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MÉTHODE POUR LA DISSERTATION DE PHILOSOPHIE.

Une dissertation philosophique consiste :


• À dégager et à présenter (souvent sous la forme d’une alternative) un problème philosophique.
• À construire à partir de ce problème une argumentation rigoureuse.
• À dégager progressivement une position claire et fondée.

Le travail d’élaboration de la dissertation comprend 4 étapes:


1. L’analyse du sujet et la problématisation
2. La réflexion sur le problème mis à jour en vue de déterminer la progression que l’on va adopter.
3. L’élaboration du plan.
4. La rédaction du devoir.

I/ L’Analyse du sujet et la problématisation:

Sous la question un problème...


Les sujets de philosophie qui vous sont proposés se présentent la plupart du temps sous la forme d’une
question.
• Cette question doit être lue et prise en compte pour elle-même (et non ramenée à un vague thème
dont on va “parler”).
• Cette question est une question problématique. Comprenez par là qu’il s’agit d’une question qui
pose problème car, suivant le point de vue selon lequel on se place, plusieurs réponses, parfois
contradictoires, paraissent possibles. Tout le travail va donc consister à mettre à jour le problème
qui se tient sous la question, c’est-à-dire à élaborer les conditions à partir desquelles il se pose.
• Ces questions problématiques peuvent être rangées en deux catégories qui ne pourront être abordées
et problématisées de la même façon:
- celles qui appellent une réponse de type “oui” ou “non” : elles ouvrent généralement un débat
contradictoire.
- celles où on ne peut pas répondre par “oui” ou par “non” : les réponses possibles ne s’excluent
pas, mais plutôt s’approfondissent.

A/ L’analyse formelle du sujet:


Un sujet de dissertation philosophique interroge soit :
• sur un rapport problématique entre deux ou trois concepts (“L’art est-il un langage ?”).
• Sur la question de savoir si une propriété appartient à un concept (“La mort est-elle redoutable ?”).
• la réalité ou de la possibilité de cette relation (il commencera alors par “Pourquoi...”, “En quel
sens..”, “Dans quelle mesure” ...

Dans tous les cas, comprendre la question du sujet, c’est être capable de dire :
1. quels sont le ou les concepts-clefs de cette question. Encadrez-les. (Ces concepts peuvent être
exprimés par des noms, des groupes nominaux, parfois des propositions entières.)
2. quelle est la relation entre ces concepts (ou quelle est la propriété du concept sur lequel on
vous interroge). Soulignez-les. (Si les concepts sont exprimés par des groupes nominaux, la relation

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entre eux est généralement exprimée par le verbe ou le groupe verbal. Cette relation peut être, par
exemple : une relation d’identité ou d’inclusion (“L’art est-il un langage ?”), une relation
d’opposition (“Le travail est-il le contraire du jeu ?”), une relation d’incompatibilité (“S’engager,
est-ce perdre sa liberté ?”)

B/ L’analyse des notions contenues dans le sujet :


Après avoir compris la structure logique du sujet, il s’agit maintenant d’interroger les concepts-
clefs de façon à déterminer leur(s) sens possible(s) dans ce sujet et les problèmes sur lesquels ils
ouvrent :

1. Déterminez le ou les sens usuel(s) de la notion que vous analysez (sens étymologique, sens propre,
sens figuré). Cherchez des exemples de situations dans lesquelles on l’emploie.
2. Cherchez des expressions courantes dans lesquelles elle est employée : quel est alors son sens ?
Peut-on mettre cet emploi et ce sens en rapport avec le sens de la notion dans le sujet ?
3. Précisez le sens de la notion en la distinguant de termes opposés ou voisins (antonymes et
synonymes).
4. Déterminez dans quel(s) domaine(s) extra-philosophique(s) cette notion est employée.
5. Cherchez les différents champs de réflexion dans lesquels cette notion est utilisée (moral, politique,
psychologique, esthétique, métaphysique etc...) Compte tenu du contexte, déterminez le(s) champ(s)
dont elle relève ou peut relever dans le sujet.
6. Demandez vous à quels problèmes philosophiques et à quels auteurs cette notion fait référence
dans le champ défini.
7. Enfin, vous devez non seulement analyser et interroger les notions centrales du sujet mais aussi
définir et prendre en compte dans leur signification précise les autres termes qu’il contient.

C/ La mise à jour et la formulation claire de la problématique.


Il faut maintenant que vous parveniez à une formulation claire et précise (par écrit) du
problème dont vous allez avoir à traiter, ce qui passe par le repérage des différentes réponses
possibles à la question posée et des différentes façons de les argumenter.

Ces différentes réponses possibles tiennent souvent aux différents sens dans lesquels les
notions du sujet peuvent être entendues.

1. Posez vous les questions suivantes:


•Quelle est la réponse spontanée à cette question (réponse du sens commun, d’un non-
philosophe, de vous-même avant que vous ayez réfléchi à la question)?
•Que faut-il penser de cette réponse ? Quelles remarques ou exemples la justifient ? Quelles
objections peut-on lui faire ? (ce peut être une contre-remarque ou un contre-exemple ou
encore la découverte que cette réponse spontanée repose sur un présupposé discutable).
•D’autres réponses sont-elles possibles ? Peut-on, elles aussi les justifier ?

2. Transformez la question en proposition affirmative et demandez vous :


•Quelles sont les raisons qui conduisent à l’affirmer ?
•Connaissez-vous des philosophes qui l’ont fait ? Quels sont leurs arguments ?

3. Transformez, maintenant la question en proposition négative et demandez vous à nouveau :


•Quelles sont les raisons qui conduisent à soutenir cela ?
•Quels philosophes l’ont fait ? Quels sont leurs arguments ?
•Quels présupposés différents expliquent la divergence des réponses possibles à la question

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posée ?

4. Énoncez précisément par écrit en quelques phrases et sous forme d’une alternative (ou bien... ou
bien ...) le problème impliqué par la question du sujet. Vérifiez que ce que vous avez écrit reformule
bien, en la développant, la question du sujet.

[Pour les sujets auxquels on ne peut pas répondre par “oui” ou par “non” et qui n’ouvrent donc pas sur
un débat contradictoire, il s’agit de montrer comment les réponses que l’ont peut apporter à la question
se complètent et s’approfondissent, ce qui vous conduira à les présenter en les hiérarchisant, des plus
superficielles aux plus profondes.]

II/ La réflexion sur le problème mis à jour.

Au terme de l’analyse du sujet, vous devez être capables de choisir la perspective que vous allez
défendre et par là même de définir une progression pour votre devoir.

III/ L’élaboration du plan.

Une dissertation n’est pas un catalogue d’opinions ou de théories sur le sujet, mais le compte
rendu méthodique de votre réflexion sur la question posée. Cette réflexion est progressive, c’est-à-dire
qu’elle indique l’itinéraire que vous avez suivi et comporte nécessairement plusieurs étapes (deux ou
trois) au cours desquelles votre pensée se modifie, passant d’une première réponse possible à une
autre plus approfondie, jusqu’à ce que vous parveniez à une réponse qui vous paraisse satisfaisante.
Ces étapes constitueront les différentes parties de votre devoir.
Dans ce cheminement de pensée, le point de départ est habituellement l’opinion commune, le
point d’arrivée, la thèse de votre devoir (la position que vous soutenez) que vous établissez dans la
dernière partie de celui-ci.

Le plan du devoir.
• Au terme de votre réflexion sur le sujet, essayez de formuler en deux ou trois affirmations
articulées les différentes réponses possibles à la question. Chacune de ces affirmations constituera
la thèse soutenue dans chacune des parties de votre devoir.
• Puis, pour chacune des thèses possibles et donc pour chacune des parties de votre devoir, construisez
votre progression de la façon suivante :

1. Énoncé / démonstration de la première réponse ou du premier élément de réponse à la


question. Établissez cette réponse sur une argumentation rigoureuse. Examinez une 1ère
définition des concepts, des exemples (linguistiques ou expérimentaux) qui confirme cette
thèse.

2. Justification et illustration de cette thèse en vous référant à la pensée d’un philosophe, mais
comme si vous retrouviez sa pensée dans votre propre cheminement (sous la forme, par
exemple, d’un “c’est d’ailleurs ce que pense X...” suivi d’une explication précise de la
réponse qu’apporte l’auteur à la question posée). Autrement dit, ne jamais faire usage d’une
référence philosophique comme d’un argument d’autorité, mais toujours seulement pour
montrer que cette pensée vient à propos et confirme votre propre argumentation.

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3. Généralisation de la thèse en montrant ses prolongements, ses implications possibles, ses
enjeux et le contexte plus général dans lequel elle se tient. Ceci peut à nouveau être étayé sur
des exemples (philosophiques ou pas). Toutefois, ne multipliez pas trop ces exemples et
cherchez surtout à les analyser (contentez vous le plus souvent d’approfondir l’exemple que
vous avez pris à l’étape précédente).

4. Transition critique : cette étape a pour fonction de rendre nécessaire le passage à la


partie suivante, et donc l’examen d’une thèse différente et peut-être opposée à celle qui
vient d’être exposée. Il s’agit donc de formuler des objections à cette première thèse qui
vous conduisent, mais en douceur, c’est-à-dire sans invalider totalement celle-ci (sinon vous
montrez l’incohérence de votre argumentation : vous vous réfutez vous-même en quelque
sorte), à passer à une deuxième. Vous pouvez par exemple en poursuivant l’analyse menée en
3, présenter et discuter ses présupposés ou vous appuyer sur un contre-exemple.
[VARIANTE pour la critique de la fin de la deuxième partie (si on fait une troisième partie, ce
qui est malgré tout préférable) : la critique doit en plus “dramatiser” le problème, c’est-à-dire
faire sentir qu’à l’issu des deux moments précédents il n’a pas été possible de trancher la
question et montrer, par exemple, que la raison en est que les deux thèses précédemment
examinées renvoient à des présupposés totalement différents et incommensurables, ou, au
contraire, à un présupposé commun qu’il faut dépasser. Ces deux thèses sont alors renvoyées
dos-à-dos, ce qui rend nécessaire, sur de nouvelles bases , un troisième examen de la question.]
A NOTER que la troisième partie n’a pas besoin de critique puisqu’elle est la position à
laquelle on s’arrête.

IV/ La rédaction du devoir.

La disposition matérielle de la copie doit mettre en évidence les étapes de votre réflexion : deux
lignes en blanc entre l’introduction et le développement, et entre le développement et la conclusion.
Une ligne entre chaque partie du développement. Un paragraphe pour chaque argument ou élément
d’analyse (n’oubliez pas de faire un alinéas au début de chaque paragraphe).

L’introduction
Vous devez y présenter le problème et le formuler précisément :

1. Montrez comment la confrontation des concepts-clefs du sujet peut rendre la question


problématique.
•Partez de la notion centrale du sujet et proposez en une première définition (partez le plus
souvent de la définition la plus banale, celle sur laquelle tout le monde s’entend). Faites à
propos de cette première définition une remarque de bon sens prenant appui sur l’analyse
d’un exemple (observation de la vie courante, expression de la langue, opinion
communément répandue, étymologie) qui vous permette de mettre cette première notion en
relation avec l’autre notion du sujet et de suggérer ainsi une première réponse possible à la
question (celle qui fera l’objet de votre première partie).
•Faites une nouvelle remarque opposée à la précédente (appuyez-vous sur un contre-
exemple, une définition différente d’une des notions du sujet) et suggérant une réponse
différente (celle qui fera l’objet de votre deuxième partie). Présentez cette nouvelle réponse
possible qui contredit la première et qui découle de la remarque qui vient d’être faite.

2. Formulez le problème sous la forme d’une alternative précise opposant les deux réponses

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possibles à la question et dégager les implications de chacune de ces réponses : “Ou bien...et alors..
; ou bien... et alors...”.

Le développement
Reprenez en les rédigeant le plus clairement possible les éléments élaborés dans le plan.

La conclusion
Résumez votre démarche de pensée, mais par ce qui a obligé votre réflexion à avancer, c’est-à-dire à
partir des moments critiques. Formulez donc les différents moments de votre réflexion de façon
dynamique en disant par exemple : « Dans une premier temps, nous n’avons pas pu tenir la position
“X”, car...(énoncé de la critique). Aussi avons-nous soutenu dans un second temps que “Y”(énoncé de
la deuxième thèse). Mais il n’a pas été possible non plus de tenir cette position car (énoncé de la
deuxième critique). Il nous est finalement apparu que “Z”( Énoncer clairement la position à laquelle
vous vous êtes arrêté en présentant ses implications essentielles et les avantages qui vous ont poussés à
la choisir.) ».