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Les mots et les hommes

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Entre psychanalyse infimes, de son environnement. “On
ne se baigne jamais dans le même
fleuve”, comme l’a dit Héraclite.
et cognitivisme : William James 3. Dans chaque conscience personnelle,
la pensée est pratiquement continue.
Cela n’exclut évidemment pas que le
M. Meulders* passage d’une pensée à une autre puisse
parfois sembler abrupt. Mais même
Psychanalyse et neurosciences peuvent- dominantes aujourd’hui, leur originalité lors d’un coup de tonnerre, le silence
elles se rapprocher dans une démarche mérite largement d’être rappelée à qui le précédait fait encore partie du
commune de recherche ? Cela ne tous ceux qu’effraierait le spectre vécu actuel.
semble guère évident lorsque l’on d’une pensée unique. 4. La rapidité du flux de pensée n’est
prend conscience de la différence Dans cet exposé, nous reprendrons les pas toujours la même. La pensée est
entre les projets respectifs de ces deux idées de James sur la conscience comme un oiseau qui vole de branche
approches de l’esprit humain. – synonyme pour lui d’esprit et de en branche : rapide et imprévisible, on
Si, pour les cognitivistes, dont le courant pensée – et sur l’ego, et nous tenterons l’appelle “transitive”. Au repos un
est actuellement dominant en neuro- de les situer par rapport à la psychana- court instant, comme l’oiseau perché
sciences, le projet est de naturaliser lyse et au cognitivisme. sur une branche, on l’appelle “sub-
l’esprit, comment, se demande Jeannerod stantive”. À ces instants d’arrêt de la
(1), des propriétés non sémantiques, pensée correspondent des conclusions
physiques, peuvent-elles produire des Le flux insaisissable temporaires ou définitives au terme de
propriétés sémantiques, ou, à l’inverse, longs moments de pensée transitive. La
comment le contenu sémantique d’une de la conscience pensée s’écoule comme une phrase
représentation peut-il être naturalisé suivie d’un court repos.
Pour James, le biologiste est obligé
en termes de propriétés physiques du 5. La pensée humaine s’occupe d’ob-
d’admettre qu’à tout événement mental jets indépendants d’elle, ce qui signi-
système nerveux ? Cette position est correspond nécessairement un événement
évidemment inacceptable pour tous fie qu’elle est cognitive. La pensée a
cérébral. Ne pas l’admettre reviendrait toujours un caractère globalisant.
ceux qui, à l’instar des psychana- à croire que certains éléments de notre
lystes, refusent la réduction physico- Ainsi, dans la phrase “Colomb a
vie psychique n’auraient aucune découvert l’Amérique en 1592”,
chimique intégrale de la pensée et du contrepartie dans le cerveau, ce qui
langage, a fortiori de la recherche de l’objet n’est ni Colomb ni l’Amérique,
pour tout esprit scientifique serait mais la phrase tout entière. Mais la
sens et de l’intentionnalité. totalement absurde.
Pour répondre à cet enjeu majeur des pensée peut aussi accueillir, rejeter ou
Quel que soit l’état de la conscience, choisir l’une ou l’autre partie de l’objet
sciences de l’homme, on pourrait se la pensée est toujours présente, même
demander si ce problème n’est pas auquel elle s’intéresse. On parle alors
si cette dernière revêt une forme élémen- d’attention sélective ou de jugement
susceptible d’être éclairé autrement. taire et peu spécifique. Le processus
Ne serait-ce pas l’occasion de relire volontaire.
de pensée a cinq caractéristiques :
les ouvrages d’un grand penseur, décédé 1. Ma pensée m’appartient avec mes
il y a près de cent ans, trop peu connu
aujourd’hui des scientifiques euro-
autres pensées. On n’a aucune percep-
tion de la pensée des autres. “L’isolement
La conscience de soi
péens, voire tout à fait mis de côté ?
total, le pluralisme irréductible est la James propose d’étudier la conscience
Il s’agit de William James. Ses
loi”, dit-il. Cela justifie l’affirmation : de soi en procédant d’abord à l’ap-
réflexions sur les relations entre la
“Je pense et je ressens”. On ne peut proche empirique du moi, et ensuite à
matière et l’esprit, ainsi que sur les
donc pas nier qu’il existe un moi une étude plus subtile, celle de l’ego.
fondements scientifiques de la
personnel.
conscience (2), ont connu une grande Le moi empirique
2. Nulle pensée, une fois évanouie, ne
célébrité et, si elles sont loin d’être
peut se représenter comme identique à ◗ Le moi est constitué avant tout d’un
celle qui avait disparu. “L’enchaînement moi personnel, enrichi d’éléments plus
des états de conscience est une matériels, et de plus en plus distants
séquence de différences”, a dit de ce moi personnel : le corps d’abord,
Hodgson. Le cerveau dans son les vêtements ensuite. Viennent après
* Professeur émérite à l’université ensemble varie à chaque instant sous ses parents, sa famille, ses amis, son
catholique de Louvain. l’influence des variations, même patrimoine, ses objets de collection.

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◗ Il y a également un moi social, ce qu’il a réalisé. Comme a dit Kant,
construit à partir de l’estime que l’on on songe à ce propos à des balles élas-
Conclusion
attend des autres. L’on a même un moi tiques douées non seulement de vitesse Que nous apporte aujourd’hui William
différent pour chaque groupe d’indivi- mais aussi de conscience, et qui se James ?
dus dont on a l’estime. Ne se présente- transmettraient ainsi de l’une à l’autre Constatons d’abord que, soucieux
t-on pas autrement selon que l’on est mouvement et conscience. Une pensée – comme on le dit aujourd’hui – de
avec une personne aimée, avec des naîtrait donc d’une pensée précédente naturaliser l’esprit, il croyait, à la suite
collègues ou avec des amis ? tout en enrichissant cette dernière, et de Spencer, que le corps et l’esprit ne
◗ Le moi spirituel découle également ainsi de suite. Le moi présent contient sont qu’un. Il n’est pas nécessaire qu’un
de l’observation empirique : non pas aussi le moi précédent. Chaque pensée moi transcendantal, ou une âme méta-
l’âme ou le pur ego, mais cette partie présente est représentative du flot des physique vienne au secours d’une psy-
la plus intime de soi que l’on croit être pensées antérieures. chologie scientifique. Ce disant, James
véritablement. Le moi spirituel est un Le flux de pensée est bien le penseur était dans une ligne scientifique que
processus réflexif, dans lequel on vit lui-même et, s’il est, certes, permis de personne ne désavouerait aujourd’hui.
sa subjectivité et l’on se pense comme supposer qu’il puisse y avoir derrière N’hésitant pas à pratiquer l’introspec-
penseur. C’est un principe d’unité à ce dernier un autre penseur invisible, tion, il ne doute pas que la pensée soit
l’intérieur de la conscience. on n’en a néanmoins pas besoin pour une réalité directement vérifiable.
Les moi personnel, social et spirituel interpréter les faits. Inséparable de la conscience ou de l’es-
ont instinctivement le besoin de se La conscience de soi, considère prit (esprit et conscience sont iden-
maintenir, mais cela est à étudier dans James, implique un flux de pensées tiques pour James), elle n’appartient
le cadre de la conservation de l’inté- dont chaque moment assumé par le “je” qu’à celui qui pense. Elle s’écoule en
grité du moi et des conduites émotion- se rappelle les moments précédents et un flux continu et se modifie continuel-
nelles. En revanche, existe également connaît ce qu’ils connaissaient. En lement, par à coups successifs et impré-
un besoin de travailler à l’amélioration outre, le “je” s’attache souveraine- visibles, comme le vol de l’oiseau
de l’image du moi pour l’avenir : ment à certains de ces moments et se d’une branche à l’autre, avons-nous dit.
augmentation de son patrimoine, les approprie comme appartenant au Elle est cognitive car elle a pour fonc-
reconnaissance sociale et acquisition “moi”, rattachant à ce dernier les tion de connaître, elle fait attention de
de valeurs morales et spirituelles. autres. Le nœud du “moi” est toujours façon sélective, elle juge et raisonne.
Le pur ego l’existence de son corps à l’instant La conscience de soi implique un flux
Le psychologue a toujours été présent. Les sentiments remémorés de pensées assumé à chaque moment
confronté au dilemme suivant : suivre qui ressemblent aux sentiments présents par un “je” représentatif des pensées
les spiritualistes qui font appel au sont perçus comme appartenant au antérieures. Le “je” élabore ainsi pro-
concept de l’âme substantielle ou à un même “moi”. Les choses associées à gressivement un “moi”, qui est une
autre principe d’unité transcendantale ces sentiments font partie du “moi” réalité empirique aux composantes
ou, au contraire, suivre Hume estimant dans un sens plus large, comme les corporelles, sociales et spirituelles.
qu’il n’y a rien d’autre pour expliquer vêtements, la famille, les amis. Ce La perception de son corps et de
le moi qu’un flux de pensées, ce qui “moi” est un agrégat de choses son état organique à un moment donné
heurte évidemment le bon sens popu- connues objectivement. Mais le “je” est le noyau dur dans la constitu-
laire, qui ne peut se départir de l’idée qui les connaît ne peut, pour sa part, tion de l’identité personnelle et de la
d’un principe d’identité distinct. être un agrégat, ni rendre service aux conscience de soi. Il faut remarquer ici
Chacun sent bien en effet que certaines psychologues en se présentant comme que l’importance accordée par James à
des idées qui circulent en nous ne nous une entité métaphysique telle que cette dernière observation constituera
appartiennent pas en propre, tandis l’âme, ou transcendantale comme le ultérieurement un élément détermi-
que d’autres nous sont personnelles. pur ego. Le “je” est une pensée, diffé- nant dans sa théorie des émotions. Le
James propose alors l’hypothèse sui- rente d’un instant à l’autre, s’appro- credo cartésien “je pense, donc je
vante : si, au lieu d’être un archi-ego priant chaque fois les précédentes. suis”, et la réponse des Lumières “je
identique dans sa substance au moi Si le flux de pensée est une réalité suis, donc je pense”, sont bel et bien
passé, le moi présent avait plutôt hérité directement vérifiable, ce dont per- remplacés par “je suis celui qui
de ce titre, et était ainsi devenu le sonne ne doute, alors c’est cette pense”, puisque le flot de pensées est
représentant légal de ce moi passé ? pensée qui est elle-même le penseur. bien le penseur lui-même.
Chaque état mental naîtrait en pleine La psychologie ne doit pas aller plus Il n’est pas inutile de rapprocher de
possession de lui-même, et mourrait loin, car le problème deviendrait alors ces idées développées par James à
en transmettant à l’état mental suivant métaphysique. propos du “moi”, celles de son ami

Act. Méd. Int. - Psychiatrie (20), n° 7, octobre 2003


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Ernst Mach, le physiologiste et physi- autres, le “moi” se constituant à partir car celui-ci possède de nombreuses
cien viennois. Pour ce dernier, en effet, de cette diversité grâce à des associa- propriétés, comme l’auto-organisation
“Ce qui est primaire dans le ‘moi’, ce tions établies après coup. Il n’y avait et la possibilité d’apprentissage, ce qui
sont les sensations. […] Lorsqu’on en outre pas de place chez les empi- rend possibles les processus d’émer-
meurt, ce n’est pas une entité réelle ristes anglais pour le concept d’atten- gence. Enfin, le point peut-être le plus
qui a cessé d’exister. […] Le ‘moi’ ne tion, qui est au cœur de la pensée de important, si l’on songe en filigrane
peut, en aucun cas, être sauvé (unrett- James. aux anciennes thèses de James, est le
bar)” (3). Opposées à ce point aux empiristes sur fait que le processus n’a pas besoin
James, qui revendiquait sur le plan un élément fondamental, celui d’un d’un ego centralisé régissant le pro-
religieux le droit de croire comme ego fondé sur un flux de pensées plu- cessus permanent d’adaptation du
expression de son libre arbitre, se tôt que sur des associations établies au réseau et la distribution sans cesse
heurtait, cependant – il s’y heurterait sein d’un agrégat d’idées séparées, les modifiée des poids synaptiques.
autant aujourd’hui d’ailleurs –, au pro- idées de James peuvent difficilement Pourtant, malgré ses propriétés atta-
blème de la relation d’un esprit s’intégrer dans la démarche des neuro- chantes, souligne Varela, même le
sémantique doué de liberté avec un sciences cognitives, dont la méthodo- modèle connexionniste souffre de
cerveau aux mécanismes physiques et logie est fondée sur les concepts d’ob- graves lacunes dans ses tentatives de
qui en était dépourvu. Or, cette rela- jets mentaux soumis au calcul par le modéliser l’esprit. On s’aperçoit
tion était pour lui aussi stricte qu’une cerveau, ainsi que sur ceux de repré- immédiatement, en effet, que rien n’y
fonction mathématique. Il estimait ce sentations mentales bien séparées les rend compte d’une propriété fonda-
problème insoluble dans l’état des unes des autres et configurées en sym- mentale de l’esprit humain, qui est
connaissances, mais trouvait une rai- boles. d’être attentif et sélectif par rapport à
son d’espérer dans le concept de En revanche, James pourrait presque son environnement, et d’être doué
tychisme élaboré par son ami, le philo- apparaître comme un précurseur de cet d’une intentionnalité permettant, par
sophe et logicien Peirce. À partir des autre courant des neurosciences qu’est le test de l’action, de donner un sens et
lois statistiques qu’il connaissait bien, le connexionnisme. Du moins celui une signification au monde qui nous
ce dernier affirmait en effet que, pour qui s’est développé après 1980 et dont entoure. Maine de Biran, déjà, au tour-
être comprise, la cosmologie ne pouvait le modèle n’est pas l’ordinateur nant du XVIIIe siècle, avait affirmé
être gérée à partir du pur déterminisme, séquentiel classique, paradigme des (6) que “si l’individu ne voulait pas ou
et qu’il fallait croire à une sorte de cognitivistes, mais plutôt le réseau de n’était pas déterminé à commencer à
hasard absolu permettant à la sponta- neurones dont les modalités de traite- se mouvoir, il ne soupçonnerait aucu-
néité et à la créativité de s’exprimer. ment sont parallèles et distribuées (5). ne existence, il n’aurait même pas
D’où la conviction de James que ce Dans ce modèle de réseau, inspiré l’idée de la sienne propre”. Plus tard,
concept de tychisme était garant de la par les anciens travaux de Hebb, les vers 1855, le physiologiste Helmholtz
liberté morale et, qu’en fin de compte, neurones sont interconnectés et leurs confirmait, grâce à sa démarche expé-
l’existence même était inexplicable contacts synaptiques excitateurs ou rimentale, le pouvoir privilégié du
(4). inhibiteurs ont, dans leur action de mouvement chez l’homme, permettant
La question qui se pose maintenant transmission, une efficacité plus ou de stabiliser sa perception de l’espace
pour nous est de savoir si les idées de moins grande, que l’on appelle “poids et d’assurer son emprise sur celui-ci (7).
James ont contribué, même partielle- synaptique”. Or, par hypothèse, le Et James, trente ans plus tard, généra-
ment, au développement de la psycha- poids synaptique augmente dans le lisait les conclusions de Helmholtz en
nalyse et du cognitivisme. groupe de neurones qui déchargent en introduisant en psychologie, mais
même temps, ce qui augmente l’effi- aussi en métaphysique, le terme de
James et le cognitivisme cacité synaptique de celui-ci. Le “pragmatisme”. La méthode pragma-
C’est là un problème dont l’ampleur réseau est soumis à des variations tique, pour lui, impose de trouver la
dépasse la taille de cet exposé. Ce que continuelles de son environnement, ce signification d’un concept à partir de
l’on peut affirmer dès l’abord, c’est qui modifie par là même la distribu- ses conséquences sur le plan pratique,
que James s’entendait fort mal avec tion des poids synaptiques, et donc les ce concept étant déclaré vrai ou
les empiristes anglais, dont certaines valeurs du signal final de sortie. valable si les conséquences paraissent
des thèses lui paraissaient inaccep- Comme on le voit, la connaissance satisfaisantes, donnent du plaisir ou
tables. Par sa théorie du flux de pen- n’est donc pas stockée à des endroits sont conformes aux exigences de
sées, par exemple, James s’opposait localisés du réseau mais, au contraire, l’humanisme.
radicalement aux idées de Hume pour répartie dans toutes les connexions. L’introduction par James du pragma-
qui toutes les pensées sont atomisées, L’hypothèse d’un tel réseau est plus tisme, de l’intentionnalité et de la
indépendantes et séparées les unes des efficace que le modèle cognitiviste, recherche du sens au cœur du fonc-

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tionnement de l’esprit n’est rencon- cient” – se sépare parfois de la sembler incongrue. Mais il n’en n’est
trée ni par le cognitivisme, ni par le conscience au point d’exécuter des rien, car la force de sa pensée est telle
connexionnisme. Il n’est pas étonnant comportements que cette dernière qu’elle n’a pas pris de rides et le charme
que ce soit avec la vision phénoméno- ignore. Il parle aussi à ce propos d’un de son écriture reste d’une exception-
logique du monde et le foisonnement “moi” secondaire ou de dédoublement nelle efficacité. Je conviens que ses
d’idées développées dans ce cadre, de conscience. On pourrait se deman- idées sont très éloignées de celles
depuis Husserl jusqu’à Merleau-Ponty der ici dans quelle mesure ces cas ont véhiculées par la psychanalyse et le
et Ricœur, et sans doute aussi dans le contribué à la réflexion psychanaly- cognitivisme, mais il faut cependant
modèle cognitiviste de l’“enaction” tique sur l’inconscient freudien, et lui reconnaître une paternité peu
(to enact : émerger) proposé par pourquoi les cognitivistes, armés de douteuse dans le développement de
Varela, que l’on retrouve les traces les leurs puissantes techniques d’imagerie la phénoménologie et un lointain
plus profondes de l’œuvre du psycho- cérébrale, ne s’intéresseraient pas cousinage avec les neurosciences
logue américain. davantage à ces phénomènes chez les connexionnistes. Cet homme de bien,
hystériques, ainsi que chez les patients grand moraliste et ennemi des
James et la psychanalyse de Sperry et Gazzaniga ayant subi une dogmes, restera longtemps un puissant
Il ne semble avoir rencontré Freud section du corps calleux et présentant stimulant de la créativité scientifique.
qu’assez rarement : en 1889 à Paris des phénomènes analogues de dédou-
lors d’un congrès sur l’hypnotisme, et blement. Références
deux fois peu avant sa mort. Il se féli- Avant d’en finir, on se rendra compte
citait de l’avènement de la psychana- que l’opportunité éventuelle d’un rap- 1. Jeannerod M. La Nature de l’Esprit.
lyse, même s’il se méfiait de certains prochement théorique ou expérimental Paris : éditions Odile Jacob, 2002.
de ses interprètes et s’inquiétait de la 2. James W. The Principles of Psychology.
de la psychanalyse avec les neuro- New York : Henry Holt, 1890 ; réédité par
longueur des cures, qui favoriserait le sciences cognitives n’a pas été soule- Dover, 1950 (2 volumes).
pouvoir du médecin sur son malade, vée jusqu’ici. Cette omission n’est pas 3. Mach E. Die Analyse der Empfindungen
empêchant ainsi ce dernier de trouver fortuite, car ce projet paraît actuelle- und das Verhältnis des Physischen zum
lui-même une solution à ses pro- ment illusoire. On voit mal, en effet, Psychischen. Gustav Fischer, 1922.
blèmes psychiques (4). quel paradigme expérimental pourrait Traduit par F. Eggers et J.M. Monnoyer.
Cela dit, il y avait peu de chance pour éclairer la psychanalyse, si ce n’est sur L’analyse des sensations – Le rapport du
que les idées de James puissent inter- des points limités, comme le “sub- physique au physique. Nîmes : éditions
férer avec celles de Freud et de ses conscient” évoqué par James. Par Jacqueline Chambon, 1996.
successeurs. En effet, la pensée psy- 4. Perry RB. The Thought and Character of
ailleurs, comment soumettre à une
William James, 1935. Nashville : Vanderbilt
chanalytique est fondamentalement investigation cognitiviste, forcément University Press, 1996.
structuraliste, ce qui veut dire que der- réductrice, la psychanalyse qui est une 5. Varela J. Cognition et sciences cogni-
rière les faits, il faut rechercher leur théorie structuraliste de la personnalité tives. In : Dictionnaire d’histoire et philo-
agencement et leur organisation et une technique psychothérapique sophie des sciences. Dirigé par
logique. Cette pensée est donc très spécifique dans le cadre d’une relation D. Lecourt. Paris : Presses universitaires
éloignée de celle de James. unique et privilégiée entre le patient et de France, 1999.
Il est vrai, aussi, que James n’a jamais son psychanalyste. 6. Crommelinck M. Neurones, architec-
parlé d’inconscient, puisque pour lui Au regard de ces deux disciplines effi- tures cognitives et intentionnalité. In :
toute pensée est consciente par défini- Entre le corps et l’esprit – Approche inter-
caces et dominantes que sont aujour-
disciplinaire du Mind-Body Problem.
tion, mais il a néanmoins consacré d’hui psychanalyse et neurosciences Dirigé par B. Feltz, D. Lambert. Liège :
beaucoup de temps à étudier l’hypnose cognitives, l’évocation de William Mardaga, 1994.
et l’hystérie, car il avait été frappé James, qui semble émerger des 7. Meulders M. Helmholtz – Des Lumières
d’observer chez certains patients brumes de l’histoire pour nous empê- aux neurosciences. Paris : éditions Odile
qu’un “moi” – qu’il appelle “subcons- cher de danser en rond, pourrait Jacob, 2001.
Agenda

✔ 6 et 7 novembre 2003, Paris Contact et inscriptions : Le corps en relation


Conférence de consensus orgnisée par la Fédération française de psychiatrie Corps du malade, corps du médecin,
Fédération française de psychiatrie, sur le Tél. : 01 48 04 73 41 corps du psychanalyste
thème : E-mail : mthurin@internet-medical.com Lieu :
Web : http///psydoc-fr.broca.inserm.fr Salle Notre-Dame des Champs - 92 bis, bd
Conséquences des maltraitances sexuelles
Les reconnaitre, les soigner, les prévenir du Montparnasse - 75014 Paris.
Lieu : Amphitéâtre Charcot, hôpital de la ✔ 23 novembre 2003, Paris Renseignements et inscriptions :
Pitié-Salpêtrière - 47, boulevard de l’Hôpital - Journée scientifique d’hommage à Michel Mme M.L. Ancel
75013 Paris Sapir, organisée par l’AREFFS, sur le thème : Tél. : 01 39 86 70 37 - Fax : 01 34 45 75 98

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