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UNIVERSITÉ SAINT-JOSEPH

Institut des Sciences Politiques

Théorie des relations internationales


Papier de fin de semestre
18 janvier 2021

Sujet: Libéralisme et néolibéralisme: continuité ou rupture ?


Par Prudence Divry sous la direction de M. Elias Bou Assi

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Sommaire

Introduction……………………………………………………………………….……… pages 3-4

Partie 1: Libéralisme et néolibéralisme: une continuité….……………………….……… pages 4-6

A. Le concept de liberté individuelle……….…………………………….……… pages 4-5

B. L’exigence d’une économie de marché.……………………….……………… pages 5-6

Partie 2: Libéralisme et néolibéralisme: une rupture………………..…..…………..…… pages 6-8

A. Des origines intellectuelles différentes………………..….……..….………… pages 6-7

B. Une conception de l’Etat démocratique différente……….……………..….… pages 7-8

Conclusion…………………..………………………………………………………..…… page 8

Bibliographie…………………….…………………………………………….………….. page 9

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On considère souvent le néolibéralisme comme une suite du libéralisme ou une de ses
variantes. Or, si l’on considère leurs origines intellectuelles et leur conception de l’État
démocratique, il faut reconnaître qu’il s’agit plutôt de deux courants de pensée différents, voire
opposés ou antagonistes. « Ce que je voudrais vous montrer, c’est que le néolibéralisme est tout de
même quelque chose d’autre. » notait Michel Foucault dans La naissance de la biopolitique1.
Le libéralisme est, en relations internationales, un courant postérieur au réalisme soit apparu après
la seconde guerre mondiale. Il se caractérise par l’importance qu’il donne aux libertés individuelles.
Les intérêts des individus priment sur ceux de l’Etat. Selon Adam Smith, l’individu est autonome,
séculaire et rationnel. De plus, pour satisfaire ses intérêts et ses besoins personnels, chaque individu
a besoin des autres et au fur et à mesure qu’il satisfait ses intérêts, il satisfait inconsciemment les
interêts des autres et de l’ensemble. Cependant, pour que chacun trouve son compte, il faut que
l’Etat garantisse par des lois le respect des libertés individuelles et l’existence de conditions égales
de concurrence pour tous. L’Etat doit donc disposer d’un pouvoir non seulement législatif
(parlement) et exécutif (gouvernement) mais judiciaire (tribunaux) et répressif (armée, police). Le
seul modèle de société qui est capable de donner corps ou substance aux droits et aux lois naturelles
est celui qui conjugue un système économique capitaliste et un régime politique démocratique.
C’est la transposition de ces deux systèmes au plan mondial qui assurera, selon les libéraux,
l’instauration d’une paix universelle durable. Si les réalistes sont convaincus que les Etats ne
renonceront jamais complètement et définitivement à leur souveraineté pour se soumettre au droit
international ou à une autorité supranationale, les libéraux pensent qu’un tel renoncement est
possible si les Etats sont démocratiques, ce qui implique qu’ils accordent la primauté aux droits
individuels plutôt qu’aux droits collectifs de la nation, et s’ils sont interdépendants et relativement
égaux au plan économique en raison du développement des échanges commerciaux.
Le néolibéralisme est une théorie politique apparue dans les années 1970. Elle fonde l’avenir de la
coopération internationale et de la paix sur l’interdépendance économique, commerciale et
financière des Etats. De plus, sa vision de l’Etat démocratique diffère de celles des libéraux. L’Etat
démocratique n’est plus perçu comme l’incarnation de la somme des intérêts individuels mais
comme le lieu d’arbitrage des divers groupes nationaux et transnationaux d’intérêts. Les
néolibéraux accordent aux acteurs non gouvernementaux une importance plus grande que les
libéraux. Les Etats ne sont pas les seuls acteurs majeurs du système international. Les entreprises

1Michel Foucault, La Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France (1978-1979), Gallimard,


2004, 368 pages
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multinationales ou les organisations non gouvernementales constituent également des acteurs de
premier plan.
Il serait interessant de se demander si le néolibéralisme est une continuité ou une rupture du
libéralisme?
Dans une première partie nous présenterons la thèse selon laquelle le néolibéralisme est une
continuité du libéralisme puis nous verrons la thèse inverse selon laquelle le néolibéralisme est une
rupture du libéralisme.

I- Libéralisme et néolibéralisme: une continuité

Comme l’étude de leur nom le prouve, le libéralisme et le néolibéralisme présentent de


nombreuses similarités. Tous deux défendent les libertés individuelles - ce que nous verrons dans
une première sous partie et exigent une économie de marché - ce que nous verrons dans une
seconde sous partie.

A- Le concept de liberté individuelle

La définition de la liberté chez les libéraux et les néolibéraux est avant tout politique et
juridique.
Concernant le politique, les libéraux et néolibéraux partent du constat du caractère social de
l’homme (l’homme est conçu comme un animal social, le propre de l’homme est de vivre en
société2). Une bonne société est une société où les interactions humaines sont harmonieuses, où en
tout cas permettent d’éviter les conflits violents, garantissant la perpétuation dans la paix de la
société. Leur caractéristique est d’estimer que c’est le respect de certaines libertés fondamentales
comme le droit de propriété, la liberté économique ou la sécurité, plutôt que le recours à la
contrainte, à la coercition, qui est le plus susceptible de mener à cet état idéal de la société politique.
Cette pensée est le produit d’une bonne législation, d’un bon gouvernement. Il ne faut pas en effet
que l’exercice par un individu de sa liberté soit préjudiciable à celle d’un autre. Il faut donc qu’un
gouvernement établisse des lois qui respectent les libertés individuelles tout en prenant en compte
les interactions entre individus. Ainsi, il ne peut pas y avoir de société politique libre sans Etat.

2 Aristote, La Politique, IVe siècle av. J.-C, 8 livres


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Autrement dit, il ne peut pas y avoir de liberté individuelle sans lois qui délimitent le champ
d’exercice de cette liberté.
Concernant le juridique, la formation d’un Etat de droit est très couramment présentée comme le
fruit d’une évolution historique longue, mais pensée en référence à un Etat de nature hypothétique,
abstrait. Il s’avère que bien souvent l’Etat de loi est présenté comme le portrait en négatif de l’Etat
de nature. Ce dernier est en général caractérisé par l’absence de pouvoir ou d’autorité politique. Il y
a dans tous les cas indépendance et autonomie absolue des individus ou groupes. Mais les libéraux
ne voient pas l’Etat de nature comme un idéal à atteindre. Il est en effet considéré comme une
abstraction philosophique nécessaire à la compréhension des sociétés modernes. Ils ont par contre
conscience de ce qu’il faut absolument éviter: les guerres et conflits, et l’absolutisme. Tous les
libéraux sont d’accord pour considérer la propriété privée, la liberté de posséder privativement des
biens (ainsi que sa propre personne) comme le fondement de la société politique libre.
L’individu, en s’inscrivant volontairement dans ce système, qu’il juge avantageux, obtient le statut
de citoyen, d’homme social libre. Ce système n’est cependant viable que s’il est accompagné d’un
système économique laissant le plus de place possible à la liberté individuelle.

B- L’exigence d’une économie de marché

Concernant la théorie libérale, plusieurs auteurs estiment que le marché est tout simplement
une condition de survie pour des Etats qui, dans un monde marqué par l’interdépendance, ne
peuvent plus vivre en autarcie, notamment les plus petits d’entre eux. Chacun a besoin et donc
dépend des autres, de leurs productions, de leurs investissements, de leurs achats également. Le
temps n’est plus à l’invasion du territoire d’autrui mais bien à l’échange de productions et de
services. Le volume des échanges commerciaux, de plus en plus élevé, reflète un dialogue
permanent et chacun a intérêt à coopérer avec les autres. Le marché prend ici le visage d’un
ensemble de transactions commerciales transnationales, entretenues par un grand nombre d’acteurs
microéconomiques privés et aux conséquences politiquement bénéfiques. De plus,
l’interdépendance économique et commerciale, fondée sur l’ouverture des frontières et la réduction
de tout obstacle au libre échange est perçue non seulement comme un bon choix préventif mais
également comme une véritable méthode permettant de reconstruire la paix après une période de
conflit. Cette paix par le marché peut alors être proposée. S’adressant d’abord à un nombre limité
d’Etats concernés par un processus de réconciliation, elle peut ensuite constituer la base d’une plus
large intégration régionale. L’exemple le plus parlant est celui de la France et l’Allemagne, ennemis

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durant la première et seconde guerre mondiale. Ils sont par la suite chacun devenus le principal
partenaire commercial de l’autre.
Concernant la théorie néolibérale, ses tenants considèrent que le marché, libéré de toute contrainte
et laissé à lui-même, règlerait tous les problèmes que la société rencontre tant au niveau local que
mondial. Ils sont pour le libre-échange entre les pays, sans tenir compte des inégalités de richesse
qui faussent le jeu et contre les syndicats et les lois qui favorisent le droit d’association. Ainsi, on
voit que la nécessité de cette théorie s’impose aux dominants eux mêmes. La foi dans le libre
échange se retrouve non seulement chez ceux qui en vivent matériellement, comme les financiers,
les patrons de grandes entreprises… mais aussi chez ceux qui en tirent leurs justifications d’exister,
comme les hauts fonctionnaires et les politiciens, qui sacralisent le pouvoir des marchés au nom de
l’efficacité économique.

Ainsi, le néolibéralisme apparait ici comme une suite du libéralisme ou une de ses variantes. Or, si
l’on considère leurs origines intellectuelles et leur conception de l’État démocratique il faut
reconnaître qu’il s’agit plutôt de deux courants de pensée différents, voire opposés ou antagonistes.

II- Libéralisme et néolibéralisme: une rupture

Libéralisme et néolibéralisme apparaissent différents à bien des égards comme le montrent


leurs origines intellectuelles distinctes - que nous verrons dans une première sous partie et leur
conception de l’Etat démocratique - que nous verrons dans une seconde sous partie.

A- Des origines intellectuelles différentes

Né vers le milieu du XVIIe siècle, le libéralisme est une tentative pour sortir du despotisme
et de l’emprise de la religion dont les élites ont vu les effets désastreux: arbitraire, guerres de
religion, limitation du développement économique. Le libéralisme veut imposer des limites à
l’emprise de l’Etat, des Eglises et de la tradition afin de protéger l’individu. John Locke est un de
ses premiers représentants. Il insiste sur la primauté des droits naturels individuels, dans les
domaines politiques et économiques, et la nécessité de limiter le rôle de l’Etat à la création et au
maintien de conditions économique, sociales et politiques propices aux échanges entre individus, le
marché étant le lieu essentiel de réalisation des aspirations individuelles au bien être et au bonheur.

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Les libéraux admettent que la société internationale est constituée d’Etats indépendants qui
rivalisent pour la défense de leurs intérêts propres comme les individus au sein de chaque société.
Cependant, les relations internationales peuvent être civilisées et pacifiées au meme titre que les
relations interpersonnelles si elles sont fondées sur le capitalisme, le droit et la démocratie.
Le néolibéralisme apparait au milieu des années 1970 avec comme inspiration les théories centrées
sur les acteurs collectifs de Marx et de Max Weber et non les théories libérales pour lesquelles
l’acteur individuel constitue la principale unité d’analyse. L’école néolibérale s’est beaucoup
intéressée aux déterminants et aux modalités du processus de décision, dans le domaine de la
politique étrangère notamment, et aux interrelations entre la modernisation économique, sociale et
culturelle des sociétés à l’essor des relations transnationales, au développement des processus
d’intégration internationale et à l’approfondissement de l’interdépendance des Etats au cours de la
période postérieure à 1945.
Ainsi, ces deux théories ne sont pas de la même époque et n’ont pas les mêmes bases idéologiques.
De plus, nous allons voir des à présent que leur conception de l’Etat démocratique est différente.

B- Une conception de l’Etat démocratique différente

Libéraux comme néolibéraux prônent un rôle limité de l’Etat dans l’économie mais nous
allons voir dès à présent que certaines divergences apparaissent.
Concernant la théorie libérale, le développement des économies de marché oblige les Etats à
commercer entre eux et donc à conclure des ententes qui favorisent la coopération ou la solution
pacifique des conflits. La démocratie, qui est le système politique le plus propice à l’expression de
la liberté, diminue les risques d’affrontements internationaux en soumettant les dirigeants politiques
au pouvoir des citoyens, dont l’intérêt premier est la préservation de leur vie. Le recours à la force
est le résultat d’une volonté instinctive de puissance plutôt que la raison ou l’intérêt général. C’est
le développement des connaissances ou du savoir qui permettra à la raison, incarnée par la
démocratie, de triompher de la guerre.
Concernant la théorie néolibérale, l’Etat démocratique est perçu comme le lieu d’arbitrage des
divers groupes nationaux et transnationaux d’intérêts. Le jeu politique est dominé par la compétition
et la négociation des groupes d’intérêts. Les néolibéraux accordent aux acteurs non
gouvernementaux une grande importance. Les Etats ne sont pas les seuls acteurs majeurs du
système international, il y a aussi les entreprises multinationales et les organisations non
gouvernementales. C’est cette coopération internationale qui va permettre d’atteindre la paix
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perpétuelle. Ce raisonnement se rapproche de la théorie des régimes de Robert Keohane et John
Ruggie. Cette théorie soutient que les institutions ou régimes internationaux affectent le
comportement des Etats ou d’autres acteurs internationaux. Il suppose que la coopération est
possible dans le système anarchique des Etats car les régimes sont, par définition, des exemples de
coopération internationale.

Pour conclure nous pouvons dire que la théorie néolibérale apparait au premier abord
comme une continuité de la théorie libérale. Elle se fonde sur deux principaux fondements que sont
le respect de la liberté individuelle et l’exigence d’une économie de marché. Ces derniers sont les
conditions de survie pour les Etats. Par ailleurs, en analysant un peu plus le néolibéralisme nous
pouvons voir que certaines différences apparaissent. Tout d’abord ce sont des théories d’époque
différente. Le libéralisme est né au milieu du XVIIe siècle et le néolibéralisme dans les années
1970. De plus, elles ont une conception de l’Etat démocratique distincte. Le libéralisme perçoit
l’Etat comme l’incarnation de la somme des intérêts individuels, équivalent de la raison ou de
l’intérêt général. Le néolibéralisme a une approche plus ouverte à l’international. L’Etat
démocratique est le lieu d’arbitrage des divers groupes nationaux et transnationaux d’intérêts. C’est
par la coopération internationale que la paix perpétuelle est atteignable et non par le simple respect
des intérêts individuels par un Etat comme le libéralisme.

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Bibliographie

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subjectivité, https://journals.openedition.org/teth/896#quotation, consulté le 17 janvier 2021

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France, 320 pages

• Entretien avec André Orléan, 2013, Le néolibéralisme entre théorie et pratique, Cahiers
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• Equipe perspective monde de l’Ecole de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke,


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• Equipe perspective monde de l’Ecole de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke,


Néolibéralisme, https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?
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• ETHIER Diane, 2010, Introduction aux relations internationales, Presses de l’Université de


Montréal

• FŒSSEL Michaël, Néolibéralisme versus libéralisme ?, https://esprit.presse.fr/article/michael-


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• MULOT Eric, Libéralisme et néolibéralisme : continuité ou rupture ?, ftp://mse.univ-paris1.fr/


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