Vous êtes sur la page 1sur 92

Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 71

ETUDE

des

BETONS

et des

MORTIERS
72 Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 73

2. ETUDE COMPAREE DU COMPORTEMENT DE BETONS


ET DE MORTIERS

Ce second chapitre est consacré au suivi des propriétés mécaniques et rhéologiques des
bétons et mortiers, utilisés avec ou sans adjuvant. La présence de gros granulats posant des
problèmes techniques, ce type d’études est souvent menée par le biais de mortiers (voir e. g.
[Maximillien, 1995]) ou de pâtes de ciment (aiguille de Vicat e. g.) dont la composition est
judicieusement choisie. Il existe plusieurs manières d’obtenir de tels mortiers à partir de la
composition d’un béton : on peut par exemple conserver la fluidité initiale, le comportement
thermique, la distance intergranulaire… Tout l’enjeu consiste alors à savoir jusqu’à quel point
ces mortiers permettent de tirer des enseignements sur le comportement des bétons associés
(existence de grandeurs liées pour les deux types de matériau ? Durée de ce lien, …).

Dans un premier temps seront présentées les deux catégories de mortiers testées dans
cette thèse. Les matériaux utilisés, les compositions précises des mortiers et bétons testés ainsi
que les modes de fabrication feront l’objet d’une seconde partie.
Les résultats concernant le comportement mécanique général des mortiers et bétons
seront ensuite présentés. Les allures typiques des courbes d’évolution des grandeurs mesurées
ou calculées seront exposées et analysées. Des moments particuliers de la prise seront alors
définis.
L’impact des différents adjuvants testés sur le déroulement de la prise sera ensuite
abordé. On s’attachera en particulier à la sensibilité de chacune des grandeurs mesurées vis-à-
vis de l’usage d’adjuvants, de manière à identifier celles qui sont les plus pertinentes pour le
suivi de la prise de matériaux hydrauliques adjuvantés.
Enfin, on montrera, grâce aux deux types de mortiers utilisés, que des changements de
structure granulaire conduisent à des différences notables dans le développement des
propriétés rhéologiques. Les relations éventuelles de passage existant entre ces matériaux
seront également étudiées.

2.1 Des mortiers pour l’étude de bétons

Il est parfois habile d’étudier le comportement de bétons par le biais d’études sur des
mortiers judicieusement choisis. Ces mortiers présentent alors l’avantage d’être plus faciles à
tester, les volumes de matériau requis étant plus faibles du fait de la diminution du volume
représentatif.
Deux stratégies de calculs de mortiers associés à des bétons sont présentées dans cette
partie. La première concerne l’obtention de mortiers thermiquement équivalents (appelés ici
« mortiers MT »), la seconde est relative aux « mortiers de béton équivalent » (MBE).
74 II.1 : Des Mortiers pour l’Etude de Bétons

2.1.1 Mortiers MT :

Les réactions chimiques intervenant dans la prise des bétons sont thermoactivées. Pour
obtenir des mortiers comparables à des bétons donnés, on peut donc essayer de conserver une
même histoire thermique, en fabriquant des mortiers dégageant la même chaleur d’hydratation
et ayant la même chaleur spécifique massique. Pour arriver à ce résultat, il suffit de conserver
les quantités de ciment et d’eau et de remplacer le gravier par une même masse de sable. La
masse de sable du mortier est alors égale à la somme des masses de sable et de gravier du
béton.

sable du béton
gravier sable rajouté

le volume

se conserve

béton mortier MT
Fig. 21. 1 : Passage du béton au mortier MT

Lorsque l’on passe de la formulation d’un béton à celle d’un mortier MT (fig. 21.1) :
• le remplacement du gravier par du sable diminue l’étendue granulométrique (fig.
21.2 : le mortier est réalisé avec une partie du sable du béton) : on devrait donc obtenir
une augmentation de la distance intergranulaire.
• le gravier a été remplacé par une même masse de sable. Les grains de sable ayant un
volume plus petit que celui des graviers, il en résulte que la surface globale des
granulats a augmenté, alors que la surface du ciment et de l’eau est conservée. On peut
ainsi penser que les mortiers MT frais sont moins fluides que les bétons associés car il
faut plus de pâte pour enrober et écarter les grains de sable de manière comparable.
• la quantité d’air présente dans le mortier MT ne peut pas être contrôlée lors de sa
fabrication. Celle-ci peut donc varier d’une formulation à l’autre et avoir une influence
(très faible) sur l’inertie thermique du matériau, qui ne sera donc pas rigoureusement
conservée lors du passage du béton au mortier MT.
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 75

100
BB2
90 MBE2
mort ier MT associé
80

70
tamisats cumulés en %

60
50

40

30

20

10
m ai l l e s du tami s e n m m
0
0,01 0,1 1 10 100

Fig. 21. 2 : Comparaison de la granulométrie d’un béton courant (BB2), du MBE associé (MBE2) et
du mortier thermiquement équivalent (MT) associé

2.1.2 Mortiers de béton équivalent (MBE) :

Bibliographie : [Geoffray, 1998], [Equipe CTG-Ciments Calcia-Axim-Unibéton, 1998],


[Equipe LPC Clermont-Ferrand, 1998], [Equipe Origny-CIA-Orsa Bétons, 1998], [Equipe
RMC, 1998], [Equipe Vicat BGC-Sigma Béton, 1998], [Projet National CALIBE, 1999],
[Catherine et Loquin, 1999].

La méthode de calcul des MBE a été développée dans le cadre du projet national Calibé
pour résoudre des problèmes liés à l’usage de bétons adjuvantés, certains de ces matériaux
présentant des fausses prises, sans raison apparente. Il a alors été décidé de trouver une
méthode permettant de réaliser facilement des essais sur mortiers plutôt que sur bétons.

Le calcul des MBE est basé sur deux réflexions permettant de penser que ce sont les
surfaces de contact des constituants qui importent, plutôt que leur volume :
• la première découle du fait que l’ouvrabilité d’un béton provient de la façon dont ses
constituants arrivent à « glisser » les uns sur les autres pour s’écouler.
• la seconde a pour origine la chimie de la prise, les hydrates se formant plutôt au
niveau des interfaces (ici : gravier/pâte, cf. fig. 21.3).

Fig. 21. 3 : Formation d’hydrates à la surface des granulats [Acker, 1988]


76 II.1 : Des Mortiers pour l’Etude de Bétons

Calculer un MBE consiste ainsi à remplacer les graviers du béton par du sable dont la
surface développée des grains est égale à celle du gravier que l’on a ôté. Elle diffère donc
profondément de la méthode de calcul des mortiers MT. Le calcul complet est fourni en
annexe 2.
sable volume de granulat manquant
gravier eau + ciment : conservés

surface
conservée

béton MBE
Fig. 21. 4 : Passage du béton au MBE

Lorsque l’on passe de la formulation d’un béton à celle d’un MBE (fig. 21.4) :
• l’étendue granulométrique est diminuée (fig. 21.2), ce qui conduit à une augmentation
des distances intergranulaires.
• les graviers du béton sont remplacés par du sable de même surface. Le rapport
surface/volume des petites particules étant plus élevé que pour les grandes (cf.
S/V=3/r, avec r=rayon de la sphère), le gravier est remplacé par une masse moindre de
sable. Indépendamment de l’air (non contrôlable), la capacité calorifique du MBE est
alors plus faible que celle du béton associé, alors que la chaleur d’hydratation produite
est conservée (mêmes quantités d’eau et de ciment). Les MBE devraient donc
atteindre des températures plus élevées que leurs bétons associés. Leurs réactions de
prise seront ainsi plus thermoactivées que celles des bétons.
• on peut penser qu’il existe un lien entre la fluidité initiale des bétons et celle des MBE
associés, le volume d’eau et les surfaces de ciment et de granulats étant conservées.
Cet aspect a d’ailleurs été vérifié lors du projet Calibé. Cent bétons (allant du B25 au
B40, e/c compris entre 0,44 et 0,64), et 1200 MBE, utilisant 30 adjuvants différents
(plastifiants, superplastifiants, hauts réducteurs d’eau), ont été fabriqués. Les essais
ont été réalisés au moyen du classique cône d’Abrams pour les bétons. Un mini-cône a
par contre été utilisé pour les MBE, du fait de la diminution du volume de matériau
représentatif (fig. 21.5). Dans le cas des MBE, c’est l’étalement qui a été mesuré et
non plus l’affaissement, compte tenu de la grande fluidité de ces matériaux lorsqu’ils
sont adjuvantés. Une corrélation linéaire a alors été trouvée entre l’affaissement des
bétons et l’étalement des MBE (fig. 21.6), sur une durée de 90-120 min (1 mesure
toutes les 15 min). La droite obtenue varie selon les formulations testées et selon les
températures de coulée. Les coefficients de détermination sont compris entre 0,72
(plutôt mauvais) et 0,99 (bonne corrélation).
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 77

100 mm

50 mm
300 mm
150 mm

100 mm
200 mm

Fig. 21. 5 : Cône d’Abrams et mini-cône Fig. 21. 6 : Corrélation linéaire entre affaissement
[Catherine et Loquin, 1999] au cône et étalement au mini-cône
[Equipe RMC, 1998] : 10°C, e/c=0,64)

Remarque sur la composition des matériaux testés :


Si l’on examine la composition volumique de la pâte des bétons (sable+ciment+eau), on
est frappé par sa grande ressemblance avec celle des MBE (fig. 21.8 : comparer par rapport
aux mortiers MT et leurs bétons associés). Il en résulte l’équivalence approximative suivante
(fig. 21.7) : béton ≈ MBE + graviers
Il faut néanmoins remarquer que cette relation n’est pas vérifiée de manière stricte, car
cela serait incompatible avec l’hypothèse de conservation de la surface développée.
Si les graviers jouent un rôle mécanique peu important (cas par exemple d’un matériau
très fluide), le béton aura alors un comportement proche de celui de sa pâte intergravier et
donc de son MBE associé. Pour les matériaux plus fermes, les granulats jouent un rôle
mécanique important dès le début de l’essai, ce qui devrait interdire toute équivalence béton-
MBE.
≈ même pâte (sable + ciment + eau)

gravier

MBE béton
Fig. 21. 7 : Modélisation des MBE
78

volumes (m^3)
0,0
0,2
0,4
0,6
0,8
1,0
1,2
1,4
1,6
1,8

MBE1a : M55-24
air

eau
sable
ciment
gravier

MBE1b : M55-22
BB1 : B55-20
MBE2 : M44-23
BB2 : B44-22
MBE3 : M40-25
BB3 : B40-25
MT1 : M50-28
BT1 : B50-25
II.1 : Des Mortiers pour l’Etude de Bétons

MT2 : M60-26
BT2 : B60-20
MT3 : M55A2-24
BT3 : B55A2-19
MT4 : M60R4-24
BT4 : B60R4-18
MT5 : M50P4-25

(les MBE sont associés aux bétons BT, les mortiers MT aux bétons BT)
BT5 : B50P4-22
MT6 : M50P5-24
BT6 : B50P5-19
BT7 : B45P4-21

Fig. 21. 8 : Comparaison des formulations des bétons et mortiers associée (formulations pour 1 m3 de pâte intergravier)
BT8 : B45-21
BT9 : B45-24
BT10 : B60-27
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 79

2.1.3 Comparaison des deux mortiers : fig. 21.8 et fig. 21.9

Les mortiers MT possèdent le même volume de granulat que les bétons associés. Les
MBE possèdent, quant à eux, un volume moindre de granulats que les bétons. Il y a donc
moins de sable dans les MBE que dans les mortiers MT, alors que les quantités de ciment et
d’eau sont conservées. La capacité calorifique des MBE est donc plus faible (en négligeant le
rôle de l’air) que celle des mortiers MT : ils atteindront donc des températures plus élevées et
les réactions chimiques de leur prise seront ainsi plus thermoactivées. La courbe
granulométrique des mortiers MT étant moins complète que celle des MBE (du fait que le
sable utilisé est différent : fig. 21.2), on peut penser que les distances intergranulaires seront
plus grandes pour les mortiers MT que pour les MBE. Les MBE devraient donc avoir une
prise beaucoup plus rapide que celle des mortiers MT associés.

béton

mortier T MBE
Fig. 21. 9 : Comparaison mortier MT – MBE

100%
90% gravier
sable
80%
ciment
70%
eau
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
béton mortier MT MBE

Fig. 21. 10 : Compositions massiques d’un béton (BB1), du mortier MT associé et du MBE associé
80 II.2 : Choix et Fabrication des Bétons et Mortiers testés

Si l’on se ramène à 1 m3 (fig. 21.10, voir aussi fig. 22.3), il devient possible de comparer
les formulations des bétons, MBE et mortiers MT associés. On peut alors vérifier que les deux
mortiers ont des formulations très différentes et ne permettront pas de prédire les mêmes
informations sur le comportement du béton associé.
On peut résumer l’ensemble des considérations précédentes au moyen des schémas
présentés en fig. 21.11.

distance intergranulaire inertie thermique (ρC)


MT valeurs en kJ/K pour 200 kg de ciment

MBE
1200-1300 bétons – mortiers MT

béton

800-900 MBE

quantité 0
d’eau
Fig. 21. 11 : Quelques différences entre bétons, MBE, et mortiers MT

2.2 Choix et fabrication des bétons et mortiers testés

2.2.1 Matériaux de base

Le ciment utilisé est un CPA-CEM I, fourni par la Société Vicat. Ses caractéristiques
physico-chimiques sont présentées en annexe 2 (fig. A2.1).

Les adjuvants utilisés ont été fournis par la Société SIKA (les notices techniques sont
également en annexe 2 fig. A2.2 à A2.4). Il s’agit :
• d’un plastifiant (noté P4 ou P5 selon le dosage employé) : PLASTIMENT 97, polymère
de synthèse ayant un fort pouvoir de dispersion des grains de ciment. La plage de
dosage recommandée par le fabricant va de 0,3 à 2% du poids de ciment (dosage
usuel : 0,3-1%).
• d’un retardateur de prise (noté R) : SIKA RETARDER, à base de phosphate. Il induit un
retard proportionnel au dosage employé. La plage d’utilisation recommandée va de
0,2% à 2% du poids de ciment, selon la température et le retard désiré.
• d’un entraîneur d’air (noté A) : SIKA AER 5. La plage d’utilisation recommandée par le
fabricant va de 0,03 à 0,5% du poids de ciment (dosage habituel : 0,15%).
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 81

Tous les essais ont été réalisés avec des granulats roulés de densité 2,65 t/m3. Ils sont
composés d’un sable de classe 0/5 mm (carrière de Millery, cf. annexe 2 fig. A2.5) et d’un
gravier de classe 5/20 mm (carrière de Décines, cf. annexe 2 fig. A2.6).
Les matériaux sont classiquement introduits dans le malaxeur par ordre de taille
décroissante : d’abord le gravier, ensuite le sable, puis le ciment. L’ensemble est malaxé à sec
pendant 1 min. L’eau est ensuite introduite dans le malaxeur, l’adjuvant étant mêlé à l’eau de
gâchage selon les suggestions du fabricant. L’ensemble est alors malaxé pendant 2 minutes.

Remarque sur les granulats :


Le fournisseur ayant changé ses stocks, la granulométrie des matériaux a été modifiée
entre les différentes campagnes expérimentales. Les courbes granulométriques
correspondantes (fig. 22.1 : courbes des années 2000 et 2001) montrent que les graviers 0/20
sont distincts pour des tailles supérieures à 6,3 mm. La grande proximité des courbes
granulométriques associées au béton BB1 pour les deux types de granulats (fig. 22.1) montre
que l’impact du changement de granulat est négligeable. Ce point est également vérifié
expérimentalement, l’évolution de la vitesse des ondes P étant très proches pour les essais
BB2 et BT8 (fig. 22.2) alors que ces essais diffèrent essentiellement par le type de granulat
utilisé.
La campagne de mesures MT a donné lieu à des essais croisés avec le FreshCon Device
de l’Université de Stuttgart (§1.2.2.4). Les essais correspondants ont donc été réalisés avec un
sable de classe 0/2 (fig. 22.1), obtenu par tamisage du sable 0/5 de 2001.

gravillon 5/20 valeurs 2001 gravillon 5/20 valeurs 2000 sable 0/5 valeurs 2001
sable 0/5 valeurs2000 sable 0/2 valeurs 2001 béton BB1 valeurs 2000
béton BB1 valeurs 2001
100
90
80
tamisats cumulés en %

70
60
50
40
30
20
10
0
0,01 0,1 1 10 100
mailles du tamis en mm
Fig. 22. 1 : Courbes granulométriques
82 II.2 : Choix et Fabrication des Bétons et Mortiers testés

3000
B B 2 : B 44-22
B T8 : B 45-21
2500

2000
Cp (m/s)

1500

1000

500

te m ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300

Fig. 22. 2 : Impact d’un changement de granulat

2.2.2 Campagnes expérimentales

Trois campagnes d’essais ont été réalisées (tabl. 22.1, fig. 22.3). Il s’agit de :
• la campagne MT, destinée à caractériser l’action d’adjuvants sur des mortiers. Elle a été
réalisée en collaboration avec l’Université de Stuttgart, dans le cadre de la RILEM
(TC 185 ATC).
• la campagne BT, comprenant des essais analogues à ceux de la campagne MT, mais
réalisée sur des bétons. Elle permet de caractériser l’action d’adjuvants sur les bétons
mais également de tester si les mesures réalisées sur mortiers MT peuvent être liées à
celles obtenues sur bétons.
• la campagne BB-MBE, qui permet de tester la possibilité de remplacer l’étude de bétons
par celle de MBE.

2.2.2.1 Campagnes MT et BT

Campagne MT (mortiers thermiquement équivalents) :


Les mortiers de cette campagne (sauf MT6) sont calculés afin d’obtenir la même fluidité
initiale que le mortier de référence MT2 (point qui n’a pas pu être vérifié car les mortiers
étaient trop fermes pour s’affaisser). Les teneurs en eau ont donc été corrigées en fonction de
la nature de l’adjuvant employé, selon les indications fournies par le fabricant. Aucune
correction n’a été utilisée pour le retardateur de prise car cet adjuvant modifie essentiellement
la fluidité initiale par la faible quantité d’eau qu’il contient. L’essai MT6 a été réalisé pour
tester l’influence de l’augmentation du dosage en plastifiant par comparaison avec l’essai
MT5.
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 83

nom ciment gravier sable eau type adj./ciment


e/c Tc (°c)
de l’essai (kg) (kg) (kg) (kg) d’adjuvant % massique
M.B.E.1a : M55-24 614 - 1234 338 0,55 23,7 - -
M.B.E.1b : M55-22 614 - 1234 338 0,55 22,1 - -

béton
M.B.E.2 : M44-23 658 - 1323 290 0,44 22,9 - -
M.B.E.3 : M40-25 676 - 1359 270 0,40 25,4 - -
BB1 : B55-20 378 1064 710 208 0,55 19,6 - -
BB2 : B44-22 395 1112 742 174 0,44 22,9 - -

bétons mortiers de
associés
aux MBE équivalent
BB3 : B40-25 401 1130 754 161 0,40 25,1 - -
MT1 : M50-28 386 - 1811* 193 0,50 28,0 - -
MT2 : M60-26 380 - 1723* 228 0,60 26,4 - -
MT3 : M55A2-24 373 - 1790* 205 0,55 24,1 A 0,2
MT4 : M60R4-24 380 - 1723* 228 0,60 23,8 R 0,4

mortiers
équivalent
MT5 : M50P4-25 380 - 1824* 190 0,50 25,2 P4 0,4

thermiquement
MT6 : M50P5-24 380 - 1824* 190 0,50 23,9 P5 0,5
BT1 : B50-25 386 1086 725 193 0,50 25,3 - -
BT2 : B60-20 380 1034 689 228 0,60 20,0 - -
BT3 : B55A2-19 380 1064 709 209 0,55 18,7 A 0,2
BT4 : B60R4-18 380 1034 689 228 0,60 17,8 R 0,4
BT5 : B50P4-22 380 1094 730 190 0,50 21,8 P4 0,4
BT6 : B50P5-19 380 1094 730 190 0,50 18,9 P5 0,5
BT7 : B45P4-21 369 1137 758 167 0,45 21,0 P4 0,4
BT8 : B45-21 380 1125 750 171 0,45 21,3 - -
BT9 : B45-24 380 1125 750 171 0,45 23,6 - -

thermiquement équivalents
bétons associées aux mortiers
BT10 : B60-27 380 1034 689 228 0,60 27,2 - -

Tabl. 22. 1 : Formulations retenues pour les essais sur bétons et mortiers (pour 1m3)
Remarques :
• codes des essais : M(ortier) ou B(éton) – e/c –adjuvant + dosage – température de coulée
• les essais réalisés avec le sable 0/2 sont indiqués par une * dans la colonne sable
• tous les bétons ont été réalisés avec un rapport (masse de gravier)/(masse de ciment) de 1,5
• les formulations de référence (BT2 et MT2) sont en grisé
84

0%
10%
20%
30%
40%
50%
60%
70%
80%
90%
100%

MBE1a : M55-24
air

eau
sable

MBE1b : M55-22
ciment
gravier

BB1 : B55-20
MBE2 : M44-23
BB2 : B44-22
MBE3 : M40-25
BB3 : B40-25
MT1 : M50-28
BT1 : B50-25
MT2 : M60-26
II.2 : Choix et Fabrication des Bétons et Mortiers testés

BT2 : B60-20
MT3 : M55A2-24
BT3 : B55A2-19
MT4 : M60R4-24

Fig. 22. 3 : Formulations des bétons et mortiers associée


BT4 : B60R4-18
MT5 : M50P4-25
BT5 : B50P4-22
MT6 : M50P5-24

(valeurs exprimées en % volumiques pour rendre compte des proportions réelles des différents constituants)
BT6 : B50P5-19
BT7 : B45P4-21
BT8 : B45-21
BT9 : B45-24
BT10 : B60-27
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 85

Campagne BT :
L’essai BT2 correspond au béton de référence. Le principe de calcul des formulations
est le même que celui des mortiers MT. L’essai BT6, comparé à BT5, permet de tester
l’impact d’une augmentation de la teneur en plastifiant. Les essais BT1, BT8, BT9 et BT10
permettent de tester l’effet de changements de rapport e/c et/ou de température de coulée.

Remarques relatives au suivi des températures :


Les matériaux utilisés pour fabriquer les bétons et mortiers ont été stockés dans une
enceinte climatique afin d’obtenir une température de coulée proche des 20°C. Des
dysfonctionnements de l’enceinte ont cependant conduit à l’obtention de températures de
coulée de l’ordre de 24-26°C pour les mortiers MT, alors que celles des bétons BT (sauf BT5)
avoisinaient les 18-20°C. Les écarts entre les valeurs de chaque paire BT-MT sont constants
et valent 5-6°C (tabl. 22.2, sauf MT5-BT5). Ainsi, mis à part le cas des formulations MT5-
BT5, les mortiers MT peuvent néanmoins être comparés aux bétons correspondants.
Les fig. 22.4 à 22.9 montrent que la température des mortiers MT évolue plus vite que
celle des bétons, malgré la sous-estimation des valeurs des mortiers. Ces écarts entre les
courbes des essais BT et MT sont du même ordre de grandeur que ceux observés sur la fig.
22.10, correspondant à deux bétons dont les températures initiales sont distantes de 7°C. Ils
s’estompent dès que l’écart de température de coulée devient négligeable (fig. 22.11, l’écart
final étant dû au fait que l’enceinte n’est pas parfaitement adiabatique). Ils sont donc dus à
l’écart de 5-6°C des températures de coulée entre mortiers MT et bétons BT associés.
Le mode de calcul des mortiers MT permet donc de réaliser des mortiers ayant une
même histoire thermique que leurs bétons associés, sous réserve de fabriquer des matériaux à
même température de coulée et évoluant dans les mêmes conditions thermodynamiques
externes.

essais bétons Tc (°C) essais mortiers MT Tc (°C) écarts de température (°C)

BT2 : B60-20 20,0 MT2 : M60-26 26,4 6,4

BT5 : B50P4-22 21,8 MT5 : M50P4-25 25,2 3,4

BT6 : B50P5-19 18,9 MT6 : M50P5-24 23,9 4,9

BT3 : B55A2-19 18,7 MT3 : M55A2-24 24,1 5,4

BT4 : B60R4-18 17,8 MT4 : M60R4-24 23,8 6,0

Tabl. 22. 2 : Températures de coulée des essais des campagnes MT et BT


86 II.2 : Choix et Fabrication des Bétons et Mortiers testés

50
45
MT2 : M60-26
MT3 : M55A2-24
45 BT2 : B60-20
40 BT3 : B55A2-19

40
35
T°C

35

T°C
30
30

25
25

20 20
temps (heures) temps (heures)
15 15
0 2 4 6 8 10 12 14 16 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18

Fig. 22. 4 : Températures : MT2 et BT2 Fig. 22. 5 : Températures : MT3 et BT3
50
50
MT5 : M50P4-25
MT4 : M60R4-24
45 BT5 : B50P4-22
45 BT4 : B60R4-18

40 40
T°C

35
T°C
35
30
30
25

25
20
tem ps (heures) temps (heures)
15 20
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 0 2 4 6 8 10 12 14 16

Fig. 22. 6 : Températures : MT4 et BT4 Fig. 22. 7 : Températures : MT5 et BT5

45

MT6 : M50P5-24 MT1 : M50-28


45
40 BT6 : B50P5-19
BT1 : B50-25

35
40
T°C

30
T°C

35

25

30
20

tem ps (heures) tem ps (heures)


15 25
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 0 2 4 6 8

Fig. 22. 8 : Températures : MT6 et BT6 Fig. 22. 9 : Températures : MT1 et BT1
55
50 MT2 : M60-26
BT10 : B60-27
50
BT2 : B60-20 BT10 : B60-27
45
45
40
40
T°C

35
T°C

35

30
30

25
25

20 20
temps (heures) tem ps (heures)
15 15
0 2 4 6 8 10 12 14 16 0 2 4 6 8 10 12

Fig. 22. 10 : Températures : BT10 et BT2 Fig. 22. 11 : Températures : MT2 et BT10
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 87

Les valeurs théoriques calculées pour les températures finales des mortiers MT sont très
supérieures aux valeurs mesurées (principe de calcul : §2.4.1, valeurs : tabl. 24.1). Ces écarts
entre mesure et calcul théorique, compris entre 11 et 17°C, sont bien supérieurs à ceux
obtenus sur bétons. L’usage d’éprouvettes 11*22 pour le suivi des températures des mortiers a
ainsi conduit à sous-estimer les mesures réalisées sur mortiers, du fait de l’importance des
pertes thermiques.

2.2.2.2 Campagne MBE-bétons BB :

Trois bétons (appelés bétons BB pour ne pas les confondre avec les bétons BT) ont été
fabriqués, ainsi que leurs trois MBE associés. Un quatrième MBE permet de tester la
reproductibilité des résultats obtenus (cf. tabl. 21.1 : MBE1a et MBE1b). Les résultats de
l’essai BB3 n’ayant pas pu être exploités, le MBE3 sera comparé à l’essai BT9, ayant un
rapport e/c et une température de coulée proches de ceux de l’essai BB3.

Mesures d’affaissements et d’étalements :


Les mesures ont été réalisées 15, 30 et 45 minutes après le début de la prise. Les
résultats obtenus pour les formulations 1 et 2 (le béton BB3 ne s’est pas affaissé) sont
présentés dans la fig. 22.12 et le tabl. 22.3. Sur la fig. 22.12 ont également été rajoutés des
mesures correspondant à des formulations proches de celles testées (valeurs issues de :
[Equipe CTG-Ciments Calcia-Axim-Unibéton, 1998], [Equipe RMC, 1998] et [Equipe Vicat
BGC-Sigma Béton, 1998]).
Pour les couples BB1-MBE1b et BB2-MBE2, l’affaissement du béton semble varier
linéairement en fonction de l’étalement du mortier. Ces résultats sont cependant moins
concluants que ceux du projet national Calibé, dans la mesure où 3 points seulement ont été
testés.

étalement au mini-cône (mm) affaissement au cône (cm)


temps 15’ 30’ 45’ temps 15’ 30’ 45’
MBE1b 260 245 220 BB1 24,0 20,5 18,5
MBE2 120 118,3 110 BB2 13,5 8,5 5,5
MBE3 100 95 92

Tabl. 22. 3 : Valeurs d’affaissement des bétons et d’étalement des MBE

Les droites de corrélation obtenues dans cette thèse sont différentes de celles du projet
Calibé, ce qui est vraisemblablement dû au changement de granulat (cf. fig. 22.12, les courbes
Calibé avec superplastifiant diffèrent par le granulat utilisé). On retrouve également
l’existence de droites de corrélation différentes lorsque l’on change de rapport e/c
(e.g. MBE1b et MBE2).
Les résultats obtenus sont donc cohérents avec ceux du projet Calibé.
88 II.2 : Choix et Fabrication des Bétons et Mortiers testés

25

20

15

10

affaissement du béton (cm)


BB1 : B55-20 ; MBE1b : M55-22

calibé e/c=0,56 T=22°C ; PRE

BB2 : B44-22 ; MBE2 : M44-23

5 calibé e/c=0,44 T=24°C ; SP

calibé e/c=0,46 T=21°C ; SP

calibé e/c=0,47 T=21°C ; SP

calibé e/c=0,47 T=22°C sur mortier, 26°C sur béton ; SP et R

étalement du MBE (mm)


0
100 125 150 175 200 225 250 275 300

Fig. 22. 12 : Lien entre l’affaissement des bétons (mesuré au cône d’Abrams) et l’étalement des MBE (mesuré au mini-cône)
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 89

2.2.2.3 Teneurs en air des matériaux fabriqués :

La propagation des ondes P étant directement liée à la compressibilité du milieu, les


teneurs en air occlus des matériaux testés ont été fournies dans les tabl. 22.4 à 22.6. Les
mesures ont été réalisées à l’aéromètre, sauf pour les essais MT3 à MT6 (trop fermes) dont les
valeurs ont été estimées à partir des masses volumiques du matériau frais et du matériau sans
air (calcul théorique). Globalement, les valeurs des mortiers sont plus élevées que celles des
bétons associées, ce qui est classique.

MBE1a : MBE1b : MBE2 : MBE3 : BB1 : BB2 : BB3 :


Nom de l’essai
M55-24 M55-22 M44-23 M40-25 B55-20 B44-22 B40-25
teneur en air occlus
0,9 1,8 4,0 0,9 1,0 1,0 2,6
(%)

Tabl. 22. 4 : Teneurs en air, campagne MBE-bétons BB

MT1 : MT2 : MT3 : MT4 : MT5 : MT6 :


Nom de l’essai
M50-28 M60-26 M55A2-24 M60R4-24 M50P4-25 M50P5-24

teneur en air occlus


1,5 6,0 14,8 8,1 8,2 19,7
(%)

Tabl. 22. 5 : Teneurs en air, campagne MT (en grisé : valeurs calculées à partir des masses volumiques)

Nom de BT1 : BT2 : BT3 : BT4 : BT5 : BT6 : BT7 : BT8 : BT9 : BT10 :
l’essai B50-25 B60-20 B55A2-19 B60R4-18 B50P4-22 B50P5-19 B45P4-21 B45-21 B45-24 B60-27

teneur en
air occlus 4,0 1,0 4,5 0,9 2,4 2,5 2,4 1,8 2,6 1,0
(%)

Tabl. 22. 6 : Teneurs en air, campagne BT

2.2.3 Conclusions

L’ensemble des formulations retenues permet de caractériser et de comparer le rôle


joués par des adjuvants (un entraîneur d’air, un retardateur de prise et un plastifiant) ainsi que
l’impact de changements de structures granulaires sur le déroulement de la prise (campagnes
BT-MT et BB-MBE). Les liens éventuels entre le comportement des bétons et celui de leurs
mortiers associés pourront également être étudiés.
90 II.3 : Comportement Général

2.3 COMPORTEMENT GENERAL

Les allures générales de l’évolution des grandeurs mesurées, ou calculées par analyse
inverse, sont présentées dans cette seconde partie.

2.3.1 Mesures au Vibroscope

Cette partie concerne l’étude des vitesses Cp et Cs et des rapports de pression P3/P2
(amortissement) et P4/P2 (effet Poisson). L’amortissement des ondes S n’a pas pu être
exploité.

2.3.1.1 Vitesse des ondes

Allure générale des courbes :


La vitesses des ondes de compression présente initialement une courbe d’allure
exponentielle (fig. 23.1), du type Cp=Co.exp(t/τ), où Co est la vitesse initiale théorique et τ
un temps caractéristique du déroulement mécanique de la prise (cf. §1.1.1 : la prise, aspects
mécaniques). Le palier final n’est habituellement pas visible car l’essai au Vibroscope est
arrêté avant cette phase. Il est néanmoins accessible par l’essai ultrasonore (cf. §1.3.2.2 :
validation de la mesure).

2500 3,5
log (Cp), avec Cp en (m/s)

2000
3,0

1500
Cp (m/s)

2,5

1000

2,0
500

tem ps (m in) tem ps (m in)


0 1,5
0 120 240 360 480 0 120 240 360 480

Fig. 23. 1 : Modélisation exponentielle de la courbe des vitesses (essai BT6 : B50P5-19)

En début de prise, de nombreux hydrates se forment sans être connectés. La


compressibilité du matériau diminue donc essentiellement du fait de l’augmentation de la
viscosité de la pâte interbulles, ce qui conduit à une faible augmentation de la vitesse des
ondes de compression. La durée de cette phase n’excède généralement pas 120 min pour des
bétons ou mortiers courants (point cohérent avec la faible évolution des valeurs de célérités
des ondes P obtenue par [Grosse & Reinhardt, 2001] pendant environ 100 min). Cette durée a
cependant atteint jusqu’à 200 min pour des formulations utilisant des retardateurs de prise
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 91

(≈250 min pour [Grosse & Reinhardt, 2001]). Après τ, les hydrates qui continuent de se
former viennent renforcer un réseau percolant, ce qui conduit à une hausse rapide de la vitesse
des ondes P par hausse du module oedométrique. La vitesse augmente alors jusqu’à environ
2500 m/s, valeur à laquelle les mesures sont arrêtées (cf. §1.3.1.4).
Le début de la hausse rapide des valeurs de célérité est lié à la notion de phase de
percolation (béton cellulaire : [Arnaud, 1993], [Villain, 1997], mortier : [Villain, 1997], pâte
de ciment dégazée : [Boumiz, 1995], béton courant : [Thinet, 2000]). Pour les essais de cette
thèse, le temps τ est compris entre 60 et 220 min, valeurs cohérentes avec les dates
caractéristiques obtenues au moyen d’autres dispositifs. [Boumiz, 1995] obtient une valeur
d’environ 120 min pour une pâte de ciment dégazée (T=25°C, e/c=0,4) et observe sa première
onde de cisaillement au bout de 200 min, [Belkheiri & al., 1999] trouvent 135 min sur un
ciment CPA 55 (mesure au prisomètre ultrasonore), tandis que [Pessiki & Carino, 1988]
montrent que la vitesse des ondes P augmente de manière nette sur béton (impact echo
method, e/c=0,42) au bout d’environ 180 min (les signaux deviennent alors très nets).
[Reinhardt & al., 2000] obtiennent, quant à eux, 120 min pour des mortiers de rapport e/c
compris entre 0,5 et 0,6. [Grosse & Reinhardt, 2001] obtiennent sur mortiers adjuvantés et sur
bétons des valeurs comprises approximativement entre 1 et 4 h (N. B. : ces derniers essais
correspondent aux essais BT9, BT10 et MT2 à MT5 de cette thèse). Le fait que toutes ces
données soient obtenues avec des dispositifs basés sur des principes différents conforte ces
résultats.

Remarques sur les valeurs initiales : Co


Ces valeurs sont très basses et comprises entre 40 et 200 m/s, la majorité d’entre elles
étant comprises entre 80 et 120 m/s, ce qui est relativement homogène compte tenu de la large
gamme parcourue en cours de prise (les valeurs finales dépassent les 4000 m/s). Ces valeurs
sont cohérentes avec celles obtenues sur bétons par [Pessiki & Carino, 1988], de l’ordre de
200 m/s (premières mesures obtenues après 1,5h sur signaux très diffractés), ainsi qu’avec
celles de [Reinhardt & al., 2000], qui sont de 100 m/s pour des mortiers avec des rapports e/c
compris entre 0,5 et 0,6, et celles de [Grosse & Reinhardt, 2001], de l’ordre de 250 m/s pour
des mortiers adjuvantés ou non et des bétons standards (seul un béton à e/c=0,6 présente une
vitesse de 500 m/s). Les valeurs sont également cohérentes avec les valeurs de Co de [Thinet,
2000] obtenues sur bétons (comprises entre 60 m/s et 215 m/s) et avec l’ordre de grandeur des
premières mesures obtenues par [Villain, 1997] sur béton cellulaire (≈ 20m/s, valeurs plus
faibles du fait de la plus forte teneur en air de ces matériaux).
92 II.3 : Comportement Général

MT1 : M50-28 MT2 : M60-26 MT3 : M55A2-24 MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25 MT6 : M50P5-24 BT1 : B50-25 BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19 BT4 : B60R4-18 BT5 : B50P4-22 BT6 : B50P5-19 BT7 : B45P4-21 BT8 : B45-21 BT9 : B45-24 BT10 : B60-27
BSP1 B043-21 BSP2 B051-21 BSP3 B055-25 BSP4 B055-27 b04-10 b06-10 b04-20 b06-20
25
b04-30 b06-30 BB1 : B55-20 BB2 : B44-22 BB3 : B40-25 BDE1 B041-21 BDE2 B035-22 BDE3 B055-22
BDE4 B041-20 MBE1a : M55-24 MBE1b : M55-22 MBE2 : M44-23 MBE3 : M40-25 BC-BC2 BC-SC2 BC-COM8
BC-COM3 BC-COM4 BC-COM5 BC-COM6 BC-COM7

20

15

Cp/Cpo
10

t/τ (P)
0
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0

Fig. 23. 2 : Courbe maîtresse pour la vitesse de propagation des ondes P (les bétons cellulaires sont référencés en BC)
(valeurs tirées pour partie de [Villain, 1997] et [Thinet, 2000])
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 93

BC-BC2
BC-SC2
BC-COM8
20 BC-COM3
BC-COM4
BC-COM5
BC-COM6
BC-COM7

15

Cp/Cpo
10

t/τ (P)
0
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0

Fig. 23. 3 : Courbe maîtresse : ondes P, béton cellulaire (valeurs tirées de [Villain, 1997])
94 II.3 : Comportement Général

Adimentionnalisation des courbes de vitesse :


Co est un paramètre dépendant fortement de la microstructure initiale (teneur en air,
proportions granulaires, composition, …). Le temps τ, quant à lui, est un temps caractéristique
de l’évolution mécanique du matériau. On peut donc s’attendre à ce qu’il puisse dépendre de
l’état initial (comme Co), mais également de l’ensemble des facteurs cinétiques : température,
adjuvant…
A partir de ces deux grandeurs, on peut essayer de « gommer » les effets de la
microstructure initiale et des différences de cinétique chimique en exprimant non plus
Cp=f(t), mais Cp/Co=f(t/τ). En superposant sur un même graphique les résultats obtenus pour
l’ensemble des formulation testées dans cette thèse et ainsi que ceux obtenus par [Thinet,
2000] (fig. 23.2), on constate que toutes les courbes s’alignent autour d’une seule et même
courbe maîtresse. Si l’on normalise de la même manière des courbes obtenues à partir de
bétons cellulaires (valeurs brutes tirées de [Villain, 1997]), on constate qu’elles se placent
également sur la même courbe maîtresse (fig. 23.2 et 23.3).
Ceci montre que tous ces matériaux, malgré leurs différences évidentes de structure
granulaire et de cinétique de prise, suivent une évolution mécanique passant par des états
intermédiaires à propriétés mécaniques comparables, mais à des instants différents. Ce
résultat remarquable généralise les résultats de [Thinet, 2000] à d’autres types de matériaux
tels que les mortiers MT (adjuvantés ou non), les MBE, les bétons adjuvantés et les bétons
cellulaires. Cette modélisation n’est cependant valable que jusqu’à environ t/τ=3, ce qui
représente une durée comprise entre 3 et 10 heures selon les essais et supérieure à 5 heures
pour la majorité d’entre eux.

Validation par les ondes de cisaillement :


L’allure de la courbe d’évolution des vitesses des ondes S est globalement similaire à
celle des ondes P, à ceci près que ses valeurs sont toujours inférieures (fig. 23.4). Le calcul
des valeurs de τ obtenues avec les ondes S montre alors qu’elles sont proches de celles tirées
des ondes P (fig. 23.5). De même que pour les ondes P, on peut exprimer Cs/Cso=f(t/τs) au
lieu de Cs=f(t). On retrouve alors l’existence d’une courbe maîtresse (fig. 23.6), ce qui
généralise les résultats qu’avait obtenus [Thinet, 2000] sur 4 essais (BSP1-4, ondes S). Cette
courbe est cependant moins nette que celle observée sur les vitesses des ondes P. La
superposition de l’ensemble des courbes obtenues en ondes P et S conduit à l’obtention d’une
unique courbe maîtresse (fig. 23.7).
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 95

2500
o ndes P
o ndes S
2000

1500
C (m/s)

1000

500

te m ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

Fig. 23. 4 : Evolution des vitesses des ondes P (800 Hz) et S (100 Hz) : formulation BT3 B55A2-19

210
BT4 : B60R4-18
190

170 MBE1b : M55-22

150 BT6 : B50P5-19


BT3 : B55A2-19
τ ondes S

130 BT2 : B60-20

MT1 : M50-28
110
BSP1 : B43-21 BB1 : B55-20
BSP2 : B51-21
90
BSP3 : B55-25
BSP4 : B55-27
70 BB2 : B44-22
MBE2 : M44-23
τ onde s P
50
50 80 110 140 170 200 230

Fig. 23. 5 : Comparaisons des valeurs de τ obtenues sur ondes P et S (en minutes)

Temps caractéristique de prise et degré d’hydratation :


L’évolution du rapport t/τ en fonction du degré d’hydratation du ciment α (fig. 23.8)
montre que τ et α n’évoluent pas conjointement. τ est donc bien un temps caractéristique de
l’évolution des propriétés mécaniques du matériau et non de l’avancement des propriétés
chimiques. Même si les propriétés mécaniques dépendent de l’avancement des réactions
chimiques, il n’y a donc pas de lien simple permettant de passer des unes aux autres. Cet
aspect est cohérent avec les résultats obtenus par [Boumiz, 1995] qui montrent que le seuil de
percolation arrive bien après le maximum de conductivité électrique et le début de
l’augmentation du flux thermique (cf. fig. 12.12 du §1.2.2.4).
96 II.3 : Comportement Général

MT1S : M50-28 200Hz BT1S : B50-25 200Hz BT2S : B60-20 80Hz BT3S : B55A2-19 100Hz BT4S B60R4-18 80Hz BT4S : B60R4-18 200Hz
BT6S : B50P5-19 100Hz BT8S : B45-21 80Hz BSP1S : B43-21 100Hz BSP1S : B43-21 200Hz BSP2S : B51-21 200Hz BSP3S : B55-25 200Hz
BSP4S : B55-27 200Hz BB1S : B55-20 200Hz BB2 : B44-22 200Hz MBE1bS : M55-22 200Hz MBE2S : M44-23 200Hz
25

20

15

Cs/Cso
10

t/τ (S)
0
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0

Fig. 23. 6 : Courbe maîtresse de Cs (courbes tirées pour partie de [Thinet, 2000])
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 97

25
MT1 : M50-28 MT2 : M60-26 MT3 : M55A2-24 MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25 MT6 : M50P5-24
BT1 : B50-25 BT2 : B60-20 BT3 : B55A2-19 BT4 : B60R4-18 BT5 : B50P4-22 BT6 : B50P5-19
BT7 : B45P4-21 BT8 : B45-21 BT9 : B45-24 BT10 : B60-27 BSP1 B043-21 BSP2 B051-21
BSP3 B055-25 BSP4 B055-27 b04-10 b06-10 b04-20 b06-20
b04-30 b06-30 BB1 : B55-20 BB2 : B44-22 BB3 : B40-25 BDE1 B041-21
BDE2 B035-22 BDE3 B055-22 BDE4 B041-20 MBE1a : M55-24 MBE1b : M55-22 MBE2 : M44-23
MBE3 : M40-25 MT1S : M50-28 200Hz BT1S : B50-25 200Hz BT2S : B60-20 80Hz BT3S : B55A2-19 100Hz BT4S B60R4-18 80Hz
BT4S : B60R4-18 200Hz BT6S : B50P5-19 100Hz BT8S : B45-21 80Hz BSP1S : B43-21 100Hz BSP1S : B43-21 200Hz BSP2S : B51-21 200Hz
BSP3S : B55-25 200Hz BSP4S : B55-27 200Hz BB1S : B55-20 200Hz BB2 : B44-22 200Hz MBE1bS : M55-22 200Hz MBE2S : M44-23 200Hz
20 BC-BC2 BC-SC2 BC-COM8 BC-COM3 BC-COM4 BC-COM5
BC-COM6 BC-COM7

15

C/Co
10

t/τ (P et S)
0
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0

Fig. 23. 7 : Courbe maîtresse : ondes P et S (valeurs tirées pour partie de [Villain, 1997] et [Thinet, 2000])
98 II.3 : Comportement Général

6
MT2 : M60-26 MT3 : M55A2-24 MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25 MT6 : M50P5-24 BT2 : B60-20 BT3 : B55A2-19 BT4 : B60R4-18
BT5 : B50P4-22 BT6 : B50P5-19 BT7 : B45P4-21 BT8 : B45-21 BT9 : B45-24 BT10 : B60-27 BB1 : B55-20 BB3 : B40-25
MBE1a : M55-24 MBE2 : M44-23 MBE3 : M40-25

t/τ
3

α
0
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0

Fig. 23. 8 : Lien entre t/τ et le de gré d’hydratation α


Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 99

Reproductibilité et sensibilité de la mesure de la vitesse des ondes P :


[Thinet, 2000] a montré que la mesure de Cp sur bétons était reproductible et très
sensible à des variations de paramètres tels que le rapport e/c ou la température de coulée.

Sensibilité à la température de coulée : (tabl. 23.1)


Les courbes d’évolutions des vitesses des ondes P des essais MBE1a et MBE1b (2°C
d’écart sur les températures de coulée) sont très proches (fig. 23.9) : l’évolution des propriétés
mécaniques est donc moins sensible à la température de coulée que l’évolution de la cinétique
chimique. Des écarts sensibles sont en revanche obtenus sur la mesure de τ (écarts de 10
minutes).
En règle générale, plus les températures de coulées sont éloignées et plus les temps τ
sont distincts (fig. 23.10, tabl. 23.1 : 24 min d’écart pour BT2 et BT10, alors qu’il n’y a que
7°C d’écart de température de coulée). Quant aux valeurs de Co, elles sont très peu sensibles à
la température de coulée (la valeur de Co augmente de 13 m/s lorsqu’on passe de BT2 et
BT10, ce qui est très faible), puisque liées à l’état initial du matériau.

3000 3000
M BE1a : M 55-24 BT10 : B60-27

M BE1b : M 55-22 BT2 : B60-20


2500 2500

2000 2000
Cp (m/s)

Cp (m/s)

1500 1500

1000 1000

500 500
temps (min)
temps (min)
0 0
0 60 120 180 240 300 360 0 60 120 180 240 300 360 420 480

Fig. 23. 9 : Sensibilité de la vitesse Cp Fig. 23. 10 : Sensibilité de la vitesse Cp


à la température de coulée (MBE) à la température de coulée (bétons BT)

Co (m/s) τ (min) comparé à Co (m/s) τ (min)


MBE1a : M55-24 88 101 MBE1b : M55-22 106 111
BT2 : B60-20 82 98 BT10 : B60-27 95 74

Tabl. 23. 1 : Sensibilité des valeurs de Co et τ à la température de coulée


100 II.3 : Comportement Général

Sensibilité au rapport e/c :


Les fig. 23.11 à 23.13 montrent que les courbes d’évolution de la vitesse des ondes P
présentent des allures distinctes dès que l’on dépasse un écart de 0,05 sur les valeurs de
rapport e/c. Globalement, des valeurs plus faibles de rapport e/c conduisent (tabl. 23.2) à une
diminution significative du temps τ et une augmentation de la valeur de la vitesse initiale
théorique Co.
3000 3000
BT8 : B45-21 BT9 B45-24

BB2 : B44-22 BT1 B50-25


2500 2500
BB1: B55-20 BT10 B60-27

BT2 : B60-20
2000 2000

Cp (m/s)
Cp (m/s)

1500 1500

1000 1000

500 500

temps (min) temps (min)


0 0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 0 60 120 180 240 300 360

Fig. 23. 11 : Sensibilité de la vitesse Cp Fig. 23. 12 : Sensibilité de la vitesse Cp


au rapport e/c (bétons BT, 20-22°C) au rapport e/c (bétons BT, 24-27°C)

3000
M B E1a : M 55-24
M B E1b : M 55-22
2500
M B E2 : M 44-23
M B E3 : M 40-25
2000
Cp (m/s)

1500

1000

500

te m ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300 360

Fig. 23. 13 : Sensibilité de la vitesse Cp au rapport e/c (MBE)


Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 101

Co (m/s) τ (min)
BB1 : B55-20 118 114
BB2 : B44-22 123 88
BT1 : B50-25 148 95
BT2 : B60-20 82 98
BT8 : B45-21 84 65
BT9 : B45-24 171 93
BT10 : B60-27 95 74
MBE1a : M55-24 88 101
MBE1b : M55-22 106 111
MBE2 : M44-23 63 75
MBE3 : M40-25 38 68

Tabl. 23. 2 : Sensibilité des valeurs de Co et τ au rapport e/c

2.3.1.2 Effet Poisson : rapport de pression P4/P2

L’évolution de cette grandeur au cours du temps présente trois périodes caractéristiques


(fig. 23.14, voir aussi fig. 24.8 et 24.9 pour une vue d’ensemble) : un palier, une période
décroissante et un second palier, ce qui traduit le passage d’un matériau fluide (contraintes
sont isotropes) à un matériau solide (répartition directionnelle des pressions).
La transition entre les deux premières périodes (appelée tp, cf. fig. 23.14) est liée à la
phase de percolation. Dans la plupart des cas, elle précède légèrement τ (fig. 23.26), ce qui
traduit l’idée que la vitesse des ondes P et le rapport de pression P4/P2 ne sont pas sensibles de
la même manière à l’évolution mécanique du matériau. De plus, tp est une mesure ponctuelle
(dans le temps) alors que τ est une mesure englobant la forme générale de la courbe
d’évolution des vitesses des ondes de compression, ce qui peut induire quelques écarts.
Le fait que les valeurs initiales soient bien inférieures à 1 (valeur correspondant à un
fluide) est dû à l’existence de contacts intergranulaires.

Les deux premières phases durent habituellement de 1 à 3 heures selon les formulations
(la première phase pouvant durer jusqu’à 5-6 h avec le retardateur de prise).
Au bout de 3 à 10 heures survient une phase caractérisée par une quasi absence
d’évolution du rapport P4/P2. Les valeurs finales mesurées sont généralement inférieures à
0,1. Un calcul grossier (en négligeant le rôle de la viscosité, voir §1.3.3.3) donne alors des
valeurs de coefficient de Poisson inférieures à 0,1. Ces valeurs sont plus faibles que les
valeurs finales usuelles (0,2), mais l’ordre de grandeur est cohérent si l’on considère que le
béton en fin d’essai n’est pas parfaitement élastique.
102 II.3 : Comportement Général

0,8
tp valeurs brutes
0,7 valeurs co rrigées avec d=0m

0,6

0,5
P4/P2

0,4

0,3

0,2

0,1
te m ps (m in)
0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

Fig. 23. 14 : Evolution typique du rapport de pression P4/P2 (essai BT3 : B55A2-19)

Sensibilité et reproductibilité :
[Thinet, 2000] a montré que la mesure du rapport de pression P4/P2 sur béton était
reproductible et sensible à des modifications des paramètres de formulations (rapport e/c et
température de coulée).
D’une manière générale, une diminution de la température de coulée conduit à un
étalement des courbes, du fait du ralentissement des réactions d’hydratation, tandis qu’une
augmentation du dosage en eau conduit à une augmentation des valeurs initiales du rapport de
pression P4/P2. Ces aspects ne sont cependant pas toujours évidents à visualiser sur les
courbes (fig. 23.15).

0,8
B T2 : B 60-20
0,7 B B 1: B 55-20
B T1: B 50-25
B T8 : B 45-21
0,6
B B 2 : B 44-22
B B 3 : B 40-25
P4/P2 corrigé

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1
te m ps (m in)
0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480

Fig. 23. 15 : Sensibilité vis-à-vis du rapport e/c du rapport de pression corrigé P4/P2
(campagne BT avec d=0 m, cf. p. 58)
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 103

2.3.1.3 Amortissement : rapport de pression P3/P2

On retrouve dans l’évolution de l’amortissement P3/P2 une décomposition en trois


périodes (fig. 23.16, voir aussi fig. 24.10 et 24.11). La première, d’une durée de 1 à 3 h
(jusqu’à 7 heures avec l’usage de retardateur), est associée à une évolution très lente des
valeurs. La seconde correspond à une phase d’augmentation très rapide des valeurs, traduisant
le fait que les ondes sont moins amorties du fait du durcissement du matériau. Les valeurs se
stabilisent ensuite aux alentours de 1, au bout d’une durée variant de 3 à 12 heures (avec
retardateur). Les ondes ne sont alors quasiment plus amorties.
1,0
valeurs brutes
0,9
valeurs co rrigées avec d=20cm
0,8

0,7

0,6
P3/P2

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1
te m ps (m in)
0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

Fig. 23. 16 : Evolution de l’amortissement P3/P2

Reproductibilité et sensibilité :
La bonne reproductibilité de cette mesure et sa sensibilité aux paramètres de fabrication
(rapport e/c et température de coulée) ont été étudiés sur bétons par [Thinet, 2000].

On vérifie sur la fig. 23.17 qu’une augmentation de la température de coulée conduit à


une évolution plus rapide de l’amortissement P3/P2, du fait de l’accélération de la cinétique
des réactions d’hydratation. Il faut néanmoins des variations importantes de température, de
l’ordre de 10°C, pour induire de fortes variations dans les valeurs mesurées.
La fig. 23.18 montre qu’un rapport e/c plus faible conduit à une évolution beaucoup plus
rapide du rapport de pression, liée à l’arrivée plus précoce de la phase de percolation.
104 II.3 : Comportement Général

1,0 1,0
b04-10
BT8 : B45-21
b04-20
BT2 : B60-20
0,8 b04-30
0,8
P3/P2 corrigé

P3/P2 corrigé
0,6
0,6

0,4
0,4

0,2
0,2

0,0 temps (min)


0 60 120 180 240 0,0
temps (min) 0 60 120 180 240 300 360 420

Fig. 23. 17 : Sensibilité à e/c et à la température de coulée Fig. 23. 18 : Sensibilité au rapport e/c
(valeurs corrigées pour d=20 cm, à partir des valeurs non corrigées de [Thinet, 2000])

2.3.1.4 Linéarité du matériau et caractère non-destructif de l’essai

[Thinet, 2000] a testé l’influence d’une variation d’amplitude des signaux émis, en
faisant varier l’accélération de la plaque vibrante du Vibroscope.
On peut alors vérifier le caractère non destructif de l’essai au Vibroscope en superposant
les signaux normalisés (les valeurs ont été divisées par l’amplitude maximale du signal)
obtenus sur un capteur donné pour des sollicitations d’amplitude croissante puis décroissante
(e. g. : fig. 23.19). Les courbes se superposent alors parfaitement, ce qui justifie le suivi de la
prise sur un même échantillon.
Ce type d’essai permet également de tester la linéarité du comportement du matériau.
Examinons e. g. le cas du capteur P2. Soit P2max l’amplitude maximale du signal reçu en P2,
pour une accélération donnée de la plaque vibrante. La fig. 23.20 représente l’évolution de la
valeur de P2max en fonction de l’accélération de la plaque vibrante Ao. On constate alors que
P2max augmente linéairement lorsque l’accélération de la plaque vibrante augmente, ce qui
prouve la linéarité de la réponse du matériau dans la gamme d’accélération testée, autorisant
ainsi l’utilisation d’une loi de comportement linéaire.
Les essais ont été réalisés pour tous les capteurs du Vibroscope, aussi bien en ondes P
qu’en ondes S, à des dates couvrant la totalité de la période suivie par le Vibroscope (t>30
min, temps nécessaire à la mise en place du matériau). L’accélération de la plaque vibrante a
varié dans la gamme 0,75-12 m/s² pour les ondes P, 1-20 m/s² pour les ondes S.
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 105

1,0 500

P2/Pmax
y = 36,383x + 2,1773
P2 400 R 2 = 0,995
0,5

P2max
300
0,0
200
-0,5 Ao = 3 m/s² 100
Ao = 12 m/s² Ao (m /s²)
-1,0 0
5 9 time (ms) 13 17 0 2 4 6 8 10 12

Fig. 23. 19 : Superposition des signaux normalisés Fig. 23. 20 : Test de linéarité
(béton courant, 65 min après fabrication) (béton courant, 65 min après fabrication)

2.3.2 Données de l’analyse inverse

2.3.2.1 Normes des modules rhéologiques

De part leur mode de calcul, ces grandeurs (fig. 23.21 et 23.22) suivent globalement la
même allure que l’évolution des vitesses des ondes P et S. Le Vibroscope permet de couvrir
la totalité de la gamme de valeurs des modules rhéologiques, malgré un facteur multiplicatif
pouvant dépasser 103 entre les valeurs initiales et finales.
La norme du module oedométrique |K+Z*+2N*| évolue de 5.106 Pa, en début d’essai, à
2.1010 Pa en fin d’essai. [Boumiz, 1995] obtient sur mortier de béton dégazé (B35,
T°C=25°C) des valeurs à 8 h (premières mesures) de l’ordre de 5 GPa, ordre de grandeur
cohérent avec les valeurs du Vibroscope qui varient de ≈1 GPa à plus de 10 GPa selon les
essais (mesures obtenues au bout de 8h de prise).
Quant à la norme du module de cisaillement |N*|, les valeurs obtenues avec le
Vibroscope évoluent de 4,4.106 Pa, en début d’essai, à 9,3.109 Pa en fin d’essai. Les valeurs
obtenues par [Boumiz, 1995] sur pâte de ciment dégazée (avec e/c=0,3 et T=20°C) sont de
l’ordre de 1 GPa au bout de 6 heures de prise, ce qui est à nouveau cohérent avec les mesures
du Vibroscope (comprises dans la plupart des cas entre 1 GPa et 5 GPa sur mortiers et
bétons).
1,0E+11 1,0E+10
BT3 : B55A2-19
BT3 : B55A2-19
1,0E+10 1,0E+09
|K+Z*+2N*| Pa

|N*| Pa

1,0E+09 1,0E+08

1,0E+08 1,0E+07

temps (min) tem ps (m in)


1,0E+07 1,0E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 0 60 120 180 240 300 360 420 480 540
Fig. 23. 21 : Evolution de la norme Fig. 23. 22 : Evolution de la norme du
du module de oedométrique (échelle log) module de cisaillement (échelle log)
106 II.3 : Comportement Général

2.3.2.2 Angles de phase des modules rhéologiques

L’étude de ϕ et ψ montre que ces angles de phase présentent des évolutions conjointes
(e. g. fig. 23.23), sans que cela ne soit présupposé dans la modélisation adoptée (cf. §1.3.3.1 :
les modules N* et Z* sont supposés complètement indépendants). L’évolution des propriétés
en cisaillement du matériau (ψ est l’angle de phase du module de cisaillement N*) se fait
donc conjointement à celle des propriétés en compression (ϕ est l’angle de phase du module
oedométrique K+Z*+2N*). Les valeurs de ψ sont cependant habituellement inférieures à
celles de ϕ, en particulier en début de prise.
Les valeurs de l’angle de phase ϕ (e. g.) commencent par augmenter depuis des valeurs
comprises entre 20 et 50° jusqu’à des valeurs maximales comprises entre 70 et 90°, ce qui
montre que la part visqueuse du milieu augmente initialement plus vite que la part élastique,
du fait de la formation d’hydrates en suspension (et donc non encore connectés). Ce point est
d’ailleurs confirmé par le fait que la partie imaginaire des modules augmente toujours avant
leur partie réelle (e. g. fig. 23.24 et 23.25), aspect lié à la nécessité d’avoir des hydrates en
suspension (hausse de la partie imaginaire) pour atteindre la phase de percolation (hausse de
la partie réelle).
Une fois la phase de percolation passée, certains hydrates vont se réunir en un chemin
continu, ce qui conduit à une augmentation rapide de la part élastique. Lorsque celle-ci est
suffisamment élevée pour compenser la part visqueuse, les valeurs des angles de phase
décroissent. Il faut cependant un certain temps à la part élastique pour compenser la part
visqueuse, initialement très élevée, ce qui explique que la fin de la période de croissance des
angles de phase soit très en retard par rapport au temps τ (fig. 23.26 et 23.27). La durée de
cette période de décroissance des valeurs est sensiblement égale à celle de la période de
croissance (habituellement de l’ordre de 2 à 3 h). Les angles de phases évoluent ensuite très
lentement, du fait que la viscosité du milieu n’évolue presque plus et que le matériau a déjà
développé la majeure partie de ses propriétés élastiques. Les valeurs finales atteintes sont
alors de l’ordre de 10-20° : le matériau est donc encore partiellement visqueux.
90
phi
80
psi

70
angle de phase (°)

60

50

40

30

20

10
te m ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

Fig. 23. 23 : Evolution des angles de phase des modules oedométrique (ϕ) et de cisaillement ( ψ)
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 107

1,4E+10
Re (K+Z*+2N*)
1,0E+10 Re (K+Z*+2N*)
1,2E+10 Im (K+Z*+2N*)
Im (K+Z*+2N*)

8,0E+09 1,0E+10

8,0E+09
6,0E+09

Pa
Pa

6,0E+09
4,0E+09
4,0E+09

2,0E+09
2,0E+09
temps (min) temps (min)
9,0E+06 8,0E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 0 60 120 180 240 300 360 420

Fig. 23. 24 : Comparaison des parties réelles et Fig. 23. 25 : Comparaison des parties réelles et
imaginaires: MT6 M50P5-24 imaginaires : BT7 B45P4-21

L’évolution des angles de phase est donc cohérente avec la notion de phase de
percolation. Une synthèse est présentée sur la fig. 23.26, montrant la répartition relative
typique des différentes étapes de la prise. L’évolution du rapport de pression P3/P2 y figure à
titre indicatif, bien que moins exploitable du fait d’une évolution généralement trop
progressive rendant ainsi délicate l’identification des différentes étapes.

Cp seuil de percolation

temps
P4/P2
solide quasi élastique
solide viscoélastique
fluide

temps
φ

temps
P3/P2

temps
Fig. 23. 26 : Modélisation de la prise des bétons et mortiers (dans le cas général)

Un exemple concret est fourni en fig. 23.27 (certaines grandeurs sont normalisées pour
éviter la multiplication des échelles).
108 II.3 : Comportement Général

2500 1,2

tp
tϕ 1,0
2000

grandeurs normalisées
0,8
1500
Cp
Cp (m/s)

P 4/P 2 no rmalisé 0,6


phi no rmalisé
1000
0,4

500
0,2
τ
tem ps (m in)
0 0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600

Fig. 23. 27 : Comparaison de quelques points caractéristiques BT3


(normalisation par division par la valeur initiale pour P4/P2, par la valeur maximale pour ϕ)

2.3.2.3 Temps caractéristique de prise et modules rhéologiques

En appliquant la même modélisation que dans le §2.3.1.1, on peut vérifier que certaines
propriétés de la vitesse des ondes P se retrouvent sur les modules rhéologiques. La
normalisation exponentielle, appliquée au module oedométrique |K+Z*+2N*|, au module de
cisaillement |N*| et au module |Z*| (fig. 23.28 à 23.30) conduit alors à l’obtention de fuseaux
de courbes (les valeurs de τ sont tirées des courbes d’évolution de la vitesse des ondes P).
Elles sont cependant plus dispersées que la courbe maîtresse des célérités. La modélisation
demeure néanmoins très bonne jusqu’à t/τ=1,5, ce qui représente une durée comprise entre 1,5
et 5 h après l’introduction de l’eau.
Ce point avait déjà été vérifié sur 18 formulations par [Arnaud, 2003] pour le module
|(a+2b)M*| (équivalent de |Z*+2N*| en modélisation biphasique) en exprimant en échelle
logarithmique |(a+2b)M*|/|(a+2b)M*|initial = f(t/τ) au lieu de |(a+2b)M*| = g(t), où τ est tiré
des courbes de vitesse des ondes P. Une courbe maîtresse linéaire a alors été obtenue pour
t/τ≤3, ce qui représente une durée comprise entre 3 et 10 heures après la fabrication du
matériau.
Chapitre II : Etude du Comportement de Bétons et de Mortiers 109

600
MT2 : M60-26 MT3 : M55A2-24 MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25 MT6 : M50P5-24 BT1 : B50-25 BT2 : B60-20 BT3 : B55A2-19
BT4 : B60R4-18 BT5 : B50P4-22 BT6 : B50P5-19 BT7 : B45P4-21 BT8 : B45-21 BT10 : B60-27 BSP1 B043-21 BSP2 B051-21
BSP3 B055-25 BSP4 B055-27 b04-10 b06-10 b04-20 b06-20 b04-30 b06-30
BB1 : B55-20 BB2 : B44-22 BB3 : B40-25 BDE2 B035-22 BDE3 B055-22

500

400
|K+Z*+2N*|/|K+Z*+2N*|o

300

200

100

t/τ (P)
0
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0

Fig. 23. 28 : Fuseau des courbes pour la norme du module oedométrique |K+Z*+2N*|

100
MT2 : M60-26 MT3 : M55A2-24 MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25 MT6 : M50P5-24 BT1 : B50-25 BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19 BT4 : B60R4-18 BT5 : B50P4-22 BT6 : B50P5-19 BT7 : B45P4-21 BT8 : B45-21 BT10 : B60-27
BSP2 B051-21 BSP3 B055-25 BSP4 B055-27 b04-10 b06-10 b04-20 b06-20
90
b04-30 b06-30 BB1 : B55-20 BB2 : B44-22 BB3 : B40-25

80

70
|Z*|/|Z*|o ,

60

50

40

30

20

10

t/τ (P)
0
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0

Fig. 23. 29 : Fuseau des courbes pour la norme du module viscoélastique |Z*|
110 II.3 : Comportement Général

1200
MT2 : M60-26 MT3 : M55A2-24 MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25 MT6 : M50P5-24 BT1 : B50-25 BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19 BT4 : B60R4-18 BT5 : B50P4-22 BT6 : B50P5-19 BT7 : B45P4-21 BT8 : B45-21 BT10 : B60-27
BSP1 B043-21 BSP2 B051-21 BSP3 B055-25 BSP4 B055-27 b04-10 b06-10 b04-20
b06-20 b04-30 b06-30 BB1 : B55-20 BB2 : B44-22 BB3 : B40-25

1000

800
|N*|/|N*|o .

600

400

200

t/τ (P)
0
0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0

Fig. 23. 30 : Fuseau des courbes pour la norme du module de cisaillement |N*|

2.3.3 Conclusions :

Les différentes grandeurs fournies par le Vibroscope permettent de réaliser un suivi de


l’évolution des bétons et mortiers pendant leur prise. L’évolution de toutes les courbes
(vitesses : Cp et Cs, effet Poisson : P4/P2, amortissement : P3/P3, angles de phase : ϕ et ψ) est
cohérente avec la notion de seuil de percolation. Les différentes moments remarquables
identifiées ne coïncident cependant pas toujours, du fait que les mesures ne sont pas toutes
sensibles au même moment à une variation de la quantité d’hydrates formés.
Une première période d’évolution du matériau, caractérisée par une faible évolution des
propriétés mécaniques, correspond à la formation d’hydrates non connectés. Après τ, lié à la
phase de percolation, survient une seconde période à évolution beaucoup plus marquée : les
hydrates formés viennent alors compléter le réseau percolant, ce qui entraîne une hausse
rapide de l’élasticité. La dernière phase correspond à la stabilisation de l’évolution des
propriétés mécaniques.
L’utilisation de l’allure exponentielle des courbes de vitesse des ondes P permet de
définir une vitesse théorique initiale Co ainsi qu’un temps caractéristique de prise τ. Ce temps
τ permet l’obtention d’une courbe maîtresse pour l’évolution des célérités des ondes P et S au
cours du temps, il permet également de regrouper dans un même fuseau les courbes
d’évolution des modules oedométrique et de cisaillement. Les matériaux testés passent ainsi
par des structures à propriétés mécaniques identiques, mais à des dates différentes.
La linéarité du béton et le caractère non destructif de l’essai au Vibroscope sont prouvés
pour la gamme de sollicitations utilisées. Il est donc possible de réaliser un suivi de la prise au
moyen du Vibroscope sur un échantillon unique et d’utiliser une loi de comportement linéaire
pour mener l’analyse inverse.
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 111

2.4 ETUDE DES BETONS ET DES MORTIERS ADJUVANTES

Dans cette partie, les différentes formulations adjuvantées sont comparées entre elles et
avec leur formulation de référence, de manière à évaluer le rôle des adjuvants. La sensibilité
des mesures du Vibroscope aux adjuvants sera étudiée, ce qui permettra de déceler les
mesures les plus utiles. Les résultats présentés concernent les mesures thermiques (T°C), les
mesures réalisées avec le Vibroscope (vitesses : Cp et Cs, amortissement : P3/P2, effet
Poisson : P4/P2), ainsi que les modules oedométrique (K+Z*+2N*) et de cisaillement (N*)
déduits de ces mesures par analyse inverse.

2.4.1 Suivi de l’évolution de la température

Les courbes d’évolution des températures des bétons BT et mortiers MT sont présentées
sur les fig. 24.1 et 24.2. Les valeurs théoriques des températures maximales développées par
les matériaux testés (en occultant le rôle chimique des adjuvants et en négligeant leur masse)
sont présentées sur le tabl. 24.1. La chaleur d’hydratation du ciment a été prise égale à 195
kJ/kg (valeur du fabricant), les capacités calorifiques sont prises respectivement égales à 670
J/kg/K pour le ciment (valeur du clinker), 755 J/kg/K pour les granulats (valeur de la silice),
4180 J/kg/K pour l’eau et 1000 J/kg/K pour l’air. Les masses d’air ont été estimées en prenant
une masse molaire de 29 g/mol et un volume molaire de 24 l/mol (valeur à 20°C, sous 1
atmosphère).

Rôle des adjuvants :


La comparaison des courbes des mortiers adjuvantés avec celle du mortier de référence
MT2 (fig. 24.2) montre que :
• l’entraîneur d’air n’a aucun effet sur l’évolution des températures, les écarts entre les
courbes correspondant aux écarts théoriques dus à une modification de la température
de coulée.
• le plastifiant P4 provoque un retard de prise très net puisque l’évolution de la courbe de
l’essai MT5 est très retardée par rapport à celle de l’essai de référence MT2, alors que
le rapport e/c passe de 0,60 à 0,50 (ce qui aurait dû accélérer la prise).
• on obtient un retard identique en augmentant le dosage (P5). Les évolutions des courbes
des formulations MT5 et MT6 sont en effet cohérentes avec l’écart de 1°C sur les
températures initiales.
• la courbe avec retardateur de prise est considérablement retardée par rapport à celle de la
formulation de référence, malgré la valeur inférieure du rapport e/c. La différence de
température de coulée n’expliquant pas à elle seule ces écarts, il faut donc conclure
que le retardateur de prise a bien provoqué un retard de la cinétique des réactions
d’hydratation du ciment (comme prévu !).
112 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

55

0,05 d’écart en e/c


50

45

40
3°C d’écart
températures (°C)

35

30

25
BT1 : B50-25
BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19
BT4 : B60R4-18
BT5 : B50P4-22
20 BT6 : B50P5-19
BT7 : B45P4-21
BT8 : B45-21
BT9 : B45-24
temps (heures) BT10 : B60-27

15
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

Fig. 24. 1 : Evolution des courbes de température (campagne BT)

45
MT2 : M60-26
MT3 : M55A2-24
MT4 : M60R4-24
MT5 : M50P4-25
MT6 : M50P5-24
40

35
Températures (°C)

30

25

temps (heures)
20
0 2 4 6 8 10 12

Fig. 24. 2 : Evolution des courbes de température (campagne MT)


Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 113

teneur en température température


ciment gravier sable eau air Tc
Nom de l’essai air occlus finale calculée finale mesurée
(kg) (kg) (kg) (kg) (kg) (°c)
% (°C) (°C)
BT1 : B50-25 4,0 371 1043 696 185 0,05 25,3 56,2 45,1
BT2 : B60-20 1,0 376 1023 682 226 0,01 20,0 49,5 47,9
BT3 : B55A2-19 4,5 363 1016 677 200 0,05 18,7 48,7 42,2
BT4 : B60R4-18 0,9 377 1024 683 226 0,01 17,8 47,3 45,9
BT5 : B50P4-22 2,4 371 1068 712 185 0,03 21,8 52,3 48,1
BT6 : B50P5-19 2,5 371 1067 711 185 0,03 18,9 49,4 42,9
BT7 : B45P4-21 2,4 360 1110 740 163 0,03 21,0 51,3 46
BT8 : B45-21 1,8 373 1104 736 168 0,02 21,3 52,4 47,2
BT9 : B45-24 2,6 370 1095 730 167 0,03 23,6 54,7 52,1
BT10 : B60-27 1,0 376 1023 682 226 0,01 27,2 56,7 50,7
MT1 : M50-28 1,5 380 0 1784 190 0,02 28,0 58,9 41,9
MT2 : M60-26 6,0 357 0 1620 214 0,07 26,4 55,9 44,3
MT3 : M55A2-24 14,8 318 0 1525 175 0,18 24,1 53,7 42,1
MT4 : M60R4-24 8,1 349 0 1583 210 0,10 23,8 53,3 41,8
MT5 : M50P4-25 8,2 349 0 1674 174 0,10 25,2 55,7 43,5
MT6 : M50P5-24 19,7 305 0 1464 153 0,24 23,9 54,4 43
Tabl. 24. 1 : Calcul des températures finales (masse pour 1m3, en prenant en compte le volume d’air)

Pour ce qui est des bétons (fig. 24.1) :


• l’écart constaté entre la formulation de référence et celle avec entraîneur d’air ne peut
pas être simplement dû à la différence de température de coulée, et ce d’autant plus
que la variation du rapport e/c aurait tendance à accélérer les phénomènes de prise.
L’écart est donc induit par l’entraîneur d’air, bien que le mécanisme demeure
inexpliqué.
• l’usage du plastifiant P4 conduit à un retard de la cinétique de prise puisque la
température évolue alors de manière très proches de celles de la formulation de
référence, alors que le rapport e/c est plus faible et que la température de coulée est
plus élevée. On retrouve cet effet, très marqué, avec la courbe de l’essai BT6 (P5).
• comme pour les mortiers, le retardateur conduit à un retard très marqué de la cinétique
de prise.

Les principales différences observées entre bétons et mortiers concernent donc les effets
de l’entraîneur d’air.
114 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

Remarques :
Rôle de la température de coulée Tc :
Plus la température de coulée est élevée et plus les réactions chimiques de prise sont
accélérées, d’où une élévation plus importante de la température du matériau pendant sa prise.
Des températures de coulées proches mais néanmoins distinctes de 3-4°C (fig. 24.1 : BT8 et
BT9) produisent ainsi des écarts significatifs sur les évolutions des températures.

Rôle de la teneur en air :


L’air intervient en modifiant les proportions de ciment, d’eau et de granulats, car il n’est
pas pris en compte dans les calculs de formulations. Le tabl. 24.1 montre cependant qu’il joue
un rôle thermique négligeable, point confirmé par les évolutions quasi parallèles des courbes
de température des matériaux MT2 et MT3 dont les écarts s’expliquent par la seule différence
de température de coulée (écart final théorique ou mesuré de 2,2°C).

Rôle du rapport e/c :


Le rôle thermique théorique d’une variation de rapport e/c, en travaillant à c constant,
est évalué par BT5 et BT7 (tabl. 24.1), ou encore par BT2 et BT8. Les valeurs finales de
température théorique restent alors très proches, tandis que le rapport e/c varie de 0,05, point
confirmé expérimentalement (fig. 24.1 : BT5 et BT7). Les allures des courbes
correspondantes sont cependant distinctes, ce qui montre que si un changement de rapport e/c
ne modifie pas le dégagement de chaleur total, il modifie la cinétique de prise de manière
d’autant plus importante que les écarts sur e/c sont grands (cf. fig. 24.1 : BT1 et BT10).

2.4.2 Vitesse des ondes de compression

Les courbes d’évolution des célérités des ondes P sont présentées sur les fig. 24.4 et
24.5, les valeurs du temps caractéristique de prise τ sur la fig. 24.3. Les évolutions sont très
distinctes selon la formulation considérée, ce qui montre que les mesures sont sensibles aux
adjuvants.
230
bétons 217
210
mortiers 204

190

172
170
τ (min)

150
133
130 130
127

112
110 106
98
90

70
référence P4 A P5 R

Fig. 24. 3 : Valeurs de τ (campagnes BT - MT)


Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 115

3000
BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19
BT4 : B60R4-18
BT5 : B50P4-22
BT6 : B50P5-19
BT7 : B45P4-21
2500

2000

1500

Cp (m/s)
1000

500

temps (min)
0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 720

Fig. 24. 4 : Evolution des courbes de vitesse des ondes P (campagne BT)
116 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

3000
MT2 : M60-26
MT3 : M55A2-24
MT4 : M60R4-24
MT5 : M50P4-25
2500 MT6 : M50P5-24

2000

1500

Cp (m/s)
1000

500

temps (min)
0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 720 780

Fig. 24. 5 : Evolution des courbes de vitesse des ondes P (campagne MT)
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 117

Pour les mortiers, l’étude des fig. 24.3 et 24.5 montre que :
• les courbes associées à l’entraîneur d’air (MT3) et à la formulation de référence (MT2)
évoluent conjointement. Aucune modification sensible des valeurs de τ n’est
observée : τ vaut ainsi 112 min pour MT3 (e/c=0,55) et 130 min pour MT2 (e/c=0,60,
donc plus élevé, ce qui fait augmenter légèrement la valeur de τ). On peut seulement
noter un léger écart dans les valeurs initiales, imputable aux écarts de teneurs en air
occlus.
• l’usage du plastifiant P4 donne une l’évolution de vitesse proche de celle de la
formulation de référence (allures des courbes proches ; τ vaut 133 min pour MT5, 130
min pour MT2), alors que le rapport e/c est beaucoup plus faible pour MT5 que pour
MT2. Ceci montre que le plastifiant a considérablement retardé l’évolution de la
rigidité du milieu. Ce retard semble être dû aux modifications des cinétiques de prise,
déjà observées sur les températures. On observe cependant un retard beaucoup plus
important pour les essais MT5 (τ=133 min) et MT6 (τ=172 min), non explicable par le
seul écart de température de coulée de 1°C.
• le retardateur de prise conduit à un retard très net du temps caractéristique τ (204 min
pour MT4, 130 min pour MT2), de l’ordre de grandeur de celui observé sur les
courbes de température.

Pour ce qui est des bétons (fig. 24.3, 24.4) :


• l’entraîneur d’air conduit à un retard significatif de la prise (τ=127 min pour BT3, 98
min pour BT2) imputable aux différences d’histoires thermiques.
• le retard de prise dû à l’usage de plastifiant P4 (BT5 et BT7) n’est plus décelable (BT2 :
τ=98 min, BT5 : τ=106 min, BT7 : τ=104 min ; allure des courbes très en avance pour
BT5-BT7) car entièrement masqué par la diminution du rapport e/c. L’augmentation
du dosage en plastifiant (BT6) conduit à un retard de prise beaucoup plus marqué
(τ=172 min pour BT6, 106 min pour BT5), malgré la conservation du rapport e/c. Ce
point est en partie explicable par la différence de comportement thermique (voir les
écarts observées sur les fig. 22.6 et 22.7 du §2.2.2.1).
• le retardateur de prise conduit à un retard significatif du temps τ (217 min pour BT4, 98
min pour BT2). La courbe de BT4 est globalement beaucoup plus retardée par rapport
à BT2 que ce qui avait été observé sur les températures (fig. 24.1), ce qui montre que,
même si la formation d’hydrates est tributaire des réactions chimiques, les cinétiques
des réactions chimiques peuvent être différentes de celles régissant l’évolution des
propriétés mécaniques du milieu.

Les résultats précédents sont confirmés par l’étude des ondes de cisaillement (fig. 24.6
et 24.7), pour ce qui est de l’allure des courbes, de leur position relative et des mesures de τ.
118 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

230
2000
BT2S B60-20 80Hz 217 ondes S
210 ondes P
BT3S B55A2-19 100Hz
1600
BT4S B60R4-18 80Hz 190 189
BT6S B50P5-19 100Hz
170 172
1200
Cs (m/s)

τ (min)
150
139 141
800 130
127 127

110
400
98
90
temps (min)
0 70
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 BT2 : B60-20 BT3 : B55A2-19 BT4 : B60R4-18 BT6 : B50P5-19

Fig. 24. 6 : Vitesses des ondes S (campagne BT) Fig. 24. 7 : Comparaison des valeurs de τ en ondes P et S

Cohérence vis-à-vis des essais présentés par [Grosse & Reinhardt, 2001] :
Les essais MT2 à MT5 ont fait l’objet d’essais croisés entre le Vibroscope et le
FreshCon Device (fig. 12.17 du §1.2.2.4 : l’essai RE3 correspond à MT2, RE6 à MT3, RE5 à
MT4 et RE4 à MT5). Si l’on compare les résultats obtenus au moyen des deux dispositifs, on
observe dans les deux cas la grande proximité des courbes des essais MT2, MT3 et MT5.
En revanche, les niveaux obtenus pour les deux dispositifs sont différents : la vitesse à
420 min est de 2000 m/s pour le Vibroscope, alors qu’elle avoisine les 2800 m/s avec le
FreshCon Device. De même, τ est compris entre 112 min et 133 min pour les essais aux
Vibroscope, alors que le moment où l’on observe une augmentation rapide des célérités
obtenue avec le FreshCon survient au bout d’environ 100 min. Ces différences restent pour
l’heure inexpliquées, d’autant plus que les valeurs obtenues avec le Vibroscope présentent
une très bonne cohérence avec celles du dispositif ultrasonore (§1.3.2.2). On retrouve par
contre le très fort retard dû à l’usage d’un retardateur de prise, même si les niveaux diffèrent.

2.4.3 Evolution des rapports de pression

En ce qui concerne le rapport de pression P4/P2 lié à l’effet Poisson, les fig. 24.8 et 24.9
montrent que :
• les allures générales présentent des différences nettes selon l’adjuvant utilisé. Les
courbes sont ainsi plus ou moins étalées et les valeurs initiales sont très différentes,
bien que les compositions aient été déterminées de manière à conserver la même
fluidité initiale.
• on retrouve pour les mortiers (fig. 24.9) le retard de prise induit par les plastifiants (MT2
et MT5), malgré la diminution du rapport e/c. Ce retard augmente avec le dosage
(MT5 et MT6). Le plateau initial est ainsi plus long, tandis que le reste de la courbe
évolue normalement : on observe donc un maintien rhéologique initial dû au
plastifiant. Cet aspect est beaucoup moins net pour les bétons (fig. 24.8).
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 119

• on retrouve sur bétons et mortiers l’action du retardateur de prise. La courbe est alors
retardée dans toutes ses parties (la diminution du rapport P4/P2 survient plus
tardivement et dure plus longtemps), ce qui montre qu’il y a un ralentissement général
et durable de l’ensemble des réactions de prise, et pas seulement un long maintient
rhéologique initial.

L’étude de l’amortissement P3/P2 montre dans le cas des mortiers (fig. 24.11) que :
• les trois adjuvants donnent des courbes dans des domaines très distincts, ce qui traduit
des différences nettes dans la cinétique de l’évolution de l’amortissement P3/P2.
• la courbe avec entraîneur d’air (MT3) ne diffère de celle de la formulation de référence
(MT2) qu’en début de prise. Cet effet s’estompe ensuite progressivement du fait de la
solidification de la pâte.
• la courbe du plastifiant P4 (MT5) est nettement retardée par rapport à celle de la
formulation de référence (MT2), malgré la diminution du rapport e/c. Ceci montre
que, malgré des valeurs initiales un peu élevées de l’amortissement P3/P2, l’usage de
plastifiant retarde la diminution de l’amortissement du milieu (voir MT2, MT5 et
MT6). L’augmentation du dosage (MT6) conduit cependant à l’obtention d’une
courbe très proche de celle de MT5.
• le retardateur de prise conduit à une évolution très lente de l’amortissement P3/P2.

1,0
BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19
0,9 BT4 : B60R4-18
BT5 : B50P4-22
BT6 : B50P5-19
0,8 BT7 : B45P4-21

0,7
P4/P2 corrigé

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

temps (min)
0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 720

Fig. 24. 8 : Evolution du rapport de pression P4/P2 (campagne BT : valeurs calculées avec d=0 m)
120 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

0,6

MT2 : M60-26
MT3 : M55A2-24
MT4 : M60R4-24
MT5 : M50P4-25
0,5 MT6 : M50P5-24

0,4
P4/P2 corrigé

0,3

0,2

0,1

temps (min)
0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 720

Fig. 24. 9 : Evolution du rapport de pression P4/P2 (campagne MT : valeurs calculées avec d=0 m)

Dans le cas des bétons (fig. 24.10) :


• les courbes diffèrent selon le type d’adjuvant utilisé.
• le décalage observé entre les courbes des essais BT2 (référence) et BT3 (A) s’explique
par la différence d’histoire thermique des deux matériaux.
• l’usage de plastifiant conduit à un retard (BT2 et BT5) dans l’évolution de
l’amortissement du matériau mais, à la différence des mortiers, l’effet augmente avec
le dosage (cf. BT5 et BT6). Les retards observés sont cependant cohérents avec ceux
constatés sur les courbes d’évolution des températures.
• le retardateur retarde le déroulement de la prise jusqu’au début de la croissance du
rapport de pression. La courbe croît ensuite de manière analogue à ce que l’on peut
observer sur les autres essais. Tout se passe donc comme s’il y avait eu un maintien de
l’amortissement initial, suivi d’une évolution standard des propriétés
d’amortissement : on observe donc un retard dans la survenue de la phase de
percolation.
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 121

1,0
BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19
BT4 : B60R4-18
0,9
BT5 : B50P4-22
BT6 : B50P5-19
BT7 : B45P4-21
0,8

0,7
P3/P2 corrigé

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

temps (min)
0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660

Fig. 24. 10 : Evolution de l’amortissement P3/P2 corrigé (campagne BT : d=20 cm)

1,0
MT2 : M60-26
MT3 : M55A2-24

0,9 MT4 : M60R4-24


MT5 : M50P4-25
MT6 : M50P5-24

0,8

0,7
P3/P2 corrigé

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

temps (min)
0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 720

Fig. 24. 11 : Evolution de l’amortissement P3/P2 corrigé (campagne MT : d=20 cm)


122 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

2.4.4 Modules rhéologiques

Cette partie traite essentiellement du module oedométrique K+Z*+2N*, le module de


cisaillement N* présentant des évolutions très proches (les courbes correspondantes sont en
annexe 2, fig. A2.7 à A2.10). Les fig. 24.12 à 24.15 présentent l’évolution de la norme et de
l’angle de phase ϕ du module oedométrique pour les bétons et mortiers. Ces grandeurs
présentent des évolutions intimement liées à celles des grandeurs dont elles sont tirées (vitesse
Cp, amortissement P3/P2 et rapport de pression P4/P2 lié à l’effet Poisson) et sont très sensibles
à la présence d’adjuvant. Les figures 24.16 à 24.19 présentent la décomposition en partie
réelle (propriétés élastiques) et imaginaire (propriétés visqueuses) du module oedométrique
K+Z*+2N*.

Remarques préliminaires relatives aux courbes :


Les valeurs obtenues pour l’angle de phase ϕ de l’essai BT4 entre 332 min et 494 min
dépassant légèrement 90°, elles ont été fixées à 89° pour permettre la représentation de la
courbe et le calcul du module oedométrique.
La décroissance de la partie réelle associée à l’essai MT5 s’explique par des valeurs de
phase proches de 90°, associées à des écarts éventuels dans la mesure de l’amortissement
P3/P2 (la mesure est en fait très sensible). La partie imaginaire est encore plus sensible à de
faibles écarts de valeurs dans les données de base, ce qui explique la fin de la courbe
d’évolution de BT8 et le fait que la fin de courbe de l’essai MT2 ait été tronquée.

Cas de l’entraîneur d’air :


En ce qui concerne les mortiers, la courbe d’évolution de la norme du module
oedométrique |K+Z*+2N*| de l’essai MT3 (A) est très proche de celle de l’essai MT2
(référence). Elle n’en diffère qu’au début où elle présente des valeurs plus faibles, du fait de
l’augmentation de la compressibilité liée à une présence d’air supplémentaire. Les courbes
d’évolution de l’angle de phase ϕ présentent également des allures très proches (écarts
marqués uniquement en début et en fin de prise, même date de renversement de tendance tϕ),
de même que les évolutions des parties réelles et imaginaires.
Dans le cas des bétons, les courbes d’évolution de la norme et de l’angle de phase de
l’essai BT3 (A) sont distinctes de celles de l’essai BT2 (référence), aspect qui s’explique par
la différence d’histoire thermique des deux matériaux testés. On peut simplement remarquer
que les valeurs initiales de la norme sont plus faibles pour le matériau contenant le plus d’air,
du fait de l’augmentation de la compressibilité du milieu. Cet écart entre les courbes des
essais BT2 et BT3 se retrouve à la fois sur les parties réelle et imaginaire.
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 123

5,1E+08
BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19
4,1E+08 BT4 : B60R4-18
BT5 : B50P4-22
BT6 : B50P5-19
2,0E+10
3,1E+08 BT7 : B45P4-21
BT8 : B45-21

2,1E+08

|K+Z*+2N*| Pa
1,1E+08

1,5E+10 tem ps (m in)


1,0E+07
0 60 120 180 240 300 360 420 480

|K+Z*+2N*| Pa
1,0E+10

5,0E+09

temps (min)
1,0E+07
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660

Fig. 24. 12 : Evolution de la norme du oedométrique |K+Z*+2N*| (campagne BT)


124 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

1,40E+10
MT2 : M60-26

MT3 : M55A2-24
1,70E+08 MT4 : M60R4-24

1,20E+10 MT5 : M50P4-25

MT6 : M50P5-24
1,20E+08

|K+Z*+2N*| Pa
1,00E+10
7,00E+07

tem ps (m in)
2,00E+07
8,02E+09 0 60 120 180 240 300

|K+Z*+2N*| Pa
6,02E+09

4,02E+09

2,02E+09

temps (min)
2,00E+07
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 720 780

Fig. 24. 13 : Evolution de la norme du module oedométrique |K+Z*+2N*| (campagne MT)


Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 125

90
BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19
BT4 : B60R4-18
BT5 : B50P4-22
80 BT6 : B50P5-19
BT7 : B45P4-21
BT8 : B45-21

70

60

50

phi (°)
40

30

20

10

temps (min)
0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660

Fig. 24. 14 : Evolution de l’angle de phase ϕ du module oedométrique (campagne BT)


126 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

90
MT2 : M60-26
MT3 : M55A2-24
MT4 : M60R4-24
80 MT5 : M50P4-25
MT6 : M50P5-24

70

60

50

phi (°)
40

30

20

10

temps (min)
0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 720

Fig. 24. 15 : Evolution de l’angle de phase ϕ du module oedométrique (campagne MT)


Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 127

Cas du plastifiant :
En ce qui concerne les mortiers, l’étude de la norme du module oedométrique
|K+Z*+2N*| montre que le plastifiant a retardé le déroulement de la prise. Ainsi, la courbe de
l’essai MT5 (P4) est décalée par rapport à celle de l’essai MT2 (référence), alors que le
rapport e/c est plus élevé et va donc dans le sens d’une accélération de la prise. Ce point
n’était d’ailleurs pas aussi évident sur les courbes de célérité, qui étaient confondues.
L’augmentation du dosage, à e/c constant, conduit également à un retard déjà observé sur les
courbes de vitesse. Les courbes d’évolution des angles de phase sont également nettement
décalées (en temps et en amplitude) par rapport à la formulation de référence, ce décalage
augmentant avec le dosage (fig. 24.15 : MT5 et MT6). L’étude des fig. 24.18 et 24.19 montre
que le retard de prise affecte à la fois les parties réelles et imaginaires, mais que c’est la partie
réelle qui est la plus nettement retardée. Il existe donc bien un retard mécanique
correspondant à un établissement plus lent des liaisons intergranulaires. L’augmentation de
dosage (MT5-MT6) conduit essentiellement à une diminution de la viscosité du milieu.
En ce qui concerne les bétons, on retrouve l’effet retardant du plastifiant, mais en moins
marqué. Les courbes de la norme du module oedométrique |K+Z*+2N*| des formulations
BT5 et BT7 (P4) devancent ainsi celle de la formulation de référence (BT2), mais pas autant
que la courbe de référence ayant même e/c et même température de coulée (BT8). L’adjuvant
a donc bien conduit à un retard de la prise. Ce point est moins net avec les angle de phase, du
fait de l’étalement du sommet des courbes. On retrouve cependant un retard plus marqué pour
la partie réelle du module, comparativement à la partie imaginaire. Comme pour les mortiers,
l’augmentation du dosage en plastifiant à e/c constant (BT5-BT6) se traduit par un retard plus
important et surtout par une très forte diminution de la viscosité du milieu.

Cas du retardateur de prise :


Le retard dû à l’emploi de cet adjuvant apparaît nettement sur l’ensemble des courbes
présentées, pour les bétons (BT2 et BT4) comme pour les mortiers (MT2 et MT4). Seule la
courbe de l’angle de phase du mortier MT2 semble surprenante du fait de valeurs finales très
élevées traduisant un milieu très visqueux, bien qu’étant déjà solide.
Le retard est beaucoup plus marqué pour les parties réelles que pour les parties
imaginaires du module oedométrique K+Z*+2N*. En fait, tout se passe comme si le retard dû
au ralentissement des réactions chimiques (cf T°C) se traduisait par un retard plus important
de la formation d’hydrates en suspension (d’où un retard de la partie imaginaire), donnant lui-
même un fort retard dans la réalisation de liaisons intergranulaires (retard de la partie réelle),
ce qui est conforme aux attentes.
128 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19
3,0E+08
BT4 : B60R4-18
1,6E+10 BT5 : B50P4-22
BT6 : B50P5-19
2,0E+08 BT7 : B45P4-21
BT8 : B45-21

Re (K+Z*+2N*) Pa
1,4E+10
1,0E+08

temps (min)

1,2E+10 1,0E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

1,0E+10

8,0E+09

Re (K+Z*+2N*) Pa
6,0E+09

4,0E+09

2,0E+09

temps (min)
1,0E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660

Fig. 24. 16 : Evolution de la partie réelle du module oedométrique Re(K+Z*+2N*) (campagne BT)
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 129

BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19
8,1E+08 BT4 : B60R4-18
BT5 : B50P4-22
1,2E+10 BT6 : B50P5-19
BT7 : B45P4-21
6,1E+08
BT8 : B45-21

4,1E+08

Im (K+Z*+2N*) Pa
1,0E+10

2,1E+08

8,0E+09 temps (min)


5,0E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 480

Im (K+Z*+2N*) Pa
6,0E+09

4,0E+09

2,0E+09

temps (min)
5,0E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660

Fig. 24. 17 : Evolution de la partie imaginaire du module oedométrique Im(K+Z*+2N*) (campagne BT)
130 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

MT2 : M60-26
MT3 : M55A2-24
MT4 : M60R4-24
4,0E+08
8,0E+09 MT5 : M50P4-25
MT6 : M50P5-24
3,0E+08

7,0E+09 2,0E+08

Re (K+Z*+2N*) Pa
1,0E+08

6,0E+09 temps (min)


1,0E+06
0 60 120 180 240

5,0E+09

Re (K+Z*+2N*) Pa
4,0E+09

3,0E+09

2,0E+09

1,0E+09

temps (min)
1,0E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 720 780

Fig. 24. 18 : Evolution de la partie réelle du module oedométrique Re(K+Z*+2N*) (campagne MT)
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 131

MT2 : M60-26

MT3 : M55A2-24
8,90E+07
1,00E+10
MT4 : M60R4-24

6,90E+07 MT5 : M50P4-25

MT6 : M50P5-24
4,90E+07

Im (K+Z*+2N*) Pa
8,01E+09 2,90E+07

9,00E+06
0 60 temps (min) 120

6,01E+09

Im (K+Z*+2N*) Pa
4,01E+09

2,01E+09

temps (min)
9,00E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600 660 720 780

Fig. 24. 19 : Evolution de la partie imaginaire du module oedométrique Im(K+Z*+2N*) (campagne MT)
132 II.4 : Etude des Bétons et des Mortiers Adjuvantés

Remarque relative aux retards de prise dus aux adjuvants :


Les fig. 24.20 et 24.21 présentent l’évolution de la partie imaginaire du module
oedométrique Im(K+Z*+2N*) exprimée en fonction de la partie réelle Re(K+Z*+2N*), de
manière à « gommer » le paramètre « temps ». Dans le cas des mortiers (fig. 24.21), la courbe
de l’essai MT2 (référence) est très proche de celle de l’essai MT3 (A), ce qui est cohérent
avec le fait que l’entraîneur d’air n’a pas conduit à un retard de prise. En revanche, les
courbes des plastifiants (MT5 et MT6) et du retardateur de prise (MT4) sont nettement
différentes les unes des autres, mais aussi distinctes des courbes des essais MT2 et MT3. Il y a
donc, pour ces trois essais, modification du déroulement général de la prise et pas simple
retard de prise (un simple retard ayant conduit à l’obtention d’une courbe identique).
1 ,4 E + 1 0
BT2 : B 6 0 -2 0
BT3 : B 5 5 A 2 -1 9
BT4 : B 6 0 R 4 -1 8
BT5 : B 5 0 P 4 -2 2
BT6 : B 5 0 P 5 -1 9
1 ,2 E + 1 0 BT7 : B 4 5 P 4 -2 1
BT8 : B 4 5 -2 1

1 ,0 E + 1 0
Im (K+Z*+2N*) Pa

8 ,0 E + 0 9

6 ,0 E + 0 9

4 ,0 E + 0 9

2 ,0 E + 0 9

R e (K + Z * + 2 N *) P a
1 ,0 E + 0 6
1 ,0 E + 0 6 2 ,0 E + 0 9 4 ,0 E + 0 9 6 ,0 E + 0 9 8 ,0 E + 0 9 1 ,0 E + 1 0 1 ,2 E + 1 0 1 ,4 E + 1 0 1 ,6 E + 1 0 1 ,8 E + 1 0

Fig. 24. 20 : Parties imaginaire et réelle de K+Z*+2N* (campagne BT)

M T 2 : M 6 0 -2 6
M T 3 : M 5 5 A 2 -2 4
1 ,0 E + 1 0 M T 4 : M 6 0 R 4 -2 4
M T 5 : M 5 0 P 4 -2 5
M T 6 : M 5 0 P 5 -2 4

8 ,0 E + 0 9
Im (K+Z*+2N*) Pa

6 ,0 E + 0 9

4 ,0 E + 0 9

2 ,0 E + 0 9

R e (K + Z *+ 2 N *) P a
5 ,0 E + 0 6
1 ,0 E + 0 6 1 ,0 E + 0 9 2 ,0 E + 0 9 3 ,0 E + 0 9 4 ,0 E + 0 9 5 ,0 E + 0 9 6 ,0 E + 0 9 7 ,0 E + 0 9 8 ,0 E + 0 9

Fig. 24. 21 : Parties imaginaire et réelle de K+Z*+2N* (campagne MT)


On retrouve sur béton la proximité des courbes obtenues pour la formulations de
référence (BT2), pour entraîneur d’air (BT3) mais également pour le plastifiant P5 (BT6). Les
différences observées sur la norme du module oedométrique |K+Z*+2N*| étaient donc dues à
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 133

de simples retards de prise. Les courbes des plastifiants P4 (BT5 et BT7) sont distinctes de
celle de la formulation avec retardateur de prise (BT4) et de l’ensemble référence (BT2) -
entraîneur d’air (BT3) - plastifiant P4 (BT6) : il ne s’agit donc plus, dans ce cas, d’un simple
retard.
Ces modifications surviennent après environ 4 heures de prise (jusqu’à 8 heures pour les
retardateurs de prise), moment où la modélisation exponentielle ne permet plus l’obtention
d’un fuseau étroit pour la courbe maîtresse.

2.4.5 Conclusions

Le point majeur de cette étude est de montrer qu’il est possible de suivre la prise de
mortiers et surtout de BETONS adjuvantés, suivi habituellement difficile à réaliser. Les
mesures effectuées (vitesses : Cp et τ, Cs, amortissement : P3/P2, effet Poisson : P4/P2) sont
sensibles à la présence d’adjuvants, ainsi qu’à leur dosage. L’étude des modules
viscoélastiques permet d’avoir une meilleure compréhension des phénomènes impliqués.
Ainsi, l’usage de l’entraîneur d’air n’a conduit à aucune modification significative de la
prise.
L’usage de plastifiant s’est toujours traduit par un ralentissement de l’ensemble de la
prise. Ce ralentissement affecte toutes les grandeurs suivies et augmente avec le dosage. Il est
plus marqué sur les parties réelles des modules viscoélastiques que sur les parties imaginaires,
ces dernières étant elles-mêmes plus ralenties que l’évolution de la courbe de température.
Ceci traduit le fait qu’il y a bien un ralentissement de la cinétique des réactions d’hydratation,
ralentissement se répercutant avec des délais de plus en plus longs aux différents phénomènes
qui en dépendent. Ainsi, la température évolue plus vite que la partie imaginaire car elle
traduit la formation d’hydrates alors que la partie imaginaire est liée à l’augmentation de
viscosité du milieu, dépendant de la formation d’hydrates mais ne variant pas forcément
linéairement avec elle. Il en va de même pour la partie réelle (traduisant la formation de
liaisons) qui évolue en début d’essai moins vite que la partie imaginaire (viscosité liée à la
formation d’hydrates) : il faut en effet former des hydrates en suspension pour réaliser des
liaisons mais la relation entre ces deux phénomènes n’est a priori pas non plus linéaire.
L’étude a également montré que le retard occasionné par les plastifiants n’est pas qu’un
simple « maintien-rhéologique » : il y a bien une modification de l’évolution des grandeurs
rhéologiques, vraisemblablement liée à une modification de la chimie de la prise.
Le retardateur de prise conduit également à un retard visible sur l’ensemble des
grandeurs suivies. Comme pour les plastifiants, certaines mesures montrent que ce retard ne
devait pas être considéré comme un simple retard de prise et qu’il y a bien modification du
déroulement général de la prise. L’existence de chemins différents sur les courbes en parties
imaginaires et réelles des modules rhéologiques montre que ces modifications sont de nature
différente pour les deux types d’adjuvants.
Enfin, il apparaît que l’impact des différents adjuvants est plus marqué sur les mortiers
que sur les bétons (toutes choses égales par ailleurs). Ces différences de comportement sont
vraisemblablement liées à la plus ou moins grande adsorption de l’adjuvant sur les granulats.
134 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

2.5 LIENS ENTRE BETONS ET MORTIERS

Dans cette partie, nous étudierons la possibilité de caractériser les modifications du


déroulement de la prise liées au passage d’un béton à son mortier associé. L’étude portera tout
d’abord sur les relations unissant les bétons BB et les MBE. Les liens existant entre les bétons
BT et les mortiers MT seront ensuite abordés dans un second temps. Enfin, une dernière
partie sera consacrée aux relations existant entre les mortiers MT et les MBE.

2.5.1 Etude comparée des bétons BB et des MBE

Trois formulations seront testées : la formulation1 (BB1, MBE1a et MBE1b) avec un


rapport e/c élevé (0,55), la formulation2 (BB2 et MBE2) avec un rapport e/c de 0,44 et la
formulation3 (BB3 et MBE3) à rapport e/c très bas (0,4). Les résultats de l’essai BB3 n’ayant
pas pu être exploités, ils seront remplacés par ceux de l’essai BT9, de composition proche.

L’étude portera sur le suivi des températures ainsi que sur l’étude de la vitesse des ondes
de compression et de cisaillement et du rapport de pression P4/P2 (effet Poisson). Des défauts
d’étanchéité des capteurs ayant rendu inutilisables les mesures de niveau des signaux
enregistrés sur le capteur P3, l’amortissement P3/P2 n’a pas pu être obtenu pour les MBE.
L’amortissement Ploin/Pprès, obtenu à partir des ondes S, n’a pas non plus pu être exploité.

2.5.1.1 Suivi des températures :

Les courbes d’évolution des températures des bétons et MBE sont présentées sur les fig.
25.1 à 25.3. Malgré la sous-estimation des valeurs obtenues sur mortier (cf. §2.2.2.1), les
courbes des bétons présentent toujours des valeurs très inférieures à celles des MBE associés,
point cohérent avec le fait que la capacité calorifique globale est plus faible pour les MBE que
pour les bétons BB, à quantité de ciment égale. Il y a donc bien une thermoactivation de la
prise plus importante pour les MBE que pour les bétons BB, ce qui aura des conséquences sur
l’évolution des propriétés mécaniques.
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 135

55
M B E1a M 55-24
50 M B E1b M 55-22
B B 1 B 55-20
45
températures (°C)

40

35

30

25

20
te m ps (he ure s )
15
0 5 10 15

Fig. 25. 1 : Evolution des températures au cours du temps (formulation1)

50 M B E2 M 44-23
B B 2 B 44-22

45
températures (°C)

40

35

30

25

te m ps (heures )
20
0 2 4 6 8 10 12

Fig. 25. 2 : Evolution des températures au cours du temps (formulation2)

60 M B E3 M 40-25
B T9 B 45-24
55
températures (°C)

50

45

40

35

30
tem ps (he ures )
25
0 2 4 6 8 10 12 14

Fig. 25. 3 : Evolution des températures au cours du temps (formulation3)


136 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

2.5.1.2 Etude de la vitesse de propagation des ondes P et S

τ : min comparé à τ : min


MBE1a : M55-24 101 BB1: B55-20 114
MBE1b : M55-22 111 BB1: B55-20 114
MBE2 : M44-23 75 BB2 : B44-22 88
MBE3 : M40-25 68 BT9 : B45-24 93
BT5 : B50P04-22 106
BT7 : B45P04-21 104

Tabl. 25. 1 : Comparaison des valeurs du temps τ

L’étude de la fig. 25.4 montre que les courbes d’évolution de la vitesse des ondes P sont
très proches pour les essais BB1, MBE1a et MBE1b, l’éloignement relatif de la courbe de
l’essai MBE1a étant dû à des différences d’évolution des températures (fig. 25.1 : MBE1a et
MBE1b). On retrouve cette proximité dans l’évolution mécanique à travers l’étude du temps
τ, qui est très proche pour les 3 matériaux (tabl. 25.1 ; MBE1a : 101 min mais température de
coulée plus élevée, MBE1b : 111 min, BB1 : 114 min).
En ce qui concerne la formulation2, la courbe d’évolution de la vitesse des ondes P de
l’essai BB2 est en avance par rapport à celle de l’essai MBE2 (fig. 25.5), point cohérent avec
les écarts de valeurs obtenus pour τ (tabl. 25.1 : 75 min pour le MBE2, 88 min pour le BB2).
L’étude de la fig. 25.6 montre que les courbes d’évolution des vitesses des ondes P sont
très éloignées pour le béton BT9 et le MBE3, aspect confirmé par les valeurs de τ qui sont très
distinctes : 68 min pour le MBE3 et 93 min pour le BT9. Il faut cependant mentionner que le
béton BT9 a un rapport e/c de 0,45 au lieu de 0,4 (valeur du MBE3) : les écarts observés sur
l’allure des courbes sont donc sous-estimés par rapport à ce que l’on aurait obtenu sur deux
matériaux strictement équivalents. L’écart observé sur les valeurs de τ n’est pas entièrement
explicable par cette simple variation de rapport e/c (voir par exemple les valeurs obtenues
pour BT5 et BT7 dans le tabl. 25.1, essais différant essentiellement par une variation de 0,05
du rapport e/c) : le retard de prise est donc dû à la différence d’arrangement granulaire.
Les courbes d’évolution de la vitesse des ondes P sont donc d’autant plus proches entre
bétons et MBE que la formulation est fluide.

La fig. 25.7 montre qu’il n’y pas de lien général entre les valeurs des bétons et MBE
associés. On peut tout au plus dire que les valeurs des temps τ des MBE sont toujours plus
faible que celles des bétons associés, aspect lié à l’évolution plus rapide des températures des
MBE par rapport aux bétons (si les hydrates se forment plus vite, la phase de percolation sera
avancée, toutes choses égales par ailleurs).
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 137

3000
B B 1: B 55-20

M B E1a : M 55-24
2500
M B E1b : M 55-22

2000
Cp (m/s)

1500

1000

500

tem ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300 360

Fig. 25: 4 : Evolution des courbes de vitesse des ondes P (formulation 1)

3000
B B 2 : B 44-22
M B E2 : M 44-23
2500

2000
Cp (m/s)

1500

1000

500

tem ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300 360

Fig. 25. 5 : Evolution des courbes de vitesse des ondes P (formulation 2)

B T9 : B 45-24
2500
M B E3 : M 40-25

2000
Cp (m/s)

1500

1000

500

te m ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300

Fig. 25. 6 : Evolution des courbes de vitesse des ondes P (formulation 3)


138 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

120
M B E1a-B B 1
M B E1b-B B 1
110
M B E2-B B 2
M B E3-B T9
τ bétons (min)

100

90

80

70
τ m ortie rs (m in)
60
60 70 80 90 100 110 120

Fig. 25. 7 : Comparaison des valeurs de τ des bétons et MBE associés

Validation au moyen des ondes de cisaillement :


Sur les fig. 25.8 et 25.9 sont présentées les évolutions des vitesses des ondes S pour les
formulations 1 (MBE1b et BB1) et 2 (MBE2 et BB2). Le MBE3 et le MBE1a n’ont pas pu
être testés, les signaux enregistrés lors de l’essai MBE3 correspondant à des ondes P.
On retrouve le fait que la courbe de l’essai MBE1b est très proche de celle de l’essai
BB1 et que la courbe de l’essai MBE2 est retardée par rapport à celle de l’essai BB2. L’étude
de l’évolution de la vitesse des ondes de cisaillement conforte donc les résultats obtenus au
moyen des ondes de compression.

1000
B B 1 B 55-20
M B E1b M 55-22
800

600
Cs (m/s)

400

200

tem ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300 360

Fig. 25. 8 : Evolution des courbes de vitesse des ondes S (formulation 1, 200 Hz)
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 139

1400
B B 2 B 44-22
1200 M B E2 M 44-23

1000
Cs (m/s)

800

600

400

200
tem ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300 360

Fig. 25. 9 : Evolution des courbes de vitesse des ondes S (formulation 2, 200 Hz)

Réflexion à partir des formulations :


Les essais réalisés entre bétons et MBE ont été effectués en conservant le rapport e/c et
avec des températures de coulée proches. Or, les courbes d’évolution de la vitesse de
propagation des ondes P présentent des valeurs plus élevées pour les bétons que pour les
MBE. Le fait que la prise des MBE soit plus thermoactivée que celle des bétons implique que
les différences de comportement observées proviennent de différences d’arrangements
granulaires. Une granulométrie plus complète (bétons) conduit ainsi à des matériaux ayant
une raideur plus importante et donc à une vitesse des ondes de compression plus élevée. Cet
aspect est d’ailleurs cohérent avec le fait que les valeurs des vitesses initiales Co sont plus
élevées pour les bétons que pour les MBE (cf. tabl. 32.2 p. 101).

La formulation1 constitue le seul cas où il y a équivalence avérée bétons-MBE pour


l’évolution de la vitesse des ondes P (ou S). Ces matériaux étant très fluides (e/c=0,55), les
granulats sont alors noyés dans une pâte très liquide et jouent ainsi un rôle mécanique faible,
au moins en début de prise. Le béton a alors un comportement proche de celui de sa pâte
intergravier et donc de son MBE associé (béton ≈ MBE + graviers : cf. §2.1), ce qui se traduit
par la grande proximité des valeurs du temps caractéristique de prise τ. Cette explication n’est
cependant que partielle car elle ne rend pas compte de la superposition des courbes de vitesse
en fin d’essai, moment où les granulats jouent de manière évidente un rôle mécanique fort.
Pour les matériaux plus fermes (cas des formulations 2 et 3), les granulats jouent un rôle
mécanique important dès le début de l’essai, d’où la différence notable de comportement entre
bétons (≈ MBE+graviers) et MBE.
140 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

2.5.1.3 Etude du rapport de pression P4/P2 (effet Poisson)

Sur les figures 25.10 et 25.11 sont présentées les courbes d’évolution des rapports P4/P2.
Dans le cas des essais BB1 et MBE1a, les courbes sont proches tant par leurs valeurs
initiales que par leurs allures. Ceci montre que la transition du comportement « liquide avec
assemblage granulaire continu » au comportement « solide élastique » se produit de manière
plus ou moins synchrone dans les deux types de matériaux. On ne retrouve par contre pas ces
conclusions avec l’essai MBE1b et l’essai BB1 : les courbes présentent des allures proches
mais les valeurs sont ici très différentes.
Dans le cas du BB2 et du MBE2, les courbes sont cette fois-ci nettement distinctes, tant
par les valeurs initiales qui présentent des écarts beaucoup plus marqués que pour la
formulation1, que par leurs évolutions. Il y a donc un décalage temporel dans l’évolution des
propriétés mécaniques du béton BB2 et du MBE2.
Ces résultats sont donc globalement cohérents avec ceux obtenus sur les vitesses des
ondes P et S puisque l’on retrouve un comportement proche entre béton et MBE pour le
matériau le plus fluide (MBE1a et BB1) et un comportement nettement différent pour des
matériaux plus fermes (MBE2 et BB2).

Remarques :
Les valeurs de l’essai MBE3 n’ont pas pu être utilisées car les mesures réalisées sur le
capteur P4 se sont révélées inexploitables. Les valeurs n’ont pas été corrigées avec d=0 m du
fait de l’absence de valeurs pour le rapport de pression P3/P2 des MBE, ce qui explique que
certaines valeurs soient supérieures à 1.

M B E1a : M 55-24
1,20
M B E1b : M 55-22
B B 1: B 55-20
1,00

0,80
P4/P2

0,60

0,40

0,20

te m ps (m in)
0,00
0 60 120 180 240 300 360

Fig. 25. 10 : Evolution du rapport de pressions P4/P2, formulation1 (valeurs non corrigées)
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 141

0,8
M B E2 : M 44-23

0,7 B B 2 : B 44-22

0,6

0,5

0,4
P4/P2

0,3

0,2

0,1

te m ps (m in)
0,0
0 60 120 180 240 300 360

Fig. 25. 11 : Evolution du rapport de pressions P4/P2, formulation 2 (valeurs non corrigées)

2.5.1.4 Conclusions :

L’étude thermique montre que les MBE présentent une thermoactivation de leur prise
plus importante que celle des bétons associés, ce qui est conforme aux prévisions.
Les relation d’équivalence mécanique entre bétons et MBE ne semblent se vérifier que
pour des matériaux très fluides, matériaux pour lesquels le rôle de la pâte dans les bétons (de
composition proche de celle des MBE) est prépondérant, au moins en début de prise, sur celui
des graviers. L’écart grandissant des courbes et grandeurs suivies, au fur et à mesure que le
rapport e/c diminue, traduit donc simplement le fait que les granulats jouent alors un rôle
mécanique de plus en plus important vis-à-vis des propriétés mécaniques des bétons, ce qui
relativise sérieusement l’utilité de ce type de mortiers pour l’étude des propriétés mécaniques
des bétons.
L’obtention de vitesses plus élevées pour les bétons que pour les MBE montre que, lors
du passage des bétons au MBE, l’accroissement des distances intergranulaires a un impact
plus important que la plus forte thermoactivation de la prise.
142 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

2.5.2 Etude comparée des bétons BT et des mortiers MT :

L’étude portera sur le suivi de la vitesse des ondes P, les rapports de pression P4/P2 et
P3/P2, ainsi que sur les modules rhéologiques. Les ondes S n’ont pas été utilisées.

2.5.2.1 Etude de la vitesse des ondes de compression

Remarque préliminaire :
Il est difficile de prédire comment évoluent les mortiers MT par rapport aux bétons
associés, du fait de la différence de température de coulée entre bétons BT et mortiers MT
(§2.2.2.1 : les mortiers MT sont plus thermoactivés que les bétons BT) et de l’augmentation
des distances intergranulaires lorsque l’on passe du béton au mortier, ces deux aspects ayant
des conséquences contraires.

Allure des courbes :


Si l’on superpose les courbes obtenues pour chaque paire béton BT - mortier MT (fig.
25.12 à 25.17), on observe que plusieurs formulations présentent des courbes étonnamment
proches :
• le béton de la formulation de référence BT2 a une courbe superposée à celle du
mortier MT2 pendant les 8 premières heures de l’essai (fig. 25.12).
• les courbes de la formulation avec retardateur de prise (BT4 et MT4) sont superposées
pendant les 11 premières heures de l’essai (fig. 25.23).
• pour les formulations avec le plastifiant à 0,5% (fig. 25.14 : BT6 et MT6) et
l’entraîneur d’air (fig. 25.15 : BT3 et MT3), les courbes sont cette fois-ci disjointes au
bout de 2-3 heures mais suivent une évolution parallèle.
• la formulation avec le plastifiant à 0,4% (fig. 25.16 : BT5 et MT5) ne donne pas, quant
à elle, de résultats comparables, aspect dû à une températures de coulée du béton trop
différente de celle des autres formulations (21,8°C, d’où un écart de température de
coulée de 3,4 au lieu de 6°C). Il en va de même pour les essais BT1 et MT1 (fig.
25.17), dont la température de coulée est distante de 3°C au lieu des 5-6°C associés
aux autres formulations.
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 143

2500 2500
B T2 : B 60-20 B T4 : B 60R4-18
M T2 : M 60-26 M T4 : M 60R4-24
2000 2000

1500 1500
Cp (m/s)

Cp (m/s)
1000 1000

500 500

tem ps (m in) tem ps (m in)


0 0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 0 120 240 360 480 600 720

Fig. 25. 12 : Vitesse des ondes P : BT2 et MT2 Fig. 25. 13 : Vitesse des ondes P : BT4 et MT4
3000 2500
B T6 : B 50P 5-19 B T3 : B 55A 2-19

2500 M T6 : M 50P 5-24 M T3 : M 55A 2-24


2000

2000
1500
Cp (m/s)

Cp (m/s)

1500
1000

1000
500
500
tem ps (m in)
tem ps (m in)
0
0 0 60 120 180 240 300 360 420 480 540
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600

Fig. 25. 14 : Vitesse des ondes P : BT6 et MT6 Fig. 25. 15 : Vitesse des ondes P : BT3 et MT3

3000
B T5 : B 50P 4-22 2500 B T1: B 50-25
M T5 : M 50P 4-25
2500 M T1: M 50-28

2000
2000
Cp (m/s)

Cp (m/s)

1500
1500

1000
1000

500 500

tem ps (m in) tem ps (m in)


0 0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 0 60 120 180 240 300

Fig. 25. 16 : Vitesse des ondes P : BT5 et MT5 Fig. 25. 17 : Vitesse des ondes P : BT1 et MT1
144 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

Temps caractéristique de prise τ :


Les observations précédentes sont confirmées par l’étude quantitative du temps τ, qui
présente des valeurs très proches pour les deux types de matériaux (fig. 25.18), ce qui reflète
une proximité dans l’évolution des pâtes intergraviers. Ce dernier point n’est cependant plus
vérifié dès que les écarts de température de coulée deviennent négligeables (e. g. essais MT2
et BT10 : fig. 25.18 et 25.19). La proximité apparente des valeurs de τ entre bétons et mortiers
est donc due au fait que la hausse de température de coulée compense exactement l’impact
d’une augmentation des distances intergranulaires. Dans les autres cas, et en dehors du cas de
l’entraîneur d’air (MT3-BT3), on observe globalement une dépendance linéaire des valeurs
obtenues sur mortier, vis-à-vis de celles des bétons (fig. 25.19).
230 260
bétons 217 M T1-BT1
210 240 M T2-BT2
mortiers 204
220 M T3-BT3
190
M T4-BT4
200
τ bétons (min)
170 172 M T5-BT5
tau (min)

M T6-BT6
180
150 M T2-BT10
160
130 130 130 133
122 127 140
110 112
106 120
95 98
90 100
70 74
80
τ mortiers (min)
50 60
MT2-BT10 MT1-BT1 MT2-BT2 MT5-BT5 MT3-BT3 MT6-BT6 MT4-BT4 60 80 100 120 140 160 180 200 220

Fig. 25. 18 : Comparaison des valeurs de τ Fig. 25. 19 : Lien entre les valeurs de τ
des bétons BT et des mortiers MT
Conclusions :
Une augmentation de la température de coulée d’environ 6°C suffit ainsi pour obtenir
des courbes d’évolution de la vitesse des ondes de compression des bétons BT très proches de
celles des mortiers MT.
Les grandes similitudes observées dans les évolutions des courbes de vitesse ne
semblent être dues qu’à la valeur particulière de l’écart de températures de coulée, les
quelques courbes obtenues à températures de coulée identiques présentant des évolutions très
différentes au cours du temps. On retrouve également ce point dans les évolutions des courbes
de vitesse des ondes P exprimée en fonction du degré d’avancement α (fig. 25.47), qui
montrent que le comportement des mortiers MT est différent de celui des bétons BT.
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 145

2.5.2.2 Etude de l’effet Poisson (P4/P2) et de l’amortissement (P3/P2)

Les évolutions des rapports de pression P4/P2 (corrigés avec d=0 m) sont présentées sur
les fig. 25.20 à 25.24, celles des rapports de pression P3/P2 (valeurs ramenées à d=20 cm) le
sont sur les fig. 25.25 à 25.29. La courbe de l’évolution de P4/P2 de l’essai MT1 n’a pu être
obtenue en raison d’un défaut d’étanchéité du capteur P4 ayant entraîné une surpression.

Les valeurs obtenues pour P4/P2 sur mortier MT sont plus faibles que celles obtenues sur
bétons, ce qui montre que la densité des contacts intergranulaires est plus importante pour les
mortiers MT que pour les bétons. Ceci est d’ailleurs en accord avec les mesures
d’affaissement initial, qui montrent que les bétons de référence sont plus fluides (affaissement
initial supérieur à 22 cm pour BT2 à BT6) que les mortiers MT associés (affaissement initial
nul pour MT2 à MT6). L’évolution plus rapide des courbes des mortiers MT (e. g. : fig.
25.22) est due à une température de coulée plus élevée.

En ce qui concerne le rapport P3/P2, il présente des valeurs initiales plus élevées pour les
mortiers que pour les bétons, ce qui traduit un amortissement plus important lié à une
augmentation de la viscosité du milieu, malgré l’augmentation des distances intergranulaires
et la hausse des températures.
Les résultats obtenus (fig. 25.25 à 25.29) sont globalement très différents selon les
formulations considérées. Ainsi, les courbes d’évolution des rapports de pression sont proches
pour les essais BT2 et MT2, mais dans le cas des autres essais, les évolutions diffèrent
nettement par les valeurs atteintes (e. g. : BT3 et MT3), par la temporalité des évolutions (e.
g. : BT4 et MT4, P4/P2) ou par les deux à la fois.

On ne retrouve donc pas (en dehors de BT2-MT2) l’évolution conjointe observée sur les
courbes d’évolution des vitesses des ondes P des bétons BT et mortiers MT.

2.5.2.3 Modules rhéologiques

Les courbes d’évolution des normes des modules oedométrique |K+Z*+2N*| et de


cisaillement |N*| sont présentées respectivement sur les fig. 25.30 à 25.34 et 25.35 à 25.39,
celles de l’angle de phase ϕ du module oedométrique sur les fig. 25.40 à 25.44 (l’angle de
phase ψ du module de cisaillement n’est pas étudié car ses valeurs sont très proches de celles
de l’angle ϕ).
L’adjuvant ayant un impact sur l’évolution de la viscosité du mélange, les valeurs des
normes des modules rhéologiques s’en sont trouvées affectées. On observe ainsi des valeurs
proches pour la norme du module oedométrique |K+Z*+2N*| de BT4 et MT4 (R) ou de BT6
et MT6 (P5), ou encore pour celle du module de cisaillement |N*| de BT4-MT4 (R). Mais
dans tous ces cas, le début de la croissance rapide des normes survient à des dates nettement
distinctes entre bétons et mortiers (e. g. fig. 25.32, flèches), ce qui montre que ces matériaux
146 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

ont un comportement très différent. Les modules oedométrique et de cisaillement n’évoluent


ainsi de manière très proches entre bétons et mortiers que pour la seule formulation de
référence (BT2-MT2 : pendant plus de 6 h). Pour ce qui est de l’angle de phase ϕ du module
oedométrique, seule la formulation 3 (A) présente des courbes proches pour les deux
matériaux. L’étude de ces grandeurs conforte donc ce qui a été vu sur les rapport de pression.
0,7 0,6
BT2 : B60-20 BT3 : B55A2-19
0,6 MT2 : M60-26 0,5 MT3 : M55A2-24
0,5
P4/P2 corrigé

P4/P2 corrigé
0,4
0,4
0,3
0,3
0,2
0,2

0,1 0,1
tem ps (m in) tem ps (m in)
0,0 0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

Fig. 25. 20 : Effet Poisson : P4/P2 (d=0 m) Fig. 25. 21 : Effet Poisson : P4/P2 (d=0 m)

0,6 0,9
BT4 : B60R4-18 BT5 : B50P4-22
0,8
MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25
0,5
0,7

0,4 0,6
P4/P2 corrigé

P4/P2 corrigé

0,5
0,3
0,4

0,2 0,3

0,2
0,1
0,1
tem ps (m in) tem ps (m in)
0,0 0,0
0 120 240 360 480 600 720 0 60 120 180 240 300 360 420

Fig. 25. 22 : Effet Poisson : P4/P2 (d=0 m) Fig. 25. 23 : Effet Poisson : P4/P2 (d=0 m)

0,5
BT6 : B50P5-19
MT6 : M50P5-24
0,4
P4/P2 corrigé

0,3

0,2

0,1

tem ps (m in)
0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480

Fig. 25. 24 : Effet Poisson : P4/P2 (d=0 m)


Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 147

1,0 1,0
0,9 BT2 : B60-20 0,9 BT3 : B55A2-19
0,8 MT2 : M60-26 MT3 : M55A2-24
0,8
0,7 0,7
P3/P2 corrigé

P3/P2 corrigé
0,6 0,6
0,5 0,5
0,4 0,4
0,3 0,3
0,2 0,2

0,1 0,1 tem ps (m in)


tem ps (m in)
0,0 0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

Fig. 25. 25 : Evolution de l’amortissement Fig. 25. 26 : Evolution de l’amortissement


P3/P2 (d=20 cm) P3/P2 (d=20 cm)
0,9 1,0

0,8 BT4 : B60R4-18 0,9 BT5 : B50P4-22


MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25
0,7 0,8

0,7
0,6
P3/P2 corrigé

P3/P2 corrigé

0,6
0,5
0,5
0,4
0,4
0,3
0,3
0,2 0,2
0,1 tem ps (m in) 0,1 tem ps (m in)
0,0 0,0
0 120 240 360 480 600 720 0 60 120 180 240 300 360 420

Fig. 25. 27 : Evolution de P3/P2 (d=20 cm) Fig. 25. 28 : Evolution de P3/P2 (d=20 cm)
P3/P2 (d=20 cm) P3/P2 (d=20 cm)

0,9

0,8 BT6 : B50P5-19


MT6 : M50P5-24
0,7

0,6
P3/P2 corrigé

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1
tem ps (m in)
0,0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600

Fig. 25. 29 : Evolution de l’amortissement P3/P2 (d=20 cm)


148 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

B T2 : B 60-20
B T3 : B 55A 2-19
1,20E+10 M T2 : M 60-26 1,20E+10 M T3 : M 55A 2-24

1,00E+10 1,00E+10
|K+Z*+2N*| Pa

|K+Z*+2N*| Pa
8,02E+09 8,01E+09

6,02E+09 6,01E+09

4,02E+09 4,01E+09

2,02E+09 2,01E+09
tem ps (m in) tem ps (m in)
2,00E+07 1,00E+07
0 60 120 180 240 300 360 420 480 0 120 240 360 480

Fig. 25. 30 : Norme du module oedométrique Fig. 25. 31 : Norme du module oedométrique
essais BT2 et MT2 essais BT3 et MT3

8,02E+09 B T4 : B 60R4-18 B T5 : B 50P 4-22


M T4 : M 60R4-24 2,00E+10 M T5 : M 50P 4-25
7,02E+09

6,02E+09
1,50E+10
|K+Z*+2N*| Pa

|K+Z*+2N*| Pa

5,02E+09

4,02E+09
1,00E+10
3,02E+09

2,02E+09 5,01E+09

1,02E+09
tem ps (m in) tem ps (m in)
2,00E+07 1,00E+07
0 120 240 360 480 600 720 0 60 120 180 240 300 360 420

Fig. 25. 32 : Norme du module oedométrique Fig. 25. 33 : Norme du module oedométrique
essais BT4 et MT4 essais BT5 et MT5

B T6 : B 50P 5-19
1,20E+10 M T6 : M 50P 5-24

1,00E+10
|K+Z*+2N*| Pa

8,01E+09

6,01E+09

4,01E+09

2,01E+09
tem ps (m in)
1,00E+07
0 120 240 360 480 600

Fig. 25. 34 : Norme du module oedométrique


essais BT6 et MT6
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 149

5,01E+09 BT2 : B60-20 BT3 : B55A2-19


MT2 : M60-26 6,0E+09 MT3 : M55A2-24

4,01E+09 5,0E+09
|N*| Pa

4,0E+09

|N*| Pa
3,01E+09

3,0E+09
2,01E+09
2,0E+09

1,01E+09
1,0E+09
tem ps (m in) tem ps (m in)
5,00E+06 1,0E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

Fig. 25. 35 : Norme du module de cisaillement Fig. 25. 36 : Norme du module de cisaillement
essais BT3 et MT3 essais BT4 et MT4

1,00E+10
BT4 : B60R4-18 BT5 : B50P4-22
3,51E+09 9,01E+09
MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25
8,01E+09
3,01E+09
7,01E+09
2,51E+09
6,01E+09
|N*| Pa

|N*| Pa

2,01E+09 5,01E+09

1,51E+09 4,01E+09
3,01E+09
1,01E+09
2,01E+09
5,06E+08
1,01E+09
tem ps (m in) tem ps (m in)
6,00E+06 5,00E+06
0 120 240 360 480 600 720 0 60 120 180 240 300 360 420

Fig. 25. 37 : Norme du module de cisaillement Fig. 25. 38 : Norme du module de cisaillement
essais BT5 et MT5 essais BT6 et MT6

6,01E+09 BT6 : B50P5-19


MT6 : M50P5-24
5,01E+09

4,01E+09
|N*| Pa

3,01E+09

2,01E+09

1,01E+09
tem ps (m in)
5,00E+06
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600

Fig. 25. 39 : Norme du module de cisaillement


essais BT2 et MT2
150 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

90 90
BT2 : B60-20 BT3 : B55A2-19
MT2 : M60-26 MT3 : M55A2-24

60 60
ϕ (°)

ϕ (°)
30 30

tem ps (m in)
tem ps (m in)
0 0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

Fig. 25. 40 : Phase du module oedométrique Fig. 25. 41 : Phase du module oedométrique
essais BT2 et MT2 essais BT2 et MT2

90 90 BT5 : B50P4-22
MT5 : M50P4-25

60 60
ϕ (°)

ϕ (°)

BT4 : B60R4-18
MT4 : M60R4-24
30 30

tem ps (m in) tem ps (m in)


0 0
0 120 240 360 480 600 720 0 120 240 360

Fig. 25. 42 : Phase du module oedométrique Fig. 25. 43 : Phase du module oedométrique
essais BT2 et MT2 essais BT2 et MT2
BT6 : B50P5-19
90
MT6 : M50P5-24

60
ϕ (°)

30

tem ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540 600

Fig. 25. 44 : Phase du module oedométrique essais BT2 et MT2


Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 151

2.5.2.4 Conclusions :

Les essais réalisés montrent qu’il n’y a pas d’équivalence mécanique ou rhéologique
générale entre les bétons BT et les mortiers MT, tant les effets de l’augmentation des
distances intergranulaires et de la densification des contacts intergranulaires se font sentir.
Ils montrent cependant qu’il est possible de compenser des modifications
d’arrangements granulaires par une adaptation de la température de coulée.

2.5.3 Comparaison des MBE et des mortiers MT :

Cette partie concerne essentiellement les essais MT2 (M60-26) et MBE1a (M55-24),
seules formulations ayant des compositions suffisamment proches pour pouvoir donner lieu à
des comparaisons. Ces matériaux diffèrent cependant par un faible écart de température de
coulée et de rapport e/c.
Des comparaisons seront également réalisées sur l’ensemble des essais lorsque le
comportement général des mortiers MT et des MBE est notablement différent (cas du rapport
de pression P4/P2, par exemple). Les mesures obtenues sur les MBE étant limitées, seules les
courbes de température, de vitesse des ondes P et de rapport de pression P4/P2 (effet Poisson)
seront exploitées.

Températures :
La fig. 25.45 montre que la température du MBE évolue plus vite et atteint des valeurs
bien plus élevées que celle du mortier MT associé, aspect cohérent avec les valeurs théoriques
calculées (tabl. 25.2 : écart théorique final de 11,3°C, écart mesuré de 10,3°C). Les valeurs
initiales supérieures pour l’essai MT2 s’expliquent par une température de coulée supérieure
de 2°C à celle du MBE1a. Ces mesures sont donc en accord avec l’hypothèse d’une prise plus
thermoactivée pour les MBE que pour les mortiers MT associés.

température température
teneur en air ciment gravier sable eau air Tc
Nom de l’essai finale calculée finale mesurée
occlus % (kg) (kg) (kg) (kg) (kg) (°C)
(°C) (°C)

MBE1a : M55-24 0,9 608 0 1223 335 0,01 23,7 67,2 54,6
MT2 : M60-26 6,0 357 0 1620 214 0,07 26,4 55,9 44,3
Tabl. 25. 2 : températures finales théoriques, essais MBE1a et MT2
152 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

60
MBE1a M55-24
55 MT2 M60-26

50

45
T°C

40

35

30

25
temps (heures)
20
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9

Fig. 25. 45 : Evolution des températures

Vitesse des ondes de compression :


La fig. 25.46 représente l’évolution de la vitesse des ondes P en cours de prise, pour les
matériaux MBE1a et MT2. On constate alors que les courbes suivent une évolution très
proche pendant les 3 premières heures et divergent ensuite franchement, ce qui est cohérent
avec l’hypothèse de diminution des distances intergranulaires lors du passage MT→MBE et
la thermoactivation plus forte de la prise des MBE (remarque : pour MT2, τ =130 min ; pour
MBE1a, τ =101min).

M B E1a : M 55-24
2500 M T2 : M 60-26

2000
Cp (m/s)

1500

1000

500

tem ps (m in)
0
0 60 120 180 240 300 360 420 480
Fig. 25. 46 : Comparaison des évolutions des vitesses des ondes P
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 153

Liens entre la vitesse des ondes P et l’avancement des réactions chimiques :


L’évolution des vitesses des ondes de compression des différents essais testés en
fonction du degré d’avancement des réactions chimiques α (cf. §1.2.2.1) est présentée sur la
fig. 25.47. On constate alors que toutes les courbes se regroupent en deux paquets très
distincts, correspondant respectivement aux mortiers MT, et à l’ensemble bétons (BT et BB) -
MBE. Un examen plus attentif montre également que les courbes des MBE présentent
globalement des valeurs plus faibles que celles des bétons. On obtient donc un résultat très
différent de celui de la normalisation exponentielle des courbes de vitesse, qui n’avait donné
qu’une seule courbe maîtresse (fig. 23.2 du §2.3.1.1). Ces résultats, fondamentaux, prouvent
le rôle déterminant de l’organisation des grains dans la mesure de la vitesse.
Ils prouvent également l’existence d’architectures granulaires nettement distinctes pour
les différents matériaux concernés. Ces mesures sont ainsi cohérentes avec l’hypothèse selon
laquelle les distances intergranulaires sont un peu plus éloignées pour les MBE que pour les
bétons, et nettement plus pour les mortiers MT. L’expression de la vitesse Cp en fonction de
α peut donc être vue comme une sorte de mesure de l’espacement intergranulaire. La grande
proximité des courbes des bétons et des MBE montre que les écarts constatés entre les
propriétés mécaniques de ces matériaux proviennent en grande partie des différences de
comportement thermique de ces deux types de matériaux.

Remarque :
Les valeurs de α obtenues sur béton pour (e. g.) une vitesse Cp=1500 m/s (cf. fig. 25.47)
sont bien plus élevées pour les mortiers MT (≈0,5) que pour les bétons et les MBE (≈0,2). Le
fait que la normalisation exponentielle ait conduit à l’obtention d’une unique courbe maîtresse
montre alors que les mortiers MT compensent leur déficit de compacité granulaire (cf. les
courbes granulométriques sont moins étalées) par une hydratation plus rapide du ciment, la
quantité supplémentaire de ciment hydratée à un instant donné jouant en quelques sortes le
rôle des granulats manquants.
154 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

BT2 : B60-20 BT3 : B55A2-19 BT4 : B60R4-18 BT5 : B50P4-22 BT6 : B50P5-19 BT7 : B45P4-21 BT8 : B45-21 BT9 : B45-24
BT10 : B60-27 BB1 : B55-20 BB3 : B40-25 MBE1a : M55-24 MBE2 : M44-23 MBE3 : M40-25 MT2 : M60-26 MT3 : M55A2-24
MT4 : M60R4-24 MT5 : M50P4-25 MT6 : M50P5-24
3000

bétons et MBE
2500

2000 MBE mortiers MT

1500

Cp (m/s)
500

1000 400

300
Cp (m/s)

200

500
100

α
0
0,00 0,02 0,04 0,06 0,08 0,10
α
0
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0

Fig. 25. 47 : Evolution de la célérité des ondes P en fonction du degré d’avancement des réactions chimiques de prise α
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 155

1
BB1 : B55-20
BB2 : B44-22
BB3 : B40-25
bétons + MBE BT1 : B50-25
0,9
BT2 : B60-20
BT3 : B55A2-19
BT4 : B60R4-18
BT5 : B50P4-22
0,8 BT6 : B50P5-19
BT7 : B45P4-21
BT8 : B45-21
BT10 : B60-27
MBE1a : M55-24
0,7
MBE1b : M55-22
MBE2 : M44-23
MT2 : M60-26
MT3 : M55A2-24
0,6 MT4 : M60R4-24
MT5 : M50P4-25
MT6 : M50P5-24

P4/P2
0,5

0,4

0,3

0,2

mortiers MT
0,1

temps (min)
0
0 60 120 180 240 300 360 420 480 540

Fig. 25. 48 : Evolution du rapport de pression P4/P2 (effet Poisson) pour les mortiers MT et les MBE
156 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

Rapport de pression P4/P2 (effet Poisson)


La fig. 25.49 montre que les valeurs du mortier MT2 sont beaucoup plus faibles que
celles du MBE1a : les contacts intergranulaires doivent donc être plus denses dans le cas des
mortiers MT que dans le cas des MBE. La fig. 25.48 montre que ce résultat est généralisable à
l’ensemble des formulations de mortiers MT et de MBE. Ces mesures sont donc cohérentes
avec les mesures de fluidité des matériaux concernés puisque les MBE ont présenté des
affaissements au mini-cône compris entre 50 et 130 mm, alors que les mortiers MT ne se sont
pas affaissés.
La fig. 25.48 montre également que les courbes d’évolution de P4/P2 des bétons sont
globalement assez proches de celles des MBE (comparativement aux courbes des mortiers
MT). Les MBE présentent donc un arrangement granulaire plus proche de celui des bétons
que de celui des mortiers MT.

1,0
MBE1a : M55-24
MBE1b : M55-22
0,8
MT2 : M60-26
P4/P2 corrigé

0,6

0,4

0,2

tem ps (m in)
0,0
0 60 120 180 240 300

Fig. 25. 49 : Evolution du rapport de pressions P4/P2 au cours du temps (effet Poisson)

Conclusions :
Les différentes observations réalisées sont donc en accord avec ce qui avait été supposé
quant aux liens régissant les MBE et les mortiers MT. Ainsi :
• les MBE ont une prise plus thermoactivée que celle des mortiers MT.
• les grains dans les mortiers MT sont plus éloignés que dans les MBE.

Les mesures ont clairement mis en évidence les divergences profondes d’arrangement
granulaire des bétons, MBE et mortiers MT.
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 157

2.5.4 Conclusions

A partir des résultats obtenus dans cette partie, il est possible de dresser un tableau
résumant l’ensemble des relations liant les bétons BB aux MBE, les bétons BT aux mortiers
MT et les MBE aux mortiers MT (tabl. 25.3 et 25.4). Le tableau contient deux cases pour
chaque groupe de matériaux et pour chaque grandeur suivie : la première regroupe les
observation réalisées sur la grandeur suivie, la seconde est relative à l’interprétation qui en est
faite.
Il apparaît ainsi que les MBE ne présentent des similitudes de comportement avec les
bétons que pour les formulations fluides : ils sont alors utilisables pour prédire certaines
propriétés des bétons (temps caractéristique de l’évolution mécanique du matériau : τ,
évolution de la compressibilité : vitesse Cp, transition solide/liquide : P4/P2). Pour les
formulations plus fermes, les granulats jouent alors un rôle mécanique plus important, faisant
différer profondément, dès le début de la prise, les propriétés des bétons et MBE associés. En
fait, seule la relation obtenue sur les étalements et les affaissements semble se vérifier de
manière générale sur une longue durée (jusqu’à 90-120 min).
L’étude a également permis de vérifier plusieurs hypothèses faites à partir de la
composition des MBE. Les différentes mesures réalisées sont ainsi cohérentes avec une plus
forte thermoactivation de la prise des MBE et une augmentation des distances intergranulaires
lors du passage BB→MBE. L’étude de la vitesse des ondes P en fonction de α montre que la
majeure partie des différences d’évolution mécanique des bétons et MBE sont dues aux
différences de comportement thermique.
Pour ce qui est des mortiers MT, aucun lien général de passage n’a pu être établi entre
les propriétés mécaniques et rhéologiques des bétons BT et des mortiers MT. Les mesures
sont cohérentes avec l’hypothèse d’augmentation des distances intergranulaires lors du
passage BT→MT et la possibilité de fabriquer des mortiers ayant un comportement thermique
proche de celui des bétons associés. Les essais réalisés montrent également qu’il est possible
de compenser des variations de distance intergranulaire (passage d’un béton au mortier MT
associé) par une modification de la température de coulée.
En ce qui concerne l’étude croisée des MBE et des mortiers MT, les mesures réalisées se
sont montrées cohérentes avec l’idée d’une plus forte thermoactivation de la prise des MBE
ainsi que celle d’une augmentation des distances et des contacts intergranulaires lors du
passage MBE→MT.
Ces résultats montrent ainsi que l’idée d’obtenir des mortiers parfaitement équivalents à
des bétons s’avère être une gageure. Il faudrait pour cela créer un matériau avec des
constituants plus petits que le matériau d’origine, de manière à réaliser un même assemblage
granulaire, à un facteur d’échelle près. Le ciment ne pouvant pas actuellement être rétréci, ce
genre de tentative est forcément voué à l’échec. Tout au plus peut-on espérer obtenir des
relations de passage sur des grandeurs particulières et dans des gammes de composition
limitées, chacune de ces relations devant être préalablement testée et vérifiée avant d’être
utilisée.
158 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

affaissement
essais température vitesse des ondes P : Cp vitesse des ondes S : Cs temps caractéristique de prise: τ
étalement

valeurs d’autant plus retardées que e/c


la courbe des MBE est la courbe des MBE est
diminue
MBE = k*BB MBE > BB d'autant plus retardée d'autant plus retardée
que e/c diminue que e/c diminue
τ du MBE < τ du BB

effet de la dilution
des granulats dans la pâte
prédiction
prise des MBE

BB → MBE
prévision du τ des BB
possible de la effet de la dilution effet de la dilution
plus à e/c élevé
fluidité des BT des granulats dans la pâte des granulats dans la pâte
thermoactivés
au cours du temps
prise des MBE
plus thermoactivée :
phase de percolation avancé

MT ≈ BT MT ≈ BT MT ≈ BT
si même Tc
MT< BT
avec 5-6°C d'écart avec 5-6°C d'écart avec 5-6°C d'écart
MT = BT
pour Tc pour Tc pour Tc

BT → MT
contacts même histoire évolution mécanique ≠ évolution mécanique ≠ évolution mécanique ≠
intergranulaires thermique
plus denses possible compensation possible de d par Tc compensation possible de d par Tc compensation possible de d par Tc

MBE > MT
MBE > MT MBE < MT
après 3 heures
prise des MBE
d augmente,
plus prise des MBE plus thermoactivés

MBE → MT
prise des MBE plus thermoactivée
thermoactivés
Tabl. 25. 3 : Bilan de l'étude des équivalences béton-mortiers
Notations : Tc = température de coulée, d = distance intergranulaire
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 159

normes des modules angle de phase du module


essais lien Cp−α effet Poisson : P4/P2 amortissement : P3/P2
viscoélastiques oedométrique
courbes proches
MBE < BT
(allures et valeurs)
mais avec MBE ≈ BB
si e/c élevé
d augmente un peu effet de la dilution
des granulats dans la pâte,
les différences de comportements

BB → MBE
mécaniques proviennent majoritairement si e/c élevé :
des différences même évolution de la pâte,
de cinétiques chimiques structure initiale comparable
MT < BT
MT > BT valeurs parfois proches,
MT << BT mais temporalité MT ≠ BT
allures des courbes ≠ toujours différente
allures des courbes ≠

état initial différent


disjonction nette entre
hausse de la viscosité

BT → MT
les évolutions chimiques contacts intergranulaires plus
pas d’équivalence pas d’équivalence
et mécaniques denses
pas d’équivalence BT-MT BT-MT
BT-MT
d augmente beaucoup pas d’équivalence
BT-MT

MT<<MBE
MBE > MT

MBE → MT
augmentation des contacts
d augmente beaucoup
intergranulaires

Tabl. 25. 4 : Bilan de l'étude des équivalences béton-mortiers


Notations : Tc = température de coulée, d = distance intergranulaire
160 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers

2.6 CONCLUSIONS :

Différentes formulations de bétons et mortiers ont été testées de manière à améliorer la


connaissance de leur prise d’un point de vue mécanique et rhéologique, caractériser l’impact
d’adjuvants (entraîneur d’air, plastifiant et retardateur de prise) et déceler d’éventuels liens
entre les mesures réalisées sur mortier et celles sur béton.
Le dispositif de mesure utilisé s’est montré sensible à des différences de composition
des matériaux fabriqués et donne accès à l’évolution des grandeurs rhéologiques (sur mortiers
et surtout sur BETONS) en cours de prise.

Vis-à-vis du déroulement de la prise, il a été montré que :


• les grandeurs suivies (vitesses : Cp et Cs, effet Poisson : P4/P2, amortissement : P3/P2,
angles de phase : ϕ et ψ) présentent des évolutions dont l’interprétation des dates de
transition est compatible avec la notion de seuil de percolation.
• le temps τ, obtenu à partir des vitesses des ondes P, constitue une date caractéristique
de l’évolution mécanique du matériau. Il permet notamment de regrouper l’ensemble
des courbes de vitesse des ondes P et S sur une même courbe maîtresse, montrant ainsi
que tous les matériaux testés passent par des états intermédiaires à mêmes propriétés
mécaniques, mais à des dates différentes. Ces résultats ont été retrouvés sur les normes
des modules oedométrique et de cisaillement (obtention d’un fuseau de courbes) et
étendus, pour la vitesse des ondes P seulement, au cas des bétons cellulaires.
• les valeurs des angles de phase ϕ et ψ sont très proches, ce qui traduit un lien étroit
entre les propriétés viscoélastiques de volume et de cisaillement des matériaux testés.

Pour ce qui est de l’impact des adjuvants sur le déroulement de la prise, il a été montré que :
• les mesures du Vibroscope permettent de réaliser le suivi de la prise de mortiers et de
bétons adjuvantés. En particulier, l’étude des parties réelles et imaginaires des
modules rhéologiques constitue le moyen d’étude le plus efficace pour tester l’impact
d’adjuvants.
• l’usage d’adjuvants conduit à une réponse du matériau différente selon qu’ils sont
utilisés sur mortier ou sur béton.
• l’usage d’entraîneur d’air ne conduit qu’à une faible variation de la compressibilité
initiale du matériau, effet très vite masqué par la formation d’hydrates.
• l’usage de plastifiant ou de retardateur de prise se traduit par un retard de prise pour
l’ensemble des grandeurs suivies. Ce retard, qui augmente avec le dosage pour le
plastifiant, n’est pas qu’un simple retard mais conduit bien à des chemins d’évolution
différents des modules rhéologiques au cours de la prise. Les causes de cet effet sont à
rechercher dans des modifications de la chimie de la prise, consécutives à l’usage
d’adjuvant.
Chapitre II : Etude du Comportement des Bétons et des Mortiers 161

Enfin, l’étude des liens entre bétons et mortiers montre qu’il n’existe pas de relation
générale permettant de passer des propriétés des uns à celles des autres. Chaque relation
présupposée doit, en fait, être testée avant d’être utilisée car les exemples étudiés montrent
que l’existence d’un lien quelconque ne peut pas être étendu à d’autres grandeurs sans
précautions.
162 II.5 : Liens entre Bétons et Mortiers