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07/08/2021 Isère.

L’urbex, un retour risqué vers le passé

Isère

L’urbex, un retour risqué vers le


passé
L’exploration urbaine, urbex en abrégé, consiste à visiter des
bâtiments abandonnés. Une pratique illégale qui combine
adrénaline, agilité et émerveillement. Mais qui n’est pas sans
danger.

Par Anna KURTH - 15 févr. 2021 à 06:08


- Temps de lecture : 5 min

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07/08/2021 Isère. L’urbex, un retour risqué vers le passé

Au milieu du brouillard, sur un versant de la Chartreuse, se dresse une


imposante friche industrielle bien connue de l’agglomération grenobloise. Tout
de noir vêtu, avec son grand sac dos, sa casquette et son masque, Rxspawn*
s’apprête à y entrer, pour une session d’exploration urbaine illégale, dite
“urbex”.

Sur le qui-vive et attentif au moindre bruit, Rxspawn, étudiant en multimédia et


explorateur de 20 ans, se retourne plusieurs fois pour s’assurer que personne ne
le suit. « Si ça ne tenait qu’à moi, je passerais par le poteau électrique. Mais là,
on va descendre un peu plus bas. » Vingt minutes plus tard, après avoir traversé
un bois, s’être pris quelques branches d’arbres dans le visage et cramponnés à
tout un tas de racines, la friche se découvre.

L’immensité du lieu

Les structures industrielles en imposent par leur hauteur : « J’adore les friches,
ce sont de grands espaces dans lesquels on se sent tout petit », raconte
Rxspawn. Dans les salles, les vitraux explosés, l’obscurité de certains recoins et
les machines encrassées couplés à la pluie dégagent une atmosphère presque
post-apocalyptique.

Chaque pièce donne l’impression d’avoir été abandonnée du jour au lendemain.


De vieilles chaussures attendent, résignées, le retour de leur propriétaire. Les
cylindres métalliques et tuyaux en vrac au sol semblent avoir été posés à la va-
vite. Certaines carrioles tiennent encore sur les rails. Des machines aux leviers
enclenchés ne sifflent plus. Il n’y pas âme qui vive, pourtant, l’esprit des
ouvriers reste omniprésent.

« Je m’attends à me faire arrêter un jour »

Observant la vue sur la vallée depuis une fenêtre cassée, Rxspawn change de
direction d’un seul coup. Il se hâte discrètement, sans paniquer ni courir, hors de
la friche. Retour dans le bois glissant du début, à quelques mètres du lieu
abandonné.

« C’était la gendarmerie, j’ai vu et entendu leur voiture, témoigne le jeune


homme avec calme. Il faut dire que l’urbex constitue un délit de violation de
propriété. Je m’attends à me faire arrêter un jour et je suis d’accord avec ça.

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Après, moi je suis juste là pour l’art, je ne dégrade rien. »

La neige s’invite dans cette exploration et un bruit coupe la conversation.


Silence. « C’est le vent », finit par dire Rxspawn avec un sourire. Retour sur le
chemin vers la friche et le jeune homme se faufile sous un grillage. « Tu vois
cette passerelle ? demande l’explorateur, en pointant du doigt un pont
métallique qui relie deux bâtiments. On l’appelle la passerelle du suicide, parce
que toutes les plaques dessus bougent et menacent de s’effondrer ! »

L’aventure est totale : elle combine adrénaline, agilité et émerveillement.


Rxspawn évoque d’ailleurs « l’odeur de l’exploration », cette senteur de « vieux,
de métal rouillé, de décomposition. »

« L’urbex est une exploration sensorielle »

« L’urbex est une exploration sensorielle, raconte-t-il. On est à l’affût du moindre


bruit, on sent le lieu, on le voit, on le touche, on a les mains argileuses, sèches,
les ongles sales, parce qu’on s’est agrippé partout. »

L’exploration se poursuit dans la grande tour, puis la salle des commandes et


celle de stockage : une immense pièce à l’atmosphère orangeâtre et
poussiéreuse. Mais le plus surprenant dans cette visite reste sans doute cette
petite salle d’à peine quelques mètres carrés, qui ne paie pas de mine. Au sol,
des centaines de documents éparpillés. Au mur, des vieux numéros de téléphone
à quatre chiffres, un tableau sur lequel figurent différentes années : 1986, 1987,
1988. Le bond dans le passé est total.

Malgré ses cinq visites, Rxspawn sait qu’il reviendra ici et continuera de faire
marcher son imagination, de se figurer la vie des anciens ouvriers et de refaire
l’histoire de ce lieu mythique.

*pseudo d’emprunt

Cinq choses à savoir sur l'urbex

N’est pas explorateur de lieux abandonnés qui veut. En plus d’être illégale,
l’activité d’urbex comporte un certain nombre de règles. Gweno, Sassenageois de
45 ans, passionné par cette pratique depuis plus de dix ans, nous en dit plus.

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1. Une pratique illégale

« Nous entrons dans des lieux privés, interdits au public », rappelle l’artiste. Ce
n’est pas parce qu’une bâtisse est abandonnée qu’elle n’appartient à personne.
L’urbex est donc une pratique illégale, relevant du délit de violation de
propriété, punissable d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende,
voire plus si des vols et dégradations sont commis dans l’enceinte du bâtiment.

2. Préserver les lieux…

L’urbex repose sur le respect des lieux visités : « On ne casse, ne vole ou ne
dégrade rien », insiste Gweno. Pour rentrer dans le bâtiment, on cherche la
fenêtre cassée, le bout de grillage déchiré. Pas question d’arracher soi-même la
clôture. « Il y a quelques années, les endroits étaient encore préservés.
Aujourd’hui, il faut venir dans les deux mois qui suivent la découverte d’un spot,
après il est pillé », se désole l’artiste.

3… et les garder secrets

L’un des principes fondamentaux de l’urbex réside dans le secret des lieux
visités. Les échanges se font uniquement entre explorateurs qui se connaissent
bien : « Il existe des sites pour acheter les coordonnées GPS de lieux
abandonnés, s’agace Gweno. Beaucoup de gens échangent des noms de spots
sans véritablement savoir à qui ils les communiquent. » Ce qui conduit souvent à
une détérioration des lieux. Le mieux est donc de se constituer un groupe de
confiance.

4. Connaître la dangerosité du lieu

Et partir ensuite avec ce groupe en exploration, afin de partager des souvenirs


mais également prévenir les risques d’accidents. En effet, l’abandon des lieux
conduit à une dégradation des matériaux et des structures : « On reste toujours à
l’affût, on ne part pas seul. Les accidents sont vite arrivés, il faut avoir
conscience des risques », prévient Gweno.

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5. Être équipé

« Il faut des gants, de bonnes chaussures, des lampes… On ne part pas les mains
vides ! », précise l’artiste. Et le contenu du sac à dos ne suffit pas : « Il faut bien
se préparer, connaître l’histoire du lieu, s’y intéresser. » Parfois, cela peut éviter
un amateurisme trop voyant et vous sauver d’un contrôle.

Culture - Loisirs
Isère


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