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La hiérarchie et la tutelle

La multiplication des centres de décisions administratives et le risque de


dispersion, de désordre et d’incoordination sur la gestion des affaires publiques
ont rendu nécessaire le contrôle exercé d’en haut par l’autorité centrale sur les
autorités déconcentrées et celles décentralisées. Sur les premières s’exercent la
hiérarchie et sur les secondes la tutelle. La hiérarchie est comprise au sens large
comme l’ensemble des prérogatives détenues par un supérieur à l’égard de ses
subordonnés pour l’accomplissement du service dont il a la charge. Alors que la
tutelle est définie comme étant un contrôle exceptionnel exercé par l’Etat sur les
collectivités locales.

Alors, qu’est-ce-qui distingue ces techniques de contrôle que sont la hiérarchie


et la tutelle ?

La pratique a révélé que la hiérarchie comme la tutelle sont des mécanismes de


contrôle qui permettent au pouvoir central d’assurer l’efficacité et la cohérence
de l’action administrative tout en sauvegardant l’unité nationale et stabilité des
collectivités locales.

Dès lors, l’étude du sujet va s’articuler autour de deux points essentiels : il


convient de voir d’abord que la hiérarchie et la tutelle ont des contenus distincts
avant de voir ensuite qu’elles sont aussi distinctes de par leurs procédés.

I – Des différences quant à leur contenu

La hiérarchie et la tutelle sont des contrôles différents de par leur contenu. La


première est un contrôle de plein droit alors que la seconde doit nécessairement
être prévu par des textes.

A – La hiérarchie : un contrôle de plein droit

La hiérarchie est un contrôle qui s’exerce au sein d’une même personne


publique à savoir l’Etat. C’est le pouvoir de contrôle qu’à un chef de service sur
ses subordonnés. En d’autres termes c’est le droit du supérieur de faire prévaloir
sa volonté sur celle des ses agents subordonnés. Il faut préciser que ce droit
existe de plein droit, c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire qu’un texte le prévoit.
Son fondement réside dans les responsabilités particulières dont sont investies
les autorités supérieures étatiques. C’est ainsi que l’agent subordonné ne peut
pas s’opposer à la décision de son supérieur, il doit obéir aux ordres même s’ils
sont illégaux, il ne peut refuser que si l’ordre est manifestement illégal. Tout
ceci veut dire que le devoir d’obéissance est à la base de la hiérarchie.

B – La tutelle : un contrôle prévu par les textes

La tutelle est un contrôle de l’extérieur exercé par une personne publique, l’Etat
sur une autre personne publique, la collectivité locale. Il faut rappeler que la
tutelle est devenue depuis la réforme des collectivités locales de 1996 une
exception. Le contrôle étatique est désormais un contrôle de la légalité à
postériori. Néanmoins dans certains domaines on note une survivance de la
tutelle de l’Etat sur les collectivités locales. Cependant, ces domaines doivent
être limitativement énumérés par la loi, c’est ce qui se traduit par l’adage « pas
de tutelle sans texte, et pas de tutelle au-delà des textes ». Il en résulte alors, la
nécessité d’un texte pour que l’autorité centrale puisse exercer sur les
collectivités décentralisées un quelconque contrôle. Par ailleurs, la distinction
est aussi visible sur ces deux procédés de contrôle.

II – Des différences quant à leur procédé

La hiérarchie et la tutelle ont également des différences quant à leur procédé de


contrôle notamment au niveau des organes et des actes.

A – Au niveau des organes

Par rapport au contrôle exercé sur les organes, l’autorité hiérarchique à des
pouvoirs plus étendus que l’autorité de tutelle. En effet, le supérieur
hiérarchique à un pouvoir de nomination, de mutation et même de sanction sur
les agents placés sous leur autorité alors qu’en ce qui concerne la tutelle, le
contrôle exercé par l’Etat est très limité. Néanmoins, la loi permet dans certaines
circonstances à l’autorité centrale d’exercer un contrôle disciplinaire sur les
entités décentralisées et peut même conduire à la dissolution de ces dernières.

B – Au niveau des actes

Sur les actes aussi, la hiérarchie apparait comme un contrôle approfondi,


puisque le supérieur hiérarchique dispose d’un ensemble de pouvoir sur ses
agents subordonnés. Il en est ainsi du pouvoir d’instruction, du pouvoir
d’approbation, de réformation, de suspension et d’annulation sur les actes pris
par le subordonné. S’agissant de la tutelle sur les actes, l’autorité de tutelle ne
peut qu’en principe déféré devant le juge administratif, l’acte pris par l’autorité
locale, qu’il considère comme illégal. Dans d’autres cas exceptionnels, il revient
à l’autorité de tutelle de donner son approbation sur certaines décisions locales.
Le refus d’approbation du représentant de l’Etat peut être attaqué par l’autorité
locale par la voie du recours pour excès de pouvoir. L’annulation de la décision
de refus d’approbation par le juge, équivaut à une approbation.

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