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.Jean B�ILLON .

lean-Paul CERON

ENVIRONNEMENT, ARCHITECTURE,
Prendre en compte l'environnement dans le lecture. Bien entendu, les débats autour de - avant l'usage : l'extraction et la fabrication
choix des matériaux de construction suppose l'architecture ont leur importance et seront évo­ des matériaux avec l'examen des impacts sur
que l'on connaisse les problèmes que posent qués ici, mais la contribution spécifique de ce les sites de l'extraction des matériaux de car­
à l'environnement à la fois l'extraction et la texte est plut6t de prendre la mesure des rières el d'alluvions, des . effeta polluants (air
mise en forme des matériaux utilisés dans la autros dimensions de l'insertion du cadre bâti et eau) de l'élaboration des matières premières ;
construction, ainsi que la fabrication dea pro­ dans l'environnement. Le suivi du cheminement une place particulière sera accordée à la ques·
duits ou composants qui en sont laila, enfin leur des matériaux au cours du processus de cons· lion des déchets ;
mise en œuVre sur le chantier. En d'autres tructian nous a paru un bon point de départ pour
terme, est-ce que l'extraction, la fabrication et traiter à la fois des problèmes d'environnement - pendant l'usage : le r61e joué par les maté­
l'usage actuel des · matériaux de construction directement et indirectement liés à l'emploi des riaux par rapport à l'insertion dans les paysages
correspondent à une gestion avisée des res· matériaux, allant par exemple de la pollution et sites, leur interaction avec l'aménagement
sources naturelles, ne mettent pas en danger lors de la fabrication aux choix de l'urbanisme. local et le raccord du bâtiment au terrain ; l'im­
les qualités du milieu naturel el enfin, ne par· De quels matériaux allons-nous traiter ici? L'é· portance de leur choix du point de vue de l'ar­
ticipenl pas à une dégradation de la qualité ventail qui .va du gros œuvre jusqu'aux poignées chitecture et des technologies de construction
de la vie? de portes et papiers peints nous 'U'ant paru (structure du bâtiment et - peau - de celui-ci).
beaucoup trop large, nous avons retenu d'abord après l'usage : la démolition du bâtiment
Même si on craint que la confrontation avec le les matériaux de gros œuvre ainsi que certains et l'environnement.
nouveau contexte économique n'aboutisse à un matériaux du second œuvre qui semblent re­
- enterrement de première classe - des préoccupa­ présenter des enjeux importanla du point de vue En outre, comme on ne peut pens'r le milieu
tions d'environnement, il n'en reste pas moins de l'en"vironnement : menuiserie, (bois ou mé­ indépendamment des gens qui y vivent et du
que l'hommage rendu à celles-ci par les acteurs tal), cloisons (plâtre, bois, composites), iso­ contexte économique et social du moment, se­
sociaux ne peut être considéré comme exclusi­ lants (minéraux et synthétiques). ront ensuite examinés les rapports du cholx
vement verbal : en particulier les acteurs éco­ des matériau .. avec ce que nous appelons, faute
nomiques ne peuvent plus tenir pour négligea· Si nous avons éliminé une bonne part C:es ma­ de mieux, la • qualité de la vie - des occupanla
bles les effets sur le milieu et la société des tériaux de second œuvre, en revanche, nous du cadre bâti et avec les grandes préoccupations
flux de matériaux qu'ils gèrent. Quand on songe avens tenu a considérer l'ensemble de la chaine économiques du moment - crise de l'énergie,
que le bâtiment et les travaux publics étaient de production depuis l'extraction jusqu'au lo­ de l'emploi, etc.
source, en 1978, d'un déplacement de l'ardre de gement réalisé, ce dernier représentant alors
350 Mt de matériaux (la majeure partie das ter· ce que l'on pourrait appeler le produit fini,
rassements el la démolition exclues), en se même si chacun des matériaux pris séparément
rend bien compte que l'insertion du bâti dans ne sert qu'à en réaliser une partie. Nous avons N.B. : Cet a rtic l e fa i t a ppe l à des é léments
l'environnement ne peul absolument pas être décomposé la chaine en un certain nombre de d ' u n e rech erche effectuée pa r les auteurs e n
considérée comme une simple affaire d'archi- phases qui seront successivement analysées. l ia ison a v e c l e P l a n -Construct i o n .

, .

• • •••••• et mater1aux de construction


EXTRACTION Ces impacts sont source de phénomènes de quelques branches qui sont source de l'essen­
rejet ce . la part de la population qui ne veut tiel de la population de l'eau, si ce n'est l'a­
ET PREMIERE TRANSFORMATION plus laisser ouvrir de nouvelles carrières. L'ac­ miante-ciment dont les rejets, bien que limités,
DES MATERIAUX DE CONSTRUCTION : tivité de construction risque ainsi de manquer peuvent être dangereux pour l'hamme (3). En
EFFETS SUR LES SITES, POLLUTIONS, de granulats ; en particulier de graviers d'allu­ matière de pollution de l'air, est essentiellement
vions, d'où, déjà, un recours de plus en plus en cause la production de poussières : celles-ci
LES DECHETS ET LEUR VALORISATION ne sont pas dangereuse mais esthétiquement
fréquent aux matéri.aux ccncassés et aussi
l'intérêt porté aux granulats et sables marins très gênantes. Des progrès considérables ont
Le volume des matières déplacées par l'extrac­ dont l'exploitation poserait de très seraeux été réalisés dans ce domaine : diminution des
tion se traduisant par des impacts sur les sites, problèmes écologiques (2). Parallèlement à émissions/tanne par un facteur 60 dans le cas
d'énormes quantités de déchets ont - et c'est la rect:erc�.e de nouvelles ressources, on des cimenteries au prix d'un réel effort en ma­
bien normal - fixé l'attention de nombreux mi­ cherche à réinsérer les carrières dans le tière d'investissements (10 °/o du total) et de
litants et défenseurs de l'environnement. Tau· paysage et aussi à en faire ées espaces frais d'exploitation (2 à 3 °/o du chiffre d'affaires,
chant de très près des masses importantes de utilisables. Cela coûte cher et les circuits fi· ce qui est du même ardre de grandeur que les
po:>ulation qui y S'jnt vivement sensibilisées, nanciers ne sont pas au point (souvent les en· bénéfices nets). Des progrès d'ampleur sem·
ces questions ont été l'objet d'une abondante lit· !reprises ne peuvent pas payer) ; des difficultés blabla ont été accomplis par les industries du
térature (1). En raison de leur importance nous techniques très sérieuses peuvent également plAire et de la chaux.
rappelons les principaux termes du débat. On surgir, en p;�rticulier pour les grandes carrières
peut distinguer plusieurs types d'activité d'ex­ à flanc de cateau. En fait, le seul matériau dont la production et
traction. A flanc de coteaux, les plus gênantes l'utilisation peuvent être mises en cause par la
sont les gigantesques carrières de gypse et de Il y a donc au niveau de l'extraction de senaux pollution est l'amiante-ciment : pollution à l'in·
calcaire à cimenterie qui couvrent des dizaines problèmes qui incitent à des efforts dans les térieur de l'usine avec comme effets : abestose
au des centaines d'hectares : la colline est at· directions suivantes : et risques de cancer du poumon, pollution des
laquée par un front de taille de l'ordre de 50 eaux, en dépits des progrès réalisés, avec ris­
mètres. Sont extraits à ciel ouvert dans les - économies de matières premières par utili· ques de cancers du tube digestif.
vallées les sables et graviers d'alluvions, sur sation de nouveau matériaux (type béton léger)
les plateaux des minéraux calcaires à concas· ou accentuation de la réhabilitation à la cons· La fabrication des matériaux de construction est
ser, des argiles... Ces exploitations laissent truction neuve i source de grandes quantités de déchets. C'est
souvent subsister des plans d'eaux. bien évidemment aux stades .. amont • qu'ils
- utilisation accrue des déchets (de la démo· sont les plus volumineux. Pour les minéraux,
Les effets de ces activités sont de plusieurs lition et d'autres industries) dans la construction ; les déchets de l'extraction atteignent 50 mil·
ordres : lions de tonnes auxquels il faut adjoindre 20 mil·
impacts sur les paysages et atteintes à l'es­ - amélioration des modalités d'exploitation et lions de tonnes pour les premiers traitements
thétique, de réinsertion/réutilisation des anciennes ex­ de lavage (4), et 6 millions de tannes dues à
ploitations. l'extraction du gypse. Ces décheta, composés
impact sur l'écologie : ils ne sont pas tou·
de stériles pour les 9/10 et de terres de décou­
jours négatifs,
Qui, pensant à la pollution par la fabrication des verte pour 1/10, trouvent leur emploi dans la
impacts sur les ressources en eau (poilu· matériaux de construction n'a présent à l'esprit remise en état des carrières et on peut sim­
lion éventuelle des nappes phréatiques), l'image d'une cimenterie recouvrant de fine plement regretter qu'ils ne soient pas suffisants
- concurrence avec les autres usages possibles poussière tout le voisinage? Au-delà de ce cli· pour permettre une remise en état intégrale.
du sol (en particulier avec l'agriculture), clié, qu'en est-il de la pollution de l'air et de
l'eau par la première transformation des maté· Les déchets de ces premiers stades trouvant
- trouble de jouissance divers dus à l'expiai· riaux de construction? En ce qui concerne la aussi un emploi valable sur le lieu de l'extrac·
talion, pollution des eaux, on ne trouve aucune indus­ tian dans le cas du bois (souches, sciures de
- etc. trie de matériaux de construction parmi les tronçonnages, petits bois sont en grande partie

A m é n a g e m e nt et Natu. re No 63 19
laissés sur place et réintroduita dans le cycle enfin, l'emploi des matériaux nouveaux, le nouvelle urbanisation basse dans <!es condi­
de production de la forêt). On pourrait certes remplacement de l'architecture vernaculaire par tions acceptables pour l'environnement et que
tirer plus de chaque arbre abattu, mais vaut-il une • non-architecture • ne jouent-ils pas un rôle nous payons cela d'une dégradation des sites
mieux exploiter intégralement la ressource et plus déterminant que la localisation dans le et paysages et d'une ponction excessive sur les
ouvrir moins d'exploitations ou pratiquer une site 7 ressources.
stratégie plus extensive, comptant ainsi favoriser
le maintien des cycles écologiques 7 Toujours est-il que sans s'attarder trop sur ce Les réalisations courantes de l'urbanisation
genre d'interrogations, pouvoirs publics et or­ basse sont critiquées pour leur médiocrité, non
Les déchets des . stades plus en aval sont moins ganismes para-publics agissent vivement pour sans raison, mais tant dans le passé, le mou­
volumineux, seules les poussières des cimen· assurer une certaine insertion du bâti dans les vement des cités-jardins qu'actuellement de nom­
taries atteignent 3 millions de tonnes ; viennent sites Cette action n'est pas sans incidence breuses réalisations en Europe du nord montrent
ensuite les ratés de fabrication des produits en sur le choix des matériaux de l'habitat. Les qu'elle ne mène pas forcément aux banlieues
ciment (0,5 million de tonnes). Mais certains couches sociales qui possèdent l'essentiel de de la région parisienne construites avant guerre
déchets de relativement faible volume, telles l'habitat, notamment en milieu rural, s'estiment ou à certains nouveaux villages dont les plana
les boues de décantation (180 000 tonnes) sont concernées par l'insertion du bâti dans les rappellent les camps romains. Sans qu'on puisse
délicats à manier et à mettre en décharge. Si­ sites : donc dans une large mesure, l'action dire qu'une urbanisation basse· de bonne qua­
gnalons en outre que beaucoup de déchets des pouvoirs publics revient à leur faire vio­ lité se caractérise- pâr l'application d'un cer­
trouvent un emploi, même si on peut s'interro­ lence, au nom de critères qui sont ceux que tain nombre de recettes, on retrouve dans les
ger sur le niveau de la valorisation, en parti­ véhicule le touriste parisien plus ou moins cul­ expériences réussies des efforts portant prin­
culier pour les déchets de bois qu'on brûle trop tivé. Cette violence n'est socialement accep­ cipalement sur certains points : maximisation
souvent. table que si ses implications financières ne de la surface de jardin, de préférence d'un
sont coûteuses pour personne. C'est ce qui ex­ seul côté opposé à la rue, donc plus privatif -
plique les formules de compromis qui reviennent voirie reconsidérée, moins dévorante, plus va­
LE MATERIAU MIS EN ŒUVRE à cacher l'élément bâti nouveau derrière une riée, réduite en longueur par un parcellaire
ET SES IMPACTS haie d'arbres ou à agir sur le choix c!es maté­ mieux ac!aplé - plus grande place donnée à la
riaux visibles de l'extérieur (couleur de la pein­ végétation notamment au niveau des clôtures.
SUR L'ENVIRONNEMENT ture extérieure ou des tuiles).

Une fois qu'il est mis en œuvre dans un bâti­ De toutes façons - et ce n'est pas le moins
ment construit, on peut s'attendre à ce que le important , l'action de l'administration est CHOIX DES MATERIAUX,
matériau reste stable et n'interagisse pas avec très handicapée par l'incapacité à maîtriser STRUCTURE ET VOLUMETRIE
Je milieu biologique environnant. Cela est, en convenablement la libération des terrains à bâ­ DU BATIMENT
principe, vrai sauf pour certains matériaux, telle tir ; on urbanise, sous la pression de la de­
l'amiante utilisée pour le flocage des locaux mande, ce qui se présente n'importe où et pres­
Le siècle a été marqué par plusieurs phéno­
et qui a été vivement mise en cause. Autre que n'importe comment...
mènes structurants touchant par le biais da
exception : l'accident que constitue l'incendie l'architecture à la compositicn matérielle du
dont l'éventualité peut proscrire certains maté­ bâti et à son insertion dans l'environnement.
riaux (acier en structure, plastiques... etc). Mentionnons, en particulier pour leurs impacta
C'est au niveau des paysages, des sites et de L'IMPLANTATION SUR LE TERRAIN en termes de matériaux :
l'implantation sur le terrain que se joue l'envi­ ET LES MATERIAUX
ronnement pour ce stade de la chaine. On a l'abandon des architectures vernaculaires
d'autant plus d'inquiétude ici que se substitue du 19• siècle, remplacée par de nouvelles archi­
de plus en plus à l'urbanisation verticale, une On retrouve ici la question foncière : si le ter­ tectures populaires de maisons individuelles
urbanisation basse, dont il n'est pas prouvé rain est triangulaire ou en pente, il faut bien sujettes à des modes et pastichant plus ou
qu'elle consomme beaucoup plus d'espace mais s'en accommoder... moins les architectures vernaculaires ;
cui est indén:ablement plus divisible et donc
� otentiellement source de � mitage • des pay- Le fait fondamental, c'est que le raccord du bA­
liment au terrain n'est jamais pensé suffisam­
le développement de la production d'habi­
, sages. Ajoutons à cela, par ailleurs, que la tations collectives, se situant plus ou moins
ment en amont. Ceci est particuilèrement per­ dans la lignée des théories fonctionnalistes.
question de l'implantat:on a toujours été, pour
ceptible dans le cas des maisons individuelles
la société, un souci second par rapport à la vo­
industrialisées. D'une part l'acheteur n'a pas Ces phénomènes se sont développés de pair
lonté de produire des mètres carrés habitables.
conscience du problème ; d'autre part, le ven­ avec une modification des matériaux employés,
deur n'a pas le temps de se rendre sur place ; liée au déclin des matériaux traditionnels ré­
LA QUESTION DES PAYSAGES de toutes façons, il est ordinairement incompé­ gionaux et de leurs techniques de mise en
tent et ne dispose, sur son catalogue, que de œuvre et à la percée de matériaux modernes -
maisons conçues pour un terrain plat et rectan­ bétol), métaux, etc.
Nous sommes ici dans le champ de l'aménage­
gulaire. Il reste donc à adapter le terrain à la
ment du territoire au niveau national, et des
maison, d'où les terrassements, coûteux en ma"' Il est bien évident que le rejet du fonctionna­
formes d'urbanisàtion (ou, de plus en plus, de
tériaux et en argent, auxquels se substituerait lisme pur et dur, ainsi que celui du pastiche
� rurbanisation • ) . Les options dont les impacts
avantageusement... de la matière grise d'archi­ (ou du moins de ses formes les plus décriées)
seront particulièrement sensibles pour le choix
tecte. influent sur l'insertion de l'habitat dans l'envi·
des matériaux et les quantités utilisées pa·
ronnement ; le profil en matériaux source d'im­
raissent être en particulier la plus ou moins De ceci, les pouvoirs publics ont une cons­ pacts sur l'environnement plus en amont sera­
grande ampleur de la réhabilitation de l'habitat cience croissante. Certes, le permis de cons· t-i 1 aussi modifié 7 Cela est moins évident.
ancien, (l'impact quantitatif est ici très sensible) truire prend mal en compte ce type d'exigences,
et pour la construction neuve son caractère plus mais faut-il alourdir et compliquer une procé­ Certaines formes de pastiches sont maintenant
ou moins .. campagnard • et décentralisé qui se· dure réglementaire qui tend, selon certains, à moins bien acceptées mais, au niveau social,
ra susceptible éventuellement d'ouvrir des dé­ s'apparenter à une course d'obstacles 7 La so­ la nécessité de faire référence à l'ancien se
bouchés à la grande variété des matériaux lo­ lution employée par les CAUE, passant par maintient, peut-être même se renforce par une
caux. l'éducation et la vulgarisation de quelques référence aux caractéristiques régionales de
idées-force : critique des maisons sur monticule, l'habitat ancien.
traitement des pentes etc. semble, en définitive,
L'IMPACT SUR LES SITES beaucoup plus acceptable. D'une part, cette volonté peut conduire aux
constructions de style néo-régionaux qui ma­
Une fois les grandes orientations prises, se Finalement, il ressort de tout ce qui précède rient une volonté de rusticité et un attachement
pose la question de l'insertion dans les sites que nous sommes mal préparés à maîtriser la au passé régional avec le désir de rester
qui pour les administrations et les urbanistes
et aménageurs revêt une importance croissante.
On est alors fondé à se demander si on sait in­ ...,.
LU
sérer un bâtiment dans un site. Les traités d'a­ :i
nalyse paysagère expliquent - de façon, à pre­ <
mière YLie, convaincante - pourquoi tel paysage t.i
est agréable à l'œil ou non. Par ailleurs, la
ô
géographie humaine explique les critères d'im­ 0
plantation de cet habitat ancien qui constitue e.
pour tous une réussite d'insertion dans les "
sites : ces critères n'ont rien à voir avec ceux ë5
>
de l'analyse paysagère et peuvent même, éven­ ..
Cf)
tuellement, être contradictoires.
1
Cette confrontation conduit à plusieurs interro­
gations :

- les théories de l'analyse paysagère ne


rendent-elles compte que d'une partie seulement
de notre perception 7
c
l'habitude ne fait-elle pas accepter l'inac­ .2
ceptable - et ceci d'autant plus que les bâti­ ü
ments se patinent avec le temps 7
2
.,
c
0
Amén agement et Nature No 63 ü
n'est pas la solution passe-partout et que d e s
solutions plus audacieuses peuvent être ea­
sayées 1

Cet accent m i s s u r la couleur, et, p l u s généra­


lement, sur l ' aspect dea maté riaux externes des
bâti ments, est très ca ractéristique de la façon
dont se joue le sort des considérations d'en­
vironnement dans la p o l itique du cadre bâti :
l 'action s u r la peau du bâtiment est en défini·
tive la moins chère des actions possibles sur­
tout si elles se l i m ite à la substitution d'une
couleur à une autre.

L'APRES USAGE : LA DEMOLITION

C'est un domaine mal connu, a u moins sur le


p l a n des quantités : une dizaine de m i l l ions de
tonnes de déchets de démolition seraient ac·
tue l le m e nt produites e n France ; soit envi ron la
moitié des déch ets de la construction qui
q u i ttent l e chantier (5) (60 °/o de déchets de ma·

contempora i n . Les matériaux uti l i s é s sont mo­


çonnerie et 30 °/o de béton, 4 °/o de fer, 1 °/o de
Cependant, l ' a rch itecture moderne, extrêmement
bois). On s' attend à une montée en flèche du
de r ne s , éventu e l lement i m ités de l'ancien, et d i s pe n d i euse sur le plan énergétique i l y a une
mis en œuvre avec une main d ' œ uvre �édu i te
béton (jusq u ' à 75 °/o). Mais toute prospective
d i z a i n e d 'années, cherche à i ntégrer l a crise de
est a l éato i re , dépendant de nombreuses incer·
au minimum. l 'énergie : dans les recherches d'architectures
titudes : d é m o l i t i o n ou réhabil itation des g rands
b i o-cl imatiques l a réflexion sur l e s matériaux
Sont aussi e m p l oyés, proport i o n n e l l e m e n t aux ' ensembles, durée de vie des maisons indivi­
tient u n e place i m portante .
m oyens fi nanciers, des maté r i a u x qui sont duelles actu e l lement construites, etc.
éventu e l lement anciens et ancrés régionalement Ces architectures se d i ffére n c i e ront-el l e s sui­
Les effets sur l 'e n v i ronnement se s i tuent au
( p i e rres d ' a n g l e s ) , o u q u i s i g n ifient l a rusti c i té : v a n t l e s r é g i o n s , et d o ivent-e l l e s le faire mal­
n iveau de la démolition e l le-même (bruits, vi·
matéri a u x classi q u e s comme le bois, e m pl o y é s gré l a diffusion des matériaux et tech n i q u e s , et
b rati ons, poussières, troubles de j o u i ssance .•. ),
selon un code de rusti c i té t r è s parisi e n , m até­ u n e relative s i m i l itude des besoins d ' u n bout
du transport (d'où l ' i ntérêt du reconditi onne­
riaux modernes éventu e l lement pour fabri q u e r à l ' autre de l ' hexagone ? Ceci dit, on peut tout
ment des déchets et de leur réuti l i sation), de
le barbecue et autres attri buts obligés de la de même d :sti nguer parmi l e s architectures
la destination finale (s' i l s peuvent éventu e l le·
maison n é o·rég i o n a l e . Mais les sty l e s n é o-ré­ nouve l l e s , celles qui gardent la v o l u m étrie de
ment serv i r utilement de rembl a i s , il reste à
g i on a u x ne s ' i n s p i rent que fort peu des tradi­ l ' arch itecture vernacu l a i r e , e m p l oyant c o n j o i nte­
trouver · des l i e u x de décharge pour le surplus),
t i o n s archi tectura l e s vernacu l a i res ; ce n ' est pas ment maté riaux modern e s et locaux, e t peuvent
et de l a récupérat i o n ( l e s usines de recondition·
cette tendance qui m a i ntien dra matériaux et être qualifiées de rég i o n a l e s et, d ' a utre part,
nement peuvent être sou rce de n u i sances).
te c h n i q u e s anciens et/ou locaux. les autre s .
Actu e l lement la quasi total i té des métaux non
La vol onté de réfé rence au passé conduit, ferreux et une bonne part des métaux ferreux
d ' autre part, au développement de la restau ra­ LES MATERIAUX est récu pérée . Les recherches concernent le
tion et de la réh a b i l itat i o n . L'essentiel du vo· ET LA PEAU DE L'HABITAT recyc lage du béton et en parti c u l i e r du béton
l u m e de l a réha b i l itatio n , actu e l lement, concerne armé, a i n s i que les e m p l o i s valorisant un m i n i­
tériaux, u n m a i ntien de l a cohérence sociale u r­ La q u a l ité des rap ports entre l 'hab itat et son m u m d e s é l é m ents m i n é ra u x tout venant (pistes
v i ronnement, cette tendance essenti e l l em e n t mo­ envi ronnement se joue a u s s i a u niveau de l 'a p­ routières tempora i re s , etc.).
tivée par des c o n s i dérati o n s de coûts entraîne parence de la surface externe des matériaux
u n e m o i ndre p r e s s i o n sur l e s ressources e n ma­ (murs, toits, hu isseries).
téri a u x ; u n m a i n t i e n de l a cohérence sociale ur­ LE CHOIX DES MATERIAUX
baine, des e ffets esthétiq u e s moins m a u va i s que Les pratiques de m ise e n œuvre des derni ères ET LE CONTEXTE ECONOMIQUE
l a construction neuve à bas coût, q u i sera i t s o n décennies fondées sur le travai l • bien fait • - ET SOCIAL DE LA CONSTRUCTION
s u b stitut e nvisagea b l e . endu its l i ssés, j o i nts tirés au fer - rom pa i en t
avec celles du siècle dernier, assises sur un
Par contre, on f a i t m o i n s a p p e l q u ' o n a u ra i t pu O u tre une m e i l l e u re i ntégrati on du cadre bâti
savoir-fa ire empirique e t d o n t la pré c i s i o n toute
le penser aux matériaux locaux e t davantage à à l ' e nv i ronnement, les matériaux doivent ré­
relative a contribué au charme des bâtiments
des matériaux modernes. pondre à d ' autres exigences : d'une part ils
anciens ; le désir de bien f�ire n'a pas donné
doivent assurer une q u a l ité de vie convenable
les résultats escomptés.
L ' a p p réciation à p o rter sur les rest�urations aux occupants des bâtiments ; d 'autre part le
de l u x e ... e st moins positive dans la mesure c h o i x des matériaux et des techniques d o i t te·
En second lieux, s i l e s matériaux anciens assu­
.c

où une bonne partie d ' e ntre elles ne sont pas nir c :� mpte des impératifs économ iques du mo­
raient à la fois les fonctions de structure et
des r é u s s i te s a r c h i tectura l e s , font appe l à de ment.
d ' apparence (pierre de ta i l l e , par exemple), les
fausses réfé r e n c e s h i st o r i q u e s , sont gaspil­
maté r i a u x de structure moderne peuvent rare­
leuses en m a t i è re s p r e m i è r e s , main d ' œ u v re et Sur le premier point les décennies d 'après
ment être laissés bruts : u n autre matériau est
m oyens f i n a n c i e rs . T e l est l e c a s , par exem p l e , g u e rre ont vu l 'acce ptati on soc i a l e d ' exigences
chargé d 'assurer les fonctions esthétiques (en­
d e l ' u ti l i sation de fenêtres à petits carreau x q u i fondamenta l e s en matière d'habita b i l ité mais
du its sur béton par exem p l e
_
_). ont l a i ssé do c&té p l u s i e u rs aspects sources
é c l a i re n t moins bien, doivent donc être plus
grandes et défi g u rent l e s faça d e s . de situations de plus e n plus i nacceptab l e s (i so·
C 'est que les consi dérations d'aspect ne sont,
lation acoustique à l ' i ntérieur du logement el
en règle générale, pas pensées s u ffi samment
En outre , elles n'ont jamais exi sté dans l 'h a b i .. v is-à-v i s de l 'extérieur, confort therm ique d ' été)
en amont dans le processus de conception-fa­
iat p o p u l a i re et vernacu l a i r e s , e l les g a s p i l l ent dont la prise en com;>te pourrait modifier le
brication . du matéri a u . On est ainsi amené à
le bois et coûtent d e u x f o i s p l u s c h e r q u e des choix des matériaux du l ogement. Ajoutons la
m o d i f i e r a posteriori l 'aspect du matériau (tu i les
fenêtres à g ra n d s carreaux . • • q u a l ité des fenêtres et l ' e sthétique des toitures.
v i e i l l i es, sablées, passées a u lance-fla m m e p o u r
Par a i l leurs, l a recherche d ' é conomies amène à
Enfi n , l e récent développement d e s • c o p i e s • leur conférer l ' aspect des productions artisa·
cho i s i r des matériaux de mauvaise qualité au
conformes » de l ' ha b itat a n c i e n répond à la vo­ nales - qui finalement, a u raient peut-être été
n i veau des performances (dura b i l ité en p a rti cu·
l onté des a d m i n i strati o n s d ' obte n i r de bonnes m e i l l e u r m a rché . . . ) .
l ier) et de l ' esthéti q u e .
copies. Ces réa l i sati ons excessivement chères
ne c o n stituent, en définitive, comme le n é o-r9- Comme pour la vol umétri e , on ne sait trop en A part ces aspects q u a l i tatifs influant sur la dé­
g i o n a l , q u ' u n e fuite face à l a nécessité de pre· matière d ' apparence externe des matériaux à cision, il subsiste tout un champ d ' exigences
mouvoir u n e arch itecture de n otre temps cor­ quels canons se référer, d ' où une f o i s encore, moins bien perçues parce que de nature plus
respondant aux matériaux, aux tech n i q u e s et l a référence à l 'ancien . • • Aux matériaux anciens psych o l o g i q u e (tout ce qui fait que l ' habitant
aux besoins actu e l s . i ntrouva b l e s ou trop chers, o n cherche des p ro· s ' a pproprie affectivement de façon plus ou
d u its de remplacement. Dans le passé, les moins satisfaisa nte son logement) ou mal
En schématisant jusqu'à la provocati o n , on substitutions éta ient fondées essenti e l lement connues (comme l ' i nfluence des matériaux sur
pourrait d i re que l 'enjeu majeur actue l , c'est s u r l e s ressources géologiques : l a lauze a ainsi l a c h a r g e é l ectrique de l ' i ntérieur du logement).
de trouver des formes a rch itectura l e s uti l i sant été remplacée par l 'ardoise, modifiant l e pay­ Le second point est celui des exi gences du
le béton et la tôle et qui s ' i ntègrent bien à sage bâti ; e n Lozère les toits n o i rs ont a l ors contexte économique classiques ou nouve l l e s .
l ' en v i r o n n e m e n t 1 C'est d ' a utant plus u to p i q u e remplacé le gris des la uze s . Actu e l lement, on La déce n n i e passée a vu un réel boul everse­
que l ' a rch itecture moderne a du mal à se faire accorde beaucoup plus d ' i m portance à la cou­ ment de l ' i m portance relative de ces exigences.
une p l a c e parce que l ' o r i g i n a l ité choqu e , parce leur ; a i n s i on p ropose , en remplacement de la Tout d ' a bord on a achevé de constituer un parc
que les te c h n i q u e s nécessaires ne sont pas lauze, certa ines variétés de tu i l e s en béto n . de l ogements numériquement acceptable ; sur l e
touj o u rs bien m a îtri s é e s par les exé cutants e n.. plan q u a ntitatif, la crise du l o g e m e n t i ssue de
gageant l e u r responsa b i l ité et à q u i l e s assu­ Ceci dit, faut- i l absolum ent chercher d e s fi l i a· l ' avant g u e rre et des destructions des années
rances demandent des surprimes ; e n outre , à ti o n s avec les couleurs des matériaux a n c i e n s ? quarante est réso l u e . . . M a i s l e s logements fran·
tort ou à ra i s o n , cette architecture passe pour Ne peut-on accepter des c o u l e u rs sans réfé­ çais restent re lativement moins confortables
être chère ; enfi n , les a d m i n i strations ne font rence h i storique 7 De plus en plus de gens que ceux des pays d ' u n n iveau de développe·
pas toujours preuve d'un esprit d ' a vant-gard e . pensent que l'enduit .. ocre un peu moutarde • ment comparable un effort sensible reste

A m é n a g e m e nt et N at u re N o 63 21
donc à faire. A J ' inverse, d'autres préoccu pa­ l 'énergie de fonctionnement du bitiment et c e l l e l i o n s fa ites a u n o m d e l 'environnement do ivent
tions ont surgi. l i ée il sa constructi on. L e s préoccupations l i ées se pénétrer des exigences d u contexte ·
écono-
au fonctionnement priment sur celles 1 iées à l a m i q u e et s o c i a l .
Le chc'lmage est considéré de plus e n plus au fil constructi on q u i consomme m o i n s d 'énerg i e :
des ans comme l a préoccupati on principale, les pre m i ères font l ' o bjet d'une l ittérature a­ Il reste a l o rs à créer les structures institution­
mais en ce domaine les solutions sont souvent bondante traitant de l ' isolation, des systèmes de n e l l e s et les i n struments adaptés à l ' i nterpéné­
mal pensées. Le recherche de la création d'em­ chauffage · actifs et passifs. Lè principal i mpact tration des pro b l ématiques mais cela est u,n
plois · pour e l l e-même est une aberration ; l ' e n­ de ces considérations e n termes de matériaux autre débat . . .
jeu est bien plus de répartir une charge de tra­ se.ra certainement une très forte augmentation , �oi'
va i l globale entre les membres de l a soci été de de l a consommation de verre. J ean- Pa ul CERON
façon à éviter l e sur-trava i l de certains el l'oi­ "
centre l nternqe lonal
siveté des autres. I l n ' y a pas l ieu de payer ·Le contenu des matériaux fait l 'objet d ' u n e vul­
des gens à fai re dea liches inutiles ou qui .g ari sation moi ndre . Disons, pour résumer, que de R e c h erche
pourraient être assumées de façon plus pro­ ce nouveau critère n ' est pas suscepti b l e de re­ sur l " • nvlronnement
ductive ; autant les rémunérer pour prendre en mettre en cause l 'uti l isation du béton m a i s q u e ,
et le Développe ment
charge des fonctions sociales délaissées. Il est par contre , a pparaissent mal p l acés la terre
bon de réaffinner cela quand on traite du bâti­ cu ite, les panneaux c:!e bois, l 'am iante-ciment . . .
mént car celu i-ci peut être effectivement une - La recherche d'un aménagement du terri­ J ea n BAI LLON
source majeure de création d ' e m p l o i s pénibles, toi re plus, équ i l i bré et notamment l a lutte contre Association p o u r l " l nltlatlon
peu qualifiés et peu productifs. Ceci dit, il la dévita l isation de certaines zones rurales est­ t1l la Recherche
parait évident qu'une remontée de l a qualifica­ e l l e su scepti ble d 'amener une relance s i g n ifi­
dans l e B8tlment
tion dea empl o i s du biliment faci l i terait la créa­ cative de la p roduction de matériaux locaux ? Il
tion architecturale, o u vr i ra i t des voies nouve l l e s est trop tc'lt pour répondre.
à l 'harmonisation d u cadre. biti a v e c l 'environ­
nement el n'augmenterait pas forcément l e coût Enfin , au delà de ces questions, nous voudr i c n s (1) Voi r en parti c u l i e r le n u méro spéc i a l d'Amé­
de la construction (voi r l 'exemple des USA) . insister s u r l 'opportun i té de m e n e r u n d é b a t so­ nagement ot Nature q u i y a été consacré (n•54 :
Les préoccupations l i ées au commerce ex­ cial sur la p l ace que nous voulons voir ten i r à S i te s d ' e m prunts).
térieur et en parti c u l i e r la consommation éner­ la consti tution d'un patrimoine bâti de qua l i té (2) Le rec o u rs au béton léger est aussi une
gétique. dans l ' a l l ocation des ressources de la soci été : solution qu'on devra i t moins négl iger.
on peut très bien envisager une société attei nte
Le production du cadre bâti consomme d irecte­ c:!e • l a maladie de la pierre - tout comme u n e
(3) R i e n ·n ' e s t vra i m e n t mesuré m a i s l e s i nquié·
ludes sont vives, d ' autant q u e l a p o l l ut i o n de
ment peu de mati ères pre m i è res rares dont autre q u i refuserait de se saigner aux quatre
l ' e a u n 'est pas l e s e u l effet n o c i f de l a produc­
l 'approvisionnement est vulnérab l e (6). Ceci dit, veines pour constituer un patrimoine à léguer
tion de ce matéri a u .
en termes de devises le bâti ment coûte cher : aux générations futures. Q u e l l e que soit l 'op­
il consomme 42 °/o du bois (déficit en 1978 : 4,7 tion choisie, elle est trop i mportante pour q u ' o n (4) S u r l e s 5 0 m i l l i ons de t o n n e s p l u s d e s 2/3
m i l l iards de francs), 20 °/o du cuivre (déficit : 2 laisse la réponse s u r g i r comme une résu l tante sont dus aux sables et g rav i e rs d ' a l l uv i ons e t
m i l l iards), 30 °/o du zinc (déficit : 0,5 m i l l iard) du l ibre jeu des forces d'un marché m a n i p u l é aux maté r i a u x c o n c a s s é s ( q u i vont pour l a plu·
etc. En termes de produ its f i n i s il en va souvent en fonction des intérêts des producteurs du pa rt a u x travaux p u b l i cs).
de mëme : les portes et fenêtres sont respon­ cadre bâti .
(5) Eux-mêmes l a m o i t i é des masses de terre et
sables d'un défi cit de 1 70 m i l l i ons, soit un
de p i e rres réem p l oyées sur le s ite même.
ordre d e grandeur sem blable à c e l u i <lu chrome En défin itive, s'il est légitime de penser que
et du cobalt. l e c h o i x des matériaux d o i t inclure à cc'lté d e s (6) Exce p t i o n; faite des pei ntures qui consom·
critères classiques (coûts, perfonnances . . . ) ment du t i ta n e e t d u m e rcure e t du verre , dont
Vo i c i pour les matières premières non éner­ d ' autres critères assurant la prise en com pte de l ' i n dustrie consomme 1 /3 d u p l a t i n e et de l ' a·
gétiques. En matière énergéti que, d istinguons l ' envi ronnement, réciproquement, les proposi- m i ante.

Entretien avec Rémi ALEXAN DRE

ENVIRONNEMENT, HABITA T, SANTE


La géobiologie en question :
Depu i s des années, on s ' i ntéresse de plus en plus à l ' envi ronnement. On déno nce les po l l ut i o n s de l 'eau, de l 'air, des a l i ments, la nocivité des
produits c h i m i q u e s • on d é f i n i t m i e u x , écri t le Dr Jean P I CARD (1), les effets des cl imats, des i ntempéries, des variations de température mais on
passe encore sous s i l e nce cette poll ution sournoise q u 'est l a poll ution électromagnétique qui résulte d 'échanges permanents entre l a terre el le cos­
mos •. Des constata t i o n s f a i te s d e pu i s c;ent ans el plus par d i fférents m é d e c i n s dans p l u s i e urs pays , et q u i s ' i n sc r i v.ent d ' a i l l e u rs d a n s la l i gne d ' u ne
trad i t i o n sécu l a ire, m a i s non s c i e n t i f i q u e , dans toutes les rég ions d u g l obe , il s e m b l e que le l ie u de l ' h a b i tat i o n , e n d r o i t o ù l ' ho m m e se t i e n t pendant
l a fract i o n l a p l u s i m porta nte de son e x i stence , exerce une i nfl uence sur sa santé , e n d e h o rs d e s effets déjà reco n n u s dûs à l a d i s p o s i t i o n de l ' ha·
b i tai, à l ' o rie ntat i o n , à l ' i n s o l a t i o n , aux vents , à l ' h u m i d ité de l ' a i r , des maçonneries o u d u sol e n v i ro n n a n t o u sous-jacent, etc . . . Des médec ins
cons i d èrent, à l a s u i te de constatat i o n s po rta nt notamment sur l a répét i t i o n de cas path o l o g i q u e s chez des pers o n n e s ayant h a b i té su ccessivement
u n même l i eu (et parti cu l i èrement ayant trava i l l é e n permanence , ou couché au même endroit d u bâtime nt), qu ' i l e x i s te des i n f l uences te n a n t au so l , su·
perf i c i e l et profond sur l e q u e l l ' h a b i ta t i o n est é d i f i é e . Ces i n f l u e nces • te l l u r i q u e s • se m a n i festent de d i fférente s façons et il s e m b l e q u e l a struc·
ture , la com pos i t i o n , les maté r i a u x de la maison modifient l égèrement ou d é p l ace u n peu l ' e m p l acement de ces m a n ifesta t i o n s .
R é m i ALEXA N D R E , u n a rc h i tecte d o n t l ' atte n t i o n s ' e st trouvée atti rée p a r ces p h é n o m è n e s et q u i a réce m m e n t é c r i t u n ouvrage , sous-ti tré • l ntro·
duction à l a géob i o l o g i e • a répondu à q u e l q u e s questi ons sur ces prob l è mes q u i nous ava i e n t p a ru entrer d a n s le cadre d u thème • E n v i ron nement et
arch itecture •.

A . & N . Qu'appelez-vous la géobi o l ogie ? des couches géologiques du so l s u pe rposées A. & N. Qui sont des appare i l s assez sophis­
o u j uxtaposée s . Ces aspects purement phys i q u e s tiqués ?
R . A . La géob i o l o g i e est l ' étude des proce ssus donnent parfo i s à la s u rface du sol des réac·
b i o l o g i q u e s à travers l ' i nf l u e nce q u ' exe rce l e lions tou t à fait nota b l e s . R.A. Il d o i vent s i m p lement avo i r une sensi·
so l . O n s ' e st aperçu e n effet que d e s m o d i f i · b i l ité s u ff i sa nte . O n uti l i se des a p p a re i l s de la·
cati o n s , des accé l é rat i o n s , des fre i nages de c e s b o nito i re , mais certa i n s peuvent être m i s dans
D ' autres aspects à r.e te n i r s o n t d ' o rdre é le ctro·
processus b i o l o g iques se produ i sent sur des l e s mains d u pu b l i c . La d i ff i c u l té , c 'est que
magnétique (tout ce qui concerne les rayonne·
l ieux préc i s . plus l ' a ppare i l est sen s i b l e , plus il faut avo i r
menis , gamma , bêta , a l ph a , etc . . . ) ou d ' o rd re
une g r a n d e expérien c.e .
magnét i q u e . C e l a se pro d u i t s u rtout là où l e
A. & N . E n a-t-on déterminé l e s causes ?
s o l contient d e s m i nera i s , notamment d e s f i l o n s A. & N. J u squ ' i c i cela semble c l a i r et aisément
méta l l ifères.
R . A . I l y a p l u s i e urs a s pects . L ' i nf l uence te l · vérifiable tout au m o i ns l es manifestations,
! u rique prov i e n t du so l , c ' est u n aspect pure· sinon l e u r eflets 1
ment phys i q u e . On a affa i re à des phénomènes A·& N. Peut-on constater cela avec des i nstru­
te l s q u e des éco u l ements d'eau, des nappes ments ? R . A . M a i s i l y a a u s s i un • agent X • (c'est
ph réat i q u e s , des ruptures bruta l e s de l a compo· l à où l ' affa ire s e com p l i q u e e t pourtant cet agent
sition des so l s , des fissurations, des fa i l le s R.A. Oui, soit s i mplement avec la b o u s so l e , X e x i st e , car o n e n constate les effets). On
( i n d u ites s o i t p a r d e s mouvements très a n c i e n s , s o i t e n uti l i sant des chambre s d ' i on i sa t i o n suf· n ' a rrive pas e ncore à e n déterm i n e r l a nature ;
soit à la suite de tre m b lements de terre q u i fisamme nt s e n s i b l e s , soit en uti 1 i s a n t des comp· mais l o rsq u ' i l est présent, on s'est rendu
peuvent être récents, m a i s parfo i s très é l o i g n és) . leurs Geiger, s o i t encore des compteurs à hé· com pte , i n d i recte m e n t , d ' a n o m a l ie s de d i fférents
il peut s'agir au ssi de d i fférences de nature l ium. ordre s . A i n s i , on a constaté à certa i n s endroits

Amén a g e ment et N ature No 63 22

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