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234 Psychologie Sociale De La Communication 236

Conclusion
Dans cette conclusion, je me limiterais à reprendre les dimensions mises en évidence par Hook,
Franks et Green (2011) et à illustrer où certains des concepts abordés dans ce syllabus peuvent
se situer le long de ces dimensions.

a. Perfectibilité
Cette dimension renvoie aux questions suivantes : dans quelle mesure la communication
humaine peut-elle être efficace ? Quelles sont les conditions de son efficacité ? Comment
mesure-t-on son efficacité ? A un pôle de cette dimension, on retrouve les travaux qui défendent
l’idée que la communication est inévitable (« On ne peut pas ne pas communiquer ») ; de l’autre,
les travaux qui démontrent que la communication est improbable, voire impossible (« On ne
peut jamais se comprendre totalement »). Les travaux de Watzlawick et al. (1972), en particulier
le premier axiome : On ne peut pas ne pas communiquer, et ceux de Gudykunst (1993) selon
lequel « La communication est effective dans la mesure om la personne qui interprète le
message y attache une signification relativement similaire à ce que la personne qui le transmet
à l’intention de communiquer » (p. 70) peuvent être situés le long de cette première dimension.
Une question qui se pose avec acuité sur cette dimension est : Comment conceptualiser et
mesurer la communication effective ?

b. Contrôlabilité
Cette dimension renvoie au degré auquel on peut contrôler ce qu’on communique. A un pôle
de cette dimension, on retrouve les travaux qui tendent à montrer que la communication est
sous contrôle ; à l’autre, les travaux qui mettent en évidence à quel point la communication est,
en partie du moins, involontaire. Les travaux de Shannon et Weaver (1948), selon lesquels il
est possible d’optimaliser le flux d’information si l’on minimise le bruit et l’ambiguité, et ceux
de Hall (1968), selon lesquels une bonne partie de nos comportements non-verbaux sont
indicibles parce que non conscientisés, peuvent être situés le long de cette deuxième dimension.

c. Collective
A un pôle de cette dimension, on retrouve l’idée selon laquelle la communication est
stratégique. Elle permet à la personne qui s’en sert de réaliser ses intérêts (individuels ou
collectifs). Sur ce pôle, la communication peut être vue comme une autre façon de mener la
guerre. A l’autre pôle, on retrouve l’idée selon laquelle la communication vise à permettre aux
individus de créer une réalité partagée, de faire société. La théorie de l’identité sociale, qui
suggère à la fois que la communication est un outil permettant l’action collective et une façon
de mener la guerre par d’autres moyens, et l’étude de Larson et al. (1998), dont les résultats
montrent que le besoin de comprendre est subordonné au besoin d’appartenir – ou, autrement
dit, que les individus préfèrent partager ce qu’ils ont en commun plutôt que ce qui les
distinguent -, peuvent être situés le long de cette troisième dimension. Une question qui se pose
avec acuité sur cette dimension est : Dans quelle mesure est-ce qu’on peut se situer à un des
extrêmes de la tension à l’œuvre sur cette dimension sans que l’autre extrême ne soit impliqué,
d’une façon ou l’autre ?
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d. Égocentrisme
A un pôle de cette dimension, on retrouve l’idée selon laquelle la communication est gouvernée
par des principes qui la rendent rare, difficile, voire impossible ; de l’autre, l’idée que la
communication est possible dans la mesure où elle est gouvernée par des principes, tel celui de
coopération, qui enjoignent les partenaires d’un échange à collaborer activement à la réussite
de cette activité. L’hypothèse du déterminisme de Sapir et Whorf (1951, 1958), selon laquelle
« le langage n’est pas seulement la capacité d’exprimer oralement des idées, mais est ce qui
permet la formation même de ces idées. Quelqu’un ne peut penser en dehors des limites de sa
propre langue. Le résultat est qu’il y a autant de visions du monde qu’il y a de langues
différentes », et les travaux de Watzlawick et al. peuvent être situés le long de cette quatrième
dimension.

e. Gain
Cette dimension soulève la question de ce qui est gagné dans la communication. A un pôle, on
retrouve les travaux qui suggèrent que ce qui est gagné est de l’ordre du contenu. En
communiquant, nous gagnerions plus ou moins d’informations. A l’autre pôle de cette
dimension, on retrouve les travaux qui suggèrent que ce qui est gagné est de l’ordre de la
relation. Dans cette perspective, la communication permettrait avant tout de former une
communauté et de resserrer les liens. Les travaux de Rimé (1992), qui montrent que les
mouvements servent au locuteur à retrouver les dimensions perceptives de la représentation
qu’il tente de communiquer, et ceux, toujours de Rimé (2012), qui montrent que le partage
social des émotions suscite des bénéfices interpersonnels si l’auditrice apporte intérêt et
empathie, peuvent être situés le long de cette cinquième dimension.

f. Fonctionnalité
A un pôle de cette dimension, on retrouve les travaux qui se sont intéressés à la communication
en tant que processus ; de l’autre, les travaux qui se sont intéressés au contenu de la
communication, autrement dit, à ce qui est échangé. Les travaux de Mead (1934) ou encore
ceux de Goffman (1956) sur l’identité sociale, d’un côté, et ceux de de Saussure (1916) ou de
Peirce (1931) sur le signe, de l’autre, peuvent être situés aux deux pôles opposés de cette
sixième dimension.

g. Format
A un pôle de cette dimension, on retrouve les travaux qui se sont focalisés sur la communication
verbale ; de l’autre, les travaux qui se sont focalisés sur la communication non-verbale. Très
peu de travaux ont témoigné d’un véritable intérêt simultané pour ces deux formes de
communication. Les travaux de Chomsky (1958) sur les universaux linguistiques, d’un côté, et
ceux de Birdwhistell (1968) sur la kinésique, de l’autre, peuvent être situés aux deux pôles
opposés de cette septième et dernière dimension.

Beaucoup d’idées reçues existent au sujet de la communication. L’une d’entre elles est que la
signification des mots est contenue en eux, que la signification est immanente aux mots.
Wittgenstein (1953) a par ailleurs fait remarquer que les mots amènent les gens à s’imaginer
qu’ils peuvent dire ce qu’ils pensent et penser ce qu’ils disent. Si ce cours a réussi à remettre
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en question des idées reçues que vous pouviez avoir au sujet de la communication, s’il a réussi
à vous convaincre de la pertinence de la psychologie sociale pour comprendre et expliquer les
phénomènes de communication et s’il vous a donné envie d’explorer plus en profondeur
certaines des thématiques abordées, alors les objectifs principaux du cours auront été atteints.

TESTEZ VOS CONNAISSANCES ET VOTRE COMPRÉHENSION :

I. Quels sont les travails vus tout au long de ce syllabus qui abordent la question de la
perfectibilité de la communication ? Comment ces travaux conceptualisent-ils et mesurent-
ils la communication efficace ? Enfin, comment autrement conceptualiseriez-vous et
mesureriez-vous la communication effective ?

II. Y a-t-il d’autres idées reçues que celles présentées en fin de conclusion que ce cours vous
aura permis de remettre en question, de nuancer et, si oui, lesquelles et pourquoi ?