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SEMIOTIQUE

ET COMMUNICATION

Du signe au sens
Collection Champs Visuels
dirigée par Pierre-Jean Benghozi,
Jean-Pierre Esquenazi et Bruno Péquignot

Publicatioll de ['auteur chez le mên'le éditeur

Images du goOt
(sous la direction de J.-J. Boutaud),
Champs Visuels, n° 5, mai 1997.

photo de couverture: Francis Demoulin

@ L'Harmattan, 1998
ISBN: 2-7384-7043-2
Jean-Jacques Boutaud

SEMIOTIQUE
ET COMMUNICATION

Du signe au sens

L'Harmattan L'Harmattan Inc.


5-7, rue de l'École Polytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005 Paris - FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9
remerciements

.e.

Ma sympathie et mes remerciements vont aux premiers lecteurs de cet ouvra-


ge, sous sa forme originale de document de recherche: Philippe Breton
(Laboratoire de sociologie de la culture européenne, CNRS, Strasbourg) ;
Pierre Fresnault-Deruelle (EIDOS, Paris I, Panthéon-Sorbonne) ; Hugues
Hotier (ISIC, Bordeaux nI) ; Daniel Jacobi (CRCM, Dijon) ; Jean Mouchon
(pRIAM, ENS Fontenay/Saint-Cloud).
Je tiens également à remercier mes compagnons de route au sein du LIMCI
(Université de Bourgogne) : Jean-Marc Fick, Jacques Ibanez Bueno, et, pour mes
relations avec le monde professionnel, Didier Livio, au nom de Synergence
(Dijon).
Merci encore, à ceux qui favorisent de fructueux échanges dans le cadre de notre
Programme de Recherche International sur les Médias (pRISM), créé en 1992 :
Gunther Kress (Institut d'Education, Londres), Giovanni Bechelloni (Sociologie
Politique et sociologie des médias, Florence), Ben Bachmair (Media Education,
Kassel), et Ann Piroëlle (Dijon) au titre des relations européennes.
Tous mes remerciements, enfin, à Jean-Charles Pic (Dicolor) et Joëlle Le Blévec
(Press'Citron), pour la mise en page du texte.

Pour éviter l'impudeur de la dédicace familiale, je voudrais réserver une place


particulière à mes proches qui supportent et facilitent, dans le quotidien de ma
recherche, mon patient travail de « bricolage».
SOMMAIRE

AVANT-PROPOS .. 9

Première partie

SEMIOTIQUE ET MODELISATION
EN COMMUNICATION 17

I Le paradigme du signal
ou la fonction télégraphique de la communication 23

1. Le brouillage information et communication 26


2. Signal d'infonnation et information médiatique 29

II Le paradigme du système
ou la fonction orchestrale de la communication 33

1. La relation fonctionnelle aux médias et aux images 39


2. La relation fonctionnelle à une image de soi communicante 44
3. La relation fonctionnelle à l'espace social 50

III Le paradigme de la signification


ou la fonction sémiotique en communication 59

1. En marge du sémioticien : proximité des modèles


et lignes de démarcation 65
2. D'une approche positiviste à une conception ouverte
des systèmes de signification 70
3. Le contre-éclairage médiologique 83
4. Signification au carré et quête de sens 93
Deuxième partie

UN SENS A CONSTRUIRE 111

I Une approche « raisonnée»


de l'énonciation en communication. . .. . 117

I. Au-delà des fonctions de communication. 118


2. Un tournantpragmatique 122
3. Enonciation et manipulation 130

II Construction et co--production du sens 145

I. L'espace socia] de l'interaction:


interdiscursivitéet intersubjectivité 148

2. Comportement communicatif et comportement signifiant 156

Troisième partie

IMAGE ET COMMUNICATION:
VERS UNE SEMIOPRAGMATIQUE VISUELLE? 173

1. Dépasser le code .. 181


'"
2. Pour une topologie du sens:
séduction et réduction de la forme 190
3. Figure, figurabilité, figurativité : le processus analogique 203
4. La production du sens: genèse et génération 220

Quatrième partie

UN TERRAIN D'EXPERIENCE: LE GOUT


ET LA CONSTRUCTION DE L'IMAGE GUSTATIVE 241

1. Ouvertures sémiotiques et sens en acte 244


2. Systémique et sémiotique du goût 246
3. L'axiologie du goût 248
4. Une compétence sémiotique à bâtir autourdu goOt 268
CONCLUSION 289

Sémiotique et communication:
pour une sémiopragmatique de la communication 291

Des sémiotiques de l'image à une sémiopragmalique visuelle 294

Questions ouvertes 298

BmLIOGRAPIllE SELECTIVE 303


AVANT-PROPOS

Dans la constellation des sciences de l'information et de la com-


munication, qui se développent depuis plus de vingt ans, la communi-
cation représente un objet introuvable dans la diversité de sa manifes-
tation, tandis que la sémiotique, dans sa première génération (Barthes,
Greimas, Eco), a pu incarner un âge de la communication où cette
diversité semblait obéir à J'autorité du code ou l'emprise du signifiant.
Un puits sans fond d'un côté, un vase clos de l'autre. Pourtant une
même fascination collective réunit ces deux domaines, sous la poussée
d'une vie sociale où la permanence des échanges, la complexité des
formes de représentation, le rôle sans cesse discuté de l'image, prise en
bloc ou spécifiée, constituent des questions récurrentes dans l' expres-
sion du sens commun comme dans les débats scientifiques. Même
nébuleuse, la notion de communication revient constamment au devant
de la scène, avec tout le capital d'attention qui se reporte sur la com-
pétence sémiotique pour analyser et comprendre, des systèmes, sinon
des formes structurantes de signification, sous des jours nouveaux.
En inscrivant Jes termes génériques de « sémiotique et communica-
tion », le titre de cet ouvrage ne cache donc pas ses ambitions. Certes,
chacun des termes renvoie à un champ de théories et de pratiques déjà
si vaste que leur association semble décupler la tâche à entreprendre et
décourager une telle entreprise.
sémiotique et communication: du signe au sens

Mais l'on peut aussi choisir, d'entrée, le parti inverse, avec la


conviction que chacune à beaucoup à apprendre de l'autre.
La sémiotique se porte sur la production de la signification qui
n'opère pas uniquement à la source (l'intention de. l'émetteur) mais-
relève d'une structuration et d'une négociation du sens entre acteurs de
la communication. Parce qu'on ne peut isoler plus longtemps le texte
(verbal, visuel) de son contexte (social, culturel, interactionnel) la
sémiotique trouve, dans la communication, les moyens de développer
son ouverture pragmatique. Cela demande la prise en compte de
variables liées aux conditions d'énonciation du message, à la situation
d'interaction, aux usages, aux représentations sociales et autres condi-
tions de manifestation du sens sur lesquelles il faudra se pencher.
L'information et la communication semblent, pour leur part, avoir
épuisé les modèles de description de leurs éléments de base mais s' in-
terrogent, plus que jamais, sur les modalités de signification qui, à tra-
vers le message, construisent l'échange. L'approche sémiotique conso-
lide l'analyse en communication en lui donnant des outils d'analyse
sur la forme et le sens des messages et de leur environnement, à l' inté-
rieur de cadres de signification qui impliquent des sujets, l'image
qu'ils se font d'eux-mêmes comme acteurs, au cœur de situations et
d'espaces sociaux, symboliques.
Voilà, très rapidement formulés, les premiers arguments d'une
démarche solidaire entre sémiotique et communication, sur la trajec-
toire « du signe au sens ». Sans rechercher l'effet d'annonce il est pos-
sible de reconnaître, sur ces bases théoriques, une démarche d'inspira-
tion sémiopragmatique.

Comment définir notre objet, dans sa dimension la plus élémentai-


re? Une première réponse sera: la production sociale du sens.
Ambition toujours démesurée si elle ne prenait un contour précis aux
différents stades de la réflexion. D'abord, situer la sémiotique dans la
problématique générale de la modélisation en communication dont le
cadre va s'ouvrir au profit d'une recherche attentive à la complexité

10
avant..propos

des mécanismes de signification (première partie). Ensuite, progresser


dans l'analyse de ces mécanismes en replaçant, non un simple messa-
ge immanent, mais la subjectivité même de toute situation de commu-
nication (sujets en interaction) dans les conditions.« objectives:),>
(modes d'élaboration et principes structurants) de production sémio-
tique de l'échange (deuxième partie). Pour avancer dans le domaine
privilégié de la représentation visuelle, cette perspective, ouverte à la
dimension pragmatique et performative d'un sens mis en action, se
précisera au contact des problématiques sur l'image. en particulier le
déplacement d'intérêt de~ notions de code ou de signe, à celles de
forme expressive et de signification qui supposent un rapport actif au
sens (troisième partie). Cette sollicitation de l'acteur et du champ
social nous conduira sur les terrains d'application où sémiotique et
communication peuvent opérationnaliser leur démarche conceptuelle
sans l'instrumentaliser par des prédictions ou des prescriptions
sociales. Dans cet esprit, on prendra, pour exemple, l'ébauche d'une
sémiopragmatique du goût, qui se donne un objet syncrétique et com-
plexe pour répondre, avec humilité mais sans se dérober, au défi que
lance la construction sociale du sens (quatrième partie).

«La communication: une sémiotique de la méconnaissance»


(Natali, 1978 : 45). L'un des titres de Communications, précisément
consacré aux Idéologies, discours, pouvoirs, en dit long sur les repré-
sentations négatives que la communication a pu entretenir, à partir de
son schéma canonique émetteur-message-récepteur. En l'occurrence,
la « méconnaissance» prend la forme d'une « éclipse phénoménolo-
gique » qui a pour effet de poser le sujet de la communication comme
stable, doué d'extériorité par rapport au langage, utilisé comme un ins-
trument. A l'origine de ce discours critique, le transfert abusif du sché-
ma de la Théorie mathématique de la communication (Shannon) à la
communication humaine. La vision mécaniste de la relation entre
émetteur et récepteur a suscité, depuis, tellement d'anti-modèles que
l'on pourrait se croire dispensé d'y revenir. Pourtant le contexte actuel

Il
sémiotique et communication: du signe au sens

de production marchande de l'information et de multiplication des


échanges informels avec les nouvelles technologies de communication
rend, au schéma fondateur des théories de l'information une certaine
vigueur.
Ce traitement de l'information s'inscrit, faut-HIe rappeler, dans une
évolution rapide des outils et des usages, qui demanderait la révision
de certains arguments critiques adressés à un modèle mécaniste du
milieu des années 40. Mais les phénomènes observés n'en prolongent
pas moins le paradigme, technique ou instrumental, de la transmission
du message (paradigme réduit à ne pas confondre avec la diversité des
opérateurs sociaux de transmission). Ce par quoi la communication est
valorisée - l'espace dialogique, 1a dimension interpersonnelle, la
construction symbolique de l'interaction - a tendance à rester étranger
au traitement d'abord quantitatif de l'information.
Avant de ramener, avec la fonction sémiotique, la signification au
centre de la communication, il faut comprendre les logiques qui ont pu en
dominer la représentation. De transmission du message, en circulation de
l'infonnatioD, la cybernétique marque un pas décisif dans la conception
d'un système non plus linéaire et fenné mais circulaire et ouvert d'infor-
mation. On passe, en quelque sorte, d'un mécanisme aveugle où quelque
chose passe d'un émetteur à un récepteur, à un système transparent qui
trouve son équilibre dans la boucle de rétToaction sociale de l'informa-
tion. Pour autant, l'étalage de l'infonnatioD, sa garantie de fonctionnalité
à l'usage de l'individu, des médias, de la société, n'apporte pas de cau-
tion réelle à une valorisation de ]a signification.
fi faut attendre'la sémiotique pour voir l'analyse des systèmes signi-
fiants constituer un objet de recherche, à part entière, non indifférent
pour les questions à venir en communication. La transparence de l'in-
formation fait place à l'opacité du signifiant, à l'épaisseur de la signi-
fication, sensible en surface mais agie en profondeur, ce qui explique
les écarts d'interprétation, à commencer par l'écart irréductible entre
production et reconnaissance du message.
A travers l'évolution des paradigmes - transmission du message,

12
avant--propos

circulation de l'information, production sociale de la signification - on


évitera, cependant, de proposer une monographie des modèles, pour
mettre en évidence une orientation de recherche préoccupée par les
conditions d'émergence de la signification dans la con~truction socia-
le de l'échange. Car il s'agit bien d'une construction. Pour en étudier
la forme et l'activité, les relations de solidarité entre sémiotique et
communication vont déplacer les frontières établies des premiers
modèles, avec les premiers effets à entrevoir dans notre monde saturé
d'informations et d'images (première panie).

Si, dans les années 60, la communication éprouve des difficultés pour
s'émanciper de la théorie de l'information, la sémiotique trouve diffici-
lement son chemin en dehors de la linguistique. L'une semble réduite à
la mécanique de la transmission, l'autre à l'immanence du message,
avec, dans les deux cas la forclusion du sujet dans le social. Aujourd'hui,
par retour de balancier, on n'hésite pas à se replacer du côté du sujet,
actif, coopératif, capable d'exercer, aux deux pôJes de la communication,
son plein pouvoir sémiotique - ce qui ne veut pas dire un pouvoir totale-
ment conscient et souverain - sur les situations et les messages. Mais la
recherche des effets laisse, bien souvent, dans les marges de l'analyse,
les conditions mêmes de production de la signification.
Le rôle de la sémiotique est, dans une certaine mesure (d'obédien-
ce greimassienne) d'en restituer le parcours, depuis la structure élé-
mentaire de la signification jusqu'au niveau de manifestation des
signes. Mais en affumant l'autonomie des systèmes signifiants par rap-
port au réel (ce qui prend valeur de vérité ce sont des signes et non des
faits), la sémiotique prendra le risque de s'isoler elle-même. A moins
de trouver, dans la communication, le point d'appui nécessaire à une
conception plus ouverte et pragmatique de la signification que les
modèles fondateurs ont pu le laisser paraître. Le plus simple sera de
revenir à l'article Communication du Dictionnaire Sémiotique
(Greimas et Courtés, 1979) qui donne toutes les raisons de situer la
« manipulation» intersubjective, entre faire persuasif et faire interpré-

13
sémiotique et communication: du signe au sens

tatif inégalement modalisés, à plusieurs niveaux de construction. Cette


« manipulation» est à entendre comme une activité non psychologique
mais sémiotique. L'élaboration du sens ne s'effectue pas simplement
entre deux pôles mais à l'intérieur d'un processus continu de COIt1lJ1u~~.
nication où se jouent des positions, des rôles, des inférences. Tout cela
entre codes établis et réactions idiosyncrasiques favorisées par le cadre,
entre règles du jeu et tactiques de jeu sur le signe et les significations.
Il faudra précisément attendre les développements de la communica-
tion, autour de notions comme l'inter-énonciation ou le jeu illocutoire,
l'interdiscursivité, la forme analogique de l'échange, pour faire évoluer
les représentations au bénéfice d'un sens non donné, mais construit et
socialement situé (deuxième partie). Cet ancrage social du sens élargi-
ra notre propre construction sémiotique aux considérations pragma-
tiques de Peirce, sur le signe et l'interprétant, avec une attention aux
apports récents de la sociosémiotique qui marquent, en relation avec les
sciences sociales, ce que nous rechercherons en sémiopragmatique,
dans la relation aux sciences de l'infonnation et de la communication.
Au-delà des étiquettes, l'orientation sémiotique ainsi définie s'inscrit
dans le cadre et la trajectoire pragmatiques de la communication.
Dans sa dimension iconique, la communication visuelle (qui débor-
de l'image) représente l'un des domaines les plus sensibles de cette
évolution. Le cadre sémiotique éclate sous la concurrence des sémio-
tiques visuelles susceptibles de rendre compte de propriétés sensibles,
non réductibles à des catégories linguistiques. La notion de sens, déjà
exposée à ses conditions sociales de production, fait intervenir les
conditions phénoménales de sa perception selon des processus com-
plexes qui ne semblent pas obéir à un régime unique de signification.
Non par influence systématique de nouvelles théories: les réfé-
rences à Peirce, à Hjelmslev, à la Gestalt, à la phénoménologie de la
perception, ne cessent d'animer l'analyse aux textes fondateurs. Ni par
ancrages conceptuels totalement novateurs: l'analogie, les processus
primaires dans l'image, la discursivité de l'image, sa temporalité, sont
des phénomènes qui intéressent de longue date la recherche. Mais,

14
avant-propos

avec le renfort de problématiques développées en sémiotique et com-


munication (activité énonciative, modalités relationnelles, univers de
représentations, etc.), en particulier dans le champ visuel (communica-
tion analogique, indicielle, figurale et figurative), l'ensemble de ces
questions se reformule dans un cadre d'articulation nouveau, rede-
vable, selon nous, à une sémiopragmatique visuelle.
L'exigence de recherche y reste entière sur les propriétés signi-
fiantes du message que J'on considère trop souvent comme acquises ou
dépassées par des conceptions plus avancées, portées d'emblée sur le
contexte de production. Or l'un n'exclut pas l'autre et l'attention aux
propriétés formelles du message a, sans doute, encore beaucoup à nous
apprendre. Mais, au-delà de l'énoncé iconique, la signification est
encore celle d'objets, de lieux, de situations que les sujets vivent et
assument au travers des messages. Ils les construisent par leurs repré-
sentations en même temps qu'ils se construisent dans l'espace de la
communication, selon des modalités différentes entre production et
reconnaissance, faire persuasif et faire interprétatif (troisième partie).

Ces attendus théoriques et scientifiques sont commentés et illustrés


au fil de l'analyse, dans des domaines variés de la communication
(technologique et informationnelle, sociale, médiatique) qui condui-
sent à réfléchir sur le monde des images (télévisuelles, publicitaires,
politiques, artistiques), à saisir leurs et leur fonctions, les représenta-
tions sociales qu'elles manipulent et entretiennent dans le processus
communicationnel. Les données sémiopragmatiques préparées jusque-
là seront mises à l'épreuve d'un objet complexe, en fin d'ouvrage: le
goût et sa représentation visuelle (quatrième partie). Autrement dit,
l'expression d'un sens, la saveur, non communicable en soi. Véritable
défi pour J'expression et la manifestation de « signes gustatifs» com-
geant le défaut de sensation par sa représentation, entre saveur et
valeur, ou par sa recréation, entre métonymie et synesthésie, pour
n'évoquer, à ce stade introductif, que quelques bases de signification.
Le goût, un objet anthropologique et culturel, riche de nuances et de

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sémiotique et communication: du signe au sens

complexité, aux modalités expressives stimulantes dans la zone d'at-


traction qui nous intéresse entre sémiotique et communication.
L'image du goût comme objet emblématique: espace du discours,
de la représentation et de la manipulation du sens, de la çonstruction de~-
simulacres signifiants, mais aussi celui du sujet, du corps, de la sensa-
tion, du temps vécu, toujours possibles à réinvestir dans l'image. Vaste
sujet de recherche qui puise dans les formes, les objets, les lieux, les
situations et les discours ou d'autres formes de communication sociale
pour se prêter patiemment à l'élaboration de contours sémiopragma-
tiques comme nouvelles lignes de recherche en communication.
A l'horizon, une quête toujours insatisfaite: la signification, la tra-
jectoire du signe vers le sens.

16
pretnière partie

SEMIOTIQUE ET MODELISATION
EN COMMUNICATION
La place de la sémiotique au sein des recherches en communica-
tion, se définit déjà par une ligne d'horizon franche, à la fois étendue
et précise dans son orientation: l'émergence de la signification. Le
terme revêt une telle ampleur que la sémiotique n'en revendique aucu-
ne exclusive parmi les sciences de l'information et de la communica-
tion, si ce n'est de voir dans les systèmes signifiants l'objet même de
sa recherche. Mais il oriente de façon essentielle la trajectoire retenue
ici par rapport aux modèles dominants qui ont donné naissance au
concept de communication, puis à son « explosion» (Breton et Proulx,
1989). En effet, au regard des modèles fondateurs, on voit se dessiner
une mise en perspective indispensable pour situer la sémiotique dans
le champ de la communication. La confrontation de ces premiers
modèles ouvre un cheminement utile pour conduire à la sémiotique,
avec l'attention portée à la signification du message dans la défmition
d'un objet de recherche précîs.
Au-delà de leur caractère proprement historique, les concepts appa-
rus avec l'idée moderne de la communication,à partir de la deuxième
guerre mondiale, laissent une empreinte décisive sur la recherche. On
trouve ainsi, à travers les théories de l'information, la cybernétique et
ses développements systémiques, des modèles qui éclairent en contre-
point l'accès au sémiotique. Dans la perspective que nous traçons trois
paradigmes se détachent: le signal, le système, la signification. Le par-
cours n'est pas anodin. En passant du signal, ancré dans les théories
shannoniennes de l'information, au circuit des relations en cybemé-
sémiotique et communication: du signe au sens

tique, puis en systémique, on parvient à concevoir la sémiotique, non


comme un îlot complètement détaché mais comme une voie de relan-
ce qui développe, à partir des modalités signifiantes du message, des
questions majeures pour la communication. Signal; système, significa-
tion : trois paradigmes distincts, sans être pour autant disjoints dans la
formulation de base de notre questionnement. Ils ne suivent pas une
chronologie mais relèvent d'une approche intemaliste qui replace,
après coup, des positions épistémiques plus ou moins attentives au sens
et au social. L'angle stratégique adopté entre sémiotique et communi-
cation commande cette démarche heuristique.

Avant d'entrer dans le vif du sujet il faut garder à l'esprit le carac-


tère illusoire d'une théorie unifiée de la communication, capable de
rendre compte de tous les phénomènes: « En introduction à sa Théorie
générale de l'information et de la communication... Robert Escarpit
avouait qu'il s'agissait peut-être d'une« dernière chance pour une syn-
thèse de ce genre». Cette mise en garde, ou cette précaution, nous
concerne encore aujourd'hui, car l'auteur, tout en appelant de ses
voeux la formulation d'une théorie diachronique, critiquait sévèrement
les prétentions des théories unifiées; il visait surtout la pensée mcluha-
nienne mais également la méthode structurale; et il aurait fallu y ajou-
ter le modèle cybernétique, et déjà la pragmatique» (Miège, 1994 :
186-187). Reconnaissons-là, avant d'y faire précisément référence en
direction de la sémiotique, une forme d'avertissement des plus utiles.
Elle invite à se préserver de l'absolutisme de tel modèle, avec le rejet
subséquent de tous les autres, dès lors qu'ils offrent des repères dans
l'orientation initiale de la recherche. Mais, à défaut de modèle unifica-
teur, les tentatives de modélisation de la communication érigent des
concepts toujours disponibles pour se situer. On peut en effet penser
que sans «machine théorique» (Metz, 1977), « sans modèle, on est
assurés de ne rien voir» (Odin 1990 : 24). Enfin, le recours aux
modèles doit répondre à leur définition première d'offrir « une des-
cription et une représentation schématique, systématique et consciem-

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