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La lumière derrière un trou noir


détectée pour la première fois
Radio-Canada

4-6 minutes

Les toutes premières détections d'émissions de rayons X


provenant de la face cachée d'un trou noir ont été réalisées par
des astrophysiciens américains.

Dans un premier temps, Dan Wilkins et ses collègues de


l’Université Stanford ont observé de brillantes éruptions
d'émissions de rayons X produites par la chute de gaz dans un
trou noir supermassif, situé au centre d'une galaxie qui se trouve à
800 millions d'années-lumière de notre système solaire. “C’était
excitant, mais pas sans précédent”, explique Dan Wilkins dans un
communiqué publié par l’Université.

Puis les instruments de leurs télescopes ont enregistré quelque


chose d'inattendu : “d'autres éclairs de rayons X plus petits, plus
tardifs et de couleurs différentes de celles des [habituelles]
éruptions lumineuses”, rapportent les chercheurs.

Toute lumière qui entre dans ce trou noir n’en ressort pas, et nous
ne devrions donc pas être en mesure de voir ce qui se trouve
derrière le trou noir.

Selon le chercheur, c'est une caractéristique étrange du trou noir


qui rend cette observation possible. “La raison pour laquelle nous
pouvons voir le phénomène est que ce trou noir déforme l'espace,
plie la lumière et tord les champs magnétiques autour de lui”,
explique Dan Wilkins.

Cette réalité est décrite dans la théorie de la relativité d'Einstein,


mais elle n’avait été jamais confirmée jusqu'à présent.

“Il y a cinquante ans, lorsque les astrophysiciens ont commencé à


spéculer sur le comportement du champ magnétique à proximité
d'un trou noir, ils étaient loin de se douter qu'un jour nous
disposerions des techniques nécessaires pour l'observer
directement et observer la théorie générale de la relativité
d'Einstein en action”, a déclaré le Dr Roger Blandford, coauteur de
l'article dont le détail est publié dans la revue Nature (en anglais).

Repères

Un trou noir est un objet céleste qui possède une masse


extrêmement importante dans un volume très petit. Comme si le
Soleil ne faisait que quelques kilomètres de diamètre ou que la
Terre était comprimée dans la tête d’une épingle.

Le concept de trou noir a émergé à la fin du 18e siècle.

Ils sont si massifs que rien ne s'en échappe, ni la matière ni même


la lumière. Ils sont donc pratiquement invisibles, si bien qu’aucun
télescope n'avait encore réussi à en “voir” un avant 2019.

Mieux cerner l’horizon des événements

Au départ, les chercheurs tentaient d'en savoir plus sur l'horizon


des événements qui marque la limite immatérielle de l'entrée dans
le trou noir.

Ce “contour” du trou noir est considéré comme l’un des endroits


les plus violents de l'Univers, et le point de non-retour au-delà
duquel tout – c’est-à-dire les étoiles, planètes, gaz, poussière et
toute forme de rayonnement électromagnétique, y compris la
lumière – serait irréversiblement aspiré.

La matière qui “tombe” dans un trou noir supermassif alimente les


sources de lumière les plus brillantes de l'Univers et, ce faisant,
forme une couronne autour du trou noir. Cette lumière peut être
analysée pour cartographier et caractériser un trou noir.

“Ce champ magnétique qui s'enroule et se rapproche du trou noir


chauffe tout ce qui l'entoure et génère des électrons à haute
énergie qui produisent ensuite les rayons X”, a déclaré Dan
Wilkins.

C'est en observant de plus près l'origine des éruptions que les


astrophysiciens ont aperçu la série de flashs plus petits. Ils ont
ainsi déterminé qu'il s'agissait des mêmes éruptions de rayons X,
mais réfléchies par l'arrière du disque, ce qui constituait un premier
aperçu de la face cachée d'un trou noir.

“Cela fait quelques années que je construis des prédictions


théoriques sur la façon dont ces échos pourraient apparaître. Une
fois que je les ai vus dans les observations du télescope, j'ai donc
pu faire le lien”, se réjouit Dan Wilkins.

Les observations futures

L’étude de la couronne des trous noirs nécessitera davantage


d'observations. L'Observatoire à rayons X ATHENA (Advanced
Telescope for High-ENergy Astrophysics) de l'Agence spatiale
européenne, qui doit être lancé en 2031, va observer l'horizon
événementiel des trous noirs.

“Il (ATHENA) sera doté d'un miroir beaucoup plus grand que ceux
dont nous disposons actuellement, et celui-ci nous permettra
d'obtenir des images de plus haute résolution en des temps
d'observation beaucoup plus courts”, estime M. Wilkins. “Ainsi,
l'image que nous commençons à obtenir à partir des données
actuelles va devenir beaucoup plus claire grâce à cette nouvelle
génération d’observatoires”, conclut-il.

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