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Plan de la fiche :

1.Résumé du roman
2.Structure du roman : le temps et la durée dans Une vie
3.Le personnage de Jeanne
4.La mort dans Une vie

Résumé

Ce livre raconte la vie d’une femme, de son mariage raté avec Julien. Sa vie n’est vraiment pas drôle. Cette
femme va consacrer sa vie à son fils, Paul, surnommé « Poulet ». Le médecin à la naissance de Paul va
même être obligé de mettre Paul loin de sa mère parce qu’elle ne dormait même plus la nuit tellement elle
voulait le protéger. En quelques sortes il va devenir l’homme de sa vie puisque Julien n’a plus aucune
importance pour elle depuis qu’il l’a trompé avec la servante de Jeanne qui était aussi sa sœur de lait. Le seul
moment de son mariage qui était extraordinaire pour elle s’était sa lune de miel, ils ont passé deux mois
ensemble loin de tous : de leur famille, de leur maison, de leurs amis,

Structure du roman : le temps et la durée dans Une vie


Le titre donné par Maupassant à son premier roman frappe avant tout par sa platitude. En effet,
l’utilisation de l’article indéfini, sans adjectif annonce le récit d’une existence quelconque, banale. Or, il peut
être aussi lu comme le récit d’une vie exemplaire et unique.
C’est en ouvrant la première page que le lecteur découvre à qui appartient cette vie dans laquelle il va se
plonger. « Jeanne, ayant fini ses malles, s’approcha de la fenêtre, mais la pluie ne cessait pas. »
La structure de l’œuvre se définit selon le personnage de Jeanne. Chaque étape du roman est ponctuée par un
fait marquant de la vie de l’héroïne. La fiction se déroule de 1819 à 1848, soit une trentaine d’années étalées
sur environ deux cents pages.
La vie de Jeanne est présentée chronologiquement et tous les événements relatés par l’auteur concernent
uniquement son personnage principal. Les autres personnages n’apparaissent que pour intervenir dans la vie
de Jeanne.

Structure de la fiction romanesque


Nombre
Chapitres Indications temporelles Durée
de pages
CHAPITRE Les 3 et 4 mai 1819 2 jours 17
I (lendemain et surlendemain de la sortie du couvent)
CHAPITRE Quelques
Aucune indication précise 8
II semaines
CHAPITRE Quelques
Jusqu’à la fin juin 1919 17
III semaines

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CHAPITRE
6 semaines 19
IV
CHAPITRE • 19 août 1819 (4 jours après le mariage) : départ 2 mois et 8 jours 16
V pour
Marseille
• 27 août 1819 (après 8 jours de voyage) : arrivée à
Marseille
• 28 août 1819 : départ de Marseille pour Ajaccio
• 29 août 1819 : arrivée en Corse
• 15 octobre 1819 : retour à Marseille
• 19 octobre 1819 : arrivée à Paris
• 27 octobre 1819 : départ de Paris, retour aux
Peuples
CHAPITRE
2 à 3 mois 20
VI
CHAPITRE Fin janvier 1820 (accouchement de Rosalie) à la fin 2 à 3 mois 26
VII de l’hiver
CHAPITRE
Du printemps à l’été 1820 3 mois environ 14
VIII
CHAPITRE
De l’hiver 1820 au printemps 1821 4 à 5 mois 28
IX
CHAPITRE
De juin 1821 à mai 1822 11 mois 25
X
CHAPITRE
Du printemps 1822 à mai 1844 22 ans 25
XI
CHAPITRE
De l’hiver 1844 à l’automne 1845 9 mois 10
XII
CHAPITRE
De l’automne 1845 à l’automne 1847 2 ans 15
XIII
CHAPITRE
De l’automne 1847 au printemps 1848 6 mois 12
XIV
Le temps de la fiction
La durée de la fiction du roman correspond aux vingt-neuf années au cours desquelles le lecteur suit
l’évolution de Jeanne. Le roman s’ouvre un 3 mai 1819 et se referme au printemps 1848. On y découvre
Jeanne âgée de dix-sept ans jusqu’à sa vieillesse prématurée, à l’âge de quarante-six ans.
1819 est une date clé dans l’architecture du roman. Les six premiers chapitres relatent sept mois de
l’existence de l’héroïne (de mai à décembre) et occupent ainsi un tiers du roman.
C’est le moment où Jeanne retrouve sa liberté après cinq longues années passées dans un couvent. C’est
aussi l’année du retour dans le château de son enfance où règne un bien-être et un certain bonheur familial.
Par ailleurs, 1819 est l’année où elle rencontre Julien et connaît les douces joies des fiançailles tant rêvées,
où elle se marie et se retrouve face à ses désillusions.
C’est aussi un voyage de noces en Corse, une période consacrée à la découverte de paysages merveilleux. Et
enfin le retour aux Peuples et le départ des parents de Jeanne pour Rouen.
Ces événements reflètent les étapes de l’éducation sentimentale de l’héroïne et la plongent dans la dure
réalité. La jeune fille innocente du début devient peu à peu une femme désabusée qui vit essentiellement
dans son passé.

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Le chapitre XI, quant à lui, comporte vingt-deux années de l’existence de Jeanne en une vingtaine de pages.
Le récit s’accélère considérablement puisque aucun élément fondamental de la vie de Jeanne n’apparaît,
essentiellement depuis le départ de Paul du château dès 1840. Les années se succèdent alors dans la
monotonie et l’ennui, dans l’attente des visites du baron et de tante Lison.

La répartition des indices temporels précis dans le récit est assez irrégulière. Les chapitres II et III n’en
comportent aucun, ces deux chapitres correspondant à une période (entre mai et juillet 1819) où Jeanne vit
en harmonie avec sa liberté recouvrée et ses rêves. Le chapitre V donne une progression précise du voyage
de noces, tandis que le chapitre XI évolue en fonction de la croissance de Paul.

Maupassant ponctue donc son roman de dates qui ont un rôle essentiel dans la progression des faits relatés.
L’évolution du personnage, les jours, les mois, les années qui passent au cours des différents chapitres
découlent de la subjectivité de Jeanne. Selon Bernard Valette dans Etudes littéraires, « La durée romanesque
suit le rythme biopsychique de Jeanne et non la temporalité rationnelle. »

Le temps de la narration
Dans sa célèbre préface à Pierre et Jean, Maupassant définit ainsi le travail du romancier et les difficultés
rencontrées dans les choix narratifs : « Raconter tout serait impossible car il faudrait un volume par journée
pour énumérer la multitude des incidents insignifiants qui emplissent notre vie. Un choix s’impose donc…
Voilà pourquoi l’artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de hasards et de
futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet. » Une vie témoigne de la théorie de l’auteur sur le
roman.
Certaines scènes sont décrites de telle façon que le temps de la narration corresponde exactement à celui de
la fiction ; ainsi la première nuit que Jeanne passe aux Peuples, ou le voyage en bateau pour aller à Etretat ou
même la nuit de noces
D’autres scènes sont construites avec un certain décalage, où le temps de la narration est plus court que celui
de la fiction, une notion qu’on pourrait nommer « sommaire ». Maupassant se limite à donner quelques
indices temporels vagues : « rien de nouveau n’arriva » ; « Décembre s’écoulait » ; « Mars fut clair ».
Le récit est aussi ponctué de pauses dans la narration qui interrompent la progression narrative. Il s’agit
essentiellement de passages descriptifs tels que la description de la chambre de Jeanne ou un peu plus loin la
description de tante Lison.
De nombreuses ellipses apparaissent dans le roman et passent ainsi sous silence une partie de la fiction.
A titre d’exemple, le chapitre II se referme sur la visite de l’abbé Picot tandis que le chapitre III s’ouvre par
« Le dimanche suivant ». Cependant, il faut noter une constante linéarité entre les différents chapitres,
notamment entre les chapitres XIII et XIV : à la fin du chapitre XIII « Jeanne repartit pour Batteville » et au
début du chapitre suivant « Alors elle ne sortit plus ». Même si fréquemment dans son roman Maupassant
use d’ellipses et jongle avec les rythmes narratifs, il n’en reste pas moins que sa structure respecte une
chronologie bien précise.

L’un des chapitres les plus représentatifs de l’habileté de l’auteur à jouer avec le temps est le chapitre IX. En
effet, on y retrouve un croisement remarquable de sommaires, de pauses et d’ellipses qui, non seulement
rythment le récit, mais se définissent selon les états d’âme et les perceptions de Jeanne. Elle découvre le
corps de sa mère qu’elle veille pendant deux heures, le cours de la narration est interrompu ensuite par ses
interrogations sur le repos de l’âme, suivies de la lecture des lettres jusqu’au lever du jour (ce qui marque
nettement une pause dans la narration). Puis, finalement le récit progresse rapidement grâce à quelques
ellipses, notamment concernant la journée qui suit la mort de la baronne.
Le rythme de la narration dans Une vie souligne l’importance accordée aux événements, les minimise ou les
efface selon la perception qu’a Jeanne de sa vie, puisque tout le reste est de l’ordre du « détail encombrant et
inutile ».

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Le personnage de Jeanne
Le personnage de Jeanne domine le roman et sa vie est perçue à travers la dualité entre ses attentes et ses
désillusions. Elle est présente dans chaque chapitre et le lecteur peut ainsi non seulement suivre son
évolution mais aussi définir et étoffer son portrait physique et psychologique par ses pensées et sa passivité.
Même si le titre du roman en dit peu sur ce qui attend le lecteur, (rappelons l’indéfini « une » au détriment
d’un titre plus révélateur tel que « La Vie de Jeanne »), il n’en reste pas moins que la vie de Jeanne peut
appartenir à n’importe quelle femme.
Souvent comparée à Emma Bovary, Jeanne est un être soumis qui subit ce qui l’entoure et qui ne cesse de
vivre dans le passé et dans ses souvenirs.

Jeanne ou les étapes de la vie d’une femme


L’existence de Jeanne est marquée par différentes étapes chronologiques et les grands moments de son
existence apparaissent au fil des chapitres. Sa vie peut alors être résumée en cinq étapes :
• chapitres I à III, une vie de jeune fille ;
• chapitres IV à VII, une vie de jeune épouse ;
• chapitres VIII et X, une vie de mère et de veuve ;
• chapitres XI à XIV, une vie de mère prématurément vieillie et de grand-mère ;• dernière page, une ultime
étape dans cette vie de femme.

Les chapitres I à III sont essentiellement consacrés à sa vie de jeune fille. Jeanne a alors 17 ans et l’auteur
résume ce que fut son existence avant le couvent. Jusqu’à l’âge de 12 ans qui marquera son entrée au
couvent, elle vit choyée aux Peuples pour ensuite se retrouver « sévèrement enfermée, cloîtrée, ignorée et
ignorante des choses humaines… ». Sa sortie du couvent prend des airs de renaissance, elle est alors «
radieuse, pleine de sève et d’appétits de bonheurs » et « une vie charmante » commence pour elle.
Son temps est rythmé par ses lectures, par son émerveillement face aux paysages somptueux que lui offre sa
terre natale, par ses promenades sur l’eau, ses bains, jusqu’à ce qu’elle rencontre celui qui deviendra son
mari. Cette période qui s’étend sur trois mois est la seule où Jeanne ressent un véritable bonheur d’autant que
sa rencontre avec Julien, tant attendue, se traduit par des fiançailles et un mariage.

Dans les chapitres IV à VII c’est Jeanne, jeune épouse, qui apparaît. Une femme qui se retrouve seule face à
la dure réalité de l’existence. Elle devient femme par un viol légitime. Choquée, c’est un parcours bercé de
désillusions qui s’ouvre à elle et c’est l’ennui qui, dès lors, occupe ses journées.
La découverte de l’adultère de Julien avec Rosalie est l’autre coup que lui porte le destin. Même si ses
premières réactions sont la colère et une douleur qui l’incitent au suicide, elle finit par glisser vers un
anéantissement et se retrouve, comme anesthésiée « sans force même pour la colère et la rancune ».
Les chapitres VIII et X sont consacrés à la maternité de Jeanne. Elle vit au départ sa grossesse avec
indifférence et lorsqu’elle met Paul au monde, elle perçoit l’événement tel un soulagement qui lui permet
enfin de « rejeter ce fardeau ».
L’arrivée de l’enfant s’apparente alors à une « garantie contre tout désespoir ». Jeanne prend les traits d’une
mère dont l’amour filial est démesuré jusqu’à désirer une autre grossesse pour remplacer son premier enfant
en cas de malheur. Julien meurt en même temps que le deuxième enfant et le chapitre X clôt son rôle
d’épouse trompée et délaissée, indifférente à ce qui l’entoure.
Du chapitre XI à XIV, le personnage de Jeanne n’est plus qu’une mère qui peut se consacrer exclusivement à
son fils. Ses préoccupations concernent Paul, elle s’oublie elle-même et, à vingt-huit ans, « elle en paraissait
quarante ». Elle refuse de vivre sans son fils, c’est le baron qui intervient avec autorité pour l’envoyer au
collège. Dès lors, Jeanne connaîtra la douleur de la séparation et sombrera à nouveau dans la solitude. De
plus, le départ de Paul avec sa maîtresse, la mort du baron et celle de tante Lison la laisseront désespérément
seule, à bout de force, privée d’amour et sans argent. Sa vie se détériore au rythme des hypothèques jusqu’à

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la vente de la demeure familiale qui la laisse « envahie par une invincible désespérance », pareille à un être
sans vie, immobile.

La dernière page du roman représente l’ultime étape de la vie de Jeanne. L’arrivée de l’enfant de Paul
provoque en elle une lueur de vie et d’espoir. Jeanne endosse le rôle d’une grand-mère débordant d’amour,
de tendresse et d’émotion.
Jeanne consacrera une première partie de son existence à se projeter dans un futur aux allures de bonheur, et
une seconde partie essentiellement dirigée vers le passé.
Son rapport au temps correspond à un fragment des Pensées de Pascal dont l’idée sera reprise par
Schopenhauer selon laquelle nous refusons de vivre l’instant présent au profit du passé ou du futur car le
présent « blesse » et « nous afflige ». Au lieu de nous tourner essentiellement vers des « soucis d’avenir, ou
de nous livrer à l’inverse aux regrets du passé, nous devrions ne jamais oublier que le présent seul est réel »
et que le futur apparaît toujours contraire à nos aspirations. Des propos loin de Jeanne qui nie son présent
pour pouvoir survivre.

Jeanne ou l’échec du mariage


Dès le début du roman, tout semble donc prédisposer Jeanne à l’amour. A la sortie du couvent elle parait
radieuse, « prête à saisir tous les bonheurs de la vie dont elle rêvait depuis si longtemps ».
L’auteur souligne un sentiment de liberté grâce aux occurrences de l’adjectif « libre » qui marquent les
premières pages du roman. Cette liberté est une invitation à savourer la vie et, de ce fait, à rêver d’un amour,
comble de bonheur. Victime de sa naïveté quant à la vie qui l’attend, elle est en décalage avec la réalité. Tel
est sans doute l’élément central, originel de sa vie désastreuse.
Habilement, l’auteur renverse progressivement cette situation aux apparences idylliques et met tout en œuvre
pour préparer Jeanne au malheur. Lors de sa première rencontre avec Julien, Maupassant souligne des
troubles trompeurs pour simuler la naissance d’une grande passion. « Elle rougissait et pâlissait en
rencontrant son regard et frissonnait en entendant sa voix », un état qui fait clairement référence au coup de
foudre de Phèdre à la vue d’Hippolyte : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue/Un trouble s’éleva dans mon
âme éperdue. » Cependant, l’éveil des sens n’est en aucun cas celui du sentiment amoureux, Jeanne ne cesse
de s’interroger sur ses véritables sentiments à l’égard de Julien. Ce qui marque une nette rupture entre le
bonheur espéré et la réalité douloureuse est très certainement la nuit de noces. Une scène décrite selon des
sentiments de peur et de violence. Jeanne prend alors conscience que sa vie d’épouse et plus particulièrement
de femme de Julien se limite à la satisfaction des désirs charnels de son mari.
Bercée par ses désillusions, Jeanne connaît toutes les tares du mariage, l’infidélité, l’indifférence et la
solitude jusqu’aux horribles douleurs de l’accouchement, pour s’achever par un veuvage précoce. Elle est
l’incarnation de l’échec du mariage.

Jeanne ou l’échec d’une mère


Jeanne n’est pas seulement victime de son destin dans son union avec Julien, dans son rôle de mère elle est
aussi bafouée et sombre doublement dans l’échec.
Enceinte, tandis qu’elle découvre l’adultère de Julien avec Rosalie et sa paternité illégitime, elle reste
indifférente à sa propre grossesse et s’en détourne d’autant que ce futur enfant résulte, non pas d’un désir,
mais d’un hasard. Lorsqu’elle accouche, l’auteur insiste essentiellement sur la douleur physique qu’elle
ressent, ce qui fait office de mauvais présage, une future vie de mère malheureuse. Mais dès la venue de
l’enfant, Jeanne sent s’éveiller en elle une « fibre maternelle » qui se traduit par un amour fanatique pour son
fils Paul.
Elle est cette mère possessive dont les agissements frôlent l’obsession. Sans Paul, elle n’est plus rien, elle
subit une certaine folie qui la prive de tout comportement raisonnable. Son amour pour Paul est marqué par
une jalousie constante, jalousie de sa nourrice et de sa maîtresse plus tard. Elle devient alors violente en
geste et en parole, ce qui semble en décalage avec sa froide acceptation des infidélités de Julien. Son rôle de

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mère est caractérisé par un égoïsme frappant. Son désir d’un autre enfant ne résulte que de la peur de se
retrouver seule.
On pourrait accuser Paul d’ingratitude à l’égard de Jeanne qui semble tellement dévouée, cependant à trop
vouloir lui donner d’amour, elle finit par l’étouffer.

Jeanne ou l’échec d’une éducation


Jeanne n’a pas su donner une éducation à son fils d‘autant qu’elle veut tout mettre en œuvre pour le garder et
sa protection abusive le fait fuir. Elle participe ainsi à l’échec de la vie de Paul. Finalement tout ce qu’elle
produit est de l’ordre de l’échec.
Le baron a conçu un plan précis pour l’éducation de sa fille, voulant la rendre « heureuse, bonne, droite et
tendre ». Pour atteindre son but, il l’a gardée jusqu’à l’âge de douze ans dans la demeure familiale entourée
de tout l’amour et de toute la protection que ses parents pouvaient lui offrir, pour ensuite la confier « aux
bons soins des religieuses » pour parfaire son éducation. Presque emprisonnée, elle sort du couvent toute
ignorante des choses de la vie. Durant cet enfermement, elle n’a vécu que dans ses rêves et dans ses espoirs
qu’elle a voulu goûter dès sa sortie. Victime de son ignorance et de sa naïveté, elle est en marge de la réalité
dans laquelle elle se retrouve. Son aspect naïf, son manque de personnalité ont fait d’elle un être soumis, qui
subit son destin, son mariage raté, sa maternité, l’indifférence de son fils, face à quoi elle ne peut réagir, d’où
la nécessité d’être constamment assistée. C’est le baron qui décide de son mariage et de l’éducation de Paul,
c’est l’abbé Tolbiac qui lui montre qu’une religion rigide est la solution à ses problèmes et c’est Rosalie qui
gère sa fin de vie.
Jeanne est représentative de l’échec de toute une vie. Elle est déçue par l’existence contraire à ses aspirations
mais aussi par les êtres qui l’entourent. Elle doit alors tenter de survivre dans un monde qui se resserre au
rythme de la morosité qui le caractérise.

La mort dans Une vie


Ce premier roman de Maupassant est consacré à l’existence d’un personnage dont le lecteur peut découvrir
les différents événements marquants qui l’ont ponctuée. Or cette vie prend tout son sens et évolue selon les
différentes apparitions de la mort dans le récit. Il est évident que de nombreux thèmes peuvent être soulevés
après la lecture du roman, mais un des aspects les plus contradictoires du roman doit être approfondi.
En effet, dans le roman l’omniprésence de la mort sert aussi de cadre à la vie de l’héroïne. On meurt
beaucoup dans Une vie et Jeanne assiste peu à peu au dépeuplement voire à l’anéantissement de son univers.
La mort prend ici plusieurs visages : elle est tantôt naturelle, tantôt accidentelle, tantôt criminelle, violente
ou douce, elle frappe aussi bien les humains que les animaux. L’auteur la décline en tout point.
Un récapitulatif sommaire de ses différentes interventions permet de comprendre la volonté de Maupassant
de la présenter en rapport étroit avec l’existence de Jeanne qui paradoxalement survit au lieu de vivre.
La mort apparaît de façon métaphorique dès les premières pages du roman et plus précisément à partir de la
nuit de noces épouvantable de Jeanne. En effet, ce viol que commet Julien met fin à toutes les illusions dont
s’était délectée Jeanne, à tous ses espoirs de bonheur. Plus loin, la mort se concrétise peu à peu et prend un
aspect plus effroyable encore. Elle entre réellement en scène lorsqu’elle frappe la baronne puis le deuxième
enfant de Jeanne. La mort poursuit ainsi son chemin, en anéantissant tous les proches de l’héroïne : Julien, le
baron, tante Lison et la femme de Paul.
Certaines morts sont vécues en direct, pensons notamment à celle de la baronne ou à celle de la chienne,
d’autres morts sont simplement évoquées, celle du mari de Rosalie ou celle de la femme de Paul. Parfois
discrète et rapide (dans le cas du baron et de tante Lison), la mort peut aussi donner lieu à de longues
descriptions réalistes qu’illustrent celles de la baronne et de la chienne en gésine. A d’autres moments la
mort est mentionnée à travers une dimension tragique d’une absolue cruauté, c’est le cas pour celle de Julien
et de sa maîtresse, de la chienne et ses chiots.

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Chaque personnage a une mort qui lui est propre, c’est-à-dire qui lui ressemble. Tante Lison meurt en toute
discrétion dans sa chambre, à l’image de ce que furent sa vie et sa personnalité. La baronne succombe
pendant qu’elle faisait « son exercice », tandis que le baron rendra l’âme en réglant les dettes de Paul. Julien
et Gilberte disparaissent après un acte d’une violence extrême, dans leur nid d’amour.
Mais, naturelle ou provoquée, la mort est toujours inattendue et précipitée, seul le chien Massacre, à la
hauteur de son nom, souffre d’une longue agonie.
Tous ces morts qui encerclent la vie de Jeanne semblent réellement en contradiction avec le titre qu’a choisi
Maupassant, ce qui soulève un paradoxe évident, les personnages qui désirent vivre sont anéantis tandis que
Jeanne qui se refuse à vivre lorsqu’elle découvre l’adultère de Julien, est condamnée à rester sur terre et à
subir son sort.
Jeanne réagit différemment face aux interventions de la mort dans son univers. Même si elle est étroitement
liée à tous les morts qui illustrent le roman, elle ne sera témoin que de celle de la chienne.
De plus, chaque mort se définit en fonction du regard et des sentiments de Jeanne. Lorsque la baronne
décède, la réaction des autres personnages est donnée de façon lapidaire. Le baron « pleura beaucoup »,
Julien « demeura stupéfait », trop surpris pour adopter « d’un seul coup le visage et la contenance qu’il
fallait », alors que la description du désarroi de Jeanne face au choc auquel elle est confrontée pour la
première fois nécessite plusieurs pages. Ses agissements face à la mort de la baronne peuvent être définis
selon trois mouvements : une prise de conscience du corps sans vie de sa mère, « Elle ne remuerait plus, ne
rirait plus, ne dînerait plus jamais… », puis des interrogations sur le sort de l’âme après la vie, « Où donc
était maintenant l’âme de petite mère ? […] de ce corps immobile et glacé ? », et enfin une découverte, celle
des lettres de sa mère, qui aboutit à une violente réaction, « elle se mit à pleurer affreusement avec des cris
involontaires qui lui déchiraient la gorge ».
Les autres morts qui ponctuent le récit auront de moins en moins d’importance aux yeux de Jeanne. En effet,
la venue de l’enfant mort-née est mentionnée de façon rapide malgré toute la volonté et tous les efforts qui
ont animé son désir de procréer une seconde fois, « peu à peu elle se ranima ». La mort du baron et de tante
Lison ne font l’objet d’aucune attention particulière comme si Jeanne était exténuée de cette succession de
disparitions. Maupassant présente sa douleur comme une sorte d’« engourdissement ». L’espace vide qui se
crée autour d’elle l’entraîne dans un désespoir sans limites, et lui retire toute envie de vivre afin de « ne plus
souffrir, de ne plus penser ».
Jeanne apparaît comme l’unique survivante de ce monde voué à l’échec, peuplé de fantômes du passé qui
rendent son existence absurde.

4. Les autres personnages

- Jeanne, est fille unique du baron et de la baronne Le Perthuis des Vauds. C’est une jeune fille
particulièrement forte et hardie, elle n’a conscience d’aucun danger. Elle vivait dans le couvent du Sacré-
Cœur depuis qu’elle avait douze ans car son père désirait qu’elle ait une bonne éducation. Comme l’avait
décidé son père, elle sortit à dix-sept ans (au début du livre). C’est une fille qui a la joie de vivre, elle est
ouverte et très particulière. Enfin, elle a vraiment tout pour être heureuse. La vie de Jeanne va devenir très
difficile après le mariage avec Julien.

- Le baron Le Perthuis des Vauds est un aristocrate de naissance. C’est un philosophe par tempérament
et libéral par éducation. Sa grande force et sa grande faiblesse, c’est la bonté, il n’a pas assez de bras pour
donner, pour éteindre, une bonté de création, éparse, sans résistance, comme l’engourdissement d’un nerf de
volonté, une lacune dans l’énergie, presqu’un vice. Homme de théorie, il méditait tout un plan d’éducation
pour sa fille, voulant la faire heureuse, bonne, droite et tendre. Il voulait qu’on la lui rende du couvent chaste
pour la tremper lui-même dans une sorte de bain de poésie raisonnable.

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- Paul, le fils de Jeanne, surnommé « Poulet ». Quand l’enfant prit ses dix ans, sa mère semblait en avoir
quarante. Il était fort, turbulent et hardi, mais il ne savait pas grand chose. Les leçons l’ennuyant, il les
interrompait tout de suite. Et, toutes les fois que le baron le retenait un peu longtemps devant un livre,
Jeanne, aussitôt arrivait, disant : « Laisse-le donc jouer maintenant. Il ne faut pas le fatiguer, il est si jeune. »
Pour elle, il avait toujours six mois ou un an.
- Le vicomte Julien de Lamare, est un homme rustre et avare. Dès la rencontre avec Jeanne il lui disait
qu’il était déjà dégoûté du monde, las de sa vie futile ; il trouvait qu’il avait toujours vécu la même chose
dans sa vie.

1. Les personnages
a. Jeanne
Elle incarne tout d'abord la jeune fille ignorante. Son père a tenu à lui offrir une éducation mais celle-ci était
loin d'être complète. C'est pourquoi Jeanne est très décontenancée par le comportement de Julien vis-à-vis
d'elle. Cette ignorance est la cause de nombreuses déceptions. Jeanne ne s'endurcit pas mais s'affaiblit peu à
peu au contact du monde : elle cède sans aucun effort de volonté face au temps, à la mort, à l'absence
d'amour, à la solitude ou à l'égoïsme de son enfant.
b. Julien
Cet homme est un être double : sous une apparence courtoise de gentilhomme aisé se cache un fond mesquin
et égoïste. Jeanne ainsi que les autres personnages du roman sont trompés par cette image avenante. Le
mariage se révèle être uniquement une opération financière pour permettre à Julien de retrouver sa place
dans la hiérarchie sociale. Cette dualité ressort dans sa relation avec Gilberte, qui le fait redevenir tel qu'il
était au début de son mariage avec Jeanne. Julien transmet cette triste hérédité à son fils Paul.
c. Les parents
Le père de Jeanne est baron. Il agit comme l'exige son appartenance à la petite noblesse, mais il sait prendre
du recul par rapport au jeu social. Il juge son époque avec lucidité. Cependant, il manque de volonté et se
montre souvent trop généreux et trop laxiste, que ce soit avec sa fille, avec son gendre ou encore avec son
petit-fils. Il a transmis ce manque d'énergie à Jeanne.

La baronne est une femme malade, qui est par conséquent peu active. Elle a des penchants romantiques qui
la font souvent se tourner vers son passé. Son mariage ne lui a pas apporté tout ce qu'elle attendait, c'est
pourquoi elle a eu une relation adultère qui fait partie des souvenirs qu'elle conserve précieusement. Elle a
transmis à Jeanne cette mélancolie romanesque ainsi que certains comportements.
d. Rosalie
Rosalie a été élevée avec Jeanne. Leurs destins se séparent quand Rosalie accouche de l'enfant de Julien.
Grâce à Jeanne, elle est mariée et dotée. Elle réussit à éduquer son enfant et à avoir un peu d'argent grâce à
son travail. Quand elle apprend que Jeanne est seule et désemparée, elle la prend en charge pour la fin de sa

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vie. Généreuse mais surtout travailleuse, Rosalie se pose comme le contraire de Jeanne : elle réagit face au
malheur pour que la vie continue.
2. Les principaux thèmes
a. Le temps
L'ensemble de l'histoire de Jeanne se déroule de sa sortie du couvent le 2 mai 1819 à l'arrivée de sa petite-
fille au printemps 1848. Mais on remarque que le récit progresse de plus en plus rapidement, après s'être
attardé sur les premiers mois suivant la sortie du couvent. On peut également voir que les saisons se
succèdent, donnant à Jeanne un indice de ce défilement, ainsi qu'un indice de son état d'âme. Le printemps et
l'hiver apparaissent comme des reflets de l'humeur de Jeanne.
b. Le pessimisme
À sa sortie du couvent, Jeanne est prête pour le bonheur et pour le grand amour. Or, sa vie n'est qu'une suite
de déceptions.
Le mariage ne réussit pas, son mari la trompe et se montre un maître tyrannique. Sa famille ne lui apporte
pas le réconfort qu'elle en attendait : sa mère ne vaut pas mieux que les autres femmes puisqu'elle aussi est
adultère, son fils a le même caractère que Julien.

Enfin, la religion, incarnée d'abord par le laxiste abbé Picot, puis par le fanatique abbé Tolbiac, ne se
présente pas non plus comme une alliée sûre et rassurante. Rien dans cette vie ne soutient Jeanne face à ses
désillusions successives.
c. La nature
Comme dans d'autres romans et nouvelles de Maupassant, la nature joue un rôle important auprès du héros,
tout d'abord comme décor de l'action : la campagne normande est un thème récurrent chez Maupassant. Mais
la nature est aussi une sorte de confident : la mer une amie, le jardin des Peuples une présence rassurante liée
à l'enfance.
d. L'amour
L'amour romantique et idéal que ressent Jeanne pour le premier jeune homme qu'elle aperçoit en sortant du
couvent, s'oppose à la recherche de satisfaction physique de Julien. Aucune union, dans ce roman, ne
propose de concrétisation heureuse de l'amour. Ce sentiment apparaît comme une vague illusion que chacun
entretient à sa façon. L'ensemble est voué à l'échec et à la déception.
e. L'argent
Cet élément est essentiel dans le roman pour marquer l'époque où il se déroule (dans la perspective
naturaliste). Ainsi toutes les familles sont plus ou moins ruinées, excepté deux couples secondaires : les
Fourville et les Coutelier.

Julien épouse Jeanne pour renflouer ses comptes car il est au bord de la ruine. L'argent est donc un moteur de
l'action. Mais Jeanne s'oppose à Julien sur ce thème également, puisque dans sa famille, l'argent n'a pas

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d'importance. La bonté dont ils font preuve naturellement les pousse à donner à ceux qui n'ont rien. Julien,
en revanche, ne donne que s'il y est contraint et forcé.
L'essentiel
Le roman est fondé sur l'opposition entre les personnages de Julien et de Jeanne. Mais cette antinomie
fonctionne parallèlement au principe d'hérédité cher au naturalisme, qui crée une continuité entre Jeanne et
ses parents, puis entre Paul et ses parents.
Cette structure est renforcée par quelques thèmes majeurs qui sont la nature, l'amour et l'argent, dans un
contexte pessimiste.

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