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YahayaDiabi

Université de Cocody,
UFR information, communication et arts

L'INFORMATION ET LE POUVOIR
POLITIQUE EN CÔTE D'IVOIRE
ENTRE 1960 ET 199O

INTRODUCTION

1. Définition des concepts


Dans le cadre de cette étude, l'Information a trait au contenu de message véhiculé par les
supports de la communication de voisinage (le bouche à oreille), de la radio, de la télévision et de
la presse écrite. Il s'agit ici d'analyser le mode de circulation du contenu traité et diffusé à travers
les canaux susmentionnés, depuis l'avènement de la Côte d'Ivoire à l'indépendance en 1960
jusqu'à la réintroduction du pluralisme politique en Avril 1990 dans ce pays1.
En effet, l'Information2, cause et effet dans la dynamique de l'opinion3, est prise ici comme
des messages « fabriqués par le Pouvoir politique4, c'est-à-dire le président du Parti (parti
unique) autour de qui il y avait les membres du Bureau politique et tout le système pyramidal
unipartisan qui fonctionnait beaucoup plus efficacement que les institutions d'État. Au point
qu'il était donné d'assister à cette époque, à la primauté du parti sur l'État.
Le traitement de l'Information relève des agents — émetteurs professionnels (ou commu-
nicateurs professionnels) — qui étaient des fonctionnaires de l'État travaillant dans des organes
de presse régis par une Administration publique qui leur alloue les subventions dont les
responsables étaient nommés ou révoqués en Conseil des ministres sur proposition du ministre
de l'information. C'est dans ce contexte que nous entendons traiter de l'Information et du
Pouvoir politique entre 1960 et 1990 en Côte d'Ivoire.

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2. Orientation et position du problème

Il est courant de considérer les organes à'information comme des courroies de transmission
entre les partis, les groupes quels qu'ils soient et leurs militants ou sympathisants. Dans les pays
multipartistes de l'Occident, les journaux, la radio, la télévision et même les meetings politiques
sont l'occasion courante à des échanges a'informations entre les partis, les groupes et leurs
adhérents ou sympathisants. Ce qui donne alors l'occasion à ces derniers de soutenir incondi-
tionnellement les premiers ou d'opter, au besoin, pour d'autres partis politiques ou groupes
constitués.
Dans ces pays, les organes d'information opèrent dans un contexte sociologique fort
différent de celui de la plupart des États du Tiers Monde unipartisan, en général, et de celui de
certains pays africains au Sud du Sahara régis, en particulier, avant 1990, par un environnement
socio-politique relativement monolithique. Et eu égard aux préoccupations de ces pays pour les
problèmes de développement, les rubriques d'information de leurs organes de presse avaient (et
ont) pour fonctions essentielles la contribution au développement économique, social et culturel
et la consolidation de l'unité nationale. Certains de ces pays à l'instar de la Côte d'Ivoire ne
connaissaient que le parti unique de fait. Si bien que les messages produits à travers les rubriques
des organes d'information reflétaient une même manière de penser entre l'agent — émetteur
professionnel — et les instances du parti unique. À la limite, les militants ou les groupes vivant
dans l'environnement du système global de étaient davantage exposés à une Information
univoque, en ce sens qu'elle était orientée davantage par l'appareil politique pyramidal.
Cependant, les résolutions ou les recommandations formulées à l'issue des séminaires, des
conférences ou des réunions des organisations autorisées donnaient, dans l'ensemble, l'occasion
de revendiquer. Ainsi, ces organisations pouvaient, par un retour ¿'information directe en ces
lieux, être satisfaites par les tenants de l'appareil politique. Les organes d'information se faisaient
finalement l'écho de ces échanges d'idées entre le pouvoir et les citoyens et ce, de manière
irrégulière.

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L'information et le pouvoir politique en Côte d'Ivoire entre 1960 et 1990

L L'INFORMATION DEPUIS L'ACCESSION DE LA CÔTE


D'IVOIRE À L'INDÉPENDANCE EN I960

1. Information des médias modernes au contenu davantage


descendant
L'activité politique en Côte d'Ivoire, était animée, de 1960 à 1990, par un seul parti : le Parti
démocratique de Côte d'Ivoire, issu du Rassemblement démocratique africain, constitué le 18
Octobre 1946, à Bamako au Soudan Français, appelé aujourd'hui le Mali.
Après la conquête du Pouvoir politique par ce parti, le mot d'ordre principal demeurait,
depuis 1960 : la politique de construction nationale à travers le contenu des moyens de
communication de masse qui n'avaient de ce fait aucune analogie déontologique avec la fonction
de communicateur professionnel des pays occidentaux où Y information est sacrée mais avec la
liberté de commentaire de ce dernier. Aussi, l'édification totale de la nation ivoirienne avait-elle
eu, entre autres supports, les grands moyens ^information. Il s'agit de la radio, de la télévision,
de la presse écrite et même de la communication directe de voisinage. En effet, il était établi que
ces instruments de communication sociale étaient contrôlés directement ou indirectement par le
Pouvoir politique central. En sorte que Ylnformation médiatisée apparaissait comme l'image
narcissique de la ligne du parti, moteur du développement national et «fidèle reflet des
aspirations desmasses^pour faire allusion au préambule du statut du PDCLRDA:
C'est ainsi que Ylnformation en Côte d'Ivoire, obéissait, à cette époque, à la ligue générale
de ce parti qui était constamment invoquée en cas de fractionnisme. Voix d'Afrique soulignait à
l'issue du séminaire du PDCI-RDA sur la Presse et l'information, tenu du 15 au 19 décembre
1976 à Yamoussoukro : « Le PDCI-RDA apréexisté à l'Etat dont il fut le fondateur et demeure
l'animateur5... » En effet, à cette époque, l'Etat en tant qu'institution politique et administrative
se trouvait confondu avec le parti et vice versa. La conséquence de cette confusion était que le
Pouvoir politique, entre les mains du PDCI-RDA, parti unique, avait une forte emprise sur les
rubriques des organes à'information même si leur contrôle et leur orientation écartaient toute
censure directe. Dans un tel contexte, le communicateur professionnel cherchait toujours, la
possibilité ou l'opportunité de passer telle ou telle information sans s'écarter de la ligue générale
du parti.
Pour illustrer ce phénomène nous prendrons deux exemples de sociétés politiques tradi-
tionnelles : l'une baoulé6 et l'autre malinké7. En effet, les populations de ces aires socioculturel-
les8 du Kabadougou (ancien royaume du nord-ouest de la Côte d'Ivoire avec Odienné comme
capitale, située à huit cents kilomètres d'Abidjan), et du Wallèbo (ancien royaume baoulé de
Sakassou, à quarante kilomètres de Bouaké, deuxième ville économique du pays) sont largement

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représentées, partout en Côte d'Ivoire aussi bien dans le commerce, l'agriculture que le
transport. Et l'exercice du pouvoir du président Houphouët-Boigny (lui-même chef tradition-
nel, chef de canton) a dû être largement influencé par le poids des sociétés politiques tradition-
nelles, recherchant constamment l'adhésion des populations à sa politique en puisant dans le
substrat de la psychologie sociale du pouvoir traditionnel, soutien à son pouvoir modernisé.
Le Dyéli (griot chez les malinkés dans le Kabadougou) et YAkoto (héraut, porte-canne royal
à Wallèbo chez les baoulés) sont liés à l'exercice du pouvoir central traditionnel. Ils apparaissent
comme des conseillers et se présentent comme les authentiques porte-parole du pouvoir royal
auprès des sujets-récepteurs, des sujets tout court. La place de ces communicateurs de cour, dans
ces sociétés, est loin d'être un fait de complaisance. Ils y sont plutôt les porte-parole de
l'idéologie dominante. En tant que tels, ils sont intégrés à la gestion de l'information du pouvoir
comme l'étaient les communicateurs professionnels entre 1960 et 1990 en Côte d'Ivoire. Dans ce
contexte des sociétés politiques traditionnelles, les populations savent combien ces porte-parole
sont dépendants du pouvoir et combien ils excellent dans l'art de la négociation tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur de l'espace de gestion de leur pouvoir et de leur opinion.
À la limite, le contenu de l'information diffusée à travers les grands moyens de Communi-
cation de masse — Fraternité-Matin3\ Fraternité-Hebdo10, Ivoire-Dimanche11, Ebúrnea12, Voix
d'Afrique, la radio13, et la télévision14 — était beaucoup plus descendant. En ce sens qu'il
s'éloignait davantage de l'échange d'information des militants vers les tenants du Pouvoir
politique. C'est dire que les communicateurs professionnels en étaient étroitement dépendants.
Dans ces conditions, l'orientation de l'Information à cette époque s'apparentait au phénomène
de l'exercice d'un système clos de Pouvoir politique où l'Information était davantage l'apanage
du sommet de la pyramide politique contrairement à son ouverture plurielle en système
politique semi-clos ou ouvert existant dans certaines démocraties concurrentielles et multipar-
tistes de l'Occident libéral.
En revanche, les conférences, séminaires, colloques, réunions d'organisations autorisés,
amenaient, comme nous l'avons souligné plus haut, les instruments de diffusion collective à
publier leurs résolutions ou leurs recommandations. L'occasion de ces événements mettait en
communication directe de voisinage et tenants du pouvoir du parti unique et administrés
(syndicats, associations laïques ou religieuses, chefs traditionnels, groupements professionnels
ou autres groupes de pression de la société civile).

2. Pouvoir politique et autorégulation sociale


par la communication de voisinage
L'autorégulation du système socio-politique était engendrée, occasionnellement, par cet
échange d'Information entre citoyens, admis tous comme militants du parti unique, et les

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instances de ce dernier. Et l'on était alors tenté d'avancer, que les meetings politiques ainsi que
les congrès ou réunions de toute organisation autorisée, étaient de véritables canaux et cadres de
communication des aspirations des citoyens à l'attention des animateurs du parti. La communi-
cation de voisinage était ainsi à l'honneur pour favoriser un véritable échange fondé sur des
questions-réponses, empreintes de demandes, de revendications sociales ou économiques.
Ce cadre d'expression plurielle, irrégulier, illustrait la dépendance des journalistes du
Pouvoir politique central, contrairement à l'exercice du journalisme dans les pays occidentaux
multipartistes. Dans ce contexte, le public-cible de la presse a la possibilité d'adhérer à un des
partis de l'État. Leurs organes d'information y jouent les rôles d'intermédiation avec les
militants, sympathisants ou même avec les individus qui sont dans l'expectative et qu'il faut
persuader afin de les amener à la cause de leur parti.
Ici, c'est davantage le jeu de la démocratie concurrentielle qui est en usage et que la Côte
d'Ivoire a repris dès le 30 Avril 1990 avec la réintroduction du multipartisme. La confusion entre
l'État et le parti unique d'alors entraînait de fait la complicité informationnelle entre communi-
cateurs politiques et communicateurs professionnels à l'instar du mode de circulation de
l'information au service de l'État dans les anciennes Démocraties populaires de l'Europe de l'Est
ou encore aujourd'hui à Cuba, en Corée du Nord, en Mongolie ou en Chine Populaire. Il existe
la même pratique dans les sociétés politiques traditionnelles, terroir de l'élite politique africaine
en général et ivoirienne en particulier.

Π. ITNFÖRMÄT1ÖN DANS L'ENVIRONNEMENT


DU POUVOIR POLITIQUE UNIPARTISTE :
ENTRE SOCIÉTÉS POLITIQUES TRADITIONNELLES
ET MODÈLE DE L'INFORMATION MODERNE
EN DÉMOCRATIES POPULAIRES

1. Information au contenu davantage descendant


par les communicateurs traditionnels
Dans tous les cas, nous revenons au biculturalisme qui caractérise la vie politique, écono-
mique, sociale et culturelle de nombre des populations du Tiers Monde, partagées entre
certaines des valeurs sociales des pays du Nord et les leurs. C'est ainsi que les élites intellectuelles
et politiques des pays en développement, formées à l'école de ceux-ci ne manquent pas d'utiliser

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Tune ou l'autre de ces deux situations pour promouvoir les slogans de développement socio-
économique. Ceux-ci sont alors diffusés à travers les supports d'information générale ou
nationale en direction des populations urbaines et rurales concernées auprès desquelles ces élites
se présentent généralement à la fois comme leaders et prescripteurs d'opinion.

2. Le modèle informatif du Pouvoir politique traditionnel


comme exemple davantage opportuniste du pouvoir
entre i960 et 1990
À côté de cette fonction politique, que l'on retrouvait avec les journalistes animant les
organes de presse d'État à l'époque du parti unique, une autre catégorie de communicateurs
politiques traditionnels utilise des instruments traditionnels de percussion pour informer. Dans
le Kabadougou, le volumineux tam-tam appelé Tablé et aujourd'hui nommé sous le vocable de
Tóbala, est utilisé. Dans le Wallèbo le très haut tam-tam parleur nommé Attoungblan reste
toujours en usage, comme nous l'avons vu à la cérémonie de rentrée solennelle de l'Unité de
Formation et de Recherche en Information,
Communication et Arts, le 29 Janvier 1999. Ce tam-tam a été présenté comme Y alter ego de
la radiodiffusion dans les sociétés Akan en général, et baoulé en particulier. Avant les journaux
parlés en langues nationales, ce tam-tam porte le message de l'actualité vers les chefs qui se
doivent de les répercuter à l'attention de la population. Ces deux instruments de percussion
servent à informer le village, à l'instar de la radio sonore, et les villages environnants ; ces derniers
se font alors le devoir de s'en faire l'écho par des instruments analogues.
Ainsi, à l'exemple du communicateur professionnel moderne de la radio, celui des sociétés
politiques traditionnelles annonce par exemple la nouvelle lune, les funérailles d'un chef, le
début de la saison des pluies, le mariage d'un notable, les intempéries, l'intronisation de chefs.
Ces messages sont plutôt codés et ne sont que l'apanage de certaines classes d'âges ou de certains
initiés.
Aussi, ces communicateurs de cour que sont les Dyélt, les Akoto ou autres initiés à l'art de
la parole et à sa transmission sur des instruments de percussion et à son décodage pour sa
divulgation à la population, méritent-ils le respect des masses non initiées et celui de la cour
royale. En situation de parti unique entre 1960 et 1990 en Côte d'Ivoire, il a été donné d'assister
à cette même solidarité informative entre communicateurs politiques (membres du Bureau
politique du parti unique et ministres de l'Etat liés à ce parti) et communicateurs professionnels.
Le secret professionnel du communicateur professionnel existe bien entre le Dyéli, YAkoto
et le pouvoir royal qui les associe à toute prise de décision et de diffusion de celle-ci, car ils
extérioriseront Yinformation autorisée par le consensus royal tout en ayant eu auparavant la
primeur de la restriction de tel ou tel message, situation qui ressemble fort bien encore à celle

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vécue par les communicateurs professionnels, dirigeants des organes de presse, cooptés comme
membres du Bureau politique ou du Comité directeur du parti unique. Aussi, le Dyéli, VAkoto
dans les sociétés politiques traditionnelles du Kabadougou et du Wallèbo se présentent-ils non
seulement comme des porte-parole du pouvoir royal central mais aussi comme des animateurs
privilégiés de l'idéologie sociale dominante.
En revanche, il y a lieu de souligner que Y information, dans ces conditions, n'est pas
seulement descendante dans ces sociétés politiques traditionnelles, de même qu'en temps de
parti unique, le système informatif était davantage vertical et descendant. En effet, le Dyéli et
YAkoto sont, de par leur fonction de porte-parole, en communication directe de voisinage avec
les tribus, les clans, les ethnies alliées qu'ils écoutent dans leurs suggestions à l'attention du
pouvoir central royal. Cela donne à comparer cette ouverture avec les pages du Courrier des
lecteurs, lues dans les journaux comme Fraternité-Hebdo, Fraternité-Matin, Ivoire-Dimanche, ou
du Courrier des auditeurs, écouté à Radio Côte d'Ivoire, pendant des productions en duplex ou
encore des émissions de débats à la télévision comme le Fauteuil blanc qui étaient produites
également en duplex, pendant la période de l'exercice du parti unique.
\J information, comme nous venons de le voir, est davantage descendante tant en contexte
socio-politique traditionnel qu'en environnement unipartisan. Et le Pouvoir politique de cette
époque-là était tout à fait à l'aise pour recourir au ressort crédible, au demeurant, des réseaux
« formels du pouvoir politique traditionnel grâce à sa capacité de proximité et de légitimité
politique, facteur de persuasion naturelle du Pouvoir politique unipartiste du PDCI-RDA.

CONCLUSION

^Information et le Pouvoir politique en Côte d'Ivoire à cette période, révèle cinq phéno-
mènes :
1) La circulation de Y information n'était pas à la fois descendante et ascendante (systéma-
tiquement) ;
2) Les organes ^information étaient d'autant plus publics que le parti s'y confondait ;
3) Les communicateurs professionnels étaient des fonctionnaires très étroitement liés au
pouvoir central qui nommait et révoquait les dirigeants d'organes ^information en Conseil des
ministres, présidé par le président du parti, président de la République ;
4) Une information ascendante a pu fonctionner, servant occasionnellement de moyen de
revendications beaucoup plus sociales, économiques que politiques ; seuls les syndicats d'ensei-
gnants y étaient constamment hérétiques en la matière, apparaissant comme un pouvoir relati-
vement autonome dans le système du parti unique. En 1989, les syndicats d'enseignants du
secondaire et du supérieur ont eu le courage de demander au président du parti, président de la
République, la réintroduction du multipartisme en Côte d'Ivoire lors d'un Conseil national du

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PDCI. Quelques mois plus tard, précisément le 30 Avril 1990, le président Houphouët-Boigny,
contre toute attente des militants de son parti, annonçait le retour au pluralisme politique tel que
stipulé dans la Constitution de la République de Côte d'Ivoire, adoptée le 4 Décembre 1958 ;
5) Les canaux « formels de l'information des sociétés politiques traditionnelles avant 1960,
comme entre 1960 et 1990, et encore de nos jours, sont autant de réseaux puissants de soutien à
l'action de tous les partis politiques tant au pouvoir que de l'opposition. Ces canaux « formels
traditionnels restent vivaces en Côte d'Ivoire.
En effet, ils sont toujours les relais des leaders et prescripteurs d'opinions pour consolider
les soutiens politiques acquis ou pour accéder au pouvoir. Malgré le pluralisme des idées
politiques exprimées à travers les instruments de diffusion collective que sont la presse écrite et
la communication directe de voisinage de manière constante et quotidienne, le paysage médiati-
que en matière de liberté d'expression se trouve privilégié. En revanche, la radio et la télévision
connaissent quelques débuts d'ouverture plurielle à des opinions contradictoires. Le rapport de
l'Union européenne, Télévision et Démocratie en Afrique14, publié en septembre 1996, fait était
de ce constat.
Le coup d'Etat du 24 Décembre 1999 a vu, pour la première fois dans l'histoire de la Côte
d'Ivoire indépendante, la mise en place d'un gouvernement militaire de transition ouvert aux
partis politiques les plus représentatifs. L'une des propositions novatrice de la Conférence
consultative constitutionnelle et électorale des mois de février et mars 2000, a été de mettre en
place de la Haute Autorité de la communication en tant qu'Institution de régulation des libertés
d'opinion médiatisées en Côte d'Ivoire. Aussi, Vlnformation et le pouvoir Politique en Côte
d'Ivoire vont-ils connaître des mutations profondes qui seront accélérées par l'exposition des
populations aux nouvelles technologies de l'information et de la Communication d'une part, et
d'autre part, par un nouvel ordre politique plus libéral, plus transparent et plus démocratique à
l'instar du système politique occidental. L'alternance politique intervenue le 19 mars 2000 au
Sénégal aura aussi, sans aucun doute, un effet catalyseur sur la mise en place des nouvelles
institutions de communication en Côte d'Ivoire qui devraient alors jouer réellement leur rôle de
quatrième pouvoir en prenant le contre-pied du système politique et informatif vécu entre 1960
et 1990.

NOTES

1. Avant 1960, plusieurs partis politiques, dont le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), le parti progressiste
de Côte d'Ivoire (PPCI),, le parti des Indépendants d'Outre-mer (PIOM), la Section ivoirienne de la SFIO,
animaient la vie socio-politique en Côte d'Ivoire, comme cela a été réintroduit en Avril 1990.
2. LAMIZET Bernard, et SILEM Ahmed, Dictionnaire encyclopédique des Sciences de Vlnformation et de h Communica-
tion, Ellipses, Paris, Éditions Marketing, 1997, p. 297.
3. Op. cit.. p. 414.

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4. Le Pouvoir politique ici a trait au rapport du Politique, c'est-à-dire au système politique qui régit l'organisation de
la société entre dirigeants de l'État et citoyens ou entre tenants du pouvoir et populations administrées en situation
d'audience de l'information véhiculée à travers les moyens de communication de masse.
5. In Voix d'Afrique n° 30, décembre 1976, p. 23-26. Cet hebdomadaire a été créé par les présidents HOUPHOUÊT-
BOIGNY et SENGHOR dans le cadre de la consolidation de l'axe Abidjan-Dakar établi en 1973 par les deux chefs
d'État.
6. Fraternité-Matin : quotidien d'information du gouvernement, créé en 1964 après Abidjan-Matin qui relevait de la
Chaîne de Breteuil.
7. Fraternité-Hebdo : hebdomadaire du Parti démocratique de Côte d'Ivoire, créé en 1960 ; il a été remplacé en 1990
par Le Démocrate (qui avait existé de 1950 à 1951).
8. Ivoire-Dimanche : hebdomadaire d'information sociale et divertissante proche du PDCI-RDA créé en 1970 et
supprimé en 1991.
9. Fraternité-Matin : quotidien d'information du Gouvernement, crée en 1964 après Abidjan-Matin qui relevait de
la Chaîne de Breteuil.
10. Fraternité-Hebdo : hebdomadaire du parti Démocratique de Côte d'Ivoire, crée en 1960 ; il a été remplacé en
1990 par Le Démocrate (qui a existé de 1950 à 1951).
11. Ivoire-Dimanche : hebdomadaire d'information sociale et distractive proche du PDCI-RDA, créé en 1970, il a été
supprimé en 1991.
12. Ebúrnea : mensuel de l'Agence ivoirienne de Presse, depuis les années 1960, il a été supprimé au début de 1990.
13. La radio a été introduite dans les années 1950 en Côte d'Ivoire.
14. La télévision a été introduite en 1963 en Côte d'Ivoire.
15. TUDESQ André-Jean et WEDDEL George : Television and Democracy in Africa, Manchester, Bordeaux, Septembre
1996 (Étude commanditée par l'Union européenne sur le rôle de la télévision dans la démocratisation des pays
de l'Afrique subsaharienne). La Côte d'Ivoire a fait partie des pays visités par ses professeurs pour étudier ce
sujet.

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IV ACTES ET ARTICLE SUR L'INFORMATION EN CÔTE D'IVOIRE

— Actes du Séminaire du parti démocratique de Côte d'Ivoire, (parti unique entre 1960 et 1990) sur : La Presse et
l'Information en Côte d'Ivoire, séminaire tenu du 15 au 19 décembre 1976 à Yamoussoukro sous la présidence du
Secrétaire général du PDCI-RDA d'alors, Philippe Yacé qui était également président de l'Assemblée nationale.

— Voix d'Afrique n° 30, décembre 1976.

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