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2ème année groupe 1 – Droit administratif semestre 2

Eléments de correction

Sujet pratique

1 – Les faits

M. Amegboh a été renversé par une vague sur la plage de la grande Anse, située sur le
territoire de la commune de Deshaies, en Guadeloupe. Aucune signalisation n’indiquait les
dangers encourus sur cette plage pourtant très fréquentée. En outre, les secours n'ont pu être
appelés qu’à partir d’une station service éloignée de la plage. La victime a subi un important
préjudice corporel, en raison de fractures cervicales.

2 –La procédure

M. Amegboh et sa mère, Mme Sabine, ont souhaité engager la responsabilité pour


faute de la commune. Mme Sabine est une victime par ricochet : elle a subi indirectement un
préjudice moral en raison du handicap de son fils.
Ils ont, pour cela, d’abord dû demander une indemnisation à la commune elle-même.
De cette demande est née une décision préalable de la commune, nécessaire avant d’intenter
toute action en justice.
M. Amegboh et sa mère ont alors saisi le tribunal administratif de Basse-Terre. Ce
dernier a fait droit à leur demande et a condamné la commune à les indemniser. Il a
notamment considéré que la commune avait commis une faute en s’abstenant de mettre en
place un dispositif d’alerte à proximité de la plage.
La commune a alors fait appel du jugement du TA. La Cour administrative d’appel de
Bordeaux a annulé le jugement du TA et refusé d’indemniser les requérants, en considérant
qu’aucune faute ne pouvait être reprochée à la commune.
M. Amegboh et sa mère se sont alors pourvus en cassation devant le Conseil d’Etat.

3 – la nature du recours dont est saisi le Conseil d’Etat et le type de contentieux

Le Conseil d’Etat est ici saisi d’un recours en cassation. L’impétrant se devait, dans le
cadre de cette question, développer les grands traits de ce recours tels qu’ils figurent dans le
cours de Madame Gonod. Il était aussi possible de relever qu’en l’espèce, après avoir cassé
l’arrêt d’appel, le Conseil d’Etat va directement se prononcer au fond, sans renvoyer le
contentieux à une autre Cour d’appel, ainsi que l’y autorise l’article L. 821-2 CJA. Dans ce
cas, le Conseil d’Etat statue en tant que juge du fond.
Le contentieux que le Conseil d’Etat devait juger est un contentieux de pleine
juridiction, ou plein contentieux. Il s’agit en effet d’une action en responsabilité, dans laquelle
le requérant demande au juge plus que la seule annulation d’une décision litigieuse comme
c’est le cas dans un recours pour excès de pouvoir. On rappellera que, dans un contentieux de
pleine juridiction, le juge se place à la date du jugement pour trancher le litige, prenant ainsi
en compte les changements intervenus dans les circonstances de droit et de faits depuis
l’origine du litige.

Document imprimé le 04/05/2018 à 19h43 par Papa Sarr (identifiant:182557 :: email:padiegane@gmail.com :: mdp:marie)
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4 –La distinction entre police spéciale et police générale

La police spéciale peut se caractériser de trois façons différentes :


- elle est souvent confiée à une autorité de police différente de celle qui serait
normalement compétente en matière de police générale.
- elle s’exerce par des procédures spéciales, prévues par des dispositions législatives ou
réglementaires spécifiques
- elle a une finalité différente de la police générale. Alors que cette dernière vise la
prévention de l’ordre public (entendu comme la tranquillité, la sécurité, la salubrité, la
moralité en cas de circonstances locales et la dignité de la personne humaine), la
police spéciale peut viser toute finalité d’intérêt général.

En l’espèce, le juge rappelle que le maire cumule un pouvoir de police générale et un pouvoir
de police spéciale.
Le maire exerce un pouvoir de police générale sur le territoire de sa commune afin d'y
assurer la sécurité, la tranquillité et la salubrité publiques. Cette police s'exerce sur le rivage
jusqu'à l'eau. L’article 131-2 du Code des communes rappelle ainsi que « la police municipale
compote notamment (…) le soin de prévenir par des précautions convenables (…) les
accidents et les fléaux calamiteux », ainsi que de « pourvoir d’urgence à toutes les mesures
d’assistance et de secours ». Ces dispositions, qui évoquent clairement la « police
municipale » dont le maire à la charge (v. aujourd’hui, art. L. 2212-2 CGCT), se réfèrent à un
aspect de la mission de sécurité publique, composante traditionnelle de l’ordre public et but de
la police générale.
Un pouvoir de police spéciale des baignades en mer est en outre attribué aux maires
des communes littorales. Cette police s'exerce en mer jusqu'à 300 mètres à compter de la
limite des eaux à l'instant considéré. Cette police spéciale vise la sécurité des lieux de
baignade. C’est ce que rappelle l’ex- article 131-2-1 du Code des communes. Cette police du
maire est une police spéciale de par son objet (la baignade) et du fait de l'espace très
spécifique sur lequel elle se déploie (l’espace maritime jusqu’à une limite fixée à 300 mètres à
compter de la limite des eaux. Elle est pourtant très proche d’une police générale, en raison de
son but et de l’autorité compétente. En effet, cette police est confiée à la même autorité que
l’autorité de police générale, à savoir le maire. En outre, elle vise le même but que la police
générale, en l’occurrence la protection de la sécurité publique.

Suivant cette distinction, c’est bien son pouvoir de police spéciale qu’aurait du mettre
en œuvre le maire. Le juge considère en effet que le maire aurait du prévenir tout accident en
édictant « les mesures appropriées en vue d’assurer la sécurité des baigneurs ». La mesure que
le maire devait édicter concernait donc bien l’espace géographique délimitant le pouvoir de
police spéciale.

5 – La responsabilité de la commune

Dans les cinquièmes et sixièmes considérants reproduits, le juge se prononce sur la


responsabilité de la commune. Il considère que cette dernière est entièrement responsable des
dommages subis par M. Amegboh et sa mère. Pour ce faire, le juge avait déjà caractérisé le
dommage des requérants (le handicap du fils, le préjudice moral de la mère, indemnisable
depuis CE, 1961, Letisserand). Il considère surtout que ces préjudices sont la conséquence
directe d’une faute de la commune. Cette faute résulte de la carence du maire dans l’exercice

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de son pouvoir de police (A). Elle est de nature à engager la responsabilité de la commune
(B).

A – Une faute résultant de l’abstention de l’autorité de police


Selon le juge, le fait pour la commune de ne pas prendre les mesures de signalisation
des dangers qui excèdent ceux contre lesquels les usagers doivent normalement se prémunir
est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de la collectivité publique. Les
autorités de police ont en effet une obligation d’action, qui leur impose de prendre toute
mesure utile pour prévenir une atteinte à l’ordre public (CE, 1959, Doublet). En l’espèce, le
maire s’est abstenu d’agir et a ainsi commis une illégalité fautive.
Cette faute, bien que commise par un agent du service, demeure une faute de service,
et non une faute personnelle du maire : elle a été commise dans l’exercice des fonctions du
maire, et est en tout état de cause rattachable au service (TC, 1873, Pelletier).

B – Une faute de nature à engager la responsabilité de la commune.


Le juge relève que la faute de l’autorité de police n’est qu’une faute « simple » (il
n’utilise pas le qualificatif de faute « lourde »). Cette simple faute suffit à engager la
responsabilité de la commune. On sait en effet qu’en matière d’activité de police, les missions
qui ne présentent aucune difficulté engagent la responsabilité du service pour faute simple. Ce
n’est que quand la mission présente une difficulté particulière que le juge exige un faute
lourde pour engager la responsabilité de la puissance publique (CE, 1972, Marabout).
En outre, cette faute est la cause directe du préjudice subi. Il n’existe pas en l’espèce
de cause d’exonération : le juge relève en effet « l’absence de toute imprudence établie de la
victime ». Il n’ya donc pas de faute de la victime susceptible d’atténuer la responsabilité de la
commune.

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Sujet théorique : Dissertation

Le recours pour excès de pouvoir est-il toujours un recours « original » ?

Analyse du sujet

Ce sujet de dissertation ne reprend la forme classique des sujets de Madame Gonod, à


savoir des sujets courts, précis et non problématisés. Pour une fois, le sujet prend la forme
interrogative et pose directement une question à l’étudiant. Mais, comme d’habitude, la
dissertation est plutôt difficile d’accès afin d’orienter les étudiants vers le commentaire
d’arrêt.

Le sujet concernait le contentieux administratif Les connaissances mobilisables pour


ce sujet figuraient à la fois dans le cours de Madame Gonod et dans les fiches de TD relatives
au contentieux administratif (séances relatives au recours pour excès de pouvoir, aux
procédures d’urgence). Mais certains éléments de la dissertation pouvaient être trouvés dans
d’autres thèmes, et notamment celui relatif aux contrats, eu égard aux évolutions récentes du
contentieux contractuel.

Il convenait évidemment d’éviter de procéder à une énumération sous forme de


catalogue de toutes les connaissances relatives au recours pour excès de pouvoir. A l’instar de
toute dissertation, un tel sujet impliquait une argumentation en réponse à une problématique
précise.

Délimitation du sujet

La définition des termes du sujet permettait de délimiter ce dernier. Celle du recours pour
excès de pouvoir (ci-après « REP ») ne posait pas de difficulté. Le terme « original » était plus
délicat. Il impliquait de se demander en quoi le recours pour excès de pouvoir diffère non
seulement des recours devant le juge judiciaire, mais aussi des autres recours de la procédure
administrative contentieuse, et notamment le recours de pleine juridiction. Ainsi, les solutions
communes au juge de l’excès de pouvoir et au juge du plein contentieux ne devaient pas
figurer dans le devoir (comme, par exemple, l’absence de contrôle de constitutionnalité des
lois).

Le terme « toujours » impliquait de se demander en quoi le REP est/ a été un recours


original, et si cette originalité a survécu aux évolutions récentes de ce recours.

Problématique possible

Il était donc ici possible de s’interroger sur l’évolution contemporaine du recours pour
excès de pouvoir, afin de montrer que cette évolution maintient l’originalité du REP tout en
gommant certaines de ses spécificités.

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Les grands axes d’un plan

A cette question, il était possible de répondre en montrant que si le REP est toujours
un recours « original » au regard des autres recours contentieux (I), certains aspects de cette
singularité tendent aujourd’hui à s’effacer en raison de l’évolution du droit positif (II).

I – L’originalité persistante du REP

L’originalité du REP est double : elle concerne tant la nature du recours (A) que les
pouvoir du juge (B).

A – L’originalité de la nature du recours


Le REP est un recours objectif – un « procès fait à un acte » – qui consiste uniquement
à vérifier la légalité d’un acte administratif. Le requérant agit donc « pour le compte de la
légalité » (R. Chapus). Et si le juge annule la décision, ce ne sera pas pour réparer le tort fait
au requérant, mais pour rétablir la légalité. Le juge ne reconnait donc pas de droit à l’égard du
requérant et le contentieux n’est pas subjectif. Il en résulte que le REP est un recours d’ordre
public, qui existe même sans texte et que l’on ne peut renoncer par avance à exercer (Ce, Ass.,
1950, Dame Lamotte).
Cette nature particulière du recours explique surtout les solutions très libérales
concernant la recevabilité du recours, et notamment celles en matière d’intérêt à agir. On sait
en effet que le juge apprécie souplement cet intérêt à agir, et la dissertation devait le montrer
au travers d’exemples symptomatiques (comme CE, 1958, Abisset). Il était possible de relever
aussi qu’un ministère d’avocat n’est pas nécessaire pour exercer le recours.

B – L’originalité des pouvoirs du juge


Dans le cadre du REP, les pouvoirs du juge sont limités : il ne peut que décider
d’annuler l’acte qui lui est déféré, et seulement si la décision est contraire à la légalité. Il ne
saurait réformer la décision de l’administration, ou même allouer des dommages et intérêts.
L’annulation emporte alors la disparition rétroactive de la décision. Elle a l’autorité absolue
de chose jugée.
En outre, le recours pour excès de pouvoir n’a pas de caractère suspensif. Le caractère
exécutoire des décisions administrative est en effet « la » règle fondamentale du droit public
(CE, Ass., 1982, Huglo).
Enfin, le juge de l’excès de pouvoir ne peut, en principe être saisi d’un contrat
administratif.

II – L’effacement contemporain de certaines singularités du REP

Les évolutions contemporaines du recours pour excès de pouvoir tendent à en gommer


certaines singularités, banalisant de ce fait ce recours (A). Mais, plus encore, c’est le REP lui-
même qui tend aujourd’hui à s’effacer au profit du recours de plein contentieux.

A - La « banalisation » du REP
Plusieurs évolutions vont dans le sens de cette banalisation
D’abord, le juge peut parfois faire plus qu’annuler : il peut en effet enjoindre à
l’administration d’adopter un acte dans un sens déterminé, afin de garantir l’exécution de la
décision de justice. Il peut aussi moduler dans le temps les effets de sa décision (CE, Ass.,
2004, AC !; CE, Sect., 2006, Techna), et ainsi différer l’annulation ou le rejet de la demande.
Cette modulation dans le temps constitue d’ailleurs une forme de subjectivisation du recours,

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puisque le juge la prononce dans le but de garantir la sécurité juridique des requérants, et donc
leur intérêt privé. Il était aussi possible de relever que le juge peut parfois ne pas annuler alors
même que l’acte présente un vice (cf. substitution de motifs).
Ensuite, le juge a progressivement ouvert le recours pour excès de pouvoir contre
certains contrats administratifs. S’il admettait depuis longtemps qu’un REP soit formé contre
les actes détachables du contrat (CE, 1905, Martin), il a plus récemment admis qu’un REP
soit dirigé contre les clauses réglementaires d’un contrat administratif (CE, Sect., 1996,
Cayzeele) ou contre un contrat de recrutement d’un agent public (CE, Sect., 1998, Ville de
Lisieux).
Enfin, la réforme des référés administratifs par la loi du 30 juin 2000 a permis
l’émergence de procédures d’urgence efficaces, permettant la suspension dérogatoire de l’acte
contesté. Il convenait ici de développer les procédures de référé suspension et de référé
liberté.

B – La disparition du REP
Le REP tend aujourd’hui à s’effacer progressivement au profit du recours de plein
contentieux. Ceci est d’abord l’œuvre du législateur, qui a institué un certain nombre de
recours de pleine juridiction contre les actes de certaines autorités administratives
indépendantes intervenant dans le domaine économique.
Mais le juge a aussi contribué à cette disparition progressive du recours pour excès de
pouvoir. L’exemple le plus marquant est l’institution d’un recors de plein contentieux contre
certains contrats administratifs, ouvert aux concurrents évincés de la conclusion du contrat
(CE, Ass., 2007, Société Tropic travaux signalisation). Plus récemment, le juge a fait évoluer
le contentieux des sanctions administratives de l’excès de pouvoir au plein contentieux (CE,
Ass., 2009, Société Atom).
Mais cet effacement du REP au profit du recours de plein contentieux contribue peut-
être à maintenir sa singularité, le REP devenant de plus en plus exceptionnel…

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