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Décès et rites religieux

La mort est une certitude pour tous et pourtant elle reste un sujet tabou que l’on
ose à peine évoquer, même à l’hô pital. De plus en plus souvent, le SMUR est chargé de la
prise en charge des décès et doit faire face aux rites post-mortem qui en découlent. Dès
lors, comment pouvons-nous nous inscrire dans ces moments intimes et privés, en
respectant les croyances et religion du défunt et de sa famille ainsi qu’en respectant le
cadre médico-légal ? L’approche du défunt par l’équipe médicale peut être sujette à des
heurts vis à vis des croyances du patient ainsi que celles de ses proches. Il est donc
primordial dans notre formation d’avoir connaissance de certains principes et rites
religieux pour pouvoir aborder la mort et le deuil, en tout respect des convictions
morales ou religieuses des proches du défunt.

La question éthique que nous avons relevé est la suivante : « Comment concilier
la pratique de l’aide médicale urgente avec le respect des rites et croyances religieuses
du défunt et de sa famille ? »

Pour ce travail, nous nous concentrerons uniquement sur la prise en charge


extra-hospitalière (SMUR, PIT, ambulance) du défunt et de sa famille en accord avec
leurs croyances.

Dans un premier temps, nous décrirons brièvement les rites funéraires et


pratiques relieuses autour du deuil en fonction des différentes religions.
Nous réfléchirons, dans un second temps, sur de nouvelles modalités de soins pour
préserver les principes d’humanité et de dignité au défunt, et dispenser des soins
d’accompagnement post-mortem qui respectent les convictions et croyances des
proches du défunt. Enfin, nous tenterons de dégager des pistes d’amélioration des
pratiques soignante qui respectent les besoins spirituels, religieux ou non, des défunts et
de leurs proches dans le respect du cadre médico-légal.

Croyances religieuses et rites funéraires


La grande majorité des gens éprouvent un profond respect face au corps privé de vie.
Cependant, ce respect se manifeste différemment en fonction des religions ou des
philosophies. Etre confronté à la mort d’un proche est une expérience douloureuse. De
plus, lorsque celle-ci se produit à domicile, cela peut provoquer une grande détresse
pour la famille du fait du contexte et de l’isolement. Le décès intervient dans un lieu
chargé d’histoire et d’émotions, un lieu qui leur est propre, leur intimité. Face à la mort,
nous avons tous une réaction émotionnelle qui diffère en fonction de notre
tempérament, nos croyances, notre culture et notre éducation. L’être humain à besoin de
repères afin d’être capable de mettre en place ses stratégie d’acceptation. Pour cela, les
rites mortuaires communautaires sont indispensables, ils permettent l’initiation du
deuil.
Nous avons développé les principaux points qui entourent la mort et le post-mortem
immédiat afin de mieux comprendre les différents rites funéraires communautaires.
Pour les descriptions suivantes, nous nous sommes basés sur le livre d’Isabelle Lévy 1 et
sur la présentation du docteur Gaillard2

Christianisme

Religion monothéiste basée sur l’Ancien et le Nouveau Testaments qui composent la


Bible. Pour le croyant, la mort est le passage vers une vie nouvelle dans le Royaume de
Dieu. Lorsque le mourant sent l’approche de la fin, celui-ci peut demander le sacrement
de l’extrême onction. Ce sacrement nécessite la présence d’un aumô nier. Lors de la mort,
la présence des proches ainsi que d’un aumô nier suit la volonté du défunt. Ceux-ci
récitent alors une prière ou des passages de la Bible.

A la vue du corps gisant, qui devra avoir les mains jointes enserrant un crucifix ou un
chapelet, des prières ainsi que le silence sont de rigueur. Il n’y a pas de rite relatif à la
toilette funéraire.

Après la mort du défunt, une veillée funéraire peut être observée mais devient de plus
en plus rare. Celle-ci consiste en une veille de trois jours avant l’inhumation. Des soins
de conservation du corps peuvent être réalisés.

Le don d’organes ainsi que le don du corps à la science est autorisé dans cette religion,
de même que la crémation.

Protestantisme

Religion monothéiste issue du Christianisme basée sur l’Ancien et le Nouveau


Testaments. Par rapport au Catholicisme, cette religion rejette l’autorité du Pape.

Lors de la mort, le croyant bénéficie d’une vie éternelle au sein du royaume de Dieu.
Contrairement au Catholicisme, il n’y a peu ou pas de rites funéraires de passage, pas de
signes de croix. Selon la volonté du défunt, la famille sera ou non présente et l’un des
proches peut faire office de Pasteur, ceux-ci récitent alors des versets bibliques ou
récitent des prières. Le corps du défunt n’est pas sacralisé mais doit être traité avec
respect. Les funérailles sont organisées pour montrer son respect à l’égard de la famille
et des amis et le corps est enterré simplement.

Contrairement au Catholicisme, il n’y a pas de veillée funéraire. La crémation, le don


d’organes ainsi que le don du corps à la science sont autorisés.

1
LEVY, I. (2009). Les soignants face au décès. Pour une meilleure prise en charge du
défunt. ESTEM.
2
GAILLARD, N. Décès et rites religieux
Orthodoxie

Religion monothéiste issue du Christianisme basée sur l’Ancien et le Nouveau


Testaments.

Lors de la mort, le croyant bénéficie d’une vie éternelle au sein du royaume de Dieu. Les
rites funéraires sont beaucoup plus codifiés par rapport aux deux cultes précédents. Les
cérémonies commencent le jour de la mort avec célébration d’un office organisé par le
pope au domicile du défunt. Lors du décès, la famille ainsi que le pope doivent donc être
appelés pour préparer la cérémonie qui suivra.

Le corps du défunt est lavé, coiffé et habillé par la famille et une veillée funèbre de trois
jours est organisée. Un requiem sera organisé chaque jour. Le corps doit être orienté
vers l’Orient.

Judaïsme

Le judaïsme est une religion monothéiste basée sur la Bible qui se compose de la Torah,
le Pentateuque et les Prophètes. Les commandements bibliques sont extrêmement
importants et sont considérés comme des ordres divins. Parmi ces commandements, on
retrouve les soins, visites et prières à prodiguer au malade, ainsi que l’accompagnement
des morts dans leur dernière demeure.

Le Judaïsme insiste également beaucoup sur l’un des commandements les plus
importants : « Tu ne tueras pas ». L’euthanasie et le suicide sont dès lors interdits
fermement.

L’approche du corps du défunt est très codifiée, un drap doit être posé sur le corps,
celui-ci doit être posé à terre et la bouche ainsi que les yeux du défunt doivent être
fermés par le fils ainé. Une lumière doit être posée près de la tête du patient.

- Le corps du défunt est posé à terre


- La bouche et les yeux du défunt sont fermés (par le fils aîné de préférence)
- Le corps et le visage sont recouverts d’un drap (blanc si possible) après constat
du décès par le médecin
- Les bras sont placés le long du corps, les mains ouvertes
- Une bougie est placée à proximité de la tête en témoignage de l’immortalité de
l’â me
- Fleurs, plantes et eaux de toilette sont mis à l’extérieur de la chambre
- Les miroirs sont voilés
- La toilette et l’enveloppement du défunt dans un linceul sont ritualiés
- Le défunt est veillé par les proches jusqu’aux funérailles

Islam
- Les hommes prient alors que l’un d’entre eux ferme les yeux et la bouche du
défunt
- Les femmes se tiennent à l’écart de la dépouille
- Le corps et le visage du défunt sont recouverts d’un drap (blanc si possible)
- Les bras sont placés le long du corps
- Fleurs et plantes sont mis à l’extérieur de la chambre
- Miroirs sont voilés
- La toilette et l’enveloppement du défunt dans un linceul sont ritualisés
- Les proches veillent en prière jusqu’aux funérailles du défunt au domicile ou à la
mosquée, le plus souvent en l’absence de la dépouille.

Bouddhisme

- Le corps n’est plus touché pendant le processus de mort et bien au-delà du


moment où la respiration se sera arrêtée : trois jours, si possible
- La fenêtre est laissée ouverte
- Un proche pose sa main sur le sommet du crâ ne du défunt pour encourager l’â me
à quitter le corps par sa partie supérieure
- La toilette funéraire est effectuée par les personnels, souvent aidés par la famille
- Le corps est habillé sobrement
- Les bras sont allongés le long du corps
- Le corps et le visage sont découverts
- Les pleurs et les paroles sont prohibés auprès de la dépouille

Hindouisme

- La fenêtre est laissée ouverte


- Le corps est touché seulement par els proches jusqu’aux funérailles
- La toilette funéraire est effectuée par les personnels souvent aidés de la famille
- Le corps est paré d’un habit de fête puis enveloppé dans un linceul
- Le corps est disposé la tête à l’est et les pieds à l’ouest. Le visage et le corps sont
découverts
- Les bras sont allongés le long du corps
- La famille s’agenouille devant le corps puis tournera autour du corps par trois
fois par la droite. Elle pourra désirer faire brû ler des lampes à huile devant la
dépouille
- Les pleurs et les paroles sont prohibés auprès de la dépouille
- Le corps sera veillé par les proches jusqu’aux funérailles

Cependant, on constate un déclin de la ritualisation et une diminution du temps


consacré à l’accompagnement des mourants car la mort se passe le plus souvent à
l’hô pital. Ce déclin est également lié au revers de notre culture individualiste. « Aussi la
ritualisation funéraire initiée au domicile ou dans l’intimité provoque une sacralisation des
moments et des lieux permettant ainsi à tout à chacun de se relier avec la nouvelle
sacralité du défunt. » (Charlier, P. 2016). La mort est aujourd’hui, une affaire de
professionnels.
Problématique de l’accompagnement du péri-mortem par le
personnel soignant
Avec le progrès de la science et de la médecine, le soignant se retrouve de mieux
en mieux armé face à la mort. Selon Charlier, P. (2016) : « En se médicalisant, la mort est
devenue traitable, soignable, réversible, utilisable… problématique. » L’hô pital et le corps
médical se sont progressivement chargés seuls de régir le passage dans la mort. La force
des devoirs des soignants émane du principe de non-abandon tandis que la mort et le
mourir sont des sujets métaphysiques qui ne sont pas scientifiquement digne d’intérêt
pour les médecins. Dès lors, l’attitude des soignants face à la mort s’est modifiée : la
prise en charge est plus systématique et invasive et laisse moins de place à l’aspect
spirituel et sacré de la mort.

Sachant cela, les équipes soignantes sont-elles capables d’encadrer


l’accompagnement des mourants et de leur famille ? Le passage de patient vivant à
défunt nécessite une capacité d’analyse de la part du personnel soignant, ainsi que d’une
compréhension de la symbolique et des rites associés à la mort. Il est difficile de trouver
un équilibre entre la volonté de garder un principe de neutralité et de laïcité dans les
soins (Pas de signe religieux ostentatoire par exemple) et le respect des croyances et
rites religieux du défunt et de sa famille (V. Henderson Besoin de spiritualité). La laïcité
hospitalière implique deux principes : le principe de neutralité pour les agents et la
liberté de conscience pour les patients. Au nom de ce principe de laïcité, peut-on nier les
croyances et rites des derniers instants de vie ? Nous devons permettre au mourant
d’être reconnu avec dignité et cela dans le respect de ses croyances. Un décalage culturel
est parfois à l’origine de l’incompréhension entre soignants et familles lors d’un décès.
Le respect de cette dimension spirituelle s’appuie sur les principes d’empathie et de non
malveillance car nos actes envers le défunt ne peuvent pas être vécus comme une
profanation par la famille.

La fréquence de la mort dans le monde des soignants pose également une


problématique : la mort devient banale, elle n’a plus rien de surprenant. Notre rô le est
de ne pas oublier que derrière chaque décès se trouve une situation singulière. Les
progrès de la médecine on contribués à l’image d’une médecine surpuissante. Ainsi, face
au décès, le soignant est amené à une réflexion : que doit-il faire pour continuer, faire
face et sauver d’autres malades. Les réanimateurs semblent accepter plus facilement le
caractère inéluctable de la mort3.

3
CHARLIER, P. (2016) : Place et enjeux éthiques des rituels post-mortem en pré-
hospitalier : Enquête de pratique auprès d’équipes SMUR.

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