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| TOULOUSE,
LlBRAIRIE PROTESTANT E, |

Rue du Lycée, 4.
-

1851 . |
:
EXHORTATION

AUX

JEUNES HOMMES.
Publié par la Société des Livres religieux
de Toulouse.

Toulons e, Imp. de A. CnAUv,N et C°, rue Mirepoix, 3.


EXHORTATION

JEUNES H0MMES,
LE RÉV. RYLE.

TRADUIT LIBREMENT DE L'ANGLAIs,


PAR M. D***.

- TOULOUSE,
LIBR A IRIE PROTEST ANTE,
Rue du Lycée, 14.

1851,
- - --
,- --- ------ ------
EXHORTATION

AUX

JEUNES HOMMES.

- -• • • • • De même exhorte les jeunes


liommes.

(Tite, II , 6.)

JEUNES GENS !

J'ai l'intention de me conformer à l'avis


que Paul donnait à Tite, et que vous
venez de lire dans mon texte.
Je ne suis pas très-âgé moi-même,
mais Tite nel'était pas non plus. D'ailleurs,
la jeunesse ne doit jamais être un motif
pour nous dispenser de faire le bien.
Timothée était un jeune homme quand
— 6 —

Paul lui écrivait : « Reprends publique


ment ceux qui péchent, afin de donner de
la crainte aux autres (1 Tim. , V, 20). —
Prêche la Parole, insiste en temps et hors
de temps, reprends, censure, exhorte
avec toute sorte de douceur en instruisant
(1 Tim. , IV, 12). »
Tite était un jeune homme quand Paul
le laissa en Crète et lui donna les direc
tions suivantes : « Reprends-les vivement,
afin qu'ils deviennent sains dans la foi
(Tite, I, 13). — Enseigne ces choses,
exhorte, reprends, avec une pleine auto
rité; que personne ne te méprise (Tite,
II, 15). » — Saint Paul voulait aussi qu'on
adressât des exhortations aux différentes
classes : — aux vieillards, — aux femmes
âgées, — aux jeunes femmes, — aux ser
viteurs. — Je pense donc qu'en m'adressant
aujourd'hui à vous , jeunes hommes, je
ne surprendrai et ne scandaliserai aucun
de vous, car je ne fais que me conformer
à la marche indiquée par saint Paul. Le
— 7 —

désir de mon cœur est de vous parler


comme un frère. Ecoutez-moi avec affec
tion : si je vous dis des choses qui vous
déplaisent, que ce ne soit pas un motif
pour les repousser; un remède , parce
qu'il est amer, n'en est pas moins salu
taire; ce que j'ai en vue aujourd'hui, c'est
le salut de vos âmes.
Je suis pressé du désir de vous faire du
bien , d'être utile à tous, sans offenser
personne; je voudrais n'irriter ni ne bles
ser aucun de vos sentiments, mais que
ce que je veux vous dire vous fût pro
fitable et vous rendît sages à salut. Je ne
me pose pas en juge ni en docteur, mais
en conseiller et en ami.
Croyez qu'en vous exhortant, je m'ex
horte aussi moi-même ; les défauts que je
vous signale, je les vois en moi; les dan
gers dont je vous avertis sont ceux que je
redoute pour mon âme, et les conseils
que je vous donne, je sens que personne
n'en a plus besoin que moi.
— 8 —

Que le Seigneur vous donne donc des


oreilles pour entendre ! que l'Esprit éter
nel sans lequel toute prédication est
vaine ouvre vos cœurs ! que mon lan
gage soit celui de l'amour exprimant la
vérité! et que celle-ci, pénétrant profon
dément dans vos cœurs, y produise des
fruits en vie éternelle !
Je diviserai en quatre chapitres ce que
j'ai à vous dire, et, pour être mieux com
pris, je les résumeraiici :
I. Je vous dirai les motifs particuliers
qui m'ont engagé à vous adresser cette
exhortation.
lI. Je vous entretiendrai de certains
dangers spéciaux contre lesquels les jeunes
.hommes doivent être prévenus.
III. Je vous donnerai quelques conseils
que je vous conjure de recevoir.
IV. J'indiquerai quelques règles particu
lières de conduite auxquelles je vous prie
ardemment de vous conformer.
CHAPITRE Ier.
-

MOTIFS PARTICULIERS QUI M'ONT ENGAGÉ A


VOUS ADRESSER CETTE EXHORTATION.

Pourquoi m'adressé-je à une classe par


ticulière de ma congrégation, et me suis-je
détourné de mon usage habituel d'adresser
ma prédication à tous les âges sans dis
tinction? Pourquoi n'ai-je pas bandé mon
arc pour tirer à l'aventure, laissant avec
confiance la flèche de la vérité atteindre
également les cœurs des vieux comme des
jeunes?Vous avez le droit de m'adresser ces
questions, et mon devoir est d'y répondre.

1° Un des motifs qui m'engagent à m'a-


dresser à vous, c'est que, de quelque côté
que je regarde, je vois peu de jeunes
hommes marcher avec Dieu.
— 10 —

Je parle sans égard aux individus, je


dis cela de tous : grands ou petits, riches
ou pauvres, gens instruits ou ignorants,
citadins ou campagnards, il en est partout
de même.Je frémis en voyant combien peu
de jeunes gens sont conduits par l'Esprit ;
—- combien peu marchent dans le chemin
étroit qui mène à la vie, — combien peu
qui placent leurs affections dans les cho
ses d'en-haut, qui prennent la croix de
Jésus et qui le suivent. — C'est pénible à
dire, mais je crois, qu'aux yeux de Dieu,
c'est la vérité. Jeunes gens, dans quelle
condition sont vos âmes immortelles ?
Hélas ! de quelque côté que je me tourne,
la réponse que j'obtiens est toujours la
même.
Interrogeons d'abord tout fidèle ministre
de l'Evangile; demandons-lui combien il
peut signaler de jeunes hommes mariés
qu'il voit venir à la table du Seigneur; —
quels sont les plus négligents à recher
cher les moyens de grâce, — les plus irré
— 11 —

guliers aux services du dimanche, — les


plus inattentifs à la prédication en tout
temps; — quelle est la partie de sa congré
gation qui éveille le plus sa sollicitude, —
qui est la plus difficile à conduire, — qui
réclame ses réprimandes les plus fréquen
tes, — qui lui cause le plus de sollicitude,
d'angoisse et de chagrin, — qui le tient le
plus constamment en crainte sur son état
spirituel, — qui lui donne enfin le moins
d'espérance? — Soyez-en sûrs, sa réponse
sera presque toujours : Ce sont les jeunes
gens.
Questionnons les pères et les mères de
chaque paroisse. Demandons-leur quels
sont les enfants qui leur donnent le plus
de peine et de souci , qui exigent le
plus leur surveillance, les chagrinent le
plus, trompent le plus souvent leurs espé
rances; quels sont ceux qui sont les plus
prompts à négliger leurs conseils , les
premiers à se détourner du bon chemin,
les derniers à y entrer; ceux qu'ils ont le
— 12 —

plus de peine à retenir dans les limites


de l'ordre ; quels sont ceux qui se jettent
ouvertement dans le péché, flétrissent le
nom qu'ils portent, qui font descendre
avec amertume les cheveux blancs de
leurs vieux parents dans la tombe?Soyez-en
sûrs, leur réponse sera toujours : Ce sont
les jeunes gens.
Adressez la même question aux magis
trats et aux officiers de justice. Demandez
leur quels sont ceux qui hantent le plus
les mauvais lieux , les tavernes ; quels
sont les plus grands profanateurs du sab
bat; qui sont ceux qu'on rencontre tou
jours dans les révoltes et les émeutes, qui
troublent le plus souvent l'ordre public,
par l'ivresse, les rixes, les disputes, les
vols et les désordres de tout genre; qui
sont ceux qui remplissent les prisons, les
pénitenciers, les vaisseaux qui servent à
la déportation ; quelle est la classe qui
requiert de la part de l'autorité la vigilance
la plus incessante? Tous, sans hésiter,
— 13 —

vous répondront : Ce sont les jeunes


gens. -

Passons maintenant aux classes supé


rieures. Qu'y voyons-nous ? Dans telle
famille, les fils prodiguent leur temps,
leur santé et leur fortune à la poursuite
égoïste du plaisir. — Dans telle autre, les
fils se refusent à toute vocation et dissipent
dans l'oisiveté les plus précieuses années
de leur viê. — Dans une troisième , on les
verra former de mauvaises liaisons, jouer,
s'endetter , s'associer avec des compa
gnons de plaisir et de débauche. — Que de
pères dans l'angoisse, de mères au cœur
brisé ! Que de sœurs dans l'affliction pour
raient vous raconter de lamentables histoi
res, si la vérité était connue ! Combien de
familles, possédant tout ce que le monde
peut donner, comptent parmi leurs mem
bres quelque nom qu'on ne nomme ja
mais ! quelque fils, quelque frère, quelque
cousin, qui est devenu une tache et une
plaie pour ceux qui leur appartiennent !
— 14 —

Il y a peu de familles riches qui n'aient


quelque épine semblable dans le cœur,
, quelque tache noire sur la page de leur
bonheur, quelque source constante de dou
leur et d'angoisse; et souvent, trop sou
vent, la cause en est dans les jeunes gens.
Et ce sont des faits avérés, irrécusa
bles, que nous rencontrons de tous les
côtés. — N'est-ce pas une horrible pensée
que celle qui nous montre très-probable
ment, dans tout jeune homme que nous
rencontrons, un ennemi de Dieu qui
s'avance sur la route large qui mène à la
perdition, et qui est impropre pour le ciel.
Oh ! en présence de tels faits, qui osera
nier la nécessité de les rendre les objets
des plus pressantes exhortations?

2° Mon second motif est que la mort et


le jugement sont devant vous, quoique
vous ne paraissiez pas vous en douter.
Jeunes gens ! un jour a été arrêté, au
quel vous devez mourir; quelque forts et
— 15 —

bien portants que vous soyez aujourd'hui,


le jour de votre mort est peut-être tout pro
chel Mon ministère m'appelle tous lesjours
auprès des malades : j'en vois de jeunes
et de vieux, — j'ensevelis des corps de
jeunesgens comme des corps de vieillards,
— je lis dans chaque cimetière des noms
de personnes de votre âge. Les statisti
ques sur la mortalité m'apprennent qu'à
l'exception de l'enfance et de la vieillesse,
il meurt plus de gens entre treize et
vingt-trois ans que dans tout le reste de
la vie ; et cependant vous vivez comme
si vous étiez certains de ne jamais mourir.
Peut-être vous dites-vous que vous y ré
fléchirez demain; mais rappelez-vous ces
paroles de Salomon : « Ne te vante point
du jour de demain, car tu ne sais ce que
ce jour t'apportera (Prov., XXVII, 1). »
— « A demain les choses sérieuses, » disait
un païen (1) à celui qui l'avertissait de

(1) Archias le Thébain.


— 16 —

l'approche d'un danger; mais le demain


sur lequel il comptait n'arriva jamais pour
lui. — Demain , c'est le jour de Satan ;
mais aujourd'hui , c'est celui de Dieu.
Satan ne s'inquiètera pas de vos inten
tions ni de vos résolutions, quelque sain
tes qu'elles soient, pourvu qu'il les fasse
renvoyer à demain. Nous ne sommes pas
destinés à vivre aussi longtemps qu'Isaac
et Jacob. — Beaucoup d'enfants devan
cent leurs pères dans la tombe. — David
avait porté le deuil de deux de ses plus
beaux fils. — Job perdit ses dix en
fants en un jour. — Votre lot peut être
semblable au leur. Quand la mort vous
appellera, en vain direz-vous : à demain !
vous serez forcés d'aller sur le champ.
Peut-être remettrez-vous à un temps
plus convenable à réfléchir sur ces choses.
Ainsi pensaient Félix et les Athéniens,
auxquels Paul s'adressait; mais cette autre
fois ne vint jamais. L'enfer est pavé de
telles intentions. — Occupez-vous, pen
— 17 —

dant que vous le pouvez, de cette œuvre


la plus importante de toutes. Ne laissez
planer aucune incertitude sur ce qui est
éternel.
, Quand le salut de votre âme est en
jeu, ce n'est pas une chose légère. Jeunes
ou vieux, tous ont besoin de salut, — tous
de naître de nouveau, — d'être lavés
dans le sang de Christ, — d'être sanctifiés
par le Saint-Esprit. Heureux celui qui ne
se repose jamais jusqu'à ce qu'il ait en lui
le témoignage du Saint-Esprit, lui disant
qu'il est enfant de Dieu !
Jeunes gens, votre temps est court,
la mesure de vos jours n'est que de quatre
doigts, — c'est une ombre, — une va
peur, — une histoire bientôt dite. Vos
corps ne sont pas d'airain ; qu'est-ce que
votre santé ? Une chute, une fièvre, une
inflammation , un vaisseau rompu , et les
vers accourront pour vous dévorer. Il n'y
a qu'un pas entre vous et la mort. Cette
nuit même votre âme peut vous être rede
— 18 —

mandée; vous êtes sur le point d'aller par


le chemin de toute la terre. Votre vie
est toute incertitude, et votre mort ,
ainsi que le jugement , sont parfaitement
certains. Vous aussi vous devrez entendre
la trompette de l'archange, et obéir à cette
sommation que saint Jérôme entendait
toujours résonner à son oreillle : « Morts,
levez-vous , pour comparaître en juge
ment. » — Le langage de celui qui vous
jugera est : « Je viens bientôt. » En pré
sence de ces réalités, je ne peux, je n'ose,
je ne veux pas vous abandonner.
Oh ! que je voudrais que vous portassiez
tous dans vos cœurs ces paroles du Sage :
« Jeune homme, réjouis-toi dans ton jeune
âge; que ton cœur te rende content dans
les jours de ta jeunesse ; marche comme
ton cœur te mène et selon le regard de
tes yeux, mais sache que, pour toutes
ces choses, Dieu te fera venir en juge
ment (Ecclés., XII, 1). » N'est-il pas sur
· prenant, qu'en face d'une semblable pers
— 19 —

pective, on puisse rester tranquille et


indifférent ? Les plus insensés ici-bas
sont ceux qui vivent sans se préparer
jamais à la mort. C'est en vain que la
plus claire des prophéties de l'Ancien
Testament commence par ces mots : « Qui
a cru à notre prédication (Esaïe, LIII, 1)?»
C'est en vain que Jésus a dit : « Quand le
Fils de l'homme viendra, croyez-vous qu'il
trouvera de la foi sur la terre (Luc,
XVIII, 8)? » Jeunes gens, je crains qu'il
ne soit dit de plusieurs d'entre vous :
« Ils n'ont pas voulu croire, » qu'ils ne soient
précipités hors du monde , et réveillés
pour découvrir, trop tard, que la mort
et le jugement sont des réalités. C'est
pour cela que je vous donne ces aver
tissements.

3o Je vous les adresse, en outre, parce


que ce que vous serez un jour, selon toute
probabilité, dépend de ce que vous êtes
maintenant, et vous semblez l'avoir oublié.
— 20 —

La jeunesse est le temps de la semaille


pour l'âge mûr. — Par le bourgeon,
nous jugeons de l'arbre ; — par les
fleurs , nous jugeons du fruit ; — par le
matin, nous jugeons du jour; — et, par le
caractère d'un jeune homme, nous pou
vons , en général , juger de ce que sera
l'homme fait.
· Jeunes gens, ne croyez pas qu'il vous
sera facile de pouvoir à volonté servir les
convoitises et le plaisir dans la jeunesse,
et Dieu dans vos derniers jours. — Ne
croyez pas pouvoir vivre comme Esaü et
mourir comme Jacob. — C'est une moque
rie que d'en agir de la sorte avec Dieu et
avec vos âmes. C'est une amère ironie que
de supposer que vous pouvez donner la
fleur de votre force au monde et au démon,
puis offrir au Roi des rois les restes déco
lorés de votre existence et les débris de
vos cœurs et de vos facultés.
Je veux admettre que vous comptez sur
une repentance tardive, mais vous ne
— 21 — -

savez pas ce que vous faites. Vous comp


tez sans Dieu. La repentance et la foi sont
des dons de sa bonté, que souvent il retire
quand ils ont été longtemps offerts en
vain. — Je vous accorde qu'une véritable
repentance n'est jamais trop tardive, mais
je vous avertis en même temps qu'une
repentance tardive est rarement véritable.
Je vous accorde qu'un brigand repentant
a été converti à ses derniers moments ,
mais je vous avertis que des deux il n'y en
eut qu'un de converti, et que personne ne
doit présumer qu'il sera l'objet d'une telle
grâce. — Je vous accorde qu'il est écrit
« que Jésus peut toujours sauver ceux
qui s'approchent de Dieu par lui (Héb. ,
VII, 25); » mais je vous avertis aussi qu'il
est écrit par le même Esprit : « Parce que
j'ai crié et que vous avez refusé d'ouïr,
aussi je me rirai de votre calamité et je me
moquerai quand votre effroi surviendra
(Prov., I, 24-26). »
Croyez-moi, ce n'est pas une chose
— 22 —

facile que de se tourner vers Dieu à


· volonté. Le chemin du péché est comme le
penchant d'une colline; on ne s'y arrête
pas comme on veut. Les saints désirs, les
convictions sérieuses, ne sont pas comme
les serviteurs du centenier Corneille, tou
jours prêts à aller et à venir suivant votre
volonté. Souvent, après avoir été repous
sés , ils ne vous écoutent plus quand vous
les appelez. — On raconte d'Annibal que,
quand il aurait pu prendre la ville de
Rome contre laquelle il était en guerre,
il ne le voulut pas ; et plus tard, quand il
le voulut, il ne le put pas. Prenez garde
que la même chose ne vous arrive à l'égard
de la vie éternelle.
Si je vous tiens ce langage, c'est que je
connais la force de l'habitude, c'est que
je sais par expérience que les cœurs
des hommes sont rarement changés, s'ils
ne le sont pas dans leur jeunesse. Les con
versions dans la vieillesse sont rares. Les
habitudes jettent de profondes racines,
— 23 –

Quand le péché s'est une fois établi dans


un cœur , il n'est pas facile de l'en déloger.
L'habitude est une seconde nature ; ses
chaînes sont difficiles à briser. C'est avec
raison que le prophète a dit : « Un more
changerait-il sa peau, et un léopard ses '
taches? Pourriez-vous aussi faire quelque
bien, vous qui n'avez appris qu'à mal faire
(Jér. , XIII, 23)? »
Les habitudes sont comme des pierres
qui roulent de la montagne : plus elles
roulent, plus leur chute est rapide et
irrésistible.
Les habitudes, comme les arbres, se
fortifient par l'âge; un enfant peut faire
plier un chêne quand il n'est qu'un bali
veau , et cent hommes ne pourraient le
déraciner quand il a atteint sa croissance.
Il en est de même des habitudes : plus
elles sont anciennes, plus elles sont fortes;
plus elles ont pris longtemps possession
d'un cœur, plus il est difficile de les
en chasser. Elles croissent avec notre
— 24 —

croissance, elles se fortifient avec notre


force. L'habitude est la nourrice du péché.
Chaque acte nouveau affaiblit la crainte et
le remords, endurcit nos cœurs, émousse
le tranchant de notre conscience et ajoute
à la force de nos inclinations.
Jeunes gens, si vous aviez vu comme
moi des vieillards penchés sur le bord de
la tombe, insensibles, desséchés, froids
et durs comme une meule de moulin,
vous ne trouveriez pas mon langage trop
sévère. — Vous ne pouvez, croyez-moi,
rester stationnaires dans les affaires de
votre âme ; les habitudes, en bien comme
en mal, se fortifient journellement dans
vos cœurs. Chaque jour, chaque chose,
qui ne vous approche pas de Dieu, vous
en éloigne. — Chaque année passée dans
l'impénitence rend la muraille qui vous
sépare de Dieu plus haute et plus épaisse,
et le golfe que vous devez traverser plus
profond et plus large. — Redoutez l'effet
endurcissant de tout délai à vous débar
— 25 —

rasser du péché. Maintenant, c'est le


temps favorable. Priez pour que votre
fuite n'ait pas lieu dans l'hiver de vos
jours. Si vous ne cherchez pas le Seigneur
pendant la jeunesse, il est probable que
vous ne le chercherez jamais ; et c'est
pour cela que je vous exhorte.

4° Un autre motif, qui me pousse à


vous dire ces choses, c'est que le démon
déploie une activité toute spéciale à ruiner
les âmes des jeunes gens, et que vous ne
vous en doutez pas.
Satan sait fort bien que l'avenir de la
nouvelle génération vous appartient; c'est
pour cela qu'il met en jeu tous ses artifices
pour s'emparer de vous; je ne voudrais
pas vous laisser ignorer ses ruses.
Vous êtes ceux auxquels il réserve ses
tentations les plus raffinées, dont il enlace
les cœurs avec la sollicitude la plus active.
C'est pour vous qu'il garnit ses trappes des
amorces les plus douces, qu'il étale ses
1.
– 26 —
marchandises avec le plus d'art, afin que
vous achetiez ses poisons emmiellés, et
que vous mordiez à ses perfides friandises.
Vous êtes le principal objet de ses atta
ques : veuille le Seigneur vous en délivrerl
Jeunes gens, gardez-vous de tomber
dans ses piéges : il vous jettera de la pou
dre aux yeux, et vous empêchera de
voir les objets sous leurs véritables cou
leurs. Il cherchera à vous faire trouver
le mal bien et le bien mal. Il fardera,
dorera et habillera le péché , de telle
sorte que vous ne puissiez vous défendre
de l'aimer. Il vous représentera la religion
sous un faux jour, sous une forme rebu
tante, comme une caricature, pour vous
la faire prendre en dégoût. Il exaltera les
plaisirs du péché, mais il vous cachera
soigneusement son aiguillon. ll élèvera
devant vos yeux la croix et ses mortifica
tions; mais il vous cachera la vue de la
croix éternelle de Christ et de ses bénédic
tions. Il vous promettra de vous donner
— 27 —

toute chose, comme il l'a fait à Jésus :


pourvu que vous l'adoriez. Il vous aidera
même à prendre une religion de forme,
pourvu que vous négligiez sa force. Il
vous répètera sans cesse, au commence
ment de votre vie, qu'il est trop tôt pour
servir Dieu, et, quand vous approcherez
de la fin, il vous dira : Il est trop tard.
Oh ! gardez-vous de ses ruses !
Vous connaissez peu les dangers dont
vous entoure cet ennemi; vous êtes comme
des aveugles qui marchent au milieu des
trous et des trappes ; vous ne voyez pas
les périls dont il vous environne, et c'est
, cette ignorance qui m'effraie pour vous.
C'est un ennemi puissant. Il est appelé
« le prince du monde. » Il s'est opposé à
notre Seigneur Jésus-Christ pendant toute
la durée de son ministère. Il tenta Adam
et Eve, les séduisit et introduisit par eux
le péché et la mort dans le monde. — Il
tenta David, cet homme selon le cœur de
Dieu, et abreuva de chagrin ses derniers
— 28 —

jours. — Il tenta Pierre, l'apôtre élu, et


le porta à renier son Seigneur et son Maî
tree; certainement, son inimitié n'est pas
à mépriser. -

C'est un ennemi qui ne se repose ja


mais. Il ne sait ce que c'est que dormir.
Il tourne toujours autour de vous comme
un lion rugissant, cherchant qui il pourra
dévorer. Il est toujours rôdant ici et là
par toute la terre, tantôt dessus, tantôt
dessous. Si vous êtes insouciant pour vos
âmes, lui ne l'est pas. Il en a besoin pour
les rendre aussi misérables que lui-même ;
c'est pour cela qu'il cherche à s'en empa
rer. Certainement, ce n'est pas un ennemi
à mépriser.
C'est un ennemi rusé. Depuis près de
6000 ans, il étudie dans un livre , et ce
livre c'est le cœur de l'homme. Aussi il le
sait par cœur, il connaît toutes ses fai
blesses, toutes ses illusions , toute sa folie.
— Il dispose d'une abondance de tenta
v

tions, des plus propres à le pervertir.


— 29 —

Vous ne pouvez aller en aucun lieu où il


ne puisse vous trouver. Allez dans les
villes, il y est. Allez dans le désert, vous
l'y trouvez encore. Asseyez-vous à la table
des buveurs et des mangeurs, il y sera
pour vous encourager. Allez entendre une
prédication, il y sera aussi pour vous dis
traire. Sûrement, un tel ennemi n'est pas
à mépriser.
Jeunes gens, cet ennemi travaille sans
cesse à vous perdre. Vous êtes le prix
pour lequel il combat. — Il prévoit que
la bénédiction ou la malédiction de vos
jours est dans vos mains, et il cherche
à prendre de bonne heure possession de
vos cœurs, pour avoir en vous des aides
pour l'extension de son empire. Il com
prend que le plus sûr moyen de détruire
la beauté de la fleur, c'est de gâter le
bourgeon.

50 Enfin , je vous donne ces directions,


d cause du malheur dont vous serez pré .
— 30

servés, si vous commencez à servir Dieu


de bonne heure.
Le péché est la source de tous les maux,
et aucune sorte de péché ne paraît amener
sur l'homme un aussi grand excès de mal
heurs et de souffrances que les péchés de
sa jeunesse. Les folies qu'il a faites, — le
temps qu'il a perdu, — les erreurs dans
lesquelles il est tombé, — les mauvaises
compagnies qu'il a fréquentées, — le mal
qu'il s'est fait tant pour le corps que pour
l'âme, — les chances de bonheur qu'il a
perdues, — les occasions d'être utile qu'il a
négligées, — toutes ces choses remplissent
d'amertume la conscience d'un vieillard ,
étendent un crêpe sur le soir de ses jours,
et remplissent de honte et de remords
les dernières heures de sa vie.
Combien d'hommes pourraient vous dire
que la perte prématurée de leur santé,
que leur vieillesse anticipée est le fruit
des péchés de leur jeunesse. Que de souf
frances, de tortures, de douleurs aiguës ;
— 31 —

que d'affaiblissements précoces dans les


sens, dans les facultés, n'ont pas une
autre cause ! Le soleil de leur santé s'est
couché en plein midi, et ils se lamentent
de voir leur chair et leur corps se con
sumer ! Croyez-moi, c'est une coupe bien
amère à boire.
D'autres pourraient vous faire de tristes
récits des conséquences de leur paresse.
Ils ont perdu le temps précieux pour
apprendre; — ils n'ont pas voulu de la sa
gesse, quand leur esprit était le plus pro
| pre à la recevoir, et leur mémoire le plus
prête à la retenir. Et maintenant, il est
trop tard! — Ils n'ont plus le loisir d'étu
dier, ils n'en ont plus la capacité, ils n'en
ont plus même la volonté. — Le temps
perdu ne se rachète point ! Cela est aussi
une coupe amère à boire.
D'autres pourraient vous parler des gra
ves erreurs de jugement dont ils ont souf
fert pendant toute la durée de leur vie.
Ils ont voulu faire à leur tête, ne pren
— 32 —

dre conseil de personne, — et ils ont


formé des relations entièrement destructi
ves de leur bonheur, — ils ont choisi une
vocation pour laquelle ils étaient abso
lument impropres. — Aujourd'hui, ils
voient tout cela , mais leurs yeux se sont
ouverts quand l'erreur ne pouvait plus
se réparer. Cela est aussi une coupe
amère à boire.
Jeunes gens, je voudrais vous épargner
cette longue suite de péchés de jeunesse,
qui plus tard tourmentent la conscience,
tuent la vie spirituelle et font des blessures
si profondes. C'est le fer qui perce jusqu'à
l'âme. Ayez pitié de vous-mêmes, cherchez
le Seigneur de bonne heure, vous vous
épargnerez bien des larmes amères. Job
disait : « Tu donnes contre moi des arrêts
d'amertume, et tu me fais recevoir la peine
des péchés de majeunesse (Job, XIII, 26). »
Son ami Tsophar pensait de même quand,
parlant du méchant, il dit : « Ses os sont
pleins des péchés de sa jeunesse, et ils
— 33 —

reposeront avec lui dans la poudre (Job,


XX, 11). » Et David semble avoir senti la
même chose quand il dit : « Ne te sou
viens point des péchés de ma jeunesse
(Ps. XXV, 7). »
Théodore de Bèze sentait aussi cela vive
ment, quand il mentionnait dans son tes
tament, comme une miséricorde spéciale,
d'avoir été, par la grâce de Dieu, appelé
à se retirer du monde à l'âge de seize
8lIlS.

Si vous interrogiez de vrais croyants,


vous en trouveriez beaucoup qui vous
tiendraient ce langage : « Oh ! si je pou
vais recommencer les jours de ma jeu
nesse ! — oh ! si j'avais employé plus con
venablement le commencement de - ma
vie; si je n'avais pas laissé germer ces
mauvaises habitudes au printemps de mes
jours ! »
Jeunes gens, je veux vous épargner ces
regrets, vous sauver de cette calamité,
si je le peux. On apprend toujours trop
— 34 —

tard qu'il y a un enfer. Ce que jeunesse


sème , l'âge avancé le recueillera. Ne
consacrez pas la première et la plus pré
cieuse saison de votre vie à ce qui ne
vous sera d'aucune consolation dans la
dernière. -

Le péché commis aujourd'hui avec légè


reté vous semble oublié ; mais lui ne
vous oublie pas, il saura vous rencontrer
quelque part et se rappeler à votre sou
venir. — Les vieilles blessures occasion
ment souvent des souffrances longtemps
après leur guérison et lorsqu'il n'en reste
plus que la cicatrice. Il en sera de même
à l'égard de vos péchés.
On a trouvé à la surface des rochers
des empreintes de pieds d'animaux, des
milliers d'années après que l'animal qui les
avait faites avait péri. — Il peut en être
ainsi de vos péchés.
« L'expérience, dit un proverbe, tient
une école qui coûte fort cher; mais les
insensés ne veulent étudier dans aucune
— 35 —
autre. » Je voudrais vous épargner le
chagrin d'être enseigné à cette école, et
c'est le dernier motif pour lequel je vous
adresse cette exhortation.
— 36 —

CHAPITRE II.

QUELQUES DANGERS SPÉCIAUX CONTRE LES


QUELS JE DÉSIRE PARTICULIÈREMENT VOUS
PRÉVENIR.

Je sais fort bien que toutes les âmes


sont dans un effroyable danger; vieux ou
jeunes, c'est partout de même. — Tous
ont une course à fournir, — un combat à
soutenir, — un cœur à mortifier, — un
monde à vaincre, — une chair à domp
ter, — un démon auquel il faut résister, et
nous avons bien raison de dire : « Qui est
suffisant pour ces choses? » — Mais en
core : chaque âge et chaque condition a
ses tentations et ses piéges particuliers,
et il est bon de les connaître. Celui qui est
averti d'avance est armé d'avance. Si je
réussis seulement à vous persuader de
— 37 —

vous tenir en garde contre les dangers


que je vais signaler, j'aurai rendu à vos
âmes un service important.

1° En premier lieu et avant tout, gar


dez-vous de l'orgueil.
L'orgueil est le plus ancien péché du
monde. ll existait même avant lui. Satan
et ses anges sont tombés par orgueil ; ils
n'étaient pas satisfaits de leur premier
état, et c'est ainsi que l'enfer fut pourvu
par l'orgueil de ses premiers habitants.
Ce fut l'orgueil qui chassa Adam du pa
radis. Il ne fut pas content de la place que
Dieu lui avait assignée. Il voulut s'élever,
et il tomba. C'est ainsi que le péché, la
souffrance et la mort firent par l'orgueil
leur entrée dans le monde.
L'orgueil existe naturellement dans tous
les cœurs : nous sommes nés orgueilleux.
L'orgueil nous rend satisfaits de nous
mêmes; nous nous trouvons bien tels que
nous sommes ; il ferme nos oreilles aux
2
— 38 —

avertissements , il repousse l'Evangile.


Mais il ne règne nulle part avec autant de
puissance que dans le cœur des jeunes
gens.
Combien de fois ne voit-on pas des
jeunes gens opiniâtres, altiers, ne pouvant
supporter un conseil ! Combien n'en voit
on pas brusques et grossiers avec ceux qui
les entourent, se plaignant de ce qu'on ne
rend pas à leur mérite la justice qui lui est
due ! Combien qui refusent de prêter la
moindre attention à ce que dit une per
sonne plus âgée qu'eux ; pleins d'eux
mêmes et croyant tout savoir , ils regar
dent les gens âgés, et leurs parents sur
tout , comme des êtres bornés, tristes et
lourds. Ils croient n'avoir eux-mêmes be
soin d'aucune instruction ; ils se fâchent si
on leur en parle, et se flattent de tout sa
voir, de tout comprendre.
Semblables à de jeunes chevaux , ils ne
peuvent souffrir aucun frein ; ils ont soif
d'indépendance et ne veulent obéir qu'à
— 39 —

leurs caprices. — Tel était Roboam , qui


méprisa les conseils des hommes d'âge et
d'expérience , qui avaient été les con
seillers de son père, pour suivre les avis
de jeunes hommes ses contemporains. Il
vécut pour recueillir les tristes fruits de
sa folie. Or, il y en a beaucoup de sem
blables à lui.
Tel fut aussi l'enfant prodigue de la
parabole , qui voulut absolument avoir
sa part des biens qui devaient lui échoir ,
et se diriger par lui-même. Il ne put se
soumettre à vivre tranquille sous le toit de
son père, mais il voulut aller dans un pays
éloigné et être son propre maître, sem
blable à ce petit enfant qui abandonne la
main de sa mère et veut marcher seul ;
bientôt il fut puni de sa folie : il ne devint
plus sage que quand il eut mangé des
carouges avec les pourceaux, — et il y
en a beaucoup comme lui.
Gardez-vous donc de l'orgueil, jeunes
gens. On dit qu'il y a deux choses dans le
— 40 —

monde qu'on rencontre rarement : un


jeune homme humble et un vieillard satis
fait. Je crains que cette sentence ne soit
que trop vraie.. Ne vous enorgueillissez
pas de vos capacités, de votre force, de
votre extérieur, de votre habileté, de
vos dons en général , quels qu'ils soient.
— Plus vous avancerez dans la vie, mieux
vous la connaîtrez, et moins vous trou
verez des motifs de vous enorgueillir.
L'ignorance et l'inexpérience forment le
piédestal de l'orgueil; une fois le piédestal
enlevé, l'orgueil tombera.
Rappelez-vous comme l'Ecriture sainte
met souvent devant vous l'excellence d'un
esprit humble, comme elle vous avertit
« de n'avoir pas de vous-mêmes une opi
nion plus haute que vous ne devez l'avoir
(Rom. , XII, 3). » Combien est positif ce
commandement : « Soyez revêtus d'humi
lité et de douceur ; » et encore: « Soyezornés
d'humilité (Col., III, 12. 1 Pierre, V, 5). »
— « Si quelqu'un présume savoir quelque
— 41 —

· chose, il n'a encore rien connu comme il


faut le connaître (1 Cor., VIII, 2). » Hélas !
ce vêtement si nécessaire, combien de
jeunes gens qui n'en possèdent pas même
un lambeau. -

Regardez au grand exemple que nous a


donné notre Seigneur Jésus-Christ : il lavait
les pieds de ses disciples et disait : « Vous
devez faire comme je vous ai fait (Jean,
XIII , 15). » Il est écrit que, « quoiqu'il
fût riche, il s'était fait pauvre pour nous,
afin que, par sa pauvreté, nous fussions
rendus riches (2 Cor. , VIII, 9) ; » et en
core : « Il s'est anéanti lui-même en pre
nant la forme d'un serviteur et se rendant
semblable aux hommes , et ayant paru
comme un homme il s'est abaissé lui-même
(Phil., II , 7, 8). » Certainement, l'or
gueil nous rend plus semblables au démon
et à Adam déchu qu'à Jésus-Christ.
Jeunes gens, cessez de prétendre que
vous avez toujours raison et que les autres
ont toujours tort. Défiez-vous de votre
— 42 —

opinion quand elle se trouve en contra


diction avec celle d'hommes plus âgés que
vous, et plus spécialement avec celle de
vos parents. L'âge donne l'expérience et
a droit par ce motif au respect. — C'est un
des caractères de la sagesse d'Elihu dans
le livre de Job. « Il avait attendu jus
qu'à ce que Job et ses amis eussent parlé,
parce qu'ils étaient plus âgés que lui (Job,
XXXII , 4). » — Après cela , il dit :
« Je suis moins âgé que vous, et vous
êtes fort vieux ; aussi j'ai craint et n'ai
pas osé vous dire mon avis; je disais :
Les jours parleront, et le grand nombre
des années fera connaître la sagesse (Job,
XXXII, 6, 7). » La modestie et le silence
sont des grâces précieuses dans des jeunes
gens. — Ne rougissez jamais d'être écolier.
Jésus l'était quand , à l'âge de douze ans ,
il fut trouvé dans le temple assis au
milieu des docteurs, les écoutant et leur
adressant des questions (Luc, II, 46).
Les hommes les plus sages et les plus sa
— 43 —
vants vous diront qu'ils sont toute leur vie
des écoliers; et ils sont humiliés de trou
ver qu'après tout ils savent si peu de
choses. — Le grand sir Isaac Newton avait
coutume de dire qu'il ne valait pas mieux
que le petit enfant qui aurait recueilli
quelques pierres précieuses sur les bords
de la mer de la science.
Jeunes gens, si vous voulez être sages,
si vous voulez être heureux , gardez-vous
de l'orgueil.
2° Le second avertissement que je vous
donne est celui-ci : Tenez-vous en garde
contre l'amour du plaisir.
La jeunesse est la saison des passions
fortes; c'est le temps où nous avons en
général le plus de santé, de force, et où
la mort nous paraît le plus éloignée; où
jouir de la vie semble à première vue le
premier de tous les biens. La jeunesse est
le temps où l'on se préoccupe le moins
des inquiétudes et des soucis terrestres,
— 44 —

et où l'on pense le plus au plaisir. — Si


vous demandez à des jeunes gens quel
est celui qu'ils servent, la plupart pour
ront vous répondre : Je sers les convoitises
et les plaisirs.
Jeunes gens, le temps me manquerait si
je voulais vous parler de tous les fruits
amers de l'amour des plaisirs et de toutes les
voies de perdition dans lesquelles il pourrait
vous entraîner. Pourquoi vous parlerai-je
de ces saturnales où on se livre aux excès
du manger et du boire, du jeu, du théâtre,
de la danse, etc. ? Il en est peu parmi
vous qui n'aient à ces divers égards quel
que expérience amère à citer. Tout ce qui
cause un sentiment d'exaltation charnel,
qui attire nos pensées et tient notre es
prit dans un continuel tourbillon, tout ce
qui plaît aux sens et est agréable à la
chair, voilà les choses qui exercent le
plus grand empire sur votre vie, et ils
doivent cet empire à l'amour du plaisir.
Tenez-vous donc sur vos gardes et ne
— 45 —

soyez pas, comme ceux dont parle saint


Paul , « amateurs de voluptés plutôt que
de Dieu (2 Tim. , III , 4). »
Souvenez-vous de ce que je vous dis :
si vous vous attachez aux plaisirs de la
terre, ce sont des choses qui tuent les âmes.
Il n'y a pas de chemin plus sûr pour endur
cir la conscience, pour rendre les cœurs
secs et impénitents, que de lâcher la bride
aux désirs de la chair et de la passion.
Cela semble sans importance en commen
çant, mais à la longue cela produit les
plus funestes résultats.
· · Considérez ce que dit saint Pierre :
« Abstenez - vous des convoitises char
nelles qui font la guerre à l'âme (1 Pierre,
II, 11). » Elles détruisent la paix de
l'âme , ruinent sa force et la retiennent
dans une rude captivité.
Voyez encore ce que dit saint Paul .
» Faites donc mourir ce qui compose en
vous l'homme terrestre (Col., III, 5). —
Ceux qui sont à Christ ont crucifié la chair
— 46 —

avec ses passions et ses convoitises (Gal 5

V, 14). — Je traite mon corps durement


et je le tiens assujetti (1 Cor., IX, 27). »
Autrefois, le corps était une demeure
parfaite pour l'âme. — Maintenant, il est
devenu un foyer de corruption et de dé
sordre, et il nécessite une constante sur
veillance, — il est un fardeau pour l'âme
et non un appui, — il est un obstacle et
non un aide. — Il peut parfois devenir un
serviteur utile, mais il est toujours un
mauvais maître. — Saint Paul ajoute en
core : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus
Christ et n'ayez pas soin de la chair pour :
satisfaire à ses convoitises (Rom. , XIII ,
14). » Ce sont ces paroles mêmes qui pro ſ
duisirent une telle impression sur l'esprit
de saint Augustin que, de jeune homme
licencieux qu'il était , il fut changé en
fidèle serviteur de Jésus-Christ. Jeunes
gens, je désire qu'elles produisent sur vous
le même effet
Rappelez-vous encore, si vous voulez
— 47 --

vous adonner aux plaisirs terrestres, qu'ils


sont tous vides, vains, et ne satisfont
jamais. De même que les sauterelles, dont
il est parlé dans la vision de l'Apoca
lypse, paraissent avoir des couronnes d'or
sur la tête, vous ne tarderez pas à vous
apercevoir que , semblables à ces saute
relles , les plaisirs ont des aiguillons, de
vrais aiguillons dans leur queue. —Tout ce
qui brille n'est pas or. Tout ce qui est doux
n'est pas bon, et tout ce qui plaît pour un
temps ne donne point une satisfaction réelle.
Essayez, si vous le voulez, de jouir à
satiété des plaisirs terrestres; mais votre
cœur n'en sera jamais satisfait. Il y aura
toujours au-dedans de vous une voix qui
criera comme la sangsue des Proverbes :
« Apporte, apporte. » Il y aura toujours
une place vide que Dieu seul peut remplir.
Vous trouverez, comme Salomon en fit
l'expérience, que les plaisirs terrestres ne
sont qu'un vaine apparence, vanité, tour
ment d'esprit, sépulcres blanchis, agréa
— 48 —

bles à la vue extérieure , mais au-dedans


pleins d'cssements de mort et de corrup
tion. Croyez-moi, il est bien meilleur d'être
sage à temps; il vaut mieux écrire le mot
de poison sur tous les plaisirs de la chair.
Il faut même user avec modération des
plus légitimes. Ils deviennent tousune ruine
pour l'âme, si vous leur donnez vos cœurs.
Et ici je n'hésite pas à avertir tous les
jeunes gens de se rappeler le 7e comman
dement : de se garder de l'adultère, de la
fornication et de toute impureté. Je crains
qu'on n'ait souvent à se reprocher un
manque de clarté et de fidélité dans la pré
dication de cette partie de la loi de Dieu.
Mais quand je vois comment les prophètes
et les apôtres ont traité ce sujet ; quand
j'observe la manière ouverte avec laquelle
nos anciens réformateurs dénoncent ce pé
ché ; quand je vois le grand nombre de
jeunes gens qui marchent sur les traces de
Ruben , de Hophni, de Phinées et d'Am
mon, je ne saurais me résoudre en bonne
- – 49 —

conscience à me taire.Je doute fort que le


monde soit meilleur, ſi algré le silence ex
cessif qu'on garde sur ce commandement.
Pour ce qui me regarde, je tiendrais
pour une délicatesse fausse et anti-scrip
turaire de ne pas oser dire de ce péché
tout particulièrement , que c'est le péché
des jeunes gens.
La violation du 7e commandement laisse
sur l'âme des cicatrices plus profondes
qu'aucun autre péché que l'homme puisse .
commettre. C'est un péché qui compte des
milliers de victimes dans tous les âges. Il
a fait tomber plusieurs des saints hommes
des temps passés : Lot, Samson et David
en offrent d'effrayants exemples. C'est le
péché que l'homme commet le sourire sur
les lèvres, qu'il déguise et adoucit en lui
donnant les noms de mondanité, de légè
reté, d'entraînement, d'irrégularité. Mais
c'est le péché qui réjouit le plus Satan, car
il est , lui, « un esprit impur, » et c'est
celui que Dieu a surtout en abomination et
— 50 —

qu'il déclare «qu'il jugera (Rom., Xli1, 4). »


Jeunes gens, « fuyez la fornication
(1 Cor. , VI , 18), » si vous aimez la vie.
« Que personne ne vous séduise par de
vains discours, car c'est à cause de ces
choses-là(la fornication, l'impudicité) que la
colère de Dieu vient sur les enfants re
belles (Eph., V, 5, 6). » Fuyez les occa
sions qui peuvent vous y faire tomber, les
compagnons qui peuvent vous y entraîner,
les lieux qui vous exposent à ses tenta
tions. Lisez ce que notre Seigneur en dit
dans Matth. , V, 28. Faites comme Job
« un accord avec vos yeux. » Evitez
d'en parler. C'est une de ces choses qu'on
ne doit pas même nommer. Vous ne
pouvez pas toucher de la poix sans vous
salir les mains. Fuyez les pensées qui s'y
rapportent, résistez-leur, mortifiez-les ,
priez pour en être délivrés. — Chassez-les
quoi qu'il vous en coûte. L'imagination est
la serre chaude qui hâte le développe
ment des bourgeons du péché. Si vous
— 51 — -

tenez en bride vos pensées, vos actes


seront peu à redouter.

3° Le troisième avertissement que je


vous donne est celui-ci : Gardez-vous de
l'irréflexion et de l'imprudence.
L'irréflexion est cause de la perte éter
nelle de bien des milliers d'âmes. Les
hommes n'aiment pas à réfléchir, — ils ne
veulent pas regarder dans l'avenir, — ils
ne veulent pas regarder autour d'eux ,
— ils ne veulent pas arrêter leurs pen
sées sur la fin de leur vie, ni sur les
conséquences certaines de la voie qu'ils
suivent, — et ils finissent par se réveiller
et par trouver qu'ils sont damnés pour
n'y avoir pas réfléchi.
Jeunes gens, ce danger est particuliè
rement le vôtre, vous connaissez peu de
chose des périls qui vous entourent, et
alors vous marchez sans précautions. -
Vous craignez la fatigue d'une réflexion
raisonnable et suivie, et par suite vous
— 52 —

prenez de mauvais partis, et vous vous


jetez tête baissée dans le malheur. — Le
jeune Esaü veut absolument avoir le potage
préparé par son frère, et il lui vend son
droit d'aînesse; il n'avait jamais réfléchi
combien il en aurait besoin un jour.
Les jeunes Siméon et Lévi voulurent
absolument venger leur sœur Dina, et
tuer les habitants de Sichem. Ils n'avaient
pas réfléchi combien ils causeraient par là
de trouble et d'angoisse à leur père Jacob
et à sa famille. Job semble avoir été tout
spécialement effrayé de cette irréflexion
pour ses enfants ; car il est écrit que, .
quand ils revenaient d'une fête et que les
jours de leurs festins étaient achevés, Job
envoyait vers eux et les purifiait , et, se
levant de bon matin , il offrait des holo
caustes pour chacun d'eux, « car, disait-il,
peut-être que mes enfants auront péché et
blasphémé contre Dieu dans leurs cœurs
(Job, I, 5); » et Job en usait toujours ainsi.
Croyez-moi, le monde n'est pas un lieu
— 53 —

dans lequel nous puissions faire le bien


sans y penser, et encore moins le bien
des âmes. Satan, qui sait que le cœur
inconverti (semblable aux livres de comp
tes d'un négociant malhonnête) ne peut
supporter qu'on l'examine à fond, mur
mure à vos oreilles ces paroles : « Ne
réfléchissez pas tant ; » mais la Parole de
Dieu dit tout au contraire : « Considérez
vos voies, pesez-les, réfléchissez, soyez
sages. » — Il y a un proverbe espagnol
qui dit : « que la précipitation vient du
démon. » — De même qu'on dit que l'on
se marie à la hâte et qu'on se repent à
loisir, — de même aussi il ne faut qu'une
minute pour faire une faute dont on souffre
pendant de longues années. Comme on voit
de mauvais serviteurs, après avoir fait une
faute, dire : « je n'y avais jamais songé, »
de même aussi les jeunes gens péchent
et disent : « Je n'y avais pas pensé, je
ne regardais pas cela comme un péché, »
croyant excuser la faute par l'irréflexion.
— 54 —

Que fallait-il donc pour vous faire regar


der cette faute comme un péché? — Le pé
ché ne viendra pas à vous pour vous dire :
Je suis le péché ; s'il le faisait , il serait
bien moins dangereux. — Le péché sem
ble toujours bon, agréable et désirable,
au moment où on le commet. — Oh !
acquérez la sagesse et la discrétion; rappe
lez-vous ces paroles de Salomon : « Ba
lance le chemin de tes pieds , et toutes
tes voies seront affermies (Prov., IV, 26). »
Peut-être m'accusera-t-on de vouloir
l'impossible : que, de même que le prin
temps n'est pas la saison des fruits, la
jeunesse n'est pas non plus le temps de
la vie où l'homme doive être grave et ré
fléchi. Je répondrai que ce risque est peu
de chose par le temps qui court. Dire des
folies, des bouffonneries, des bons mots ,
se livrer à une gaîté excessive, sont des
goûts trop communs. - Sans doute, cha
que chose a son temps; mais être toujours
léger, badin, ce n'est guère être sage. Que
— 55 —

disait le plus sage des hommes ? « Il vaut


mieux aller dans la maison de deuil que
d'aller dans la maison de festin, car on voit
dans celle-là la fin de tout homme, et celui
qui est vivant met cela dans son cœur.
La tristesse vaut mieux que le ris, parce
que, par la tristesse du visage, le cœur
devient joyeux. Le cœur des sages est
dans la maison de deuil; mais le cœur des
insensés est dans la maison de joie(Ecclés.,
VII, 2, 3, 4). »
Matthieu Henry raconte l'histoire d'un
grand homme d'état de la reine Elisabeth,
qui s'était retiré de la vie publique dans
ses derniers jours et s'occupait de pensées
sérieuses. - Ses anciens amis étant venus
le voir dans sa retraite , lui dirent qu'il
était devenu mélancolique. « Non, répli
qua-t-il, je suis seulement sérieux, car
tout autour de moi est sérieux. — Dieu est
sérieux quand il nous observe, — Jésus
est sérieux quand il intercède pour nous,
— l'Esprit est sérieux en luttant avec
— 56 —
nous, — la vérité de Dieu est sérieuse,
— nos ennemis spirituels sont sérieux
dans leurs efforts pour nous perdre, —
les pauvres pécheurs qui sont dans les
enfers sont sérieux ; — pourquoi ne le
serions-nous pas aussi? »
Jeunes gens, apprenez à être réfléchis,
— à considérer ce que vous faites, — où
vous allez, — prenez votre temps pour
réfléchir avec calme, — entretenez-vous
en silence avec votre propre cœur, - ne
vous perdez pas par pur manque de ré
flexion.

4° Mon quatrième avis, est que vous


vous gardiez de mépriser la religion.
C'est encore là un de vos grands dan
gers. J'ai toujours observé qu'il n'est per
sonne qui fasse profession de respecter
si peu extérieurement la religion , que
les jeunes gens; — personne qui prenne si
peu de part aux services religieux, qui
soit si peu attentif aux moyens de grâce,
- 57 --
qui fasse si peu d'usage de la Bible, — qui
se mêle si rarement au chant des canti
ques, — qui écoute si mal les prédica
tions. Ils paraissent avoir honte de pren
dre quelque soin de leur âme; on croirait
même qu'ils regarderaient comme un mal
heur d'aller au ciel. Tout cela , c'est ce
mépris pour la religion dont je vous prie
de vous garder. Si c'est une chose bonne
que d'avoir de la religion, c'est une chose
nécessaire de la rechercher avec empres
Sement. -

Le mépris des choses saintes est la


grande route de l'incrédulité ; une fois
qu'un homme a commencé à se railler du
christianisme ou de ce qui s'y rattache,
je ne suis jamais surpris d'apprendre qu'il
soit devenu entièrement incrédule.
Jeunes gens, avez-vous sérieusement
envisagé l'abîme ouvert sous vos pas si
vous persistez à mépriser la religion ?
Rappelez-vous ces paroles de David :
« L'insensé a dit en son cœur : Il n'y a
— 58 —

point de Dieu (Ps. XIV, 1). » Quel autre,


qu'un insensé, peut avancer ce blasphème ?
D'ailleurs, il l'a dit, mais il ne l'a jamais
prouvé. Rappelez-vous que, s'il y eut ja
mais un livre qui fût vrai d'un bout à
l'autre, c'est la Bible. Ce livre a défié les
attaques de tous ses ennemis et tous ses
critiques. La Parole de Dieu a été éprou
vée de toute manière : plus elle a été cri
tiquée, plus il en est ressorti avec évidence
qu'elle est l'œuvre même du Saint-Esprit.
Qui croirez-vous, si vous ne croyez pas
à la Bible?Soyez sûrs que l'homme le plus
grossièrement crédule est celui qui nie
que la Bible soit la Parole de Dieu.
Il y a des hommes qui vous diront que
la Bible a ses difficultés, qu'elle contient
des choses dures à comprendre ; mais elle
ne serait pas l'œuvre de Dieu s'il en était
autrement. Qu'est-ce que cela prouve d'ail
leurs? Méprisez-vous les remèdes qu'on
vous donne parce que vous ne comprenez
pas l'effet qu'en attend le médecin ? Mais,
— 59 —

quoi qu'on en dise, les vérités nécessaires


· au salut sont aussi claires que le jour.
Soyez assurés que ceux qui rejettent la
Bible ne la rejettent pas faute de la com
prendre; ils la comprennent au contraire
trop bien ; ils voient qu'elle condamne
leur vie, ils comprennent qu'elle est un
témoin contre leurs péchés qui les appelle
en jugement ; ils essaient de se persuader
qu'elle est fausse et inutile, parce qu'ils
ne peuvent accorder qu'elle soit vraie.
« Une mauvaise vie, disait le célèbre lord
Rochester, en posant sa main sur sa Bible,
une mauvaise vie est la seule grande
objection à ce livre. Les hommes contes
tent la vérité du christianisme parce qu'ils
en détestent la pratique.
Jeunes gens, quand Dieu a-t-il manqué
de vous tenir parole? Jamais ; tout ce qu'il
a dit, il l'a fait ; — ce qu'il a prophétisé,
il l'a accompli. — A-t-il manqué à sa
parole au déluge, et quand il a détruit
Sodome et Gomorrhe ? Non. — Y a-t-il
— 60 —

manqué avec Jérusalem incrédule et avec


les Juifs dispersés sur toute la terre jus
qu'à cette heure? Non. — Oh ! prenez
garde d'être trouvés parmi les contemp
teurs de Dieu et d'être traités comme
eux ! - -

Ne vous moquez jamais de la religion


ne faites jamais des plaisanteries sur les
choses sacrées , ne vous riez pas des gens
sérieux qui se préoccupent du salut de
leurs âmes. Le temps viendra où vous
trouverez bienheureux ceux dont vous
vous serez moqués ; alors votre rire sera
changé en tristesse , et votre moquerie
· en remords. -

5° Le dernier avertissement que je vous


donne est celui-ci : Gardez-vous de la
crainte de l'opinion des hommes.
La crainte de l'homme fait tomber dans
le piége (Prov., XXIX, 25). C'est un ter
rible pouvoir que celui qu'exerce cette .
crainte sur le plus grand nombre des es
— 61 —

prits, et spécialement sur ceux des jeunes


gens. Il en est peu qui pensent par eux
mêmes ; ils sont semblables à ces poissons
morts qui sont entraînés par le courant ou
la marée. — Ils trouvent juste ce que les
autres appellent juste, et mal ce que les au
tres trouvent mal. — Il y a peu de penseurs
indépendants dans le monde. En général,
les hommes sont comme les moutons, et
suivent celui qui marche le premier. - Si
c'était aujourd'hui la mode de se faire
romaniste, ils se feraient romanistes. —
Si c'était celle de se faire mahométans,
ils seraient , mahométans. — Ce qu'ils
redoutent , c'est de marcher contre le
courant du temps où ils vivent. En un
mot, l'opinion du jour devient leur re
ligion, leur croyance, leur Bible, leur
Dieu.
Cette pensée, « que diront de moi mes
amis ? » détruit un bon nombre de bonnes
inclinations dans leur germe. La crainte
d'être remarqué, moqué, tourné en ridi
- 2.
— 62 —

cule, empêche bien de bonnes habitudes


de prendre racine. — Bien des gens liraient
volontiers leur Bible, s'ils l'osaient : ils sa
vent que c'est un devoir ; mais que diront
les gens ? Bien des genoux peut-être plie
raient ce soir même pour prier, qui sont
arrêtés par la crainte des hommes. Que di
raient ma femme, mon frère, mon ami, mon
compagnon, s'ils me voyaient prier ? Hé
las ! quel détestable esclavage, et combien
il est commun ! « Je craignais le peuple, »
disait Saül à Samuel ; et c'est ainsi qu'il
transgressa le commandement de l'Eternel
(1 Sam. , XV, 24). « Je crains les Juifs, »
disait Sédécias, roi de Juda , et ainsi il
désobéit à l'avis que Jérémie lui donnait
(Jér., XXXVIII , 19). Hérode s'inquiétait
de ce que ses hôtes penseraient de lui ; et
ainsi il se décida à faire ce qui lui fai
sait, dit-il, « une grande peine; » il fit
décapiter Jean-Baptiste. Pilate craignait
d'offenser les Juifs; et il fit ce qu'il re
connaissait dans sa conscience être une
— 63 —

criante injustice : il livra Jésus pour être


crucifié. — Si ce n'est pas de l'escla
vage, et même du plus rude, qu'est-ce
donc ? -

Jeunes gens, je désire vous voir déli


vrés de cette servitude, et peu soucieux
de l'opinion des hommes, quand le sentier
du devoir est clair. — Croyez-moi, c'est
une grande chose que de savoir dire non :
c'était le côté faible du bon roi Josaphat ;
il consentit trop facilement à agir de con
cert avec Achab : et il en résulta beaucoup
de malheurs (1 Rois, XXII, 4). Apprenez
à dire non, sans vous laisser arrêter par
la crainte d'être trouvés d'un caractère
difficile. Quand les pécheurs cherchent à
vous enlacer, sachez dire courageuse
ment : Non !
Considérez combien cette crainte de
l'homme est déraisonnable ; l'inimitié de
l'homme est de courte durée, et le tort
qu'elle peut vous faire est peu de chose !
« Qui es-tu, pour avoir peur de l'homme
— 64 —

mortel qui mourra, et du fils de l'homme qui


deviendra comme du foin ? et qui as oublié
l'Eternel, qui t'a formé , qui a étendu les
cieux, et fondé la terre (Es., LI, 12, 13)? »
A quoi sert d'ailleurs cette crainte ? Per
sonne n'en aura meilleure opinion de vous;
au contraire, le monde lui-même, qui
n'aime pas la religion, respecte toujours le
plus ceux qui se prononcent le plus réso
lument pour Dieu. — Brisez donc ces
liens, jetez loin de vous ces chaînes ! Ne
rougissez pas de ce que les hommes voient
votre désir de vivre pour le ciel, de vous
montrer serviteurs de Christ. — Ne
vous effrayez jamais de faire ce qui est
bien.
Rappelez-vous de ces paroles de Jésus :
« Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer
le corps, et après cela ne peuvent rien
faire de plus; mais plutôt craignez celui
qui peut perdre l'âme et le corps dans la
gehenne (Matth. , X, 28). » Cherchez à
plaire à Dieu d'abord, et il vous rendra
— 65 —

bientôt agréable aux hommes. « Quand


l'Eternel prend plaisir aux voies d'un
homme, il apaise même envers lui ses
ennemis (Prov. , XVI, 7). »
. Prenez donc bon courage, jeunes gens !
ne vous inquiétez pas de ce que le monde
pense ou dit ; vous ne serez pas toujours
de ce monde. L'homme peut-il sauver votre
âme ? Non. — L'homme sera-t-il votre
juge dans le grand et redoutable jour des
rétributions ? Non. — L'homme peut il
vous donner une bonne conscience pen
dant la vie, une bonne espérance dans la
mort, une bonne réponse au matin de la
résurrection ? Non, trois fois non ! — A
tout cela l'homme ne peut rien. Ne craignez
donc ni son blâme ni ses outrages ; car
« la teigne les mangera comme un vête
ment, et les vers les rongeront comme la
laine (Es. , LI , 7 , 8). »
Tels sont les avertissements que je vous
donne, serrez-les dans votre cœur ; ils
méritent que vous y pensiez sérieusement.
— 66 —

Je serais bien surpris, s'ils ne vous étaient


pas de la plus grande nécessité ; Dieu
veuille qu'ils ne vous aient pas été don
nés en vain !
— 67 —

CHAPITRE III.
QUELQUES CONSEILS QUE JE VOUS CONJURE DE
RECEVOIR.

Ils sont en petit nombre, comparés à


ceux qu'il y aurait à donner ; mais,
croyez-moi, ils sont tous de la plus haute
importance.
10 Cherchez d'abord à acquérir une vue
claire du mal du péché. — Jeunes gens,
si vous saviez ce que c'est que le péché,
vous ne trouveriez pas que je vous presse
trop fortement sur ce sujet. Vous ne le
voyez pas sous ses véritables couleurs, —
vos yeux sont naturellement aveuglés sur
sa culpabilité et sur ses dangers. De là,
vous ne pouvez bien comprendre ce qui
éveille si fort ma sollicitude à votre sujet.
— Oh ! puisse le démon ne pas réussir à
— 68 —

vous persuader que le péché n'est qu'une


chose indifférente !
Pensez d'abord à ce que dit la Bible du
péché, comment il habite naturellement
dans le cœur de tout homme et de toute
femme qui vit (Eccl., VII , 20. Rom.,
1II, 23); comment il souille nos pen
sées, nos paroles et nos actions, et cela
continuellement (Gen. , VI, 5. Matth.,
XV , 19) ; comment il nous rend tous
coupables et condamnables aux yeux d'un
Dieu très-saint (Es., LXIV , 6. Hab. ,
I , 13); comment il nous laisse entiè
rement sans espérance de salut, si nous
regardons à nous-mêmes (Ps. CXLIII , 2.
Rom., Ill, 20); comment son fruit dans
ce monde c'est la honte, et son salaire
dans le monde à venir c'est la mort (Rom.,
VI, 21, 23). — Je vous le dis aujourd'hui,
être mourant de consomption sans s'en
douter, n'est pas une chose plus triste
que d'être un homme vivant et de ne pas
connaître le péché.
— 69 —

Pensez ensuite à l'épouvantable change


ment que le péché a opéré dans toutes nos
natures. L'homme n'est pas longtemps
resté dans l'état où il était, quand Dieu
le tira de la poudre de la terre. ll était sorti
des mains de son Créateur droit et exempt
de péché (Eccl. , VIl , 29). Aux jours de
la création, il était, comme toutes les œu
vres de Dieu , très-bon (Gen. , I , 31). Et
qu'est-il devenu aujourd'hui ? Une créature
déchue, une ruine, un être qui étale par
dessus tout les signes de la corruption. —
Son cœur, semblable à Nébucadnetsar,
est dégradé et terrestre, regardant en
bas et non pas en haut ; — ses affections,
semblables à une maison en désordre et
privée de son maître, offrent un spectacle
de folie et de confusion ; — son intelli
gence , semblable à une lampe vacil
lante, ne peut ni le guider ni lui fournir
des lumières suffisantes pour distinguer
le bien du mal ; — sa volonté, sembla
ble à un navire sans gouvernail , ballot
— 70 —

tée çà et là par chaque désir , et ne


montrant de la fixité que dans la pré
férence qu'elle donne à toute espèce de
voie sur les voies de Dieu. Hélas ! quelle
ruine, comparée à ce que l'homme aurait
dû être ! — Ah ! nous comprenons bien
que le Saint-Esprit emploie les mots d'aveu
glement, d'étourdissement, de maladie,
de sommeil et de mort, quand il veut
peindre l'homme tel qu'il est, et c'est le
péché qui l'a fait ainsi.
Pensez aussi à ce qu'a coûté l'expiation
pour le péché et pour procurer le pardon
aux pécheurs. Le Fils de Dieu lui-même
a dû venir dans le monde prendre sur lui
notre nature, afin de payer le prix de
notre rançon, et de nous délivrer de la
malédiction de la loi violée. Celui qui était
au commencement avec le Père, et par
qui toutes choses ont été faites, a dû
souffrir pour le péché, lui juste pour les
injustes; il a dû mourir de la mort des
malfaiteurs, afin que le chemin du ciel
— 71 —

fût ouvert à nos âmes. — Voyez le Sei


gneur Jésus méprisé et rejeté des hom
mes, frappé, moqué, insulté ; regardez-le,
répandant son sang sur la croix du Cal
vaire. Ecoutez-le, criant dans son ago
nie : « Mon Père ! mon Père ! pour
quoi m'as-tu abandonné? » Voyez le soleil
s'obscurcir, les rochers se fendre à cette
vue, et alors contemplez ce que doit être
le mal et la culpabilité du péché.
Pensez aussi à ce que le péché a déjà
fait sur la terre. Il a expulsé Adam et
Eve du paradis. - Il a amené le déluge
sur l'ancien monde, — causé la destruc
tion par le feu de Sodome et Gomorrhe,
— noyé Pharaon et son armée dans la mer
Rouge, — détruit les sept méchantes na
tions du pays de Canaan, — dispersé les
douze tribus d'lsraël sur la surface du
globe. Le péché seul est la cause de tout
cela.
Pensez encore au malheur et à l'afflic
tion que le péché a causé et cause encore
— 72 —

chaque jour. La douleur, les maladies et


la mort, — les batailles, les guerres et les
divisions, — l'envie, la jalousie et la ma
lice, — la tromperie, la fraude et le men
songe, — la violence, l'oppression et le
pillage, — l'égoïsme, la dureté et l'ingra
titude, — toutes ces choses sont les fruits
du péché. Le péché est leur père; c'est lui
qui a gâté et souillé la face de la création
de Dieu. -

- Jeunes gens, considérez ces choses, et


mon langage ne vous surprendra plus; —
sûrement , si vous y pensiez plus sérieu
sement, vous rompriez avec le péché pour
toujours. Voulez-vous donc jouer avec du
poison ? voulez-vous plaisanter avec l'en
fer ? voulez-vous prendre du feu dans vos
mains ? voulez-vous recueillir dans votre
sein votre plus mortel ennemi ? voulez
vous cheminer dans la vie sans vous
inquiéter si vos péchés vous sont remis
ou non , si le péché a domination sur
vous ou vous sur lui ? — Oh ! réveillez
— 73 —

vous, pour sentir la culpabilité et les dan


gers du péché. — Rappelez-vous ces paro
les de Salomon : « Les insensés (et les
insensés seuls) excusent le péché (Prov.,
XIV, 9). » Ecoutez la requête que je vous
adresse aujourd'hui ; priez Dieu qu'il vous
montre le mal réel du péché, afin que vos
âmes soient sauvées. - -

20 Le second conseil que je vous donne


' est celui-ci : Cherchez à croître dans la
connaissance du Seigneur Jésus-Christ.
, C'est la chose principale en religion ;
c'est la pierre de l'angle du christianisme.
Jusqu'à ce que vous ayez cette connais
sance, mes avertissements et mes conseils
seront inutiles, et vos efforts, quels qu'ils
soient, seront vains. - Une religion sans
Christ est une montre sans le ressort qui
la fait mouvoir.
Mais tâchez de me bien comprendre.
Ce que j'entends, ce n'est pas une simple
connaissance du nom de Christ, — c'est
3
— 74 —

la connaissance de sa miséricorde, de sa
grâce , de son pouvoir. — ll s'agit de le
connaître, non-seulement par l'ouïe, mais
par l'expérience de vos cœurs. Il faut que
vous le connaissiez par la foi. — ll faut ,
comme le dit saint Paul, « connaître l'ef
ficace de sa résurrection..... étant rendu
conforme à lui dans sa mort (Phil., III,
10). » Il faut que vous puissiez dire de
lui : Il est ma paix et ma force, ma vie et
ma consolation, mon médecin , mon ber
ger, mon Sauveur et mon Dieu.
Si j'appuie autant sur ce point, c'est
« qu'en Christ seul toute plénitude habite
(Col. , I , 19); » parce qu'en lui seul on
trouve en abondance tout ce qu'exigent
les besoins de nos âmes. — De nous
mêmes, nous sommes de pauvres et mi
sérables créatures, — dépourvues de jus
tice et de paix, — vides de force et de
consolation, de courage et de patience, —
incapables de pouvoir nous soutenir, ou
marcher, ou progresser dans ce méchant
— 75 —
monde. C'est en Christ seul que toutes ces
choses peuvent se trouver : grâce, paix,
sagesse, justice, sanctification et rédemp
tion. Nous ne sommes des chrétiens déci
dés que dans la proportion de notre union
avec lui. C'est seulement quand le moi
n'est rien, quand Christ est toute notre
confiance , que nous pouvons faire de
grandes choses. Alors seulement nous
sommes armés pour le combat de la vie,
et nous pouvons triompher. — Alors seu
lement nous sommes préparés pour le
voyage de la vie, et nous pouvons avancer.
— Vivre en Christ, tirer tout de Christ,
faire tout dans la force de Christ, et regar
der toujours à Christ, c'est là le véritable
secret de toute prospérité spirituelle. « Je
puis tout, disait Paul , en Christ qui me
fortifie (Phil., IV, 13). »
Jeunes gens, je place devant vous,
aujourd'hui même, Jésus-Christ comme le
trésor de votre âme. — Si vous voulez
l'obtenir , commencez à aller à lui. Que ce
— 76 —

soit votre premier pas. — Allez à Christ.


— Qu'avez-vous besoin de consulter vos
amis ? n'est-il pas votre meilleur ami ?
« un ami qui vous vaut mieux qu'un frère
(Prov. , XVIII , 24)? » Vous sentez-vous
indigne à cause de vos péchés ? ne crai
gnez rien, « son sang purifie de tout
péché. » Il a dit que, « quand vos péchés
seraient rouges comme l'écarlate, ils seront
blanchis comme la neige (Esaïe, I, 18). »
Vous sentez-vous faibles et incapables de
le suivre ? ne craignez rien, il vous don
nera le pouvoir de devenir enfants de Dieu.
— Il vous enverra son Saint-Esprit pour
habiter en vous et pour vous sceller de
son sceau. — ll vous donnera un nouveau
cœur , et mettra en vous un nouvel
esprit. — Etes-vous inquiets et possédés
par quelque infirmité particulière ? ne
craignez rien, il n'y a aucun mauvais
esprit que Jésus ne puisse chasser;-il n'y
a pas de maladie de l'âme qu'il ne puisse
guérir. Sentez-vous des doutes et des
— 77 —

craintes? chassez-les loin de vous. « Venez


à moi, » dit-il ; il ne repoussera aucun
de ceux qui vont à lui. — Il connaît
bien le cœur d'un jeune homme. ll con
naît vos épreuves et vos tentations , vos
difficultés et vos ennemis. Dans les jours
de sa chair, il était semblable à vous, et
était un jeune homme de Nazareth. Il sait
par expérience ce que c'est qu'un cœur
de jeune homme. ll sera touché de com
passion pour vos infirmités, car il a souf
fert lui-même et a été tenté. Certainement,
vous serez sans excuse, si vous vous dé
tournez d'un tel Sauveur et d'un ami tel
que lui.
Ecoutez donc la requête que je vous
adresse aujourd'hui. Si vous aimez la vie,
cherchez à croître dans la connaissance
de Jésus-Christ.

3° Le troisième conseil général que je


vous donne est celui-ci : Etablissez, comme
un principe fixe dans votre esprit, qu'il
— 78 —

n'y a rien de plus, important pour vous


que votre âme.
Votre âme est éternelle. — Elle vivra à
jamais. Le monde et tout ce qu'il contient
passera, quelque ferme, solide et bien
organisé qu'il soit. Le monde aura une fin.
« La terre et tout ce qu'elle contient sera
brûlée (2 Pierre, IIl, 10). Les œuvres
des hommes d'état, des écrivains, des
architectes, des peintres, sont de courte
durée, et vos âmes survivront à toutes.
La voix des anges proclamera un jour
qu'« il n'y a plus de temps (Apoc., X, 6); »
mais cette parole ne sera jamais dite de
vos âmes. -

Efforcez-vous , je vous en conjure, de


réaliser en vous ce fait , que votre âme
est la seule chose pour laquelle vous de
vez vivre..... que c'est la partie de vous
mêmes qui mérite seule d'être prise en
considération. Aucune occupation, aucun
lieu n'est bon pour vous, s'il porte un pré
judice à votre âme. — Aucun ami, aucun
— 79 —
compagnon ne mérite votre confiance ,
s'il traite avec légèreté les intérêts de votre
âme. L'homme qui vous blesse dans votre
personne , dans vos biens , dans votre
caractère, ne vous cause qu'un dommage
temporaire. — Votre véritable ennemi est
celui qui cherche à faire tort à votre âme.
Réfléchissez un moment au but pour
lequel vous avez été placés dans ce monde.
Ce n'est pas simplement pour manger,
pour boire et pour satisfaire aux désirs de
la chair; ce n'est pas simplement pour
parer votre corps et pour suivre ses con
voitises partout où elles veulent vous me
ner; ce n'est pas pour travailler, rire et
causer, pour jouir et ne songer à aucune
autre chose qu'au temps présent. Non ;
vous êtes destinés à quelque chose de plus
élevé et de meilleur que tout cela. Vous
êtes placés ici pour vous préparer à l'éter
ternité. Votre corps n'est destiné qu'à ser
vir d'habitation à votre âme immortelle.
C'est vous éloigner du but que Dieu s'est
— 80 —

proposé en vous créant , que de faire


(comme beaucoup font) de l'âme une ser
vante du corps, et non du corps un ser
viteur de l'âme. -

Jeunes gens, Dieu ne fait aucune accep


tion de personnes. Il ne regarde, ni au
vêtement, ni à la fortune, ni au rang, ni
à la position de qui que ce soit. — Il ne
nous voit pas avec des yeux d'homme. Le
saint le plus pauvre, mort dans une mai
son de travail, est plus noble à ses yeux
que le plus riche pécheur qui ait jamais
terminé ses jours dans un palais. — Dieu
ne regarde pas aux richesses, aux titres,
au savoir, à la beauté, ni à aucune autre
chose de cette espèce ; Dieu ne fait atten
tion qu'à une seule chose : c'est à nos
âmes immortelles. ll juge tous les hommes
à un seul étalon, à une seule mesure, à
une seule pierre de touche, à l'état de
leurs âmes. - -

Noubliez pas cela : veillez aux intérêts


de votre âme, le matin, le soir , à midi.
— 81 —

— Chaque jour, à votre lever, priez pour


sa prospérité; et le soir, en vous cou
chant, examinez si elle y a fait quelques
progrès. - Souvenez-vous de la réponse
de cet ancien peintre (1) auquel on de
mandait pourquoi il travaillait avec tant
d'ardeur. « Je peins pour l'éternité, »
dit-il. — Ne rougissez pas de penser et
d'agir comme lui ; ayez les yeux de votre
esprit fixés sur votre âme immortelle ; et
quand les hommes vous demanderont pour
quelle raison vous vivez de cette manière,
répondez-leur que vous vivez pour votre
âme. Croyez-moi, le jour approche où
l'âme sera la seule chose dont on s'occu
pera, et la seule question importante sera
celle-ci : Mon âme est - elle sauvée ou
perdue ?

4° Le quatrième conseil général que je


vous donne est celui-ci : Adoptez ferme

(1) Zeuxis.
— 82 —

ment ce principe, qu'il est possible à un


jeune homme de servir Dieu.
Je crains les piéges que Satan peut ten
dre devant vos pas à ce dernier égard, et
qu'il ne réussisse à insinuer dans vos es
prits cette fausse idée, qu'être un véritable
chrétien dans la jeunesse, c'est chose im
possible. J'en ai. connu plusieurs qui ont
été entraînés par cette tromperie ; j'ai
entendu dire : « Vous exigez l'impossible
en attendant autant de religion des jeunes
gens. - La jeunesse n'est pas le temps
du sérieux. Nos désirs sont trop vifs, et
on n'a jamais pu prétendre que nous réus
sissions à les comprimer, comme vous l'at
tendez de nous. Dieu a voulu que nous
jouissions de la vie. Il reste dans l'avenir
bien assez de temps pour nous occuper
de religion. » Et ce langage n'est que trop
encouragé par le monde, qui n'est que
trop porté à fermer les yeux sur les péchés
de la jeunesse. Le monde croit que cela
coule de source, et que les jeunes gens doi
—- 83 —

vent « jeter leur premier feu. » Il sem


ble accorder, comme une chose reçue, que
les jeunes gens doivent être irréligieux et
qu'il leur est impossible de suivre Christ.
Jeunes gens, je vous adresserai cette
simple question : Où trouvez-vous quel
que chose de tout cela dans la Parole de
Dieu? où est le chapitre ou le verset de la
Bible qui vienne à l'appui de ces discours
et de ces raisonnements du monde ? La
Bible ne s'adresse-t-elle pas aux vieux et
aux jeunes indifféremment, sans distinc
tion ? Le péché n'est-il pas un péché, qu'il
soit commis à vingt ou à cinquante ans?
Au jour du jugement, croyez-vous que
cette excuse aura le moindre poids, quand
vous direz : « Je le sais, j'ai péché ; mais
alors j'étais jeune. » Consultez votre bon
sens , et il vous forcera à renoncer à une
semblable excuse ! Vous êtes responsables
de votre conduite, et vous en rendrez
compte à Dieu depuis le moment où vous
avez pu discerner le bien du mal.
— 84 —

Je sais qu'il y a de grandes difficultés


sur le chemin de la jeunesse, je l'accorde
pleinement ; mais il y en a toujours pour
suivre la ligne du devoir. Le chemin qui
mène au ciel est toujours étroit, aussi
bien pour les vieux que pour les jeunes.
Il y a des difficultés, — mais Dieu vous
fera la grâce de les surmonter. Dieu n'est
pas un maître dur ; il ne vous ordonnera
pas, comme Pharaon, de faire des bri
ques sans vous fournir la paille pour les
cuire. Il prendra soin que le chemin
du devoir soit toujours praticable. Il ne
donne jamais à l'homme un commande
ment sans lui fournir le pouvoir et le
moyen de s'y conformer.
Il y a des difficultés, — mais un grand
nombre de jeunes gens les ont surmontées
jusqu'ici, et il en peut être de même de
vous. Moïse était un jeune homme, ayant
les mêmes passions que vous ; eh bien,
voyez ce qui est dit de lui dans l'Ecri
ture : « Par la foi, Moïse, devenu grand,
— 85 —

renonça à la qualité de fils de la fille de


Pharaon , choisissant plutôt d'être affligé
avec le peuple de Dieu, que de jouir pour
un peu de temps des délices du péché !
Et regardant l'opprobre de Christ comme
des richesses plus grandes que les trésors
de l'Egypte , parce qu'il avait en vue la
rémunération (Héb. , XI , 24 , 26). » Da
niel était un jeune homme, quand il com
mença à servir Dieu à Babylone. Il était
entouré de toute espèce de tentations; peu
de gens étaient pour lui, et beaucoup con
tre lui. Cependant sa vie était tellement
irréprochable et conséquente , que ses
ennemis eux-mêmes ne purent trouver
aucune faute en lui , excepté « en ce qui
concernait la loi de son Dieu (Daniel ,
VI , 5); » et ce ne sont pas là des cas iso
lés. Il y en a une foule d'autres que je
pourrais citer en témoignage; le temps
me manquerait, si je voulais parler des
jeunes lsaac, Joseph, Josué, Samuel,
David, Salomon , Abija, Abdias, Josias et
— 86 —

Timothée. — Tous ceux-là n'étaient pas


des anges, mais des hommes; ils avaient
des cœurs naturellement semblables aux
nôtres. Ils avaient eu aussi comme nous
des luttes à soutenir, des convoitises à
mortifier, des épreuves à endurer, des
postes difficiles à remplir ; mais, quoique
jeunes, ils ont tous trouvé possible de ser
vir Dieu. — Ne s'élèveraient-ils pas en
jugement contre vous, et ne vous con
damneraient-ils pas, si vous persistiez à
dire que la chose n'est pas possible ? .
Jeunes gens, essayez de servir Dieu ; et
quand le diable vous dit à l'oreille que c'est
impossible, résistez-lui. Essayez ! le Sei
gneur, le Dieu de la promesse, vous don
nera la force nécessaire pour réussir. Il
aime à se faire trouver par ceux qui
luttent pour venir à lui. Il ira au-de
vant de vous pour vous donner la puis
sance dont vous avez besoin. Ces paroles
de notre Seigneur sont vraies, quoique je
les aie souvent entendu sortir de bouches
— 87 —

insensibles et sans conviction : « Cher


chez, et vous trouverez; heurtez, et l'on
vous ouvrira (Matth., VII , 7). » Des diffi
cultés qui semblaient des montagnes, fon
dront alors comme la neige au printemps ;
des obstacles qui apparaissaient à une
certaine distance comme des géants, seront
réduits à rien quand vous les envisagerez
en face. — Le lion que vous craigniez de
rencontrer sur votre chemin, se trouvera
être enchaîné. — Si les hommes avaient
plus de foi dans les promesses, ils ne s'ef
fraieraient pas autant des devoirs; mais
rappelez-vous cet avis sur lequel j'insiste
fortement, c'est que, quand Satan vous
dit « que vous ne pouvez pas être chrétien
pendant le temps de votre jeunesse, »
vous lui répondiez : « Arrière de moi, Sa
tan l avec l'aide de Dieu, je m'efforcerai
de l'être. »

5° Un autre conseil que je vous donne,


c'est de vous décider à accepter la Bible
— 88 —

comme votre guide et votre conseil, tout


le temps de votre vie. -

La Bible est la ressource miséricordieuse


pour l'âme de l'homme pécheur, la carte
qu'il doit consulter pour le guider dans son
voyage vers la vie éternelle ; tout ce que
nous devons connaître pour nous donner
la paix et nous rendre saints et heureux,
s'y trouve en abondance. — Si un jeune
homme veut savoir comment il doit s'y
prendre pour bien commencer sa vie, qu'il
écoute ce que lui dit David : « Par quel
moyen un jeune homme rendra-t-il sa voie
pure ? C'est en y prenant garde selon ta
Parole (Ps. CXIX, 9). » .
Jeunes gens, habituez-vous à lire la Bi
ble et ne vous en laissez jamais détourner,
ni par le rire de compagnons moqueurs,
ni par les habitudes contraires de la fa
mille dans laquelle vous vivez. — Prenez
la résolution de vous réserver le temps
de la lire ; — ne vous laissez persuader
par personne que ce livre n'est bon que
— 89 —

pour les écoles du dimanche, pour les


enfants et pour les vieilles femmes. C'est
le livre dans lequel David puisait sa sagesse
et son intelligence ; c'est celui que Timo
thée connaissait depuis son enfance : ne
rougissez point de le lire, « ne méprisez
pas la Parole (Prov. , XIII, 13). » Lisez-la
avec prière, afin que l'Esprit de grâce vous
en donne l'intelligence. Lisez-la avec res
pect, comme étant la Parole de Dieu et non
celle de l'homme, croyant implicitement
que ce qu'elle approuve est juste, et que
ce qu'elle condamne est mauvais. Soyez
convaincu que toute doctrine qui ne s'ap
puie pas sur le texte même de l'Ecriture
est fausse; cela vous empêchera d'être
ballottés ici et là , et entraînés par les opi
nions dangereuses du temps où nous
vivons. Soyez sûrs que chaque action
de votre vie, qui est contraire à l'Ecri
ture, est coupable et doit être abandonnée.
Cela résoudra bien des questions de con
science et déliera le nœud de beaucoup
— 90 -

de doutes. Rappelez-vous l'histoire de ces


deux rois de Juda qui lisaient la Parole de
Dieu, mais d'une manière bien différente.
— Jéhojakin, après l'avoir lue, la déchira
en morceaux , et la jeta au feu (Jér. ,
XXXVI, 23). Et pourquoi ? Parce que son
cœur se révoltait contre elle, et qu'il était
résolu de ne pas lui obéir. — Josias la lut
aussi, puis il déchira ses vêtements et cria
puissamment auSeigneur(2Chr., XXXIV,
19). Et pourquoi ? Parce que son cœur était
touché et obéissant, et qu'il était disposé
à faire tout ce que l'Ecriture lui représen
tait comme étant son devoir. — Oh ! puis
siez-vous suivre ce dernier exemple et
non pas l'autre.
De plus, lisez-la régulièrement. C'est
le seul moyen de devenir puissant dans
les Ecritures. Un regard jeté à la hâte
et de temps en temps sur la Bible fera
peu de bien. — Par là, vous ne devien
drez jamais familiers avec ses trésors,
et ne sentirez pas l'épée de l'Esprit as
— 91 —

surée dans votre main , à l'heure du


combat !
Tenez votre cœur nourri de l'Ecriture
en la lisant attentivement, et vous décou
vrirez bientôt son prix et sa puissance. —
Les textes se révèleront à vos cœurs au
moment de la tentation ; les commande
ments se reproduiront d'eux-mêmes dans
les temps de doute; les promesses vien
dront s'associer à vos pensées pendant les
heures de découragement ; et ainsi vous
ferez l'expérience de ces paroles de David :
« J'ai serré ta Parole en mon cœur, afin que
je ne péche point contre toi(Ps. CXIX,1 1);»
et de ces paroles de Salomon : « Quand
tu marcheras, il te conduira ; quand tu te
coucheras, il te gardera ; et quand tu te
réveilleras, il te parlera (Prov., VI, 22). »
, J'insiste beaucoup sur ce point, parce
que nous sommes dans un siècle où on lit
beaucoup. — Il semble qu'on ne se lasse
pas de faire des livres, quoiqu'il y en ait
peu de réellement profitables. Il y a comme
— 92 —
une épidémie d'impressions et de publi
cations ; des journaux de toute espèce
abondent, et le ton de plusieurs est un
triste symptôme du goût du siècle. Parmi
ce déluge de lectures dangereuses , je
plaide pour mon livre modèle, et vous solli
cite pour que vous n'oubliiez pas le livre
de l'âme. Ne permettez pas que les ga
zettes, les romans et les productions de la
littérature du jour soient lus, pendant que
les prophètes et les apôtres sont laissés de
côté et méprisés. — Ne permettez pas que
des écrits romanesques et licencieux ab
sorbent votre attention, tandis que ceux
qui édifient et sanctifient ne peuvent
trouver aucune place dans votre esprit.
Jeunes gens, rendez à la Bible l'hon
neur qui lui est dû, tous les jours de votre
vie; qu'elle soit, sinon la seule, du moins
la première de vos lectures. — Gardez
vous des mauvais livres , car ils abondent
aujourd'hui. — Faites attention à ce que
vous lisez. — Je soupçonne fort que c'est
— 93 —

par la lecture qu'il se fait maintenant le


plus de mal aux âmes. Estimez les livres
en proportion de leur conformité à l'Ecri
ture. Ceux qui en approchent le plus sont
| les meilleurs, et ceux qui s'en éloignent le
, plus et qui lui sont les plus opposés, sont
les plus mauvais.

60 La dernière règle générale que je vous


donne est celle-ci : Prenez la résolution de
ne faire jamais votre intime ami d'aucun
homme qui n'est pas ami de Dieu.
Comprenez-moi bien, je n'entends pas
parler ici de simples connaissances, et ne
prétends pas que vous ne deviez avoir des
rapports qu'avec de vrais chrétiens. —
Prendre un semblable parti ne serait ni
possible ni désirable dans ce monde. —
Le christianisme n'exige d'aucun homme
qu'il soit grossier ou impoli.
Mais ce que je vous demande, c'est
que vous soyez très-attentifs dans le
choix de vos amis. N'ouvrez pas votre
— 94 —
cœur à un homme uniquement parce
qu'il est aimable , agréable , d'un bon
caractère , remarquable par l'élévation
de ses sentiments et par sa douceur. Ces
choses sont excellentes à leur place, mais
elles ne sont pas tout. Ne vous contentez
jamais de l'amitié de quelqu'un qui ne
serait pas utile à votre âme.
Croyez-moi, l'importance de cet avis
ne peut pas trop être rehaussée. On ne sau
rait dire tout le mal qui résulte d'une asso
ciation avec des amis et des compagnons
sans piété. — Le diable a peu de meilleurs
auxiliaires pour ruiner des âmes d'hom
mes. Accordez-lui ce secours, et il s'in
quiètera peu de tous les moyens de défense
dont vous vous armerez contre lui. Il
sait fort bien qu'une bonne éducation,
des habitudes précoces de moralité, de
bons sermons, un foyer domestique où
tout est bien réglé, des lettres de parents,
vous serviront de peu, si vous vous liez
d'une manière intime avec des amis im
— 95 —

pies. Vous pouvez résister à beaucoup de


tentations manifestes , échapper à beau
coup de piéges ; mais si vous acceptez une
fois un mauvais ami, Satan n'en deman
dera pas davantage, il sera satisfait. Dans
ce chapitre , qui renferme les horribles
détails de la perfide et révoltante conduite
d'Amnon à l'égard de Tamar, on lit ces
mots en commençant : « Mais Amnon avait
un ami, un homme très-rusé (2 Sam.,
XIII, 3). »
Vous devez vous rappeler que nous
sommes, par nature, portés à l'imi
tation. — Les préceptes nous ensei
gnent , mais l'exemple nous entraîne.
Nous sommes tous disposés à imiter ceux
avec lesquels nous vivons ; et cette dispo
sition s'accroît en proportion de l'amour
que nous avons pour eux. Ils influencent
nos opinions et nos goûts, sans même que
nous en ayons la conscience. Nous aban
donnons insensiblement ce qui leur dé
plaît, et nous faisons ce qu'ils préfèrent,
— 96 —
afin de nous unir plus étroitement à eux.
Et, ce qu'il y a de pire, c'est que nous
nous conformons à eux dans le mal beau
coup plus vite que dans le bien ; car,
malheureusement, c'est la maladie qui
est contagieuse et non la santé. Il est beau
coup plus aisé de gagner le frisson que
de communiquer la chaleur, et, par con
séquent , d'affaiblir la piété chez quel
qu'un que de l'accroître et de la faire
fleurir. - -

Jeunes gens, je dépose ces réflexions


dans vos cœurs. Avant d'accepter un in
dividu pour votre intime ami, — avant
de contracter l'habitude de lui tout dire,
— d'aller à lui dans toutes vos peines et
dans toutes vos joies, - avant de faire
tout cela, pensez à ce que je viens de
vous dire, et demandez-vous : Cette ami
tié sera-t-elle profitable à mon âme, ou
non ? -

« Les mauvaises compagnies corrom


pent les bonnes mœurs (1 Cor., XV, 33). »
— 97 —

Je souhaite que ce texte soit écrit dans vos


cœurs aussi souvent qu'on le voit répété
dans des livres. — L'on peut ranger de
bons amis au nombre des plus précieuses
bénédictions. — Ils peuvent nous épar
gner beaucoup de maux , — nous encou
rager dans le voyage de la vie, — nous
dire une bonne parole en temps utile, —
nous attirer vers les choses d'en-haut, et
nous y maintenir. Mais un mauvais ami
est une calamité positive, — un poids qui
nous traîne en bas continuellement, et
qui nous enchaîne à la terre. Liez-vous
avec un homme irréligieux, et il est plus
que probable que vous lui serez bientôt
semblable. — C'est la conséquence natu
relle de telles amitiés. Le bon descend au
niveau du mauvais; mais le mauvais ne
remonte jamais à celui du bon.
Ce proverbe n'est que trop vrai : « Mon
tre-moi qui tu hantes, et je te dirai qui
tu eS. »

Je vous arrête longtemps sur ce point,


— 98 –

parce qu'il est de nature à exercer sur vo


tre avenir beaucoup plus d'influence qu'il
ne semble à première vue. Si jamais vous
vous mariez, il est probable que vous choi
sirez une femme parmi les relations de vos
· amis. — Si Joram, le fils de Jéhosaphat,
ne s'était pas lié d'amitié avec la famille
d'Achab, il est probable qu'il n'aurait pas
épousé la fille de celui-ci , — et qui
peut dire l'importance d'un bon choix
dans le mariage? Votre bonheur dans le
temps et dans l'éternité en dépend. Votre
femme fera du bien ou du mal à votre
âme. Il n'y a pas de milieu : ou elle entre
tiendra dans votre cœur la flamme de la
piété, ou elle jettera de l'eau froide des
sus et l'éteindra. Elle donnera à votre
christianisme, suivant son caractère, des
ailes ou des chaînes, un frein pour
vous retenir ou un éperon pour vous
pousser en avant. « Celui qui trouve une
bonne femme, dit le Sage, trouve réel
lement un trésor. » — Mais si vous
— 99 —
'avez le moindre désir d'en rencontrer
une telle, soyez attentifs au choix de vos
amis.
Vous me demanderez quelle espèce
d'amis vous devez choisir. Choisissez des
amis qui fassent du bien à votre âme, —
des amis que vous puissiez réellement
respecter, — des amis que vous aimerez
sentir à vos côtés à votre lit de mort, —
des amis qui aiment la Bible et qui n'aient
pas peur de vous en entretenir, — des
amis que vous n'ayez pas honte d'avouer
pour tels à la venue de Christ et au jour
du jugement. — Suivez l'exemple que
David met devant vous, quand il dit :
« Je suis le compagnon de tous ceux qui
te craignent et de tous ceux qui gardent
tes commandements (Ps. CXlX, 63). »
Rappelez-vous aussi ces paroles de Sa
lomon : « Celui qui fréquente les sa
ges deviendra sage, mais le compagnon
des fous sera détruit ( Prov. , XIII ,
20). » Mais soyez certains que la mau
— 100 —

vaise compagnie dans la vie présente


est le moyen le plus sûr pour vous en
procurer une pire encore dans le monde à
venir.
— 101 —

CHAPITRE IV.
QUELQUES RÈGLES PARTICULIÈREs DE CON
DUITE AUXQUELLES JE VOUS PRIE ARDEM
MENT DE VOUS CONFORMER. -

1° La première de toutes, c'est de pren


dre la résolution, avec l'aide de Dieu, de
rompre avec tout péché connu, quelque
petit qu'il soit.
Que chacun de vous s'examine intérieu
rement et qu'il sonde son cœur. Y décou
vre-t-il quelque habitude ou quelque pen
chant qu'il sait être mauvais aux yeux de
Dieu, qu'il ne perde pas un instant pour
l'attaquer, qu'il s'en débarrasse immédia
tement. -

Rien n'obscurcit autant la vue de l'es


prit, ne paralyse aussi sûrement la con
science qu'un péché qu'on tolère. Il peut
— 102 — -

être petit ; mais, pour tout cela, il n'est


pas moins dangereux. Une légère voie
d'eau fera sombrer un grand navire, —
une étincelle allumera un grand incendie,
— et un petit péché qu'on commet et
qu'on tolère ruinera une âme immortelle.
— Croyez-moi, ne ménagez jamais un
péché à cause de sa petitesse. Israël
devait mettre à mort tous les Cananéens,
tant grands que petits. — Agissez de
même avec vos péchés, ne faites grâce à
aucun, quelque petit qu'il soit.
Soyez certains qu'aucun méchant homme
ne s'est jamais imaginé, dans ses débuts,
qu'il deviendrait aussi méchant dans la
voie du mal ; mais il a commencé par se
permettre quelque petite transgression ,
qui l'a conduit à une plus grande, laquelle
en a produit en son temps une autre plus
grande encore, et c'est ainsi qu'il est de
venu misérable comme il l'est aujourd'hui.
— Quand Hazaël apprit de la bouche
d'Elisée les actions horribles dont il devait
— 103 —

se rendre un jour coupable, il dit avec


surprise : « Mais qui est ton serviteur,
qui n'est qu'un chien, pour faire de si
grandes choses (2 Rois, VIII, 13) (1)? »
Mais il laissa le péché s'enraciner dans son
cœur, et il finit par faire toutes les choses
qu'on lui avait annoncées. , .
Jeunes gens, résistez au péché dès
ses commencements. Quelque insignifiant
qu'il vous paraisse, résistez-lui. — Ne
faites aucun compromis avec le péché,
ne lui laissez prendre aucun pied dans
votre cœur, aucun lieu où il puisse s'éta
blir tranquillement et sans être inquiété.
— « La mère de la méchanceté, dit un
vieux proverbe, n'est pas plus épaisse
que l'aile d'un moucheron. » Il n'y a rien
de plus aigu que la pointe d'une aiguille ;
mais quand elle a fait un trou, elle tire
tout le fil après elle. Souvenez-vous de

(1) Mais quoi ! ton serviteur est-il un chien


pour faire cette grande chose? (Version anglaise.)
— 104 —

ces paroles de l'Apôtre : « Un peu de levain


fait lever toute la pâte (1 Cor., V, 6). »
Plus d'un jeune homme pourrait vous
dire avec honte et chagrin que, pour
avoir consenti au péché dans ses commen
cements, il avait vu s'anéantir toutes ses
espérances terrestres. — Il a débuté par
quelques habitudes de mensonge et d'in
fidélité dans les petites choses, et elles
ont pris racine en lui. Petit à petit, il a
été du mal au pire, jusqu'à ce qu'il ait
fait des choses qu'il eut autrefois crues
impossibles, et qu'enfin il ait perdu sa
position, sa réputation, son bien-être,
et qu'il ait été bien près de perdre son
âme. — Il avait toléré une crevasse
dans le mur de sa conscience, parce
qu'elle lui semblait insignifiante ; peu à
peu, la crevasse s'est élargie jusqu'à ce
qu'enfin elle ait menacé toute la muraille
d'une ruine complète.
Regardez surtout à cet avis, quand il
s'agit de vérité et d'intégrité. — Faites
-
— 105 —

vous scrupule des moindres déviations.


« Celui qui est fidèle dans les petites
choses, sera aussi fidèle dans les gran
des (Luc, XVl, 10). » Quoi que le monde
puisse vous dire , il n'y a pas de petits
péchés ; toute grande construction est
composée de petits fragments. — La pre
mière pierre est aussi importante qu'au
cune autre. — Toutes les habitudes éga
lement se composent d'une succession de
petits actes, — et le premier d'entre eux
est d'une grande importance. La hache
de la fable demandait seulement aux ar
bres de la forêt de lui permettre d'avoir
une petite pièce de bois pour faire un
manche, et qu'elle ne les importunerait
· plus ensuite. — Mais dès qu'elle l'eut
obtenue, les arbres furent bientôt coupés
et jetés bas. Le démon ne demande autre
chose que la permission de placer le coin
d'un petit péché dans une des fentes de
votre cœur, et s'il l'obtient , vous lui
appartiendrez bientôt tout entier. — Un
– 106 –

saint homme disait « qu'il n'y avait rien


de petit entre Dieu et nous, car Dieu est
un Dieu infini. » -

Il y a deux moyens de descendre du


sommet d'un clocher d'église : l'un est de
sauter en bas, et l'autre de descendre
par les degrés ; mais tous deux vous amè
neront à terre. — Il y a aussi deux moyens
pour aller en enfer : — l'un est d'y aller
avec les yeux ouverts, – et peu de gens
en usent ; — l'autre est d'y descendre par
les degrés des petits péchés, — et ce der
nier chemin n'est, je le crains, que trop
ordinaire. — Tolérez un petit nombre de
péchés, et vous en viendrez bientôt à un
plus grand nombre, jusqu'à ce que vous
soyez devenus entièrement les esclaves du
mal. — Voici la peinture que fait Jéré
mie Taylor des progrès du péché dans
l'homme : — « D'abord, il s'en étonne,
puis il y prend goût, puis il lui devient
facile, puis délicieux, puis fréquent, puis
habituel, puis permanent. — Enfin ,
— 107 —

l'homme devenu impénitent, obstiné, ré


solu à ne jamais se repentir, est enfin
damné. » -- Jeunes gens, si vous ne vou
lez pas en venir là, rappelez-vous la règle
que je viens de vous donner : rompez
brusquement avec tout péché connu.

20 Evitez, en vous appuyant sur le


secours de Dieu, tout ce qui peut devenir
une occasion de péché.
Ce n'est pas assez d'être déterminé à ne
commettre aucun péché; nous devons soi
gneusement tenir à distance tout ce qui
en approche. Dans ce but, nous prendrons
garde à la manière dont nous passons
notre temps, – aux livres que nous lisons,
— aux familles que nous visitons, — aux
sociétés que nous fréquentons. Nous ne
devons pas nous contenter de ces mots :
« Il n'y a rien de positivement mal ici. »
Il faut aller plus loin, et se demander
« s'il n'y a rien qui puisse devenir une
occasion de péché. »
— 108 —

C'est ici le cas de se rappeler que c'est


là une grande raison pour fuir l'oisiveté.
— Ce n'est pas de ne rien faire qui est
positivement mauvais, c'est l'occasion
fournie par là aux mauvaises pensées et
aux vaines imaginations. — C'est ouvrir
une large porte à Satan pour y jeter les
semences de choses mauvaises , c'est ce
qui est particulièrement à redouter. Si
David n'avait pas fourni une occasion au
démon en passant son temps dans l'oisi
veté sur le toit de sa maison de Jérusalem,
il n'aurait probablement jamais vu Bath--
seba ni fait assassiner Urie.
C'est là aussi un des grands inconvé
nients qui résultent des amusements du
monde. Il peut être difficile, à l'égard de
quelques-uns d'entre eux , de prouver
qu'ils sont en eux-mêmes positivement
mauvais et anti-scripturaires; mais il
y a peu de difficulté à démontrer que la
tendance de presque tous est des plus
dangereuses pour l'âme. Ils sèment les
— 109 —
semences d'une disposition de l'esprit ter
restre et sensuelle ; ils font la guerre à
la vie de la foi ; ils provoquent un besoin
fiévreux d'excitation éminemment dange
reux pour la santé de l'âme. Ils travaillent
pour « la convoitise de la chair, la con
voitise des yeux et l'orgueil de la vie
(1 Jean, II, 16). » Ils obscurcissent la
vue des cieux et de l'éternité , et donnent
aux choses de la vie présente un faux co
loris. Ils font que le cœur est mal disposé
pour la prière particulière, pour la lecture
de l'Ecriture sainte, pour une communion
paisible avec Dieu. — L'homme qui se
mêle à eux est semblable à celui qui
donne à Satan l'avantage du terrain ; il a
un combat à soutenir et il abandonne à
son ennemi les avantages du soleil , du
vent et de la position. — Après cela, peut
il paraître étrange qu'il soit presque conti
nuellement battu ?
Jeunes gens, efforcez-vous autant que
vous le pouvez d'être bien au clair sur
4
– 110 –

ce qui peut faire du mal à votre âme.—Ne


prêtez jamais la main au démon. — Les
gens diront peut-être que vous êtes archi
scrupuleux et par trop singuliers; car,
ajouteront-ils, quel grand mal peut-il y
avoir dans telle ou telle chose ? Mais lais
sez-les dire. Il est dangereux de jouer avec
des instruments tranchants; il l'est bien
plus encore de prendre certaines libertés
avec vos âmes immortelles. - Celui qui
veut éviter la chute ne doit pas venir
jusques sur le bord du précipice. Il doit
veiller sur son cœur comme sur un ma
gasin rempli de poudre, et prendre garde
de ne pas en laisser approcher l'étincelle
de la tentation.
A quoi peut-il servir , quand vous
priez, de dire : « ne nous induis pas en
tentation, » si vous ne prenez soin de
ne pas vous y précipiter vous-mêmes; et
de dire : « délivre-nous du malin, » si
vous ne vous montrez désireux d'éviter
sa rencontre ? — Prenez l'exemple de
— 111 —

Joseph. — Non-seulement il se refusa aux


sollicitations de sa maîtresse, qui cherchait
à le séduire, mais il fit preuve de pru
dence en refusant absolument de se trou
ver avec elle (Gen. , XXXIX, 10). Sa
lomon dit , non - seulement de ne pas
marcher dans les sentiers du péché , mais
de s'en détourner, de ne point passer par
là, de s'en éloigner et de passer outre
(Prov., IV, 15); — non-seulement de ne
pas s'enivrer, mais de ne pas même re
garder le vin quand il est rouge (Prov. ,
XXIII , 31). — L'homme qui avait fait
vœu de nazareat en lsraël , non-seu
lement se privait entièrement de vin ,
mais il s'abstenait même de raisins. —
Saint Paul dit : « Ayez le mal en hor
reur (Rom., XII, 9), » et non pas sim
plement : abstenez-vous-en. « Fuis les dé
sirs de la jeunesse (2 Tim. , II, 22), »
écrivait Paul à Timothée. — Eloigne-les au
tant que possible. — Hélas ! combien de
semblables précautions sont nécessaires.
— 112 —

— Dina, ayant absolument voulu visiter


les méchants habitants de Sichem pour
connaître leurs usages , y perdit son
honneur. Lot ayant voulu absolument
dresser ses tentes dans le voisinage de la
coupable Sodome, perdit tout ce qu'il pos
sédait et ne sauva que sa vie.
Jeunes gens, soyez prudents et sages ;
ne cherchez pas à expérimenter jusqu'à
quel point vous pouvez permettre à l'en
nemi de vos âmes de s'approcher de vous,
sans que cependant il s'en empare. Te
nez-le à distance. Tenez-vous autant que
possible à l'abri de la tentation, ce qui
vous sera d'un grand secours pour pouvoir
vous tenir à l'abri du péché.

3° En troisième lieu, n'oubliez jamais


que vous êtes sous les yeux de Dieu.
L'œil de Dieu ! Pensez-y bien. Partout,
dans chaque maison, dans chaque champ,
dans chaque compagnie, —seul ou dans la
foule, — l'œil de Dieu est sans cesse sur
— 113 —

vous. « Les yeux de l'Eternel contemplent


en tous lieux les méchants et les bons
(Prov., XV, 3); » et ce sont des yeux qui
voient aussi bien ce qui se passe au fond
des cœurs que les actes extérieurs.
Essayez, je vous en conjure, de réa
liser ce fait. — Rappelez-vous que vous
avez affaire à un Dieu qui voit tout, — à un
Dieu qui ne sommeille ni ne dort jamais,
— à un Dieu qui lit dans le fond de vos
pensées, et aux yeux duquel la nuit brille
comme le jour. — Vous pouvez quitter
le toit paternel et vous en aller, comme
l'enfant prodigue, dans une contrée éloi
gnée, et penser que là il n'y aura per
sonne pour veiller sur votre conduite ;
mais l'œil et l'oreille de Dieu vous y ont
déjà devancés. Vous pouvez tromper vos
parents ou ceux qui vous emploient, vous
pouvez leur mentir, vous montrer en leur
présence d'une manière , et d'une autre
quand ils ont tourné le dos, mais vous ne
pouvez tromper Dieu. — Il vous connaît
— 1 14 —

en tout et partout. — Il a entendu ce que


vous avez dit ce jour même; il sait ce que
vous pensez dans cet instant ; vos péchés
les plus secrets sont mis devant lui en
lumière, et ils seront un jour exposés aux
yeux du monde à votre confusion, si vous
n'y prenez garde.
Tout cela est de la dernière évidence, et
cependant c'est faiblement senti. Combien
nous voyons de choses , que les hommes
n'eussent point faites s'ils avaient cru être
vus ! Combien de sujets sont traités dans
les chambres secrètes de l'imagination, qui
ne supporteraient pas la lumière du jour !
- Oui, les hommes nourrissent des pen
sées, disent des paroles, et font des actes
en secret, qu'ils rougiraient de honte de
voir exposés aux yeux du monde. —
Combien de fois le bruit du pas d'un de
ses semblables n'a-t-il pas arrêté l'exécu
tion d'une iniquité ? Combien n'a-t-on pas
vu de fois une action mauvaise suspendue
ou entravée, et ceux qui la méditaient
— 115 —

s'enfuir précipitamment pour avoir en


tendu heurter à une porte ! — Et cepen
dant, ô comble de la folie ! il y a un té
moin qui voit tout, qui est partout où nous
sommes. — C'est en vain que vous fermez
les portes et les volets, que vous baissez
les rideaux , que vous éteignez les lumiè
res : tout cela ne sert de rien, cela ne
fait aucune différence. — Dieu est par
tout, vous ne pouvez vous cacher de sa
présence ni vous dérober à sa vue. « Tou
tes choses sont nues et entièrement décou
vertes aux yeux de Celui à qui nous de
vons rendre compte(Héb., IV, 13). » C'est
ce que Joseph fit bien entendre à la femme
de son maître quand elle chercha à le sé
duire. Il n'y avait personne dans la mai
son qui pût le voir, aucun œil humain
qui pût témoigner contre lui. Mais Joseph
était un homme qui vivait comme voyant
Celui qui est invisible, et il dit : « Com
ment ferais-je un si grand mal et péche
rais je contrel'Eternel(Gen., XXXIX,9)?»
— 1 16 —

Jeunes gens, je vous mets sur la con


science à tous de lire le Ps CXXXlX , et
de le relire souvent, même de l'apprendre
par cœur. Faites-en la pierre de touche
de tous vos actes dans les affaires de ce
monde. Demandez-vous souvent : « Est-ce
que je me souviens que Dieu me voit ? »
Vivez comme en vue de Dieu. C'est
ce que fit Abraham. Il marchait devant
Lui. — C'est ce que fit Enoch. Il mar
chait avec Lui. — Le ciel lui-même sera
la présence éternelle de Dieu. — Ne faites
donc rien que vous ne voudriez pas que
Dieu vît. — Ne dites rien que vous ne
voudriez pas qu'il entendît. — N'écrivez
rien que vous ne voudriez pas qu'il lût. —
N'allez dans aucun lieu où vous ne vou
driez pas que Dieu vous rencontrât. — Ne
lisez aucun livre dont vous ne voudriez
pas que Dieu vous dît : « Montre-le-moi. »
— Et ne passez jamais votre temps de telle
manière que vous n'aimassiez pas entendre
Dieu vous demander : « Que fais-tu? »
— 1 17 —

40 La quatrième règle que je vous in


diquerai, c'est de prendre la résolution
immédiate, avec le secours de Dieu , d'être
diligent à user de tous les moyens publics
de grâce qui vous sont offerts.
Soyez réguliers à fréquenter autant que
vous le pouvez la maison de Dieu, chaque
fois qu'elle est ouverte à la prière et à la
prédication. Sanctifiez régulièrement le
jour du Seigneur. Puisque Dieu lui-même
a mis à part un jour sur sept, prenez la
résolution de lui réserver constamment ce
jour comme sa propriété légitime.
Je ne voudrais laisser dans vos esprits
aucune impression fausse. N'allez pas
croire que ce que je vous ai dit signifie
que toute la religion consiste dans votre
assistance au culte public. Je ne dis rien
de pareil. Je ne demande pas de vous de
devenir des pharisiens ou de simples for
malistes. — Si vous pensez que votre pré
sence corporelle dans certaine maison, à
une certaine heure et à certain jour de la
— 1 18 —

semaine, fasse de vous un chrétien et


vous prépare à la rencontre de Dieu ; dé
trompez-vous, vous êtes dans une erreur
capitale. Tous les services, sans le service
du cœur, sont vains et sans profit. Les
seuls vrais adorateurs sont ceux « qui
adorent Dieu en esprit et en vérité, car
le Père demande de tels adorateurs (Jean,
IV, 23). »
Mais pour n'être pas des sauvcurs, les
moyens de grâce ne sont cependant pas
à mépriser. — L'or n'est pas une nourri
ture, — vous ne pouvez pas le manger ,
— mais vous ne direz pas pour cela qu'il
soit inutile et qu'on puisse le jeter au loin.
— Le salut de votre âme éternelle ne re
pose certainement pas sur les moyens de
grâce; mais il n'est pas moins certain que,
sans eux, en règle générale , l'état de
votre âme ne saurait être sain et satis
faisant. Dieu peut prendre tous ceux qui
sont sauvés et les enlever au ciel dans un
char de feu, comme il le fit pour Elie ;
— 119 —

mais il ne le fait pas. Il peut les ensei


gner tous par des visions, des songes,
et par des communications miraculeuses,
sans exiger d'eux aucune lecture et au
cune méditation partant de leur propre
fond; mais il ne le fait pas. Et pourquoi
cela ? Parce qu'il est un Dieu qui agit par
des moyens, et c'est aussi bien sa loi que
sa volonté que, dans tous les rapports de
l'homme avec lui, l'homme fasse usage des
moyens dont il dispose. Il n'y a qu'un fou
ou un enthousiaste qui s'imaginera pouvoir
construire un édifice sans échelles ni
échafaudages , et c'est justement pour
cela qu'aucun homme sage ne méprisera
les moyens.
J'appuie d'autant plus fortement sur ce
point, que Satan n'épargnera rien pour
remplir votre esprit d'arguments contre
l'usage des moyens de grâce. — Il attirera
votre attention sur le grand nombre de
ceux qui en usent, et qui ne sont pas meil
leurs pour cela. Il vous dira : « Voyez si
— 120 —

tous ceux qui vont à l'église sont meilleurs


que ceux qui s'en tiennent éloignés? » Mais
ne vous laissez pas toucher par ce raison--
nement. Il n'est jamais convenable d'argu
menter contre une chose, parce qu'on peut
en faire un mauvais usage. Il ne s'ensuit
pas que les moyens de grâce ne peuvent
rien faire, parce que plusieurs de ceux qui
s'en servent n'en retirent aucun bien. La
médecine est-elle abandonnée parce que
beaucoup de ceux qui y ont eu recours
n'ont pu recouvrer leur santé? — Aucun
homme n'aura l'idée de cesser de manger
et de boire, parce que d'autres ont ruiné
leur santé en mangeant et en buvant avec
excès. La valeur des moyens de grâce,
comme de toute autre chose, dépend beau
coup de la mesure, de la manière et de
l'esprit dans lequel on en use.
Un autre motif, qui me porte à insister
autant sur ce point, c'est la grande impor
tance que j'attache à ce que chaque jeune
homme entende régulièrement prêcher
— 121 —

l'Evangile de Christ. Je ne peux vous ex


primer combien j'estime que c'est une chose
précieuse pour vous. Par la bénédiction,
de Dieu, le ministère de l'Evangile peut
être un moyen de conversion pour votre
âme, — pour vous amener à une connais
sance salutaire de Christ, — pour faire de
vous des enfants de Dieu en fait et en vé
rité, ce qui serait en réalité la cause d'une
éternelle reconnaissance , et un événement
dont les anges eux-mêmes se réjouiraient.
Mais, si même ce n'était pas le cas, il y
a dans le ministère de l'Evangile une in
fluence répressive, sous laquelle je désire
ardemment que chaque jeune homme soit
placé. Il en est des milliers qu'il a retenus
dans la voie du mal, quoiqu'il ne les ait
pas encore convertis à Dieu ; il en a fait
de meilleurs membres de la société, quoi
qu'il n'en ait pas encore fait de vrais
chrétiens. Il y a une espèce de pouvoir
sanctifiant dans la prédication fidèle de
l'Evangile, qui parle insensiblement aux
– 122 —

multitudes qui l'écoutent, quoiqu'elles ne


le reçoivent pas encore dans leurs cœurs.
— Entendre blâmer le péché et louer la
sainteté, — entendre exalter Christ et dé
noncer les œuvres du démon, — entendre
raconter les merveilles du royaume des
cieux, ses bénédictions, et exposer les
misères du monde et ses vanités, — en
tendre cela semaine après semaine, diman
manche après dimanche , est rarement
sans produire un bon effet sur l'âme. Elle
devra être nécessairement moins ardente
à se précipiter dans les excès de la débau
che et du désordre. — L'Evangile agit
comme un remords salutaire sur un cœur
d'homme. — C'est un de ces moyens sur
lesquels repose cette promesse de Dieu :
« Ma parole ne retournera point à moi sans
effet (Esaïe, LV, 11). » Il y a, je crois,
beaucoup de vérité dans cette parole de
Whitefield : « L'Evangile retire beaucoup
d'hommes des prisons et des galères, s'il
ne les retire pas de l'enfer. »
— 123 —

Encore un point qui a un grand rapport


avec le sujet qui nous occupe. — Que rien
ne puissejamais vous engager à enfreindre
la loi du sabbat ! — J'attire votre attention
là-dessus. Considérez comme un devoir
de conscience de consacrer votre sabbat
entièrement à Dieu. — Un esprit d'irré
vérence pour le saint jour se répand au
milieu de nous avec une effrayante rapi
dité, principalement parmi les jeunes gens.
Les voyages par chemin de fer et par ba
teaux à vapeur faits ce jour-là, les visites
et les excursions du dimanche, deviennent
chaque année plus fréquents qu'autrefois,
et font un grand tort aux âmes.
Jeunes gens, montrez-vous jaloux à cet
égard. Soit que vous demeuriez en ville ou
à la campagne, prenez un parti décidé de
ne jamais profaner le sabbat. Ne vous lais
sez influencer par aucun de ces arguments
plausibles du genre de celui-ci : « Votre
corps a besoin de quelque délassement. »
Que l'exemple de ceux qui vous entourent,
— 124 —

que les invitations des compagnons qui


cherchent à vous entraîner, qu'aucune de
ces choses ne vous porte à vous départir
de cette règle fixe : Que le jour du Sei
gneur doit être donné au Seigneur.
Une fois que vous en serez venu à vous
soucier peu du sabbat, vous serez bien
près d'en faire autant de votre âme. Les
pas qui mènent à cette conclusion sont fa
ciles et réguliers. — Le mépris du jour
du Seigneur amène bientôt celui de sa
maison, puis celui de sa Parole, enfin le
mépris ou tout au moins l'oubli de Dieu
lui-même. — Qu'un homme commence par
prendre pour point de départ qu'il n'y a
point de sabbat, et je serai peu surpris s'il
en vient à dire qu'il n'y a pas de Dieu. —
Un juge célèbre disait que, de tous les indi
vidus qui avaient été convaincus de crimes
entraînant la peine capitale, pendant tout
le temps qu'il avait siégé sur le tribunal,
il n'en avait trouvé qu'un petit nombre
qui n'eussent pas confessé dans l'enquête
— 125 —

qu'ils avaient commencé leur carrière d'ini


quité par la négligence du sabbat.
Jeunes gens, vous pouvez être entraî
nés parmi des compagnons qui oublient
le respect dû au jour du Seigneur. — Mais
prenez la résolution, avec le secours de
Dieu , de vous rappeler toujours de l'ob
server fidèlement. — Honorez-le en as
sistant régulièrement dans quelqu'un des
lieux où l'Evangile est prêché ; choisissez
la prédication d'un ministre fidèle, et,
une fois fixé à cet égard , ne laissez jamais
votre place vide à l'église. Croyez-moi, vous
trouverez dans une telle ligne de conduite
des bénédictions spéciales. « Si tu appelles
le sabbat tes délices, et honorable ce qui
est consacré à l'Eternel, et que tu l'honores
en ne suivant point tes voies, ne trouvant
pas ta volonté et en ne disant pas des pa
roles vaines , alors tu jouiras des délices
de l'Eternel, et je te ferai passer à che
val par-dessus les lieux haut élevés de la
terre (Fsaïe, LVIII, 13 , 14). » Ce qui
— 126 —

est certain, c'est que vos sentiments à


l'égard du sabbat seront toujours une
pierre de touche pour connaître si vous
êtes préparés pour les cieux. - Les sab
bats sont un avant-goût et un échantillon
des cieux. — L'homme qui les regarde
comme un fardeau et non comme un pri
vilége doit être certain que son cœur a
besoin de subir un grand changement.

5o J'ai encore une recommandation à


vous faire, c'est de prendre la résolution
de prier partout où vous serez.
La prière est le pain de vie d'une âme
d'homme ; sans elle, nous pouvons avoir
le nom de vivre et être comptés parmi
les chrétiens, mais nous sommes morts
aux yeux de Dieu. Le sentiment qui nous
fait crier à Dieu pour obtenir miséricorde
et paix, est une marque de la grâce ; et
l'habitude d'exposer devant lui les besoins
de nos âmes, est une preuve que nous
avons l'Esprit d'adoption. Or, la prière
— 127 —

est le moyen par lequel nous pouvons ob


tenir tout ce que réclament nos besoins
spirituels. — Elle est la clef du trésor, —
c'est elle qui fait couler la fontaine. Si
nous ne recevons pas, c'est que nous ne
demandons pas.
La prière est le moyen d'obtenir l'effu
sion du Saint-Esprit dans nos cœurs.
Jésus a promis son Saint-Esprit, le Conso
lateur ; et cet Esprit est tout prêt à des
cendre sur nous, avec ses dons précieux
de renouvellement, de sanctification, de
purification, — avec son action fortifiante,
réjouissante et encourageante. — Il est
prêt à nous éclairer, à nous instruire et
à nous diriger en toute vérité. Mais alors
il demande qu'on le désire et qu'on le
prie.
C'est sur ce point, je le dis avec dou
leur, que les hommes restent le plus sou
vent en arrière. — Beaucoup se mettent
à genoux, prient peut-être pour la forme,
mais il y en a peu qui prient réellement,
– 128 —

— peu qui crient au Seigneur, — peu


qui le cherchent comme ayant besoin de
le trouver, — peu qui soupirent après
lui, comme des âmes affamées et altérées,
— peu qui luttent et contestent ardem
ment avec Dieu pour obtenir une réponse,
— peu qui ne lui laissent aucun repos et
qui persévèrent dans la prière, — peu
qui veillent en priant, — peu qui prient
sans cesse et sans se lasser jamais. —
Prier est une chose dont on conteste rare
ment la nécessité, mais qu'on pratique peu.
— C'est l'affaire de chacun , et presque
personne ne l'accomplit convenablement.
Jeunes gens, si vous tenez à sauver
votre âme, priez ; Dieu n'a pas d'enfants
muets. Si vous voulez résister à la chair,
au monde et au démon, il faut prier. —
En vain espèrerez-vous la force au mo
ment de l'épreuve, si vous ne l'avez pas
cherchée auparavant. Vous pouvez vivre,
manger et dormir au milieu de gens qui
n'ont jamais rien demandé à Dieu ; n'im
— 129 —

porte, vous devez prier et pour vous et


pour eux.
Il y a, je le sais, de grandes difficultés,
difficultés de temps, de lieux, d'opportu
nité ; — à cet égard, je ne vous pres
crirai aucune règle positive, j'abandonne
ce soin à vos consciences. Notre Seigneur
priait sur la montagne ; — Isaac sortait
aux champs pour prier; — Ezéchias, ma
lade à la mort, priait dans son lit, tournant
sa face du côté de la muraille ; — Daniel
priait au bord d'une rivière, et les apôtres
dans une chambre haute. J'ai entendu
parler de jeunes gens qui priaient dans
des étables et dans des fenils ; tout ceci se
résume par ces mots : Pour prier, entrez
dans votre cabinet (Matt., VI, 6) Vous
devez déterminer un temps où vous puis
siez converser avec Dieu face à face, —
un temps, chaque jour, pour prier.
Sans cela tous mes conseils sont inutiles.
La prière est la première et la plus im
portante des pièces de l'armure spirituelle
— 130 —

dont parle Paul dans Eph., VI ; c'est le


mets dont vous devez manger tous les
jours, si vous voulez traverser en assu
rance le désert de la vie. Il peut seul vous
communiquer la force nécessaire pour
gravir la montagne de Dieu.
Croyez moi, jeunes gens, il n'y a pas
de temps mieux employé que celui qu'on
passe sur ses genoux. - David, malgré
les soins de la royauté , — Daniel ,
quoiqu'il eût dans ses mains toutes les
affaires d'un immense empire ; — Salo
mon, Néhémie, et bien d'autres , tous
réservaient, dans l'emploi de leur temps,
un temps pour prier : allez, et faites de
même.
Veuille le Seigneur vous octroyer l'Es
prit de grâce, de supplication et de prière.
— Si vous sentiez dans vos cœurs toute
l'importance de la prière, je pourrais
prendre mon parti de vous voir oublier
mes autres exhortations.
Et maintenant je me hâte de conclure.
— 131 —

J'en ai dit plus que je ne comptais en dire


d'abord. Peut-être ai-je dit des choses qui
déplairont à plusieurs et qu'ils ne recevront
pas, et cependant j'en appelle à vos conscien
ces : Ces choses ne sont-elles pas vraies ?
Vous avez tous des consciences, quoique
corrompues et souillées par la chute. —
Il y a, dans un coin de chaque cœur, un
témoin pour Dieu, — condamnant le mal
et approuvant le bien. — C'est à ce témoin
que j'en appelle aujourd'hui ; c'est à lui
que je demande si ce que je vous ai dit
n'est pas la vérité?
Jeunes gens , prenez aujourd'hui même
la résolution de vous souvenir de votre
Créateur dans les jours de votre jeunesse,
avant que le jour de la grâce soit passé,
avant que l'âge ait endurci vos con
sciences, et qu'elles soient devenues in
sensibles, pour avoir été longtemps foulées
aux pieds. Pendant que vous avez de la
force, du temps et des occasions propices,
unissez-vous au Seigneur par une alliance
--- 132 —

éternelle et qui ne puisse être oubliée. —


L'Esprit ne combattra pas toujours pour
vous ; — la voix de la conscience devien
dra d'année en année plus faible, si vous
continuez à lui résister. Les Athéniens
dirent à Paul : « Nous t'entendrons une
autre fois sur ce sujet ; » mais, hélas , ils
l'avaient entendu pour la dernière fois.
Hâtez-vous donc sans plus tarder, n'hési
tez pas davantage.
Pensez à l'indicible consolation que vous
donnerez à vos parents et à vos amis, si
vous suivez mon conseil. — lls ont pro
digué temps , fortune, santé, à vous
élever, à vous faire ce que vous êtes :
sûrement ils méritent que vous y ayez
égard. Qui pourra raconter la joie et le
bonheur qu'il dépend de vous de leur
donner l Qui peut dire l'angoisse et le
chagrin que des fils, tels qu'Esaü, Hophni,
Phinées et Absalom, peuvent leur causer!
Salomon a dit : « L'enfant sage réjouit
son père, mais l'enfant insensé est l'ennui
– 133 —

de sa mère (Prov , X, 1). » — Considérez


ces choses et donnez votre cœur à Dieu.
Qu'il ne soit pas dit de vous à la fin, ce
qu'on a dit de tant d'autres, que « votre
jeunesse était une étourderie , — votre
âge mûr une lutte, — et votre vieillesse
un regret. »
Pensez au bien dont vous pourriez
être les instruments dans ce monde. —
Presque tous les saints de Dieu les plus
éminents ont cherché le Seigneur dès
leur jeunesse. Moïse, Samuel, David,
Daniel ont servi Dieu dès leur jeune âge.
Dieu semble se complaire à honorer tout
spécialement ses jeunes serviteurs. — Que
n'aurait-on pas droit d'attendre, si de jeu
nes hommes de notre temps se consa
craient à Dieu dès le printemps de leur
vie? Toutes les œuvres grandes et utiles
manquent d'ouvriers nécessaires et on ne
peut se les procurer. -- Des mécaniques
de toute espèce existent pour aider à ré
pandre la vérité, mais il manque des
4.
— 134 —

bras pour les faire mouvoir. — On trouve


plus facilement de l'argent pour faire le
bien que des hommes. — On a besoin
de ministres pour de nouvelles églises,
de missionnaires pour de nouvelles sta
tions, de visiteurs pour des districts né
gligés, de maîtres pour de nouvelles
écoles. — Bien des œuvres excellentes
sont stationnaires, faute d'agents. Le nom
bre des hommes pieux, fidèles, dignes de
confiance, et qui seraient propres aux
vocations que j'ai désignées, est fort au
dessous des besoins.
Jeunes gens d'aujourd'hui, l'œuvre de
Dieu vous réclame. Notre époque est tout
particulièrement une époque d'activité. —
Nous sommes obligés de secouer notre
égoïsme passé. — Les hommes actuels ne
peuvent plus dormir du sommeil de
l'apathie et de l'indifférence, comme leurs
ancêtres l'ont fait. — Ils paraissent hon
teux de dire comme Caïn : « Suis-je le
gardien de mon frère, moi? » — Un vaste
— 135 —

champ d'utilité vous est ouvert, pourvu


que vous veuilliez y entrer. « La moisson
est grande, mais il y a peu d'ouvriers. »
Soyez donc zélés pour le bien.'
Et qui peut douter que ce ne soit là le
véritable chemin qui convienne à une
âme immortelle ? Qui n'aimerait mieux
quitter ce monde pleuré comme Josias,
que d'en partir comme Joram sans être
regretté de personne (2 Chr., XXI, 20) ?
Quel est le meilleur : d'être comme un
paresseux, comme un embarras frivole
et inutile sur la terre, vivant pour son
corps, pour son égoïsme, ses convoitises
ou scn orgueil; ou bien de vous dépenser
glorieusement au profit de votre prochain,
et d'être semblable à un Wilberforce ou
à un Howard, ces deux amis des nègres
et des prisonniers !
Jeunes gens, pensez à votre responsa
bilité, au glorieux privilége de vous con
sacrer à la bonne cause, au bonheur qui
attend votre âme au service de Dieu : —
— 136 —

bonheur pendant votre voyage dans cette


vie, bonheur éternel quand le voyage
sera terminé. — Croyez-moi , quelque
vaines que puissent être les notions que
vous ayez reçues à cet égard, croyez
moi, il y a même dès ce monde une
· récompense pour le juste. « La piété 8l
réellement les promesses de la vie présente
aussi bien que de celle qui est à venir. »
Il y a une solide paix dans cette pensée,
· que vous avez Dieu pour ami. — Il y
a une satisfaction réelle à savoir que ,
quelque grande que soit votre indignité,
— vous êtes rendus parfaits en Christ, —
que vous avez une portion éternelle, —
que « vous avez choisi la bonne part qui
ne vous sera point ôtée. »
« Celui qui a le cœur pervers sera
rassasié de ses voies, mais l'homme de
bien le sera de ce qui est en lui (Prov.,
XIV, 14). » Le sentier du mondain devient
toujours plus obscur chaque année de sa
vie ; — tandis que celui du chrétien est
— 137 —

comme la lumière qui brille toujours da


vantage jusqu'à la fin. —Son soleil se lève
quand celui du mondain va se coucher
pour toujours. — Tandis que les meilleu
res espérances du mondain s'échappent
de ses mains et s'évanouissent, celles du
chrétien fleurissent dès cette vie, et sont
appelées à fleurir éternellement,
Jeunes gens, — ces choses sont vé
ritables, — acceptez cette parole d'exhor
tation, — laissez-vous persuader par elle,
— chargez-vous de votre croix, — suivez
Christ , — et confiez-vous à Dieu.

FIN.
TABLE DES MATIÈRES.

INTRODUCTION. . . . . . . . . . . . . . .

CHAPITRE PREMIER.

Motifs particuliers qui m'ont engagé à vous


adresser cette exhortation.. . . . . . . .

CHAPITRE II.

Quelques dangers spéciaux contre lesquels


je désire particulièrement vous prévenir.
CHAPITRE III.

Quelques conseils que je vous conjure de


recevoir. . . . . - . : . . - . . . - . -
— 140 —

CHAP1TRE IV.

Quelques règles particulières de conduite


auxquelles je vous prie ardemment de
vous conformer. . . . . . . . . . . . 2

FIN DE LA TABLE,
±, ±, ±, ± ---
-
| | |

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