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La crise casamançaise et les relations du Sénégal

avec la Gambie et la Guinée-Bissau (1980-1992) 1

Ousseynou Faye

La rébellion armée menée dans le sud du Sénégal par le Mouvement des forces démocratiques de
Casamance (MFDC) a provoqué le vacillement ou l’effondrement des représentations relatives à la
non-violence, à la “détribalisation” des Sénégalais. Au début, ce conflit a été présenté comme un
cauchemar éphémère. Cependant la persistance des affrontements meurtriers, les opérations
périodiques de médiatisation sur le plan international à la faveur de déclarations de représentants du
pouvoir d’État sénégalais ou du MFDC et les incessants appels au dialogue, amènent à se poser un
certain nombre de questions. Le Sénégal est-il un ensemble d’organes maladroitement greffés les uns
sur les autres ? La crise casamançaise correspond-elle à un rejet d’un organe greffé par l’organisme
récepteur que constituerait le reste du Sénégal ? Telles sont quelques-unes des interrogations qui
agitent une partie de l’opinion publique sénégalaise.
Le besoin de comprendre la dynamique de destruction/reconstruction du territoire national et l’état
des relations diplomatiques sous-régionales du Sénégal à la lumière de la situation qui prévaut en
Casamance s’exprime ainsi avec force. Le présent texte tente de répondre à ces préoccupations. Il
essaie d’identifier les significations de la crise casamançaise à la lumière /p. 190/ des pratiques de la
classe dirigeante sénégalaise et du rapport à l’histoire des sociétés sénégambiennes.

Lectures d’une crise


Il n’existe pas de consensus quant à la réalité de la construction nationale. Là où certains
l’admettent (Dia, 1984 ; Kane, 1989 ; Faye, 1992), d’autres la rejettent 2. De telles divergences, tout en
traduisant la diversité des écoles de pensée, justifient l’intérêt d’une étude du modèle senghorien de
construction nationale (reconduit dans ses lignes directrices par Abdou Diouf).
Pour transformer en destin collectif, en “espace mental” (Pourtier, 1987 : 350), l’unité territoriale
héritée de la colonisation (Dia, 1984 : 1), le pouvoir senghorien a fait de l’État 3 le principe générateur

1
De nombreux rebondissements ont eu lieu à partir de l’été 1992, dernier repère chronologique de la séquence
étudiée : amplification de la violence armée (tueries de Kaguit et du Cap Skiring en septembre et octobre) ;
retour d’exil en mars 1993 de l’abbé Diamacoune Senghor, leader du MFDC, de Guinée-Bissau grâce à la
médiation des dirigeants de ce pays confrontés à la même date à une “tentative de coup d’État” orchestrée par
une cinquantaine de militaires et leaders de partis d’opposition tels que Joao Da Costa du Parti pour la
Rénovation et le Développement; signature du cessez-le-feu le 6 juillet 1993 entre l’État sénégalais et le MFDC
à Ziguinchor; témoignage historique de la France sur la “sénégalité” (sic) de la Casamance le 21 décembre 1993
(Charpy, 1993 : 10-14) ; consécration dans le rôle d’acteurs avertis du règlement de la crise casamançaise
d’officiels comme le Général Doudou Diop, ex-chef d’État major particulier du Président Abdou Diouf, Samba
Lamine Mané, ministre de la Défense de Guinée-Bissau, d’hommes d’église tels que l’abbé Raoul Sagna et Mgr
Augustin Sagna, etc. On a là autant de faits qui permettent de poursuivre la périodisation proposée dans le corps
du texte.
2
C’est le cas de Alaaji Samb quand il parle d’oppression nationale exercée en Casamance, région à laquelle est
aussi reconnu implicitement le statut de nation (Samb, 1992 : 2).
3
Sur l’État postcolonial, voir les études de Michalon (1984), Gellar (1987) et de Diouf (1992a : 246-260).
2 Ousseynou

de la nation sénégalaise. Pour ce faire, il a conçu un projet d’affirmation d’une identité nationale
(transcendant les identités régionales, ethniques, religieuses) en mettant l’accent sur :
— la poursuite de la politique d’extraversion de l’économie locale se nourrissant de l’illusion
qu’elle permet — en plus de la sauvegarde des intérêts du capitalisme français — de produire
suffisamment de revenus propres à satisfaire les besoins exprimés localement. Sous ce double rapport,
le bassin arachidier et la métropole dakaroise continuent à jouer le rôle de “pôles de développement”
et les régions périphériques du pays celui de réservoirs de richesses humaines et matérielles ;
— le contrôle idéologique des “élites intellectuelles” grâce à la théorie de la négritude et aux
références à la Civilisation de l’Universel. Aux “masses laborieuses” est proposée, en guise de
nourriture spirituelle, la geste de Lat Dior, érigé en “héros national”. L’histoire provinciale du Kajoor
accédait ainsi au statut d’histoire nationale, fournissant ainsi à l’État sa symbolique 4. Une telle
dynamique a en partie accentué la survalorisation du patrimoine culturel wolof (Cruise O’Brien,
1981). Celui-ci donne à l’État ses agents de propagande (griots - journalistes) (Diop & Diouf, 1990)
qui, en diffusant les référents de la “sénégalité”, reproduisent la méfiance et les préjugés — cultivés
par le pouvoir colonial — entre /p. 191/ groupes ethno-culturels. Les conditions de l’ethnicisme sont
ainsi entretenues ;
— l’identification des collectivités (ethnies, confréries, régions, mouvements associatifs
coutumiers) à des acteurs politiques de l’État (ministres, députés), présentés comme des agents de
médiation dans la mise au point de décisions d’intérêt général ;
— le contrôle politique rapproché des populations grâce aux notabilités religieuses (Cruise
O’Brien, 1971), le commandement territorial et un puissant parti-État satellisant une multitude
d’organisations sociales (syndicats, mouvements de jeunes, de femmes, etc.) vecteurs du discours
d’intégration du pouvoir central. Beaucoup de dispositions sont prises pour assurer le succès de leur
intervention : valorisation matérielle et morale de la fonction d’administrateur ; répression des partis
poneurs de discours et de pratiques qui récusent ceux des gouvernants ; vigueur des circuits financiers
alimentant les réseaux de clients politiques.
Les propriétés de ces différents procédés sont mitigées dans la mesure où leurs effets
— l’équipement inégal des régions, l’involution culturelle dans le cadre d’un “État polyethnique”,
l’enrichissement illicite de la classe dirigeante nationale —, génèrent des sentiments de frustration et
des attitudes politiques comme le régionalisme ou l’ethno-nationalisme.
Aussi, certains laissés-pour-compte de la “construction nationale” ont-ils souvent considéré que
l’indépendance des pays africains constitue la reproduction inique des rapports d’asservissement de la
période coloniale. Peut-i1 être surprenant que le rejet du modèle senghorien de construction nationale
se traduise par l’élaboration d’un projet d’indépendance de la Casamance ? La vocation
“dénationalisante” de l’histoire n’est-elle pas ainsi affirmée quand on sait que le culte du
particularisme politique sous-tend la revendication de l’indépendance ?
La doctrine de l’assimilation, née de l’héritage du jacobinisme des années 1790 et reposant sur le
postulat de l’extension de la nation française dans tout lieu de reproduction de sa culture (Davidson,
1979), est à la base de la naissance d’une vie politique “moderne” dans la colonie du Sénégal. Saint-
Louis, Gorée, Rufisque et Dakar, les Quatre Communes dont les “originaires” accèdent à la
citoyenneté française dès le XIXe siècle, sont les lieux où fonctionne, avec tous les risques de dérive,
cette norme politique. Les campagnes de participation aux élections législatives et municipales et les
débats du Parlement français en sont les moments privilégiés d’application.
/p. 192/
Cette parcellisation de la vie politique locale n’a pas très tôt favorisé la maturation de la conscience
nationale dans la colonie du Sénégal. S’il est indéniable que des organisations politiques telles que la
SFIO ou le Bloc démocratique sénégalais (BDS) ont cherché à rayonner en dehors des Quatre
Communes en créant des sections dans les cercles en impliquant les différentes populations à la
gestion des questions d’intérêt général (Zuccarelli, 1988 : 32-46), il n’en demeure pas moins que les
itinéraires politiques de Blaise Diagne, Galandou Diouf, Lamine Guèye et les parcours historiques

4
Le phénomène de la rémanence du passé dans la construction des idéologies laïques dominantes et la
reconstruction des identités collectives a été suffisamment mis en exergue dans les textes de Bagayogo (1987 :
104-107) ; Diouf (1992b) et Faye (à paraître).
La crise casamançaise et les relations du Sénégal avec la Gambie et la Guinée-Bissau (1980-1992) 3

suivis par les Quatre Communes ont gardé intacts leurs charmes et leur force de modèles. Ainsi,
promouvoir des espaces semi-urbains (bourgs comme Kédougou à ériger en communes mixtes,
communes mixtes comme Kaolack en communes de plein exercice) et garantir la représentation des
cercles ou des circonscriptions électorales aux instances délibérantes coloniales (Assemblée
territoriale) par des élus autochtones, constituent des enjeux significatifs des batailles politiques qui se
déroulèrent au Sénégal de 1946 à 1960.
Toutes ces agitations politiques sont à mettre en rapport avec l’accomplissement de processus
culturels insoupçonnés. En effet, le village n’est plus le seul espace / objet de représentation et
d’interprétation symboliques. La ville et le cercle (ou le groupe de cercles) deviennent les nouvelles
réalités spatiales d’affirmation des identités collectives. Des partis locaux chargés de traduire en
programmes politiques les aspirations et les préoccupations des habitants de ces milieux face au BDS
et surtout à la SFIO voient le jour à la faveur de la loi d’extension de la citoyenneté française dite Loi
Lamine Guèye de 1946. L’exemple du Bloc démocratique de Kédougou (BDK) de Mady Cissokho
peut être retenu. Mais il convient de noter que les périphéries de l’espace politique sénégalais se
signalent aussi par la création d’associations dites apolitiques affichant la prétention de vouloir
influencer le cours politique local. Fonctionnant dès lors comme des groupes de pression, elles ont
rayonné dans la vallée du Sénégal avec l’Union générale des originaires de la Vallée du Fleuve
(UGOVAF) 5 et en Casamance avec le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC),
toutes deux créées en 1947. Cette dernière organisation, en se proposant de rassembler les
Casamançais pour qu’ils prennent en main leurs affaires politiques, choisissent leurs propres délégués
dans les assemblées territoriales, traduit la défiance vis-à-vis de 1a /p. 193/ toute-puissance des acteurs
politiques chevronnés des Quatre Communes 6. Malgré tout, une tactique de captation de ceux-ci
mettra un terme aux résistances de ces groupements. Léopold S. Senghor réussira ce tour de force en
se voulant le porte-drapeau des paysans et de tous les autres exclus du droit à la parole politique du
fait, de leur statut d’“indigène”. À la veille des indépendances en 1960, le rapport affectif au territoire
était devenu une donnée psycho-politique indéniable pour des subdivisions administratives (cercles ou
groupes de cercles) qui deviendront plus tard des régions du Sénégal Indépendant. Dès lors, hisser au
niveau du ressort territorial de l’État le processus de représentation par lequel il est perçu comme une
nation restait à faire 7. Le constat de carence établi sur cette question et l’aggravation de la crise
économique et sociale sénégalaise 8 ont ainsi contribué à rallumer la flamme du sentiment régionaliste.
C’est l’année 1968, correspondant à la fin de l’âge d’or du “socialisme africain” de Senghor, qui
ouvre, malgré tous les efforts de redressement (Ndiaye, 1971 : 60 et 82 et Bathily, 1992 : 139-150),
une période de morosité marquée par le passage au rouge des indicateurs économiques. Celle-ci est
suivie d’un approfondissement de la crise dès la fin des années 1970 (Touré, 1985). Les remèdes
administrés ont contribué à l’émiettement du territoire sénégalais. Le Sénégal s’est enlisé dans une
crise généralisée 9. La baisse du pouvoir d’achat qui en a résulté, a plongé de nombreuses familles
dans l’indigence et l’insécurité alimentaire croissantes; elle a, en outre, facilité le regain d’activités
syndicales dans les branches professionnelles où sont fortement ancrées des traditions de luttes
revendicatives. Ainsi, le dynamisme affiché en 1980 en milieu enseignant par le Syndicat unique et
démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES) a accéléré la dynamique de l’autonomie syndicale.
Cette dernière s’accompagne d’agitations scolaires et universitaires et de contestations politiques
provenant des partis exclus de 1’“ouverture démocratique” limitée (quadripartisme voté le 28
décembre 1978). Bref, se mettent en place, de 1968 à /p. 194/ 1980, les signes qui annoncent
l’imminence de la fin de l’hégémonie du pouvoir senghorien. Pendant que se prépare la succession au

5
Pour de plus amples informations, lire Zuccarelli (1988 : 45 et suivantes) et Ly (1992 : 43-70).
6
Contrairement à ce que pense Samb (1992 : 2), le MFDC originel ne s’est pas inscrit dans une perspective
indépendantiste.
7
Les populations des régions périphériques ont pendant longtemps considéré que 1a réalité spatiale à laquelle
renvoie le toponyme Sénégal ne concerne que Dakar et le Bassin arachidier (Kandé. 1994 : 8).
8
Cette crise est bien documentée. Pour plus de détails lire Touré (1985), Banque Mondiale 1987, République
française (1985).
9
Pour plus de détails sur l’ampleur de cette crise, lire Momar-Coumba Diop (éd.) 1992. Consulter en particulier
la contribution de François Boye.
4 Ousseynou

sommet de l’État vacillant entre Léopold S. Senghor et Abdou Diouf, les méfaits de la profondeur de
la crise se traduisent par l’apparition en Basse Casamance du phénomène irrédentiste.

L’insatisfaction des Casamançais

Dans les représentations locales, les richesses agricoles, halieutiques et culturelles font l’objet
d’une surexploitation par le capital hôtelier et les migrants venus du Sénégal septentrional
(commerçants de la région de Diourbel, boisseliers halpulaar, pêcheurs guet-ndariens, sereer, futanke,
etc.). Rompus aux procédures de maximisation des profits du fait d’un ancrage profond et séculaire
dans l’économie marchande, ces groupes ont suscité l’hostilité croissante des populations locales ne
parvenant pas à se tailler des positions significatives dans les économies urbaines alors que la crise les
a poussées à rompre avec 1’“auto-consommation” 10. De surcroît, ces dernières ont subi l’ostracisme
de l’administration locale : répression des femmes de Tilène (quartier de la ville de Ziguinchor) pour
avoir érigé “illégalement” en 1981 un marché sur la voie publique (Coly, 1981), privation du “droit à
la ville” avec l’affectation de quantités de terrains d’habitation à des migrants. Les “déguerpissements”
commencés dès 1964 (Niang & Faye, 1982), les scandales politico-financiers autour de la question des
lotissements entre 1973 et 1981 11, les indemnisations dérisoires versées aux victimes des
expropriations de terres 12, les confiscations de terrains de cueillette et/ou de culture reclassés en forêts
(perte d’une surface agricole utile de deux kilomètres carrés pour le village de Mandina) ou cédés à
des hôteliers comme dans le Kasa en 1972 (Geschiere & Van Der Klei, 1987 : 322) ont abouti à [sic]
[page(s) ou paragraphe(s) manquants]
/p. 195/
En minorant le rapport affectif des populations autochtones à la terre et en manquant de doigté pour
tirer un meilleur parti de certaines pratiques foncières locales fondées sur l’accommodation au système
étatique de représentation et d’organisation de l’espace urbain (Hesseling, 1986 : 120-123),
l’administration locale et les autorités supérieures portent une lourde responsabilité dans la
dégradation de la situation.
Marginalisées sur le front de l’économie marchande, ces populations victimes des dépossessions
foncières, se sentent “envahies” par les migrants du Nord du Sénégal et privées du “droit à la ville”.
Elles sont persuadées qu’un pillage sans précédent des richesses locales est organisé avec la
bénédiction tacite des pouvoirs public 13. Les processus acculturatifs nés de la propagation de l’Islam
“nordiste” (facteur de modification de l’habillement, du rituel funéraire, des habitudes alimentaires,
des patronymes 14, des procédures d’alliance matrimoniale) et de la langue wolof au détriment des

10
En Moyenne et Basse Casamance et dans les colonies manding de la Basse Casamance, existent de solides
traditions marchandes avec les Jula (Diallo, 1992).
11
Lettre du 06 juillet 1978 envoyée au Procureur de la République à Ziguinchor par Ansoumana Abba Bodian,
porte-parole des 44 familles de Kadior”victimes”d’“intolérables provocations”du Commissaire de police de la
ville de Ziguinchor et tentatives d’“expropriation” de la Société SOCITOUR ; Savané (1981) ; Hesseling
(1986) ; Geschière & Van der Klei (1987) ; Sagna (1990) ; LD/MPT (1990). Diatta (1991).
12
« Correspondance du 8 décembre 1981 de la communauté Créole, Baïnounk, joola de Ziguinchor au
Gouverneur de la Région de Casamance au sujet de l’expropriation des rizières de Katante au profit de
la“Société La Casamance” de M. Lescroart ».
13
Certains secteurs de l’intelligentsia et de la classe politique mettent en avant les facteurs culturels — qui sont
aussi des médiations de réalités sociales et économiques — dans l’explication de l’irrédentisme casamançais ; la
politique d’équipement des pouvoirs publics est jugée assez satisfaisante pour les autoriser à ne pas envisager la
prise en compte de mobiles économiques. Cf Konaté (1993). Pour disposer de données de réévaluation de
l’impact des ouvrages économiques (barrages en particulier) réalisés dans le cadre de ladite politique, on lira
avec intérêt les travaux du collectif de chercheurs de l’antenne de Ziguinchor de l’Institut sénégalais de
recherches agricoles (ISRA) et le texte de Diagne (1993).
14
Dans le Kasa, la conversion à l’Islam postule le changement de prénoms et de patronyme, désormais choisis
par le marabout du lignage ou dans les registres anthroponymiques du nord du Sénégal. Ce recours à des
anthroponymes d’emprunt est une pratique culturelle déjà en cours au XIXe siècle avec l’évangélisation, par les
missionnaires portugais, des habitants du comptoir de Ziguinchor (Trincaz, 1981 : 29).
La crise casamançaise et les relations du Sénégal avec la Gambie et la Guinée-Bissau (1980-1992) 5

parlers d’unification locaux (le créole et le mandingue), renforcent ces convictions 15. La perte de
l’identité culturelle 16 est vécue avec d’autant plus d’acuité que beaucoup de migrants “nordistes”
reproduisent en direction des autochtones les clichés coloniaux sur la “sauvagerie” des adeptes des
religions traditionnelles. De manière sous-jacente, la “sénégalité” de ces derniers est même mise en
cause. Une telle représentation a incontestablement préparé le lit du separat1sme armé.
/p. 196/
Comment rendre compte de cette violence ? Pour bien reconstituer sa trajectoire, il faut retenir que
la crise qui frappe les sociétés sénégambiennes du XVIIe au XIXe siècle contribue à la banalisation de
la violence. Ainsi le fusil, un des principaux produits d’échange et arme de rapine par excellence, est
devenu l’instrument d’affirmation de la virilité (au détriment de la lance). À l’intérieur des cadres
territoriaux des groupes ethnoculturels de Basse et Moyenne Casamance, la violence se manifeste,
selon des fréquences variables, à l’occasion des litiges fonciers. Le contrôle des espaces économiques
(palmeraies, rizières) constitue l’enjeu majeur des luttes inter-villageoises. Ici, comme dans le reste de
la Sénégambie, la pratique administrative coloniale (imposition aux populations de chefs de canton ou
de province allochtones) participe de la persistance des clivages, des ressentiments et de la violence
dans les rapports entre ces différents groupes et sous-groupes.
La nature répressive des pouvoirs d’État colonial et post-colonial (pacification sanglante et de
longue durée 17, travaux forcés, maintiens de l’ordre répétés) se traduit en permanence en Basse
Casamance par une hostilité latente à toute autorité politique 18 ou administrative. La sous-
administration de cet espace, qui résulte du chevauchement paralysant de plusieurs institutions
administratives (Darbon, 1988 : 115-117), ne fait que conforter les populations autochtones dans leur
fidélité à la culture de résistance à faire valoir face à tout projet d’encadrement territorial d’origine
extérieure. Par ailleurs, l’arrogance et les abus de pouvoir commis par de nombreux agents
administratifs (gouverneurs, préfets, sous-préfets) 19 ont contribué à rendre inefficaces “les procédures
de la territorialisation (qui) ont pour finalité de construire l’espace de l’État, d’en rassembler les
parties en un système unifié, en un ensemble homogène et fonctionnel” (Pourtier, 1987 : 350). En plus,
il apparaît que l’administration n’a pas été en mesure d’interpréter convenablement la résistance
multiforme des années 1970 des populations de Basse Casamance : attachement symbolique à l’équipe
de football du Casa-Sports, offres de médiations répétées des femmes gardiennes de bois sacrés à
/p. 197/ 1970 des populations de Basse Casamance : attachement symbolique à l’équipe de football du
Casa-Sports, offres de médiations répétées des femmes gardiennes de bois sacrés à l’occasion des
conflits entre autorités et élèves, recours fréquent aux marches de protestation ou de commémoration
d’anniversaires de luttes, etc. Aussi, l’éruption de la colère collective, sous forme de projet de révolte
armée, a-t-elle apparemment surpris l’État sénégalais.
Pour avoir invariablement choisi comme solution la répression multiforme ou la cooptation des
courants poli,tiques contestataires jugés les plus significatifs, le pouvoir d’État a épuisé, avec
l’approfondissement de la crise à partir de 1979, les ressources de renouvellement de sa base sociale.
En janvier 1981, la suppléance à la tête de l’Exécutif de L. S. Senghor par A. Diouf ne produit pas de
manière durable les effets d’illusion politique recherchés (Diop & Diouf, 1990).

15
Les processus glottophagiques sont aussi à l’œuvre en milieu rural au profit du parler wolof : lire Hamer
(1980). Le baynunk reste la langue locale la plus menacée, même si l’hégémonie du parler wolof n’est pas à
invoquer ici. Voir De Lespinay (1987). Pour les autres travaux se rapportant au dynamisme du groupe wolof et à
la “wolofisation”, lire : Trincaz (1981 : 16-17), Sénégal (1989 : 20).
16
On lira avec intérêt les développements de Ndiaye (1992 : 44-49) relatifs à la “mandinguisation” du paysan
joola : abandon du kajando au profit du fanting comme outil de culture et recul de la culture du riz, céréale
utilisée comme viatique des morts et des vivants, “cotation pour la dot”, base alimentaire des offrandes votives,
instrument de mesure du standing social.
17
La pacification de la Basse Casamance ne s’est achevée qu’après la Grande Guerre (Roche, 1976; Biarnès,
1987 : 184 ; Darbon, 1988 : 60 et 182; Kébé, 1992).
18
Dans les sociétés joola, on n’hésitait pas à éliminer physiquement (au moyen de l’empoisonnement) ceux à qui
les Conseils de village, les seules structures de décision locales dotées de légitimités, avaient confié les fonctions
honorifiques de “chef” ou de “roi” (Ndiaye, 1992 : 26).
19
Voir les mémorandum de 1970 et 1977 des représentants des populations baynunk, créole et joola envoyés au
président de la République du Sénégal (LD/MPT, 1990 : 15-16).
6 Ousseynou

La gestion par les pouvoirs publics de la grève des lycéens de Ziguinchor 20 dont le paroxysme est
atteint le 11 janvier 1980 avec la mort de l’élève Idrissa Sagna, celle des supporters de l’équipe du
Casa-Sports lors de la finale de la Coupe de football du Sénégal durant la même année et la chasse aux
Manodj par les populations autochtones (Traoré, 1992 : 4) en 1982, ont consolidé l’argumentaire des
partisans du séparatisme armé. Le succès de la lutte de libération nationale du PAIGC en 1973, la
rapidité du triomphe de l’insurrection urbaine du mouvement de Kukoï Samba Sagnang en Gambie
pendant l’été 1981 et, dans une moindre mesure, l’audace payante des leaders des lycéens grévistes
organisant en 1980 des opérations coup de poing contre les symboles de l’État à partir de la ceinture
forestière péri-urbaine de Ziguinchor, les conduisent à l’optimisme dans le choix de la guerre de
guérilla. Les atouts de cette option ont ici pour nom : bouclier végétal dense, connaissance du milieu,
possibilités de repli en Gambie et en Guinée-Bissau, population relativement importante de vétérans
des guerres coloniales, de soldats et de sous-officiers libérés ou retraités.
En outre, le choix de la violence armée par le MFDC s’inscrit dans une certaine mesure dans
l’histoire des partis politiques sénégalais. L’institution des milices : “bérets rouges” de la SFIO ou
“bérets /p. 198/ verts” du BDS paradant avec leurs armes (Zuccarelli, 1988 : 42) et “Comités d’action”
de l’Union Progressiste Sénégalaise puis du Parti socialiste 21, les traditionnelles batailles sanglantes
de “clans” et de “tendances” au sein de ces groupes et l’ouverture de maquis communistes en 1965 au
Sénégal oriental et en Casamance par le Parti Africain de l’Indépendance ont durablement marqué les
consciences des différentes générations d’acteurs politiques.
Déclenchées le 26 décembre 1982, au terme de deux années de propagande du mouvement
séparatiste, la confrontation armée entre l’État et le MFDC installe le Sénégal dans une dynamique de
violence ouverte. Le séparatisme participe de la montée des tensions sociales et politiques et de la
destruction des richesses économiques et humaines de la région naturelle de Casamance. La
récupération du sigle MFDC, s’est faite dès 1980 afin de réaliser le projet d’émancipation de la
Casamance. En formulant l’objectif qui consiste à détacher et rendre indépendant un pan du territoire
de l’État sénégalais, les dirigeants de ce mouvement ont fait appel à la lutte armée comme méthode
d’action. Avec les pays voisins, le Sénégal entretient désormais des rapports où tension et détente
alternent.

Les rapports fluctuants du Sénégal avec la Gambie et la Guinée-Bissau

La Gambie et à la Guinée-Bissau pourraient tirer profit de la fragilisation de l’État sénégalais. En


effet, avec une telle éventualité, le Sénégal pourrait se transformer en colosse aux pieds d’argile ne
pouvant plus ainsi nourrir efficacement d’éventuelles velléités hégémoniques au niveau sous-régional.
La perspective la plus effrayante pour les pouvoirs publics de Dakar, est celle d’une Casamance
détachée du reste du Sénégal et scellant son destin avec /p. 199/ la Gambie et la Guinée-Bissau,
conformément au projet de l’axe des 3 B (Banjul-Bignona-Bissau).
Spectre agité pendant l’insurrection urbaine dirigée en Gambie en 1981 par Kukoï Samba Sagnang
et ses partisans, ce rêve politique a hanté les sommeils de L. S. Senghor, si l’on en croit le Diario de
Lisboa. Selon ce journal, la victoire du Parti africain de l’Indépendance de la Guinée et des îles du

20
Certains des leaders de ce mouvement de grève et des animateurs des marches de commémoration de
l’anniversaire de la mort de l’élève Idrissa Sagna sont devenus des dirigeants du MFDC. Le “séparatisme” armé
résulterait de la rencontre entre des animateurs du mouvement scolaire de janvier 1980 et des sous-officiers et
soldats retraités ou libérés.
21
Ces deux dernières organisations politiques sont les héritières du BDS ; les deux sigles ne doivent pas cacher
le fait qu’il s’agit du même parti-État. Les “comités d’action” PS de la ville de Ziguinchor ont enlevé trois
enseignants et un agent de l’ONCAD qui ont été torturés par la suite enjanvier 1980. Ce faisant, les autorités
locales ont voulu exercer une forte pression sur les secteurs politisés et syndiqués des enseignants, qui seraient
les instigateurs de la grève des lycéens et collégiens de Ziguinchor. Contrairement à ce qu’écrit Darbon (1984 :
125-128), cette double violation des droits de la personne humaine n’est pas à l’actif de la violence protestataire
des populations de Basse Casamance. Cet auteur a commis des erreurs de dates : événements du 26 décembre
1982 et non 25 décembre (1988 : 53) ; affrontements violents entre “forces de l’ordre” et lycéens en janvier 1980
(entraînant la mort de l’élève Idrissa Sagna le 11 janvier) et non en janvier 1981 ( 1988 : 186). En outre, les
troubles scolaires et la mort d’un lycéen qu’il localise à Oussouye (1988 : 186) ont eu lieu à Ziguinchor.
La crise casamançaise et les relations du Sénégal avec la Gambie et la Guinée-Bissau (1980-1992) 7

Cap-Vert (PAIGC) ne peut qu’inscrire la réalisation de cette unité organique dans le domaine du
possible (LD/MPT 1990 : 49). Est-ce ce qui explique, en dehors des mobiles idéologiques, le soutien
effectif accordé au Front de libération nationale de la Guinée (FLING) 22 et les obstructions faites au
PAIGC par les autorités de Dakar (Bathily, 1992 : 53) ? Est-ce la peur de la jonction des “forces
révolutionnaires” (groupe de Kukoï S. Sagnang en Gambie et le pouvoir bissao-guinéen) qui est le
réflexe à la base de l’immixtion du pouvoir sénégalais dans les événements de Banjul ? La réunion qui
aurait eu lieu entre Luis Cabral (quelques temps avant sa chute) et des hommes politiques casamançais
à Sao Domingo en 1980, serait-elle le premier jalon de la mise en œuvre dudit projet d’intégration ?
Est-elle le point de départ de l’implication — qui reste à prouver —du régime bissao-guinéen dans la
crise casamançaise ? La découverte du pétrole off shore dans le territoire maritime sud du Sénégal en
1982 n’est-elle pas de nature à donner plus de vigueur aux partisans bissao-guinéens de l’intégration ?
L’échec de l’expérience d’unité organique entre la Guinée Bissau et le Cap-Vert en novembre
1980, à la suite du coup d’État de Nino Vieira (Mendy, 1993 : 15), n’incite-t-il pas à reconduire un tel
type de projet politique avec la Casamance ? Les chances de succès ne sont-elles pas plus grandes
encore quand on sait apprécier la conflictualité persistante des relations entre Bissao-Guinéens et Cap-
Verdiens, qui seraient imbus de leur histoire 23, de leurs forces. /p. 200/ économique 24 et
intellectuelle 25. Les références utilisables en vue qe faire triompher ledit projet ont trait à l’éclatement
entre les deux États du Sénégal et de la Guinée Bissau des territoires baynunk, balant et joola (Trincaz,
1981 : 8 et 11 et Diallo, 1992 : 7), à l’existence des mêmes langues d’unification (créole, manding et
pël) et au rôle de l’État précolonial du Gaabu comme force unifiante des formations sociales locales
(Lopez, 1989 : 381).
Les solidarités ethniques, qui n’ont pas manqué de se renouveler avec l’éclatement du séparatisme
armé du MFDC 26 entre les populations situées de part et d’autre de la frontière sénégalo-bissao-
guinéenne, n’ont-elles pas aiguillonné des acteurs politiques du régime de Nino Vieira vers un soutien
ou une neutralité bienveillante face aux opérations du front sud de Attika ? Ne peut-on pas voir, dans
ces solidarités, une aubaine pour ceux-là de capturer le soutien des Populations septentrionales en vue
de se tailler des réseaux de clients politiques à mettre à contribution dans les luttes pour le pouvoir ?
Ou encore des facteurs qui « peuvent contribuer à l’orchestration de la cohésion nationale » (Nicolas,
1989 : 377) ?
Toutes ces interrogations indiquent l’ampleur des recherches à effectuer et des difficultés actuelles
pour asseoir de solides hypothèses de travail. Le rêve de la confédération des 3 B rencontrerait
l’assentiment des cadres de l’État bissao-guinéen originaires de la Casamance ou décidés à appliquer

22
Le FLING est, à côté du Mouvement pour l’Indépendance de la Guinée (MING) et du Mouvement pour la
Libération de la Guinée (MLG), une organisation politique qui a fait long feu. De tendance “modérée” ou
franchement “réactionnaire”, il a bénéficié du soutien de L. Sédar Senghor. Certains de ses animateurs ont trouvé
refuge à Dakar et Thiès au lendemain de l’accession de la Guinée-Bissau à l’indépendance juridique.
23
L’actuel territoire de la Guinée-Bissau a été un hinterland et une dépendance administrative, militaire et
ecclésiastique du Cap-Vert de 1533 à 1879 (Andrade, 1989 : 26-27 ; Estevao 1989 : 49 et Da Silveira 1989 : 76-
77). Assimilés à “l’élite civilisée” à la faveur de la politique ségrégationniste des Portugais (Coquery-Vidrovitch
& Moniot, 1974 : 158-159 ; Mendy, 1993 : 1-2 et Messiant 1989 : 132 et 153), les Cap-Verdiens tireraient profit
de tout cet héritage historique pour nourrir un sentiment de supériorité vis-à-vis des Bissao-guinéens, confinés
pour l’essentiel, durant la colonisation, dans le statut d’“indigène”.
24
Contrôlant le commerce de Bissau pendant la période coloniale (Da Silveira, 1989 : 76), les Cap-Verdiens
puisent actuellement leur force économique des envois d’argent de leurs concitoyens émigrés en Europe, en
Amérique et dans le reste de l’Afrique. D’un montant de 7,95 millions de dollars américains en 1974, ces envois
ont plafonné à 20 millions de dollars américains en 1979 (Mendy, 1993 : 14).
25
Ayant connu le taux d’analphabétisme le plus bas des colonies Portugaises d’Afrique, les Cap-Verdiens ont
disposé de plus de cadres administratifs, techniques et scientifiques au moment de l’indépendance (Mendy,
1993 : 13).
26
Le territoire de la Casamance a servi de refuge aux Populations du nord de la Guinée Portugaise fuyant les
réquisitions et les payements d’impôts dans la première moitié du XXe siècle (Kébé, 1992 : 8) et, entre 1963 et
1974, les affrontements militaires lors de la guerre de libération nationale du PAIGC. Avec le déclenchement de
la guerre de guérilla du MFDC en 1990, combattants d’Attika, dirigeants séparatistes en exil et paysans
s’éloignant des théâtres d’opérations militaires, trouvent, à l’instar des Populations du Kasa en 1942, un accueil
chaleureux dans l’espace bissao-guinéen.
8 Ousseynou

une politique revancharde en direction du Sénégal, coupable à leurs yeux de partialité au profit du
FLING rival lors de la guerre de libération.
La crise casamançaise ne se pose pas seulement en termes de dividendes économiques (devises,
pétrole, main-d’œuvre qualifiée, infrastructures, etc.) et politiques à engranger. Elle renferme
également des pièges pour les États gambien et bissao-guinéen. L’hypothèse d’une victoire du
séparatisme anné signifie le prélude à /p. 201/ l’éclatement de ces deux entités dont les zones
frontalières sont rattachables à la région naturelle de Casamance
Certains organes de presse sénégalais ont bien perçu ces menaces potentielles, même si leur thèse
de République joola est contestable (Anonyme, 1990). Mais à la possibilité d’une remise en cause de
l’intégrité territoriale des États gambien et bissao-guinéen, il faut ajouter l’éventualité de leur
isolement diplomatique. Tout appui manifeste au séparatisme casamançais peut être mal apprécié dans
un contexte international marqué par la multiplication des crises nationalistes. L’instinct de
conservation et l’invocation du principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation
pouvant constituer autant de motifs de bannissement diplomatique de toute autorité investie de
pouvoirs d’État et portée vers l’encouragement de forces irrédentistes. On a là autant de risques bien
cernés grâce aux calculs auxquels se livrent des secteurs des opinions politiques du Sénégal, de la
Gambie et de la Guinée-Bissau ; ces exercices, ne manquent pas d’influer sur le cours des rapports
entre l’État sénégalais et ses voisins.
Trois phases sont repérables dans la période 1982-1992 qui correspond à l’explosion de la crise
casamançaise sous la forme du séparatisme armé. Elles sont d’inégale durée. De 1982 à 1989, la
coexistence “fraternelle” et la suspicion rythment les rapports entre le Sénégal et ses deux voisins
(Gambie et Guinée-Bissau). La guerre de l’été 1981 de l’armée sénégalaise contre l’insurrection
urbaine dirigée par K. S. Sagnang, s’est soldée par la création de la Confédération de la Sénégambie.
Décriée par les uns (COSU, 1982) ou encouragée avant même qu’elle ne soit portée sur les fonts
baptismaux par d’autres (Diallo, 1981), cette initiative n’a fait que renforcer la méfiance, la suspicion
entre les pouvoirs d’Abdou Diouf et de Dawda Jawara.
Pendant que les discours officiels exaltent la fraternité entre les autorités politiques et les deux
peuples, la bataille autour de la question de l’intégration ruine les chances de survie de la
Confédération. Battant de l’aile dès 1985, elle prend fm en automne 1989 (Sène, 1989 : 2 ; Omole,
1990), au moment où l’État sénégalais est fortement fragilisé du fait de l’instabilité et du discrédit
politiques nés des mouvements contestataires consécutifs aux élections de février 1988 et de la crise
sénégalo-mauritanienne 27.
La Guinée Bissau a apparemment entretenu jusqu’en février 1989 des relations fondées aussi sur la
coexistence “fraternelle” /p. 202/ (extradition vers le Sénégal. des dirigeants séparatistes Mamadou
Nkrumah Sané et Daniel Malou appréhendés en territoire bissao-guinéen). Cependant, la méfiance et
la suspicion ne sont pas absentes en raison du litige frontalier relatif au contrôle du pétrole off shore 28.
Le rejet par la Guinée-Bissau de la sentence du Tribunal de Genève et la décision de la Gambie de
mettre un terme à l’expérience de la Confédération en été 1989 modifient le cours des rapports entre
ces pays et le Sénégal. Une phase de tension aiguë s’ouvre alors. La crise casamançaise, qui amorce un
tournant capital le 21 avril 1990, date du déclenchement de la guerre de guérilla du MFDC, accélère la
détérioration des liens politiques jusqu’en 1991. Les griefs contre le pouvoir de Dawda Jawara sont
nombreux. Selon l’Agence de presse sénégalaise (APS, 1990 : 3), quatre chefs d’accusation sont mis
en exergue à l’encontre de la Gambie :
— jouer la fonction de point de transit des armes irakiennes qui proviendraient de la Mauritanie et
de responsables politiques du MFDC en route vers ce territoire ;
— servir de centre d’accueil d’une partie de l’appareil administratif du MFDC dont les bureaux de
Brikama et de Serekounda fonctionneraient normalement ;
— remplir la fonction de base d’attaque du territoire de Basse Casamance par des commandos de
Attika, la branche armée du MFDC ;
— devenir un polygone de ce groupement armé et un nid d’officiers mauritaniens déguisés en
commerçants (APS, 1990 : 3).

27
Pour plus de détails, voir Diop & Diouf, 1990 : 387-404.
28
Le gouvernement bissao-guinéen a même suspecté l’État sénégalais “de ne pas avoir suffisamment soutenu sa
candidature” en vue de l’adhésion à l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) en août 1988 (Sall, 1992 : 20).
La crise casamançaise et les relations du Sénégal avec la Gambie et la Guinée-Bissau (1980-1992) 9

La culpabilité du régime de Dawda Jawara ne fit certainement l’ombre d’aucun doute pour les
autorités sénégalaises quand ce dernier tarda à donner une suite aux “documents officiels relatifs à
cette situation” et préféra mettre en relief son action humanitaire (APS, 1990; Camara, 1990). En effet,
326 Sénégalais originaires de la Casamance auraient été accueillis comme réfugiés. La conséquence
logique de ce geste fut l’appel à l’aide de la Croix rouge internationale et du Haut Commissariat des
Nations Unies pour les Réfugiés. Avec ce geste, les pouvoirs publics de Banjul sont soupçonnés par
les autorités sénégalaises d’œuvrer sciemment à l’internationalisation de la crise casamançaise, la
remise en cause de l’image politique positive du Sénégal et, en définitive, de celle de la légitimité de
l’aide qui lui est accordée au titre des faveurs faites aux régimes respectueux des droits de l’homme.
Aussi, le régime de /p. 203/ Dawda Jawara ne pouvait-il pas manquer de provoquer l’ire de celui
d’Abdou Diouf.
La diabolisation des dirigeants irakiens, du régime pro-baasiste de Nouackchott et, de manière
implicite, de leurs “complices” gambien et bissao-guinéen, transparaît dans ces accusations, et voire
ces soupçons. Elle dénote une volonté manifeste de mettre à profit l’hostilité et la peur suscitées par
Saddam Hussein pour briser l’encerclement diplomatique du Sénégal et isoler la Gambie et la Guinée-
Bissau. Avec ce dernier pays, l’évolution des relations débouche sur une confrontation armée. Appelée
“guerre du pétrole” ou “guerre-éclair” du Sud (Faye, 1991), elle s’est déroulée entre les 19 et 21 mai
1990. La percée de l’armée sénégalaise, qui a installé le théâtre des opérations militaires à 40 km à
l’intérieur du territoire bissao-guinéen, a été un des temps forts du conflit. Elle a probablement suscité
un ressaisissement dans les deux camps parvenant à mesurer les risques encourus : éclatement de
l’armée bissao-guinéenne, occupation d’une portion du territoire qu’elle est appelée à défendre,
enlisement dans une guerre non souhaitée et banqueroute inévitable du fait des énormes efforts de
guerre à fournir pour les autorités de Dakar. Aussi, n’est-il pas surprenant que soit explorée très tôt la
voie de la réconciliation entre les deux régimes et, sous ce rapport, la perspective d’une cogestion du
pétrole off shore a été un facteur de réchauffement significatif des relations diplomatiques entre les
deux pays. En 1991, les revers militaires répétés de Attika auraient conduit l’interlocuteur bissao-
guinéen à accepter ladite normalisation et à pousser le MFDC à prendre langue avec les pouvoirs
publics sénégalais. Ce faisant, le pouvoir de Bissau aurait ainsi réussi une performance significative :
transformer la déroute de son armée en victoire politique en préservant le MFDC comme moyen de
pression sur les autorités de Dakar et en les contraignant à ne pas tirer profit dans les court et moyen
termes de leur succès militaire.
La signature du cessez-le-feu de Bissau, en date du 31 mai 1991, ouvre une nouvelle phase de bon
voisinage entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée Bissau.
Les rencontres tripartites (Sénégal – Guinée Bissau - MFDC) ou bipartites (Sénégal - Guinée
Bissau - MFDC / Guinée Bissau et État du Sénégal - MFDC), ponctuées de déclarations ou d’accords
(ex. de l’accord de Bissau des 11-12 novembre 1991 créant la Commission mixte paritaire de gestion
de la paix) et la définition d’un statut au régime de Nino Vieira (“partie garante” des accords)
témoignent de la détente notée dans cette période.
/p. 204/
Quelle(s) autre(s) explication(s) peut-on encore fournir à propos de l’acceptation par le régime de
Bissau de la détente avec le Sénégal ? Interroger la situation intérieure s’avère être une voie précieuse
pour construire des hypothèses plausibles. Joâo B. Vieira dit Nino et son régime ont besoin d’un
environnement de paix en vue de se consacrer au règlement de problèmes intérieurs brûlants :
— difficultés d’approvisionnement en produits manufacturés (denrées de consommation) à
Ziguinchor. C’est ce qui explique, en panie, la forte chute des transactions commerciales entre la
Guinée Bissau et le Sénégal : 14,50 % à 5,2 % du total des importations de celui-là de 1989 à 1990 et,
pour la même période, de 8,5 % à 0,3 % du total de ses exportations (Mendy, 1993 : 19-20) ;
— réduction drastique de la masse monétaire du franc CFA, monnaie utilisée par les citoyens
bissao-guinéens et les fonctionnaires internationaux en poste dans ce pays ;
— détérioration des conditions de vie des populations des franges septentrionales, habituées à
migrer en Casamance pour monnayer leur force de travail et mieux réussir leur articulation à
l’économie marchande et confrontées à l’insécurité résultant des opérations militaires et de
l’amplification du banditisme économique cherchant à se greffer au séparatisme anné ;
10 Ousseynou

— pluralisme politique exigé pa,r les courants politiques contestant le monopole du pouvoir d’État
par le PAIGC et par les bailleurs de fonds internationaux ;
— desserrement des rangs au sein des groupes de militaires subalternes acquis à une lutte
revendicative pour l’amélioration de leurs conditions alimentaires et salariales en septembre 1992
(Anonyme, 1992) ;
— éclosion ou aggravation des clivages au sein de l’équipe dirigeante de Bissau depuis la fameuse
“guerre du pétrole” de mai 1990 29.
Le dégel des relations avec le pouvoir de Dakar permet ainsi aux autorités gouvernementales de
l’État bissao-guinéen de mettre à profit la nouvelle donne politique pour sauvegarder leur leadership et
leur rôle de force d’action incontournable dans la vie diplomatique sous-régionale.
La détente est nettement perceptible avec la Gambie en mars 1992, après la catastrophe survenue à
Dakar de la Société nationale /p. 205/ de commercialisation du Sénégal (émanation d’ammoniac qui a
fait une centaine de morts). L’affliction manifestée à cette occasion par le président Dawda Jawara à
son homologue sénégalais a-t-elle eu une incidence sur les activités prêtées au MFDC en Gambie ? En
décidant un tel recentrage, n’assiste -t-on pas à un acte de réallégeance du pouvoir de Banjul à celui de
Dakar ? Qu’est-ce qui expliquerait ce retour à de meilleurs sentiments du “torpilleur de la
Sénégambie” ?
D’importantes motivations économiques et politiques président au changement de cap de la
diplomatie gambienne. Durant la période de brouille, l’encerclement de la Gambie est décidé par le
pouvoir d’Abdou Diouf, gênant ainsi les communications de cette dernière avec les pays de la sous-
région (Sall, 1992). Un cordon douanier est mis en place pour diminuer l’ampleur du commerce
transfrontalier. La somme maximale à introduire en Gambie par les voyageurs sénégalais est fixée à
25 000 francs CFA. Il s’en suit une baisse significative des recettes tirées du péage aux points de
traversée de Farafénié et de Koung, le déficit d’une des monnaies convertibles rattachant ce pays au
marché des devises internationales et une dévaluation de fait du dalasi, son unité monétaire (Sall,
1992 : 21).
Ainsi, se trouvent posés les risques de fragilisation de l’État gambien en raison de la perte du
pouvoir de contrôle de celui-ci sur les milieux marchands locaux. On peut en dire autant en ce qui
concerne le contrôle qu’il exerce sur le commerce extérieur (Sall, 1992 : 21), jouant le rôle de source
d’enrichissement et d’entretien des réseaux de clients pour la classe politique au pouvoir. En effet, sur
les pertes considérables occasionnées par les transactions frauduleuses entre le Sénégal et ses voisins
(Lom, 1992), une part relativement importante revient aux secteurs du commerce gambien intéressés à
la réexportation frauduleuse en direction du Sénégal de marchandises importées. Les commerçants
libano-syriens engrangent surtout les bénéfices du dynamisme de l’économie de frontière de cette
période ; ils n’hésitent pas à détourner vers la Gambie des marchandises destinées au Liberia (Scipion,
1991), à transférer l’essentiel de leurs affaires à Banjul. Un de leurs chefs de file importe par mois une
quantité de tissus équivalant à la production industrielle de la SOTIBA destinée au marché sénégalais,
et parvient, sans difficultés majeures, à écouler son stock de marchandises. On a là une persistance du
monopole de longue date qu’ils exercent sur la filière de la contrebande (Mbodji, 1992 : 220, 22-26 et
229). En somme, la relation classe marchande / État local, qui est une des données majeures de
l’histoire immédiate de la /p. 206/ Gambie (Mbodji 1992 : 232-34), risque de suivre une trajectoire
défavorable à celui-ci si son poids économique continue à baisser dans un contexte de prospérité
continue des seuls commerçants. N’y a t-il pas aussi des possibilités de lézarde significatif de la
cohésion gouvernementale avec l’insignifiance relative des gains cumulés dans ladite filière par les
commerçants autochtones ? La reprise d’une dynamique de relations de bon voisinage avec le Sénégal
ne serait-elle pas une de leurs exigences ? Y a t-il eu prise en charge d’une telle exigence par leurs
représentants associés à l’exercice du pouvoir d’État ? Dans l’affirmative, peut-on ipterpréter la reprise
du dialogue entre Dakar et Banjul comme la traduction d’une position hégémonique de ces derniers ?
Même s’il est difficile, en l’état actuel des informations, de formuler des réponses précises, on peut
dire que les impératifs des programmes de construction de l’État-nation gambien et de préservation du

29
On a noté des propos contradictoires, cachant mal des divergences politiques sur la crise casamançaise. Ils ont
surtout été enregistrés quand s’est posée la question de l’identification des auteurs de la consigne de bivouaquer
et d’installer le service du contrôle routier en plein territoire sénégalais donnée à un détachement de l’armée
bissao-guinéenne.
La crise casamançaise et les relations du Sénégal avec la Gambie et la Guinée-Bissau (1980-1992) 11

leadership politique du People’s Progressist Party, parti-État dirigé par Dawda Jawara, ont contraint
ce dernier à renouer le dialogue et la coopération avec Dakar.
Les événements qui s’accumulent depuis août 1992, peuvent-ils être considérés comme des signes
annonciateurs de l’épilogue de la troisième phase des relations du Sénégal avec ses deux voisins ? Les
rumeurs sur des menaces de représailles militaires et de minage des frontières faites respectivement
aux pouvoirs publics bissao-guinéen et gambien et les accusations à peine voilées sur la culpabilité
effective de la Guinée-Bissau dans le regain de la tension en Casamance, ne plaident pas en faveur de
la stabilisation des rapports diplomatiques sous-régionaux. Tant que durera la crise casamançaise,
l’impossibilité de contrôler les frontières, et donc de neutraliser les flux migratoires ou les réseaux
d’armes, ne facilitera pas l’instauration d’une politique de coexistence “fraternelle” durable entre le
Sénégal et ses voisins.

Conclusion

Les années 1980-1990 ont mis à nu, avec la crise casamançaise, les difficultés ou/et limites du
modèle de construction de l’État-nation sénégalais par l’UPS-PS. La production d’une unité nationale
véritable et durable ne peut se concevoir avec la mise en œuvre de politiques porteuses de disparités
régionales en matière d’équipement, de crises identitaires pour les minorités ethnoculturelles et
d’accaparement des richesses par une minorité de citoyens tirant profit des positions de pouvoir
occupées (Bayan, 1989). Du fait de l’absence d’une politique de rupture avec les options coloniales
d’acculturation, de centralisation administrative /p. 207/ étouffante (Michalon, 1984) et
d’hyperconcentration des investissements productifs à Dakar et dans le bassin arachidier, frustrations,
colères ont fini par trouver des cadres d’expression tels que le régionalisme, l’ethno-nationalisme
linguistique, les projets d’auto-développement villageois 30. En se voulant l’unique cadre de gestion de
l’insatisfaction des populations vis-à-vis du modèle de construction nationale, le MFDC a innové en
préconisant le séparatisme armé comme forme de revanche des sociétés “acéphales” (Bayart, 1983).
La violence politique adoptée à la lumière d’une telle stratégie trouve ses racines dans l’histoire de la
Sénégambie sous la mouvance capitaliste, dans la répressivité de l’État postcolonial sénégalais. En
outre, elle s’inspire des possibilités de succès politique qu’offrent les différentes expériences sous-
régionales de règlement des problèmes politiques au moyen de la lutte armée.
En tournant leurs regards vers la Gambie et la Guinée- Bissau et en voulant s’inspirer des pratiques
du PAIGC et de Kukoï S. Sagnang, les dirigeants du MFDC vont être impliqués dans une dynamique
de relations mouvementées entre le Sénégal et ses voisins gambien et bissao-guinéen. Les intérêts à
tirer dans les moyen et court termes dans les rapports avec un État sénégalais confronté à une menace
de déconstruction conduisent les diplomaties bissao-guinéenne et gambienne à mettre l’accent, de
manière alternée, sur une politique de gel des relations ou d’entente et de coopération.
La crise casamançaise illustre aussi l’inanité des efforts de coexistence fraternelle ou de
regroupement entre États africains aussi longtemps que les problèmes de construction nationale ne
seront pas maîtrisés. En définitive, la problématique d’un renouvellement des orientations et des
pratiques diplomatiques dans un monde à la recherche de nouveaux équilibres géopolitiques apparaît
en pointillé dans l’étude de l’impact de la crise casamançaise sur les rapports de voisinage du pouvoir
politique sénégalais.

30
C’est dans le Fuuta sénégalais et en Casamance que l’on rencontre le plus souvent des structures de solidarité
villageoise se fixant des objectifs de développement. En Casamance les “Congrès” sont les instances annuelles
pendant lesquelles sont évalués les programmes de “modernisation” et adoptées des mesures correctives quand
des insuffisances graves sont constatées. Pour l’exemple casamançais, lire les développements sur Kubalan de
Weicker (1992 : 548-550).
12 Ousseynou

/p. 208/

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