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s’adressent l’un à l’autre en se servant de deux diminutifs, qui semblent ne se rapporter à

aucun non identifiable : Gogo et Didi.


Ils regardent à droite et à gauche, ils font mine de partir, de se quitter, et reviennent
toujours l’un après de l’autre au milieu de la scène. Ils ne peuvent pas aller ailleurs : ils
attendent un nommé Godot, dont on ne sait rien non plus, sinon qu’il ne viendra pas ; depuis
le début, cela, au moins, est évident pour tout le monde. » Alain Robbe-Grillet, Pour un
nouveau roman, Paris, éd. Minuit, 1963, p. 121
Le Nouveau roman
Le Nouveau roman est une révolte contre le roman balzacien qualifié de roman classique. Le
roman classique proposait des réponses au lectorat en leur proposant des personnages bien
définis, une histoire achevée et bien située dans le temps et dans l’espace, une écriture qui a le
rôle de raconter et de décrire. Pour comprendre la vision du monde des romanciers classiques,
il faut les situer dans leur contexte. Le roman classique s’étend tout au long d’une période
tranquille et équilibrée. L’écriture de cette époque ne sera que le reflet de ses caractéristiques
générales. Mais avec la deuxième guerre mondiale la conscience européenne a reçu un coup
coriace, ce qui l’a rendue instable. Cette conscience instable trouvera son refuge dans une
écriture rebelle provocante et insoumise. C’est ce qui justifie ce refus des règles classiques à
savoir l’histoire, le temps, l’espace…etc. En bref, le Nouveau Roman se définit par une série
de rejets. (Rejet du personnage, Rejet de la notion d'intrigue, Rejet de toute forme de
réalisme.)
Les nouveaux romanciers apparaissent alors comme des phénoménologues, leur rôle n’est
plus celui de ceux qui les ont précédés ; raconter. Mais plutôt provoquer et stimuler le lecteur
à donner un sens au monde. Le nouveau romancier pose des questions sans leurs donner de
réponses, il met le lecteur face à une question existentialiste puisqu’il saisit l’homme dans sa
relation avec le monde. La nouvelle écriture reflète une conscience instable et présente une
description d’un concret à conscientiser pour enfin arriver à un sens du monde. Ce dernier,
selon la phénoménologie, est intrinsèquement lié à l’être humain.
Un être humain (Être) se distingue d’une machine (Etant) par le travail interne. Alors, dans le
monde, rien n’est porteur de sens. C’est l’expérience interne basée sur la conscientisation du
concret qui donne sens au monde et à ses constituants.
Tropismes de Nathalie Sarraute
Le Nouveau roman est une manière de représenter l’incertitude du monde. Il s’agit de mettre
l’accent sur le non-sens de l’existence et du sentiment de l’intranquillité. Le personnage est
agité d’autant plus que l’existence est monotone. Alain Robbe-Grillet écrit que le roman « du
personnage appartient au passé. » C’est-à-dire que cette époque est celle du numéro matricule
comme en témoignent les personnages de Nathalie Sarraute dans Tropismes. Le Nouveau
roman décrit la monotonie du monde : c’est-à-dire il ne raconte pas.
Tropismes veut dire tout d’abord les forces obscures qui sont à l’origine de nos
comportements. Nathalie Sarraute essaye de présenter l’homme dans son état le plus machinal
et spontané. Pour elle, c’est l’état où notre vraie construction psychologique prend
l’ascendant. Ces tropismes constituent en effet l’énigme de notre existence et de notre
survivance.

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Dans Tropismes, on a une ouverture in media res, c'est-à-dire une entrée directe en action. Les
indications concernant le temps et le lieu son modestes. On n’a pas de noms, on a que des
pronoms personnels qui permettent de distinguer masculin, féminin et pluriel. Cela décrit
l’existence problématique de l’homme. Nathalie Sarraute propose une description minutieuse
qui lui servira de matière brute à son propre expérience interne. Dans Tropismes, on a recours
à plusieurs techniques qui mettent en valeur l’essentiel du Nouveau roman ; nous apercevons
une mise en crise des procédés d’écriture balzacienne, on n’a pas de précisions concernant le
lieu et le temps, et la notion d’histoire s’annule ; la notion du personnage n’a plus son sens
classique puisqu’on n’a pas de critères qui nous permettent une connaissance de ces
personnages, leurs statuts, leurs passés.  
Nathalie Sarraute présente deux sortes de tropismes ; premièrement, le manque et l’échec de
communication après avoir vécu longtemps dans la communication ; deuxièmement, l’écart
au niveau des relations sociales qui substitut à la coïncidence.
L’homme a besoin de parler, il ne peut même pas ne pas parler comme en témoignent les
deux personnages.
L’homme est tragique du fait qu’il est contradictoire, c’est ce qui justifie le choix d’analyser
l’homme en partant des tropismes parce que ces derniers sont l’incarnation de la contradiction
de l’homme. En effet, Nathalie Sarraute lie la souffrance de l’homme à sa contradiction, cette
dernière se manifeste à travers des tropismes. Nietzsche pense que : « l’homme est tragique
parce qu’il est contradictoire ».
L’anodin à force de se répéter peut créer le tragique, c’est le cas de la monotonie qui crée un
sentiment du malaise. C’est ce qu’essaye de montrer l’auteur à travers la répétition.
L’homme cherche toujours le bon sens à son existence, alors la recherche de ce bon sens se
fait en contre partie de la réalité ; par exemple la femme dans Tropismes cherche un sens
faussé que lui donne une glace au lieu du regard de son mari qui ne la satisfait pas.
Le Nouveau roman se caractérise par la pluralité sémantique comme c’est le cas du
mot « cuisinière » qui peut signifier à la fois une femme ou un objet.
Éclairage 3
« Si le lecteur a quelquefois du mal à se retrouver dans le roman moderne, c’est de la même
façon qu’il se perd quelquefois dans le monde même où il vit, lorsque tout cède autour de lui
des vieilles constructions et des vieilles normes. »
Alain Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman, Paris, éd. Minuit, 1963, p. 147.
Éclairage 4
« Par les journées de juillet très chaudes, le mur d’en face jetait sur la petite cour humide une
lumière éclatante et dure.
Il y avait un grand vide sous cette chaleur, un silence, tout semblait en suspense : on entendait
seulement, agressif, strident, le grincement d’une chaise traînée sur le carreau, le claquement
d’une porte. C’était dans cette chaleur, dans ce silence – un froid soudain, un déchirement.
Et elle restait sans bouger sur le bord de son lit, occupant le plus petit espace possible, tendue,
comme attendant que quelque chose éclate, s’abatte sur elle dans ce silence menaçant. »
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Nathalie Sarraute, Tropismes, Paris, éd. Minuit, 1957, p. 33

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