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42 - CHAPITRE II - MATIÈRES, TECHNIQUES ET DÉCOR - - LES CROIX RELIQUAIRES PECTORALES BYZANTINES EN BRONZE - 43

II. Le moule surface tendre de la cire facilite alors l’adjonction d’incisions modèle en cire. On obtient alors des objets morphologi- l’introduction, dans le métal, de bulles d’air, qui sont
très fines et précises, permettant ainsi à l’artisan d’indivi- quement similaires, mais qui se distinguent par des détails susceptibles de se former sur la paroi interne des moules
1. Les moules d’argile dualiser certaines pièces tout en conservant une ligne de dans l’ornementation. La surface métallique de l’objet final d’argile. L’observation à la loupe binoculaire du fragment
production en série. Ce cas de figure s’observe, par exemple, pourra également subir des retouches avec des instru- d’un volet de croix-reliquaire pectorale en bronze conservé
La méthode la plus simple pour la coulée en série sur des plaques-boucles mérovingiennes coulées en grand ments de gravure et de ciselure. Un procédé similaire est au musée de Saint-Germain-en-Laye révèle des traces de
d’objets en bronze consiste à façonner un moule bivalve nombre à partir d’un même modèle. Ces pièces se rappro- observé sur les encensoirs sphériques en bronze au décor granulation à l’intérieur des lignes en creux du décor, qui
en argile par surmoulage136. Le décor de l’objet, qui va se chent des croix-reliquaires en bronze tant par leur tech- en relief. L’examen sous binoculaire de certains exemplaires restent très régulières dans l’ensemble. Il est possible de
répercuter en négatif sur le moule, pourra éventuellement nique de fabrication que par certains éléments de leur a révélé, en effet, des traces de coups de ciselet sur la sur- suggérer que les contours de la figure ont été obtenus par
subir des retouches avant le séchage du moule. Une alter- décor, comme les bandes de guillochis, les cavités circu- face métallique140. moulage et retravaillés ensuite par gravure141. Le recours
native à ce procédé est illustrée par une matrice en plomb laires ou les cercles concentriques139. Les positifs en cire L’observation à la loupe binoculaire d’une série de croix- analogue à une pré-empreinte est également suggéré par
conservée au Musée byzantin d’Athènes, qui porte l’em- subissent un enrobage à l’argile où l’on ménage un trou de reliquaires en bronze permet de configurer le recours à un groupe de trois croix-reliquaires identiques respective-
preinte en « positif » d’un volet de croix-reliquaire pecto- coulée et des évents. La propension à la dilatation de la la technique de la cire perdue dans un moule d’argile. ment conservées à Cologne (cat. no 399), à Toronto (cat.
rale en bronze. L’objet servait probablement à faire des cire doit cependant être prise en compte pendant la phase La face intérieure du volet d’une croix-reliquaire conservée no 400) et à Étampes (cat. no 401) (fig. 22-24). L’artisan,
moules en argile, en deux parties, dans lesquels on a coulé de cuisson du moule, qui permet l’évacuation de la cire, dans une collection privée à Étampes, décorée de la repré- qui a maladroitement incliné son outil au moment de la
des croix-reliquaires (fig. 21)137. L’usage de moules en plomb à laquelle on substitue le métal. L’artisan doit veiller à sentation en relief de la Vierge orante, comporte une gerce, réalisation de certains plis du manteau, aurait eu du mal
est attesté, par exemple, pour la fabrication de fibules garder un moule chaud pendant la coulée afin de faciliter probablement due au métal qui s’est glissé dans une à retrouver la même inclinaison sur les autres exem-
ansées du haut Moyen Âge138. Ce procédé peut être enrichi la pénétration du métal tout en lui assurant une meilleure fissure formée dans le moule au moment du chauffage de plaires si ces derniers avaient été décorés à neuf. L’effet-
d’une phase intermédiaire consistant à couler des « positifs fluidité. Le moule est brisé au moment du décochage et l’argile (fig. 21bis). Des défauts de fonte tels que des poches miroir de l’inscription Pavblo("), qui se répercute sur les
secondaires » en cire à l’intérieur du moule d’argile. La livre un objet métallique restituant tous les détails du et des boursouflures peuvent également être provoqués par trois specimens, fournit une autre preuve de l’existence

Fig. 21 - Matrice en plomb pour volets de croix-reliquaires pectorales en bronze, xe-xie siècle,
Musée byzantin d’Athènes, no d’inv. XAE 500/T 210 (cat. exp. Everyday Life, 2000, no 91, p. 103).

Fig. 21bis - Croix-reliquaire pectorale en bronze, xe-xie siècle,


collection privée, Étampes (cat. no 112).
136. L’argile est mélangée à un matériau réfractaire tel que le sable ou la brique pulvérisée pour rendre les parois du moule plus poreuses et
favoriser ainsi l’échappement des gaz formés par la coulée, voir Untracht, 1982, p. 483 ; Maryon, 1971, p. 200.
137. Musée byzantin d’Athènes, no d’inv. XAE 500/T 210 (cat. exp. Everyday Life, 2000, no 91, p. 103). Cette matrice fera l’objet d’une publi-
cation conjointe avec M. Antonis Tsakalos, conservateur au Musée byzantin d’Athènes.
138. Bonnet et Martin, 1982 et Foltz, 1980. Nos remerciements s’adressent à monsieur Patrick Périn, qui nous a fourni les indications 140. Dürr, 1981, p. 8-10.
bibliographiques sur le sujet des moules en plomb. 141. Musée des Antiquités nationales de Saint Germain-en-Laye, no d’inv. 50859. Nos remerciements vont à Françoise Vallet, qui nous a
139. Périn, 1982, p. 71-72 ; Périn, 1983, p. 887-889 ; Périn, 1985, p. 767-769. permis d’examiner cette pièce à la loupe binoculaire.

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