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« RÉPONSES »

Collection créée par Joëlle de Gravelaine


DU MÊME AUTEUR
CHEZ ROBERT LAFFONT

Pour une enfance heureuse, 2014.


© Éditions Robert Laffont, S. A., Paris, 2015
ISBN : 978-2-221-15629-2
Design : Bureau des Affaires Graphiques
En couverture : © Dessin de Sempé
Suivez toute l’actualité des Editions Robert Laffont sur
www.laffont.fr
L’éducation est l’arme la plus puissante que vous puissiez
utiliser pour changer le monde.
Nelson Mandela
Avant-propos

Pour une enfance heureuse a une suite. Ce livre que vous avez entre
les mains le complète en abordant les situations concrètes qui
préoccupent les parents et les amènent à consulter. Durant mes
consultations hospitalières de soutien à la parentalité, j’ai pu constater
que les principales inquiétudes, au sujet de la petite enfance, se centrent
d’abord sur les repas et le sommeil, puis sur les pleurs, les colères, les
caprices et le refus d’obéir. Ensuite, lorsque l’enfant grandit, d’autres
préocupations prennent le pas. Ainsi on me dit souvent : « Il est scotché
à ses jeux vidéo », « Il ne veut pas faire ses devoirs », etc.
Les parents attendent des réponses à leurs questions. Comment me
comporter quand mon enfant ne veut pas manger, ne veut pas dormir ?
Faut-il le punir ? Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je fais mal ? Que
dois-je faire pour qu’il se développe bien, pour qu’il soit heureux ?
Vous découvrirez dans ce livre de nombreux exemples de relations
parents-enfants. Ces situations ne sont pas inventées, même si certaines
peuvent paraître surprenantes, elles émanent de mes très nombreuses
rencontres avec les parents et leurs enfants.
Pour chaque situation concrète, je rappellerai les recherches récentes
sur l’affectivité1 de l’enfant. Ces nouvelles connaissances sur le cerveau
affectif sont une véritable révolution dans la compréhension de l’humain
et nous éclairent sur ce qui est nécessaire pour un bon développement de
l’enfant ou au contraire sur ce qui l’entrave. Avoir connaissance des
recherches en neurosciences affectives et sociales2 est essentiel,
puisqu’elles nous aident à comprendre pourquoi l’enfant a des
comportements qui déroutent souvent l’adulte et quels sont ses besoins
fondamentaux auxquels les adultes doivent répondre au mieux.
Le plus souvent, les difficultés rencontrées par les adultes avec
l’enfant sont liées à la méconnaissance de ce qu’est un enfant à tel ou tel
âge, de ses capacités à pouvoir réguler ses émotions et à se comporter
comme le voudrait l’adulte. Les conflits naissent aussi très fréquemment
de malentendus, d’incompréhensions. La relation s’envenime car
l’adulte juge, critique l’enfant, sans prendre le temps de l’écouter, d’être
en empathie avec lui, de saisir ses ressentis et ses souhaits.
Les recettes magiques n’existent pas. Chaque famille est singulière,
chaque enfant est unique. En revanche, s’interroger sur notre façon
d’être, nous, les adultes, éprouver davantage d’empathie et de
bienveillance peut apporter et changer beaucoup de choses. La plupart
des adultes, qui n’ont pas connu de telles relations lors de leur enfance,
ont de grandes difficultés à se montrer empathiques, ouverts, à l’écoute.
Néanmoins, parler, se comporter avec empathie peut s’apprendre, quels
que soient notre âge ou notre passé. Cela est fort utile, car dès que
l’adulte adopte un comportement qu’il voudrait que son enfant
reproduise (par exemple, il ne crie pas quand il demande à l’enfant de ne
pas crier), dès qu’il prend le temps nécessaire pour écouter l’enfant, le
connaître, le comprendre, dès qu’il montre une attitude aimante,
bienveillante, alors la relation se transforme, se pacifie, et jaillit le
bonheur d’être ensemble, de voir l’enfant grandir et s’épanouir.

Notre civilisation évolue, progresse. Les personnes voudraient,


aujourd’hui plus qu’avant, être profondément respectées, reconnues,
écoutées pour ce qu’elles sont dans leur vie familiale, conjugale, dans
leur travail, au sein de leur pays. La démocratie est souhaitée à tous les
niveaux et c’est un grand progrès. Il en est de même sur le plan éducatif.
On ne peut plus élever les enfants sans tenir compte de ce qu’ils sont et
de leurs souhaits légitimes d’être respectés et compris. Un changement
de culture est réellement en cours. De nombreux parents n’ont plus envie
d’éduquer leur enfant en les dominant par la punition, la peur, la
culpabilité, la honte. Ils sentent confusément qu’ils pourraient agir
autrement, mais ils ne savent pas comment faire et craignent d’être
débordés. On leur a tellement répété qu’il fallait en priorité donner des
limites à l’enfant, sinon le pire allait arriver ! La majorité des parents que
je reçois aiment profondément leur enfant et rêvent qu’il devienne
confiant, heureux de vivre, plein d’allant et d’initiatives, respectueux des
autres. Ils ne souhaitent pas que leur enfant soit craintif et soumis.
On ne peut plus raisonner comme au XXe siècle, car les neurosciences
affectives apportent des réponses passionnantes et modifient
radicalement notre vision de l’éducation. Intuitivement, certains
pédagogues ou parents avaient pensé et savaient déjà qu’une éducation
empathique, aimante, soutenante permettait à un être humain de bien se
développer. Il est remarquable de constater qu’en ce début du XXIe siècle,
la science confirme ces intuitions. C’est un grand tournant dans la
connaissance et dans la compréhension de l’humain.
Ce livre s’adresse aux parents, grands-parents, professionnels, et à
toute personne amenée à rencontrer des enfants. Je souhaite que ce livre
vous éclaire, vous aide dans le cheminement avec votre enfant pour avoir
le bonheur de le voir grandir en étant aimant, heureux, coopérant, libre et
plein de vie.
Certains passages de ce livre sont susceptibles de donner une
impression de répétition. Mais j’ai souhaité que chaque chapitre puisse
être lu séparément sans qu’il soit nécessaire de lire le livre dans son
intégralité.

1. L’affectivité est l’ensemble des émotions et des sentiments.


2. Les neurosciences affectives et sociales : sciences qui étudient les mécanismes cérébraux des
émotions, des sentiments et des capacités relationnelles.
L’enfant est fait pour la joie

Quand j’étais petit ma mère m’a dit que le bonheur était la clé de la vie.
Quand je suis allé à l’école, ils m’ont demandé ce que je voulais être quand je
serais grand. J’ai répondu « heureux ». Ils m’ont dit que je n’avais pas compris
la question. J’ai répondu qu’ils n’avaient pas compris la vie.
John Lennon

L’enfant est une boule de vie, d’énergie. Il se heurte bien souvent aux
adultes qui ont perdu cette étincelle. L’adulte s’énerve et rétorque : « J’ai
autre chose à faire que de m’amuser, je n’ai pas de temps à perdre ! Et
puis il faut qu’il apprenne les frustrations, on n’est pas là pour rigoler !
Je veux le préparer au monde. Moi, je suis adulte, je ne vais quand même
pas jouer comme un enfant. »
Et si au contraire l’adulte retrouvait, grâce à l’enfant, la nature
profonde de l’être humain, qui est la vie dans toutes ses dimensions, ses
multiples facettes, dont le plaisir de vivre, la joie, le rire, la légèreté,
l’émerveillement...
L’enfant est la vie, jaillissante, débordante, fantaisiste. Il chante,
danse, rit, court, joue, imagine, rêve. Il n’est pas « infantile » de partager
cette joie avec lui. Bien au contraire. La joie est contagieuse. L’adulte se
sentira alors plus humain, plus vivant, plus heureux.

L’enfant a besoin d’exprimer sa vitalité


« Quand je sens que Nathan chouine, s’énerve, fait des “bêtises”, je
sais qu’il a probablement besoin de se dépenser, de se défouler. Notre
appartement est petit. Je lui demande : “Tu as envie de bouger, de
grimper ?” Quand ce n’est pas possible d’aller courir dans le square à
côté, j’ai un gros ballon et plusieurs grandes boîtes empilées, bien
solides, que je mets à sa disposition. Il sait qu’il peut s’amuser à grimper,
sauter, crier de joie, s’il en a envie. »

Le jeu
Jouer est vital pour l’enfant
La vie est un jeu pour le petit enfant. Jouer est vital pour lui. Par le
jeu il découvre et s’approprie le monde. Quand il joue, il vit pleinement,
intensément. Il ne connaît pas le devoir, il ne vit pas en se disant : « Il
faut, je dois, il est l’heure. » Il n’a pas la notion du temps. Il ne vit que
dans le présent. Il aime prendre son temps, vivre au rythme de ce qui
l’intéresse. Alors, il se passionne, il se donne à fond, avec un immense
plaisir1.
Quand l’entourage est bienveillant, son enthousiasme, sa curiosité
pour comprendre le monde, sa créativité sont infinis. Il est épatant de
savoir que plus l’enfant éprouve de plaisir, plus il est motivé, concentré,
et plus il est ouvert à la vie. Il « absorbe » le monde environnant, il
apprend avec tous ses sens. Il répète sans se lasser un geste pour
l’apprivoiser. Il regarde, observe, contemple, écoute, touche, prend,
caresse, goûte, sent. Il s’émerveille devant les couleurs, le rythme, la
musique.

La bienveillance
La bienveillance
Être bienveillant, c’est porter sur autrui un regard aimant, compréhensif, sans jugement, en
souhaitant qu’il se sente bien et en y veillant.

Des adultes bienveillants, qui apportent leur soutien, rendent les enfants heureux,
sociables, motivés, créatifs
Il est impressionnant de réaliser que l’adulte a la clé en lui pour que l’enfant soit
heureux, sociable, apaisé, motivé et créatif.
Dès que les adultes sont chaleureux, bienveillants, soutenants, l’enfant sécrète des
molécules cérébrales (ocytocine, dopamine, endorphines, sérotonine) qui le rendent heureux,
sociable, apaisé, motivé et créatif. Son cerveau se développe favorablement. Il mémorise et
apprend mieux2.
Jouer développe le cerveau de l’enfant
Ce qui donne de la joie à l’enfant est bon pour son développement cérébral. Jouer, rire,
s’amuser, se rouler par terre, grimper, courir sont indispensables et font maturer le cerveau.
Dans ces moments-là une molécule cérébrale appelée le BDNF (Brain-Derived Neurotrophic
Factor) est sécrétée. Ce BDNF est un facteur de croissance neuronale qui intervient dans la
prolifération, la survie, la différenciation des neurones et leurs connexions et assure le bon
développement du cerveau3.

J’entends déjà les commentaires : « Mais la vie réelle, ce n’est pas


cela ! Il faut leur apprendre les limites. » Oui, bien sûr, les adultes
doivent savoir exprimer leur désaccord, transmettre des valeurs, montrer
la voie. Ils sont des guides, mais l’essentiel est d’agir avec douceur et
compréhension. Ils ont conscience de s’adresser à un enfant fragile,
immature, et ils n’ignorent pas qu’il faut du temps pour forger un adulte
et des trésors de patience.
La vie est mouvante, fluctuante, avec des hauts et des bas, la joie
n’est pas permanente. Mais en cheminant avec les enfants de tous pays,
de toutes conditions, nous découvrons que l’être humain, lors de ses
premières années de vie, possède d’immenses ressources de joie, de
curiosité, d’enthousiasme. L’enfant est toujours prêt à s’émerveiller de la
beauté du monde. Dès la petite enfance, la musique le met en
mouvement, le fait danser, vibrer. Il aime chanter. Vivre dehors, avoir de
l’espace l’enchantent. Par la suite même si cette joie semble disparaître,
elle reste au fond de tout être humain, de chaque adulte, de chaque
parent. Elle ne demande qu’à être réveillée.
Évidemment, le quotidien nous impose ses contraintes, ses urgences,
ses drames. Cette capacité d’émerveillement peut être érodée, éteinte.
Comment faire pour que l’enfant en grandissant continue à éprouver ce
plaisir d’exister ?
En lui faisant vivre des relations humaines où l’on peut partager la
joie d’être ensemble, sans rapports de force. En lui transmettant cette
harmonie, en lui montrant qu’elle est toujours possible. Quand l’enfant et
l’adulte l’expérimentent ensemble, surgit le bonheur d’être pleinement
vivant.
Avoir des relations satisfaisantes, apaisées est donc une des sources
du bonheur. Mais comment y parvenir ? La première étape consiste à
développer l’empathie envers les autres, mais aussi l’empathie envers
soi-même. Voyons ensemble ce qu’est l’empathie.

1. Panksepp 2007, Milteer 2012. (Une bibliographie complète se trouve en fin d’ouvrage.)
2. Champagne 2008, Gordon 2010, Björnsdotter 2014, Whittle 2014.
3. Gordon 2003.
L’empathie

Qu’est-ce que l’empathie?


L’empathie est au cœur de nos relations avec les autres. « C’est une
capacité innée qui permet de détecter et de répondre aux signaux
émotionnels d’autrui, capacité nécessaire pour survivre, se reproduire et
avoir du bien-être1. »
Jean Decety, chercheur à Chicago, distingue trois facettes de
l’empathie : l’empathie affective, l’empathie cognitive et la sollicitude
empathique.
• L’empathie affective est cette capacité à partager les sentiments
des autres, à en être affecté sans être dans la confusion entre soi et
les autres.
• L’empathie cognitive nous permet de comprendre les sentiments
et pensées d’autrui.
• Enfin, la sollicitude empathique, elle, nous incite à prendre soin
du bien-être d’autrui2.
Je ne ferai pas de différence entre émotions et sentiments.
J’emploierai les deux mots indifféremment. Ces deux termes sont du
domaine du ressenti. L’émotion est une réaction rapide, immédiate, avec
des manifestations corporelles souvent visibles (sueurs, rougeurs, le
cœur qui bat vite...). Le sentiment fait souvent suite à l’émotion, il est
plus durable.

L’empathie au quotidien
Mélanie vient me voir en consultation car les relations avec son fils
adolescent sont très conflictuelles. Elle me dit : « Je vais vous donner un
exemple. Ce matin, le réveil a été difficile. J’étais de mauvaise humeur,
mais je n’ai pas voulu y prêter attention. Toute mon enfance, on m’a dit :
“Tu dois être forte. Tu ne dois pas parler de toi.” Durant le petit déjeuner,
mon fils a été odieux. Je me suis disputée avec lui. Je suis partie de la
maison encore plus énervée. Au travail, je me suis engueulée avec ma
collègue, qui l’a bien cherché. Et ce soir, je suis totalement épuisée. Je
sens que je vais encore m’énerver avec mon fils. Aidez-moi ! »
Quand j’entends Mélanie, je constate qu’elle n’éprouve d’empathie ni
pour elle-même ni pour son entourage. Elle vit dans le brouillard sans
prendre le temps d’écouter, de comprendre ce qui se passe en elle et
autour d’elle. Elle n’est pas à l’écoute de ses émotions. Son malaise
s’accentue et retentit sur elle et ses proches.
Si elle éprouvait de l’empathie pour elle-même, elle me raconterait
autrement les événements : « Ce matin, dès le réveil, je sentais que cela
n’allait pas. La journée commençait mal, j’étais de mauvaise humeur.
J’ai pris un peu de temps pour mieux identifier mes ressentis : était-ce de
la fatigue, de l’inquiétude, de la colère ? En fait, j’ai réalisé que ma
mauvaise humeur me concernait vraiment et qu’elle avait retenti sur mon
fils. Elle venait de ce que j’avais vécu hier soir et de la perspective de la
journée qui s’annonçait. Hier soir, je me suis disputée avec mon
conjoint, et ce matin, je me sentais triste de partir au travail sans avoir pu
apaiser notre relation. Ensuite, une journée difficile m’attendait au
bureau, j’étais très anxieuse à l’idée de travailler un dossier épineux avec
ma collègue. »
Si Mélanie éprouvait de l’empathie pour son entourage, voilà ce qui
se serait passé : « Ce matin, j’étais de méchante humeur. Je sais que
l’humeur se propage et que mon compagnon et mon fils étaient
probablement inquiets, et même en colère de me voir ainsi. Je suis allée
leur parler et leur demander ce qu’ils éprouvaient. Mon compagnon m’a
répondu :
“Je suis préoccupé de te voir dans cet état-là. Est-ce à cause de notre
dispute d’hier soir ?
— Oui, je me sens bouleversée, angoissée. J’aimerais qu’on prenne
du temps pour nous retrouver et échanger.
— Oui, moi aussi je souhaite avoir un moment d’intimité avec toi.
Veux-tu qu’on dîne en tête à tête ce soir, au restaurant ?”
J’étais soulagée ! Cela m’a fait un immense plaisir. Quant à mon fils,
il m’a dit : “J’en ai vraiment marre d’avoir une mère toujours énervée,
désagréable, qui fait la tête !” Il était très en colère contre moi. Il s’est
apaisé quand je lui ai répondu que la dispute d’hier soir avec son père,
qu’il avait évidemment entendue, me rendait très triste et que nous
avions décidé de dîner ce soir en tête à tête, pour prendre le temps d’être
ensemble. J’ai ajouté que j’étais particulièrement sous tension car une
journée très difficile m’attendait au travail. J’ai vu alors son visage se
détendre. Il avait compris ce qui m’avait mise de mauvaise humeur. Il
m’a embrassée avec un grand sourire et m’a souhaité une belle journée.
Je me suis sentie soudain beaucoup mieux et je suis partie au travail
soulagée et pleine d’allant. Au bureau, j’ai trouvé ma collègue tendue,
elle aussi. On en a parlé ensemble, ce qui a allégé l’atmosphère. On a
même ri toutes les deux en se disant que cela faisait vraiment du bien de
pouvoir se parler de nos états d’âme. »

À quoi sert l’empathie ?


Pour Mélanie, ce moment d’auto-empathie et d’empathie pour son
compagnon, son fils, sa collègue l’a amenée à comprendre ses ressentis
et ceux de son entourage, et ainsi à y voir plus clair, à s’apaiser et à
pouvoir trouver ensuite les solutions adéquates à la situation.
L’empathie aide à se connaître soi-même, à être plus conscient, à se
comprendre pour se sentir mieux et vivre en accord avec ce que l’on
souhaite vraiment.
L’empathie permet de saisir les autres, leurs désirs, leurs motivations
et de vivre de façon plus harmonieuse avec eux.

L’empathie est rare, pourquoi ?


L’empathie paraît simple ! Pourtant elle est rare. Beaucoup d’êtres
humains n’ont pas reçu d’empathie dans leur enfance et se sont coupés
de leurs propres ressentis.
• Car, durant leur enfance, il leur était interdit d’exprimer des
émotions jugées négatives.
On leur a dit à maintes reprises : « Arrête de t’écouter, de pleurer !
C’est pas grave, sois fort, ne fais pas la mauviette ! Va faire ta colère
ailleurs ! Qu’est-ce que t’es excité ! Ris moins fort ! Fais moins de
bruit ! Ne t’emballe pas trop vite ! » L’enfant a ainsi intégré qu’éprouver
et exprimer des émotions « ce n’est pas bien. Il faut être bien élevé, ne
pas montrer ce qu’on ressent, ses faiblesses, ses souffrances et même ses
enthousiasmes qui peuvent paraître suspects » !
• Car l’enfant humilié se déconnecte de ses émotions pour ne pas
souffrir.
Parfois certains enfants, en réponse à l’expression spontanée de leurs
émotions de colère, de tristesse, de peur, ont subi des moqueries, des
violences verbales, voire physiques (gifles, fessées). Et pour ne pas
souffrir, ces enfants se sont coupés de leurs émotions : « Même pas
mal ! »
Le résultat est là : un grand nombre d’adultes vivent sans se soucier
de ce qu’ils ressentent et il n’est pas question pour eux d’écouter les
émotions de leurs enfants.
Enfin, bien souvent, nous ne sommes pas à l’écoute de nos émotions
car nous en méconnaissons l’importance. Nous agissons alors trop vite,
inconsciemment, sans réfléchir aux conséquences de notre attitude.
Ainsi quand je reçois les parents parce que « cela ne va vraiment pas
avec mon enfant. Cela ne peut plus durer. Il faut faire quelque chose », je
leur demande : « Et vous, comment vous sentez-vous ? » Le plus
souvent, ils ne savent pas mettre de mots sur ce qu’ils ressentent et me
répondent :
« Cela ne va pas. Je ne me sens pas bien.
— Mais quelle émotion éprouvez-vous ?
— Je ne sais pas, je ne peux pas vous dire. »
Je leur propose alors un éventail d’émotions : « Vous me dites que
cela ne va pas, mais plus précisément, pouvez-vous me dire si vous êtes
fatigué, en colère, triste, anxieux, énervé ? » Progressivement, plus ou
moins rapidement, en fonction de ce qu’ils ont vécu enfants, ils prennent
le temps de se connaître et parviennent à trouver les mots, à exprimer ce
qu’ils éprouvent. Puis, enfin, ils réussissent à sentir, à comprendre ce
qu’ils souhaitent vraiment. Une grande étape dans la connaissance
d’eux-mêmes est franchie.
Ocytocine et empathie.
Que se passe-t-il dans notre cerveau quand nous éprouvons de l’empathie ?
Quand nous éprouvons de l’empathie, nous sécrétons de l’ocytocine, molécule
synthétisée dans le cerveau par les neurones de l’hypothalamus. L’ocytocine est la molécule
de l’empathie, de l’affection.
L’ocytocine active plusieurs régions cérébrales impliquées dans les relations sociales.
Elle contribue à l’empathie en agissant, entre autres, sur une région du cerveau située au-
dessus de nos orbites, appelée « cortex orbito-frontal » (ou COF), laquelle nous permet de
percevoir les signaux émotionnels, de les interpréter correctement et d’y répondre
rapidement et de façon appropriée. Elle permet aussi de décrypter de manière très précise les
expressions des yeux, du visage. Elle favorise donc les relations satisfaisantes par la
perception des émotions, des intentions de la personne qui est avec nous. Si nous ne
comprenons pas ce qu’éprouve l’autre, notre relation avec lui sera très difficile3.

L’empathie se transmet
Chaque fois que l’enfant reçoit de l’empathie, de l’affection, il sécrète de l’ocytocine,
qui le conduit à son tour à être empathique et affectueux. L’empathie se transmet. C’est un
cercle vertueux : plus nous recevons d’empathie, plus nous avons un taux élevé d’ocytocine,
et plus nous sommes capables d’être empathiques. L’inverse est aussi vrai, moins nous
recevons d’empathie, moins nous avons d’ocytocine et moins nous sommes capables d’être
empathiques4.

Le manque d’empathie est une des principales


causes des difficultés relationnelles
Quand on les interroge, tous les êtres humains, quel que soit leur âge,
enfants, adolescents, adultes, personnes âgées, aimeraient recevoir de
l’empathie. Ils rêvent que leurs émotions, leurs sentiments et leurs
souhaits puissent être exprimés, entendus et compris. La plupart du
temps, les relations sont frustrantes par manque d’empathie : la personne
ne se sent ni entendue ni comprise et surgissent alors les ressentiments,
la colère, la déception. L’empathie apporte de la douceur, de la paix avec
soi-même et avec les autres. Elle est indispensable pour créer un climat
de confiance réciproque et une relation de qualité avec autrui.

L’empathie commence d’abord par soi-même :


c’est l’auto-empathie
La première étape est d’être empathique avec soi-même, d’accueillir,
de sentir, de comprendre les émotions, les sentiments qui nous animent,
avec indulgence.
Avoir de l’empathie pour soi-même est nécessaire pour se
comprendre, se connaître en acceptant toutes les émotions qui nous
traversent, sans porter de jugements négatifs sur elles. C’est essentiel
dans notre relation à l’autre, car sans empathie pour soi-même, il est très
difficile d’accepter que la personne devant nous soit elle aussi envahie
d’émotions qui ne sont pas toujours agréables.
Dans la relation avec leur enfant, ce travail d’auto-empathie est d’une
grande aide pour les parents. Il est bon de s’interroger : « Qu’est-ce que
j’éprouve, qu’est-ce que je ressens dans telle ou telle situation avec mon
enfant ? », d’accueillir les émotions sans jugement et sans se dire : « Je
ne dois pas écouter ce que je ressens, je mets un couvercle dessus. Ce
n’est pas bien d’éprouver cela, je ne devrais pas. » Si nous ne voulons
pas entendre ce qui se passe en nous, nos émotions continuent à
bouillonner, elles nous travaillent intérieurement, prennent de plus en
plus de place et peuvent nous faire « disjoncter ». En ne comprenant pas
ce que nous ressentons, nous prenons de mauvaises décisions ; au final,
la colère, la tristesse, l’anxiété explosent et nous submergent, et la
relation avec notre enfant se détériore.

Les émotions ne sont ni bonnes ni mauvaises :


elles sont la vie en nous
Les émotions surgissent en nous : nous nous sentons enthousiastes,
sereins, tristes, inquiets, dégoûtés, nous avons peur. Nous ne contrôlons
pas leur apparition, cependant nous sommes capables, nous adultes, de
les comprendre, de les « gérer » afin de ne pas nous laisser submerger
par la colère, la peur, par exemple, qui pourraient nous conduire à des
comportements inadéquats.
Les émotions circulent en nous, sont agréables ou désagréables, et
sont le reflet de ce que nous ressentons à un moment donné. Sans
émotions, nous ne serions pas des êtres vivants, mais seulement des
machines.
Quand nous nous sentons réjouis, curieux, enthousiastes, heureux,
paisibles, ces émotions très agréables nous confirment que nous vivons
en accord avec nous-mêmes, en cohérence avec ce que nous souhaitons
profondément.
A contrario, lorsque nous éprouvons des émotions désagréables, nous
sommes inquiets, tristes, en colère, énervés, découragés... Ces émotions
nous signalent qu’une partie de notre être n’est pas du tout satisfaite et
que nous ne vivons pas comme nous le désirons.
Les émotions sont donc extrêmement utiles, puisqu’elles nous
renseignent sur ce que nous sommes, sur ce qui pourrait évoluer, changer
en nous pour nous rapprocher de nos aspirations. Elles nous permettent
de vivre en pleine connaissance et conscience de nous-mêmes, de faire
les choix qui nous correspondent et ainsi de garder le fil directeur de
notre vie.
Quand nous prenons le temps de nous demander deux ou trois fois
par jour : « Comment je me sens, là, maintenant ? » ainsi que le suggère
Thomas d’Ansembourg, psychologue belge, formé en communication
non violente ou CNV5, nous constatons que les émotions sont
extrêmement diverses, riches, nuancées et que prendre le temps, même
très court, de les analyser nous permet d’avoir conscience de ce que nous
ressentons, de mieux répondre aux situations qui se présentent et de
mieux nous connaître.
De plus, la recherche nous révèle que nommer ce que nous éprouvons
agit positivement sur notre cerveau, et donc sur nous-mêmes.

Stress et amygdale cérébrale


CRH : hormone corticolibérine
ACTH : hormone corticotrophine
Nommer ce que nous ressentons nous fait du bien
Quand nous sommes stressés, l’amygdale cérébrale, centre de la peur, provoque la
sécrétion du cortisol, de l’adrénaline, molécules qui en quantité importante peuvent être très
toxiques pour notre santé physique et psychologique. Quand nous parvenons à mettre des
mots sur nos émotions nous agissons sur l’amygdale cérébrale, elle devient moins active, la
sécrétion de cortisol et d’adrénaline ralentit, notre stress diminue et nous nous apaisons6.

L’empathie vis-à-vis d’autrui


Après avoir pris un temps d’auto-empathie, il est important
d’éprouver aussi de l’empathie pour les personnes que nous rencontrons.
Et plus précisément à travers ce livre, il s’agit de parvenir à établir une
relation empathique avec l’enfant, de se mettre à sa place, d’éprouver et
de comprendre ses émotions, ses sentiments, ses souhaits. Quand j’ai
telle attitude avec lui, que ressent-il ? Quand il a une réaction
émotionnelle, que se passe-t-il en lui ? Que veut-il exprimer ? Quand
l’enfant parle, je peux lui demander ce qu’il éprouve : « Es-tu triste, en
colère, inquiet ? » Avant l’âge de la parole, son regard, les expressions
de son visage, son attitude traduisent ce qu’il éprouve. Le petit enfant dit
tout, il faut juste savoir le décrypter.

Parler des émotions à un tout-petit


renforce sa sociabilité naturelle
Dès la première année de vie, les enfants ressentent de l’empathie pour autrui,
manifestant ainsi la nature profondément sociable de l’être humain. Dès 6-8 mois, les enfants
savent partager, aider, réconforter les autres7.
Quand l’adulte parle des émotions à l’enfant dès son plus jeune âge, l’aide à les
exprimer, à les comprendre, puis l’incite à comprendre celles des autres, il renforce la
sociabilité naturelle de l’enfant.
Celia Brownell en 2013 et Jesse Drummond en 2014 ont étudié la socialisation d’enfants
entre 18 et 30 mois. Elles ont montré que les enfants dont les parents parlent des émotions,
les aident à mettre des mots sur leurs ressentis et ceux des autres, à les comprendre,
deviennent de plus en plus sociables, attentifs aux autres, soucieux de leur bien-être,
coopérants, aimant partager et aider les autres dès tout petits8.

Apporter du bien-être à l’autre nécessite


d’abord de sentir, de comprendre ce qu’il ressent
Quand nous désirons apporter du bien-être à quelqu’un, cela ne
signifie pas que nous ressentons et comprenons ses émotions et ses
sentiments. Si nous voulons absolument apporter du bien-être à une
personne sans partager ni saisir ce qu’elle éprouve, ses sensations, ses
émotions et sentiments, cela peut être source de nombreux conflits,
malentendus, erreurs. Par exemple, si des parents veulent à tout prix que
leur enfant se couche tôt, pour son « bien », alors qu’il n’a pas du tout
sommeil, ils souhaitent le bien-être de leur enfant, mais ils ne sont pas à
l’écoute de ce que lui ressent. Il n’est pas fatigué et n’a pas besoin de
dormir. Ils lui imposent leur point de vue pour son « bien ». Cette
attitude entraîne beaucoup de conflits.
Nous allons voir maintenant, dans des situations concrètes,
quotidiennes, l’importance capitale de l’empathie dans les relations avec
l’enfant.

1. Decety 2015.
2. Decety 2015.
3. Shamay-Tsoory 2011.
4. Eisenberg 2009, 2010 ; Feldman 2010.
5. Pour en savoir plus sur la CNV, voir p. 197.
6. Hariri 2000 ; Ledoux 2002, 2005.
7. Davidov 2013, Decety 2015.
8. Brownell 2013, Drummond 2014, Paulus 2014.
Les repas

Le repas, source de conflits


Lors de mes consultations de soutien à la parentalité, la question des
repas est évoquée régulièrement. Les repas devraient être un moment
joyeux et détendu, lié au plaisir de se retrouver. Ils sont au contraire bien
souvent le lieu de fréquentes tensions, d’énervement et
d’incompréhension. Les parents veulent que leur enfant mange de telle
ou telle façon et se heurtent à l’enfant qui souhaite, lui, faire comme il
l’entend. Ces repas qui reviennent évidemment quotidiennement
rigidifient les attitudes et, jour après jour, la relation s’envenime
davantage. Les parents s’interrogent : « Comment sortir de cette
situation ? », « Faut-il être autoritaire ou au contraire le laisser faire ce
qu’il veut ? » Ces conflits à l’heure du repas peuvent détériorer
fortement la relation entre le parent et l’enfant. Pourtant ces tensions sont
parfaitement évitables.
Les préoccupations des parents concernant les repas sont légitimes.
Ils souhaitent avoir un enfant en bonne santé, qui mange « bien », en
quantité suffisante. Ils désirent également que leur enfant mange une
nourriture saine, diversifiée, et pas seulement des pâtes et du jambon.
La mère, plus souvent que le père, endosse le rôle de « nourricière »
et se culpabilise facilement dès qu’elle pense ne pas apporter à son
enfant une nourriture saine et variée. Elle a retenu qu’il faut manger cinq
fruits et légumes par jour, ce qui est rarement du goût des enfants quand
ils sont petits. Comme la plupart des femmes travaillent, elles ont peu de
temps pour acheter des produits frais, cuisiner elles-mêmes, et se sentent
coupables. N’ayant pas vu leur enfant dans la journée, elles reportent
toute leur attention, tout le « souci » pour leur enfant sur le repas du
soir : « Il faut absolument que mon enfant mange, et mange bien. » Les
enjeux sont importants : « Je veux être une bonne mère, j’aime mon
enfant. Quand il ne veut pas manger, j’ai l’impression que c’est de ma
faute, que je m’y prends mal. C’est un véritable échec pour moi. » La
pression est très forte.
Pour réaliser ce que vit l’enfant, imaginons une situation entre deux
adultes.
Marion et Vincent, 30 ans
Marion et Vincent vivent ensemble. Ils ont 30 ans et c’est l’heure du
repas.
Marion est à table, et son compagnon Vincent ne mange pas et
l’observe. Il est très énervé car, selon lui, Marion se tient mal, elle ne
mange pas assez, ne finit pas son assiette, ce qui est très mal élevé, bref
elle fait n’importe quoi à table...
« Regarde comment tu te tiens à table ! Tu manges comme un porc.
Tu fais des taches partout, sur ton T-shirt, sur la table. Tu pourrais
t’essuyer la bouche. Tu ne te tiens pas droite. Tu pourrais faire un effort.
Et puis ce plat-là, tu ne l’aimes pas ? Pourquoi, dis-moi, n’apprécies-tu
pas ce que je fais pour toi ? Te rends-tu compte que c’est moi qui t’ai
préparé ton repas, que cela m’a pris du temps, que je l’ai fait parce que je
t’aime et toi, tu chipotes, tu fais la fine bouche... C’est vraiment
désagréable pour moi. Est-ce que tu le réalises ? »
Marion se ratatine de plus en plus sur sa chaise. Vincent reprend :
« Tu ne finis pas ton assiette ? Allez, je vais t’aider, c’est pour toi que je
fais cela. Il faut manger pour être en forme, en bonne santé. » Et sur ce,
il prend la fourchette et enfourne de force la nourriture dans la bouche de
Marion, puis essuie d’un geste brusque ses lèvres où des aliments
refusaient obstinément de pénétrer. Marion est secouée par des haut-le-
cœur et ses yeux s’emplissent de larmes. « Tu ne vas pas en faire une
maladie, quand même ! Arrête ton cinéma, il faut que tu manges ! C’est
pour ton bien. Il faut que tu boives aussi, tu ne bois pas assez. » Et, sans
attendre de réponse, il prend le verre d’eau et hop dans la bouche de
Marion qui avale en grimaçant.
Arrive le dessert. « Et voilà ! Quand il s’agit du dessert, il n’y a plus
de problème. Tu retrouves l’appétit ! C’est quand même incroyable ! Tu
penses vraiment qu’on peut ne vivre que de dessert ? Quand est-ce que
tu deviendras raisonnable ? Je me le demande ! Je n’en peux plus de
vivre avec quelqu’un de capricieux, qui fait des histoires pour tout ! »
Cette scène inimaginable entre deux adultes est pourtant très
fréquente, banale entre un adulte et un enfant. Pourquoi pense-t-on qu’un
enfant serait moins capable qu’un adulte de se réguler face à la
nourriture, de savoir ce dont il a envie, ce dont il a besoin, ce qu’il aime
ou n’aime pas ? Pourquoi se comporte-t-on avec un enfant avec dureté,
avec moins de respect qu’avec un adulte ? Cette question primordiale
prend tout son sens et nous interpelle lorsqu’on connaît les dernières
recherches sur le cerveau. Elles nous disent que le cerveau de l’enfant est
beaucoup plus fragile, immature et malléable que tout ce qu’on avait
imaginé jusqu’à maintenant.
Olivia et Agathe
Ce jour-là, je reçois Olivia totalement à bout, déprimée, inquiète.
« J’aime ma fille, Agathe. C’est ce que j’ai de plus précieux au monde.
Mais dites-moi, pourquoi fait-elle tant de comédies, de caprices pendant
les repas ? Je ne sais plus comment m’y prendre. » Je lui demande de me
raconter ce qui se passe pendant les repas.
Agathe, 4 ans, repousse son assiette et dit haut et fort :
« C’est pas bon. J’aime pas ça.
— Ce que tu peux être pénible, répond Olivia. Tu n’aimes jamais
rien. Tout ce que je te donne à manger n’est jamais comme
mademoiselle veut. Tu le fais exprès. J’en ai plus qu’assez. Va dans ta
chambre. Tu reviendras quand tu seras décidée à manger ce que je t’ai
préparé. »
Chaque jour les repas sont source de conflits, de tensions entre
Agathe et sa mère. Parfois, Olivia cède et lui propose autre chose,
parfois, elle prend la cuillère et sans sommation lui enfourne la
nourriture dans la bouche. Et si Agathe hurle, se débat, exaspérée, elle la
gifle en disant : « Tu l’as bien mérité. Tu m’as vraiment cherchée ! »
Certains jours Olivia fond en larmes, complètement découragée en
disant : « Mais je ne sais plus quoi faire avec toi. C’est impossible
d’avoir une fille comme toi... Tu es ingérable... »
Plus les jours passent, plus l’angoisse monte chez Olivia quand
l’heure du repas arrive, elle pense : « Cela va recommencer, cela va être
encore une lutte entre ma fille et moi. » Son ventre se noue, sa gorge
devient sèche. « Le repas va être une cata comme d’habitude, un combat
entre elle et moi et nous en sortirons toutes les deux épuisées,
insatisfaites. »
Quant au père, il rentre tard du travail et ne veut surtout pas en
entendre parler. « Je ne veux pas gérer ta fille pendant les repas. Je
voudrais avoir la paix quand je rentre à la maison. J’ai des choses plus
intéressantes à faire. » Et quand il lui arrive d’être là, il assiste au conflit
sans prendre parti.
Quant à Agathe, elle n’éprouve plus aucune envie de venir à table. À
l’appel de sa mère, elle traîne, tourne en rond, trouve toujours quelque
chose d’important à faire, ce qui énerve encore plus sa mère.

Comment faire pour que les repas se passent bien


avec un petit ?
L’empathie : comment y accéder ?
Pourquoi Olivia a-t-elle tant de difficultés avec sa fille ? Olivia aime
pourtant profondément sa fille, elle veut son bien, mais elle n’imagine
pas ce que vit sa fille pendant les repas, ce qu’elle peut ressentir. Olivia
n’ayant pas reçu d’empathie, elle en est dépourvue. Elle n’éprouve pas,
ne comprend pas les émotions de sa fille. Or sentir, comprendre les
émotions que vit son enfant, c’est-à-dire avoir de l’empathie, est
indispensable pour instaurer une qualité relationnelle. Si Olivia savait se
mettre à la place d’Agathe, lui demandait ce qu’elle éprouve, elle agirait
probablement autrement car elle la comprendrait. L’empathie est donc
une des clés essentielles de la relation humaine.
Pour améliorer la relation avec sa fille, je demande d’abord à Olivia
de prendre un temps uniquement pour elle-même, un temps d’auto-
empathie pour tenter de sentir et percevoir ce qui se passe en elle lors des
repas avec sa fille.
Que ressent Olivia vis-à-vis d’Agathe ?
Beaucoup d’émotions désagréables qu’elle n’avait pas identifiées
clairement jusqu’à présent.

• Tout d’abord Olivia est inquiète, et même très inquiète.


Elle me dit : « Que va devenir Agathe si elle ne mange pas assez,
mange mal ? Va-t-elle tomber malade ? Je suis très inquiète pour sa
santé. » Elle ressent aussi de l’inquiétude pour elle-même : « On va me
juger et me dire que je suis une mauvaise mère, qui ne sait pas élever son
enfant, qui ne se fait pas obéir, qui n’a aucune autorité et qui rend son
enfant malade... Et puis tout ce stress qui est là quand approche l’heure
du repas ne va-t-il pas me rendre malade moi aussi ? J’ai une boule dans
le ventre, dans la gorge, je me sens nouée, je n’ai plus faim. »

• Olivia se sent impuissante face à sa fille et à la situation.


« Je me sens totalement impuissante. J’ai beau lui dire de manger,
d’essayer de manger de tout, de goûter au moins les aliments qu’elle ne
connaît pas, de ne pas chipoter, de terminer son assiette, elle ne m’obéit
pas. C’est le contraire, j’ai l’impression que plus je lui dis de manger,
plus je me fâche, et moins elle mange. J’ai tout essayé, j’ai même
enfourné la nourriture de force dans sa bouche et cela s’est très mal fini.
Elle s’est débattue, s’est mise à hurler, m’a tapée, m’a dit que j’étais
méchante. Et moi, je me suis mise à crier plus fort qu’elle et je lui ai
donné une paire de gifles, bien méritée, vous ne trouvez pas ? Elle m’a
cherchée et j’étais vraiment excédée. Ce soir-là, je l’ai envoyée au lit
sans manger, et moi, j’ai mis plusieurs heures à m’en remettre, j’ai eu
beaucoup de mal à m’endormir. J’ai aussi essayé la méthode douce : “Tu
voudrais bien, s’il te plaît, manger et finir ton assiette pour me faire
plaisir ?” Cela n’a donné aucun résultat. J’ai essayé de ne rien dire et
j’étais là, à l’observer en attendant qu’enfin elle veuille manger ces
fameux haricots verts qu’elle doit manger pour aller bien, n’est-ce pas ?
Bref, aucune de mes méthodes ne marche, je suis désespérée. »

• Olivia est aussi très en colère...


« Je suis très en colère contre moi-même qui n’arrive à rien et je me
sens nulle ! Je suis aussi furieuse contre Agathe. Je connais plein
d’enfants qui mangent sans faire de comédies et pourtant leur mère n’a
pas l’air si géniale que cela ! Qu’est-ce que je fais qui ne va pas ? Elle
pourrait faire un effort, m’obéir, être sage, gentille, me faire plaisir. Je
suis en rage contre mon mari aussi. Je lui en veux de se décharger
complètement sur moi. Il pourrait s’impliquer, dire quelque chose. J’en
veux aussi à mes parents car quand ils viennent à la maison, ils me font
des reproches continuels et me disent que j’élève mal mon enfant. »

• Olivia éprouve beaucoup de tristesse...


« Cela me rend souvent très triste, j’ai des soudaines envies de
pleurer. Parfois je me sens réellement déprimée, découragée, sans force,
sans courage. Moi qui me faisais une joie d’être mère, d’avoir des
enfants. »

• Parfois elle se sent écrasée, dépassée par la responsabilité


d’élever un enfant.
« J’en ai assez, je n’en peux plus, je suis à bout. Certains jours, je
trouve cela trop difficile et j’ai envie de tout laisser tomber. J’aurais
presque envie d’effacer tout avec une baguette magique et de retrouver
ma vie d’avant, quand je n’avais pas d’enfant. À l’époque, vous m’auriez
connue, j’étais joyeuse, légère, insouciante. Je ne m’occupais que de
moi, je n’avais pas la charge, la responsabilité d’un autre être qui dépend
autant de moi. Et quand j’ai ces pensées, je me culpabilise encore plus et
je me dis que je suis une mauvaise mère incapable d’élever son enfant. »

Toutes ces émotions très inconfortables, désagréables, suscitent chez


Olivia un profond mal-être. Mais quand elle parvient à les exprimer, elle
ressent déjà un apaisement. Elle est plus consciente d’elle-même, elle se
connaît mieux. Elle va pouvoir comprendre que toutes ces émotions sont
là pour lui dire : « Attention, la relation à ta fille prend un tournant qui
ne te correspond pas. Sois vigilante à ce qui se passe en toi. Retrouve ton
chemin. » Ces émotions douloureuses sont le reflet de souhaits très
profonds qui ne sont ni exprimés ni réalisés, et signalent à la personne
qu’elle s’éloigne de ce qu’elle est, de ce qu’elle souhaite. Il est utile
qu’Olivia parvienne à se formuler à elle-même, précisément, quelle
relation elle aimerait nouer avec sa fille.
Que souhaite Olivia ?
Une fois ses émotions exprimées, Olivia sent progressivement,
appréhende mieux, ce qu’elle désire vraiment.
Très vite elle dit : « En fait, je veux qu’Agathe m’obéisse. Je veux
qu’elle soit sage et qu’elle mange comme tout le monde.
— D’accord, j’entends que vous voudriez que votre fille change.
Mais encore ?
— Je voudrais ne plus avoir besoin de crier, de m’énerver, que les
repas se passent mieux, dans le calme. Si je creuse un peu, j’aimerais
qu’Agathe se sente bien avec moi, qu’elle m’aime, qu’elle soit heureuse.
J’aimerais que ma relation avec elle soit plus harmonieuse. Quand je dis
tout cela, je commence à percevoir que je rêve d’être douce avec elle,
patiente, compréhensive. Maintenant, je vois clairement que prendre le
temps d’écouter ses ressentis, me mettre réellement à sa place
m’aiderait. »

Le cerveau archaïque et émotionnel est dominant chez le petit enfant.


Le cortex préfrontal qui régule les émotions
n’est pas mature chez le petit enfant.

Comprendre les mécanismes


de la maturation émotionnelle et affective
Durant la petite enfance, l’enfant ne peut pas contrôler
ses émotions
Connaître les étapes de la maturation émotionnelle et affective aide à comprendre
l’enfant. Nombre d’adultes trouvent que leur enfant de trois ou quatre ans ne se comporte pas
bien. Ils se plaignent qu’il fait des caprices, des colères, hurle, a des cauchemars, ne veut pas
dormir, a des moments d’agressivité, de peur, de pleurs. « Mais il est grand ! Il parle bien. Il
comprend tout, il ne devrait pas se comporter comme cela ! » disent les adultes. Or ces
attitudes sont habituelles à cet âge-là ! Le cerveau du petit enfant est très immature. Il ne
peut pas réagir comme un adulte. Ce n’est pas qu’il ne sait pas ou ne veut pas, c’est qu’il ne
peut pas. En dessous de cinq ans, le cerveau archaïque et émotionnel domine et l’enfant se
contrôle difficilement : il tempête pour obtenir ce qu’il aime, de même qu’il est traversé par
des peurs incontrôlées, des colères explosives et d’immenses chagrins. Il ne s’agit ni de
caprice, ni d’un trouble pathologique du développement, mais de comportements dus à
l’immaturité de son cerveau qui ne peut pas encore contrôler les émotions. Les structures
cérébrales et les réseaux neuronaux qui gèrent les émotions ne sont pas encore suffisamment
matures. La partie du cerveau qui contrôle nos impulsions, nos émotions, le cortex
préfrontal, et les circuits neuronaux reliant le cortex préfrontal au cerveau archaïque et
émotionnel ne commencent à maturer qu’entre 5 et 7 ans1.
Jusqu’à 5-6 ans l’enfant est incapable de prendre du recul sur ce qu’il vit
Quand nous, adultes, sommes confrontés à un conflit relationnel, nous avons la
possibilité de donner une autre signification à ce que nous vivons. Cette capacité de
réapprécier une situation vécue, qu’on appelle « la réévaluation », a donc de très fortes
implications dans nos relations sociales. Elle nous permet de nous raisonner, de nous apaiser,
de revoir notre attitude, notre façon de percevoir l’autre et ainsi de trouver des solutions pour
améliorer si nécessaire la situation. Cette réévaluation implique des structures cérébrales qui
sont encore immatures chez le petit enfant. Il ne peut donc prendre du recul par rapport à ce
qu’il vit et subit de plein fouet les émotions négatives suscitées par les situations
conflictuelles. Il vit les émotions beaucoup plus intensément qu’un adulte. Une situation de
désaccord ou de conflit avec ses parents est vécue par lui très violemment, c’est un véritable
drame, ce n’est pas de la « comédie »2.

Ce que ressent Agathe


Agathe est très triste, en colère. De multiples sentiments désagréables
vécus de façon très intense, et beaucoup plus vivement que chez un
adulte, se bousculent en elle, lui coupent l’appétit. Elle n’éprouve plus
aucun plaisir à être à table.
Elle est à la fois désemparée et en colère. Elle n’imagine pas pourquoi
sa mère se fâche, crie contre elle, la force à manger même quand elle n’a
plus faim, lui donne des aliments qui la dégoûtent à un point tel qu’elle
est secouée par des haut-le-cœur. Elle est triste et inquiète de ne plus
ressentir de sécurité affective auprès d’elle. Quand sa mère s’emporte,
tout s’effondre en elle. Elle pense que sa mère ne l’aime plus. Elle est
perdue.
Agathe est encore bien trop jeune pour prendre du recul et réévaluer
la relation avec sa mère. Elle ne peut pas se dire : « Oui, ma mère fait ce
qu’elle peut. Elle a été élevée par une mère encore plus rigide qu’elle.
Elle est persuadée de faire cela pour mon bien. Elle m’aime malgré ces
moments de tensions. Cela va s’arranger, si je lui parle. » Elle ne peut
que subir ces tensions qui ont un effet délétère sur elle.

Le rôle de l’adulte
Aider l’enfant à se connaître, à être à l’écoute de son corps,
connecté à ses sensations de faim, de satiété
Aider l’enfant à se connaître, à connaître son corps, les sensations, ses
rythmes, ses besoins qui lui sont propres, permet à l’enfant de vivre en
harmonie avec son corps, de savoir prendre soin de lui, et contribue à lui
apporter ce qui lui est nécessaire. Quand l’adulte intervient en ne
respectant ni la faim ni la satiété de l’enfant, il l’empêche d’être à
l’écoute de ses propres besoins. L’enfant est dépossédé de lui-même, de
son corps. On ne lui donne pas le temps, les moyens d’identifier ce qu’il
ressent, ce que lui dit son corps. Il ne sait plus s’il a faim, s’il est rassasié
car l’adulte lui assène : « C’est moi qui sais si tu as faim ou non, ce n’est
pas toi. » Cela peut provoquer de nombreuses perturbations, dérégler
l’horloge cérébrale de la faim, de la satiété. L’enfant ne se connaît plus,
ne sait plus écouter les sensations, les besoins de son corps. Il n’a plus
confiance en lui. Il développe une mauvaise image de lui-même :
« Maman me dit que ce n’est pas bien de ne pas avoir faim, je ne suis pas
un enfant bien. »
Faire confiance, laisser l’enfant manger à sa faim
Vis-à-vis de la nourriture, l’enfant est comme un adulte. Certains
jours, nous avons une faim de loup, d’autres jours, moins. L’appétit se
régule en fonction de nos besoins, de notre activité physique,
intellectuelle, de la température extérieure, de notre humeur, etc. Il est
très variable selon les jours, selon les repas. Accepter que son enfant
mange moins ou plus certains jours, n’ait pas faim, ou au contraire très
faim, est important pour lui. C’est une manière de respecter ses besoins
physiologiques. Le stress, l’anxiété modifient l’appétit, peuvent induire
un manque d’appétit : « J’ai l’estomac noué », ou un appétit redoublé, la
nourriture devenant alors un refuge, une consolation : « Cela me calme
de manger. »
L’équilibre de l’humain est fragile. Notre cerveau possède un
régulateur central de la faim, de la satiété, qui est un véritable
thermostat. Si des personnes extérieures viennent le perturber, des
désordres graves de la conduite alimentaire sont susceptibles de survenir
(anorexie, boulimie), avec des retentissements physiques et psychiques
importants. J’ai constaté que lorsque les parents respectent totalement
l’appétit de leur enfant depuis la naissance, le laissent manger la quantité
qu’il désire, sans intervenir, sans faire de commentaires, sans jamais le
forcer ni le restreindre, l’enfant a un poids idéal, ne présente ni obésité ni
maigreur. L’enfant sait spontanément de quelles quantités de nourriture il
a besoin. Et s’il mange moins à un repas, il mangera plus au repas
suivant. Faisons-lui confiance.
Se mettre à la place de son enfant. Accueillir ses émotions, les
sentir, les comprendre
Il est donc crucial de se poser la question suivante : « Que ressent
mon enfant lors des repas ? » Sentir, comprendre ses émotions, l’aider à
se connecter à ses propres sensations, lui faire confiance sont les
premiers pas pour construire une relation de qualité. Mais le chemin pour
améliorer cette relation demande de revoir certaines de nos habitudes.
Les jugements, les étiquettes sont à bannir
Dans une relation quotidienne, bien souvent, on ne cherche pas à
comprendre la personne qui vit avec nous, on lui colle des étiquettes, on
porte des jugements péremptoires : « Qu’est-ce qu’il est odieux, c’est un
vrai tyran ! Il est insupportable, invivable, ingérable. » C’est définitif,
cela dévalorise, humilie l’autre, empêche de penser, de réfléchir, et
instaure des rapports de force, d’humiliation délétères et inutiles. « C’est
moi qui ai raison et c’est lui qui a tort. Je suis donc dans mon bon droit
pour le faire changer et moi je reste comme je suis ! »
Cette façon d’être, cette position de force, « C’est moi qui
ai raison ! », bloque la relation, ferme la discussion, mène à des impasses
et à des conflits inutiles. Comme le dit Marshall Rosenberg, fondateur de
la « communication non violente (ou CNV) : « Préfères-tu avoir raison
ou être heureux ? Tu ne peux pas avoir les deux ! » Pour être heureux
dans une relation humaine, il est indispensable de comprendre les
émotions, les sentiments, les intentions de l’autre, sans le juger ni lui
mettre des étiquettes.
Donner des ordres n’est pas une solution
Les êtres humains, quel que soit leur âge, n’apprécient pas les ordres.
Quand une personne va bien, elle ne supporte pas les ordres, les
exigences. Et pourquoi ? Quand on exige, commande, donne des ordres,
on domine l’autre, on le soumet. L’autre n’a pas droit à la parole. On
restreint sa liberté. Or la dignité de l’être humain, son désir le plus
profond, est de pouvoir s’exprimer, de se sentir libre, de faire des choix.
« Mais comment faire avec l’enfant puisqu’il faut l’éduquer, lui montrer
ce qui est “bien” ? »
L’idéal est d’être avec l’enfant comme nous souhaiterions qu’il soit
avec nous. Nous n’aimons pas recevoir des ordres, lui non plus. Si nous
lui donnons des ordres, soit il va se soumettre, s’inhiber et une partie de
lui va s’éteindre, soit il va nous imiter. Il donnera des ordres à ses
parents, à ses frères et sœurs, à ses copains de classe. Voulons-nous un
enfant qui instaure des rapports de domination avec les autres, les
commande, ou un enfant sociable qui sait tisser des liens, coopère,
comprend les autres ?
Très souvent, j’entends : « Vous savez, il est vraiment arrogant,
provocant, autoritaire, agressif, c’est un vrai tyran ! » Mais il se
comporte comme ses parents et les adultes le traitent ! Les adultes sont
avant tout un modèle pour l’enfant.

Les menaces, les cris, les punitions, les humiliations verbales, physiques n’éduquent pas
l’enfant,
elles sont très nocives pour son cerveau
Les punitions comme : « Puisque tu ne veux pas manger tes épinards, tu vas au coin, tu
es privé de dessert », les fessées, les gifles, et même les cris répétés, les humiliations
verbales, les mots durs : « Tu as vraiment un sale caractère ! Tu es capricieux, nul, infernal,
ingérable, tu es insupportable », les menaces : « Attention, je compte jusqu’à trois et tu
manges sinon tu vas voir ! », toutes ces violences répétées régulièrement perturbent en
profondeur le cerveau et peuvent conduire à de véritables troubles du comportement chez
l’enfant : agressivité, anxiété, dépression. Plus tard, l’adolescent et l’adulte peuvent
développer divers comportements à risque, de la violence, des addictions à l’alcool, aux
drogues, faire des tentatives de suicide3.

L’enfant reproduit l’attitude des adultes

L’enfant imite l’adulte par l’intermédiaire des neurones miroirs4, ces cellules cérébrales
qui servent à imiter les gestes, les actions d’autrui. Les adultes sont des modèles. Si un adulte
donne des ordres, crie, menace, fait les gros yeux, tape, l’enfant apprend à faire de même. Il
se conduira comme l’adulte, en entretenant des rapports de force avec les autres5.

Quelle attitude avoir avec l’enfant ?


Accueillir ses émotions et les exprimer
Je commence d’abord par me connecter à mes propres émotions.
Pendant les repas avec mon enfant, je me demande : « Qu’est-ce que je
ressens, moi parent ? Quelles sont mes émotions, mes sentiments ? »
J’accueille sans jugement les émotions agréables et désagréables.
Puis je les exprime. Je dis à l’enfant de façon simple, sans entrer dans
les détails, avec des phrases courtes, les émotions qui me traversent.
Quand l’adulte fait des grands discours, l’enfant ne l’écoute pas. L’adulte
peut dire par exemple : « Je suis inquiète quand je vois que tu ne manges
pas. » Une fois mes ressentis exprimés, j’y vois plus clair, cela m’apaise
et me permet ensuite de savoir ce que je souhaite réellement pour mon
enfant et pour moi.
Aider l’enfant à mettre des mots sur ses émotions,
puis à dire ce qu’il souhaite
Je suis empathique avec l’enfant, je sens, comprends ses émotions,
ses sentiments et je les nomme : « Je sens que tu es triste, en colère, est-
ce cela ? »
Quand l’enfant nous entend exprimer nos émotions, il nous imite,
apprend à faire de même et devient de plus en plus empathique avec lui-
même et avec les autres6.
Le petit enfant n’est pas encore capable de mettre des mots sur ses
émotions, mais plus l’entourage favorise l’expression des émotions, plus
lui-même saura les exprimer. En revanche, quand l’adulte le bombarde
de questions, comme : « Mais pourquoi tu te comportes comme cela ?
Qu’est-ce que cela veut dire ? Allez, dis-le-moi », il le déstabilise.
Durant la petite enfance, jusqu’à 5-7 ans, son cerveau très immature ne
lui permet pas d’analyser la situation pour dire par exemple : « Je me
comporte comme cela car j’ai l’estomac noué, je n’ai plus d’appétit, car
tu cries, tu me forces à manger. Cela me rend triste, en colère et je n’ai
plus confiance en toi. » Quand l’adulte lance avec force : « Pourquoi tu
fais des comédies ? Je veux une réponse immédiatement », il perturbe
profondément l’enfant, il le met en situation d’échec. L’enfant n’a pas
encore la capacité cérébrale de prendre du recul et d’évaluer la situation.
Vers 2-3 ans, il répondra souvent : « Tu es méchante. Je ne t’aime plus. »
C’est ce qu’il ressent de la situation.
Olivia pourrait ainsi demander à sa fille : « Souhaiterais-tu que je te
laisse manger à ta faim, que je ne me fâche plus ? Que je sois douce avec
toi ? Est-ce cela ? » Et Agathe répondrait : « Oui. »
Quand l’adulte demande à l’enfant : « Voudrais-tu faire ceci, cela ?
Es-tu d’accord pour telle ou telle chose ? », il fait appel à ce qu’il est lui,
il fortifie son identité, sa capacité de réflexion, de choix. Il le traite avec
considération, respect et compréhension, ce qui l’amène le plus souvent
à dire oui. Et il se comportera lui aussi de cette façon-là,
progressivement avec ses parents, ses frères et sœurs et ses compagnons
de classe.
Ne jamais dévaloriser ou humilier l’enfant
« Il faut bien que je lui donne des limites quand elle jette son assiette
par terre, qu’elle me tape !
— Oui, bien entendu, mais l’essentiel est toujours votre attitude
quand vous donnez des repères. Agathe s’apaisera si votre présence est
douce, bienveillante, empathique, si vous comprenez ses émotions, ne
criez pas. Vous pouvez lui dire par exemple : “Je comprends que tu sois
en colère, mais même si tu es en rage, on ne jette pas son assiette, on ne
tape pas. Je te fais confiance, en grandissant tu vas apprendre à ne plus
agir comme cela. Tu vas y arriver.” Alors vous l’éduquez vraiment, vous
la soutenez, vous lui donnez la confiance, la force d’améliorer son
comportement. Elle apprend la bienveillance. Par contre si vous lui
dites : “Tu es insupportable, ce n’est pas bien ce que tu fais”, si vous la
punissez et que vous la giflez quand elle-même vous tape, elle apprend
que taper c’est bien, qu’on résout les conflits par des rapports de force.
Elle se sent humiliée quand vous lui dites qu’elle est insupportable, que
ce qu’elle fait n’est pas bien. Elle se vit alors comme telle et perd
confiance en elle. De plus, Agathe sera certainement très en colère
contre vous et les liens tissés entre vous vont se distendre de plus en
plus. Agathe a 4 ans, savez-vous ce qu’elle souhaiterait ? Vous pouvez le
lui demander. »
Quand Olivia demande à sa fille ce qu’elle souhaite pendant les repas,
immédiatement elle répond : « Arrête de te fâcher, de crier. »
« En fait, en repensant à ce qui se passe, je vois bien que dès que je
dis : “Agathe, le repas est prêt, viens à table,” son visage se ferme, elle
traîne, n’a pas envie de venir, elle est triste. Une fois à table, je la sens
inquiète, stressée, parfois très en colère. »
Olivia réalise la souffrance réelle de sa fille, elle sait que ses émotions
sont vraiment intenses, qu’elle ne joue pas la comédie et qu’« elle ne le
fait pas exprès pour m’embêter ».
Olivia sent, comprend qu’instaurer des rapports de force avec Agathe,
ne pas prendre en compte sa détresse, sa colère, conduit à une impasse.
Elle prend conscience que manger, avoir faim sont des besoins
physiologiques fondamentaux et qu’il faut les respecter. Ils font partie de
l’intimité, de l’intégrité de chaque personne. C’est à son enfant et à elle
seule de sentir, de savoir si elle a faim ou non. Elle sait maintenant
qu’interférer dans les besoins physiologiques d’autrui, comme l’appétit,
peut entraîner des troubles du comportement.
Être un modèle pour son enfant est le principal
repère pour l’enfant
Être un modèle pour son enfant est l’idéal car il nous imite. Qu’est-ce
que cela signifie ? Si nous souhaitons que notre enfant soit empathique,
aimant, non agressif, qu’il n’entretienne pas de rapports de force avec les
autres, il faudrait que nous-mêmes soyons avec lui empathique, aimant,
non agressif, sans nourrir des rapports de domination.
Donner des repères se fait dans la douceur
et la bienveillance
L’adulte transmet des repères à l’enfant, mais il lui donne aussi la
liberté nécessaire pour qu’il puisse choisir ce qui lui convient le mieux.
L’enfant prend alors confiance en lui, peut expérimenter, se tromper et
repartir.
Les mots sont importants bien sûr, mais l’enfant est un radar
sensoriel, il capte ce que lui dit l’adulte au-delà des mots ; l’enfant sent
s’il est aimé, compris, soutenu par la façon d’être de l’adulte : sa
présence, son regard, le ton de sa voix, ses gestes.
La présence affectueuse
« Il me cherche, il me titille, il me provoque ! » Oui, l’enfant ressent
nos états émotionnels, c’est une véritable éponge. Il sent parfaitement si
nous sommes là ou non pour lui, à son écoute, attentifs ou si nous
sommes ailleurs, pensons à autre chose, en nous occupant de lui
uniquement par devoir. « Je veux être un bon parent, tous les soirs, je
fais l’effort de lui préparer un bon repas. Certains soirs, cela me gonfle.
J’aurais envie de faire autre chose, je n’ai plus de soirées à moi. Il
n’arrête pas de me coller comme une ventouse. » Quand l’enfant sent
que le parent n’est pas réellement présent, qu’il ne prend pas de plaisir à
être avec lui, il réclame son attention, il cherche réellement sa mère, son
père, non pas « pour l’embêter ou le manipuler », mais parce qu’il a
besoin de son affection. Tout son être dit : « Maman, papa, où êtes-
vous ? Vous êtes loin de moi, vous êtes ailleurs. J’ai besoin de vous, de
votre présence, de votre attention, de votre affection, d’avoir un vrai
câlin, d’être dans vos bras. » Une fois l’affection reçue, l’enfant repart
joyeux, serein, confiant, rechargé par cette nourriture affective. Tant que
l’enfant n’a pas sa « dose » d’amour, il reste collé, accroché à ses
parents, en demande perpétuelle.

L’attitude, le regard, le ton de la voix, les gestes


L’attitude, l’expression du visage, le regard, le ton de la voix, les
gestes reflètent nos émotions, nos sentiments. Le visage peut être sévère,
le regard dur, le ton de la voix autoritaire, les gestes brusques. L’enfant
ressent immédiatement ce qui est transmis, sans filtre. Il reçoit de plein
fouet les émotions que nous lui transmettons. Il sent si les personnes sont
bienveillantes ou non. « J’ai très peur quand papa me fait les gros
yeux », « J’aime pas quand maman crie ».

Nous ne sommes pas tous les jours un modèle


Certains jours, notre fatigue est telle qu’un rien nous met en colère et
peut nous faire déraper avec l’enfant. Quand nous sommes surmenés,
énervés, il vaut mieux l’exprimer et lui dire par exemple : « Aujourd’hui,
tu le sens probablement, je n’ai aucune patience, je suis harassé, je me
sens à fleur de peau, je sais que je peux exploser. Je vais aller prendre un
bon bain, cela va me faire du bien. » Dire nos émotions nous calme. Ces
paroles apportent déjà un apaisement pour le parent et l’enfant, lui, ne
sera pas étonné, il comprend très bien ce langage, il a bien senti l’état
émotionnel de son parent. Encore une fois, c’est en entendant l’adulte
exprimer ses émotions qu’il va apprendre progressivement à mettre des
mots sur ses propres émotions. Plus l’enfant entendra l’adulte exprimer
ce qu’il ressent, plus il l’imitera. C’est un bénéfice immense pour
l’adulte, car élever un enfant qui exprime ce qu’il est, ce qu’il ressent, est
beaucoup plus facile et agréable.
Quand nous perdons patience, savoir ce qui nous apaise est nécessaire
pour ne pas faire subir à l’enfant des violences verbales ou physiques
inutiles et nocives pour son développement. Les recettes miracles
n’existent pas, à chacun de sentir ce qui lui permet de retrouver un calme
intérieur : prendre une grande respiration, changer de pièce, taper sur un
coussin, écouter de la musique, prendre un livre, téléphoner à un ami,
faire de la méditation, de la relaxation, prendre un bain, etc.
Si on dérape, il est important de le reconnaître : « Oui, je réalise que
j’ai été dure avec toi. Excuse-moi, je ne veux plus recommencer. »
L’enfant est tout d’abord soulagé, mais en même temps il apprend
l’importance d’admettre ses erreurs et de trouver le moyen de ne pas les
réitérer. Il comprend qu’il est toujours possible de progresser.

Notre façon d’être agit sur le développement


du cerveau de l’enfant
La petite enfance est la période de la vie durant laquelle le cerveau est le plus fragile, le
plus malléable. Tout ce que vit l’enfant, toutes ses relations ont un impact majeur sur son
devenir, en modifiant, modelant le développement du cerveau, et ces modifications se
répercutent ensuite sur son comportement, ses capacités émotionnelles, relationnelles et sur
ses facultés d’apprentissage. Oui, bien se comporter avec un enfant est primordial et a une
influence décisive sur ce qu’il est et va devenir. Mais quel est le comportement bénéfique
pour l’enfant ?

Une attitude aimante, bienveillante aide le cerveau


à se développer favorablement
Chaque fois que l’adulte comprend l’enfant, le rassure, le sécurise, le console, le câline
en adoptant une attitude douce, chaleureuse, en prodiguant des gestes tendres, en parlant
d’une voix calme, apaisante et avec un regard compréhensif, il aide le cerveau à maturer. Un
comportement affectueux a un impact positif considérable sur la maturation de son cerveau,
de ses lobes frontaux, de ses circuits cérébraux. L’enfant parviendra alors plus rapidement à
gérer les émotions envahissantes et les impulsions de son cerveau émotionnel et archaïque7.

Petites histoires de repas


Le petit enfant est souvent seul à table. À ses côtés, le parent
l’observe, le surveille, contrôle les quantités absorbées, ce qui est très
désagréable pour lui car il existe de façon tout à fait naturelle, sans que
cela soit pathologique, des petits mangeurs et des gros mangeurs. Mais,
bien souvent, l’adulte a une idée préconçue de la quantité que l’enfant
devrait manger.
Anaïs, 2 ans, grignote et ne termine jamais son assiette
Anaïs a un appétit d’oiseau, elle grignote, ce qui désespère Sophie, sa
mère. Elle ne finit jamais son assiette. Anaïs allait bien, elle mangeait
selon son appétit, c’est-à-dire peu. Manger était un plaisir et non un
problème. Elle grandissait et grossissait normalement.
Mais plus Sophie est inquiète, surveille, contrôle ses rations, la force
à terminer son assiette, plus le moment du repas se transforme en un
moment de conflit, de rapports de force. Anaïs le manifeste, se renfrogne
dès qu’elle se met à table. Elle est triste et en colère contre sa mère et
elle mange alors de moins en moins.
La mère d’Anaïs veut le « bien » de son enfant, elle veut être une
« bonne » mère. Elle veut que son enfant mange et mange « bien », elle
est persuadée que son enfant doit manger beaucoup plus que ne mange
Anaïs. Elle ressent de l’inquiétude, puis de l’incompréhension, de la
colère. Pourquoi Anaïs mange-t-elle si peu ? « Elle va finir par tomber
malade... » Quand Sophie comprendra, acceptera le modeste appétit de
sa fille, ne sera plus focalisée sur la nourriture, tout rentrera dans l’ordre
et les repas redeviendront un moment joyeux.
William, 3 ans, ne pense qu’à manger
William est un petit garçon costaud, bouillonnant de vie. Il dépense
beaucoup d’énergie et a un solide appétit. Il déroute sa mère, qui est très
préoccupée par son régime, sa « ligne ». Elle voudrait qu’il ait 1 ou
2 kilos de moins et a entrepris de le faire manger moins. Le repas, qui
était pour lui un plaisir intense, est le théâtre de bagarres incessantes et
se termine souvent par des cris et des pleurs. La nourriture devient pour
William une obsession. Dès que sa mère a le dos tourné, il court dans la
cuisine, fouille dans le frigo, dans les placards, pour trouver de quoi
satisfaire sa faim. Si l’être humain est restreint dans sa nourriture, ne
mange pas à sa faim, il cherche par tous les moyens à se nourrir.
Qu’en est-il des régimes ?
L’obésité progresse dans nos sociétés et préoccupe à juste titre les professionnels de la santé.
Un certain nombre d’entre eux incitent les mères à mettre les enfants au régime, tout petits, dès
les premiers mois. Pourtant un enfant qui mange à volonté, quand il a faim, dès tout petit a un
rapport sain avec la nourriture et sait reconnaître en lui les signes de faim et de satiété. Il sait
repousser avec vigueur le sein ou le biberon quand il n’a plus faim. Il se régule seul et ne
devient pas obèse. Il n’y a aucune raison qu’il ne continue pas à savoir se réguler en
grandissant. Quand l’adulte intervient, soit en forçant, soit en restreignant, il perturbe l’horloge
interne de la régulation de la faim et de la satiété et l’enfant peut développer des troubles de la
conduite alimentaire, devenir trop gros ou trop maigre.

Maëlis, 1 an, ne veut plus manger


Je reçois la mère de Maëlis, 1 an, qui refuse depuis quelque temps de
manger. Je lui demande :
« Comment se déroulent les repas ?
— J’ai horreur de me mettre à table, je mange debout, je prends mes
aliments dans le frigo, je ne fais pas de cuisine. Mon mari rentre tard et
fait comme moi. Maëlis mange dans sa chaise haute devant la télé, ce qui
me permet de vaquer à mes occupations.
— Allez-vous la voir de temps en temps ?
— Oui, pour lui dire de manger, mais elle refuse. »
La mère n’éprouve aucun plaisir à manger, ne mange que pour
survivre, par devoir. Maelis, elle, lui dit à sa façon que l’être humain a
besoin de convivialité pendant les repas. Elle a envie d’un moment de
plaisir et d’échange avec ses parents.
Les petits sont au plus près des besoins essentiels de l’humain. Ils
sentent, savent ce qui est bien pour eux et le disent. Aux adultes de
comprendre et de retrouver ce qu’ils ont oublié. L’enfant, comme les
adultes, n’aime pas manger seul. Il aime participer, se sentir membre de
la famille. Si lors des repas les parents sont heureux de manger avec leur
enfant, dans le plaisir de partager un bon moment ensemble, d’échanger,
de rire, le petit sera détendu, en confiance, et manger sera un plaisir.
Mais s’il est constamment contrôlé, surveillé, reçoit des remarques
désagréables, le repas familial deviendra un moment de tension et
d’énervement pour tout le monde.
Céleste, 3 ans, est « insupportable »
quand arrive l’heure du repas
« En fin de matinée, quand approche l’heure du goûter, ou du dîner, je
ne reconnais plus ma fille, elle devient bougon, tourne en rond, s’énerve,
fait des bêtises, s’excite. » Beaucoup de jeunes enfants ont peu de
réserve de sucre et ont de véritables hypoglycémies qui modifient leur
humeur. Ils n’ont plus assez de sucre dans le sang. Leur donner par
exemple un yaourt, un fruit en attendant le repas, fait remonter leur taux
de sucre et leur humeur se rétablit. Nous, adultes, en rentrant du travail le
soir, nous avons fréquemment faim et nous nous autorisons alors à
prendre un petit en-cas en attendant le repas. Les enfants en ont encore
plus besoin que nous. Ils mangeront peut-être un peu moins au moment
du repas, ce qui est sans importance. Et ces sensations de malaise, ces
troubles de l’humeur désagréables pour eux et pour les adultes seront
évités.
Maxime, 13 mois, joue avec la nourriture
Maxime est fasciné par l’odeur, la couleur, la texture, le goût, la
forme de toutes ces choses étranges qu’il va mettre dans sa bouche. Pour
lui, le repas est un moment d’excitation, d’extrême plaisir, d’exploration,
de découverte, de sensations nouvelles. Il touche, malaxe, sent, joue avec
les aliments pour les connaître, les apprivoiser avant de les goûter.
Son père, élevé selon des règles d’hygiène strictes, ne supporte pas le
comportement de son fils. Il lui interdit de toucher à la nourriture.
« C’est sale. » Il essuie ses mains immédiatement. Maxime ne comprend
pas, se met à crier, jette son assiette par terre. Le père hausse le ton. Rien
n’y fait, Maxime recommence.
Maxime se sent très frustré, énervé. Il est furieux contre son père qui
l’empêche de toucher à la nourriture. Il éprouvait la joie de découvrir de
nouvelles sensations et elles lui sont interdites, il n’en comprend pas la
raison. Son élan de vie qui le pousse à l’exploration est stoppé net. Il se
sent bridé. Certains jours, il est abattu, découragé, et se soumet, d’autres
jours, il se rebelle et hurle de rage.
Le père est déconcerté, ne comprend pas son fils.
« Je veux que mon enfant soit bien élevé, se tienne bien à table, ne se
salisse pas et ne joue pas avec la nourriture.
— Est-ce sale, la nourriture ? »
Si les parents disent : « C’est sale » et essuient les mains
immédiatement, l’enfant ne peut pas admettre qu’on lui demande de
manger quelque chose de sale.
Petit à petit, le père réalise qu’à 13 mois toucher la nourriture est une
phase de développement normal, nécessaire, d’exploration, de
découverte et dure peu, surtout quand l’enfant ne mange pas seul à table.
Il imite et veut faire comme les grands. Il faut juste de la patience. Il va
apprendre progressivement les codes sociaux et manger soit avec une
cuillère, puis une fourchette, soit avec les mains, en fonction de sa
culture. Le père dit alors à Maxime : « Je comprends. Pour toi, c’est un
vrai bonheur de toucher la nourriture. Bientôt, tu feras comme nous et tu
mangeras avec une cuillère, puis une fourchette. »
Louise, 2 ans, ne veut manger que des desserts
La mère de Louise a du temps, elle aime cuisiner et prépare avec
beaucoup d’amour de bons petits plats pour sa fille. Louise ne tient pas
en place, ne reste pas à table, la nourriture préparée par sa mère ne
l’intéresse pas. Par contre elle réclame ses compotes et ses gâteaux
préférés. La mère est très frustrée, déçue, désemparée. Elle ne sait plus
comment faire. Louise veut décider elle-même, et ne veut pas se laisser
imposer quoi que ce soit. Elle n’est pas caractérielle, elle ne présente pas
de troubles du comportement. Cette phase passera si les parents
comprennent leur enfant, s’ils restent calmes, confiants : « Goûte et si tu
n’aimes pas, nous ne te forcerons pas. » Ces repas agités vont alors
diminuer, puis cesser, en un temps variable selon les enfants.
Grégoire, 4 ans, « se tient mal » à table
Le père de Grégoire a reçu une éducation très rigide. D’une manière
très autoritaire, dure, il exige que son enfant se tienne bien à table, se
lave les mains avant de venir manger, ne parle pas la bouche pleine,
s’essuie la bouche régulièrement, utilise convenablement sa fourchette,
reste assis tout le long du repas, ne se tortille pas sur sa chaise, etc. Il
surveille sans cesse Grégoire, lui donne des ordres et le punit dès qu’il
fait un faux pas. Pour le père, le repas n’est plus du tout un moment
agréable et Grégoire, lui, ne veut plus venir à table. Grégoire perd de
plus en plus sa gaieté, sa joie de vivre. Grégoire apprendra
progressivement à « se tenir bien à table » sans stress si le père n’en fait
pas un drame, sait prendre du recul, montrer de l’humour vis-à-vis de
lui-même et de la situation, être dans le jeu et partager le plaisir d’être
avec son enfant à table.
De plus, Grégoire, enfant plein de vitalité, vit dans un petit
appartement. Il ne s’est pas assez dépensé dans la journée. Il a envie de
bouger, de courir. L’obligation de rester à table, sans bouger, sans se
lever, est pour lui encore plus difficile.

L’immobilité est une épreuve pour un tout-petit


Pour un petit, plein d’énergie, la contrainte de l’immobilité est une véritable épreuve. Un enfant
a besoin de faire vivre son corps, de bouger, de courir, de sauter. Certains enfants peuvent
devenir très agités, agressifs si dans la journée ils n’ont pas assez de moments pour dépenser
leur vitalité.
Notre cerveau n’aime pas l’ennui, c’est une source de stress. Quand le petit enfant est assis à
table, rester immobile longtemps n’est pas possible sans stress. La vie chez lui est plus forte que
tout, elle bouillonne et le pousse à bouger, explorer, découvrir. Il a envie d’être libre dans ses
mouvements8.
Quand le repas est trop long pour lui, l’autoriser à se lever pour aller chercher de l’eau, du pain
dans la cuisine ou à jouer à côté de la table en attendant les autres plats lui permet d’assouvir
son besoin de mobilité. Le faire participer aux discussions, rire, s’amuser avec lui diminuent
également l’ennui qu’il peut éprouver.

Lola, 2 ans, est « infernale » au restaurant


Lola descend de sa chaise et part explorer ce lieu inconnu, très
attirant, rempli de choses nouvelles à découvrir. Elle navigue entre les
tables, dit bonjour aux autres enfants, ramasse des miettes de pain
tombées au sol. Ses parents en pleine discussion avec leurs amis ne l’ont
pas vue partir. Soudain la mère l’aperçoit, se lève, furieuse, et court
chercher sa fille. Évidemment, Lola n’a aucune envie de revenir à table
pour rester immobile sur sa chaise. D’un ton menaçant, le doigt levé vers
son enfant, sa mère lui dit : « Tu es vraiment insupportable. Tu ne peux
donc pas être sage et rester à table comme tout le monde ? » Elle la tire
par le bras : « Viens t’asseoir immédiatement. Dépêche-toi. » Lola
résiste : « Non. — Bon, eh bien, puisque que c’est comme ça, tu vas
voir ! » Une fessée part : « Tu es punie, au coin sans bouger. » Lola se
met à pleurer : « Méchante, maman. » Elle reçoit une deuxième fessée.
« Arrête ta comédie immédiatement. Tout le monde nous regarde ! »
Lola pleure de plus belle...
Au restaurant, beaucoup de parents se sentent jugés sous le regard des
autres et ne veulent pas perdre la face. Si leur enfant pleure, ils veulent
qu’il cesse immédiatement. S’il bouge, descend de sa chaise, il doit se
tenir tranquille et rester assis. Bref, le restaurant est souvent source de
stress, de frustrations, de colères de part et d’autre et ce moment espéré
agréable, joyeux, détendu se termine alors dans l’agitation et les pleurs.
Certains restaurateurs comprennent les jeunes enfants. Ils savent
qu’ils ne peuvent rester longtemps à table, ont besoin de bouger, de jouer
et ont aménagé des pièces de jeux attenantes à la salle de restaurant, ou
ils apportent à table des jeux, du matériel pour dessiner, faire des
puzzles, etc. Tout le monde est satisfait : adultes, enfants et restaurateurs,
et le restaurant bourdonne de rires et de vie.
Quand le restaurant n’est pas adapté aux enfants, emporter de quoi
distraire et occuper les petits (livres, crayons, papier) permettra de passer
un bon moment. Pensez-y aussi lorsque vous faites un voyage en voiture,
en train, en avion.
Antonin n’aime pas les aliments « bons » pour la santé
La mère d’Antonin est désorientée. Elle veut que son enfant mange
sain, équilibré, qu’il mange des légumes frais. Elle achète bio. Antonin,
lui, n’aime que les pâtes, le jambon et les frites. Quand le parent accepte
patiemment les goûts de l’enfant, ses préférences, tout en l’incitant avec
bienveillance à goûter les aliments nouveaux, l’enfant en grandissant
diversifie sa nourriture.
Au contraire, lorsque l’enfant est grondé parce qu’il n’aime pas tel
aliment, que ressent-il ? Il pense que l’adulte sait mieux que lui ce qu’il
ressent et qu’il ne doit pas écouter son propre sens du goût, toutes ces
infinies sensations qu’il éprouve lorsqu’il mange et qui lui disent : « Je
n’apprécie pas du tout le goût de cet aliment. » Il ne peut expliquer si
c’est l’aspect, la saveur, l’odeur, la texture, le croquant de l’aliment qui
ne lui convient pas. Ne pas aimer un aliment n’est ni bien ni mal. C’est
un fait. L’enfant ne fait pas « exprès » de ne pas l’apprécier. L’aversion
pour un plat ne s’explique pas. Quand les parents imposent leur goût
sans tenir compte de celui de l’enfant, celui-ci ne se sent pas entendu, et
vit cela comme une violence. L’enfant n’apprend pas à se connaître, à se
fier à ses ressentis, mais à se soumettre aux désirs des autres, ce qui le
conduit à une non-connaissance de soi et entraîne de nombreuses
perturbations dans le développement de sa personnalité.
Face à ces comportements perturbants, un bon nombre de parents
s’énervent, punissent. L’enfant va alors imiter ses parents, s’énerver et
s’opposer à tout à son tour et les repas continuent à être le lieu de
bagarres sans fin. L’enfant peut développer en réaction aux cris, aux
menaces, aux punitions de véritables troubles du comportement. Il peut
devenir agressif, anxieux, déprimé.
Être patient
Beaucoup de patience et de compréhension vis-à-vis du petit enfant
sont nécessaires. L’enfant a tout à apprendre : manger avec une cuillère,
puis une fourchette, connaître les codes culturels, sociaux lors des repas,
découvrir, goûter à de nouveaux aliments. Tout se passera bien si cela
reste un jeu pour lui, un moment de plaisir. Mais s’il y a de la tension, de
la contrainte, de l’énervement, l’enfant qui est une éponge émotionnelle
le ressent et se met sur le même mode. Le repas devient alors un moment
d’opposition, de conflit et manger deviendra un problème.
Manger fait partie du plaisir d’être vivant
Manger est un des plaisirs de la vie : plaisir affectif, sensoriel,
esthétique, mais qui peut tourner au cauchemar quand la convivialité
n’est pas au rendez-vous, que l’ambiance est électrique, tendue, que les
aliments ne sont pas à notre goût, quand la faim n’est pas là.
Il est très agréable de partager un repas quand les convives autour de
la table sont accueillants, que les aliments nous plaisent et que nous
avons de l’appétit.

Lors du repas, l’enfant a besoin qu’on respecte :


• sa faim, sa satiété : j’ai faim, je n’ai plus faim, j’ai assez mangé ;
• ses goûts alimentaires ;
• son désir de partager un moment heureux, agréable, détendu en famille ou en collectivité.
L’enfant a besoin de se sentir aimé inconditionnellement même s’il n’a pas faim ou n’aime pas
tel aliment.
Créez une ambiance joyeuse, légère, sans observer l’enfant, sans contraintes, ni punitions, ni
cris : les repas deviendront alors un plaisir pour tout le monde.
1. Gee 2014.
2. Giulani 2009.
3. Choi 2009 ; Hanson 2010 ; Polcari 2014 ; Teicher 2006, 2010, 2012, 2014 ; Tomoda 2011.
4. Les neurones miroirs ont donné lieu à beaucoup de discussions ces dernières années. Un certain
nombre de chercheurs pensent qu’ils servent avant tout à imiter les gestes d’autrui, d’autres estiment
que leur rôle est plus large et recouvre les intentions d’autrui, l’empathie. Le rôle des chercheurs est
toujours de comprendre la complexité, de vérifier leurs hypothèses. Les recherches sur ces neurones
miroirs continuent dans ce sens, le débat est donc loin d’être clos.
5. Molenberghs 2012.
6. Brownell 2013.
7. Ameis 2014, Gordon 2013, Björnsdotter 2014, Callaghan 2014, Gee 2014, Kida 2014, Wachs
2014, Whittle 2014.
8. Panksepp 2007.
Le sommeil

Durant la petite enfance, de la naissance à 5-6 ans, l’enfant entretient


un rapport très particulier au sommeil. Ce sujet est donc sensible et
préoccupe grandement les parents.
« Quand vais-je pouvoir enfin dormir tout mon saoul ? Je suis
épuisée ! » me dit cette mère d’un petit de 2 mois. L’arrivée d’un enfant
bouscule de nombreuses habitudes, dont le sommeil. La vie des parents
ne peut plus « être comme avant ». Les nuits sont interrompues
régulièrement par les appels de l’enfant qui a besoin de manger, d’être
rassuré, alors que les parents, eux, rêvent d’une soirée tranquille, d’une
nuit complète. Puis quand l’enfant grandit, un certain nombre d’entre
eux ne veulent pas se coucher, se réveillent la nuit, appellent, font des
cauchemars, veulent dormir dans le lit des parents. Que faut-il faire ?
Céder ? Se fâcher ? Les faire dormir avec les parents ? Beaucoup
d’adultes désorientés oscillent entre la patience et l’énervement. Nous
aborderons toutes ces questions et verrons aussi pourquoi les enfants
petits ont si souvent un sommeil agité.
Mais tout d’abord, imaginons la scène entre deux adultes qui ont des
opinions opposées sur l’heure idéale pour se coucher.
Damien et Valérie, 30 ans
« J’en ai plus qu’assez, tous les soirs c’est la même comédie, il ne
veut pas se coucher ! Cela se termine toujours pareil, dans les cris et les
pleurs. »
Damien et Valérie, la trentaine tous les deux, vivent ensemble depuis
quelques années. Chaque soir, Valérie s’énerve, elle veut absolument que
« son Damien » se couche à 22 heures. Elle a lu que pour être en bonne
santé, il faut avoir une vie régulière, se coucher à la même heure, dormir
suffisamment. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait sans difficulté. Elle l’aime,
et me dit : « Je le fais pour son bien, pour qu’il soit en bonne santé. »
« Damien, il est 22 heures, il faut aller au lit et dormir. » Damien
regarde un film. Valérie éteint l’ordinateur et tire avec force le bras de
Damien. « Bon, maintenant, cela suffit ! Tu as vu l’heure ? Tu vas encore
être de mauvaise humeur demain si tu ne dors pas assez et tu vas passer
une mauvaise journée. — Fiche-moi la paix. Laisse-moi regarder mon
film tranquille, ce que tu peux être pénible ! » Elle ajoute : « Tous les
soirs, on se dispute, on crie, mais je ne cède pas, c’est vraiment pour son
bien. »
Cette scène paraît totalement invraisemblable entre deux adultes, or
elle est très fréquente entre l’adulte et l’enfant. Quand le sommeil nous
envahit, se coucher est un vrai plaisir, une vraie satisfaction. Il répond au
besoin physiologique naturel de dormir. À l’inverse, vouloir que l’autre
dorme quand il n’a pas sommeil est une domination et n’a aucun sens.
Agissez-vous comme cela avec votre conjoint ? L’obligez-vous de
force, quoi qu’il arrive, à aller au lit à l’heure à laquelle vous l’avez
décidé sans vous soucier de ce qu’il est en train de faire, de ses
sentiments, de ses sensations, de ses besoins à ce moment-là ? Alors
pourquoi agir différemment avec les enfants ? La plupart du temps, on
observe qu’un enfant qui va bien, qui est repu de l’affection et de
l’attention de ses parents ira se coucher de lui-même quand il sent qu’il a
sommeil. Les enfants même petits savent sentir quand ils ont besoin de
se reposer.
Voyons maintenant ce qui se passe souvent au moment du coucher
entre un parent et son enfant.
Louis, 7 ans
Louis est un enfant joyeux, plein de vie. Son père, Sébastien, vient
me voir, il est à bout et me dit :
« Tous les soirs, c’est la même comédie quand je lui dis qu’il est
l’heure d’aller au lit. Il ne veut pas m’obéir et fait des scènes
épouvantables. Il hurle. Je pense qu’il a de vrais problèmes. Je suis
inquiet, ce n’est pas normal de réagir comme cela.
— Racontez-moi ce qui se passe. »
Il est 20 h 30, Louis est dans le salon avec ses parents. Il aime ces
moments-là. Il peut échanger avec ses parents ou jouer à ses jeux vidéo
tout en sentant leur présence. Mais à 21 heures tapantes, Sébastien s’est
fixé cette règle intangible : Louis doit aller au lit. « Louis, c’est l’heure.
Va te coucher. » Louis ne bouge pas. « Louis, qu’est-ce que j’ai dit ? Tu
es sourd ? Va te coucher. » Louis paraît de plus en plus absorbé dans ses
jeux. Le père se lève, le tire brusquement par le bras et se met à crier :
« Tu vas m’obéir oui ou non ? Qui commande ici dans cette maison ?
C’est toi ou moi ? » Isabelle, la mère, se ratatine dans son fauteuil et
reste silencieuse. « Eh bien tu vas savoir que c’est moi qui commande
ici. Dépêche-toi de m’obéir. » Le père excédé n’arrive pas à se retenir,
une claque retentit sur la joue de Sébastien qui se met à hurler : « J’en ai
marre de toi. » Louis part en sanglotant dans sa chambre. Isabelle : « Tu
es sûr, Sébastien, que c’est la bonne méthode ? — Tu ne vas pas t’y
mettre, toi aussi ! Tu veux quoi ? Un enfant roi à qui on cède tout ? Il n’a
que 7 ans. Comment fera-t-on à l’adolescence si on ne l’éduque pas
maintenant ? » Sébastien est réellement inquiet et aimerait que le
moment du coucher ne soit plus une guerre entre son fils et lui.

Comment faire pour que le moment du coucher


se passe mieux ?
• Le parent accueille ses propres émotions et sentiments, sans jugement
Revenons donc à Sébastien, le père de Louis. Je lui demande de
prendre un temps d’auto-empathie : de sentir ce qui se passe en lui pour
être dans un tel état, de comprendre les émotions qui le traversent au
moment où il décide qu’il est l’heure pour son fils d’aller au lit.
Que ressent-il vis-à-vis de Louis ? En fait il éprouve différentes
émotions désagréables. « Je suis inquiet et même très inquiet pour
plusieurs raisons. D’abord pour la santé de mon fils. J’ai lu et entendu à
maintes reprises que le sommeil, faire de bonnes nuits, est essentiel pour
être en bonne santé, en forme. Vous imaginez bien que si Louis est
fatigué, il ne va pas bien travailler à l’école, il va être irritable et gâcher
l’ambiance à la maison.
« Ensuite, c’est moi qui suis le père. Je dois avoir de l’autorité sur lui,
il doit m’obéir. Si Louis ne m’obéit pas, si je n’ai pas d’autorité, que va-
t-il devenir ? Un enfant roi, tyran, et c’est lui qui va commander à la
maison ? Je ne veux surtout pas de cela. Oui, Louis m’inquiète
beaucoup. C’est très désagréable de me sentir impuissant, incapable
d’exercer mon autorité, car Louis fait toujours des histoires quand je lui
donne des ordres, il fait semblant de ne pas m’entendre, il essaye de
résister. Cela, je ne le supporte pas. Cela me met hors de moi, très en
colère contre lui, qui ne m’obéit pas immédiatement, et contre moi, qui
n’arrive pas à me faire obéir. J’en veux aussi à ma femme qui ne dit rien
et me laisse aller en première ligne. Elle me soutient seulement du bout
des lèvres. Elle est d’accord pour dire qu’il faut que Louis fasse de
bonnes nuits mais dès que je me mets à crier ou à le punir elle dit
“Arrête” et en plus elle le dit devant lui. Vous imaginez que lui en
profite, il regarde alors sa mère d’un air suppliant. Et moi, je me sens
désapprouvé par elle, déstabilisé, culpabilisé.
« Cela me déprime, je suis fatigué de tout cela. Moi qui rêvais d’avoir
des enfants. Je pensais qu’ils m’apporteraient du bonheur. Certains jours,
j’arrive à regretter d’en avoir et j’ai envie de partir et de retrouver ma vie
de célibataire. Je suis fatigué et j’en ai vraiment marre de ne pas avoir
des soirées à moi pour faire ce que je veux et être avec ma femme ou
mes copains. D’autres jours, je culpabilise de m’emporter contre lui, de
crier, de le punir. Je n’aurais jamais imaginé que je donnerais des gifles à
mon enfant, que je lui ferais mal. »

• Le parent clarifie ce qu’il souhaite pour lui et pour son enfant


« Que souhaiteriez-vous ?
— Je souhaiterais un enfant qui m’obéisse et me dise toujours “Oui,
papa”, qu’il cesse de faire des comédies le soir pour aller se coucher. Ce
n’est quand même pas une punition d’aller se coucher. Moi, quand j’étais
enfant, j’obéissais à mon père sans broncher. On n’avait pas intérêt à
désobéir. On ne se rebellait pas. Si on élevait la voix, on était punis
immédiatement et pas qu’un peu. Je n’ai pas envie de vous raconter ce
qu’on subissait. Alors on filait doux ! En fait je me rends compte en vous
parlant que j’aimerais que notre maison ne soit pas celle de mon enfance.
Je voudrais qu’elle soit un lieu paisible, harmonieux et ce n’est pas du
tout cela. C’est le contraire. Je voudrais aussi que mon fils soit reposé, en
forme, qu’il aille bien. Je souhaite vraiment le bien pour mon enfant. Je
veux être un bon père. Je l’aime, je rêve qu’il soit heureux et travaille
bien à l’école. »
Sébastien réalise qu’au fond de lui coexistent de multiples besoins :
des envies de calme, de repos, d’harmonie, de liberté, le rêve d’avoir des
moments privilégiés avec sa femme, ses amis, d’être un « bon » père,
d’avoir un enfant heureux, en bonne santé, qui travaille bien à l’école.
Sébastien prend conscience, sans se juger, de ce qu’il souhaite, il
s’apaise et, petit à petit, il parvient à trouver les solutions pour que la vie
familiale soit plus harmonieuse et que ses besoins et ceux de son fils
soient satisfaits.

• Le parent se met à la place de son enfant


Que ressent Louis ?
Louis est triste, très en colère contre ses parents, inquiet, désemparé.
Il est triste, il ne se sent ni écouté, ni pris en considération. Il aimerait
pouvoir dire à ses parents que ces moments passés avec eux sont des
temps d’intimité familiale essentiels pour lui, durant lesquels il se sent
bien, entouré, réconforté. Il a alors le sentiment de faire partie de la
famille après une journée passée à l’école suivie des devoirs à la maison.
Il y puise les ressources affectives nécessaires pour faire face aux
difficultés, aux contrariétés rencontrées dans la journée. Certains soirs, il
aurait envie, même à 7 ans, de pouvoir faire un gros câlin dans les bras
de sa mère ou de son père. Mais il n’a pas eu l’habitude d’exprimer ses
ressentis, il n’arrive pas à les formuler.
Il est très en colère contre son père qui crie, lui fait peur quand il est
« hors » de lui. « Pourquoi me fait-il mal, à quoi cela sert ? Il me tire
l’oreille, me pousse, parfois il me gifle. Quand il est comme cela, je le
déteste vraiment. J’aurais envie de lui faire pareil, mais je sais qu’il est
beaucoup plus fort que moi. Donc je n’essaye même pas. Lui qui veut
que je sois “gentil, obéissant”, eh bien moi, je sens tout l’inverse, à
l’intérieur de moi je suis en ébullition, je me sens devenir très méchant et
je n’ai pas du tout envie de lui obéir. Si je vais dans ma chambre, c’est
pour le fuir, je n’ai pas envie qu’il me tape encore plus fort ! »
Il est bouleversé et n’a plus confiance en son père. Il ne sait plus si
son père l’aime. « Il dit qu’il m’aime. Alors, pourquoi me fait-il mal ? »
• Dès qu’on impose un comportement par la force psychologique, verbale, physique,
on en paye les conséquences
Comme nous l’avons vu pour les repas, donner des ordres – « Va te
coucher, va dormir ! » – altère profondément la relation avec l’enfant. Le
parent, quand il donne des ordres, pense qu’il le fait pour le bien de
l’enfant : « Il faut bien l’éduquer, et lui dire ce qu’il faut faire. Ce n’est
qu’un enfant. » En prenant le temps de la réflexion, en se mettant à la
place de l’enfant, nous réalisons que nous-mêmes, adultes, nous ne
tolérerions pas que quelqu’un nous dise de façon autoritaire, sans nous
demander notre avis : « Va te coucher ! » L’enfant ressent évidemment la
même chose, mais avec plus d’intensité encore. II ne le supporte pas.
Louis se sent humilié, rejeté par ses parents.
Soit l’enfant se soumet en maugréant et en nourrissant du
ressentiment, soit il résiste et se rebelle. Dans tous les cas, le lien avec le
parent est perverti. La confiance réciproque, le respect mutuel diminuent
fortement. « Mon père ne me fait pas confiance. Il pense qu’il sait mieux
que moi quand j’ai sommeil. Il n’a aucun respect pour moi, il n’arrête
pas de crier contre moi. Je n’ai plus confiance en lui. » « Mon fils fait
n’importe quoi. Il se couche à pas d’heure et tous les soirs je suis obligé
de lui dire d’aller au lit. Je n’ai pas du tout confiance en lui. Il n’est pas
capable de se prendre en main pour savoir quand il faut aller se
coucher. »
Plus le père va s’enferrer, persévérer dans cette attitude, moins le fils
va sentir s’il a sommeil ou non. Il se déconnecte de ses sensations, de sa
fatigue, puisque son père lui fait croire que c’est lui qui sait s’il a besoin
de se coucher. L’enfant résistera toujours plus à son père. Le soir, il
restera dans le salon jusqu’à ce que son père explose.
Un enfant aime ses parents très profondément. Il est totalement
désemparé quand son amour et son admiration pour ses parents sont
confrontés à leurs réactions violentes, aux cris ou à leur négligence. Ce
sentiment paradoxal est très destructeur pour lui.

• Le parent exprime ce qu’il ressent et aide l’enfant à exprimer ses ressentis


Dire à l’enfant de façon simple, sans entrer dans les détails, les
émotions qui nous traversent. « Je suis inquiet quand je vois que tu te
couches tard. »
Être empathique avec son enfant, sentir, comprendre ses émotions et
ses sentiments et les nommer. « Je pense que tu es triste, en colère. Est-
cela ? » Dans l’exemple que nous avons pris, Louis a 7 ans. Si Louis
vivait dans une famille où l’expression des ressentis était encouragée, il
serait capable de dire ce qu’il ressent. Mais si son entourage ne favorise
pas l’expression des émotions, il ne sera pas connecté à ce qu’il ressent,
éprouvera un malaise, sans oser ou sans savoir mettre des mots dessus.

• Le parent tente d’être un modèle


Encore une fois, il est primordial d’être un modèle pour son enfant.
Si, dans une famille, l’enfant entend ses parents dire : « Je vais me
coucher, j’ai vraiment sommeil. Cela va me faire du bien de passer une
bonne nuit pour être en forme demain. Cela va être agréable de me
mettre au lit ! », il les imitera en les entendant parler de façon naturelle,
positive de leurs besoins physiologiques. Il ne vivra pas le coucher
comme une exclusion ou une punition. Par contre, si l’enfant voit ses
parents rester devant la télévision tout en disant : « Je suis mort de
fatigue. J’ai eu une journée difficile », il ne peut pas comprendre
pourquoi lui doit aller se coucher.

• Le parent aide l’enfant à se connaître : à se connecter à ses sensations, à être à


l’écoute de son corps
Il est très bénéfique d’aider l’enfant à sentir ses propres signes de
fatigue : « Es-tu fatigué ? As-tu envie de te reposer ? Je te fais confiance
pour sentir ce qui se passe en toi. C’est toi qui sens si tu es fatigué, sois
bien à l’écoute de ce que ton corps te dit. Tu vas voir, se coucher quand
on a sommeil est un grand plaisir. Cela fait du bien. » On apprend à
l’enfant à être à l’écoute de son corps, à prendre soin de lui, à se
connaître. Cette connaissance intime de ses propres rythmes
physiologiques persistera et l’aidera toute sa vie. Avoir besoin de dormir
est un besoin physiologique. Être en connexion avec ce que nous dit
notre corps, nos propres sensations, fait partie de la première étape de la
connaissance de soi, une étape essentielle pour vivre en harmonie avec
son corps, se sentir bien physiquement et psychiquement.
Quant au bébé, chaque petit manifeste qu’il a sommeil par des signes
particuliers : il chouine, s’agite, bâille, se frotte le nez, se touche les
cheveux, suce ses doigts, etc. Bien décrypter ces signes pour sentir le
moment où il est « l’heure » de le coucher et lui dire : « Là, maintenant,
je pense que tu es fatigué, tu as besoin de dormir. Je te couche. » Si on
« rate » le bon moment, l’enfant épuisé, énervé, a souvent beaucoup de
difficultés à s’endormir, s’agite, pleure sans parvenir à trouver le
sommeil.

• Il existe des gros, des moyens et des petits dormeurs, des couche-tard et des lève-
tôt
Les besoins de sommeil sont individuels. Les couche-tard sont en
pleine forme le soir, mais le matin, quand ils doivent se lever tôt, leur
réveil est difficile et leur humeur est souvent maussade. Ils ont besoin de
temps pour se mettre en route et ont envie d’être tranquilles pendant le
petit déjeuner. Les lève-tôt, dès le matin, débordent d’énergie, se sentent
joyeux, pleins d’allant, prêts à franchir tous les obstacles, et s’écroulent
de fatigue le soir.
Un des rôles passionnants des parents est d’observer, de découvrir qui
est leur enfant dans toutes ses dimensions physiologiques, affectives,
intellectuelles. Mon enfant est-il un gros, moyen, petit dormeur ? Est-il
un couche-tôt, un couche-tard ? Imaginez... Votre enfant est un petit
dormeur. Il a besoin de dormir un peu moins que les autres et on le force
à rester dans le noir pendant des heures, alors qu’il ne dort pas. Il
s’ennuie, ressasse des idées ou des peurs...
Il faut aider l’enfant à sentir, à reconnaître s’il est fatigué, s’il a
besoin de dormir, en n’associant jamais le besoin de dormir à une
exclusion, une punition : « Je n’en peux plus. Tu es infernal, va te
coucher. » Sans quoi le moment du coucher devient un moment très
désagréable, d’isolement, l’enfant sent que les parents ont envie de se
débarrasser de lui « pour être enfin tranquilles ! » et va résister de plus
en plus en prenant le sommeil en grippe.
Chaque enfant a ses propres besoins de sommeil, l’idéal est de les
respecter. Le moment du coucher, quand on peut aller dormir à l’heure
souhaitée, est un moment très agréable où l’on répond au besoin
physiologique de se reposer. On est en accord avec son corps, avec soi.
C’est une véritable satisfaction.
Matéo, 5 ans, est un couche-tard
Matéo est un enfant plein de vie, pétillant, sociable. En revanche, les
parents galèrent avec lui le soir. Ils se battent pour qu’il se couche tôt.
Usés par les conflits qui prennent de plus en plus d’ampleur au moment
du coucher, ils consultent et réalisent alors que leur enfant est
physiologiquement un petit dormeur et un couche-tard. Depuis, ils
n’obligent plus Matéo à éteindre sa lumière à 21 heures. Ils le laissent
regarder des livres, jouer tranquillement et éteindre lui-même sa lumière
quand il sent le sommeil arriver. Les soirées sont beaucoup plus paisibles
et Matéo se sent compris par ses parents, en sécurité.
Camille, 4 ans, est une grosse dormeuse
Camille, elle, s’endort dès 20 heures et a besoin d’au moins douze
heures de sommeil pour être en forme. Ce n’est pas toujours simple.
Quand ses parents rentrent tard de leur journée de travail, elle pique du
nez dans son assiette et ne mange plus. Dès qu’elle est trop fatiguée, elle
chouine, elle s’énerve. Après une période de tâtonnement, les parents
comprennent que leur fille est une grosse dormeuse. Ils modifient leur
organisation. Maintenant, Camille mange tôt et gagne avec un grand
bonheur son lit dès 20 heures. À l’opposé, son frère est un petit dormeur
et se couche plus tard.
Les rapports de force entraînent un stress très nuisible pour le cerveau de l’enfant et
empêchent
son bon développement
Les rapports de force, le stress sont nocifs pour le développement du cerveau de l’enfant
et provoquent de véritables troubles du comportement : agressivité, anxiété, dépression, tout
l’inverse de ce qui est souhaité par les adultes.
Au contraire quand les adultes sont compréhensifs, bienveillants, empathiques avec
l’enfant, l’aident à exprimer ses émotions, ses sentiments, l’écoutent, ils font maturer
progressivement la partie du cerveau qui va lui permettre d’être plus « raisonnable » (les
lobes frontaux, le cortex orbito-frontal ou COF) et les circuits neuronaux reliant le cortex
préfrontal et les cerveaux archaïque et émotionnel. L’inverse est vrai : une attitude
autoritaire, dure, rigide freine le développement de ces structures et réseaux cérébraux1.

Le sentiment d’exclusion
est une très grande souffrance
Quand l’enfant entend : « Il est l’heure de se coucher, va dans ta chambre », alors qu’il
n’a pas du tout sommeil et que la famille est réunie dans le salon, il peut se sentir exclu du
cercle familial. Quand nous sommes rejetés, isolés de force, une structure cérébrale appelée
le « cortex cingulaire antérieur » s’active et produit un sentiment de très grande souffrance.
Le rejet ou la peur d’être rejeté est l’une des principales causes de détresse chez l’humain2.

Les réveils nocturnes, les pleurs en cours de nuit


L’enfant a besoin de sentir la présence de ses parents
Guillaume, 2 mois
Mélanie arrive, les yeux cernés, habillée à la va-vite, à peine coiffée :
« Je n’en peux plus, Guillaume se réveille encore la nuit, pourtant il a
2 mois ! Il pleure toutes les trois heures et veut absolument manger.
Quand va-t-il faire ses nuits ? Certains jours, je m’énerve contre lui. Je
lui parle mal, je le sors de son berceau avec des gestes brusques. »
Je propose à Mélanie de prendre le temps de se connecter à ses
émotions, ses sentiments. La fatigue submerge tout. « Je me sens
épuisée, à bout. J’aurais juste besoin de faire une nuit complète. Je perds
patience, je m’énerve, je ne sais plus ce que je fais, je perds mes moyens,
je tourne en rond dans l’appartement. Il y a le linge, le ménage, la
cuisine et le bébé. Tout reste en plan, c’est le désordre. Je suis en colère
contre moi, je me culpabilise de ne pas arriver à faire face à tout cela.
Moi qui suis hyper-organisée dans mon travail, je suis totalement
dépassée chez moi. Résultat, le soir je m’emporte contre mon
compagnon, je lui reproche de ne pas m’aider davantage. Le ton monte
et on se dispute. Bref, rien ne va. J’aimerais revenir à ma vie d’avant,
sans enfant. J’avais alors l’impression de maîtriser ma vie, de faire ce
que je voulais. Mais maintenant, ce n’est plus moi qui dirige mes jours,
c’est Guillaume. Je sais que ce n’est pas possible de vivre comme avant,
mais cela me fait du bien de pouvoir vous dire tout cela. » Mélanie
pleure dans mes bras.
Guillaume est un bel enfant, plein de vie. Régulièrement, la faim le
tenaille, ses besoins de manger sont impérieux. C’est sa survie qui est en
jeu et ses cris puissants reflètent bien ce besoin. Il n’est pas question
pour lui de ne pas manger. Tout son être appelle, il crie sa faim.
« Pouvez-vous sentir, comprendre ce que ressent Guillaume, vous
mettre à sa place ?
— Quand vous me dites cela, tout d’un coup je réalise que mon
enfant est totalement démuni, dépendant du bon vouloir des personnes
qui l’entourent. Il ne peut rien faire d’autre qu’appeler pour manger. Il ne
peut pas bouger et sortir de son berceau pour aller chercher de la
nourriture comme le font un certain nombre d’animaux à peine nés. Il ne
peut pas parler et dire : “Je veux manger.” Il ne peut que pleurer pour
exprimer : “J’ai faim.” En fait, cela doit être terrible de se trouver dans
cette dépendance totale et de pleurer parfois longtemps avant que
quelqu’un arrive. Il doit avoir peur qu’on ne vienne pas. C’est pour cela
que ses pleurs sont si intenses, on les entend ! Sa voix est forte et
puissante. On ne peut pas passer à côté. En me mettant à sa place, je me
rends mieux compte combien il est fragile et combien sa survie dépend
de nous. J’ai envie soudain de le rassurer, de le protéger, de le câliner et
de lui dire que je serai toujours là pour lui.
« En fait, à la maison, je suis tellement fatiguée et énervée que je ne
pense pas à ce qu’il peut ressentir. Je ne pense qu’à moi et à ma fatigue.
J’ai juste envie de souffler et qu’il arrête de pleurer et de réclamer à
manger si souvent. Là, maintenant, je me sens plus sereine, j’ai pris du
recul, j’ai mieux compris mon bébé. »
Lise, 4 ans
Lise se couche sans aucun problème. Elle est même très contente
d’aller au lit, mais vers minuit elle file dans la chambre de ses parents.
Le père dort et ne l’entend pas. La mère se lève, recouche Lise en la
câlinant, mais deux heures plus tard, Lise revient dans la chambre de ses
parents. La mère est excédée, elle n’en peut plus, elle a besoin de dormir
sans être réveillée. Que faire ? La prendre dans leur lit ou la recoucher
pour qu’elle revienne une ou deux heures après ? Le père se réveille. Les
parents, à bout de nerfs, épuisés, n’ont plus de patience, ne veulent
qu’une seule chose, « dormir », et ne supportent plus le comportement de
leur enfant.
Lise n’est pas encore capable de dire avec des mots : « J’ai besoin de
votre présence, de vous sentir proches de moi, de ne pas me sentir
seule. » Elle le dit à sa manière en allant dans la chambre de ses parents
la nuit. Elle réclame plus d’attention, plus de présence affectueuse.
Parfois, elle souhaite juste passer un moment avec ses parents qu’elle n’a
pas vus dans la journée, être rassurée après un cauchemar, se réconcilier
avec eux après une soirée tendue, trouver du réconfort car la journée a
été difficile à l’école.
Lors du coucher, Lise a vraiment besoin que ses parents prennent le
temps de l’apaiser, de la rassurer avec une voix et des gestes doux.
Souvent, il suffit que ses parents lui disent : « Tu peux nous appeler, si tu
as besoin » et alors, elle s’endort tranquillisée. « Oui, je suis sûre que
mes parents me répondront si je ne me sens pas bien. » Au moment des
réveils nocturnes, le parent réconforte l’enfant avec douceur par sa
présence calme, en parlant le moins possible pour ne pas le stimuler. À
certains moments, il suffit de poser une main tendre sur l’enfant pour que
le sommeil l’envahisse, à d’autres, des caresses, des câlins sont
nécessaires. Quelques enfants ne s’apaisent pas et ont besoin de dormir
un certain temps dans la chambre des parents. Une fois l’enfant bien
rassuré, ces nuits agitées généralement diminuent progressivement, puis
cessent.
Si l’enfant est en proie à une véritable panique, certains parents
prennent l’enfant dans leur lit. La plupart du temps, en France, un enfant
entouré d’adultes aimants, bienveillants, hormis les moments où il
traverse des étapes difficiles, dort paisiblement dans sa chambre, sans
crainte, surtout s’il a des frères et sœurs.
Ne pas appeler ses parents la nuit, être sage ne veut pas du
tout dire que l’enfant va bien
Lola, 3 ans
Élodie, sa mère, est très inquiète. Elle me dit : « Lola s’endort très
bien, mais toutes les nuits, vers 2 heures du matin, elle crie jusqu’à ce
que son père ou moi venions la voir. Je ne comprends pas, mes amies me
disent que leur enfant dort très bien, ne se réveille jamais et Lola nous
appelle toutes les nuits. Elle doit avoir un problème et même un gros
problème. Est-elle normale ? » Je lui réponds : « Certains parents parlent
de leurs difficultés à leurs amis, mais d’autres disent toujours : “Tout va
bien.” Ils craignent de se faire traiter d’incapables ou de mauvais
parents. Il est sûr qu’un enfant qui va bien sait exprimer ce qu’il
souhaite. Quand les enfants ont l’habitude d’être écoutés, ils ne redoutent
pas de s’exprimer et de se faire réprimander quand ils disent ce qu’ils
ressentent. Quand je leur demande de parler des nuits, de dire ce qu’ils
souhaiteraient, ils me répondent très souvent : “Papa et maman dorment
ensemble, ils ne sont pas tout seuls. Pourquoi moi, je dors seule ? Moi,
quand je me réveille la nuit, j’ai peur, j’ai besoin de sentir que ma
maman et mon papa sont là tout près de moi.” En revanche, les enfants
qui n’ont pas été écoutés depuis la naissance n’appellent que très peu la
nuit, ils savent que c’est inutile, personne ne viendra les rassurer. Ils sont
souvent anxieux, tristes, parfois agressifs. Ne pas appeler ses parents la
nuit, être sage ne veut pas du tout dire que l’enfant va bien. »
Dormir avec son enfant
Quand on fait le tour de la planète, on constate chez de nombreux
peuples, encore maintenant, que les enfants dorment avec leurs parents :
en Asie, en Indonésie, en Afrique, en Amérique du Sud, etc. Il peut
paraître étonnant qu’au XXIe siècle parents et enfants dorment ensemble.
Si cette pratique persiste, c’est probablement qu’elle apporte certains
avantages.
En Occident, au XIXe siècle, et au début du XXe siècle, adultes, enfants
et animaux dormaient ensemble dans les fermes. On se tenait chaud
physiquement et psychologiquement. Bien des raisons ont mis fin à cette
pratique. Une grande partie des paysans sont venus peupler les villes et
ont abandonné leur mode de vie traditionnel. Dans les appartements,
l’étroitesse des pièces ne permet pas à la famille de dormir ensemble. Il y
a aussi l’envie d’avoir du confort, de l’espace, la montée de
l’individualisme et la quête du bien-être pour soi. Chacun doit avoir sa
place, son territoire pour préserver son intimité, pour ne pas se faire
déranger, ou envahir, les parents d’un côté, les enfants de l’autre. Les
couples souhaitent avoir une vie sexuelle comme ils l’entendent. La peur
de l’inceste joue sans doute aussi un rôle dans cette mise à distance des
enfants.
L’histoire étonnante d’un anthropologue anglais
Nigel Barley, anthropologue anglais, rapporte avec beaucoup
d’humour cette anecdote. Ses très nombreuses pérégrinations autour de
la planète l’amènent un jour à séjourner longuement aux Célèbes, île
indonésienne, chez un peuple très attachant, les Torajas. Ce peuple a la
particularité, entre autres, de construire des maisons splendides, dont le
toit est recourbé en forme de bateau ou de cornes de buffle. Un jour,
Nigel Barley fait venir à Londres une délégation de Torajas pour qu’ils
exposent ces maisons remarquables. Il vit dans un grand appartement et
donne à chacun une chambre, comme le ferait tout Occidental qui en a la
possibilité. Chacun sa chambre, chacun son territoire. Quel n’est pas son
étonnement quand, le lendemain matin, il les retrouve tous dans la même
chambre, serrés les uns contre les autres. Les Torajas, voyant la surprise
de leur hôte, lui expliquent : « Nous dormons toujours ensemble, nous ne
dormons jamais seuls. Car durant la nuit si l’un de nous ne se sent pas
bien, a un cauchemar, une angoisse, s’il pleure et qu’il est seul, comment
ferait-il ? Personne ne serait là pour le consoler, le réconforter. C’est
vraiment inhumain de dormir seul ! »
Ces hommes en pleine santé expriment un fait universel : la nuit, les
êtres humains sont plus fragiles, ont plus de peurs, d’angoisses, font
parfois des mauvais rêves, des cauchemars peut-être parce que le
cerveau rationnel ne contrôle plus, n’analyse plus les pensées et laisse
place au cerveau émotionnel qui alors devient dominant. Ils savent,
connaissent la vulnérabilité des humains la nuit, l’ont comprise, ce qui
les amène à ne pas dormir seuls et leur permet de pouvoir apporter
réconfort et consolation à celui qui en a besoin sans rejeter ce qu’il
ressent, sans lui dire : « Ce n’est rien, cesse d’avoir peur, d’être triste,
d’être inquiet, va te recoucher et rendors-toi. »
Pourquoi les parents refusent-ils cet élan d’amour de l’enfant qui
vient vers eux, la nuit, parce qu’il a envie d’un moment d’affection, de
réconfort, de bonheur ensemble ? Pourquoi les parents repoussent-ils
cette occasion de douceur, d’être ensemble qui leur ferait, à eux aussi,
beaucoup de bien ?
En Occident
Pourquoi en Occident sommes-nous coupés de nos propres ressentis,
de notre faculté à comprendre l’autre, à le réconforter quand il a des
peurs, des angoisses ?
Le petit enfant dont le cerveau rationnel est encore peu fonctionnel
est très souvent submergé la nuit de peurs, d’angoisses, parfois de
paniques. Les cauchemars sont fréquents.
Le discours habituel nie souvent la fragilité de l’enfant et donne des
ordres aux parents : l’enfant doit dès 3 mois laisser ses parents dormir. Il
faut qu’il devienne autonome... à 3 mois ! Sinon : « Votre enfant va
devenir un tyran. Vous serez l’esclave de votre enfant ! » Les parents en
entendant cette menace qui plane sur eux prennent peur et se coupent de
leurs ressentis. Ils ne veulent plus éprouver d’empathie pour leur enfant,
sentir, comprendre ce que signifie ses pleurs. Ils ne veulent plus
l’entendre. C’est pour son bien. Ils adhèrent à ce discours et laissent leur
enfant à sa détresse. Les parents sont tranquilles. Mais l’enfant, lui, va
faire comme il peut avec ses peurs, il va apprendre à ne plus les
exprimer, à les refouler. Il fait tout son possible pour se déconnecter de
ses ressentis, pour ne plus souffrir. Mais en lui se développent une
insécurité, des angoisses inexpliquées et le sentiment profond que ses
parents ne sont pas là pour le réconforter.
Ce discours fallacieux repose sur des croyances erronées. « L’enfant
est capable de devenir autonome très rapidement. L’enfant peut faire face
tout seul à ses peurs, à son besoin de sécurité. Si vous vous levez la nuit
quand l’enfant pleure, il va devenir un tyran. Il vous manipule. » Or c’est
tout le contraire, l’enfant en insécurité affective ne peut pas devenir
autonome, il restera accroché à ses parents dans l’attente d’un peu
d’attention, d’affection. L’enfant sécurisé, lui, deviendra autonome. Fort
de l’amour de ses parents, il partira confiant à la découverte du monde, il
sait qu’il pourra toujours, en cas de difficultés, revenir vers eux.
Le « cododo »
Durant la première année de vie, le « cododo » recommandé par un
certain nombre de spécialistes de l’enfance, pour le bien-être physique et
affectif de l’enfant, a été remis en cause pour des risques rarissimes de
décès de l’enfant. À l’heure actuelle, il est déconseillé de dormir avec
son bébé quand on est fumeur, sous l’emprise de l’alcool ou de
médicaments diminuant la vigilance. Mis à part ces situations
particulières, les parents seront attentifs à la sécurité de leur enfant pour
qu’il n’ait pas trop chaud, ne se faufile pas sous un oreiller, ne tombe
pas. Des petits lits, très astucieux, se fixent au lit du parent et évitent tous
ces risques.
La plupart des parents occidentaux jugent la pratique du « cododo »
inconcevable et souhaitent préserver leur intimité. D’autant plus qu’ils
ont entendu, à maintes reprises, qu’il faut que l’enfant laisse dormir ses
parents. « Laissez-le pleurer, cela favorisera son autonomie. » Durant la
petite enfance, les parents prennent l’enfant occasionnellement dans leur
lit quand il pleure pour le réconforter, le rassurer ou quand il est malade.
À l’inverse, comme nous l’avons vu, dans de nombreux pays d’Afrique,
d’Asie, d’Indonésie parents et enfants dorment ensemble. Ce choix
éducatif ou culturel n’est pas préjudiciable pour le petit enfant. Au
contraire, il le rassure et le sécurise. Ces peuples savent que le petit
enfant est très fragile. Le plus souvent, vers 5-6 ans, les pleurs, les peurs
durant la nuit diminuent.
Consoler un enfant, le réconforter, ne va pas faire de lui un tyran. Il
deviendra tyrannique si les adultes entretiennent avec lui des rapports de
force, ne lui montrent pas le chemin, ne transmettent pas l’empathie, la
bienveillance, l’altruisme. Oui, un petit enfant est très fragile et demande
beaucoup d’attention, de présence. Cette réalité peut déranger, irriter les
parents qui « veulent être tranquilles et vivre comme avant » et avoir un
enfant qui ne les dérange pas la nuit. Mais il est incontestable que savoir
réconforter un enfant qui a une peur nocturne, soit en le câlinant, en lui
disant des mots doux, d’affection, soit en le laissant se rendormir auprès
de ses parents, aura un effet bénéfique en l’aidant à calmer ses peurs et
ses angoisses. Chaque fois que l’enfant est materné, rassuré, câliné, son
cerveau se développe et mature. Il se sentira alors en sécurité affective,
en confiance avec ses parents et pourra progressivement devenir
autonome.
Quand l’enfant a peur, ce n’est pas de la comédie !
Jusqu’à 4-5 ans certains enfants ont des cauchemars. Ils se réveillent
paniqués, parfois terrorisés. Leur expliquer ce que sont les rêves apaise
un certain nombre d’enfants. Quand un enfant a déjà vu des vidéos ou la
télé, il peut comprendre si on lui dit : « Tu sais, papa et moi, quand on
dort, on a des films dans la tête appelés rêves, parfois ces films sont
agréables, parfois ils sont désagréables et font très peur. Toi aussi, quand
tu dors tu as des rêves, c’est normal, tu es comme nous. Si tu as peur,
appelle-nous, on est là. » Parfois cela suffit à rassurer l’enfant.
Durant toute la petite enfance, l’enfant a des peurs, des angoisses. Il
vit toutes les peurs qu’éprouve un adulte : peur de l’inconnu, de
l’étrangeté, des personnes agressives. Inquiétude sourde parfois
lancinante de ne pas se sentir suffisamment compris, écouté, protégé,
aimé. Mais ces inquiétudes, ces angoisses sont bien plus fortes, plus
intenses que chez l’adulte. Il ne peut pas encore prendre du recul sur ses
émotions, se raisonner. De véritables paniques peuvent l’envahir sans
qu’il soit capable de mettre des mots sur ce qu’il ressent. « Mais qu’est-
ce que tu as ? Dis-le-moi. » Le plus souvent, l’enfant n’est pas capable
d’expliquer son trouble. Il a juste besoin d’un adulte présent, aimant,
dans les bras duquel il puisse pleurer, se réfugier, se sentir en sécurité.
Si les parents s’énervent, le punissent, l’enfant va adopter la même
attitude. Il va lui aussi réagir violemment. Petit, l’enfant est un concentré
d’émotions, de réactivité, qu’il ne contrôle pas encore. Il va apprendre
pas à pas à faire face à ses émotions grâce à un environnement
bienveillant qui lui montre l’exemple.
La nuit peut être peuplée de monstres, de sorcières, de loups que
l’enfant voit dans ses rêves. Pour lui, ils sont réels, il y a des monstres
dans sa chambre, des sorcières sous son lit. Il ne veut plus se coucher, la
nuit le panique. La frontière entre le rêve, l’imaginaire et la réalité est
souvent très floue jusqu’à 5-6 ans. Mais qui a parlé de loups, de
sorcières, de monstres aux enfants ?
Lire des histoires
Les enfants, même tout petits, aiment se blottir dans les bras des
adultes pour écouter des histoires. Que leur raconter et à quel âge ? Les
contes traditionnels font partie de notre patrimoine culturel. Ils étaient à
l’origine destinés aux adultes et sont très souvent violents et cruels. À la
lumière des recherches actuelles sur le cerveau de l’enfant, il est légitime
de se demander à quel âge l’enfant peut faire face à des histoires mêlant
des abandons, des crimes, des maltraitances, des loups, des sorcières, des
monstres sans entraîner de véritables paniques délétères pour lui. « Mais
les enfants ont l’air d’aimer ces histoires, il sont très excités, très
attentifs ! — Oui, ce sont des enfants qui n’osent pas ou ne savent pas
exprimer leurs émotions. Ils sont généralement très heureux quand
l’adulte propose de lire une histoire. Ils vont vers l’adulte avec
confiance. Ils sont impatients, curieux, intéressés. Ils écoutent
attentivement. Puis au fil de l’histoire, quand l’adulte aborde ce qui leur
fait peur, ils ne disent rien, mais éprouvent des émotions très fortes : ils
sont d’abord surpris, puis sidérés, tétanisés, terrifiés. Est-ce bon pour
eux ? Est-ce utile de leur faire peur, volontairement ? Par contre, un
enfant habitué à exprimer ses émotions, en sécurité affective, dira
spontanément : “Non, je ne veux pas que tu lises ce passage-là, j’ai
peur.” Cet enfant sait et sent ce qui lui fait du bien ou non. »
En dessous de 5-6 ans, l’enfant est submergé par ses émotions de
peur, il n’est pas capable d’y faire face seul. À partir de 5-6 ans, le cortex
préfrontal qui nous permet de prendre du recul face aux situations, de les
analyser, de réfléchir commence à maturer. L’enfant peut alors
comprendre l’histoire, faire la part des choses et apaiser ses peurs. À 6-
7 ans, si l’adulte qui raconte l’histoire accompagne les émotions de
l’enfant, l’aide à les exprimer, échange avec lui, l’enfant sent, comprend
comment surmonter les épreuves, les peurs et trouver des solutions.
À cet âge, les contes peuvent alors aider l’enfant à grandir, à s’exprimer,
à réfléchir, à penser, à se confronter aux points de vue différents des
autres.
Pour les plus jeunes, la littérature enfantine, extrêmement abondante,
permet à l’adulte d’y puiser des centaines d’histoires passionnantes qui
ne terrorisent pas les tout-petits.
Parfois ils ont eu très peur en regardant la télévision, les écrans
Évitez de mettre l’enfant devant la télévision avant 3 ans. L’enfant n’a
pas la même perception que nous des images sur les écrans. Il ne fait pas
la distinction entre la fiction, ce qui se passe à la télé, et la vraie vie
avant l’âge de 5-6 ans. Ne les laissez pas seuls devant les écrans, surtout
le soir. Évitez les écrans dès le réveil, car cela ne leur laisse pas le temps
de sortir du sommeil tranquillement. Ils sont tout de suite plongés dans
l’imaginaire et cela envahit leur propre monde intérieur. Prendre le
temps que le réveil se passe bien, c’est aussi construire une bonne
relation au sommeil. Il faut un temps pour se réveiller comme il faut un
temps pour s’endormir.

Les mécanismes de la peur dans le cerveau de l’enfant


L’amygdale cérébrale, centre de la peur,
est active dès la naissance
Sous l’effet du stress, de la peur, l’amygdale, mature dès la naissance, déclenche la
sécrétion des molécules de stress : cortisol, adrénaline, qui en quantité importante peuvent
être très toxiques pour un cerveau immature. Les adultes possèdent les structures cérébrales
leur permettant d’analyser ce qui leur fait peur, de prendre du recul et ainsi de se calmer ou
d’agir. Chez le petit enfant, ces structures cérébrales ne sont pas encore fonctionnelles, ainsi
les peurs sont fréquentes et se transforment parfois en véritables paniques. Ce n’est pas de la
comédie !
Les vécus de peur de la petite enfance restent fixés, mémorisés inconsciemment et à vie
dans l’amygdale cérébrale et continuent à agir à l’âge adulte Nous avons oublié ces moments
de grande peur, car l’hippocampe, structure cérébrale, nous permettant d’avoir des souvenirs
conscients, n’est pas fonctionnelle avant 3-5 ans, ce qui explique ainsi l’absence de souvenirs
de la toute petite enfance.
Le stress, la peur sont très nocifs pour le cerveau de l’enfant
Le cerveau de l’enfant est extrêmement fragile et immature, surtout les cinq premières
années de vie. Le cortisol sécrété lors d’épisodes de stress est très toxique pour le cerveau.
Quand le stress est important ou répété, le cortisol trop abondant devient nocif et peut
détruire des neurones dans plusieurs structures cérébrales très importantes : cortex préfrontal,
hippocampe, corps calleux, cervelet3.
Les structures cérébrales qui apaisent la peur et qui existent chez l’adulte ne sont pas
encore développées chez le petit enfant. Ses émotions sont extrêmement intenses. Quand il a
peur, il peut vivre de vraies terreurs, de vraies détresses. Son cerveau immature ne lui permet
pas de faire face à ses peurs, de prendre du recul, de se raisonner. Il ne peut pas se dire :
« J’ai très peur, mais ce n’est rien, ce n’est pas grave ! »
Le petit enfant ne peut pas s’apaiser seul
L’enfant a un besoin vital d’être rassuré, consolé. Il ne peut pas se calmer seul. Quand on
le laisse seul avec sa détresse il sécrète des molécules de stress.
De plus, ses angoisses, ses peurs, ses chagrins restent en lui de façon inconsciente dans
son amygdale cérébrale. L’adulte qu’il deviendra aura souvent beaucoup de mal à s’apaiser
sans réaliser qu’il a grandi sur un socle insécure. « Je suis quelqu’un d’anxieux, de stressé, je
ne sais pas pourquoi4 ! »
L’enfant a besoin d’un adulte calme, patient, qui sait avec tendresse et douceur l’apaiser
par son contact, sa voix et son regard. Quand le parent calme les chagrins, les peurs, les
colères, il aide progressivement le cerveau de l’enfant à bien fonctionner, à maturer. L’enfant
pourra alors petit à petit prendre de la distance, relativiser ce qu’il ressent, et ensuite
s’apaiser plus facilement seul5.
Câliner un enfant, le rassurer, participe à
la maturation du cerveau
Le contact affectueux est vital, indispensable au bien-être de tout être humain. Il est
particulièrement bénéfique pour le développement de l’enfant. Les gestes tendres l’apaisent,
l’aident à faire face à ses émotions et, fait remarquable, ils participent à la maturation globale
de son cerveau et de son cortex préfrontal6.

Le moment du coucher peut être difficile


pour l’enfant
Le conflit
« C’est l’heure d’aller au lit... »
Arthur a 18 mois. Les parents rentrent fatigués de leur journée de
travail. Ils ont récupéré Arthur vers 18 heures à la crèche, épuisé par
cette journée intense où se sont succédé des moments de joie, de colère,
d’excitation, de tristesse. Intérieurement, il est en ébullition. C’est une
boule d’émotions très réactive.
Vers 20 heures, les parents, pressés de le coucher, lui lisent une
histoire, font un câlin rapide, allument la veilleuse et quittent la chambre
en laissant la porte entrouverte. Mais Arthur ne veut pas dormir. Il est
fatigué, énervé, excité par cette journée et aurait besoin d’un moment où
il sente ses parents présents pour lui et non pas pressés de le coucher
pour être tranquilles.
Arthur a besoin d’être compris par ses parents dans ses sentiments,
ses émotions, c’est-à-dire : comme un enfant de son âge, petit, et donc en
proie à des émotions qu’il ne contrôle pas encore. En conséquence, il a
besoin d’être rassuré, sécurisé, aimé tel qu’il est. Il a besoin de parents
disponibles.
« J’veux pas dormir ! »
« Ça y est, Alexandre est enfin couché ! » dit la mère soulagée. Cinq
minutes plus tard, Alexandre, 3 ans, se relève et va voir ses parents, veut
boire, aller aux toilettes, veut de nouveau un câlin, chouine et cela se
répète plusieurs fois. Au bout de la quatrième fois, les parents
commencent à s’énerver, perdent leur calme, crient ou parfois donnent
une fessée. Alexandre hurle, les parents crient encore plus fort, disent
souvent des mots qu’ils regrettent à peine prononcés et tout le monde est
insatisfait et malheureux.
Alexandre voit ses parents s’énerver, se fermer. Ces derniers haussent
le ton, leur regard devient dur et il prend peur. Il ne se sent plus en
sécurité. Ses parents qui étaient, il y a dix minutes, sa source de bien-
être, d’affection, se transforment, ils l’agressent, le rejettent. Alexandre
est perdu, se ferme également, ressent de l’incompréhension, de la
détresse, de la colère, il pleure, crie, sanglote. Du coup, Alexandre est de
plus en plus en demande, réclame, s’accroche, s’agrippe aux parents car
il veut de nouveau reconquérir leur affection, se réconcilier avec eux
pour s’apaiser et se sentir de nouveau aimé.
Les parents sont très tiraillés dans leurs sentiments. Ils aiment leur
enfant, mais ils ne supportent pas son comportement. Confusément, ils
savent qu’instaurer des rapports de force avec lui n’est peut-être pas ce
qu’ils auraient souhaité, cependant ils ne savent pas comment faire
autrement : « Il faut faire preuve d’“autorité”, lui montrer qui
commande. » La colère monte, ils perdent patience, s’emportent. Cela
les stresse, les épuise et les culpabilise d’en arriver là.
Le moment du coucher est souvent compliqué pour l’enfant et
cela pour plusieurs raisons
Le stress, l’anxiété, l’agitation perturbent souvent le sommeil
Plus la journée a été agitée, plus il est difficile de trouver le sommeil
rapidement. Pour s’endormir il faut être calme, apaisé. Le petit enfant est
dans un apprentissage permanent, il a tout à apprendre du monde qui
l’entoure. S’il est à la crèche, il a vécu beaucoup de stimulations,
d’excitation, des moments joyeux, mais aussi des moments de tristesse,
de lassitude, d’énervement, de confrontation, de colère avec les autres
enfants. De nombreuses situations sont éprouvantes pour lui, il est
parfois confronté à l’agressivité, à la brutalité de certains enfants, il se
sent frustré quand il veut absolument faire telle expérience et qu’il
échoue. Les adultes ne comprennent pas toujours ce qu’il veut exprimer,
parfois ils lui parlent durement, sans empathie, et très souvent ils ne sont
pas en nombre suffisant pour répondre à ses besoins d’affection, de
protection, de réconfort. Quand il commence à parler, il a des difficultés
à trouver ses mots, à réussir à exprimer vraiment ce qu’il souhaite. Sa
journée a été parcourue d’une multitude d’émotions très profondes qu’il
ne sait pas gérer. Il a éprouvé tour à tour de l’inquiétude, de la joie, puis
de la colère, de l’excitation, de la frustration, de l’émerveillement, de la
peur, de la curiosité, de l’envie de comprendre, du découragement, de la
tristesse, du plaisir, etc.
Le soir, parfois, les parents, tout au plaisir de retrouver leur enfant,
s’amusent avec lui, jouent, rient, chahutent. Ces moments de bonheur
ensemble sont essentiels. Mais s’ils durent trop longtemps, l’excitation,
la fatigue prennent le dessus. L’enfant n’arrive plus à se calmer, s’agite,
s’énerve et ne veut plus se coucher. Aux parents de sentir le moment où
jouer calmement, lire des histoires, faire des câlins sont nécessaires pour
que l’enfant s’apaise et puisse s’endormir.
Quand la vie familiale est perturbée, tension dans le couple, chômage, maladie, deuil,
faut-il en parler à l’enfant ?
Très souvent, dès que la vie familiale est perturbée, le sommeil du
petit enfant est agité. L’enfant est une éponge émotionnelle, l’anxiété,
l’inquiétude des parents retentissent sur lui et sur son sommeil. Chez le
petit, jusqu’à 5-6 ans, les perturbations du sommeil prennent une
tournure bruyante, car il régule mal ses émotions. Quand il se sent
inquiet, il cherche naturellement le réconfort de ses parents. Il pleure,
s’énerve, s’agite. Il ne veut surtout pas être seul tant qu’il n’est pas
apaisé. Il réclame ses parents, parfois il s’agrippe à eux sans plus vouloir
les lâcher.
Comment rassurer l’enfant, l’apaiser ? Être très présent à son enfant
dans une ouverture et une écoute affective, comprendre ses émotions,
entrer en contact avec lui de façon tendre, parler d’une voix douce sont
les meilleures façons de le réconforter. Ne faites pas de grands discours,
de morale, il ne vous écoutera pas. Faites des phrases courtes, avec les
mots justes sans rentrer dans les détails. « On s’est disputés ton papa et
moi, tu as entendu ? Es-tu inquiet ? Oui, cela arrive de se disputer même
si on s’aime beaucoup. Moi, je t’aime très fort, même si parfois je me
fâche contre toi. »
« Mamie est morte, j’ai beaucoup de chagrin, tu me vois pleurer de
temps en temps, peut-être que toi aussi tu as du chagrin ? Peut-être as-tu
toi aussi besoin de pleurer ? Mais sache que nous, ton papa et ta maman,
nous sommes jeunes, en bonne santé, nous n’allons pas mourir. » Parfois
cela suffit pour que l’enfant retrouve des nuits paisibles. Les questions
autour de la mort sont normales chez un enfant de 3 ans. Ils ont une
« connaissance » intuitive de la mort qui ne les inquiète pas outre mesure
sauf en ce qui concerne leurs parents. Leur interrogation principale, leur
grande préoccupation, est la mort de leurs parents. Si l’enfant insiste et
pose la question clairement vers 3-4 ans : « Est-ce que toi tu vas
mourir ? » Leur répondre : « On meurt quand on est très, très vieux. On
ne meurt pas quand on est jeune. Moi, je ne suis pas vieille et je vais très
bien. Je ne vais pas mourir. » Ne lui dites pas qu’on meurt quand on est
malade, car le petit enfant est souvent malade. Il a de nombreuses
infections, rencontre des bactéries, des virus et développe ainsi son
immunité. S’il associe maladie et mort, il pourra alors avoir peur de
mourir chaque fois qu’il aura une petite maladie.
Le coucher est un moment de séparation avec les parents
Quand les parents rentrent tard du travail, l’enfant essaye de
grappiller un peu de temps supplémentaire avec eux. Il a envie de passer
un moment de tendresse, de câlin avec ses parents, un moment où
chacun éprouve le bonheur d’être ensemble, sans « devoir » faire
quelque chose. Souvent les parents pressent l’enfant, il faut vite se
déshabiller, prendre son bain, ne pas perdre de temps. Cette précipitation
ajoute de la tension et du stress à la fatigue de l’enfant.

Que faire ?
Comprendre son enfant, se mettre à sa place.
Mon enfant a-t-il des difficultés pour s’endormir car :
• il a eu une journée trop chargée, difficile, stressante ?
• à la maison, l’ambiance est à l’agitation, à l’excitation. Il lui faut alors du temps pour
retrouver son calme. Il aurait besoin d’un moment où le parent n’est là que pour lui, sans « rien
faire d’autre», en partageant juste le plaisir d’être ensemble ;
• les parents sont rentrés tard du travail et il a besoin d’un temps pour les retrouver ;
• il a des peurs : peur du noir, du loup, des monstres, des sorcières ?
• il est plutôt un couche-tard, n’a pas sommeil et se coucher une heure plus tard serait peut-être
mieux pour lui ?
• son heure idéale pour s’endormir est passée. Il est trop excité et énervé pour trouver le
sommeil tranquillement ?

L’univers affectif des parents


Parfois, sans même le percevoir clairement, le moment du coucher est
également douloureux pour les parents. Enfants, ils étaient eux-mêmes
inquiets quand ils allaient au lit, ils se sentaient seuls, ils avaient peur, ils
faisaient des cauchemars. Ils veulent alors compenser, et ils en font trop,
ils sont trop soucieux que l’enfant s’endorme et cette attitude crée chez
l’enfant une inquiétude diffuse. Ou bien, au contraire, les parents ont
appris enfants à se débrouiller seuls, et ils se disent : « Moi, personne ne
venait me câliner le soir. J’ai survécu, il peut bien faire pareil, ça
l’endurcit. »
Les questions des parents
La tétine
Parfois, l’enfant se réveille la nuit et appelle ses parents car il a perdu
sa tétine et ne la retrouve pas. Il a pris l’habitude de téter pour se
rendormir et ne peut s’en passer.
La tétine aide vraiment un certain nombre de bébés les premiers mois
de vie s’ils ont des douleurs de ventre ou de très gros besoins de succion.
Sinon, la tétine est loin d’être nécessaire... si votre enfant n’a pas de
tétine, réjouissez-vous !
Dans les lieux d’accueil, les enfants ont à leur disposition la tétine
jusqu’à 3 ans. Le personnel n’est pas assez nombreux pour répondre aux
besoins spécifiques de chaque enfant et « fait comme il peut ». Le petit
prend alors la tétine pour trouver un peu de réconfort quand il se sent
seul, triste, anxieux, fatigué et que le personnel n’est pas disponible. Puis
l’habitude est prise, créant parfois une véritable dépendance qui met
l’enfant en vraie difficulté lorsqu’il n’a plus sa tétine. À la maison, les
parents essayeront de limiter l’usage de la tétine au moment du coucher.
Puis progressivement, en grandissant, l’enfant réussira à s’endormir sans
tétine.
À partir de quel âge le mettre dans un lit de grand ?
L’enfant a besoin d’espace, de liberté. Quand il se retrouve dans un lit
à barreaux, alors qu’il sait parfaitement marcher, il peut le vivre comme
une brimade. Il se sent en cage, lui qui aime tant utiliser ses nouvelles
possibilités : explorer, découvrir. De plus, le danger est bien réel. Il peut
escalader son lit et se retrouver par terre la tête la première.
Avec l’enfant, les recettes magiques n’existent pas. Essayez et voyez
ce qui marche ou non avec votre enfant, à ce moment-là. Ce qui
fonctionne avec tel enfant peut ne pas du tout convenir à un autre pour
des raisons multiples.
Dans le courant de la deuxième année, on supprimera son lit à
barreaux en commençant par mettre juste un matelas par terre au cas où
il tomberait. S’il n’est pas prêt, on fera un nouvel essai plus tard. Ne plus
avoir de barreaux, se sentir libre de se lever, sera pour lui la
reconnaissance qu’il n’est plus un bébé, ce qui le rend souvent très fier et
lui donne confiance en lui. Sa chambre sera sécurisée, sans danger pour
lui. Il pourra éteindre lui-même sa lumière quand il sentira le sommeil
arriver. La porte de sa chambre sera entrouverte, une veilleuse sera
allumée si cela le rassure.
Le rituel du coucher est-il important ?
Oui, le rituel du coucher est important s’il est l’occasion d’éprouver
le plaisir d’être ensemble, dans la douceur et la tendresse. Il est essentiel
de donner à l’enfant un moment d’attention avant l’heure du coucher,
pas obligatoirement long, où il sent l’amour que les parents lui portent et
qui se manifeste par des gestes et des paroles. Rempli de cette tendresse,
réconforté par ce lien indéfectible avec ses parents, il s’endormira plus
facilement. Être lové dans les bras d’un parent rassure et apaise l’enfant.
On peut raconter une histoire qu’il aime, qui ne l’excite pas, ne l’inquiète
pas, avec une voix douce, une lumière tamisée, on peut chanter des
chansons mélodieuses, apaisantes. Puis le parent rassure l’enfant en lui
disant : « Tu peux dormir tranquillement, on est à côté, si tu as besoin
appelle-nous. » Il quitte la chambre doucement, en laissant la porte
entrouverte.
Le parent peut proposer à l’enfant de coucher lui-même sa poupée,
son doudou en le câlinant, en lui parlant. « Veux-tu coucher ta
poupée ? » L’enfant prend le plus souvent un grand plaisir à mettre sa
poupée, son doudou au lit. Il lui parle, le câline. C’est très émouvant de
le voir aussi concentré, aussi appliqué. Il prend tout son temps. C’est une
formidable occasion pour lui d’exprimer aussi bien ses besoins de
tendresse que ses peurs, ses angoisses. Ce moment le calme, l’apaise et
le prépare au sommeil. Et le parent qui l’observe, l’écoute, le
comprendra mieux.
Si, à l’heure du coucher, un des parents est énervé, pressé, impatient
et que le conjoint est calme, lui passer la main sera mieux pour tout le
monde. Si le parent est seul, il peut dire à l’enfant : « Ce soir, je suis
énervé. Tu le sens ? Je vais essayer d’abord de me calmer, puis je viens
m’occuper de toi. »
Sieste ou pas sieste ?
Le besoin de sieste est très variable selon les jours et les enfants.
Certains enfants ont un vrai besoin de dormir dans la journée jusqu’à 4-
5 ans et d’autres non. L’idéal est de respecter les besoins de chacun, ce
qui n’est pas toujours possible.
Si l’enfant n’a pas sommeil, il ne faut pas le contraindre, car le lit sera
vécu comme une punition, un rejet, et deviendra un problème, alors que
dormir devrait être une nécessité et un plaisir. Par contre, s’il n’a pas
sommeil, vous pouvez lui proposer un moment de calme, de silence qui
peut lui suffire pour recharger ses batteries.
Les parents sont souvent surpris de l’attitude de leur enfant vis-à-vis
des siestes. Leur enfant fait de « bonnes siestes » chez la nounou, à la
crèche, et au contraire, le week-end, il proteste vigoureusement dès que
les parents veulent le mettre au lit dans la journée. Ils comprennent bien
vite que leur enfant désire à tout prix « profiter » de leur présence et lutte
pour ne pas dormir malgré la fatigue. Les fins de journée sont alors
difficiles. Faire la sieste avec son enfant peut être une solution bénéfique,
très agréable, aussi bien pour le parent que pour l’enfant.
Quand naît un deuxième enfant, faut-il les séparer
ou les faire dormir ensemble ?
Marina est enceinte de son deuxième enfant. Dès le début de la
grossesse, elle me dit : « Je suis très inquiète. Comment vais-je pouvoir
aimer ce deuxième enfant ? Cela me paraît impossible. J’aime tellement
mon premier. J’ai l’impression que je le trahis, que je lui fais un mauvais
coup. Il va certainement m’en vouloir ! Comment va-t-il réagir ? Il va
être jaloux, tout le monde me dit que la jalousie de l’aîné est inévitable,
normale à l’arrivée d’un bébé et qu’il va régresser. J’en fais des
cauchemars ! »
Les parents conditionnés, imprégnés par ces prophéties de jalousie,
instaurent des stratagèmes recommandés par différents magazines. Les
parents doivent-ils se sentir coupables ? Et de quoi ? Et pourquoi
faudrait-il que l’aîné donne un cadeau au nouvel arrivant ? Tout cela
empêche la mère de vivre avec sérénité sa grossesse et les premiers
temps avec le bébé. La culpabilité, l’inquiétude la taraudent. Durant la
grossesse, on devrait apaiser les femmes, or c’est souvent le contraire, on
les inquiète, à mon avis bien inutilement, et on les stresse.
« Il fait des colères en ce moment, c’est normal vous êtes enceinte. Il
est jaloux », disent de très nombreuses personnes aux femmes enceintes.
Un aîné qui va bien est très heureux d’avoir
un petit frère ou une petite sœur
En fait, contrairement à beaucoup d’idées reçues, un aîné qui va bien,
et c’est le cas pour la majorité des enfants, est très heureux d’avoir un
petit frère ou une petite sœur. Il souhaite avoir le nouvel arrivant dans sa
chambre. Les enfants n’ont pas du tout envie de vivre seuls, d’être
enfants uniques. Quand on écoute les enfants, que disent-ils ? « Je veux
mon petit frère ou ma petite sœur dans ma chambre. » Les parents n’ont
pas demandé : « Veux-tu le bébé dans ta chambre ? » Ils n’imaginent pas
une seconde qu’il puisse en avoir le désir. On leur a dit de façon
péremptoire : il faut séparer les enfants, il faut que chaque enfant ait sa
chambre, son territoire, sinon ils vont être jaloux. Plus on érige de murs,
plus on met de frontières, moins on se connaît, moins on apprend à vivre
ensemble et plus il y a de conflits : « C’est à moi, c’est pas à toi. Tu n’as
pas à venir sur mon territoire. » C’est une méconnaissance de l’enfant
qui, tout petit déjà, est un être éminemment sociable, qui aime et a
besoin de tisser des liens avec les autres.
En consultation, les aînés m’ayant dit à maintes reprises qu’ils
souhaitaient le bébé dans leur chambre, j’ai proposé aux parents
d’essayer cette option. À leur grande surprise, leur enfant, dans
l’immense majorité des cas, sauf s’il est dans une très grande phase
d’opposition, leur répète avec un grand sourire et un grand soulagement
qu’il souhaite le bébé dans sa chambre. « Enfin mes parents
comprennent ce que je souhaite ! » L’enfant est très heureux de ne plus
être seul et d’avoir un compagnon auprès de lui.
Depuis de très nombreuses années, j’ai constaté que cela permettait
aux enfants de se connaître, de se comprendre, bref de vivre ensemble.
Les liens d’affection s’approfondissent, et sont tissés de beaucoup de
complicité, de joie, de chahut, de chamailles. Ils expérimentent une vie
pleine de rires, de plaisirs partagés, de disputes. Ils font l’apprentissage
des relations humaines. Les séparer ne leur apprend pas l’essentiel de
l’existence : apprendre à vivre avec les autres.
Au retour de la maternité, les parents sont stupéfaits de constater que
le plus souvent les hurlements du bébé pour réclamer à manger ne
réveillent pas l’aîné. Ils réveillent à 100 % la mère, et généralement à
50 % le père. Quand les pleurs du bébé réveillent l’aîné, on les séparera
le temps que le petit dorme la nuit. Mais la plupart du temps, l’aîné dort
à poings fermés et les parents sont surpris et émerveillés de la sollicitude
naturelle, de l’affection, de l’attention, de la fierté que le grand
développe pour le bébé.
L’aîné ressent, sans qu’on ait besoin de lui faire de grands discours,
que ses parents lui font totalement confiance. La confiance fait appel à
ce qu’il y a de meilleur en nous, développe tout ce que l’être humain
contient de bon. Donner sa confiance, c’est penser que l’autre se
comportera bien. « Oui, je te fais confiance, cela va bien se passer avec
ton petit frère ou ta petite sœur », sans en dire plus. L’enfant se sent alors
très fier. Bien entendu, on ne lui demande pas de tenir le rôle d’un
parent, d’être responsable du bébé, on le laisse à sa place d’enfant.
L’aîné n’a pas pour mission de prendre en charge le bébé, mais
d’apprendre à vivre avec lui. Par contre, on lui dira : « Tu m’appelles si
tu rencontres une difficulté avec ton petit frère ou ta petite sœur. »
À l’inverse, quand les parents séparent les enfants, c’est la méfiance
qui prédomine : « Je suis sûr qu’il est jaloux et qu’il va faire du mal au
bébé, je ne lui fais pas confiance. » L’aîné ressent cette méfiance à son
égard et c’est alors que survient ce que craignent les parents : la fameuse
jalousie.
Quand les parents prennent le bébé dans leur chambre, l’aîné voudrait
lui aussi avoir ce privilège et sa jalousie augmente, ce qui est bien
inutile.
Un certain nombre d’aînés, qui avant la naissance du cadet se
réveillaient la nuit, pleuraient, dorment sereinement depuis que le bébé
est dans leur chambre. Ils ne sont plus seuls, ils sont ensemble, et cette
présence mutuelle les réconforte et les apaise.
Bien sûr, l’aîné souhaite toujours garder une place dans le cœur de ses
parents. Après la naissance, il appelle ses parents, les sollicite pour
vérifier qu’ils l’aiment toujours autant. Le piège est de lui dire :
« Attends, tu vois bien que je m’occupe de ton petit frère ou de ta petite
sœur. » Il se sent rejeté, a le sentiment de passer au second plan, devient
triste, agressif avec ses parents et avec le bébé. Mais si le parent lui
répond avec attention : « Oui, que veux-tu ? Viens, je t’écoute », si le
père, la mère répondent à leur aîné pendant qu’ils changent le bébé,
l’habillent, lui donnent son bain, alors l’enfant est rassuré, il se sent
toujours écouté et aimé.
Quand la mère allaite, donne le biberon, l’aîné tourne souvent autour
d’elle et parfois dit : « Est-ce que moi aussi je peux venir dans tes
bras ? » Si la mère répond : « Tu vois bien que je suis occupée, tu
viendras dans mes bras tout à l’heure », l’aîné, furieux, va chercher à
attirer l’attention de sa mère en fouillant dans son sac, en prenant son
téléphone. Bref, cela va mal se terminer. Mais si la mère dit « Viens »,
l’aîné se blottit dans ses bras, et bien vite, rechargé par l’affection qu’il
reçoit, repart vers de nouvelles aventures, confiant. Sa mère l’aime
toujours.

Le tout petit enfant sait être


empathique et altruiste
L’être humain est un être éminemment sociable. Il aime et a un besoin profond de tisser
des liens avec les autres. De nombreux chercheurs s’intéressent actuellement à ce sujet. Dès
la naissance, l’enfant perçoit les émotions de son entourage. Par la suite, ses facultés
d’empathie, d’aller vers autres, seront façonnées par les relations vécues dans son enfance.
Plus l’enfant recevra d’empathie, plus il deviendra empathique. Moins il recevra de
compréhension, moins il sera empathique. Dès 6 mois, il est attiré par les personnes
chaleureuses et manifeste de l’aversion pour les personnes malveillantes. Dès 6-8 mois, il est
capable d’avoir des comportements d’entraide (partager, aider). Dès 8 mois, il se montre
préoccupé par la détresse des autres. Dès le début de la deuxième année de vie, il sait
réconforter une personne qui pleure7.

Peut-on dormir avec son enfant quand il est malade ?


Quand l’enfant a de la fièvre, une bronchite, une otite, une
gastroentérite, les nuits sont agitées. Il se sent mal, souffre et a besoin du
réconfort de ses parents. La plupart du temps, après quelques nuits dans
le lit des parents, l’enfant, revenu dans sa chambre, se réveille la nuit au
lieu de se rendormir tranquillement, et appelle. Il voudrait continuer à
dormir avec eux. Si les parents ne le souhaitent pas, la patience est de
mise. Le plus souvent, en rassurant bien l’enfant au moment du coucher,
en quelques jours l’enfant refait ses nuits paisiblement dans son lit.
Les besoins des parents
Oui, pour le parent, c’est fatigant
Dans les grandes villes, les temps de transport sont longs, les parents
rentrent souvent du travail tard, et fatigués. Ils sont stressés, manquent de
calme, de patience, et en fait ils auraient besoin d’un sas de
décompression qu’ils n’ont pas. Il « faut » donner le bain, préparer le
repas, faire en sorte que l’enfant ne se couche pas trop tard, etc. La
relation avec l’enfant devient un devoir, les injonctions pleuvent : «Vite,
déshabille-toi ! Ne traîne pas ! Dépêche-toi ! Il est l’heure ! Va prendre
ton bain ! Lave-toi les dents ! » C’est souvent la course, la pression pour
arriver à l’heure fatidique du coucher. Ils aimeraient bien que cela ne
dure pas trop longtemps afin d’avoir enfin un moment de tranquillité
pour eux-mêmes, et aussi pour retrouver leur conjoint.
« Il y a des soirs où, vraiment, je ne supporte plus mon enfant ! »,
« Quand arrive le soir, j’ai une boule à l’estomac, je me sens mal car je
sais que le moment du coucher va être infernal. Je redoute vraiment ce
moment-là, cela me gâche toutes mes soirées. Je n’ai plus une seule
soirée à moi ».
Les parents rêvent d’avoir une soirée calme, sans confrontation avec
leur enfant, et ensuite de dormir sans être réveillés. Ils ont besoin de
« souffler ».
En rentrant du travail, le parent peut, après l’avoir câliné, dire à
l’enfant dès l’âge de 2 ans : « Tu sais, j’ai besoin maintenant d’un
moment de calme (bain, musique, repos sur le lit, lecture), et puis après
on passe du temps ensemble. » Certains enfants vont l’accepter
facilement, d’autres, non. En revanche avec un enfant de moins de 2 ans,
ce n’est généralement pas possible.
Il est ainsi très bénéfique de trouver un temps de décompression avant
d’arriver à la maison. Quitte à rentrer un quart d’heure plus tard : par
exemple, écouter une musique que l’on aime dans sa voiture, revenir du
travail à pied, prendre une baby-sitter qui aille chercher l’enfant à la
crèche si on en a les moyens pour éviter de courir.
Savoir se faire aider
Élever un enfant est souvent difficile, demande beaucoup de
disponibilité, de calme, de compréhension, de patience. Cela n’est pas
toujours possible. Un enfant ne s’élève pas seul. Si le parent « n’en peut
plus », « craque complètement », il faut savoir demander sans culpabilité
de l’aide à des adultes en qui on a confiance (famille, amis, voisins,
nounous) qui aiment l’enfant et à qui on peut le confier en toute sécurité.
Cela peut être indispensable pour souffler et retrouver de l’énergie, de la
patience.
Si le coucher est difficile, que l’enfant se réveille souvent et que le
parent se sent dépassé, les groupes de parole de parents peuvent l’aider
grandement.
Si l’enfant a de gros troubles du sommeil, consulter un professionnel
(pédiatre, pédopsychiatre, psychologue) est la meilleure solution.
Vivre un moment de tendresse avec son enfant
est ressourçant
S’accorder un moment de tendresse, de douceur avec l’enfant peut
être merveilleux pour les parents. Ils se donnent alors à eux-mêmes un
temps d’intimité, de complicité affectueuse et sereine le soir, temps
qu’ils n’ont pas toujours pu vivre enfants, sans se sentir coupables
d’éprouver ce besoin. L’enfant nous montre souvent où est l’essentiel, ce
qui fait du bien et nourrit notre équilibre affectif.
Quand les soirées se passent bien, on se recharge, on emmagasine de
la force, du bonheur pour la journée qui suit, et le fait d’être séparé dans
la journée est mieux vécu de part et d’autre.
Le petit de l’être humain est fragile, il a besoin d’être rassuré quand il
a peur, ce qui demande du temps, de la patience, de la douceur, de la
tendresse. Si les parents sécurisent leur enfant dans les premières années
de vie, ils récolteront ensuite les fruits de leur amour, de leur patience.
Ils auront un enfant solide, confiant et chaleureux.

1. Teicher 2014, Van Harmelen 2014, Whittle 2014.


2. Eisenberg 2004.
3. Mac Ewen 2007, 2011.
4. Tottenham 2012, 2014.
5. Meaney 1989, 1996, 2001, 2004, 2005, 2009, 2010.
6. Kida 2013, Björnsdotter 2014, Whittle 2014.
7. Davidov 2013, Decety 2015, Kuhlmeier 2014, Paulus 2014.
Les pleurs et... les sourires

Au sujet des pleurs de l’enfant, les parents me posent fréquemment


cette question : « Dites-moi, jusqu’à quel âge faut-il répondre aux
pleurs ? Ne vais-je pas lui donner de mauvaises habitudes en le prenant
souvent dans les bras ? »
Les pleurs font partie intégrante de la vie du bébé et de la petite
enfance. Beaucoup d’adultes s’énervent devant ces manifestations
bruyantes qui les dérangent et ils s’interrogent : « Mais quand est-ce
qu’il va arrêter de pleurer pour un rien ? », « Il a vraiment un sale
caractère ! Cela promet ! », « Est-ce normal, docteur ? J’ai entendu dire
que s’il a mangé, a sa couche propre, je peux le laisser pleurer. Si je vais
le voir chaque fois qu’il pleure, il va devenir capricieux », « Mon
entourage m’a dit qu’il ne faut pas le prendre trop souvent dans les bras
quand il pleure car il va s’habituer et va nous réclamer de plus en plus.
Qu’en pensez-vous ? », « On vit dans un monde dur. Il faut lui apprendre
dès tout petit qu’il ne peut pas tout avoir, sinon il va demander sans arrêt,
n’est-ce pas ? ».
Ces questions reviennent quotidiennement lors des consultations et
témoignent des doutes, des interrogations des parents face aux pleurs de
leur enfant. Ils sont tiraillés, mais au fond d’eux-mêmes, un certain
nombre d’entre eux sentent que si leur enfant pleure, ce n’est peut-être
pas pour rien, malgré les dires de leur entourage.

Comprendre les pleurs


« Il pleure pour un rien »
L’enfant ne pleure jamais pour rien, mais au contraire pour
s’exprimer. À l’adulte de l’entendre et de le comprendre. La vulnérabilité
du bébé est immense car il naît totalement dépendant des adultes, il ne
peut rien faire seul. Il ne parle pas et jusqu’à l’acquisition de la parole il
se débrouille comme il peut pour faire comprendre à l’adulte qu’il a
besoin de lui, par les expressions de son regard, de son visage, son
attitude et ses pleurs.
Il pleure pour exprimer ses émotions, ses besoins ou des douleurs
physiques en espérant que l’adulte va l’entendre et lui répondre. Il pleure
quand il a peur, quand il est angoissé, triste, en colère, quand il a besoin
de se sentir aimé, protégé, rassuré, quand il est fatigué, cherche son
sommeil, s’ennuie, quand il a faim, soif, se sent inconfortable, a envie de
bouger, de changer de position, voudrait une couche propre, a mal au
ventre, à la gorge, etc. Ce n’est pas pour manipuler ses parents. « Dès
que je le prends dans les bras, il s’arrête de pleurer, il me fait vraiment
marcher. » Oui, dans les bras d’un adulte sécurisant, il s’apaise. Non,
l’enfant ne pleure pas pour « faire marcher », « tyranniser » ses parents,
mais pour dire que sa tristesse, sa colère, son angoisse, sa fatigue, son
ennui, son inconfort le submergent. Il souhaite être entendu, compris,
entouré, câliné. Il ne peut pas se raisonner, se calmer seul. Il a
absolument besoin d’un adulte protecteur, aimant, qui l’écoute, l’aide à
s’apaiser et sur lequel il puisse compter en toute sérénité.
Il est très important de mettre des mots sur ce que l’enfant ressent.
Dès tout petit, dites-lui : « Là, je pense que tu es très en colère,
fatigué. Est-ce cela ? As-tu mal au ventre ? » Il ne répondra pas les
premiers mois, évidemment. Mais il sentira votre sollicitude qui déjà
le rassurera, lui fera du bien. Vous, adulte, cela vous « entraînera » à
décrypter ce qu’il ressent, à vous connecter à ses émotions. Et
progressivement il vous fera comprendre par les expressions de son
visage, par son regard, son
La théorie de l’attachement, petit rappel
L’attachement dans le langage courant est un lien d’affection fort entre deux personnes. Dans la
théorie de l’attachement, décrite par John Bowlby (1907-1990), psychiatre et psychanalyste
anglais, l’attachement est le besoin vital chez l’enfant de créer un lien durable avec la personne
qui prend soin de lui et qui pourra en cas de détresse le réconforter, le protéger, lui donner une
proximité affective. La qualité de l’attachement va donc dépendre non seulement de l’affection
de l’adulte pour l’enfant, mais de la manière dont il va répondre aux signaux émotionnels de
l’enfant et de sa rapidité à le faire. Quand l’adulte est empathique, comprend les émotions de
l’enfant et y répond de façon rapide et adéquate, l’enfant développe un attachement « sécure »,
qui contribue à son développement harmonieux. Ce lien se construit dans les premiers mois de
la vie. L’enfant acquiert alors progressivement la certitude qu’il ne sera pas abandonné à sa
détresse, il n’est pas anxieux, il sait que l’adulte va lui répondre, il peut patienter un peu plus.
Un enfant sécurisé se montrera sociable, empathique et manifestera une bonne estime de lui-
même. Nous voyons donc ici le rôle central de l’empathie dans l’éducation, se mettre à la place
de l’enfant, sentir, comprendre, décrypter les émotions de l’enfant et y répondre de façon
adaptée avec sollicitude et rapidité sont le socle de l’attachement sécurisé. L’enfant a
absolument besoin de cet attachement avec au moins une personne qui prend soin de lui de
façon cohérente et durable et qui le protège. Ce besoin d’attachement dure toute la vie.
Plusieurs personnes peuvent être cet ancrage avec toujours une figure d’attachement principale.
Quand l’adulte n’est pas empathique, ne comprend pas les émotions de l’enfant, n’y répond pas
rapidement et de façon adéquate, l’enfant développe un attachement insécurisé, anxieux,
évitant. L’enfant n’est pas entendu, compris, il souffre et développe de nombreux troubles du
comportement comme de l’agressivité, des manifestations anxieuses ou dépressives.

attitude que : « Oui, c’est bien cela que je ressens, je suis triste,
inquiet, j’ai faim, j’ai mal, etc. » Il se sentira compris, en confiance
avec vous et s’apaisera.
Plus nous nommons ses émotions, plus l’enfant va se connaître, puis
découvrir que les autres éprouvent, eux aussi, des émotions, des besoins,
ce qui renforce la sociabilité naturelle qui existe chez tout être humain
dès la naissance. L’enfant va alors manifester davantage de
comportements d’entraide, de coopération1.
« C’est pas grave »
Samuel, 17 mois, est très fier de marcher. Mais le monde est plein
d’embûches, il se cogne au coin de la table, il tente de monter l’escalier
et chute, il veut à tout prix courir, glisse sur un jouet et tombe. Bref, il se
fait mal tout le long de la journée, il a des « bleus », des blessures qui
saignent, des « bosses ». Il pleure et l’adulte, croyant bien faire, lui
répète : « C’est pas grave, c’est rien. Arrête de pleurer. » L’adulte veut
qu’il soit fort, courageux, mais il l’empêche de se connecter avec son
corps, ses sensations. Si l’adulte dit : « Oui, tu t’es fait mal, veux-tu un
câlin ? », il lui transmet qu’être attentif aux souffrances de l’autre, même
si elles ne sont pas très importantes, fait réellement partie de notre
humanité.

Le cercle vertueux de l’empathie


Un enfant élevé dans l’empathie, la bienveillance devient à son tour empathique,
bienveillant.
Un enfant élevé sans empathie, avec dureté, a beaucoup de difficulté à être empathique
et bienveillant, envers les autres et envers lui-même2.

Quand on ne répond pas à ses pleurs,


le petit enfant est envahi par les molécules de stress
Le petit enfant n’est pas capable de s’apaiser seul. Quand on le laisse seul avec ses
pleurs, des molécules de stress, très toxiques pour son cerveau immature, sont sécrétées : du
cortisol, de l’adrénaline. Un taux très élevé ou prolongé de cortisol peut être extrêmement
nocif pour le cerveau fragile et immature de l’enfant et détruire des neurones dans des zones
essentielles : cortex préfrontal, hippocampe, corps calleux, cervelet3.

Grâce à la bienveillance,
l’enfant va progressivement gérer ses émotions
Le stress intense vécu par un tout-petit peut altérer des circuits neuronaux essentiels pour
son bon développement. Ces circuits qui vont du cortex préfrontal à l’amygdale sont
fondamentaux pour que progressivement l’enfant puisse réguler ses émotions et son
comportement, ne pas être dans l’agressivité, dans l’opposition permanente. Au contraire,
une présence affectueuse, empathique participe à la maturation de ces circuits et permet à
l’enfant de gérer ses émotions petit à petit. Si l’enfant est entouré d’adultes empathiques,
soutenants, bienveillants, vers 5-7 ans il contrôlera mieux ses émotions et n’agressera pas les
autres, verbalement ou physiquement4.
Circuits cérébraux.
Oui, un petit demande beaucoup d’attention, de présence, d’affection.
Oui, les pleurs peuvent être difficiles, parfois très difficiles, à supporter.
Les parents peuvent être fatigués, en avoir marre, disjoncter, mais au
XXIe siècle, nous ne pouvons plus ignorer que l’attitude des adultes
impacte directement le développement du cerveau de l’enfant.
Les pleurs des bébés sont la première cause
de maltraitance
Les bébés pleurent. Cette réalité incontournable n’est pas toujours
acceptée ni comprise. Un certain nombre de parents excédés, épuisés,
stressés par ces pleurs veulent à tout prix qu’ils cessent. Ils ne supportent
plus cet enfant qui crie. Quelques-uns violentent l’enfant : cris, insultes,
gestes d’énervement, gestes violents. Les pleurs sont la première cause
de maltraitance de l’enfant.
En France, deux enfants meurent chaque jour sous la violence des
adultes. C’est donc un problème immense. Pouvoir parler des pleurs,
tranquillement, sans tabou, connaître et comprendre leurs causes,
pouvoir dire combien cela peut être insupportable permettraient
probablement que certains adultes soient plus compréhensifs vis-à-vis de
leur enfant et osent demander de l’aide sans culpabilité quand ils sentent
qu’ils atteignent leurs limites. Il est indispensable d’être épaulé quand on
commence à avoir des paroles, des gestes violents. Les parents stressés
par les pleurs de leur enfant ont très souvent vécu des enfances difficiles.
En effet, les humiliations verbales, physiques, la négligence durant
l’enfance freinent le développement de tous les systèmes biologiques,
cérébraux permettant de faire face au stress. Une fois adultes, les pleurs
de leur enfant sont alors vécus comme un stress insurmontable entraînant
des gestes que les parents ne parviennent pas à contrôler.
Il est très facile d’avoir un enfant « sage »
qui ne pleure pas
La mère d’Adrien, 2 mois : « Moi, j’ai appliqué les conseils de mes
parents. Dès le retour de la maternité, je l’ai laissé pleurer la nuit et au
bout de quatre nuits, il ne pleurait plus. On était tranquilles, on a pu
dormir. J’ai fait la même chose pour la journée. Je l’ai laissé dans son
berceau, il faut qu’il soit au calme et qu’il dorme et je l’ai laissé pleurer.
Cela a demandé huit jours, j’ai tenu bon et maintenant j’ai un enfant
sage, qui dort beaucoup, je ne l’entends plus. Il pleure juste pour
réclamer à manger. » Adrien a un visage peu expressif, il sourit peu,
babille peu. Il s’est déconnecté de ses émotions. Ses parents sont
contents, ils sont tranquilles...
Il est très facile d’avoir un enfant sage. Il suffit dès tout petit de ne
pas l’écouter, de ne pas l’entendre, de ne pas répondre à ses demandes.
L’enfant saisit très vite que ce n’est plus la peine d’appeler, car personne
ne vient. Il refoule ses émotions, une partie de lui s’éteint. Il ne saura
plus qui il est, quels sont ses besoins et ne demandera plus rien. En
grandissant, ses parents auront des difficultés à connaître cet enfant qui
s’exprime si peu.
Par contre, quand les parents écoutent leur enfant, l’autorisent à
exprimer ses émotions, ses besoins, l’enfant sera « plus difficile » les
premiers temps car il manifestera ses émotions : ses peurs, ses tristesses,
ses angoisses, ses colères. Il ne les refoulera pas. Mais il saura affirmer
aussi son bonheur de vivre, son émerveillement, sa gaieté, sa curiosité. Il
sera plein de vie et emplira la maison de sa présence joyeuse. Au fil des
années, les parents auront beaucoup plus de facilité et de bonheur à
élever cet enfant épanoui, confiant, qui exprime ce qu’il est, ses besoins,
ses souhaits et avec qui un dialogue pourra s’établir quand il rencontrera
des questionnements ou des difficultés.
Mon entourage me dit de ne pas prendre
mon bébé dans les bras
La mère d’Akiho : « Je ne sais plus quoi faire. Mon entourage
n’arrête pas de me dire qu’il faut absolument que je ne prenne plus mon
bébé dans les bras, que si je lui cède tout, il va devenir de plus en plus
capricieux, il ne sera jamais autonome, je serai son esclave. J’en fais des
cauchemars la nuit. Je suis déstabilisée, tiraillée. Je sais que mon enfant
a besoin de moi, de ma douceur, de mon affection. Je le sens encore tout
petit, fragile. J’ai envie de le câliner, de l’avoir dans mes bras. Ma mère
nous a beaucoup dorlotés mes frères et moi, nous avons été souvent dans
ses bras. Cela me paraît normal d’agir ainsi avec mon fils. Quand
j’interroge les personnes qui me disent de ne pas me préoccuper de ses
pleurs, elles me répliquent que leurs parents les ont élevées à la dure
pour qu’elles s’habituent à la dureté du monde, aux frustrations et qu’on
doit élever les enfants de cette manière-là. Il faut leur apprendre la
frustration.
« Et si élever les enfants dans la douceur, dans l’affection, dans
l’empathie rendait les humains plus pacifiques et plus aimants et
transformait le monde ? Faut-il endurcir nos enfants pour qu’eux-mêmes
deviennent inflexibles, insensibles et s’adaptent à un monde belliqueux
et impitoyable ? »
L’enfant a besoin d’amour, de protection,
de proximité, de présence
Le petit de l’homme confronte l’adulte a une réalité souvent déniée
car dérangeante : l’être humain naît très vulnérable et très immature, sa
survie et son développement dépendent du bon vouloir des adultes. Or le
petit enfant ne bénéficie pas toujours de cette présence affectueuse qui
lui est nécessaire. Certains adultes aimeraient passer plus de temps avec
leur enfant, mais sont contraints de travailler pour des raisons
financières. D’autres ont le choix d’aménager leur temps de travail, mais
se sentent contrariés dans leur ambition personnelle et leur carrière,
tiraillés entre leur désir légitime d’épanouissement personnel et leur rôle
de parents.
Consoler, rassurer ne donnent pas
de mauvaises habitudes
Avoir besoin d’être rassuré, consolé, n’est pas un caprice, ne donne
pas de mauvaises habitudes. C’est un besoin vital indispensable pour un
tout-petit qui s’apaise, se ressource pour repartir ensuite à la découverte
du monde. L’amour puisé dans ces moments-là donne de la force, de
l’élan, du plaisir et du bonheur à vivre. L’amour rend libre, entreprenant,
créatif. C’est un socle de sécurité sur lequel l’enfant se construit,
s’épanouit. Un être humain qui cherche du réconfort, de l’affection,
devrait pouvoir trouver des bras accueillants quel que soit son âge. Il n’y
a pas un âge auquel il ne faut plus répondre aux pleurs et aux demandes
d’affection.
L’amour quel que soit l’âge est nourrissant et libérateur
Quand la mère, le père ont reçu dans leur enfance de l’affection de la
part de leurs parents ou d’autres adultes, cette faculté d’aimer, présente
chez eux, se reporte naturellement sur leur conjoint et sur leur enfant.
L’amour est nourrissant et libérateur à tout âge. L’amour écoute,
respecte, donne confiance, croit en l’autre, le rend libre.
Quand l’enfant reçoit de l’amour, du réconfort, de la compréhension
lorsqu’il est en détresse, c’est une source inestimable de joie, de force,
de confiance dans laquelle il pourra puiser lors des épreuves. L’amour
reçu dans notre enfance est le premier facteur qui permet de résilier,
c’est-à-dire de surmonter les difficultés de la vie. Aimer son enfant quel
que soit son âge est toujours bénéfique. On n’aime jamais trop son
enfant !
La confusion entre amour, possession et fusion
Qu’est-ce qu’aimer véritablement ? Vaste question qui gardera
toujours une part de mystère et c’est très bien ainsi. Mais nous pouvons,
malgré tout, tenter de cerner un peu mieux ce que signifie « aimer ».
Que ressentons-nous quand nous aimons ? Nous éprouvons du
bonheur, de la joie, de la sérénité en présence de l’être aimé, enfant,
conjoint, ami. Sa présence nous remplit, nous fait du bien, nous apaise,
nous donne confiance, nous rend heureux de vivre. Quand cette personne
est absente, loin de nous, penser à elle nous réconforte.
Que souhaitons-nous pour la personne aimée ? Nous désirons qu’elle
soit heureuse, s’épanouisse, suive son chemin. Aimer est donc le
contraire de la possession et de la fusion qui empêchent l’autre d’être lui-
même. La possession traite l’autre comme un objet, ne le laisse pas libre.
La fusion, elle, ne permet pas de faire la différence entre soi et l’autre.
L’amour est tout l’inverse. Aimer une personne, c’est l’aimer pour ce
qu’elle est, inconditionnellement, avec ses ombres et ses lumières. C’est
la comprendre, ne pas la juger, lui donner confiance, la traiter en sujet,
en être libre, différent de soi.
L’amour est vivant et se manifeste par des paroles, des gestes
d’affection qui respectent l’autre et lui laissent sa liberté d’être. Les
manifestations d’affection respectent le souhait de l’autre. L’enfant vient
chercher ces moments de tendresse chez l’adulte aimant, il grimpe sur
ses genoux, se love dans ses bras, et bien vite, réconforté, repart vers ses
jeux. L’adulte le laisse libre de venir et repartir à son rythme. Un certain
nombre de personnes sont perturbées, troublées et même agacées en
voyant des parents donner de l’amour à leur enfant et disent : « Arrête de
le prendre dans les bras, de le couver, tu es trop fusionnelle ! » Ces
personnes, le plus souvent, n’ont pas reçu d’amour et n’imaginent pas
que l’amour véritable, respectueux, existe. Au fond d’elles, sans se
l’avouer, elles envient cet enfant.
Certains adultes ont des craintes : « Je veux qu’il soit fort. La vie est
dure ! Si je lui fais trop de câlins, il ne sera jamais autonome, il va être
tout le temps accroché à moi, je vais en faire une mauviette ! » Au
contraire, c’est le manque d’affection qui donne des enfants dépendants,
en manque, agrippés à leurs parents en quête d’un peu d’amour,
d’attention, de présence. Par contre, quand les adultes ont une attitude
possessive, intrusive vis-à-vis de l’enfant, ils l’inhibent, l’étouffent, le
rendent dépendant, mais cette façon d’être n’est pas du tout de l’amour,
c’est tout l’opposé.
Quand la relation est dominatrice, intrusive, exclusive, qu’elle étouffe
l’autre, qu’elle ne le comprend pas, qu’elle le juge, le critique, ne le
laisse pas libre, ce n’est pas de l’amour.
« Ma mère m’a toujours dit qu’elle m’aimait. Elle voulait toujours
que je reste avec elle. J’étouffais avec elle, elle ne me laissait pas vivre,
je n’étais pas libre. Je réalise maintenant que son enfance a été très
malheureuse et qu’en fait elle n’a jamais été aimée. Elle était en très
grand manque d’affection. Ce qu’elle prenait pour de l’amour n’en était
pas. Elle se consolait avec moi, j’étais son doudou, sa chose qu’elle
voulait posséder ! Elle ne m’aimait pas pour ce que j’étais. »
Les moments de câlins, d’échange avec l’enfant
apportent du bien-être à l’enfant...
mais aussi aux adultes
Chez le tout-petit, durant les premiers mois, plus les parents donnent
de l’affection à leur enfant, plus il est serein, calme, éveillé, et plus
l’enfant donne en retour du bonheur à ses parents. Ces moments de
câlins avec l’enfant, où toute l’attention affective est tournée vers lui, où
l’on partage des paroles, des sourires, des jeux, apaisent aussi les
parents. Ils se ressourcent, ils sont plus patients, s’énervent moins et
supportent mieux les pleurs. Le tout-petit aime la musique. Entendre
chanter le ravit. Il est captivé par ce qui est lumineux, brillant, par les
couleurs vives, contrastées. Tout cela participe à son éveil, mais s’il est
laissé seul face à ces découvertes, il lui manque l’essentiel. Rien ne
remplace, dans ces instants-là, l’échange tendre avec un humain auquel il
répond par des sourires, des gazouillis et des vocalises.
Pourquoi se priver de câlins avec son enfant ?
Prendre le temps de câliner son enfant, de l’avoir dans les bras, de lui
donner de l’affection, donne du plaisir et du bien-être aussi bien à
l’enfant qu’aux parents. De plus, il permet à l’enfant de bien se
développer. S’allonger et poser l’enfant sur soi est un vrai bonheur :
odeur, chaleur, contact, douceur se mêlent. Rien n’est plus doux que le
giron d’une mère qui vient d’accoucher, mais le ventre du père est aussi
très agréable. L’essentiel est d’être calme et disponible pour ce moment-
là. Si la somnolence nous guette, mieux vaut s’allonger au milieu d’un
grand lit pour éviter les risques de chute de l’enfant. Cela n’empêche pas
de partager un moment d’intimité et de plaisir qui crée un lien d’amour
et de confiance.
Le « peau à peau »
Le peau à peau est un moment de contact intime, privilégié, entre le
bébé et ses parents. Le bébé nu blotti contre la peau de sa mère ou de son
père vit un véritable échange d’affection, de sensations, de chaleur.
Le système nerveux végétatif.

Le peau à peau régule l’équilibre émotionnel et apaise

Le peau à peau agit sur le système nerveux parasympathique5, axe qui comme nous
l’avons déjà vu nous apporte un meilleur équilibre émotionnel, favorise la faculté de penser
et de se concentrer. Le cœur et la respiration ralentissent, la tension diminue. Les défenses
immunitaires augmentent et la digestion est stimulée.

Les effets du peau à peau dix ans après...


Le peau à peau réalisé dans les jours qui suivent la naissance a des
effets remarquables et durables comme le montre Ruth Feldman,
chercheuse reconnue mondialement pour ses travaux sur les relations
parents-enfants et l’ocytocine. En 2014, elle publie une étude sur les
effets à long terme du peau à peau.
Elle rappelle que le peau à peau régule de nombreux systèmes
physiologiques : le système végétatif, la réactivité au stress, le sommeil.
Il participe aussi à la maturation du cortex préfrontal, agissant ainsi sur
les fonctions intellectuelles (mémoire, apprentissage, langage, présence
dans l’espace, etc.) et la régulation des comportements.
Elle a étudié 146 enfants nés prématurément, sans anomalie
neurologique (ces enfants sont nés en moyenne aux alentours de trente
semaines d’aménorrhée et ont un poids moyen de 1, 2 kilo). La
prématurité peut avoir de lourdes conséquences sur le développement
global de l’enfant.
73 enfants ont bénéficié du peau à peau, une heure par jour pendant
quatorze jours consécutifs et 73 enfants ont été laissés en couveuse.
Durant dix ans, ces enfants ont eu, à sept reprises, des bilans
physiologiques, psychologiques et cognitifs. La santé mentale des
parents a été évaluée ainsi que la relation mère-enfant.
Cette étude révèle que le peau à peau réalisé pendant les quatorze
jours suivant la naissance réduit l’anxiété maternelle et améliore
l’attachement mère-enfant. Il a aussi des effets très positifs dans les
premiers jours de vie sur le rythme respiratoire de ces enfants prématurés
qui ont souvent une fonction respiratoire précaire. À plus long terme, il
améliore le développement cognitif et les fonctions exécutives6. Il est
tout à fait remarquable de constater que ces effets sont durables. À
10 ans, ces enfants vont bien psychologiquement et physiquement. Ils
savent faire face au stress, ont un bon sommeil et un bon fonctionnement
intellectuel.
Cette étude est la première à démontrer qu’un contact peau à peau
dans les jours qui suivent la naissance a des effets positifs à très long
terme sur le développement global de l’enfant.

Le cerveau du petit enfant est très immature


et très fragile
Le petit enfant demande beaucoup de présence affectueuse pour s’épanouir. Des
émotions violentes le traversent, il ne sait pas les contrôler, il ne peut pas s’apaiser seul, son
cerveau n’en a pas encore la capacité.
Son cerveau émotionnel tourne à plein régime : face à une situation imprévue, il ne peut
pas prendre du recul, analyser l’événement, comme un adulte le ferait. La peur, l’angoisse, la
tristesse, la colère le submergent très vite. Le cerveau archaïque, reptilien, qui sert à notre
survie et nous alerte des dangers, est chez lui très actif, très présent, il le maintient dans un
état d’alerte, de vigilance et, de plus, parasite ses mouvements. Des réflexes, dits réflexes
archaïques, l’empêchent d’avoir des gestes volontaires et coordonnés pendant les quatre
premiers mois. Cette dominance des cerveaux émotionnel et archaïque le rend très
vulnérable.
Il a donc un besoin immense d’être compris, rassuré, sécurisé, consolé et aimé tel qu’il
est, c’est-à-dire très immature et très fragile.
Dès que l’enfant ressent de la peur, de la fatigue, de l’énervement, de l’inquiétude, de la
colère, il pleure pour signaler ses émotions et demander de l’aide. Il ne peut pas faire
autrement. S’il reste seul avec ces émotions désagréables, il éprouve un véritable stress et ce
stress a des effets très toxiques sur son organisme. Dans ces moments-là, il a besoin de se
réfugier dans des bras aimants, rassurants, apaisants qui vont lui permettre de retrouver son
équilibre et de surmonter les difficultés7.

À tout âge, l’être humain qui pleure


a besoin d’être entendu, réconforté
Consoler, réconforter un enfant angoissé par une présence douce, affectueuse et des
gestes apaisants active son système parasympathique, cet axe nerveux qui, comme nous
l’avons déjà vu, apporte un meilleur équilibre émotionnel, favorise la faculté de penser et de
se concentrer et régule les fonctions vitales de son organisme perturbées par le stress. Le
rythme cardiaque, la respiration, le système digestif, le système immunitaire retrouvent leur
équilibre. Consoler, réconforter a donc des effets très bénéfiques. Il n’y a pas un âge auquel
on doit ignorer la personne qui pleure. À tout âge l’être humain qui pleure a besoin d’être
entendu et soutenu8.

Le maternage modifie en profondeur l’être humain


Lorsque le bébé est lové tendrement dans les bras de l’adulte, lui et l’adulte sécrètent
cette molécule essentielle appelée « ocytocine », molécule du lien avec les autres, de
l’empathie, de l’amour, de l’amitié, de la confiance, de l’altruisme, de la coopération. Si nous
souhaitons avoir un enfant qui sache aimer, coopérer, ne nous privons pas de lui donner de
l’affection.
Materner son enfant, le câliner, prendre soin de lui permet aussi la sécrétion d’une autre
molécule, très importante, le Brain-Derived Neurotrophic Factor (BDNF) ou facteur de
croissance neuronale, protéine vitale pour le développement du cerveau et de sa plasticité. Il
intervient dans la prolifération, la survie, la différenciation des neurones et leurs connexions.
Le gène du BDNF a été l’objet de nombreuses études récentes. Celles-ci montrent qu’un
certain nombre de troubles du comportement sont corrélés à des changements dans
l’expression de la protéine de ce gène.
Enfin, materner son enfant agit sur l’expression d’un gène qui régule le stress et le
développement de l’hippocampe, structure cérébrale impliquée dans la mémoire et
l’apprentissage. Ainsi un enfant bien materné quand il est petit saura mieux réguler ses
réactions face au stress. Ses capacités de mémoire et d’apprentissage seront améliorées. Le
maternage est vital. Il procure toutes les conditions pour un développement optimal des
compétences sociales, affectives et intellectuelles du cerveau et conduit ainsi à
l’épanouissement de la personne qui peut alors mener une vie heureuse, sereine, affective et
créative9.

Les câlins font sécréter


toutes les molécules du bien-être
Durant les moments d’intimité entre deux personnes (entre adultes, entre adulte et
enfant), les molécules apportant du bien-être sont sécrétées au niveau cérébral : l’ocytocine,
mais aussi la dopamine, des endorphines, de la sérotonine. Ces moments de câlins,
d’affection avec l’enfant ont donc des répercussions positives chez l’enfant mais aussi chez
l’adulte (parents ou autres adultes). Il se produit alors une sensation de bien-être profond, le
stress diminue. L’empathie, la confiance, l’attachement, l’affection réciproque grandissent.
Dès que le parent prend le temps de câliner son enfant, de jouer avec lui, d’être dans une
relation tendre pendant sa toilette, en l’habillant, en le nourrissant, ces molécules sont
sécrétées. C’est un cercle vertueux. Plus le parent prend soin de son enfant avec douceur,
amour, plus la sécrétion de ces hormones de plaisir et de bien-être est renforcée. Plus le lien
s’accroît, et plus sa capacité d’empathie et d’affection est grande. À l’inverse, dès que
l’enfant est physiquement loin de ses parents, l’ocytocine n’est pas sécrétée, l’empathie
diminue, le lien se distend10.

Les câlins participent


au bon développement du cerveau
En 2013, Tetsuo Kida, chercheur japonais, et en 2014, Malin Björnsdotter, chercheuse
suédoise, étudient les effets du contact affectueux sur le cerveau de l’enfant. Ils montrent que
le toucher tendre active un certain nombre de structures cérébrales et fait maturer le cortex
préfrontal, partie essentielle du cerveau11.
La capacité d’aimer
Nous n’avons pas tous la même capacité d’aimer notre conjoint, notre
enfant, notre entourage. Cette capacité peut être totalement enfouie en
fonction de l’enfance que nous avons vécue.
Sophie : « Nous, dans notre famille, on ne se touche pas, on ne
s’embrasse pas, on ne dit pas qu’on s’aime. J’ai été élevée comme cela.
Je ne dis jamais à mon compagnon que je l’aime, je n’y arrive pas.
Quand mon enfant était bébé, je pouvais le câliner, mais maintenant qu’il
est grand je ne sais plus lui montrer mon affection. »
Nathalie me dit : « Moi, je ne sais pas ce que c’est qu’aimer. J’ai
toujours été rejetée, négligée. Ma mère ne me regardait pas. Je n’existais
pas pour elle. Encore maintenant, quand je vais la voir, je lui dis :
“Regarde-moi.” Je cherche désespérément qu’elle fasse juste un peu
attention à moi, en vain. Je ne peux pas m’empêcher d’espérer qu’un
jour elle changera. Quand j’ai mon enfant dans les bras, je n’éprouve
rien pour lui. Avec mon compagnon, c’est difficile, je ne sais pas lui
donner de l’affection. »
Valérie, en sanglotant, me confie : « Mon couple va mal. Avec mes
enfants, je ne m’en sors pas. Quand j’étais enfant, ma mère s’occupait de
moi uniquement quand j’étais malade. Je réalise maintenant que je
m’arrangeais souvent pour être souffrante afin que ma mère fasse
attention à moi. Je n’ai pas reçu d’amour, ni de mon père ni de ma mère.
Je ne sais pas ce que c’est. »
Ces mères n’ont pas reçu d’affection de leur mère qui elles-mêmes
n’en ont pas reçu. Elles sont très souvent totalement désemparées,
perdues, choquées à la naissance de leur enfant et souvent déprimées.
Leur couple n’allait pas fort, mais l’entourage leur répétait : « C’est
normal de se disputer dans un couple, c’est même bien. » En revanche,
elles pensaient : « C’est naturel d’aimer son enfant », et à la naissance de
leur enfant, elles constatent avec une grande inquiétude : « Je n’éprouve
rien pour mon enfant. » Ces femmes n’y peuvent rien, elles n’ont pas
rencontré sur leur route quelqu’un qui leur a donné de l’amour.
Cependant, elles pourront développer cette capacité à aimer
progressivement en recevant suffisamment d’affection de la part de leur
entourage.

Nous vivons l’amour avec nos émotions, nos sentiments


et avec... l’ocytocine
Grâce aux recherches actuelles, nous commençons à savoir ce qui se déroule dans la profondeur
de l’être humain, dans son cerveau, lors des relations affectives. Cette faculté d’aimer a une
traduction biologique et repose sur l’ocytocine.
Une mère aimée dans son enfance aura un taux d’ocytocine élevé quand elle sera enceinte et
elle saura donner de l’affection à son enfant. Une mère négligée, maltraitée dans son enfance
aura un taux bas d’ocytocine quand elle sera enceinte et aura beaucoup de difficulté à donner de
l’affection à son enfant si elle n’a pas eu la possibilité de résilier.
Un enfant aimé, câliné, sécrète de l’ocytocine qui lui permet en retour d’aimer. Un enfant
négligé, délaissé, ne sécrète que très peu d’ocytocine et aimer sera pour lui très difficile. Mais
cette faculté d’aimer qui reste alors enfouie peut être réveillée à tout moment par l’amour d’un
autre être humain. Rien n’est donc jamais irréversible1.

Quand l’ocytocine est-elle sécrétée ?


Elle est sécrétée lors d’une interaction harmonieuse, quand l’ambiance est chaleureuse, le
plaisir partagé, la conversation agréable, et même lors d’un simple échange de regards s’ils sont
bienveillants. Elle est également sécrétée lors de toute stimulation sensorielle, comme des mots
doux, un contact tendre, des caresses, des baisers, l’orgasme, la tétée, l’accouchement et le
contact de l’eau chaude2.

Materner son enfant diminue le stress et l’anxiété


chez l’adulte et chez l’enfant
Durant les moments d’intimité, l’ocytocine sécrétée agit puissamment pour freiner le stress et
nous apaiser. L’amygdale cérébrale, le système nerveux sympathique, la surrénale qui
participent à la sécrétion des molécules de stress se mettent au repos. Le cortisol, l’adrénaline
diminuent. Nous sommes alors déstressés, apaisés et confiants12.
Le cercle vertueux de l’ocytocine.

Le portage
Beaucoup d’enfants une fois portés ne pleurent plus. Le portage, quel
qu’il soit (porte-bébé, écharpe ou autre), peut être très agréable et
bénéfique pour l’enfant et ses parents. Mais il ne remplacera jamais les
moments d’échange où les parents prennent le temps d’être totalement
présents à leur enfant, ni les moments de peau à peau.
Le portage est très à la mode. Mais je me suis aperçue qu’il ne
convient pas à tous les parents ni à tous les enfants. Il peut être très utile
car il apaise certains enfants, mais d’autres ne supportent pas la position
ou manifestent le désir de se sentir libres de leurs mouvements. L’enfant
a vraiment besoin que l’adulte tienne compte de ce qu’il exprime. Ce qui
plaît à l’adulte n’est pas nécessairement ce qui convient à l’enfant.
L’adulte attentif à son enfant lui demande son avis, comprend quand il
manifeste le désir de changer de position, de bouger, d’être porté
autrement.
Certains parents apprécient beaucoup le portage, ils aiment ce contact
avec leur enfant et, de plus, leurs deux mains libres leur permettent de
vaquer à leurs occupations. D’autres parents ont mal au dos, trouvent
cela inconfortable et préfèrent la poussette. À chaque parent de trouver
ce qui convient le mieux à lui et à son enfant.
Les massages
Les massages sont également très à la mode... Ils ne sont pas « bons »
en soi. Être massé peut être fort agréable, mais parfois très pénible quel
que soit l’âge.
L’essentiel est que la personne massée vive ce qui est bon pour elle.
La personne qui masse doit tenir compte de ce qu’exprime celui qui est
massé, même si c’est un bébé. Toujours lui demander si le massage lui
convient. Est-ce le bon moment pour lui, la bonne façon ? Les gestes
sont-ils tendres, respectueux ? Est-il d’accord avec la durée ? N’est-ce
pas trop long ? Le tout-petit vous répondra par ses mimiques, ses
expressions faciales, son regard, ses gestes, et le plus grand vous le dira
en paroles s’il a été autorisé dès tout petit à exprimer ce qu’il ressent.
Le piège dans lequel il vaut mieux ne pas tomber :
pleurs et allaitement
Eliot est en permanence au sein, et ses pleurs incessants inquiètent et
épuisent Fabienne, sa mère. « Je n’en peux plus. Je craque, je m’énerve,
je n’ai plus de temps ni pour moi, ni pour mon compagnon. On se
dispute beaucoup en ce moment. J’ai envie d’envoyer tout promener !
On m’a dit : l’allaitement, c’est à la demande. Donc quand il pleure, je
lui donne à manger et il pleure tout le temps ! »
Au moindre pleur, Fabienne le met au sein. Elle se soumet à ce
qu’elle a entendu dire : « l’allaitement à la demande ». Elle n’est
connectée ni à son propre ressenti ni à celui de son enfant, ce qui
l’empêche de le comprendre ! Car que signifie « l’allaitement à la
demande » ? Quelle demande ? Les demandes, les besoins de l’enfant
sont pluriels.
« Que ressentez-vous quand il pleure ? » Quand Fabienne s’autorise à
sentir par elle-même, elle est alors tout à fait capable de dire : « Parfois il
a mal au ventre, parfois il veut juste un câlin, ou bien il est fatigué,
cherche son sommeil, parfois il est énervé. » Elle sait au fond d’elle-
même quels sont les vrais besoins de son enfant et qu’en fait, il n’a pas
besoin de manger en permanence.
« Je le mets au sein chaque fois qu’il pleure parce qu’on m’a dit de le
mettre à la demande, et puis il tête quand je le mets au sein ! » Un
dialogue se noue entre elle et moi : « Ne pensez-vous pas que vous lui
donnez l’habitude de manger alors qu’il n’a pas faim, juste pour calmer
un besoin de câlin, un énervement, une fatigue, un mal de ventre, une
angoisse ? Dans toutes ces circonstances, si vous lui présentez le sein, il
va téter sans avoir faim, uniquement pour le plaisir, pour se rassurer car
téter le calme. Le ressenti de ses émotions et de ses besoins devient alors
très confus, il ne sait plus s’il a faim ou non. C’est un véritable piège
pour lui et pour vous, car plus il tète, plus il a mal au ventre, et donc plus
il va pleurer... de douleur, car trop manger donne mal au ventre. C’est un
cercle infernal ! Savez-vous quand ses pleurs sont des pleurs de faim ?
— En fait, en vous écoutant, je viens de réaliser que je le mets au sein
quels que soient ses pleurs. Je réponds à tous ses besoins d’affection, de
repos, de calme, d’apaisement en lui donnant à manger. Je suis en train
de le gaver et de le conditionner avec la nourriture. Quand il sera plus
grand, dès qu’il ressentira une frustration, une angoisse, un besoin
d’affection, il compensera en mangeant. Je ne veux pas de cela. J’ai
compris. En ce moment, je ne m’interroge pas sur l’origine de ses pleurs.
Quand il pleure, je le mets au sein automatiquement mais c’est comme si
je lui disais : “Tais-toi et mange !” Car pendant qu’il est au sein, je suis
enfin tranquille, il ne pleure plus ! Maintenant je serai attentive et je lui
donnerai le sein quand ses pleurs seront des pleurs de faim, et quand il
aura besoin d’affection je le câlinerai, mais sans lui donner à manger. »
Le premier mois, s’assurer de la prise de poids de l’enfant est
indispensable, car la crainte principale de la mère allaitante est de ne pas
avoir assez de lait, expliquant en partie les mises au sein si fréquentes.
Tant que la mère n’est pas sûre que son enfant grossit, elle le met au sein
sans arrêt, au moindre pleur. Louer une balance, le premier mois, peser
l’enfant tous les deux ou trois jours, est un excellent moyen pour la mère
de prendre confiance en elle, en voyant son enfant grossir ! Elle peut
alors écouter sereinement les raisons des pleurs de son enfant, au lieu
d’assimiler pleurs et faim. Et lui faire confiance à la femme la soutient
dans son rôle et ses capacités de mère. Elle peut elle-même le peser et,
quand l’enfant grossit, adapter la mise au sein en fonction de la prise de
poids. Par contre, si l’enfant ne grossit pas, s’il y a la moindre
inquiétude, la consultation avec un professionnel est indispensable.
Donner confiance aux parents dans leur possibilité de prendre en charge
leur enfant, ne pas les déposséder de cette aptitude, est primordial dans
l’accompagnement des parents. Oui, ils sont capables d’être parents !
Le sourire de l’enfant est un rayon de soleil
qui permet de supporter bien des pleurs
Quand l’enfant sourit à ses parents, supporter ses pleurs devient plus
facile. Ces moments de bonheur passés avec lui effaceront une partie de
la fatigue occasionnée par les pleurs.
Le nouveau-né voit, mais seulement à une distance de 40-50 cm. Son
regard erre, ses yeux bougent de droite à gauche. Il est capable de fixer
quelque chose mais son attention est courte. L’enfant peut sourire
rapidement après la naissance, contrairement aux idées reçues, si l’adulte
prend le temps d’être pleinement présent, disponible, heureux d’être
avec lui et de lui faire sentir son affection. Il se met à une distance de 40-
50 cm (trop près pourrait lui faire peur), capte son regard, lui parle d’une
voix douce. L’enfant peut ainsi lui répondre et sourire. Il ne sourit pas
obligatoirement à chaque sollicitation. Il répond s’il est lui-même
disponible. Il sourit alors réellement à ses parents. Ce n’est pas le sourire
de satisfaction, de bien-être que l’enfant peut manifester quand il est
dans les bras, termine un repas, s’endort, mais un vrai « sourire-
réponse » à ses parents. Le bonheur pétille dans les yeux de l’enfant si
avide de relation. Surgissent la joie, la fierté d’être en lien avec l’enfant
et la relation se transforme, elle est source de bonheur. Parents et enfant
se parlent, échangent, et l’affection, l’attachement grandissent.
Sourire à son enfant fait jaillir en lui
le bonheur d’exister, d’échanger
Les primates peuvent avoir des « rictus », assimilés à des sourires. Ils
sont de mon point de vue peu comparables au sourire humain qui
illumine et modifie pleinement l’expression du visage. Chez l’enfant, le
sourire échangé est essentiel pour lui, il l’humanise réellement. C’est
comme si, à ce moment précis, le bonheur de vivre jaillissait dans la joie
d’échanger. Dès tout petit, on constate que l’être humain est fait pour
l’échange, et pour l’échange avec une personne bienveillante, aimante.
Quand on ne prend pas le temps de se poser, de capter leur regard, de
leur sourire, certains enfants développent vers 2-3 mois des attitudes de
repli, de tristesse, comme si vivre ne les intéressait pas, ne procurait pas
de plaisir, car ils ne connaissent pas d’échange dans la joie partagée. La
vie s’éteint en eux. Et on voit leurs yeux s’agiter de droite à gauche
comme s’ils cherchaient enfin un regard humain où se reposer, premier
signe probable chez l’enfant d’agitation, de manque de concentration
avec progressivement d’autres symptômes dont le fameux « syndrome
d’hyperactivité », terme souvent utilisé de façon inappropriée car, bien
que l’hyperactivité soit présente, c’est le manque d’attention de l’enfant
pour autrui qui est au premier plan. Il n’arrive pas à nouer des relations
affectives, n’en ayant pas vécu lui-même. Si aucun humain ne fait
attention à lui, ne prend le temps de capter son regard et d’échanger
affectueusement, le cercle vicieux commence, et lui, l’enfant, en retour,
ne sera pas attentif à autrui. Quand les adultes ne savent pas parler,
sourire, câliner, jouer, rire de façon affectueuse, ils se retrouvent avec un
enfant qui ne leur donne pas de plaisir à être avec lui. Cet enfant-là, qui
ne procure pas de bonheur à l’adulte, aura souvent tendance à être de
plus en plus négligé et délaissé par son entourage.
Toutes ces connaissances récentes font prendre conscience de
l’importance de la toute petite enfance dans le développement de
l’humain et amènent les parents à se poser cette question : « Mais à qui
vais-je pouvoir confier mon enfant ? » La réponse n’est pas simple.

1. Brownell 2013, Drummond 2014, Ornaghi 2015.


2. Eisenberg 2000, 2009, 2010.
3. Mac Ewen 2007, 2011 ; Davidson 2012.
4. Ameis 2014, Callaghan 2014, Fan 2014, Gee 2014.
5. Le système nerveux végétatif est un ensemble de centres nerveux et de fibres nerveuses irriguant
l’ensemble du corps. Il se divise en système sympathique et parasympathique. Le sympathique est un
activateur et nous prépare à l’action physique ou intellectuelle. Le parasympathique amène un
ralentissement général des fonctions de l’organisme afin de conserver l’énergie. Il fonctionne de
façon automatique, inconsciente. Ce système nerveux régule les grandes fonctions physiologiques,
les réactions au stress. Il participe à la régulation des émotions, à la faculté de concentration et agit
sur les capacités de mémoire et d’apprentissage.
6. Les fonctions exécutives sont des capacités intellectuelles très importantes. Elles nous permettent
d’organiser et de planifier nos tâches, de résister aux distractions, de nous adapter aux changements,
de prendre les décisions adéquates, d’évaluer nos actions.
7. Sullivan 2012.
8. Bosquet Enlow 2014.
9. Meaney 2001, Champagne 2008, Feldman 2014.
10. Uvnäs Moberg 1997, Michalska 2014.
11. Kida 2013, Björnsdotter 2014.
12. Feldman 2010, Heim 2009.
2. Uvnäs Moberg 2006.
3. Petrovic 2008, Singer 2008, Feldman 2009.
Quel mode d’accueil choisir ?

Le congé parental
Avant d’aborder le mode d’accueil, je souhaite aborder la question du
congé parental en France. Les familles ont-elles le choix entre garder
elles-mêmes leur enfant, et donc prendre un congé parental, ou le
confier ? Ce sujet est important car il creuse les inégalités entre les
familles. Celles qui sont aisées peuvent faire un véritable choix entre
élever elles-mêmes leur enfant ou le confier. Mais les familles à faibles
revenus sont confrontées à des difficultés financières. Elles sont souvent
obligées de reprendre le travail, la rémunération du congé parental étant
insuffisante. Elles n’ont pas le choix. Il est très dommageable que ces
parents qui aimeraient s’occuper eux-mêmes de leur enfant ne puissent le
faire faute de moyens financiers.
Il est essentiel que les parents puissent réellement choisir. Pour cela, il
serait souhaitable d’avoir un congé parental bien rémunéré comme dans
les pays d’Europe du Nord, partagé entre les deux parents. Investir dans
la petite enfance est d’une importance capitale pour le devenir d’une
société.

Les lieux d’accueil


Les recherches actuelles sur le développement du cerveau de l’enfant
nous confirment ce qu’un certain nombre de personnes pensaient
intuitivement. Que l’enfant soit chez ses parents ou confié à d’autres
personnes (grands-parents, assistante maternelle, personnel de crèche, de
halte-garderie), il a les mêmes besoins. Tous les enfants pour s’épanouir
ont besoin d’un environnement suffisamment riche pour répondre à leur
soif infinie de découvrir, d’explorer, de comprendre le monde de façon
ludique. Mais cela n’est pas suffisant, leur bien-être nécessite la présence
d’adultes empathiques, aimants, bienveillants, soutenants. Il s’agit alors
d’un savoir-être avec l’enfant, de demeurer à son écoute.
Ces conditions sont primordiales pour que le cerveau très fragile du
petit enfant se développe de façon optimale. Si un enfant trouve un tel
accueil, la souffrance d’être séparé de ses parents sera atténuée et il se
développera bien. Pour les enfants vivant dans un milieu familial
défavorable, il est avéré qu’un bon lieu d’accueil est particulièrement
bénéfique et peut compenser des carences ou des négligences. La qualité
de ces lieux est donc d’une importance cruciale.

Que souhaitons-nous quand nous confions


notre enfant ?
Nous souhaitons l’idéal, que notre enfant soit aimé, entendu, respecté,
qu’il puisse s’éveiller, jouer, rencontrer d’autres enfants, être heureux.
Un certain nombre de parents ont des horaires de travail qui changent en
fonction des jours. La souplesse des horaires d’accueil est donc une
nécessité. Il devrait être possible que les parents qui souhaitent être avec
leur enfant les jours où ils sont chez eux, le confier plus tard ou aller le
chercher plus tôt, puissent le faire. Cet idéal, qui existe déjà chez
certaines « nounous » et dans certaines crèches, est à promouvoir et à
développer pour le bien-être de la relation parents-enfants.
Travailler avec des petits enfants est un travail très particulier qui
sollicite des personnes capables d’empathie, d’affection vis-à-vis des
enfants. Or la petite enfance est un moment à la fois joyeux, émouvant,
mais difficile car les tempêtes émotionnelles, les impulsions qui
traversent l’enfant demandent à l’adulte d’avoir de la compréhension, du
doigté pour savoir l’apaiser sans perdre patience. Cela implique donc
d’avoir des connaissances sur le développement émotionnel de l’enfant
pour savoir réagir avec bienveillance quand il est en proie à des émotions
qui dérangent l’adulte.

Donner à chaque enfant ce qui lui est nécessaire


Répondre aux besoins de chaque enfant
Il est capital que l’adulte soit empathique, qu’il sente ce que vit
l’enfant : est-il fatigué, énervé, excité, enthousiaste ? A-t-il à ce moment
précis besoin de calme, de repos, d’être apaisé, ou au contraire est-il très
intéressé et motivé par ce jeu, par telle histoire ? L’adulte lui donne-t-il
l’espace suffisant, la liberté de jouer de façon spontanée sans vouloir
qu’il apprenne coûte que coûte, lui met-il de la pression, respecte-t-il ses
rythmes, sait-il ne pas l’interrompre quand il est passionné par une
activité ?
L’adulte qui sait écouter l’enfant, qui met des mots sur ce qui le
traverse, qui sait répondre de façon individuelle et adéquate à ses
émotions quand il est triste, en colère, anxieux, quand il s’ennuie, lui
permet de se développer de manière optimale. Toute cette attention
individuelle requise nécessiterait que les adultes ne prennent à leur
charge que peu d’enfants.
En France, la norme actuelle dans les crèches est d’un adulte pour
cinq enfants lors de la première année, et d’un adulte pour sept enfants
lors des deuxième et troisième années. Comment l’adulte peut-il
répondre aux besoins spécifiques de chaque enfant ? Cela me paraît
impossible. Je rappelle l’importance primordiale pour l’enfant de vivre
un attachement sécurisé. Pour lui, il est vital de créer un lien durable
avec la personne qui prend soin de lui et qui peut le réconforter, le
protéger et lui donner une proximité affective en cas de détresse. Or la
qualité de l’attachement va dépendre de la manière dont l’adulte va
répondre aux signaux émotionnels de l’enfant et de sa rapidité à le faire.
Comment l’adulte peut-il répondre aux besoins d’attachement de l’enfant
si, par exemple, plusieurs enfants pleurent en même temps ? Comment
comprendre que la scolarisation des enfants de 2 ans soit prônée ? À
l’école maternelle ces enfants se retrouvent avec un adulte pour dix,
quinze enfants !

Il serait très profitable que les adultes en contact


avec les enfants connaissent les dernières recherches
sur le cerveau de l’enfant
Les façons d’éduquer sont multiples. Bien des pratiques éducatives se
font par habitude, par tradition. Elles sont culturelles. Les connaissances
sur le développement de l’enfant progressent. Nous savons mieux ce qui
est nécessaire pour son épanouissement. La formation théorique et
pratique, les mises en situation, la réflexion sur ce sujet devraient être
une priorité. La formation continue, le soutien de ces professionnels sont
indispensables car ce travail peut être très fatigant, éprouvant. Il
demande beaucoup de présence, d’attention, de disponibilité.

Valoriser moralement et financièrement les professionnels de


l’enfance et les enseignants
est indispensable
La société devrait apporter bien plus de considération, de
reconnaissance à toutes les personnes qui prennent soin des enfants.
C’est le travail le plus noble et le plus utile qui existe, puisqu’il est
déterminant pour le développement affectif, social et intellectuel des
enfants et donc pour le devenir de la société tout entière.
Valoriser ces professionnels moralement et financièrement serait le
témoin, selon moi, du degré d’évolution d’une société qui a pris
conscience que le potentiel humain est la seule vraie richesse sur laquelle
repose l’organisation de la société future. Cela vaut également pour les
enseignants. Leur donner de l’empathie et de la reconnaissance morale et
financière les aiderait très probablement à devenir, à leur tour, plus
empathiques et bienveillants avec les enfants.
Mon enfant fait des colères,
il est agressif, il tape, il mord

Lors de la petite enfance, un certain nombre de parents, d’adultes sont


déroutés, inquiets quand ils voient l’enfant en proie à de véritables
tempêtes émotionnelles, à des accès de colère, d’excitation qui l’amènent
à se rouler par terre, à jeter des objets, à taper, à mordre. Vis-à-vis de ces
comportements que les adultes veulent voir disparaître, à juste titre, deux
questions se posent : quel est l’âge de l’enfant et quelle est l’attitude des
adultes avec lui ?
Nous verrons que la manière dont réagissent les adultes est un facteur
déterminant pour que l’enfant progressivement parvienne à réguler ses
émotions afin de ne plus avoir ce type de comportement.

Le petit enfant n’est pas encore capable de


contrôler ses émotions, ses impulsions
Léa, 15 mois, est en crèche. Ses parents n’osent plus croiser les
parents de Sébastien car Léa l’a mordu trois fois cette semaine. « Qu’est-
ce qui se passe ? Pourquoi devient-elle comme cela, elle qui était si
gentille avant ? » Léa est une petite fille tout à fait normale. Sébastien à
plusieurs reprises lui a arraché des mains son jouet préféré. Elle s’est
sentie agressée par lui, en danger. Maintenant, elle marche bien, elle a pu
courir vers lui, le rattraper et elle l’a mordu. Pourquoi ?

Le cerveau archaïque et émotionnel domine


chez le petit enfant
Entre 1 et 3 ans, si l’enfant se trouve dans des situations très émotionnelles qui le mettent
en état d’insécurité, s’il se sent en danger, si des besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits
(besoin d’affection, d’attention, de jouer, de calme...), son cerveau archaïque va le dominer et
le conduire à avoir des réactions instinctives d’attaque, de fuite ou de sidération. Le cerveau
archaïque à cet âge reçoit de plein fouet les émotions envahissantes de peur, de colère qui le
font réagir instinctivement. Il ne réfléchit pas, il peut donc attaquer immédiatement. Cela
permet de comprendre pourquoi le petit peut taper, griffer, mordre. Il n’est pas « méchant ».
Il ne porte pas le mal en lui. Son comportement est seulement dû à la dominance de son
cerveau archaïque. Quand les adultes savent l’apaiser dans ces moments-là, ce qui ne veut
pas dire céder et laisser tout faire, son cerveau mature et ces comportements diminuent
progressivement vers 5-6 ans. Au contraire, s’il est humilié verbalement, traité de méchant,
puni, menacé, ses circuits cérébraux ne maturent pas et ces comportements d’agressivité
persistent à un âge où ils devraient s’atténuer1.

Une découverte scientifique fondamentale :


l’empathie et la bienveillance participent
à la maturation du cerveau de l’enfant
Quand l’entourage de l’enfant l’aide à mettre des mots sur ses émotions, l’apaise, se
montre bienveillant, soutenant, il permet petit à petit au cerveau supérieur de maturer, aux
connexions reliant le cerveau supérieur au cerveau émotionnel et archaïque de devenir plus
efficaces. Ainsi, grâce aux adultes qui l’entourent, l’enfant en grandissant pourra prendre du
recul, analyser la situation et trouver d’autres solutions que d’attaquer, se mettre en rage ou
fuir. C’est donc l’entourage en se montrant calme, compréhensif, apaisant qui va rendre
l’enfant progressivement « raisonnable ».
A contrario, quand l’adulte crie, menace, fait les gros yeux, punit l’enfant quand il mord,
tape, fait des colères, il freine la maturation de son cerveau. De plus, l’enfant imitera l’adulte
via les neurones miroirs. Lors d’une situation émotionnelle forte, si l’enfant voit ses parents
crier, frapper, perdre leurs moyens, il fera de même. Les parents, les adultes sont toujours un
exemple pour l’enfant. Il se mettra en colère comme l’adulte et continuera à avoir des
tempêtes émotionnelles, des comportements agressifs à un âge où il devrait apprendre à
réguler ses impulsions et ses émotions.
Être « raisonnable » demande un cerveau moins dominé par le cerveau émotionnel et
archaïque. Le cortex préfrontal et les circuits cérébraux qui nous permettent de nous
« raisonner » ne commencent à maturer qu’à partir de 5-6 ans et ce d’autant plus que l’enfant
aura reçu une éducation chaleureuse, bienveillante avec des adultes qui montrent l’exemple2.

Quand l’adulte humilie verbalement l’enfant,


qu’il le punit, l’enfant continue à être agressif
ou devient anxieux, dépressif
Quand l’enfant est humilié verbalement durant la petite enfance, il
continue souvent à avoir des comportements agressifs à un âge où il
devrait savoir faire autrement. Parfois, au contraire, ces humiliations
répétées lui ont fait perdre confiance en lui et il devient anxieux, voire
dépressif.
Je reçois la mère de Coralie, 7 ans. Elle me dit : « Coralie est très
agressive à la maison, avec nous, avec ses frères et sœurs, et aussi à
l’école avec ses camarades de classe. Elle n’est pas agressive
physiquement, elle n’en a pas la force, mais en paroles. Elle n’arrête pas
de dire des méchancetés. Je ne comprends pas, je lui donne une bonne
éducation, je suis ferme, je lui transmets les grands principes, je la punis
quand elle enfreint les règles, je lui dis comment il faut se conduire et
elle fait l’opposé. » Coralie est une petite fille réservée qui s’exprime
peu. Elle n’a pas l’habitude d’avoir la parole, elle doit écouter et surtout
ne pas se plaindre. « Elle a tout ce qu’il lui faut, tout pour être heureuse.
Nous sommes de bons parents. »
La mère est désemparée :
« J’ai été élevée avec des principes moraux, j’ai été punie quand je
me comportais mal. Je fais la même chose avec elle, et j’obtiens le
contraire. Elle devient de plus en plus agressive, désagréable, cassante.
— Oui, votre fille est différente de vous. Vous ne vous êtes pas
rebellée contre vos parents. Coralie, elle, tente de vous dire que la
relation que vous avez avec elle lui procure du mal-être.
— Vous croyez ? Ce n’est pas elle qui a un problème ? Je suis très
inquiète, déçue par elle, en colère. J’ai honte aussi quand la maîtresse me
convoque pour me dire que ma fille se conduit mal, est autoritaire, lui
tient tête, dit des rosseries à ses camarades de classe comme : “T’es
nulle, t’es méchante, t’es une bonne à rien, t’es pas belle. ”
— Entend-elle ces phrases à la maison ?
— Oui, en vous en parlant, je réalise que je lui dis tout cela. Mais j’ai
entendu ces paroles toute mon enfance. »
Face aux humiliations, les enfants réagissent diversement, en fonction
de leurs rencontres, de leur tempérament. Un enfant peut se soumettre,
ne rien dire comme la mère de Coralie, qui est devenue une femme
anxieuse et peu sûre d’elle, ou bien devenir agressif, agité comme
Coralie.
Les adultes reproduisent souvent avec leur enfant les méthodes
d’éducation qu’ils ont vécues et qui pourtant sont la source de leur
anxiété, d’une perte de confiance, d’une mauvaise estime de soi. Ils
n’ont pas conscience que leur mal-être vient de là et ont donc tendance à
élever leur enfant de la même façon, sans s’interroger. Pourtant il est tout
à fait possible d’élever les enfants autrement pour le bien de tous,
enfants et parents.
Que faire face à un enfant qui est agressif,
tape, mord ?
Comprendre l’enfant
Quand l’adulte est là au bon moment et voit l’enfant qui s’apprête à
faire un geste agressif, il l’arrête mais il agit avec douceur sans faire mal
à l’enfant, sans le dévaloriser verbalement.
Le petit enfant n’est pas « mauvais ». Il a seulement un cerveau
immature qui le pousse à réagir « instinctivement » lorsqu’il se sent
menacé, en danger, ou que ses besoins fondamentaux ne sont pas
satisfaits. Cette réaction échappe au champ de la raison. Il ne peut pas
encore la contrôler, la maîtriser. Ses actions ne sont pas réfléchies. Le
propre de l’humain est de pouvoir, en grandissant, ne plus être dépendant
de ces instincts très primitifs (qui nous sauvent la vie en cas de grands
dangers), et de faire appel à la raison, de sentir, comprendre ses
émotions, prendre du recul, et trouver des solutions pour résoudre les
conflits, les difficultés.
Mais la maturation du cerveau de l’être humain demande beaucoup
de temps, et nécessite des adultes compréhensifs, patients vis-à-vis des
petits enfants.
De temps en temps, vers l’âge de 4 ans, surviennent encore des
bouffées impulsives quand l’enfant se sent agressé, est en colère, a peur.
Camille vient d’être réprimandée très fortement par sa mère, elle
sanglote en disant :
« Mais maman, je n’ai pas fait exprès de donner un coup à mon petit
frère, je t’assure.
— Si, tu l’as fait exprès ! Tu es vraiment méchante ! »
Cette petite fille de 4 ans dit vrai. Non, elle n’a pas donné un coup
délibérément. La claque est partie, c’était « plus fort » qu’elle. Elle ne se
contrôle pas encore totalement. Pour sa mère, c’est incompréhensible car
Camille parle parfaitement : « Elle comprend tout, elle a juste un sale
caractère. Je suis vraiment obligée de la punir pour qu’elle ne
recommence plus. Quand elle agit ainsi, je lui donne une gifle bien
sonnée, je la prive de ses dessins animés préférés pendant deux jours et
malgré cela, régulièrement, elle recommence à taper son frère. »
L’apaiser, ne pas l’humilier, et lui donner confiance
Quand l’entourage comprend l’enfant, sait l’apaiser, ces épisodes
impulsifs diminuent pour se raréfier vers 5-7 ans. L’adage populaire situe
l’âge de raison à 7 ans à juste titre. C’est donc l’adulte par son attitude
calme, tendre, empathique qui permet à l’enfant de ne plus être agressif.
Parfois, l’enfant empêtré dans sa fureur n’est pas approchable, toute
tentative d’aller vers lui fait redoubler sa colère. L’adulte restera présent,
calme, sans faire de commentaires car l’enfant n’écoutera pas. Puis, une
fois l’épisode explosif passé, l’adulte apaisera l’enfant par sa présence
bienveillante et encourageante. « Tu étais très en colère parce que je me
suis occupée de Louis et pas de toi. Est-ce cela ? Tu vas apprendre qu’on
ne tape pas, même si on est très en colère. Je te fais confiance. Tu vas y
arriver ! »
Mais si l’adulte crie, menace, se met en colère, fait les gros yeux,
l’enfant l’imitera et ces gestes d’agression persisteront. Le père de
Tristan me dit : « Quand il se roule par terre de colère, cela m’amuse et
je ris. Il n’a pas l’air d’apprécier. Il n’a vraiment pas d’humour. » Tristan,
humilié, incompris par son père, se met de plus en plus en colère.
L’enfant apprendra à contrôler progressivement ses émotions et ses
impulsions s’il a autour de lui des adultes qui le comprennent, le
sécurisent, ne l’humilient pas et lui donnent confiance.
Cela ne signifie pas que l’adulte approuve la conduite de l’enfant,
mais il sait que l’enfant est dépassé par ses émotions et n’agit pas
volontairement. Il ne lui dira pas des phrases qui le dévalorisent et lui
font perdre confiance et son estime propre, comme : « Ce n’est pas bien
ce que tu fais, ce n’est pas gentil » ou « Tu n’es pas gentil » ou « Tu es
méchant ».
Plus tard, ces comportements d’attaque ou de fuite ne réapparaissent
qu’en cas de grands dangers, lorsque la survie est en jeu. On ne
confondra pas ces comportements d’agression avec les « jeux de
bagarre » fréquents chez les garçons, où les enfants ne se brutalisent pas
mais s’amusent, rient ensemble. Ils déploient alors avec jubilation leur
vitalité, leur énergie, leur force au contact du corps de l’autre.
Pendant la petite enfance, l’enfant manque de mots pour exprimer sa
colère, ses frustrations, ses vives émotions. Il a besoin de se sentir
encouragé dans son apprentissage du langage. Parler à l’enfant de façon
simple, claire, lire des histoires où l’on nomme les émotions lui donnent
les outils indispensables pour s’exprimer et entrer en relation avec son
entourage de façon satisfaisante3. Paul a 14 mois, ses parents sont
constamment sur lui, le surveillent sans cesse, ne le laissent pas
explorer : « Tu vas abîmer, te faire mal », l’empêchent de mettre à la
bouche, de sucer son pouce. Resultat : Paul explose régulièrement, il se
jette par terre, hurle. Il n’a aucun espace de liberté, aucune confiance
accordée, aucune autonomie.
L’adulte n’oubliera pas que l’enfant a davantage de réactions
émotionnelles exacerbées quand il n’a pas eu le loisir de laisser libre
cours à son énergie. L’enfant a un immense besoin d’exprimer sa vitalité,
de jouer avec d’autres enfants, dehors, dans un espace suffisant. Il sera
alors plus calme et fera moins de colères.

En résumé
Que faire ?
Quand l’enfant a des gestes agressifs :
L’arrêter, mais avec douceur.

L’enfant a besoin d’être apaisé :


Lors d’une grosse colère, lorsque l’enfant jette ses jouets, tape, mord : rester présent, calme.
Une attitude sereine, un regard et une voix douce calment l’enfant.
Si l’enfant est approchable, avoir des gestes d’apaisement, tendres.
Parler pendant la colère, tenter de raisonner l’enfant est inutile, il n’écoutera pas tant que
durera la colère.

L’enfant a besoin d’être compris dans ses émotions et guidé :


Une fois la colère apaisée, mettre des mots sur ses émotions :
« Tu étais très en colère, n’est-ce pas ? Je comprends que tu sois en colère, mais même si on
est en colère, on ne mord pas, on ne jette pas... »
Comprendre, apaiser ne signifient pas laisser faire, ni approuver la conduite de l’enfant.

L’enfant a besoin de confiance pour progresser :


Puis terminer en disant : « Tu vas apprendre à faire autrement, je te fais confiance, tu vas y
arriver. » Très peu de mots sont nécessaires. Trouver les mots justes. À mon avis, il est inutile
d’en dire plus. Faire des leçons de morale agace l’enfant.

Attitudes qui renforcent l’agressivité de l’enfant :


Crier, menacer, punir, humilier, faire les gros yeux.
Ne pas dévaloriser l’enfant :
Dire « Tu es méchant. Ce n’est pas bien ce que tu fais » le dévalorise, l’humilie et lui fait
perdre confiance en lui.

Phrases incompréhensibles pour le petit enfant :


« Réfléchis à ce que tu viens de faire. » Le plus souvent, en dessous de 5 ans, l’enfant n’a pas
encore la maturité cérébrale pour analyser ses actes, son comportement, prendre du recul.

Lorsque l’enfant se met souvent en colère :


Essayer d’en trouver les causes : A-t-il besoin de plus d’attention, d’écoute, de calme ? A-t-il
faim ? Est-il fatigué ? S’est-il assez dépensé ? A-t-il suffisamment joué dehors, avec d’autres
enfants ?

1. Gee 2014.
2. Björnsdotter 2014, Kida 2014, Michalska 2014, Decety 2015, Hanson 2015.
3. Brownell 2013, Ornaghi 2014.
Je ne vais quand même pas céder
à tous ses caprices ?

En dehors des colères, les parents sont souvent très inquiets et agacés
par les fameux « caprices ».
Quand le parent pose cette question : « Je ne vais quand même pas
céder à tous ses caprices ? », celle-ci témoigne de sa peur d’être débordé
par l’enfant et de ne plus pouvoir le « maîtriser ». « Si je cède, que va-t-il
arriver ? » Dans l’imaginaire de l’adulte, l’enfant serait plus fort que lui
et pourrait le commander. Or, nous l’avons vu, l’enfant est très fragile,
malléable, immature. Il a besoin d’un adulte qui lui montre le chemin, lui
fasse découvrir le monde dans toute sa diversité, lui transmette des
valeurs, des repères mais avec bienveillance, patience et douceur.

La peur de l’enfant roi


Nos sociétés évoquent très souvent l’« enfant roi », un enfant admiré,
adulé, gâté, mis sur un piédestal, à qui on cède tout. D’après un sondage
BVA de février 2015, 85 % des Français pensent que les parents ne sont
pas assez sévères avec leurs enfants. Cette vision de l’enfant occulte une
réalité qui dérange : l’enfant, au contraire, subit actuellement une
éducation beaucoup trop violente, il est humilié verbalement et
physiquement par 90 % ou plus des adultes. D’après l’Unicef, dans le
monde entier, 4 enfants sur 5 sont soumis à une discipline violente et
6 enfants sur 10 subissent des châtiments corporels1.
Je n’ai personnellement jamais rencontré de parents qui voulaient
délibérément, par principe éducatif, céder tout à leur enfant et le gâter
outre mesure. L’enfant roi est, de mon point de vue, très souvent le
résultat d’adultes qui au départ se sentent dépassés, et démissionnent,
baissent les bras. Ils réalisent que le petit enfant n’obéit pas aussi
facilement qu’ils le pensaient, qu’élever un enfant est compliqué,
difficile et demande beaucoup de patience, d’énergie, de présence.
L’enfant les fatigue. Ils le laissent faire par facilité et cèdent à ses désirs.
Mais bien vite, l’enfant laissé à lui-même, sans un adulte qui le guide,
devient agité, anxieux, souvent agressif. Les parents se sentent alors
débordés, sont de plus en plus épuisés, excédés. Ils n’ont absolument pas
envie de tout lui céder et oscillent la plupart du temps entre le laisser-
faire sans rien dire par facilité et la violence verbale et physique. Ces
enfants ne sont donc pas « gâtés », mais sont au contraire souvent
humiliés, maltraités dans l’intimité familiale.
Ces adultes sont perdus, ils ne transmettent pas à l’enfant les règles
du vivre ensemble et ne savent plus comment agir pour que leur enfant
se comporte bien. Ils ont alors besoin d’aide et de soutien.
Il arrive aussi que des adultes gâtent leur enfant, cèdent à ses désirs,
consciemment ou inconsciemment, par culpabilité, pour compenser un
manque de présence effective auprès de lui.

Qu’est-ce qu’un caprice ?


D’après le Larousse, un caprice est un désir, une volonté soudaine,
irréfléchie et changeante. Ce mot a une connotation très péjorative. Oui,
l’enfant est attiré par mille choses, il a envie de connaître, de
comprendre, de s’approprier le monde environnant. Le plus souvent, les
adultes, par facilité, appellent « caprices » ce qui les dérange, ce qu’ils
ne comprennent pas, les manifestations bruyantes de l’enfant, les colères,
les cris, les trépignements. Or il existe toujours une raison, une
motivation à ces fameux « caprices ». L’enfant ne fait pas des caprices
pour rien.
Oui, l’enfant est plein de désirs, d’envies. Sa vitalité est débordante.
Le petit enfant ne sait pas ce qui est « raisonnable », « déraisonnable ». Il
a tout à apprendre du monde. À l’adulte de comprendre ses souhaits, de
les encourager s’ils paraissent justes. Quand ses actes ou ses désirs sont
déraisonnables, le lui dire avec douceur et empathie est la meilleure
option.
Mon enfant fait des « caprices » :
quelques exemples
Inès se roule par terre et hurle quand
elle n’a pas ce qu’elle veut
Inès a 18 mois, elle a trouvé le téléphone portable de son père. Elle
est absolument ravie. Elle voit son père toute la journée connecté à son
téléphone, il lui parle, le garde dans sa main, tapote sur les touches, le
met près de son oreille, regarde l’écran sur lequel défilent des images.
Bref, cet objet est totalement magique. Elle rêve de faire comme lui.
Avec beaucoup d’application, elle appuie sur toutes les touches et le met
à l’oreille. Son père surgit dans la pièce, se précipite vers Inès et
brusquement lui arrache le téléphone des mains. « Ne touche pas à cela,
c’est fragile et ce n’est pas à toi. Tu n’as pas le droit d’y toucher ! » Inès
hurle, se roule par terre.
Le père d’Inès, en me racontant cette histoire, me dit :
« Vous voyez bien qu’elle est capricieuse.
— Non, ce n’est pas un “caprice”. Inès est une petite fille qui va très
bien, sa réaction est normale à 18 mois. Elle est vive, intelligente, donc
curieuse. Elle veut jouer, comprendre cet objet fascinant. Elle vous aime
et veut vous imiter. Par contre, quand vous lui prenez le téléphone de
cette façon-là, si sèchement, elle est surprise, elle a très peur. La rage la
submerge, elle voulait absolument jouer avec le téléphone. Elle ne
comprend pas votre réaction.
— Alors, comment faire ?
— À vous de savoir ce que vous permettez, autorisez.
— Elle dit non en permanence. Elle ne dit jamais oui. Elle fait des
caprices sans arrêt.
— Vous, que lui dites-vous ?
— En ce moment, elle n’arrête pas de faire des bêtises, des comédies
pour un rien, je suis obligé de me fâcher continuellement et de lui dire
non.
— Plus vous allez avoir cette attitude, plus elle va vous imiter. Plus
vous allez dire non, plus elle dira comme vous, non.
— Comment faire, alors, il faut bien que je l’éduque ?
— Bien sûr, il n’est pas interdit de dire non à un enfant. Mais cela ne
doit pas être une règle éducative. Quand vous lui dites non, dites-le avec
douceur, et en lui montrant que vous avez compris ce qu’elle souhaite.
Par exemple, vous pouvez lui dire : “Je vois que tu as très envie de jouer
avec mon téléphone. Je comprends, c’est très intéressant. Demande-moi
et si je suis disponible on le regarde ensemble.” Vous la prenez sur vos
genoux. “Regarde, il y a des photos, de la musique, des films, des jeux.”
Elle sera ravie. Cette attitude est fondamentalement éducative, elle
encourage la curiosité et la découverte du monde, et, en plus, c’est un
moment d’intimité, d’échange, de bonheur avec l’enfant. »
Maxime se tape la tête par terre quand
il n’arrive pas à grimper
Maxime, 16 mois, tente pour la énième fois de grimper sur le canapé,
sans succès. Chaque fois, il tombe et il se met soudain à crier de rage, à
se taper la tête par terre. La déception, la colère de ne pas réussir ce qu’il
souhaite le mettent dans cet état, tout à fait normal à cet âge. Maxime a
une force vitale immense qui le pousse à s’exercer, à essayer encore et
encore pour progresser. Comprendre sa déception, l’apaiser, l’encourager
à continuer à grimper en lui proposant dans un premier temps de
s’exercer sur un objet moins haut pourront l’aider à s’apaiser. Au lieu du
fréquent : « Arrête tes comédies », on peut lui dire, par exemple : « Oui,
je vois que tu as très envie de grimper, c’est un vrai plaisir pour toi ! Tu
es très en colère de ne pas y arriver. Veux-tu essayer de grimper là ?
C’est un peu moins haut, je pense que tu vas pouvoir grimper sans
tomber. »
Rose jette son assiette quand elle n’a pas
ses céréales préférées
Rose, 3 ans, prend son petit déjeuner. Sa mère lui donne des céréales.
« Non, pas celles-là. Je veux les autres.
— Arrête de faire des caprices, mange ce que je te donne ! Tu es
vraiment insupportable ! »
Rose se met à trépigner, tape du poing sur la table, pleure et jette son
bol qui tombe sur le sol avec fracas. Si l’adulte ne connaît pas
l’immaturité cérébrale de la petite enfance, il trouvera cette réaction
totalement disproportionnée et punira l’enfant. Or ce n’est pas un
« caprice », le cerveau archaïque de Rose, encore très dominant, la
pousse à avoir des gestes brusques et incontrôlés quand elle est en
colère. Si la mère l’avait laissée choisir les céréales, Rose aurait
probablement pris son petit déjeuner tranquillement.
Parfois, en se réveillant, l’enfant est d’humeur maussade et refuse
tout ce que lui propose l’adulte. Si l’adulte n’éprouve pas d’empathie
pour lui mais au contraire lui dit : « Arrête de faire cette tête-là. Ce que
tu peux être énervant, etc. », la situation va s’envenimer. Une attitude
patiente, compréhensive, douce, va aider l’enfant à sortir de ses
brouillards matinaux...
Titouan crie quand on l’empêche de toucher
aux prises électriques
Titouan, 14 mois, se dirige fièrement vers la prise électrique. Cet
objet l’émerveille, en plus il est au sol, à sa portée. Il veut absolument
tirer le fil et réussir à enlever la prise. Sa mère se précipite en criant :
« Arrête immédiatement, cela fait cent fois que je te dis que c’est interdit
d’y toucher. C’est dangereux. Tu le fais vraiment exprès. » Titouan
sursaute de peur en entendant sa mère crier. Elle l’éloigne sans
ménagement et Titouan, ne comprenant pas du tout à quel danger il a
échappé, se met à crier de peur et de colère. L’énergie vitale de l’enfant,
sa curiosité le poussent à explorer, à toucher tout ce qui est à sa portée.
Il vaut mieux l’éloigner du danger en douceur, puis, encore une fois,
le comprendre : « Oui, tu es très en colère car je t’empêche de jouer avec
les prises. Tu as envie de toucher tout ce que tu vois, mais les prises,
c’est dangereux, tu pourrais avoir très mal. » Ensuite apaiser l’enfant, le
câliner s’il est approchable. Chaque fois que c’est possible, aménager le
lieu pour que l’enfant ne puisse pas accéder aux objets dangereux ou
fragiles permettra d’éviter ces situations de risques, de frustrations et de
colères.
Raphaël, 13 mois, hurle quand on le change
Jusqu’à présent, Raphaël se laissait changer tranquillement. Mais,
depuis un mois, c’est une vraie bagarre quand ses parents l’allongent sur
le matelas à langer. Il se débat, hurle. En fait, il a découvert le plaisir
d’être debout et ne veut plus rester allongé. Ses parents l’ont compris :
« Tu as envie d’être debout ? D’accord, tu m’aides, lève un peu ta jambe
pour que je te nettoie bien. » Raphaël participe avec plaisir, et le change
n’est plus une bataille. Quand les adultes proposent à l’enfant de
coopérer, c’est pour lui un immense bonheur. « On » lui fait confiance et
son estime de soi s’accroît.
Clarisse, 14 mois, se débat et hurle quand
ses parents la mettent dans sa poussette
Clarisse adorait les balades en poussette. Depuis quinze jours, elle
refuse de monter dedans. Elle s’agite, se débat, hurle. Les parents se
fâchent : « Veux-tu rester tranquille ! Tu es vraiment pénible ! » Ils la
maintiennent de force. Clarisse crie de plus en plus, elle n’a pas encore
l’usage de la parole pour expliquer à ses parents ce qu’elle souhaite. Les
parents disent : « Cette enfant est vraiment capricieuse, caractérielle. »
Pourtant Clarisse a juste besoin d’être comprise. Maintenant elle marche.
Elle en est très fière, elle voudrait se sentir libre et avoir le plaisir
immense de marcher. Au bout de quelques jours, les parents
comprennent leur fille, la laissent marcher et emportent la poussette pour
qu’elle puisse se reposer quand ses petites jambes n’en peuvent plus...
Clarisse est très fière de marcher avec ses parents.

Le petit enfant est soumis à de multiples


frustrations, il est vraiment malveillant
d’en rajouter volontairement
Entre 1 et 5 ans, certaines circonstances déclenchent des réactions
impulsives de rage, de colère, de panique, d’agressivité incontrôlables.
Ce ne sont pas des caprices. Ces réactions sont involontaires, non
intentionnelles. L’enfant ne peut pas les contrôler. L’aider à les
comprendre, à mettre des mots sur ce qu’il éprouve, l’apaiser le font
progresser.
Le petit enfant, dans sa découverte du monde, se heurte à de multiples
limitations : tout d’abord, il est confronté à son immaturité physique qui
ne lui permet pas de grimper, de sauter, de porter, de faire du vélo, de
nager, etc., comme les grands. Il n’arrive pas à ouvrir ce placard, à
atteindre cet objet tout là-haut. Son corps ne répond pas à ce désir
intense de vie, d’exploration, de liberté, ce qui peut déclencher de
grandes colères. Son immunité se construit par la rencontre fréquente de
bactéries, de virus. Il est donc souvent fatigué et fragilisé par de
nombreuses petites infections touchant le nez, la gorge, les oreilles,
l’intestin. Il se cogne, tombe souvent quand sa marche n’est pas encore
très assurée. Il se fait mal et l’adulte minimise sa douleur en disant :
« C’est pas grave, c’est rien. Arrête de pleurer. » L’adulte empathique
dira : « Oui, tu as mal. Tu veux un câlin ? »
Il ne possède pas encore les mots, les phrases pour dire ce qu’il
souhaite. Bref, sa vie est soumise à de multiples frustrations dues à son
âge. Il est très surprenant que certains adultes en rajoutent
intentionnellement et disent : « Il faut qu’il apprenne la frustration ! » Il
en fait l’expérience tout le long de la journée. Il est inutile et vraiment
malveillant d’insister.
Il n’appréhende pas les dangers de l’environnement : les prises
électriques, le four, l’eau, etc. L’adulte le protège et lui interdit tout ce
qui est dangereux. Le petit n’a pas encore la capacité d’analyser et de
comprendre la cause du danger. Ce qui le pousse à aller explorer,
découvrir est un élan vital extrêmement puissant. Ce qui le freine le met
en rage. Il ne fait pas « marcher » ses parents, il ne le fait pas exprès. Il
ne « cherche » pas ses parents, il n’a pas la faculté cérébrale de
manipuler ses parents à cet âge-là.
Toutes ces situations peuvent paraître anodines aux adultes : « Ce
n’est vraiment pas grave, il fait des comédies pour un rien. Il est
vraiment caractériel. » L’adulte, lui, quand il souhaite découvrir,
apprendre, est capable de se raisonner, de différer son désir, d’analyser la
situation, de prendre du recul. « Oui, je ne sais pas faire du parapente,
jouer du saxophone. Si j’en ai vraiment envie, il faut que je m’organise,
que je trouve le temps de le faire. Il va me falloir de la patience, du
temps pour apprendre. »
Le petit enfant n’est pas du tout capable d’évaluer la situation, de
comprendre qu’il se met en danger. Il a juste besoin d’être éloigné du
danger, écouté, compris.

Le petit enfant n’a pas encore la capacité cérébrale


de se raisonner, d’analyser la situation
Le petit enfant, jusqu’à 5-6 ans, n’a pas la capacité de prendre du recul, d’analyser la
situation, de se raisonner car son cerveau supérieur qui permet ces capacités est encore très
immature. Il est soumis à son cerveau archaïque et émotionnel. C’est pourquoi il peut avoir
de façon totalement involontaire des gestes violents, des colères et des paniques immenses.
Quand l’adulte l’apaise affectueusement sans pour autant céder si ce n’est pas justifié, il aide
le cerveau à maturer. Le cerveau supérieur qui contrôle le cerveau émotionnel et archaïque se
développera plus favorablement, ce qui aura un impact jusqu’à sa vie d’adulte.
Progressivement, l’enfant contrôlera mieux ses émotions sans crier, sans frapper2.
De plus, quand l’adulte soutient, encourage son enfant dans son désir de vivre,
d’explorer, de découvrir, une molécule cérébrale, appelée dopamine, est sécrétée. Elle
engendre du plaisir à vivre, de la motivation, de la créativité3.
À l’inverse, quand l’adulte freine la curiosité de l’enfant, son envie d’explorer, de
découvrir le monde alentour, lui oppose des interdits inutiles, alors que ces objets ne sont ni
dangereux, ni fragiles, ni précieux : « Ne touche pas. Tu n’as pas le droit de prendre ceci,
cela. C’est interdit. Fais pas ci, fais pas ça », il empêche la sécrétion de dopamine et l’enfant
perd son allant, sa joie de vivre, sa soif de découvrir et d’apprendre.

Bien souvent, l’enfant a des initiatives que l’adulte n’avait pas


prévues. Il est alors bousculé, dérangé par le caractère fantasque,
curieux, joueur de l’enfant qui lui s’amuse de tout.
L’enfant est doué d’infinies capacités. L’observer et lui donner les
moyens de développer ses compétences vont considérablement l’aider à
fortifier la confiance qui grandit en lui (aménager l’espace, lui permettre
d’explorer le monde qui l’entoure). Préférons laisser l’enfant libre de ses
explorations au rythme qui lui convient.
Bien sûr, quand l’enfant est en danger, met en danger un autre enfant,
ou veut à tout prix quelque chose qui ne vous paraît pas juste, le rôle de
l’adulte est d’agir, mais avec le plus de douceur, de compréhension et de
calme possible. Lui expliquer posément, avec peu de mots, les risques de
telle attitude. Essayer soi-même de ne pas en faire un drame, de ne pas
en rajouter. Parfois, il est nécessaire d’attirer son attention sur quelque
chose qui l’intéresse, de jouer, de mettre de l’humour, ce qui ne signifie
pas se moquer de lui, et l’enfant s’apaise.
1. http://www.unicef.org/french/endviolence/facts.html.
2. Gee 2014.
3. Love 2014.
Mon enfant ne m’obéit pas

La question de l’obéissance tracasse beaucoup les parents. Ils sont


très déroutés devant les réactions de leur enfant : « Dites-moi ce que je
dois faire. Je n’en peux plus. Mon enfant ne doit pas être normal, il ne
veut pas m’obéir ! Moi, j’obéissais à mes parents ! »
Très souvent, l’adulte veut que l’enfant obéisse, et obéisse
immédiatement. Il oublie juste que lui-même n’apprécie pas du tout
d’être commandé et qu’un être humain a besoin de comprendre pourquoi
il devrait obtempérer à un ordre.
Dans ce chapitre, j’exclus évidemment toutes les situations dans
lesquelles l’enfant se met en danger ou met en danger les autres. L’adulte
doit alors agir rapidement et fermement dans un souci de protection de
l’enfant.

Quand l’adulte exige que l’enfant obéisse


immédiatement, l’enfant résiste
Un être humain qui va bien ne se plie pas aux ordres. Il veut pouvoir
être libre, choisir, et choisir ce qui lui convient quel que soit son âge.
Élever un enfant, ce n’est pas le dresser. Il a essentiellement besoin de
confiance, de bienveillance, de liberté pour bien se comporter.
L’obéissance n’apprend pas l’autonomie, à être responsable de ses actes,
mais au contraire favorise la soumission. Un enfant « bien élevé » n’est
pas un enfant soumis, apeuré. L’enfant est spontanément curieux,
enthousiaste. Il se mobilise pour ce qui l’intéresse, le motive et ce qui lui
paraît juste. Dès tout petit, dès qu’on le contraint, il proteste.
Les adultes veulent, à juste titre, que leur enfant se comporte bien.
L’enfant a d’abord besoin de guides, d’adultes qui donnent l’exemple par
leur comportement bienveillant, d’adultes patients qui savent que de
nombreuses années sont nécessaires pour devenir un adulte responsable.
Les recherches actuelles sur le cerveau de l’enfant nous confortent dans
cette idée d’éducation bienveillante.

Des adultes bienveillants, soutenants, participent


au bon développement d’une région cérébrale
impliquée dans le sens moral et l’empathie
Cette découverte majeure montre encore une fois l’importance capitale de l’éducation.
Nous constatons que le plus souvent les enfants se conduisent de façon éthique s’ils ont de
bons guides, de bons modèles. Les recherches actuelles nous le confirment. La région de
notre cerveau qui nous rend pleinement humains, située au-dessus de nos orbites, le cortex
orbito-frontal ou COF, ne se développe bien que si l’environnement autour de l’enfant est
bienveillant, empathique, soutenant. Cette région du cerveau, très précieuse, nous permet
d’avoir un comportement éthique, d’être empathiques, d’aimer, de réguler nos émotions et
d’être capables de prendre des décisions1.
À l’inverse, un entourage dur, non empathique freine le bon développement de cette
région et l’enfant (et l’adulte qu’il deviendra) aura des difficultés pour se comporter de façon
éthique, être empathique, aimer, réguler ses émotions et être capable de prendre des
décisions2.
Le cortex orbito-frontal.

Ayons confiance dans nos enfants. Entourés de notre bienveillance,


ils développeront leurs propres règles intérieures, progressivement, en
nous voyant agir. Nous sommes leur modèle et ce davantage encore par
ce que nous sommes, par notre comportement, que par ce que nous
pouvons leur dire. Mais si nous donnons des ordres, menaçons,
punissons, ils nous imiteront et agiront de même avec leur entourage en
utilisant des rapports de force, de domination.
« Obéis immédiatement. Dépêche-toi, arrête de traîner. Il est
l’heure ! »
Sylvie, la trentaine, est captivée par sa série préférée. Sa compagne
lui dit : « Bon, cela suffit maintenant ! Il est l’heure de prendre ta
douche. Dépêche-toi ! » et elle éteint l’ordinateur. Sylvie sent la colère
monter contre sa compagne, elle se sent maltraitée, humiliée : « Si elle
continue à me traiter comme cela, je vais la quitter. » Cette scène, banale
quand il s’agit d’un enfant, paraît encore une fois totalement
invraisemblable et ridicule entre deux adultes.
Cette question lancinante revient inéluctablement : pourquoi
s’autorise-t-on à être dur avec un enfant sous prétexte d’éducation ?
Pourquoi lui parle-t-on avec moins de douceur que s’il était un adulte ?
L’enfant, à la grande différence des adultes, ne peut pas fuir le parent. Il
est obligé de le subir.
Beaucoup de parents sont désemparés :
« Mon enfant ne m’obéit pas.
— Dans quelles circonstances ?
— Quand je lui dis d’aller prendre son bain, qu’il faut s’habiller, faire
ses devoirs, être poli, dire bonjour, merci, etc. Il n’en fait qu’à sa tête,
c’est comme si je parlais dans le vide. Je voudrais qu’il fasse ce que je
lui dis et qu’il m’obéisse immédiatement. Je ne sais pas pourquoi je
n’arrive pas à me faire obéir. Il faut bien l’éduquer, sinon c’est lui qui va
commander à la maison. Je ne veux pas être laxiste ! »
C’est l’heure du bain
Il est 19 heures, Victor, 4 ans, est absorbé par son jeu. Il est le
personnage d’un dessin animé, il vole dans les airs, retrouve ses copains,
navigue sur une mer déchaînée, secourt un animal, marche en plein
désert, crapahute dans la jungle, relève des défis incroyables, fait le tour
de la terre. Il est parti loin, très loin. Brusquement, le père arrive dans la
chambre : « Victor, dépêche-toi, c’est l’heure de ton bain. » Victor
n’entend pas. Quelques minutes passent. Le père revient : « Tu es
sourd ? Tu le fais exprès ? Je te dis que c’est l’heure de ton bain. Tu vas
encore te coucher à pas d’heure. Dépêche-toi ! Allez, vite déshabille-
toi. » Victor est ailleurs. Sa figurine dans ses mains, il vit encore des
aventures fantastiques. Le père s’énerve et le tire par le bras. « Tu me
fais mal, arrête ! — Je te répète que c’est l’heure de ton bain et que tu
dois te déshabiller immédiatement. » Victor s’étire, se roule par terre,
saute. « Bon, maintenant, cela suffit. Puisque tu ne veux pas te
déshabiller, c’est moi qui vais te déshabiller. » Très énervé, le père
enlève brutalement les vêtements de son fils. « Tu me fais mal. — Et en
plus, tu te plains ! C’est moi qui devrais me plaindre d’avoir un garçon
comme toi, désobéissant. » Victor résiste, trépigne, n’aide pas son père.
Une gifle retentit sur sa joue. Victor pleure. « Tu l’as bien cherché. Tu
l’as bien mérité ! »
Cette petite scène de la vie quotidienne repose sur des mal-entendus
et des mal-exprimés. En quelques minutes, les émotions désagréables
deviennent de plus en plus intenses et la situation explose, laissant les
deux protagonistes K-O.
Que ressentent-ils ?
Le père oscille entre deux sentiments, d’un côté il se sent « droit dans
ses bottes », fier : « J’ai de l’autorité, j’éduque mon fils, je fais ce qu’il
faut, c’est bien. » Mais s’il s’écoute vraiment, au fond de lui, un
sentiment de malaise pointe son nez. Une petite voix lui dit : « Est-ce
que cela vaut la peine de gifler mon fils pour cela ? N’y aurait-il pas une
autre façon de faire ? » Bien vite, il se reprend : « Non, j’ai raison. C’est
comme cela que j’ai été éduqué et je vais bien. Je dois me faire obéir
coûte que coûte. »
Victor, lui, est très en colère contre son père. Il aurait très envie de le
taper, mais il sait qu’il n’aura pas le dessus. Il le craint, il a vraiment
peur de lui. Il ne se sent plus en confiance auprès de lui. Il aimerait partir
loin de ce père qui lui fait peur, ne le laisse pas jouer, mais il sait que
c’est impossible.

Le petit enfant n’a pas la notion du temps


En dessous de 5-6 ans, être à l’heure n’a pas de signification. Un enfant à cet âge-là n’a
pas la notion du temps. Or l’enfant entend sans arrêt : « Il est l’heure. Dépêche-toi. » Avoir la
notion du temps nécessite une certaine maturation cérébrale que le petit n’a pas encore. Le :
« On va être en retard ! Arrête de traîner ! » ne veut rien dire pour lui3.

Le petit enfant est en permanence « occupé », il vit intensément le


présent. Un enfant qui va bien est totalement à sa « tâche » principale qui
est de vivre pleinement, de comprendre, de s’approprier le monde. Il le
fait par tous ses sens, il regarde, écoute, sent, touche. Il bouge, joue,
mime, se raconte mille histoires. Quand l’adulte arrive brusquement dans
son monde, il le dérange, l’interrompt. L’enfant, lui, prend son temps, il
n’est pas pressé, contrairement à l’adulte. Le bousculer le stresse.
Il vaut mieux lui laisser le temps d’atterrir, de terminer ce qu’il est en
train de faire. Vous pouvez, par exemple, vous mettre à côté de lui, parler
avec douceur. Et si vous êtes d’humeur ludique, rentrez dans son jeu,
amusez-vous, riez ensemble pendant le déshabillage, en allant à la
douche, au bain. Le plus souvent l’enfant coopérera et acceptera votre
proposition.
L’enfant qui est la vie même nous apprend la joie,
le plaisir de vivre
« Vous comprenez, dès qu’il est déshabillé, Victor rit, saute, court nu
dans tout l’appartement. Moi, je suis pressé. Il le fait exprès, il me
cherche. » Victor, lui, est tout à son plaisir d’être nu, de sentir l’air sur
son corps, il se sent libre, heureux de vivre.
Le petit jusqu’à 5-6 ans est extrêmement à l’aise avec son corps et la
nudité est naturelle pour lui, elle n’est ni bonne ni mauvaise. Il éprouve
un immense plaisir à être débarrassé de ses vêtements et ce plaisir se
traduit par une envie de bouger, de courir. Il vit la sensation de son corps
nu. Il ne court pas pour embêter ses parents, mais pour éprouver le
plaisir de son corps. Vers 6-7 ans l’enfant ferme la porte des toilettes, de
la salle de bains, ne veut plus se montrer nu. Ce besoin d’intimité est
alors à respecter.
C’est l’heure d’aller à l’école
Il est 7 h 30, Farida, 5 ans, joue dans sa chambre.
« “Il est l’heure. Prépare-toi, on va être encore en retard à l’école.”
Tous les matins, c’est la même comédie. Elle traîne et je suis obligée de
me fâcher, de l’habiller, et cela ne se passe pas en douceur ! Elle est
vraiment difficile.
— En avez-vous assez de vous mettre en colère contre elle ? Avez-
vous envie d’avoir une autre relation avec elle ?
— Oui, certainement.
— Elle a 5 ans, pourriez-vous en parler tranquillement avec elle, lui
demander ce qu’elle pense de la situation en lui disant que vous l’aimez,
que vous avez confiance en elle et que vous n’avez plus envie de
continuer à vous bagarrer avec elle ? Elle aura certainement des tas
d’idées. »
La mère de Farida s’adresse à elle :
« Farida, ma chérie, tous les matins, je me fâche contre toi. Quand je
vois que tu ne te presses pas, je suis très inquiète, j’ai peur que tu arrives
en retard à l’école et que tu te fasses punir. Cela me stresse aussi car les
professeurs vont penser que je ne sais pas t’élever. J’aimerais vraiment
que cela se passe mieux entre nous. Comment pourrait-on faire toutes les
deux ? As-tu une idée ? »
Farida est ravie que sa mère lui demande son avis. Si l’enfant sent
qu’avec bienveillance l’adulte lui fait confiance, lui laisse des initiatives,
il progresse, devient autonome, responsable de ses actes. Farida
demandera probablement à sa mère de la réveiller un peu plus tôt. Plus
tard, quand elle saura lire l’heure, elle pourra elle-même prendre en
charge son réveil. Elle préparera peut-être elle-même ses affaires le soir.
Elle demandera sans doute à sa mère de ne plus « être sur son dos » et
tout se passera plus calmement.
Quand l’enfant répond aux ordres, obéit aveuglément, il se soumet, ne
réfléchit pas à ses actes et ne devient ni conscient de lui-même ni
responsable. L’enfant apprend petit à petit à être autonome, responsable
quand les adultes lui font confiance, lui laissent le choix, l’aident à
trouver des solutions, lui montrent le chemin, acceptent avec
bienveillance qu’il ne peut pas être toujours « raisonnable », qu’il peut se
tromper, ne pas être « parfait ».
Dis « bonjour », « merci », « s’il te plaît »
« Je ne comprends pas, je lui répète tout le temps qu’il faut dire
“bonjour”, “merci”, “au revoir”, “s’il vous plaît”. Il me regarde droit
dans les yeux et ne le dit pas. Je veux qu’il soit bien élevé, comment
puis-je faire ? » Plus Abou entend sa mère lui répéter d’être poli, moins
il a envie de se plier à ses exigences.
L’être humain a un profond besoin d’être respecté, d’être libre quel
que soit son âge. Plus il est confronté à de l’autoritarisme, à des
exigences, plus il résiste – parfois, il se soumet. Il rumine, ressent alors
une grande colère.
Par contre, quand les parents considèrent leur enfant, le respectent, lui
disent dès le plus jeune âge : « Bonjour », « merci », « s’il te plaît », tout
naturellement, l’enfant les imitera au bout d’un certain temps, variable
selon chacun.
Exiger que l’enfant dise, dans toutes les circonstances, ces mots, dès
2-3 ans, en le punissant le cas échéant, est très nocif, crée des drames
inutiles et induit chez l’enfant une très grande insécurité.
Sa chambre est en désordre !
La question du rangement peut être une grande source de tension
pendant toute l’enfance et exaspère encore plus les parents à
l’adolescence.
« Je n’en peux plus. Il ne veut jamais ranger sa chambre. Il ne
m’obéit pas ! Ses jouets, ses affaires de classe traînent partout. Tous les
jours, je lui répète de ranger ses affaires, c’est comme s’il était sourd.
Résultat : je m’énerve, je crie, et lui aussi. Cela se termine toujours de la
même façon, il est puni, pleure, me fait la tête, me dit que je suis
méchante, qu’il ne m’aime plus. Je ne sais plus quoi faire ! »
Quand vous lisez cette histoire vraie, vous vous dites peut-être : « Le
rangement mérite-t-il de nuire à la relation parents-enfants ? »
Oui, les parents veulent et rêvent que leur enfant range. Certains
enfants aiment l’harmonie, l’ordre et rangent naturellement leurs
affaires. Mais bien souvent les jouets éparpillés par terre ne dérangent
pas l’enfant. Il aime vivre au ras du sol et ses jouets font partie intégrante
de son monde. Il vit dans un autre monde que l’adulte ; vivre, pour lui,
c’est jouer. Il n’a aucune notion du « devoir » comme le voudraient
beaucoup d’adultes. « Il pourrait m’aider, il est vraiment paresseux et
égoïste ! »
Ranger s’apprend-il ?
Oui, ranger s’apprend, mais certainement pas en donnant des ordres,
car l’enfant va résister. Quand il est petit, le parent range en s’amusant,
en jouant et alors l’enfant a envie de jouer et imite l’adulte. Plus tard,
vers 4-5 ans, il va comprendre petit à petit l’intérêt de retrouver ses
affaires, de ne pas les perdre, de savoir où elles sont, d’en prendre soin.
À l’adolescence, fermer la porte de sa chambre et le laisser s’organiser
comme il le souhaite est la meilleure solution pour éviter des conflits
inutiles. Par contre, le parent peut dire ce qu’il ressent et pense : « Moi,
j’aime que ma chambre soit rangée, cela me gêne vraiment de voir ta
chambre comme cela. Je préfère fermer la porte. »

Oui, il faut « éduquer » les enfants


Comprendre ses enfants, se mettre à leur place comme nous l’avons
vu plusieurs fois, leur transmettre ce qui est pour nous essentiel sont les
meilleures manières d’éduquer nos enfants. C’est la façon de léguer ces
valeurs qui est fondamentale.
Quelles sont ces valeurs ? Certaines sont universelles, d’autres
culturelles. Tous les parents souhaitent que leur enfant devienne un
adulte « bien », plein d’allant, entreprenant, heureux de vivre,
empathique, sociable, coopérant.
Les valeurs universelles sont celles dont chacun d’entre nous voudrait
bénéficier. Nous souhaitons avant tout être respectés, écoutés, compris et
nous aimerions que l’autre nous respecte vraiment par toute sa façon
d’être, son attitude, son regard, ses paroles, ses gestes. Ce ne sont pas les
grands discours de morale qui transmettent ces valeurs à l’enfant, mais
ce que sont et font les adultes.
Quand l’adulte crie : « On ne parle pas comme cela à ses parents. On
me respecte, on ne crie pas », que peut comprendre l’enfant ? L’adulte
lui demande d’être respectueux, de ne pas crier, alors que lui crie. Quand
l’adulte crie, l’enfant crie. Quand l’adulte est violent, l’enfant devient
violent. Quand l’adulte est dur, rigide, l’enfant devient dur, rigide. Quand
l’adulte est empathique, montre de la compréhension, l’enfant devient
empathique.

1. Björnsdotter 2014, Kida 2014, Michalska 2014, Whittle 2014.


2. Teicher 2014, Van Harmelen 2014, Wang 2014.
3. Droit-Volet 2013.
Humiliations, menaces,
punitions et récompenses

Une question revient souvent. Peut-on éduquer un enfant en lui


faisant miroiter des récompenses, en le menaçant ou en le punissant, ou
peut-on s’en passer ?
La plupart des adultes, parents ou professionnels de l’enfance, ont été
élevés avec des punitions, des menaces et des récompenses. Ils aiment
les enfants et pensent en toute bonne foi que « c’est la bonne éducation »
et qu’il n’existe pas d’autres moyens pour que l’enfant devienne
« quelqu’un de bien ». Cette vision de l’éducation mérite une réflexion
approfondie. Que transmettons-nous aux enfants en les punissant, en les
récompensant ? Qu’apprennent-ils avec cette attitude ?

Les punitions
Imaginons un dialogue entre deux adultes :
Élodie parle à son compagnon : « J’en ai plus qu’assez que tes
affaires traînent par terre dans la chambre, que tu ne fasses jamais la
vaisselle. Je ne suis pas ta bonne. » Et vlan ! Une claque fuse. « Cette
claque, tu l’as bien cherchée, elle va te remettre les idées en place ! Une
punition te fera également le plus grand bien. Va au coin immédiatement,
sans bouger, réfléchis à ton comportement et pendant quinze jours tu as
interdiction de regarder tes séries préférées. » En fait que se passe-t-il
entre ces deux personnes ? Des rapports de force, de domination. Élodie
contraint Emmanuel et croit que l’humiliation, la souffrance physique, la
privation amènent à réfléchir et à progresser. Elle pense qu’ainsi
Emmanuel s’améliorera et participera aux tâches ménagères.
Emmanuel sent la colère monter en lui, contre sa femme. Il se sent
maltraité et refuse de répondre à ses exigences. Le comportement violent
de sa femme l’exaspère et lui donne envie de la quitter.
Pourquoi croit-on que l’humiliation, la souffrance physique,
la privation peuvent faire progresser ?
Les adultes reproduisent souvent la façon dont ils ont été eux-mêmes
éduqués sans y avoir réellement réfléchi, sans vouloir ou pouvoir
remettre en cause leurs parents. Il peut être très douloureux de critiquer
ses parents. Ils pensent que la punition apprend à « bien » se comporter,
et que sous la contrainte l’enfant va progresser et devenir pleinement
humain.
Or c’est l’inverse. L’enfant apprend dans ce contexte violent que les
rapports humains sont des rapports de force, d’humiliation, de
domination, et agira de même. Souhaitons-nous lui transmettre cela ?
Ensuite, la colère engendrée contre le parent brise la confiance, le
respect. La méfiance s’installe et le lien se distend. L’enfant rumine et ne
progresse pas, au contraire. Il perd confiance en lui, se mésestime. On lui
a dit qu’il n’était « pas bien » ou que ce qu’il faisait n’était « pas bien ».
Il se vit comme « mauvais, méchant, pas bien ». S’il obéit, ce sera pour
échapper à la punition. L’adulte sera satisfait sur le moment de le voir
obéir. Mais l’enfant apprendra à vivre dans la crainte et la soumission
tout en nourrissant un ressentiment croissant contre l’adulte. Il n’aura
pas compris pourquoi se comporter de telle ou telle façon est bénéfique
pour lui et pour les autres. Il n’aura pas appris à identifier ses émotions, à
se connaître. Il n’aura pas senti, compris que vivre ensemble peut être un
grand bonheur quand on sait résoudre les conflits pacifiquement.

Les menaces
L’éducation par la peur, par la menace – « Attention je compte
jusqu’à trois et à trois si tu n’obéis pas, tu vas voir : Un, deux, trois... »
ou « Si tu continues, tu seras privé de dessert, de tablette, de sorties » –
laisse des traces souterraines, délétères, qui continuent à agir à l’âge
adulte. Les menaces comme les punitions sont un rapport de force, une
pression exercée sur l’autre. L’adulte veut que l’enfant agisse comme il
l’entend. Encore une fois, l’enfant le plus souvent obéira, mais
uniquement pour éviter la punition contenue dans la menace, sans autre
réflexion. Or chacun de nous, adultes comme enfants, souhaitons agir
parce que nous avons choisi telle ou telle option et non parce que nous y
sommes contraints.
Certaines menaces sont des prédictions de mauvais augure et
resteront fixées dans la mémoire de l’enfant : « Si tu continues à avoir de
mauvaises notes, tu finiras sur le trottoir, tu ne trouveras jamais de
travail et tu seras au chômage. » Le parent craint pour l’avenir de son
enfant et lui transmet son angoisse sans réaliser que ses paroles ont des
effets néfastes. Au lieu de donner un sursaut d’énergie à l’enfant pour
qu’il trouve de l’intérêt à son travail, il prend peur, se stresse. N’étant
pas soutenu par la confiance de ses parents, il perd son estime de soi. Il
se décourage, se sent un « bon à rien » et travaille encore moins. Une
fois adulte, il n’aura pas la confiance nécessaire pour se valoriser à
l’entretien d’embauche ou pour rechercher activement du travail. Il a
entendu toute son enfance : « Tu n’y arriveras pas... »

Les répercussions d’une éducation punitive


et sévère sur le cerveau et le comportement
de l’enfant
L’éducation sévère, punitive, altère le développement cérébral
et conduit à des troubles très importants
du comportement
Dans les siècles passés, les adultes éduquaient selon les
connaissances et les conditionnements de leur époque. Les punitions
faisaient partie intégrante de la « bonne éducation ». Il n’y avait pas de
recherches sur ce sujet. Aujourd’hui, nos connaissances ont beaucoup
progressé, on mesure l’importance de l’affectivité, des émotions, et leur
rôle majeur dans le bon développement de l’être humain et dans ses
relations aux autres. On comprend mieux son fonctionnement, ses
besoins.
Actuellement, au XXIe siècle, de très nombreux chercheurs consacrent
leur vie à comprendre ce qui favorise ou entrave le développement de
l’enfant. Ces études remarquables nous éclairent sur la façon dont il
faudrait élever les enfants et nous incitent à changer de « croyances » sur
la « bonne éducation ». Nous pouvons faire autrement et bien mieux.

Les humiliations verbales, les humiliations physiques (fessées, gifles), une attitude
rejetante ou hostile,
les menaces perturbent le développement du cerveau et entraînent de vrais troubles du
comportement
Actuellement, nous connaissons les conséquences des humiliations verbales, physiques,
des menaces sur le développement du cerveau de l’enfant. Il ressort des études scientifiques
que les effets négatifs sur le cerveau sont importants et atteignent des structures cérébrales et
des circuits cérébraux essentiels pour le bon fonctionnement du cerveau : cortex frontal,
hippocampe, corps calleux, cervelet, circuits reliant le cerveau supérieur au cerveau
émotionnel et archaïque. Il en résulte de vrais troubles du comportement : les enfants
souffrent d’agressivité, d’anxiété, de dépression, puis, plus tard, à l’adolescence et à l’âge
adulte, ils pourront développer des comportements à risque (violence, addictions à l’alcool,
aux drogues)1.

Une éducation sévère, punitive, amène l’enfant


puis l’adolescent à devenir insensible, agressif
En 2013, Rebecca Waller, de l’université d’Oxford, a fait le bilan de trente études sur les
éducations punitives et sévères. Elle conclut que leurs effets sont déplorables et totalement
inverses au but recherché par les adultes. Ce type d’éducation n’améliore pas du tout
l’enfant, puis l’adolescent, au contraire, elle le rend insensible, dur, sans empathie et
débouche souvent sur des conduites antisociales (agressivité, vol, drogues).

La maltraitance émotionnelle
La maltraitance émotionnelle a des conséquences très négatives sur le
développement de l’enfant. Qu’entend-on par « maltraitance
émotionnelle » ?
La maltraitance émotionnelle est définie comme :
• tout comportement ou parole qui rabaisse l’enfant, le ridiculise,
le critique, le punit, lui procure un sentiment d’humiliation, de
honte ;
• tout ce qui lui fait peur ou le terrorise.
Maltraiter l’enfant émotionnellement, c’est aussi :
• ignorer l’enfant ou ne pas répondre à ses besoins d’affection, de
soin, de protection ;
• le rejeter ;
• l’isoler, le priver de liberté, ou d’interactions sociales ;
• négliger les soins à lui apporter et ses besoins éducatifs ;
• le laisser assister à des violences conjugales2.

Les recherches sur les conséquences de la maltraitance émotionnelle sont de plus en


plus précises
En 2014, Martin Teicher, chercheur à Harvard, étudie les conséquences de la
maltraitance dans l’enfance, dont la maltraitance émotionnelle sur le cortex cérébral et les
réseaux neuronaux. Un grand nombre de circuits cérébraux particulièrement importants sont
altérés et cela peut conduire à de nombreuses pathologies comportementales et
psychiatriques : agressivité, anxiété, dépression, troubles dissociatifs (dépersonnalisation,
troubles de l’identité), somatisations (manifestations corporelles d’un conflit psychique).
En 2014, Anne-Laure Van Harmelen, chercheuse hollandaise, montre que la maltraitance
émotionnelle sévère chez l’enfant affecte le fonctionnement du cortex orbito-frontal et
augmente le risque de développer de véritables maladies psychiatriques comme des
dépressions graves et des anxiétés pathologiques.
Les paroles humiliantes, méprisantes : « Tu es nul. Tu n’arriveras jamais à rien. Tu écris
mal. Tu rates toujours tout, etc. » ont des effets très nocifs sur le développement du cerveau
de l’enfant et sont la source de beaucoup de troubles du comportement3.
En 2014, Ming Wang, chercheuse à Pittsburgh, étudie 976 adolescents qui ont subi une
discipline verbale sévère à l’âge de 13 ans. Les parents veulent corriger un comportement
qu’ils trouvent inadéquat et le font en criant, en injuriant leur enfant, en le traitant de débile,
de paresseux, d’incapable, de nul. Dans cette étude, les mères utilisent davantage cette
discipline verbale que les pères.
Ming Wang montre que les mots durs, sévères, à l’adolescence ont des effets désastreux
et conduisent encore une fois à l’inverse de ce que les parents souhaitent. Les problèmes de
comportement augmentent. Les adolescents deviennent de plus en plus indisciplinés à
l’école, mentent, parfois volent ou agressent. De plus, ils sont sujets à des dépressions. La
chercheuse constate que même si l’un des parents est chaleureux, il ne compensera pas
l’effet délétère de ces paroles, de ces cris.
Toujours en 2014, Ann Polcari, chercheuse à Harvard, a étudié cette même
problématique sur 2 518 personnes âgées de 18 à 25 ans. Elles ont été exposées durant leur
enfance à la fois à une discipline verbale sévère et aussi à des mots chaleureux et soutenants.
Elle constate qu’avoir subi des humiliations verbales provoque de très nombreux troubles du
comportement, beaucoup de souffrances : de l’anxiété, de l’agressivité, de la dépression, des
somatisations. Elle souligne que ces conséquences ne sont pas atténuées malgré les
compliments, les mots encourageants prononcés par ce même parent ou par l’autre parent.
Il est urgent qu’il existe en France une loi contre les humiliations verbales et physiques
accompagnée d’un soutien aux familles
et aux professionnels de l’enfance
Connaissant ces recherches sur le cerveau de l’enfant et de
l’adolescent, on ne peut plus rester les bras croisés et laisser faire. Il
serait essentiel qu’en France, une loi inscrite dans le droit civil, le droit
de la famille, interdise les humiliations verbales et physiques à
l’encontre des enfants et des adolescents. Cette loi serait un message
éducatif, sans sanction prévue. Elle pourrait être rappelée à l’école, lors
du mariage, du pacs, de la première grossesse et informerait des
conséquences très nocives de ces attitudes sur le devenir des enfants.
Elle serait accompagnée d’un soutien de tous les adultes qui s’occupent
d’enfants en leur montrant comment élever les enfants autrement et
d’une information auprès de toute la société sur les méfaits des
humiliations. Actuellement, ces pratiques n’étant pas interdites, les
adultes agissent par facilité, ils reproduisent leur propre histoire, et par
ignorance, sans réaliser à quel point ces pratiques sont délétères pour
l’enfant. Une loi leur ferait prendre conscience des effets négatifs de
leurs paroles, de leurs gestes, car la plupart des personnes pensent que
« cela ne fait pas de mal, au contraire, cela lui fait du bien d’être un peu
bousculé ». De plus en plus de pays adoptent cette loi. Actuellement,
43 pays dans le monde, dont 27 en Europe, l’ont adoptée. La Suède a été
le premier pays au monde, en 1979, à avoir adopté une telle loi et ce
pays en a été transformé très positivement.
Le texte de Marion Cuerq
Voici un texte de Marion Cuerq, qui a choisi de vivre en Suède. À
l’âge de 15 ans déjà, elle savait qu’elle habiterait dans ce pays du Nord
qu’elle n’avait pourtant jamais visité. Elle y part à 19 ans, pour y vivre
chez différentes familles suédoises et apprendre la langue. Profondément
touchée par les différences d’éducation entre la France et la Suède, elle
entreprend alors de faire un film en 2013, à l’âge de 21 ans, pour faire
connaître cette révolution éducative. Avec peu de moyens mais toute son
énergie, Marion nous plonge dans le monde de la petite enfance
suédoise. Ce film, Si j’aurais su... je serais né en Suède, est en vision
libre sur le site oveo.org. Elle est actuellement en train de réaliser son
second film.
Voici le texte qu’elle a écrit, à chaud, le 7 mars 2015. Cette semaine-
là, le Conseil de l’Europe demande à la France de bannir explicitement
les châtiments corporels sous peine d’être condamnée par la Cour
européenne des droits de l’homme.

Je voudrais juste dire un truc. Je suis de près l’actualité en France à


propos de la loi qui demande une interdiction de toutes violences faites
aux enfants, j’ai regardé les reportages TV, les journaux, les réactions
multiples des Français...
Je voudrais dire un truc, là. Les gens s’exclament que « j’en suis pas
mort », ou encore des « ça m’a pas fait de mal ». Tout le monde
s’égosille à complètement innocenter les violences éducatives, « ce n’est
pas grave », « ce n’est pas fort », « ce n’est pas souvent », « c’est qu’une
simple claque »... « C’est que par-ci » et « c’est que par-là »...
Mais personnellement, à tous, à toutes, je leur réponds : ok, vous
n’en êtes pas morts, vous êtes toujours de chair et d’os sur notre planète
Terre. Mais.
Si vous saviez ! Combien ça abîme une « génération ». Des gens, des
adultes, qui n’ont jamais vu l’ombre d’une claque dans leur enfance. Ni
victimes, ni témoins d’ailleurs, une enfance complètement dénuée de ces
violences quotidiennes. Je les côtoie tous les jours, je vis avec eux, je ne
vois qu’eux.
Et je peux vous le dire, quelle différence !
Vous dites que ça vous a pas fait de mal. Moi, je vous réponds que si.
La façon de respecter les autres, la façon de se respecter soi-même,
l’autodiscipline, la sympathie ambiante, ce sentiment de sécurité,
d’écoute... Cette façon de concevoir l’être humain, cette façon d’être, de
vivre, de penser, de parler...
Moi, je vous le dis, OUI, les violences éducatives vous ont fait du mal.
Peut-être que vous ne vous en rendez pas compte car c’est inscrit comme
banal au marqueur indélébile dans vos neurones, peut-être que vous ne
vous en rendez pas compte parce que c’est un morceau de quotidien pour
vous, témoin, acteur, victime.
Peut-être encore que vous avez souffert, mais vous êtes finalement dit
que « tout le monde passe par-là »...
Je ne sais pas. Il peut y avoir tant de raisons.
Mais je le dis, pour côtoyer ces personnes tous les jours, par
centaines, par milliers, à tous les coins de rue, qui n’ont pas été
violentés petits, la différence, c’est un fossé, profond le fossé, juste sans
fond en fait ! Je serais personnellement incapable de revenir en France,
et à chaques vacances, je vois cette différence qui m’explose à la figure...
Car pour moi, tout ça, c’est devenu juste naturel. Et à l’inverse, ce qui
est naturel bien souvent en France dans les relations aux autres ou à soi-
même, les façons de faire et d’être, ça me pose question, ça me gêne, ça
me dérange... et ça me rend dingue de ne rencontrer que des regards
plus que sceptiques dès que j’essaye (en vain) de faire part de ce que je
ressens par rapport à ça.
Ça me fait me sentir totalement impuissante, comme si finalement, à
ne parler que suédois tous les jours de l’année, j’avais en fait appris,
plus qu’une simple langue, toute une histoire, qu’il m’est impossible de
conter à des personnes qui n’en connaissent pas la langue.
Cette loi, il nous la faut, en France. Il faut abolir les violences faites
aux enfants, toutes violences. Il faut oser aller contre nos préjugés, nos
idées reçues qu’on nous a inculquées si tôt, il faut oser donner cette
place aux enfants, à vos enfants, à nos enfants, pour notre société de
demain. Il le faut.
Cette loi ce n’est pas tirer une balle dans le pied des parents, ni de la
société, c’est au contraire la tirer vers le haut, cette société, et tellement
haut... neuf millions de Suédois vous le diraient.

Les récompenses : chantage et conditionnement


« Si tu travailles bien, si tu as de bonnes notes, tu auras des images,
un jouet, tu pourras aller au cinéma samedi soir, regarder ta série
préférée, etc. » Le chantage contenu dans ces phrases et les récompenses
promises amènent l’enfant à travailler non pour l’intérêt qu’il y trouve,
mais pour avoir cette récompense. Il perd alors le sens de son travail et
sa valeur intrinsèque.
« Si tu ranges ta chambre, je te donnerai ton jouet préféré. » L’enfant
rangera sa chambre pour obtenir le jouet, mais n’aura pas compris
pourquoi cela peut être important pour lui de ranger ses affaires.
Les récompenses sont donc un conditionnement. Elles incitent
l’enfant à obéir. C’est un piège car l’adulte est satisfait, il obtient ce qu’il
souhaite sur le moment. Mais l’enfant se perd, ne construit pas sa propre
identité. Les parents veulent à juste titre que leur enfant devienne
autonome, c’est-à-dire responsable de ses actes. Les récompenses ne le
rendent pas du tout autonome, mais dépendant de la récompense qu’il
compte obtenir.

Élever un enfant sans punitions, sans menaces,


sans récompenses est tout à fait possible
Si vous vous culpabilisez en lisant ces lignes...
« Je me rends compte que j’ai tout faux. C’est trop tard ! J’ai puni,
pratiqué le chantage, les menaces. Que va devenir mon enfant ? », rien
n’est perdu. J’ai constaté à maintes reprises que lorsque l’adulte change
d’attitude, devient empathique, bienveillant, l’enfant, l’adolescent se
transforment positivement et souvent rapidement.
En 2014, Sarah Whittle, chercheuse à Melbourne, étudie
188 adolescents. Elle montre, de façon remarquable, que lorsque la mère
soutient chaleureusement, encourage son adolescent, le cortex orbito-
frontal (CQF) augmente de volume. Cette structure cérébrale très
précieuse augmente nos capacités d’empathie, d’affection, notre aptitude
à prendre des décisions, régule nos émotions et développe notre sens
morale. On peut espérer que si le père ou un autre adulte (par exemple
un enseignant) a cette attitude, le résultat serait le même.
L’adulte donne des repères avec empathie
et bienveillance
L’adulte donne des repères, un cadre, mais il le fait avec empathie et
bienveillance. Quand il voit que l’enfant n’a pas un comportement
adéquat, il lui dit son désaccord et lui donne confiance : « Cela ne me
convient pas, je ne suis pas d’accord quand je t’entends dire..., quand je
te vois faire... Tu vas apprendre à faire autrement, je te fais confiance. »
Mais il ne juge pas l’enfant, ne le critique pas, ne lui fait pas de
reproches en disant : « Ce n’est pas bien de... Tu es paresseux,
égoïste... » Car en entendant ces paroles, l’enfant perd confiance en lui,
se dévalorise et ne progresse pas.
L’adulte encourage les initiatives, les efforts
Beaucoup d’adultes complimentent les enfants en pensant bien faire,
pour qu’ils aient confiance en eux : « Comme tu es intelligent,
merveilleux, courageux, généreux, gentil... » Ce sont des jugements, des
étiquettes qui n’aident généralement pas les enfants et les enferment dans
un « rôle » qu’ils ne peuvent tenir. Ils peuvent les rendre très perplexes,
anxieux. Être à la hauteur de tels jugements est impossible. Souvent, au
contraire, en entendant ces paroles, ils baissent les bras.
Comment alors développer l’estime de soi ? « Si une personne ne
peut s’aimer que lorsqu’on la complimente, elle n’a aucune estime
d’elle-même. Elle est devenue dépendante des compliments », a dit
Marshall Rosenberg lors d’une de ses conférences.
À l’inverse, quand l’adulte encourage les efforts, les initiatives
concrètes, l’enfant comprend ce que cela signifie, il se sent valorisé par
ce qu’il a fait. « La cuisine était en désordre et maintenant tout est rangé.
Un grand merci pour ton aide, mon chéri ! » Tom accueille avec un
grand sourire les paroles de sa mère. Il se sent fier et joyeux.
Quand l’adulte élève l’enfant sans punitions, sans menaces, sans
récompenses, il a le bonheur de vivre avec un enfant confiant, sûr de lui,
responsable de ses actes et qui saura donner plus tard un sens à sa vie.
Quand l’adulte sent qu’il va déraper
Certains jours, l’adulte sait qu’il va exploser, crier, dire des paroles
regrettées aussitôt, etc. Ces situations surviennent en cas de tension
extrême, de grande fatigue. Comment se calmer ? À chacun de trouver
ce qui peut l’apaiser sur le moment : parler avec son conjoint, respirer un
bon coup, s’isoler, boire un verre d’eau, taper sur un coussin, téléphoner
à un ami. À plus long terme, peut-être a-t-on oublié de prendre soin de
soi, de s’accorder des moments qui nous ressourcent ? Parfois, il suffit
de faire une pause en confiant ses enfants à des personnes de confiance
pour voir ses amis se détendre, pratiquer notre sport préféré, se promener
dans la nature, écouter de la musique et retrouver ensuite le bonheur
d’être avec ses enfants4.
Si l’adulte dérape souvent
Si l’adulte crie trop souvent, dit des mots durs, tape et pourtant aime
l’enfant, il est vraiment urgent, indispensable de prendre soin de soi, de
ne pas rester seul, de passer le relais au conjoint, à la famille, aux amis et
de se faire aider pour comprendre ce qui se passe en nous.
Très souvent, des blessures, des souffrances accumulées dans
l’enfance, non cicatrisées, remontent à la surface, se réveillent face à
l’enfant qui ne veut pas obéir, et dit non, etc. Ces blessures nous
perturbent, nous font perdre le contrôle et nous rendent stressés et
agressifs. L’enfant devient le véritable exutoire de nos propres
souffrances. Il ne faut pas craindre d’aller dans des groupes de parole,
d’aller voir des professionnels. Les personnes formées aux relations
parents-enfants sont là pour nous aider, nous comprendre et non pour
juger ou condamner.

1. Teicher 2013, McLaughin 2014, Van Harmelen 2014.


2. Hornor 2012.
3. Choi 2009 ; Teicher 2006, 2010 ; Tomoda 2011 ; Van Harmelen 2010, 2014.
4. Pour plus de précisions, voir le chapitre « Quand on n’en peut plus », p. 193.
Ils se disputent tout le temps

Les chamailleries entre frères et sœurs font partie de la vie de famille.


Avoir des points de vue différents, ne pas être toujours d’accord est
normal. L’essentiel est d’apprendre à se comprendre, à surmonter les
rivalités et à trouver les solutions qui permettent à chacun de sentir ses
besoins respectés. Bien des conflits entre frères et sœurs sont entretenus
par l’entourage.
« J’en ai assez, mes deux enfants se disputent sans arrêt. Ce sont des
cris, des bagarres. Résultat : je m’énerve, je crie aussi et ils sont punis. Je
ne vous dis pas l’ambiance à la maison. »
Encore une fois, quand, dès tout petits, les enfants apprennent à
exprimer ce qu’ils ressentent, à dire leurs souhaits, ils sauront, lors des
conflits, faire des propositions, échanger au lieu de se montrer violents
en mots et en actes.

La jalousie est souvent entretenue par


les comparaisons, la mise en compétition
La jalousie vient le plus souvent d’une mauvaise estime de soi, d’un
sentiment d’infériorité, d’être persuadé que l’autre est davantage aimé,
qu’il est le préféré, qu’il est mieux que nous ou possède plus. La
comparaison avec cet autre est alors une source de souffrance.
Parler de ses enfants entre parents, en dehors de leur présence, permet
d’échanger et d’affiner la connaissance, la compréhension de chaque
enfant, mais parler devant eux en les comparant ou en disant : « Tu
devrais prendre exemple sur ton frère » dévalorise l’enfant. Il pensera
que ses parents ne le considèrent pas « bien », tel qu’il est, et que son
frère est mieux que lui. Il se sentira en infériorité, nourrira du
ressentiment pour ses parents et très fortement pour son frère. Parfois,
les parents disent : « J’espère que tu ne deviendras jamais comme ta
sœur. » L’enfant entend que sa sœur n’est pas « bien » aux yeux de ses
parents. Il aura lui aussi tendance à dévaloriser sa sœur, à se moquer
d’elle, à se sentir « mieux » qu’elle. Toutes ces phrases entendues
régulièrement attisent les jalousies et les rivalités et engendrent
beaucoup de souffrances.
Être le premier
Les notes et les bulletins scolaires sont souvent la source de
nombreuses souffrances, de comparaisons, de dévalorisations, entre
frères et sœurs, entre copains de classe. L’enfant qui a de bonnes notes
est entretenu dans la croyance : « Il faut être le plus fort, être le premier,
il faut gagner. » Il reçoit les félicitations des adultes, parents et
enseignants. Il en retire le sentiment de sa « supériorité » par rapport aux
autres. L’enfant qui a de mauvaises notes se vit comme mauvais,
incompétent, avec un sentiment d’échec dès l’enfance !
La mère de Matéo, 7 ans, me raconte, bouleversée : « Le week-end
dernier, j’étais chez des amis qui ont une fille de 8 ans. Tous les deux
pour s’amuser ont fait une course. En fait, je me suis aperçue que pour
Matéo ce n’était pas un jeu mais une occasion de se montrer le plus
rapide, d’être le premier. Malheureusement pour Matéo, Mathilde court
très vite. Elle est arrivée largement en tête. J’ai vu Matéo blêmir,
s’effondrer. En rentrant le soir, il m’a dit : “Je ne serai jamais le premier.
Je suis un imbécile. Je veux disparaître. Je veux partir loin. Je veux me
noyer.” Dans son école, les enseignants disent en permanence aux
enfants qu’il faut avoir de bonnes notes, être le premier. Je dois avouer
que son père lui dit la même chose. »

Comment aider l’enfant à s’accepter tel qu’il est


Apprendre à l’enfant à ne pas vivre sa vie
en termes d’échec ou de réussite mais à être
en accord avec lui-même
Dire à chaque enfant qu’il est unique, que son chemin sera tout à fait
singulier, car chacun se construit à partir de son patrimoine génétique et
de toutes les expériences et rencontres jalonnant sa vie, réconforte
l’enfant. Il aime s’entendre dire qu’il possède des talents, des richesses
différents de ses frères, sœurs ou camarades. Quand les adultes
rappellent à l’enfant que la qualité d’un être humain ne se mesure pas à
l’aune de son physique, de ses réussites scolaires, sportives ou autres
mais de la connaissance et du développement de ses propres ressources,
ce qui le met en harmonie avec ce qu’il est, sans en tirer une quelconque
idée de supériorité ou d’infériorité – qui l’amènerait à entretenir des
rapports de domination ou de victimisation avec les autres –, il apprend à
ne pas se comparer et à s’accepter. L’enfant ne jugera pas sa vie en
termes d’échec ou de réussite mais il vivra pour être en harmonie avec
lui-même et avec le monde qui l’entoure.
L’amour inconditionnel
Ce cheminement, cette acceptation de ce que l’on est, sans envier
l’autre, se fera d’autant plus facilement que l’enfant se sentira aimé
inconditionnellement. L’enfant aimé pour ses notes, sa réussite scolaire,
ses performances diverses se perd, ne sait plus qui il est. Par contre, la
motivation pour ce qui l’intéresse, l’enthousiasme et les efforts qu’il
manifeste pour persévérer dans ce qu’il aime seront soutenus,
encouragés, car ils correspondent à ce qu’il est, lui, à ce moment-là. Cela
l’aide à sentir, à savoir qui il est. Les échecs, les déceptions seront
considérés comme normaux, faisant partie intégrante de la vie et une
occasion formidable d’apprentissage.
Quand les enfants ne sont pas élevés dans la compétition, la rivalité,
la performance, le culte de la meilleure note, la volonté d’être le premier,
d’être le plus fort, ils accueillent et reconnaissent leurs propres qualités
et leurs propres défauts, ainsi que ceux des autres, avec sérénité et
indulgence.
L’héritage génétique n’est jamais le même. L’égalité biologique est un
mythe et entretient de fausses idées sur la condition humaine qui est
profondément inégalitaire dès le début de vie : malformations génétiques
décelées dès la grossesse, pathologies de la grossesse qui influencent
grandement le développement de l’enfant. Les milliers d’enfants
examinés à la naissance m’ont montré qu’ils ont tous des potentialités
différentes. Par la suite, ces inégalités biologiques seront modulées,
atténuées ou accentuées par l’environnement familial, amical, scolaire de
l’enfant qui lui permettront ou non de s’épanouir au maximum de ses
possibilités. Cet environnement social est donc fondamental, ainsi que
les recherches récentes sur le cerveau de l’enfant le montrent.
Parler des émotions, aider l’enfant à les exprimer
Mieux vaut bannir les reproches, les étiquettes, les jugements : « Tu
es paresseux », « Tu es épuisant », « Tu es égoïste », « Tu es méchant »,
« Ce n’est pas bien », « Tu n’y arriveras pas »... Toutes ces remarques
désobligeantes provoquent honte, culpabilité et dévalorisation.
Favoriser les échanges autour des émotions, en parler, aider à les
exprimer, à comprendre leurs causes, les besoins sous-jacents
augmentent l’empathie, la compréhension de l’autre. Plus l’enfant dès
tout petit est incité à échanger autour des émotions, plus il devient
empathique, soucieux de l’autre et coopérant1.
Créer une ambiance de coopération à la maison
L’adulte peut modifier l’ambiance à la maison en proposant à chaque
enfant, en fonction de son âge, de participer à la vie de la famille. Il
instaure, par exemple, une réunion tous les dimanches soir pendant
laquelle chacun, parents et enfants, fait des propositions pour rendre la
vie à la maison plus agréable, plus harmonieuse. Chaque semaine, un
point est fait sur ce qui s’est déroulé, sur ce qui pourrait être amélioré.
Tout est écrit dans un cahier. L’enfant se sent considéré, partie prenante
de la vie familiale. Il est fier, heureux de participer. Les adultes sont
souvent très surpris de voir que leur enfant qui rechignait pour participer
aux tâches de la maison a soudain des initiatives, des idées auxquelles ils
ne s’attendaient pas du tout. L’enfant ne vit pas sous la contrainte, il sent
qu’on lui fait confiance, qu’il est libre de faire des propositions, ce qui
décuple son désir d’apporter son énergie, ses idées, sa créativité au bien-
être de la famille.
Donner confiance, soutenir, encourager : « Je suis heureuse quand je
vois que chacun a envie de créer dans la maison un climat harmonieux. »
Pour créer une ambiance d’entraide, proposer des jeux coopératifs et
non compétitifs modifie la perception que l’enfant a de lui-même et de sa
place dans le monde. Il existe de très nombreux jeux coopératifs. Vous
trouverez les références de ces jeux à la fin du livre.

1. Brownell 2013, Ornaghi 2015.


L’école

Il ne veut pas aller à l’école


Un certain nombre d’enfants, même en maternelle, vont à l’école « la
peur au ventre » ou refusent totalement d’y aller. Que se passe-t-il à
l’école pour que l’enfant ait peur à un point tel que le parent décide de
consulter un médecin, un psychologue ?
Depuis quinze jours, tous les matins, Lucas, 5 ans, se plaint d’avoir
mal au ventre, et pleure sur le chemin de l’école. Le pédiatre consulté
n’a pas trouvé de pathologie. La mère s’inquiète et vient me voir.
Quand je demande à Lucas ce qui se passe à l’école, il me dit que tout
va bien.
« Lucas, est-ce que ta maîtresse crie, fait les gros yeux, menace, punit
les enfants ?
— Oui, la maîtresse me fait peur.
— Y a-t-il des enfants méchants dans la cour qui te font peur, qui
tapent ?
— Oui, il y a des enfants méchants dans la cour, et j’ai très peur. »
Le plus souvent, la peur ou le refus d’aller à l’école se résume à ces
deux situations qui stressent les enfants. Ils sont effrayés soit par la
maîtresse ou le maître, soit par les autres enfants.
Une mère me raconte que sa fille en dernière année de maternelle
rentre de l’école et pendant une demi-heure crie dans sa chambre.
« Pourquoi cries-tu ? » lui demande-t-elle. « Je fais comme la maîtresse
qui crie sans arrêt. Elle dit aussi : “Je veux pas entendre une mouche
voler, tout le monde se tait et personne ne bouge.” Elle me fait très
peur ! »
Plus grands, les mauvaises notes et les paroles dévalorisantes des
maîtres ou des autres élèves, l’agressivité parfois très importante dans les
cours de récréation, mettent l’enfant en état de profond mal-être.
La dévalorisation, l’humiliation
Victor, 4 ans, est en deuxième année de maternelle. L’enseignante a
dit haut et fort en pleine classe : « Victor, tu es un vrai fumiste, tu n’es
même pas capable de faire un boudin en pâte à modeler. »
Rose, 5 ans, rentre en pleurant de l’école : « Maman, la maîtresse a
déchiré mon dessin en disant qu’il n’était pas beau et l’a mis à la
poubelle ! »
Rémi a 5 ans et l’enseignante lui dit devant les autres enfants :
« Rémi, tu es dans ta bulle tout le temps, tu n’écoutes pas, tu ne veux pas
apprendre, tu ne fais pas d’efforts. » Rémi se ratatine sur sa petite chaise,
et s’enferme encore plus dans sa bulle.
« Le maître s’est fâché, il m’a puni parce que je n’ai pas réussi mon
devoir. Je dois recopier ma leçon vingt fois », me dit Mathieu, 9 ans.
Alexandre, 8 ans, a des difficultés pour écrire : « Alexandre est
fainéant. Il ne veut pas écrire, il ne fait aucun effort. Les enfants qui ne
font rien, je les punis », dit l’enseignante. Alexandre est privé de
récréation.
Jade, 13 ans, rentre en pleurant de l’école : « Le prof me dit tout le
temps que je suis nulle et que je n’arrive à rien. Je ne veux plus aller à
l’école, c’est inutile ! »
Ces enfants dévalorisés par leur enseignant deviennent la risée des
autres enfants. Ils perdent confiance en eux, s’isolent, souffrent et ne
veulent plus aller à l’école. Est-ce qu’être humiliés, dévalorisés ou punis
les aide ? Certainement non, c’est tout le contraire !
Il est néfaste de stigmatiser les erreurs. L’erreur est obligatoire lors de
tout apprentissage. Il faut juste comprendre pourquoi l’enfant s’est
trompé. L’erreur est un outil pour rebondir, pour avancer.
Les notes
J’ai déjà parlé dans le chapitre précédent de l’effet très négatif des
notes. Cet effet est nocif aussi bien pour celui qui a de mauvaises notes
que pour celui qui en a de bonnes. L’enfant qui a de mauvaises notes se
sent nul, humilié. Il est dévalorisé, stressé, découragé, en situation
d’échec. Il ne veut plus apprendre ni aller en classe. Celui qui a de
bonnes notes travaille souvent uniquement pour avoir de bonnes notes,
pour être « le meilleur, le plus fort » en perdant le sens de son travail qui
est de découvrir, comprendre, apprendre l’infinie complexité du monde
et sa richesse. Les notes entretiennent les conflits, les rivalités en classe
et ne favorisent pas le travail en équipe.
Les enseignants qui ne mettent pas de notes soulignent, valorisent
d’abord concrètement ce qui est acquis et ensuite aident, soutiennent
l’enfant quand il se heurte à ce qu’il n’a pas compris ou retenu. « Je vois
que tu as bien compris cela, par contre, là, c’est difficile pour toi, veux-tu
que je t’aide ? » Alors l’enfant ne se sent pas jugé mais compris et
soutenu. Il n’est pas dévalorisé, se sent en confiance avec l’enseignant et
garde le goût d’apprendre, de comprendre, ce qui est primordial.
Encourager les initiatives, les prises de parole
Quand les enseignants, les parents transmettent à l’enfant
qu’apprendre, c’est expérimenter, poser des questions, avoir des doutes,
se tromper, il n’a plus peur, il ose entreprendre, s’exprimer, demander
des explications. Il participe, devient motivé, n’est plus inhibé par la
peur de l’échec. Le but de l’école n’est pas que l’enfant « réussisse » à
tout prix, ait de bonnes notes, mais de lui donner le goût, l’envie
d’apprendre, de connaître, de comprendre, de réfléchir, d’échanger, de
questionner, d’entreprendre.
Quand les enseignants aident, soutiennent
Ne pas mettre de notes, ne pas comparer les élèves, leurs résultats,
n’empêchent pas du tout la transmission des savoirs, au contraire. Quand
les enseignants sont dans le soutien, l’aide, ne critiquent pas, les élèves
n’ont pas peur de se tromper, ils deviennent curieux, posent des
questions pour approfondir le sujet. « Oui, là, je sens que tu as compris.
Continue dans cette voie. Tu peux aller encore plus en profondeur si tu
en as envie. Si tu rencontres des obstacles, demande-moi, je suis là pour
t’aider », « Là je vois que tu as des difficultés. Veux-tu un coup de
main ? Tu vas y arriver, je te fais confiance ». Les élèves entre eux
imitent l’enseignant et ceux qui ont mieux compris sont heureux
d’expliquer à leurs camarades en difficulté. Ils coopèrent naturellement,
travaillent avec joie en équipe.
Il n’est pas motivé
L’enfant naît curieux de ce qui l’entoure, avide de connaître, de
comprendre et de se concentrer sur ce qui l’intéresse. Quand l’entourage
soutient l’enfant dans ce qui le passionne, dans ses efforts pour
comprendre, l’enfant a du plaisir à vivre, devient entreprenant.
Progressivement l’enfant saura dire ce qui lui convient et pourra trouver
comment orienter sa vie.
L’adolescent
L’adolescent traverse souvent des périodes où le travail scolaire ne le
motive plus. « Rien ne l’intéresse, il traîne. Je ne sais plus quoi faire »,
me dit Sandrine, la mère d’Adam, 14 ans. À l’adolescence, les périodes
de flottement, de doutes, d’interrogations sur « ce qui vaut la peine ou
non » font partie de cet âge de mutation. Beaucoup de patience et de
disponibilité sont nécessaires pour trouver la juste distance que
l’adolescence demande. Adam aura de temps en temps envie de
proximité, d’écoute attentive, et parfois il refusera toute présence. Il a
besoin d’adultes qui le comprennent et de temps pour sentir ce qui
l’intéresse vraiment et redonner du sens à ce qu’il apprend et à ce qu’il
vit.
Récemment, en 2014, Sarah Whittle, chercheuse à Melbourne, a
étudié 188 adolescents. Elle montre que lorsque la mère soutient
chaleureusement, encourage son adolescent, le COF (cortex orbito-
frontal) augmente de volume. Cette structure cérébrale très précieuse
augmente nos capacités d’empathie, d’affection, notre aptitude à prendre
des décisions, régule nos émotions et développe notre sens moral.
L’agressivité à l’école
Le père d’Alexis, 5 ans, est très inquiet pour son fils. Il me dit :
« Alexis se fait agresser à l’école, dans la cour de récréation. Il faut qu’il
apprenne à se défendre et à savoir attaquer lui aussi. Je l’entraîne, on fait
des bras de fer tous les deux. Je l’ai inscrit au karaté. » Est-ce la
solution ? Si on apprend à l’enfant à se bagarrer quand il est attaqué, il
rencontrera sur sa route des enfants réellement violents qui eux
cherchent à tout prix à se battre. Les cours de récréation sont souvent le
lieu de grandes violences verbales ou physiques où certains enfants très
agressifs règnent en maîtres. Ces enfants veulent déverser leur trop-plein
de violence et ils déchargent leur agressivité sur deux types d’enfants :
soit des enfants à qui on a appris à se « défendre » car ces enfants
belliqueux trouvent alors du répondant, ce qui les satisfait ; soit, au
contraire, leurs cibles sont des enfants passifs, inhibés, habitués à subir
des humiliations chez eux ou à ne pas exprimer ce qu’ils ressentent. Les
enfants très violents sont eux-mêmes en grande souffrance, ils subissent
généralement des humiliations verbales, physiques ou de la négligence à
la maison.
Et si on apprenait aux enfants, à la maison, à l’école qu’il est possible
de ne pas être d’accord, de dire non, tout en se respectant sans utiliser la
violence verbale ou physique ? Cela n’est pas une utopie.
La communication non violente (ou CNV) diminue
la violence à l’école, pacifie les relations, favorise
la coopération
Encore une fois, parler des émotions, comprendre leurs causes est
indispensable pour le vivre ensemble, la compréhension d’autrui, la
coopération1.
Savoir parler de ce qu’on éprouve, savoir réguler les conflits
s’apprend. Dans les écoles où la CNV est mise en place, l’ambiance
change. Les enseignants comprennent mieux leurs propres sentiments et
ceux des enfants, ils sont apaisés. Ils ne critiquent plus les enfants, ne les
jugent plus et savent réguler les conflits. Cette empathie éprouvée par les
enseignants transforme le climat dans l’école. Ils ne mettent plus en
compétition leurs élèves, ne les comparent pas et créent ainsi un climat
où les élèves sont heureux d’apprendre. Les enfants sont en confiance,
ils savent qu’ils ne seront pas punis pour leurs erreurs, leurs hésitations,
leurs questions.
Quand les enfants reçoivent une formation en CNV, ils
s’épanouissent, expriment leurs émotions, leurs souhaits, se comprennent
mieux et comprennent les autres. Ils savent dire non à la violence. Ils
n’éprouvent plus le besoin de se montrer les plus forts, de dominer, de
dévaloriser l’autre. Au contraire, ils deviennent attentifs à celui qui subit
des humiliations et le protègent. Ils ont le plaisir de s’entendre, de
coopérer. Cet apaisement est bien sûr favorable à l’apprentissage. Les
enfants heureux, non stressés sont motivés, curieux, ont envie
d’apprendre, de comprendre, d’entreprendre et deviennent créatifs.

Localisation des différentes structures cérébrales.

Le stress altère l’hippocampe,


lieu de la mémoire et de l’apprentissage
L’hippocampe est une des structures cérébrales majeures pour mémoriser et apprendre.
Le stress, en fragilisant l’hippocampe, affaiblit la mémoire, perturbe l’apprentissage. Le
cortisol sécrété lors du stress active l’amygdale, centre de la peur, et altère l’hippocampe.
L’esprit est paralysé par la peur. L’enfant n’est plus capable d’écouter, ni d’apprendre. Si le
stress se prolonge, le cortisol sécrété en trop grande quantité agresse les neurones de
l’hippocampe, freine leur multiplication, diminue leur nombre, peut les détruire, ce qui altère
les capacités d’apprentissage et la mémoire. La maltraitance verbale et physique chez
l’enfant diminue le volume de l’hippocampe2.

Soutenir, encourager augmente


le volume de l’hippocampe
Le maternage (prendre soin, réconforter, câliner), le contact rassurant, sécurisant, une
attitude soutenante, encourageante favorisent le développement de l’hippocampe et donc
augmentent les capacités de mémorisation et l’apprentissage3.
Les méthodes d’enseignement bannissant totalement la peur, le stress, sont agréables,
satisfaisantes pour le professeur. Les élèves apprennent mieux, mémorisent davantage, sont
plus créatifs.

Le cercle vertueux de l’ocytocine.


Le cercle vertueux de l’ocytocine.

Que se passe-t-il quand les enseignants sont


empathiques et chaleureux ?
Quand les enseignants sont empathiques et chaleureux, il se produit un cercle vertueux.
L’enfant sécrète de l’ocytocine, qui déclenche la production successive de trois autres
molécules : la dopamine, les endorphines, la sérotonine. Ces molécules produisent chez
l’enfant ce dont l’enseignant rêve : un enfant calme, non stressé, empathique, confiant,
curieux, motivé et heureux d’apprendre.
• L’ocytocine est la molécule de l’amitié, de la coopération. Elle procure du bien-être.
Elle permet d’être empathique car elle aide à percevoir les émotions, elle diminue le
stress, l’anxiété. Elle rend confiant.
• La dopamine stimule la motivation, donne du plaisir, de l’allant, de la créativité.
• Les endorphines procurent une sensation de bien-être.
• La sérotonine stabilise l’humeur.

Il ne veut pas faire ses devoirs


Une loi française datant de 1956 interdit les devoirs à la maison dans
le primaire. Malheureusement, cette loi n’est pas appliquée, ce qui est
très dommageable aussi bien pour l’enfant que pour les parents. Ces
devoirs à la maison sont une source de très nombreux conflits inutiles
entre les parents et l’enfant. L’enfant en rentrant de l’école a absolument
besoin de se détendre, de jouer. Il n’a donc aucune envie de faire des
devoirs scolaires. Les parents s’énervent, le punissent, lui disent parfois
des mots blessants : « Tu écris mal. C’est totalement illisible ! Tu ne
retiens rien, tu es une vraie passoire ! Tu ne comprends rien, tu es
vraiment nul ! Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? » L’enfant perd alors
confiance en lui-même et il n’a plus aucune motivation pour travailler,
puisqu’il n’est pas « bon ».
Mina a 8 ans, sa mère me dit :
« Tous les soirs, cela se finit dans le drame. Je m’énerve, je crie et elle
est punie. Je la prive de ses desserts préférés, de ses jeux vidéo, rien n’y
fait. Elle traîne et au final, c’est moi qui fais ses devoirs. Vous
n’imaginez pas dans quel état je suis après ces moments-là. Et quand elle
sera au lycée, je ne sais pas comment je ferai, je pense que je ne serai
plus capable de faire ses devoirs. Cela m’inquiète terriblement.
— Savez-vous que les devoirs à la maison ne sont pas autorisés en
France dans le primaire ?
— Non, je ne le savais pas, mais la maîtresse en donne et moi, je
trouve que c’est bien. Il faut qu’elle travaille.
— Ne trouvez-vous pas qu’une journée à l’école est suffisante pour
elle, n’a-t-elle pas besoin de se détendre, de jouer ?
— Oui, vous avez sans doute raison, mais je veux qu’elle ait de
bonnes notes. »
Plus l’enfant est motivé, a du plaisir,
plus il mémorise et apprend
L’enfant apprend quand il est intéressé, motivé. Il ne mémorise pas,
ne réfléchit pas quand on instaure des rapports de force, qu’il est sous la
contrainte, stressé, fatigué. L’enfant a un besoin vital de jouer, de se
détendre, d’avoir d’autres activités que du travail dit « scolaire ». Le jeu
est non seulement un grand plaisir pour l’enfant mais un moyen
indispensable pour apprendre, apprivoiser ses peurs, ses difficultés,
progresser et se structurer psychologiquement.

Ce qui donne de la joie à l’enfant est bon


pour son développement cérébral
Jouer, rire, s’amuser, grimper, courir sont indispensables et font maturer le cerveau. Dans
ces moments-là, une molécule appelée le BDNF est sécrétée et assure le bon développement
du cerveau intellectuel et affectif. Cette molécule intervient dans la prolifération, la survie, la
différenciation des neurones et leurs connexions4.
À l’inverse, le stress diminue le BDNF cérébral, molécule vitale pour le développement
du cerveau. Cette diminution du BDNF cérébral serait à l’origine de nombreux troubles
psychiatriques5.

Mais si l’enfant n’a plus de devoirs à la maison, ne va-t-il pas passer


encore plus de temps sur ses écrans ?

1. Brownell 2013, Ornaghi 2015.


2. Teicher, 2012.
3. Luby 2012.
4. Panksepp 2007, Gray 2013.
5. Castren 2014, Ninan 2014.
Il est scotché à ses jeux vidéo, à sa tablette

Face aux écrans


Le monde numérique, avec ses smartphones, ses jeux vidéo, Internet,
fascine et intéresse aussi bien les adultes que les enfants. Il est entré dans
nos vies avec ses connaissances, ses réseaux multiples, ses jeux. Les
enfants se sont approprié de façon naturelle ce monde, seuls ou à
plusieurs. Ils y sont totalement à l’aise. C’est pour eux une grande source
de plaisir, de distraction, d’apprentissage et de liens avec leurs
camarades. Mais l’adulte s’inquiète quand l’enfant n’en décroche plus et
passe ses journées devant les écrans.
« Romain, 12 ans, est scotché à ses jeux vidéo et à sa tablette. Je ne
sais plus comment faire, me dit Thomas, son père.
— Vous-même, êtes-vous souvent devant votre smartphone, votre
ordinateur ?
— Ne m’en parlez pas ! Je suis tout le temps connecté. Le soir, je
reçois des mails urgents auxquels je dois répondre impérativement et qui
m’obligent souvent à faire des recherches sur Internet. Certains soirs, j’ai
besoin de souffler et de me distraire et je regarde avec ma femme des
films, des séries sur l’ordinateur.
— Que ressentez-vous quand vous voyez Romain devant sa console
ou sa tablette ?
— Cela m’énerve, me met en colère et m’inquiète. Il ne va pas passer
sa vie sur un écran, à jouer, à être en réseau avec ses copains ! Je veux
qu’il lise et qu’il réussisse à l’école. C’est son avenir !
— Vous voit-il lire ?
— Vous croyez que j’ai le temps ? »
Si Thomas dit à son fils : « Cela suffit, maintenant. Je t’interdis d’être
sur ta tablette plus d’une heure par jour », il coupe la relation, l’échange
avec son fils en interdisant, en donnant des ordres. Romain sera alors très
en colère contre son père, se montrera distant avec lui et continuera
d’utiliser sa tablette en cachette.
Que pourrait dire Thomas à son fils pour garder le lien avec lui, lien
essentiel en ce début d’adolescence ? « Tu sais, je suis inquiet de voir le
temps que tu passes sur ta tablette. Je comprends qu’elle te passionne,
mais en dehors des jeux vidéo et de ta tablette, qu’aimes-tu, qu’est-ce qui
t’intéresse, te passionne ? » Romain lui répondra peut-être qu’il aime
aussi jouer au foot avec ses amis, jouer de la guitare, lire ? En
échangeant ainsi avec son fils, Thomas lui montre toute l’attention,
l’affection qu’il lui porte : il s’intéresse vraiment à lui, il ne le critique
pas, il le comprend, oui, une tablette, c’est captivant, ce qui ne
l’empêche pas de parler aussi de son inquiétude de parent qui souhaite
l’épanouissement de son fils et son ouverture au monde. Il l’incite au
dialogue en lui demandant quels sont ses pôles d’intérêt actuellement, et
lui propose ainsi de réfléchir à une autre façon d’organiser sa vie, sans
lui faire la morale. Puis ensemble, le père et le fils, vont décider du
temps « raisonnable » à passer devant la tablette. Un contrat est décidé.
La confiance est rétablie.

Ne pas oublier la diversité de la vie


Quand on parle des écrans, une des questions qui se posent, quel que
soit l’âge, enfant ou adulte, est de ne pas occulter la diversité de la vie, sa
richesse, et de ne pas s’enfermer dans une seule activité. Ne pas oublier
le plaisir de rencontrer les autres, de partager, de lire, de voyager, de
s’émerveiller de la beauté de la nature, de jardiner, de bricoler. Ne pas
oublier le plaisir de vivre son corps, de marcher, de courir, de nager, de
faire du sport. Se rappeler la joie que procure la pratique artistique :
jouer d’un instrument, peindre, sculpter, danser, faire du théâtre, etc.
Quand les adultes font ce qu’ils demandent à l’enfant, montrent
l’exemple, l’enfant comprend que la vie est multiple et ne se résume pas
à Internet. Si l’enfant, dès le plus jeune âge, voit que ses parents eux-
mêmes ne sont pas rivés à leurs écrans, ont des activités à l’extérieur
auxquelles de temps en temps l’enfant participe, alors il sera très naturel
pour cet enfant d’équilibrer la pratique des écrans avec d’autres activités
sportives, artistiques, associatives ou autres.

La télévision, les films, les séries


Une autre préoccupation parentale face aux écrans, aux jeux vidéo est
le contenu. Que regardent-ils ? Ne vont-ils pas voir des images
choquantes, traumatisantes ? De plus, un monde virtuel à haute dose
éloigne l’enfant de la réalité des rapports humains, de ses actions et de
leurs impacts.
En dessous de 3 ans la télévision est fortement déconseillée. L’enfant,
manipulant très bien la télécommande, peut voir des images violentes ou
incompréhensibles qui pourront avoir des effets très néfastes.
Le parent lui dira d’une voix douce et calme : « Je ne veux pas que tu
regardes, cela peut te faire peur. » L’enfant sera probablement très en
colère. « Oui, je comprends que tu sois en colère, tu voudrais regarder la
télévision, mais moi, je ne le veux pas. » Une fois la colère apaisée, le
parent le conduit vers une activité qui l’intéresse et bien souvent l’enfant
oublie la télévision.

Le cerveau immature de l’enfant ne lui permet pas


de prendre du recul par rapport aux flots d’images
Rappelons que l’amygdale cérébrale sous l’emprise de la peur sécrète des molécules de
stress très toxiques pour un cerveau immature. Les images violentes paniquent l’enfant tout
en le fascinant. Il n’a pas encore la capacité cérébrale pour analyser ce qu’il voit et prendre
du recul. Il emmagasine dans son amygdale, inconsciemment, ces souvenirs de peur qui
peuvent le rendre très anxieux.
De plus, il apprend les gestes et les mots de la violence en les regardant1.

Après 3 ans, vous pouvez regarder ensemble le programme de la


télévision, choisir avec lui ce qu’il souhaite voir, vous entendre sur la
durée qu’il passera à regarder l’émission de télé, son DVD, lui demander
d’éteindre lui-même son écran, son jeu vidéo. Tout cet apprentissage est
une formidable opportunité pour lui de dire ce qu’il aime, de lui
apprendre à faire des choix, de le rendre progressivement responsable. Il
y aura, bien entendu, des discussions, des dérapages. Si l’adulte est
bienveillant, comprend l’enfant, ces échanges seront fructueux et
l’enfant progressera.
En grandissant, les adultes doivent rester vigilants sur les séries, les
films, les jeux vidéo qui contiennent des histoires destinées aux adultes,
où se mêlent très souvent la drogue, les crimes, les relations sexuelles
violentes. Cette vision du monde très réductrice est très anxiogène pour
les enfants et les adolescents.
Regarder des films violents a un impact négatif
sur le cerveau
De très nombreuses publications relatent l’impact des films, des jeux violents sur le
cerveau et le comportement. En 2010, Maren Strenziok, chercheur à Bethesda, montre le lien
entre l’exposition à des médias violents et l’effet négatif sur le cortex orbito-frontal, structure
cérébrale essentielle pour la régulation des émotions, la capacité à éprouver de l’empathie, à
avoir un sens moral et à prendre des décisions. La vision de ces films violents favoriserait les
comportements agressifs.

Il est toujours très bénéfique d’échanger avec les enfants, les


adolescents, autour des films qu’ils ont vus. C’est une magnifique
occasion de partager des points de vue différents, de donner notre vision
du monde, de leur demander quelle est la leur, de leur signifier que leur
avis, leur réflexion, leurs idées nous importent, de les aider à s’exprimer,
à se confronter aux idées des autres sans porter de jugement péremptoire.
L’adulte ne sait pas ce qu’ils ont éprouvé devant ces images, ce qu’ils en
retiennent, l’impact qu’elles peuvent avoir sur eux. Certains films,
certaines scènes peuvent les bouleverser, les traumatiser, les déprimer en
leur faisant perdre l’énergie, l’envie de grandir pour entrer dans le
monde des adultes.

1. Tottenham 2012, 2014.


Notre couple, ce n’est pas toujours facile

L’arrivée d’un enfant met le couple à l’épreuve. Le temps de l’amour


insouciant est passé. L’homme, la femme deviennent parents,
responsables d’un enfant.

Les divergences d’éducation


Avant d’avoir un enfant, la plupart des adultes ont des idées
préconçues sur l’éducation, ils « savent » comment faire. Mais l’arrivée
de l’enfant les confronte aux difficultés réelles, quotidiennes, sur la
manière d’élever un enfant, et ils ne se sentent plus aussi sûrs d’eux.
Les façons d’éduquer sont multiples. Quel mode d’éducation choisir ?
Cette question peut être redoutable car les divergences de point de vue
sur l’éducation au sein du couple sont fréquentes. Un parent qui a vécu
une enfance avec des brimades, des humiliations n’aura pas la même
conception de l’éducation qu’un parent dont l’entourage a été
bienveillant et soutenant. Quand chacun a été élevé de façon très
divergente, les visions de l’éducation peuvent être à l’opposé et créer
beaucoup de tensions.
« Avant, on s’entendait parfaitement bien, mais depuis la naissance de
notre enfant, on se dispute tout le temps. On n’est jamais d’accord sur ce
qu’il faut faire avec lui. Moi, je suis pour une éducation ferme, avec des
principes. C’est moi qui commande à la maison et notre enfant doit
m’obéir immédiatement. Mon compagnon, c’est tout le contraire, il lui
laisse tout passer. Résultat : notre fils occupe toute la place, parle tout le
temps, mon compagnon l’écoute, et moi, j’ai l’impression de ne plus
avoir la parole, de ne plus exister. Je n’en peux plus ! »
Ces divergences très profondes dans la manière d’être avec l’enfant
provoquent parfois de véritables failles entre les deux partenaires. Leurs
conceptions du monde, de la vie s’opposent. Parfois, leurs visions si
différentes de l’humain ne leur permettent plus de vivre ensemble. Les
disputes sur des points fondamentaux deviennent quotidiennes. Il
n’existe plus de convergence.
« Ma compagne pense que l’être humain est mauvais, et que dès tout
petit, il faut le dresser, le punir pour qu’il marche droit. Elle est violente
avec notre fils, elle le gifle, lui donne parfois des coups de ceinture. Je ne
peux pas supporter cela. Mon fils souffre, il a très peur de sa mère. Il ne
lui dit plus rien. Il se renferme, devient triste. Moi, je pense le contraire,
j’ai confiance dans l’humain. Je crois que si dès tout petit on encourage
les enfants, on les soutient, on leur montre le chemin en leur donnant des
repères il n’y a jamais besoin de les violenter. Je suis passé par des
phases très difficiles car avant la naissance de mon fils, j’aimais cette
femme, profondément. Maintenant, je n’arrive plus à avoir de la
considération pour elle, elle ne traite pas notre fils avec humanité. Elle
me dit que son fils lui appartient et qu’elle a le droit de faire ce qu’elle
veut avec lui. Je prends conscience à présent de la violence qu’elle a
subie dans son enfance et qui rejaillit sur notre fils. Elle sait qu’elle ne
peut pas lever la main sur moi, il y a une loi qui nous protège, nous les
adultes. Pourquoi, en France, laisse-t-on les enfants, si fragiles, à la
merci de la violence des adultes ? J’ai donc décidé de me séparer d’elle.
Cette décision me soulage, mais maintenant j’ai peur à l’idée que mon
fils aille régulièrement chez sa mère ! »

Prendre le temps de s’occuper de son couple


« Mon compagnon se plaint, il trouve que je passe trop de temps avec
ma fille et que je ne m’occupe plus de lui comme avant. Il me dit : “Tu
aimes plus ta fille que moi.” »
Cette mère aime son bébé et lui donne le maximum de présence, de
temps. Elle n’est préoccupée que par sa fille. Cette attitude, lors des
premiers mois de vie du bébé, est nécessaire pour l’enfant et lui offre une
base de sécurité affective. Par contre, au bout de quelques mois, si la
mère n’est centrée que sur son enfant, de façon exclusive, le conjoint
se sentira délaissé, éprouvera beaucoup de ressentiment, des conflits
fréquents surviendront et pourront conduire à des séparations, si l’amour
qui unit ce couple n’est pas suffisamment solide.
« Depuis la naissance de Samir, on n’a plus jamais le temps de se
parler mon mari et moi. Avant, on sortait ensemble, on allait au cinéma,
au restaurant, on passait des bons moments tous les deux. Maintenant,
j’ai l’impression de vivre avec un étranger, on ne communique plus sauf
pour parler du quotidien, des courses, de la nounou. Je suis triste et
inquiète pour notre couple. Je ne sais même plus si je l’aime encore. Je
n’ai même plus envie de faire l’amour ; avant, j’en avais le désir. Si cela
continue, il va aller voir ailleurs. »
Après la naissance d’un enfant, quelques mois sont généralement
nécessaires pour rétablir l’équilibre entre les besoins des adultes et ceux
de l’enfant. Les parents ont donné beaucoup de temps, de présence,
d’amour à leur petit pour qu’il puisse se sentir en sécurité.
Progressivement, passé les premiers mois, il est indispensable pour tous
les deux d’avoir des moments où ils se retrouvent, échangent. Sans ces
temps d’intimité, ils peuvent très vite s’éloigner, ne plus se comprendre.
À chaque couple de trouver quand et comment il confiera l’enfant à une
personne de confiance (amis, famille, baby-sitter) pour aller au
restaurant, se promener, passer un week-end ensemble.

Les séparations
Quand l’entente n’est plus possible, que l’amour n’est plus là, que les
disputes sont incessantes, mieux vaut se séparer pour le bien de l’enfant.
Certains parents disent : « Je ne m’entends plus avec mon conjoint, je ne
l’aime plus mais je reste pour mon enfant, c’est mieux pour lui. » Ces
parents ignorent qu’assister à des conflits permanents, parfois violents en
paroles, en gestes, est très nocif pour l’enfant. Bien sûr, se séparer n’est
pas une décision facile à prendre. Souvent, un des deux conjoints est prêt
à se séparer, mais l’autre ne le souhaite pas. Cette décision demandera
parfois de longs mois, de longues années durant lesquels les conflits se
répéteront, usant parents et enfants. Ce moment de séparation laisse
souvent un sentiment d’échec, et reste une période très douloureuse pour
le couple et pour l’enfant, mais une fois que chaque parent retrouve son
équilibre affectif, l’enfant lui aussi s’apaise et redevient joyeux.

Assister à des disputes ou à des violences conjugales


a des effets néfastes sur le cerveau
Assister à des disputes, à des violences conjugales, a des conséquences très négatives sur
le développement du cerveau de l’enfant, entraînant des anomalies de la substance blanche
(les fibres nerveuses ou axones des neurones) qui conduisent parfois à de nombreux
troubles : dépression, anxiété, somatisation, troubles dissociatifs (troubles de l’identité,
dépersonnalisation)1.

Les familles recomposées


Les familles recomposées, fréquentes désormais, sont à l’image des
adultes qui les composent. Quand ceux-ci ont une intelligence
relationnelle, savent résoudre les conflits, elles sont alors un lieu vivant,
joyeux, enrichissant où les enfants apprennent vraiment le « vivre
ensemble ». Mais si les adultes sont en grande souffrance, en proie à la
jalousie, n’ont pas développé leurs facultés d’empathie, ces familles
seront le lieu de conflits, de disputes perpétuelles et auront des
conséquences très négatives sur le développement des enfants.

1. Choi, 2012.
Quand on n’en peut plus

Élever un enfant n’est pas simple. Quand un parent ne prend pas soin
de lui, de ses besoins, il se sent mal, ses frustrations, son énervement, sa
fatigue retentissent alors négativement sur l’enfant.
Quand un des parents me dit : « Je n’en peux plus, je craque », c’est
le signal qu’il ne vit pas comme il le souhaiterait. Y a-t-il suffisamment
d’échanges dans leur couple, prennent-ils le temps de se parler au sujet
de leur enfant, de l’éducation qu’ils souhaitent lui donner ? Ont-ils des
moments de bonheur à être en famille, avec leur enfant ? Ont-ils des
projets enthousiasmants qui les réunissent, les mobilisent ? Quand l’un
des parents se sent surchargé, ne peut-il demander de l’aide à son
conjoint, mieux répartir les tâches du quotidien pour ne pas se sentir à
bout face aux demandes légitimes de l’enfant ?
De façon plus individuelle, ce parent aurait-il envie de moments de
détente, de lire, de voir des amis, de danser, de faire du sport ? La
relaxation, le yoga, la méditation en pleine conscience contribuent à
retrouver calme et sérénité.

Parler, ne pas rester seul, partager ses


expériences avec avant tout des oreilles
bienveillantes :
famille, amis, groupes de parents, professionnels
« Je n’en peux plus, je sens que je pète un plomb ! Je ne supporte plus
rien, ni mes enfants, ni mon compagnon. Je les aime pourtant. Résultat :
je m’énerve, je crie, je fais n’importe quoi. J’aurais juste besoin de
moments où je souffle.
— Demandez-vous de l’aide à votre compagnon, à votre famille, à
des amis ?
— Je n’oserais jamais leur dire que je n’y arrive pas et que je suis
épuisée, j’aurais honte ! Tout le monde dit que je suis une femme forte.
Je dois assumer. C’est quand même pas sorcier d’élever des enfants, tout
le monde le fait. Ma mère en a élevé quatre et je ne l’ai jamais entendue
se plaindre. Elle ne comprendrait pas si je lui disais que j’en ai assez de
m’occuper des enfants et mon compagnon encore moins. Il n’y a qu’à
vous que j’ose dire cela. Mais je me sens soulagée de vous en avoir
parlé. »
Parler de ce qu’on ressent est indispensable. Les émotions
désagréables, la fatigue, l’épuisement, l’énervement, la colère, etc.,
qu’on ne veut pas entendre, mijotent tout doucement, puis bouillonnent
de plus en plus fort jusqu’à ce qu’elles explosent au grand jour,
entraînant des souffrances pour la personne et son entourage.

Quand on dérape, que dire à l’enfant ?


Tous les adultes, un jour ou l’autre, perdent patience, s’énervent, ont
envie de baisser les bras, disent des paroles ou ont des gestes qu’ils
regrettent aussitôt. Le reconnaître, s’excuser pour telle attitude, telle
parole, est très éducatif pour l’enfant. Cela lui apprend que les adultes
comme les enfants commettent des erreurs, qu’elles sont inhérentes au
chemin de la vie. L’enfant a une notion aiguë de ce qui est juste ou non.
Les adultes n’ont pas à craindre de perdre la face devant l’enfant s’ils
s’aperçoivent que leurs paroles ou leurs actes n’étaient pas justes ou
adaptés. Un enfant respectera beaucoup plus les adultes s’ils ont été
capables de reconnaître leurs faux pas. Il est toujours possible de dire :
« Je suis désolé. Je regrette de t’avoir dit cela, de t’avoir menacé, puni,
giflé, etc. J’étais très énervé et je n’ai pas pris le temps de réfléchir... Je
ne souhaite plus me comporter comme cela. » L’essentiel est de le
reconnaître, de ne pas persévérer dans ces erreurs et de pouvoir en parler.
L’enfant imitera alors l’adulte en ne s’effondrant pas quand il se
trompera. Ce sera pour lui une occasion de mieux se comprendre,
d’apprendre et de repartir.
Quand l’adulte a reçu une éducation dure,
avec des humiliations, devenir empathique,
bienveillant avec son enfant demande parfois
du temps
Un certain nombre d’adultes, quand ils deviennent parents, me
disent : « Je ne veux surtout pas faire subir à mes enfants ce que j’ai
vécu. C’était horrible. » Ils souhaitent une relation harmonieuse, pacifiée
avec leur enfant. Mais ils réalisent souvent que ce n’est pas si simple :
« C’est terrible, de temps en temps je me surprends à prononcer les
mêmes phrases que ma mère. Je sens que c’est plus fort que moi. » Il n’y
a pas de recette magique avec des résultats immédiats pour avoir une
relation de qualité avec les autres. Il faut du temps. Le parcours peut être
long.

S’entourer de personnes bienveillantes aident à résilier


Tout être humain est capable de progresser, de s’améliorer dans sa relation à l’autre si les
traumatismes initiaux n’ont pas été trop importants. Mais il ne peut pas le faire seul. Il a
besoin d’être entouré d’adultes qui sont eux-mêmes empathiques, bienveillants, soutenants :
amis, famille, collègues.
La bienveillance de ces personnes rejaillit sur lui. Il sécrète alors de l’ocytocine qui rend
plus sensible aux émotions des autres, apaise et augmente les capacités d’affection. Le cercle
vertueux est enclenché. Il résilie.
Dans la mesure du possible, une des solutions est de s’éloigner des personnes
malveillantes qui nous blessent et nous humilient, car ces personnes ont des effets très
négatifs, elles nous stressent et empêchent la sécrétion de cette molécule si bienfaisante :
l’ocytocine. Le cercle vicieux se met en route. Sans ocytocine, nous sommes anxieux, nous
avons des difficultés à comprendre les autres et à tisser des liens.

Quand l’adulte a vécu une éducation dure, avec des humiliations


verbales et physiques, la relation avec l’enfant peut réveiller des
blessures enfouies et non cicatrisées. L’adulte est très surpris de constater
qu’il stresse, perd patience, s’énerve avec l’enfant. Il est bon alors de se
faire aider pour cicatriser ces blessures d’enfance et s’apaiser. Consulter
des psychologues, des médecins, chaleureux et bienveillants, s’avère
souvent très utile et très bénéfique.

Les groupes de parole de parents


sont d’une grande aide
Il existe de très nombreux groupes de parents, avec des ateliers de
mise en pratique. Parmi tous ces groupes, je peux recommander les
groupes de parents animés par Arnaud Deroo, Isabelle Filliozat,
Catherine Dumonteil-Kremer, les groupes de Faber et Mazlich, de
Dodson. Il en existe bien d’autres. Ce sont des lieux de grand
ressourcement pour les parents, de bienveillance, d’entraide mutuelle où
les parents compris dans leurs difficultés ne se sentent plus seuls, se
ressourcent et reprennent confiance en eux. Ils y puisent beaucoup
d’idées pour améliorer la relation avec leur enfant.
Il existe aussi les points info écoute parents-familles, des lieux
d’accueil parents-enfants – par exemple les LAEP, financés par les
caisses d’allocations familiales (CAF) –, des maisons de la famille
appelées « maisons ouvertes » ou « vertes » sur toute la France, etc. Vous
pouvez vous renseigner auprès des mairies et vous y trouverez les
coordonnées de tous ces lieux.

Plaidoyer pour la communication


non violente ou CNV
J’ai déjà évoqué mon souhait de faire entrer la CNV à l’école. Mais je
rêve que les enfants, les parents, grands-parents et tous les adultes
professionnels ou non, en contact avec les enfants, se forment en CNV.
Pourquoi ?
Parce que cette façon de communiquer ne va pas de soi, elle
s’apprend. Il est toujours surprenant de réaliser que parler avec empathie
s’apprend et à tout âge. Nous pouvons toujours progresser dans la qualité
de nos relations avec les autres. « Mais moi, je suis empathique, je
comprends les gens ! » disent un certain nombre de personnes n’ayant
pas du tout conscience que dans les échanges ils veulent toujours avoir
raison, et que leurs jugements, reproches, critiques enveniment bon
nombre de leurs relations. Nous apprenons tout, sauf à savoir
communiquer avec l’autre sans rejeter sur lui notre détresse, notre colère,
notre inquiétude, notre impuissance.
Le mot « violence » dans l’appellation CNV peut heurter. « Mais moi,
je ne suis pas violent dans mes relations. » Je préfère personnellement le
terme de « communication bienveillante » ou « consciente ». Le plus
souvent, les critiques, les piques, l’ironie sont des automatismes de
pensée, inconscients. Nous ne faisons pas « exprès » de blesser l’autre,
mais les faits sont là, l’autre se sent humilié et ne veut plus échanger.
La CNV est un outil fantastique de transformation personnelle et
d’amélioration de la relation. Elle apporte une connaissance et une
conscience de soi, permet de retrouver ce qui donne sens à nos vies.
Quand les adultes prennent le temps de s’interroger, ils constatent
qu’ils se sentent heureux, enthousiastes, quand leurs relations sont
harmonieuses, et qu’ils souffrent terriblement quand elles sont violentes,
chaotiques. Beaucoup d’adultes s’épuisent dans des conflits familiaux,
au travail, à l’école, qui laissent tout le monde K-O. Le plus souvent les
relations sont envenimées par les jugements, les critiques, les reproches
que nous faisons aux autres et qui ferment tout échange. Les accusations
– « C’est ta faute si je me trouve dans cet état » – nous empêchent de
comprendre que les sentiments « désagréables » que nous éprouvons –
« Je suis très malheureux » – sont le reflet de nos besoins profonds
insatisfaits.
Par exemple, cette mère me dit : « Ma fille m’épuise, elle est
infernale et je le lui dis. Elle fait des caprices sans arrêt. Comme si je
n’avais pas assez de choses à faire avec mon travail, la maison à tenir,
mon conjoint. » En pratiquant la CNV, elle prendrait d’abord le temps de
sentir et de comprendre ce qu’elle éprouve en plus de cette sensation de
fatigue. Progressivement, elle serait plus consciente d’elle-même, de sa
fille et de ce qu’elle souhaiterait profondément. Elle y verrait plus clair
sur la façon d’orienter sa vie. Elle pourrait alors découvrir une façon
d’être qui améliorerait la situation. Elle parlerait avec des mots qui ne
blessent pas sa fille, elle apprendrait à ne pas la juger ou la critiquer.
Quand cette femme parle comme cela, que ressent-elle ? Elle dirait
peut-être qu’elle se sent dépassée, surprise de voir qu’un enfant demande
beaucoup d’attention et qu’elle ne s’y attendait pas du tout. Elle
exprimerait sa colère contre elle-même et sa fille, puis sa déception de ne
pas parvenir à avoir des relations apaisées. Ensuite, elle réaliserait
qu’elle s’est perdue, oubliée et qu’elle ne vit plus comme elle le
souhaiterait. Ayant pris conscience de tous ses ressentis, elle pourrait
petit à petit trouver elle-même une façon de vivre qui la satisfasse
profondément et qui tienne compte de ses besoins à elle, des besoins de
sa fille et de son conjoint. Elle deviendrait tendre avec sa fille, à son
écoute. Elle me dirait alors qu’à sa grande surprise sa fille n’est plus du
tout impossible et ne fait plus de caprices. Dès que les adultes sont
bienveillants avec l’enfant, celui-ci comme par miracle améliore son
comportement et n’est plus « infernal »...
Origine de la CNV : Carl Rogers
La CNV est issue de la psychologie humaniste représentée par Carl
Rogers (1902-1987), psychologue humaniste américain et réel
« bienfaiteur de l’humanité ». Ce n’est pas une idéologie. Son approche
centrée sur la personne et l’éducation met l’accent sur la qualité de la
relation : l’écoute empathique, le non-jugement, une attitude chaleureuse
et encourageante.
Marshall Rosenberg (1934-2015) fut l’élève de Carl Rogers. Il est le
fondateur de la CNV et l’a diffusée dans le monde entier. Actuellement,
les formateurs et les personnes qui pratiquent la CNV sont nombreux en
France et les stages sont ouverts à tous.

CNV et neurosciences affectives


Tout ce livre parle d’empathie et montre que sans empathie pour soi-même et pour
autrui, l’être humain ne peut s’épanouir comme le confirment les recherches en
neurosciences affectives et sociales. Carl Rogers et Marshall Rosenberg, véritables pionniers,
l’avaient compris et intégré dans leurs pratiques.

Favoriser l’empathie prévient la violence


Je rêverais que la CNV soit pratiquée par les adultes et les enfants dès
la toute petite enfance, dans les maternités, les services de pédiatrie, dans
les lieux d’accueil, les crèches, les haltes-garderies. À l’école, de
multiples souffrances inutiles seraient évitées. La fatigue et la violence
qui règnent dans de nombreux endroits seraient diminuées. Ce serait
extrêmement bénéfique aussi bien pour les adultes que pour les enfants.
Tout le monde y gagnerait. Ce serait une véritable révolution pacifique.
Comprendre, apaiser, soutenir, encourager

Dans ce chapitre, je souhaite résumer les attitudes des adultes qui


permettent à l’enfant de se développer au mieux.
De quoi l’enfant a-t-il réellement besoin ? Comme tous les besoins,
ceux de l’enfant sont universels. Nous, adultes, avons les mêmes que lui.
Nous souhaitons être compris, soutenus, encouragés. Une des différences
entre l’enfant et l’adulte est, comme je l’ai souligné à plusieurs reprises,
l’immaturité et la grande fragilité de son cerveau qui rendent ses besoins
de compréhension, de mise en confiance, d’attention et de tendresse
encore plus indispensables.
Bien souvent, les adultes, sans en avoir réellement conscience, parlent
à leur enfant avec dureté, alors qu’ils ne se permettraient jamais
d’échanger de cette façon-là avec des adultes, amis, collègues, etc.
Quand l’enfant ne reçoit pas les nourritures affectives nécessaires, les
conséquences sur son développement cérébral, et donc pour ce qu’il est
et va devenir, peuvent être très graves et engendrer de nombreuses
souffrances, des troubles du comportement, et le rendre anxieux,
agressif, déprimé.
Véronique vient me voir pour son fils de 10 ans :
« Il est ingérable, il n’en fait qu’à sa tête. C’est de pire en pire. On ne
sait plus comment faire, mon conjoint et moi. On le punit régulièrement,
mais tout glisse sur lui.
— Que souhaitez-vous lui transmettre ?
— Il faut qu’il apprenne que le monde est dur, il faut qu’il s’adapte à
la société. Le monde du travail, ce n’est pas les Bisounours ! Je veux
qu’il s’endurcisse pour qu’il puisse plus tard affronter notre monde.
— Que ressentez-vous vis-à-vis du monde du travail ? Vous convient-
il ?
— Je trouve cela insupportable. Moi, dans ma société, l’ambiance est
irrespirable, tout le monde fait la tête, les chefs sont durs, autoritaires,
désagréables. On est surveillés, contrôlés en permanence. Personne ne se
fait confiance, la méfiance règne. C’est très stressant.
— Vous souhaiteriez quoi ?
— Qu’on me fasse confiance. Je travaille beaucoup mieux quand je
me sens considérée, que je n’ai pas de pression et que l’ambiance est
agréable.
— Vous savez probablement qu’il existe des entreprises qui
fonctionnent comme cela, où les personnes peuvent se reposer quand
elles sont fatiguées, peuvent se détendre, faire du sport, où les managers
n’entretiennent pas des rapports de domination. Les personnes sont
heureuses de travailler dans ces conditions-là, elles progressent,
s’épanouissent et donnent le meilleur d’elles-mêmes.
— Mais moi, je ne peux pas changer la société dans laquelle je
travaille !
— Souhaitez-vous changer l’ambiance dans votre foyer ? Auriez-
vous envie que cela se passe mieux à la maison ?
— Bien sûr.
— Ne pensez-vous pas que si l’ambiance à la maison est bonne, que
vos enfants sentent, comprennent qu’il est possible de vivre ensemble
sans rapports de force, que c’est une source de bonheur, ils pourront eux-
mêmes plus tard diffuser cela autour d’eux et apporter cet état d’être à
leur travail ?
— Moi qui croyais qu’il fallait endurcir mon enfant, j’entrevois qu’il
est possible d’agir autrement. Nous allons réfléchir mon compagnon et
moi pour que l’ambiance à la maison devienne chaleureuse. »
Cet échange reflète ce que toute personne souhaite quel que soit son
âge. Dès que l’adulte prend le temps de sentir ce qu’il aimerait vivre
réellement, il dit son désir profond de pouvoir s’exprimer, d’être écouté,
reconnu, considéré, respecté, aimé, de sentir qu’on lui fait confiance,
d’être libre quelles que soient les circonstances, les lieux, les conditions
sociales, l’âge. Quand l’adulte se connecte avec ce qu’il souhaite, il
comprend que son enfant souhaite la même chose.
Exprimer soi-même ses émotions devant l’enfant
Pour l’enfant, l’adulte est un modèle. Si l’enfant entend l’adulte
exprimer ses émotions, agréables ou désagréables, il l’imitera :
« Aujourd’hui je me sens plein d’enthousiasme, d’énergie », ou au
contraire : « Je sens que je perds patience, la colère pointe son nez ! Oh
là là ! Cela me fait du bien de le dire, je me sens déjà mieux. » Valentin
pouffe de rire en entendant sa mère, il comprend très bien ce qu’elle
éprouve. La situation qui risquait d’être explosive est dédramatisée, la
mère s’apaise et se met, elle aussi, à rire.
Exprimer ses émotions ne signifie pas
tout dire à son enfant
La vie privée, intime, ne regarde pas l’enfant. Certains adultes parlent
de leur vie personnelle à leur enfant : « Ton père ceci, ta mère cela. »
Cela est très délétère pour l’enfant, il devient partie prenante de la vie
privée de ses parents et on lui fait porter une responsabilité qu’il ne peut
assumer. L’enfant peut alors devenir anxieux, déprimé, agressif.
En cas de grands désaccords, de séparation, le parent parlera bien
entendu à son enfant, mais sans donner de détails. Il dira par exemple :
« Tu vois, en ce moment, on n’arrive plus à s’entendre, on se fait du mal.
Il vaut mieux qu’on se sépare. Ce n’est bon ni pour nous de rester
ensemble, ni pour toi de vivre avec des parents qui se disputent sans
cesse et qui ne s’entendent plus. Par contre, même si ton père et moi
nous ne vivrons plus ensemble, nous prendrons toujours soin de toi, nous
resterons toujours tes parents, nous t’aimerons toujours. » Pour l’enfant,
cela suffit, il n’a pas besoin d’en savoir plus.
Aider l’enfant à exprimer ce qu’il ressent
Quel que soit l’âge de l’enfant, il est bon de l’encourager, de le laisser
exprimer ce qu’il ressent, ses émotions, que celles-ci soient agréables ou
désagréables.
« Quand il me dit qu’il est heureux, qu’il m’aime, je me sens bien, je
suis satisfaite, je me dis que je suis une bonne mère. Mais dès qu’il me
dit : “Je suis triste, inquiet, malheureux”, immédiatement je me sens mal,
je culpabilise en me disant que je suis une mauvaise mère et je cherche
ce que j’ai fait de mal avec lui. » Accueillir, accepter les émotions
désagréables de ceux qu’on aime n’est pas simple. On voudrait qu’ils
soient heureux. La tendance est souvent de minimiser ce qu’ils
ressentent, de dire alors : « Ce n’est pas grave, tu n’as aucune raison de
t’inquiéter », « Arrête de te regarder le nombril, tu as tout pour être
heureux et tu te plains ? Est-ce que tu penses parfois à tous ceux qui sont
réellement malheureux sur cette terre ? ».
Cette façon fréquente de répondre est « normale » car nombre
d’adultes n’ont pas « appris » à exprimer leurs émotions. De plus, parler
de ses émotions désagréables est généralement pris pour un aveu de
faiblesse dans une société qui valorise « le devoir d’être toujours en
forme », mais elle nous culpabilise, nous empêche de nous comprendre,
de nous connaître et de trouver alors le moyen d’être en accord avec
nous-mêmes, d’avancer, de trouver le courage de vivre comme on le
souhaiterait.
Dès qu’un enfant commence à exprimer de telles émotions, l’attitude
empathique de l’adulte, qui est d’être totalement ouvert, à son écoute, en
prenant le temps de sentir et de comprendre ce qu’il ressent, sans
l’interrompre, sans jugement, sans faire la morale, va lui permettre de
mieux se connaître, d’oser aller plus en profondeur. Les jours suivants, il
vous dira peut-être, en fonction de son âge et de sa capacité à mettre des
mots sur ses émotions, puis à faire des choix : « Tu sais, en fait je ressens
aussi cela. J’ai réfléchi, je pense que maintenant je ferai comme ceci ou
comme cela. »

Exprimer ses émotions est bénéfique


Exprimer ses émotions désagréables nous apaise en calmant l’amygdale cérébrale, centre
de la peur qui provoque la sécrétion des molécules de stress. L’amygdale cérébrale est alors
moins active et nous sommes moins stressés.
Exprimer ses émotions, celles des autres, comprendre leurs causes renforcent la
sociabilité, le souci des autres, l’entraide1.

Quel que soit son âge, dès tout petit, dire à l’enfant : « Là, je pense
que tu es en colère, inquiet, impatient, heureux, excité, enthousiaste. Est-
ce bien cela ? » Bien sûr, l’enfant tout petit ne pourra pas vous répondre :
« Oui, c’est ce que je ressens », mais cela « entraîne » l’adulte à ne pas
plaquer sur son enfant des sentiments que lui ne ressent pas et apprend à
l’enfant à mettre un nom sur ce qu’il vit. On se trompe très souvent sur
ce qui traverse l’autre, lui seul peut dire ce qu’il éprouve. Dire : « Tu es
triste, inquiet, désemparé » comme une affirmation alors qu’il ne le
ressent pas est un non-respect et une prise de pouvoir sur lui. Par contre
lui demander : « Es-tu triste, inquiet ? » est une aide, lui permet de
prendre le temps de se connecter à ses émotions, de sentir si oui ou non il
éprouve cela, et, très souvent, l’enfant s’apaise en entendant ces mots,
car l’adulte le comprend et ne le gronde pas. Si l’entourage aide l’enfant
à exprimer ses émotions, progressivement, à partir de 3-4-5 ans, il pourra
mettre les mots justes sur ce qu’il ressent, il saura identifier et nommer
ses émotions. Il aura acquis une conscience et une connaissance de lui-
même.
« Se mettre à la place de son enfant », sentir,
comprendre ce qu’il éprouve, ses sensations, ses émotions, est
une des clés de la relation parents-enfant
Une telle attitude permet de reconsidérer beaucoup d’habitudes dans
notre manière d’élever un enfant. Le parent peut alors trouver lui-même
bien des solutions à des questions quotidiennes et être créatif sans avoir
recours à Internet, aux livres ou à diverses consultations.
Prenons un exemple concret qui concerne le bébé. Quelle est la
meilleure position quand il boit au sein ou au biberon ?
Se mettre à sa place, avoir de l’empathie pour lui, pour ce qu’il
ressent, nous aide à adopter une position qui lui soit confortable. Durant
les trois premiers mois, le repas est un moment particulièrement
important pour lui et répété cinq à huit fois par jour. Que constate-t-on ?
Le bébé boit le plus souvent en position allongée, qu’il soit au sein ou au
biberon. Beaucoup de mères aiment donner le sein allongées, elles sont à
l’aise, reposées, elles se sentent bien. Quand la mère est assise, le bébé
est souvent aussi en position allongée ou semi-allongée pour boire son
biberon ou téter au sein. Prennent-elles en compte ce qu’éprouve leur
enfant ?
Nous, adultes, buvons-nous en position allongée ? Non ! Boire
allongé est difficile et peut entraîner des fausses routes ! Est-ce
confortable ? Non. La réponse est alors évidente : mettre le bébé le plus
proche possible de la verticale pour le biberon ou pour la tétée sera plus
confortable pour lui et les régurgitations fréquentes à cet âge seront
diminuées. L’expérience montre que certains bébés qui ne régurgitent
pas ne semblent pas gênés de boire allongés. Se sont-ils adaptés, ou ne
montrent-ils pas leur inconfort ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que
je ne connais pas d’adultes qui boivent spontanément en position
allongée et qui trouvent cela agréable.
Cet exemple tout simple nous confirme que dès que nous nous
mettons à la place de notre enfant, que nous comprenons ses sensations,
ses émotions, nous pouvons trouver des solutions pour lui offrir une vie
plus agréable.
Apaiser, câliner, avoir une attitude bienveillante
Quand l’enfant est en proie aux doutes, à la colère, à l’anxiété, à la
tristesse, l’attitude calme, douce de l’adulte l’apaise. Si l’enfant a besoin
d’être réconforté, pris dans les bras, le câliner, quel que soit son âge, lui
fera sentir cet amour inconditionnel, base de tout épanouissement. « Oui,
je suis aimé et non rejeté quand je suis triste, anxieux, en colère, plein de
doutes. » Quand l’enfant sait qu’il peut exprimer sans réserve ses
émotions, qu’il est écouté, compris, la maison familiale est ce lieu de
ressourcement, d’apaisement indispensable où il peut partager ses joies
et ses peines. Il repartira réconforté, plus confiant vers ce qu’il est lui,
vers ce qui l’intéresse.
Il est indispensable de transmettre à l’enfant que les doutes, les
erreurs sont inhérents au chemin de la vie, et sont un formidable tremplin
pour apprendre.
Si l’enfant sent qu’il n’est pas jugé, critiqué, que ses parents ne sont
pas intrusifs, il continuera d’échanger avec ses parents même à
l’adolescence quand il en aura besoin. Sinon, adolescent, dans ses
moments de doute, il cherchera de l’aide, du réconfort, ailleurs.
« Je veux savoir ce que mon enfant pense. Il ne me dit rien. Je veux
connaître ses relations, savoir qui il fréquente. » Le parent s’inquiète,
veut protéger son enfant. Mais une attitude intrusive, qui force l’enfant
ou l’adolescent à s’exprimer quand il n’en a pas envie, produira l’effet
contraire, et l’enfant, se sentant surveillé, se fermera.
Parfois, l’enfant, l’adolescent s’ouvrent, se confient à des moments
inattendus. Il faut alors savoir se rendre disponible. Ne pas leur répondre
risquerait de les décevoir et de rompre un lien parfois fragile à
l’adolescence.
L’amour s’exprime à travers toute notre personne, notre attitude
d’ouverture, notre regard, notre ton de voix, nos gestes, nos paroles.
L’amour est vivant et a besoin d’être vécu, exprimé. Câliner l’enfant,
avoir un regard, une voix, des gestes, des mots tendres sont une
nourriture indispensable à tout âge. Mais ce n’est pas toujours le bon
moment, surtout à l’adolescence. « Oh ! Arrête de m’embêter, tu me
colles. Laisse-moi tranquille. » Le parent se sentira rejeté. Si le parent a
des doutes sur le moment adéquat, il peut demander : « Veux-tu un
câlin ? » Cela est clair, ne choque pas du tout l’enfant ou l’adolescent et
leur transmet que demander simplement si l’autre souhaite telle ou telle
attitude fluidifie la relation.

Apaiser, câliner, avoir une attitude bienveillante agissent en profondeur sur l’être
humain, font sécréter de l’ocytocine et maturer les lobes frontaux
• Apaiser, câliner, avoir une attitude bienveillante font sécréter de l’ocytocine, molécule de
l’amour, de l’amitié, de l’empathie chez celui qui la reçoit et chez celui qui donne cette
attention. Elle agit sur les structures cérébrales qui nous permettent de décrypter l’expression
des yeux, du visage, d’être empathiques : de sentir, de comprendre les émotions de l’autre.
L’ocytocine est une molécule indispensable pour être pleinement vivant et heureux car plus
on a d’ocytocine, plus on sent, plus on comprend les émotions de l’autre. On peut alors avoir
des relations satisfaisantes, être sociable, aimer. Un sentiment de bien-être, d’apaisement
nous envahit2.
• Apaiser, câliner, avoir une attitude bienveillante participent à la maturation des lobes
frontaux, du cortex orbito-frontal. Ces structures cérébrales permettent à l’enfant de gérer ses
émotions, et favorisent sa faculté de discernement et son sens moral3.

La bienveillance, l’affection, l’empathie sont le socle pour que


l’enfant devienne un humain au sens noble du terme : un humain
sociable, coopérant, aimant, libre, sachant faire des choix et ayant un
sens moral.
Apaiser, câliner ne signifient pas céder
Beaucoup d’adultes confondent bienveillance et laxisme. « Je ne vais
quand même pas le laisser faire tout ce qu’il veut ! » Non, bien sûr.
Comprendre l’enfant, l’apaiser, le câliner ne signifient pas que l’adulte
va céder et accéder à toutes ses envies. L’enfant a absolument besoin
d’un adulte qui lui transmette des valeurs, donne des repères, mais c’est
l’attitude empathique, patiente, douce qui est essentielle et qui permettra
aux remarques du parent, de l’adulte d’être entendues. Plus l’enfant aura
reçu d’empathie, moins il sera nécessaire de le « recadrer ». Il aura
intégré progressivement ce que l’adulte lui a transmis.
Encourager, soutenir l’enfant
Quand l’enfant dit avec enthousiasme : « J’ai envie d’essayer cela, de
faire telle expérience », l’encourager à explorer, découvrir, vivre
intensément, bien entendu en fonction de son âge et de ce qu’il propose,
lui donnera de l’allant, de la créativité et du plaisir à vivre. Quand il
entend : « Tu vas te planter, tu n’y arriveras pas », la peur de l’échec
l’inhibe totalement et il n’ose pas vivre pleinement. Encourager ses
efforts est un vrai soutien et l’incite à ne pas se décourager malgré les
erreurs, les échecs, les difficultés. Lui faire confiance, lui donner de la
liberté l’aideront à faire les choix qui lui conviennent, à se connaître, à
tâtonner, à se tromper, puis à rebondir pour trouver le sens qu’il souhaite
donner à sa vie.

Soutenir l’enfant fait sécréter de la dopamine,


molécule du plaisir à vivre et de la motivation
Soutenir l’enfant, l’encourager font sécréter de l’ocytocine qui elle-même entraîne la
production de dopamine, molécule cérébrale qui donne du plaisir à vivre, stimule la
motivation et la créativité. Quand l’enfant va vers une activité avec enthousiasme, avec
motivation, il décuple ses capacités d’apprentissage et les chances de réaliser son projet4.

Bannir les étiquettes, les jugements


Les étiquettes négatives ou positives, les jugements émis sur les
autres, enferment et n’aident pas dans la connaissance de soi. De plus,
très souvent, en disant : « Tu es ceci, cela », on se trompe. La personne
qui entend ces jugements erronés est troublée et se sent incomprise.
C’est à la personne, et ici à l’enfant, de dire ce qu’il ressent de lui-même.
Donner des repères et faire confiance
L’adulte transmet des repères à l’enfant et, lorsqu’il n’est pas
d’accord avec son attitude, il lui propose de chercher des solutions avec
lui.
L’adulte lui donne ainsi la liberté nécessaire pour qu’il puisse choisir
ce qui lui convient le mieux. L’enfant prend confiance en lui, peut
expérimenter, se tromper et repartir. Son esprit d’initiative et son
autonomie se renforcent.
La pleine conscience peut être une grande aide
pour l’enfant
Les enfants, actuellement, sont soumis à une multitude de
sollicitations. Ils évoluent souvent dans un environnement agité,
dispersé. Leur transmettre le goût de moments de calme, de
concentration, de présence à soi et au monde leur plaît beaucoup. Ils y
prennent un immense plaisir.
Eline Snel, thérapeute hollandaise, pratique la « pleine conscience »,
depuis de nombreuses années, avec des enfants à partir de 5 ans. La
« pleine conscience » met sur la voie du respect de la vie et de
l’émerveillement, un moyen formidable pour les adultes de se faire du
bien aussi en pratiquant avec les enfants.
Christophe André, dans la préface du livre d’Eline Snel, Calme et
attentif comme une grenouille, rappelle qu’il existe de nombreux travaux
qui confirment l’intérêt de cette pratique auprès des enfants. Celle-ci
favorise l’équilibre émotionnel, les capacités de résilience, la qualité des
échanges familiaux et les capacités attentionnelles, notamment dans le
travail scolaire et les apprentissages. Connaissant tous les bénéfices de
cette pratique, il serait vraiment dommage de s’en priver !

1. Brownell 2013, Ornaghi 2015.


2. Michalska 2014.
3. Whittle 2014.
4. Love 2014.
En résumé

Pourquoi faire référence aux données des neurosciences affectives et


sociales ?
Parce qu’elles nous aident à mieux comprendre l’enfant. Ces
recherches nous disent que :

Une grande partie du cerveau est dévolue aux relations sociales et


affectives, ce qui prouve leur importance capitale pour le développement
de l’humain. L’enfant est un être profondément sociable. Il a besoin de
nouer des relations avec des adultes qui le comprennent, le réconfortent
et le soutiennent.

L’enfant naît avec un cerveau très immature qui explique :


• certaines de ses réactions. Il ne peut pas se « contrôler » et se
comporter comme un adulte ;
• qu’on ne peut pas lui demander de faire ce que son cerveau n’est
pas capable de comprendre.

Le cerveau de l’enfant est particulièrement fragile et malléable.


• Les relations qu’il vit avec son entourage modifient le
développement global de son cerveau et agissent sur son cerveau
intellectuel (mémoire, apprentissage, pensée) et sur son cerveau
affectif (émotions, sentiments, capacités relationnelles).
• Le cerveau de l’enfant ne se développe bien intellectuellement et
affectivement que s’il reçoit de la bienveillance, de l’empathie, du
soutien. Dès qu’on soumet l’enfant à des relations dures, non
bienveillantes, son développement est entravé.
Le cerveau de l’enfant est très immature :
Son cerveau supérieur, les circuits qui le relient aux cerveaux
émotionnel et archaïque ne sont pas matures et sont peu fonctionnels.

Le petit enfant est dominé par son cerveau archaïque qui le pousse à
réagir instinctivement pour sa survie. Il attaque, fuit ou est sidéré quand
il se sent en danger ou que ses besoins fondamentaux (besoin
d’affection, d’attention, de protection, d’exploration, de calme, etc.) ne
sont pas assurés.

Le petit enfant est dominé par son cerveau émotionnel, il vit ses
émotions avec une extrême intensité : ses peurs, ses chagrins, ses colères
sont très profonds. Il est perdu et submergé par ces véritables orages
émotionnels.

Le petit enfant, de la naissance à 5 ans, ne peut pas contrôler ses


émotions. Son cerveau supérieur, qui permet de prendre du recul,
d’analyser la situation, n’est pas encore mature.

L’enfant ne peut se calmer seul. Quand il est laissé seul face à ses
émotions de tristesse, de colère, de peur, son amygdale cérébrale active
la sécrétion de molécules de stress du cortisol, de l’adrénaline, qui en
quantité importante peuvent être très toxiques pour son cerveau et tout
son organisme.

Mettre des mots sur ses émotions est bénéfique. Cela apaise
l’amygdale cérébrale, équilibre le système nerveux végétatif. Les
molécules de stress toxiques pour le cerveau immature diminuent.
Le cerveau de l’enfant petit est très fragile et très malléable :
Le cerveau ne se développe bien intellectuellement et affectivement
que s’il reçoit de la bienveillance, de l’empathie, du soutien.

Quand l’adulte est soutenant, bienveillant, empathique avec l’enfant,


il participe à la maturation progressive de son cerveau. Il permet le
développement du cortex préfrontal et d’une structure cérébrale
extrêmement précieuse, le cortex orbito-frontal ou COF, puisqu’elle a un
rôle dans nos capacités d’affection, d’empathie, la régulation des
émotions, dans le développement du sens moral et l’aptitude à prendre
des décisions.

Plus l’adulte est bienveillant et empathique avec l’enfant, plus


l’enfant devient lui-même empathique et bienveillant.

L’enfant imite via les neurones miroirs. L’adulte est donc un modèle
pour l’enfant, son influence est majeure. Ce que fait, dit l’adulte, l’enfant
le reproduit.

Rassurer, câliner, en mots, en gestes, font sécréter de l’ocytocine qui


apporte à l’enfant et à l’adulte du bien-être et augmente ses capacités
d’affection, d’empathie, de coopération, de confiance, et diminue le
stress.

Materner l’enfant (le rassurer, le sécuriser, le consoler) quand il est


triste, anxieux, quand il a peur modifie l’expression de gènes qui nous
permettent de mieux faire face au stress, et accroissent le développement
de l’hippocampe, structure cérébrale nécessaire à la mémoire et à
l’apprentissage.

Soutenir, encourager l’enfant, l’inciter à découvrir, à explorer, font


sécréter de la dopamine, molécule qui donne du plaisir à vivre, nous
motive, nous rend créatifs et entreprenants. Ces attitudes favorisent
également le développement de l’hippocampe que nous venons
d’évoquer.

Le stress est très nocif pour un cerveau immature et fragile. Quand le


stress est important, prolongé, le cortisol peut détruire des neurones dans
des zones importantes du cerveau : cortex préfrontal, cortex orbito-
frontal, hippocampe, corps calleux, cervelet.

La dureté des mots et des gestes empêche la maturation du cerveau,


altère son développement et ne permet pas à l’enfant de réguler ses
émotions.
Les mots humiliants, les cris, les menaces, les gifles, les fessées ont
des conséquences nocives sur le développement du cerveau. Ils
augmentent les difficultés d’apprentissage et rendent l’enfant anxieux,
dépressif, agressif. Plus tard, il pourra développer des comportements
déviants (violence, rupture sociale, addictions aux drogues, à l’alcool...).

Quand l’adulte n’est pas bienveillant ni empathique envers l’enfant,


celui-ci devient comme l’adulte, non bienveillant, non empathique.

Pour aller bien, l’enfant a besoin :


• de l’amour inconditionnel de ses parents, mais cela ne suffit pas,
il a besoin aussi :
• de recevoir de l’empathie, c’est-à-dire que ses émotions
agréables ou désagréables soient accueillies ;
• de pouvoir exprimer librement ce qu’il ressent : joie,
enthousiasme, colère, tristesse, peur ;
• de ne pas vivre dans la crainte d’être puni quand il fait des
erreurs, mais au contraire de savoir qu’il peut dire ce qu’il ressent
sans être jugé, critiqué ;
• de se sentir encouragé, soutenu dans ce qu’il entreprend : il sera
d’autant plus motivé et apprendra mieux ;
• d’un adulte qui le guide avec bienveillance, qui lui montre le
chemin, lui donne des repères tout en lui laissant la liberté de faire
les choix qui lui conviennent.

Quelle est la relation idéale du parent ou de l’adulte avec l’enfant ?


• Idéalement le parent aime inconditionnellement son enfant et sait
lui exprimer son affection par sa présence, son attitude, son regard,
son ton de voix, ses paroles et ses gestes.
• Il l’aide à exprimer ses émotions qu’il accueille sans jugement
négatif, il l’aide à les comprendre, il les lui explique.
• Écouter ne veut pas dire être d’accord et laisser tout faire.
Écouter, c’est prendre le temps d’être présent et de comprendre.
• Quand le parent n’est pas d’accord, il écoute l’enfant, puis il
expose brièvement son point de vue avec bienveillance, donne des
repères, fait des propositions, demande à l’enfant ce qu’il ressent et
ce qu’il en pense (en tenant compte de l’âge de l’enfant).
• Le parent exprime ce qu’il ressent dans sa relation avec lui.
• Il le soutient, l’encourage.
• Il lui donne la liberté nécessaire pour qu’il puisse choisir ce qui
lui convient le mieux. L’enfant prend alors confiance en lui, peut
expérimenter, se tromper et repartir.
• L’adulte sait qu’éduquer, ce n’est pas entretenir des rapports de
force ou de domination avec l’enfant. Ce n’est jamais punir,
menacer, humilier verbalement ou physiquement. C’est montrer le
chemin, échanger, apprendre à réfléchir, à choisir...

Quand le parent ou l’adulte n’y parvient pas


• Quand l’adulte a connu une éducation dure, avec des
humiliations, devenir empathique, bienveillant avec son enfant
peut demander du temps.
• Parler, ne pas rester seul, partager ses expériences avec des
personnes bienveillantes : famille, amis, groupes de parents,
professionnels.
• Pratiquer la communication bienveillante ou communication non
violente (CNV) est une très grande aide. Celle-ci modifie en
profondeur notre façon d’être et permet d’adopter une attitude
empathique avec soi-même et avec les autres.
Conclusion

Si vous observez des enfants durant leur première année de vie,


évoluant dans un environnement favorable, vous constatez qu’ils sont
pleins de vie, joyeux, sociables, curieux, entreprenants, enthousiastes.
Pourquoi un certain nombre d’entre eux, en grandissant, vont-ils perdre
progressivement toutes ces qualités ?
Le plus souvent, l’entourage ignore que le petit enfant est absolument
incapable de gérer ses émotions. Il ne l’a pas laissé exprimer ses
ressentis et en prendre conscience, n’a pas répondu à ses besoins
fondamentaux d’être aimé, compris, soutenu, encouragé, et lui a fait
vivre des humiliations verbales, physiques, a provoqué du stress quand il
était en proie à des orages émotionnels en croyant que c’était « la bonne
éducation ».
L’être humain ne naît pas violent, agressif, déprimé. « Mais, à la
crèche, les enfants mordent, frappent ! » Oui, cela est dû à leur âge, à la
très grande immaturité de leur cerveau, et non à leur « méchanceté »
intrinsèque. Quand ils se sentent en danger ou que leurs besoins
fondamentaux (besoin d’affection, d’attention, de calme, besoin de jouer,
etc.) ne sont pas satisfaits, leur cerveau archaïque, dominant à cet âge,
les fait réagir de cette façon-là. Ils ne le font pas exprès ! Ils ne peuvent
pas encore se contrôler.
Connaître l’avancée des recherches sur le cerveau affectif et social de
l’enfant est donc essentiel et permet de ne pas porter de jugements
erronés sur les enfants. Nombre d’adultes s’interrogent : Pourquoi tant
d’enfants, d’adolescents sont-ils agressifs, anxieux ou déprimés ? Au
XXIe siècle, les chercheurs nous aident à mieux comprendre les raisons de
ces comportements. C’est une avancée majeure. Ils nous révèlent que les
humiliations verbales et physiques subies par les enfants dès leur plus
jeune âge modifient le développement de leur cerveau et engendrent ces
comportements agressifs, anxieux ou dépressifs. Ils prônent donc une
éducation empathique et bienveillante. Pourtant, d’après le sondage BVA
réalisé en France en février 2015, 85 % des Français estiment que les
parents ne sont pas assez sévères avec leurs enfants1. Qu’entendons-nous
par « sévérité » ? Cette question prend tout son sens quand on connaît la
réalité vécue par nombre d’enfants. Ils subissent de très grandes
violences. Une étude de l’Unicef rapporte que dans le monde entier,
4 enfants sur 5 sont soumis à une discipline violente et 6 enfants sur 10
subissent des châtiments corporels2.
Une réflexion très approfondie de toute la société sur l’éducation en
famille, à l’école, s’avère une nécessité urgente pour prendre
connaissance des dernières recherches sur ce qui favorise le bon
développement de l’enfant ou au contraire l’entrave, et cette prise de
conscience doit nous amener à ne pas confondre éducation et
soumission.

Une société qui se porte bien prend soin de ses


membres les plus fragiles : ses enfants
Une société réellement humaine ne doit-elle pas comprendre et
répondre aux besoins des plus fragiles ? Les jeunes enfants sont les êtres
les plus fragiles de la société, ils ont un besoin vital d’être écoutés,
compris, rassurés, sécurisés. Oui, ce n’est pas facile. Oui, cela demande
beaucoup de la part des parents, des adultes. C’est pourquoi les adultes
qui s’occupent d’enfants, les parents d’un petit devraient être soutenus,
aidés, encouragés par la société tout entière.
La plupart des pays nordiques ont compris que la petite enfance est
capitale et sera la société de demain. Ces pays ont mené une réflexion
profonde sur ce sujet. Ils ont eu le courage de modifier et d’organiser
toute leur société autour des besoins fondamentaux de l’être humain
quand il est petit. Le bénéfice est immense pour l’enfant qui se
développe sur un socle de sécurité, de confiance. Les parents sont
également gagnants car ils ont un enfant épanoui, altruiste, curieux de la
vie et heureux d’apprendre. La société bénéficie dans son ensemble de
ces enfants qui deviendront des adultes entreprenants et empathiques.
Avoir le souci du soin à apporter aux enfants, c’est aussi poser la
question de l’organisation du temps dans les familles, les entreprises et
les villes. C’est un choix fondamental de société. Préfère-t-on être dans
le déni (« Je ne veux surtout pas savoir comment un être humain se
construit car cela me culpabiliserait et impliquerait que je change moi,
ma façon d’être, de travailler, et ma carrière ») ou affronte-t-on la réalité
même si elle nous bouscule, nous dérange (un petit enfant a vraiment
besoin qu’on prenne soin de lui pour que son cerveau et donc lui-même
se développe bien) ?
La réponse des pays nordiques repose globalement (avec des
différences selon les pays) sur le partage de la responsabilité d’élever le
petit enfant entre les deux parents, avec un congé parental long et bien
rémunéré durant lequel des lieux accueillent parents et enfants pour
qu’ils puissent, s’ils le désirent, ne pas rester isolés, être soutenus,
accompagnés. Quand les parents reprennent le travail, ces pays ont créé
des lieux pour les petits en nombre suffisant avec du personnel très bien
formé. Un certain nombre d’entreprises adaptent les horaires à la
parentalité : horaires souples, pas de réunions en fin de journée ou le
soir.
Tout est prévu, tout est fait pour que le petit enfant, fragile et
immature, puisse se développer en bénéficiant d’une véritable sécurité
affective et déployer au maximum ses possibilités.
Puis, à l’école, les enseignants ont une formation très solide et savent
créer une ambiance sans stress dans leur classe, favorable au bien-être, à
la coopération et donc à l’apprentissage. Leur salaire a été revalorisé à la
hauteur de l’importance de leur travail.
Ces pays très avancés humainement ont compris que miser sur la
petite enfance est bénéfique pour toute la société. C’est un
investissement bien entendu à long terme et qui « rapporte » beaucoup.
En 2007, l’étude conjointe de deux économistes, l’un américain, James
Heckman, prix Nobel, et l’autre russe, Dimitri Masterov, montre que
dans des populations défavorisées, lorsqu’on investit un dollar dans la
petite enfance, on économise cent dollars en prévention des risques de
chômage, d’exclusion sociale, de délinquance et de tous types de
déviance. Plus tôt on investit, plus l’impact est important. L’étude
démontre aussi que les crèches à haute qualité pédagogique encouragent
la parole et le langage et donc réduisent les inégalités entre les enfants.
Un sujet très actuel et universel : planter très tôt des graines de paix, de
solidarité, de bienveillance, pour construire un monde meilleur.
Cela n’est donc pas une utopie et j’y crois totalement. Transformons
la manière dont nous élevons nos enfants et nous changerons le monde.
Pour conclure, je reprendrai la phrase de Nelson Mandela citée au
début de ce livre et que je fais mienne : « L’éducation est l’arme la plus
puissante que vous puissiez utiliser pour changer le monde. »

1. Sondage BVA pour Domeo et la presse régionale réalisé les 12-13 février 2015.
2. http://www.unicef.org/french/endviolence/facts.html.
Comment se faire aider ?

Consultations individuelles auprès de médecins, psychologues.

Stages et ateliers de soutien pour parents


• Communication non violente (CNV) : pour les stages spécifiques
CNV et éducation, voir le site nvc-europe.org,
declic.cnveducation@gmail.com.
• Stages, formations et ateliers de Catherine Dumonteil-Kremer :
cdumonteilkremer.com.
• L’École des intelligences relationnelle et émotionnelle d’Isabelle
Filliozat : www.eirem.fr.
• Les ateliers pour parents (Dessine-moi un parent, à Lambersart,
Nord) : arnaudderoo@ville-lambersart.fr.
• L’association Discipline positive France :
www.disciplinepositive.fr.
• L’atelier Gordon :www.ateliergordon.com.
• Les ateliers de parents Faber et Mazlich : latelierdesparents.fr.

Des maisons « vertes », « ouvertes »... accueillent adultes et enfants de moins


de 3 ans.

Le gouvernement a mis en place dans tous les départements, dans toutes les villes :
• des points d’information famille : www.social-sante.gouv.fr ;
• des lieux d’accueil enfants-parents (LAEP) pour enfants de
moins de 6 ans (www.mon-enfant.fr) créés par la Caisse des
allocations familiales ;
• un réseau d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents
(REAAP) pour enfants et adolescents, créé en 1998 : reaap.com ;
• la médiation familiale : www.mediation-familiale.org,
www.mediation-familiale.info ;
• la PMI : protection maternelle et infantile.

numéro vert, gratuit et anonyme d’aide et de soutien


Allô parents-bébé :
aux parents, de la grossesse aux 3 ans de l’enfant : 0 800 003 456.

Sites internet d’aide aux parents :


• www.nonviolence-actualité.org ;
• Naitreetgrandir.com : site québecois, site Web de référence sur le
développement des enfants ;
• lenfantetlavie.fr ;
• awareparenting.com : site d’Aletha Solter ;
• ecoledesparents.org ;
• parentalite-bienveillante.com ;
• superparents.com.

Film
Si j’aurais su... je serais né en Suède, de Marion Cuerq. Vous pouvez
le visionner gratuitement sur le site oveo.org.

Revues
• PEPS (parution trimestrielle) : premier magazine dédié à la
parentalité positive. Pepsmagazine.com.
• Non-violence actualité ou NVA (parution bimestrielle).

Livres
L’Autorité sans fessées, Edwige Antier, Robert Laffont, 2010.
Cessez d’être gentil, soyez vrai, Thomas d’Ansembourg, Éditions de
l’Homme, 2012.
Abécédaire de la bien-traitance en multi-accueil : guide pratique,
Arnaud Deroo, Danielle Rapoport, Chroniques sociales, 2009.
Heureux en crèche. Un projet de coéducation parents-professionnels,
Arnaud Deroo, Sylviane Giampino, Chroniques sociales, 2012.
Élever son enfant autrement, Catherine Dumonteil-Kremer, Éd. La
Plage, 2009.
Parents épanouis, enfants épanouis, Adele Faber et Elaine Mazlish,
Éd. du Phare, 2001.
Jalousies et rivalités entre frères et sœurs, Adele Faber et Elaine
Mazlish, Stock, 2011.
Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants
parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Éd. du Phare, 2012.
Au cœur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat, Marabout, 2006.
J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013.
Éduquer sans punir, Thomas Gordon, Marabout, 2013.
Parents bienveillants, Noël Janis-Norton, L’Instant présent, 2013.
La Fessée, Olivier Maurel, Éd. La Plage, 2015.
Oui, la nature est bonne, Olivier Maurel, Robert laffont, 2009.
C’est pour ton bien, Alice Miller, Aubier, 1998.
Les mots sont des fenêtres ou des murs, Marshall Rosenberg, La
Découverte, 2004.
Élever nos enfants avec bienveillance. L’approche de la
communication non violente, Marshall Rosenberg, Jouvence, 2007.
Pleurs et colères des enfants et des bébés, Aletha Solter, Jouvence,
1999.
Bien comprendre les besoins de votre enfant, Aletha Solter, Jouvence,
2007
Mon bébé comprend tout, Aletha Solter, Marabout, 2013.

Jeux coopératifs
• Jouons ensemble... autrement, Catherine Dumonteil-Kremer, Éd.
La Plage, 2006.
• Jeux coopératifs pour bâtir la paix, Université de paix,
chroniques sociales, 2004 (pour les plus de six ans).
• Jouons ensemble davantage. Jeux et sports coopératifs, First,
Pierre Provot, 2012.
• 80 activités de coopération pour apprendre ensemble.Moyenne
section et cycle 2, Catherine Vialles, Retz, 2008.
• Les jeux de Bruno Faidutti : cet homme créateur de jeux est un
passionné, vous trouverez sur son site des centaines de jeux :
www.faidutti.com.
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Tableaux récapitulatifs
des besoins fondamentaux

Besoins affectifs fondamentaux Quand les besoins Quand les besoins


fondamentaux sont fondamentaux ne
satisfaits : sont pas satisfaits :
éducation aimante, éducation dure,
soutenante, sans punitive
menace ni punition
De la Le bébé a besoin : Le bébé se sent rassuré. Le bébé se sent
naissance — d’être aimé inconditionnellement même Il exprime ses émotions insécurisé, stressé.
à 1 an quand il pleure ; sans crainte. Il devient soit
— d’être rassuré, apaisé, consolé ; Il sourit, rit, mais sait renfermé, triste, soit
— de contact physique chaleureux, tendre, aussi exprimer ses au contraire très en
d’être pris dans les bras ; chagrins, ses peurs, sa colère.
— d’échanges : regards, sourires, paroles ; fatigue.
— d’un adulte empathique qui comprend
ses émotions, met des mots sur ses émotions
et y répond de façon appropriée.

Entre L’enfant a les mêmes besoins que précédemment, mais en plus il a L’enfant a du L’enfant est
1 an besoin : plaisir à vivre, il stressé
et 2 — d’un adulte qui l’apaise quand il a de fortes colères, qu’il tape, a de l’allant, est +++++.
ans mord ; joyeux, Il peut
— d’un adulte qui le comprenne. Ce qui ne signifie pas laisser explorateur, devenir de
tout faire et céder. Quand l’adulte n’est pas d’accord, il le dit joueur. plus en plus
calmement et agit avec empathie et bienveillance ; agressif ou
— d’un adulte qui, lors d’un différend, propose diverses solutions anxieux,
à l’enfant pour renforcer son esprit d’initiative et son autonomie ; déprimé.
— d’un adulte qui lui serve de modèle, donne des repères ;
A des colères,
— de confiance ;
des peurs.
— d’explorer, de découvrir, de comprendre le monde qui
l’entoure ;
— de sécurité et de liberté ;
— d’être soutenu, encouragé dans sa curiosité.
Entre L’enfant a les mêmes besoins que précédemment, sans oublier : L’enfant apprend L’enfant
2 et — qu’il est toujours soumis à de fortes impulsions et émotions très n’apprend
5 ans qu’il ne contrôle pas encore ; progressivement pas à
— qu’il a donc besoin de compréhension, d’apaisement et d’un à réguler ses réguler ses
adulte qui lui-même sait sortir des conflits, lui sert de modèle, émotions, ses émotions.
donne des repères de façon bienveillante et qui lorsqu’il n’est pas impulsions. Il devient
d’accord propose à l’enfant de chercher des solutions ensemble. Il est heureux de de plus en
vivre, sociable, plus
curieux, agressif ou
entreprenant, anxieux,
joueur. déprimé.

Il aime
comprendre,
apprendre.

Entre 5 et 7 L’enfant a toujours besoin : L’enfant L’enfant ne régule pas ses émotions.
ans — de confiance, de commence à Il a des troubles du comportement : il
compréhension, de soutien, de réguler ses est agressif ou anxieux ou déprimé.
pouvoir faire des choix ; émotions, ses
— d’un adulte qui soit un impulsions.
guide, un modèle et que Il est heureux de
l’enfant peut imiter. vivre, sociable,
curieux,
entreprenant,
joueur.

Il aime
comprendre,
apprendre.
De 7 ans L’enfant a toujours besoin L’enfant régule L’enfant, l’adolescent ne régulent pas
jusqu’à d’écoute, de compréhension, de ses émotions leurs émotions.
l’adolescence soutien, d’encouragement, de sauf s’il est Ces troubles du comportement
confiance, de liberté, de pouvoir confronté à des s’accentuent : ils sont très agressifs ou
faire des choix. conflits très très anxieux ou déprimés. Chez
importants. l’adolescent débutent les addictions à
Il a de bonnes l’alcool, aux drogues.
capacités
relationnelles. Il
a un sens
éthique.
Il aime
apprendre.
Développement émotionnel, affectif

immaturité cérébrale, fragilité émotionnelle très


De la naissance à 2 ans :
importante. L’enfant vit des émotions extrêmement intenses.
Ses colères, ses peurs, ses chagrins, ses excitations ne sont pas des
caprices.
Le cerveau archaïque et le cerveau émotionnel ne sont pas régulés par
le cerveau supérieur. L’enfant est submergé par ses impulsions, ses
émotions, il ne peut pas s’apaiser seul. Si on le laisse seul quand il a
peur, a du chagrin, est en colère, anxieux, les molécules de stress sont
sécrétées et peuvent être très nocives pour son cerveau très fragile et très
immature.

l’enfant en colère peut taper, griffer, mordre, surtout


Entre 1 an et 3 ans :
entre 14 mois et 2 ans, quand on l’empêche de faire ce qu’il souhaite ou
qu’il a besoin d’attention car le cerveau archaïque, qui déclenche des
comportements instinctifs liés à notre survie (réflexes d’attaque, de fuite
ou de sidération), est chez lui très dominant. Son cerveau émotionnel est
toujours dominant, peu régulé. Il vit donc des émotions très intenses, il a
besoin d’adultes calmes pour s’apaiser.
L’enfant a besoin d’adultes qui comprennent ses émotions, ses
besoins et qui y répondent de façon appropriée. Il a besoin d’être rassuré,
câliné, pris dans les bras.
Dès qu’il est en âge de marcher, il a besoin d’adultes qui
l’encouragent à explorer, à découvrir.
Quand les adultes sont bienveillants, le cerveau de l’enfant se
développe de façon optimale.

De 3 ans à 5 ans : immaturité cérébrale, fragilité émotionnelle toujours


présente.
L’enfant a besoin d’adultes bienveillants qui l’aident à mettre des
mots sur ses émotions, l’apaisent, le câlinent, ce qui ne veut pas dire
céder, si cela ne paraît pas justifié. Quand les adultes ont cette attitude,
ils contribuent à la maturation du cerveau de l’enfant et l’aident à réguler
progressivement ses émotions.

l’enfant régule mieux ses émotions quand il a vécu


De 5 ans à 6 ans :
avec un entourage bienveillant.

progressivement le cerveau mature.


Après 6 ans et durant l’adolescence :
Pour terminer sa maturation tardivement entre 20 et 25 ans. Durant
toutes ces années, l’enfant, l’adolescent ont les mêmes besoins
fondamentaux pour que le cerveau continue à bien se développer. Ils ont
toujours besoin d’empathie, d’écoute, de compréhension, de soutien,
d’encouragement et d’adultes qui montrent le chemin.
Quand l’entourage de l’enfant ou de l’adolescent est dur verbalement
ou physiquement, menace, punit, il freine le bon développement de leur
cerveau. L’enfant, l’adolescent deviennent alors de plus en plus anxieux,
agressifs ou inhibés et dépressifs.
En 2014, Sarah Whittle étudie 188 adolescents. Elle montre que
lorsque la mère a une attitude chaleureuse, soutenante, le COF augmente
de volume. Le COF est une structure cérébrale qui permet d’avoir de
l’empathie, d’aimer, de réguler les émotions, de savoir faire des choix et
d’avoir un sens moral.
Le programme Triple P de pratiques
parentales positives

Je joins à ce livre, pour information, un extrait d’un programme


d’aide aux parents, appelé Triple P, que vous trouverez sur Internet.

Le programme Triple P de pratiques parentales


positives
Le programme Triple P est l’un des rares programmes de pratiques
parentales dans le monde dont l’efficacité a été scientifiquement
démontrée. Il a fait l’objet de plus de 130 études internationales. Depuis
plus de trente ans, le programme Triple P aide des centaines de milliers
de familles à faire face à des problèmes qui vont des crises de colère à
l’intimidation à l’école, en passant par la désobéissance et le refus d’aller
se coucher ou de faire ses devoirs.
Le professeur Matt Sanders, professeur de psychologie clinique, et
certains de ses collègues du Parenting and Family Support Centre, à
l’université du Queensland, en Australie, ont élaboré un programme de
pratiques parentales. Après des décennies de recherche rigoureuse, le
programme a vu le jour sous le nom de « Triple P » en 1992. Il est
aujourd’hui utilisé dans vingt pays.
Le programme de pratiques parentales positives Triple P est une
méthode utile et pratique pour aider les parents à élever leurs enfants en
mettant l’accent sur les éléments positifs. Le programme Triple P prend
appui sur des relations solides et enrichissantes, une bonne
communication et une attention positive afin d’aider les enfants à se
développer. Il contribue à créer un cadre familial prévisible qui offre
amour et soutien aux enfants.
Le programme suggère des petits changements faciles à mettre en
œuvre qui font une grande différence pour les parents, les enfants et les
familles. Il a fait la preuve de sa grande efficacité en ce qui concerne le
développement de bonnes attitudes et de bons comportements.

Conseils simples en matière de pratiques parentales


Lorsque votre enfant veut vous montrer quelque chose, interrompez
ce que vous êtes en train de faire et accordez-lui de l’attention. Il est
important de passer fréquemment un petit peu de temps avec votre
enfant en faisant des choses que vous aimez tous les deux.
• Accordez à votre enfant beaucoup d’attention physique ; les enfants
aiment qu’on les serre dans ses bras, qu’on les câline et qu’on leur tienne
la main.
• Parlez à votre enfant de choses qui l’intéressent et faites-lui partager
des aspects de votre journée.
• Félicitez souvent votre enfant de façon descriptive lorsqu’il fait
quelque chose que vous voudriez qu’il fasse plus souvent. Par exemple :
« Merci d’avoir fait tout de suite ce que je t’avais demandé. »
• Comme les enfants sont plus susceptibles de se conduire mal
lorsqu’ils s’ennuient, donnez-leur beaucoup de choses pour s’amuser à
l’intérieur et à l’extérieur de la maison (pâte à modeler, coloriage, boîtes
en carton, costumes, couvertures pour faire des tentes, etc.).
• Enseignez à votre enfant de nouvelles habiletés, d’abord en les lui
montrant, puis en lui donnant l’occasion de les apprendre. Par exemple,
parlez-vous poliment l’un à l’autre à la maison. Puis incitez votre enfant
à parler poliment (par exemple dire : « s’il vous plaît » ou « merci ») et
félicitez-le de ses efforts (par exemple : « Merci d’avoir utilisé tes mots
polis »).
• Fixez des limites claires au comportement de votre enfant. Asseyez-
vous et ayez une discussion familiale sur les règles dans votre maison.
Dites à votre enfant quelles seront les conséquences s’il ne respecte pas
les règles. Les règles devraient être peu nombreuses, justes, applicables,
faciles à suivre et énoncées de façon positive (par exemple : « Reste près
de papa au magasin, parle sur un ton agréable, lave-toi les mains avant
les repas »).
• Si votre enfant se conduit mal, restez calme ; dites-lui clairement
que vous voulez qu’il cesse et dites-lui ce que vous voudriez qu’il fasse à
la place (par exemple : « Cesse de jeter tes jouets. Joue par terre avec ton
camion »). Félicitez votre enfant s’il s’arrête (par exemple : « Merci de
jouer par terre avec ton camion »).
• Ayez des attentes réalistes. Tous les enfants se conduisent mal
parfois, et il est inévitable que vous rencontriez quelques problèmes de
discipline. Essayer d’être un parent parfait risque de vous conduire à la
frustration et à la déception.
• Prenez soin de vous. Vous aurez du mal à être un parent calme et
détendu si vous êtes stressé, anxieux ou déprimé. Essayez de trouver du
temps chaque semaine pour décompresser ou faire quelque chose que
vous aimez.
Remerciements

Un immense merci à Jeanne Barzilaï, mon éditrice, qui tout au long


de la préparation de ce livre a toujours été à l’écoute, disponible,
chaleureuse et compétente.

Ma profonde reconnaissance va aussi à Monsieur Jean-Jacques


Sempé qui a accepté pour la deuxième fois qu’un de ses dessins illustre
la couverture de mon livre.

Je tiens aussi à remercier vivement les millieurs de parents et


d’enfants rencontrés lors de mes consultations, sans qui ce livre n’aurait
jamais vu le jour.

Un grand merci également à mon mari, mes enfants, leurs conjoints et


mes petits enfants qui ont été une constante source de réflexion et de
soutien.

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