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Azzaoui Soumaya 2020-2021

​Psychologie du développement émotionnel et social 


(Synthèse de Nathan complétée)

Chapitre 1 : Introduction à la psychologie du développement

I. L’objet d’étude

L’objet d'étude est ​l'âge ​ainsi que le ​positionnement​ ​dans le monde et par rapport à soi en fonction
de l’âge. L’intérêt est autant porté sur les aspects cognitifs que sur les aspects affectifs. Ainsi, on
étudie comment l’individu grandit avec les liens qu’il tisse.

Les développements cognitif et affectif sont interdépendants, ils s'imposent mutuellement. Il faut
réussir à étudier l’individu dans sa globalité en tenant comptes des facteurs qui participent au
développement de l’individu :

- Affectifs
- Cognitifs
- Moteurs
- Biologiques
- Sociaux

II. Définitions

D’après ​Lehalle et Mellier​, la psychologie du développement est l’étude des ​changements


individuels​ (c’est-à-dire l’ontogenèse, centrée sur l’évolution individuelle) au travers de la succession
des âges de la vie, depuis la période fœtale, jusqu’à l’âge adulte et jusqu’au vieillissement.

D’après ​Bee et Boyd​, la psychologie du développement est l'étude scientifique des phénomènes de
changement et de ​continuité​ qui marquent la vie d’un individu et des ​facteurs​ qui influent sur ces
phénomènes.

Il est également intéressant de remarquer que, de 1 à 7 ans, l'ontogenèse​1​ reproduit la phylogenèse​2

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Le développement de l’individu depuis la fécondation jusqu’à l’âge adulte
2
L’histoire évolutive des espèces, ici, en particulier celle de l’homme

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III. Les représentations de l’enfance

● Les différentes périodes de la vie

On a tous appris des valeurs et des représentations de ce qu’est un enfant en fonction de notre
milieu et de notre famille mais l’enfance telle qu’on la connaît n’a pas toujours existé. Durant le
Moyen-Âge, il n’y avait pas vraiment d’enfance étant donné que souvent ils devaient travailler avec
leurs parents.

Ce n’est que vers le XXe siècle que la vie a été divisée en ​périodes ​:
- La période prénatale.
- La période néonatale.
- La petite enfance (de 0 à 3 ans).
- La moyenne enfance (de 3 à 6 ans).
- La grande enfance (de 6 à 12 ans).
- (La préadolescence)
- L’adolescence.
- (La post adolescence)
- L’âge adulte.
- La vieillesse.

Le terme enfant vient de infans (latin) qui signifie « qui ne parle pas​ ​». D’un point de vue biologique,
la fin de l’enfance correspond à la ​fin de la puberté​ tandis que d’un point de vue culturel, la fin de
l’enfance correspond à ​l'entrée en secondaires​.

Il existe énormément d’études sur la période périnatale et sur l’enfance ​(ex: le rôle de l’enfance dans
le cycle de vie de l’individu)​ car ce sont des périodes importantes du point de vue de la construction
de l’espèce humaine. Aussi, tous les scientifiques s’intéressant à ce sujet sont d’accord pour dire que
l’enfance a un impact sur l’individu tout au long de sa vie.

● L’importance de la période avant 6 ans

Toute la période avant les 6 ans est très importante car énormément de choses s’y passent. Il y a
notamment des ​transformations majeures​ ​sur les plans ​physique​, ​cognitif ​(la pensée se construit de
manière très intense durant les 2 premières années) et ​affectif ​(les représentations internes durant
cette période impactent la manière dont on tisse des relations par la suite) qu’on ne retrouve jamais
par après. Cependant, il ne faut pas se focaliser uniquement sur cette période car tout bouge et
évolue constamment durant la vie de l’individu, il existe toujours un changement possible après les 6
ans pour certaines choses.

Ainsi, l’enfance est notre fondation personnelle et elle a une empreinte majeure sur le reste de
notre vie. Aussi, la ​plasticité cérébrale​ est à son apogée durant cette période de la vie.

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IV. La complexité de l’étude du développement


Le développement d’un individu est très complexe, on ne peut donc pas situer clairement la cause
d’un événement. Aussi, il faut plusieurs méthodes ainsi que plusieurs théories pour englober tous les
aspects du développement. Ces ​théories multiples​ organisent des faits, généralisent à partir du
particulier à la mise en évidence des tendances générales, orientent les recherches et guident les
conduites.

V. Les changements et la continuité


Le développement est marqué par des changements ainsi que par une continuité. De fait, on reste
toujours le même bien que des choses varient au sein de cette continuité
ex: lorsque l’on vieillit, on est en plein changement, le corps et l’esprit ne sont plus comme
avant mais on continue d’être la même personne

● Les changements

Une des choses très importantes dans ce champ de recherche est de connaître la nature des
changements, savoir s’ils sont acquis ou innés. Dans tous les cas, les changements peuvent être
répartis selon 2 types : quantitatifs ou qualitatifs.

○ Changements associés à l’âge

■ Influences biologiques (nature)


1. La ​maturation
La maturation concerne les changements physiques, tant ​quantitatifs ​que ​qualitatifs​, déterminés
par les ​gènes ​communs à tous les membres de l’espèce humaine. Processus qui mène au
vieillissement.
ex: puberté et l’apparition des caractères sexuels secondaires
Ces changements ne varient pas en fonction de l’environnement sauf dans des cas extrêmes
ex: un individu en malnutrition n’aura pas la même puberté qu’un autre qui est sain

2. L’​horloge biologique
Ces changements sont séquencés avec l’âge, ils sont liés au fait même de grandir et on n’y échappe
pas car ils sont prédéterminés, quand l’heure arrive, le changement survient
ex: commencer à marcher, l’apparition des rides, la baisse de la réactivité,...

3. La ​croissance
Ce sont les changements physiques et ​quantitatifs​. Ils entrent en interaction avec la maturation et
les facteurs environnementaux. C’est le fait qu’on grandit physiquement.
ex: le poids et la taille

4. Le ​vieillissement
C’est une transformation graduelle et naturelle subie de la naissance jusqu’à la mort. Les
changements surviennent du simple fait d’avancer en âge.

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■ Expériences communes (horloge sociale)


On appelle horloge sociale le mécanisme ​régulant ​et ​organisant ​les événements «normaux» et les
rôles sociaux en fonction de l’âge. Cette organisation très normée dépend de chaque société et
établit des trajectoires communes pour chacun de ces membres. L’horloge sociale établit un « ​cycle
de vie​ » que chacun est censé répéter
ex: il est « normal » d’intégrer l’école maternelle vers 2 ans, la primaire vers 6 ans et d’être
retraité à 65 ans

■ Processus psychologiques communs


Ces changements psychologiques sont induits par la ​pression ​des horloges biologique et sociale
ex: commencer à lire, développer son autonomie, … car « c’est le moment »

○ Changements associés à une société ou à un groupe

■ La culture commune
Les coutumes partagées d’un groupe culturel (mais aussi les valeurs, les attitudes, les lois, les buts et
les règles morales) sont transmises de génération en génération

Toutefois, il y a du changement en fonction des époques ​(ex: la mode) ​Ainsi, il y a un changement au


sein même de la transmission ; on ne reçoit pas les choses de manière brute car il y a toujours un
processus de transformation et de réappropriation.

■ La cohorte commune
Des individus du même âge ayant connu une même expérience au même moment de leur vie auront
des souvenirs partagés à travers leur génération.
ex: attentats qui touchent + notre génération que celle d’avant

○ Changements individuels

Ce sont des événements qu'on vit particulièrement et qui sont significatifs dans notre parcours.

■ La période critique
C’est une période sensible et vulnérable dans le sens où la présence ou l’absence de certaines
expériences aura une influence considérable sur le développement. Il y a une notion de «
maintenant ou jamais​ »
ex: si les cellules du cerveau ne se développent pas correctement dans la période de 0 à 12
mois, on ne pourra pas y remédier

■ La période sensible
C’est une période de quelques mois durant laquelle l’enfant est particulièrement sensible à certaines
expériences ou marqué par leur absence. La différence avec la période critique est qu’ici, on
d’​occasions favorables​. Ainsi, si une expérience ne survient pas à un moment favorable, elle pourra
tout de même arriver à un autre moment mais celui-ci sera moins favorable

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ex: la période sensible, favorable, pour que le nourrisson développe de l’attachement est
entre 6 à 12 mois. S’il ne le fait pas, il pourra tout de même le faire plus tard mais la tâche sera plus
ardue

■ Les moments opportuns et inopportuns


Une expérience de vie survenant durant un moment opportun entraînera moins de difficultés
d’adaptation que la même expérience survenant durant un moment inopportun ex: une grossesse à
25 ans est opportune tandis qu’elle est inopportune si elle survient à 17 ans
-> Moment opportun = ​normal ​et ​prévisible​.
-> Moment inopportun = ​imprévisible ​et ​inhabituel​.
PAR RAPPORT à une culture ou une cohorte !!!
ex: dans certaines cultures, il peut être normal de tomber enceinte à 17 ans

● La continuité

○ Influences biologiques (nature)


On a tous un bagage héréditaire, le patrimoine génétique, nous fournissant des ​prédispositions
innées​ qui influencent notre tempérament, notre caractère, …
Ce bagage est transmis via l’hérédité. Toutefois, les prédispositions innées sont quand même
impactées par les facteurs environnementaux.

○ Influences environnementales (culture)


■ La continuité cumulative
L’homme a tendance à choisir un environnement ​adapté à son tempérament et ses
caractéristiques​, on va vers des choses que l’on connaît, que ce soit pour l’environnement mais aussi
pour les activités et les stratégies
ex: une personne introvertie choisira plus un métier où elle ne verra pas beaucoup de gens
qu’une personne extravertie

■ La continuité interactive
Les comportements caractérisant un individu alimentent des réactions chez les autres. Celles-ci
entretiennent ​les comportements initiaux en ​renforçant ​les modèles internes de l’individu, il existe
ainsi une circularité. Autrement dit, on suscite chez les autres des interactions qu’on a connu (dans
l’enfance) et qui collent avec nos modèles internes
ex: un nourrisson qui n’a connu que les engueulades va peut-être développer un
comportement suscitant chez l’autre de la colère le poussant à l’engueuler, renforçant ainsi ce qu’il
connaît
Un des travaux thérapeutiques peut consister à modifier ou rompre cette circularité.

■ La représentation interne d’expériences


On construit des modèles internes à partir d’expériences. Toutefois, ce ne sont pas directement les
événements qui déterminent les modèles internes mais la ​subjectivité ​de ceux-ci, c’est la manière
dont on reçoit et on vit un événement, ​l’interprétation ​qu’on en fait, qui dicte nos réactions. Ainsi,
10 personnes subissant un même événement traumatisant réagiront différemment à partir de leurs
représentations internes, avec leurs propres moyens.

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Chapitre 2 : Les méthodes d’étude et de recherche

I. La comparaison en fonction de l’âge

Il existe 2 types d’étude pour réaliser des comparaisons en fonction de l’âge :


- Les études ​longitudinales ​: on se focalise sur un groupe d’individus durant un long moment
(mois, années) pour voir leur développement en fonction de l’âge. Cette méthode permet de
mettre en exergue les changements ainsi que la continuité à travers le temps. Ce type
d’étude est ​coûteux en temps et en argent.

- Les études ​transversales ​: on se focalise sur des sujets avec des âges différents au même
moment, ce qui permet de les comparer entre eux. Cette méthode est moins coûteuse en
temps et en argent.

II. Les méthodes de récolte de données

On discerne 3 types de méthode pour récolter des données :

● La méthode expérimentale

- En laboratoire : on crée une situation artificielle afin d’étudier les comportements.

- En milieu naturel : on vient dans une famille avec des outils pour réaliser certaines mesures,
certaines expériences.

- La méthode clinique : analyse approfondie d’un cas individuel qui se fait au cours d’un entretien
clinique et il est possible d’utiliser des tests standardisés.

● L’observation

C’est une méthode très importante en recherche et en clinique car elle est très riche. Toutefois, il n’y
a donc pas d’observation pure car en observant, on crée un impact sur le sujet, ce qui modifie ce
qu’on observe. Elle peut se faire de différentes manières :

- Par un enregistrement vidéo : cette méthode d’observation indirecte permet de réaliser des
micro-observations, ce qui consiste à déceler ce qui se passe à chaque moment. Aussi, elle permet
d’obtenir une fidélité inter-juges empêchant la subjectivité d’un seul chercheur.

- Par une observation directe.

- Par une grille de comportements observés qu’on élabore ou qu’on reprend.

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III. La méthode d’observation du nourrisson d’Esther Bick

C’était une psychanalyste qui a développé une méthode d’observation pour former les futures
psychanalystes. Tous les candidats devaient observer un nourrisson durant 2 ans. Sa méthode
s’effectue en ​3 temps​ :

- Une ​observation d’une heure​ dans la famille. Durant cette observation, il faut être focalisé
uniquement sur le bébé.
- Une ​retranscription ​de l’observation exempte d’interprétation et / ou de théorie.
- Un ​séminaire ​durant lequel l’observateur dévoile ses observations à des collègues afin de pouvoir
comprendre la situation et la manière dont l’observateur a été impacté.

Cet outil de formation est devenu un outil clinique. De fait, il a été remarqué que la simple ​présence
de quelqu'un​ auprès d’un nourrisson, même s’il ne parle pas mais qu’il effectue une observation
attentive non-jugeante, a un ​effet très important​ sur le bébé et les parents. Il est aussi très
important d’avoir un profond respect pour la relation parents-bébé et d’être exempt de jugement.

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Chapitre 3 : Le débat inné / acquis

I. Les différents courants

● Le courant innéiste

Chomsky et Gesell​, notamment, représentent ce courant qui considère qu’il existe un ​programme
prédéfini​ pour le développement et que les mécanismes d’apprentissage sont innés. Il existe des
sous-courants :​-> pas important

- Le préformisme considère que le bébé a des comportements affectifs dès la naissance.


- Le nativisme considère qu’il existe des prédispositions innées qui déterminent les
acquisitions que chaque individu obtient après la naissance.
- Le maturationnisme considère que la croissance biologique de l’organisme définit son
développement.

Bien que ces sous-courants aient des conceptions différentes, tous s’accordent pour dire qu’il n’y a
pas que​ de la génétique dans le développement mais que cet aspect est tout de même ​le plus
important​. Cela signifie que les partisans des courants innéistes acceptent quand même l’idée que
l’environnement participe au développement de l’individu.

● Le courant empiriste

Locke, Skinner et Bandura​, notamment, représentent ce courant qui considère que le nourrisson est
un ​récepteur passif​, une tabula rasa, sur lequel on peut tout y inscrire. De fait, il apprendrait par
conditionnement et renforcement et les apprentissages sont ​dépendants de l’environnement​. Le
cerveau du nouveau-né peut être considéré comme vide et il faudrait le remplir au cours de la vie. La
théorie de l’apprentissage explique que tout dans le développement passe par l’apprentissage. Au
même titre que les innéistes, ils acceptent quand même qu’il existe une interaction entre l’inné et
l’acquis tout en précisant cependant que l’​apprentissage joue une plus grande part​.

● Le courant constructiviste

Piaget​ représente notamment ce courant qui propose une troisième voie de construction de
l’apprentissage. Selon Piaget, les enfants sont les acteurs des sollicitations extérieures. Ainsi, ils
reçoivent des stimulations extérieures mais ​c’est eux qui construisent activement leurs
apprentissages​.

● Le courant interactionniste

Vygotski et Papousek ​représentent notamment ce courant qui découle du constructivisme. Selon les
partisans de ce courant, il existe une ​circularité entre l’inné et l’acquis​. Ainsi, le bébé naît avec des
compétences et son milieu lui permet de mettre à profit ses compétences. Actuellement, cette
vision des choses est partagée par tous les psychologues du développement car il a été reconnu qu’il

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existe une réelle interaction entre les 2 paradigmes, on n’oppose plus l’inné et l’acquis de manière
extrême et catégorique. Selon Vygotski, l’environnement ​social ​est très important.

Aujourd’hui, on envisage + une association entre la génétique, la plasticité et le milieu. Ainsi, l’enfant
naît avec des prédispositions innées (facteur génétique) héritées soit du patrimoine soit de
l’expérience in utero, et il réagit de manière particulière à l’environnement (facteur du milieu) tout
en évoluant constamment (facteur de plasticité). Ainsi, chaque enfant a une expérience particulière
et personnelle.

○ Approche écologique

Avant les années 80, les études étaient centrées sur les interactions mère-enfant et sur la quantité
de jouets dont bénéficiait l’enfant. Si on voulait prendre en compte un contexte plus large, on
s’arrêtait aux données socioéconomiques des parents, laissant de côté la famille large, les autres
cercles sociaux, c'était assez limité
Après les années 80, les chercheurs s’intéressent davantage au ​contexte ​et aux ​systèmes élargis​,
prenant ainsi en compte la famille large mais aussi le voisinage, l’école, etc.

■ Le modèle écosystémique de Bronfenbrenner

Bronfenbrenner considère que l’environnement est un grand système regroupant plusieurs


sous-systèmes intriqués et s’influençant mutuellement entourant l’enfant :

Ontosystème < microsystème < mésosystème < exosystème < macrosystème

- L’​ontosystème ​: c’est le système individuel, les caractères de l’individu, ses comportements, etc.

- Le ​microsystème ​: c’est l’environnement immédiat avec qui l’individu entretient des relations
quotidiennes. L’individu est influencé par ce système et il l’influence aussi.
ex: la famille, les amis, l’école, les activités parascolaires, la crèche, etc.

- Le ​mésosystème ​: c’est le réseau de relations entretenues par les systèmes compris dans le
microsystème. L’enfant est concerné et impacté par ces relations mais indirectement.
ex: les relations entre l’école et les parents, entre les voisins et les parents, etc.

- L’​exosystème​ : c’est l’environnement socio-économique dans lequel l'enfant évolue. L’organisation


de la vie de l’enfant dépend très fortement de celle des parents aura un impact sur la vie de l’enfant
ex: le fait d’avoir un parent qui perd un travail ou qui n’a pas de bonnes conditions de travail
(travail de nuit ou à l’étranger)

- Le ​macrosystème​ : c’est la culture globale dans laquelle évolue l’enfant, comprenant notamment
les valeurs et les croyances.

- Le ​chronosystème​ : c’est la succession des événements dans une certaine temporalité. L’ordre des
événements peut impacter différemment l’individu.

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■ La perception socio-historique et constructiviste de Vygotski

Selon Vygotski, l’environnement ​social prédomine​ à l’inverse des processus de maturation. Ainsi,
l’enfant manifesterait des comportements acquis dans l’environnement social, ce qui signifie qu’il
n’apprend pas tout seul.

- Si l’adulte reste au niveau des connaissances déjà acquises de l’enfant, celui-ci n’apprendra
rien car il sera dans sa ​zone de confort​.

- Dans le même sens, si l’adulte s’éloigne trop des connaissances de l’enfant, alors celui-ci
n’apprendra rien car ce seront des notions trop compliquées, il sera dans une ​zone
inaccessible​ pour l’enfant.

- Ainsi, pour fournir de nouvelles connaissances, il faut rester dans la ​zone proximale​ de
développement, zone qui se situe dès qu’on sort légèrement de la zone de confort de
l’enfant.

Aussi, Vygotski explique qu’il faut que l’enfant ait un appui adéquat pour apprendre, qu’il soit ni
trop, ni pas assez fourni.

zone de confort < zone proximale < zone inaccessible

ex: L’enfant connaît les nombres de 1 à 10, il est donc inutile de les lui rappeler. Tenter de lui
apprendre les nombres irrationnels est vain car la notion est trop complexe pour lui. Lui apprendre
les nombres de 11 à 20 est intéressant et faisable car il saura appréhender ces nouveaux nombres.

○ Approche interactionniste d’Horowitz

D’après ​Horowitz​, il existe des influences et des interactions ​entre ​la ​nature et​ la ​culture​. Aussi, il
existe des facteurs facilitants et des facteurs non-facilitants au sein du développement de telle sorte
que le ​cumul ​de facteurs non-facilitants entraîne des difficultés sur le développement de l’enfant.
On parlera plus précisément de :

- Facteurs de ​vulnérabilité ​: enfant prématuré, tempérament fragile, mauvaises ressources


cognitives, etc.
- Facteurs de ​protection ​: poids normal, tempérament facile, etc.
- Facteurs ​environnementaux facilitants ​: parents disponibles, bon niveau socio-économique,
environnement serein, etc.
- Facteurs ​environnementaux non-facilitants​ : milieu dépressif, environnement peu stimulant,
pathologie mentale chez un parent, etc.

ex: Un enfant prématuré dans une famille dont les parents sont disponibles n’aura pas un
bon développement.
Un enfant qui a un poids normal dans une famille pas stimulante n’aura pas un bon développement.

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Un enfant au tempérament fragile qui a un parent avec une pathologie mentale n’aura pas un bon
développement.
Un enfant qui a de bonnes ressources cognitives dans une famille ayant un bon niveau
socio-économique aura un bon développement.

Une étude faite en 1986 a confirmé que l’interaction entre un faible poids de naissance et une
famille défavorisée faisait varier le niveau de QI de l’individu.
Ainsi, le cumul des difficultés propres à l’enfant représente plus de risques au niveau de son
développement.

II. La résilience

Le terme résilience vient de la physique. Dans ce domaine, il désigne la capacité d’un corps à ​résister
à la pression​ pour reprendre sa structure initiale. Il y a une idée de ne pas être impacté.
En psychologie, elle désigne la capacité d’une personne ou d’un groupe à bien se développer, à
continuer à se projeter dans l’avenir en dépit d’événements déstabilisants de conditions de vie
difficiles, de traumatismes parfois sévères.
Ainsi, la définition du monde psychologique diffère avec celle de la physique car il y a toujours un
impact ​sur le sujet. Le sujet traverse une épreuve, il ne l’oublie pas mais il trouve des solutions et
des ressources pour la surpasser.

Ce concept a été apporté par ​Werner​ en 1982 qui a réalisé une étude sur 700 enfants grandissant
sans famille, sans école et vivant dans la rue. Elle les a retrouvés 30 ans après qu’ils aient grandi ; la
majorité était très fragile psychologiquement mais 28% avaient, malgré leur parcours de vie
compliqué, un métier, une famille, un projet de vie et n’avaient pas de troubles psychologiques
majeurs. Ainsi, ces 28% étaient résilients, ils ont su outrepasser ces expériences négatives. Cette
étude démontre que certains enfants ont eu une conjonction de choses qui leur permettent d’être
résilient.

La résilience est toujours​ liée à un traumatisme​. Le traumatisme se définit comme étant un


événement de la vie du sujet qui se définit par son intensité, l’incapacité où se trouve le sujet d’y
répondre adéquatement, le bouleversement et les effets durables qu’il provoque dans l’organisation
psychique. Le trauma effracte la pensée et le sujet soumis au trauma ne sait pas le dépasser.
On ne naît pas résilient, ce n’est pas une affaire génétique. Il existe en réalité 3 facteurs ​favorables​ à
la résilience :

- Les facteurs ​individuels ​: c’est l’ensemble des ressources individuelles


ex: l’aptitude aux relations sociales, la capacité à se débrouiller seul, à prendre les choses
avec humour, à interroger les événements

- Les facteurs ​familiaux ​: c’est le fait d’avoir des relations étayantes, c'est-à-dire d’être
entouré et de pouvoir s’appuyer sur les gens.

- Les facteurs de ​soutien


ex: la famille, les amis, d’autres groupes sociaux, un professeur

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Il existe également 4 facteurs ​inhibant l​ a résilience :


- L’intensité ​du trauma.
- La ​soudaineté ​de l’agression.
- L’état de ​santé mentale préalable​ du sujet.
- L’absence de liens​ sociaux, professionnels et culturels.
Ainsi, la capacité à être résilient dépend de la conjonction d’éléments individuels et
environnementaux.

Cyrulnik​ était un enfant caché, il a beaucoup écrit sur la résilience. D’après lui, la résilience se
construit dans la relation à autrui et non pas dans la technique. Du coup, pour faire preuve de
résilience, il faut avoir vécu des relations précoces de qualité et en suffisance. Il a également
développé le concept de tuteur de résilience : il s’agit de quelqu'un sur qui on peut s’appuyer pour
reprendre son développement après un traumatisme.

On peut considérer la résilience comme étant un trait de personnalité car elle est ​intrinsèque au
sujet​. Il s’agit également d’un processus complexe se définissant par différentes dimensions. Enfin,
on peut dire que la résilience est un résultat, une possibilité de développement post-traumatisme.

La résilience est sécable en 2 temps :


- Le traumatisme.
- L’intégration du choc et la réparation du sujet.
On parle d’intégration car il ne s’agit pas de rejeter et / ou d’oublier le traumatisme mais bien de
l’intégrer et faire avec sans qu’il détermine la vie post-traumatisme. Nier un traumatisme revient à
ne pas le traiter et à simplement le mettre à distance.

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Chapitre 4 : Les théories du développement humain

● Les théories de la maturation

Ces théories viennent du courant ​innéiste​. Ses partisans considèrent que le rôle du programme
génétique ​est prévalent et ils reconnaissent qu’il n’est toutefois pas exclusif. Les penseurs de cette
théorie sont fortement influencés par les théories darwiniennes. De fait, ils considèrent que les
comportements qui participent à la survie de l’espèce sont conservés naturellement
ex: le fait que le bébé s’attache à des figures de soin

● Les théories de l’apprentissage (behavioristes)

Selon ces théories qui viennent des courants empiriste et associationniste, le bébé est un ​récepteur
passif ​aux stimulations et aux expériences et l’apprentissage permet de coordonner ces différentes
stimulations. Aussi, il est considéré que le ​conditionnement ​est à la base de tous les apprentissages.
- Le béhaviorisme est l’étude des comportements.
- L’empirisme stipule que la sensorialité (les sensations que le bébé reçoit est à la base de
toutes les connaissances étant donné qu’on fait les expériences par les sens.
- L’associationnisme explique que quand l’enfant associe les idées, les apprentissages, les
sensations et les événements, de nouveaux se construisent.

Bandura​ a développé une théorie de l’apprentissage social. Celle-ci place l’individu au centre d’une
interaction entre facteurs ​cognitifs​, ​contextuels ​et ​comportementaux​. Ainsi, ces 3 dimensions
interagissent pour donner lieu aux apprentissages.
Aussi, il parle de sujet social car ​il est produit et produit son environnement
ex: sur les réseaux sociaux, on est acteur de celui-ci car on l’alimente mais on en est
également le produit

L’apprentissage nécessite du ​renforcement ​et se ​sentir efficace​ et compétent dans les


apprentissages permet de les renforcer. Aussi, apprendre nécessite beaucoup d’observations et
d’imitation chez les tout-petits.

● Les théories cognitives

Elles descendent du courant constructiviste. Selon ​Piaget​, il existe des ​stades ​de développement par
lesquels tous les enfants passent. Ainsi, tous les enfants font les mêmes découvertes, les mêmes
erreurs, les mêmes conclusions étant donné que les stades sont identiques pour tous.
-> vision stadiste, changement directionnel (= le développement prend une direction en
particulier)

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● Les théories psychanalytiques

Ce sont des modèles de fonctionnement de l’appareil psychique comprenant différents stades. Ils
s’attardent à décrire la manière dont l’individu vit la rencontre entre les mondes interne et externe.
Ces modèles ne sont pas la réalité et ils sont constamment repensés et remaniés.

Les modèles psychanalytiques offrent une métaphore car le psychisme n’est pas palpable et
préhensile. Ces théories considèrent que le développement psychique de l’humain est une
succession de ​conflits devant être résolus​. Au centre de ces conflits se trouvent des pulsions (une
sorte de moteur mettant en mouvement le sujet) permettant de comprendre notre monde interne
(ce qui se passe en nous) et le monde externe (et les relations qu’on a avec les objets le composant).
Le psychisme cherche à trouver un équilibre entre nos exigences et celles du monde extérieur.
-> vision stadiste, changement directionnel

● Les théories humanistes

Avec ​Rogers et Maslow​ en figure de proue, ces théories issues de la psychanalyse s’intéressent plus à
la force motivationnelle qui est ​uniquement positive​ alors que Freud parle de pulsions de vie et de
mort, apportant ainsi une dualité positive / négative.
-> changement directionnel

● Les théories de l’attachement

Ces théories se focalisent sur le fonctionnement ​interpersonnel​ (entre des personnes), la manière
dont les différents sujets s’agencent et fonctionnent ensemble. Elles mettent l’accent sur la
continuité relationnelle, sur les relations qui se tissent entre les sujets et sur les liens d’attachement
en émanant.
-> vision stadiste, changement directionnel

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Chapitre 5 : Les stades de développement psychosexuels selon Freud

I. La théorie psychanalytique freudienne (stadiste)

Freud a développé 3 points de vue :


- Le point de vue ​économique ​: selon ce point de vue, la vie psychique est un théâtre interne
dans lequel il y a des forces pulsionnelles d’intensité variables qui fluctuent.
- Le point de vue ​dynamique ​: ce point de vue décrit la manière dont les conflits s’agencent
sur la scène psychique et comment le psychisme traite ces conflits. Il décrit le fait qu’il existe
un mouvement psychique.
- Le point de vue ​topique ​: ce dernier point de vue, nommé d’après le mot grec topos
signifiant lieu, explique qu’au sein du psychisme, il existe des lieux différents avec des
contenus différents. Plus précisément, il existe 2 topiques.

● Les deux topiques

○ La première topique (inconscient - préconscient - conscient)

Le psychisme doit être considéré comme étant un filtre.


Nous percevons tous la réalité extérieure et on se l’approprie. Cette appropriation est propre à
chacun, on aura tous une perception différente. L’intériorisation de cette réalité permet d’en avoir
une trace mnésique inconsciente, ce qui permet de nourrir l’aspect inconscient de la mémoire. Ce
passage de la réalité dans le filtre donne lieu à une nouvelle réalité différente pour tous. Ainsi, si 2
personnes vivent une même réalité simultanément, ils auront tout de même une perception
différente après le passage de celle-ci dans leur filtre, il existera 2 réalités.

○ La deuxième topique (ÇA - SURMOI - MOI)

Cette topique décrit différents contenus du psychisme :


- Le ​ÇA ​est à 100% inconscient. C’est la réserve de pulsions.
- Le ​SURMOI ​a une part d’inconscient, une autre de préconscient et une de conscient. Il
regroupe l’ensemble des interdits sociaux.
- Le ​MOI ​a une part d’inconscient, une autre de préconscient et une de conscient. C’est un
filtre cherchant à répondre à la fois aux pulsions du ÇA et à la fois aux obligations du
SURMOI.

● Les 5 stades psychosexuels

Freud a décrit 5 stades psychosexuels se succédant par palier :


- Le stade oral.
- Le stade anal.
- Le stade phallique.
- La période de latence.
- Le stade génital (la puberté et l’adolescence).

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Actuellement, les psychanalystes s’accordent sur le fait que des facteurs externes et internes
(génétiques et environnementaux) participent conjointement au développement du psychisme de
l’enfant.

La théorie des stades psychosexuels met le plaisir au centre. Elle cherche à décrire les constructions
psychiques autour de ce qui fait du plaisir ou du déplaisir au bébé
ex: durant le stade oral, le plaisir vient du fait de téter, incitant le bébé à porter tous les
objets qu’il peut à sa bouche.​ Étant sa source de plaisir, il y aura recours quand il est exposé à un
déplaisir afin de le contrecarrer

La théorie s’appuie sur la notion de ​pulsion​. Chaque stade renvoie à une zone érogène et définit des
tendances ainsi que des types de relations. Ces différents stades laissent des traces dans le
psychisme de l’individu et, si un des stades se vit mal, il peut se créer un point de fixation menant à
un trouble particulier plus ou moins lourd.

La pulsion est définie par 4 zones :


- La source d’où elle jaillit (une des zones érogènes)
- La force qui la meut (son intensité)
(​ex: en grandissant, la pulsion de la faim s’exprime avec beaucoup moins d’intensité
que lorsqu’on est un nourrisson​)
- L’objet qu’elle vise (​ex: le sein maternel ou le biberon​)
- Le but qui l’attire (​ex: manger​)

Toutes les pulsions sont ancrées dans le corps ; la réalité corporelle est le berceau du psychisme. Il
faut noter que l’​apaisement complet​ du psychisme est ​impossible​, il est toujours relatif.
La naissance n’est pas un stade mais elle est importante. En effet, l’afflux sensoriel intense en
découlant et les changements brutaux (​ex: passage d’un milieu aquatique à aerien, première
sensation de la faim, stimuli intenses et pas filtrés, …​) s’opérant durant cette grande séparation font
qu’on peut la considérer comme étant traumatique (Otto Rank parle du traumatisme de la
naissance).

○ Le stade oral (de 0 à 18 mois)

La tâche développementale est le ​sevrage​. Le bébé doit se détacher de la nourriture liquide continue
pour gérer la présence-absence de la nourriture avec la cuillère.

La zone érogène (la source de la pulsion) est la zone bucco-labiale (la bouche et la langue).
L’objet pulsionnel est le ​sein maternel ​ou son substitut. Le but pulsionnel est d’avoir du plaisir
auto-érotique par stimulation orale.
La pulsion cherche un objet où se déposer ; être nourri apporte une satisfaction libidinale, c’est donc
une source de plaisir. L’enfant s’appuie sur un objet physique extérieur pour traiter la pulsion. Aussi,
l’enfant ne cherche pas uniquement à être nourri, il y a en réalité une ​recherche de contact
multisensoriel​ (un contact oculaire durant l’allaitement, un contact tactile en étant porté, une
stimulation auditive de la mère à l’enfant, …).

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Karl Abraham​, un disciple de Freud, a mis en évidence 2 sous-stades :


- Le stade oral ​primitif​ (de 0 à 6 mois) : c’est à ce moment que l’enfant développe un réflexe
de ​succion ​pour tout ce qui passe près de sa bouche sans aucune distinction.
- Le stade oral ​tardif ​/ la phase ​sadique o
​ rale (de 6 à 12 mois) : l’enfant développe un désir de
mordre ​cannibalique d’incorporation. Symboliquement, le bébé veut incorporer toutes les
bonnes parties (celles qui fournissent du plaisir) de l’objet qu’il met en bouche. Ce
sous-stade constitue les premières relations d’objet et il révèle le besoin d’être en relation
avec quelqu’un, besoin satisfait en l’incorporant, en le mettant en bouche.

Premières relations d’objet:


L’enjeu de ce stade est de passer du narcissisme primaire (= ​stade anobjectal​ : plaisir auto-érotique,
satisfaction ​immédiate ​de ses besoins) au stade des relations d’objets (pouvoir considérer qu’il y a
d’autres personnes qui existent, mettre du ​délai ​dans ses demandes)

René Spitz​ place 2 organisateurs du psychisme durant ce stade oral :


- Le ​sourire social ​(3 mois) : c’est le premier organisateur du psychisme. Il s’agit d’un sourire
adressé. L’enfant, pris dans une relation d’objet, s’adresse à l’objet relationnel. Ce sourire
est différent du « sourire aux anges » qui est un « sourire réflexe », non adressé. Ici, le bébé
a la volonté de provoquer le sourire chez l’autre et de créer un échange. Ainsi, il commence
à pouvoir différencier ce qui lui appartient et ce qui constitue les autres.

- L’​angoisse​ (8 mois) : c’est le second organisateur du psychisme. Pouvant apparaître dès les 6
mois, c’est une​ ​panique que le bébé ressent quand la figure de soin s’éloigne. Il s’agit
également de la peur des étrangers (tandis qu’avant, l’enfant va chez n’importe qui, sans
faire de distinction). Ainsi, il fait déjà une bonne distinction de ce qui est lui et de ce qui n’est
pas lui.

○ Le stade anal (de 18 mois à 3 ans)

La tâche développementale est l’apprentissage de la ​propreté​.

La zone érogène (la source de la pulsion) est la muqueuse de l’anus et l’ensemble de la ​musculature​.

L’objet pulsionnel est les matières fécales (utilisées comme enjeu relationnel).

Le but pulsionnel est d’avoir du plaisir autour du contrôle du sphincter (musculaire) ainsi que dans
l’exercice de contrôle dans la relation.

On considère que vers 2 ans, l’enfant est disposé à acquérir la propreté. Quand l’enfant évacue pour
la première fois ses selles, il y a une excitation générale chez les parents. Le percevant, l’enfant peut
contrôler le plaisir des parents. Ainsi, il y a une utilisation des selles comme enjeu relationnel ; s’il est
contrarié, l’enfant peut décider d’embêter ses parents en s’empêchant de déféquer. L’enfant
cherche à exercer un contrôle sur l’adulte à travers le contrôle de ses sphincters.

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Durant ce stade, l’enfant apprend à contrôler sa musculature (​ex: il doit apprendre à ne pas taper s’il
est embêté, …​). Accès à l’ambivalence : savoir que dans une relation il y a du bon et du mauvais.

Karl Abraham​ a mis en évidence 2 sous-stades :

- Le stade ​sadique​ anal : l’enfant a un plaisir sadique à choisir quand déféquer pour embêter
ses parents.
- Le stade ​masochique rétentionnel​ : l’enfant prend du plaisir à expulser les selles et prend du
plaisir dans le soulagement après un grand moment de rétention.

Durant ce stade, l’enfant apprend à maîtriser la marche. On considère que, quand l’enfant sait
monter un escalier, il a la musculature nécessaire pour contrôler son sphincter et il sait également
contenir ses pulsions de haine en maîtrisant son corps (​ex: il s’empêche de taper ses camarades
quand il est énervé​). Aussi, s’il est prêt physiquement et psychiquement, il est disponible à
l’apprentissage de la propreté.

René Spitz​ place le troisième et dernier organisateur du psychisme durant ce stade anal ; il s’agit du
non​. L’enfant commence à dire non et, par ce biais, il se positionne en tant que sujet indépendant, le
« non » signifie « Je suis différent de toi ». C’est la première forme d’autonomie par rapport aux
objets d’investissement relationnels.

○ Le stade phallique (de 3 à 5 ans)

La tâche développementale est le complexe d’Œdipe.

La zone érogène (la source de la pulsion) est les organes génitaux.

L’objet pulsionnel est l’identification au parent de même sexe et le ​désir du parent de sexe opposé​.

L’enfant investit son organe génital et celui des autres ; il porte un intérêt anatomique (il s’intéresse
aux différences entre les 2 sexes). Le complexe d’Œdipe est une identification au père au point de
vouloir sa mère (et vice versa) et le phallus représente une puissance symbolique, celle de pouvoir
faire des enfants. L’enfant sait qu’il existe des différences physiologiques entre le père et la mère
mais durant ce stade phallique, il perçoit des différences symboliques ; il distingue les fonctions
paternelles et maternelles.

ex: le fait d’accueillir est une fonction maternelle tandis que contenir est plus paternel

⚠ Ces fonctions ne sont pas liées au sexe, il y a également ces 2 fonctions dans un couple
homosexuel. Aussi, on a des parts paternelles et maternelles au sein de nous ; l’enfant réalise durant
ce stade qu’il ne sait pas être tout puissant (volonté qu’il a durant le stade anal en contrôlant les
parents) étant donné qu’il est constitué de parts paternelles mais aussi maternelles.

Le surmoi se constitue, se peaufine.

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○ La période de latence (de 6 à 12 ans)

C’est une mise en veille du sexuel (la sexualité est active mais cachée) ; l’enfant sait mentaliser tout
ce qu’il a mis en jeu durant les stades précédents. Mentaliser signifie qu’il transforme et symbolise, il
est capable d’être moins dans l’acte. Ses pulsions sont transposées et il exprime un désir
(verbalement ou par un autre moyen) au lieu de tout faire pour l’assouvir directement, il sait le
gérer, le refouler.

Ce processus de mentalisation se fait dans des relations extra-familiales ; l’enfant va donc investir
des groupes sociaux extérieurs et autres que sa famille.
On dit de l’enfant qu’il entre dans l’« âge de raison », il symbolise ses désirs et son agressivité (​ex: il
va faire semblant de tuer en jouant à la guerre. En faisant semblant, il gère son agressivité et il
apprend les limites. Il sait qu’il peut faire semblant de tuer mais qu’il ne peut pas le faire pour de
vrai​). L’adulte joue un rôle dans cette gestion et cette symbolisation, il l’aide à transformer les
éléments bruts en choses acceptées socialement.

Durant cette période, l’enfant investit la scolarité, ce qui lui permet de ​sublimer sa curiosité sexuelle
au profit de pulsions épistémophiliques, d’une soif de connaissance, qui a cependant comme
question centrale « D’où je viens et comment suis-je conçue ? » (​ex: d’où vient l’univers, comment
on fait un enfant, qu’est ce qu’il y a après la mort, …​).

○ Le stade génital (la puberté et l’adolescence)

La crise d’adolescence est positive psychologiquement parlant étant donné qu’on bouscule un
équilibre pour parvenir à un nouveau. On dit que l’adolescent doit « faire génération », il est entre 2
feux car il n’est plus un enfant mais il n’est pas encore un adulte.
Il veut s’autonomiser par rapport à la structure parentale mais il a peur aussi de le perdre.

L’adolescent subit une crise identificatoire et narcissique durant laquelle il remet au travail toutes les
questions qu’il s’est posées avant.

De plus, l’adolescent a accès à la sexualité génitale, ce qui fait que les questions prennent une autre
dimension, son rapport au corps est différencié. Aussi, il fait un deuil des objets infantiles (=quitter
une forme de relation avec ses parents) et doit donc choisir un ​nouvel objet sexuel extérieur​ à la
famille. Enfin, il est soumis à une recherche de sa sexualité.

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Chapitre 6 : La période périnatale

Cette période englobe 4 moments :


- Le désir
- La grossesse
- La naissance
- Les interactions précoces parent-bébé

I. Le désir
Dans notre époque et nos régions, désirer un enfant est une démarche consciente, ça fait partie d’un
« plan de vie ». L’homme ou la femme se dit « Je suis prêt à être parent ». Bien que ce désir survient
naturellement, il est animé d’une grande part ​d’inconscient​. De fait, il se peut que ce désir échappe
complètement aux parents (​ex: tomber enceinte malgré les méthodes contraceptives entreprises​).

- Chez la ​femme ​: le désir d’enfant s’appuie sur l’​identification précoce à sa mère​ qu’elle a eue au
début de sa vie, durant la période du complexe d’Œdipe.
- Chez ​l’homme ​: c’est plutôt le ​désir d’être père​ qui prévaut sur le désir d’enfant. De fait, celui-ci
permet de prouver sa puissance masculine. Ainsi, on observe des rituels de couvade dans les
sociétés traditionnelles. Ce sont des précautions prises autour de l’homme durant la période de
grosses de sa femme. Dans certaines de ces sociétés, les hommes miment également un
accouchement en même temps que leur femme. Dans nos sociétés, on peut observer des
phénomènes de ​couvade​ ​qui seront des expressions somatiques du désir (​ex: l’homme peut subir
une prise de poids arrondissant son ventre, une opération importante peut être nécessaire à ce
moment-là, …​). Il y a une mise en corps du désir de grossesse impossible.

Il faut différencier le désir de grosses et le désir d’enfant :

- Le ​désir de grossesse​ permet d’affirmer l’identité féminine. C’est un désir purement


narcissique survenant quand la femme a accès à la fertilité et la possibilité d’être parent.
C’est un désir d’être vue et reconnue en tant qu’adulte.
- Le ​désir d’enfant​ concerne réellement l’enfant. C’est la représentation d’un futur enfant et
le désir de transmettre la vie, des liens, une culture, …
- L’enfant imaginaire : issu du désir œdipien. De fait, dès l’enfance on a un désir
d’avoir des enfants qui se met en place (​ex: les enfants jouent à la poupée ou même
à être des parents, interchangeant les rôles de père et de mère entre fille et garçon​).
Ce désir d’enfant imaginaire vient du désir d’être parent lorsqu’on est enfant.
- L’enfant fantasmatique : il condense les rêveries maternelles. De fait, une femme
enceinte se fait des scénarios imagés, des rêveries, conscients et inconscients
d’elle-même avec son futur enfant. ​pas de questions à l'examen sur ces 2 enfants

Il est important que l’enfant imaginaire cède sa place à l’enfant réel, bien que la naissance physique
ne coïncide pas toujours avec la naissance psychologique pour les parents.

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La manière dont quelqu'un parle de son désir permet de déterminer s’il s’agit d’un désir de
grossesse ou d’enfant. Un avortement peut mettre en évidence que le désir concerne plus la
grossesse que l’enfant. Les grossesses à répétition peuvent être un moyen de remplir un vide
intérieur
ex: il peut s’agir d’une manière de recevoir de l’amour par un être que la femme n’a pas reçu
durant son enfance

Dans tous les cas, chaque grossesse est une source d’angoisse, tant pour l’homme que pour la
femme, étant donné que c’est un événement bouleversant tous les équilibres, il doit y avoir un
travail d’accueil et de mise en disposition.

La contraception est une tentative de reprise de contrôle de son corps, sa féminité et sa fertilité.

II. La grossesse

La grossesse est considérée comme étant le premier chapitre de la vie. Durant cette période, il y a
une nidification fœtale (in utero) et parentale. De fait, ceux-ci subissent un travail psychique pour
préparer l’accueil du bébé réel.

Au début de la grossesse pour les parents et à la naissance du bébé pour le reste de la famille, il y a
un travail de ​narrativité ​; c’est une mise en histoire (​ex: les parents seront attentifs aux coups dans
le ventre et pourront les interpréter en fonction des situations, les grands-parents reconnaîtront des
traits physiques sur le nourrisson hérités de leur propre enfant, …​). Actuellement, on considère le
fœtus comme étant un petit patient (​ex: on fait attention à son bon développement in utero​). Ceci
fait qu’il est humanisé, ce qui permet de poser des questions éthiques. La plus importante concerne
les interruptions volontaire et médicale de grossesse :
- Une interruption volontaire de grossesse peut être réalisée jusqu'à 12 semaines de
gestation. Pourtant, seulement 12 semaines plus tard, un enfant est déjà viable bien que né
grand prématuré.
- Une interruption médicale de grossesse peut être réalisée jusqu’à la fin de la gestation (​ex:
s’il est certain que l’enfant naîtra avec un handicap lourd et que les parents ne se sentent
pas prêt à affronter cette situation​).

« On ne naît pas parent, on le devient » : Lorsqu’il y a une grossesse, les repères identitaires de toute
la famille sont bousculés. De fait, les adultes deviennent des parents, les parents deviennent des
grand-parents. Devenir parent est un processus se mettant en route durant la grossesse.

Les recherches montrent que le stress prénatal in utero a des ​répercussions ​sur les capacités à
réguler les réponses au stress ; il y a un risque de dysfonctionnement de l’axe
hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Aussi, il existe des corrélations entre le stress maternel, la
prématurité de la naissance du bébé et la réduction du poids de naissance.

Toutefois, il est compliqué de distinguer le type de stress maternel ; il peut être une anxiété liée à la
grossesse, une anxiété chronique ou une dépression.

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III. La naissance et les interactions précoces de Donald Woods Winnicott

Donald Woods Winnicott a eu une pratique importante avec des nourrissons et des jeunes enfants
(à l’inverse de Freud). Ses observations lui ont permis de créer de nouvelles théories, encore
actuelles, ainsi que de mettre au point un nouveau dispositif clinique rassemblant l’enfant et les
parents.

Il a dit « Un bébé seul, ça n’existe pas ». De fait, un bébé existe dans un ​environnement ​particulier
qui prend consistance dans les relations avec les figures de soin. Ainsi, dès la grossesse, l’enfant est
un être de relations.

Considérer le bébé comme un être de relations permet d’assurer la conservation de l’espèce. La


relation entre le bébé et ses parents constitue son premier lien affectif; le rôle des parents est de
donner la possibilité au bébé d’établir des relations d’objet dont il aura besoin plus tard. Par
l’expérience d’un premier lien affectif, le bébé pourra, plus tard, tisser un autre lien affectif avec son
partenaire sexuel.

Winnicott a développé plusieurs concepts :


- La préoccupation maternelle primaire
- La mère (environnement) suffisamment bonne
- Les processus d’illusion et de désillusion
- Le holding
- Le handling
- Le object-presenting
- Le faux-self

● La préoccupation maternelle (-paternelle) primaire

Ce terme fait référence à un​ état de la mère​ quelques semaines avant et après l’accouchement.
Winnicott désignait cet état comme étant une ​maladie mentale normale​. Il s’agit d’un état de
sensorialité permettant d’offrir un environnement suffisamment adapté ; la sensorialité est
différente et plus fine, la mère fait attention à des détails auxquels elle ne prêterait pas attention si
elle n’avait pas d’enfant et que les autres ne remarquent pas du premier coup
ex: percevoir un léger courant d’air
Cette préoccupation permet à la mère d’établir une identification corporelle régressive​3​ à son bébé.

Frances Tustin​ parle de gestation psychique ; la mère subit une ​préparation psychique​ à l’accueil du
nouveau-né.
Un état de préoccupation primaire est différent en fonction des individus mais aussi en fonction des
grossesses.

3
On parle d’identication régressive car la mère s’identie à son bébé grâce à des représentations
internes d’elle-même étant bébé dans le passé.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Wilfred Bion​ attribue la mise en place de la ​capacité de rêverie​4​ à cette période. Il s’agit de la
capacité des parents à penser l’enfant (=comprendre et de penser pour lui). Ainsi, ils offrent au bébé
un sentiment de ​continuité d’existence​ car il ne sait pas penser son monde tout seul. Ceci offre la
possibilité au bébé de se retrancher du monde pour faire de la réalité sa réalité
ex: quand le bébé prend peur en entendant une porte qui claque, le parent lui explique que
c’est la porte qui vient de claquer et que c’est pour ça qu’il a eu peur.​ Par cela, le parent transforme
la réalité (​la porte qui claque​) en une réalité propre au bébé (​« Je ressens un sentiment étrange et
j’ai le ventre noué car la porte vient de claquer »​).

Le parent peut penser ce que son bébé a ressenti et ainsi ​traduire la réalité en sa réalité​ pour qu’il
apprenne ce qui se passe à l’intérieur de lui (​ex: il découvre ainsi la peur, l’effet somatique qu’elle
produit, …​). Cette transformation de réalité se fait par la médiation symbolisante des objets grâce à
la présence active, contenante et détoxifiante​5​ de la mère.

Bion parle également de la ​fonction alpha​. Le fait de penser pour le bébé. Cette fonction est une
activité parentale remédiant au manque d’appareil psychique à penser du bébé. Un bébé né
physiquement ne l’est pas psychologiquement ; il ne sait donc pas interpréter tout ce qui le traverse,
les ​éléments bêta​(simulation brute non-assimilable). Il est nécessaire de les transformer en
éléments alpha assimilables. Ainsi, les parents donnent au bébé des représentations pensables et
transformables qui lui permettent de se mettre à penser.
-> appareiller les contenus projetés avec un contenant afin que ces éléments puissent être
réintrojectés et que le propre appareil à penser de l’enfant se construise peu à peu.

Monique Bydlowski​ a développé la notion de ​transparence psychique​. Elle désigne par ce terme le
fait que la femme enceinte est plus proche de son inconscient que par rapport à une situation
« normale ». Étant donné ce travail psychique plus intense qu’à d’autres moments de la vie, il y a des
possibilités de craquage.

● La mère (environnement) suffisamment bonne

À l’origine, Winnicott parlait de la mère suffisamment bonne puis de la mère-environnement.


Actuellement, on parle uniquement de l’environnement suffisamment bon car celui-ci concerne
toutes les figures de soin de l’enfant. Un bébé a besoin d’un environnement ni trop bon​6​ , ni trop
mauvaise​7​ . Cet environnement suffisamment bon a une ​fonction symbolisante​, le bébé y apprend à
se représenter des expériences. Aussi, la figure de soin y remplit les fonctions contenante et de
pare-excitation :
- La fonction contenante est une enveloppe physique et psychique.
- La ​fonction de pare-excitation ​est le fait d’offrir une protection contre un surplus
d’excitation et une aide à accepter et à intégrer ces excitations (​ex: les parents vont
apprendre à l’enfant à accepter la colère et la peur et à ne pas les nier​).
4
Wilfred Bion désigne par le terme capacité de rêverie l’état d’esprit réceptif à toutes les projections
de l’être aimé, et capable d’accueillir ses identications projectives, bonnes ou mauvaises.
5
Ce terme signie que la mère permet que les objets ne soient pas bruts quand l’enfant les intègre
6
Un environnement trop bon sera un environnement dans lequel le parent répond à son besoin avant
même qu’il ne soit exprimé.
7
Un environnement pas assez bon sera un environnement dans lequel le bébé est négligé

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Selon Winnicott, il n’y a pas de bon ou de mauvais maternage, il faut voir le bébé comme étant
programmé pour capter tout ce qui lui permet de comprendre, organiser ses mondes internes et
externes.

● Les processus d’illusion et de désillusion

Ces processus s’organisent autour de l’objet trouvé-créé. Dans les premiers temps de la vie, les
parents répondent à tous les besoins de l’enfant. Celui-ci a alors l’​illusion de créer le monde et
l’objet de son apaisement​ (​ex: le lait quand il a faim​). L’environnement dans lequel il se trouve doit
lui permettre de trouver l’objet de son désir au bon moment pour qu’il ait cette illusion de le créer.
Avec le temps, les parents mettent naturellement plus de ​temps à répondre​ aux sollicitations du
bébé, ce qui entraîne une désillusion nécessaire de la part du bébé. C’est la première étape
permettant de percevoir les parents comme étant différents de soi.

Durant le processus de désillusion, le parent envoie un message au bébé qui peut se résumer à ceci :
« Tu n’es pas seul et tout puissant, je suis là aussi avec mes besoins ». Le processus de désillusion est
important pour que le bébé trouve des solutions pour apaiser ses tensions et qu’il tolère l’attente
(​ex: en suçant son pouce, le bébé s’apaise tout seul​).

Dès la naissance, le bébé sait que la personne avec qui il est en relation est distincte de lui ; les
processus d’illusion et de désillusion sont purement psychologiques et inconscients.
La notion de ​narcissisme primaire​ renvoie au fait que le visage de la figure de soin est un miroir pour
le bébé. Le bébé se définit comme il perçoit la manière dont sa mère le perçoit. De fait, ce que la
mère exprime en regardant son bébé est en relation directe avec ce qu’elle voit (​ex: si le bébé voit
de la terreur dans le regard de sa mère, il en conclura qu’il est la terreur​). Ceci est le fondement de la
subjectivité, de la personnalité, de qui on est.

Il y a un double enjeu à ce narcissisme primaire :


- Le bébé peut construire un lien avec ses parents.
- Le bébé peut accepter qu’il n’est pas ses parents.
Ainsi, le bébé peut ​s’attacher sans se confondre​.

Freud caractérise la période de narcissisme primaire comme étant un stade anobjectal, (sans objet).
Cela signifie donc qu’il se situe avant le stade oral. Depuis Freud, on sait par les neurosciences que le
bébé a des moments de confusion mais également des états de relation différenciée. Ainsi, le
narcissisme primaire est un problème d’agentivité​8​ ; le bébé sait se représenter que certaines choses
viennent de l’adulte.

Le bébé sait percevoir les expériences mais peut avoir du mal à les attribuer, ce qui le menace de
confondre son monde interne et son monde externe. Dans un environnement suffisamment bon,
plein d’éléments lui permettent de faire la distinction.
Roussillon souligne que l’agentivité n’est pas là d’emblée, il faut la perfectionner.

8
L’agentivité est le fait d’attribuer un agent (une personne source) à des actions et à des formes
d’émotion.

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● Le holding
Le holding correspond à l’ensemble de soins corporels apportés au bébé. On entend aussi par ce
terme la manière dont le bébé est aidé à s’adapter aux changements de l’environnement. De plus,
cela fait référence à la manière dont le bébé est tenu physiquement et psychologiquement.
Le holding regroupe tout ce qui ne passe pas par les mots mais qui est quand même de l’échange,
tout ce qui permet de rentrer en contact de manière non-verbale.
Selon Boukobza, le centre de gravité du nourrisson est entre lui et sa figure de soin ; le partage mène
à l’équilibre.

● Le handling
Le handling correspond à la manière dont le bébé est soigné et est manipulé physiquement par sa
figure de soin. Le contexte de manipulation permet d’établir un lien entre le psychisme et les
comportements du bébé

● Le object-presenting
C’est la manière dont le monde est présenté au bébé, dont les parents présentent l’environnement
et la réalité objective. Par cette présentation, le bébé établit ses premières relations objectales et il
obtient la capacité à s’approprier et à utiliser les objets.

IV. La préoccupation maternelle postnatale

Celle-ci se déroule en 4 étapes :


- Pendant la grossesse : le bébé est un objet interne tant physiquement que
psychologiquement.
- Durant le dernier mois de grossesse : le fœtus est interne physiquement mais il a un statut
externe psychologiquement ; il commence à être externalisé.
- À la naissance : le bébé est externe physiquement et il se passe une rencontre entre le bébé
imaginaire et le bébé réel ; mise en place d’une relation avec le bébé. Pour les parents, il y a
une réactivation des traces mnésiques d’eux-mêmes en tant que bébé afin de rencontrer ce
bébé réel. Psychiquement, le bébé est un objet interne car, pour les parents, il s’opère une
rencontre entre le bébé réel et les bébés qu’ils étaient.
- Le bébé en tant qu’objet externe : le bébé devient un réel interlocuteur différencié. Si le
parent ne sait pas considérer son bébé comme étant un objet à 100% externe, celui-ci aura
des troubles pour se développer car il n’aura pas d’appui pour sortir de la confusion entre
ses mondes interne et externe. Certaines mères continuent leur rêve de grossesse et de
bébé fantasmatique malgré les appels du bébé réel qui la stimule au dialogue (​ex : une
stimulation au dialogue du bébé envers sa mère peut être le sourire après l’allaitement qui
signifie « Tu fais ça bien, continue comme ça », ce qui pousse la mère à continuer cet acte
malgré la fatigue, …​). Si la mère rêve toujours de grossesse, il est important que le père, ou
le coparent, la ramène à la réalité.

Le ​bébé narcissique​ comble le narcissisme parental (​ex : les parents sont très fiers de leur enfant lors
de ses premiers pas, premiers mots,​). Les accomplissements du bébé deviennent ceux des parents.
De plus, il y a une volonté de faire mieux avec son bébé que ses propres parents à l’époque ; il y a

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une idée que le bébé est censé réparer toutes les blessures des parents reçues quand ils étaient
eux-mêmes bébés.

V. Le néo-fonctionnement psychique

Cramer et Palacio Espasa​ parlent d’une néo-topique mère-bébé en guise de suite aux 2 topiques
freudiennes. Selon ce point de vue, le fonctionnement psychique des parents reste en l’état et le
bébé s’y ajoute. Les parents doivent donc interpréter et se représenter les besoins du bébé, ils
doivent donner une signification à l’objet qu’est le bébé.

Ces 2 auteurs expliquent que les parents doivent adopter le bébé car il reste tout de même un
inconnu. Il y a donc un travail immédiat d’interprétations qui se met en place ainsi qu’une multitude
de projections sur le bébé. Ces 2 phénomènes sont dus à la rencontre entre l’étrangeté et la
familiarité des représentations anciennes de comment être un bébé que les parents portent en eux.

VI. La constellation maternelle de Stern

Selon ​Daniel Stern​, à chaque grossesse, une ​triade ​centrale s’installe et elle comprend pour la mère :
- La grand-mère maternelle (pour le père : le grand-père paternel)
- La mère (le père)
- Le bébé

La mère et le père convoquent respectivement les traces de leur mère et de leur père étant parent
avec eux dans leur propre rencontre avec leur bébé. Stern a développé ​4 thèmes​, tâches que la
mère accomplit, dans cette constellation :
- La croissance de vie : c’est la capacité à faire vivre et grandir son bébé.
- La relation primaire : c’est l’engagement émotionnel envers son bébé.
- La matrice de soutien : c’est la capacité de la mère à créer un réseau protecteur et
bienveillant envers elle dans le but de mener à bien les 2 premiers thèmes.
- La réorganisation identitaire : c’est la capacité de réorganiser sa place dans l’axe
intergénérationnel. Ceci est à la fois une cause et une conséquence du fait que la mère
revive son histoire infantile avec ses propres parents afin de trouver un modèle pour être
elle-même parent. Il survient un emboîtement entre le bébé qu’elle a été et le parent qu’elle
sera

VII. L’intergénérationnalité

Il existe un impact des représentations de ses origines influençant les représentations qu’on a de
notre bébé ; l’ascendance et la descendance sont liés :
- Si le parent se sent lié à ses origines, il aura une représentation fantasmatique de son bébé
qu’il mettra également en lien avec ses origines.
- Si le parent ressent un chaos dans ses origines (​ex: il veut rompre le contact avec ses propres
parents ou bien il ne se sent pas relié à sa famille​), il aura une représentation dangereuse ou
idéalisée de son bébé.

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VIII. La constellation œdipienne

Cette idée met en place une autre triade dans laquelle chaque parent est un médiateur de la relation
entre le bébé et l’autre parent :

Cette triple relation permet d’aplanir la destructivité que les parents peuvent avoir envers leur
enfant, ​d’empêcher l’agressivité ​emmagasinée par les parents d’exploser et qu’ils passent à l’acte.
Par cette triade, les parents forment une équipe autour du bébé permettant que tous les contenus
pulsionnels ne soient pas destructeurs pour le bébé. Aussi, par ce dispositif, le bébé expérimente la
différenciation et la complémentarité parentale au travers des fonctions paternelle et maternelle​9​ .
Cela permet de structurer le psychisme du bébé.

IX. Les interactions précoces

Ces interactions sont importantes, notamment car elles colorent la vie psychique. Auparavant, on
parlait de relation tonico-affective qui est une relation au cours de laquelle il y a une rencontre des
tonus corporels entre le père, la mère et le bébé. À présent, on met au centre de ces interactions
précoces le plaisir ; on considère que le bébé doit expérimenter le plaisir dans la rencontre avec
autrui (le père et la mère) pour l’intérioriser afin de le répéter seul.

Les interactions précoces peuvent être considérées depuis la ​théorie des systèmes​. La systémique
peut se résumer à 3 principes :
- Le tout vaut plus que la somme des parties
- La recherche de l’homéostasie : c’est la recherche d’un équilibre quels que soient les
traumatismes subis par le système
- La circularité de l’interaction et la rétroaction : un échange entre quelques membres du
système mène au réajustement de tous les autres protagonistes en faisant partie

On peut considérer 2 nécessités dans les interactions précoces :


- La sensibilité parentale : c’est la justesse dans la perception et l’interprétation des signaux
du bébé.
- L’ajustement parental : c’est le fait de réagir à temps et de manière appropriée aux signaux
du bébé.

9
Ces fonctions sont indépendantes du sexe du parent ; on les retrouve tant dans les couples
homosexuels que hétérosexuels.

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Avant, en se référant à un modèle synchronique, on considérait que les parents organisaient


l’échange parents-bébé. Aujourd’hui, en se référant à un modèle systémique, on considère que le
bébé est aussi acteur des interactions parents-bébé, il est compétent.

D’après ​Edward Tronick​, il n’existe pas de forme optimale et universelle des interactions précoces.
Ce qui importe est la manière de faire et le partage psychologique qui soutient ces interactions.
Pour socialiser le bébé, il est important d’entretenir des routines interactives dans un contexte et
une culture particuliers. Ces routines sont des indications pour le bébé de comment on est en
relation dans cette communauté précise, celle dans laquelle il grandit. Toutefois, il faut que ces
routines soient suffisamment souples et ajustables, il ne faut pas que tout soit parfaitement pareil, il
doit exister des nuances.

Selon Stern, le bébé doit se trouver dans une ​enveloppe prénarrative​ ; c’est une réalité psychique
correspondant à une répétition dans le temps d’expériences subjectives organisées dans le cadre de
relations d’objet, des phrases sensorielles. Cette enveloppe ​sensorielle ​prénarrative est primordiale
car elle est le prémisse d’une enveloppe psychique.

● La régulation mutuelle des affects

La majorité des interactions parents-bébé sont des interactions de réparation. On peut en effet
considérer ces interactions comme étant un processus continu de réparation, de réajustement et de
redressement d’erreurs faites durant la rencontre parents-bébé ; ce sont des allers-retours d’états
coordonnés et dyscoordonnés. Les interactions dyadiques que le bébé entretient avec chaque
parent sont des régulateurs de son équilibre interne. La régulation est dite mutuelle car le parent est
également régulé par le bébé ; il s’agit d’un envoi réciproque de signaux permettant aux 2 parties de
se réguler et de s’adapter. Cet ajustement mutuel permet aux parents et au bébé de se sentir
compétents et fiables car ils considèrent qu’ils envoient et qu’ils réceptionnent bien les signaux de
l’autre. Ces synchronisations constantes, ces boucles rétroactives augmentent la complexité des
interactions.

● L’intersubjectivité

○ Bernard Golse

On désigne par ce terme le fait qu’on soit un sujet différent des autres ; c’est le ​vécu profond​ qui fait
ressortir que, quand on est en relation, on est 2, qu’on peut ​être ensemble en étant différent​. Il y a
2 grandes idées liées à ce concept :
- Le paradigme français considère que l’intersubjectivité se construit au cours de la vie
(conception empiriste).
- Le paradigme anglo-saxon considère que l’intersubjectivité est là d’emblée (conception
innéiste).

Golse envisage une position intermédiaire. En effet, il distingue les moments d’intersubjectivité
primaire, moments durant lesquels les bébés se ressentent différents des autres. La subtilité réside

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dans le fait que ces moment ne sont pas continus durant la période périnatale ; ils sont entrecoupés
de moments d’indifférenciation primitive.

○ Colwyn Trevarthen

Il a montré que le bébé naît avec une conscience individuelle et intentionnelle, il naît avec une
certaine subjectivité. Selon lui, le bébé est capable d’ajuster son contrôle subjectif à la subjectivité
des autres pour communiquer. De manière générale, les psychologues sont de plus en plus d’accord
sur l’idée que le bébé a une certaine forme de conscience de soi. De fait, le bébé cherche d’emblée à
nouer des liens et à établir une intersubjectivité​ avec ses semblables. Cette caractéristique est
logique évolutionnairement car les nourrissons ont besoin de s’appuyer sur leur relation avec
d’autres pour ​survivre​. Aussi, dans cette rencontre intersubjective se crée un échange mutuel de
sens.

● Les types d’interaction

Au final, par le terme interaction, on entend l’ensemble des phénomènes dynamiques se déroulant
dans le temps entre le nourrisson et sa mère et on admet 4 types d’interactions :
- Les interactions comportementales
- Les interactions affectives
- Les interactions fantasmatiques
- Les interactions culturelles

En réalité, ces 4 types d’interactions sont simultanés et mêlés.

○ Les interactions comportementales

C’est la manière dont le comportement de l’enfant et celui de la mère s’agencent l’un par rapport à
l’autre. Cela est visible à l’œil nu par les interactions corporelles, visuelles, vocales et les
comportements de tendresse.

○ Les interactions affectives

C’est l’influence réciproque des vies émotionnelles de l’enfant et de la mère. D’après Stern, il s’opère
un accordage affectif transmodal (s’établissant par toutes les modalités) au cours duquel le parent
renvoie, traduit, au bébé ses émotions dans une autre modalité afin de le rencontrer affectivement
et de lui permettre de mieux comprendre ce qu'il se passe en lui. Cela est flagrant quand le parent
traduit verbalement l’expression des émotions du bébé (​ex : si le bébé pleure, le parent lui dira
verbalement « Tu pleurs car tu as faim »​). De cette manière, le bébé peut intégrer ce qu’est
l’émotion qu’il ressent).
Ainsi, de 0 à 6 mois, le bébé est dans un bain d’affect ; la majorité du langage utilisé avec lui
concerne des ​affects​.
- Dès 1 mois : il est capable d’imiter (pas comprendre) des émotions faciales
Après 6 mois, il y a une modification des contenus langagiers ; les affects diminuent tandis que les
informations ​factuelles augmentent.

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○ Les interactions fantasmatiques

C’est l’influence réciproque du déroulement des vies psychiques de l’enfant et de la mère. Cette
influence se traduit physiquement dans la manière de porter. La manière de porter est influencée
par les pensées, les sensations et les images de la mère ainsi que ses représentations fantasmatiques
et imaginaires du bébé. Il y a donc une traduction corporelle, vocale et visuelle des inconscients de la
mère. En retour de ce porter, le bébé donne une réponse motrice expressive et tonique, il y a une
compréhension corporelle de la part du bébé se faisant via des tensions affectives saisies par son
système sensoriel.

Serge Lebovici parle d’une forme d'inconscient chez le bébé alors que Stern considère qu’une forme
d’inconscient peut apparaître seulement après 18 mois, une fois que l’enfant a accès au langage
articulé et verbal. Il a par ailleurs élaboré un concept de sens de soi se construisant de 0 à 2 ans :

- Le sens de soi ​émergeant ​(de 0 à 3 mois) : il émerge dans les soins continus. Il donne au
bébé le sentiment d’exister de manière continue.
- Le sens de soi ​noyau ​(de 3 à 8 mois) : il émerge du travail de socialisation et d’intégration
d’une représentation de l'autre dans les relations à soi.
- Le sens de soi ​subjectif ​(de 8 à 18 mois) : il émerge de l’accordage affectif durant lequel le
bébé sait interpréter les affects de l'autre.
- Le sens de soi ​verbal ​(dès 18 mois) : il émerge par la construction de schémas d’être avec les
autres.

Il est intéressant de faire un parallèle avec les organisateurs de la vie psychique de Spitz :

- Le sourire social à 3 mois


- L’angoisse de séparation à 8 mois (le bébé se rend compte que son parent est différent de
lui et qu’il pourrait ne plus le retrouver)
- Le non à 2 ans

■ La triade

La psychanalyse classique envisage qu’il existe un tiers séparateur conflictualisant la dyade


(typiquement, le père vient troubler la relation mère-bébé).

Les théories systémiques et du développement (ainsi que que quelques psychanalystes) envisagent
qu'il existe un tiers contextualisant la dyade, permettant de l’encadrer et la soutenir. Ainsi, le 3ème
membre permet de faire certaines choses :

- Réguler l’agressivité entre l’autre et le bébé.


- Introduire une circularité : le bébé réagit à la relation qui existe entre les 2 parents.
- Le schéma d’être à 3 vécu définit la construction du schéma œdipien.

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Stern définit le “​schéma d’être avec​” comme étant l’expérience subjective d’être avec ​1 ​autre
personne. Ces schémas sont structurés par les interactions réelles ou imaginaires. Ils peuvent
également être perçus comme étant des schèmes sensori-moteurs.
- schémas perceptifs
- schémas conceptuels
- script (scénarios intériorisés)
- trame temporelle d’éprouvés
- enveloppe protonarrative

Stern définit le ​schéma d’être à 3​ comme étant l’image mentale multimodale construite à partir
d’une expérience subjective d’être avec ​2​ autres personnes. Il faut noter que ce schéma n’est pas
toujours de nature œdipienne.

On parle aussi de processus de triangulation primaire, chacun des processus s'expliquant et offrant
des variations en fonction des paradigmes de l'étudiant (​ex: l’Œdipe de Freud et les constellations de
Stern​). Dans tous les cas, ces triangles interactionnels sont articulés à nos propres triangles
imaginaires construits durant l’enfance.

■ Le jeu trilogique de Lausanne (Lausanne Trilogic Play - LTP)

Le jeu trilogique de Lausanne est un dispositif particulier permettant de rendre compte de ces
relations. Il consiste à disposer les parents et l’enfant sur des chaises disposées en triangle, et ayant
toutes un espace égal entre elles, de manière à ce qu'ils se voient tous. On demande ensuite aux
parents d’avoir plusieurs interactions (père-mère, père-bébé, mère-bébé) et le psychologue observe
les comportements de chacun durant chaque interaction.

Il se trouve que dès 3 mois, le bébé ​cherche une relation à 3​ (​ex: s'il est en relation avec sa mère
uniquement, il va de temps en temps regarder son père pour partager ce qu'il fait et ce qu'il vit avec
lui également​). Il a également été révélé que les bébés ​pratiquent ​des triangles interactifs dès leur
plus jeune âge.

À nouveau, cette capacité est logique d’un point de vue évolutionnel car le partage de relations est à
la base de la survie de l'espèce ainsi que le fondement de l’humanité. Il est également intéressant de
reconsidérer le complexe d’Œdipe freudien car il semblerait dès lors que celui-ci se construit dans la
réalité et non pas seulement dans la vie psychique.

○ Les interactions culturelles


Comme souvent, la culture colore les autres interactions. Marie-Rose Moro observe que les familles
migrantes souffrent d’une fragilisation de la parentalité car il y a un sérieux manque d’appui culturel.

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● Les enveloppes psychiques

○ Les différentes enveloppes

De la grossesse à la naissance, l’enfant développe plusieurs enveloppes psychiques :

- Durant la grossesse, l’enveloppe est ​physique ​; la manière dont la mère porte son bébé à ce
moment laisse déjà des traces dans son psychisme (​ex: un enfant dont la mère a développé
un déni de grossesse sera impacté par cet événement​) et est le prémisse de la première
construction psychique.
- À la naissance, l'enveloppe est ​prénarrative​ et la continuité et la sensorialité jouent un grand
rôle.
- En grandissant, l’enfant développe un moi-peau et il emmagasine une multitude de traces
sensorielles.

○ Le moi-peau

On se construit tous une enveloppe psychique nous permettant de se rassembler, de se contenir, au


même titre que la peau physique est le contenant de l’intérieur de notre corps. Ainsi, cette peau
psychique ​permet de garder à l’intérieur de soi les pensées et les fantasmes.

● Les troubles des interactions précoces

Il faut retenir à l'esprit que l’environnement maternant apparaît lorsqu'il fait défaut.
Les troubles peuvent être des 2 côtés : soit du côté de l’enfant (​ex: naissance prématurée, handicap,
tempérament irritable, …​), soit du côté du parent (​ex: dépression du post-partum, psychose,
troubles de la parentalité, …​).

50 à 80% des femmes développent un baby-blues, témoin du travail psychique d’accueil du bébé
réel, du travail d’adoption. Aussi, 10 à 20% des femmes sont sujettes à une dépression du
post-partum (période équivalant à la première année postnatale). La naissance représente un grand
moment de fragilisation dans la vie psychique ; il y a 17 fois plus de risques de dépression pour les
femmes à ce moment-ci par rapport au reste de leur vie .

Il existe aussi une corrélation importante entre la dépression adolescente à l'âge de 16 ans et le fait
que la mère ait été dépressive durant la grossesse.

De manière générale, les troubles des interactions précoces peuvent avoir des conséquences sur le
développement du cerveau de l’enfant, ce qui peut entraîner diverses complications (​ex: un
dérèglement du système endocrinien, une mauvaise production de l'hormone de croissance, une
modification du rythme cardiaque, …​).

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Si l’enfant se trouve dans un environnement insuffisamment bon, plusieurs troubles et anomalies


peuvent apparaître :

- La fonction de pare-excitation peut faire défaut


- L'enfant peut être soumis à un bombardement sensoriel non-filtré provenant du parent
anxieux (ce qui est une menace pour l'intégration psychique)
- La continuité peut être compromise ; le parent sera tantôt hyper disponible, tantôt
indisponible. Dans ce cas-là, l’enfant développera des attitudes de protection (​ex: il sera
calme, ne fera aucune demande auprès du parent, il ne bougera pas, …​)

On appelle ​faux-self ​une fausse adaptation parentale au cours de laquelle le parent ne part pas du
bébé et de ses besoins mais de lui-même ; il lui impose des besoins qu'il ne demande pas (​ex: être
fatigué et forcer le bébé à aller dormir alors que celui-ci joue et qu’il n’en a pas besoin / envie​). Dans
une situation de troubles des interactions précoces, le bébé, l’enfant ou l'adolescent peut chercher
une ​nouvelle enveloppe​ pour se sentir rassemblé. Cette nouvelle enveloppe peut être trouvée dans
les sensations et / ou les autostimulations douloureuses ; il peut chercher une coupure sensorielle
afin de se couper de l'interaction désagréable (​ex: la toxicomanie est une recherche de sensorialité
et de plaisir archaïque, la mutilation - qui est une coupure dans le sens propre du terme - peut être
une de ces nouvelles enveloppe, …​).

Un environnement dans lequel se trouve des troubles ne permet pas le travail de mentalisation. En
effet, le parent est censé outiller le bébé pour qu'il puisse penser le monde ; dans le cas où le parent
est indisponible, l’enfant n’a pas d’outils et il ne sait donc pas penser et comprendre le monde par sa
pensée propre.

S’il y a des troubles, les processus d’illusion et de désillusion se déstabilisent (si le désajustement
relationnel est trop fréquent) et le bébé se sent à l’origine d’un ​monde mauvais​. De manière
générale, une absence d’émotions, en particulier si le bébé ne pleure plus, est un signe d’alerte que
le bébé est en souffrance.

Selma Fraiberg​ met en évidence 5 signes de souffrance se développant de 0 à 18 mois :

Chez les tout petits:


- L’évitement du regard et sa non-orientation (ou une orientation sélective) vers la voix et le
visage.
- Les réactions de gel faisant que le bébé est très rigide et crispé.

Chez les plus grands :


- La lutte ( expression de l’angoisse par des hurlements et de la gesticulation).
- Les transformations de l’affect faisant que les réponses affectives ne sont pas adéquates (​ex:
le bébé peut rire dans une situation où il devrait pleurer​).
- L’inversion des attitudes faisant qu’il orientera vers quelqu'un d’autre, et souvent vers lui,
certaines attitudes (​ex: au lieu d’exprimer son agressivité vers quelqu’un, il le fera sur
lui-même, en se tapant la tête au sol​).

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Ces troubles des interactions précoces peuvent mener à


- Des troubles fonctionnels : sommeil en surplus ou en manque, alimentation déréglée,
troubles somatiques (​ex: fièvre régulière, troubles de la peau, retard dans la stature, …​). Ces
troubles sont l’expression corporelle de troubles psychiques.
- Des troubles du développement (​ex: au niveau langagier, moteur, cognitif, …​).

Une expérience réalisée avec des tout petits montre l’impact de la souffrance des parents sur le
bébé. Cette étude concerne le ​still-face​ (​ visage impassible). On demande à un parent qui a une
relation classique avec son bébé, d’interagir avec son bébé et tout à coup, d'arrêter d’interagir et
d’avoir un visage impassible et ne plus réagir aux appels du bébé. Le bébé manifeste une détresse, il
se met à crier, etc. On tente ici de mettre en évidence ce qu’est un bébé face à un parent déprimé
ou en souffrance, qui serait moins engagé au niveau relationnel.

Une autre étude réalisée par ​Rousseau​ a consisté à voir la trajectoire de vie des enfants placés, voir
comment ils se sont intégrés à la société, etc.

Résultats :
Sur 22 familles qui n’ont eu qu'une seule famille d’accueil (stabilité), il a fallu 7 mois entre le moment
du constat d’un problème de souffrance dans la famille et le moment de décision. On voit que 13%
de ces enfants ont connu une hospitalisation psychiatrique.

Sur 28 sujets qui ont eu 8 placements ou plus, il aura fallu 2à mois pour prononcer le placement. On
voit que 46% de ces enfants ont connu une hospitalisation psychiatrique.

Conclusion :
Importance de la ​continuité ​dans le développement du tout petit

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Chapitre 7 : La théorie de l’attachement

L’attachement est un lien émotionnel spécifique que le bébé développe avec son caregiver (sa figure
de soin). C’est une relation qui émerge au fil du temps à partir d’une histoire d’interactions de soin.
L’attachement est donc acquis étant donné qu’il se construit dans une relation. Cette théorie de
l’attachement provient de ​John Bowlby​, un psychiatre et psychanalyste anglais s’étant inspiré de
René Spitz. Ce dernier a montré que les bébés séparés de leurs parents développent une dépression
anaclitique (grave dépression qu’on retrouve chez l’enfant) pouvant mener à un ​syndrome
d’hospitalisme​.

Bowlby s’inspire aussi de l’éthologie et plus particulièrement du phénomène d’empreinte de Konrad


Lorenz. Il a également fait des observations systématiques d’enfants séparés de leurs parents durant
de longue période et il a repéré 3 phases qui revenaient constamment :
- La protestation
- Le désespoir
- Le détachement

Il a ainsi mis en évidence qu’il existe un​ besoin primaire ​d’attachement et que, comme tous les
besoins, il repose sur des fondements biologiques. De fait, d’un point de vue évolutionnel, il est
fondamental de faire en sorte qu'un adulte s’occupe des enfants sinon ils meurent.

Freud parlait de la théorie de l’étayage : l’attachement se construit par étayage sur la satisfaction ( le
lien se crée sur la satisfaction des besoins primaires) ​>< ​Bowly pour qui l’attachement est un besoin
primaire (pas secondaire à la satisfaction). On parle de pulsion d’attachement qui illustrerait ce
besoin primaire de s’attacher.

La narrativité (mettre en histoire) est un bon lien entre les théories psychanalytiques et les théories
de l’attachement.

I. Les déclencheurs et les comportements de soin

Les déclencheurs de soins sont des caractéristiques propres aux nourrissons déclenchant chez
l’adulte une zone du cerveau les poussant à s’occuper d’eux. Ces déclencheurs sont les
caractéristiques qu’on trouve mignonnes chez les bambins (​ex : grands yeux ronds, une tête grosse
et ronde, …​). Il existe aussi des comportements d’attachement :
- Les pleurs et les cris.
- Les sourires.
- Les agrippements.
- Le fait de suivre du regard ou en rampant.
- Les succions.

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Le but de ces comportements est de favoriser, maintenir et accroître l’attachement avec les figures
de soin. Il y a également une double fonction :
- La protection et la survie de l’espèce (car un enfant seul ne sait rien faire).
- La socialisation (car par ces comportements, les enfants s'entraînent à la communication et à
avoir des relations sociales avec les autres).

Bowlby a également mis en avant 4 schèmes comportementaux :

2 du côté de l’enfant :
- Les comportements d’attachement : ils surviennent quand l’enfant est fatigué ou pas bien.
Dans ces cas-ci, le système d’attachement s’active et l’adulte soulage l’enfant.
- Les comportements d’exploration : ils surviennent quand l’enfant est en forme. Dans ces
cas-ci, le système d’attachement s’inactive et le système d’exploration s’active.

2 du côté de l’adulte en réponse à ceux de l’enfant :


- Les comportements de soins maternels (caregiving).
- Les comportements non-liés aux soins (​ex : laisser jouer ou explorer tout seul, jouer avec lui​).

On est préprogrammé pour s’attacher mais le type d’attachement se construit dans la relation avec
autrui et la sensibilité parentale​10​ détermine également le type d’attachement.

II. Les modèles internes opérants (MIO)

Le bébé construit des MIO qui sont des traces de l’intériorisation des relations parentales et des
interactions. Ces MIO se construisent durant la première année de vie pour être établis vers 5 ans. Il
faut noter qu’on construit des MIO des autres et de soi, ces derniers étant construits par rapport à la
manière dont on est avec les autres et la manière dont les autres sont avec nous.
Une fois adulte, on s’appuie sur ces MIO pour construire d’autres relations.

Il existe une spécialisation des comportements perçus par le bébé attribués au père et à la mère
(respectivement l’exploration et la sécurité). Le bébé possède plusieurs figures d’attachement en
fonction d’avec qui il est. Toutefois, au cours de la première année de vie, il aura toujours une figure
d’attachement privilégiée (en général, il s’agit de la mère).

Il existe différents types d’attachement : sécure et insécure. Si, dans le psychisme de l’enfant, le
parent devient une base de sécurité, c’est un attachement sécure qui sera développé. Il y a plusieurs
« conditions » pour devenir une base de sécurité :

- Fournir des réponses rapides.


- Avoir des initiatives d’interaction envers l’enfant.
- Avoir une bonne sensibilité ( fournir une réponse adaptée aux besoins de l’enfant).
- Être disponible (ce qui fait référence à la préoccupation maternelle primaire

10
C’est la capacité à répondre adéquatement aux besoins de l’enfant

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Cercle de sécurité : le parent qui répond aux besoins de l’enfant

III. Le développement de l’attachement

Selon ​Mary Ainsworth​, il y aurait 4 phases au développement de l’attachement :


- Le pré-attachement initial de 0 à 3 mois
- L’émergence de l’attachement de 3 à 6 mois
- L’attachement de 6 à 24 mois
- L’attachement adapté, réciprocité de 24 à 36 mois

Il est intéressant de mettre ces phases en parallèle avec les organisateurs de la vie psychique de
Spitz
- Le sourire social à 3 mois.
- L’angoisse à 8 mois.
- Le non à 2 ans.

IV. Les styles d’attachement

Le style d’attachement que le bébé développe dépend directement de l’expérience relationnelle. Si


l’expérience relationnelle est qualitative, l’enfant développera un attachement de confiance, un
attachement sécure. Si l’expérience relationnelle est moins satisfaisante, l’enfant développera des
stratégies ​adaptatives ​(​ex : il ne se signale pas, ne montre pas sa détresse, …​) et un attachement
insécure. Ainsi, l’attachement témoigne de la capacité de l’enfant à s’adapter à la relation qu’il a
avec ses parents. L’attachement insécure comporte des sous-catégories :

- L’attachement insécure évitant (groupe A) : la stratégie d’adaptation est l’inhibition des


comportements d’attachement. L’enfant évitera de se signaler et d’appeler ses figures de
soin.
- L’attachement insécure ambivalent (groupe C) : la stratégie d’adaptation est l'hyper
activation des comportements d’attachement.

Il est important de noter que ces styles d’attachement ne sont pas psychopathologiques ; ils sont la
preuve des capacités d’adaptation des tout-petits.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

V. La situation étrange

La situation étrange est une méthode d’étude développée par ​Mary Ainsworth​. Elle permet de
mettre en évidence le style et la qualité de l’attachement développé. Cette méthode ne s’intéresse
pas à la quantité (de disponibilité, de réactivité, …) mais à la qualité de la rencontre.
D’un point de vue qualitatif, on peut discerner 2 choses dans l’attachement :

Selon Ainsworth, il existe 3 types de mère en fonction de leur sensibilité :


- Les mères sensibles : elles ont beaucoup de contact avec le bébé et il pleure le moins
- Les mères aléatoires : le bébé pleure le plus et la mère est parfois disponible, parfois
indisponible
- Les mères rigides : elles ne s’ajustent pas au bébé et à ses demandes et elles partent
d’elles-mêmes et pas du bébé

La ​situation étrange​ se développe en 8 épisodes au cours desquels le bébé est avec sa mère ->
arrivée d’une inconnue -> la mère part -> l’inconnue part -> la mère revient -> la mère repart ->
retour de l’inconnue -> retour de la mère.
Durant ces différents épisodes, l’expérimentateur observe les réactions du bébé. Cela permet de voir
l’organisation de l’attachement et si le bébé continue d’explorer malgré le stress. En fonction des
réactions, on peut définir dans quel groupe d’attachement se situe le bébé :
- Le groupe A : l’attachement est insécure évitant (s’organisent tjrs de la même façon)
- Le groupe B : l’attachement est sécure (confiance dans la disponibilité de la figure
d’attachement)
- Le groupe C : l’attachement est insécure ambivalent ou résistant
- Le groupe D : l’attachement est désorganisé ou désorienté (réponse imprévisible)

● Le groupe B sécure

D’après une étude, ​62%​ des enfants auraient développé un attachement sécure.
Quand le parent part, l’enfant éprouve des émotions négatives et quand il revient, l’enfant
manifeste son plaisir et son réconfort.
Dans ce type d’attachement, le parent est une base de sécurité utilisée par l’enfant pour réguler ses
émotions. L’enfant a une capacité d’exploration et il ​cherche le contact avec son parent​. L’​inconnue
est également utilisée​ pour réguler ses émotions mais tout en ayant une préférence pour son

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parent. Les mères ayant un enfant dans ce groupe ont une bonne sensibilité maternelle, sont
prévisibles (elles ont les mêmes comportements si on réplique la situation, le bébé sait à quoi
s’attendre) et, pour elles et leur bébé, il existe un plaisir mutuel à être ensemble.

Il est intéressant de savoir que les parents les plus sensibles, qui offrent les réponses les plus
adaptées, ne le sont que 75 à 80% du temps. Ainsi, même les « meilleurs » peuvent ne pas répondre
adéquatement de temps en temps. Cela signifie qu’il est impossible de constamment répondre de
manière adéquate et, de toute manière, il faut un environnement suffisamment bon pour l’enfant
donc c’est une bonne chose qu’il y ait cette marge d’erreur. Aussi, si l’un des parents offre un
attachement sécure, ce n’est pas forcément le cas du second. Ainsi, l’attachement est la qualité
d’une relation en particulier et il n’est pas une caractéristique propre à l’enfant. Les MIO de l’enfant
sont construits en rapport avec cette relation sécurisée.

● Le groupe A insécure évitant (contrôle)

Les enfants appartenant à ce groupe représentent ​14 à 15%​ de la population.


Quand le parent part, l’enfant n’effectuent que peu de protestations. Quand il revient, il effectue, là
aussi, peu de protestations. La stratégie mise en place dans ce genre d’attachement est le contrôle
des émotions face à la figure d’attachement et peu d’engagement ; ​l’enfant se coupe de ses
émotions​ pour faire face à la situation. Les enfants de ce groupe sont capables d’exploration mais
pas d’engagement avec la figure d’attachement, il y a un évitement actif des relations avec celle-ci.
De plus, il n’y a ​pas de partage du plaisir​ avec la figure d’attachement.

Les pleurs sont à relier à la solitude et non pas à la perte du parent. De plus, ces enfants ont des
comportements identiques face au retour de la mère et de l’inconnu ; il n’y a donc pas de distinction,
de préférence, entre la mère et l’inconnu. Ces enfants sont dans une maîtrise des émotions pour se
protéger, pour prévenir le cas d’une déception ; ils réservent leurs appels pour une extrême urgence.
Ces enfants ont une mère dont la ​sensibilité maternelle est faible​ (=capacité du parent à répondre
adéquatement aux besoins de l’enfant), qui font preuve d’une certaine rigidité dans ses réponses et
dont les ​besoins ne sont pas satisfaits​. C’est face à cela que ​l’enfant se protège​ par l’évitement ; il
apprend à s’auto-réguler émotionnellement car les réponses qu’il reçoit ne sont pas assez
adéquates.

De plus, le parent rejette l’enfant quand il demande du réconfort et il a une relation émotionnelle
extrême avec l’enfant : soit il est intrusif, soit il est absent, en retrait. Le parent a aussi tendance à
contrôler ses émotions afin d’éviter les débordements, ce qui est un comportement qui déteint sur
le nourrisson. De plus, un bébé dépendant devient vite insupportable pour ses parents. Les MIO de
ces enfants deviennent une mère rejetante ou intrusive.

● Le groupe C insécure résistant ambivalent (affect)

Les enfants de ce groupe résistent à l’utilisation du parent pour s’apaiser ; il se dirige vers lui mais il
reste inconsolable malgré les efforts du parent. Ces enfants représentent​ 9%​ de la population.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

La stratégie de ces enfants est l’​affect à l’excès​. De fait, quand le parent part, l’enfant pleure
beaucoup, il a beaucoup d’émotions négatives ainsi qu’une détresse intense, voire excessive. Quand
il revient, l’enfant tente d’utiliser son parent pour se consoler mais il hésite tout de même.
Cette stratégie est toutefois une ​adaptation saine​. L’enfant présente aussi une résistance à être
réconforté par un inconnu. Ces enfants ont une exploration passive et limitée, ils reviennent souvent
vers leur figure d’attachement mais ils ne partagent pas avec elle. De plus, ils se méfient de
l’inconnu.
Ces enfants ont connu des moments où la figure d’attachement a répondu à leurs besoins, ce qui fait
qu’ils se signalent toujours mais la sensibilité de la mère est faible et aléatoire ; elle est centrée sur
ses propres besoins et n’est donc pas toujours disponible.

De plus, elle aura tendance à ​rejeter ​l’enfant quand celui-ci a besoin de réconfort mais pas
systématiquement. C’est ce comportement qui fait que ​l’enfant ne sait pas à quoi s’attendre​ quand
il se manifeste. Ainsi, la stratégie développée pour être sûr d’avoir le réconfort souhaité est
d’effectuer une forte demande (ce qui se traduit notamment par beaucoup de pleurs). Toutefois, le
parent ne sait pas gérer tous ces pleurs et il est vite dépassé par ceux-ci, il ne sait pas contenir son
enfant. Les MIO de ces enfants deviennent une mère aux réponses inconsistantes (ils ne savent pas
s’ils auront une réponse ou pas).

● Le groupe D insécure désorganisé

Ce groupe rassemble des enfants « inclassables ». Ces enfants ont des réponses aléatoires durant la
situation étrange. Leur stratégie d’adaptation dans les situations stressantes est imprévisible et
instable. De plus, ils ont des comportements contradictoires (​ex : ils vont chercher du réconfort chez
la figure d’attachement puis la rejeter, ils se réfugient chez elle sans qu’ils ne se soit passé quelque
chose de particulier, …​) et étranges (​ex : ils présentent une instabilité motrice et émotionnelle, ils
peuvent montrer des moments de sidération sans qu’il n’y ait de stimulus particulier, ils peuvent
montrer une certaine ​crainte ​soudaine envers le parent, …​). Avant 4 ans, la désorganisation est
associée à une tendance majeure (c'est-à-dire un des 3 autres groupes). À 4 ans, si la
désorganisation persiste, elle devient une catégorie à part entière.

Les enfants se classant dans ce groupe représentent ​15%​ de la population. Quand le parent part, les
enfants présentent une ​sidération ​(ils sont figés et ne savent pas quoi faire). Quand il revient, ils sont
également sidérés et soit ils évitent le parent, soit ils cherchent le contact. Ces 2 éléments variant
sans schéma spécifique, les enfants sont bien imprévisibles dans leurs réactions.
Ce type d’attachement est un marqueur clinique d’un risque psychopathologique. De fait, ces
enfants sont en continu dans un ​état d’alerte​, ce qui confère un taux élevé de cortisol (ce qui est
néfaste à long terme) et ils ne savent pas gérer leur anxiété qui persiste même quand la situation
stressante est finie. Le parent est la source d’apaisement mais aussi la source de la peur de l’enfant.
Cette situation ambivalente peut être causée par une grande souffrance personnelle du parent ainsi
que des dysfonctionnements importants dans la relation parent-enfant où apparaissent déjà une
certaine imprévisibilité (​ex : le parent est très proche de son enfant puis il le laisse seul durant 3
heures​).

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Un attachement de ce type ne peut pas être prédit par la sensibilité parentale comme c’est le cas
pour les groupes A, B et C (respectivement, une sensibilité certaine mènera à un attachement
sécure, une sensibilité rigide mènera à un attachement évitant et une sensibilité imprévisible et
aléatoire mènera à un attachement ambivalent). Dans ce cas-ci, l’attachement peut être prédit par
les caractéristiques de l’organisation des comportements néo-nataux du bébé (manière dont il
organise ses comportements après la naissance face aux stimuli du parent). Cette organisation peut
être prédite par le stress prénatal (le stress vécu in utero) plutôt que par des sources génétiques.

● Résumé des 4 groupes dans la situation étrange

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Chapitre 8 : Evolution ultérieure des styles d’attachement

Les types d’attachement et les modèles internes développés durant la petite enfance ont ​tendance ​à
se maintenir toute la vie ; ils se reproduisent dans toutes les relations (les relations amoureuses,
professionnelles, avec les enfants, avec les amis, …).

● Adult Attachment Interview

L’Adult Attachment Interview​ (AAI) est un entretien semi-directif permettant d’évaluer la forme
d’attachement de l’adulte. Cet entretien est surtout centré sur les souvenirs d’enfance et il est plus
important d’analyser la cohérence et la forme (la manière dont les souvenirs reviennent) des propos
plutôt que les contenus, bien que ces derniers soient tout de même importants. Il existe une
correspondance entre le style d’attachement développé durant l’enfance et le style du récit que
l’adulte raconte. Il est courant d’identifier 4 styles de récit :
- Le récit imprimé d’un état d’esprit ​sécure-autonome​ : il est facile de suivre le discours, il y a
une certaine cohérence des propos ainsi qu’une netteté et une spontanéité. De plus, les
mauvais souvenirs sont autant racontés que les bons. Enfin, il y a une transmission de
l’affect.
- Le récit imprimé d’un état d’esprit ​détaché ​: il y a une description de l’enfance avec une
exclusion de l’affect attaché aux souvenirs.
- Le récit imprimé d’un état d’esprit ​préoccupé ​: le récit est entouré de confusion (on a du mal
à le suivre, il passe du coq à l’âne). Il y a une transmission excessive des émotions, les affects
sont encore très vivants.
- Le récit imprimé d’un état d’esprit ​désorganisé ​: le discours est très lisse, les mauvais
souvenirs ne sont pas racontés comme s’il n’y en avait jamais eus et l’affect est exclu du
discours. Ce genre de récit survient souvent quand l’adulte a subi un trauma et / ou un abus.

Il existe une transmission intergénérationnelle de l’attachement, la souffrance du parent peut être


transmise au bébé au sein de la relation parent-bébé bien qu’il n’existe pas de déterminisme, il y a
toujours des changements possibles.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Chapitre 9 : Développement de la personnalité et construction


identitaire

I. Le développement psychosocial d’Erik Erikson

C’est un psychanalyste qui a repris la stadologie de Freud mais en proposant un autre regard ; si
pour Freud l’importance était portée sur les instincts et les conflits sexuels, pour Erikson ,
l’importance est portée sur les rapports sociaux. Plus précisément, sa théorie met en relation 4
points :
- Les rapports sociaux et culturels.
- Les habiletés physiques.
- Les habiletés cognitives.
- La quête de l’identité motivant l’individu durant son développement (de fait, une des
grandes questions, consciente ou inconsciente, que l’on se pose tout au long de la vie est
« Qui suis-je ? »).
- Les rapports sociaux et culturels.

Il voit le développement comme étant un processus traversant​ ​toute la vie​. C’est pour cela qu’il a
développé 8 stades, dont le premier se situe à la naissance et le dernier à la mort.
Selon lui, l’identité a 2 dimensions :

- Une dimension objective étant le patrimoine génétique propre et unique à chacun.


- Une dimension subjective définie par 3 éléments :
- Le sentiment d’individualité : c’est ce qui permet de dire « Je suis moi ».
- Le sentiment de singularité : c’est ce qui permet de dire « Je suis différent des
autres ».
- Le sentiment de continuité temporelle : c’est ce qui permet de dire « Je suis toujours
la même personne ».

Chaque stade est caractérisé par un ​conflit ​devant être surmonté, ​résolu​, par l’individu en
s’adaptant au milieu dans lequel il vit. L’objectif de passer outre ces conflits est de préserver son
identité, c'est-à-dire rester soi, différents des autres, dans le temps. La théorie d’Erik Erikson est
donc bien psychosociale car la traversée des conflits se fait toujours dans des environnements
sociaux. Aussi, l’individualité est créée par une interaction entre la biologie (le patrimoine
génétique), le psychisme et l’environnement socioculturel.

Selon lui, les conflits émergent à chaque stade et ils prennent source dans la rencontre s’opérant
entre les exigences personnelles et les contraintes sociétales. L’individu doit résoudre chaque conflit
en réussissant une tâche développementale pour pouvoir passer au stade suivant. Chaque stade est
une crise. Toutefois, le terme « crise » n’est pas négatif. En effet, une crise permet de réaménager le
psychisme en reconstruisant un nouvel équilibre. Chaque crise donne lieu à 2 tendances opposées :
- Une tendance positive : cette tendance laisse place à la créativité et à la potentialité.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

- Une tendance négative : cette tendance laisse place à un déséquilibre et à une certaine
vulnérabilité.
Ces tendances positive et négative dépendent de la manière dont réagissent les parents aux actions
de l’enfant. Si la résolution du conflit est positive, c'est-à-dire que l’individu intègre les pôles positif
et négatif dans une optique positive, alors il y a une ​force adaptative du moi ​qui viendra renforcer
l’individu et c’est justement cette force qui permet de s’adapter et d’avancer. Il faut noter que la
manière de résoudre un stade influence la manière de résoudre les autres étapes. De plus, il n’y a
jamais de résolution complète des crises.

● Les 8 stades d’Erikson

○ Le stade oral-sensoriel

Ce stade s’étend de la naissance à 18 mois :


- La tâche principale est ​l’attachement ​; le bébé doit établir une relation de confiance avec les
personnes s’occupant de lui, ce qui lui permet de développer une confiance en ses capacités
d’action.
- La tendance positive est la ​confiance​.
- La tendance négative (= ce que l’enfant risque de développer si les choses ne se mettent pas
suffisamment bien) est le développement d’une ​méfiance​ envers l’adulte.
- La force adaptative en cas de réussite l’​espoir​ (​ex: tisser des relations​)

○ Le stade musculaire-anal

Ce stade s’étend de 2 à 4 ans :


- La tâche principale est les ​premiers mouvements d’autonomie​ par rapport aux parents.
- La tendance positive est le désir d’​autonomie​. Le jeune enfant a envie de s’affirmer comme
figure différenciée de ses parents
- La tendance négative (l’inadaptation) est la ​honte​ due à la maladresse rencontrée dans
l’autonomie (​ex : vouloir se servir tout seul du lait et en verser à côté du lait​). Cette honte se
traduit par la colère.
- La force adaptative en cas de réussite est la ​volonté​. La volonté traduit le fait d’avoir la
capacité de faire des choses seul tout en reconnaissant avoir encore besoin d’aide à cause de
la maladresse. L’enfant doit trouver un équilibre entre les nouvelles possibilités s’offrant à
lui et la maladresse.

○ Le stade locomoteur-génital

Ce stade s’étend de 4 à 5 / 6 ans :


- La tâche principale est la ​prise d’initiatives​. Celle-ci survient une fois que l’enfant intériorise
son incapacité.
- La tendance positive est l’​initiative​. L’enfant trouve des bénéfices en faisant des tâches
constructives, ce qui fait qu’il prend de plus en plus d’initiatives tant qu’il réussit ses tâches
et il travaille pour réussir. Ce processus se poursuit en boucle s’auto-alimentant.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

- La tendance négative est la ​culpabilité​. Celle-ci survient quand l’enfant prend une initiative
mais qu’il n’arrive pas à faire ce qu’il veut. Cet échec fera naître un sentiment de culpabilité.
Il faut noter que l’enfant prend des initiatives en s’identifiant aux figures parentales ; il est du
devoir du parent d’encourager l’initiative tout en la limitant simultanément pour pas qu’elle
n’envahisse l’espace des autres. Aussi, la culpabilité est importante et ne doit pas être
totalement rejetée car elle permet d’intérioriser les règles et les interdits ; en se sentant
coupable, on protège les autres de nos erreurs futures.
- La force adaptative en cas de réussite est le fait de se ​fixer un but​. Ce but doit toutefois être
réaliste, c'est-à-dire qu’il dépend d’initiatives et qu’il ne déborde pas sur les exigences
sociétales.

○ Le stade de latence

Ce stade s’étend de 5 / 6 à 11 / 12 ans :


- La tâche principale est le ​sentiment de compétence​. Ce stade commence à la période où
l’enfant rentre à l’école primaire ; les journées sont organisées autrement et il est capable
de se maîtriser, de se poser.
- La tendance positive est le ​travail​. L’enfant commence à expérimenter le plaisir dans le
travail accompli (​ex : ce sentiment de plaisir peut survenir après avoir réalisé une tâche
scolaire, comme un devoir, ou une tâche quotidienne​).
- La tendance négative est l’​infériorité​. Il se peut que l’enfant ne parvienne pas toujours à
faire ce qu’on lui demande, ce qui fait naître ce sentiment.
- La force adaptative en cas de réussite est le fait de ​connaître ses ressources et ses limites​.

Durant ce stade, l’enfant rentre dans une obsessionnalisation du fonctionnement psychique, il est
sujet à une mentalisation ; les symptômes ne sont plus somatiques mais intégrés et intériorisés (​ex :
si l’enfant est énervé, il ne s’agitera pas en, criant comme il l’aurait fait plus jeune mais il va intégrer
son sentiment et être capable de prendre sur lui​). C’est au cours de ce stade que le corps de l’enfant
commence à ne plus traduire ses souffrances psychiques.

○ La puberté et l’adolescence

Ce stade s’étend de 12 à 18 ans :


- La tâche principale est la ​construction d’une identité et l’assumation de rôles​. L’adolescent
construit son identité liée à différents rôles (sociaux, personnels, sexuels, …). Il doit
également apprendre à se considérer comme étant unique. Pour construire son identité, il
revisite tout ce qu’il a acquis, il remet au travail toutes les tendances positives et négatives
traversées jusque-là, ce qui crée une période d’instabilité.
- La tendance positive est l’​identité​. Le jeune adulte se demande qui il est, ce qu’il veut
devenir et construire indépendamment des autres.
- La tendance négative est la ​confusion des rôles​. Il se peut que l’individu reste figé et que son
identité ne soit pas clairement définie.
- La force adaptative en cas de réussite est la ​fidélité​. Cela signifie que l’adolescent a confiance
en soi et a intériorisé son passé pour aller vers une certaine maturité. De plus, pour savoir

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

qui il est, l’adolescent doit passer par une large confusion ainsi qu’une remise en question, la
fidélité et la confiance en soi sont indispensables à ce moment-là.

○ Le début de l’âge adulte et l’âge adulte

Ce stade s’étend de 18 / 20 à 30 / 45 ans :


- La tâche principale est d’​allier intimité et isolement​. Quand l’identité est clarifiée,
l’adolescent doit la renforcer auprès des autres.
- La tendance positive est l’​intimité​. On peut définir l’intimité par le fait d’être capable de
fusionner son identité avec celle d’un autre sans craindre de perdre un peu de soi-même,
c'est-à-dire en sachant rester soi-même. Si, en étant adolescent, on n’a pas pu clarifier qui
on est, on reste dans une confusion des rôles, ce qui mène à une incapacité de partager une
intimité.
- La tendance négative est l’​isolement​. L’individu se replie sur lui-même par crainte de donner
et de se perdre dans l’autre, de ne plus savoir qui il est lui-même.
- La force adaptative en cas de réussite est l’​amour​. C’est le fait de partager avec l’autre en
restant soi-même, de savoir donner dans une relation sans s’y perdre et savoir recevoir sans
se laisser envahir

○ L’âge adulte et l’âge mûr

Ce stade s’étend de 30 / 45 à 65 ans :


- La tâche principale est de ​dépasser la préoccupation de soi​. Cela est possible quand il y a
une maturation intra-psychique et sociale.
- La tendance positive est la ​générativité​. La générativité est le sentiment de faire
suffisamment bien pour la génération de ses propres enfants, c’est être satisfait de
l’éducation donnée à ses propres enfants. Quand ce sentiment apparaît, il y a un
dépassement de la préoccupation de soi. À ce stade, il y a une hausse de la productivité et
de la créativité.
- La tendance négative est la ​stagnation​. La stagnation est le fait de rester figé dans la crise du
milieu de vie. Durant cette crise, l’individu fait une mise au point négative de toutes ses
expériences passées et celles qu’il lui reste à vivre. Cela mène à un sentiment de
dépréciation, de ne pas avoir assez accompli. En général, la crise de milieu de vie d’un
individu est couplée avec la crise d’adolescence de son enfant.
- La force adaptative en cas de réussite est le ​sentiment d’engagement​ et la ​sollicitude​ des
autres sans s’oublier soi-même. C’est le fait d’être là pour les autres en se respectant
soi-même, sans se perdre dans la transmission.

○ Le 3ème âge

- La tâche principale est le ​bilan de fin de vie​.


- La tendance positive est l’​intégrité personnelle​. C’est un sentiment d’accomplissement
permettant d’être calme face à la mort.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

- La tendance négative est le ​désespoir​. Celui-ci survient quand l’individu a des regrets par
rapport à ce qui a été accompli. Ces regrets et ce désespoir impliquent une frayeur face à la
mort car l’individu souhaite recommencer sa vie pour arranger ses regrets.
- La force adaptative en cas de réussite est la ​sagesse​.

● Le XXI et le vieillissement

En Belgique, il y a un vieillissement de la population. On peut affirmer cela lorsque le nombre de


personnes âgées augmente et que le nombre de personnes jeunes diminue. Cela est en partie dû à
l’augmentation du taux de fécondité survenue dans les années 45-60 (baby-boomers). Le
vieillissement implique une diminution fonctionnelle, a une incidence sur les vies sexuelle et
libidinale, nécessite des aménagements sociaux mais aussi conjugaux et familiaux ainsi qu’un
nouveau positionnement identitaire (​ex : devenir grand-parent est un aussi grand bouleversement
que devenir parent ; toute la structure familiale est revisitée et modifiée​).

● Conclusion

Freud et Erikson parlent tous les 2 de stades (ils parlent respectivement de stades psychosexuels et
psychosociaux) et ils considèrent que l’enfant est actif dans son développement par des motivations
inconscientes. Freud mais surtout Erikson ont une vision systémique intégrant l’environnement dans
le développement de l’enfant. Ces théories donnent aussi beaucoup d’importance aux perceptions
subjectives de l’individu et à la question de la construction de modèles internes (​ex: théorie de
l’attachement​). Ces théories psychanalytiques mettent l’accent sur la nature interactive du
développement.

Les points faibles de la théorie de Freud sont :

- Observations d’adultes: il a construit une théorie de développement de l’enfant sans


observer d’enfants (sauf son petit fils),
- Terminologie parfois très floue car souvent métaphorique (​ex: enveloppe​)
- Méthode scientifique de Freud (étude de cas) ne répond pas aux exigences actuelles, en
tensions dans les groupes de recherche actuels
- Le comportementalisme est risque de renforcer le « faux-self », importance de penser
processus intrapsychiques sous-jacents

II. Le concept de soi de Michael Lewis

La théorie qu’a développée Michael Lewis est une sorte de théorie du Moi. Il entend par concept de
soi l’ensemble des​ connaissances et des perceptions de soi​. Selon lui, ce concept de soi est
constitué de 2 composantes :

- Le JE qui est le Moi subjectif.


- Le MOI qui est le Moi objectif.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

D’après Lewis, il y aurait plusieurs Moi apparaissant chacun son tour sous forme d’étapes dans le
développement du concept de soi :

● Le Moi existentiel / subjectif (0-12 mois)

Ce Moi est le premier à apparaître. À ce moment, l’enfant construit un soi distinct du monde, ce qui
signifie qu’il a le sentiment d’être une personne différente des autres. Aussi, ce Moi persiste dans
l’espace et le temps.

D’après la théorie de Lewis, vers 3 mois déjà le Moi est distinct du reste du monde, ce qui est prouvé
par le sourire social et vers 9 mois, la permanence de l'objet consolide une forme de permanence de
soi.

● Le Moi catégoriel / objectif (1 an et demi ou 2 ans)

Ce Moi se caractérise par le fait que le bébé a une perception de soi comme étant un objet dans le
monde. Ainsi, le nourrisson se situe par rapport au monde où il évolue. Ce Moi se développerait
autour des 2 ans et on peut vérifier qu'il y a bien une objectivation du Moi objectif via le test de
l’image spéculaire​ :

Expérience via le miroir : on place un enfant devant le miroir puis on le retire et on lui dépose une
tâche rouge sur le nez. On le remet ensuite devant le miroir et on observe la réaction :

- soit il touche le reflet -> pas d’identification de lui-même


- soit il touche son nez -> conscience de soi

Résultats :
- la majorité des enfants de 9 à 12 mois touche son reflet
- 25% des enfants de 15 à 18 mois se touchent le nez
- à partir de 21 mois, 75% des enfants se touchent le nez
- à 2 ans, l’enfant tente d’effacer la tâche et il se nomme

Quand le Moi catégoriel émerge, l’enfant commence à dire des choses telles que « Je », « Moi »,
« C'est à moi » et il peut se nommer sur des photos.

● Le Moi émotionnel

Ce Moi émerge une fois que l’enfant parvient à comprendre et à maîtriser ses émotions. Lewis
distingue 2 types d’émotion :

- Les émotions primaires : ce sont les émotions qu’on éprouve pour et par rapport à soi-même
(​ex: la colère, la joie, la surprise, la tristesse​).
- Les émotions sociales : se développant après les émotions primaires (vers la fin de la 2e
année), celles qui sont en lien avec le regard des autres (​ex: la honte, l’empathie, la fierté​).

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Il y aurait un passage d’une régulation externe des émotions (les parents, les professeurs, …) à une
régulation interne. Enfin, l’apparition du Moi émotionnel serait conjoint au début de l’intégration
des règles et des interdits sociaux.

● Le Moi social

Ce type de Moi apparaît quand l’enfant prend conscience d’être membre d’un réseau social. Par
cela, il peut construire un modèle interne de soi et un modèle interne de relation avec les autres
(c'est-à-dire un modèle expliquant « Qui je suis » et un autre expliquant « Qui je suis avec les
autres »).

● Le Moi sexué

Il est important de distinguer plusieurs notions :

- Le ​sexe ​concerne les aspects biologiques (homme ou femme).

- Le ​genre ​concerne les aspects psychologiques et sociaux de ces caractéristiques biologiques.


Il est défini par le rôle social quand celui-ci est intégré ; à ce moment on comprend la
permanence et la constance du genre.

- Le ​rôle sexuel​ concerne l’ensemble des comportements, des attitudes, des droits, des
devoirs et des obligations associés au fait d’être un homme ou une femme (d’un point de
vue biologique) dans une culture.

Lawrence Kohlberg​ a défini 3 stades par lesquels il faut passer pour élaborer le Moi sexué :

- L’​identité de genre​ : à ce stade, l’enfant est capable d’identifier son sexe et celui des autres.
De plus, il a recours à des caractéristiques extérieures pour définir le genre de quelqu’un (​ex:
la longueur des cheveux, le type d'habits​). Les jeux qu’il entreprend et qu’il utilise sont
stéréotypés (​ex: la Reine des neiges pour les filles, Cars pour les garçons​).

- La ​stabilité du genre​ : à ce stade-ci, l’enfant comprend que le genre est stable dans le temps,
qu’un garçon devient un homme et qu’une fille devient une femme. De plus, il va tenter de
trouver des semblables à lui par égocentrisme, en se focalisant sur ses caractéristiques à lui.
Toutefois, il définira à nouveau le genre de quelqu'un par rapport à ses caractéristiques
externes (​ex: si une fille porte une barbe, c’est un garçon, mais si elle l’enlève, elle devient
une fille​).

- La ​constance du genre​ : à ce stade, l’enfant comprend que le genre est biologiquement


déterminé et immuable. Il comprend aussi qu’un changement d’apparence ne change pas le
sexe (​ex: un garçon reste un garçon même s’il a des cheveux longs, une fille qui porte une
barbe est quand même une fille​). Il se base sur des caractéristiques biologiques pour
déterminer le genre de quelqu’un.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Les stéréotypes de genre sont très marqués durant l’enfance car le jeune enfant est à l’affut de
caractéristiques permettant de différencier les sexes, ce qui lui permet d’avoir des repères pour se
structurer. C’est pour cela que l’enfant va associer des traits de caractères, des occupations et des
comportements à un sexe précis.

● Le Moi psychologique

À ce stade, l’enfant se définit de manière plus complexe et par des qualités internes (​ex: des
sentiments, des idées​) plus qu’externes. Il a également conscience que sa personnalité est durable et
permanente et il va commencer à se comparer aux autres. Enfin, le concept de soi sexuel et les rôles
sexuels seront plus souples et abstraits qu’auparavant.

A l’adolescence, ce travail du concept de soi va mener à une durabilité (conscience d’une


permanence dans le temps) donc il aura un concept de soi et des rôles sexuels de plus en plus
souples et de plus en plus abstraits.

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Chapitre 10 : L’adolescence / Perspective développementale

I. La conception de l’adolescence

Un des enjeux de cette période de la vie est l’autonomisation qui passe par une définition de soi.
L’adolescence n’existe pas en soi et n’existe pas partout, c’est une construction.

Ce concept est apparu dans des discours politiques pour la première fois au XIX. Au XX, des
spécificités ont été reconnues comme propres à cette tranche de la vie. Les comportements
adolescents dépendent du milieu social, du contexte culturel et historique.

Ce qui ne diffère pour aucune société c’est le fait qu’il s’agisse d’une gestion particulière du passage
de l’enfance à l’âge adulte. L’adolescence est résumée par ​Taborda​ en une période à 3 points :
- C’est une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte
- C’est une période de crise
- C’est une période de changement

II. L’importance des rites de passage selon Marika Moisseeff

Marika Moisseeff​ a développé un modèle expliquant comment les rites de passage de sociétés
traditionnelles modulent 2 états d’être enfant de ses parents. D’après elle, quand on est enfant, on
est dans un état de ​dépendance nourricière​ étant donné qu’on doit être nourri physiquement et
affectivement. Dans cet état, les parents ont accès au corps de l’enfant.

Dans les sociétés traditionnelles, les rites initiatiques permettent à l’enfant et aux parents d’accepter
la transition vers un autre état d’être avec ses parents qui est une ​relation filiative​. Ces rites
initiatiques donnent à l’enfant l’accès à la capacité de procréer, ce qui leur concède un nouveau
statut dans la chaîne des générations.

Selon Moisseeff, il est important que les parents transmettent symboliquement à l’enfant le pouvoir
de reproduction et ce sont justement ces rites qui permettent tant aux parents de transmettre qu’à
l’enfant de recevoir. En plus de cette transition symbolique, il existe également une transition
physique par le développement des caractères sexuels secondaires. Bien que Marika Moisseeff ait
développé ce modèle pour des sociétés traditionnelles, il peut tout de même être adapté à nos
sociétés. Seulement, ici, il n’y a plus de rites organisés et cela est une des sources de l’inscription
dans le corps des passages à l’acte ; cela traduit une stagnation dans la dépendance nourricière. Un
défaut de symbolisation pourrait donc mener à des souffrances corporelles.

Il est donc important que les parents autorisent leur enfant à grandir et à s’autonomiser autant que
l’enfant veuille lui-même s’autonomiser. De plus, étant donné qu’il n’y a plus de rites initiatiques
communs organisés par la société, les familles en créent elles-mêmes et ceux-ci peuvent prendre
différentes formes en fonction des familles (​ex: pour une famille, ce sera de permettre l’enfant de
faire un voyage à l’étranger après ses secondaires, pour une autre ce sera simplement d’avoir 18

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

ans, pour une autre ça peut être le fait que l’enfant prenne son autonomie et qu’il commence à
habiter seul et à laver son linge​).

L’adolescence est une « amorce » où le jeune réfléchit à comment faire génération. À ce moment-là,
il questionne tous ses liens pour trouver comment se définir dans son identité, il revisite ses acquis
et s’appuie dessus pour se définir. Cela se fait par un retour sur les problématiques infantiles
(c'est-à-dire les différents stades de l’enfance). De plus, il obtient l’accès à une sexualité génitalisée
inconnue avant, ce qui lui donne l’accès à la procréation. Durant cette période, le jeune est dans un
processus d’autonomie durant lequel il va modifier ses liens entretenus avec les parents (​ex: il ne
voudra plus que ses parents rentrent dans sa chambre, il réclamera son intimité, il voudra instaurer
une certaine distance avec eux​). Cela ne veut en aucun cas dire qu’il se coupe de tout ; il doit se
sentir appartenir à une famille et savoir quoi jeter, quoi garder et choisir ce sur quoi il s’appuiera
pour avancer. Être autonome ne veut pas dire être indépendant.

La temporalité individuelle est inscrite dans le réel et est portée par le collectif ; les rites de passage
soutiennent les changements individuels qui s’inscrivent dans le corps de l’adolescent. De plus, ces
rites introduisent du récit sur lequel on peut revenir ; en général, on fête des événements marquants
ou on les relève pour qu’ils s’introduisent dans l’histoire du sujet (​ex: fêter le 1er boulot, le
déménagement dans le kot, l’obtention du permis de conduire​).

“On n’oublie pas son enfance, on s’en dégage ; on ne jette pas l’héritage par dessus bord, on le
transforme”
Braconnier 1989

III. La critique de l’adolescence en 3 points d’après Maria Taborda

● L’adolescence est une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte

Selon Taborda, on ne peut pas résumer l’adolescence à une période de transition, ce n’est pas
suffisant car il existe des multiples transitions dans le développement d’un individu. Cela reviendrait
à dire que l’enfance et l’âge adulte sont des périodes stables. De plus, il y a une connotation négative
car cela sous-entend que l’adolescent n’est plus un enfant mais n’est pas encore un adulte.

Pour certains auteurs, le début de l’adolescence est le commencement de la puberté ( à l’apparition


des caractères sexuels secondaires*). Pour Taborda, définir le début de cette période en fonction de
critères biologiques pose problème car il existe une grande variabilité inter-individuelles qui
dépendent de plusieurs critères (​ex : l’époque, le climat, la situation géographique, la génétique​).
*Filles (10-12 ans et s’étale sur +- 2 ans) : règles, poitrine, pilosité, etc.
*Garçons (12-13 ans et s’étale sur +- 2 ans) : sperme, mue, pilosité, etc.

Selon elle, il est donc important de ne pas confondre adolescence et puberté, bien que la puberté ait
un impact majeur sur les jeunes. De plus, si le début de l’adolescence semble clair et net pour une
grande part d’auteurs, la fin, quant à elle, n’est pas clairement définie ; en fonction des auteurs, elle
oscille entre les 18 et 35 ans. En effet, on peut la définir par une multitude de critères sociaux,
psychologiques, … (​ex: le fait d’avoir des enfants, d’habiter seul, d’avoir une rentrée fixe d’argent​).

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

● L’adolescence est une période de crise

Cette conception implique une rupture, une discontinuité et une certaine potentialité (voir les 8
stades psychosociaux d’Erikson). Toutefois, elle sous-entend également qu’il y a des tensions et de
l’instabilité, notamment avec les parents, alors que ce n'est pas toujours le cas.

Elle préfère parler de crise normative qui nous parle d’une transformation de l’identité, une phase
normale de conflits exacerbés. Des auteurs ont comme effet de marquer l’identité différenciée ; par
les conflits, il y aurait une possibilité de marquer la construction identitaire.

Selon Taborda, cette idée de crise normative pose problème, notamment dans le cas où des
individus n’en rencontrent pas ; cela voudrait-il dire qu’ils développeront des déséquilibres
ultérieurement ?

De fait, les relations parents-jeunes ne sont pas obligatoirement tendues ; la majorité des
adolescents se sentent bien et ont la possibilité d’établir un dialogue facile avec leurs parents et
vice-versa.

● L’adolescence est une période de changement

Le terme adolescent vient de ​adolescere q ​ ui signifie grandir en latin. On considère que cette période
de la vie est un processus de transformation nécessitant une adaptation du jeune à son milieu et à
soi-même (il doit en effet intégrer le nouveau regard qu’il suscite chez les autres). Taborda adhère à
ce point de définition de l’adolescence car, de fait, il existe 3 développements majeurs chez les
adolescents :
- Un développement ​corporel ​: il fait intervenir des changements majeurs en peu de temps.
- Un développement ​cognitif ​: il transforme la pensée de l’adolescent, ce qui fait qu’il pense
différemment qu’un enfant.
- Un développement ​socio-affectif ​: l’adolescent a tendance à changer ses relations ; il investit
ses pairs plutôt que sa famille, il s’ouvre à l’extérieur du milieu familial, ce qui est un grand
changement par rapport à l’enfance.

L’enjeu principal est l’autonomie, ce qui est différent de l’indépendance ; l’autonomie est la capacité
à choisir ses propres relations d’appui, d’étayage.

Ainsi, Taborda considère qu’une période de changement est ce qui définit le mieux le processus
qu’est l’adolescence étant donné que les 2 autres conceptions peuvent définir le développement
global d’un individu.

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Azzaoui Soumaya 2020-2021

Exemples de questions d’examen :

Le terme de “période critique” tel qu’il est utilisé par les chercheurs en psychologie du
développement est :

A) Un concept plus large et plus étendu que celui de la période sensible


B) Une période de crise ou d’opposition systématique de l'enfant, apparaissant vers l'âge de 2 ans
C) Une période de mésentente excessive avec son entourage (famille, amis)
D) Une période spécifique du développement lorsque l'organisme est particulièrement sensible à
la présence ou l'absence d'un événement ou d'une expérience particulière

S'il n'est pas résolu, le stade locomoteur génital décrit par Erikson peut entraîner un sentiment de:

A) Culpabilité
B) Méfiance
C) Doutes ou honte
D) Infériorité

Spitz a décrit “3 organisateurs de la vie psychique”. Nous avons vu que ceux-ci rythment le
passage d'une étape à l'autre dans différentes théories du développement. Quelle est la
proposition correcte ?

A) Dans la théorie de l'attachement, le stade dit de “pré-attachement initial” est marqué par le
deuxième organisateur de la vie psychique, à savoir l'angoisse du 8e mois
B) Le stade anal du développement psychosexuel de Freud est marqué par le 3e organisateur de la
vie psychique, à savoir le non
C) Lewis, dans sa théorie du concept de Soi, parle du moi existentiel ou subjectif, celui-ci est
marqué par le 1e organisateur de la vie psychique, à savoir le non, car le fait de dire non donne un
sentiment d'existence fondateur
D) Le sourire social apparaît conjointement à l'angoisse du 8e mois. Cela marque chez le bébé sa
capacité à se vivre comme un être différent de ses partenaires .

● Ce qui n’est pas matière d’examen:


- Le chapitre 8 du syllabus (SAUF point 3 vu au cours)
- Tempérament et environnement (pages 257 -> 265)

Donc ​seulement ​ce qui est dans cette synthèse est à connaître.

● Modalités :
+1 pour une bonne réponse
0 en cas d’abstention
-0,25 pour une mauvaise réponse

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