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Essai d'une classification typologique des galets et plaquettes utilisés au


Paléolithique

Article · January 1989


DOI: 10.3406/galip.1989.2264

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1 author:

Sophie A. de Beaune
Université Jean Moulin Lyon 3
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Sophie A. de Beaune

Essai d'une classification typologique des galets et plaquettes


utilisés au Paléolithique
In: Gallia préhistoire. Tome 31, 1989. pp. 27-64.

Abstract
The purpose of this paper is to present a classification of unknapped stone utensils : anvils, mortars, grindstones, hammerstones
, pestles, etc. In contrast to flint tools, such artefacts have remained largely neglected by traditional prehistorical studies. This
classification is founded upon the typology of percussion elaborated by A. Leroi-Gourhan. Theoretical criteria of identification
allowing for a diagnosis of the way these objects were used is also suggested. In order to demonstrate the relevance of the
proposed classification, each item-type is illustrated by means of examples drawn from both ethnographic material (principally
Australia, East Africa and Mauritania), and archaeological data (collections from Isturitz, Pair-non-Pair, La Faurélie, Laussel, etc.).

Résumé
Cet article vise à présenter une classification des ustensiles de pierre non taillée tels que enclumes, mortiers, meules,
percuteurs, pilons... qui, par opposition aux outils de silex, ont été généralement négligés par la préhistoire traditionnelle. Cette
classification est fondée sur la typologie des percussions mise au point par A. Leroi-Gourhan. De plus, des critères théoriques
d'identification qui devraient permettre de diagnostiquer l'usage de ces objets ont été élaborés. Pour justifier la pertinence de
cette classification, chacune des rubriques est illustrée par des exemples provenant d'une part, de travaux ethnographiques
portant principalement sur l'Australie, l'Afrique australe, la Mauritanie ; d'autre part, de l'archéologie préhistorique, à partir de
l'examen de collections provenant entre autres d'Isturitz, de Pair-non-Pair, de La Faurélie, de Laussel.

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A. de Beaune Sophie. Essai d'une classification typologique des galets et plaquettes utilisés au Paléolithique. In: Gallia
préhistoire. Tome 31, 1989. pp. 27-64.

doi : 10.3406/galip.1989.2264

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1989_num_31_1_2264
ESSAI D'UNE CLASSIFICATION TYPOLOGIQUE
DES GALETS ET PLAQUETTES UTILISÉS AU PALÉOLITHIQUE

par Sophie A. de BEAUNE

RÉSUMÉ
Cet article vise à présenter une classification des ustensiles de pierre non taillée tels que enclumes, mortiers,
meules, percuteurs, pilons... qui, par opposition aux outils de silex, ont été généralement négligés par la
préhistoire traditionnelle. Cette classification est fondée sur la typologie des percussions mise au point par
A. Leroi-Gourhan. De plus, des critères théoriques d'identification qui devraient permettre de diagnostiquer
l'usage de ces objets ont été élaborés. Pour justifier la pertinence de cette classification, chacune des rubriques
est illustrée par des exemples provenant d'une part, de travaux ethnographiques portant principalement sur
l'Australie, l'Afrique australe, la Mauritanie ; d'autre part, de l'archéologie préhistorique, à partir de l'examen
de collections provenant entre autres d'Isturitz, de Pair-non-Pair, de La Faurélie, de Laussel.

Abstract
The purpose of this paper is to present a classification of unknapped stone utensils : anvils, mortars,
grindstones, hammerstones , pestles, etc. In contrast to flint tools, such artefacts have remained largely neglected by
traditional prehistorical studies. This classification is founded upon the typology of percussion elaborated by
A. Leroi-Gourhan. Theoretical criteria of identification allowing for a diagnosis of the way these objects were used is
also suggested. In order to demonstrate the relevance of the proposed classification, each item-type is illustrated by
means of examples drawn from both ethnographic material (principally Australia, East Africa and Mauritania),
and archaeological data (collections from Isturitz, Pair-non-Pair, La Faurélie, Laussel, etc.).

"Curwen remarked on grinding stones in 1937: 'We are, happily, emerging from the state of
blissful ignorance of the subject.' His optimism was premature. Our understanding of
Pleistocene grinding and pounding stones will remain in the state of 'blissful ignorance' until
mortars, anvils, pounders, hammerstones, rubbers, spheroids, subspheroids, cuboids, and
grinders are subject to the same recovery, reporting, description, measuring, and analysis as
are cleavers and choppers. So long as these tools continue to be lumped into categories 'other',
'secondary classes', or 'miscellaneous' their relationship to subsistence cannot be understood."
Kraybill N., 1977, p. 511.

L'étude de la pierre au Paléolithique a long- exceptions près, d'autres vestiges lithiques, tels que
temps été limitée à l'outillage de silex taillé (parfois les pierres de foyer ou les éléments de dallage, n'ont
aussi de jaspe, quartz ou quartzite). A quelques été considérés que récemment comme des témoins

Gallia Préhistoire, 1989, tome 31, p. 27-64.


28 SOPHIE A. DE BEAUNE

significatifs de l'activité humaine au Paléolithique1. l'outillage (enclumes, aiguisoirs ...), à la préparation


Parmi les nombreux vestiges jonchant un sol de la nourriture (mortiers, pilons, meules, molettes),
d'habitat paléolithique, les objets de pierre sont, au stockage de divers ingrédients (récipients), à la
pour toute une catégorie, rarement étudiés en détail, préparation des colorants (godets à ocre, palettes),
bien que leur importance numérique soit loin d'être à l'éclairage (lampes). Nous nous proposons d'étudier
négligeable2 et qu'ils soient attestés à travers tout le ces divers vestiges et d'en déterminer la fonction.
Paléolithique3. Ils ne sont pas comptabilisés dans les Sachant que ces objets portent en général des
inventaires et ils ne sont pas prévus dans les listes traces de percussion, au sens large que Leroi-
typologiques. Il s'agit, soit de blocs, galets et pla Gourhan a donné à ce mot (1943), il est assez naturel,
quettes employés à l'état brut et portant des traces pour en établir une classification, de se fonder sur
d'usage telles qu'un poli d'utilisation ou des impacts une typologie des actes de percussion. Pour celle-ci,
de percussion, soit d'objets façonnés par une techni la terminologie de Leroi-Gourhan à laquelle nous
queautre que la taille (piquetage, martelage, racla faisons appel ici présente l'avantage de rendre
ge,abrasion). Certains ont joué un rôle de support compte de la totalité des gestes techniques associés à
passif : enclumes, meules, mortiers, palettes ; les la percussion (voir quelques exemples de ces gestes
autres, qui peuvent leur être complémentaires, ont sur la figure 1). Si, à chaque type de percussion ainsi
joué un rôle actif : percuteurs, molettes, pilons, etc. défini, on associe les outils correspondants, qu'à la
Ces ustensiles ont pu contribuer à la fabrication de suite de A. Laming-Emperaire (1979) nous avons
distingués comme actifs ou passifs, on obtient la liste
en principe exhaustive des objets envisageables
1. Je tiens tout spécialement à remercier ici Dominique (tabl. I). Cette liste n'a pas été élaborée à partir de
Casajus qui a suivi pas à pas l'élaboration de cet article et m'a l'observation des documents paléolithiques puis
largement aidée de ses conseils. Alain Roussot a bien voulu qu'elle est construite à partir d'une typologie de la
m'apporter critiques et suggestions, ce dont je le remercie. Que
les personnes m'ayant autorisé à étudier les collections percussion mais le but de cet article est de montrer
conservées dans leurs musées, Jean-Pierre Mohen et Jean- que la «liste-type» ainsi établie permet effectivement
Jacques Cleyet-Merle pour le Musée des Antiquités Nationales, le classement morpho-typologique de ces ustensiles.
Alain Roussot pour le Musée d'Aquitaine, Jacques Tixier pour Le caractère fonctionnel de cette «liste-type»
le produit des fouilles de La Faurélie, soient assurées de ma nous autorise à mettre à contribution aussi bien des
reconnaissance. Que André Prous soit remercié pour les
diverses informations et photographies concernant le matériel documents ethnographiques que des documents ar
brésilien qu'il a bien voulu nous communiquer. Enfin, que chéol giques pour en illustrer les diverses rubriques.
Charles A. de Beaune soit remercié pour les dessins de la La fonction du matériel ethnographique, et c'est là
figure 1. ce qui le rend intéressant, peut être établie avec
Les illustrations suivantes sont de S. A. de Beaune :
fig. 2; fig. 3, n« 4 (d'après cliché Smith, 1985); fig. 4 (d'après certitude et les causes d'apparition des traces
clichés P. Alvarenga); fig. 5, n™ 1, 3-6; fig. 7; Hg. 8 et 11 ; d'utilisation y sont connues. Les données ethnogra
fig. 12, n»3 et fig. 14. phiquesproviennent ici pour l'essentiel d'une part,
Les dessins suivants proviennent des publications de : des Aborigènes australiens — leur niveau de culture
Gould et al., 1971 (fig. 10, n«» 4-7); Roux, 1986 (fig. 6); Smith, matérielle et leur mode de subsistance étant raiso
1986 (fig. 10, n™ 1-3, 8); Storck et Teague, 1952 (fig. 9); Tarel,
1912 (fig. 5, n°2). nnablement comparables à ce qu'ont pu être ceux des
Les clichés sont de : II. Hughes, Australian Museum Paléolithiques - d'autre part, d'une étude ethno-
(fig. 3, n« 1-3); D. Destable, Musée de l'Homme (fig. 12, n-» 1, archéologique menée par Valentine Roux à Tichitt,
2) et S. Tornay, Musée de l'Homme (fig. 13). en Mauritanie, étude qui a l'intérêt d'être consacrée
2. Mentionnons par exemple que dans la Bibliographie
analytique du Paléolithique supérieur de B. Schmider (1968), à certains des types d'outils envisagés par notre liste
qui est loin de constituer un inventaire exhaustif, on (Roux, 1986)4.
décompte : 122 sites ayant livré des broyeurs et/ou des La pertinence de cette «liste-type» a été testée
molettes, 90 sites pour les enclumes et billots, 54 sites pour les sur plusieurs centaines d'objets paléolithiques prove
meules et/ou les palettes, 87 sites pour les polissoirs, aiguisoirs nant, notamment, de la collection d'Isturitz conser
et/ou les affûtoirs.
3. Les premiers «broyeurs» et «sphéroïdes» connus sont vée au Musée des Antiquités Nationales, des collec
signalés à Makapansgat (Transvaal) et datent de 2 millions tions du Musée d'Aquitaine (Pair-non-Pair, Laussel,
d'années (Maguire, 1965; Dart, 1965; Partridge, 1965). Les
premières pierres que l'on peut qualifier de «dalles à moudre»
ont été découvertes à Florisbad (Afrique du Sud) et datent de
48900 B.P. (Vogel et Beaumont, 1972). La littérature atteste 4. Une partie des termes utilisés dans le tableau I et les
la présence, dès le Paléolithique moyen, de galets portant des suivants ont donc été empruntés à la nomenclature mise au
facettes d'usure et de dalles ayant pu servir de meules. Ces point par V. Roux lors de son étude sur le matériel de broyage
ustensiles se multiplient au Paléolithique supérieur. de Tichitt, Mauritanie.
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 29

Fig. 1 — Principaux gestes techniques : 1, 2, percussion lancée punctiforme (1, taille du silex ; 2, concassage de noix) ; 3, 4, percussion
lancée perpendiculaire diffuse (3, utilisation d'un pilon; 4, utilisation d'un broyeur-pilon et d'une meule-mortier); 5, percussion
lancée diffuse et posée oblique, pilage et mouture simultanés; 6-8, percussion posée oblique diffuse (6, utilisation de la meule «en
forme de selle» et du broyeur; 7, utilisation d'une meule «plane» et d'une molette tenue d'une seule main ; 8, aiguisage du tranchant
d'une hache sur une meule).
30 SOPHIE A. DE BEAUNE

Tabl. I — Principaux types d'ustensiles et leurs caractéristiques.

Type d' ustensile Mode d'action Objet travaillé


Type de percussion
Passif Actif
Enclume éventuelle Percuteur éventuel Débiter Silex
Retoucher
Punctiforme Enclumes type kulki, quebra- ? Concasser Noyaux, noix,
1 ou / coeô, Isturitz graines dures
— Retouchoir Retoucher Silex
Lancée Raviver
Diffuse ou
«punctiforme Pierre à piler les noyaux de
multiple» dattes Molette de concassage Piler Noyaux
1 ou /
Diffuse Mortier Pilon Broyer Graines, végé
1 (= main de mortier) Pulvériser taux, fruits,
graisse
Lancée Diffuse Meule-mortier Pilon-broyeur Piler, moudre Graines, végé
et posée 1 et / taux
Meule à grains (= meule en Broyeur Broyer, moudre Céréales
forme de selle)
Meules à végétaux Molette Écraser, mou Végétaux fra
(= meule plane) dre giles
Posée Diffuse Palette Molette éventuelle Écraser, mou Colorant
1 ou / dre
Lissoir (= molette de Lisser, battre Peaux, cuir
corroyage)
Polissoir — Régulariser Os, pierre,
Polir peaux...
Aiguisoir — Aiguiser Os, pierre ...
Récipient — Contenir Matière liquide
ou solide
Perçus sion absente Godet à ocre — Contenir Colorants
(ce ntenant)
Lampe — Éclairer Combustible
et mèche

Reignac, Laugerie-Basse, Laugerie-Haute) et du pu servir à de multiples usages (meule, palette,


produit des fouilles de J. Tixier à La Faurélie II. enclume) et un galet allongé a pu être utilisé aussi
Leur examen, confronté à celui des données ethno bien pour moudre des végétaux que pour broyer ou
graphiques, a abouti à l'établissement de critères écraser d'autres matériaux. La pertinence de cette
d'identification qui devraient, théoriquement, per typologie, en particulier dans l'opposition qu'elle fait
mettre d'élucider leur fonction (tabl. II et III). entre objets passifs et objets actifs, sera du reste
La typologie fonctionnelle proposée ici devra discutée au cours de l'article.
cependant toujours garder une certaine souplesse : Avant de reprendre chaque rubrique du ta
nos objets sont-ils spécialisés comme c'est le cas à bleau I, il convient de faire un bref rappel des
Tichitt (Roux, 1986), ou bien sont-ils polyvalents principales classifications déjà proposées, soit pour
comme chez les Australiens (Kraybill, 1977 ; McCart des documents archéologiques, soit pour des do
hy,1941 et 1976)? Rien n'exclut en effet les cas de cuments historiques ou ethnographiques.
double emploi et de réutilisation : une même dalle a
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 31

Tabl. II — Objets passifs et principaux critères d'identification.

Forme et dimensions Traces de fabrication Traces d'utilisation


Enclume Grande pierre à face supérieure Épannelage éventuel pour r Traces de coups et de contre
± plane, horizontale ou convexe éduction du volume coups sur face supérieure
Enclumes type quebra- Face plane ou convexe, cupule Traces de piquetage répété
cocô, kulki, Isturitz centrale ou latérale irrégulière — aboutissant à la formation d'une
cupule irrégulière
Pierre à piler les noyaux Pierre à une ou plusieurs dépres Dépressions circulaires, régulièr
de dattes sionscirculaires — es, piquetées, produites par
usage
Mortier Récipient profond de 10 cm ou Piqueté, éventuellement poli Traces de percussion et d'écra
plus sement dans la cavité
Meule-mortier Récipient d'une profondeur de Piqueté, éventuellement poli Traces de percussion et de poli
5 à 10 cm d'utilisation
Meule à grains Bloc de grandes dimensions, Surface éventuellement prépa Traces de martelage sur la face
face supérieure piano-concave réepar bouchardage et ravivée supérieure. Concavité formée
(prof. max. : 4 à 5 cm) par usure
Meule à végétaux Face supérieure légèrement con Bouchardage de fabrication Poli total ou partiel de la sur
cave (par usure) (jamais ravivé) face. Concavité formée par usure
Palette Face supérieure plane Poli total ou partiel de la sur
face, traces de colorant
Polissoir Bloc à qualité abrasive Empreinte de l'objet (rainure,
— cuvette) présentant une surface
polie
Aiguisoir Bloc à qualité abrasive Petites facettes planes ou lon
— gues rainures présentant un as
pect poli
Récipient Godet Naturel ou façonné par pique —
tageet polissage
Godet à ocre Godet Naturel ou façonné par pique Traces de colorant, éventuelles
tageet polissage traces de raclage produites au
moment du malaxage des cou
leurs
Lampe Godet ou plaquette Naturel ou façonné Traces d'action du feu (charbon
et/ou rubéfaction)

ÉTAT DE LA QUESTION vent des monographies de site) mais apportant, à


propos de certains documents, des éléments intéres
II convient de noter que la plupart des classif sants, en particulier dans le domaine de la tracéo-
ications ne concernent à notre connaissance que le logie.
matériel de broyage et/ou de mouture. Parmi ces Il nous paraît superflu de rappeler ici la
travaux, on peut distinguer, tout d'abord, les classification, déjà mentionnée, que Leroi-Gourhan a
grandes monographies historiques retraçant l'évolu proposée pour toutes les formes d'action exercées sur
tionde l'exploitation et de la préparation des l'a nature (1943). De son côté, A. Laming-Emperaire
graines ; puis les classifications concernant le matér en a proposé une autre, consacrée à l'origine au
ieltrouvé dans un site donné ou utilisé par telle ou matériel lithique plus spécifiquement sud-américain,
telle population ; enfin, d'autres publications qui ne mais pouvant en fait s'adapter à tout ensemble
sont pas nécessairement centrées sur ce sujet lithique (1979, p. 227). Mais, l'une et l'autre, du fait
32 SOPHIE A. DE BEAUNE

Tabl. III — Objets actifs et principaux critères d'identification.

Forme et dimensions Traces de fabrication Traces d'utilisation


Percuteur Galet ou pierre de forme régul Marques de coups ou d'écras
ière sphérique ou ovoïde — ement sur surfaces, extrémités ou
arêtes
Retouchoir Galet ou pierre de forme globu — Marques d'écrasement. Contact
leuse, plus petit que le percuteur par une ligne ou une surface
Pilon Galet oblong, cylindrique ou co Naturel, piqueté ou éventuelle Traces de percussion sur une ou
nique ■ ment poli les deux extrémités
Molette de concassage Galet à extrémités aplaties Les faces peuvent être martelées Extrémités aplaties ou légèr
ou polies ement convexes avec traces d'un
petit piquetage
Pilon-broyeur Galet à extrémités aplaties Poli d'usure sur faces et extré
— mités, parfois petite dépression
centrale
Broyeur Pierre oblongue, à section circu Obtenu par martelage et ravivé Faces aplanies par usure, le
laire, triangulaire ou ovale par bouchardage pour rendre les reste de la pièce conserve des
faces abrasives traces de martelage
Molette Galet à dimensions ramassées de Bouchardage éventuel, occulté Poli d'usure sur les faces et les
forme souvent circulaire ensuite par le poli d'usure extrémités
Lissoir (= molette de Galet de pierre dure Façonnage éventuel occulté par Faces et extrémités adoucies,
corroyage) traces d'utilisation lustrées, brillantes

même de leur caractère très large, ne peuvent que Il nous faut, une fois de plus, mentionner ici le
manquer de subdivisions dès lors qu'on s'attache à travail très précis de V. Roux (1986) sur le matériel
un type particulier d'objets. de broyage à Tichitt, largement utilisé ici.
Certains travaux concernant l'historique du Nancy Kraybill (1977) a essayé, dans une bonne
matériel de broyage et de mouture peuvent retenir synthèse de l'état de la question, de mettre un peu
notre attention bien qu'ils soient consacrés pour d'ordre dans la nomenclature utilisée. Elle est l'une
l'essentiel à des périodes, protohistoire, antiquité des premières à prendre conscience qu'une typologie
classique, Moyen Age, où le matériel est beaucoup morphologique, tout au moins pour le type d'objet
plus complexe que celui qui nous intéresse (Bennett qui nous intéresse, ne peut être que techno-morphol
et Elton, 1898; Storck et Teague, 1952; Moritz, ogique (ou morpho-fonctionnelle).
1958; Curwen, 1937 et 1941). Si l'on examine pour finir les lexiques et les
Les classifications spécifiquement consacrées principales classifications typologiques proposées
aux meules, molettes, mortiers et pilons à caractère pour le Paléolithique, on s'aperçoit que la presque
plus primitif et par conséquent proches morphologi totalité de ces objets est ignorée ou classée dans la
quementet fonctionnellement de nos documents rubrique «divers», à l'exception des percuteurs et
paléolithiques sont rares (Farmer, 1960; Solecki, enclumes car ils se rattachent à l'étude des techni
1969; Wendorf, 1968; Riddell et Pritchard, 1971). quesde taille du silex (Bordes, 1979; Brézillon,
Le matériel australien, aussi bien archéologique 1977 ; Tixier et al., 1980, etc.).
que contemporain, dont nous reparlerons abondam Dans le domaine de la tracéologie, il faut
ment dans la suite de cet article a été particulièr signaler les travaux de Semenov (1964, p. 134-139),
ement bien étudié (McCarthy, 1941, 1976; McCarthy et pour l'Australie, ceux de Fullagar (1986 et 1988) et
et Setzler, 1960; Gould et al., 1971 ; Smith, 1985 et de Kamminga (1982) qui s'intéressent plus spécif
1986). iquement à l'étude des résidus organiques.
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 33

ANALYSE TYPOLOGIQUE faces, ces traces formant presque une cupule dans
certains cas. Elles servaient, chez les Brésiliens
Reprenons maintenant dans leur ordre les comme chez certains Aborigènes australiens, à casser
rubriques de notre tableau général (tabl. I), en des graines ou des coquilles de fruits durs. Il existe
commençant par les objets passifs. Pour chacune, des objets de forme similaire au Paléolithique. Le
nous exposerons les caractéristiques de l'ustensile troisième type, provisoirement baptisé enclume type
concerné ainsi que les renseignements techniques que Isturitz correspond à ce qui a été publié sous le nom
la documentation ethnographique a pu nous fournir ; de compresseur par différents paléolithiciens. Cet
enfin, leur existence et leur fonction au Paléolithique ustensile, particulièrement abondant à Isturitz, ce
seront discutées. Des exemples ethnographiques et qui nous a fait choisir cette dénomination, est le plus
archéologiques ont été présentés chaque fois que cela souvent constitué d'un galet de schiste de forme
a été possible. allongée, et porte des traces d'impacts plus ou moins
abondantes sur l'une ou les deux extrémités de son
avers et/ou de son revers.
Objets passifs Parmi les supports sur lesquels s'est exercée une
percussion lancée diffuse, nous traiterons, avant
Parmi les ustensiles utilisés de façon passive, on d'aborder les mortiers, des pierres à piler les noyaux
peut distinguer quatre grandes catégories : de dattes reconnues à Tichitt par V. Roux. Ces
1) les supports associés à la percussion lancée ; pierres sont caractérisées par la présence d'une ou
2) ceux associés à la percussion lancée et posée ; plusieurs petites cupules formées par usure au
3) ceux associés à la percussion posée ; moment du broyage des noyaux et nous les rappro
4) enfin, les ustensiles dont l'usage est bien de cherons de certains documents paléolithiques dont
caractère passif mais qui ne sont associés à aucun l'usage est actuellement inconnu.
type de percussion, tels que récipients, lampes,
godets à ocre ... Enclume
Notons que, pour les objets étudiés, la percus Rappelons que, dans la taille du silex, l'enclume
sionen 1 et 2 peut être perpendiculaire, oblique, ou peut être utilisée sans percuteur — on frappe alors le
bien indifféremment l'une et l'autre ; en 3, elle est rognon sur l'enclume pour le débiter (Tixier et al.,
diffuse et le plus souvent oblique. 1980) — et que, à l'inverse, le percuteur peut être
utilisé sans enclume, en percuteur manuel mobile, de
sorte que ces deux outils ne sont pas nécessairement
Objets passifs associés à une percussion lancée complémentaires. Leur utilisation est parfois combi
née pour retoucher un éclat, une lame ou une lamelle
La percussion de ce type peut être punctiforme que l'on pose sur l'enclume et sur lequel on frappe
ou diffuse. Dans le premier cas, les objets passifs avec le percuteur.
correspondants sont les enclumes, dont les traces
d'impacts présentent par conséquent l'aspect d'un Exemples. Nous présenterons, à titre d'exemple,
piquetage ; dans le second, ce sont les pierres à piler deux enclumes paléolithiques de dimensions assez
les noyaux de dattes et les mortiers, dont les traces différentes, provenant toutes deux d' Isturitz. La
d'impacts ont alors des contours beaucoup moins première provient de la couche V des fouilles Saint-
nets et évoquent plutôt des traces d'écrasement. Périer et date donc de l'Aurignacien moyen. Elle
Pour les enclumes, on peut isoler, par leur forme mesure 160 mm X 170 mm dans son état actuel mais
et par la localisation de leurs traces d'impacts, trois il ne s'agit que d'un fragment et on peut raisonnable
types distincts. Les enclumes proprement dites, ment penser qu'elle était de taille beaucoup plus
utilisées lors de la taille du silex, dont l'avers porte importante. Son avers présente, en deux endroits,
de nombreuses traces d'impacts disséminées et qui des traces d'impacts légères peu denses ; le revers a
sont généralement de grande taille encore qu'il existe également servi d'enclume en un endroit. L'avers
aussi des enclumes de plus petite dimension qui porte aussi des traces abondantes d'ocre rouge,
semblent avoir eu le même usage. Le second type est attestant le double emploi de cette plaquette,
constitué par les enclumes type quebra-cocô ou kulki, comme enclume et palette, au moins sur cette face
provisoirement dénommées ainsi car elles sont bien (fig. 2, n° 1). La seconde enclume, de la couche IV et
connues, respectivement au Brésil et en Australie. datant par conséquent du Gravettien, est de plus
De forme circulaire, elles portent des traces de petite dimension (108,55 mm X 48 mm). Elle porte
percussion denses au centre d'une ou de leurs deux des traces d'impacts beaucoup plus circonscrites au
34 SOPHIE A. DE BEAUNE

Fig. 2 — Ustensiles passifs paléolithiques : 1, enclume, Isturitz ; 2, enclume, Isturitz ; 3, galet avec surface usée puis cupule, Isturitz
(molette puis quebra-cocô ?) ; 4, galet avec surface usée puis cupule, Isturitz (molette puis quebra-cocô'!); 5, galet avec piquetage
central, Pair-non-Pair {quebra-cocô ?); a, percussion posée; b, percussion lancée.
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 35

centre que précédemment. Les traces de percussion rement, ses faces supérieure et/ou inférieure ont servi
visibles dans la partie supérieure droite de l'avers et à diverses opérations de mouture. De plus, et c'est
du revers et dans la partie inférieure gauche de pourquoi le kulki nous intéresse ici, ses faces
l'avers sont à rattacher à une autre fonction de présentent en leur centre une dépression piquetée
l'objet dont nous examinerons plus loin les modalités obtenue, au moins dans certains cas, lors d'un usage
(voir enclume type Isiurilz) (fig. 2, n° 2). comme enclume. L'auteur la désigne sous le terme de
A titre comparatif maintenant, il nous a semblé «dépression d'enclume» (anvil pit) (McCarthy, 1976,
intéressant de présenter une enclume utilisée par les p. 59). Ces dépressions sont analogues à celles des
Aborigènes australiens dont la forme, la dimension quebra-cocô et, de fait, elles peuvent être produites
(environ 96 mm de longueur d'après l'échelle donnée par le concassage de graines ligneuses dures à l'aide
par McCarthy) et surtout la localisation des traces d'une pierre utilisée comme percuteur. Elles peuvent
d'impacts rappellent l'objet d'Isturitz précédem aussi provenir d'une utilisation comme enclume
ment décrit (fig. 3, n° 1). McCarthy précise que la dormante pour débiter ou retoucher un nucleus. Il
dimension des enclumes australiennes varie de 6 à semble de plus que cette dépression, malgré le nom
18 cm de long (McCarthy, 1976, p. 59). Nous ne choisi, puisse aussi apparaître dans un usage actif;
connaissons malheureusement pas la section de cet c'est pourquoi nous retrouverons le kulki quand nous
exemplaire. Une enclume brésilienne d'itabirite (?) parlerons des objets actifs5.
présente une forme, des dimensions et une réparti Il existe au Pérou des galets d'aspect similaire
tionde ses traces d'utilisation comparables (fig. 4, mais ce sont leurs flancs qui ont une surface lissée
n° 1). par usure. D'après M. Julien (1985, p. 211), les
dépressions visibles sur chaque face sont ici façon
Enclumes type quebra-cocô et type kulki néeset servent à faciliter la préhension de la molette,
qui est manipulée à la manière d'une petite roue. Cet
Le quebra-cocô est connu dans de nombreuses aménagement se retrouve souvent sur les broyeurs
parties du monde (Brésil, Océanie, Afrique australe, utilisés aujourd'hui par les paysans andins. Ces
etc.). On l'utilise pour briser les noyaux de certains cupules piquetées sont également signalées sur des
fruits ou les coquilles de noix, noisettes, etc. La «galets-percuteurs» préhispaniques du Pérou (Laval-
surface usée présente des traces de piquetage si lée et Julien, 1973, p. 65). Elles ressemblent cepen
abondantes et concentrées qu'elles finissent par dant beaucoup à celles qu'on trouve sur les quebra-
former de véritables petites cupules irrégulières. Il cocô et les kulki.
existerait aussi, dans l'Ouest américain, des enclu Certains galets paléolithiques, ayant ou non
mesde ce type dont la cupule a été façonnée avant servi précédemment de molette, présentent des
usage pour caler la noix à casser (R. White, comm. traces de percussion très comparables à celles de ces
pers.). Des ustensiles comparables, appelés nut- deux types d'enclume. Nous en avons noté la
crackiny stones par un observateur, auraient une présence dans les collections d'Isturitz et de La Va
grande importance chez lesîKung d'Afrique du Sud che. De même, R. Mason signale des galets prove
qui se nourrissent pour une bonne part de noix de nant de la grotte de Hearths (Transvaal), datés de
mongongo (Yellen, 1977, p. 88 et 95-96). Notons que, 15000 ± 730 B. P.; selon l'auteur, ils ont servi de
malgré les informations ethnographiques et archéolo «pierres à moudre actives», mais les cavités pique
giquesfournies par certains auteurs (Prous, 1977, téesqu'ils présentent fréquemment au centre de
p. 21 et 1978; Prous et Piazza, 1977; Bryan, 1977), chaque face (dont l'auteur ne précise pas l'origine)
on ne connaît pas au Brésil les compléments actifs
associés aux quebra-cocô ; on sait par ailleurs qu'en
Océanie n'importe quel galet ou percuteur est utilisé 5. Si McCarthy est souvent ambigu sur la cause d'appari
pour briser les coquilles et aussitôt abandonné tion des anvil pits (1976), il précise dans une de ses publications
(C. Orliac, comm. pers.). (McCarthy et Setzler, 1960, p. 247) que les outils peuvent avoir
Il convient d'associer au quebra-cocô un outil un usage passif et actif. De plus, ayant observé le matériel
utilisé par des Aborigènes pour casser des fruits durs, il
composite australien connu sous le nom de kulki. constate que des dépressions du type anvil pit se sont formées
Selon McCarthy, le kulki est un galet auquel un aussi bien sur le mortier que sur le pilon (ibid., p. 247). On peut
usage prolongé comme percuteur sur tout son comparer ces dépressions aux traces de piquetage signalées par
pourtour a donné une forme cylindrique, l'épaisseur V. Roux sur les molettes de concassage (1986, p. 51). Mention
pouvant dans certains cas être supérieure au diamèt nons ici l'existence d'un outil actif utilisé par des Africains du
nord du Transvaal pour briser des noix, qui présente une
re. Le pourtour possède donc une surface régularisée dépression centrale formée par usage (Maguire, 1965, p. 123-
acquise par suite de ce martelage prolongé. 124).
36 SOPHIE A. DE BEAUNE

Fig. 3 — Ustensiles utilisés par les Aborigènes australiens : 1, enclume; 2, marteau-enclume type kulki (hammer-anvil stone); 3,
hache sur galet avec dépression d'enclume; 4, mortier.
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 37

Fig. 4 — Ustensiles provenant de sambaquis brésiliens : 1, enclume «bipolaire»; 2, quebra-cocô; 3, percuteur; 4, quebra-cocô ; 5,
polissoir ; 6, quebra-cocô ; 7, polissoir. Les coupes accompagnant les nos 5 et 7 ont été réalisées d'après les photographies de l'avers et
doivent être considérées comme seulement probables; a, percussion posée; b, percussion lancée.
38 SOPHIE A. DE BEAUNE

évoquent assez, si l'on en juge d'après les schémas, portent, sur une ou deux des extrémités de leurs
ce que nous avons observé dans le matériel paléoli faces planes, de nombreuses traces d'impacts bien
thique français (Mason, 1962, p. 257-258, fig. 140, circonscrites et très souvent excentrées vers la droite
n° 1). du galet. Leur forme, leur matière première, leurs
dimensions et les caractéristiques de leurs traces
Exemples. Le petit galet de quartz polycristallin d'utilisation présentent une constance suffisante
présenté ici provient de la région de Lagoa Santa, pour que nous pensions pouvoir classer ces ustensiles
Brésil et a servi de quebra-cocô (fig. 4, n° 2). Deux
dans une catégorie particulière.
autres, de même provenance, sont de forme légèr On a signalé dans d'autres sites du Paléolithique
ement différente, mais ont cependant eu le même supérieur des objets qui pourraient être rangés dans
usage ; l'un, ovale, est en quartz (fig. 4, n° 6) ; l'autre, cette catégorie mais, à notre connaissance, ils ne sont
plus quadrangulaire, est en roche porphyrique (fig. 4, nulle part aussi nombreux qu'à Isturitz. Ils ont reçu
n° 4). On ne peut s'empêcher de rapprocher le
une multitude d'appellations : «compresseurs, enclu
premier de ces trois documents d'un autre petit galet
mesà retoucher, enclumes de retaille, retouchoirs,
de même matière première, portant des traces
d'impacts très comparables et ayant également servi billots, aiguisoirs, cousoirs, retoucheurs» (citons en
tre autres : Passemard, 1913, 1922 et 1944 ; Saint-
de percuteur sur tout son pourtour. Il provient des
Périer, 1930, 1936 et 1952; Lwoff, 1942; Bourlon,
fouilles Daleau à Pair-non-Pair (couche 1-2) et date
donc du Périgordien (fig. 2, n° 5). 1916; Peyrony, 1938; Semenov, 1956). C'est encore
Breuil qui reste le plus prudent puisqu'il se contente
Par ailleurs, McCarthy présente différentes en de parler de «galets à dépressions cupuliformes» et
clumes type kulki dont nous avons choisi un exemple
(fig. 3, n° 2). On peut les comparer à divers galets n'utilise le terme de «compresseurs» qu'en y ajoutant
un point d'interrogation (Breuil et Dubalen, 1901).
d'Isturitz qui portent des traces d'impacts formant
Les traces visibles sur ces galets rappellent
cupule au centre de leurs faces et dont la surface lisse celles qui sont décrites par McCarthy (1976) sur
a été produite antérieurement par usure. Ces galets
certains ustensiles australiens utilisés comme enclu
sont peut-être des molettes réutilisées en enclumes me,soit pour casser des noix ou des graines ligneuses
centrales. Reste à déterminer maintenant ce qu'elles dures, soit pour retoucher certains éclats. Les
ont servi à moudre, puis à briser! Le premier dépressions qualifiées de «cupuliformes» par Breuil
exemple provient du Magdalénien ancien de la salle correspondraient donc aux «dépressions d'enclume»
de Saint-Martin ; de petite dimension (diamètre, de McCarthy. Cette similitude avec du matériel
57 mm; épaisseur, 32,1 mm), il est en quartzite. Son ethnographique rend vraisemblable le rôle passif de
pourtour a été régularisé par piquetage. Ses deux
cet objet, et c'est pourquoi nous l'avons provisoir
faces, aplanies par l'usage, portent aussi quelques ement baptisé enclume ; il convient cependant de
traces de raclage. Peut-être est-ce son utilisation
signaler que W. Taute (1965) a fait d'autres hypothès
comme enclume qui a produit de véritables cupules es à son sujet et seules des expérimentations
au centre de chacune des faces (fig. 2, n° 3). Le
pourront trancher la question. Quoi qu'il en soit, le
second exemplaire, de quartzite également, est plus terme de retouchoir ou de compresseur nous semble
volumineux (90,7 mm X 88,1 mm; ép. max. : malvenu puisqu'il existe déjà des objets ainsi
45,75 mm). Il porte de nombreuses traces d'utilisa
dénommés, dont nous aurons l'occasion de parler
tion qui montrent qu'il a eu au moins trois usages plus loin.
différents : un usage comme percuteur à ses deux
extrémités et sur ses flancs, qui a même entraîné Exemples. Deux exemplaires gravettiens assez carac
l'aplanissement par usure de l'une des extrémités téristiques de la série d'Isturitz ont été choisis à
après de nombreux chocs ; un usage comme molette titre d'exemple. Le premier mesure 113,35 mm X
sur le revers où la partie usée est exempte de patine 23,7 mm avec une épaisseur de 9,3 mm. Il est assez
brun sombre et a été entièrement aplanie ; enfin, un représentatif de la série. Il a servi sur ses quatre
usage possible comme enclume au centre de l'avers extrémités suffisamment longtemps pour que des
et du revers (fig. 2, n° 4). cupules se produisent (fig. 5, n° 3). Le second, en
schiste comme le précédent, mesure 104,2 mm X
Enclume type Isturitz 37,7 mm, son épaisseur étant de 10,1 mm. Il pré
sente l'originalité d'avoir été cassé puis réutilisé sur
Nous avons étudié au Musée des Antiquités l'extrémité du grand fragment, près de la cassure
Nationales une série de plus de 150 petits galets de (fig. 5, n° 5).
schiste allongés provenant de la grotte d'Isturitz. Ils McCarthy signale la présence de dépressions
Fig. 5 — Ustensiles paléolithiques : 1, galet utilisé en percuteur et portant des traces du type quebra-cocô, Isturitz; 2, galet avec
cupule centrale considéré comme mortier, accompagné du galet interprété comme la molette correspondante, Le Soucy ; 3, enclume
type Isturitz, Isturitz ; 4, polissoir (?), grotte Richard ; 5, enclume cassée type Isturitz, Isturitz ; 6, percuteur, La Faurélie (U 21-475);
a, percussion posée; b, percussion lancée (excepté le n° 2).
40 SOPHIE A. DE BEAUNE

dues à l'usage comme enclume (anvil pits) sur pierres à piler les noyaux de dattes conduit à se
certaines haches australiennes, entre le tranchant et demander s'ils n'ont pas eu un usage fonctionnelle-
le manche. Il précise qu'on les appelle communé ment comparable. Seule une étude d'ensemble de ces
ment mais incorrectement des finger grips, «dépres objets et des traces d'usage visibles dans leurs
sionsfacilitant la prise des doigts» (1976, p. 57). cupules permettra de trancher. Peut-être sera-t-on
Cette information présente un double intérêt à nos conduit à penser que si les cupules de certains blocs
yeux : d'une part, ces fameuses haches rappellent paléolithiques ont été formées par usage, celles
beaucoup nos galets allongés de schiste (fig. 3, n° 3) d'autres blocs ont eu un rôle symbolique. Ainsi, au
et on peut se demander s'il n'y aurait pas un Brésil où certains blocs à cupules ont manifestement
rapprochement à envisager au niveau de la forma eu un usage de quebra-cocô (et où les cupules ont été
tionde ces dépressions puisque nous savons que, formées par usage), il existe d'autres blocs dont les
dans le cas australien, elles ont, parfois au moins, été cuvettes ont été piquetées puis polies sur des faces
produites par le bris de graines ligneuses dures ; bombées et qui ne semblent pas avoir été utilisées
d'autre part, l'interprétation de certaines cupules (A. Prous, in litleris, 24 février 1987).
comme dépressions destinées à faciliter la préhension
n'est pas inconnue en préhistoire et l'on peut se Exemples. V. Roux précise que les pierres à piler les
demander si cette hypothèse n'aurait pas vu le jour noyaux de dattes peuvent présenter des tailles très
au moment où les préhistoriens abusaient un peu du différentes, qu'il peut s'agir d'anciennes meules à
comparatisme ethnographique (Lartet, 1861, p. 250; grains planes ou concaves, de mortiers archéologi
Lartet et Christy, 1875, p. 60). Remise en cause par ques (petits blocs à surface concave) ou encore de
les ethnologues eux-mêmes, l'idée aurait perduré simples pierres ramassées aux alentours. Elles peu
chez certains archéologues, moins au fait de l'actual vent être utilisées en un seul endroit si elles sont de
ité ethnologique (Saint-Périer, 1952, p. 104). petite dimension et ne présentent alors qu'une seule
cuvette, ou en plusieurs endroits, surtout dans le cas
Pierre à piler les noyaux de dattes des anciennes meules à grains (1986, p. 37). V. Roux
en donne un exemple dans sa typologie (fig. 6, n° 1).
Ces pierres, signalées à Tichitt, Mauritanie Les blocs à cupules paléolithiques sont bien
(Roux, 1986) sont à distinguer des enclumes type connus et certains sites en ont même livré en
quebra-cocô et kulki puisque les noyaux sont ici abondance (La Ferrassie, abri Reverdit par exemp
écrasés et broyés et non concassés comme pour le le).Nous avons déjà eu l'occasion d'en examiner un
quebra-cocô et le kulki; nous avons ici affaire à une certain nombre lors de l'étude des lampes (de
percussion lancée diffuse et non punctiforme, encore Beaune, 1987a). Cependant, rien pour l'instant ne
que nous ferons des réserves sur le caractère diffus de permet de préjuger de leur fonction. Nous en
cette percussion lorsque nous aborderons l'objet actif présentons ici un exemplaire à titre comparatif. Il
associé. Nous verrons alors que cette «pierre à piler s'agit d'un bloc de calcaire provenant de l'abri
les noyaux de dattes» se distingue du point de vue Reverdit et daté du Magdalénien III. Il mesure
fonctionnel et non pas seulement par la matière 385 mm X 335 mm, son épaisseur atteignant
travaillée. La molette opère sur une surface ponc 160 mm. Les trois cuvettes mesurent 90 mm X
tuelle délimitée par un cordon circulaire en tissu, 80 mm, 50 mm X 40 mm et 60 mm X 50 mm
provoquant ainsi par usure la formation de cuvettes avec, respectivement 19, 11 et 16 mm de profondeur
circulaires régulières pouvant atteindre quelques (fig. 7, n° 1). Ces cuvettes ne présentent aucune trace
centimètres de diamètre. de colorant et ne semblent pas avoir subi l'action du
Ces cuvettes ressemblent étrangement à certai feu. Il est très difficile de dire, en l'état actuel de
nescupules visibles sur des petits galets communé notre recherche, si ces cuvettes ont été façonnées ou
ment appelés «mortiers» par les préhistoriens. De si elles ont été produites par usure (de Beaune,
plus, certaines pierres à piler les noyaux de dattes, 1987a, p. 198).
portant plusieurs cupules, rappellent assez les «blocs
à cupules» paléolithiques dont l'usage est resté Mortier
jusqu'à présent inconnu. Ces blocs étaient jusqu'à
maintenant assimilés, faute de mieux, à des vestiges Selon la définition du Petit Robert : « un mortier
artistiques, en raison de l'existence de cupules est un récipient en matière dure et résistante,
pariétales associées à des figurations animalières ou à servant à broyer certaines substances». Le terme de
des signes. Cette hypothèse n'est pas déraisonnable récipient utilisé ici suggère l'idée d'une concavité
mais le fait que ces blocs à cupules ressemblent aux assez importante telle que peut l'exiger une perçus-
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 41

10 cm

8 10

Fig. 6 — Ustensiles utilisés à Tichitt, Mauritanie : 1, pierre à piler les noyaux de dattes; 2, meule à végétaux; 3, meule à grains; 4,
broyeur; 5, molette de concassage; 6, molette à végétaux; 7, molette de corroyage ; 8, broyeurs; 9, exemple d'utilisation d'une
meule-mortier et d'un pilon-broyeur; 10, exemple d'utilisation d'une meule à grains et d'un broyeur.
42 SOPHIE A. DE BEAUNE

CZ7

Fig. 7 —(?),Ustensiles
mortier Le Flageolet
passifsII; paléolithiques
4, meule-mortier
: 1, bloc
(?), La
à cupules,
Rochette;
Rivière.
Reverdit
5, meule,
(n°6);Pair-non-Pair;
2,' fragment de
6, meule,
meule-mortier,
Laugerie-Basse
Saint-Germain-la-
; 3, meule-
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 43

sion perpendiculaire lancée, de sorte que cette sont en granite ou en quartzite et portent sur l'avers
définition fait implicitement référence à une certaine une cupule circulaire bien régulière caractérisée par
fonction : le mortier serait un support passif associé son peu de profondeur (moins de 10 mm en général).
à une percussion perpendiculaire lancée diffuse Ces cupules sont très régulières et semblent avoir été
(Leroi-Gourhan, 1943); or, les objets appelés «mort façonnées plutôt qu'obtenues par usure. On
iers» dans la littérature préhistorique sont de petits comprend mal comment une percussion perpendic
galets à faible cupule rappelant les quebra-cocô ulairelancée pourrait s'exercer dans de si petites
brésiliens et ont peu de chose à voir avec des concavités et, si ces galets sont bien des supports
mortiers à la concavité beaucoup plus accusée tels passifs, on les imagine plutôt associés à une percus
qu'on en connaît en ethnographie (fig. 8). Citons par sionposée. En effet, et pour des raisons techniques
exemple ceux mentionnés par Lartet et Christy évidentes, plus les surfaces sont planes, plus il
provenant de La Madeleine et de Laugerie-Basse importe que la percussion soit posée et, à l'inverse,
(1875) ou ceux du Soucy publiés par Tarel (1912 et plus la concavité est importante, plus la percussion a
1919) et Peyrony (1920)6. La plupart de ces galets des raisons d'être lancée.
Il convient de signaler à ce sujet la classification
de Storck et Teague (fig. 9), qui distinguent les
6. Nous-même avons conservé cette dénomination lors mortiers «profonds», où la percussion s'effectue de
de notre étude des lampes : notre propos était de rejeter ces
objets de la catégorie des lampes et non de présumer de leur haut en bas, des mortiers «peu profonds» (shallow),
fonction, aussi n'avons-nous pas jugé utile à l'époque de servant à moudre et à broyer des substances fragiles,
remettre en cause la nomenclature en usage (de Beaune, et pour lesquels le mouvement du pilon est circulaire
1987a). (Storck et Teague, 1952, p. 44). Ce mortier «peu
profond», qui évoque le «mortier de pharmacien»
encore utilisé de nos jours, semble correspondre à ce
qui sera appelé ici la «meule-mortier», outil caractér
isé par le fait que s'y exercent à la fois une
percussion lancée et une percussion posée. Pour
l'instant, les quelques récipients souvent appelés
«mortiers» nous semblent plutôt à rapprocher de
cette «meule-mortier». Aucun vrai mortier, au sens
ethnographique et technique du terme n'a pu être
mis en évidence au Paléolithique.
On rencontre une situation comparable en
Australie. Si, lors de son étude des ustensiles et outils
australiens, McCarthy (1976, p. 63) utilise le terme
«mortier» (mortar), c'est pour désigner des outils à la

Fig. 9 — Classification de Storck et Teague concernant les


gestes exécutés lors de la mouture et du pilage : a, mouve
ments désordonnés ( pounder-rubber) ; b, mouvement vertical
(tall mortar) ; c, mouvement à peu près circulaire et de temps à
Fig. 8 — Fillette touarègue pilant du mil dans un mortier en autre vertical (shallow mortar) ; d et e, mouvement d'avant en
bois (Agadez, Niger). arrière (saddlestone-metate form).
44 SOPHIE A. DE BEAUNE

concavité peu prononcée qui évoquent plutôt des lampes et godets (de Beaune, 1987a, p. 204).
meules ; du reste, les outils actifs qui leur sont R. White vient heureusement de le retrouver, ainsi
associés sont pour lui des molettes et non des pilons. que le petit galet allongé interprété par Tarel comme
Smith (1985, p. 29-31) précise que ces «mortiers» ne une «molette», dans la collection H. -M. Ami conser
sont en fait jamais utilisés exclusivement au pilage. vée au Royal Ontario Museum. White donne de ces
Ce sont des pierres dont l'avers présente une documents une description bien plus précise que celle
concavité de 10 à 30 cm de diamètre et d'une de Tarel, dont il ne conteste pas l'interprétation. La
profondeur maximale de 2,7 cm et sur lesquelles on forme allongée du petit galet l'incite même à y voir
commence par piler à sec des graines dures d'acacia un «pilon». Pourtant, l'un des précieux éléments
(dans une opération où elle sont autant écrasées que qu'apporte cet auteur nous semble aller à l'encontre
pilées) avant de les moudre. Ces «mortiers» s'oppo de cette interprétation : le supposé mortier est, nous
sentaux «meules» (millstones) sur lesquelles certai dit-il, en calcaire tendre, ce qui correspond assez mal
nesgraines tendres et humides sont moulues sans à un usage comme mortier (White, 1988). De plus,
pilage préalable. Ils sont donc en fait utilisés son peu de profondeur (16 mm max.) s'accorde mal
essentiellement comme meules, mais la mouture avec un usage en percussion perpendiculaire lancée.
proprement dite suppose un travail préalable de Pour d'autres exemples de petits galets à
pilage. Là encore, il s'agit plutôt de «meules- cupule, le plus souvent en roche dure, et considérés
mortiers»; et il ne semble donc exister, en Australie, par les auteurs anciens comme des mortiers, nous
aucun ustensile dont l'usage soit exclusivement celui renvoyons le lecteur à notre inventaire des lampes et
d'un mortier7. godets où un grand nombre de documents de ce type
sont présentés (de Beaune, 1987a).
Exemples. Nous présenterons ici un «mortier» austra
lien publié par Smith qui se rapproche donc davanta
ge aussi bien fonctionnellement que morphologique Objets passifs associés à une percussion posée
ment de la catégorie des «meules-mortiers» (fig. 3, et lancée
n° 4). N. Kraybill fait une étude détaillée des
Entre les supports que nous venons de voir et
mortiers utilisés en Afrique qui sont en bois
(Kraybill, 1977). Ils ne nous intéressent qu'indirect sur lesquels s'exerce une percussion lancée, perpendic
ulaireou oblique, diffuse ou punctiforme, et ceux
ement puisqu'il ne semble exister aucun équivalent en
pierre au Paléolithique. Nous ne donnerons qu'un que nous verrons plus loin sur lesquels s'exerce cette
fois une percussion posée et le plus souvent oblique,
exemple ethnographique illustrant bien le mouve
existent des supports intermédiaires où les deux
mentexécuté, en percussion perpendiculaire lancée types de percussion coexistent, produites ou non
(fig. 8). avec le même outil actif. Ils se caractérisent par la
Pour le Paléolithique, les mortiers stricto sensu présence d'une concavité dont la profondeur est
étant inconnus, nous nous contenterons de présenter
inférieure à celle des mortiers mais plus importante
un petit galet à cupule considéré jusqu'à présent que celle des meules. Leurs traces d'utilisation sont
comme un mortier dans la littérature et dont l'usage
mixtes : traces d'impacts et d'écrasement témoi
comme tel nous semble tout à fait improbable. Il a gnant de la percussion lancée et traces de «polissage»
été découvert par Tarel dans le foyer inférieur du et de raclage caractérisant la percussion posée. Nous
Soucy et date du Magdalénien VI (fig. 5, n° 2). Tarel avons repris le terme de «meule-mortier» utilisé par
l'interprétait comme un mortier et l'associait à un V. Roux pour désigner ces ustensiles.
petit galet naturel «trouvé à peu de distance, dans la
couche interstitielle dominant le foyer», et qui aurait
servi de «molette» (Tarel, 1912); cette interprétation Meule-mortier
a été par la suite contestée par Peyrony qui préférait Morphologiquement, les meules-mortiers dont
ne pas se prononcer quant à l'usage de ce petit galet parle V. Roux seraient intermédiaires entre les
à cupule (1920). Ce document, à l'époque disparu, a meules et les mortiers, leur profondeur étant de
été intégré sous le numéro «Le Soucy n° 9» dans l'ordre d'une dizaine de centimètres. La molette
l'inventaire que nous avons dressé lors de l'étude des travaille ici en percussion perpendiculaire lancée et
en percussion oblique diffuse ; ses parties actives sont
les parties proximales et distales qui agissent à la fois
7. Un autre auteur établit pour l'Australie une distinc comme pilon pour concasser et comme broyeur pour
tionentre square mortar et long mortar, qui correspondent
respectivement à ce que nous appelons meule-mortier et meule affiner la mouture. Plus la meule-mortier est profon
(Peterson, 1968). de, plus le travail de pilage est effectif (Roux, 1986).
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 45

Ces meules-mortiers rappellent les «mortiers» de Si cet ustensile a bien servi de support à une
Smith (1985), ou les mortiers «peu profonds» de percussion quelconque, il ne peut s'agir que d'une
Storck et Teague (1952), évoqués plus haut. On peut meule-mortier, selon la définition technique adoptée
les comparer aussi à certains petits mortiers trouvés ici.
dans des établissements asto préhispaniques du On peut également citer un ustensile où la
Pérou, de 5 à 10 cm de profondeur associés à des concavité sur l'avers, peu profonde, est aussi d'une
pilons d'environ 10 cm de longueur et dont les surface inférieure à celle des objets précédents. Il
extrémités présentent à la fois des traces de poli et s'agit d'un gros godet de calcaire de La Rochette,
des traces de chocs répétés (Lavallée et Julien, 1973, daté du Périgordien supérieur, conservé au Musée
p. 65). Dans tous les cas, il s'agit de blocs présentant des Antiquités Nationales (collection R. Daniel)
sur l'avers une concavité trop profonde pour corre (fig. 7, n° 4). Sa cuvette presque circulaire mesure
spondre à une surface d'usure de meule et trop peu 97,4 mm sur 85 mm, a une profondeur de 28 mm et
profonde pour évoquer un usage exclusif comme a été entièrement aménagée par piquetage (Daniel,
mortier. Que ce soit en Australie, en Mauritanie ou 1965; de Beaune, 1987a, p. 200). Les traces d'écrase
ailleurs, ces ustensiles sont utilisés pour broyer, ment,semblant acquises postérieurement au pique
concasser et éventuellement moudre, c'est-à-dire en tage de fabrication, évoquent un usage comme
percussion lancée et posée, et souvent avec le même mortier mais la profondeur de la cavité nous fait
ustensile actif utilisé sur ses faces ou sur ses paraître peu probable un usage exclusif comme
extrémités selon le cas. Nous n'avons aucune certitu mortier. De fait, la forme, le poids, les traces
de quant à l'existence d'un tel type d'ustensile au d'impacts visibles dans la concavité rappellent
Paléolithique ; cependant, certains godets de grande beaucoup certains mortars australiens publiés par
dimension dont la face supérieure présente une Smith (1985) mais aucune preuve de type tracéologi-
cavité largement évasée et à surface lisse et régulière que ne permet, pour l'instant, d'affirmer avec
pourraient bien avoir eu un usage intermédiaire certitude l'usage de cet objet.
entre la meule et le mortier.
Objets passifs associés à une percussion posée
Exemples. Il n'est pas nécessaire de présenter ici
d'ustensile de ce type provenant d'Australie puisque Parmi les supports passifs sur lesquels s'exerce
nous l'avons déjà illustré lors de la présentation des une percussion posée, on peut distinguer deux
«mortiers» australiens, équivalents fonctionnels et grandes catégories.
techniques de nos meules-mortiers (fig. 3, n° 4). La première comprend les meules et les palettes,
Certains récipients paléolithiques à large cuvette aux où la matière à travailler, céréales, graines ou
bords très évasés évoquent les meules-mortiers mises végétaux divers dans le premier cas, colorant dans le
en évidence en Mauritanie (fig. 6, n° 9). A titre second, est traitée à l'aide d'un outil actif.
d'exemple, présentons un grand récipient en calcaire La seconde comprend les polissoirs ou aiguisoirs,
provenant de Saint-Germain-la-Rivière et datant du où le complément actif est ici constitué par la
Magdalénien III (de Beaune [-Romera] et Roussot, matière même à travailler. En effet, c'est l'objet de
1982; de Beaune, 1987a, p. 200) dont la forme et pierre, d'os ou de bois que l'on veut égaliser, affûter,
l'état de surface évoquent beaucoup un usage comme polir, etc., qui est tenu en main de sorte que ces
meule-mortier (fig. 7, n° 6)8. Un autre récipient, ustensiles ne possèdent pas de complément actif.
provenant du Flageolet II, cette fois de forme
extérieure beaucoup moins régulière, présente pour Meule
tant une cuvette de 134 mm sur 91 mm et de 43 mm A Tichitt, V. Roux distingue les meules à grains
de profondeur (de Beaune, 1987a, p. 170) dont la et les meules à végétaux ; les premières sont plus
surface piquetée puis régularisée (par usure?) évoque grandes, avec une surface préparée par bouchardage9
à nouveau la percussion posée et lancée (fig. 7, n° 3).
9. Les meules avec surface préparée par bouchardage ou
martelage sont attestées très tôt, dès le Néolithique. On sait
qu'il existe parfois des outils spécialisés destinés à rendre à
8. Signalons que cet objet a déjà été publié avec une nouveau rugueuse la surface des meules et même des molettes,
regrettable erreur d'échelle. Il est représenté au 1/8 au lieu du après une utilisation prolongée (Kraybill, 1977, p. 490-491,
1/4 comme indiqué. C'est d'ailleurs aussi le cas des deux autres 493; Boshier, 1965). A Tichitt, il s'agit d'un marteau (Roux,
documents provenant de Saint-Germain-la-Rivière (de Beau- 1986, p. 34). M. Smith parle également d'un ravivage des
ne, 1987a, p. 216, fig. 86, n»s 19 à 21). Ces trois objets avaient surfaces des meules australiennes (1985, p. 26 et 1986, p. 32-
déjà été publiés antérieurement à une échelle correcte (de 33). Le ravivage des meules ne semble pas attesté au
Beaune [-Romera] et Roussot, 1982). Paléolithique.
46 SOPHIE A. DE BEAUNE

et servent au broyage des céréales ; les secondes ont être utilisés pour moudre et piler, et même, à
une surface régulière polie par usure et sont destinées l'occasion, comme aiguisoir ou affûtoir pour raviver
à écraser des matières fragiles telles que l'encens et le le tranchant des haches (McCarthy, 1941, p. 330-331
tabac. Il est évident qu'il sera très difficile de faire et 1976, fig. 52, p. 75 ; voir aussi Kraybill, 1977,
pareille distinction pour le Paléolithique mais il p. 504-505 et 512). Si les données des deux auteurs ne
convient de maintenir deux sous-types de meule se recoupent pas exactement, ceux-ci s'accordent au
distincts car ceux-ci ne se distinguent pas seulement moins sur l'existence de deux types d'objets, dont
par la matière travaillée, mais aussi par les objets l'un est spécialisé et l'autre présente des caractéristi
actifs qui leur sont respectivement associés et la ques et une fonction plus vagues.
façon dont on manie ces objets : pour les meules à Les exemples de «meules» paléolithiques sont
grains, l'objet actif est manié d'avant en arrière, rares, mais certains documents présentent des carac
alors qu'il l'est de façon circulaire ou désordonnée tères comparables à ceux des ustensiles australiens.
pour les meules à végétaux. Il y a là une différence Exemples. Donnons maintenant des exemples de ces
fonctionnelle qui correspond à celle que Curwen différents types de meules et voyons quels ustensiles
(1937 et 1941), puis Storck et Teague (1952, p. 43- paléolithiques sont susceptibles d'être rattachés à
45) ont établie respectivement entre meules «en l'un ou l'autre de ces types. On ne trouve au
forme de selle» et «meules planes» ou «frottoirs».
Paléolithique rien de comparable aux meules spécial
Dans le tableau I, nous avons gardé les termes de isées de Tichitt, qui ont un contour régulier, une
V. Roux, mais qu'il soit clair que la distinction que
surface préparée par bouchardage, une concavité
nous établissons entre ces meules tient à leur bien marquée obtenue par usure et des stigmates
fonction et non à la matière qu'on y travaille. On
d'utilisation spécifiques des grains ou des végétaux
peut espérer, par l'observation de l'orientation des (fig. 6, nos 2, 3 et 10). Ces meules trouvent leurs
traces d'usure, déterminer à quel sous-type appar
équivalents morphologiques et fonctionnels dans des
tiennent les meules paléolithiques. industries plus récentes, dès le Néolithique, et
Pour Smith (1985 et 1986), les meules utilisées
semblent associées à la préparation des plantes
par les Aborigènes australiens sont des grandes dalles cultivées. Les meules australiennes définies par
à surface plane caractérisées par la présence sur la
Smith et présentant des cannelures formées par
face supérieure d'une ou plusieurs longues rainures usure (fig. 10, n° 8) ne sont pas, à notre connaissance,
peu profondes provoquées par l'usure. En Australie
représentées au Paléolithique ; du reste, un tel
centrale, au contraire des «mortiers» dont on a vu ustensile trouvé en contexte paléolithique serait
qu'ils ont un double rôle, elles sont selon lui réservées
probablement interprété comme un polissoir ou un
à la mouture humide de graines tendres ou bien de aiguisoir plutôt que comme une meule, précisément
graines plus dures préalablement soumises à un
en raison de la présence de ces cannelures. En
broyage à sec dans un mortier (Smith, 1985, p. 24). revanche, on trouve quelques plaquettes planes ou
A ces meules spécialisées s'ajoutent des ustensiles piano-concaves qui ne sont pas sans évoquer certai
aux caractéristiques moins nettes, «pierres à mou
dre» ou «pierres à moudre informes». Il s'agit de nes des «meules» de McCarthy : par exemple, une
plaquette de schiste provenant de Pair-non-Pair qui
pierres ou dalles non façonnées, de forme irrégulière, date de l'Aurignacien (208,6 mm X 133,2 mm). Son
avec des surfaces d'usure peu marquées et mal avers légèrement concave (5 mm) porte des traces
circonscrites, utilisées comme meules de fortune par d'impacts et de raclage mais quelques vestiges d'ocre
les Aborigènes actuels de l'Australie centrale. On suggèrent néanmoins qu'elle a servi, entre autres, à
trouve des objets comparables dans des niveaux
préparer le colorant et que cette «meule» était aussi
archéologiques ; d'après Smith, ils auraient eu plu une palette (fig. 7, n° 5). On peut également rappro
sieurs usages différents : préparer du tabac sauvage, chercertains petits fragments de galets ou de
pulvériser du cartilage ou du petit gibier, écraser des plaquettes paléolithiques des «pierres à moudre
pulpes de fruit, etc. En tout cas, rien n'indique qu'ils informes» de Smith. A titre d'exemple, un petit
aient été spécialisés dans la mouture des graines
fragment de calcaire gréseux de Laugerie-Basse
puisqu'une telle spécialisation provoque entre autres (95,7 mm X 91,1 mm) a une surface parfaitement
l'apparition d'une concavité plus ou moins marquée plane qui semble avoir été acquise par frottement. Il
(Smith, 1986, p. 34). McCarthy, quant à lui, désigne pourrait s'agir d'un fragment de meule (fig. 7, n° 2).
sous le nom de meules non seulement les ustensiles
spécialisés ainsi dénommés par Smith, mais aussi des
objets qui semblent correspondre à ce que ce dernier Palette
appelle des pierres à moudre informes et qui peuvent Ce sont des plaquettes ou blocs à face supérieure
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 47

- o

L locm

Fig. 10 — Ustensiles utilisés en Australie : 1-3, objets actifs considérés comme molettes ; 4-7, objets actifs considérés comme broyeurs
(grinders) ; 8, meule. Les flèches indiquent la présence de traces de ravivage de la surface (rejuvenation pitting).
48 SOPHIE A. DE BEAUNE

plane ou piano-concave caractérisés par la présence soirs à aiguilles. Entre la matière à travailler et le
de colorant sur la surface où la matière a été polissoir, on peut interposer une couche de sable
travaillée. Elles constituent en fait un type parti humidifié qui, par ses qualités abrasives, améliorera
culier de meule, qui se caractérise par les traces de la le polissage ; dans ce cas, on parlera d'abrasion. Par
matière qu'elles ont servi à travailler. En plus du ailleurs, nous avons adopté, lors de nos expérimentat
colorant, on y observe souvent des stries et des ions, le terme d'êmeulage pour désigner le polissage
traces de raclage, laissées par l'outil éventuellement sans abrasif intermédiaire, afin de limiter l'emploi du
utilisé pour broyer et mélanger les couleurs10. C'est terme de polissage, trop général. L'aiguisoir présente
un des rares ustensiles de cette série qui nécessite peu de petites facettes ou de longues rainures correspon
de commentaires car sa fonction paraît faire peu de dant à l'endroit où a été frotté le tranchant ou la
doutes : ses traces d'utilisation sont évidentes et pointe à aiguiser (en pierre ou en os). Une même
prêtent peu à confusion, de plus, de tels objets pierre peut avoir servi d'aiguisoir et de polissoir
existent encore. comme le montrent de nombreux exemples ethno
graphiques. En Australie, les meules sont très
Exemples. Nous en avons vu quelques exemplaires souvent utilisées comme aiguisoir et polissoir pour
paléolithiques remarquables provenant notamment réaffûter et raviver les tranchants des haches,
de Gabillou (de Beaune, 1987a, p. 174 et fig. 76, herminettes, couteaux et ciseaux (McCarthy, 1941,
n° 6), de Lascaux (Musée national de Préhistoire), de p. 330-331).
Villars (Spéléo-Club de Périgueux), du Cap Blanc
(Musée d'Aquitaine), etc. Il faut noter que des Exemples. Un petit exemplaire en grès provient de la
vestiges de colorant apparaissent souvent sur des grotte classique des Eyzies, dite grotte Richard et
dalles ou plaquettes dont les principales traces date du Magdalénien supérieur (Musée des Antiquit
d'utilisation semblent plutôt indiquer un usage és Nationales). Le fond de la rigole ainsi que l'un de
comme enclume ou même comme meule (voir ses versants présentent des traces d'usure très
enclume d'Isturitz, fig. 2, n° 1 et meule de Pair-non- probablement dues à un «polissage» ou un aiguisage.
Pair, fig. 7, n° 5). Si certaines taches de colorant ont Le versant opposé porte des traces de raclage
pu parfois être acquises par contact, il n'est cepen longitudinales (fig. 5, n° 4). Il a déjà été publié par
dant pas douteux qu'elles sont, dans certains cas, nous sous l'intitulé «Richard n° 2» (de Beaune,
suffisamment intenses pour attester le broyage de 1987a, p. 198). On peut lui comparer un polissoir en
matière colorante en plus de l'utilisation comme diabase provenant du sambaqui de Congonhas, sur le
enclume ou meule. Ces ustensiles constituent de bons littoral de l'État de Santa Catarina, Brésil, daté de
exemples de réutilisation ou de double emploi : 3200 B.P. A. Prous, qui nous a communiqué ce
diverses matières végétales et/ou animales ont été document, nous signale que ce polissoir a également
travaillées sur leur surface et seules les matières servi de quebra-cocô sur l'autre face (fig. 4, n° 7). Un
colorantes y ont laissé des traces tangibles. autre polissoir de grès provenant d'un ramassage de
surface à Bodao, dans la région de Lagoa Santa, a
Polissoir, aiguisoir une courbure moins nette et moins caractéristique,
peut-être en raison d'un usage de courte durée et il
Ce sont des galets ou des blocs de roche choisis peut même être rapproché de certaines meules de
pour leurs qualités abrasives (grès, basalte et autres petite taille (fig. 4, n° 5). Les mêmes ustensiles,
roches éruptives). Ils sont toujours nettement plus utilisés aussi bien pour aiguiser que pour polir et
grands que l'objet ou la partie de l'objet à polir. Là servant généralement au travail de la pierre (haches,
où l'objet est frotté, des surfaces d'usure se trouvent couteaux, ciseaux) sont mentionnés et figurés par
peu à peu creusées, aux formes variées : planes ou McCarthy pour l'Australie. Leurs dimensions varient
légèrement concaves d'abord, elles peuvent acquérir, de 5 à 25 cm et ils portent, comme les exemplaires
en creux, la forme agrandie et atténuée des objets précédents, des cannelures ou rigoles plus ou moins
qui y ont été polis. Le cas le plus fréquemment larges et profondes selon la forme de l'objet qu'ils
rencontré pour le Paléolithique est celui des polis- ont servi à façonner ou à régulariser (McCarthy,
1976, fig. 78, p. 71).

10. Nous ne consacrerons pas, dans l'étude des objets Objets passifs non associés, à une percussion
actifs, une rubrique particulière aux objets actifs associés aux
palettes, ceux-ci étant fonctionnellement identiques à ce que
nous appelons les molettes et ne s'en distinguant que par les Ces objets passifs sont théoriquement destinés à
traces de colorant qu'ils présentent. servir de contenant. Il peut cependant s'y exercer
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 49

certaines actions telles que le mélange de certaines Objets actifs


substances comme le colorant, la combustion de
matières grasses en vue de la production de lumière Associés ou non aux ustensiles précédents, de
ou de chaleur. Rappelons que seuls les contenants nombreux objets ont eu un rôle actif. Comme pour
présentant des traces de combustion bien localisées les correspondants passifs, on peut distinguer :
dans et autour de la cavité peuvent être considérés 1) les objets actifs travaillant en percussion
comme des lampes. lancée ;
2) ceux travaillant en percussion lancée et
posée ;
3) ceux travaillant en percussion posée.
Récipient
Dans le cas 2, on utilise généralement des
Cet ustensile ayant déjà été largement étudié parties différentes de l'outil pour chaque type de
par nous en comparaison avec les lampes, nous percussion.
renvoyons le lecteur à notre ouvrage (1987a) s'il
souhaite en connaître l'inventaire. Nous en poursui
vonsl'étude en tentant d'en cerner la fonction de Objets actifs associés à une percussion lancée
plus près. C'est ainsi qu'un certain nombre de
documents non retrouvés à l'époque de la rédaction Comme pour les objets passifs, nous présente
de ce travail avaient été classés dans la catégorie des rons tout d'abord les objets utilisés en percussion
«godets à fonction inconnue», c'est-à-dire des réc lancée punctiforme, qui comprennent les percuteurs
ipients dont le contenant est indéterminé. Certains et les retouchoirs ; puis ceux qui servent en percus
ont pu être retrouvés et leur fonction a pu être sion lancée diffuse tels que les pilons et les molettes
réévaluée (meule-mortier par exemple). de concassage.
Exemples. Il convient ici de préciser que les godets à Percuteur
ocre font partie de la catégorie des récipients et
servent à stocker le colorant. On peut les confondre Ce sont des outils « dont la fonction est de porter
avec d'autres récipients qui semblent avoir servi à la des coups destinés à enfoncer, écraser ou faire
préparation de la matière colorante (broyage, ma éclater» (Laming-Emperaire, 1979, p. 218). La partie
laxage, mélange) et où sont visibles des stries et des contondante peut être une surface, une arête ou une
traces de raclage. Mais, là encore, il existe des extrémité. Les pierres ou galets utilisés comme
exemples de double emploi et même de triple emploi percuteurs sont simplement tenus en main et n'ont
comme c'est le cas pour certaines cavités ferrugineu reçu aucun aménagement. S'il existe des exemples
ses d'Isturitz, probablement ramassées en raison du ethnographiques de percuteurs emmanchés, on n'a
colorant naturel contenu dans leur cavité, utilisées aucune preuve d'emmanchement pour ce type d'out
comme récipient à couleurs et probablement aussi ilau Paléolithique. Les percuteurs ont générale
comme «godet» à peinture pour mélanger et diluer ment une forme régulière sphérique, ovoïde ou
les couleurs (de Beaune, 1987a, p. 227-232). oblongue. La partie utilisée est reconnaissable aux
marques de coups et d'écrasement qu'elle porte. En
préhistoire, le terme s'applique plus spécifiquement
aux «marteaux naturels» utilisés pour débiter ou
Lampe
retoucher la pierre dure (Tixier et al., 1980, p. 96).
L'étude exhaustive des lampes a fait l'objet Précisons que nous n'étudions ici que les « percuteurs
d'un ouvrage auquel, là encore, nous renvoyons le durs», c'est-à-dire en pierre, à l'exclusion des per
lecteur (de Beaune, 1987a). Rappelons qu'une typo cuteurs tendres, en bois animal ou végétal, en os ou
logie morpho-fonctionnelle a pu être établie et que en ivoire. A. Laming-Emperaire appelle «percuteur
deux catégories principales de lampes ont pu être sur arêtes» des pierres taillées de formes polyédri
mises en évidence, elles-mêmes subdivisées en deux ques diverses dont les arêtes ont été écrasées par de
sous-types : lampes à circuit ouvert d'une part, petits coups. Les percuteurs sur arêtes sont souvent
comprenant les lampes-plaquettes et les lampes à des nucleus ou des «outils sur masse centrale»
cuvette ouverte ; lampes à circuit fermé d'autre part, réutilisés mais ils peuvent aussi avoir été fabriqués
constituées par les lampes-godets et les lampes spécialement. Ils sont tenus en diverses positions de
munies d'un manche façonné (de Beaune, 1987a et b sorte que plusieurs arêtes diversement orientées se
et de Beaune [-Romera], 1984). trouvent avoir été utilisées. De tels percuteurs sont
50 SOPHIE A. DE BEAUNE

typiques des industries de Patagonie et du Pérou exemplaires dont l'usage est ambigu. Les deux
(Laming-Emperaire, 1979, p. 218-219). Le remploi premiers proviennent de la couche 4 de La Faurélie
comme percuteur de certains objets taillés a pu aussi II (fouilles J. Tixier) et datent donc du Magdalén
être montré pour le Paléolithique (Tixier, ibid., ien VI. Le premier, portant le n° U 21-475, est un
p. 96). M. Brézillon (1977, p. 283-284) fait un histori galet assez plat de forme ovée en quartz blanc
que de la dénomination de ces outils, confondus à compact. Il mesure 95,15 mm X 72,6 mm, son épais
l'origine avec les «marteaux». Nous ne nous y seur maximale étant de 30,05 mm. Il porte des
arrêterons pas ici, ces dénominations étant essentie conchoïdes de choc et des traces d'écrasement
llementfondées sur la morphologie de ces percuteurs nombreuses à ses deux extrémités; une partie d'un
(percuteurs-boules, pointus, discoïdes, etc.). Il nous de ses flancs porte des traces de colorant rouge et
semble cependant utile d'ouvrir une parenthèse présente un aspect lustré et lissé comme si ce galet
concernant le terme de «percuteur dormant» qui avait aussi servi à écraser ou moudre du colorant ou
peut prêter à confusion. J. Tixier (1963, p. 33) a peut-être à en enduire une surface ; de plus, presque
parlé de «percuteur dormant» pour désigner ce qui la totalité de sa surface présente un aspect «poli»
correspond indiscutablement à une enclume. Il a mais une grande partie du revers est occultée par un
rectifié cette appellation en 1980, en précisant que dépôt de calcite (fig. 5, n° 6). Le second percuteur,
l'expression «percuteur dormant», synonyme d'en numéroté V 21-1006, est constitué d'un gros rognon
clume, est due à F. Bordes (Tixier et al., 1980, p. 86; de silex de forme allongée et étranglée en son centre.
Bordes, 1979, p. 15). Il mesure 174 mm de longueur et sa largeur varie de
La fonction du percuteur ne pose aucun problè 81,9 à 56,85 mm dans la partie resserrée. Son
me et ne fait l'objet d'aucune controverse, du moins épaisseur varie de 64,8 à 49,3 mm. De grands
en ce qui concerne la taille du silex. Cette fonction enlèvements ont été effectués à une extrémité
ainsi que les traces d'usure correspondantes ont bien dégageant ainsi une arête portant de nombreuses
été mises en évidence expérimentalement par de traces d'écrasement et des retouches d'usure. Cette
nombreux tailleurs de silex actuels. Du reste, extrémité correspond à un usage comme percuteur
n'importe quel fouilleur, aussi peu expérimenté soit- sur arête. L'autre extrémité présente quelques traces
il, reconnaît toujours le galet de forme oblongue ou d'impacts et d'écrasement plus diffuses qui ont
circulaire portant des traces d'impacts sur l'une ou entraîné la formation d'une surface usée piano-
les deux extrémités ou encore sur un tranchant. convexe exempte de cortex d'environ
Même si l'objet est de forme plus irrégulière et 33 mm X 25 mm. L'outil semble donc avoir été
présente des arêtes, ses traces d'impacts sont suf utilisé de ce côté comme pilon ou, en tout cas, en
fisamment reconnaissables pour qu'aucune ambiguïté percussion lancée diffuse (fig. 11, n° 1). Le troisième
ne soit possible, encore que les percuteurs destinés à exemple provient du Gravettien d' Isturitz (Musée
la taille du silex puissent être confondus avec des Antiquités Nationales). Il présente la particulari
certains galets ayant servi à concasser des matières té de posséder, en plus des traces de percussion
dures (os, noix), comme l'a relevé M. Julien (1985, visibles sur l'une de ses extrémités et attestant son
p. 209). S. A. Semenov (1964, p. 134) remarque éga usage comme percuteur, une cupule centrale, obte
lement que les pilons et les percuteurs sont souvent nue par piquetage, rappelant celles qu'on trouve sur
confondus. les enclumes type quebra-cocô : il a donc peut-être eu
Si l'on compare ces témoins paléolithiques avec un usage, simultané ou non, actif et passif (fig. 5,
des données australiennes, on constate que la plupart n° 1).
des percuteurs australiens sont en fait des outils à Pour des raisons d'ordre iconographique, nous
usage multiple : c'est le cas, par exemple, des kulki ne pouvons présenter qu'un seul exemple ndh
décrits plus haut, qui servent à la fois de percuteurs paléolithique de percuteur plurifonctionnel bien que
et d'enclumes, parfois de molettes, si bien qu'ils sont ce type d'outil semble très répandu ethnographique-
souvent qualifiés de hammer-anvil stones (McCarthy ment. Il s'agit d'un percuteur brésilien provenant de
et Setzler, 1960, p. 247; McCarthy, 1976, p. 59 et la région du Minas Gérais en quartz polycristallin
67), ainsi que des haches et herminettes, qui servent dont les deux extrémités ont été aplanies à la suite
souvent aussi de percuteurs ou d'enclumes d'une percussion intensive. Il semble que ce galet-
(McCarthy, 1976, p. 57; voir supra, enclumes type percuteur ait également servi de broyeur ou de pilon
Isturitz). comme tendent à le montrer la surface étendue de
ses plages d'usure et la présence de cendres et
Exemples. Les percuteurs paléolithiques étant bien pigments concrétionnés repérés sur une de ses
connus, nous nous contenterons d'en présenter trois surfaces (fig. 4, n° 3).
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 51

*x~î<£~

10 cm

Fig. 11 — Ustensiles actifs paléolithiques : 1, percuteur (et pilon?), La Faurélie II (V 21-1006); 2, galet allongé utilisé en retouchoir
et en enclume type Islurilz, Isturitz ; 3, retouchoir, Isturitz ; 4, molette, Isturitz ; 5, broyeur, Reignac ; 6, molette, La Faurélie II ; a,
percussion posée ; b, percusion lancée.
52 SOPHIE A. DE BEAUNE

Relouchoir, compresseur parce qu'il désigne, pour plusieurs auteurs, les petits
galets avec cupule d'utilisation que nous avons
Certains auteurs considèrent que le même galet appelés enclumes type Isturitz et qui sont plus
peut servir à détacher des éclats, lames ou lamelles et probablement des outils à caractère passif qu'actif
à les retoucher. J. Tixier, par exemple, «ignore» ce (voir supra).
que signifie le mot «retouchoir» et utilise le même
outil indifféremment pour tailler et retoucher Exemples. Nous nous contenterons ici de deux
(comm. pers.). Il précise cependant dans une de ses exemples pour illustrer ce type d'objet dont la
publications, que, pour réussir certaines opérations, fonction même est controversée par les tailleurs de
en particulier celle de la technique du microburin, on silex actuels. Un petit galet de schiste provenant du
a intérêt à choisir un petit percuteur relativement Gravettien d' Isturitz (collection Saint-Périer, Musée
plat (Tixier et al., 1980, p. 62). A. Roussot nous des Antiquités Nationales) a une forme ovalaire et
indique également que le terme de «retouchoir» n'a mesure 49,7 mm X 42,6 mm avec une épaisseur
pas grande signification pour lui mais il reconnaît maximale de 20 mm. Il présente des traces d'im
que certains types de retouche requièrent l'utilisa pacts et de raclage sur ses deux faces (utilisation
tion d'un percuteur de petite dimension (comm. comme «enclume»?) mais surtout sur ses flancs et
pers.). De même, Bordes parle de percuteur pour son « talon » et semble avoir été utilisé comme « main »
désigner l'outil servant à la retouche et ne semble pour percuter. Ses petites dimensions incitent à le
pas faire de différence entre le percuteur et le qualifier de «retouchoir» plutôt que de percuteur
retouchoir (1979, p. 9). On voit donc que les (fig. 11, n° 3). Un autre galet de schiste de même
spécialistes de la taille du silex répugnent à désigner provenance appartient indiscutablement à la catégor
un galet du terme de «retouchoir» mais admettent ie des enclumes type Isturitz ; il présente cependant,
que certaines opérations sont parfois plus commodé en plus de traces caractéristiques d'un usage comme
ment effectuées à l'aide de galets de dimensions enclume, de nombreuses traces d'impacts à ses
réduites. De fait, il existe des petits galets plats extrémités et sur ses flancs. De même que précédem
paléolithiques présentant, à leurs extrémités et ment, ses petites dimensions et son épaisseur réduite
souvent même sur tout leur pourtour, des traces de incitent à le considérer comme un «retouchoir»
percussion qui évoquent la retouche et dont on voit plutôt que comme un percuteur (fig. 11, n° 2).
mal à quel autre usage ils auraient pu servir. Quoi
qu'il en soit, il conviendrait, pour faire avancer la Pilon
question des «retouchoirs», de comparer les traces
que présentent ces objets paléolithiques avec celles Si les pilons peuvent être assez proches morpho
que l'utilisation fait apparaître sur les petits galets logiquement de certains percuteurs de forme allon
que les expérimentateurs se sentent parfois obligés gée,ils s'en différencient par le fait que la percussion
d'utiliser pour certaines opérations de retouche. perpendiculaire lancée qu'ils exercent est diffuse et
M. Brézillon présente, dans son dictionnaire non punctiforme. Ils ont d'ailleurs un rôle distinct et
typologique (1977, p. 358-359), un historique des sont traditionnellement associés à la technique du
différentes interprétations d'objets comme «retou pilage et par conséquent au mortier, leur complé
choirs» : il s'agit le plus souvent d'éclats ou de mentpassif. Du reste, de même que les mortiers
lames retouchés présentant des traces d'écrasement peuvent être plus ou moins profonds, les pilons qui
sur les arêtes de leurs retouches, traces interprétées leur sont associés peuvent être plus ou moins
de 1881 jusqu'en 1954, comme résultant de l'usage allongés. Certains pilons de bois utilisés en Afrique
comme retouchoir. atteignent 1,50 à 2 m de long et sont utilisés dans
A. Laming-Emperaire emploie indifféremment des mortiers de bois cylindriques, généralement des
les termes «retouchoir» et «compresseur» (1979, troncs évidés. C'est ici le poids de l'objet qui compte,
p. 203) qui désignent pour elle des outils utilisés pour beaucoup plus que la force imprimée par l'opéra
la retouche par pression. Cependant, à supposer que teur11.
des galets spécialisés aient été réservés à la retouche,
le terme «compresseur» devrait désigner exclusiv 11. Le rôle joué ici par le poids de l'instrument est sans
ement ceux d'entre eux qui fonctionnaient par doute à mettre en relation avec le caractère diffus d'une part,
pression, «retouchoir» étant pris alors comme un lancé d'autre part, de la percussion. Dans une telle percussion,
terme générique d'une acception plus large, incluant le rôle de l'opérateur peut être passif : il se contente de laisser
la pression et la percussion. Le terme de compresseur tomber le pilon. L'énergie cinétique nécessaire à l'opération ne
venant pas de l'acteur, elle ne peut venir que de la chute de
nous semble de toute façon malvenu, ne serait-ce que l'objet, qui doit donc être lourd. Pour le percuteur, par contre,
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 53

J. Garanger a dressé une typologie des pilons presque circulaire (86-88 mm), est piano-convexe
polynésiens, qui ne sont que très rarement associés à (Garanger, 1967, p. 47-48). Le second (n° 32.97.6), en
un mortier. En effet, le pilon polynésien, davantage basalte, a une forme un peu moins conique que le
un battoir qu'un pilon, est utilisé sur un plateau de précédent (fig. 12, n° 2). Il mesure 138 mm de
pierre ou de bois pour réduire en pâte la pulpe des hauteur et sa base, circulaire (65-66 mm de diamètre)
fruits et des tubercules comestibles. Bien qu'il existe et piano-convexe, est très endommagée par de
une grande variété de formes et de décors, la nombreux enlèvements accidentels (ibid., p. 49-50).
caractéristique principale de ces pilons-battoirs est Ils ont tous deux servi à réduire en pâte la pulpe des
d'avoir un corps de forme tronconique (auquel tubercules et fruits comestibles. Nous n'avons pour
s'ajoute ou non, dans la partie sommitale, une l'instant reconnu qu'un seul document paléolithique
protubérance qui peut être décorée) et une large susceptible d'être rattaché à cette catégorie parti
base, par opposition au pilon à mortier qui est culière de pilon mais seule sa morphologie rappelle la
cylindrique et a une base étroite (Garanger, 1967, forme en cône tronqué des pilons-battoirs polynés
p. 1-7). Nous verrons plus loin un document paléol iens,l'étude de ses traces n'ayant pu encore faire
ithique de forme comparable. l'objet d'analyses précises. Il provient du Périgor-
Le pilon pyramidal tel qu'il existe en Polynésie dien supérieur de Laussel (Dordogne) et mesure
est attesté en Australie mais semble plus rare. 84 mm de hauteur. Sa base, bien plane, de 63,5 mm
McCarthy (1976, p. 57-59) pense qu'il a servi aussi de diamètre, a pu servir à écraser (fig. 12, n° 3).
bien à piler qu'à moudre, comme l'attesteraient les
traces d'usure visibles sur la surface plane, circulaire Molette de concassage
ou ovale, de sa base. De toute façon, nous savons
que, pour cet auteur, la plupart des galets australiens Bien que la pierre à piler les noyaux de dattes
ont des usages multiples et servent indifféremment de Tichitt ait été présentée avant le mortier, nous
préférons présenter l'objet actif associé, appelé par
de marteau, d'enclume, de casse-noix, de pilon et de
broyeur. Par ailleurs, Smith (1985, p. 27-29) considè V. Roux «molette de concassage», après le pilon.
re comme pilons des galets sur lesquels nous Nous verrons en effet que la fonction de cet objet ne
reviendrons et qui sont plutôt à rattacher à notre peut être examinée que par référence à celle du
catégorie des «pilons-broyeurs». pilon. La molette de concassage travaille en percus
Quelques galets paléolithiques en roche dure sionlancée perpendiculaire diffuse sur ses extrémit
ainsi que des rognons de silex, de forme allongée et és. D'après V. Roux (1986, p. 57), les «molettes» de
parfois cylindrique, portent des traces d'écrasement ce type présentent le même aspect «sur le plan
sur une ou deux extrémités. Il s'agit peut-être de morphologique» que les molettes associées aux
pilons, mais seule une observation micro- ou macro meules-mortiers (voir infra, pilon-broyeur). Fonc-
scopique permettra de l'affirmer, ces traces pouvant tionnellement, cet instrument semble peu différent
aussi avoir été produites par une utilisation comme d'un pilon. Cependant, comme il travaille sur des
percuteur. A notre connaissance, les premiers pilons matières plus dures, on doit s'attendre à y trouver
dont la fonction est indiscutable apparaissent au des traces d'usure différentes ; c'est bien ce que
Natoufïen (Garrod, 1957, p. 217 et pi. I). précise V. Roux puisqu'elle indique la présence d'un
petit piquetage sur les surfaces de travail. Ce
Exemples. Nous ne pouvons manquer de présenter au piquetage résulte «de la percussion de deux roches à
moins deux des magnifiques pilons polynésiens travers des matières dures, les noyaux de dattes»
étudiés par J. Garanger. Ils proviennent des îles (Roux, 1986, p. 51). Fonctionnellement donc, et
Marquises. Le premier (n° d'inventaire du Musée de même si le geste technique exécuté est bien celui du
l'Homme : 30.51.40) est en roche volcanique et a une pilon, les traces d'usage correspondent à une percus
hauteur totale de 122 mm (fig. 12, n° 1). Sa base, sionlancée perpendiculaire punctiforme et non
diffuse et ce en raison de la nature même de la
matière travaillée. On pourrait presque parler d'une
le caractère punctiforme de la percussion effectuée suppose un «percussion punctiforme multiple» autant que d'une
rôle plus actif de l'opérateur et donc éventuellement l'inte percussion diffuse, puisque l'objet frappe sur un
rvention de sa force et de la vitesse de son mouvement. De nombre réduit de points discrets (les noyaux de
même, dans le cas de la molette où c'est le caractère posé de la dattes qu'il concasse) et non, comme pour le pilon,
percussion qui implique un rôle actif de l'opérateur. En un sur un ensemble de points si dense qu'il finit par
mot, on frappe avec un percuteur, on appuie avec une molette
et on laisse tomber un pilon. Le poids de l'objet pourrait donc former une surface plus ou moins continue.
devenir un critère d'identification significatif. S'il existe bien certains galets paléolithiques
54 SOPHIE A. DE BEAUNE

Fig. 12 — Pilons polynésiens et ustensile paléolithique


n° inv. M. H.comparable
32.97.6; 3,: 1,pilon
pilon(?),polynésien,
Laussel. n° inv. M. H. 30.51.40; 2, pilon polynésien,

présentant des traces de piquetage comparables sur Exemple. L'exemple d'une molette de concassage
leurs extrémités, rien ne permet de supposer qu'ils donné par V. Roux présente des traces de percussion
ont servi à concasser des fruits à coquille dure ou des bien nettes à sa base et n'est pas sans > évoquer
noyaux ; ils sont interprétés généralement comme certains galets paléolithiques considérés générale
percuteurs, les traces de percussions punctiformes ment comme des percuteurs (fig. 6, n° 5).
répétées et de ce que nous appelons une « percussion
punctiforme multiple» étant bien entendu indiscer
nablesl'une de l'autre, puisqu'elles se ramènent dans
les deux cas à une accumulation de points d'impacts.
Cette difficulté d'attribution est bien soulignée par Objets actifs associés à une pehcussion posée et
M. Julien (1985, p. 209) à propos des percuteurs de LANCÉE
Telarmachay, Pérou. Si l'on sait que certains d'entre
eux ont bien servi à concasser et marteler des os, Viennent ensuite des outils utilisés en percus
entre autres, les traces de percussion qu'on y observe sionlancée (punctiforme, diffuse, ou «punctiforme
sont les mêmes que celles visibles sur un percuteur multiple») et posée, dont la fonction consiste aussi
ayant servi à travailler la pierre. Tout en estimant bien à broyer qu'à concasser et à moudre : ce sont
que l'on pourrait théoriquement s'attendre à trouver donc des ustensiles utilisés d'une part comme
une disposition différente des traces d'impacts dans percuteur, pilon ou molette de concassage et d'autre
les deux cas, l'auteur doit admettre que c'est part comme broyeur ou molette. Ils semblent assez
rarement vrai. N'est-ce pas précisément cette indis- répandus ethnographiquement mais sont souvent
cernabilité d'une série de traces de percussions mal décrits peut-être en raison de leur caractère non
punctiformes répétées et d'une percussion punctifor spécialisé : en effet, il s'agit souvent de galets
me multiple qui est ici en cause? quelconques abandonnés après usage.
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 55

Pilon-broyeur exemplaires ont un poli d'usure sur leur surface


(Smith, 1985, p. 29). La forme circulaire et les
L'instrument actif utilisé à Kiffa, Mauritanie, surfaces planes usées des spécimens présentés par
en association avec la meule-mortier est fonctionnel-
l'auteur (1985, fig. 4d, p. 27 et 1986, fig. 4a, p. 33)
lement intermédiaire entre le pilon et la molette évoquent des «molettes». Un autre auteur australien,
puisqu'il travaille alternativement en percussion présentant une brève classification des différents
perpendiculaire lancée et en percussion oblique posée types de «broyeurs» (grinders), précise que l'un
diffuse. V. Roux précise que les parties actives de ce d'entre eux a une petite dépression piquetée au
type de «molette» «sont les parties proximales et centre de la face plane là où des noix ont été pilées
distales qui agissent à la fois comme pilon pour (Gould et al., 1971, p. 164). Il est clair que nous
concasser et comme broyeur pour affiner la mouture» avons affaire ici à un objet comparable aux «pilons»
(Roux, 1986, p. 45). Ce sont ces objets que V. Roux de Smith. Dans notre terminologie, ces objets
nous dit présenter le même aspect morphologique semblent donc combiner un usage comme molette de
externe que les molettes de concassage mais qui sont concassage et un usage comme molette, ou peut-être
exempts de traces de piquetage sur leurs extrémités
comme broyeur.
(ibid., p. 57). A la suite de l'auteur, nous avons
décidé d'appeler «pilon-broyeur» ce type d'objet Ces ustensiles ayant apparemment servi altern
composite. Dans le cas mauritanien, il s'agit très ativement à deux usages rappellent les outils polyval
exactement d'un objet servant à la fois de pilon et de entsdont parle McCarthy, pouvant servir, en plus
broyeur, au sens que nous donnons ici à ces mots, d'un usage comme broyeur ou comme molette, de
puisqu'il est utilisé à la fois en percussion lancée «casse-noix» (1976, p. 55-57), c'est-à-dire de molette
diffuse et dans la percussion oblique posée particuliè de concassage au sens où nous l'entendons. Cepen
re associée au broyeur (voir infra) ; mais nous avons dant, lorsque McCarthy parle de petites dépressions
choisi de placer dans la même catégorie d'autres piquetées, il se réfère à ce qu'il dénomme des anvil
objets combinant la percussion lancée et la percus pits, c'est-à-dire des dépressions produites lors d'un
sionposée, sans qu'il s'agisse toujours de percussion usage passif (voir supra, enclumes type kulki par
diffuse. En toute rigueur, il aurait fallu parler aussi exemple) alors que les deux auteurs précédents
de «percuteur-broyeur», de «percuteur-molette», de décrivent des dépressions apparues lors d'un usage
«pilon-molette», de «molette de concassage- actif. Y a-t-il deux objets de type différent ou s'agit-
broyeur», etc., mais il nous a semblé préférable il d'un désaccord des auteurs sur le même objet, nous
d'inclure tous ces objets composites dans une ne saurions trancher. En tout cas, il existe une
catégorie unique, dont l'appellation correspond au certaine confusion entre les termes mullers, grinders
type le mieux dégagé. L'important est qu'il y a usage et pestles comme le montrent les illustrations présen
d'un même objet actif dans une percussion lancée et tées par des auteurs différents qui représentent des
dans une percussion posée, les types de percussion objets similaires mais qui sont, à chaque fois,
posée et lancée dont il peut s'agir n'introduisant que baptisés différemment.
des distinctions secondes. Quoi qu'il en soit, on sait par ailleurs que ces
Pour l'Australie, nous avons parlé plus haut des dépressions peuvent être présentes sur des objets
galets que M. A. Smith considérait comme des actifs, soit qu'elles aient été produites par l'usage
pilons. Ce sont en fait des objets à double usage, comme c'est le cas pour les molettes de concassage
associés à ce qu'il a appelé mortiers et qui servent de Mauritanie et pour certains objets utilisés pour
donc à piler et à moudre à sec les graines dures briser des noix en Afrique australe (Maguire, 1965,
d'acacia (Smith, 1985, p. 27-29). Ces galets, de la p. 123-124), soit qu'elles aient été façonnées dans un
taille du poing et pesant approximativement 1 kg, but particulier. Pour illustrer ce dernier cas, nous
ont une forme à peu près circulaire et une section « en mentionnerons l'exemple d'un pilon polynésien utili
dôme» ou arrondie. D'après lui, la forme de cette sépour écraser et mélanger avec de l'eau le noir de
section est nécessaire à une percussion posée qu'il fumée de la noix de bancoul calcinée afin de préparer
décrit comme rocking and rolling (nous verrons qu'il de l'encre à tatouage. J. Garanger précise que la
s'agit là des percussions posées associées respectiv surface basale de ce pilon est creusée d'une cupule
ement à notre «broyeur» et notre «molette»). II peu profonde en son centre pour faciliter le concassa
indique que les surfaces usées sont planes ou ge des noix calcinées (Garanger, 1967, p. 47).
légèrement convexes et présentent souvent au centre N. Kraybill a, comme nous, éprouvé la nécessité
une petite dépression piquetée dont il semble qu'elle méthodologique de créer une catégorie intermédiaire
soit due au concassage des graines dures. Plusieurs d'ustensiles portant des traces d'utilisation à la fois
56 SOPHIE A. DE BEAUNE

comme marteau ou percuteur et comme «main de Exemples. V. Roux ne fait pas d'étude particulière
meule». Elle baptise grinder-pestles ces ustensiles des «broyeurs-pilons» mais présente un schéma
ayant servi aussi bien à moudre qu'à broyer d'utilisation de ces ustensiles associés à la meule-
(Kraybill, 1977, p. 487). Elle signale qu'il en a été mortier (fig. 6, n° 9). Un des «broyeurs» australiens
trouvé plusieurs spécimens entre autres dans les publiés par Gould nous paraît assez représentatif et
niveaux moustériens de Molodova I datés de 44000 correspond, semble-t-il, aux photographies des «pi
B.P. (Klein, 1966, cité par Kraybill, ibid., p. 497). lons» présentés par Smith (1985, fig. 4d, p. 27 et
En toute rigueur, les objets composites de cet auteur 1986, fig. 4a, p. 33). Il présente une dépression
correspondraient dans notre terminologie à la combi visible dans la coupe (fig. 10, n° 4).
naison d'un usage comme percuteur et d'un usage
comme broyeur ou molette. Mais l'important est
surtout que N. Kraybill a vu que certains objets Objets actifs associés à une percussion posée
étaient utilisés à la fois en percussion posée et en
percussion lancée, et ce qu'elle a dégagé est donc Nous avons distingué trois types d'ustensiles à
bien notre «pilon-broyeur» générique. caractère actif travaillant en percussion posée (obli
Si l'on excepte le cas des documents de Molodo que diffuse).
va I mentionnés plus haut, nous n'avons pas pu, pour Le premier, que nous dénommons «broyeur»,
l'instant, mettre en évidence de «pilon-broyeur» travaille sur ses faces, en un mouvement d'avant en
au Paléolithique. Il est vrai que, si les traces arrière et était très probablement tenu par les deux
d'émoussé et de «poli d'utilisation»12 sont repérables, mains côte à côte (fig. I, n° 6).
il n'est pas toujours facile de trancher sur la cause de Le second, que nous appelons «molette», est
leur apparition : percussion posée ou lancée diffuse? moins volumineux et souvent de forme circulaire ; il
Quant aux petites dépressions piquetées au centre ne correspond pas à un geste particulier et peut être
d'une des faces, nous en avons déjà présenté utilisé d'avant en arrière, en un mouvement circulaire
plusieurs exemples à propos des enclumes types ou encore de façon désordonnée ; il était sans doute
quebra-cocô et kulki (voir supra). Nous ne possédons tenu d'une seule main ou bien les deux mains posées
pour l'instant aucun exemple où l'on puisse affirmer l'une sur l'autre (fig. 1, n° 7).
que cette dépression a été produite dans un usage Le troisième type, baptisé «lissoir» regroupe les
actif. On peut néanmoins mentionner ici l'article galets présentant des plages d'usure plus ou moins
déjà évoqué de Maguire (1965), où l'auteur fait étendues caractérisées par un «poli» et situées à une
ressortir la similitude entre, d'une part, des galets du extrémité ou sur les flancs. Leur usage est mal défini
Paléolithique inférieur d'Afrique du Sud (Makapans- mais ils ont beaucoup plus probablement servi à
gat) comportant de nombreuses traces de percussion lisser des solides souples (peau, bois, écorce?) qu'à
assez comparables à ce qu'on trouve sur nos objets écraser ou moudre une substance.
paléolithiques et, d'autre part, certains galets
contemporains utilisés dans un rôle actif par les Broyeur
Africains de la région pour briser des noix. On peut
mentionner aussi les galets globuleux signalés à V. Roux (1986) appelle broyeurs et molettes les
Telarmachay, Pérou, par M. Julien, portant des objets actifs associés respectivement aux meules à
«facettes distales d'abrasion» et aussi parfois des grains et aux meules à végétaux, et c'est l'usage
petites traces d'impacts correspondant à de petites terminologique que nous avons adopté ici. Ces
percussions lancées. L'auteur nous dit qu'ils étaient broyeurs sont des objets en grès, allongés, dont la
utilisés à la fois dans le broyage et le pilonnage section est, au départ, circulaire, triangulaire ou
(Julien, 1985, p. 211), de sorte que ces ustensiles ovale. Leurs surfaces, obtenues par bouchardage,
semblent bien correspondre à nos pilons-broyeurs. sont ravivées régulièrement par martelage de façon à
garder leur caractère abrasif. Ils travaillent sur leurs
12. S'il est vrai que le terme de «poli d'utilisation» ne faces latérales qui, d'abord convexes, s'aplanissent
devrait s'appliquer, théoriquement, qu'aux surfaces rapidement par usure (Roux, 1986, p. 48-50). La
réfléchissant la lumière au microscope (II. Plisson, comm. longueur du broyeur dépend de la largeur de la
pers.), on peut observer, à l'œil nu, certaines surfaces d'usure si meule sur laquelle il est utilisé et il est clair que ce
lisses et luisantes qu'elles évoquent un lustre ou un poli type d'ustensile est tenu à deux mains, la femme en
comparable au «lustré» que les néolithiciens ont observé sur
certains outils associés à la domestication des plantes. Nous train de broyer étant accroupie devant la meule
utiliserons donc ces deux termes pour désigner ce «luisant» (ibid., pi. 12). Il semble bien correspondre aux objets
bien net en particulier sur certaines roches microcristallines. actifs associés aux «meules en forme de selle» de
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 57

Storck et Teague (1952, p. 43-45), et c'est pourquoi


nous avons gardé le terme de «broyeur» pour
désigner les objets actifs qui travaillent en percus
sionposée dans un mouvement d'avant en arrière.
M. Julien signale l'existence, au Pérou préhispa
nique,de galets allongés usés sur un de leurs longs
bords étroits, avec des stries d'usage perpendiculair
es au grand axe, et qu'elle appelle «mains de
meule». Elle estime que ces pièces, tenues à deux
mains verticalement, devaient être utilisées en
percussion posée, selon un mouvement de va-et-
vient linéaire transversal (Julien, 1985, p. 211;
Lavallée et Julien, 1973, p. 65). Il semble donc bien
que ces «mains de meule» sont l'équivalent fonction
nel de nos broyeurs. Pour le Paléolithique, certains
galets ou blocs de grès de forme quadrangulaire ou
rectangulaire ont été observés. Ils présentent des
faces aplanies par usage et semblent bien avoir eu
une utilisation comparable à ces broyeurs, même si
les grandes meules que l'on devrait trouver associées
sont absentes.
Exemples. V. Roux présente plusieurs exemples de
«broyeurs» associés aux meules à grains (fig. 6, nos 4,
8 et 10). Ces broyeurs peuvent être plus ou moins
épais mais leur utilisation, en position agenouillée et
tenus à deux mains, est toujours la même. L'exemple
présenté ici montre une femme en train de moudre
du mil (Ethiopie, province du Gemu-Gofa, Cungura)
(fig. 13). Deux exemples paléolithiques ont été sélec
tionnés. Le premier est un fragment allongé de grès
provenant du Gravettien d'Isturitz; il a une section Fig. 13 — Femme éthiopienne en train de moudre du mil
trapézoïdale et a été utilisé sur ses quatre faces (Cungura, province du Gemu-Gofa).
(fig. 14, n° 1). L'une d'entre elles semble avoir été
préparée par martelage ou bouchardage, peut-être
pour la rendre plus abrasive. Il porte, de plus, broyeurs, ont une section subrectangulaire ou cir
quelques traces de percussion punctiforme évoquant culaire et travaillent par les faces ou les extrémités.
un usage occasionnel comme enclume. Le second est Pour l'Australie, nous avons vu qu'il existe une
un petit broyeur de grès ferrugineux provenant de certaine confusion de vocabulaire entre les
Reignac (couche 1 remaniée) : il a une forme qua «broyeurs» (grinders) et les «molettes» (mullers). Il
drangulaire et des angles émoussés et il mesure semble bien cependant que les outils utilisés en
91,4 mm X 69,4 mm, son épaisseur étant de association avec les meules stricto sensu ou les
41,9 mm. Ses deux faces sont usées, l'une étant «pierres à moudre amorphes» correspondent à ce que
légèrement concave et l'autre convexe (fig. 11, n° 5). nous considérons comme des molettes et non des
broyeurs. Ils sont en général en grès ou en quartzite,
Molette de forme circulaire à ovale et mesurent de 6 à 18 cm
de longueur. La face supérieure et/ou la face
A Tichitt, les objets actifs associés aux meules à inférieure sont usées. La molette peut aussi avoir été
végétaux sont dénommés par V. Roux «molettes à tenue obliquement pendant l'usage, la rencontre des
végétaux» (Roux, 1986). Nous avons gardé le terme facettes d'utilisation formant alors des arêtes éven
de molette pour désigner les objets actifs qui, comme tuellement réutilisées à d'autres usages. Ces molettes
ces «molettes à végétaux», travaillent en percussion «épuisées» (remnant), au sens où on le dirait d'un
posée, dans un mouvement désordonné ou circulaire. nucleus, sont abondantes là où la matière première
A Tichitt, les molettes sont plus petites que les est rare (McCarthy, 1976, p. 60). M. A. Smith, d'ac-
Fig. 14 — Ustensiles actifs paléolithiques : 1, galet allongé avec traces d'usure sur les faces (broyeur?), Isturitz ; 2, molette de section
quadrangulaire utilisée sur les quatre faces, Isturitz ; 3, petit lissoir, Laugerie-Haute ; 4-6, lissoirs (?), Isturitz ; a, percussion posée ; b,
percussion lancée.
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 59

cord avec F. D. McCarthy, précise que ces molettes, nit plusieurs documents (1986, p. 32, fig. 3) repro
par opposition aux ustensiles qu'il appelle pestles, duits ici (fig. 10, nos 1,2 et 3) comparables à ceux que
sont réservées à la mouture humide des graines Gould présente comme des grinders (fig. 10, nos 4 à 7).
tendres (voir supra). Il insiste aussi sur le caractère Enfin, pour le Paléolithique, nous nous limiterons à
facetté ou caréné de ces molettes dont les dimensions trois exemples tout en rappelant que certains
dépendent du degré d'usure (Smith, 1985, p. 26-27). ustensiles à double usage et ayant servi entre autres
Les grinders présentés par R. A. Gould correspon de molette ont déjà été présentés précédemment
dent bien, d'après les illustrations publiées, à ces (fig. 2, nos 3 et 4). Le premier, d' Isturitz (Gravettien)
mêmes molettes (Gould et al., 1971, p. 164-166). est une petite molette de quartzite, parfaitement
F. D. McCarthy (1941, p. 331) précise par ai circulaire (diamètre de 63,5 à 65,3 mm) et peu
l eurs qu'une paire de molettes peut, à l'occasion, être épaisse (16,15 mm d'ép. max.). Ses deux faces,
utilisée à la place d'une meule et d'une molette. encore très légèrement convexes, ont été aplanies par
Cette information fait ressortir un point remarquable un usage intensif (fig. 11, n° 4). Le second exemple
qu'il convient de souligner : l'utilisation d'objets est un galet de grès quartzite ovale (86,45 mm X
ordinairement actifs dans un rôle passif. Dans le 75,95 mm), assez épais (45,8 mm) qui provient du
même ordre d'idées, on peut signaler l'existence de Magdalénien VI de La Faurélie II (n° X 20-58). Le
galets provenant d'établissements asto de l'époque centre de chacune des faces est très usé et aplani, le
préhispanique, dont l'usage est voisin de la paire de reste de la surface étant naturellement convexe. La
molettes dont parle McCarthy. « II s'agit de petits zone d'usure est ovale et on peut y distinguer, sur
galets ovales, plats, en grès, qui ont été fractionnés une face, des stries à peu près perpendiculaires à
en deux dans le sens de l'épaisseur. Les faces plates l'axe longitudinal du galet, indiquant l'orientation
ainsi obtenues ont été régularisées et rendues parfa de la molette. Par contre, la molette ne semble pas
itement planes grâce à un bouchardage dont les avoir eu d'orientation privilégiée lors de son utilisa
traces sont visibles. Ces moitiés de galets, de 12 à tionsur l'autre face. Par ailleurs, ce galet est ocré et,
15 cm de longueur, devaient être utilisées soit deux curieusement, les zones d'usure sont exemptes de
par deux, la matière à traiter étant interposée entre colorant, le frottement l'ayant ôté (fig. 11, n°6).
elles, soit sur une meule dormante, comme les mains Nous avons volontairement choisi un troisième
de meule, mais cette fois à plat» (Lavallée et Julien, exemple très différent : il s'agit d'une molette
1973, p. 65). Notons tout de même que, dans ce cas, utilisée sur toutes ses faces et que l'on pourrait
l'ustensile est préparé pour avoir un rôle à la fois qualifier «d'épuisée» comme les exemples australiens
actif et passif, alors que dans le cas australien, il peut évoqués plus haut. Elle provient d' Isturitz et date
s'agir d'une solution de fortune. du Solutréen ou Gravettien (couche III de R. de
M. Julien (1985, p. 211) signale, à Telarmachay, Saint-Périer). Elle mesure 71,2 mm X 47 mm, son
Pérou, des galets globuleux, avec facettes d'usure à épaisseur maximale étant de 46,7 mm. Ses quatre
leurs extrémités et parfois aussi sur leurs faces. Ces faces d'usure ont été numérotées de a à d pour rendre
ustensiles, qu'elle baptise «broyeurs», devraient la lecture du schéma plus explicite (fig. 14, n° 2).
plutôt être rattachés à la catégorie des molettes
d'après notre terminologie. Pour le Paléolithique,
nous avons observé de nombreuses molettes très Lissoir
caractéristiques, circulaires ou ovales, avec une de
leurs faces, ou les deux, aplanies par usure (Isturitz, Des « molettes de corroyage » ont été reconnues à
Tichitt par V. Roux. Elles sont utilisées avec une
La Faurélie, Laussel, Pair-non-Pair, etc.). Elles sont grande planche de bois sur laquelle on pose la peau
généralement en grès ou en quartzite et leur
diamètre varie de 8 à 12 cm environ. Leur petite ou la bande de cuir à assouplir et à lisser. Ces
molettes sont parfois utilisées en percussion lancée
taille et leur forme suggèrent qu'elles étaient tenues
diffuse en plus de leur usage en percussion posée
d'une seule main. Il convient aussi de signaler oblique : en effet, elles peuvent servir à battre et
l'existence de quelques petits fragments de molette
écraser par frottement des peaux pour rendre leur
dont plusieurs faces ont été utilisées et qui pour
raient être des «molettes épuisées» (remnant) comme surface homogène, lisse et souple. Elles ont un lustre
et des formes adoucies (Roux, 1986).
celles qui sont connues en Australie.
M. Julien signale des galets entièrement lustrés
Exemples. V. Roux présente une «molette à végé généralement de petite dimension sur le site de
taux» que nous reproduisons ici (fig. 6, n° 6). En ce Telarmachay, Pérou. Elle pense qu'ils peuvent être
qui concerne les molettes australiennes, Smith liés au travail des peaux, ou bien qu'il peut s'agir de
60 SOPHIE A. DE BEAUNE

petits retouchoirs (encore que, dans ce cas, et comme tes (57,75 mm X 24,5 mm ; ép. : 17,85 mm). Sa sur
elle le note elle-même, on explique mal la présence face d'usure mesure environ 2,2 mm X 1,6 mm
du lustre), ou bien encore de polissoirs pour lisser des et est, cette fois, perpendiculaire à l'axe longitudinal
objets de bois. Elles les appelle «assouplisseurs ou du galet, ce qui signifie que celui-ci était tenu
polisseurs» (Julien, 1985, p. 212). En plus de ces verticalement (fig. 14, n° 5). Un autre galet de grès,
galets, M. Julien signale quelques plaquettes natur de même provenance, a une surface toute usée et
elles aux bords abrasés et lustrés qui pourraient lissée ; un de ses bords est si usé qu'il forme un
également être associées à un travail sur un solide méplat à aspect luisant, , lustré (85,25 mm X
souple (peau?) (ibid., p. 213). Nous ne connaissons 52,9 mm ; ép. max. : 32 mm). Cette fois, le galet
pas, pour l'instant, d'équivalent paléolithique. était tenu verticalement sur un de ses flancs et a
Pour le Paléolithique, nous avons repéré des sans doute travaillé d'avant en arrière par rapport
petits galets allongés présentant des arêtes lustrées à la main, comme l'indique l'obliquité de sa surface
dont une grande partie de la surface est brillante et d'usure (fig. 14, n° 4).
adoucie. Ils ont pu servir à travailler la peau ou le
cuir. Nous les avons provisoirement qualifiés de ***
«lissoirs». H. Bégouën présente des galets comparab
les provenant des Trois-Frères, de Marsoulas et du Une liste fonctionnelle comme celle que nous
Mas d'Azil. Il les interprète comme «retoucheurs de nous sommes efforcé d'élaborer est autant un
silex», bien que l'usure de leurs bords évoque plutôt programme de travail qu'un résultat.
des lissoirs (Bégouën, 1924). Il en est de même pour Pour justifier la pertinence de notre classif
les galets «usés en biais à l'extrémité» signalés à ication, nous avons illustré chacune de ces rubriques
l'abri de Jolivet par Bouyssonie et Delsol (1930, par des exemples provenant d'une part de l'ethno
p. 372-373). D'autres galets, de forme allongée et graphie, d'autre part de l'archéologie paléolithique.
oblongue et dont la dimension peut être très Le recours à l'ethnographie se justifiait, comme on
variable, possèdent une cassure (ou «troncature») l'a expliqué, par le fait qu'elle nous livrait des objets
dont la surface, entièrement aplanie et «lustrée», dont la fonction est connue, et qu'on pouvait donc
présente même parfois un brillant qui évoque, classer sans ambiguïté, ce qui n'est pas le cas a priori
comme précédemment, un contact avec de la peau, pour un document paléolithique. Il permet donc de
du cuir ou toute autre matière susceptible d'être à donner immédiatement de la chair au squelette que
l'origine d'un «poli» d'utilisation. constitue au départ toute classification, ce que les
objets paléolithiques ne permettent pas en principe
Exemples. Il convient de présenter ici une «molette sans des hypothèses qui ne doivent intervenir que
de corroyage» étudiée par V. Roux (fig. 6, n° 7). dans une étape ultérieure du travail. Le développe
Parmi les petits «lissoirs» paléolithiques de forme ment de l'étude a fait apparaître un second intérêt
allongée, nous avons sélectionné un document prove du recours à l'ethnographie. Il s'agit du fait que les
nant de Laugerie-Haute (couche 2) et conservé au données ethnographiques peuvent suggérer des hy
Musée d'Aquitaine, coll. Lalanne. C'est un petit pothèses fonctionnelles13.
galet de calcaire fin blanc probablement jurassique
mesurant 51,1 mm X 14,3 mm, son épaisseur n'excé
dantpas 7,1 mm. Ses deux faces sont si usées à leur
extrémité qu'elles se rencontrent pour former un 13. Ainsi, par exemple, on ne trouve jamais, sur un
angle aigu (fig. 14, n° 3). Deux exemples de «lissoirs même site, toutes les catégories d'ustensiles définies. Pour la
sur troncature» ont été choisis dans la collection grotte d'Isturitz, aucun support passif ne semble avoir servi de
meule, malgré l'abondance des objets actifs correspondants.
Saint-Périer d'Isturitz. Le premier est un galet Cette absence de supports passifs a également été constatée
d'ophite (?) cassé mais qui devait être d'assez grande par M.Julien (1985, p. 211-212) à Telarmachay, Pérou, par
dimension (longueur actuelle : 51,45 mm; largeur : M. Smith (1986, p. 33) à Puntutjarpa, Australie, ainsi que par
41,35mm; épaisseur: 24,1mm). Sa surface tron B. Maguire (1965, p. 125) à Makapansgat, Transvaal. Aucune
des solutions envisageables a priori pour expliquer ce problème
quée et portant des traces de «poli» constitue un n'est réellement satisfaisante. La comparaison avec le matériel
ovale d'environ 40 mm X 25 mm et est oblique par australien suggère l'hypothèse que des objets actifs ont parfois
rapport à l'axe longitudinal du galet, ce qui signifie été utilisés dans un rôle passif. On peut certes lui objecter le
que celui-ci n'était pas tenu verticalement (fig. 14, problème des dimensions, mais on a vu que les Australiens
n° 6). Le second, de marne, date du Gravettien. Il est utilisent parfois deux molettes à la place d'une meule et d'une
molette, et "des kulki ou des haches en guise d'enclume. Du
morphologiquement très proche du précédent et est reste, nous avons déjà observé de nombreux outils pluri-
intéressant par ses dimensions beaucoup plus fonctionnels, notamment dans la collection d'Isturitz.
GALETS ET PLAQUETTES AU PALÉOLITHIQUE 61

Les habitudes gestuelles développées dans l'ut activités comme celles concernant l'utilisation des
ilisation des outils étudiés ici sont encore observables plantes par exemple.
sur certains terrains ethnographiques et peuvent L'étude de la localisation de ces ustensiles dans
aussi être reproduites expérimentalement. La l'habitat et de leur association éventuelle avec
comparaison entre les traces obtenues expérimenta d'autres vestiges peut apporter des informations
lement et celles observées sur nos documents paléol palethnologiques aussi riches que celles que nous
ithiques permettrait, notre classification ayant été avons pu mettre en évidence lors de notre étude des
établie, de déterminer peu à peu la place que ceux-ci lampes dans les grottes profondes.
doivent y prendre. Les progrès accomplis dans le Ajoutons qu'il sera intéressant d'étudier aussi la
domaine de la tracéologie appliquée aux outils de répartition chronologique et spatiale de chacun de
silex permettent d'espérer obtenir des résultats ces ustensiles pour mettre en évidence l'existence
similaires sur les matières premières intéressées par éventuelle de foyers d'invention et/ou de diffusion. Il
notre étude. On voit donc qu'il faudra faire des faudra aussi se demander dans quelle mesure les
hypothèses sur nos objets paléolithiques, avec tous types d'instruments que nous aurons définis peuvent
les risques que cela comporte, mais qu'il soit clair être caractéristiques d'une époque, d'une culture
que ces hypothèses n'ont pas joué de rôle dans et/ou d'une région donnée. Mais on aura compris que
l'établissement proprement dit de la classification. nous avons énuméré là autant de chapitres d'un
Les données que nous comptons réunir grâce à programme de recherche dont la réalisation ne peut
ces différentes démarches, comparaison avec les être que progressive et dont le présent travail n'est
documents ethnographiques, reconstitution expéri que le préambule.
mentale, observation micro- et macroscopique des Sophie A. de Beaune14
traces, permettront, nous l'espérons, de mettre en
évidence la distribution de ces ustensiles dans des 14. U.A. 275 du C.N.R.S., Laboratoire d'Ethnologie
sites particuliers et leur association avec certaines préhistorique, 44, rue de l'Amiral Mouchez, 75014 Paris.
62 SOPHIE A. DE BEAUNE

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