syl. dém.*, Validité*, Vérité*.

CONSÉQUENT
ou impliquée, conditionnée, terme impliqué, implicatum

è Étymol. : v. Conséquence*. T. d’Aquin appela aliud quoddam la proposition qui découle nécessairement
(necessario sequitur) des prémisses* ou de l’antécédent*.

1\ Au sens général, désigne tout élément qui succède à un autre (synonyme de conséquence, 1\*). En
relation à une cause*, il réfère à l’effet (v. Condition, 1\*).

2\ Dans un syllogisme*, nom donné à la proposition* finale dans laquelle sont unis (identifiés) ou séparés
les termes* que compare l’antécédent* et duquel cette proposition est inférée* de façon nécessaire*.

V. Syllogisme, Structure et composantes du syl.* et Conséquence*.

3\ Dans un syllogisme conditionnel*, nomme le second terme* d’une prémisse majeure*. La préséance
de l’antécédent* (p) sur le conséquent* (q) est une préséance d’ordre strictement logique.

V. Syllogisme, Typ. des syl. composés, Syl. conditionnel*.

4\ En logique propositionnelle*, désigne la seconde partie (q) d’une proposition conditionnelle*, adjointe
à l’antécédent* (p) (p è q). Dans ce cadre, renvoie à la notion logique dl’implication matérielle*. On
appelle aussi le conséquent ainsi défini une impliquée (et l’antécédent une implicante).

Pour tous les détails, v. Proposition composée, Typ., Prop. cond.* et Implication matérielle, Ah* et
Connecteur, Implication mat.*.

Dans le cadre de la logique des relations* de B. A. W. Russell (Principia Mathematica, 1910-1913),


l’antécédent est appelé referent* et le conséquent relatum* (Ch. S. Peirce parla quant à lui de relat et
corrélat).

***

La notion de conséquent fut l’objet d’une attention particulière au XIVe s. dans une série de traités
scolastiques*, comme chez J. Buridan (Tractatus de consequentiis) et A. de Saxe (De consequentiis, peut-
être apocryphe).

è Termes connexes : Antécédent*, Conclusion*; Conséquence*, Implication matérielle*, Proposition composée, Typ.,
Prop. cond.*, Relatum*, Syllogisme, Typ., Syl. cond., modus ponens et modus tolens*.

CONSISTANCE LOGIQUE " Cohérence*, Complétude*


CONSTANTE D’INDIVIDU " Calcul des prédicats*

CONSTANTE LOGIQUE

Classe des symboles de valeurs invariables utilisés en calcul des prédicats* et en calcul propositionnel*

106
pour représenter les divers opérateurs logiques* (connecteurs* et quantificateurs*). En logique modale*,
les modificateurs* (le nécessaire*, le possible*, etc.) sont considérés comme des constantes. S’oppose à
variable*.

Les constantes fixent la forme logique des propositions* et les formes possibles d’inférences*. Le logicien W.
V. O. Quine définit les constantes logiques comme les éléments essentiels d’une proposition par lesquels
est déterminée la vérité logique, c’est-à-dire comme ce qui fait qu’une proposition demeure vraie en
dépit de toutes les substitutions possibles de ses autres composantes1.

V. Opérateur logique*, Connecteur*, Quantificateur*, Calcul des prédicats* et Calcul prop.*.


_________________________
1. Voir Engel, P., «Constante logique», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd.
du CNRS, 2013 (2006), p. 146.

CONTENU
ou contenu signifiant, sémantique, propositionnel ou de signification, matière*, intension*, signification*,
connotation*, anc. : compréhension* (la Logique de Port-Royal*), contenu propre, déterminité1
[Bestimmtheit] chez G. W. F. Hegel.

Au sens usuel du terme, le contenu désigne ce que contient un concept* ou une proposition*. Dans le
registre logique, il est synonyme de signification* ou intension* et rend la proposition susceptible de
recevoir une valeur de vérité*. S’oppose à forme* (v. l’article), qui ne concerne que l’agencement, les
relations entre les contenus (par exemple celui des propositions dans un raisonnement*). En logique, la
prise en compte du contenu propositionnel est la base de la sémantique* (par opposition à syntaxique*).
La procédure par laquelle un système de signes* (ou un langage* en particulier) est vidé de son contenu
de signification s’appelle formalisation (v. Forme, formel, formalisme, formalisation*, Système formel*).

On rencontre l’expression de contenu logique chez un certain nombre de logiciens contemporains,


notamment R. Carnap et A. Tarski, chez qui elle dénote l’ensemble des conséquences non-tautologiques
(v. Tautologie*) d’une théorie donnée.

- Analyse historique

La distinction classique forme/contenu remonte explicitement à la doctrine hylémorphiste d’Aristote, chez


qui elle correspond à la différence entre la matière* ou le matériau (húlè) et la forme dont est doté toute
substance* ou tout étant. Chez Platon, on peut associer le contenu et la forme respectivement aux
aspects sensible et intelligible de toute chose (le contenu se rapportant à sa matière perçue et la forme à
l’Idée à laquelle elle doit ses déterminations essentielles, en vertu d’un rapport d’imitation ou de
participation). Forme et contenu furent repris dans le cadre de ses travaux de logique d’Aristote,
spécifiquement sur le plan de la distinction que celui-ci apporta entre logique formelle*, ou théorie du
raisonnement vu sous l’angle de sa validité*, et logique matérielle, ou théorie du raisonnement
démonstratif* et scientifique préoccupée par la question de la vérité*. Les syllogismes démonstratifs ne
sont pas simplement chez lui des raisonnements logiquement valides, mais des raisonnements valides
dont les prémisses* qui acheminent à la conclusion possède par surcroît un contenu vrai (v. Syllogisme
démonstratif*, Validité* et Vérité*). Les syllogismes dialectiques* sont quant à eux des raisonnements
valides dont le contenu des prémisses qui les composent n’est que probable ou vraisemblable (v.
l’article). Ainsi, les théories du syllogisme démonstratif et dialectique, présentées respectivement dans les
Seconds analytiques et les Topiques (v. Órganon*), forment ensemble la «logique matérielle» au sens de la
«logique du contenu» d’Aristote, par opposition à la «logique formelle».

La distinction entre forme et contenu fut reprise par E. Kant dans le cadre de sa philosophie
transcendantale : le contenu désigne chez lui le divers intuitionné que met en forme les concepts* a
priori* ou catégories* de l’entendement dans le procès acheminant à la connaissance.

è Termes connexes : Calcul prop.*, Concept*, Dictum*, Forme*, Extension*, Intension*, Lektón*, Loi de Port-Royal ;
Matière*, Órganon, Pr. anal.*, Proposition*, Sémantique*, Syllogisme, Typ., Syl. dém. et Syl. dialec.*, Valeur de vérité*,
Vérité*.

CONTENU SÉMANTIQUE " Contenu, Matière*

107
CONTENU DE SIGNIFICATION " Contenu, Matière*
CONTENU PROPOSITIONNEL " Contenu, Matière*
CONTENU SIGNIFIANT " Contenu, Matière*
CONTESTATION " Objection*, Argumentation*, Logique de l’argumentation*
CONTESTATION ARGUMENTATIVE " Objection*, Argumentation*, Logique de l’argumentation*

CONTINGENCE, CONTINGENT
ou non-nécessaire, ce qui n’est pas nécessaire, indétermination, indéterminé

è Étymol. : du latin contingens, contingere (= qui arrive [sous-entendu : par hasard*]), formé de cum et tangere (=
choses qui se touchent), qui traduit le terme d’endeketai (= il arrive que) et spécifiquement celui d’endekómenon chez
Aristote. Le terme apparut dans la langue française au XIVe s.

1\ Terme d’origine métaphysique désignant depuis le Moyen Âge le caractère ou la propriété* de ce qui
est, mais qui pourrait ne pas être (v. Modificateur*). La contingence ontologique se rapporte ainsi au fait,
pour les substances* intramondaines, de pouvoir être autrement ou, pour les événements du monde, de
pouvoir ne pas survenir. La contingence est en relation de contradiction* avec le caractère de la
nécessité (1\*) – et en ce sens, synonyme de non-nécessaire ou de ce qui n’est pas nécessaire. La
contingence est très proche sémantiquement du concept de possible* (Aristote ne les distingua jamais
d’ailleurs, le contingent signifiant chez lui tout ce qui peut être ou ne pas être, v. Modificateur, Les quatre
modalités clas.*).

» Sur les rapports subtils que le contingent entretient avec l’accident* (qui ne sont pas des synonymes
stricts), on se reportera à Essence et accident, nécessité et contingence*, Accident*, Accident commun*
et Propre*.

Le problème de la contingence entendue dans ce sens métaphysique apparut chez Aristote dans le
cadre d’une réflexion sur la prévisibilité des propositions portant sur des événements futurs (Sur l’interpr., 9).
Aristote, du fait de sa conception téléologique du monde, crut que l’ordre naturel est soumis à une forme
de nécessité (v. Nécessaire, 1\*). Ce dernier plaida néanmoins en faveur de l’indétermination des
événements singuliers, à l’inverse de la position des mégariques et de celle qu’adoptèrent les stoïciens
peu après Aristote (à ce sujet, v. Futurs contingents*).

V. Nécessaire, 1\* et Cause*.

Le thème de la contingence s’inscrit aussi chez Aristote dans le cadre plus large 1\ de sa cosmologie
dualiste dans la mesure où l’indétermination fut conçue chez lui comme la marque générale du monde
sublunaire – au contraire du le monde supralunaire soumis à ordre nécessaire -, et 2\ de sa métaphysique
hylémorphiste, où l’indéterminé est associée à la matière (húlè)1.

Le problème de la conciliation contingence/nécessité fut un objet de préoccupation pour les théologiens


médiévaux : dans sa Somme théologique, T. d’Aquin rapporta la contingence au point de vue fini et
temporel de l’homme sur le monde, et la nécessité au point de vue de la prescience divine sous lequel
tout est perçu simultanément (I, XI)2.

2\ En régime épistémologique spécifiquement, la contingence désigne le caractère d’une proposition*


ou jugement a posteriori*, c’est-à-dire dont le contenu* découle de l’expérience et se rapporte au
monde empirique* en général.

V. A posteriori* et Jugement, Typ., Jug. de fait*.

Comme modalité de la proposition ou du jugement sur les choses, cette acception fut explicitée au sein
de la tradition empiriste* (J. Locke, D. Hume). G. W. Leibniz reconnut la contingence, en la situant sur le
plan de tous les êtres (excluant Dieu), pour lesquels l’existence ne suit pas de leur essence, et définissant
les vérités de fait ou d’expérience (Tatsachenwahrheiten) comme des vérités dont le contraire est
possible (dans la mesure où le contraire n’entraîne aucune contradiction logique. V. Jugement, Typ., Jug.
de fait*). Mais en tant que partisan d’une métaphysique déterministe, le philosophe de Leipzig conçut la
contingence de manière négative en la rapportant à une limite de notre capacité de connaître (de
connaître la cause d’un phénomène) et non pas à un état de fait intramondain. Seul Dieu est en mesure
de posséder une connaissance certaine à propos des vérités qui sont pour nous contingentes3.

108
» Sur la contingence chez Kant, v. Assertorique*.

3\ En logique traditionnelle*, le terme de contingence réfère au caractère d’un prédicat* purement


accidentel*.

La contingence est logiquement très proche du concept de possible* : alors que la contingence désigne
ce qui est, mais qui pourrait ne pas être, la possibilité réfère plutôt à ce qui n’est pas, mais pourrait être,
ainsi la possibilité est une contingence pensée sur un mode négatif. Sur la proximité sémantique* entre les
concepts de contingence et possible, v. Possible* (la définition et le Ah).

La logique modale se rapporte directement au concept de contingence défini dans cet horizon orienté
précisément sur la copule* dans une proposition* (v. Modificateur*). Une proposition dont le contenu est
affecté par la contingence est appelée proposition problématique*.

» Sur la négation de la contingence en logique modale classique, v. Négation*.

- Analyse historique

Le terme latin de contingens fut introduit dans la tradition philosophique sous la plume du savant latin
Boèce (début VIe s.) comme une traduction du terme aristotélicien d’endekómenon. Celui-ci écrivit dans
son commentaire aux Premiers analytiques et du traité Sur l’interprétation :

«Par contingens j’entends ce qui n’existe pas nécessairement, mais qui peut être supposé
être sans qu’il y ait à cela d’impossibilité (1, 12) ; Selon Aristote, est contingens tout ce
qu’apporte le hasard, ou qui provient du libre arbitre de n’importe qui et de sa volonté
propre, ou qui, en raison de la facilité qu’a la nature d’aller dans un sens ou dans l’autre, est
possible, c’est-à-dire peut se produire comme ne pas se produire» (dans Patrologie latine,
64, 489)4.

è Termes connexes : Accident*, Apodictique*, A posteriori*, A priori*, Assertorique*, Empirisme*, Futurs contingents*,
Général*, Jugement, Typ., Jug. de fait, 1\*, Modificateur*, Nécessaire*, Possible*, Problématique*, Proposition*, Typ.*.
_________________________
1. J. Largeault, «Contingence [épist. géné.]», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 466.
2. À ce propos, v. M.-P. Vinas, «Contingence [philo. géné.]», dans Les notions philosophiques, op. cit., p. 465-466.
3. Sur la définition leibnizienne de la contingence, voir De Gaudemar, M., Le Vocabulaire de Leibniz, Paris, Ellipses, 2001,
pp. 20-21.
4. Voir Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, pp. 46-47.

CONTRADICTIO IN ADJECTO
ou oxymore

Nom latin donnné à une variété de contradictions qui se présente entre un sujet* (ou le nom) et le
prédicat* (ou l’adjectif) qui lui est attribué.

* Ne pas confondre avec contradiction dans les termes*.

Par exemple : Ce corps n’est pas étendu. Dans la mesure où il est présupposé que l’étendue fait partie
du sujet corps quant à son essence* (ou sa définition*), il est alors contradictoire d’affirmer que le
prédicat n’est pas étendu est composé de lui. Les propositions Les nains sont grands ou Les aveugles
voient sont des contradictio in adjecto dans la mesure où ce qui est dit du sujet est en contradiction
avec l’intension* du sujet. Autres exemples : la sécheresse est humide, la chaleur est froide, un illustre
inconnu, le déplaisant est agréable (ce qui est agréable est en contradiction avec ce qu’est le déplaisir).

CONTRADICTIO IN TERMINIS " Contradiction dans les termes*

CONTRADICTION, CONTRADICTOIRE, PRINCIPE DE NON-CONTRADICTION


ou antilogie*, antinomie*

109
è Étymol. : transposition du latin contradictio, contradicere (= dire, parler contre), qui traduit littéralement le grec
antíphasis (antíphanai, antíphaseôs). On doit le terme latin de contradictoriæ à Boèce (v. Carré log.*, Ah*).

* Ne pas confondre la contradiction avec le paradoxe*, lequel ne repose que sur une apparence de
contradiction (alors que la contradiction est une opposition réelle).

1\ La contradiction reçut chez Aristote son premier véritable traitement analytique (métaphysique,
psychologique et logique) (v. Ah*, infra). Sur le plan de la logique, la contradiction se rapporte ou bien à
la relation d’opposition entre deux termes* prédicatifs, ou bien à celle qui existe entre deux propositions*
différant mutuellement selon la qualité* et la quantité* (entre les propositions de type A* et O*, E* et I*.

En logique traditionnelle*, deux propositions contradictoires ne peuvent être vraies ensemble ou fausses
ensemble : si l’une est vraie, l’autre est nécessairement fausse, et inversement (autrement dit, elle est une
relation d’opposition entre deux propositions où l’une affirme ce que l’autre nie, ou encore entre deux
propositions dont la vérité de l’une implique nécessairement la non-vérité de l’autre. La contradiction ainsi
définie n’est valable que dans le cadre restreint d’une logique bivalente*.

» Sur l’opposition entre termes prédicatifs, on se reportera spécifiquement à Opposition, Typ., 1\ Opp. des
concepts*. V. aussi Contradiction dans les termes* et Contradictio in adjecto*.

» Sur l’opposition entre propositions, on se reportera spécifiquement à Opposition, Typ., 2\ Opp. des
propositions, L’opposition contradictoire*.

Ordinairement, la différence entre l’opposition contradictoire et l’opposition contraire* est négligée. On


détermine par exemple que les propositions suivantes, Tous les fruits sont bleus et Aucun fruit n’est bleu,
forme une contradiction, alors que d’un point de vue logique, elles ne le sont pas : elles s’insèrent plutôt
dans une relation de contrariété (dans la mesure où elles affirment exactement l’inverse de l’autre tout en
étant possiblement fausses toutes les deux. V. Contraire, 2\*, infra).

La contradiction est reconnue comme l’une des quatre formes logiques traditionnelles d’opposition*,
avec la contrariété*, la subcontrariété* et la subalternation*. La contradiction est le seul mode
d’opposition «absolu», c’est-à-dire où les propositions sont dans tous les cas incompatibles entre elles (la
vérité de l’une implique nécessairement* la fausseté de l’autre).

On trouve chez Aristote la définition de la contradiction dans son traité Sur l’interprétation* (17a31, 33-37)
et les Seconds analytiques (I, 2, 72a13-14). Le principe de non-contradiction n’est défini pour sa part que
dans le livre gamma (Γ) des Métaphysiques (v. infra).

***

En logique traditionnelle*, on appelle règle des contradictoires celle qui stipule que deux propositions
opposées sont mutuellement incompatibles sous tous rapports, autant celui de la vérité* que la fausseté*,
à la différence des propositions contraires* et subcontraires*, qui peuvent être respectivement toutes les
deux fausses et toutes les deux vraies et qui sont donc, au regard de la contradiction, des modes
d’opposition atténués. Deux propositions contradictoires ne peuvent absolument, ni être vraies
simultanément, ni fausses simultanément: la vérité ou fausseté de l’une implique nécessairement la
fausseté et la vérité de l’autre. Dans le carré logique*, la contradiction est le seul mode d’opposition pour
lequel toutes les propositions reçoivent des valeurs entièrement déterminées. Ainsi, selon cette règle
logique*, il est possible de conclure du vrai au faux et du faux au vrai.

Cette règle s’applique également aux relations de contrariété* et subcontrariété* lorsqu’entre les deux
propositions contraires ou subcontraires il n’y a pas d’intermédiaires (v. Contraire* et Subcontraire*).

L’opposition entre deux propositions singulières tombe sous la règle des contradictoires. Il est impossible
que les deux propositions Cette œuvre de Spranger est une œuvre maniériste et Cette œuvre de
Spranger n’est pas une œuvre maniériste soient toutes les deux vraies ou toutes les deux fausses : cette
œuvre de Spranger est ou n’est pas une œuvre maniériste.

3\ En calcul propositionnel*, la contradiction désigne une proposition composée* dont la valeur de


vérité* est fausse* dans toutes les interprétations possibles, c’est-à-dire quelle que soit la valeur de vérité

110
des propositions simples ou des variables* propositionnelles dont elle est formée. S’oppose directement à
tautologie (2\*), correspond à la disjonction exclusive*.

Alors que la tautologie réfère à la proposition vraie par elle-même (v. Tautologie*, A = A*, A est A), la
contradiction est une proposition fausse par elle-même (A et non A). Le calcul propositionnel peut, par le
recours à un raisonnement par l’absurde*, démontrer qu’une contradiction est une proposition toujours
fausse et que son contraire est toujours vrai. Un système formel* doit éviter de comporter des propositions
contradictoires, à défaut de quoi n’importe quoi pourrait être démontré (v. Ex falso quodlibet*).

En calcul des prédicats*, les symboles Opq et ┴ (taquet vers le haut, base ou dessous ; up tack en
anglais) sont souvent utilisés pour marquer la contradiction. L’expression formelle va comme suit :

∀x, P(x) ∧ ¬P(x) ⇒ ⊥

Se lit : pour tout x, P de x et P de non x entraîne une contradiction. Ce principe fut considéré par B. A. W.
Russell et A. N. Whitehead (Principia Mathematica, 1910-1913) comme un théorème* de la logique
propositionnelle*1.

- Le principe de non-contradiction

En logique traditionnelle*, le principe de non-contradiction (ou improprement principe de contradiction)


est le deuxième des trois principes* logiques fondamentaux (ou anapodictiques*), avec celui de
l’identité* (a = a*), dont il dérive directement, et du tiers exclu*, qui en dérive. Ce principe affirme qu’une
proposition et sa négation* ne peuvent être vraies ou fausses simultanément : si l’une est vraie, alors
l’autre est fausse, et inversement. Il énonce autrement dit qu’une chose ne peut être ce qu’elle n’est pas
(a ≠ ¬a, a n’est pas non-a). Ce principe permet d’éviter la contradiction.

La logique classique* reconnaît la validité universelle du principe de non-contradiction, alors que celui-ci
est rejeté par les logiques non-classiques* multivalentes*, notamment les logiques probabilitaire* et
intuitionniste*.

» Sur les multiples définitions aristotéliciennes du principe de non-conttradiction, v. Ah*, infra.

Le principe de non-contradiction est la conséquence logique du principe d’identité* (v. l’article). Cela
implique que a est absolument différent de non-a et qu’une proposition, une thèse* ou un discours* ne
peuvent affirmer deux choses ou énoncer deux prédicats* contradictoires à propos du même sujet* sous
le même rapport - étant donné que selon la règle des contradictoire* [supra], deux propositions
contradictoires ne peuvent avoir simultanément la même valeur de vérité*. Il est impossible par exemple
d’affirmer qu’un objet est à la fois et sous le même rapport sphérique et non sphérique, que la vertu
s’acquiert par l’éducation et qu’elle ne s’acquiert pas par l’éducation : c’est nécessairement l’un ou
l’autre.

Le principe de non-contradiction ne doit pas être confondu avec le principe du tiers exclu*, comme cela
fut souvent le cas dans l’histoire de la logique*. Le principe du tiers exclu est plutôt une conséquence
logique du principe de non-contradiction (à ce sujet, v. Tiers exclu*)2.

Ce principe assure en général la possibilité même de la rationalité et la logique* (dans la continuité de ce


qu’Aristote soutint en Mét., Γ, 3, 1005b), bien que certaines philosophies se sont présenté historiquement
comme des dépassements du principe de non-contradiction, comme la pensée dialectique d’Héraclite
d’Éphèse, des mégariques3, de G. W. F. Hegel ou encore, plus près de nous, de K. Marx4. Le principe de
non-contradiction et celui du tiers exclu cessent aussi d’être valides dans le champ des logiques
multivalentes (v. Multivalence*).

- Analyse historique

L’exigence de non-contradiction se confond avec les origines du discours rationnel. Le poème de


Parménide en est l’une des toutes premières expressions connues : la voie de l’être (que l’être est et que
le non-être n’est pas) exclut a priori toute possibilité d’affirmation simultanée de termes contradictoires. La
contradiction suscita aussi beaucoup d’étonnements, exprimés chez les mégariques sous forme de jeux
logiques et paradoxes* divers, dont le plus célèbre est le paradoxe du Menteur* (qui aboutit dans tous les

111
cas à une contradiction)5.

Le principe apparut aux yeux de Socrate comme la pierre d’angle de la rationalité. La dialectique
socratique est en effet une procédure argumentative finalisée (en partie6) par la réfutation* (élegkhos) de
son interlocuteur pris en flagrant délit de contradiction, à l’occasion de sa tentative de définir
universellement une partie de la vertu qu’il prétend connaître. Le spécialiste G. Vlastos mit en exergue la
structure logique quadripartite de cette procédure : «a) le répondant défend une thèse p qui devient la
cible de la réfutation ; b) Socrate se voit accorder par le répondant les prémisses q et r, qui sont
acceptées sans discussion ; c) Socrate montre, et le répondant le reconnaît, que q et r entraînent non-p ;
d) Socrate affirme que p a été démontré faux, et non-p vrai7». Au-delà du débat sur la question de savoir
si Socrate, au terme de cette démarche, a véritablement démontré que p est faux (en toute rigueur, il n’a
démontré que p, q et r sont logiquement incompatibles8), l’interlocuteur de Socrate est l’objet d’une
réfutation du simple fait d’avoir soutenu simultanément la vérité de p et non-p (puisqu’il accepte par
ailleurs q et r, qui implique non-p). L’exigence visant à éviter la contradiction fut également présente chez
Platon, comme dans l’Euthydème (293d) où Socrate (sans doute ici porte-parole de Platon) confronte
entre autres le sophiste Dionysodore, qui niait l’existence du principe de non-contradiction. Dans Le
Sophiste (230b-d, 258d), Platon posa négativement les conditions logiques de la contradiction en
affirmant qu’une réfutation doit porter sur l’affirmation d’une même chose au sujet des mêmes objets
simultanément. On trouve également dans La République une formulation explicite du principe : «Il est
évident que le même [sujet] ne peut pas en même temps faire et souffrir des choses contraires dans la
même partie de lui-même et relativement au même objet» (IV, 436b sq. et 602e). V. aussi Phédon, 104b.

C’est cependant à Aristote à qui doit être donné le crédit d’avoir légué à la tradition les formulations les
plus explicites et opératoires du principe de non-contradiction. On retrouve celles-ci exclusivement dans
ses textes de métaphysique. Certains9 regroupent sous plusieurs chefs les acceptions du concept de
principe qu’auraient proposées le philosophe : une définition ontologique ou métaphysique (située sur le
plan de l’être lui-même, c’est-à-dire celui de la réalité), psychologique (référant aux des opérations de la
pensée ou affections de l’âme) et logique (relatif au discours, voire à la pensée elle-même) :

1\ Au sens métaphysique ou ontologique: «Il est impossible, écrivit Aristote, que le même attribut
appartienne et n’appartienne pas en même temps, au même sujet [au sens de substance*] et sous le
même rapport» (Mét., Γ, 3, 1005b19-20). Dans l’horizon de l’être, c’est la substance elle-même qui ne peut
être contradictoire au sens où elle ne peut comporter et être privée simultanément d’une certaine qualité
(un homme ne peut être blanc et non-blanc en même temps). Le philosophe écrivit aussi plus loin : «Il est
impossible, pour une chose, d’être et de n’être pas en même temps» (Mét., Γ, 4, 1006a3)10. Dans ses
commentaires aux Métaphysiques, T. d’Aquin (XIIIe s.) reformula dans ces termes : «Impossibile est eidem
simul inesse et non inesse idem» (traduction libre : Il est impossible d’être et en même temps de ne pas
être dans le même) (Met, IV, 6 ; no 600). Chez Aristote et la tradition métaphysique ultérieure, le principe
de non-contradiction ne peut donc être rejeté sans que soit rejetée en même temps la possibilité même
de la substance*, voire de la réalité dans son ensemble. G. W. Leibniz à la toute fin de l’Âge classique,
entérina pareil point de vue (v. Rerum Originatione Radicali, 1697, Ph. VII, p. 290).

Cela explique sans doute pourquoi le principe de non-contradiction n’apparaît chez Aristote que dans le
texte des Métaphysiques. On sait que celui-ci se porta à sa défense expressément contre les doctrines
d’Héraclite d’Éphèse et du sophiste Protagoras, dont la grande conséquence était précisément celle de
la dissolution de la substance et toute vérité à valeur objective - Aristote soutint qu’il n’existe pas une telle
chose que des sensations contradictoires, et sur cette base, que le relativisme est faux (v. Mét., Γ, 5,
1010b18-19). Le fondement ontologique du principe de non-contradiction fut rejeté par la logique
moderne* dès L. J. J. Wittgenstein (voir Tractatus logico-philosophicus, 1921, 4.462).

2\ Au sens psychologique : «Il n’est pas possible, en effet, de concevoir jamais que la même chose est et
n’est pas» : autrement dit, nul ne peut croire simultanément deux propositions contradictoires (Mét., Γ, 3,
1005b23-26, trad. Tricot, nous soulignons).

3\ Au sens logique : «Nous en avons dit assez pour établir que la plus ferme de toutes les croyances, c’est
que les propositions opposées ne peuvent être vraies en même temps» (Mét., Γ, 6, 1011b13-15, trad.
Tricot).

Chez Aristote, la forme logique du principe de non-contradiction dépendrait de la forme psychologique,


laquelle dépendrait à son tour de la forme ontologique11.

112
***

Aristote tint le principe de non-contradiction pour un principe anapodictique*, c’est-à-dire indémontable


(à l’instar du principe d’identité* et du tiers exclu*). Il ne peut être l’objet d’une démonstration dans la
mesure où il est lui-même présupposé dans toute démonstration (Mét., Γ, 3, 1005b32-34) (Aristote hasarda
néanmoins quelques démonstrations informelles, v. 1006b35 et 1008b).

Le principe de non-contradiction est présupposé dans toute pensée et tout acte illocutoire : nul ne saurait
affirmer par exemple qu’il refuse ce principe sans le présupposer lui-même dans la mesure où il reconnaît
que la contradictoire de ce qu’il affirme ne peut être vraie en même temps12.

Après Aristote, le principe de non-contradiction resta indiscuté pendant des siècles. On ne retrouve pas sa
formulation comme telle chez stoïciens, bien qu’il soit clair qu’il fut présupposé dans leur système de
logique, chaque proposition possédant selon eux une contradictoire ou une négative. Le principe de
bivalence*, que l’on retrouve chez eux, le présuppose par ailleurs.

Le principe de non-contradiction ne fut la cible d’une première offensive qu’au XIe s. chez P. Damien
dans le cadre de sa condamnation de la philosophie ad nausam. Le religieux italien rejeta la philosophie
au motif que cette dernière est incapable par elle-même de mener au Salut et milita en faveur de la mise
à l’écart de la logique aristotélicienne* et des contraintes qu’elle fait peser sur la théologie chrétienne13. Il
est bien connu que la thèse selon laquelle la philosophie doit être soumise à la théologie (philosophia
ancilla theologiæ) - que reprirent au XIIIe s. des grands intellectuels comme A. le Grand et T. d’Aquin - tire
directement son origine des idées de Damien et sa critique atrabilaire de la philosophie. Ce qui est moins
connu, c’est que sa position peut être considérée, mutatis mutandis, comme une anticipation lointaine
des critiques de la logique que formula L. J. J. Wittgenstein dans son Tractatus logico-philosophicus (1921),
chez qui les propositions de la logique sont vides ou sans contenu (sinnlos), et ne disent donc rien au sujet
du monde (v. Logicisme, Ah*, Tautologie, Ah*). Les célèbres Summulæ Logicales (1235-1240) de P.
d’Espagne, qui firent grande autorité dans les universités européennes, s’opposèrent à la critique de
Damien et préservèrent l’innocuité de la tradition de la logique traditionnelle* et du principe de non-
contradiction qui en est le fondement.

Une querelle opposa au XVIIIe s. C. A. Crusius à Ch. Wolff au sujet de la dérivation possible, que soutenait
Wolff, du principe de raison suffisante* de G. W. Leibniz à partir de l’axiome* de non-contradiction14.

è Termes connexes : Absurde*, Aporie*, Autocontradiction*, Calcul prop.*, Carré log.*, Cohérence*, Connecteur*,
Contradiction dans les termes*, Contradictio in adjecto*, Contraire*, Ex falso quodlibet*, Logique*, Imprédicativité*,
Opposition, Typ.*, Paradoxe*, Principe d’identité*, Tiers exclu*, Proposition, Typ.*, Raisonnement, Les lois ou règles fond.
du rais. et Typ., Rais. par l’absurde*, Réfutation, Ah*, Subalternation*, Subcontrariété*, Tautologie*.

- Bibliographie

Ioan, P., «Contradictional logic : Its limits and the significance of a Reformatory Programme», dans Revue roumaine de
sciences sociales 27, no 4, 1983, pp. 315-323 ; Łukasiewicz, J., «On the Principle of Contradiction in Aristotle», dans
Review of Metaphysics 24 ; Seddon, F. A., «The principle of Contradiction in Metaphysics Gamma», dans New
scholasticism 55, no 2, 1891, pp. 191-207.
_________________________
1. Russell, B., et A. N. Whitehead, Principia Mathematica, Univ. of Michigan Library, Michigan, 2005, pp. 116-117.
2. Au sujet des relations entre le principe de non-contradiction et celui du tiers exclu, voir Horn, L. R., «Contradiction»,
dans The Stanford Encycl. of Phil.
3. V. Dialectique, 4\*.
4. Voir Godin, C., Dictionnaire de philosophie, Librairie Arthème Fayard, 2004, p. 261. Sur la contradiction dialectique au
sens de Hegel et Marx, et sa réception chez Althusser et Habermas, on consultera J.-F. Kervegan, «Contradiction [philo.
géné], C/ La contradiction logique», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol.
II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 470-471.
5. Voir Beall, J. C., et Glanzberg, M., «Liar paradox», dans The Stanford Encycl. of Phil.
6. Objectif qu’il faut distinguer de celui proprement moral (et peut-être plus essentiel) de la dialectique chez Socrate, à
savoir celui d’acheminer l’interlocuteur vers la véritable connaissance de son objet, vers la vertu et la connaissance de
soi (v. Charmide, 167a).
7. Vlastos, G., «The Socratic elenchus», dans Oxford Studies in Ancient Philosophy, 1983 (1), p. 39, rapporté par Dorion,
L.-A., Socrate, Paris, PUF, coll. Que sais-je?, 2004, p. 56.
8. Ibid., p. 49 (v. Dorion, op. cit., pp. 56-57).
9. Łukasiewicz, J., «On the Principle of Contradiction in Aristotle», dans Review of Metaphysics 24, p. 487. V. aussi v.
Gourinat, J.-B., «Contradiction», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du
CNRS, 2013 (2006), p. 151.

113
10. On consultera Seddon, F. A., «The principle of Contradiction in Metaphysics Gamma», dans New scholasticism 55, no
2, 1891, pp. 191-207.
11. Gourinat, J.-B., «Contradiction», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du
CNRS, 2013 (2006), p. 151.
12. Voir Gourinat, J.-B., ibid.
13. Voir Scholz, H., Esquisse d’une histoire de la logique (1931), Paris, Aubier-Montaigne, 1968, p. 65. Dans l’argumentaire
de P. Damien, on retrouve l’idée que le premier grammairien ne fut autre que le Diable lui-même et que Jésus ne
choisit pour disciple aucun philosophe.
14. Ibid., p. 71.

CONTRADICTION DANS LES TERMES


ou contradictio in terminis

Variété de contradictions consistant à poser un lien entre deux concepts* (mot ou terme*) mutuellement
exclusifs ou incompatibles (par exemple : cette pierre est froide et chaude).

* Ne pas confondre avec contradictio in adjecto*, dont le sens est proche.

V. Opposition, Typ., Opp. des concepts*.

CONTRAFACTUALITÉ
ou contrefactualité

è Étymol. : l’expression signifie littéralement ce qui est contraire aux faits.

1\ La contrafactualité désigne tout ce qui est en lien avec la réalisation d’événements sous certaines
conditions.

La notion de contrafactualité utilisée en physique quantique réfère à un type très curieux d’événement
qui, tout en n’étant que possible* (qui ne s’est pas produit, mais qui aurait pu se produire), influe
néanmoins sur les résultats de l’expérience.

2\ En logique moderne*, la contrafactualité réfère précisément à la théorie des propositions* et


raisonnements conditionnels*.

Par exemple : s’il pleut, je prends mon parapluie. Cette proposition exprime la réalisation d’un événement
(= le conséquent* : prendre son parapluie) si la condition (= antécédent* : qu’il pleut) se réalise (ce qui
serait arrivé s’il avait plu). V. Typ., Prop. cond.* et Syllogisme, Typ., Syl. cond.*.

La contrafactualité est une notion importante en logique modale* et sied au cœur de la théorie ou
sémantique des mondes possibles (v. Sémantique de Kripke*) développée par les Américains S. A.
Kripke1, D. K. Lewis2, A. C. Plantinga, R. C. Stalnaker3, et d’autres.

V. Log. contrafactuelle*, Implication matérielle*, Proposition composée.


_________________________
1. Kripke, S., La logique des noms propres, trad. fr. de P. Jacob et F. Récanati, Paris, Les éd. de Minuit, coll.
«Propositions», 1982 (Naming and Necessity, Harvard Univ. Press, 1972). V. aussi Drapeau Vieira Contim, F., et Ludwig, P.,
Kripke, référence et modalités, Paris, PUF, 2005.
2. Voir Lewis, D. K., Counterfactuals, Harvard Univ. Press, 1973 ; On the Plurality of Worlds (1986), trad. fr. De la pluralité
des mondes, trad. fr. Caveribère, M. et Cometti, J.-P., Éd. de l'éclat, 2007.
3. Stalnaker, R. C., «A Theory of Conditional», dans N. Rescher (éd.), Studies in Logical Theory, Oxford, Oxford Univ. Press,
1968, pp. 98-112 ; «Possible Worlds», dans Nous 10, 1976, pp. 65-75 ; Ifs: Conditionals, Belief, Decision, Chance, and Time,
W. Harper et G. Pearce (co-éd.), Dordrecht, D. Reidel, 1981 ; Ways a World Might Be: Metaphysical and Anti-
metaphysical Essays, Oxford, Oxford Univ. Press, 2003 et Mere Possibilities. Metaphysical Foundations of Modal
Semantics, Princeton, Princeton Univ. Press, 2012.

CONTRAPOSITION " Modus tollens*, Syllogisme, Typ., Syl. conditionnel, Modus tollens*

CONTRAIRE, CONTRARIÉTÉ

114
è Étymol. : tiré du latin contrarius (= opposé), qui traduit le grec énantios, énantiôsis, to énantion. On doit le terme latin
de contrariæ à Boèce (v. Carré log., Ah*).

1\ Le contraire est l’un des modes d’opposition* des concepts* ou termes* prédicatifs dans une
proposition*.

À ce sujet, on se reportera à Opposition, Typ., Opp. des concepts*.

2\ En logique traditionnelle*, la contrariété est l’une des quatre formes d’opposition* (avec la
subcontrariété*, la contradiction* et la subalternation*) entre des propositions*. Sont contraires deux
propositions universelles* qui diffèrent par la qualité* (soit celles de type A* et E*). La contrariété constitue
un mode d’opposition partiel ou assoupli dans la mesure où elle implique des propositions* qui sont
opposées quant à leur vérité*, mais pas nécessairement quant à leur fausseté* (par différence d’avec la
contradiction*, dont les valeurs de vérité des propositions sont toujours incompatibles). Deux propositions
contraires ne peuvent donc être vraies ensemble, mais peuvent être fausses ensemble : si l’une est vraie,
l’autre est fausse, mais si l’une est fausse, l’autre peut être fausse également.

» Sur le détail technique de l’opposition contraire, on se reportera spécifiquement à Opposition, Typ., 2\


Opp. des propositions, L’opposition contraire*.

En logique traditionnelle*, on appelle règle des contraires ou principe des contrariétés celle qui énonce
que deux propositions contraires ne peuvent pas être vraies en même temps, bien qu’il soit possible
qu’elles soient simultanément fausses. Selon cette règle logique*, il est possible de conclure du vrai au
faux, mais pas du faux au vrai.

Deux propositions contraires peuvent être fausses en même temps. Cela s’explique par le fait qu’entre les
deux possibilités présentées il puisse exister des intermédiaires. À titre d’exemple, si les deux propositions
tous les fruits sont bleus et aucun fruit n’est bleu peuvent être fausses en même temps, c’est qu’il n’existe
peut-être que quelques fruits bleus. Dans les situations où de tels intermédiaires n’existent pas, c’est plutôt
la règle des contradictoires qui prévaut (v. Contradiction*).

è Termes connexes : Carré log.*, Contradiction*, Opposition, Typ.*, Proposition, Typ.*, Subalternation*, Subcontrariété*.

CONTRAIRE IMMÉDIAT " Opposition, Typ., Opp. des concepts*


CONTRAIRE MÉDIAT " Opposition, Typ., Opp. des concepts*
CONTRE-ARGUMENT " Objection*, Argumentation*, Logique de l’argumentation*
CONTREFACTUALITÉ " Contrafactualité*
CONTRE-OBJECTION " Objection*, Argumentation*, Logique de l’argumentation*
CONVENTIONNALISME LOGIQUE " Axiomatique, axiomatisation, Ah*, Absolutisme logique*

CONVERSE
ou réciproque

Nom donné en général à la proposition* obtenue au terme d’une conversion logique*. Dans le cas de la
contraposition*, on parle plus spécifiquement de proposition contraposée*.

À ce sujet, v. Conversion logique*.

CONVERSION LOGIQUE
ou convertibilité, réciprocation

è Étymol. : du latin conversio (= action de se tourner [vers Dieu]), qui traduit le grec antistréphein et epistrophe.

En logique traditionnelle*, la conversion désigne la possibilité, pour le sujet* et le prédicat*, d’être


permutés au sein d’une proposition* par inférence immédiate*, sans que soit changée la valeur de vérité*
de cette dernière et que la nouvelle proposition soit exprimée sous une forme grammaticale différente ou
non. Les opérations du syllogisme* reposent sur cette propriété logique de la proposition.

115
Aristote est l’auteur de la première théorie systématique de la conversion logique, dans ses traités
Analytiques1. Dans les Topiques, où l’analyse est complétée, Aristote souligna que seulement certains
types de propositions sont convertibles, selon le genre auquel appartient le prédicat (v. Prédicat, 1. Typ.
classique des prédicats*).

La conversion logique d’une proposition consiste à intervertir les termes tenant lieu de sujet et prédicat.
Lorsque les deux propositions sont logiquement équivalentes (s est p ≡ p est s), il est donc possible, par
inférence immédiate (v. Inférence*), de conclure à la vérité ou fausseté de la converse* (ou réciproque)
à partir de la vérité ou fausseté de la déclaration* d’origine, les deux possédant rigoureusement la même
valeur de vérité. La converse peut recevoir une formulation grammaticale très différente et être
constituée de nouveaux termes, même si elle ne doit rien dire de plus que la proposition de départ.

Pour réciproquer une proposition, il faut que les termes* occupant les fonctions de sujet et prédicat dans
la proposition originale et la réciproque soient des concepts* possédant une certaine extension*
(universelle* ou particulière*), et non précisément des individus. Cela explique que les propositions
singulières cadrent mal avec le principe de la conversion (v. Singulier, Ah*), surtout lorsque l’autre terme
n’est justement pas un individu (par exemple, il y a quelque chose de parfaitement contingent à dire,
même si cela n’est pas pour autant dépourvu de sens, que Ce quelque chose qui est mortel est Socrate)2
(Aristote négligea l’analyse de ce genre de conversion dans ses analyses, sans doute étant donné ses
objectifs épistémologiques - ceux de la science, qui vise l’universalité). Par ailleurs, pour être permutables,
les termes doivent posséder un cadre extensionnel* relativement homogène.

TYPOLOGIE DES CONVERSIONS

La logique traditionnelle* distingue la conversion simple, qui concerne la réciprocation de propositions où


la quantité demeure la même, de la conversion partielle (imparfaite ou par accident) dans le cas
contraire. Les propositions de type A* (universelles* affirmatives*) se convertissent par accident en
propositions de type I* (particulières* affirmatives). Comme dans une proposition affirmative le prédicat
est particulier* (v. Affirmation*), il doit le demeurer en tant que sujet dans la converse :

Tout s est p

Quelque p est s

Par exemple :
Toute pieuvre possède des tentacules (A)

Certains (êtres) possédant des tentacules est une pieuvre (I)

Tous les geais bleus sont bleus (A)



Quelque chose bleu est un geai bleu (I)

Les propositions de type E* et type I* se convertissent simplement, c’est-à-dire par la simple interversion du
sujet et du prédicat, qui possèdent une portée extensionnelle* identique. Le prédicat dans une
proposition négative étant universel (v. Négation*), une proposition de type E se convertit en proposition
de type E. Le prédicat dans une proposition affirmative étant particulier (v. Affirmation*), une proposition
de type I se convertit en proposition de type I. Autrement dit :

Quelque s est p

Quelque p est s

Aucun s n’est p

Aucun p n’est s

Par exemple :
Plusieurs logiciens ont une pensée très rigoureuse (I)

116
Plusieurs personnes ayant une pensée très rigoureuse sont des logiciens (I)

Aucun étudiant qui ne désire pas réussir ses études n’est une chose qui existe (E)

Aucune chose qui existe n’est un étudiant qui ne désire pas réussir ses études (E)

Les propositions de type O* ne peuvent être converties. Cependant, les logiciens de l’École s’ingénièrent
à développer une technique, appelée contraposition*, pour y parvenir (v. Contraposition, 1\*).

» Sur le détail des règles qui déterminent les conversions selon la valeur de vérité des propositions et le
type de propositions, on consultera Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation,
raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ. Laval, 2006, pp. 616-6262.

» Sur la conversion des propositions modales*, on se reportera à Tricot, J., Traité de logique formelle, Paris,
Vrin, 1966, pp. 180-181.

è Termes connexes : Contraposition*, Inférence, Inf. immédiate*, Syllogisme*.


_________________________
1. Voir Premiers analytiques, I, 27, 43a 25 sqq.
2. V. aussi Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 43-44 et Verneaux,
R., Introduction générale et logique, Paris, Beauchesne et ses fils, 1964, pp. 82-83.

CONVERSION PAR ACCIDENT " Conversion logique, Typ.*


CONVERSION PARTIELLE " Conversion logique, Typ.*
CONVERSION SIMPLE " Conversion logique, Typ.*
CONVERSION PER CONTRAPOSITIONEM " Contraposition*
COPULATIF " Copule, Copulation*, Proposition copulative (Proposition composée, Typ., Prop. conj.*)

COPULE, COPULATION

è Étymol. : du latin copula, copulatio (= union, attache), qui traduit le grec sumplokè (= liaison).

1\ En logique traditionnelle*, le terme (introduit par Abélard au début du XIIe s.) désigne une particule
lexicalement vide (syncatégorématique*) dont la fonction est d’assurer le rapport, la liaison ou l’inclusion*
logique entre les termes* dans une proposition* (entre un sujet* et un prédicat*). C’est précisément la
copule qui indique si la proposition est affirmative* ou négative* (si s est p ou si s n’est pas p, si le prédicat
est composé ou divisé du sujet) et qui fait de la proposition un énoncé proprement déclaratif susceptible
de recevoir une valeur de vérité*.

2\ En calcul des prédicats*, la copule est contenue dans le prédicat* (v. Calcul des prédicats* et
Fonction prop.*).

Dans les langues naturelles, le verbe être est le seul à pouvoir véritablement servir de copule, sur une base
régulière, dans un énoncé : «s est p» pour la copule affirmative et «s n’est pas p» pour la copule négative.
Il est en effet le seul verbe à pouvoir joindre ou disjoindre le prédicat et le sujet sans rien ajouter à la
signification de la proposition1, étant parfaitement neutre au point de vue lexical (concernant B. Bolzano
et son emploi du verbe avoir, v. Ah*, infra).

Cependant, notons que le verbe être peut être utilisé autrement que comme une copule dans une
proposition (p. ex. Ce chat est un être, où le mot être est employé comme substantif catégorématique*).
La copule peut également être enveloppée dans le prédicat (p. ex. Socrate pense, pouvant se ramener
à Socrate est pensant [s est-p ou sujet-verbe]), point de vue auquel se plaça le premier P. Abélard, qui
rompit avec la conception ternaire de la proposition héritée d’Aristote.

- Analyse historique

Dans l’Órganon*, Aristote utilisa le verbe être (eînai) à titre d’élément de liaison, mais également ceux
d’appartenir* (uparkein) (Si A appartient à B, et si B appartient à C, alors A appartient à C) et d’affirmer
(katēgorein) (B est affirmé de A), au sens neutre de prédiquer, d’attribuer2 (affirmativement ou
négativement). C’est Boèce (VIe s.), à qui l’on est redevable de la traduction latine canonique de

117
presque tous les traités de logique d’Aristote, qui fixa l’usage standard du verbe être pour exprimer la
prédication.

On doit à P. Abélard (Dialectica, 1115-1116) l’utilisation du terme de copule dans son acception logique,
indépendante de son sens existentiel ou métaphysique (par ex : Socrate est = Socrate existe*), donc celle
de strictement garantir la jonction entre le sujet et le prédicat dans une proposition3 (par ex. : Socrate est
mortel = le prédicat mortel est attribué au sujet Socrate)4 – autrement dit, on doit au philosophe
scolastique d’avoir substitué à la copule comme signe d’inhérence* celle conçue comme simple signe
d’égalité (dans un sens, donc, non existentiel). Chez G. de Sherwood de la tradition logique d’Oxford, la
copulatio fut déterminée comme l’une des quatre propriétés des termes* (avec la significatio, la
suppositio et l’appellatio) (v. Terme, Ah.*). Dans sa Summa Logicæ (v. 1323), G. d’Occam écrivit : «Si on
nomme subjectum (sujet) la partie de la proposition qui précède la copula, on nomme prædicatum la
partie qui suit la copula» (1, 31)5.

Le Pragois B. Bolzano au début du XIXe s. (1837) fit figure à part en substituant au traditionnel verbe être
celui d’avoir. Chez le logicien, toute proposition est réductible (zurückführen) aux deux formes
suivantes (V symbolisant un concept en tant qu’idée en soi) : V1 a V2 (la pomme a le rouge, le courage a
la fermeté de l’âme) et V1 a le manque de V2 (la pomme a le manque de rouge, le courage a le manque
de fermeté de l’âme). De la même façon, pour marquer la vérité ou fausseté d’une proposition, on
indique par exemple : la proposition que la pomme a le rouge a la vérité ou la proposition que le
courage a le manque de fermeté de l’âme a la fausseté. Si cette manière de faire paraît excentrique, il
faut savoir qu’elle tire son origine de la conception que se fit Bolzano (et F. L. G. Frege à sa suite) de la
proposition et du concept comme de pures entités abstraites et objectives, totalement indépendantes
du langage* et donc de leur formulation grammaticale (v. Concept, Statut d’existence des concepts*).

Pour sa part, dans sa fameuse Psychologie vom empirischen Standpunkt (Psychologie du point de vue
empirique, 1874), F. Brentano soutint que le mot être peut être remplacé par l’expression il y a dans son
sens existentiel (v. Calcul log., Ah* et Quantificateur*). Par exemple, la proposition Quelque homme est
malade est l’équivalent de Il y a un homme malade au sens de Un homme malade existe6.

Dans l’algèbre de Boole*, le signe de l’identité ou de l’égalité* (=) (emprunté aux mathématiques),
symbolise n’importe quel verbe du langage en tant qu’ils peuvent tous sans exception, dans une
proposition logique, se ramener au verbe être. L’utilisation de l’égalité mathématique comme copule
exprime le choix d’exprimer le raisonnement* sous forme d’une équation, choix pour lequel optèrent les
logiciens G. Boole et W. S. Jevons au XIXe s. Les logiciens Ch. S. Peirce, F. L. G. Frege et B. A. W. Russell
utilisèrent plus tard comme copule la notion plus fondamentale d’inclusion*, essentielle à la logique
mathématique* et à la notion contemporaine de calcul logique* (à ce sujet, v. Calcul log., Ah*).

Dans son assimilation à un signe mathématique, la copule est vidée de toute valeur métaphysique ou de
tout import existentiel. Le verbe être utilisé comme copule resta cependant en usage dans une certaine
forme de logique moderne*, à savoir dans la logique ontologique* de S. Leśniewski (de la célèbre école
de Lvov-Varsovie*7).

W. Hamilton fit remarquer que l’interprétation de la copule en intension* indique que le prédicat* est
supposé contenu dans le sujet* (v. Prædicatum inest subjecto*), alors qu’interprétée en extension* elle
indique l’inverse.

V. Intension*, Extension*, Proposition, Interprétation de la prop. en intension et en extension et


Convertibilité du sujet et du prédicat*, Concept, Structure log. du concept*. V. aussi Affirmation*,
Négation* et Proposition*.
_________________________
1. Voir Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ.
Laval, 2006, pp. 469-472, en part. p. 469 et 470, n. 22.
2. Voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 48.
3. Ibid., p. 142.
4. Belna, J.-P., Histoire de la logique, Paris, Ellipses, Coll. «L’esprit des sciences», 2005, pp. 57.
5. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 48.
6. Voir Blanché, R., op. cit., p. 261.
7. Ibid., p. 343.

118
CORRÉLATION

è Étymol. : du latin correlativus.

1\ La corrélation est le nom donné à l’un des modes d’opposition* des concepts* (ou termes*) chez
Aristote (ta pros ti antikeimena). Synonyme de relatif.

À ce sujet, v. Opposition, Typ., Opp. des concepts, 4\*.

2\ On use en général du terme de corrélation pour désigner un lien qualitatif ou quantitatif entre des
réalités qui fluctuent en même temps, mais sans que cette variation soit redevable à une forme de
causalité*, c’est-à-dire d’une action réelle produite l’une sur l’autre.

Les concepts de causalité et corrélation sont fréquemment confondus dans la mesure où la nature
véritable des liens unissant diverses réalités nous échappe aisément. La différence entre les deux avait
bien été perçue par Aristote dans ses Réfutations sophistiques (5,167b 20-26). Plusieurs sophismes tirent
d’ailleurs profit de cette confusion. L’un d’eux est une variante du sophisme de la fausse causalité* (non
causa pro causa), appelé effet cigogne* ou sophisme cum hoc* par les logiciens de l’École, et consistant
à faire passer fallacieusement un lien de corrélation pour un lien causal (deux choses se produisant
simultanément seraient forcément reliées causalement) (v. Sophisme, Typ., Soph. cum hoc*. Voir aussi ses
variantes : sophisme de la cause commune* et du renversement de la causalité*). Une autre tactique
trompeuse porte le nom de sophisme du refus de la causalité*. Appelé aussi sophisme de la régression,
celui-ci consiste au contraire à tromper l’interlocuteur ou l’auditoire en faisant passer pour une relation de
corrélation ce qui est une authentique relation causale (v. Sophisme, Typ., Soph. du refus de la causalité*).

CUM HOC, ERGO PROPTER HOC (= avec cela, donc à cause de cela)

V. Sophisme, Typ., Soph. de la fausse causalité, Variante* et Effet cigogne*.

119
D________________________________________________________
DABITIS

Nom traditionnel donné au troisième mode indirect de la première figure du syllogisme*.

V. Syllogisme, Les fig. du syl., 1re fig.*.

DARAPTI
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du premier mode valide* de la troisième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Darapti est formé d’une majeure* de type A*, d’une mineure* de type A* et d’une
conséquence* de type I*.

Aristote définit ce mode du syllogisme dans les termes suivants : «Quand à la fois P et R appartiennent à
tout S, [il en résulte que] P appartiendra à S par nécessité1». Le mode Darapti peut se ramener au mode
parfait Darii* au moyen d’une conversion* par accident de la mineure A (à ce sujet, v. Syllogisme,
Réduction des modes imparfaits aux modes parfaits*). En voici l’équivalent :

Tout b est c (A)


Or tout b est a (A)
_________________________
Donc, quelque a est c (I)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Tout mt est M (A)


Or tout mt est m (A)
________________________
Donc, quelque m est M (I)

Par exemple :
Tout être vertueux est courageux
Or tout être vertueux est sage
____________________________________________
Donc, quelques êtres sages sont courageux

L’exemple présenté dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683) d’A. Arnauld et P. Nicole (3e partie, ch.
VII.) va comme suit :

La divisibilité de la matière à l'infini est incompréhensible


La divisibilité de la matière à l'infini est très certaine
_______________________________________________________________
Donc, iI y a des choses très certaines qui sont incompréhensibles

Le raisonnement en Darapti peut aisément passer pour un raisonnement en Barbara* et il peut être facile
de commettre l’erreur de conclure Donc, tout a est c et commettre ce faisant un paralogisme* ou un
sophisme* (v. Soph. de l’accident, Variantes*). Cette conséquence n’est valide que lorsque le moyen
terme est pris alternativement comme sujet et comme prédicat dans les prémisses, et non pas lorsqu’il est
pris deux fois dans la position de sujet. Le raisonnement en Darapti peut servir selon certains à schématiser
le raisonnement inductif* (v. Raisonnement, Typ. 1, Rais. inductif).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________

120
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.

DARII
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du troisième mode valide* de la première figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Darii est formé d’une majeure* de type A*, d’une mineure* de type I* et d’une
conséquence* de type I*.

Aristote définit ce mode du syllogisme dans les termes suivants : «Que A appartienne à tout B, et B à
quelque C : … [il y a] nécessité que A appartienne à quelque C1». Le syllogisme présenté ci-dessous en
est l’équivalent, l’ordre des prémisses étant simplement renversé.

Tout b est c (A)


Or quelque a est b (I)
_________________________
Donc, quelque a est c (I)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Tout mt est M (A)


Or quelque m est mt (I)
________________________
Donc, quelque m est M (I)

Par exemple :
Tout être vertueux est courageux
Or quelques êtres sages sont vertueux
____________________________________________
Donc, quelques êtres sages sont courageux

Pour une visualisation du mode Darii par la méthode diagrammatique de G. W. Leibniz et J.-H. Lambert, v.
Diagramme logique*.

Les modes imparfaits de syllogismes dont le nom commence par la lettre D peuvent être ramenés au
mode parfait Darii (à ce propos, v. Syllogisme, Réduction des modes imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.

DATISI
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du quatrième mode valide* de la troisième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Datisi est formé d’une majeure* de type A*, d’une mineure* de type I* et d’une
conséquence* de type I*.

Aristote définit ce mode du syllogisme dans les termes suivants : «Si R appartient à quelque S, et P à tout, [il
y a] nécessité que P appartienne à quelque R1». En voici l’équivalent :

Tout b est c (A)


Or quelque b est a (I)
_________________________
Donc, quelque a est c (I)

121
En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Tout mt est M (A)


Or quelque mt est m (I)
_________________________
Donc, quelque m est M (I)

Par exemple :

Tout être vertueux est courageux


Or quelques êtres vertueux sont sages
___________________________________________
Donc, quelques êtres sages sont courageux

Le mode Datisi peut se ramener au mode parfait Darii* (à ce sujet, v. Syllogisme, Réduction des modes
imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.

DÉCIDABILITÉ
ou complétude*

Ce terme désigne la possibilité, pour une proposition* dans une théorie axiomatique* ou un système
formel*, d’être démontrée vraie à l’intérieur de cette même théorie ou système grâce à une procédure
(v. Calcul log.*) comportant un nombre fini d’opérations. Synonyme large de complétude*. S’oppose à
indécidabilité* (qui se rapportent aux propositions ni dérivables, ni réfutables à l’intérieur d’un système).
L’étude des propriétés de complétude et de décidabilité des systèmes formels relève de la
métalogique*.

On dit des langages formels* utilisés en logique (calcul propositionnel*, calcul des prédicats*…) qu’ils ont
la propriété de la décidabilité au sens où ceux-ci fournissent les combinaisons admises de signes
permettant d’établir qu’une proposition appartient ou non à ces langages*.

On complétera ce qui précède en se reportant à Complétude*.

DÉCLARATIF " Déclaration*

DÉCLARATION
ou énonciation, énoncé déclaratif, proposition déclarative ou énonciative, proposition assertée,
assertion

Équivalent sémantique du terme de proposition* (ou énoncé*) et spécifiquement de proposition


attributive* ou apophantique* (lógos àpophantikós).

V. Proposition, Typ.*, Affirmation*, Assertion*.

DE DICTO

1\ Expression scolastique* signifiant ce qui se rapporte à ce qui est dit. S’oppose à de re* (au sujet de la
chose), avec laquelle elle forme un doublet indiquant deux manières d’interpréter un concept* ou une
proposition*.

2\ En logique modale* traditionnelle, l’expression désigne l’idée selon laquelle le modificateur* se


rapporte non pas à la manière dont le prédicat* est lié au sujet* (= de re*, par ex. : Socrate est

122
possiblement mortel), mais à l’ensemble du contenu propositionnel* (Il est possible que Socrate soit
heureux).

V. De re*, Log. modale, Ah*., Modificateur, Le lieu de l’affectation modale* et Syllogisme, Typ., Syl.
modal*.

En tant qu’il est considéré comme portant sur la proposition*, l’expression s’inscrit dans un cadre
métalinguistique (v. Métalogique*).

La distinction de re/de dicto fut établie d’après celle, formulée par le logicien P. Abélard, entre exposition
de rebus et exposition de sensu (Dialectica, 1115-1116).

DÉDUCTION " Raisonnement, Typ. 1, Rais. déductif*, Syllogisme*

DÉDUCTION NATURELLE
ou calcul de déduction naturelle (Kalkül des natürlichen Schliessens), système de - (DNI)

En logique mathématique*, la déduction naturelle est une méthode syntaxique* de calcul logique*
inscrite dans la tradition de la logique intuitionniste*. Le calcul de déduction naturelle est une méthode
non axiomatique fondée sur la seule admission d’hypothèses dont des conclusions sont inférées* en vertu
de certaines règles (dites d’introduction et d’élimination, en vertu desquelles le sens des connecteurs* est
déterminé). Cette méthode est utilisée en calcul propositionnel*, elle sert à la description des preuves en
calcul des prédicats* et trouve aussi des applications en logique modale*.

À la différence de l’approche axiomatisée de la logique (v. Axiomatique*) héritée des systèmes formels*
hilbertiens et popularisée par B. A. W. Russell (Principia Mathematica, 1910-1913) (v. Métamath.*,
Métalogique* et Système formel*), les tenants de cette méthode défendent l’idée que les dérivations
logiques obtenues par son moyen présentent l’avantage de représenter plus fidèlement les démarches
normales de la pensée, du raisonnement* et de l’argumentation*. Ce système formel fut mis sur pied par
le mathématicien et logicien allemand G. K. E. Gentzen (19341)2 - auquel il donna la forme de schémas
arborescents, devenue classique -, à l’Américain F. B. Fitch (19523), qui développa un nouveau style de
notation linéaire, et à un certain nombre d’autres logiciens dans les années 19604, notamment le Suédois
D. Prawitz (19655)6.
_________________________
1. «Untersuchungen über das logische Schliessen» (Recherches sur la déduction logique), dans Math. Zeitschrift. Le
système de déduction naturelle de Gentzen est à l’origine une formalisation de la logique intuitionniste* L. E. J. Brouwer
(1907) (D. Van Dalen, «Intuitionniste (logique -) [log.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie
philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 1371-1372). Voir aussi Blanché, R., La logique et son
histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 350-351, et Log. moderne, Typ.*.
2. On doit aussi à Gentzen le système de déduction appelé calcul des séquents ou des séquences [Sequenzenkalkül],
qui est lié au système de déduction naturelle.
3. Symbolic Logic : An introduction, Ronald Press Co., 1952.
4. Dubucs, J., «Déduction», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS,
2013 (2006), p. 188.
5. Natural deduction : A proof-theoretical study, Stockholm, Almqvist & Wiksell.
6. Au sujet de la déduction naturelle, on consultera : F. Lepage, Éléments de logique contemporaine, Les Presses de
l’Univ. de Montréal, 1991, pp. 77-86 ; Dirk van Dalen, Logic and Structure, Springer Verlag, 1994 ; Dopp, J., Logiques
construites par une Méthode de Déduction Naturelle, Louvain-Paris, Nauwelaerts, 1962 ; Feys, R., «Les méthodes
récentes de déduction naturelle», dans Rev. philos. de Louvain, 1946, pp. 74-103 et 237-270 et Roure, M.-L., Éléments de
logique contemporaine, Paris, PUF, 1967, pp. 55-71. On pourra aussi consulter D. Prawitz, «Démonstration (théorie de la -
)» [log.], D/ Les formes de démonstration, dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 586-587.

DÉDUCTIVISME " Raisonnement, Typ. 1, Rais. déd.*

DÉFINI

Nom donné à la chose faisant l’objet d’une définition*, l’objet signifié dans une définition.

V. Définition*.

123
DEFINIANS " Définition, La struc. log. de la définition*
DEFINIENDUM " Définition, La struc. log. de la définition*

DÉFINITION

è Étymol. : emprunté au latin definitio, dérivé du verbe definire (= délimiter un espace, fixer des limites, borner une
parcelle), qui traduit les termes grecs d’horos et horismos. Platon usa du vocable technique de horizesthai pour
désigner l’action de définir.

1\ En logique traditionnelle*, nom donné à une proposition* qui explique la signification* d’un terme*,
d’un concept* ou d’un mot (= définition nominale), ou qui énonce l’essence* d’une chose (= définition
réelle). La définition a pour but d’élever à la compréhension (1\*) le sens du mot ou ce qu’est la chose. La
définition identifie le genre* et l’espèce* du défini*, en clair, ce que celui-ci partage en commun* avec
d’autres définis et ce qui le distingue spécifiquement par ailleurs des autres définis appartenant au même
genre. En termes plus modernes, une définition exprime (ou explique*, selon un certain point de vue, v.
infra) l’intension* et délimite l’extension d’un concept*, c’est-à-dire exprime sa connotation* (ou
signification*), ainsi que sa dénotation* ou valeur référentielle.

2\ En tant que prémisse* dans un syllogisme démonstratif*, synonyme de thèse (1\*).

3\ En calcul propositionnel*, la définition est ce que donne des connecteurs logiques* les tables de
vérité*.

***

Dans la partie historique des Métaphysiques, Aristote soutint que Socrate fut premier à avoir porté son
attention sur les définitions (Α, 6, 987b 2-4), c’est-à-dire à avoir cherché à formuler ce que sont (to ti estin)
les choses. Les dialogues de jeunesse de Platon - qui représenteraient avec une certaine fidélité la pensée
du Socrate historique, selon certains - sont pour la plupart effectivement orientés vers la quête d’une
définition universelle dans le domaine de la vertu ou des affaires humaines : l’amitié [Lysis], la sagesse
[Charmide], la nature humaine [Alcibiade], la beauté [Hippias majeur], la piété [Euthyphron], le courage
[Lachès], la justice [Rép., I,],…). Aristote spécifia par ailleurs que selon Socrate, c’est par induction* ou
généralisation que l’on parviendrait à formuler de telles définitions universelles et, ce faisant, saisir la partie
de la vertu elle-même dont elle est l’objet (c’est-à-dire son essence* (à ce sujet, v. Définition ostensive et
par énumération, infra). Platon lui-même fut toutefois le premier à traiter du problème de la définition de
manière formelle ou théorique, notamment dans le Ménon (71e sqq.) et le Gorgias (448d sqq.). Dans le
Phèdre (265c-266c), Le Sophiste (253d-e) et le Politique, le philosophe athénien présenta une méthode
dialectique particulière destinée à fixer les définitions, celle de la la diérèse (diaíresis = division), consistant
à circonscrire la spécificité d’une chose par la division (logique) du genre* (ou de la forme unique et
supérieure) sous lequel cette chose se range en tant qu’espèce*1 (v. aussi Moyen terme, Ah*). Cette
méthode de la division (dίa = division), tel qu’elle fut pratiquée par Platon, fut l’objet de la critique
d’Aristote [voir Pr. anal., II.13]).

Selon Aristote, la définition est la réponse précise à la question : qu’est-ce que c’est? (to ti ên eînai, dans
les Topiques [101b], ti estin dans les Sec. anal., [90b]), soit la réponse à la question de savoir quelle est
l’essence* de la chose. Aristote définit ainsi la définition comme «un discours qui exprime l’essence de la
chose» (Orismos mèn gar tou ti esti kai ousías, v. Sec. anal., II, 3, 90b. À ce sujet, v. Essence* et Prédicat, 1.
Typ. classique des prédicats*). C’est cette conception de la définition (comme expression de l’essence)
qui s’imposa à la tradition philosophique ultérieure. L’orateur romain Cicéron, dans ses Topiques (Topica)
(milieu du 1er s. av. J.-C.), relaya l’intelligence aristotélicienne du terme en écrivant que la définition est un
«discours (oratio) qui explique ce qu’est ce qu’il définit» (5, 26). Dans les termes de l’École plus tard, la
définition ne dit pas si le défini est (an sit, c’est-à-dire s’il existe), mais ce qu’il est (quid sit, à quoi
correspond directement le néologisme scolastique* de quiddité*)2, soit ce que sont ses déterminations
essentielles ou constitutives (v. Essence*). La substantialis definitio s’offrit ainsi à la philosophie médiévale
comme la traduction de l’ousiodès d’Aristote (v. Mét., Ζ, 11, 1037b). Cette acception du terme de
définition ne connaîtra pas d’altération. B. Spinoza au XVIIe s. l’entendit comme une explication de
«l’essence intime de la chose» (v. Traité de la réforme de l’entendement, 95)3. G. W. Leibniz pour sa part
définit la définition comme une proposition délivrant l’explication de la notion d’une chose (v. Déf. et
explication, infra).

124
» Sur la définition dans sa relation spécifique avec le terme classique d’essence, on se reportera à
Essence* et Prédicat*.

1\ Caractérisation générale de la définition

- La structure logique de la définition

Soit la proposition suivante (tirée du Larousse) :

Cette proposition est composée de deux éléments : le défini4 (= la trituration), appelé aussi definiendum,
et l’ensemble des termes utilisés, soit la définition elle-même (= l’action de réduire quelque chose…),
appelée aussi definians (ainsi, definians et definiendum sont donnés comme des équivalents (1\*)16. Une
définition est formulée sous la forme la plus concise possible5, ce qui la distingue spécifiquement de la
description*, laquelle est plus étendue et soumise à moins de contraintes (v. Règles de la définition, \2, et
Typ. des définitions?, déf. descriptive, v. infra).

La définition ne concerne jamais la chose individuelle, mais l’espèce* en général à laquelle celle-ci
appartient*. La définition s’obtient donc précisément par l’identification du genre* (qui exprime le ou les
caractères communs que partage la classe des objets définis) et la différence spécifique* (qui précise ce
qui distingue cette classe d’objets d’autres classes appartenant au même genre, donnant ainsi la
dernière délimitation du défini). Cette formulation précise de la définition est redevable à Porphyre de Tyr
(IIIe s.) et dérive directement de sa théorie des prédicables (v. Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq
prédicables*). À titre d’exemple, la définition de la table suivante (tirée du Larousse) :

Cette proposition délivre le sens du concept de table ou exprime ce qu’est une table en identifiant
d’abord le genre auquel l’objet dénoté appartient (celui de meuble = objet mobile à usage
domestique), suivi immédiatement de sa différence spécifique (= composé d’un plateau horizontal posé
sur un ou plusieurs pieds), permettant de distinguer ainsi cette espèce des autres espèces de meubles (le
lit, le buffet, le tabouret, la commode, etc.). L’exemple classique reste celui que donna Aristote, celui de
la définition de l’homme comme animal (le genre) raisonnable (sa différence spécifique, distinguant
l’homme des autres espèces animales se rangeant sous le même genre).

La définition identifie d’abord le genre dont fait partie le défini, genre auquel celui-ci se rapporte de
manière nécessaire* quant à la partie la plus générale* de son essence. Ce genre, c’est spécifiquement
et préférablement le genre prochain*, c’est-à-dire le genre situé immédiatement au-dessus de l’espèce à
laquelle appartient le défini. Le genre n’apporte cependant qu’une détermination partielle de l’essence
du défini. Dire par exemple de la tempérance qu’elle est une sorte de vertu (qu’elle appartient au genre
vertu) n’est guère suffisant en effet pour délivrer la pleine signification du concept (car la diversité
abonde dans ce registre des affaires humaines : la piété, la justice, la prudence, la sagesse, le courage
sont tout aussi des parties de la vertu). Bien que tout à fait juste, une définition qui ne serait que générique
(ou une chose définie purement génériquement) serait cependant incomplète et donc intellectuellement
insatisfaisante. Cela vaut de façon générale, mais il faut toutefois savoir qu’il existe des réalités qui sont
définissables en dépit du fait qu’il n’existe pas pour elle de genre sous lequel celles-ci se rangent (v. les
développements qui suivent, ainsi que la définition négative, infra).

Une définition s’en tient préférablement au genre prochain, on l’a souligné. L’identification d’un genre
éloigné* (v. Genre, Typ.*) - soit d’un genre au-dessus du genre prochain et dont l’extension est
logiquement plus grande - ne donne qu’une caractérisation encore plus partielle et incomplète de
l’essence du défini. Dans la définition de la table, par exemple, dire à son propos qu’elle appartient au
genre éloigné de l’objet utile ouvre sur un niveau de généralité de moins en moins pertinent pour la
compréhension ce qu’est une table - tout comme au sujet de l’être humain, plutôt que de dire qu’il
appartient au genre animal, dire qu’il appartient à celui des vertébrés, des animaux ou des êtres vivants.
Dans certaines circonstances, lorsque par exemple le genre immédiat sous lequel se range un défini n’est

125
pas l’objet d’une compréhension claire, il peut être quand même utile et pertinent d’identifier un genre
plus éloigné, mais cela reste somme toute exceptionnel et dépend davantage des conditions cognitives
de celui à qui s’adresse la définition que de l’idéal théorique auquel la définition doit se conformer. Il est
préférable d’ordinaire qu’une définition se borne à identifier le genre prochain, car bien que ce genre
soit lui aussi affecté du défaut de n’offrir qu’une caractérisation partielle de l’essence, il bénéficie
cependant de l’avantage d’être le genre le moins abstrait et donc le plus immédiatement
compréhensible étant donné la chose à définir et le contexte dans lequel l’exercice est entrepris.

C’est précisément la différence spécifique qui complète la détermination de l’essence du défini. Il est
important de ne pas confondre ce prédicable* avec celui du propre*. Le propre (ou propriété*) ne
concerne que «ce qui arrive» au défini en tant que membre d’une espèce donnée (par exemple la
«capacité de rire» pour l’espèce humaine). Il s’agit d’un prédicable accidentel dérivant nécessairement
de l’essence de l’espèce comme son effet (v. Propre*), alors que la différence spécifique constitue plutôt
une explication de la cause de l’espèce, et pour cette raison donne du défini une compréhension plus
adéquate et intime de son essence. En fondant l’espèce en tant qu’elle en est la «cause», la différence
spécifique permet donc d’expliquer (v. infra) ce qui fait qu’une chose est précisément ce qu’elle est (et
répondre à la fameuse question classique : quid sit? [v. Essence* et Quiddité*]).

On complétera ce qui précède en se reportant aux articles suivants : Description*, Différence spéc.*,
Espèce*, Propre* et Prédicat*.

- Différence spécifique et typologie quadripartite des causes aristotéliciennes

Chose intéressante à souligner : la différence spécifique peut être identifiée à l’une ou l’autre, à plusieurs,
voire à toutes les causes* de l’inventaire aristotélicien (dressé en Mét, Α 3, 983a26-33 et Phy., II, 3-9) :

1\ la cause formelle : comment la substance* est faite, selon quel plan, quelle idée, quelle forme (è ousía,
to ti èn eînai, chez les scolastiques* : causa formalis, rendu aussi par quiddité*), par exemple : cette
œuvre de Vermeer est la représentation d’une laitière ;

2\ la cause efficiente (ou motrice) : par qui ou par quoi la substance* est faite, l’agent sous l’action
(mécanique) de qui ou de quoi la chose est produite (è arkè tès kinèseos [le principe d’où origine le
mouvement, le principe mécanique], chez les scolastiques : causa efficiens), par exemple : cette
peinture est un Vermeer (au sens où elle a été produite par lui par l’ajout de peinture) ;

3\ la cause matérielle : ce de quoi ou ce à partir de quoi une substance* est faite, son support, sa
constitution (è húlè [matériau], to upokeimenon [substrat], chez les scolastiques : causa materialis), par
exemple : cette toile est faite de fibres de lin et de chanvre, et enfin ;

4\ la cause finale : pourquoi la substance* est faite, son but, sa fonction (to ou eneka, tagaton, to telos,
chez les scolastiques : causa finalis), par exemple : cette toile sert de support pour une peinture à l’huile
ou encore cette peinture est destinée à un marchand d’art. La cause finale répond véritablement selon
Aristote au pourquoi (dioti, to katό) d’une substance (v. Typ., Déf. causale et génétique, infra, et
Explication, Ah*).

On complétera ce qui précède en se reportant à l’article cause*.

Chacune de ces causes peut donc servir, de façon nécessaire, de traits distinctifs du défini dans une
définition. C’est ainsi que dans la définition du quartz, après avoir identifié le genre prochain sous lequel
cette substance minérale se range (celui des silicates), on pourra inclure, à titre de différence spécifique,
certains caractères relatifs à sa cause matérielle, en l’occurrence principalement le dioxyde de silicium
SiO2 avec quelques traces de x, y, z dans telle ou telle proportion :

La définition de la table donnée ut supra mise quant à elle sur une différence spécifique associée à la

126
cause formelle : son essence en tant qu’espèce du genre prochain meuble est d’être un plateau
horizontal posé sur un ou plusieurs pieds. Dans le cas de la table, la cause matérielle relève de l’ordre du
pur accident : qu’elle soit en quartz, en bois, en plastique ou en métal, dans tous les matériaux possibles,
cela n’explique en aucune manière ce qui fait qu’une table est une table :

La définition d’un outil pourra combiner plusieurs causes, comme celle de la scie (dans le Larousse : outil à
main [= genre prochain] formée d’une monture ou d’une poignée où est fixée une lame [métallique =
cause matérielle] portant une denture coupante [= cause formelle] qui, par un mouvement alternatif, sert
à débiter, découper du bois, du métal, de la pierre, etc. [= cause finale]) :

Ainsi, la différence spécifique peut diviser le genre et fonder l’espèce en tant que cause, de quelque
espèce que soit cette cause.

- La définition comme explication*

La définition a pour fonction essentielle de dispenser le sens d’un terme ou concept* en fournissant son
explication* (son pourquoi). Par exemple, définir la docilité comme une disposition à se laisser diriger
(Larousse) est une explication du concept de docilité. Le sens étymologique du concept d’explication
encourage ce point de vue selon lequel la définition d’un concept est un déroulement ou
développement de son contenu*, de son sens ou de son intension* (v. Explication*). Cette manière de
concevoir la définition comme explication est redevable à G. W. Leibniz. Dans ses Nouveaux Essais sur
l’entendement humain (1765, posth.), Leibniz soutint que définir c’est expliquer, c’est-à-dire expliciter la
notion d’une chose (son concept) grâce à une proposition qui explicite par énumération les marques
suffisantes pour la reconnaître. Définir un concept, c’est dérouler en quelque sorte les caractères
essentiels qu’il renferme6.

Il apparut d’ailleurs plus explicitement chez Leibniz que chez Aristote que les définitions sont le fruit d’une
construction intellectuelle ou rationnelle. Cela est d’ailleurs conforme à la conception que se fit le
philosophe de Leipzig de la pensée humaine comme activité dynamique plutôt qu’instance passive, un
peu comme chez R. Descartes, pour qui encore la pensée entre en contact intuitif ou direct avec les
choses. Mais chez Leibniz, l’activité qu’il accorda à la pensée fait de la définition, plus explicitement que
chez ses prédécesseurs, une construction de l’intellect, dont la finalité demeure celle d’exprimer l’essence
réelle de la chose définie (ce qui implique que même si la définition est une construction, celle-ci n’est
pas synonyme pour autant de convention arbitraire, comme T. Hobbes put avoir tendance à le croire).

- L’extension du concept de définition

L’extension* du concept de définition est très large. Il existe en principe une définition pour tout ce à quoi
réfère un concept* et pour tout ce qui relève d’un genre* et d’une espèce* que fonde une différence
spécifique*. Le défini peut être de toute nature (empirique*, psychique, abstrait,…), ou jouir de n’importe
quel statut d’existence (réel, fictif, imaginaire, etc.). Il est en effet possible de définir par exemple ce
qu’est une sirène en tant que celle-ci appartient au genre des créatures fantastiques, ou encore du
phlogistique, qui se range sous le genre des fluides (v. Concept*). Une définition du concept de définition
est elle-même possible (en tant qu’une définition relève du genre de l’énonciation* et dont la différence
spécifique est celle de se rapporter à l’essence d’une chose ou à l’intension d’un concept). La seule
chose qui soit en principe impossible à définir est celle d’un genre suprême* ou d’une catégorie*, qui ex
definitiones sont ce qui ne se laissent pas ranger sous un genre plus élevé et donc ne sauraient être

127
identifiés dans une proposition (à ce sujet, v. les développements sur la définition négative, infra).

V. aussi les Métaphysiques d’Aristote, où le Philosophe s’interrogea sur la question de savoir de quelles
choses y a-t-il quiddité et définition (livre Ζ, 4, 1029b1 à 1030b13. V. aussi Ζ, 15).

2\ Règles de la définition

Comme le spécifia déjà Aristote (au 6e livre des Topiques, v. Órganon*), il existe un certain nombre de
principes dont le respect est nécessaire pour qu’une proposition soit une bonne définition. Ces règles
furent historiquement formulées de manières assez diverses (par la scolastique*, la Logique de Port-Royal*,
B. Pascal dans De l’Esprit géométrique et de l’Art de persuader, 1657). Pour résumer, on peut dire que :

i. Les attributs identifiés dans une définition sont exclusivement essentiels.

C’est là la règle la plus primitive et logiquement contraignante dans la mesure où elle découle de la
définition même de ce qu’est une définition. Il est donc par principe impossible pour une définition de la
violer, puisque ce faisant, il ne s’agirait justement, par définition, d’une définition.

En tant qu’elle énonce l’essence* ou la quiddité* d’une chose, une définition exclut tous les prédicables*
accidentels*, soit l’ensemble des déterminations ou caractères qui ne sont pas indispensables ou
nécessaires* pour que le défini soit ce qu’il est. De la définition est éliminé autrement dit tout ce qui ne
participe que de l’extériorité circonstancielle du défini ou de tout ce qui lui est arrivé par hasard* et qui ne
concerne donc pas sa nature (v. Accident*).

Suivant Aristote (Top., I, 8, 103a, 15 et Mét., Z, 12), la définition, tel qu’on l’a spécifié plus haut (v. La
structure logique de la déf.), se borne à n’identifier que le genre* (de préférence le genre prochain*), qui
délivre une caractérisation nécessaire* mais seulement partielle du défini, et la différence spécifique*, qui
donne du défini une spécification complète quant à l’espèce à laquelle celui-ci appartient. La définition
délaisse donc systématiquement tout ce qui relève des prédicables* du propre* et de l’accident
commun* (ces prédicables appartenant plutôt à la description*, v. supra et Définition descriptive*, infra).
Ce n’est que par l’expression d’attributs essentiels qu’une définition peut répondre véritablement à sa
fonction, celle de savoir ce qu’est le défini. En ayant l’essence comme but, la définition ne vise donc pas
l’individu, mais le général (c’est-à-dire ce qu’il y a d’identique et de commun dans les individus, cela
étant ce qui forme précisément le concept dont la définition est l’expression de l’intension).

Cette règle est la plus restrictive et la plus difficile à respecter. La connaissance de l’essence constitue
depuis ses origines l’objectif premier de la philosophie et la science. V. Essence et les développements de
la section sur la Typologie des déf., infra.

ii. La définition est formulée de la manière la plus claire, concise, précise et rigoureuse possible.

Étant donné l’office express de la définition, savoir celui de faire comprendre ou délivrer très exactement
la signification* d’un concept ou l’essence d’une chose, les propositions ou discours au travers desquels
elle est transmise doivent être formés de termes et notions dont la signification est la plus claire et précise
possible. Plus la définition est claire et précise, meilleure elle est (c’est le principe du clarior definito des
logiciens de l’École). Il faut donc être particulièrement attentif au phénomène de la polysémie* des mots
afin d’éviter, autant que faire se peut, l’ambiguïté*, qui entraîne la confusion et la mécompréhension.
Dans un tel cas, même si les caractères circonscrits sont essentiels (règle no 1, v. supra), la définition
manque tout de même son objectif et mérite à peine alors, d’une certaine façon, son titre de définition.
L’emploi de métaphores, d’images et d’analogies est à proscrire par ailleurs, car cela risque de la même
manière d’engendrer davantage de confusion que de précision au sujet du défini.

Sur le plan de la concision, la proposition principale qui exprime une définition doit se formuler en un
syntagme le plus court et le plus cohérent possible où toute répétition inutile est évitée. Une définition est
en quelque sorte une réduction à l’essentiel du défini.

Lorsque des explicitations sont apportées à une proposition principale où est exprimée la définition, celles-
ci doivent servir à introduire des précisions rigoureuses et pertinentes (susceptibles d’être justifiées et
défendues rationnellement) quant aux termes employés dans cette proposition. Prenons à titre d’exemple
la définition du concept d’essence présentée dans ce dictionnaire : Terme de métaphysique servant à

128
désigner l’ensemble des déterminations qui sont indispensables pour qu’une substance soit ce qu’elle est,
en totalité ou en partie. L’explicitation qui accompagne cette proposition apporte des précisions
supplémentaires sur le sens des termes qui sont employés : un caractère est essentiel lorsque celui-ci
dénote une propriété qui est constitutive de la substance, qui fait partie de sa nature, c’est-à-dire lorsque
ce caractère réfère à ce qu’est cette chose et dont celle-ci ne peut absolument pas être privée sans
perdre du coup son identité propre ou son essence. La scolastique* appela division la partie du discours
qui accompagne et complète la définition (oratio rem aliquam per sua membra, aut terminum per varias
significationes distribuens) - «division» au sens où la signification du concept est scindée en parties
diverses.

L’identification des synonymes et antonymes peut conclure le discours. Pour le concept d’essence :
synonyme de quiddité, s’oppose à accident (qui se rapporte à la substance par hasard et sans nécessité)
et est traditionnellement distingué de l’existence (l’essence d’une substance est indépendante du fait,
pour celle-ci, d’exister ou non).

iii. La définition possède l’extension appropriée.

Une définition peut souffrir de deux déficiences importantes qui compromettent sa capacité à remplir sa
fonction. Elle peut avoir une extension trop large ou trop étroite en regard du défini. Les philosophes de
l’École écrivirent en ce sens que la définition doit convenir à tout le défini et au seul défini (convenial toto
definito et soli definito).

Une définition est trop large lorsque le ou les attributs identifiés ont un caractère trop général pour
permettre une caractérisation précise et une compréhension juste de l’essence du défini. Une définition
trop générale est trop inclusive ; elle inclut des éléments définitoires qui se rapportent à un ensemble trop
vaste de choses ou de concepts, manquant de facto la particularité ou la spécificité de ce qu’il s’agit
précisément de définir et faire connaître. Pour être juste et convenable, l’extension de la définition doit
donc éviter d’avoir une ampleur excessive au regard de ce qu’elle vise à circonscrire. Cela se produit
habituellement lorsque la définition est concentrée excessivement sur des caractères relevant du genre
auquel appartient l’espèce du défini, au détriment d’une considération plus attentive de la différence
spécifique. De manière plus préjudiciable encore, cette situation advient lorsque le genre identifié est un
genre supérieur* à celui du genre prochain. Cela ne concourt évidemment qu’à l’accroissement de la
généralité excessive de la définition par rapport à la chose qu’elle cherche à définir.

Une définition trop large ou trop inclusive serait par exemple celle qui consisterait à définir le caniche par
le recours disproportionné à des attributs appartenant au genre canidé. La définition inclurait un nombre
trop important d’attributs, car elle énoncerait des déterminations partagées en commun par tous les
autres représentants de l’espèce (les bergers, les dalmatiens, les dogues, les terriers, les chihuahuas, etc.).
Ainsi, le défini serait l’objet d’une définition dont l’extension n’est pas appropriée pour en permettre une
juste compréhension. Et l’inadéquation de la définition serait amplifiée du fait d’identifier des caractères
appartenant à un genre supérieur, à titre d’exemple à celui du mammifère ou encore à celui du
vertébré. Au final, la définition ne parviendrait plus à dire grand-chose de pertinent à propos du défini, de
sorte qu’elle ne serait plus, proprie dicto, une définition.

A contrario, une définition est trop étroite lorsque les attributs exprimés sont trop spécifiques par rapport à
la chose à définir. Une définition trop spécifique est de ce fait trop exclusive ; elle exclut indûment de son
extension des éléments à caractère plus général qui participent pourtant de l’essence du défini. Cela
survient généralement lorsque la définition se concentre trop sur des attributs se rapportant à l’espèce
dont le défini est un représentant, au préjudice d’une prise en compte des déterminations se rapportant
au genre auquel appartient l’espèce.

Par exemple, une définition du canidé qui reposerait sur une attention abusive portée sur des attributs se
rapportant à l’une ou l’autre des diverses particulières espèces de chiens serait trop spécialisée, elle
exclurait de ce fait trop de choses dont on devrait savoir qu’elles sont des chiens d’un point de vue plus
général. Une définition du canidé établie par exemple sur la différence spécifique du caniche échouerait
à caractériser adéquatement ce qui fait qu’un canidé est un canidé - et non pas spécifiquement telle ou
telle espèce de canidé.

La définition trop étroite suppose au fond une légitimité accordée à la définition ostensive ou par
énumération, lesquelles visent respectivement à tenter de circonscrire l’essence d’une chose par
l’identification d’un cas singulier ou l’addition d’une série de cas singuliers qui correspondent

129
partiellement à la définition (v. Déf. ostensive et par énumération, infra). Une définition du courage
comme ce qui est démontré durant la bataille, lors du combat mené contre la maladie ou lors de la
traversée en mer, est trop étroite, car elle exclut la prise en compte de caractères mieux appropriés aux
fins d’une compréhension plus générale de ce qu’est le courage, par-delà toutes ses occurrences
spéciales possibles.

On dit d’une définition qui n’est, ni trop large, ni trop étroite, qu’elle est convertible avec le défini.

iv. La définition ne doit pas être imprédicative (circulaire) ou tautologique

Les définitions doivent par ailleurs éviter d’être circulaires ou tautologiques (1\*), à défaut de quoi ce
qu’elles expriment perdrait toute signification*. Cela peut se produire, par exemple, lorsque la définition
contient le défini (v. Imprédicativité*), c’est-à-dire lorsque dans la définition est utilisé le terme qui est
justement celui à définir ou un terme de même radical. C’est le cas de la célèbre définition du concept
de lumière du Père Noël (du Père jésuite Noël) en tant que mouvement luminaire de rayons composés de
corps lumineux (v. Pétition de principe*).

La définition du concept d’être est particulièrement susceptible de pâtir la circularité dans la mesure où il
est difficile au point de vue des langues naturelles de former des propositions sensées dont le verbe être
est complètement absent. Le fait par exemple de définir l’être comme le fait d’être (Larousse) est
outrageusement circulaire et ne possède, en soi, aucune signification, à moins d’apporter par la suite des
explicitations apportant des informations supplémentaires. Le plus souvent, pour un concept aussi général
que celui de l’être, on se borne à exprimer quelques termes synonymes : être signifie réalité absolue,
essence, nature, existence…

Une autre forme de circularité consiste à utiliser un terme qui contient implicitement le défini. «C’est le cas,
par exemple, si l’on définit le Soleil comme un astre qui se montre durant le jour, car jour se définit à son
tour comme le temps où le Soleil se montre7». Cette définition tourne indéfiniment en rond et ne délivre
pas de véritables éléments permettant la pleine compréhension et l’explication de ce qu’il s’agit de
définir.

Enfin, la circularité peut se manifester dans une définition qui se limite à définir son objet par l’expression
de son contraire (comme définir par exemple la justice comme l’absence de justice, l’indéfini comme
l’absence de détermination, la pénombre comme l’absence de lumière complète, le non-fumeur
comme celui qui ne fume pas,…). La définition négative est circulaire dans la mesure où elle utilise un
terme étroitement apparenté qui est justement implicitement contenu en lui (l’injustice qui suppose au
fond la compréhension de la justice). La définition négative n’est cependant pas toujours circulaire, en
l’occurrence dans les cas où l’essence de la chose est spécifiquement celle d’être une absence de
quelque chose (v. à ce sujet Déf. négative, infra).

TYPOLOGIE DES DÉFINITIONS

- Remarques préalables : typologie VS définition essentialiste et spéculative de la définition

On rencontre dans la littérature une variation assez large de choses tenant place de définitions.
Cependant, si l’on s’en tient à l’idée fondamentale qu’une définition est l’expression de l’essence du
défini (par l’identification de son genre et sa différence spécifique), l’on doit alors en toute rigueur écarter
la possibilité de considérer comme de véritables définitions tout ce qui s’écarte de cette idée.

Le titre de la présente section devrait avoir une tournure interrogative. En effet, on ne présentera pas ici
une «typologie des définitions», puisqu’il n’y a en toute rigueur qu’une seule définition véritablement
acceptable de la définition, celle d’Aristote. On se bornera plutôt à présenter une réflexion critique sur la
signification* des autres modalités de propositions ou discours habituellement présentées comme des
définitions et on fera valoir que ces autres modes illustrent à tout le moins la diversité et la richesse des
moyens employés, à différents niveaux de discours et à des degrés de perfection très variables, pour
donner accès à l’intelligence de la signification d’un concept ou l’essence d’une chose. On verra que
ces autres modes sont habituellement présentés comme des «définitions» parce que, justement, ils
poursuivent très souvent le même objectif que la définition à proprement parler.

Il faut d’abord souligner que l’acception traditionnelle de la définition - celle que retint la tradition logique

130
à la suite d’Aristote et qu’on retient ici - en est une qui ne poursuit qu’une fin théorique. La définition par le
genre et la différence spécifique ne vise effectivement qu’à la connaissance des caractères essentiels du
défini. On appelle cette dernière dans la suite de ce texte la définition essentialiste et spéculative de la
définition ou, par mesure d’économie, la DESD. Or, on peut conjecturer que ce qui explique l’existence
d’une telle diversité de modes de définitions relève du besoin d’identifier et connaître des choses en vue
d’autres objectifs, en l’occurrence pragmatiques, ou encore parce que s’imposent différentes
contraintes, intellectuelles ou réelles.

En effet, il est possible que l’identification de la différence spécifique de certaines choses ne soit pas
possible étant donné les moyens d’observation et les niveaux d’analyse que cette opération requiert.
C’est le cas, entre autres exemples, des substances chimiques et objets célestes dont la connaissance et
la compréhension de la différence spécifique ne sont, de fait, accessibles qu’aux chimistes et
astrophysiciens. Par ailleurs, il se peut qu’une «définition» ne délivrant en aucune manière l’essence du
défini soit pourtant plus significative que ne le serait une DESD en bonne et due forme pour un individu,
étant donné son niveau de connaissance. Par exemple, une manière d’exprimer la signification du
concept d’eau qui ne consisterait pas à préciser qu’il s’agit d’un composé H2O (= son essence), mais
plutôt du liquide incolore qui circule dans les fleuves, serait sans aucun doute plus efficace et signifiante
pour un individu ignorant tout de la chimie et habitant par exemple près d’un cours d’eau. On prend ici le
cas extrême de sciences complexes, mais il est un fait que la connaissance de la différence spécifique
est bien souvent difficile, voire impossible, à obtenir pour une très bonne part des choses, même des plus
singulières, du fait de diverses contraintes provenant des limites de nos moyens, de notre intelligence ou
des connaissances préalables dont on aurait besoin et cependant qu’on n’a pas.

Par ailleurs, des facteurs autres que techniques ou cognitifs peuvent entrer en considération, par exemple
l’objectif pratique ou pragmatique auquel doit souvent répondre une définition. La définition du joint de
Cardan, à titre d’exemple, pourra varier considérablement si celle-ci est formulée en vue de pouvoir en
réparer un dans un atelier, en construire un sur une chaîne de montage ou en comprendre
théoriquement le fonctionnement intime dans un laboratoire de physique mécanique8.

***

Examinons différents types de propositions ou discours qui, bien qu’ils expriment et font véritablement
connaître quelque chose à propos d’une substance, ne correspondent pas à une «définition» entendue
au sens de l’expression d’une essence. En toute rigueur, on l’a dit, seule une DESD nous apparaît comme
une authentique définition. Dès lors, s’offrent deux grandes options : ou bien ces autres types de discours
qui délivrent des informations au sujet de quelque chose ne sont tout simplement pas des définitions (mais
autre chose qu’on devrait nommer autrement), ou bien la capacité de ces autres types à exprimer
quelque chose au sujet de quelque chose doit être évaluée, avec moins de rigidité, à l’aune d’un large
continuum situé entre les deux extrêmes de la signification la plus large (ou la plus imparfaite) et la plus
stricte (ou la plus parfaite, idéale) du concept de définition9.

1\ La définition réelle et nominale


ou quid rei et quid nomini

Une première distinction rencontrée, la plus ancienne, concerne celle entre les définitions réelles et
nominales. Son origine remonte à Aristote, dans une toute petite remarque des Seconds analytiques (v.
Órganon*) qui fit couler beaucoup d’encre au Moyen Âge. Le Philosophe écrivit que la définition peut
être orientée vers l’essence* des choses (conformément à ce qui a été présenté plus haut et qui fut
retenue comme forme canonique de la définition) ou vers les mots : «O orixomenos deixnusin è ti estin
(vers les êtres) è ti sèmainei tounoma (vers les mots)» (II, 7, 92b).

Le contraste réel\nominal ne fut véritablement porté au jour que sous la plume des nominalistes
médiévaux. La logique scolastique* établit la règle suivante : il y a pour partie les definitiones quid rei (les
définitions de choses, encore appelées, notamment chez G. W. Leibniz, les définitions réelles, le réel
s’opposant ici au nom) et, pour partie, les definitiones quid nomini (les définitions de mot ou de nom, ou
encore définitions nominales). Une définition réelle vise à saisir l’essence d’une chose (elle est alors une
DESD), alors que la définition nominale, pour les logiciens de l’École, vise plutôt à donner simplement le
sens du mot qui nomme cette chose. Cette position fut projetée au cœur de la querelle des universaux*10.
La distinction entre les définitions quid rei et quid nominis fut également reprise plus tard au XVIIe s. chez B.
Pascal et dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683) d’A. Arnauld et P. Nicole11. La définition nominale
connut aussi une certaine fortune au sein de la tradition nominaliste à l’Âge classique, en l’occurrence

131
chez T. Hobbes (voir The Elements of Law [1640], 5.6–7 ; Leviathan [1651], 4.6–8 ; De Corpore [1655], 2.9).

Il n’est pas justifié cependant de voir dans cette distinction entre définition réelle et définition nominale
une véritable classification fondamentale des définitions. Certes, l’analyse du mot délivre bien souvent
des informations utiles pour l’explication du concept de la chose nommée (c’est le cas notamment avec
l’analyse étymologique et l’évolution sémantique* du mot), sauf que cette démarche ne vise autre chose
qu’à répondre à l’objectif final de définir et de comprendre l’essence du défini que le mot désigne12. Par
exemple, l’analyse étymologique du concept de remords nous apprend que le mot remords fut forgé
d’après le verbe latin mordere (= mordre) et la particule re, suggérant ainsi que le remords est une
manière pour la conscience d’être mordue (ou rongée) en retour d’une mauvaise action commise et
d’en pâtir. Cette analyse étymologique n’est en effet qu’un moyen servant les fins de la saisie de
l’essence du remords lui-même, l’explication du remords par l’analyse de l’histoire de la manière dont elle
est nommée. Il se pourrait donc que la définition nominale n’est donc pas une sorte de définition, mais
précisément une première approximation de la définition réelle.

La situation est la même pour l’utilisation de synonymes. Ce procédé courant (exploité dans les
dictionnaires et les lexiques) consiste à délivrer la signification* d’un défini par l’utilisation d’un mot servant
à nommer une réalité dont la signification est perçue comme similaire ou analogue. L’objectif n’est pas
d’exposer l’essence du défini en donnant simplement un autre mot, mais d’utiliser un mot plus susceptible
qu’un autre à dispenser l’essence du défini. À titre d’exemple, répondre à la question de savoir ce qu’est
l’impudence en renvoyant au mot effronterie n’est pas proprement fournir une «définition» de
l’impudence par le mot effronterie, mais simplement faire parvenir à la compréhension de l’essence de
l’impudence au moyen de ce que donne à comprendre une réalité de nature semblable désignée par
un mot d’usage plus courant, plus accessible ou plus intelligible13. On pourrait dire que la situation est la
même, au fond, que celle consistant à employer un mot dans une autre langue pour expliquer ce que
celui-ci signifie dans une autre. Dire à un italophone que cet animal est ce qu’on appelle en italien gatto
n’est pas en soi une définition, mais un moyen pour la compréhension de ce qu’est un chat. Ou encore,
expliquer à un Allemand que le mot tout en français signifie Alle n’est autre chose que de renvoyer
l’interlocuteur à une définition qu’il comprend déjà de ce qu’est le tout et que sert à nommer dans sa
langue le mot Alle.

Ainsi, il est vrai d’affirmer que les propositions orientées vers le sens des mots concourent effectivement à
faire comprendre la nature d’une chose, et en cela elles partagent la même finalité que la définition au
sens de la DESD, sauf que celles-ci le font sans rien définir directement, mais seulement en prenant appui
sur des équivalents sémantiques, dans une même langue ou d’une langue à l’autre, dont le sens du défini
qu’ils nomment est déjà assimilé, en principe, par les utilisateurs de ces langues. C’est improprement donc
que l’on parle de la définition nominale14 : toutes les définitions sont ex definitiones des définitions réelles,
soit des propositions ou discours qui expriment l’essence d’une chose, au-delà de la seule considération
du ou des signifiants langagiers qui servent à les nommer dans une langue donnée. Même la Logique de
Port-Royal* (1662, 1683) d’A. Arnauld et P. Nicole, qui reconnut la définition nominale, admit qu’elle ne
représente pas la vérité des choses, mais seulement la vérité de l’usage15.

2\ La définition métaphorique et analogique

L’analogie et la métaphore sont parfois utilisées dans une visée définitionnelle. Or les «définitions
métaphoriques» souffrent du même défaut que les définitions dites nominales dans la mesure où elles
recourent à des images plutôt qu’à des mots pour évoquer des éléments pouvant se rapporter à
l’essence d’un défini. Les images ne définissent rien en elles-mêmes, elles permettent seulement
indirectement, par évocation, association et transposition, de comprendre ce qu’est déjà telle ou telle
chose.

3\ La définition négative et les indéfinissables

Un autre contresens important consiste à présenter une proposition qui identifie ce que n’est pas une
chose comme une sorte de définition. Cette définition de la définition comme «expression de ce qui ne se
rapporte pas à ce qu’est le défini» va directement à l’encontre de l’acception logique et classiquement
fixée de la définition. Certes, d’un point de vue pratique, dire qu’une autruche n’est pas un émeu, un
nandou ou un casoar, ni un oiseau volant, ni un oiseau intelligent, ni un oiseau courageux peut sans doute
permettre, dans un certain contexte, d’avoir une certaine compréhension de cette chose qu’on appelle
autruche, sauf que l’exercice ne saurait constituer un véritable exercice définitionnel, laissant en quelque

132
sorte sa nature indéfinie* (v. aussi Règle no 4 de la déf., supra.).

Cependant, il existe des phénomènes qui ne peuvent se définir autrement que par une expression
négative, puisqu’ils sont par eux-mêmes une privation de quelque chose, par exemple la cécité qui est
par essence absence de la vue, la noirceur absence de la lumière, l’injustice absence de justice, le mal
absence de bien, etc. Par contre, dans ces situations particulières (si tel est bien le cas que l’on doive
nécessairement les comprendre de cette façon), ce qui est présenté de manière négative réfère à
l’essence véritable du défini : l’essence de la noirceur est l’absence de lumière. Il ne faut donc pas
confondre les définitions négatives se rapportant à des objets qui possèdent une essence dont les
caractères essentiels peuvent être déclinés sur un mode affirmatif (auquel cas ces «définitions» ne sont
pas des définitions essentielles) et celles se rapportant à des objets dont l’essence est elle-même fondée
sur une privation de quelque chose (auquel cas ces définitions sont d’authentiques définitions réelles).
Autrement dit, paradoxalement, bien que formulée de manière négative, ce genre de définition vise
effectivement à exprimer positivement l’essence du défini. La nuance est donc à trouver dans la nature
du défini.

En vertu de ce qui suit, il est donc possible de définir positivement, même dans une formule dont la
tournure est négative, l’essence d’une chose. C’est ainsi que l’on peut s’autoriser à formuler une définition
du concept d’indéfinissable qui énonce quelque chose de son essence en des termes négatifs (p. ex. ce
qui ne peut faire l’objet d’une définition, ou encore ce qui ne peut se ranger sous un genre et une
espèce). Les notions indéfinissables résistent donc par définition à toute tentative de définition. Ce sont
traditionnellement :

1\ les genres suprêmes* (ou catégories*), qui par essence ne possèdent pas eux-mêmes de genre
prochain*, et donc de différence spécifique pouvant servir à les distinguer des autres genres suprêmes ;

2\ les transcendantaux*, qui sont au-delà de tout genre (p. ex. l’être, le bon, le vrai,…) ;

3\ les individus quant à leur individualité, laquelle individualité ne possédant pas de différence spécifique
ne peut être, ni exprimée (omne individuum est ineffabile, selon la formule scolaire), ni être objet de
science (existentia est singularium, scientia est de universalibus) (v. Aristote, Mét., Ζ, 4, 1029b1 à 1030b13 et
Ζ, 15) et ;

4\ les données empiriques* (comme les sensations et sentiments : comment en effet définir le rouge ou
l’amour de manière à faire comprendre, simplement grâce à une proposition, ce que sont réellement ces
choses telles que perçues et éprouvées).

Cette liste pose cependant des problèmes philosophiques importants que nous n’aborderons pas ici.

Dans L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772), Diderot et
D’Alembert reconnurent l’existence de termes indéfinissables (dénommés racines philosophiques), qu’ils
tirent non pour un défaut à corriger, mais pour une condition nécessaire à toute œuvre encyclopédique
conforme au principe de non-circulairité16.

4\ La définition descriptive

La DESD exclut ex definitiones la considération de toute propriété accidentelle*. Cependant, beaucoup


de définitions formulées dans la vie courante ne respectent pas ce principe du fait que la distinction entre
les caractères essentiels et accidentels n’est, ni aisée, ni toujours utile à établir, suivant les contextes et les
objectifs poursuivis. Qui peut savoir spontanément (ou même après réflexion et de longues études) si
l’insipidité ou le fait d’entrer en ébullition à 100o C font partie de l’essence de l’eau ou simplement de ce
qui arrive à l’eau de manière contingente? Une bonne part des définitions que l’on formule sont un
mélange plus ou moins confus et nuancé d’attributs essentiels et accidentels, nécessaires* et
contingents*, donc proprement des descriptions* (v. l’article).

L’une des plus grandes difficultés concerne spécifiquement la distinction entre le prédicable essentiel de
la différence spécifique, qui fonde l’espèce*, et le prédicable accidentel du propre*, qui se rapporte à
ce qui arrive nécessairement à un individu considéré sous l’aspect de son espèce (ce qui arrive
autrement dit nécessairement à l’espèce, mais sans faire partie pour autant de son essence : à ce sujet,
v. Propre*, Propriété*, et Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq prédicables*). Ainsi, il est aisé de
confondre une définition avec une simple description.

133
Donc, bien que les descriptions aient pour objectif de délivrer la signification d’une chose, elles ne sont
pas à strictement parler des définitions, lesquelles ne s’attachent rigoureusement qu’aux éléments
constitutifs et généraux de l’essence du défini quant à son genre et son espèce. La description peut être
utile pour identifier une chose individuelle, mais ne dit pas absolument ce qu’est cette chose.

5\ Les définitions ostensive et par énumération

Enfin, une autre erreur est de considérer la définition par l’exemple (ou ostensive) comme une forme de
définition. Celle-ci se limite en effet à la monstration d’un cas singulier que l’on fait passer pour une
définition de la chose. La définition par énumération n’est qu’une définition par l’exemple étendue à une
série de cas singuliers. Or l’identification du genre et la différence spécifique suppose nécessairement que
le défini soit considéré dans sa généralité* (lorsqu’il est a posteriori*) ou son universalité* (lorsqu’il est a
priori*), et non pas dans sa singularité. C’est précisément ce qui est exigé d’une proposition ou d’un
discours visant à exprimer l’essence d’une chose au point de vue de ce que cette chose partage en
commun* avec d’autres choses et au point de vue de ce qui la distingue spécifiquement des autres
choses du même genre.

Les dialogues de jeunesse de Platon tiennent une place singulière et insurpassable dans la littérature
philosophique en regard de cette problématique. On y voit Socrate fidèle à lui-même dans sa quête de
définitions universelles des vertus morales, comme la piété, le courage, l’amitié, la modération, et ce
genre de choses humaines. Socrate est rapidement confronté, à l’occasion des conversations qu’il tient
avec ses concitoyens, à de prétendues définitions savantes se réduisant toutes, à sa grande déception, à
la «définition ostensive» et au mieux «énumératrice» de ce qu’ils prétendent pourtant bien connaître.
C’est ainsi que le stratège Lachès, en vue de définir le courage et remplir les engagements que lui
propose Socrate, montre du doigt pour ainsi dire un exemple de courage, celui dont fait preuve le soldat
qui tient sa place dans les rangs sur le champ de bataille. Socrate, par son adresse dialectique, amène
bien son interlocuteur à s’élever vers un point de vue plus englobant, vers une définition du courage par
exemple dont l’extension serait totale et susceptible de définir essentiellement toutes les occurrences
dans lesquelles le courage se manifeste (dans la maladie, la pauvreté,…). Hélas, tous échouent à
produire ce à quoi Socrate s’attend, et que lui-même est incapable au final de produire : une définition.

è Termes connexes : Accident*; Analyse, anal. conceptuelle*, Attribut*, Concept*, Démonstration*, Différence spéc.*,
Espèce*, Essence*, Extension*, Genre*, Intension*, Loi de Port-Royal*, Prédicat*, Typ., La typ. classique : les cinq
prédicables*, Propriété*, Quiddité*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. ind.*.
_________________________
1. Voir R. Smith, «Aristotle's Logic», 7.4 «The Method of Division», dans The Stanford Encycl. of Phil. et Hourcade, A.,
«Définition», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013 (2006), p.
188. Aussi : Minardi, S., «On some Aspects of Platonic Division», dans Mind, 1983, 92, no 367, pp. 417-423.
2. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 52.
3. Ibid., p. 53.
4. La question de savoir si une définition se rapporte directement à une chose ou au concept de cette chose soulève
des difficultés philosophiques considérables que l’on n’abordera pas ici. On utilisera simplement, dans la suite de cet
article, le terme de défini pour désigner ce à quoi réfère sans distinction une définition.
5. Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ. Laval,
2006, p. 332.
6. De Gaudemar, M., Le Vocabulaire de Leibniz, Paris, Ellipses, 2001, p. 25.
7. Thibaudeau, V., op. cit., p. 371.
8. Dans son livre, Thibaudeau distingue les définitions prises absolument, qui correspondent à la DESD, de celles prises
relativement, qui visent à montrer autre chose que le genre et la différence spécifique. V. Op. cit., pp. 333-337.
9. Thibaudeau (op. cit.) opte pour la seconde option, tout en admettant que toute définition qui n’est pas précisément
une DESD ne soit pas à proprement parler une «définition» («La définition est (…), prise absolument, un discours qui vise
à expliquer l’essence d’une chose» (p. 348).
10. La Logique de Port-Royal* (1662) reprit la distinction scolastique, de même, plus tard, que l’épistémologue français
É. B. de Condillac dans La Logique ou l’art de penser (1780) (partie 1, ch. 10).
11. Chez A. Arnauld et P. Nicole, la définition vise fondamentalement à fixer un accord sur le sens des mots utilisés dans
une discussion, de manière à les rendre clairs. V. la Logique de Port-Royal*, Ire partie, ch. 1. Voir Rolf, B., «The Port Royal
Theory of Definition», dans Studia Leibnitiana, 1983, 15, no 1, pp. 94-107.
12. Voir Thibaudeau, op. cit., pp. 337-339. Dans la tradition latine, l’erreur d’identifier l’étymologie à l’essence (ou
comme méthode essentielle pour accéder à l’essence) remonte aux Etymologiæ (Etymologiarum libri viginti) d’Isidore
de Séville (début VIIe s.). Cette méprise procède peut-être de l’étymologie même du terme d’étymologie, qui signifiait
dans la langue grecque étude du vrai sens du mot (etumología).
13. Dans sa Critique de la raison pure (1781, 1787), E. Kant ne s’intéressa à la définition de nom que pour faire connaître
sa préférence pour l’autre (la Realdefinition). La définition nominale ne représenta à ses yeux que peu d’intérêt dans la

134
mesure où elle ne consiste qu’à remplacer le mot par d’autres mots plus intelligibles (v. 1re éd., livre II, Anal. des principes,
ch. 3). Même jugement chez le Français É. B. de Condillac, pour qui la définition nominale n’est que celle qui énonce
des équivalences terminologiques. Ces jugements sont très certainement influencés par celui que porta G. W. Leibniz,
avant eux, sur l’arbitraire des définitions nominales et sur les définitions réelles qui sont à son avis les seules à rendre
possible la connaissance rationnelle de la chose définie (sur ce point, voir Blanché, R., La logique et son histoire,
d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 223.
14. Cependant, ce choix n’occulte pas le débat suscité à ce propos. Il est en effet beaucoup d’auteurs qui ont
privilégié, contrairement à E. Kant, les définitions nominales aux définitions réelles. Pour le logicien britannique J.-S. Mill,
une «définition de chose» (réelle) contient un postulat d’existence, ce qui correspond à toute autre chose qu’une
«définition», censée se limiter à l’essence, de sorte qu’il n’y aurait en toute rigueur que des «définitions de mots» ! (v.
Logic, I, VII, § 5) (et des descriptions* d’individus, en vertu de son nominalisme*). Autrement dit, la définition étant une
énonciation* langagière, l’«objet réel» n’étant jamais dans une définition que «mis en langage», une définition serait
par essence toujours nominale … L’idée est issue de la tradition empiriste anglaise, bien avant le XIXe s. Elle trouve en
fait son origine dans les critiques empiristes des concepts métaphysiques de substance* et d’essence chez des
penseurs comme J. Locke et D. Hume. Chez Locke aussi (v. Essai, III.vi.2), les seules définitions possibles sont nominales,
car les essences de la métaphysique ne sont désormais interprétées que comme des combinaisons d’idées dans
l’esprit. Une définition réelle comme expression de l’essence ne disposerait donc d’aucune validité objective au sens
d’une réalité qui serait distincte de l’esprit et ses activités cognitives. Définir ne serait rien d’autre qu’une opération
linguistique. Pour un portrait global des débats entourant de la question des définitions réelles, voir l’ouvrage de
Robinson, R., Definition, Clarendo Press, Oxford, 1950.
15. Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 185.
16. Ed., «Indéfinissable» [log.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 1264.

DÉFINITION ANALOGIQUE " Définition, Typ. des déf.*


DÉFINITION DESCRIPTIVE " Définition, Typ. des déf.*

DÉFINITION GÉNÉRIQUE

Variété de définitions* au sein de laquelle seul le genre* auquel appartient le défini* est identifié et donc
où la différence spécifique* est négligée. Il s’agit d’un type de définition partielle.

À ce sujet, v. Définition, 1. Caract. gén. de la déf., La structure logique de la déf.*.

DÉFINITION MÉTAPHORIQUE " Définition, Typ. des déf.*


DÉFINITION NÉGATIVE " Définition, Typ. des déf.*

DÉFINITION NOMINALE
ou définition quid nomini

Définition* qui fixe la signification* sens d’un terme*, d’un concept* ou d’un mot (nom), par opposition à
définition réelle qui porte sur ce qu’est la chose elle-même désignée par ce mot.

V. à ce sujet, Définition, Typ. des déf.*.

DÉFINITION OSTENSIVE " Définition, Typ. des déf.*


DÉFINITION PAR ÉNUMÉRATION " Définition, Typ. des déf.*

DÉFINITION RÉELLE
ou définition quid rei

On désigne par cette expression toute définition* qui exprime l’essence* d’une substance*, versus la
définition nominale*, qui porte sur la signification* du mot utilisé pour référer à cette substance.

V. à ce sujet, Définition, Typ. des déf.*.

DEGRÉ DE CONFIANCE " Logique probabilitaire*


DEGRÉ DE RÉALISABILITÉ " Logique probabilitaire*
DEGRÉ DE VÉRACITÉ " Logique probabilitaire*

135
DEGRÉ DE VÉRITÉ " Logique probabilitaire*

DÉMONSTRATION
ou raisonnement démonstratif

è Étymol. : du latin demonstratio (= montrer), qui traduit le grec apódeixis, apódeiktikos (qui évoquent l’acte de
montrer).

1\ Dans son acception* spécifiquement empirique*, désigne tout procédé méthodologique destiné à
établir la vérité* du contenu* d’une proposition*, d’une hypothèse* ou d’une théorie. Synonyme de
preuve* au sens général employé dans le domaine des sciences expérimentales.

V. Preuve, 1\*.

2\ En logique, l’expression réfère en général à une procédure déductive visant à établir la validité* d’une
proposition* ou d’une thèse*.

V. Preuve, 2\*.

3\ Chez Aristote et la tradition de la logique traditionnelle*, la démonstration (ou raisonnement


démonstratif) nomme le syllogisme* de type proprement scientifique, qui se distingue du syllogisme ou
raisonnement dialectique*. Une démonstration permet d’établir la vérité* d’une proposition* (moins
connue) en montrant comment celle-ci découle nécessairement de prémisses* vraies, premières et
évidentes (mieux connues), soit d’axiomes*, préalablement admis.

À ce sujet, on consultera Syllogisme, Typ., Syl. dém. et Syl. dialec.*.

V. aussi Démonstration propter quid (v. Typologie, infra), qui fut longtemps tenu pour le parangon de la
démonstration.

Dans sa forme aristotélicienne, la démonstration est affectée d’une connotation rationaliste, par
opposition à la première acception identifiée (1\*). En effet, elle se rapporte à un raisonnement déductif
in toto établi a priori* qui n’a rien à voir avec un procédé quelconque de confirmation empirique. C’est
que selon Aristote, la nature est totalement intelligible et la démonstration une méthodologie
«coextensive à la science1».

4\ En logique moderne*, la démonstration désigne la manière dont est constitué à partir d’axiomes*, dans
un système formel*, l’ensemble des formules qui le constitue.

À ce sujet, v. Axiome*, Axiomatique*, Métamath.* et Système formel*.

V. aussi Théorie de la démonstration*.

- Analyse historique

Bien que le principe de la démonstration fut connu avant lui (en l’occurrence chez Parménide d’Élée [Ve
s. av. J.-C.] et les sophistes), c’est à l’actif d’Aristote qu’est portée la première véritable théorie de la
démonstration (dans les Seconds analytiques, v. Órganon*) qui devint canonique pour la tradition de la
logique. Le philosophe avait reconnu deux espèces distinctes de nécessité*, celle prise absolument et
l’autre hypothétiquement, la première se rapportant à la nature des choses elles-mêmes au point de vue
de leur essence* (les ailes, par exemple, appartiennent aux oiseaux par nécessité [ex anagkès]), et
l’autre, à la relation logique qu’entretient la conclusion avec ses prémisses dans un syllogisme* (A et B
étant posés, il est nécessaire [anagkè] … que C) (au sujet de cette distinction, v. Nécessité, Ah*). V.
Syllogisme, Typ., Syl. dém.*.

Les stoïciens disposèrent aussi d’un concept de raisonnement démonstratif inspiré d’Aristote, à la réserve
près que celui-ci peut avoir une forme asyllogistique*, mais simplement déductive en général, et reposer
sur une logique propositionnelle* plutôt que sur une logique des termes* (v. Syllogisme, Typ., Ah*)2. Un
raisonnement démonstratif chez les stoïciens est un raisonnement 1\ formé de prémisses vraies, 2\ dont
l’implication* qui relie les prémisses à la conclusion* est valide* (v. Trope*) et 3\ qui reconduit à l’inconnu

136
à partir du connu : en d’autres termes, une démonstration chez les stoïciens est un raisonnement vrai
menant au non-évident à partir de l’évident3. Par exemple :

Si la sueur traverse la peau, il y a des pores


or la sueur traverse la peau
___________________________________________
Donc il y a des pores

Fidèle à Aristote, dont il fut à multiples égards un continuateur, G. W. Leibniz fit de la démonstration l’une
des tâches essentielles de l’intelligence humaine. Anticipant par ailleurs sur la logique moderne*, Leibniz
voulut réduire la démonstration - comme tous les types de raisonnement en général - à un pur calcul
logique* (v. l’article et Calculus ratiocinator*). Inspiré du modèle mathématique, il ajouta l’exigence, pour
que la démonstration puisse pleinement mériter son titre, la nécessité pour celle-ci de remonter jusqu’aux
propositions indémontrables* (aux principes* premiers ou axiomes*, réductibles à l’identité a = a*) dont
elle est la dérivation logique4. Le philosophe de Leipzig formula cette exigence de la réductibilité à
l’identique pour les démonstrations dans le domaine des vérités de raison (v. Jugement, Typ., Jug. anal.*),
mais son parti pris rationaliste l’encouragea à espérer son extension au registre des vérités de fait ou
d’expérience (v. Jugement, Typ. Jug. de fait*)5 (v. aussi Principe d’identité*).
_________________________
1. Voir Tricot, J., Traité de logique formelle, Paris, Vrin, 1966, p. 28.
2. Gourinat, J.-B., «Démonstration», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du
CNRS, 2013 (2006), pp. 193-194.
3. Belna, J.-P., Histoire de la logique, Paris, Ellipses, Coll. «L’esprit des sciences», 2005, pp. 28-29 et Blanché, R., La logique
et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 33.
4. Voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 216-217.
5. Ibid., p. 217.

TYPOLOGIE DES DÉMONSTRATIONS

Les logiciens de l’École distinguèrent, suivant les écrits d’Aristote et plus particulièrement ceux du
Commentateur - Averroès (XIIe s.) -, deux formes principales de démonstration opposées l’une à l’autre.
Cette distinction est aujourd’hui tombée en déshérence :

1\ La démonstration propter quid ou essentielle, a priori, per causam (preuve par la cause)
ou raisonnement -, compositio chez T. d’Aquin1, synthèse*

è Étymol. : expression latine signifiant à cause de quoi.

Nom donné par les philosophes de l’École à un type parfait de raisonnement démonstratif* qui se fait per
causam, c’est-à-dire qui démontre un effet (ou un fait [oti]) par la mise en évidence de sa cause* (ou
principe*), fournissant ainsi son explication* (c’est-à-dire son pourquoi [dioti]). S’oppose à la
démonstration quia*, qui procède inversement (infra).

La démonstration propter quid est un type de démonstration qui procède de la cause à l’effet2 (ex causis
ad effectum) ou, dit autrement, de l’essence* à la propriété*, ou encore, sur le plan strictement logique,
de principe à conséquence* (correspond à la synthèse, 2\*). Elle vise de la sorte à expliquer* (v.
Explication*) :

La cause étant plus simple que les effets, il s’agit d’un raisonnement qui va du simple au complexe
(correspondant en ce sens à la synthèse*).

C’est le mode privilégié par Aristote et longtemps considéré comme le mode parfait de la démonstration
en vigueur dans le domaine de la science (puisque la cause est connue). Aristote définit la science
comme la connaissance par les causes (v. Sec. anal., I. 2), connaissance que fournit uniquement le
raisonnement démonstratif. Comme la cause est antérieure à l’effet, elle est dite a priori (a priori ratione)
au sens scolastique* du terme (v. A priori, 1\*). Cette démonstration consiste donc à progresser, comme
on le disait au Moyen Âge, de l’a priori ad posteriorem (à la démonstration propter quid se rattache
d’ailleurs l’essence originale du terme d’a priori* tel que défini dans un sens logique et qui précède son
acception épistémologique moderne, v. A priori, 2\*). La célèbre preuve de l’existence de Dieu dite
ontologique (A. de Cantorbéry, XIe s.) est une forme de démonstration a priori dans la mesure où son

137
contenu ne découle que de l’analyse intellectuelle de l’essence* de Dieu (par différence d’avec celle
établie par R. Descartes dans la troisième méditation, qui est a posteriori ou quia – v. infra).

La démonstration essentielle ou propter quid correspond exactement au syllogisme démonstratif* dans les
termes d’Aristote. En effet, l’une des conditions générales de ce genre la démonstration scientifique est
que les prémisses doivent être antérieures (ex prioribus) à la conclusion, au même titre que sur le plan
logique la cause est antérieure (a priori) aux effets. Seul le syllogisme démonstratif délivre la cause
permettant d’expliquer pourquoi un prédicat appartient nécessairement et essentiellement à un sujet (v.
Syllogisme, Typ., Syl. dém., Ah, condition no 4*).

En schématisant l’exemple donné par G. d’Occam (Summa logicæ, v. 1323, 3-2, 173) :

La conclusion est expliquée par les prémisses, qui la précèdent (= a priori) et exposent la cause du
phénomène. V. aussi l’exemple donné à l’article Démonstration quia* (infra).

2\ La démonstration quia ou factuelle, a posteriori, per effectum (preuve par les effets)
ou raisonnement -, resolutio chez T. d’Aquin4, analyse*

è Étymol. : expression latine signifiant parce que.

Type imparfait de raisonnement démonstratif se faisant per effectum, c’est-à-dire qui remonte de l’effet à
la cause (ou de la conséquence* au principe*), à l’inverse de la démonstration propter quid* (supra) à
laquelle elle s’oppose. La démonstration quia ne fournit aucune explication*.

La démonstration quia est un type de démonstration qui procède de l’effet à la cause2 (ad effectibus ad
causas) ou, dit autrement, de la propriété* à l’essence*, ou encore, sur le plan strictement logique, de la
conséquence* au principe (correspond à l’analyse, 2\*). Elle ne vise donc pas à expliquer* (v. l’article) :

La cause étant plus simple que les effets, il s’agit d’un raisonnement qui va du complexe au simple
(correspondant en ce sens à l’analyse*).

Il s’agit ici, en comparaison du premier mode, d’une démonstration imparfaite, non pas parce qu’elle est
moins rigoureuse (ce qui n’est pas le cas), mais parce que la cause nous est inconnue, contrairement à
l’autre. Elle est dite a posteriori au sens scolastique* de l’expression (a posteriori ratione), à savoir au sens
de postérieur (l’effet étant postérieur à la cause, les prémisses* étant postérieures à la conclusion*). Le
raisonnement progresse ainsi de l’a posteriori ad priorem. Il ne faut donc pas confondre le sens de
l’expression a posteriori avec le sens moderne de l'expression (v. A posteriori, 2\*). En effet, cette
démonstration n’est pas a posteriori au sens où la matière qui forme ses prémisses procéderait de
l’expérience : elle est a posteriori dans la mesure où elle part de ce qui vient logiquement après (la
cause), à savoir l’effet. La démonstration quia demeure a priori au sens moderne de cette expression (v.
A priori, 2\*).

Cette démonstration tient son imperfection non pas dans le fait qu’elle démontre rationnellement qu’une
chose est ainsi (ce qui n’est pas une imperfection), mais dans le fait qu’elle n’en donne pas la raison
prochaine, n’en donne pas précisément l’explication*. Elle n’explique pas pourquoi, dans la conclusion,
le prédicat appartient universellement et essentiellement au sujet, au rebours de ce que permet de faire
la démonstration propter quid (v. supra).

Quia signifie en latin parce que, ce qui peut porter à confusion. Il faut entendre cette particule non pas
au sens de «à cause de quoi» (ce que signifie plus spécifiquement l’expression quid), mais simplement au
sens où la démonstration quia démontre seulement l’existence de la cause, mais sans la donner. Elle
consiste à montrer qu’un effet ou des effets sont produits par une cause : tel effet en vertu d’une cause.

138
Mais sans plus.

* Il ne faut pas confondre ce raisonnement avec le raisonnement inductif* (utilisé notamment en physique
pour qualifier la démarche qui va des effets aux causes, c’est-à-dire des cas particuliers aux lois
générales). Cette confusion résulte sans doute celle existant entre le sens ancien (logique) et moderne
(épistémologique) de l’expression d’a posteriori (v. A posteriori*, on comparera 1\ et 2\*). La
démonstration quia est un raisonnement déductif, à l’instar de la démonstration propter quid, si l’on
excepte cependant qu’elle est de sens inverse. Par ailleurs, le raisonnement inductif ne concerne en rien
la recherche des causes des phénomènes. Conclure à titre d’exemple sur la base d’une série de
propositions inductrices que les éclipses de Soleil se produisent à des intervalles de x années n’explique
pas, c’est-à-dire ne donne pas la cause des éclipses de Soleil (l’interposition de la Lune). De même, «Tous
les cygnes sont blancs ne donne aucunement la cause de la blancheur de ces volatiles. L’induction ne
vise qu’à généraliser et non pas à expliquer (v. Explication*). Le rapprochement entre l’induction et la
démonstration quia origine de la tradition empiriste moderne, qui vit dans ce mode de raisonnement une
démarche mieux adaptée que l’autre (propter quid) à l’approche observationnelle de la nature dans la
mesure où il est possible d’interpréter une loi naturelle, obtenue par induction, comme la cause d’un
certain nombre de phénomènes ou d’«effets». Mais ce rapprochement est en réalité une confusion entre
l’induction et un certain type de raisonnement déductif : l’induction ne consiste pas à passer d’un effet à
sa cause, mais simplement de généraliser le rapport cause-effet. Par exemple, il est possible par induction
de généraliser le rapport de causalité existant entre l’eau et la dissolution du sel sans pour autant qu’on
ait expliqué ou identifié la cause du phénomène.

La démonstration quia correspond à l’essence ancienne du concept d’a posteriori* tel que défini dans un
sens logique (v. A posteriori, 1\*) et qui précède son acception épistémologique moderne.

En schématisant l’exemple donné par G. d’Occam (Summa logicæ, v. 1323, 3-2, 173) :

La conclusion n’est pas expliquée par les prémisses. Les prémisses sont postérieures (= a posteriori) à la
conclusion et n’expliquent pas pourquoi la terre se place ainsi. La conclusion ne fait qu’exprimer le fait
qu’il en est ainsi (quia), sans montrer pourquoi (propter quid).

***

En marge de ces deux grands modes classiques, on retrouve un certain nombre de démonstrations qui
correspondent à des types de raisonnements particuliers (v. Raisonnement, Typ.*) :

- La démonstration apagogique ou par l’absurde " Raisonnement, Typ. 2, Rais. par l’absurde*

- La démonstration ascendante

Processus d’analyse* faisant partie d’une stratégie de démonstration.

V. Analyse, sens 1.*

- La démonstration descendante

On désigne par cette expression tout processus de synthèse* faisant partie d’une stratégie de
démonstration.

è Termes connexes : Apodictique*, A posteriori*, A priori*, Argument, argumentation, Typ., Arg. dém., ; Axiome*,
Jugement, Typ., Jug. anal.*, Philosophème 2\*, Postulat*, Preuve*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. dém.*, Syllogisme, Typ.,
Syl. dém.*, Système formel*, Vérité*, Validité*.
_________________________
1. Voir T. d’Aquin, Somme théologique, I-II, 14, 5 (cité dans Verneaux, R., Introduction générale et logique, Paris,
Beauchesne et ses fils, 1964, p. 124).
2. Engel, P., «Analytique\synthétique», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd.
du CNRS, 2013 (2006), p. 31.

139
3. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 28.
4. Verneaux, R., op. cit., p. 124.
5. Fontanier, J.-M., op. cit., p. 28.

DÉNÉGATION

Chez les stoïciens, qualifie une proposition simple* où la négation est portée sur le sujet*, par opposition à
privation* et à la différence de la véritable négation, qui affecte la proposition dans son ensemble.

V. Négation, négatif*.

DÉNOTATION
ou référence, extension*, désignation*, valeur ou portée référentielle

è Étymol. : emprunté au latin médiéval denotatio, denotare.

Corrélatif sémantique de référence* (en linguistique) ou extension* (en logique). S’oppose à connotation*.
La dénotation est la classe* des entités à laquelle un mot, un terme*, un concept* ou une proposition* se
rapporte, réfère. La dénotation peut être détenue par un individu, contrairement à la connotation qui n’est
possédée que par des termes généraux. On appelle dénoté ou denotatum l’objet ou la classe* d’objets
auquel se rapporte un terme ou un concept.

» Sur la signification du concept de dénotation, on se reportera à Extension*.

- Analyse historique

Le terme de dénotation est un emprunt au latin médiéval connotatio, bien qu’à cette époque sa
signification différait d’avec celle qui lui est reconnue aujourd’hui. En effet, chez les grands logiciens
scolaires tels P. Abélard (Dialectica, 1115-1116), G. de Sherwood (Syncategoremata, début XIIIe s.), P.
d’Espagne (Summulæ logicales, entre 1235-1240) et encore G. d’Occam (Summa logicæ, v. 1323)1, la
dénotation (les termes dénominatifs) n’était pas vraiment distinguée de la connotatio (connotation*)
entendue comme significatio* (= signification*) et appellatio (appellation*) (v. ces articles). La distinction
connotation/denotatio est vraisemblablement une distinction moderne. La Logique de Port-Royal* (1662,
1683) usa du terme d’étendue*, J. S. Mill (Système de logique déductive et inductive, 1843) de celui de
dénotation, aujourd’hui remplacé par celui d’extension* (à ce sujet, on se reportera à Extension, Ah*,
Intension, Ah* et Proposition, 3\*. V. aussi Connotation*).

En logique moderne*, on est redevable à F. L. G. Frege (Über Sinn und Bedeutung - Sens et dénotation,
1892) d’avoir clairement distingué entre les notions de sens (Sinn) et dénotation ou référence
(Bedeutung). Le sens d’un terme* ou d’une proposition* renvoie à la signification* (ou intension*) qu’ils
contiennent et qui expriment une pensée (v. Concept, Ah*, Intension*) ayant une certaine valeur
cognitive. Le concept de dénotation quant à lui réfère à la classe d’objets à laquelle le concept ou la
proposition renvoie et qui constitue sa valeur de vérité*. Cette distinction fait voir que deux termes
peuvent - tout en recouvrant des significations différentes (p. ex. étoile du matin, étoile du soir) -, dénoter
un seul et même objet (Vénus). La distinction frégéenne permet encore de penser qu’une proposition
ayant sens peut cependant ne rien dénoter (p. ex. le nombre le plus petit)2. Ce système de la signification
a des ressemblances avec celui mis en place par les stoïciens de l’Antiquité (v. Proposition, Prop. logique
et langage*). La distinction établie par logicien allemand jeta les bases de la logique intensionnelle* en
logique moderne.
_________________________
1. A. de Libéra, «Denotatio», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 592-593.
2. Pour approfondir, on se reportera aux textes : Brown, M., ««On Denoting» Updated», dans Acta Analytica 8, 1992, pp.
7-32 ; Devitt, M., Designation, New York, Columbia Univ. Press, 1981 ; Evans, G., The Varieties of Reference, Oxford,
Oxford Univ. Press, 1982 et Jackson, F., «Reference and Description Revisited», J. Tomberlin (éd.), Philosophical
Perspectives 12: Language, Mind, and Ontology, Oxford, Blackwell, 1998, pp. 201-218.

DÉNOTÉ
ou denotatum

140
Le terme désigne l’objet ou la classe* d’objets auquel un terme* ou un concept* réfère.

V. Dénotation*.

DÉONTIQUE " Logique déontique*, Logique modale*

DE RE

1\ L’expression scolastique de re fut utilisée en logique traditionnelle* pour désigner ce qui se rapporte à
la chose. S’oppose à de dicto* (= au sujet de ce qui est dit), avec lequel il forme un doublet référant à
deux manières d’interpréter une proposition* ou un concept*.

La distinction de re/de dicto fut établie sur celle, formulée par P. Abélard (Dialectica, 1115-1116), entre
exposition de rebus et exposition de sensu.

2\ En logique modale* traditionnelle, se rapporte précisément à l’idée selon laquelle le modificateur* fixe
la manière dont le prédicat* est lié au sujet*. La modalité de re, interne à la proposition, est adaptée à
une logique envisagée au point de vue des termes* (par ex. : Socrate est possiblement mortel), à la
différence de la modalité de dicto*, qui lie le modificateur à la proposition prise dans son ensemble (Il est
possible que Socrate soit mortel).

À ce propos, v. De dicto*, Modificateur, Le lieu de l’affectation modale* et Syllogisme, Typ., Syl. modal*.

3\ En logique moderne, équivalent de la langue-objet*, dans la reconnaissance de la hiérarchie des


langages* (v. Métalogique*, Métalangage, Métalangue, Métalinguistique*).

DÉRIVATION, DÉRIVABILITÉ " Preuve, 2\*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. déductif, 4\*, Système formel*

DESCRIPTION

En logique traditionnelle*, proposition* ou discours* exprimant les divers caractères* (ou propriétés*)
qu’une chose ou un concept* possède, que ces caractères soient accidentels*, essentiels*, nécessaires*
ou contingents*. Les individus en l’occurrence ne peuvent être l’objet d’une définition*, mais seulement
décrits (par l’accident commun*)1.

À distinguer de la définition, qui ne se rapporte qu’à l’essence* du défini*.

V. Définition, Règle no 1, Déf. descriptive*.

» Sur les descriptions définies en logique moderne, v. Concept, Concepts généraux et individuels et
Syncatégorématique, 4\*.
_________________________
1. Sur la définition de la description et les controverses la concernant en philosophie analytique*, on se reportera à
Ludlow, P., «Description», dans The Stanford Encycl. of Phil. V. aussi Fara, D.G., «Descriptions as Predicates», dans
Philosophical Studies 102, 2001, pp. 1-42.

DESCRIPTION DÉFINIE " Syncatégorématique, Signification et dénotation*


DÉSIGNATION " Dénotation*, Extension*
DÉTACHEMENT " Modus ponens*
DIAGRAMMES DE LEIBNIZ " Diagramme logique, Typ.*
DIAGRAMMES DE LAMBERT " Diagramme logique, Typ.*
DIAGRAMMES D’EULER " Diagramme logique, Typ.*
DIAGRAMMES DE VENN " Diagramme logique, Typ.*

DIAGRAMME LOGIQUE

141
Nom donné aux formes de représentation graphique des opérations logiques. Les diverses méthodes sont
fondées sur la visualisation des rapports d’appartenance* ou d’inclusion* logique entre une partie (ou un
contenu*) et un tout (ou un contenant). La tradition diagrammatique en logique remonte à Leibniz et Euler
et connut son sommet chez Venn.

La contribution des méthodes de représentation graphique des propositions et raisonnements à l’histoire


de la logique* ne doit pas être surestimée. Si le diagramme logique témoigne certes d’une avancée
significative vers le traitement purement extensionnel de la proposition (Proposition, Interpr. de la prop. en
intension et en extension), il ne faut pas y voir pour autant la marque d’une percée définitive vers le projet
d’une réduction du raisonnement à un calcul logique*1. C’était déjà l’avis du mathématicien suisse L. P.
Euler, chez qui le diagramme logique ne répond qu’à l’objectif de faciliter la réflexion en matière de
logique. De plus, une représentation diagrammatique en intension* est tout à fait possible (en inversant
simplement les rapports ou les cercles dans le cas des diagrammes d’Euler).

TYPOLOGIE DES DIAGRAMMES LOGIQUES

Une large variation de représentations diagrammatiques fut développée dans l’histoire de la logique*
depuis le Moyen Âge (notamment par l’encyclopédiste catalan R. Lulle, dans son Ars generalis ultima ou
Ars Magna [1305-1308]). Les plus pertinentes et intéressantes ne remontent cependant qu’au savant
allemand G. W. Leibniz (XVIIe s.) et au mathématicien français J.-H. Lambert (XVIIIe s.), fondées sur
l’emploie de lignes droites comme moyen de figuration, et à celles, plus contemporaines, des
mathématiciens suisse L. P. Euler (XVIIIe s.) et anglais J. Venn (1880-1881), qui utilisent plutôt des espaces
géométriques circulaires. La liste suivante n’est pas exhaustive2.

1\ Les diagrammes par lignes droites

- Les diagrammes de Leibniz

Le polymathe G. W. Leibniz élabora une méthode simple et efficace pour visualiser les syllogismes au
moyen de petits schémas formés de droites horizontales superposées les unes aux autres et de traits
pointillés verticaux intercalés entre celles-ci. Les droites symbolisent les termes* au point de vue de leur
extension*, alors que les traits pointillés indiquent l’inclusion* ou exclusion* (partielle ou totale) de ces
termes. L’inclusion, marquée par deux lignes qui se superposent, indique l’affirmation*, alors que la
négation* est indiquée dans le cas contraire, à savoir par des traits que se prolongent dans le vide sans
rencontrer une droite horizontale. Voici la représentation des quatre types de proposition (A*, E* I*, O*)
que donna Leibniz3 :

Contrairement à la «méthode des cercles» d’Euler (infra), celle des droites permet de distinguer
clairement entre les propositions de type I et O (les deux particulières*).

Voici la représentation que donna le philosophe des quatre modes traditionnels de la première figure (v.
Syllogisme, Les figures du syl.*), en utilisant le double trait pointillé pour indiquer la conclusion* :

142
Leibniz s’essaya par ailleurs à une méthode graphique représentant les syllogismes au moyen de cercles
combinés, anticipant de plusieurs décennies sur la fameuse méthode d’Euler (infra).

- Les diagrammes de Lambert

Le savant mulhousien J.-H. Lambert mit au point (Neues Organon, 1764) une méthode de visualisation
graphique proche de celle de Leibniz - dont il avait reçu l’influence par l’intermédiaire de Ch. Wolff -,
édifiée sur l’utilisation de lignes droites pleines pour représenter chacun des trois termes du raisonnement
et de lignes droites pointillées pour indiquer l’extension indéterminée des propositions particulières. Les
quatre modes de la première figure du syllogisme sont ainsi figurés (C = majeur, B = mineur et M = moyen
terme)4 :

Les modes non concluants sont identifiés par l’impossibilité de les construire en suivant cette méthode.

2\ Les diagrammes par espace géométrique

- Les diagrammes d’Euler (ou cercles d’Euler)

Le mathématicien suisse L. P. Euler proposa une autre méthode pour visualiser les propositions* (ou la
combinaison de deux termes) et les syllogismes (ou la combinaison de trois termes). Sa méthode acquit
une célébrité notoire et contribua plus que toute autre à vulgariser la syllogistique* classique à l’époque
contemporaine. On en attribue la paternité au mathématicien, mais cette méthode fut toutefois, en
toute rigueur, déjà développée et utilisée par Leibniz, en alternance avec la méthode des droites
présentée plus haut. Mais cette reconnaissance n’est pas injuste, puisqu’Euler, qui n’eut jamais accès au
manuscrit de Leibniz, en fit l’authentique redécouverte5. Euler présenta cette méthode dans ses Lettres à
une Princesse d’Allemagne (publiées de 1768 à 1772 et de 1787 à 1789), précisément dans les lettres 35 et
36.

La méthode d’Euler, qui consiste à utiliser des «espaces» (en l’occurrence des cercles) pour symboliser les
propositions et leurs combinaisons logiques cadre davantage avec l’approche extensionnelle de la
proposition (v. Proposition, Interprétation de la prop. en intension et en extension*), à la différence des
méthodes par lignes droites de Leibniz et Lambert (supra).

La méthode consiste à symboliser les termes d’une proposition (le sujet s et le prédicat p) par des cercles
et à situer ceux-ci les uns par rapport aux autres, de manière à exprimer le rapport d’inclusion ou
d’exclusion, ou de recoupement partiel, qu’ils entretiennent. On visualise par exemple le rapport exprimé

143
entre le sujet et le prédicat dans une universelle affirmative* par l’inclusion totale de s dans p et dans une
universelle négative* par l’exclusion totale de s au regard de p :

tout s est p (A) aucun s n’est p (E)


(inclusion totale de s dans p) (exclusion totale de s par rapport à p)

La proposition particulière est représentée pour sa part par une intersection ou recoupement partiel des
deux cercles. Pour distinguer la particulière affirmative de la particulière négative, Euler les représenta
comme suit :

quelque s est p (I) quelque s n’est pas p (O)


(particulière affirmative) (particulière négative)

Le même principe prévaut pour la représentation schématique des syllogismes : la méthode consiste alors
à associer chacun des trois termes à un cercle et à disposer ceux-ci les uns par rapport aux autres de
manière à ce que l’on puisse exprimer, conformément à la conclusion du raisonnement, leur inclusion,
exclusion ou recoupement partiel. Quelques exemples de l’application de cette méthode au syllogisme
aux modes Barbara*, Celarent*, Camestres* et Ferio* :

tout mt est p aucun mt n’est p tout p est mt


tout s est mt tout s est mt aucun s n’est mt
____________ ________________ ________________
tout s est p aucun s n’est p aucun s n’est p

Barbara Celarent Camestres


(1re figure) (1re figure) (2e figure)

Pour le mode Ferio, diverses représentations sont possibles :

aucun mt n’est p
quelque s est mt

144
_____________________
quelque s n’est pas p

Ferio
(1re figure)

Concernant les syllogismes (4e figure) pour lesquels il est impossible de tirer une conclusion :

quelque s est mt aucun s n’est mt tout s est mt


quelque mt est p aucun mt n’est p quelque mt est p
_________________ __________________ _________________
? ? ?

Euler appliqua sa méthode de visualisation pour chacun des traditionnels dix-neuf modes valides de
syllogisme.

- Les diagrammes de Venn


ou diagrammes logiques, diagramme des ensembles

Les diagrammes de Venn est une méthode de représentation géométrique des opérations logiques
développée par le logicien anglais J. Venn (1880-1881)6. La différence entre un diagramme d'Euler et de
Venn réside fondamentalement dans la possibilité, pour des intersections de régions délimitées par les
ellipses, d'être vides (faisant du diagramme de Venn un cas particulier de diagramme d'Euler). La
différence tient au fait que la méthode de Venn se rattache au projet d’une algèbre de la logique* ou
d’une logique des classes* - qu’il développa en continuité avec l’algèbre de Boole* et dont la méthode
permet de visualiser les opérations logiques -, alors que l’approche de la logique d’Euler s’inscrit encore
dans le cadre de la logique traditionnelle*.

La méthode de Venn consiste à associer chacun des termes d’un raisonnement à une ellipse, à hachurer
ou griser les compartiments, formés de l’intersection de ces ellipses, qui représentent les classes vides et à
indiquer par un signe ceux qui ne sont pas vides. On obtient, par exemple :

Tout s est p (A) Quelques s est p (I) Aucun s est p (E)

Représentation du syllogisme en Barbara :

En superposant les ellipses associées à chacun des termes du syllogisme, on obient une configuration à
sept intersections. La majeure (tout s est mt) est représentée en grisant les deux sections de s extérieures à
mt (ci-dessus en gris pâle). La mineure (tout mt est p) est représentée en grisant les deux sections de mt

145
extérieures à p (ci-dessus en gris foncé). La conclusion tout s est p est obtenue (elle est représentée par ce
qui reste de s, qui est inclus dans p).

Tandis que la méthode d’Euler est limitée à la combinaison de trois termes (ensembles ou attributs) au
maximum, celle de Venn permit d’étendre son application aux combinaisons plus complexes de quatre
et même cinq termes7. A. W. F. Edwards l’étendit plus tard à six ensembles8.

Une variété d’autres méthodes furent développées en même temps et par la suite, notamment par A.
Marquand, A. Macfarlane, Ch. L. Dodgson - ou L. Carroll (avec son diagramme tri-littéral) - et M. Boll9.
_________________________
1. v. Leibniz, G. W., Opuscules et fragments inédits de Leibniz, L. Couturat, Félix Alcan, Paris, 1903, pp. 292-321 et J. M.
Bocheński, J. M., Ancient formal logic, Amsterdam, North Holland publishing C., 1951, p. 304.
2. À ce sujet, on consultera Davenport, C. K., «The role of graphical methods in the history of logic», dans Methodos
(Milan), 1952, pp. 145-164. Rabier, Maritain, A. Schopenhauer, inter alia, développèrent diverses représentations figurées.
3. Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 194.
4. Neues Organon, I, iv, p. 219. Voir Blanché, R., op. cit., pp. 229-230.
5. Blanché, R., op. cit., p. 235.
6. «On the diagrammatic and mechanical representation of propositions and reasonings», dans Philosophical Magazine
and Journal of Science, 5 9 (59), pp. 1-18, 1880 ; «On the employment of geometrical diagrams for the sensible
representations of logical propositions», dans Proceedings of the Cambridge Philosophical Society, 4, pp. 47-59, 1880).
7. En représentant par exemple un ensemble central considéré comme extérieur. Aussi : Symbolic logic, 1881.
8. Voir Edwards, A. W. F., Cogwheels of the Mind: The Story of Venn Diagrams, Baltimore, Johns Hopkins Univ. Press, 2004.
9. Blanché, R., op. cit., p. 289 et Gardner, M., Logic machines and diagrams, New York, 1958.

DIALECTIQUE

è Étymol. : du grec dialektikê (= art de la discussion, du dialogue), dérivé de dialegein (dia = au travers de, legein =
parler, discourir, dialoguer) et dialeguesthai (= confrontation entre opinions différentes ou opposées).

Le concept de dialectique connut dans l’histoire de la philosophie un spectre de significations* dont la


richesse échappe à tout résumé. On retracera l’histoire de la dialectique en focalisant sur les liens qu’elle
entretint avec la tradition de la logique.

» Sur les origines proprement dialectiques de la logique, on se reportera à Logique, Ah* et Log.
traditionnelle, Périodisations et historicité de la logique*.

» Sur l’acception ancienne de la dialectique comme art du dialogue, on se reportera à Logique, Ah*.

1\ Dans la tradition de la logique traditionnelle* issue d’Aristote, l’expression sert précisément à qualifier le
type de syllogisme* dont la vérité* des prémisses* - et par voie de conséquence celle de la conclusion*
qui en est inférée* - n’est que plausible, probable ou vraisemblable. S’oppose à analytique (1\*) en
général et à syllogisme démonstratif* en particulier.

Cette définition technique de la dialectique comme théorie du raisonnement probable est celle
qu’Aristote exposa dans ses Topiques (v. Órganon*). Le raisonnement dialectique tient son caractère de
probabilité uniquement de la matière* (du contenu*) des prémisses qui le composent, et en aucune
manière de sa forme* (il demeure rigoureusement un raisonnement valide*)1. Aristote distingua cet usage
légitime de la dialectique, d’une part, du syllogisme démonstratif (qui est l’affaire de la science et du
raisonnement nécessairement vrai), et d’autre part, de la pratique du raisonnement qui ne vise que des
fins éristiques* (v. 4\*, infra) (qu’il identifia précisément à la sophistique*, qui repose sur une violation des
règles de validité* du syllogisme). Le philosophe situa donc le syllogisme dialectique dans un entre-deux
(entre la vérité et la tromperie), qu’il conçoit comme un instrument de discussion, de dialogue2.

» Sur le détail, v. Syllogisme, Typ., Syl. dialec.*, Argument, Typ., Les arg. philos., Arg. dialec.* et Órganon,
Topiques*.

2\ Chez les stoïciens et fréquemment dans le cursus scolaire médiéval, synonyme du sens usuel du terme
de logique*3.

Pour être plus exact, ce que l’on appelle aujourd’hui la «logique» correspond chez les philosophes du
Portique à une partie de la dialectique qui s’intéresse spécifiquement aux signifiés (ta sèmainomena) (v.

146
Lektón*), l’autre partie qui concerne l’étude des signifiants (ta sèmainonta) ne portant que sur la
grammaire et le langage en général

À ce sujet, v. Logique, La place et le statut de la logique* et Proposition, Prop. logique et langage


naturel*.

En matière de dialectique «logique», pour l’essentiel, les anciens stoïciens prolongèrent l’héritage des
recherches entreprises par les mégariques4 (v. Log. mégarico-stoïcienne*). Ce fut le cas notamment de
Chrysippe de Soles, troisième scolarque de l’école stoïcienne, qui incarne la figure la plus notoire et
originale de cette tradition de la logique (le «second fondateur» du stoïcisme fut d’ailleurs reconnu dès
l’Antiquité comme un logicien de niveau équivalent, voire supérieur à Aristote lui-même).
Malheureusement, aucun de ses très nombreux écrits n’a survécu5, ni d’ailleurs d’aucun autre stoïcien
ancien, et il reste difficile de départager entre ce qui relève de la tradition de Mégare et de celle du
Portique. Il semble qu’il y ait eu dès l’Antiquité un jugement défavorable porté à l’endroit de la logique
stoïcienne au profit de celle d’Aristote6, expliquant vraisemblablement la disparition des œuvres de la
première et le succès de la seconde dans la suite de l’histoire (v. Syllogisme, Ah*). On porte
habituellement au crédit des stoïciens les premières percées théoriques en matière de logique
propositionnelle (v. Calcul prop., Ah*).

La logique fut également dénommée dialectique dans la tradition universitaire médiévale des arts
libéraux, prenant place dès le premier cycle (le trivium), aux côtés de la grammaire et la rhétorique (qui
sont des arts du langage [artes sermocinales]), donc en tant qu’arts préparatoires aux grandes disciplines
(artes reales) du second cycle ou quadrivium (arithmétique, musique, géométrie et astronomie).

» Sur l’histoire du concept de dialectique dans ses rapports avec la tradition de la logique, v. Logique,
Histoire des termes de log. et de dial.* et La place et le statut de la log.*.

3\ Corrélatif sémantique large d’argumentation dialectique*.

V. Argument, Typ., Arg. dialectique, 2\*. V. aussi Argumentation* et Log. de l’argumentation*.

4\ Désigne spécifiquement l’utilisation de l’argumentation dialectique* (v. 3\, supra) à des fins
spécifiquement éristiques* ou sophistiques*.

Dans ses Topiques (v. Órganon*), Aristote discuta de façon critique de l’usage exclusivement éristique*
(eristikos) ou disputeur de l’argumentation dialectique*, qu’il appela art dialectique (dialektikê) et dont il
aurait porté l’invention à l’actif de Zénon d’Élée (v. Logique, Ah*). L’«art dialectique» correspond
précisément chez lui à la pratique de l’argumentation visant à la réfutation* de l’interlocuteur, à l’instar
de ce qu’elle fut pour l’essentiel au sein de l’école mégarique7 (sans être étrangère à la pratique du
dialogue chez Socrate par ailleurs, v. Logique, Ah*). Aristote s’opposa ouvertement à l’école de Mégare,
qui n’avait que l’éristique pour seule approche de la logique et la philosophie, mais a-t-il peut-être aussi
voulu critiquer certaines pratiques de l’Académie où il semble qu’il y fut enseigné des procédures précises
régissant ce type d’échanges dont le but était d’obtenir de l’interlocuteur certaines concessions
desquelles il s’agissait par la suite de déduire des contradictions*8 que l’on retournait alors contre lui.
Pourtant Platon porta lui aussi contre la pratique de l’éristique un jugement défavorable dans la mesure
où plusieurs fois dans ses dialogues il l’associa à la sophistique*.

Aristote fut sur ses gardes vis-à-vis de la dialectique entendue en un sens simplement réfutatif, car si celle-
ci permet de tester efficacement les positions soutenues par des interlocuteurs et d’identifier des
propositions incompatibles, il reste qu’il n’est pas possible, par son truchement, d’établir positivement la
vérité d’une affirmation* ou d’une thèse* : en effet, bien que ces dernières puissent être logiquement
cohérentes, même si les raisonnements qui les fondent sont valides* et qu’elles ne comportent pas de
contradictions internes, cela ne saurait suffire à en garantir la vérité sur le plan du contenu*. Aristote
allégua en ce sens que la «dialectique ne prouve rien» et qu’elle ne saurait pour cette raison constituer
une connaissance universelle9, bien qu’il reconnût par ailleurs à l’art dialectique une certaine fonction
utile, notamment pour l’évaluation critique de ses propres idées. Mais si la dialectique peut avoir une
véritable fonction positive en philosophie et une valeur de raisonnement, c’est précisément dans la
mesure où elle est prise au sens qu’Aristote lui donna dans le cadre de sa syllogistique* (v. 1\*, supra),
même s’il lui préféra sans nuance le raisonnement démonstratif* dont la conclusion n’est pas affectée, au
rebours de l’autre, du simple caractère de la vraisemblance.

147
La période de la Renaissance connut un regain d’intérêt pour cette acception de la dialectique,
opposée aux méthodes mécaniques et au formalisme de la logique scolastique*. La dialectique refit
surface chez P. de La Ramée (Aristotelicæ Animadversiones - Dialecticæ institutiones et Dialecticæ
Partitiones, 1543) en tant qu’«art de bien disputer», à l’image de ce fut jadis la rhétorique et l’oraison
classique chez Cicéron et Quintilien. Dans ses deux ouvrages, le logicien français proposa une refonte de
la vieille logique issue d’Aristote, et en dépit de la censure qui frappa d’abord son travail, celui-ci connut
au final un très grand succès, à telle enseigne que le réformateur devint au XVIe s. le grand concurrent
d’Aristote lui-même et qu’il devint alors coutume à l’époque de diviser les logiciens entre ramistes et
aristotéliciens10, 11.

Pour plus de détails, on se reportera à v. Argument, Typ., Arg. dialectique, 2\*, Autocontradiction*,
Dialectique*, Éristique* et Réfutation*.

5\ Au sens hégélien, désigne entre autres un système logique fondé sur l’opposition* des concepts*.

V. aussi Opposition, Typ., Opp. des concepts*.


_________________________
1. Verneaux, R., Introduction générale et logique, Paris, Beauchesne et ses fils, 1964, pp. 60-61.
2. A propos de l’affrontement dialectique chez Aristote, voir J. Brunschwig, dans l’Introduction à l’édition des Topiques,
Paris, 1967, p. XXXVIIII.
3. A. Lecrivain, «Dialectique» [philo. géné.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 636.
4. Au sujet de cette filiation, voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970,
pp. 91-97.
5. Beaufret, J., «Stoïcisme. Chrysippe», dans Les philosophes de l’Antiquité au XXe s., Histoire et portraits, ouvrage coll.
sous la dir. de Merleau-Ponty, M., Librairie Générale Française, 2006 (1956), p. 235. Diogène Laërce (VII, 180) établit à
300 le nombre de traités de logique rédigés par Chrysippe. Il ne fait aucun doute que la perte de l’œuvre est une
grande tragédie. À lui seul, le texte des Recherches logiques (Ζητηµάτων ἐννέα ϰαὶ τριάϰοντα) comportait 39 livres (il se
pourrait que le papyrus d’Herculanum no 307 soit un fragment de cet ouvrage).
6 Dès IIe s., notamment chez C. Galien et A. d’Aphrodise v. Ibid., p. 93. Sur la réhabilitation contemporaine de la
logique stoïcienne sous l’action des travaux de Brochard et J. Łukasiewicz, v. p. 94.
7. L’école de Mégare est associée étroitement au développement et à la pratique de l’éristique. Certains des plus
éminents représentants de cette école reçurent des noms comme ceux de querelleur, surnom donné à Alexinos par
un jeu de mots (Elenxinos) et de dialecticien par excellence (dialektikotatos), en référence à Diodore Cronos
(jugement porté par S. Empiricus au premier livre de son Contre les Mathématiciens [I, 309]). Voir Blanché, R., La
logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 97-98.
8. R. Smith, «Aristotle's Logic», 8.3.1 «Gymnastic Dialectic», dans The Stanford Encycl. of Phil.
9. Ibid., 8.3.3 «Dialectic and Philosophy».
10. Voir Blanché, R., op. cit., p. 173, n. 3.
11. Sur la logique de Ramus, on consultera Jasinski, J., Ramus, method, and the decay of dialogue : From the art of
discourse to the art of reason, Cambridge, Harvard, 1958.

DIALLÈLE
ou cercle vicieux, raisonnement circulaire

è Étymol. : du grec diallêlos (= les uns par les autres, réciproque).

1\ Synonyme de cercle vicieux.

V. Pétition de principe*.

2\ Synonyme de définition circulaire

V. Définition, Déf. circulaire*.

DIBATIS

Nom donné au mode Dimatis* dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683).

DICTUM

148
è Étymol. : mot latin signifiant mot dit, ce qui est dit.

Dans le vocabulaire de la logique traditionnelle*, le dictum désigne la partie subordonnée d’une


proposition modale* à laquelle se rapporte le modus* qui l’affecte.

À ce sujet, v. Modificateur, Modus et dictum*.

Les termes de dicto et dictum signifièrent primitivement toute parole prononcée (comme chez Boèce).
C’est seulement à partir du scolastique P. Abélard (Dialectica, 1115-1116) qu’ils désignèrent le contenu*
d’une proposition (ce qui est dit dans une proposition, le contenu propositionnel) indépendamment de la
modalité*1.

è Termes connexes : Contenu*, Log. modale*, Modificateur*, Modus*, Proposition, Typ.*.


_________________________
1. Voir Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 55.

DICTUM DE DIVERSO

Principe logique formulé par J.-H. Lambert affirmant la séparation des deux sujets* dans un syllogisme* de
la deuxième figure.

Plutôt que de vouloir, comme Aristote et les philosophes de l’École à sa suite, réduire les figures
imparfaites à la première figure (les réduire à la forme d’une conclusion qui va du genre* à l’espèce*, v.
Dictum de omni / dictum de nullo*), J.-H. Lambert mit en exergue le fait que le principe logique propre
auquel obéit le syllogisme de la seconde figure est celle de la disconvenance des sujets (aucun a n’est
c).

À ce sujet, v. Syllogisme, Le principe logique du syl. et Syl. de la deuxième figure*. Pour les autres figures,
v. Dictum de omni / dictum de nullo*, Dictum de exemplo* et Dictum de reciproco*.

DICTUM DE EXEMPLO
ou raisonnement ab exemplo

Principe formulé par J.-H. Lambert qui fonde la possibilité logique des syllogismes* de la troisième figure.

Par différence d’avec Aristote et les philosophes de l’École chez qui les figures imparfaites doivent être
ramenées à la première figure (autrement dit, les réduire à la forme d’une conclusion allant du genre* à
l’espèce*, v. Dictum de omni / dictum de nullo*), J.-H. Lambert montra que le principe logique propre
auquel le syllogisme de la troisième figure obéit est celui énonçant que s’il y a des s qui sont p, alors il est
autorisé de conclure que quelque s sont p. Le syllogisme de la troisième figure est un raisonnement ab
exemplo.

À ce sujet, v. Syllogisme, Le principe logique du syllogisme et Syl. de la deuxième figure*. Pour les autres
figures, v. Dictum de diverso*, Dictum de omni / dictum de nullo* et Dictum de reciproco*. V. aussi
Raisonnement, Typ. 2, Rais. ab exemplo*.

DICTUM DE OMNI / DICTUM DE NULLO


ou maxime du tout ou rien, dictum de omni et nullo, doctrine du principe du syllogisme

C’est ainsi qu’on appelle l’ancien principe logique de l’École énonçant qu’un prédicat* affirmé ou nié
universellement* d’un sujet* doit nécessairement l’être par ailleurs de tout ce qui fait partie de l’extension*
de ce sujet. Ce principe fut réputé pendant des siècles comme le principe séant au fondement de toute
la syllogistique*.

Ce principe scolaire affirme que ce qui est dit de tout est dit de chaque et ce qui est dit de nul n’est dit
d’aucun (quidquid dicitur de omni, dicitur de singulis ; quidquid dicitur de nullo, negatur de singulis). Il

149
permet autrement dit de conclure nécessairement du genre* à l’espèce* : ce qui appartient au genre
appartient logiquement à toutes les espèces se rangeant sous lui (ce principe correspond au fond à la
définition de l’universel* en extension, comme le dit Aristote1). Cette doctrine du principe du syllogisme
prévalant de façon exemplaire pour la première figure du syllogisme (en réalité que pour elle, comme le
montra plus tard J.-H. Lambert2), ceci servit de justification, aux yeux de la logique scolastique*, pour la
perfection et la supériorité de celle-ci sur les autres figures (v. aussi Syllogisme, Le principe logique du syl*).

Bien que primitif, ce principe dérive lui-même en fait d’un principe logique plus élémentaire que les
logiciens scolastiques* dénommèrent principium identitatis et discrepantiæ. Ce principe affirme
généralement, d’une part, que deux choses identiques à une troisième sont identiques entre elles (quæ
sunt eadem uni tertio, eadem sunt inter se), et d’autre part, que deux choses, dont l’une est identique à
une troisième et l’autre est différente, sont différentes entre elles (quorum unum cum tertio convenit, et
ulterum discrepat, inter se sunt diversa). Ce principe est plus primitif que celui du Dictum de omni et nullo
dans la mesure où il pose les relations possibles (affirmatives* et négatives*) entre deux termes comparés
à un troisième, et ce, antérieurement à toute interprétation du syllogisme en extension* ou en intension*3.
La formule Dictum de omni et nullo s’inspire directement d’Aristote au début de ses Premiers analytiques
(v. Órganon*) qui semble se placer d’emblée sur le plan de l’extension (v. Proposition, Interprétation de la
prop. en intension et en extension*).

J. S. Mill présenta une critique devenue célèbre de ce principe de la logique traditionnelle* (Système de
logique déductive et inductive, 1843). C’est que l’approche de la logique promue par le logicien anglais
est une approche fondée sur la conception intensiviste de la proposition, alors que la maxime du tout ou
rien favorise au contraire l’approche extensionnelle, c’est-à-dire qui interprète la proposition en termes de
classes et d’emboîtement extensif de classes (à ce propos, on se reportera à Proposition, Interprétation
de la prop. en intension et en extension* et Calcul log., Ah*).
_________________________
1. Voir Verneaux, R., Introduction générale et logique, Paris, Beauchesne et ses fils, 1964, pp. 93-94.
2. Voir Dictum de diverso*, Dictum de exemplo* et Dictum de reciproco*.
3. Le texte d’Aristote va comme suit : «Dire qu’un terme est contenu dans la totalité d’un autre, ou dire qu’un terme est
attribué à un autre terme pris universellement, c’est la même chose. Et nous disons qu’un terme est affirmé
universellement quand on ne peut trouver dans le sujet aucune partie dont on ne puisse affirmer l’autre terme. Pour
l’expression n’être attribué à aucun, l’explication est la même» (Pr. anal., I, 1).

DICTUM DE RECIPROCO

Principe qui fonde la possibilité logique des syllogismes* de la quatrième figure. Sa formulation est
redevable à J.-H. Lambert,

Plutôt que de vouloir réduire les figures imparfaites à la première figure, à l’instar d’Aristote et l’École, J.-H.
Lambert montra que le syllogisme de la quatrième figure obéit à un principe logique propre, qu’il baptisa
dictum de reciproco.

À ce sujet, v. Syllogisme, Le principe logique du syllogisme et Syl. de la deuxième figure*. Pour les autres
figures, v. Dictum de diverso*, Dictum de exemplo* et Dictum de omni / dictum de nullo*.

DIÉRÈSE " Définition*, Moyen terme, Ah*


DIFFÉRENCE " Distinction*

DIFFÉRENCE SPÉCIFIQUE

è Étymol. : du latin differentia (= caractère distinctif), qui traduit le grec eidopoios diaphora (= différence faisant
l’espèce*).

La différence spécifique est l’un des cinq prédicables* ou catégorèmes* de la logique traditionnelle* (v.
Prédicat, Typ.* et Arbre de Porphyre*). La différence spécifique fonde (en tant que cause*) la distinction
entre les espèces* appartenant à un genre* commun. Elle est logiquement différente et antérieure au
propre* (v. l’article), même si le propre se rapporte lui aussi à l’espèce.

Ce prédicable réfère à une partie de l’essence* propre à l’espèce en tant que cette partie distingue les

150
espèces entre elles. Elle forme autrement dit l’ensemble des attributs* essentiels (v. Quiddité*) qui
distinguent entre elles les espèces qui se rangent sous un même genre. Dans la tradition de la
scolastique*, ce prédicable fut appelé in quale quid (v. In quale*). La différence spécifique apparaît,
après le genre, dans la définition* d’un sujet*, dans la mesure où l’espèce qu’elle fonde constitue une
partie essentielle de l’intension* du concept* de ce sujet (v. Concept*, Définition*).

À l’instar du propre*, la différence spécifique se rapporte à l’espèce*. Cependant, elle s’en distingue par
le fait qu’elle réfère aux individus d’une espèce au point de vue de leur essence*, c’est-à-dire au point de
vue de l’ensemble des attributs constitutifs que ces individus partagent en commun*. Le propre, pour sa
part, ne concerne que les accidents* (ce qui arrive) aux individus de cette espèce. La différence
spécifique fixe donc ce qu’est nécessairement* un sujet du fait de son appartenance* à une espèce
donnée, alors que le propre ne fait référence qu’aux diverses modifications survenues accidentellement
à des individus de cette espèce, mais de façon nécessaire, du fait qu’ils en sont les représentants. Alors
que le propre est un prédicable accidentel qui dérive de l’essence de l’espèce (il est son effet), la
différence spécifique constitue plutôt la cause de l’espèce. Cela explique l’antériorité logique de la
différence spécifique sur le propre (v. Espèce* et Propre*1).

En tant que cause qui fonde l’espèce, la différence spécifique peut être identifiée à l’une ou à une
combinaison des quatre causes* aristotéliciennes (efficiente, formelle, matérielle et finale) – à ce propos,
on se reportera à Définition, Structure gén. de la déf., Diff. spécifique et typ. quadripartite des causes
aristot.*.

Pour compléter, on se reportera à Distinction, Typ., 2\ La Différence spéc.*.

» Sur la représentation schématique des cinq prédicables, v. Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq
prédicables*.

***

La formulation canonique du concept de différence spécifique est redevable au néo-platonicien


Porphyre de Tyr (Isagogè*, 268-270), inspirée de la classification des genres de prédicables d’Aristote (v.
Prédicat, Typ.*). La notion fut largement reprise par les philosophes de l’École, entre autres par J. Duns
Scot (fin XIIIe s.)2, qui l’utilisa - en suivant le philosophe persan Avicenne (XIe s.) - pour illustrer sa propre
théorie métaphysique de l’individuation3 (l’hæcceitas, hecceité ou eccéité, signifiant ce qui fait qu’une
chose est cette chose-ci et pas une autre4 [le latin hæc signifiant celle-ci, traduisant le grec tode ti =
l’être individuel chez Aristote]).

è Termes connexes : Concept*, Définition, La structure logique de la déf. et Diff. spécifique et causes arist.*, Distinction,
Typ.*, Espèce*, Genre*; In quale*, Intension*, Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq prédicables*, Propre*, Propriété*.
_________________________
1. Sur le problème épistémologique que pose la connaissance de la différence spécifique, voir Thibaudeau, V.,
Principes de logique. Définition, énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ. Laval, 2006, pp. 230-231.
2. De principio individuationis (Le principe d'individuation), v. 1300.
3. On entend par ce terme classique l’incarnation ou réalisation corporelle d’une espèce dans des individus concrets.
Ce problème intéressa plusieurs Médiévaux.
4. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 69. Ecce = voici. On se
reportera à Distinction, Typ., La différence numérique*.

DILEMME

è Étymol. : du grec dilêmma (= deux propositions ou deux prémisses).

1\ Lato sensu, un dilemme est une situation où sont en présence deux propositions* ou thèses*
contradictoires* (c’est-à-dire où si l’une est vraie, l’autre est nécessairement fausse), entre lesquelles il n’y
a pas d’intermédiaire et entre lesquelles il faut choisir.

Un dilemme est sous ce point de vue un argument fondé sur une proposition disjonctive (p ou non-p, par
ex. : la volonté est autodéterminée ou hétérodéterminée, v. Proposition composée, Typ., Prop.
disjonctive*). Cet argument n’est logiquement valable que si la disjonction est entendue dans son sens
exclusif, c’est-à-dire où il n’y a pas d’intermédiaire et où les deux options du dilemme forment les seules
alternatives possibles.

151
Une apparence de dilemme peut servir des fins sophistiques (v. Soph. du faux dilemme*).

2\ Dans son acception plus spécifique, sert aussi à désigner en logique traditionnelle* un raisonnement*
dans lequel les prémisses majeure* et mineure* sont se contredisent mutuellement.

3\ Chez les anciens stoïciens, le dilemme nomme le syllogisme* (dilêmma signifiant étymologiquement
deux propositions ou prémisses).

V. Lemme*.

è Termes connexes : Connecteur*, Contradiction*, Lemme, 1\*, Proposition composée, Typ., Proposition disjonctive*,
Sophisme, Typ., Soph. du faux dilemme*.

DIMATIS
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du troisième mode valide* de la quatrième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Dimatis est formé d’une majeure* de type I*, d’une mineure* de type A* et d’une
conséquence* de type I*.

Quelque a est b (I)


Or tout b est c (A)
______________________
Donc, quelque c est a (I)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Quelque m est mt
Or tout mt est M
________________________
Donc, quelque M est m

Par exemple :
Quelques êtres courageux sont vertueux
Or tout être vertueux est sage
_________________________________________
Donc, quelques êtres sages sont courageux

Le syllogisme en Dimatis porte le nom de Dibatis* dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683) d’A. Arnauld
et P. Nicole.

Le mode Dimatis peut se ramener au mode parfait Darii* (à ce sujet, v. Syllogisme, Réduction des modes
imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les modes du syl.*.

DISAMIS
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du deuxième mode valide* de la troisième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Dimatis est formé d’une majeure* de type I*, d’une mineure* de type A* et d’une
conséquence* de type I*.

Aristote définit ce mode dans les termes suivants : «Si R appartient à tout S et P à quelqu’un, [il y a]
nécessité que P appartienne à quelque S1». Le syllogisme suivant en est l’équivalent :

Quelque b est c (I)

152
Or tout b est a (A)
_________________________
Donc, quelque a est c (I)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Quelque mt est M
Or tout mt est m
________________________
Donc, quelque m est M

Le mode Disamis peut se ramener au mode parfait Darii* (à ce sujet, v. Syllogisme, Réduction des modes
imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.

DISCOURS

è Étymol. : du latin discursus (= parcourir en tous sens, courir ici et là, conversation), équivalent d’oratio (= oraison,
énonciation, sentence), qui traduit l’un des nombreux sens du concept grec de lógos (v. Raison*).

1\ Synonyme large de langage*.

2\ En logique de l’argumentation*, signifie un ensemble cohérent* de raisonnements* fondés sur des


prémisses*, ou encore de thèses* justifiées par des arguments*, se rapportant à un sujet* ou à un groupe
de sujets homogènes, dans une allocution ou un texte argumentatif. Classiquement, la connaissance
discursive fut perçue comme opposée à la connaissance intuitive, qui se passe d’étapes réflexives
intermédiaires.

En philosophie, le discours se veut systématique, rationnel et critique, ce qui peut le distinguer d’autres
formes de discours. En un sens plus large, on peut identifier le terme de discours à celui de
compréhension* (1\*) en général (ainsi, les discours «scientifique» et «mythique» sont autant de façons de
comprendre et d’interpréter la réalité).

Les raisonnements qui composent les discours argumentatifs peuvent être de tous les types, notamment
déductifs*, inductifs* et analogiques*.

è Termes connexes : Analyse, analyse du discours*, Antithèse*, Argument*, Cohérence*, Objection*, Raisonnement,
Typ. 1, Rais. déd., inductif et par analogie*, Thèse*.

DISJONCTION (ou, v)
ou somme logique*

è Étymol. : issu du latin disjunctio (de dis [= séparé] et junctivus [= joindre]), donc : disjoindre. Traduit l’expression
grecque diedzeugmenon (utilisée par les stoïciens).

Connecteur* propositionnel servant à disjoindre deux propositions*, inclusivement ou exclusivement.


S’oppose à conjonction*.

À ce sujet, on se reportera à Connecteur, Typ., La disjonction*.

V. aussi Dilemme*, Disjonction exclusive*, Disjonction inclusive*, Proposition composée, Typ., Prop. disj.*.,
Table de vérité*, Tiers exclu*, Loi de De Morgan*, Sophisme, Typ., Soph. de l’affirmation de la disj.*.

» Sur l’associativité de la disjonction, v. Associativité*.

153
La fonction propositionnelle de la disjonction entretient un rapport logique étroit, mais problématique,
avec celle de l’implication matérielle*. Effectivement, d’une part, non-p ou q est l’équivalent de Si p, alors
q (¬p ν q ≡ p è q), et d’autre part, p ou q semble l’équivalent de Si non-p, alors q (p ν q ≡ ¬p è q). On dit
«semble équivaloir» parce que certains refusent cette dernière équivalence. À titre d’exemple, il semble
être le même que d’affirmer que (i) les Spartiates sont courageux ou sont des Lacédémoniens (p ou q) et
d’affirmer que (ii) Si les Spartiates ne sont pas courageux, alors ils sont des Lacédémoniens (¬p è q). Par
contre, s’il est possible d’inférer (ii) de (i), il ne semble pas possible d’inférer (ii) de la proposition les
Spartiates sont courageux.

DISJONCTION ALTERNATIVE " Disjonction exclusive*

DISJONCTION EXCLUSIVE
ou disjonction alternative

Désigne l’une des deux manières d’interpréter le foncteur propositionnel de la disjonction*, l’autre étant la
disjonction inclusive*. Dans cette acception, les deux termes en présence forment alternative. Équivalent
de la contradiction (3\*) dans le calcul propositionnel* [(pΛ¬q) V (¬pΛq)].

À ce sujet, on se reportera à Connecteur, Disj.* et Disjonction*. Voir aussi Sophisme, Typ., Soph. de
l’affirmation de la disjonction.*.

DISJONCTION INCLUSIVE
ou disjonction non exclusive

L’expression fait référence à l’une des deux façons d’interpréter le foncteur propositionnel de la
disjonction*, l’autre étant la disjonction exclusive* ou alternative. Dans cette acception, les deux termes
sont possibles en même temps.

À ce sujet, on se reportera à Connecteur, Disj.*. Aussi Sophisme, Typ., Soph. de l’affirmation de la


disjonction.*.

DISJONCTION NON-EXCLUSIVE " Disjonction inclusive*


DISJONCTION RÉCIPROQUE " Connecteur, Typ., Bi-négation*
DISPOSITIONNEL " Prédicat, Typ., Prédicat dispositionnel*

DISTINCTION

Dans la terminologie classique de la philosophie, la distinction est une marque faisant de deux sujets*
individuels des entités différentes, singulièrement ou universellement, spécifiquement ou génériquement.

TYPOLOGIE DES DISTINCTIONS

La présente typologie des distinctions repose sur différentes manières de définir le concept de différence
(ou d’identité) sur le plan logique. Une première distinction se fonde sur la relation que la différence (ou
l’identité) entretient avec le singulier et l’universel, alors qu’une autre distinction logique est établie au sein
de la différence (ou de l’identité), considérée universellement, dans sa relation avec le spécifique et le
générique1. Cette double distinction logique conduisit Aristote (Topiques) à affirmer que deux choses
peuvent être différentes de trois manières possibles, à savoir numériquement, spécifiquement et
génériquement (I, 7) :

1\ La différence numérique

Sous ce point de vue, deux substances* individuelles peuvent être singulièrement distinctes l’une de
l’autre tout en ayant par ailleurs la même identité sur le plan de leur essence*. Par exemple, plusieurs
coléoptères sont numériquement distincts, bien qu’ils partagent en commun* les prédicats essentiels de
l’espèce* coleoptera ; les substances sont alors différentes sous l’angle de leur singularité, tout en étant

154
identiques sur le plan de leur universalité. On dit de ces substances qu’elles sont seulement singulièrement
différentes ou distinctes. En schématisant :

C’est ce mode de distinction qui se retrouva au cœur des réflexions sur l’eccéité dans le cadre de la
querelle des universaux* (v. cet article, ainsi que Différence spéc.*). G. W. Leibniz, avec son principe de
l’identité des indiscernables, énonça que deux choses singulières ne différant que sur le plan numérique
ne peuvent exister dans le monde (non dari posse in natura duas res singulares solo numero differentes)2.

2\ La différence spécifique

Des substances sont spécifiquement distinctes lorsqu’elles sont différentes à la fois sur le plan singulier* et
celui de l’universel*. Ces substances sont distinctes l’une de l’autre sur le plan individuel et celui de leur
essence. Par exemple, des bourdons et des faux-bourdons sont non seulement singulièrement différents
entre eux, mais aussi spécifiquement distincts du fait que chacun des deux groupes d’individus
correspondent à des espèces différentes. On dit de ces substances qu’elles sont spécifiquement
différentes ou distinctes. Ainsi :

Il est toutefois possible que cette différence sur le plan universel disparaisse dès lors que les deux groupes
d’individus sont considérés sous le rapport d’une plus grande universalité sous laquelle ils se placent, ce
que produit en effet le passage du niveau de l’espèce à celui du genre* auquel ces espèces
appartiennent. Dans notre exemple, les bourdons comme les faux-bourdons partagent une identité, du
fait de l’appartenance* commune de ces deux espèces au genre insecte :

3\ La différence générique

La forme la plus forte de distinction est celle où des individus se différencient les uns des autres à la fois
numériquement, spécifiquement et génériquement. On dit dans ce cas de ces substances qu’elles sont
essentiellement différentes ou distinctes :

155
Si l’on remonte jusqu’aux genres suprêmes*, s’ajoute à ces distinctions la différence ou la distinction
catégorique (à ce sujet, v. Genre, Typ.*, Órganon, les Catégories*).

è Termes connexes : Différence spéc.*, Espèce*, Genre, Typ.*, Órganon, les Catégories*, Prédicat, Typ., La typ.
classique : les cinq prédicables*.
_________________________
1. Voir Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ.
Laval, 2006, p. 242, n. 40.
2. Opuscules et fragments inédits, éd. L. Couturat, p. 519. Voir aussi les Nouveaux Essais, II, XXVII, 3. F. de Buzon,
«Indiscernable (principe de l’identité des -)» [philo. géné.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie
philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 1271.

DISTRIBUTIVITÉ (règle de la)

è Étymol. : terme forgé d’après le latin distributiva.

Règle de transformation* du calcul propositionnel* assertant qu’une variable* peut être rapportée
individuellement à deux autres variables* dans une proposition*.

r (p + q) ≡ rp + rq
r + (pq) ≡ (r + p) (r + q)

(p ν (q л r)) ≡ ((p ν q) л (p ν r)) (distributivité de ν sur л).


(p л (q ν r)) ≡ ((p л q) ν (p л r)) (distributivité de л sur ν)

è Termes connexes : Règle de transformation*.

DISTRIBUTIVITÉ DE LA CONJONCTION SUR LA DISJONCTION " Distributivité*


DISTRIBUTIVITÉ DE LA DISJONCTION SUR LA CONJONCTION " Distributivité*
DOCTRINE DU PRINCIPE DU SYLLOGISME " Dictum de omni \ dictum de nullo*
DOMAINE BOOLÉEN " Valeur de vérité*
DOMAINE DE SIGNIFICATION " Théorie des types*

156
E__________________________________________________________
E

è Étymol. : les lettres A, I, E et O correspondent à l’ordre dans lequel apparaissent les voyelles dans les mots latins
d’affirmo (= affirmation) et nego (= négation) (du distique scolastique Asserit A, negat E, verum generaliter ambo ;
Asserit I, negat O, sed particulariter ambo1).

En logique traditionnelle*, symbole utilisé depuis le Moyen Âge pour désigner la proposition* universelle*
et négative* (Nullum s est p : aucun s n’est p). S’oppose logiquement à I*, avec lequel il entre en
contradiction*.

Les autres types de propositions sont désignés par les lettres A*, I* et O*, selon la classification des genres
de propositions établie à l’origine par Aristote (v. Proposition, Typ., 3. Typ. selon la qualité et la quantité*).

Dans le symbolisme de la logique classique* moderne, s’écrit ∀x (Px è ¬Qx) (v. Quantificateur*).

» Sur la visualisation de la proposition de type une E par les méthodes diagrammatiques de Leibniz et
Euler, v. Diagramme logique*.

è Termes connexes : A*, Carré log.*, Diagramme logique*, I*, O*, Négatif*, Proposition, Typ.*, Universel*.
_________________________
1. Vers mnémoniques forgés par les logiciens de l’École. Voir Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la philo.,
Paris, PUF, 1968, p. 1.

ECCÉITÉ, HECCEITÉ " Différence spécifique*


ÉCOLE DE LVOV-VARSOVIE " Logique mathématique*, Logique moderne*

EFFET CIGOGNE

Erreur* de jugement* commune qui consiste à confondre un simple lien de corrélation* avec un lien de
causalité*.

V. Sophisme de la fausse causalité, Soph. cum hoc, Variantes*, infra.

ÉGALITÉ (=) " Algèbre de Boole, Ah*, Calcul log., Ah*, Copule, copulation*, Principe d’identité*
EIDÉTIQUE " A priori, Ah*

EMPIRISME, EMPIRIQUE

➔ Étymol. : le terme est un emprunt au latin empiricus (= médecin empirique), qui rend le grec ancien empirikos (= qui
se dirige d’après l’expérience [oi empeirikoi = médecins empiriques, dont la pratique est fondée sur l’historia au sens
d’expérience et compilation (Ménodote, S. Empiricus), opposée à l’approche théorique et dogmatique des logikoi,
dont les stoïciens]), dérivé de empeiros (= expérimenté). Le mot apparut dans la langue française en 1314 et
s’ordonne dès le début du XIXe s. (1802) à l’idée de ce qui résulte de l’expérience (c’est-à-dire du contact matériel
avec la nature, v. Expérience, Étymol.*). Le grec ancien emperia (= expérience [peira = expérience]) donna le terme
d’empirisme utilisé pour référer à ce qui s’oppose à l’approche théorique, d’abord dans le domaine de la médecine
(1732), puis dans son acception générale (1782), et spécialement en philosophie (1829), dans la tradition de la
philosophie kantienne au XIXe s.1. L’empirisme s’oppose traditionnellement au rationalisme*, expression forgée
seulement au début du XIXe s.. La terminaison en -isme (du grec -ismos, en latin -ismus) signifie système, attitude,
tendance, école de pensée.

En épistémologie, nom donné au parti pris doctrinal selon lequel tous les contenus de connaissance tirent
leur origine des données sensorielles (ou de l’expérience, que ce qui est expérimenté renvoie ou non à
une matière* extérieure) et associations que l’esprit opère sur ces dernières et à partir desquelles,

157
habituellement par induction*, est formé l’ensemble du savoir. L’empirisme refuse l’existence de toute
connaissance innée, énonçant que même les principes tenus classiquement pour des principes
entièrement rationnels (ceux de la métaphysique, de la logique et des mathématiques par exemple),
tient leur origine première du contact sensoriel avec la réalité empirique ou le monde observable.
L’empirisme affirme par ailleurs (c’est là un dogme du positivisme logique [infra]) que les propositions
empiriques (ou jugements de fait*) ne sont susceptibles d’être vérifiées ou réfutées* qu’au moyen d’un test
par l’expérience ou l’expérimentation, et non pas au moyen d’une procédure déductive*, comme le crut
la tradition rationaliste. En tant que synonyme large d’a posteriori*, empirique s’oppose à a priori*.

Pour l’empirisme, tous les concepts* sont a posteriori*. Cette doctrine constitue le fondement de
l’approche expérimentale en science dans la mesure où les hypothèses et théories doivent être
systématiquement confrontées au noeud gordien de l’expérience - soit à l’épreuve de tout contenu
pouvant être éprouvé directement dans la sensation ou au moyen d’un appareillage qui amplifie les
capacités sensorielles naturelles de l’homme.

- Analyse historique

Les signes précurseurs anciens de l’empirisme sont légion. On en trouve chez Héraclite, Aristote2, Épicure
(IVe – IIIe s. av. J.-C.), le médecin et philosophe sceptique S. Empiricus3 (fin IIe s.), ainsi que chez les érudits
anglais médiévaux R. Grossetête (XII-XIIIe s.) et R. Bacon4 (XIIIe s.). L’empirisme ne fut toutefois constitué
comme modèle de connaissance qu’à partir des Temps modernes, d’abord chez des auteurs
britanniques tels F. Bacon (Novum Organum, 1620) et T. Hobbes, puis doctrinalement chez J. Locke5, D.
Hume6, J.-S. Mill7 et, en France, É. B. de Condillac8. E. Kant9, dans le cadre de son projet d’une philosophie
transcendantale10 - censé remplacer l’ancienne tradition de la métaphysique conçue comme ontologie
– mit sur pied une théorie de la connaissance réalisant la synthèse de l’empirisme et du rationalisme
classique (R. Descartes, B. Spinoza, G. W. Leibniz,…).

Ordinairement, l’empirisme est une forme de matérialisme et de réalisme au sens où il énonce que la
réalité matérielle est à l’origine des data de sensation. Il est cependant des auteurs, tel l’Irlandais G.
Berkeley11, philosophe pour qui il n’existe aucune «matière» sous-jacente à l’ordre phénoménal
apparaissant aux sens. L’empirisme est donc également compatible avec une doctrine immatérialiste,
idéaliste ou phénoménaliste - d’origine platonicienne, où la réalité sensible n’est qu’une manifestation
apparente des Idées, seules substances* dont l’existence soit véritable. Cette question problématique du
«X» qui siérait derrière le donnée sensible et qui affecterait nos sens, pour parler comme Kant, fut au cœur
du grand scandale de la chose en soi sur lequel s’éleva au XIXe s. l’idéalisme allemand (J. G. Fichte, F. W.
J. Schelling et G. W. F. Hegel), qui lui donna congé.

L’empirisme connut un regain d’intérêt vers la fin du XIXe s., d’abord en physique (E. Mach), puis en
philosophie des sciences dans les années 1920-1930 au sein d’un courant appelé positivisme logique (ou
encore empirisme logique ou rationnel, néo-positivisme) représenté par le célèbre Wiener Kreis (Cercle de
Vienne (M. Schlick O. Neurath, R. Carnap, V. Kraft, F. Waismann, H. Feigl, L. J. J. Wittgenstein, A. J. Ayer) et,
à Berlin, par la Gesellschaft für Empirische Philosophie (Société pour la philosophie empirique), regroupée
autour de la figure d’H. Reichenbach (C. G. Hempel, R. von Mises, D. Hilbert, K. Grelling). L’empirisme
logique refusait la thèse kantienne voulant qu’il existe des jugements* synthétiques* a priori*, c’est-à-dire
des propositions non dérivées de l’expérience qui puissent étendre notre savoir sur le monde (v. A
posteriori* et A priori*). Les positivistes logiques n’admirent l’existence que des connaissances analytiques*,
vraies par elles-mêmes et dont la véracité ou fausseté se détermine par la seule analyse* (c’est le dogme
de l’analycité) et des connaissances synthétiques a posteriori (ou énoncés d’observation*) vérifiables
quant à elles uniquement par l’expérience, à défaut de quoi elles celles-ci sont dépourvues de sens et de
portée cognitive – c’est le dogme nommé théorie vérificationniste de la signification).

» Sur la critique de l’empirisme logique de Quine, v. Analytique, analycité, Ah*.

On complétera ce qui précède en se reportant aux articles A priori, Ah*, A posteriori*, Analytique* et
Synthétique*.

è Termes connexes : A posteriori*, Général*; Jugement, Typ., Jug. de fait, 1\*, Raison*.
_________________________
1. Voir J. Nadal, «Empirisme» [philo. géné.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 778, qui rapporte le jugement de R. Eucken dans Les Grands
courants de la pensée contemporaine, Paris, 1911.

158
2. Dans son Traité de l’âme, dans lequel le psychologue délivra une explication empiriste de la genèse des concepts*
dans l’âme. V. aussi Mét., A, I, 980a sq. et Sec. anal., II, 19, 99b).
3. Pyrrhōneioi hypotypōseis (Hypotyposes pyrrhoniennes), Pros mathêmatikous / Adversus Mathematicos (Contre les
professeurs).
4. Au tome 2 de son Opus majus (1267), Bacon n’admit comme voie de connaissance que celle guidée par
l’expérience (par le contact avec les choses), disqualifiant celles de l’autorité et du raisonnement abstrait, inaptes à
révéler la vérité.
5. An Essay concerning Human Understanding (Essai philosophique concernant l’entendement humain), 1689 1690. Cet
ouvrage est habituellement reconnu comme le texte fondateur de l’empirisme.
6. A Treatise of Human Nature, 1739-1740, An Enquiry concerning Human Understanding, 1748.
7. A System of Logic, 1843, An Examination of Sir Hamilton's Philosophy, 1865.
8. Traité des sensations, 1754
9. Critique de la raison pure, 1781, 1787.
10. Sur le sens des expressions de transcendantal et de philosophie transcendantale chez Kant, on consultera la
Critique de la raison pure, trad. Tremesaygues et Pacaud, PUF, 1975, p. 46 et 79.
11. A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge (Principes de la connaissance humaine), 1710, 1734,
Three Dialogues between Hylas and Philonous (Trois dialogues entre Hylas et Philonous), 1713.

EMPIRISME LOGIQUE " Empirisme, Ah*.


EMPIRISME RATIONNEL " Empirisme, Ah*.

ÉNONCÉ, ÉNONCIATION
ou proposition*, jugement*

è Étymol. : mot forgé d’après le latin enuntiare (= exprimer), équivalent sémantique du terme grec de phasis.

1\ L’énoncé est un terme de linguistique correspondant, en tant qu’il est déclaratif, à ce qu’est une
proposition* en logique* ou encore à un jugement* en épistémologie.

La proximité sémantique entre les concepts de proposition et d’énoncé vient du fait que Boèce, qui
imposa la terminologie classique de la logique, utilisa les deux termes de propositio (en général) et
d’ennutatio (plus spécifiquement) pour traduire l’expression aristotélicienne de lógos àpophantikós.

V. Affirmation*, Jugement*, Proposition, 2\*.

2\ C’est ainsi qu’on appelle en calcul des prédicats* une formule où toutes les variables* d’individus (x, y,
z…) sont liées à un quantificateur* (universel ∀ ou existentiel ∃). On parle aussi de formule close.

V. Variable 4\*.

ÉNONCÉ D’OBSERVATION " Jugement, Typ., Jug. de fait*


ÉNONCIATION " Déclaration*, Proposition*
ENSEMBLE " Classe*, Diagramme*, Imprédicativité*
ENTHYMÈME " Syllogisme, Typ., Enthymème*
ÉPICHÉRÈME " Syllogisme, Typ., Épichérème*

ÉPIPHORA

Chez les stoïciens, désigne la conclusion* ou conséquence* d’un raisonnement*.

V. Conclusion*.

ÉPISTÉMOLOGIE DE LA LOGIQUE

Domaine de la philosophie de la logique* qui s’intéresse à la logique* envisagée au travers du spectre


des problèmes philosophiques relatifs à la connaissance, notamment celle du rôle des divers processus
d’inférence* dans la formation du savoir.

Cette discipline s’intéresse, exempli gratia, à la question de savoir ce qu’est une vérité* logique, si la

159
logique est une forme de connaissance a priori* ou a posteriori*, analytique* ou synthétique*, nécessaire*
ou contingente* ou encore sur quoi porte exactement la logique (quel est son objet d’étude ?) et quelles
sont les méthodes qu’elle utilise en vue de valider ses résultats.

V. Philosophie de la log.*.

ÉPISYLLOGISME

è Étymol. : issu du grec épi (= sur) et sullogismos (= syllogisme*).

En logique traditionnelle*, nom du second des deux syllogismes* reliés l’un à l’autre à l’intérieur d’un
polysyllogisme* - le premier étant le prosyllogisme*.

L’épisyllogisme n’est pas une forme autonome de raisonnement, mais plutôt le syllogisme dont l’une des
prémisses reprend la conclusion* du syllogisme qui le précède (le prosyllogisme*). Il ne s’agit donc que
d’un élément dans une chaîne syllogistique.

On ne retrouve l’expression, ni chez Aristote, ni dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683). Il est présent
sous la plume d’E. Kant.

V. Syllogisme, Typ., Polysyllogisme*.

è Termes connexes : Prosyllogisme*, Sorite*; Syllogisme, Typ., Polysyl.*.

ÉQUIPOLLENCE

è Étymol. : du latin æquipollens, æquipollentia (= de valeur égale, de même puissance).

Équivalent mathématique du terme de logique* d’équivalence*. Le terme est peu rencontré.

On consultera Équivalence*.

ÉQUIVALENCE
ou biconditionnel, équipollence

è Étymol. : l’expression provient du latin æquivalentia (æquus = égal, valeo = valoir), donc : de valeur égale.

1\ Au sens large, qualité* de deux arguments*, concepts*, propositions* ou thèses* possédant la même
signification* ou dont l’extension* est identique.

2\ En logique*, connecteur* servant à désigner deux propositions* parfaitement substituables, c’est-à-dire


qui présentent une même valeur de vérité* (si l’une est vraie, l’autre l’est aussi ; si l’une est fausse, l’autre
l’est aussi).

* Ne pas confondre avec la notion d’égalité* (=).

Pour plus de détails, v. Connecteur, Typ.*, Règle de transformation* et Tautologie*.

3\ Équivalent sémantique d’inférence immédiate*.

V. Inférence, Inf. immédiate*.

***

Pourvues de la même valeur de vérité*, deux propositions* équivalentes peuvent être affirmées
simultanément sans contradiction*. Les logiciens scolastiques* développèrent diverses formules
mnémotechniques (Purpurea, Iliace, Amabimus et Edentuli) de manière à reconnaître facilement les

160
équivalences entre propositions modales* (ce qu’on appela traditionnellement équipollence des
modales1, v. Modificateur*).

L’établissement de ces équivalences est l’une des principales fonctions de l’algèbre de Boole* (v.
l’article). Les quantificateurs* (universel et existentiel) peuvent être combinés dans une proposition de
façon à exprimer des équivalences logiques (v. Quantificateur, Typ.*).

» Sur l’associativité de l’équivalence, v. Associativité*.

» Sur la reconstruction du calcul propositionnel* sur la seule base du connecteur de l’équivalence, v.


Calcul équivalentiel*.

» Sur les sophismes qui exploitent les difficultés liées à la confusion entre la relation d’implication et la
relation biconditionnelle, v. Sophisme, Typ., Aff. du conséquent et Négation de l’antécédent*.

è Termes connexes : Algèbre de Boole*, Calcul équivalentiel*, Contradiction*, Commutativité*, Connecteur*,


Contraire*, Log. moderne, Typ. des «nouvelles log. modernes»*, Table de vérité*.
_________________________
1. Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 150-151.

ÉQUIVOQUE, ÉQUIVOCITÉ

è Étymol. : terme tiré du latin æquivocus, formé d’æquus (= égal) et de vox (= parole, mot).

Le terme d’équivoque est plurivoque* : il est synonyme d’ambiguïté* et polysémique*, selon les contextes
d’utilisation.

Pour une part, l’équivocité qualifie un mot*, concept, définition*, proposition*, jugement* ou discours*
dont la signification* est obscure et porte incidemment à confusion. V. Ambiguïté*. L’équivocité dénote,
pour une autre part, le fait pour un même nom ou concept de désigner des réalités différentes, donc
d’avoir plusieurs significations (parfois hétérogènes, cela étant dû aux nombreuses évolutions
sémantiques* du mot ou du concept). À ce sujet, on se reportera à Polysémie*.

On définit parfois par ailleurs l’équivocité comme une ambiguïté utilisée à des fins sophistiques (pour
tromper l’interlocuteur, V. Sophisme*).

è Termes connexes : Ambiguïté*, Monosémie*, Plurivoque*, Polysémie*, Univoque*.

ÉRISTIQUE

è Étymol. : forgé d’après le grec éristikos, dérivé de érizein (= disputer).

Désigne traditionnellement l’art du débat, de la dispute, de la querelle, où l’on tente en général


d’embarrasser l’adversaire, ou spécifiquement de réfuter* la thèse* qu’il soutient, de préférence en le
mettant en contradiction* avec lui-même.

À ce sujet, v. Argument, Typ., Arg. dialectique, 2\*, Argumentation*, Dialectique, 4\*, Log. mégarico-
stoïcienne*, Órganon, Réfutations sophistiques*, Paradoxe, Ah*, Réfutation, Ah*, Sophisme, Ah*.

è Termes connexes : Argument, Typ., Arg. dialectique*, Autocontradiction*; Dialectique*, Sophisme, Typ.*.

ERREUR

è Étymol. : du latin error, dérivé de errare (= errer, course à l’aventure).

1\ Dans la terminologie usuelle de la philosophie, dénote toute forme d’illusion, tromperie ou fausse
représentation due à diverses circonstances (l’erreur des sens, l’erreur morale, de droit, logique,…).

161
L’expression d’erreur de logique fait référence à l’usage de l’entendement contre les règles logiques*
(celles de l’identité*, de la non-contradiction*, du tiers exclu*,…)1. V. Faux*.

» Sur l’erreur des sens ou perceptive, v. A priori, Ah*.

2\ En un sens plus strict, terme d’épistémologie désignant le fait de juger vraie ou fausse une proposition*
ou une thèse* qui ne l’est pas objectivement, ou de juger valide* un raisonnement* qui est non valide. On
parle d’un mensonge lorsque cette erreur est produite dans un but fallacieux (v. Sophisme*).

L’erreur ne s’oppose pas à la certitude étant donné que l’erreur est possible même si un individu est
subjectivement convaincu du contraire. La certitude (au sens moderne) renvoie à un phénomène
essentiellement subjectif, alors que l’erreur se rattache davantage à la considération objective des
choses (il est possible d’être certain que la théorie héliocentrique est vraie, alors qu’elle est objectivement
fausse et que ce jugement est en ce sens une erreur).

Ainsi, l’erreur s’oppose plus directement à la vérité* et peut se définir en rapport avec ce concept
comme le fait de juger vraie (ou fausse) une proposition dont le contenu n’est pas adéquat* (ou est
adéquat) à la réalité objective.

è Termes connexes : Adéquation*, Évidence*, Faux*, Jugement, Ah*, Sophistique*, Validité*, Vérité*.
_________________________
1. Voir Guibet Lafaye, C., «Erreur», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du
CNRS, 2013 (2006), p. 264.

ESPÈCE

è Étymol. : du latin species (= regard, aspect s’offrant à la vue), dérivé de specere (= regarder), qui traduit le grec
eîdos (= forme, signifiant lui aussi primitivement voir, regarder)1.

L’espèce est l’un des cinq prédicables* ou catégorèmes* de la logique traditionnelle*, soit l’un des modes
selon lequel un prédicat* peut être rapporté à un sujet (v. Prédicat, Typ.*, Arbre de Porphyre*).

Au point de vue de l’extension*, l’espèce est l’élément d’une classification ou une classe* qui est
directement subordonné au genre*, c’est-à-dire celui dont l’extension est immédiatement inférieure à
celle du genre. L’espèce est elle-même un genre si d’autres espèces d’extension inférieure se rangent
sous elle. Si tel n’est pas le cas, si l’espèce n’est plus un élément intermédiaire, celle-ci est dite
spécialissime et se compose immédiatement de sujets individuels.

Au point de vue de l’intension*, l’espèce est un prédicable* qui se rapporte de manière nécessaire* à des
sujets* individuels quant à la totalité de leur essence* spécifique (v. In quid*). Elle exprime autrement dit
les attributs* que des sujets de même espèce partagent en commun*, attributs qui forment la différence
spécifique*. La différence spécifique, qui fonde l’espèce, établit donc une distinction précise entre des
classes de sujets n’ayant pas entre elles de différences génériques, et celle-ci figure, après le genre, dans
la définition* du sujet, dans la mesure où l’espèce forme une partie essentielle de l’intension* du concept*
de ce sujet (v. Concept*, Définition*).

L’espèce est le prédicable dont l’extension est immédiatement plus petite que le genre*. Elle regroupe
des classes d’individus qui partagent en commun* les propriétés du genre, mais qui diffèrent entre elles
selon certaines propriétés spécifiques. La scolastique* dénomma l’espèce (de même que le genre)
prædicatum in quid* (v. Quiddité*). Au rebours du genre qui ne répond que partiellement à la question
de savoir ce qu’est un sujet (v. Genre*, Définition*), l’espèce circonscrit totalement l’ensemble* des
propriétés que possède le sujet en tant que «sous-classe» de ce genre.

162
Par exemple, les lorisiformes, lémuriformes, tarsiiformes et anthropoïdes sont des espèces du genre
primate. Ces classes de sujets partagent de fait un certain nombre d’attributs qui définissent partiellement
et de manière plus générale leur essence en tant que primate (arboricole, mains préhensiles, cerveau
développé, dentition diphyodonte et hétérodonte,…). La différence spécifique* identifie des caractères
qui définissent quant à eux spécifiquement et entièrement l’essence respectivement de chaque espèce
(lorisiformes, lémuriformes, tarsiiformes, anthropoïdes). V. Différence spéc.* et Genre*.

L’espèce est précisément ce qu’exprime une définition par l’identification du genre* (prochain) et de la
différence spécifique* (v. Définition*).

- L’espèce spécialissime (infima species*)

L’espèce spécialissime (to eidikotaton chez Porphyre de Tyr [IIIe s.], traduit par infima species*, species
infima ou encore species specialissima en latin) est l’espèce qui n’est qu’espèce, c’est-à-dire qui ne peut
pas être un genre sous lequel se rangeraient des espèces encore plus particulières ou des concepts
d’extension* encore plus petite. Autrement dit, une espèce spécialissime ou dont l’extension est minimale
ne peut plus être différente. Ce genre d’espèce correspond à la substance première chez Aristote et à la
notion d’individu chez G. W. Leibniz (pour qui l’individu est à lui-même comme sa propre espèce, au sens
où il possède une essence unique)2.

L’impossibilité d’une régression à l’infini dans l’ordre de la divisibilité des espèces est une contrainte
logique à la reconnaissance de l’existence d’une telle espèce spécialissime3. En principe, la réduction de
l’extension* de l’espèce (autrement dit la progression dans la spécialisation, dans la multiplication des
sous-espèces) croît en proportion inverse avec le nombre de prédicats accidentels communs*. À titre
d’exemple, le perroquet en tant qu’espèce partage un certain nombre de caractères essentiels du fait
de son appartenance* au genre oiseau (il est ovipare, pourvu de plumes et d’un bec,…). Si le perroquet
est à son tour considéré en tant que genre sous lequel se rangent par exemple en autant d’espèces
d’extension plus restreinte les différentes races connues (le cacatoès, ara, gris du Gabon, amazone,…),
cette avancée dans la spécialisation implique la prise en compte de caractères de plus en plus
contingents (la répartition géographique, poids, cycles de reproduction,…), lesquels caractères finissent
par n’affecter réellement que les individus ou les toutes petites classes d’individus.

L’être humain constitue une espèce spécialissime, et non pas un genre4.

Pour une représentation schématique des cinq prédicables, v. Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq
prédicables*. Porphyre intégra l’espèce à sa liste des prédicables étant donné qu’il avait réhabilité,
contre l’esprit de la tradition aristotélicienne, la proposition singulière*, l’espèce spécialissime représentant
alors un type de prédicat sous lequel les sujets individuels se rangent directement5.

- Analyse historique

Le néo-platonicien Porphyre de Tyr (Isagogè*, 268-270) définit l’espèce dans ces termes: c’est «l’attribut
qui s’applique essentiellement à une pluralité de termes différant entre eux spécifiquement», et Victorinus
Afer (Traité contre Arius - Adversus Arium [v. 360]) : «Tout être (esse) a une species inséparable, ou plutôt la
species même est la substance même, non que la species soit antérieure à ce qu’est l’être, mais parce
que la species rend défini ce qui est l’être» (1, 19). Dans son commentaire de l’Isagogè, Boèce (In
Porphyrium commentatiorum, début VIe s.) pour sa part dénomma species «la forme (forma) de chaque
chose, qui résulte de la réunion d’accidents […]. Ce qui est la forme de chaque individu, ce n’est pas la
species qui vient d’une certaine forme substantielle (forma substantialis) mais celle qui vient des
accidents. Autre en effet est la species de la forme substantielle, qu’on nomme humanité, celle-ci n’est
pas pour ainsi dire «rangée» sous l’animal, mais comme la qualité même qui montre la substance ; elle est
différente et de celle qui est implantée accidentellement dans le corps de chacun, et de celle qui divise
le genre en parties6».

163
è Termes connexes : Classe*, Différence spéc.*, Définition, La structure logique de la déf.*, Distinction*, Essence*,
Genre*; In quid*, Intension*, Prédicat, Typ., Pr. formel et pr. matériel*, Propriété*.
_________________________
1. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 116.
2. De Gaudemar, M., Le Vocabulaire de Leibniz, Paris, Ellipses, 2001, pp. 15-16.
3. Voir Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ.
Laval, 2006, pp. 218-220.
4. L’espèce est considérée dans les sciences du vivant comme le taxon fondamental. Elle se définit par la capacité
d’un groupe d’individus à se reproduire entre eux et d’engendrer une descendance elle-même reproductible. Les
«races» humaines ne peuvent être considérées comme des sous-espèces dans la mesure où elles peuvent toutes se
reproduire entre elles. V. aussi Thibaudeau, op. cit., p. 220, n. 30.
5. Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 124.
6. Fontanier, J.-M., «Species», op. cit., p. 117.

ESPÈCE SPÉCIALISSIME " Espèce, L’esp. spéc.*, Arbre de Porphyre*, Genre, Typ., Genre suprême*

ESSENCE, ESSENTIEL
ou quiddité*, substance*, nature

è Étymol. : emprunt au latin essentia (de esse = être [qui traduit le grec eînai], au sens de ce par quoi les substances*
[ens, quod est] sont1), qui traduit le grec ousía2 (dont substantia fut aussi une traduction canonique).

1\ Terme de métaphysique dans les traditions grecque et latine servant à désigner l’ensemble* des
déterminations indispensables pour qu’une substance* (une chose) soit ce qu’elle est. Un caractère est
essentiel lorsqu’il est constitutif de la substance, c’est-à-dire lorsqu’il se rapporte à elle de manière à ce
que celle-ci ne puisse en être privée d’aucune manière sans perdre du coup son identité propre.
Synonyme de quiddité*3, nature4, s’oppose à accident* (qui réfère à la substance par hasard* et sans
nécessité) et est traditionnellement distinguée de l’existence (l’essence d’une substance est
indépendante du fait, pour celle-ci, d’exister ou non, v. infra)5.

On appelle essentialisme (depuis Foulquié, 1946) toute position philosophique qui pose la primauté de
l’essence sur l’existence. S’oppose à existentialisme.

V. Quiddité*, Accident*, Nécessaire* et Contingent*.

2\ En logique traditionnelle*, les caractères essentiels forment l’intension* (ou signification*, connotation*)
d’un concept* et entrent dans sa définition*.

À ce sujet, on se reportera à Définition* et Intension*.

3\ En métaphysique et en logique traditionnelle*, dans le contexte particulier de la théorie des


prédicables*, l’essence correspond aux genre*, l’espèce* et la différence spécifique*, lesquels
catégorèmes* affirment, en partie ou en totalité, des attributs constitutifs du sujet*. Le prédicable du
propre* est quant à lui un accident*, mais qui affecte nécessairement* un individu considéré sur le plan
de son essence (v. Propre*) - seul l’accident commun* est accidentel au sens de pure contingence*.

On consultera Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq prédicables*, Genre*, Espèce*, Propre* et
Accident commun*.

» Sur les difficultés que représente la recherche des essences, v. Concept, Intension subjective et
objective*.

- Analyse historique

Le concept latin d’essentia, dont celui d’essence en français est la translittération, traduit le grec
polysémique d’ousía. Cet horizon sémantique originel, celui que relaya pour l’essentiel la tradition
philosophique pendant des siècles (depuis Boèce, fin Ve - début VIe s. 2), on le retrouve déjà présupposé
chez Socrate (sous l’angle de la recherche de la définition* universelle [v. Définition, Ah*, Accident, Ah* et
Raisonnement, Typ. 1, Rais. inductif*]) et sous la plume de son ancien élève Platon, chez qui l’essence prit
spécifiquement la forme du prototype intelligible qu’est l’Idée an regard des choses multiples du monde
sensible (v. Concept, Ah*). C’est à Aristote cependant qu’il revient le mérite d’avoir fixé pour la longue

164
histoire de la philosophie occidentale la conception canonique de l’essence. Le Stagirite usa de diverses
expressions que traduit indifféremment le terme d’essence : celle d’ousía (aussi traduit par substantia en
latin et substance en français [v. Substance, Étymol.*]), ti esti (= ce que c’est) et tó ti èn eînai
(littéralement = ce qu’il a été donné d’être, ce que c’était que d’être, ou encore «ce par quoi un être est
ce qu’il est [chez T. d’Aquin, XIIIe s. : «hoc per quod aliquid habet esse quod» ]), connotant l’idée
générale d’une nature ou d’un ensemble de caractères constitutifs de quelque chose, c’est-à-dire l’idée
de ce que c’est pour une chose que d’être ce qu’elle est. Les réflexions du Maître exposées au livre Z de
ses Métaphysiques situent le concept d’essence sous plusieurs angles, à savoir ceux de la forme, de la
matière et du composé forme-matière (v. 3, 1029a27-33). Si l’ousía entendue comme substance* convient
mieux en réalité pour désigner le composé (v. Δ, 8, 1017b10-12), l’ousía au sens d’essence renvoie en
général, en première dimension, autant à la forme qu’à la matière en tant qu’elles sont toutes les deux
causes de la substance (1017b14-18) et spécifiquement, par ailleurs, à la forme, en tant que c’est elle qui,
proprement, constitue sa cause finale définitive.

* C’est en ce sens qu’il ne faut pas confondre chez Aristote les termes de substance et d’essence, qui ne
sont pas des équivalents sémantiques stricts (l’essence signifiant précisément ce qu’est la substance),
bien que l’usage que le philosophe fit du terme d’ousía laisse planer un certain flottement. S’ajoute à
cette difficulté d’interprétation le double sens qui affecte le terme d’ousía dans les Catégories*, où
Aristote fit de la substance le premier des dix genres d’attribution (genê tôn katēgori) ou manière
universelle de prédiquer un sujet (v. Catégorie, 3\*), et où les significations des termes de substance et
d’essence semblent se confondre (les neuf autres modes étant accidentels et ne subsistant pas par eux-
mêmes, par différence d’avec la première – l’ambiguïté subsista encore chez Boèce dans sa traduction
des Catégories*, où le terme d’ousía est systématiquement traduit par substantia)6.

Dans son texte de métaphysique De l’être et de l’essence (De ente et essentia, 1254-1256), T. d’Aquin
donna de l’essence la définition suivante : ce par quoi quelque chose a d’être [un] quelque chose (quod
quid erat esse) (1, 3, trad. de Libera)7. La formule traduit également l’expression aristotélicienne ti esti (le
cela qui est, v. Quiddité, étymol*).

» Sur le statut ontologique des essences (entendues comme des universaux*), on se reportera
spécifiquement à Concept, Le statut d’existence des concepts* et Querelle des universaux*.

» Sur la reconnaissance par Descartes de la distinction classique entre attributs essentiels (auxquels
correspondent les idées innées) et propriétés accidentelles ou contingentes (rapportées aux organes des
sens), on consultera Accident, Ah*.

Il est coutume de considérer que le terme d’essentia ne pénétra dans la terminologie philosophique latine
qu’avec A. d’Hippone (De la Trinité, 5, 2, 3) à la fin du IVe s. Cependant, Quintilien (1er s.) dit le retrouver
déjà chez Plaute, et Sénèque chez Cicéron8 - bien qu’il semblerait qu’on ne trouve aucune occurrence
du terme dans les écrits de ce dernier9. À l’époque d’Augustin, le terme d’essentia était concurrencé par
celui de substantia, qui traduisait l’upostasis de Porphyre de Tyr. Le terme français d’essence apparut au
XIIe s. (en 1130).

Dans la tradition médiévale, l’essentia (au sens aristotélicien d’ousía) est rapportée prioritairement à la
question quid sit (qu’est-ce que c’est? c’est quoi?) (v. Quiddité*), laquelle se distingue de la question an
sit (est-ce que c’est? il est?)10. Bien que l’essence d’une substance soit classiquement distinguée du fait,
pour cette substance, d’exister, il est une plus ancienne tradition qui remonte au rhéteur latin Quintilien au
1er s. (Institution oratoire), et que partagea encore Boèce, qui rapprochait plutôt l’ousía de la question an
sit, assimilant de la sorte l’essence à l’existence11 (à ce sujet, v. section Essence et existence, infra).

- Essence, accident, nécessité et contingence

Il est devenu usuel d’établir un parallèle étroit entre, d’une part, le binôme essence\accident, et d’autre
part, celui de nécessité*\contingence*. De façon générale, pour une substance* ou un sujet*, on
considère qu’un caractère essentiel est nécessaire dans la mesure où celui-ci ne pourrait pas ne pas lui
appartenir, et qu’un caractère accidentel est contingent* dans la mesure où, bien que celui-ci affecte
effectivement la chose, pourrait très bien ne pas l’affecter sans que cela ne compromette pour autant
son identité ou sa nature. Par exemple, le concept d’homme apparaît comme prédicable du sujet
Socrate sur un mode nécessaire : il apparaît en effet impossible de penser que Socrate puisse ne pas
partager ce prédicat ou qu’il ne reçoive effectivement pas cette attribution de l’humanité sans par
ailleurs cesser d’être ce qu’il est. De la même façon, il est intuitif d’envisager comme possible de ne pas

165
prédiquer le sujet Socrate de la citoyenneté athénienne par exemple, ou du fait d’être en train de
converser avec un esclave, sans que cela ne change quoi que ce soit à ce qui fait que Socrate est
Socrate.

Cependant, il faut se garder de considérer ce parallèle trop étroitement. En effet, il existe une forme de
prédicat à la fois accidentel et nécessaire : c’est le propre*, l’un des cinq prédicables de la logique
traditionnelle*. À ce propos, v. Propre* et Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq prédicables*.

- Essence et existence

Lorsqu’Aristote définit l’ousía, la frontière qui sépare ce concept de celui d’existence (le fait d’être, pour
cette substance) n’est jamais explicitement établie. Il n’y a pas de terme grec qui dénote précisément le
fait pour une chose d’exister ou d’être réelle, et il n’y a pas non plus d’emplois spéciaux du terme
d’essence qui s’y rattache expressément chez Aristote. Celui-ci utilisa le terme d’eînai au sens d’être,
d’être le cas que, exister et il y a. Le terme d’ousía, qui fut rendu par celui d’essentia, connote
prioritairement l’idée d’une réalité subsistante par elle-même (de là sa traduction latine concurrente par
substantia), réalité qui existe en soi, versus les accidents*, qui ne peuvent exister par eux-mêmes. Le terme
latin realitas ne sera pas présenté comme la traduction d’un équivalent sémantique grec particulier. La
langue grecque ne distinguait en fait qu’entre «être» et «non-être» : ainsi, entre autres exemples, lorsque
Platon affirma que le sensible n’est pas, cela ne signifie pas que le sensible n’existe pas, mais plutôt que
celui-ci est privé de l’être ou des propriétés de ce qui est (par exemple, chez Platon, la permanence,
l’éternité [aión, qui s’oppose à khrónos = temps12], identité à soi, etc.).

En cherchant, on peut toutefois trouver à l’occasion quelques tentatives de distinction entre essence et
existence chez les Grecs, mais il semble que celles-ci soient occasionnelles et n’avoir jamais été l’objet
d’une réflexion systématique - comme beaucoup plus tard chez les scolastiques*. La seule ébauche
notable qui fait peut-être exception est celle d’Aristote dans ses Réfutations sophistiques où il distingua
entre être telle chose (l’être prédicatif) et être tout court (5, 167a2) (il n’est pas inintéressant de souligner
que ce soit dans un écrit de logique qu’Aristote évoque cette distinction et non pas dans un texte de
métaphysique). Le philosophe et auteur latin Sénèque (1er s.) usa plus tard de l’expression latine esse quid
pour désigner à la fois le fait, pour une chose, d’être quelque chose et non quelque chose d’autre (=
essence) et d’être quelque chose et non rien (= existence)13.

Le verbe exister est donc à proprement parler une invention latine (ex-sistere = se dresser hors de, sortir de,
naître de). Son usage devint seulement fréquent à partir de Chalcidius (IVe s.) dans sa traduction et
commentaire du Timée de Platon14 (composé peut-être v. 380), terme que le néo-platonicien préféra à
ceux d’ens (= étant, employé par Victorinus Afer et Boèce15) et esse (= être) pour traduire le grec on et
eînai (dont on est le participe présent) - le philosophe latin Sénèque (1er s.) avait utilisé pour sa part la
périphrase quod est (= ce qui est) pour traduire to on, expression que reprit Boèce dans ses écrits
théologiques16. La distinction entre essentia et existentia ne fut cependant explicitement posée qu’à partir
de T. d’Aquin au XIIIe s. (De ente et essentia, 1254-1256) et ses successeurs (tel Gilles de Rome).

À l’époque contemporaine, le penseur allemand M. Heidegger jugea que l’emploi du terme d’existence
est plus apte que ceux d’essentia ou substantia à rendre la dynamique d’apparition propre à l’eînai
grec17 (le maître de Todtnauberg vit de la même manière la traduction du grec phusis par natura et
nature un regrettable détournement métaphysique de sens18).

è Termes connexes : Accident*, Concept, Le statut d’existence des concepts*, Définition*, Différence spéc.*; Espèce*,
Genre*, In quid*, Intension*, Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq prédicables*, Proposition*, Propre*, Querelle des
universaux*, Quiddité*, Quoddité*, Sophisme, Typ. Soph. de l’accident*, Sujet*, Universel*.
_________________________
1. La distinction entre les choses ou substances concrètes elles-mêmes (les choses qui sont = id quod est) et le fait pour
celles-ci d’être (= esse) est due à Boèce.
2. La traduction d’ousía par essentia est redevable à Boèce et fut reprise par T. d’Aquin dans De l'être et de l'essence
(1254-1256), c. 1, 2 s.
3. Voir T. d’Aquin, op. cit.,, c. 1, 30 s.
4. Ibid., c. 1, 45 s.
5. Au sujet de ces nuances sémantiques d’origine scolastique*, on consultera E. Wéber, «Esse, essential ; subsistere,
subsistentia ; existere, existential» [lat. méd.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 855-856.
6. Lambert, M. «Essence – philosophie médiévale», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In
Extenso, Éd. du CNRS, 2013 (2006), p. 277.

166
7. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, pp. 106-107.
8. Lambert, M. op. cit., p. 277.
9. Fontanier, J.-M., op. cit., p. 60.
10. Dans la tradition de la rhétorique classique, il existait trois questions fondamentales: an sit? (qui porte sur l’existence,
l’«anitas»), quid sit? et quale sit? (quel il est?) (v. M. Capella, Rhétorique, § 444). Le vocable d’anitas fut forgé pour
traduire le terme avicennien d’anniyya (le-s’il-est), qui fut repris par maître Eckhart (dans son Exposition libri Exodi). V.
Fontanier, op. cit., p. 25.
11. Fontanier, J.-M., op. cit., pp. 61-62.
12. Timée, 37 d-e.
13. Ibid., p. 106.
14. Commentaire au Timée de Platon (titre latin : Timæus a Calcidio translatus commentarioque instructus).
15. Spécifiquement dans son commentaire de l’Isagogè de Porphyre [In Porphyrium commentatiorum]), début VIe s.
16. Ibid., «Quod est», p. 106.
17. Heidegger, M., Qu'appelle-t-on penser? (Was heißt Denken?) (1951-1952), trad. Becker, A., et Granel, G., Paris, PUF,
1959, 2, 11. V. Fontanier, op. cit., p. 64.
12. Voir Heidegger, M., Introduction à la métaphysique (Die Grundbegriffe der Metaphysik, 1929-1930), Paris, Gallimard,
coll. Tel, 1980, p. 26 sqq.
18. Sur le concept d’essence chez Heidegger (comme «mode de déploiement ontologico-historial»), voir Vaysse, J.-M.,
«Essence - ontologie», dans Dict. des concepts philos., op. cit., p. 277.

ÉTANT ESPÈCE " Essence, Essence et existence*


ÉTENDUE " Extension
ÊTRE " Essence, Essence et existence*

ÉVIDENCE

è Étymol. : terme qui provient du latin evidentia (de evidens = clarté, visible de loin, qui s’impose clairement à l’esprit)
et du latin per se nota. Le terme d’evidentia est un néologisme cicéronien.

Terme d’épistémologie désignant le fait, pour la valeur de vérité* d’une proposition*, de s’imposer à
l’esprit immédiatement avec certitude. Corrélatif sémantique d’apodictique*.

La vérité ou fausseté d’une proposition* est évidente lorsque celle-ci se présente à l’esprit de manière
telle qu’elle entraîne immédiatement l’adhésion. Les propositions évidentes sont certaines, mais toutes les
propositions certaines ne sont pas évidentes : la certitude des propositions évidentes provient du fait que
leur valeur de vérité se présente sans le détour d’une démonstration* ou d’une inférence médiate* en
général (en général, puisque les stoïciens eurent un concept de démonstration lié à la notion d’évidence,
v. Démonstration, Ah*).

Le terme d’évidence correspond, en logique traditionnelle*, à la qualité de la vérité des axiomes* (v.
l’article) et des prémisses* dans un syllogisme démonstratif* (v. l’article, Ah*).

» Sur l’évincement de l’évidence logique dans les entreprises contemporaines d’axiomatisation, v.


Axiomatique, axiomatisation, Ah*.

- Analyse historique

En marge de la tradition de la logique aristotélicienne*, la tradition philosophique offrit luxuriance de


théories de l’évidence1. Pour l’empirisme* classique en général, ne sont réellement évidents que les data
de sensation immédiatement rapportés à la conscience, que ceux-ci renvoient ou non à la réalité
matérielle (tel que le fit valoir par exemple B. A. W. Russell - sur cette question du matérialisme et de
l’immatérialisme empirique, v. Empirisme, empirique, Ah*). Par exemple, le fait de ressentir une douleur est
vécu comme une évidence par la personne qui pâtit. Le logicien américain W. V. O. Quine réduisit le
concept d’évidence à la stimulation des sens par les objets du monde extérieur2. Ainsi, seules les
propositions a posteriori* jouissent de cette prérogative de l’évidence. Cette approche de l’évidence est
usuellement associée à l’expression d’évidence sensible.

Le rationalisme mit pour sa part l’accent sur le fait que l’évidence est le résultat d’un jugement* porté par
l’individu sur ce qui lui apparaît – position philosophique à laquelle se renvoie le concept d’évidence
rationnelle. C’est R. Descartes (Le Discours de la méthode, 1637), tout admiratif que fut celui-ci de la
certitude et l’évidence des raisons dans le registre des mathématiques, qui fit précisément de l’évidence

167
l’authentique critère de la vérité3. La première règle de sa méthode s’énonce comme suit, à savoir de
«ne recevoir jamais aucune chose pour vraie tant que [l’] esprit ne l'aura clairement et distinctement
assimilée préalablement» - règle qui s’oppose directement au formalisme logique de l’École4 que
Descartes jugeait éloignée du critère de l’évidence immédiate5 et pour cette raison abstruse, sujette à
l’erreur* et inféconde. Les données de l’expérience furent systématiquement rejetées au terme de la
Première méditation métaphysique, celles-ci n’étant que des tromperies privées de toute forme
d’évidence. Dans la Troisième méditation, Descartes fit aussi de l’évidence le critère en vertu duquel se
reconnaît l’innéité des idées ou pensées (par opposition aux idées adventices et factices) : toutes les
idées évidentes par elles-mêmes ou connues par soi (per se notum) sont la marque des essences* vraies,
éternelles et immuables immanentes à l’âme dès la naissance (v. Méd. métaph., Trois. méd. V. aussi Les
principes de la philosophie [1644, 1647], 1, 50, où Descartes appela notions communes les idées innées,
en s’inspirant sans doute de l’expression d’Euclide : koinai ennoiai).

Plusieurs points de vue contemporains font valoir le rôle du sujet connaissant dans le phénomène de
l’évidence6. G. W. Leibniz par exemple jugea insuffisant le recours à la seule évidence aux fins de la
préservation contre l’erreur*, à son avis résultat d’une confiance aveugle accordée aux lumières
naturelles de la raison et préférant le soutient véritable d’une logique formelle* au sein de laquelle la
validité des raisonnements peut être garantie par la rigueur implacable d’un calcul (v. Calcul log.* et Cal.
ratiocinator*)7.

La tradition sceptique (S. Empiricus notamment, fin IIe s.) déploya quant à elle fort énergie à montrer qu’il
n’existe pas d’évidences, ni sur le plan de ce qui se rapporte à l’empirique, ni même sur le plan de la
rationalité.

è Termes connexes : Anhypothétique*, Apodictique*, Axiome*, Empirisme, Ah*, Jugement*, Syllogisme, Typ.1, Syl.
dém., Ah*, Valeur de vérité*; Vérité*.
_________________________
1. Kelly, T., «Evidence», dans The Stanford Encycl. of Phil.
2. Voir Quine, W. V. O., «Epistemology Naturalized», dans Ontological Relativity and Other Essays, Columbia Univ. Press,
New York, 1968, p. 75.
3. Le Ru, V., «Évidence», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso,
Éd. du CNRS, 2013 (2006), p. 298.
4. J.-M. Muglioni, «Évidence [philo. géné.]», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 908.
5. Dans sa Réponse à la seconde objection, Descartes se défendit d’avoir tiré d’un syllogisme la vérité du cogito,
signifiant que la vérité du Je pense, donc je suis, première entre toutes et dont laquelle tout dépend, n’est en aucun
cas déduite, c’est-à-dire établie médiatement, mais plutôt donnée avec une évidence absolument immédiate (E.
Faye, «Subjectivité» [philo. géné.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol.
II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 2478).
6. Kelly, T., Op cit.
7. Voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 218-219, qui cite G. W.
Leibniz.

ÉVIDENCE DE L’ABSENCE " Modus tollens*


EXCUSION " Inclusion*
EX CONTRADICTIONE SEQUITUR QUODLIBET " Ex falso quodlibet*

EX FALSO QUODLIBET
EFQ, Ex contradictione sequitur quodlibet, Ex falso sequitur quodlibet, principe de Pseudo-Scot, principe de
l’explosion, règle du faux

Expression latine médiévale qui exprime l’idée qu’à partir d’une proposition* fausse* (ou de propositions
contradictoires*) n’importe quoi s’ensuit logiquement, c’est-à-dire que n’importe quelle conclusion peut
être déduite. Son expression symbolique contemporaine est : ¬p è (p è q).

Les expressions latines d’ex falso quodlibet et ex contradictione sequitur quodlibet signifient
respectivement, sur le plan littéral, du faux n’importe quoi et d’une contradiction suit n’importe quoi. Le
principe est redevable au Pseudo-Scot, qui le formula dans ces termes : «(…) D’une proposition
quelconque qui implique une contradiction formelle, il s’ensuit par une conséquence formelle une autre
proposition quelconque1».

168
Le principe est également dénommé principe de l’explosion*. Il peut être exprimé formellement ainsi : ⊥
⇒ P (= une contradiction implique n’importe quelle proposition) (v. Implication matérielle, Ah*). Le
principe EFQ est accepté en logique intuitionniste*, mais rejeté dans la logique minimale* de I. Johansson
(1936).

V. Raisonnement, Typ. 2, Rais. A contrario, 1\*.


_________________________
1. «(…) ad quamlibet propositionem implicantem contradictionem de forma, sequitur quælibet alia propositio in
consequentia formali», in J. D. Scot, Opera Omnia, Hildesheim, Georg Olms Verlag, 1968, vol. 1, p. 288.

EXISTENCE " Quantificateur, Typ., La quant. exist*, Essence, Essence et existence*

EXPLICATION

è Étymol. : du latin explicatio (= action de présenter clairement), dérivé du verbe explicare (= dérouler, déployer,
déplier).

Une explication est traditionnellement conçue comme un raisonnement* ou formalisme finalisé par la
mise en évidence de la cause* d’un phénomène ou d’une chose et la compréhension (1\*) de son
pourquoi (dioti, to katό). Ce qui est admissible comme explication pour certaines approches de la
philosophie ne l’est pas nécessairement pour d’autres, selon la légitimité accordée aux causes de type
métaphysique, théologique, psychologique, physique ou mécaniste, téléologique, etc. On appelle
traditionnellement explanandum la chose expliquée et explanans le raisonnement ou formalisme offert
en guise d’explication1.

- Analyse historique

La première théorie opératoire de l’explication fut donnée par Aristote, chez qui l’exercice explicatif se
réduit à la production d’un syllogisme démonstratif* ou scientifique, c’est-à-dire une déduction de type
syllogistique constituée de prémisses* où le moyen terme* identifie la cause* (= explanans) et dont la
conclusion* correspond à l’effet expliqué (= explanandum). Cette association entre explication et
démonstration* est si étroite qu’Aristote dénomma cause (aitía) le lien de nécessité logique unissant la
conséquence* aux prémisses dont elle découle (en Sec. anal., II, 94a 20-95 a9) (v. Cause, \3*). La théorie
d’Aristote fut l’objet d’analyses approfondies de la part des Médiévaux, qui distinguèrent deux formes de
démonstration, 1\ propter quid* ou essentielle, à l’origine du concept d’a priori*, et 2\ quia ou a
posteiori*, assimilant l’explication à la première forme dans la mesure où celle-ci constitue une «preuve
par la cause» (per causam), c’est-à-dire une monstration de la cause qui met en exergue le pourquoi
d’un effet donné, la démonstration quia, preuve per effectum (remontant de l’effet à la cause),
n’explique rien.

À ce sujet, on se reportera à Démonstration, Typ.*, en particulier Dém. propter quid*. V. aussi Définition,
Typ., Définition causale*.

» Sur la doctrine des quatre causes chez Aristote (qui sont autant de manière d’expliquer une substance* -
par la forme, la matière, l’action mécanique et la fin), on consultera Définition, sect. Diff. spécifique et typ.
quadripartite des causes arist.*

Si la théorie aristotélicienne de l’explication et son articulation scolastique* sont aujourd’hui frappées


d'obsolescence, celles-ci restent les formes ancestrales du modèle nomologico-déductif2 moderne (dont
le libellé théorique remonte aux Français Ch. B. Renouvier [Essais de critique générale, I. Traité de logique
générale et de logique formelle, 1854-1864] et E. Goblot [Traité de logique, 1918]3, ainsi qu’au néo-
positiviste allemand C. G. Hempel - qui fut retenu comme modèle standard de l’explication scientifique
au milieu du XXe s.).

Les définitions contemporaines du concept d’explication sont multiples, variant selon les diverses écoles et
domaines de la philosophie et de l’épistémologie des sciences (réalisme, antiréalisme, constructivisme,
sciences de la nature, sciences humaines, sciences cognitives, philosophie du langage ordinaire,…4).
Certains remettent en question par exemple l’idée que l’explication soit orientée vers la cause, préférant
l’idée générale d’un accroissement d’intelligibilité (par l’insertion de l’explanandum dans une théorie ou
un formalisme) ou plus radicalement que l’explication soit elle-même une chose possible, au motif que les

169
lois scientifiques ne seraient que des constructions destinées non pas à expliquer, mais à décrire, calculer
et prédire les phénomènes5 - telle la loi d’attraction universelle de Newton, qui n’hasarde aucune
hypothèse quant à la cause de la gravité -, la notion classique d’explication pouvant apparaître comme
un reliquat de la tradition métaphysique.

Quoiqu’il en soit, il est pertinent, philosophiquement, de distinguer en général l’explication de


l’argumentation*, laquelle n’a pas pour objectif de répondre à la question pourquoi, mais de justifier* ou
valider* une proposition* ou une thèse*, c’est-à-dire démontrer en quoi celle-ci est vraie (quitte à ne rien
savoir des causes des choses sur lesquelles elles portent). Lorsqu’un raisonnement est utilisé aux fins de la
justification d’une thèse, il constitue un argument* (on consultera Argument, 2\*). On peut mettre en
parallèle la distinction entre raisonnements explicatifs et justificatifs avec la différence classique entre
jugements de fait* et jugements de valeur*. Lorsqu’une conclusion fait référence à une situation qui se
rapporte au monde empirique*, ce qui est ordinairement donné (selon un certain point de vue, tenant
compte de ce qui précède) est une série de propositions visant à faire comprendre ce qu’il en est de
cette situation factuelle, à donner ses causes et répondre à son pourquoi. Par contre, dans le domaine
des valeurs ou du registre du devoir être, ce qui est donné est plutôt une série de propositions visant à
justifier la raison pour laquelle telle chose devrait ou ne devrait pas être le cas (à ce sujet, on se reportera
à Jugement, Typ., Jug. de fait et jug. de valeur*).

è Termes connexes : Analyse, 1\*, Argument*, Définition, Typ., Diff. spécifique et typ. quadripartite des causes arist. et
Déf. Causale*, Démonstration, Typ.*, Jugement, Typ., Jug. de fait et Jug. de valeur*, Raisonnement*, Syllogisme, Typ.,
Syl. démonstratif*.
_________________________
1. Cette distinction classique fut reprise et explicitée par les néo-positivistes allemands C. G. Hempel et P. Oppenheim
(1948), l’explanans désignant ce qui répond à la question pourquoi, l’explanandum le quoi qu’il s’agit d’expliquer, le
phénomène explanandum le phénomène à expliquer, la proposition explanandum l’énoncé décrivant le phénomène
et propositions explanans les énoncés qui constituent l’explication à partir des conditions initiales de l’expérience et des
lois générales qui les sursument (cela se rapporte à l’interprétation nomologico-déductive de l’explication, v. n. 2,
infra). On pourra consulter R. Abel, «What is an Explanandum?», dans Pacific Philo. Quaterly, 1982, 63, no 1, pp. 86-92.
2. Le modèle nomologico-déductif ou déductif-nomologique énonce que l’explication scientifique (dans tous ses
domaines) repose sur un procédé où les conditions expérimentales se raccordent à des lois générales desquelles se
déduisent ensuite des faits individuels engendrés par l’expérience.
3. J. Largeault, «Explication» [philo. géné], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 931.
4. Voir : Mayes, G. R., «Theories of Explanation», dans Internet Encyclopedia of Philosophy ; Pitt, J. C., Theories of
Explanation, Oxford Univ. Press, Oxford, 1988 et Quine, W. V. O., «Epistemology Naturalized», dans Ontological Relativity
and Other Essays, Columbia Univ. Press, New York, 1968, pp. 69-90.
5. Sur cette littérature, on pourra consulter Achinstein, P., The Nature of Explanation, New York, Oxford, Oxford Univ.
Press, 1983, Apostel, L. et al., L’explication dans les sciences, Paris, Flammarion, 1973, Braithwaite, R. B., Scientific
Explanation, Cambridge, Cambridge Univ. Press, 1953 ; Hempel, C. G., Aspects of Scientific Explanation and other
Essays in the Philosophy of Science, New York, The Free Press & Londres, Collier-MacMillan, 1965 ; Lecercle, J.-J.,
L’explication scientifique, Paris, Armand Colin, 1973, Meyerson, E., De l’explication dans les sciences, 2 vol., Paris, Payot,
1921, 1927 ; Nagel, E., The Structure of Science. Problems in the Logic of Scientific Explanation, Londres, Routledge &
Kegan Paul, 1961.

EXPLICITE, EXPLICITATION

è Étymol. : du latin explicitus (= clair).

Désigne le caractère d’une proposition*, définition*, argument* ou thèse* dont le propos ou le contenu*
est identifié et exprimé de façon manifeste. S’oppose à implicite*. L’explicitation réfère pour sa part à
l’opération intellectuelle par laquelle un élément implicite* est rendu explicite.

Dans un discours* philosophique, ce qui est montré explicitement est habituellement jugé positivement,
car cela facilite l’analyse*, l’évaluation critique et la compréhension (1\*).

Un jugement analytique* est une variété de jugements ayant pour fonction d’expliciter un prédicat* déjà
contenu dans le sujet*. Cette idée tire son origine de la théorie scolastique* et leibnizienne du
prædicatum inest subjecto* (v. l’article, ainsi que Proposition, Interprétation de la prop. en intension ou en
extension*).

è Termes connexes : Analyse*, Implicite*, Jugement, Typ., Jug. anal. ; Présupposé*, Sorite*.

170
EXPONIBLE

Nom donné en logique traditionnelle* aux propositions* occultement composées.

À ce sujet, v. Proposition composée, Typ.*.

EXPORTATION (règle de l’)

En calcul propositionnel*, nomme la règle de transformation* qui fixe la manière de transformer les
propositions conditionnelles* comportant des antécédents* unis par le foncteur logique* de la
conjonction*. L’importation* est la formulation inverse de cette règle.

((p л q) è r) ≡ (p è (q è r)) règle de l’exportation


(p è (q è r)) ≡ ((p л q) è r) règle de l’importation

è Termes connexes : Règle de transformation*, Règle de l’importation*.

EXPRIMABLE " Lektón*

EXTENSION
ou dénotation*, désignation*, référence*, cadre extensionnel, valeur/portée référentielle, inclusion*,
champ d’application, anc. étendue (Logique de Port-Royal*).

è Étymol. : emprunt au latin extensio (= étendu*), dérivé du verbe extendere (= étendre).

En logique traditionnelle*, nom donné à la propriété* fondamentale d’un concept* (ou d’un terme* dans
une proposition*) de se rapporter à l’ensemble* des choses qu’il connote*. Synonyme de dénotation*,
désignation* et référence*. L’extension est une propriété inhérente au concept définit au point de vue de
sa quantité* ou étendue*, soit comme une classe (1\*) d’individus ou collection d’éléments qui partagent
un certain nombre de caractères communs et qui sont rassemblés sous son unité dans une classification*.
Un système de logique qui privilégie le concept au point de vue extensionnel est une logique des classes*
qui favorise la réduction du raisonnement* à un calcul logique* et une algébrisation de la logique* (telle
l’Algèbre de Boole*).

L’extension d’un concept est logiquement dépendante de son intension*, son corollaire logique qualitatif,
dont elle dérive : la classe des objets dénotés* par le concept dépend logiquement de ce que le
concept connote* ou désigne* (ou affecte dans une proposition* en tant que prédicable*), c’est-à-dire
que les éléments auxquels le concept fait référence sont précisément ceux qui constituent sa
signification* (v. Intension*). Le terme d’extension réfère à la généralité inhérente au concept : plus ce
dernier est général*, plus la classe des objets individuels qu’il désigne est grande. Le rapport logique entre
l’extension et l’intension d’un concept fut fixé dans la tradition de la logique par la célèbre loi de Port-
Royal*, qui énonce que ces propriétés croissent et décroissent mutuellement en sens inverse (à ce sujet,
v. Loi de Port-Royal* et Concept, Structure log. du concept*).

Logiquement, l’extension-classe d’un concept ou d’un terme dans une proposition peut être universelle*,
particulière* ou singulière*, selon que la proposition se rapporte à un ensemble complet ou partiel de
choses ou encore à une chose individuelle. Lorsque dans une proposition affirmative*, le concept est un
terme occupant le poste de prédicat*, son extension ou quantité se trouve fixée par celle qui occupe la
fonction de sujet*, alors que dans une proposition négative* (E*), son extension est totale ou universelle*1.

Le concept d’extension connote la délimitation du domaine des objets (la quantité d’objets individuels)
que le concept dénote ou auquel il se rapporte. Les objets désignés par un concept peuvent être des
entités physiques du monde empirique* (tables, arbres, mammifères, Irlandais, ondes,…), des abstractions
intellectuelles (définitions, axiomes, lois logiques, objets mathématiques,…), des réalités psychiques ou
psychologiques (désirs, craintes, motivations,…) ou encore des entités fictives (sirènes, méduses, titans,…
v. Concept, Typ.*). Les objets dénotés sont ainsi, ou bien des genres*, ou bien des individus, qu’ils soient

171
réels ou non. L’extension d’un concept ou d’un terme dans une proposition correspond donc à
l’ensemble* des objets qui partagent la même intension* ou les mêmes caractères essentiels*. Par
exemple, l’extension du concept de dictionnaire dénote la totalité des objets individuels satisfaisant
l’ensemble des propriétés qui forment l’intension du concept de dictionnaire, à savoir tous les objets
individuels qui sont des ouvrages de référence et qui contiennent l’ensemble des mots d’une langue ou
d’un domaine technique dans un ordre alphabétique. De la même manière, pour un objet moral,
l’extension du concept de courage dénote l’ensemble des actions individuelles prédiquées de la fermeté
de l’âme (exemple tiré du Lachès de Platon).

cadre extensionnel* d’un concept


(ou d’un terme en tant que prédicable)

1
| registre d’objets individuels partageant la même intension |
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Concernant particulièrement le terme interprété comme prédicable dans une proposition logique,
l’extension du genre* est toujours plus large que celle des espèces* se rangeant sous lui. Cela signifie que
le nombre d’individus inclus dans l’extension du genre primate, exempli gratia, est nécessairement
supérieur à celui inclus dans les extensions respectives des espèces diverses de primates et toujours égal à
la somme des extensions de chaque espèce.

L’extension d’un concept est logiquement déterminée par son intension. Par exemple, le domaine
d’objets du concept d’Anglais dépend directement des caractères qui définissent ce qu’est un Anglais.
S’il fait partie de l’intension du concept d’Anglais d’être un habitant de l’Angleterre, son extension sera
plus petite que s’il fait partie de son intension d’être un anglophone (les Australiens, les Américains et une
bonne part des Montréalais par exemple seraient alors inclus dans son domaine d’objets). En règle
générale - et c’est ce qu’énonce la loi de Port-Royal* -, plus l’intension d’un concept est grande (plus le
concept renferme d’attributs*), plus l’extension est petite, et vice versa ; en effet, par exemple, plus la liste
de caractères qui définissent un objet donné s’allonge, plus le registre d’objets auquel cet objet
s’applique se précise et se restreint nécessairement. Le concept d’oiseau à titre d’exemple possède une
intension relativement restreinte, puisque les attributs qui le composent se limitent aux quelques
dénominateurs communs* que partagent les oiseaux (oviparité, possessions d’ailes, de plumes, d’un
bec,…). L’extension sera donc très large, incluant logiquement la totalité des espèces d’oiseaux (les
apterygiformes, phæthontiformes, gruiformes,…). Le concept de cygne par exemple possède une
intension plus large que celle d’oiseau (puisqu’elle inclut non seulement tous les caractères ayant trait au
genre* oiseau susmentionné, mais aussi ceux plus spécifiques de plumage blanc ou noir, long cou, pattes
palmées, vie en eau douce,…), ce qui se traduit par un cadre extensionnel* considérablement plus petit
(il existe beaucoup moins de cygnes que d’oiseaux). On complétera en se reportant à Loi de Port-Royal*.

Un concept (ou un terme prédicable) peut ne pas posséder d’extension (on parle dans ce cas
d’extension nulle) tout en possédant une intension (une signification*), comme dans le cas des objets
imaginaires (à ce propos, v. Concept* et Intension*).

Cas du calcul des prédicats* : l’extension est précisément identifiée par des quantificateurs* exprimant
l’ensemble total (le quantificateur universel*) ou partiel (le quantificateur existentiel*) des objets dénotés.

» Sur l’extensivisme, v. Proposition, Interprétation de la prop. en intension et en extension* et Concept,


Structure log. du concept*. V. aussi Log. des classes*.

» Sur la quantification du prédicat et l’histoire de la quantification en logique, on consultera


Quantificateur, Ah*, Proposition, Typ., Selon la double quant. de Hamilton*, Calcul log., Ah*, Calcul des
prédicats* et Syllogisme* (les développements qui suivent immédiatement la présentation des modes de
la 4e figure).

» Sur la distinction frégéenne entre sens et dénotation, v. Dénotation*.

- Analyse historique

On est redevable aux logiciens et grammairiens français A. Arnauld et P. Nicole (Logique de Port-Royal*,
1662, 1683) pour l’introduction des notions d’extension (nommée étendue*) et d’intension* (appelée

172
compréhension, 2\*) - propriétés qu’ils attribuèrent à l’idée comprise dans son acception moderne
cartésienne. La notion possède toutefois un ancêtre médiéval, soit la notion scolastique* de partes
subjectivæ (= parties inférieures), qui désignait les individus sur lesquels le concept se distribue. Dans son
Système de logique déductive et inductive (1843), J. S. Mill usa des termes de dénotation* et
connotation* en place de ceux d’étendue* et de compréhension (2\*) employés jusqu’alors. Ainsi, les
concepts (que Mill appela noms communs) dénotent des objets et connotent des attributs - et la
proposition sert dès lors à exprimer qu’un attribut connoté par un prédicat est affirmé ou nié d’un objet
dénoté par un sujet. Le logicien anglais accorda une valeur supérieure à la connotation : ce que signifie
un concept (ou un mot) a plus d’importance que ce qu’il dénote. La critique que Mill adressa au
nominalisme* repose sur cette distinction et cette supériorité de la connotation sur la dénotation2 - cette
thèse traduit l’attachement de Mill à la tradition de la logique traditionnelle* interprétée en intension ou
comme logique attributive*, par opposition à la logique des classes* fondée quant à elle sur l’extension.

è Termes connexes : Calcul des prédicats*, Concept, Structure log. du concept et Typ.*, Définition*, Dénotation*,
Essence*, Intension*, Log. des classes*; Log. des relations*, Loi de Port-Royal*, Proposition, Interprétation de la prop. en
intension et en extension*, Quantificateur*, Prédicat*.
_________________________
1. S. Auroux, «Extension» [log.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 936.
2. Voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 250.

EXTENSIONNALITÉ " Logique extensionnelle*, Logique des classes*, Extension*


EXTENSIONNALITÉ (thèse d’) " Vérifonctionnalité* et Logique ontologique*
EXTRAPOLATION " Raisonnement, Typ. 1, Raison. inductif*

EXTRÊME

è Étymol. : emprunt (Oresme, XIVe s.) au latin extremus (= le plus à l’extérieur), qui trduit le grec akra (v. Majeur* et
Mineur*).

Dans un syllogisme*, l’extrême est le nom donné aux deux termes* comparés dans l’antécédent* en vue
d’être unis (ou identifiés) ou séparés dans le conséquent*. Cette comparaison se fait grâce au moyen
terme*.

» Sur les types d’extrêmes, v. Syllogisme, Structure et comp. du syl.*.

173
F__________________________________________________________
FAPESMO

Nom donné au quatrième mode indirect de la première figure du syllogisme*.

V. Syllogisme, Les fig. du syl., 1re fig.*.

FARDEAU DE LA PREUVE " Charge de la preuve*

FAUX, FAUSSETÉ

è Étymol. : terme qui provient du latin falsus, de fallare (= tromper).

1\ Dans le vocabulaire de l’épistémologie, le faux qualifie un jugement* ou une thèse* dont le contenu*
n’est pas adéquat* à la réalité ou cohérent* avec le reste des autres jugements ou thèses admis dans un
système donné (selon la définition de la vérité* que l’on retient, à savoir comme adéquation* ou
cohérence, 2\*). S’oppose à vrai, vérité*.

* Ne pas confondre avec le concept d’erreur*. La fausseté est un caractère objectif dont est affecté une
proposition, alors que la notion d’erreur réfère plutôt à un mauvais jugement porté sur la vérité ou la
fausseté d’une proposition. Par exemple, la proposition La mygale est un insecte est objectivement fausse
(la mygale appartenant à la classe des arachnides), bien qu’un individu puisse croire l’assertion vraie et
se tromper.

Souligons que le faux peut être considéré comme un synonyme d’erreur uniquement lorsque le concept
d’erreur est pris dans son acception large d’illusion ou tromperie. L’erreur perceptive exprime en ce sens
l’idée d’une représentation fausse de la réalité (v. Erreur, 1\*). On retrouve une conception analogue du
faux chez Platon (en Rép., II, 382b), qui lia le faux au fait de se tromper (sous l’effet d’un défaut de
connaissance ou de santé mentale1). Dans Le Sophiste (260c), Platon accorda aussi toutefois au faux un
statut ontologique analogue à celui du Non-être au regard de l’Être, mais dans une relation avec la vérité
(v. aussi Théétète, 200c2). Le faux comme erreur de jugement fut l’objet d’une célèbre théorie chez R.
Descartes, dans la quatrième de ses Méditations métaphysiques (1641, 1647). E. Kant se refusa aussi
d’accorder au faux un statut ontologique, ramenant celui-ci à l’ordre de l’erreur logique ou
transcendantale (le faux comme illusion transcendantale, v. Critique de la raison pure (1781), I, 2,
« Logique transcendantale»).

2\ Au sens spécifiquement logique (qui remonte à Aristote3), le faux est l’une des valeurs de vérité* que
peut recevoir une proposition*.

V. Bivalence*, Multivalence*, Proposition, Lógos àpophantikós*, Valeur de vérité* et Vérité*.

En son acception logique et sans égard au contenu* de signification*, le faux est parfois utilisé comme
synonyme de non validité* (et celui de vrai* comme synonyme de validité*). Un raisonnement faux est en
ce sens un raisonnement non sequitur* ou non cohérent*, soit un raisonnement dont la conséquence* ne
découle pas des prémisses* posées. Toutefois, cet usage est problématique, car il gomme la distinction
fondamentale en logique entre vérité* (matérielle, de contenu) et validité* (formelle*). Voir ces articles.

è Termes connexes : Adéquation ; Argument*, Cohérence*, Conséquence*, Erreur*, Forme, formel, formalisme*,
Proposition, Lógos àpophantikós*, Raison*, Raisonnement, Typ. 2, Rais. non sequitur*, Syllogisme, Typ., Syl. dém.*, Thèse*,
Valeur de vérité*, Validité*, Vérité*.
_________________________
1. A. Bertrand, «Faux» [philo. géné.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol.
II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 965.
2. Ibid.
3. Le vrai et le faux dans le discours (et dans le registre de la logique) dérive cependant chez Aristote de la réalité du

174
vrai et du faux sur le plan ontologique (en Mét., E4, Aristote conçut le faux comme le fait d’unir dans la pensée des
choses qui sont séparées dans la réalité).

FELAPTON
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du quatrième mode valide* de la troisième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Felapton est formé d’une majeure* de type E*, d’une mineure* de type A* et d’une
conséquence* de type O*.

Aristote définit ce mode dans les termes suivants : «Si R appartient à tous S, mais P pas à quelqu’un, [il y a]
nécessité que P n’appartienne pas à quelque R1» . Ce syllogisme en est l’équivalent :

Aucun b n’est c (E)


Or tout b est a (A)
____________________________
Donc, quelque a n’est pas c (O)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Aucun mt n’est M (E)


Or tout mt est m (A)
_______________________________
Donc, quelque m n’est pas M (O)

Par exemple :
Aucun être vertueux n’est courageux
Or tout être vertueux est sage
___________________________________________
Donc, quelques êtres sages ne sont pas courageux

Le mode Felapton peut se ramener au mode parfait Ferio* (à ce sujet, v. Syllogisme, Réduction des
modes imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.

FERIO
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du quatrième et dernier mode valide* de la première figure du


syllogisme*. Le raisonnement* en Ferio est formé d’une majeure* de type E*, d’une mineure* de type I* et
d’une conséquence* de type O*.

Aristote définit ce mode dans les termes suivants : «Si A n’appartient à nul B, mais B à quelque C, [il y a]
nécessité que A n’appartienne pas à quelque C1». Le syllogisme présenté ci-dessous en est l’équivalent,
l’ordre des prémisses étant simplement renversé :

Aucun b n’est c (E)


Or quelque a est b (I)
______________________________
Donc, quelque a n’est pas c (O)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Aucun mt n’est M (E)


Or quelque m est mt (I)

175
_______________________________
Donc, quelque m n’est pas M (O)

Par exemple :
Aucun être vertueux n’est courageux
Or quelques êtres sages sont vertueux
___________________________________________
Donc, quelques êtres sages ne sont pas courageux

» Sur la visualisation du mode Ferio par la méthode diagrammatique de Leibniz, Lambert et Euler v.
Diagramme logique*.

Les modes imparfaits de syllogismes dont le nom commence par la lettre F peuvent être ramenés au
mode parfait Ferio (à ce propos, v. Syllogisme, Réduction des modes imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.

FERISON
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du sixième et dernier mode valide* de la troisième figure du syllogisme*.
Le raisonnement* en Ferison est formé d’une majeure* de type E*, d’une mineure* de type I* et d’une
conséquence* de type O*.

Aristote définit ce mode dans ces mots : «Si P n’appartient à nul S, mais R à quelque S, P n’appartiendra
pas à quelque S1». Le syllogisme présenté ci-dessous en est l’équivalent :

Aucun b n’est c (E)


Or quelque b est a (I)
__________________________
Donc, quelque a n’est pas c (O)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Aucun mt n’est M (E)


Or quelque mt est m (I)
_______________________________
Donc, quelque m n’est pas M (O)

Par exemple :
Aucun être vertueux n’est courageux
Or quelques êtres vertueux sont sages
___________________________________________
Donc, quelques êtres sages ne sont pas courageux

Le mode Ferison peut se ramener au mode parfait Ferio* par la conversion* simple de la mineure I (à ce
sujet, v. Syllogisme, Réduction des modes imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 53, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.

FESAPO
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

176
En logique traditionnelle*, nom du quatrième et avant-dernier mode valide* de la quatrième figure du
syllogisme*. Le raisonnement* en Fesapo est formé d’une majeure* de type E*, d’une mineure* de type A*
et d’une conséquence* de type O*.

Aucun a n’est b (E)


Or tout b est c (A)
______________________
Donc, quelque c n’est pas a (O)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Aucun m n’est mt
Or tout mt est M
________________________
Donc, quelque M n’est pas m
Par exemple :
Aucun être courageux n’est vertueux
Or tout être vertueux est sage
_________________________________________
Donc, quelques êtres sages ne sont pas courageux

L’exemple donné dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683) va ainsi (3e partie, ch. VIII) :

Nulle vertu n’est une qualité naturelle


(Or) toute qualité naturelle a Dieu pour premier auteur
__________________________________________________________________________
Donc, il y a des qualités qui ont Dieu pour auteur, qui ne sont pas des vertus
(ou : quelques vertus n’ont pas Dieu pour premier auteur)

Le syllogisme en Fesapo porte le nom de Fespamo* dans la Logique de Port-Royal*.

FESPAMO

Nom du mode Fesapo* dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683) d’A. Arnauld et P. Nicole.

FESTINO
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du troisième mode valide* de la deuxième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Festino est formé d’une majeure* de type E*, d’une mineure* de type I* et d’une
conséquence* de type O*.

Aristote définit ce mode dans ces termes : «Si M n’appartient à nul N, mais à quelque X, [il y a] nécessité
que N n’appartienne pas à quelque X1». Le syllogisme suivant en est l’équivalent :

Aucun c n’est b (E)


Or quelque a est b (I)
_______________________________
Donc, quelque a n’est pas c (O)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Aucun M n’est mt (E)


Or quelque m est mt (I)
_______________________________
Donc, quelque m n’est pas M (O)

Par exemple :

177
Aucun être courageux n’est vertueux
Or quelques êtres sages sont vertueux
___________________________________________
Donc, quelques êtres sages ne sont pas courageux

Le mode Festino peut se ramener au mode parfait Ferio* (à ce sujet, v. Syllogisme, Réduction des modes
imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les figures du syl. et Les modes du syl.*.


_________________________
1. D’après Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, p. 52, qui s’inspire de la
traduction de Tricot.

FIGURES DU SYLLOGISME " Syllogisme, Les figures du syl.*.


FONCTEUR LOGIQUE (propositionnel ou modal) " Connecteur*, Modificateur*
FONCTEUR PROPOSITIONNEL " Connecteur logique*
FONCTION DE VÉRITÉ " Connecteur*
FONCTION LOGIQUE " Fonction propositionnelle*
FONCTION PRÉDICATIVE " Fonction propositionnelle*

FONCTION PROPOSITIONNELLE
ou fonction logique, fonction prédicative

Équivalent, en logique moderne*, des notions classiques de prédicat* et relation. La fonction


propositionnelle se distingue du prédicat de la logique traditionnelle* (appelé prédicat monadique) 1\ en
ce qu’elle contient aussi la copule* qui effectue son attribution et 2\ en ce qu’elle ne sert plus
exclusivement à exprimer des propriétés*, mais aussi des relations (soit des propriétés à n places [n ≥ 2], v.
Logique des relations*)1. On dit que le prédicat dénote une fonction, laquelle est complétée par une ou
plusieurs places d’arguments* (v. Argument, 3\*), en remplacement du sujet* de la logique
traditionnelle*, rendant possible la détermination de sa valeur de vérité*. Cette représentation
fonctionnelle des propositions est au fondement du calcul des prédicats* de la logique classique*.

On renvoie ici le lecteur à Calcul des prédicats*, Argument, 3\*, Quantificateur* et Variable, 4\*.

- Analyse historique

L’histoire du concept de fonction propositionnelle est inscrite dans le projet contemporain visant à
déserter le modèle prédicatif de la logique traditionnelle*. Dans son entreprise de formalisation* de la
logique (v. Logique formelle*), F. L. G. Frege remplaça la notion de prédicat (ou de concept [\4*]) par
celui de fonction (et celle de sujet* par la notion d’argument, 3\*) afin de dégager la tradition de la
logique de sa référence aveugle au langage naturel. Le concept logique de fonction introduit par le
philosophe allemand résulte d’une extension de la fonction mathématique1. Plus tard, B. A. W. Russell
(Principia Mathematica, 1910-1913) accorda un rôle d’avant-plan à la distinction entre la proposition (p.
ex. Le fruit est bleu) et la fonction logique, qui contient au moins une variable d’individu* (p. ex. x est
bleu). Le logicien britannique associa l’implication matérielle* à la liaison entre des propositions et
l’implication formelle à celle qui joue entre des fonctions propositionnelles* (v. Implication matérielle, Ah*).
_________________________
1. Levant ainsi la difficulté qu’avait la logique traditionnelle* à distinguer entre prédicat et relation et à donner un
traitement suffisant de la relation (la logique traditiionnelle étant essentiellement une logique des termes*).
1. S. Auroux, «Fonction (- logique)» [log.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle,
vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 1004. Une fonction mathématique est une règle de calcul qui sert
traditionnellement à exprimer un lien de dépendance entre des variations de grandeurs (son origine remonte à G. W.
Leibniz).

FONDATION ARITHMÉTIQUE DE LA LOGIQUE " Logicisme, Ah*


FONDEMENT DES MATHÉMATIQUES " Logicisme*

FORME, FORMEL, FORMALISME, FORMALISATION

178
è Étymol. : le terme de forme est issu du latin forma (= moule, contour qui délimite, caractéristique extérieure), qui
traduit le grec eîdos (= aspect extérieur d’une chose), morphè, schêma et ousía (traduit aussi par substance*, essence*
et sujet*, v. ces articles). S’oppose à materia (au sens de contenu*).

1\ Le concept traditionnel de forme, d’origine aristotélicienne, fait référence au principe métaphysique


responsable des déterminations diverses que reçoit la matière (húlè), avec laquelle elle compose tout
objet individuel (d’où la traduction de forme par substance*). Prise dans cette acception, la forme est une
forme substantielle : la forme fut nommée spécifiquement forme essentielle lorsqu’elle transmet à la
matière des caractères essentiels (d’où sa traduction par le terme d’essence*) ou forme accidentelle
dans le cas contraire (v. Accident*).

V. Analyse historique, infra.

2\ Depuis la Logique de Port-Royal* (1662, 1683), il devint coutume en logique traditionnelle* de désigner
par forme l’ensemble* des propriétés structurales de la proposition* et du raisonnement* valide*
considérés indépendamment de toute matière* (au sens de contenu* de signification*).

Les vocables de forme et formel renvoient aux propositions au point de vue de leur seul agencement,
abstraction faite de leur matière*, contenu* ou signification*. La logique formelle* est précisément l’étude
de la structure des propositions et, dans le cadre de la syllogistique*, l’étude des formes du raisonnement*
valide*. On use plus précisément de l’expression de logique formaliste* pour désigner la forme la plus
stricte et rigoureuse de formalisme qui caractérise particulièrement la logique moderne* - consistant à
réduire les procédures du raisonnement à un calcul portant sur des signes vidés de tout contenu* (v. Log.
moderne*, Calcul logique et Variable*).

Le concept de formalisation réfère au processus par lequel un langage ou système dont les termes* et les
signes ayant signification* est transformé dans un autre langage ou système où cette signification est
évacuée. Le système formel* ou logistique* qui résulte de cette procédure d’abstraction, vidé de tout
contenu sémantique*, est déterminé par sa seule syntaxe*1 (v. Système formel*). La formalisation s’oppose
à l’interprétation, qui consiste à procéder inversement par l’octroi au système abstrait et au calcul d’une
forme concrète et d’une signification.

On use habituellement du terme de formalisme pour référer à tout parti doctrinal qui reconnaît une
préséance de la forme sur la matière* ou le contenu propositionnel* (respectivement sur les plans
métaphysique et logique) ou selon lequel la construction de formalismes ou systèmes formels* décrit la
méthodologie véritable de la science2. Dans sa forme la plus forte, le formalisme a partie liée, par
essence, avec le logicisme* et l’absolutisme logique* (v. ces articles).

V. Logique, 3\*, Log. moderne*, Calcul log.*, Méthode syntaxique* et Syntaxe, syntaxique*. On pourra
aussi consulter : Calcul des prédicats, Ah*, Variable*, Calcul prop.*, Fonction prop.*, Absolutisme logique
et Logicisme*.

» Sur la distinction entre vérité formelle et vérité matérielle, on se reportera à Validité* et Vérité*.

- Analyse historique

La forme fut opposée à matière ou matériau (húlè) dès son entrée dans la langue philosophique
grecque. Platon utilisa le premier le concept d’eîdos (traduit par forma en latin et, par métathèse, forme
en français, v. Étymol., supra) pour nommer les entités abstraites qui transcendent le domaine des objets
individuels qui n’en sont que les reflets matériels. Alors que ce dernier régime est constitué de l’ensemble
des choses sensibles (perceptibles par les organes des sens), les Formes (ou Idées) ne sont pour leur part
que saisissables par l’«intellection» (nóēsis, noûs) - et sont en ce sens intelligibles. Alors que les sens
attestent de la présence de tables singulières, la raison noétique, disciplinée par la dialectique, nous
permettrait de saisir l’essence* (séparée) de la table en tant que pur meuble plat sur pieds. Ainsi, selon
Platon, les tables matérielles du monde sensible (topos horatos = lieu visible) ne sont que les expressions
individuelles d’un modèle idéal et abstrait (donc formel au sens de détachés du sensible), auquel elles
participent et qu’elles imitent avec plus ou moins de perfection. Aristote maintint la distinction radicale
forme/matière (morphè/húlè, v. Forme 1\* et Matière*) établie par son professeur, ainsi que la conception
fondamentale de la forme comme principe d’unité intelligible de la diversité sensible. Cependant, il
s’opposa avec vigueur au statut métaphysique transcendant ou séparé que Platon avait reconnu aux

179
formes (en tant que idéas khōristas, v. Mét., M9, 1086a31sq.) La «forme du mammifère», par exemple,
s’incarne tout entière chez Aristote dans la matière de chaque substance* ou chose individuelle
appartenant au genre mammifère (sur la théorie de la forme-matière chez Aristote, v. Mét., 1033a24-b19).
Le Stagirite fit de la forme l’une des causes* de sa célèbre doctrine des quatre modes de la causalité :
c’est la «forme de la table» qui explique (de concert avec les autres principes causaux) la communauté
de caractères essentiels que partagent toutes les tables individuelles. Cette doctrine fut plus tard connue
sous l’expression néoscolastique d’hylémorphisme - dont le glas ne fut sonné qu’avec l’avènement de la
nouvelle philosophie mécaniste de la nature à partir de R. Descartes (première moitié du XVIIe s.).

» Sur le formalisme de la logique traditionnelle, v. Log. traditionnelle, sect. Log. traditionnelle et


formalisme*.

Les sens platonicien et aristotélicien du terme de forme furent encore d’usage lors de son passage dans la
langue latine : l’auteur romain Cicéron (1er s. av. J.-C.) définit l’idéa platonicienne, en tant que forme
exemplaire ou idéale, comme rerum formas3, de même que plus tard Apulée (IIe s.) et Augustin
d’Hippone (VI – Ve s.) ; Victorinus Afer (IVe s.) et T. d’Aquin (XIIIe s.) agréèrent le terme dans son acception
aristotélicienne en tant que ce qui détermine l’être d’une chose4 - c’est ce sens du concept de forme
(forme substantielle) qu’entérina la logique scolastique*.

Chez R. Descartes, le terme de forme fut privé de sa référence métaphysique classique (les objets
matériels n’étant chez lui que pure étendue5) et saisi d’une nouvelle valeur sémantique le liant à la nature
de l’idée. Ce que Descartes dénomma l’être formel de l’idée s’oppose chez lui à l’être objectif de l’idée
en tant qu’il consiste à définir l’idée comme «tout ce qui peut être en notre pensée» (Lettre à Mersenne,
16 juin 1641), soit comme représentations ou images des choses dans l’esprit, indépendamment du
contenu* (ou de l’objet) de cette idée (v. Méd. troisième) (à ce sujet, v. Concept, Le statut d’existence
des concepts*). Au point de vue formel, les idées n’ont pas entre elles de différences ou d’inégalités,
attesta Descartes, elles sont toutes, indifféremment, des pensées représentatives situées dans ce que la
tradition appela plus tard la subjectivité ou sujet pensant (terme ironiquement absent du vocabulaire
cartésien). Le contenu, c’est ce que permet de distinguer le point de vue objectif sur l’idée, perspective à
partir de laquelle il est possible seulement de discriminer entre diverses espèces d’idées, à savoir celles qui
sont adventices, factices et primitives (ou innées)6.

La distinction forme/matière fut reprise par E. Kant dans la Critique de la raison pure (1781, 1787), et
radicalisée dans le cadre d’une réflexion sur le pouvoir de connaître émancipée de toute approche
métaphysique transcendante classique. Selon Kant, la connaissance est le produit d’un travail spontané
du sujet connaissant qui impose a priori une forme logique (de type intuitif et conceptuel) à une matière
donnée préalablement par les sens. Le philosophe allemand associa étroitement la distinction
forme/matière à celle, de nature précisément épistémologique, entre a priori*a/posteriori* (v. ces articles)
: la forme fut pour lui un principe structurel intellectuel (a priori), sauf qu’il fixa son «lieu» à l’intérieur de la
subjectivité humaine, plutôt que dans un monde transcendant comme chez Platon, ou encore à
l’intérieur des substances individuelles comme chez Aristote.

» Sur la réception de cette distinction et sa place dans l’histoire de la logique formelle, v. Calcul log., Ah*.

Plus précisément au point de vue de l’histoire de la logique*, on peut faire remonter l’origine de la logique
formelle* à Aristote (Kant fut d’ailleurs le premier à qualifier la logique aristotélicienne* de logique
formelle, v. Logique, Histoire des termes de log. et de dial.*) dans la mesure où celui-ci fit parfois usage de
variables* en remplacement du contenu* (pour le détail, v. Variable prop., Ah*). Cependant, dans son
sens le plus strict et le plus pur, la véritable logique formelle n’apparut qu’avec la logique moderne* (v.
l’article). C’est pour marquer la différence entre les deux sens du concept de forme, large et étroit, qu’on
distingue parfois entre logique formelle, à laquelle on rattache la logique traditionnelle*, et logique
formalisée ou formaliste, qui se rapporte pour sa part à la logistique* proprement contemporaine, qui
repose fondamentalement sur un langage réduit à une suite de symboles ou signes vidés de tout contenu
sémantique* et au sein duquel le raisonnement est réduit à un calcul logique* (dont les origines remontent
à G. W. Leibniz, v. Calcul log., Ah*). Le dernier acte dans l’évolution du terme fut donc accompli avec
l’avènement des systèmes formels* (v. l’article), où ces signes eux-mêmes ne seront plus considérés que
comme des signes, c’est-à-dire expurgés même de leur signification* logique et valeur de vérité*, et dont
la seule fonction est celle d’entrer dans des constructions complexes en vertu certaines règles*
préétablies7.

è Termes connexes : Calcul des prédicats*, Calcul log.*, Calcul prop.*, Contenu*, Fonction prop.*, Lektón*, Logique, 3\ ;

180
Log. trad.*, Log. moderne*, Méthode syntaxique*, Proposition, Prop. logique et langage naturel*, Syntaxe, syntaxique*,
Órganon, Pr. anal.*, Système formel*, Validité*, Variable*.
_________________________
1. F. Vandamme,, «Formalisation» [épist. géné.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 1022.
2. A. Michel, «Formalisme» [épist. géné.], ibid., p. 1024.
3. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 66.
4. Ibid.
5. Voir Gilson, É., «La critique cartésienne des formes substantielles», dans Études sur le rôle de la pensée médiévale
dans la formation du système cartésien, Paris, 5e éd., 1984, p. 143 sqq.
6. Au sujet de l’épistémologie cartésienne, voir Nadeau, R. (dir.), Philosophies de la connaissance, Boulad-Ayoub, J.,
Ch. 5 «Descartes et le fondement de la vérité», Les Presses de l’Univ. Laval, 2009, pp. 109-137.
7. Voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 358-359.

FORMALISME " Forme, formel*


FORMULE CLOSE " Énoncé, \2*

FRESISOM

Nom donné au du mode Fresison* dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683).

FRESISON
syllogisme ou raisonnement en -, mode -

En logique traditionnelle*, nom du cinquième mode valide* de la quatrième figure du syllogisme*. Le


raisonnement* en Fresison est formé d’une majeure* de type E*, d’une mineure* de type I* et d’une
conséquence* de type O*. Il porte le nom de Fresisom dans la Logique de Port-Royal* (1662, 1683).

Aucun a n’est b (E)


Or quelque b est c (I)
__________________________________
Donc, quelque c n’est pas a (O)

En identifiant le majeur* (M), le mineur* (m) et le moyen terme (mt), on obtient :

Aucun M n’est mt
Or quelque mt est m
______________________________
Donc, quelque m n’est pas M

Par exemple :

Aucun être courageux n’est vertueux


Or quelques êtres vertueux sont sages
____________________________________________________
Donc, quelques êtres sages ne sont pas courageux

Le mode Fresison peut se ramener au mode parfait Ferio* (à ce sujet, v. Syllogisme, Réduction des modes
imparfaits aux modes parfaits*).

V. Syllogisme, Les modes du syl.*.

FRISESOMORUM

Nom donné au cinquième et dernier mode indirect de la première figure du syllogisme*.

V. Syllogisme, Les fig. du syl., 1re fig.*.

181
FUTURS CONTINGENTS

è Étymol. : équivalent du grec méllonta, utilisé par Aristote (v. Sur l’interp., 18a 33).

En logique, ce terme fait référence au problème que représente l’attribution d’une valeur de vérité* à des
propositions* portant sur des événements futurs non conditionnés d’une manière nécessaire*.

Aristote traita des futurs contingents d’un point de vue logique dans son traité Sur l’interprétation, IX.
Concernant les propositions qui portent sur le présent et le passé, Aristote soutint qu’elles sont
nécessairement vraies ou fausses. Cependant, sur la question de savoir, par exemple, s’il y aura demain
une bataille navale ou s’il n’y en aura pas, le Stagirite soutint que seule l’alternative elle-même est
nécessaire, les deux membres de l’alternative en eux-mêmes n’étant quant à eux que non-nécessaires ou
contingents* (v. Contingence, 1\*). Magister dixit :

«nécessairement demain il y aura ou il n’y aura pas une bataille navale, mais que demain
une bataille navale se produira ou demain elle ne se produira pas ne sont pas des énoncés
nécessaires. Il est pourtant nécessaire qu’elle se produise ou ne se produise pas» (9, 19a30-
32).

Dans le cas des propositions portant sur le futur, Aristote dérogea ainsi à son principe de l’affirmation ou
négation dans le cas des propositions singulières1 et plaida en faveur de la contingence des événements
futurs (d’où l’expression de futurs contingents). Certains interprètes voient dans l’argument dominateur ou
maître argument2 (kuriéuon lógos) de Diodore Cronos la contre-attaque officielle des mégariques face à
la position d’Aristote3. L’argument va comme suit, selon la compréhension qu’en a eue Épictète
(Entretiens, II, XIX) :

«il y a, pour ces trois propositions, un conflit entre deux quelconques d’entre elles et la
troisième :
(1) Toute proposition vraie concernant le passé est nécessaire.
(2) L’impossible ne suit pas logiquement du possible.
(3) Est possible ce qui n’est pas actuellement vrai et ne le sera pas.
Diodore, ayant aperçu ce conflit, utilisa la vraisemblance des deux premières pour prouver
celle-ci :
(4) Rien n’est possible qui ne soit vrai actuellement et ne doive pas l’être dans l’avenir.
Un autre, dans les deux propositions à conserver, gardera ces deux-ci : «Est possible ce qui
n’est pas actuellement vrai et ne le sera pas» (3) ; «l’impossible ne suit pas logiquement du
possible» (2) ; mais alors il n’est pas exact de dire que toute proposition vraie concernant le
passé est nécessaire (1) ; c’est là ce que paraît soutenir l’École de Cléanthe, avec qui est
généralement d’accord Antipater4».

Les discussions sur les futurs contingents furent poursuivies au Moyen Âge dans le cadre de réflexions
théologiques sur les thèmes du libre arbitre, la prédestination et l’omniscience divine (notamment G.
d’Occam, Tractatus de prædestinatione et de prescientia dei respectu futurorum contingentium, 1322-
13245). Le problème fut repris à l’Âge classique par G. W. Leibniz, chez qui les événements futurs, bien
qu’ils ne soient de fait contingents que pour nous - en ce sens qu’ils sont imprévisibles pour notre
entendement humain fini -, sont en réalité déterminés nolens volens et parfaitement connus de Dieu. Pour
reprendre l’exemple célèbre du savant allemand, que César ait franchi le Rubicon, si cela fut
parfaitement contingent pour l’homme, Dieu qui saisit la notion complète de César sait de façon
infaillible que le franchissement du Rubicon fait partie de tout ce qui peut être dit de César et appartient
donc à ses déterminations essentielles en tant que substance* individuelle (v. aussi Nécessité, Ah* sur la
distinction entre le nécessaire absolument et le nécessaire hypothétiquement).

On pourra compléter en se reportant à Log. temporelle*.

» Sur la valeur de vérité des propositions portant sur le futur, v. aussi Bivalence, Ah*.

- Bibliographie

Baudry, L., La Querelle des futurs contingents (1460-1475), Paris, 1950 ; Chevalier, J., La notion du nécessaire chez
Aristote et ses prédécesseurs, particulièrement chez Platon, Paris, 1915 ; Prior, A. N., Time and Modality, Oxford Univ.

182
Press, 1957 ; Past, Future and Present, Oxford, 1967.
_________________________
1. M.-P. Vinas, «Contingence [philo. géné.]», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 465.
2. Sur l’argument dominateur, voir : Engel, P., «Dominateur (argument)», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.),
Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013 (2006), p. 223 ; Øhrstrøm, P., «Future Contingents», 1. The Discussion of
Future Contingency and Its Background in Ancient and Medieval Logic, dans The Stanford Encycl. of Phil. ; Sinaceur,
M.-A., «Dominateur» (argument -)», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol.
II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, pp. 680-685 ; Boudot, M., «L’argument dominateur et le temps cyclique», dans
Les Études philosophiques, no 3, 1983, pp. 271-298.
3. C’est déjà ce qu’attestait le commentateur A. d’Aphrodise. Voir F. Nef, «Futur (-s contingents)» [log.], dans Les
notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p.
1038.
4. L’argument est ainsi formé de trois propositions qu’il est impossible de soutenir en même temps, puisqu’il y a
nécessairement un conflit entre l’une et les deux autres. Voir Sinaceur, M.-A., «Dominateur» (argument -)», op. cit., p.
681, et F. Nef, «Futur (-s contingents)» [log.], op. cit., p. 1038.
5. Voir aussi Summa Logica III, ch. 30).

183
G________________________________________________________
GÉNÉRAL

è Étymol. : mot tiré du latin generalis, dérivé de genus (= genre, relatif au genre), qui traduit le grec génos (v. Genre,
Étymol.*).

C’est ainsi que l’on qualifie traditionnellement un concept*, proposition*, jugement* ou thèse* dénotant ou
concernant un ensemble* relativement large de choses rangées sous un même genre*. S’oppose à
particulier* et à singulier*.

* Ne pas confondre avec la notion d’universel*.

Il est important en logique de distinguer le général de l’universel* avec lequel il est souvent confondu
dans la langue ordinaire (v. Universel*). L’universel est précisément à la totalité ce que le général est à la
pluralité. L’universel est le propre des propositions a priori*, c’est-à-dire dont l’origine est strictement
rationnelle et qui s’appliquent à tous les cas possibles. Par exemple, la proposition géométrique la somme
des angles intérieurs d’un triangle est égale à 180o s’applique à tous les cas de figures triangulaires sans
exception dans le cadre de la géométrie euclidienne. Le général, plus modestement, est plutôt le propre
des propositions a posteriori*, soit des propositions dont le contenu est d’origine empirique*. Ainsi, les
jugements de fait* ont une portée générale et non pas universelle dans la mesure où il est la plupart du
temps impossible de vérifier sa vérité* pour tous les individus dénotés. Dans la proposition tous les
mammifères possèdent un cœur à quatre cavités, le tout a en réalité une valeur seulement générale, car
il est impossible de pouvoir vérifier la structure du cœur de tous les objets qui exemplifient le concept de
mammifère. Les propositions générales peuvent donc souffrir des exceptions : par exemple, il peut être
pertinent de considérer la possession d’un pelage comme un caractère général connoté* par le concept
de mammifère, bien qu’il soit établi que celui-ci n’est pas partagé systématiquement par toutes les
espèces de mammifères (p. ex. les cétacés [baleines, dauphins,…], siréniens [lamantins, dugongs,…],
pholidotes [pangolins, qui sont pourvus d’écailles],…), contrairement au théorème sur les triangles qui
concerne par principe tout l’univers des triangles possibles.

Par ailleurs, les propositions empiriques de caractère général sont contingentes* et non pas nécessaires*
comme le sont les propositions a priori. Un énoncé empirique se rapporte à une certaine réalité
observable sans montrer pour celle-ci qu’il ne pourrait en être autrement (le contingent étant justement
ce dont le contraire est possible, v. l’article). Que les mammifères aient tous un cœur à quatre cavités,
cela ne relève en soi d’aucune nécessité logique en effet - celui des poissons par exemple n’en possède
que deux, et il suffit très bien à la tâche1.

» Sur l’usage habituel des concepts de général et universel en logique moderne, v. Universel*.

» Sur la valeur générale ou collective des raisonnements inductifs, v. Raisonnement, Typ. 1, Rais. ind.*.

è Termes connexes : A posteriori*, Contingence*, Extension*, Généralisation hâtive*, Genre*, Jugement, Typ., Jug. de
fait, 1\*; Nécessaire*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. ind.*, Universel*.
_________________________
1. Les exemples tirés de la biologie sont particulièrement intéressants puisque les formes vivantes, ayant évolué suivant
les principes de la sélection naturelle (soit en vertu de la survie des gènes qui réussissent le mieux dans le pool génique
d’une espèce), ne sont pas les produits d’une conception intelligente qui les aurait fabriquées selon des principes
logiques. À ce sujet, on se reportera à l’ouvrage de R. Dawkins, Le plus grand spectacle du monde, Pluriel, 2010, ch. 10
et 11, où l’on trouve plusieurs exemples probants (notamment celui du nerf laryngé récurrent de la girafe, pp. 376-378).

GÉNÉRALISATION " Raisonnement, Typ. 1, Rais. inductif*

GÉNÉRALISATION HÂTIVE
ou généralisation abusive, dénombrement imparfait, secundum quid

184
1\ L’expression désigne une variété de paralogismes* consistant à produire un raisonnement inductif* sur
la base d’un nombre insuffisant de cas particuliers* (ou propositions inductrices). L’erreur* consiste à
attribuer trop rapidement à une classe générale d’objets ce qui est observé à propos d’un certain nombre
de ces objets : il s’agit d’une généralisation qui est hâtive ou abusive dans la mesure où il n’est pas fondé
de rapporter aux objets en général ou tout objet d’une classe ce qui n’est le cas que pour un
échantillonnage de ces objets.

2\ La généralisation hâtive est aussi un sophisme* lorsqu’elle est expressément produite pour emporter
indûment l’adhésion d’un interlocuteur à une thèse* (p. ex. le sophisme de l’accident*). Corrélatif
sémantique de sophisme d’induction.

Dans le symbolisme du calcul des prédicats*, la généralisation hâtive s’écrit :

∃x P(x) è ∀x P(x)

Le nombre exact de cas nécessaire à la formation d’une induction ou généralisation valide est en soi un
problème, sauf que la généralisation hâtive désigner la surestimation grossière et manifeste de la
suffisance de l’échantillonnage choisi ou de sa représentativité. Par exemple : affirmer la dangerosité du
port de la ceinture de sécurité au motif que cinq ou six cas où la mort des victimes fut attribuée
causalement au port de la ceinture ; conclure que tous les cygnes ont le bec orange parce que cent
cygnes observés possédaient un bec de cette couleur (certains cygnus ont le bec noir, tels les cygnes
siffleur et trompette) ; estimer que le courage est une fermeté de l’âme accompagnée de réflexion
parce qu’il fut observé un certain nombre d’individus déterminés et réfléchis,… Dans ces exemples, la
généralisation est «abusive» puisqu’étant donné qu’il existe des millions d’individus ou de cas singuliers,
l’observation d’un nombre aussi petit de cas est manifestement insuffisante. Notons qu’il n’est cependant
pas nécessaire d’observer absolument tous les cas pour qu’une généralisation soit valide, car cela est la
plupart du temps impossible dans les faits (v. Général*, Empirique*). La généralisation n’est recevable que
lorsque l’échantillonnage est représentatif et suffisant, selon des normes le plus souvent statistiques.

Pour plus de détails, v. Raisonnement, Typ. 1, Rais. inductif*.

è Termes connexes : Général*, Paralogisme*, Raisonnement, Typ., Rais. ind.*, Sophisme, Typ., Soph. de l’accident*.

GENRE

è Étymol. : latin genus (= origine, naissance), qui traduit le grec génos (= race, ensemble de choses d’origine
commune1 ou d’individus dont l’ancêtre est commun2, aussi traduit par général (v. Général, Étymol.*).

Le genre est le plus général des cinq prédicables* ou catégorèmes* de la logique traditionnelle*. Il est le
concept* le plus universel* pouvant être attribué à un sujet d’une certaine manière, soit le mode le plus
général selon lequel un prédicat* peut être rapporté à un sujet (v. Prédicat, Typ.*, Arbre de Porphyre*).

Au point de vue de l’extension*, le genre se conçoit comme une classe renfermant d’autres classes
appelées espèces*. Le genre est lui-même une espèce s’il peut être rangé sous une classe d’extension
supérieure (sous un genre supérieur*), sinon il est dit genre suprême*, occupant alors le poste le plus
élevé de la hiérarchie logique et ontologique.

Au point de vue de l’intension*, le genre est ce qui se rapporte de manière nécessaire* à des sujets*
individuels quant à la partie la plus générale de leur essence* commune (v. In quid*). Il exprime
autrement dit la somme des attributs* (dits génériques) que des sujets d’espèces différentes partagent en
commun*. Le genre vu sous cet angle est identifié dans une définition* (avec la différence spécifique*)
dans la mesure où il forme une partie essentielle de l’intension* du concept* défini (v. Concept*,
Définition*). Les concepts de genre et concept sont très proches l’une de l’autre dans la mesure où le
genre et le concept désignent des classes d’objets possédant des caractères communs et regroupés
pour cette raison sous une dénomination unique (v. aussi Catégorie, 2\*).

Le terme de génos fut employé par Platon (Sophiste3) comme équivalent du terme d’Idée (eîdos), donc
comme des formes du monde intelligible (v. Catégorie, Ah). Sans accréditer la thèse métaphysique de
son ancien professeur, chez qui le genre est une entité ontologiquement séparée (khōrismós) des choses

185
sensibles qui tombent sous lui, Aristote définit le genre comme catégorie (3\*) ou manière universelle
d’attribuer un prédicat* à un sujet* : le genre, écrivit-il, est «ce qui est attribué essentiellement à des
choses multiples et différant spécifiquement entre elles. Et l’on doit considérer comme prédicats essentiels
tous les termes d’une nature telle qu’ils répondent d’une façon appropriée à la question : qu’est-ce que
le sujet (la chose) qui est devant nous?» (en Top., I, 5, 102a30-31. Voir aussi dans la partie lexicale des
Métaphysiques : Δ, 27, 1024a 29 à 1024b 15). Les dix catégories identifiées par Aristote dans la deuxième
partie des Catégories* (v. Órganon*) sont ainsi conçues comme des genres de prédication (genê tôn
katēgoriôn, schēmata tēs katēgorías) au sens où elles sont les genres les plus généraux de tout ce qui est
(ce sont des genres suprêmes* [infra]) (à ce sujet, v. Catégorie, 3\ et Ah*). Plus qu’un simple terme
logique, le genre est donc chez Aristote un genre de l’être (v. De anima – Traité de l’âme, II, 1, 412a6). Le
néo-platonicien Plotin (IIIe s.), dans ses Ennéades (254-270, livre VI, «Des genres de l’être», ch. 1-24),
entreprit de faire la synthèse entre les genres platoniciens (les megista gene du Sophiste) et aristotéliciens
en montrant que les premiers sont des genres intelligibles, alors que les seconds se rapportent au monde
sensible (v. Catégorie, 3\ et Ah). Dans sa célèbre Introduction aux Catégories d’Aristote (Isagogè*, 268-
270), le disciple de Plotin Porphyre de Tyr, en s’abstenant pour sa part de se positionner dogmatiquement
quant au statut ontologique du genre (v. Querelle des universaux*), conçut celui-ci de manière plus
neutre comme «l’attribut essentiel applicable à une pluralité de choses différant entre elles
spécifiquement» (v. Prédicat, Typ., 1. La typ. classique : les cinq prédicables*). La scolastique* dénomma
le genre (comme l’espèce) prædicatum in quid (à ce propos, on se reportera à In quid*, Prædicatum in
quid* et Quiddité*). Une position sceptique quant à l’existence du genre fut soutenue par le médecin et
philosophe S. Empiricus (Pyrrhōneioi hypotypōseis - Hypotyposes pyrrhoniennes, fin IIe s., v. livre II).

On complétera ce qui précède en se reportant à Querelle des universaux*.

***

Le genre est le prédicable* dont la portée extensionnelle* est la plus grande. Il se situe au-dessus de
l’espèce où se rangent les classes de sujets qui partagent en commun ses attributs (Aristote conçut ainsi le
genre comme «principe des espèces» [en Mét., B, 3, 998a20-b6]), mais qui par ailleurs diffèrent les unes
des autres selon certaines autres propriétés spécifiques (v. Différence spécifique et Espèce*) :

Par exemple, les lorisiformes, lémuriformes, tarsiiformes et anthropoïdes, bien qu’ils soient des espèces
spécifiquement différentes, appartiennent tous au même genre primate du fait de partager un certain
nombre de prédicats essentiels généraux en commun (vie arboricole, avoir des ongles plutôt que des
griffes, mains préhensiles, yeux orientés vers l’avant,…). Le même schéma peut être répété à une échelle
d’extension supérieure lorsqu’il est affirmé, exempli gratia, que les espèces primates, carnivores, cétacés,
siréniens,… sont des espèces d’un genre plus général, savoir celui du vertébré, dont elles tirent toutes
certaines caractéristiques* collectives, tel le fait de posséder un squelette osseux comportant une
colonne vertébrale. Ce schéma prévaut universellement pour tout ce qui est multiple, incluant le non-
vivant : ainsi, on peut affirmer du tabouret, de la causeuse, du lit, de la chaise et de la table notamment
qu’ils sont des espèces différant spécifiquement entre elles, mais appartenant toutes au genre du
meuble.

Les concepts de genre et d’espèce sont utilisés aujourd’hui non seulement à titre de rangs taxinomiques
en nomenclature biologique, mais aussi dans les sciences naturelles comme principe classificatoire
général.

Parce qu’il contribue à répondre à la question de savoir ce qu’est une chose ou un sujet*, le genre est
identifié dans la définition* de celui-ci. Il figure conjointement avec la différence spécifique* qui permet
d’identifier l’espèce plus particulière à laquelle il appartient. À titre d’exemple, dans la définition classique
de l’homme selon laquelle celui-ci est un animal raisonnable est ajoutée au genre animal l’espèce
raisonnable à laquelle il appartient plus spécifiquement.

Le genre est le prédicable le plus élevé en termes d’abstraction* conceptuelle. Sur le plan intensionnel, il

186
ne décrit donc que la partie la plus générale de l’essence d’un sujet, de manière à ne répondre
conséquemment que de manière partielle à la question de savoir ce qu’est ce sujet (v. aussi Définition*).
Dire de l’homme par exemple qu’il est un primate n’épuise pas ce qui est spécifiquement requis pour
accéder à la pleine compréhension (\1*) de sa définition, de même que définir le primate par le seul
recours au fait que celui-ci appartienne au genre plus élevé des vertébrés. Ainsi, le genre répond plus
partiellement que l’espèce à la question de savoir ce qu’est l’essence d’un sujet donné.

» Sur la représentation schématique des cinq prédicables, v. Prédicat, Typ., La typ. classique : les cinq
prédicables*.

TYPOLOGIE DES GENRES

Le genre conçu sur le plan extensionnel reçoit un nom différent selon la position qu’il occupe dans une
classification*.

1\ Le genre éloigné

Nom donné au genre qui n’est pas directement au-dessus d’une espèce* considérée. Peut entrer dans
certaines circonstances dans la définition* d’une chose (v. Définition, La structure logique de la déf.*).

2\ Le genre intermédiaire

L’expression désigne le genre sous lequel se rangent des espèces* qui diffèrent spécifiquement entre
elles, mais qui est lui-même une espèce distincte partageant une place avec d’autres espèces sous un
genre supérieur*.

3\ Le genre prochain ou proche


proximum genus

Genre directement au-dessus d’une espèce* ou concept* d’extension immédiatement supérieure à une
autre. Le genre prochain entre généralement et préférablement dans la définition* d’une chose (v.
Définition, La structure logique de la déf.*).

4\ Le genre subordonné

Genre situé en dessous d’un autre genre et que vient diviser en espèces une nouvelle différence
spécifique*.

5\ Le genre supérieur ou plus élevé

Le genre supérieur est le genre dont la portée référentielle* est plus large qu’un autre genre donné.

6\ Le genre suprême ou généralissime


to genixotatov chez Porphyre de Tyr. En latin : Summum genus, summa genera ou generalissima

L’expression réfère au genre qui trône au sommet de la hiérarchie des genres et des espèces*, autrement
dit le genre qui n’est que genre, c’est-à-dire qui n’est plus concevable comme une espèce d’un genre
plus élevé dont l’extension serait plus grande encore. Synonyme de Catégorie, 3\*.

L’impossibilité d’une régression à l’infini dans l’ordre de la généralité des genres serait une contrainte
logique à la reconnaissance de l’existence d’un tel genre4.

***

La ligne prédicamentale (scala prædicamentalis) désigne la série des concepts permettant de remonter
des espèces aux genres dans la hiérarchie comprise entre l’espèce spécialissime (v. Espèce, L’espèce
spécialissime*) et le genre suprême (v. Arbre de Porphyre*).

En logique traditionnelle*, on appelle catégorie* (ou prédicament*) un genre suprême en tant que celui

187
diffère essentiellement d’un autre genre suprême (ces deux genres suprêmes se distinguant* alors
catégoriquement). La logique traditionnelle reconnut qu’il n’existe pas un seul et unique genre suprême
sous lequel se rangerait l’ensemble* de tous les genres subordonnés, mais plutôt une diversité hétérogène
de genres suprêmes ou de catégories.

» Sur cette acception du terme de catégorie, v. aussi Órganon, les Catégories*.

- Les transcendantaux

On appelle transcendantaux les concepts qui sont au-delà de tout genre et toute catégorie* (ils sont dits
trans-génériques). En s’inspirant d’Aristote, T. d’Aquin en identifia cinq : l’être (res, soit une essence*) et ses
propriétés (aliquid [= différent des autres], unum [= indivis], verum [= vrai] et bonum [= bon]) (Questiones
Disputatæ de Veritate [1956-1959] 1, 1)5. Aristote avait dit de l’Un par exemple qu’il se lie à n’importe
quelle catégorie et non pas spécifiquement à l’une d’entre elles (en Mét., X, 2). Les transcendantaux sont
donc communément attribuables à tout sujet, ce sont des attributs communs à tout ce qui est. Ils servirent
aux scolastiques* d’assise rationnelle et unificatrice aux diverses catégories* léguées pêle-mêle par le
Maître.

è Termes connexes : Accident*, Arbre de Porphyre*, Définition, La structure logique de la déf.*, Différence spéc.*,
Distinction*, Espèce*, Essence*, In quid*, Nécessaire*, Órganon, les Catégories*, Prédicament*, Prédicat, Typ. Pr. formel
et pr. matériel*, Propre*.
________________________
1. Fontanier, J.-M., Le voc. latin de la philo., Paris, Ellipses Éd. Marketing S. A., 2e éd., 2005, p. 68.
2. L. Brisson, «Génos (genre)» [grec], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol.
II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 1059.
3. L. Brisson, op. cit.
4. Voir Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ.
Laval, 2006, pp. 218-220. Cette idée n’est pas sans rappeler le raisonnement au terme duquel Aristote conclut à
l’existence d’une cause première qui clorait nécessairement la suite des causes.
5. Solère, J. – L., «Transcendantaux», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du
CNRS, 2013 (2006), p. 798.

GENRE ÉLOIGNÉ " Genre, Typ.*, Arbre de Porphyre*


GENRE GÉNÉRALISSIME " Genre, Typ.*, Catégorie*, Arbre de Porphyre*, Órganon, les Catégories*,
Prédicament*
GENRE INTERMÉDIAIRE " Genre, Typ.*, Arbre de Porphyre*
GENRE PROCHAIN " Genre, Typ.*, Arbre de Porphyre*
GENRE PROCHE " Genre, Typ.*, Arbre de Porphyre*
GENRE SUBORDONNÉ " Genre, Typ.*, Arbre de Porphyre*
GENRE SUPÉRIEUR " Genre, Typ.*, Arbre de Porphyre*
GENRE SUPRÊME " Genre, Typ.*, Catégorie*, Arbre de Porphyre*, Órganon, les Catégories*, Prédicament*
GRAND TERME " Majeur*

188
H_________________________________________________________
HABITUS

Le terme d’habitus, chez Aristote et en logique traditionnelle*, désigne l’un des modes d’opposition* des
concepts* ou des termes*.

V. Opposition, Typ., Opp. des concepts*.

HASARD " Cause, causalité*, Accident, accident prédicamental*, Contingence*, Validité*


HECCEITÉ, ECCÉITÉ " Différence spécifique*
HEXAGONE LOGIQUE " Carré logique, Ah*
HIÉRARCHIE DES LANGAGES " Métalangage*
HISTOIRE DE LA LOGIQUE " Logique*, Log. trad.* (particulièrement la sect. Périodisations et historicité de la
logique*), Log. arist.*, Log. mégarico-stoïcienne*, Log. scol.*, Log.
moderne*, Algèbre de la log.*, Psychologisme*, Log. classique*, Log. math.* et
Calcul log., Ah*, Logicisme*.

HYPERNÉGATION

Nom donné à la double négation chez les anciens stoïciens.

V. Négation, négatif*.

HYPOTHÈSE

➔ Étymol. : le terme tire son origine du latin hypothesis (= argument), qui traduit le grec hupothesis (= action de mettre
dessous, base d’un raisonnement, supposition, mot dérivé de hupotithenai [= littéralement : placer sous]), forgé par
Platon - par opposition à anhypothétique*. L’expression française apparut d’abord dans le registre médical (J.
Canappe, 1539) avec le sens d’explication acceptée provisoirement. Son acception fut généralisée à l’Âge classique
comme conjecture sur la possibilité d’un événement ou susceptible de l’expliquer. Employé aussi jusqu’à la fin du XVIIIe
s. dans le sens logique de prémisse*, c’est-à-dire comme proposition* admise de laquelle se déduisent d’autres
propositions, indépendamment de la vérité* de leur contenu*. Le terme fut aussi utilisé comme synonyme d’axiome*
avec l’avènement des systèmes formels*. L’adjectif hypothétique (du latin hypotheticus, qui traduit le grec ancien
hupothêtikos) est attesté la première fois en 1290.

» Sur la notion d’hypothèse dans son acception logique, on se reportera aux articles suivants :
Anhypothétique*, Axiomatique*, Calcul log., Ah*, Catégorique*, Conditionnel*, Nécessaire, Ah*, Postulat*
et Proposition composée, Typ., Prop. cond.*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. hypothético-déductif*,
Syllogisme, Typ., Syl. conditionnel*.

HYPOTHÉTICO-DÉDUCTIF " Raisonnement, Typ. 1, Rais. déductif*

HYPOTHÉTIQUE

➔ Étymol. : v. Hypothèse, Étymol.*.

1\ Qualifie une proposition composée* où un conséquent* est placé dans une relation de dépendance
avec un antécédent* au moyen du connecteur logique* de l’implication matérielle* (si p, alors q).
Synonyme de proposition conditionnelle*.

À ce sujet, on se reportera à Proposition composée, Typ., Prop. cond.*.

2\ En logique syllogistique*, l’expression sert à qualifier un syllogisme composé* dont la prémisse

189
majeure* est une proposition conditionnelle* et dont la prémisse mineure* affirme ou nie l’antécédent* ou
le conséquent*. Le syllogisme hypothétique s’oppose au syllogisme catégorique*,

À ce propos, on consultera Syllogisme, Typ. des syl. composés, Syl. conditionnel*.

190
I___________________________________________________________
I

è Étymol. : les lettres A, I, E et O correspondent à l’ordre dans lequel apparaissent les voyelles dans les mots latins
d’affirmo (= affirmation) et nego (= négation) (du distique scolastique Asserit A, negat E, verum generaliter ambo ;
Asserit I, negat O, sed particulariter ambo1).

En logique traditionnelle*, symbole utilisé depuis le Moyen Âge pour désigner la proposition* particulière*
et affirmative* (Quoddam s est p: quelque s sont p). S’oppose logiquement à E*, avec lequel il entre en
contradiction*.

Les autres types de propositions sont désignés par les symboles A*, E* et O*,, en vertu de la typologie des
propositions établie par Aristote (v. Proposition, Typ., 3. Typ. selon la qualité et la quantité*).

Dans le symbolisme de la logique classique* moderne, la proposition de type I s’écrit ∃x (Px л Qx) (v.
Quantificateur*).

» Sur la visualisation de la proposition de type I par les méthodes diagrammatiques de Leibniz et Euler, v.
Diagramme logique*.

Pour sa traduction en algèbre booléenne, v. Algèbre de Boole*.

è Termes connexes : A*, Affirmation*, Carré log.*, Diagramme logique*, E*, O*, Particulier*, Proposition, Typ.*.
_________________________
1. Vers mnémoniques forgés par les logiciens de l’École. Voir Lalande, A., Vocabulaire tech. et critique de la philo.,
Paris, PUF, 1968, p. 1.

IDÉE " Concept*

IDEMPOTENCE

1\ Loi* du calcul propositionnel* énonçant qu’une variable logique* ne subit aucun effet d’une élévation
aux puissances. Cette loi marque une différence entre logique et algèbre dans la mesure où l’élévation
aux puissances d’une classe* d’objets ne donne rien d’autre que cette même classe d’objets.

p + p + p + (…) + p ≡ p
ppp (…) p ≡ p
pn ≡ p

2\ Règle de remplacement* (v. Tautologie, 4\* et Règle de transformation*) :

p ≡ (p ν p) (idempotence de ν)
p ≡ (p л p) (idempotence de л)

On complétera en se reportant à Algèbre de Boole, Ah*.

è Termes connexes : Associativité*, Calcul des propositions*, Commutativité*, Connecteur*, Distributivité*,


Équivalence*, Implication matérielle*, Règle de remplacement*, Tautologie*.

IDEMPOTENCE DE LA CONJONCTION " Idempotence*


IDEMPOTENCE DE LA DISJONCTION " Idempotence*
IDENTITÉ LOGIQUE " A = A*, Connecteur, Conn. unaire*, Distinction*, Principe d’identité*, Table de vérité*
IDÉOGRAPHIE " Calcul log., Ah*, Lingua characteristica universalis*, Logique attributive*
ILLATION " Inférence*, Calcul log., Ah*

191
IMPLICANS " Antécédent*
IMPÉRATIF (LOGIQUE DES) " Logique déontique*

IMPLICANTE

Dans une proposition conditionnelle*, synonyme d’antécédent*.

» Sur le lien que l’implicante entretient avec l’impliquée*, v. Antécédent* et Implication mat.*. V. aussi
Proposition composée, Typ., Prop. cond.*.

IMPLICATION FORMELLE " Implication matérielle, Ah*

IMPLICATION MATÉRIELLE
ou conditionnel, conditionnel matériel, jonction/implication philonienne, conditionnel vérifonctionnel

è Étymol. : du latin implicatio (= entrelacement), équivalent sémantique du grec akoloutia et akolouthèsis.

Nom donné au connecteur* binaire* qui exprime une relation de conséquence* liée à une condition*
donnée, qui relie un conséquent* à un antécédent*. Une proposition formée par celui-ci est appelée
proposition conditionnelle* ou hypothétique*. L’implication matérielle est l’équivalent du marqueur*
linguistique si…, alors…, sa forme logique étant : si p, alors q ou si p, q. Dans le symbolisme du calcul des
propositions* : p è q ou p ⊃ q (v. Connecteur*). L’implication matérielle reçoit une valeur fausse si et
seulement si p est vrai et q faux : ~(p ⊃ q) ↔ ~ (~p ν q) ↔ (p&~q).

L’implication matérielle est l’un des postulats* de la logique classique*. Sur le plan philosophique, la
relation conditionnelle posée par ce foncteur logique* sert à exprimer la contrafactualité*, c’est-à-dire à
soumettre à un traitement logique ce qui concerne la réalisation conditionnelle d’événements.

V. aussi Conséquent, \3*, Connecteur, Implication mat.*, Contrafactualité* et Logique, Log.


contrafactuelle*.

» Sur la nature et structure de la proposition conditionnelle*, v. Proposition composée, Typ., Prop. cond.*.

La notion d’implication est au fondement du calcul propositionnel*. On doit sa définition contemporaine


aux logiciens Ch. S. Peirce, H. MacColl et surtout F. L. G. Frege (Begriffsschrift, 1879, 1891), B. A. W. Russell et
A. N. Whitehead (Principia Mathematica, 1910). À ce propos, on se reportera à la sect. Ah de cet article
(infra), ainsi que Calcul log., Ah* et Log. moderne*.

» Sur la reconstruction du calcul propositionnel sur la seule base du connecteur de l’implication, v. Calcul
implicationnel*.

» Sur diverses tautologies formulées avec l’emploi de l’implication matérielle, v. Tautologie*.

» Sur les sophismes qui exploitent les difficultés reliées à la compréhension de la relation d’implication, v.
Sophisme, Typ., Soph. de l’affirmation du conséquent et de la négation de l’antécédent*.

***

L’implication n’est pas un connecteur commutatif (v. Commutativité*). Elle indique simplement une
relation unilatérale de l’antécédent vers le conséquent (de p vers q). Ainsi, q è p n’est pas la réciproque*
de p è q : Si je mets les voiles (q), alors il vente (p) n’a pas la même valeur que S’il vente (p), alors je mets
les voiles (q)) (au sujet de cette confusion, v. Sophisme, Typ., Soph. de l’affirmation du conséquent*, qui
consiste justement à confondre ou faire indûment passer une relation d’implication pour une relation
d’équivalence*).

D’après le témoignage du philosophe sceptique S. Empiricus (fin IIe s.), il faut créditer Philon de Mégare
de l’anticipation de la table de vérité* de l’implication1. La proposition conditionnelle est toujours vraie,

192
sauf dans la situation où «commençant par le vrai [elle] finit par le faux, par exemple S’il est jour il fait
nuit2» (donc lorsque p = V et q = F).

» Sur la table de vérité de l’implication matérielle, v. Table de vérité* et Connecteur, Implication mat.*.

- Diverses équivalences de l’implication matérielle

p è q ≡ ¬ (p л ¬q) définition de l’implication matérielle


p è q ≡ (¬p) ν q définition de l’implication matérielle
p è q ≡ ¬q è ¬p contraposée* de l’implication matérielle
p è (q л r) ≡ (p è q) л (p è r) distributivité de la conjonction* (л)
p è (q ν r) ≡ (p è q) ν (p è r) distributivité de la disjonction* (ν)

L’implication n’est distributive directement au regard de la conjonction et la disjonction que lorsqu’elle est
située à gauche de ces connecteurs dans la formule originale. Si elle est située à droite, le л et le ν
s’intervertissent :
(p л q) è r ≡ (p è r) ν (q è r)
(p ν q) è r ≡ (p è r) л (q è r)

La règle de l’associativité* vaut pour les foncteurs de la conjonction, disjonction et équivalence logique*,
mais pas pour l’implication matérielle. En effet : (p è q) è r et p è (q è r) n’ont pas des valeurs identiques
pour toutes les distributions de valeurs de vérité.

- Implication logique et nécessité

L’implication matérielle n’exprime aucun lien de nécessité* du conséquent* en regard de l’antécédent*,


en dépit du fait que les expressions d’implication et si … alors, dans le langage ordinaire, le connotent
assez fortement. Dans une proposition conditionnelle*, le conséquent q n’est pas une conséquence
nécessaire de l’antécédent p au même titre que l’est par exemple une conséquence par rapport aux
prémisses* dont celle-ci est inférée* dans un syllogisme* (v. Conséquence, 2\* et Nécessité, 3\*).
Autrement dit, l’implication n’est pas elle-même une déduction* : la vérité de q ne découle en aucune
façon de celle de p. Le rapport entre l’implicante* et l’impliquée* est beaucoup moins contraignant,
l’une et l’autre ne sont simplement qu’adjoints3, le conséquent n’étant alors une impliquée que
consécutive.

Si l’implication n’est pas elle-même une déduction, une proposition conditionnelle* peut toutefois entrer
dans la composition d’une déduction pour former un syllogisme conditionnel* (à ce propos on consultera
spécifiquement Syllogisme, Typ., Syl. cond.* et Modus ponens* et Modus tollens*).

Cette particularité de la conséquence dans une proposition conditionnelle - de n’exprimer aucun lien de
causalité nécessaire - explique les valeurs de vérité contre-intuitives et paradoxales de l’implication
matérielle. Mais c’est aux fins de dissiper toute confusion avec le concept de conséquence logique que
les exemples donnés de propositions conditionnelles dans la littérature utilisent souvent des antécédents
et des conséquents hétérogènes, par exemple Si les corbeaux sont noirs (p), alors les triangles ont trois
côtés (q). Boèce (fin Ve - début VIe s.) utilisa dans cet esprit des termes à connotation dissemblable pour
illustrer la proposition conditionnelle qu’il dénomma accidentelle (v. Proposition composée, Typ., Prop.
cond., Ah*), soit celle où n’est exprimé aucun lien de causalité entre l’antécédent et le conséquent (p.
ex. : Si le feu est chaud, le ciel est rond5). La distinction établie par le philosophe latin entre la
conditionnelle accidentelle et naturelle correspondrait à celle entre l’implication matérielle et
l’implication formelle6 que distingua beaucoup plus tard le Britannique B. A. W. Russell (Principia
Mathematica, 1910-1913) (v. infra).

» Sur l’implication stricte de Lewis, v. Ah* (infra) et Implication stricte*.

- Analyse historique

Des polémiques au sujet de la nature de l’implication existaient déjà au temps des mégariques et des
anciens philosophes du Portique7. On sait par exemple que Philon de Mégare eut une notion de
l’implication au sein de laquelle le conséquent est simplement adjoint de façon non-nécessaire à son
antécédent dans une sunêmmenon (= proposition hypothétique* ou conditionnelle*). Cette acception

193
étant celle reconnue généralement en logique propositionnelle* contemporaine, l’historien de la logique
Kneale suggéra de remplacer l’expression de Russell d’implication matérielle, qui porte à confusion (voire
à contresens), par celle de jonction philonienne8. Diodore Cronos s’opposa à la conception de
l’implication de son élève Philon, trop permissive et soumise à la contextualité9. En en resserrant le sens,
Diodore anticipa sur la notion d’implication stricte* (ou de conditionnel strict) développée par l’Américain
C. I. Lewis, où par l’ajout de la modalité du nécessaire*, il exprima l’idée que l’impliquée q est
nécessairement liée à son implicante p : (□ (p è q)10. D’ordinaire, la distinction entre implication
matérielle et implication stricte est indiquée par l’utilisation respective des symboles ⊃ et ⇒.

Deux propriétés logiques du connecteur de l’implication matérielle motivèrent la formulation et l’emploi


de l’implication stricte, à savoir : la vérité de la proposition conditionnelle, d’une part, dans tous les cas où
l’antécédent est faux, et d’autre part, où le conséquent est vrai. Ces caractéristiques correspondent aux
formules traditionnelles scolastiques d’ex falso quodlibet* (= du faux, n’importe quoi, v. l’article) et verum
ex quodlibet, baptisées plus tard paradoxes de l’implication. La logique de la pertinence* (relevant ou
relevance logic) fut précisément développée à l’époque contemporaine (A. R. Anderson11, N. D.
Belnap11, A. I. F. Urquhart, K. Fine, entre autres) de manière à ne retenir que les relations qui sont
significatives pour la détermination de la valeur de vérité* d’une proposition, principalement en ce qui
concerne le lien entre l’antécédent et le conséquent.

On sait d’après S. Empiricus12 (fin IIe s.) que les anciens stoïciens distinguèrent explicitement deux formes
d’implication où le conséquent est assimilé à la conséquence logique, à savoir l’implication inclusive
(emphasis) et l’implication connexe (sunartèsis), que priorisa vraisemblablement le Chrysippe de Soles.
L’implication qui introduit la sunàrtèsis (la «connexité») anticipa encore davantage que l’implication
diodoréenne sur l’implication stricte* de Lewis13. Les formulations que le stoïcien donna de l’implication
sont considérées comme la base de tout raisonnement* (à ce sujet, v. Raisonnement, Les lois ou règles
fond. du rais.*. V. aussi Syllogisme, Typ., Syl. cond., Ah*).

***

Dans l’horizon de la logique moderne*, on doit à B. A. W. Russell une contribution de premier plan à
l’histoire du concept d’implication. Au premier volume des Principia Mathematica (1910), le logicien
britannique identifia la fonction implicative (qu’il écrivit p ⊃ q, en reprenant G. Peano14, comme la
quatrième des quatre fonctions fondamentales, quoiqu’il montra par ailleurs que celle-ci est à son tour
réductible à ~p. ν q. Il utilisa l’implication dans la formulation de ses axiomes* (ses propositions primitives,
qu’il écrivit Pp) (v. Calcul prop.*). C’est dans ce texte que Russell distingua pour la logique moderne entre
deux types d’implication, la première étant l’implication formelle, jouant entre deux fonctions
propositionnelles* ((x) : φx ⊃. ψx), l’autre étant l’implication matérielle, qui joue quant à elle entre deux
propositions p et q15 (v. Calcul des prédicats*).

De l’autre côté de l’Atlantique, la logique des relations* développée au même moment par J. Royce
(1905) réduisit à un type unique de relation sérielle celle de l’inclusion* qui prévaut entre des classes et
celle de l’implication* qui joue entre des propositions16.

» Sur le détail de l’histoire contemporaine du concept d’implication chez Peirce, MacColl, Frege et ses
relations avec le calcul propositionnel* et le calcul des prédicats*, on consultera Calcul log., Ah*.

è Termes connexes : Antécédent*, Calcul implicationnel*, Calcul log.*, Connecteur, Implication. mat.*, Calcul prop.*,
Conséquent, 3\*, Contrafactualité*, Fonction prop.*, Implicante*, Impliquée*, Log. moderne, Typ. des «nouvelles log.
modernes»*, Log. des relations*, Proposition composée, Typ., Prop. cond.*, Sophisme, Typ. Soph. de l’affirmation du
conséquent*, Table de vérité*, Tautologie*.
_________________________
1. Voir Belna, J.-P., Histoire de la logique, Paris, Ellipses, Coll. «L’esprit des sciences», 2005, pp. 28-29 et Blanché, R., La
logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 99-100.
2. S. Empiricus, Contre les Mathématiciens (VIII, 113-114), rapporté par Blanché, op. cit., p. 99.
3. Pour H. Reichenbach, l’implication n’a qu’un rôle «adjonctif». V. à ce propos Blanché, R., La logique et son histoire,
d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 99-100 sqq.
4. Blanché, R., op. cit., pp. 99-101.
5. Op. cit., p. 127.
6. C’est ce que soutint J. T. Clark dans Conventionnal logic and modern logic, Woodstock, Md., 1952, p. 38. Voir
Blanché, op. cit., p. 128. Sur l’implication formelle chez Russell, on consultera M. Sergant, «Implication [log. math.], A/
L’implication matérielle et l’implication formelle classiques», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire
(Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 1247-1248.

194
7. Blanché, R., op. cit., pp. 110 sqq.
8. Op. cit., pp. 100 et 163.
9. Op. cit., pp. 100-101.
10. M. Sergant, «Implication» [log., math.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos.
universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 1248.
11. Anderson, A. R., «Some nasty problems in the formal logic of ethics», dans Nous I (4), 1967, pp. 345-360 ; avec
Belnap, N. D., Entailment : The Logic of Relevance and Necessity, vol. 1, Princeton, Princeton Univ. Press, 1975 ; avec
Belnap, N. D. et Dunn, J. M., Entailment : The Logic of Relevance and Necessity, vol. 2, Princeton, Princeton Univ. Press,
1992.
12. Dans ses Hypotyposes pyrrhoniennes, B 112, noté par Blanché, R., op. cit., p. 110.
13. Blanché, R., op. cit., p. 101.
14. Notations de logique mathématique, 1894
15. Op. cit., pp 334 et 341.
16. V. «The relation of the principles of logic to the foundation of geometry», dans Trans. Amer. Math. Soc., 1905, et
Blanché, R., op. cit., pp. 342-343.

IMPLICATION (JONCTION) PHILONIENNE " Implication matérielle, Ah*

IMPLICATION STRICTE
ou conditionnel strict

C’est ainsi qu’on appelle le connecteur* propositionnel formulé à l’origine par Lewis dans le champ de la
logique modale* et proposé en lieu et place de l’implication matérielle* classique, de manière à éviter les
paradoxes* que cette dernière implique (notamment le fameux ex falso quodlibet*).

L’implication stricte de C. I. Lewis (1912) affecte la relation d’implication de la modalité* du nécessaire*


(□ (p è q)) de façon à spécifier que le conséquent* q est nécessairement lié à l’antécédent* p, au
rebours de la relation d’implication matérielle qui ne le spécifie aucunement et qui, pour cette raison,
induit des cas paradoxaux (à ce sujet, v. Implication matérielle, Ah*). Cette innovation est à l’origine du
développement de la logique modale* contemporaine (v. l’article).

Les symboles ⊃ et ⇒ sont ordinairement utilisés pour distinguer les deux types d’implication,
respectivement l’implication matérielle et l’implication stricte.

L’unique cas où une proposition conditionnelle* marquée d’une implication stricte est vraie est lorsqu’il est
impossible que l’antécédent* (p) soit vrai sans que ne le soit par ailleurs le conséquent* (q) (v. Table de
vérité*).

Diodore Cronos et Chrysippe de Soles anticipèrent tous les deux sur la notion d’implication stricte (v.
Implication matérielle, Ah*).

IMPLICATIVE

Synonyme de proposition conditionnelle* ou hypothétique*.

V. Proposition composée, Typ., Prop. cond.*.

IMPLICATUM " Conséquent*

IMPLICITE
ou présupposé

è Étymol. : du latin implicitus, de implicare (= envelopper).

1\ Caractère d’un élément (argument*, concept*, définition*, prémisse*, thèse*) contenu dans une
proposition*, jugement*, raisonnement* ou discours* sans être explicitement identifié. S’oppose à
explicite*. L’explicitation est l’opération intellectuelle par laquelle un élément implicite ou présupposé est
mis au jour.

195
2\ Dans le vocabulaire de la logique et de l’épistémologie, désigne la qualité* d’un prédicat* présupposé
dans le sujet*. Dans un raisonnement ou syllogisme*, peuvent être présupposées plusieurs choses,
notamment certaines prémisses* (v. Sorite*), le fait que l’on tienne préalablement une prémisse pour
vraie* ou encore que l’on admette au départ la vérité de ce qu’il s’agit justement de démontrer au terme
d’une démonstration* (v. Pétition de principe*).

Dans un discours* philosophique, ce caractère est généralement perçu négativement, car il complique
ou rend plus ardues l’analyse*, l’évaluation et la compréhension*.

L’implicite est généralement considéré comme un synonyme du concept de présupposé, à la différence


près que ce dernier peut aussi nommer ce qui est explicitement posé au début d’un discours sans être
expressément remis en question.

Une proposition qui ne présuppose absolument aucun élément est un principe anhypothétique* ou un
axiome* (on consultera ces articles).

è Termes connexes : Analyse*, Analytique*, Anhypothétique*, Axiome*, Explicite*, Jugement, Typ., Jug. anal.*,
Prémisse*, Présupposé*, Sorite*.

IMPLIQUÉE

Dans une proposition conditionnelle*, synonyme de conséquent*.

» Sur le lien que l’implicante entretient avec l’impliquée*, v. Conséquent, 3\*, Implication mat.*.

V. aussi Proposition composée, Typ., Prop. cond.*.

IMPORTATION (règle de l’) " Exportation*

IMPOSSIBLE, IMPOSSIBILITÉ " Modificateur, Les quatre mod. class.*, Nécessaire*, Contingent*, Possible*.

IMPRÉDICATIVITÉ, IMPRÉDICABLE
anc. : non-prédicativité

Terme de la théorie des types* et de la théorie des ensembles* qui réfère à la propriété* d’un objet ou
collection d’objets de référer à lui-même (d’être autoréférentiel*, autologique*, réflexif) ou d’une
définition* de présupposer l’élément qu’elle a pour visée de définir (d’être circulaire, v. Définition, Typ.*).

L’imprédicativité fut classiquement illustrée par le paradoxe du Menteur* et, de façon plus générale en
logique moderne*, par le paradoxe des classes de Russell (ou paradoxe de Russell) - à l’origine de la crise
des fondements des mathématiques. C’est pour parer une certaine tendance de l’imprédicativité au
paradoxe* et à l’autocontradiction* que Russell introduisit la notion d’ensemble de tous les ensembles qui
ne se contiennent pas eux-mêmes ou ne sont pas éléments d’eux-mêmes.

Comme nouvelle solution1 au problème des objets définis sur un mode autoréférentiel, B. A. W. Russell
introduisit le concept de classe des classes qui ne se contiennent pas elles-mêmes (des classes qui
n’appartiennent pas à elles-mêmes, qui ne sont pas éléments d’elles-mêmes). Pour éviter que la notion
de classe* n’engendre de situations paradoxales ou autocontradictoires, la classe des classes se distingue
logiquement de celle d’ensemble (v. Classe, 4\* et Classe propre*). Le concept sied au cœur de la
théorie russellienne des types* (qui introduit l’idée féconde d’une hiérarchie des propositions, v.
Métalogique*), qui apporta la résolution au problème général du paradoxe des classes (ou antinomie,
paradoxe de Russell)2 - qui illustre l’idée que l’une ou l’autre de l’alternative présentée conduit
inévitablement à une contradiction3.

Russell tint le célèbre paradoxe du Menteur* pour le paradigme des antinomies. Le schéma du paradoxe
fut découvert vers 1901 (publié dans The Principles of Mathematics, 1903)4. Russell en donna plus tard
(1918) un exemple qui devint célèbre, celui du barbier :

«Sur l’enseigne du barbier on peut lire : Je rase tous les hommes de Séville qui ne se rasent
pas eux-mêmes et seulement ceux-là. Le problème survient lorsque l’on se pose la

196
question Qui rase le barbier? En effet, s’il se rase lui-même, il appartient à l’ensemble des
hommes qui se rasent eux-mêmes ; mais son enseigne affirme qu’il ne rase jamais personne
appartenant à cet ensemble. Par conséquent, il ne peut se raser lui-même. Si quelqu’un
d’autre rase le barbier, celui-ci devient un homme qui ne se rase pas lui-même. Or son
enseigne dit que lui seul rase tous les hommes de cette catégorie. Par conséquent,
personne d’autre ne peut raser le barbier5».

L’une ou l’autre des réponses à la question Qui rase le barbier? achemine à un cercle vicieux* duquel il
semble impossible de sortir: d’une part, si le barbier se rase lui-même, alors il ne peut se raser lui-même, et
d’autre part, s’il est rasé par quelqu’un d’autre, alors il ne peut être rasé par quelqu’un d’autre. Quelle
que soit l’alternative choisie, celle-ci aboutit au fait que le barbier ou l’homme appartienne à deux
classes contradictoires simultanément, ce qui est impossible, d’où le paradoxe. Le cœur du problème
logique tient à la propriété autoréférentielle* de la proposition initiale (Je rase tous les hommes de Séville
qui ne se rasent pas eux-mêmes et seulement ceux-là), laquelle rend sa propre application proprement
inapplicable6. La solution consiste à poser que le barbier n’est pas un homme ou, ce qui s’en suit
démonstrativement, qu’un tel barbier n’existe tout simplement pas.

V. Paradoxe, Ah*, Classe*, Classe propre*, Autoréférence* et Théorie des types*.


_________________________
1. L’ancienne solution était celle du principe du cercle vicieux (VCR) développé à l’origine par J. H. Poincaré.
2. Dans son article, D. Vernant définit le paradoxe des classes dans ces termes : «Si on admet que toute classe peut
appartenir à elle-même : la classe de toutes les classes est une classe, elle peut aussi ne pas s’appartenir : la classe des
hommes n’est pas un homme. Mais alors la classe de toutes les classes qui ne s’appartiennent pas s’appartient-elle? Si
oui, elle possède la propriété qui la caractérise et ne s’appartient pas ; sinon, elle ne possède pas sa propriété
caractéristique : il est faux qu’elle ne s’appartienne pas, donc elle s’appartient». V. «Classes (paradoxe des)», dans
Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du CNRS, 2013 (2006), p. 114. V. aussi Pouivet,
R., «Paradoxe», ibid., p. 591, et P. de Rouilhan, Russell et le cercle des paradoxes, Paris, PUF, 1996.
3. Sur l’imprédicativité, voir les excellents textes de : Burgess, J. P., Fixing Frege, Princeton Univ. Press, 2005 ; Feferman, S.,
«Predicativity», dans The Oxford Handbook of Philosophy of Mathematics and Logic, Oxford Univ. Press, 2005, pp. 590–
624 ; Kleene, S. C., Introduction to Metamathematics, North-Holland Publishing Co., Amsterdam NY, 1952 (1971), §11
«The Paradoxes», pp. 36–40 et §12 «First inferences from the paradoxes impredicative definition». p. 42 ; Reichenbach,
H., Elements of Symbolic Logic, Dover Publications, Inc., NY, 1947, §40 «The antinomies and the theory of types», p. 218
et ; Vernant, D., «Théorie des types», dans Dict. des concepts philos., Blay, M. (dir.), Éd. Larousse, Coll. In Extenso, Éd. du
CNRS, 2013 (2006), p. 801.
4. Russell introduisit les notions de prédicatif et non-prédicatif en 1906 dans son article «Les paradoxes de la logique»,
dans Revue de Métaph. et de Morale.
5. Cité par B. Godart-Wendling, «Barbier (paradoxe du -)», dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie
philos. universelle, vol. II), 2 vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 222.
6. W. V. O. Quine vit dans le paradoxe du barbier une réduction à l’absurde* dans la mesure où le simple fait de poser
l’existence du barbier conduit à l’impossibilité de son existence (v. B. Godart-Wendling, op. cit., p. 222).

INCIDENT

è Étymol. : du latin incidens (= qui tombe dessus).

1\ Au sens large, le terme réfère à tout ce qui n’est pas essentiel aux propositions*, aux arguments* ou à
la thèse* dans un discours*.

2\ En épistémologie et en ontologie, synonyme d’accidentel*, quoddité*.

INCLUSION
ou appartenance, inhérence*

1\ En logique traditionnelle*, l’inclusion ou appartenance se rapporte à la relation qu’entretiennent sujet*


et prédicat* dans une proposition* ou un syllogisme* et au rapport extensionnel* qu’entretient les
prédicables* du genre* et de l’espèce* dans une classification*.

2\ Terme employé en logique et en mathématique pour désigner usuellement la relation qui existe entre
deux ensembles* ou deux classes* (A ⊂ B, selon la notation classique de E. Schröder) et dont tout élément
appartenant au premier appartient aussi au second. S’oppose à exclusion.

197
L’inclusion logique traduit formellement un certain nombre d’expressions du langage ordinaire, comme
être renfermé/contenu dans, appartient à, fait partie de,… (v. Copule*).

3\ La théorie distingue l’inclusion de l’appartenance : la première référant à la relation entre deux


ensembles et l’autre à celle entre un ensemble et un élément.

Être un élément d’un ensemble n’est pas équivalent à être une partie de l’ensemble, puisqu’un ensemble
peut ne contenir aucun élément (étant alors qualifié de vide), bien qu’il dispose d’une partie (soit
l’ensemble en tant que tel)1.

***

On complétera ce qui précède en se reportant aux articles suivants, où la relation d’inclusion ou


d’appartenance est développée sur différents plans : Affirmation* et Négation*, Analytique et
Synthétique*, Concept, Struct. Log. du concept : intension et extension*, Définition, La struct. Log. de la
déf.*, Diagramme logique*, Extension*, Implication matérielle*, Log. attributive*, Opposition, Typ., Opp.
des concepts (habitus et privation)*, Prædicatum inest subjecto*, Prédicat*, Proposition, Interp. de la
prop. en intension et en extension et Typ., Prop. attributive*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. déductif et
inductif*, Sophisme, Typ., Soph. de la conclusion aff. illicite*, Syllogisme, Typ., Syl. démonstratif* et Variable,
Ah*.
_________________________
1. Éd., «Inclusion» [log., math.], dans Les notions philosophiques. Dictionnaire (Encyclopédie philos. universelle, vol. II), 2
vol., éd. Auroux, S., Paris, PUF, 1998, p. 1256.

INCOHÉRENCE

Antonyme de cohérence*, logique* et validité*.

V. ces articles.

INCOMPATIBILITÉ

1\ Lato sensu, synonyme de contradictoire*.

2\ En calcul propositionnel*, foncteur* propositionnel binaire connu sous le nom de barre de Sheffer*.
Équivalent* de la contrariété* [(pΛ¬q) V (¬pΛq) V (¬pΛ¬q)].

V. Connecteur, Typ., Incomp.*.

INCOMPLÉTUDE (théorème d’, démonstration d’) " Axiomatique, Ah*., Complétude*, Logicisme, Ah*,*,
Multivalence*, Système formel, Ah*
INCONDITIONNÉ " Anhypothétique*
INCORPOREL " Lektón*

INDÉCIDABILITÉ, INDÉCIDABLE

Propriété* d’une proposition* indémontrable* et irréfutable dans le cadre d’une théorie donnée, c’est-à-
dire pour laquelle il n’est pas possible d’octroyer une valeur de vérité*. De façon plus usuelle, le terme
réfère à un problème pour lequel il n’existe pas de solution. S’oppose à décidabilité*.

V. Axiomatique, Ah*, Complétude*, Décidablité*, Incomplétude*, Indéfini*, Log. trivalente*.

INDÉFINI
ou indéterminé

è Étymol. : du latin indefinitus (= non déterminé, non délimité). Équivalent du grec adihoristos.

198
1\ En logique traditionnelle*, l’indéfini désigne l’un des types de propositions* fondés sur la quantité* du
sujet*. Une proposition indéfinie ou indéterminée est une proposition dont il n’est pas possible, en
l’absence de tout contexte extérieur à la proposition, de savoir si le sujet est considéré singulièrement ou
dans une certaine extension* particulière* ou universelle*. Au point de vue du critère de la qualité*, chez
Kant, une proposition est indéfinie lorsqu’elle est ni affirmative*, ni négative*1.

2\ En logique moderne*, réfère à l’une des valeurs de vérité* que peut recevoir une proposition* en
logique trivalente* et en logique intuitionniste*, signifiant ni vrai ni faux. Correspond à l’indécidabilité*.

À ce sujet, v. Log. trivalente*, Multivalence* et Valeur de vérité*.

***

Une proposition indéfinie est une proposition dont le sujet* est précédé d’un article indéfini (un/une) ou
défini (le/la) (un cygne est blanc, le cygne est blanc). Même l’utilisation du pluriel les n’implique pas
nécessairement que le prédicat* se rapporte au sujet pris dans toute son extension* : en affirmant que Les
cygnes sont blancs, en dehors de tout contexte, il n’est pas possible de déterminer si la proposition fait
référence à l’ensemble* de tous les cygnes ou à l’ensemble d’un groupe individuel de cygnes. Aristote
mit en garde contre le fait d’interpréter la proposition indéfinie comme une proposition universelle : ainsi,
dans un syllogisme*, par mesure de prudence, si une prémisse* est indéfinie, celle-ci doit être analysée et
considérée comme une proposition particulière (à ce sujet, v. Proposition, Typ., rem. 3*)1.

On retrouve par ailleurs chez Aristote l’idée selon laquelle la proposition particulière peut vouloir dire
indéterminée - idée reprise plus catégoriquement plus tard par A. d’Aphrodise (IIe s.) (à ce sujet, on se
reportera à Proposition, Typ. des prop.* et Particulier*).

» Sur l’indétermination de la particulière chez Boole (symbolisée par la lettre v), v. Algèbre de Boole*.

è Termes connexes : Carré log.*, Extension*, Négation*, Opposition, Typ.*, Particulier*, Proposition, Typ., rem. 3*,
Singulier*, Syllogisme, Validité du syllogisme et vérité*, Universel*.
_________________________
1. Critique de la raison pure (1781, 1787), «Analytique des concepts», I, 2.
1. V. Thibaudeau sur la Représentation graphique des énonciations particulières, dans Principes de logique. Définition,
énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ. Laval, 2006, pp. 494-496.

INDÉFINISSABLE

Qui ne peut être défini et ne peut faire l’objet d’une définition*.

À ce sujet, v. Définition, Typ., Déf. négative et les indéfinissables*.

INDÉMONTRABLE
ou anapodictique*

On complétera en se reportant aux articles suivants : Anapodictique*, Axiome*, Axiomatisation, Ah*,


Démonstration, Ah*, Indécidabilité*, Principe d’identité*, Syllogisme, Typ., Syl. conditionnel, Ah*.

INDÉTERMINÉ " Indéfini*, Particulier*


INDUCTION " Raisonnement, Typ. 1, Rais. inductif*
INDUCTIVISME " Raisonnement, Typ. 1, Rais. inductif*

INFÉRENCE
ou illation, schéma d’inférence, règle d’inférence

è Étymol. : du latin inferentia (= conséquence [inferre = mettre en avant]) et illatio. Traduit le grec logikomai (=
calculer, inférer, conclure par le raisonnement).

1\ Dans son sens ordinaire et général, une inférence désigne l’opération intellectuelle par laquelle, à
partir d’un contenu informatif donné (connaissance, sensation, sentiment, fait, indice,…), l’esprit passe à

199
un autre contenu informatif et porte un certain jugement*.

Un individu peut inférer et juger par exemple que le lac est froid et qu’il y a un chien dans les environs à
partir du fait qu’il sait que le lac est actuellement couvert de glace et qu’il entend aboyer.

2\ En logique, l’inférence nomme spécifiquement l’opération par laquelle est admise une proposition* du
fait de sa relation avec une ou plusieurs autres propositions précédemment posées.

Sous la forme d’un raisonnement*, l’inférence consiste à obtenir correctement une conséquence* sur la
base de prémisses* ou d’un antécédent* préalablement donnés – à ce titre, l’inférence peut être
spécifiquement déductive*, inductive* ou analogique* (v. Raisonnement, Typ. 1*). Selon une certaine
école, la logique* serait l’étude ou la théorie de l’inférence valide* (v. Logique*, Raisonnement*), ce qui
ferait de l’inférence la plus élémentaire de ce domaine.

On appelle règle d’inférence ou de raisonnement (ou encore règle logique*) une formule fondatrice et
normative de raisonnement valide* universellement applicable, c’est-à-dire où, dans tous les cas où les
prémisses* sont vraies, il est permis de tirer une conséquence vraie. Lorsque la règle est présentée non
pas sous la forme d’une formule, mais d’un schéma, on parle spécifiquement de schéma d’inférence ou
inférentiel (J. Łukasiewicz). Concernant le raisonnement déductif*, on parle spécifiquement de règle de
déduction, qui spécifie dans quelle condition une conclusion est dérivable ou déductible des prémisses.

Chaque système formel* (p. ex. le calcul des prédicats*) dispose de ses propres règles, choisies
arbitrairement (à l’instar de ses axiomes*), conformément aux objectifs pour lesquels il fut construit. La
démonstration* des théorèmes* du système s’obtient par l’application de ces règles sur les axiomes. On
appelle règle de transformation* les règles d’inférence qui dictent la façon de transformer et manipuler les
propositions* à l’intérieur d’un système logique.

On complétera ce qui précède immédiatement en se reportant à : Associativité*, Commutativité*,


Contradiction*/Tautologie*, Distributivité*, Exportation*/Importation*, Idempotence*, Lois de De Morgan*,
Règle de détachement*, Règle de remplacement*, Règle de transformation*, Transposition*.

- L’inférence immédiate
ou de proposition à proposition

L’inférence immédiate se distingue de l’inférence médiate, selon que l’opération est réalisée directement
ou indirectement. Une inférence immédiate consiste, à titre d’exemple, 1\ à admettre la vérité ou
fausseté d’une proposition directement à partir de son opposé (en vertu des propriétés logiques des
oppositions*) ou 2\ à partir de son équivalent logique (par les lois* de la conversion logique*) (v.
Équivalence, 3\*). Pour le premier cas, soit l’affirmation* suivante : tous les philosophes ont l’esprit sagace.
En vertu du carré logique*, on inférera directement que la proposition suivante quelques philosophes ont
l’esprit sagace est vraie (que sa subalterne* est vraie), et que celles-ci sont fausses : aucun philosophe n’a
l’esprit sagace (que son contraire* est faux) et quelques philosophes n’ont pas l’esprit sagace (que sa
contradictoire* est fausse). Concernant le second cas, soit l’affirmation suivante : certains sages ont une
formation en philosophie. En vertu des lois de la conversion logique*, on inférera directement que la
proposition suivante Certains qui ont une formation en philosophie sont des sages est vraie (autrement dit,
que sa converse est vraie).

Sur le plan épistémologique, l’inférence immédiate ne représente que peu d’intérêt dans la mesure où
elle ne produit aucun nouveau savoir (v. Raisonnement*). Elle n’est qu’une opération rationnelle par
laquelle la vérité d’une proposition n’est qu’exprimée d’une façon différente.

- L’inférence médiate : le raisonnement


ou inférence déductive

L’inférence médiate ou déductive correspond proprement au raisonnement*, et précisément à la


définition* logique donnée plus haut. Il s’agit d’une forme d’inférence par laquelle la vérité d’une
proposition n’est pas admise directement, mais médiatement, c’est-à-dire par le truchement d’une autre
proposition également tenue pour vraie et le recours à un moyen terme*. Le lien entre le sujet* et le
prédicat* est rendu possible par la prise en considération d’une proposition intermédiaire : c’est ainsi
qu’un raisonnement est une opération rationnelle qui consiste à tirer une conclusion* ou une
conséquence* par le moyen d’un rapport nécessaire* reconnu entre des prémisses* :

200
prémisse1
prémisse2

prémissen
___________________________
conséquence\conclusion

La forme canonique de l’inférence médiate est le syllogisme (\2*), dont le schéma d’inférence est le
suivant (qui se lit : p, or q, donc r, p et q désignant les prémisses* et r la conclusion*) :

p
q
___
r

Dans sa forme propositionnelle hypothétique* (où la conjonction* des prémisses p et q forme


l’antécédent* et la conclusion r le conséquent*), le schéma devient :

Si (p et q), alors r ou si p et si q, alors r1

V. Modus ponens (règle fondamentale du calcul propositionnel*) et Modus tollens*.

Dans le symbolisme de la logique classique* moderne, sous la forme d’une véritable loi* logique ou
tautologie*, on écrit :
(p л q) è r

Dans le registre épistémologique, les opérations rationnelles menées par voie d’inférence médiate
représentent un intérêt supérieur par rapport aux inférences simplement immédiates. En effet, elles
permettent de produire des «nouvelles» connaissances et non pas simplement de reformuler des
connaissances déjà acquises2. Dans un raisonnement et une inférence véritables, le rapport entre le sujet
et le prédicat dans la conclusion n’est pas déjà contenu dans les prémisses prises isolément, mais il est
plutôt reconnu au terme d’un moyen indirect dans les liens que la raison perçoit entre les prémisses (à ce
sujet, v. Raisonnement*.

D’un point de vue traditionnel, le modèle type de l’inférence est celui représenté par le raisonnement
déductif où la conclusion est tirée de la majeure*. Cependant J. S. Mill (Système de logique déductive et
inductive, 1843), dans le contexte de sa célèbre critique du syllogisme (v. Syllogisme, Ah*), affirma que la
véritable inférence se situe sur le plan du raisonnement inductif* effectué sur des faits singuliers et au
terme duquel sont posées les propositions générales intercalées seulement par la suite dans le
raisonnement déductif à titre de majeure*3.

***

- La validité de l’inférence

Les règles* d’inférence garantissent la validité* logique des raisonnements, notamment déductifs* et
syllogistiques* (v. Raisonnement, Typ. 1, Rais. déd. et Syllogisme, Règles de validité du syl.*). Dans le cas du
raisonnement déductif de type conditionnel* (v. Syllogisme, Typ., Syl. cond.*), les règles du modus ponens*
et modus tollens* assurent respectivement la validité logique de l’affirmation ou de la négation du
conséquent* sur la base de l’affirmation ou négation de l’antécédent. Avec les règles relatives aux
connecteurs* logiques, ces règles forment la base du calcul propositionnel*.

En calcul propositionnel*, on définit rigoureusement l’inférence valide en affirmant qu’une proposition q


est une conséquence de p si et seulement si dans la table de vérité* de q figure un «vrai» sur chaque ligne
où figure également un «vrai» dans la table de p4. L’inférence s’exprime ainsi : p q ( étant le symbole
de la tautologie*, utilisé ici pour souligner le fait qu’une tautologie est toujours vraie, donc que q découle
de p dans tous les cas où est respecté le critère de l’inférence valide tel que défini).

En calcul des prédicats*, il existe des règles d’inférence concernant les quantificateurs*. La logique
modale* possède également les siennes propres.

201
- Analyse historique

L’invention des schémas d’inférence remonte au premier successeur d’Aristote Théophraste d’Érésos (v.
Syllogisme, Typ., Syl. conditionnel, Ah*) et aux stoïciens - toutefois, c’est au Péripatéticien A. d’Aphrodise
(IIe s.) que revient traditionnellement le mérite de leur première utilisation régulière5. Les philosophes du
Portique avaient distingué de façon explicite, pour les raisonnements, entre leurs représentations
concrètes (auxquelles sont rattachés des contenus concrets variés), et leurs représentations abstraites,
présentées sous forme de schémas ou modes (appelés tropes* [tropoi], v. l’article) où des variables*
nominales étaient substituées aux termes concrets6. Cette importante distinction n’avait pas été portée
aussi clairement au jour chez Aristote, qui était resté attaché pour l’essentiel au raisonnement dans sa
formulation concrète et pour qui l’usage des variables était demeuré chez lui, semble-t-il, sans aucun
doute finalisé par un simple souci d’abréviation (à ce sujet, v. Variables propositionnelles, Ah*). C’est aux
stoïciens que l’on doit la véritable découverte du schéma d’inférence, marquant par là un progrès
notable au regard de la simple recherche de «lois* logiques» chez Aristote7.

» Sur les cinq tropes traditionnels de la logique stoïcienne, v. Syllogisme, Typ., Syl. conditionnel, Ah*.

Chez le logicien polonais contemporain J. Łukasiewicz, cette préoccupation des stoïciens pour le schéma
inférentiel et d’Aristote pour les lois* logiques répondrait à deux projets distincts de développer
respectivement une logique propositionnelle* et une logique des termes*8.

On remarque dans la logique scolastique* une tendance nette vers l’utilisation des schémas d’inférence
pour décrire les raisonnements syllogistiques* valides*, par exemple :

Tout B est A,
or tout C est B,
___________________
donc tout C est A9

À l’époque contemporaine, le logicien anglais B. A. W. Russell, dans le cadre des travaux qui jetèrent les
bases du calcul propositionnel* et calcul des prédicats*, fit de la règle selon laquelle «Tout ce qui est
impliqué par une proposition vraie est vrai» la règle au fondement de l’inférence (v. Principia
Mathematica, I).

è Termes connexes : Calcul des prédicats*, Calcul prop.*, Carré log.*, Conséquence*, Log. modale*, Opposition, Typ.*,
Prémisse*, Raison*, Raisonnement, Typ. 1, Rais. déd. et Rais. ind.*, Syllogisme, Typ., Syl. cond.*, Modus ponens et Modus
tollens*, Table de vérité*, Tautologie*, Validité*, Variable*.
_________________________
1. Belna, J.-P., Histoire de la logique, Paris, Ellipses, Coll. «L’esprit des sciences», 2005, p. 20.
2. Voir Thibaudeau, V., Principes de logique. Définition, énonciation, raisonnement, coll. Zêtêsis, Les Presses de l’Univ.
Laval, 2006, pp. 658-666. On met le mot de nouvelle entre parenthèses, car cette idée que le syllogisme produit une
telle connaissance fut contestée par les critiques modernes du syllogisme (v. Syllogisme, Ah*).
3. Voir Blanché, R., La logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, Armand Colin, 1970, pp. 252-253.
4. Lepage, F., Éléments de logique contemporaine, Les Presses de l’Univ. de Montréal, 1991, p. 38.
5. Voir Blanché, R., op. cit., pp. 49 et 122. Un peu avant lui, le philosophe médio-platonicien Apulée (IIe s.) avait
l’habitude d’exprimer lui aussi les syllogismes sous la forme de l’inférence. Cette habitude se remarque aussi chez
Boèce, plus tard au IVe s. (Blanché, p. 126) et chez les médiévaux (ibid., p. 139).
6. Ils appelèrent logotrope* un raisonnement exprimé à la fois sous une forme concrète et abstraite. Cette formule
hybride ne répond en fait qu’à un souci d’économie permettant d’éviter de répéter les prémisses. Par exemple, S’il
vente aujourd’hui, alors je mets les voiles, et le premier, donc le second. Voir Blanché, op. cit., p. 113, n. 2.
7. Voir Blanché, R., op. cit., pp. 63 et 113.
8. Op. cit., p. 113.
9. Belna, J.-P., op.cit., p. 58.

INFÉRENCE DÉDUCTIVE " Inférence, L’inférence médiate*


INFÉRENCE IMMÉDIATE " Inférence, L’Inférence immédiate*
INFÉRENCE MÉDIATE " Inférence, L’inférence médiate*
INFIMA SPECIES " Espèce, L’espèce spécialissime*, Arbre de Porphyre*, Genre, Typ., Genre suprême*
INFIRMATION " Réfutation*
INHÉRENCE (doctrine de l’inhérence) " Prædicatum inest subjecto*

202
INESSE " Copule, Ah*, Proposition, Typ., Prop. attributive*.

IN QUALE

Dans la logique scolastique*, l’expression sert à qualifier les prédicables* qui répondent à la question
quelle est cette chose (qui est res), quelle est son essence*. S’oppose à in quid*.

Ces prédicables sont ceux de la différence spécifique*, du propre* et de l’accident commun* (on
consultera ces articles). La différence spécifique est dite in quale quid parce qu’elle qualifie le sujet* au
point de vue de son essence* (en tant qu’espèce*), le propre est dit in quale accidentaliter et necessario
(puisqu’il est un mode de prédicat accidentel* et nécessaire*), et l’accident commun* est dit in quale
accidentaliter et contingenter (car il réfère à un caractère accidentel* et contingent*). Les deux autres
prédicables (le genre* et l’espèce*) sont dits in quale* (v. l’article).

V. aussi Qualité*.

IN QUID
incomplete et complete

Dans la terminologie scolastique*, se dit des prédicables* qui répondent à la question de savoir ce qu’est
une chose (qualid est res) (son essence*). S’oppose à in quale*.

Ces prédicables sont ceux du genre* et de l’espèce* (on consultera ces articles). Le genre est dit in quid
incomplete, car il ne correspond qu’à une partie de l’essence du sujet*, alors que l’espèce est dite in quid
complete, car elle indique la totalité de l’essence du sujet. Les trois au