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Institut Catholique de Paris –Faculté de Sciences Sociales et Economiques

Comment concilier transition écologique et


transition sociétale ?

Charlotte HOARAU
Master 1 Solidarités : Action internationale et économie sociale et solidaire
Sous la direction d’Elena Lasida

Septembre 2016

0
Remerciements

Tout d’abord, je tiens à remercier l’Institut Catholique de Paris, pour la qualité de sa


formation, l’équipe pédagogique du Master Solidarités, où j’ai pu grâce à leurs enseignements
confronter les différentes disciplines étudié cette année. Un grand merci à Elena Lasida, mon
maître de mémoire, pour son dynamisme, son implication et sa présence tout au long l’année.

J’adresse aussi mes remerciements à l’Université Catholique de Lille, plus particulièrement à


l’équipe des Ateliers Humanicité où j’ai effectué mon stage ainsi que Laura Grivet et
Stéphane Soyez, mes tuteurs de stage qui m’ont apporté de très bons conseils et m’ont formé
lors de ces cinq mois auprès d’eux.

Ce fut une chance pour moi de pouvoir découvrir deux établissements universitaires aux
valeurs communes. J’y ai trouvé un aspect théorique mais aussi pratique.

Je tiens à remercier les personnes qui m'ont aidé dans la réalisation de ce mémoire :

Ma famille, plus particulièrement mon père ainsi que ma mère pour leurs relecture et leurs
présence.

Khaled Boudjedra pour avoir relu et apporté des conseils pour l’unedes parties de mon
mémoire.

François-Xavier Connen pour ses conseils et m’avoir aidé dans les débuts de ma rédaction
afin que je puisse y voir plus claire.

Salah, vendeur de livres aux abords de Beaubourg, pour sa gentillesse, son originalité et qui
m’a permit d’avoir deux beaux livres sur l’écologie.

Enfin, les rencontres fortuites à la bibliothèque me permettant de réfléchir sur des points dont
je n’avais pas pensé au départ.

1
« On dirait que l’homme est destiné à s’exterminer lui-même après avoir rendu la planète
inhabitable »
Lamarck, 1820

« Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle. »


Thomas Jefferson, 3eme président des USA (1801-1809)

« Ce n’est pas une époque de changement, c’est un changement d’époque que nous vivons. »
Raphael Correa, président de l’équateur

« A mesure qu’un système s’approche de ses limites écologiques, les inégalités ne font que
s’accroître. »
Rapport Brundtland (1987)

« Jusqu’où la nature humaine permet-elle une bonne société ? Jusqu’où la société permet-elle
une bonne nature humaine ? »
Abraham Maslow, Psychologue (1971)

« C’est le mode de consommation occidental qui est mis en question aujourd’hui »


Edwin Zaccai, (2008), Professeur et directeur du centre d’études du développement durable à
l’Université libre de Bruxelles

« Difficile pour un homme de comprendre une chose, si son salaire dépend de ce qu’il ne la
comprenne pas. »
Upton Sinclair, écrivain

« Le dérèglement climatique ne respecte pas les frontières ; il se moque que vous soyez riche
ou pauvre, grand ou petit. Ce défi planétaire exige une solidarité internationale. »
Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations-Unies, 21 septembre 2001.

2
Sommaire

Quelques citations 2

Remerciements 3

Introduction 6

Partie I : Approche globale et conceptuelle d’une transition écologique et


sociétale

1.1 La prise de conscience environnementale 12


1.2 La Stratégie française 13
1.3 Production et progrès 16
1.4 L’ère de la nouvelle technologie 19
1.5 La finance 20
1.6 L’écologie et agriculture respectueuse 21
1.7 Gaspillage alimentaire 22
1.8 L’exode rural 23
1.9 Croissance économique et réchauffement climatique 24
1.10 Faible croissance et opportunités 26

Partie II : Les solutions par domaines d’activités

2.1 Transports, mobilité, accessibilité 28

2.2 Nouvelles formes d’énergie 30


2.3 L’éducation au développement durable (EDD) 33
2.4 Alimentation durable 34
2.5 Réinventer nos modes de production 35
2 .6 Redéfinir nos modèles économiques 38
2.7 Finance responsable 40
2.8 Les exemples innovants de démarches locales 41

3
Partie III Application concrète : la région Hauts de France avec deux cas :
le quartier Humanicité et l’Université catholique de Lille
3.1 Le quartier Humanicité

3.1.1 Présentation du projet 43


3.1.2 Un essai vers une transition sociétale plus qu’écologique :
Perspectives de faire « d’Humanicité » un éco-quartier 47
3.1.3 L’accessibilité 50
3.1.4 Mixité et participation sociale dans le quartier 55
3.1.5 L’événement « L’éveil des sens » 58
3.1.6 Futurs projets du quartier 61

3.2 L’Université Catholique de Lille (UCL) :

3.2.1 Une Université en route vers une transition énergétique, écologique, 63


économique et sociale
3.2.2 Le forum ouvert Live Tree 2016 66
3.2.3 Les freins à l’engagement citoyen des étudiants 67
3.2.4 L’UCL, son référentiel plan vert et ses deux chaires environnementales 68

3.2.5 Les projets étudiants en relation avec le « living lab » Humanicité 71

Conclusion 72

Bibliographie 74

Annexe 1 : Tableau explicative des différentes évolutions de l’anthropocène 77


de 1950 à nos jours
Annexe 2 : Carte de l’Europe regroupant les différents réacteurs nucléaire 78
: L’Europe, toujours surnucléarisée »
Annexe 3 : Répartition par source des émissions de GES en France en 2013 79
Annexe 4 : Les multiples circuits de la fabrication d’un téléphone portable 80
à travers le monde
Annexe 5 : Niveau de dégradation des sols dans le monde 81
Annexe 6 : Evolution de la consommation de viande en France 82
entre 2009 et 2013

4
Annexe 7 : Evolution de la croissance du PIB, des émissions de CO2(…) 83
de 1970 à 2004
Annexe 8 : Evolution des encours en ISR sur les trois dernières années 84
Annexe 9 : Repères chronologiques du quartier Humanicité 85
Annexe 10 : Article de journal direct matin : « L’éveil des sens » 86
Annexe 11 : Programme de l’événement participatif : « L’éveil des sens » 87

5
Introduction

L’humanité est victime, depuis 4 à 5 décennies, d’exils de réfugiés climatiques qui fuient la
montée des océans au Bangladesh, la pollution de l’air, de l’eau et des sols par des industries
mal maitrisées comme c’est le cas aux USA avec l’exploitation du charbon, les catastrophes
nucléaires comme à Fukushima. Nous pouvons aussi citer l’érosion de la biodiversité dont
l’ours polaire est devenu le symbole, l’altération des écosystèmes marins qu’aggrave
l’aquaculture ou encore la déforestation au Brésil qui finit par conduire au manque d’eau à
Sao Paulo. La liste est longue, nous n’allons pas en faire l’inventaire, seulement prendre ces
quelques exemples afin de constater qu’il est maintenant impératif de prendre les mesures
nécessaires pour un développement plus durable.

Le climat se réchauffe en raison des émissions anthropiques de gaz à effet de serre1,


accumulant des nuages noirs à l’horizon comme déjà il en existe au-dessus de nous. Le
progrès des uns met en péril la demeure de tous et cause à l’humanité comme à la création
toute entière des préjudices immenses et irréparables.

On répète souvent que la richesse des uns finira par faire aussi celle des autres et l’on tient les
sociétés en haleine dans une course à l’avoir-toujours-plus au détriment de l’être-soi. Nous
restons aujourd’hui toujours dans une logique où le superflu des uns est sans limite tandis que
l’essentiel des autres n’est pas satisfait. Parce que la terre regroupe autant l’économique, le
social, l’environnemental, l’éthique, le philosophique voire le spirituel, des questionnements,
des plus importants, se posent alors à nous : Pendant combien de temps cette planète va être
habitable ? Que voulons-nous réellement ? Quelle définition donnons-nous maintenant à la
croissance ?

Compte tenu de la crise climatique, l’idée que l’on pourrait conserver les mêmes modes de
production qu’au XXème siècle est absurde voire mortelle. La crise est donc le moment ou
jamais de s’interroger sur notre mode de développement, sur le sens du « toujours plus », et
d’investir massivement dans de nouvelles façons de produire, plus économes et plus utiles
socialement.

1
Les Gaz à Effet de Serre (GES) sont des gaz qui absorbent une partie des rayons solaires en les redistribuant
sous la forme de radiations au sein de l'atmosphère terrestre, phénomène appelé effet de serre.
Plus d’une quarantaine de gaz à effet de serre ont été recensés par le Groupe Intergouvernemental d’Experts
sur l’Evolution du Climat (GIEC).

6
De nombreux chercheurs de tous domaines, hommes politiques, écologues, scientifiques,
citoyens du monde ont trouvé différentes solutions pour qu’une transition écologique se mette
en place. Cependant, celle-ci ne peut se faire sans une transition plus large qu’est la transition
sociétale. Dans ce mémoire, nous allons tenter de donner des éléments de réponse à la
question suivante : Comment concilier transition écologique et sociétale ?

Afin de comprendre au mieux le sujet, il est important de définir les termes de celui-ci.
Une transition est le procédé qui correspond au passage d’un état à un autre.

La transition écologique2 est le passage du mode actuel de production et de consommation à


un mode plus écologique. Celle-ci correspond à un changement de modèle économique et
social, qui transformera en profondeur nos façons de consommer, de produire, de travailler et
de vivre ensemble.

Celle-ci rassemble différents types de transition telles que la transition agro-alimentaire,


énergétique, industrielle (avec la production de biens durables facilement réparables et
recyclables, des services proposant un partage et une meilleure utilisation des biens). Un
changement dans l’utilisation que l’on fait des transports est tout aussi important grâce à une
réorientation vers une éco-mobilité : auto partage, covoiturage, télétravail.

Elle correspond aussi à la préservation de la biodiversité ainsi qu’un urbanisme reconsidéré


avec une fiscalité réorganisée pour inciter à économiser l'eau, l'énergie, les matières premières
et à réduire les déchets ou pollutions.

On peut citer aussi la transition exposée par le ministère de l'écologie, du développement


durable et de l'énergie3 qui la définit comme suit : « La transition écologique implique une
utilisation rationnelle et efficace vis-à-vis de toutes les ressources, y compris la sollicitation
des régulations naturelles (climat, écosystèmes), et de résilience face aux aléas climatiques
pour les territoires, les procédés industriels et agricoles, les biens et les services. »

Il est important de bien distinguer transition écologique et transition énergétique :


"Contrairement à certains raccourcis du débat public ou du discours politique, la transition
écologique n'est pas réductible à la "transition énergétique". Elle renvoie à une redéfinition en
profondeur des modes de vie et de relations entre les êtres et la nature, des systèmes de pensée

2
Le terme « écologie » vient du grec oikos (« maison », « habitat ») et logos (« science », « connaissance ») :
c'est la science de la maison, de l'habitat.
3
http://www.developpement-durable.gouv.fr

7
et d'action, et de la relation au temps. Elle propose une transformation globale du modèle de
développement actuel."4

Le mot « sociétal » est large de définition, en esquisser une, un tant soit peu claire et précise,
n’est pas chose aisée. Il concerne des sujets dits de « société ». L’expression regroupe des
thématiques ayant trait aux comportements de l’individu et à l’évolution des mœurs de la
société. Il s’agit d’un domaine en prise directe avec les modes de vie.

Ces modes conjuguent les plans collectif et individuel. Ils relèvent de schémas collectifs et
sociaux qui s’imposent aux individus. En revanche, il existe des changements délibérés de
modes de vie comme celui de réduire son empreinte écologique ou de s’alimenter en passant
par une AMAP. Nous reviendrons plus précisément sur ces changements dans les prochaines
parties.

Dans ce concept-ci, la transition sociétale représente le passage de comportements humains


non adaptés à une transition écologique à des comportements plus respectueux des différentes
thématiques permettant un changement plus durable de la société.

Si l’on regarde le dernier rapport de l'Intergovernmental Panel on Climate Change5 (IPCC,


2014), ou aussi appelée groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
(GIEC), il est indiscutable que l'homme transforme profondément la terre.

Si l’homme est à l’origine des conséquences désastreuses sur l’environnement, une transition
sociétale, c’est-à-dire des êtres humains, parait donc indissociable d’une transition écologique,
elle-même régie par les humains. Il est donc urgent de changer nos modes de vie, afin
d’arriver à une utilisation raisonnable et réfléchie des ressources naturelles et de repenser nos
activités de manière durable et équitable à l'échelle du monde.

Cette notion « d’écologie » ou plus précisément de penser à l’environnement qui nous


entoure est présente depuis bien longtemps6. Cependant nous allons ici nous intéresser à la
période de 1970 à aujourd’hui étant la période d’une prise de conscience globale des
questions écologiques qui se sont hissées, au fil des années, au rang de préoccupations
internationales.

4
Lucile Schmid, membre du conseil politique d'Europe Écologie Les Verts - 21/11/2013
5
http://www.un.org/fr/climatechange/ipccreports.shtml
6
un des premiers écologistes : Aristote ou peut-être un de ses élèves, Théophraste, tous deux s'étant intéressés
à de nombreuses espèces animales. Théophraste décrivit les relations entre animaux ainsi que les relations
e
entre les animaux et leur environnement dès le iv siècle av. J.-C.

8
L’année 2015 fut d’ailleurs riche dans les domaines concernant le développement durable, la
protection de l’environnement ou encore l’écologie.

Il y a tout d’abord les 17 objectifs du développement durable7, nouveau programme qui fait
suite aux 8 objectifs du millénaire pour le développement, établis au sein de l’ONU en 2000.

Ensuite, la COP21, en novembre 2015, réunissant 195 chefs d’états, afin de penser à des
futures mesures pour maintenir un cadre international et multilatéral de "gouvernance du
climat". On peut donc que se réjouir de voir la majorité des acteurs de cette planète fixer un
tel objectif. Et même si aujourd’hui on sait qu’il faudra une volonté politique bien plus grande
pour libérer les ressources nécessaires, il représente une avancée incontestable : pour la
première fois il y a un engagement pris par la majorité des chefs d’état.

C’est aujourd’hui notre manière de consommer et de produire, de nous déplacer et d’habiter


l’espace, de construire nos maisons et nos villes qui est aujourd’hui interrogée par le
développement durable.

Nous nous appuierons sur le cas de la France plus particulièrement, tout en sachant que les
changements d’ordre écologique et sociétal, pour qu’ils aient un réel impact sur notre planète,
doivent être pris de manière globale. Nos propos s’appliquent donc aussi à d’autres pays.

Ce sujet a été choisi car ayant étudié durant cette année de master, une matière nommée
« développement durable » et regrettant de ne pas l’avoir travaillé avant, au vu de
l’importance de ce sujet, j’ai eu envie d’approfondir ce domaine qui est pour ma part, plein de
sens et captivant. Ce choix de sujet s’est confirmé lorsque j’ai su que j’allais faire mon stage
dans un « éco-quartier » qui n’en est pas réellement un mais qui a voulu tendre vers une
démarche plus respectueuse de l’environnement. Ce quartier nommé « Humanicité » a été
créé par l’Université Catholique de Lille qui est elle-même dans une démarche de transition
énergétique, écologique et économique. Nous détaillerons plus en détails, ces deux entités
ainsi que mon stage dans la dernière partie.

Aujourd’hui, l’une des plus grandes difficultés de nos sociétés, est d’intégrer l’importance de
changer nos comportements, nos habitudes de vie pour aller vers une sobriété heureuse, avec
moins de biens matériels mais plus de relations afin de se relier à la nature, qui nous permet
d’être ce que l’on est aujourd’hui. C’est donc aussi, et surtout, pour cela que j’ai choisi ce

7
En 1992, le Sommet de la Terre à Rio, tenu sous l'égide des Nations unies, officialise la notion de
développement durable et celle des trois piliers (économie/écologie/social) : un développement
économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable.

9
sujet afin d’apporter certaines clés afin d’atteindre une double transition, qu’elle soit
écologique et sociétale.

Sans prétendre présenter une étude détaillée, nous nous proposons d’explorer quelques
pistes sur des sujets tels que la mobilité/accessibilité, les villes dites « intelligentes », la
gestion énergétique ainsi que celle des déchets, la production et enfin l’alimentation.
Bien évidemment, à travers ces thèmes la question politique sera présente, notamment
l’écologie politique.

D’autres thèmes existent qui permettent, si le changement est présent, de donner des clés pour
une transition écologique ainsi que sociétale. Nous nous focaliserons sur ces sujets car ils sont
en rapport avec ceux que j’ai pu découvrir lors de mon stage et qu’il est difficile de traiter de
l’ensemble des facteurs permettant une transition. Nous nous baserons donc sur certains
objectifs du développement durable qui permettront, si appliqués, des transformations
globales de la société.

Notre réflexion s’articule autour de trois parties : la première est une approche conceptuelle et
globale du sujet, posant les bases théoriques de cette problématique. La seconde permet
l’explication de différentes solutions concrètes, déjà appliquées, clés de réussite afin d’aller
vers une double transition, écologique et sociétale. La dernière partie porte sur l’étude de
deux cas pratiques celui du quartier « Humanicité » ainsi que l’Université Catholique de Lille
montrant la possibilité de changements innovants.

10
Partie I : Approche globale et conceptuelle d’une transition
écologique et sociétale

Depuis plusieurs décennies, certains experts expliquent que nous sommes entrés dans l’ère
dite de l’ « anthropocène ». Cette expression a été proposée par Paul Crutzen, chimiste et
météorologue Nobélisé pour ses travaux sur la couche d’ozone.

L’ « anthropocène » est la période de l'histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités
humaines ont eu un impact global significatif sur l'écosystème terrestre.

L’espèce humaine est alors devenue la principale force de transformation géologique et a


modifié le climat planétaire ainsi que les grands équilibres de la biosphère.

Lorsqu’on analyse les différentes courbes du document en annexe 1, nous remarquons qu’il y
a une accélération forte des activités humaines entre 1950 à aujourd’hui.

Cette hausse fulgurante est engendrée par la hausse de la démographie, l’industrialisation, par
les progrès technoscientifiques, par la course aux armements nucléaires ainsi qu’à celui du
profit.

Franck Sherwood Rowland et Mario Molina publient, dans « Nature », en 1974, un article qui
fut très remarqué sur la menace que représentent pour la couche d'ozone les
chlorofluorocarbures (CFC), composés employés en grandes quantités dans les circuits de
réfrigération et dans les récipients à aérosols.

Ils montrent que les CFC, après leur libération dans l'atmosphère, sont progressivement
concentrés dans la couche d'ozone. Ils s'y décomposent ensuite sous l’influence des
rayonnements ultraviolets.

Leurs calculs montrent que, si aucun frein n'est apporté à l'utilisation des CFC, la couche
d'ozone pourrait disparaître en quelques dizaines d'années.

Leurs travaux ont été à la base des mesures de restrictions de l'usage des CFC prises à la fin
des années 1970 et au début des années 1980, puis concrétisées par l'adoption du protocole de
Montréal en 1987.

Effectivement, les années 1970 constituent l’époque où la prise de conscience commence à se


faire réellement ressentir.

11
De nombreux collectifs, associations, ONG se multiplient prônant une vision
altermondialiste8. Ces organismes sont souvent présents lorsque de grandes décisions
politiques se prennent sur le sujet, mais contestent le fait qu’ils ne sont pas assez reconnus.
C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à la COP21 en novembre 2015, où de nombreuses
contestations ont eu lieu à la suite des résultats, dénonçant notamment un manque de garanties
face à des besoins immenses9.

Pourquoi ne pas entendre ce que la société civile propose ? Etant majoritaire et luttant
activement, sur le terrain ou non, pour que le changement puisse avoir lieu. Sans l’aide de
politiques en faveur du bien commun, il est bien évidemment plus complexe de faire avancer
les choses du bon côté.

En décembre 2010, l’économiste américain Paul Krugman et Prix Nobel d’économie


expliquait : « Les fondamentalistes du marché se sont trompés à peu près sur tout, et pourtant
ils dominent la scène politique plus complètement que jamais.».

Que faire ? C’est encore une question qui reste en exergue, nous ne traiterons pas de cela,
mais il reste primordial de se la poser.

1.1 La prise de conscience environnementale


Positivons en citant quelques protocoles, déclarations ou conventions qui ont marqué
l’histoire de la prise de conscience environnementale de ces dernières décennies.

 En 1972, la conférence de Stockholm en Suède, qui place la protection de


l’environnement au rang de préoccupation internationale. La même année aura lieu la
création du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).
 Dix années plus tard, une charte pour la nature est rédigée à l’Organisation des
Nations Unies (ONU).
 En 1987, le rapport Brundtland est signé définissant pour la première fois le
concept de développement durable et donnant des pistes pour trouver des voies de
développement assurant à la fois le rattrapage des pays du Sud et la protection de
l'environnement.

8
Mouvement de la société civile qui conteste le modèle libéral de la mondialisation et revendique un mode de
développement plus soucieux de l'homme et de son environnement. (À la différence du courant de
l'antimondialisation, il ne prône pas l'action violente.) Source : Larousse Dictionnaire
9
Article EURONEWS de Marie Jamet : « Que disent les ONG de l’accord de paris ? »
http://fr.euronews.com/2015/12/14/cop21-que-disent-les-ong-de-l-accord-de-paris

12
 Le protocole de Kyoto en 1997, engage 38 pays industriels à réduire le total des
émissions de gaz à effet de serre de 5 % par rapport au niveau de 1990. Le Sénat
américain refuse sa ratification.
Sur quels domaines portent ces différents contrats ainsi que d’autres portant sur une transition
écologique? Pourquoi est-il si important de se réunir, de collaborer, pour prendre des
décisions en commun ?

Nous allons nous baser sur le cas de la France pour étayer nos propos, cependant cela
s’applique au plus grand nombre des pays avec des adaptabilités en fonction de l’évolution du
pays dans ce domaine.

1.2 La Stratégie française

En 2003, la France définit sa stratégie nationale pour le développement durable entraînant


notamment la création du Conseil national du développement durable (CNDD).

La stratégie s'articule autour de 6 axes stratégiques allant du citoyen-acteur aux rôles des
territoires en passant par l’exemplarité de l’Etat.

Elle recouvre au total 10 programmes d'actions assorties d'objectifs, de plans opérationnels


spécifiques et d'indicateurs de suivi. Ce plan a été renouvelé pour la période 2010-2013 et
dessine les voies d’une économie décarbonée, sobre en ressources naturelles et qui intègre les
dimensions humaines et sociales10.

Néanmoins, l’utilisation et la production d’énergie en France peut être source de débat.

C’est la deuxième puissance nucléaire mondiale11.

Elle ne possède donc pas le plus important parc de réacteurs mais il s’agit du pays où
l’énergie nucléaire occupe la part la plus importante dans le mix électrique. Nous savons aussi
les dangers que le nucléaire peut apporter lorsqu’on observe ce qu’a pu faire Tchernobyl ou
encore Fukushima.

Cette énergie est peut être sobre en carbone mais a de nombreuses conséquences désastreuses
telles que les déchets radioactifs dangereux pour des milliers d’années, une production
d’électricité extrêmement centralisée, sécuritaire et non démocratique ou encore la
dépendance aux importations d’uranium, notamment en provenance de pays pour lesquels

10
Document complet : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/sites/odyssee-developpement-
durable/files/21/SNDD.pdf
11
Annexe 2

13
l’exploitation se fait au détriment des populations et de l’environnement (Niger, Kazakhstan
par exemple).

Les personnalités politiques françaises en sont bien conscientes, cependant les actes manquent
encore à l’appel.

Si l’on se base sur les propos de Ségolène Royal, ministre de l’environnement, concernant les
réacteurs à fermer pour réduire de 75% à 50% la part d’électricité d’origine nucléaire à
l’horizon 2025 comme le prévoit la loi de transition énergétique, la réponse n’est pas à la
hauteur des engagements pris. La France prévoit « le non redémarrage de deux à six
réacteurs » comme le souligne la ministre lorsqu’il lui pose la question, en juillet 2016.

Au moins 24 réacteurs doivent normalement être supprimés….

Les actes sont souvent plus difficiles que les paroles. On attend de voir si les engagements
pris seront respectés mais pour l’instant nous en sommes loin.

Au niveau énergétique, le nucléaire n’est bien sûr pas le seul problème.

Le charbon émet 750g à 1100g de CO2 par kWh d’électricité produite, le pétrole 650 à 860g
de CO2 et environ 425g pour le gaz naturel.

En comparaison une éolienne émet 25g de CO2 par kWh d’électricité produite, c’est-à-dire
10 à 15 fois moins que celles les plus consommatrices de carbone.

Nous savons tous maintenant qu’un passage progressif mais aussi accéléré aux énergies
renouvelables est indispensable si nous voulons réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

Cependant les dirigeants politiques sont trop liés aux intérêts économiques responsables de la
dégradation de l’environnement naturel tels que les énergies fossiles pour faire les
changements nécessaires au bien commun. Ces liens étroits avec les compagnies pétrolières
sont des freins considérables à la transition.

Une question sans vraie réponse

J’ai eu l’occasion lors d’un séminaire de l’Institut de l’engagement12 de poser une question à
Louis Schweitzer, notamment ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius alors Ministre
délégué chargé du budget en 1981. Il est maintenant commissaire général à l’investissement.
La question était : « Selon vous, pourquoi la France investit tant dans les énergies fossiles, et

12
https://www.engagement.fr

14
n’est pour l’instant pas prête à se désengager du nucléaire 13 ? Sachant les dégâts que cela
cause à l’environnement et à nous-mêmes. »

Sa réponse ne fut pas satisfaisante car il n’a pas réellement répondu à la question, si ce n’est
que la France commence à prendre les mesures nécessaires mais que cela prend du temps.
Combien de temps alors devrions-nous attendre encore ? L’appât du gain est-il plus important
que le bien-être de notre planète ? Malheureusement, il faut bien croire que oui.

De l’énergie découle, entre autre, l’utilisation des transports qu’on pourrait aussi appeler
mobilité (maritime, aérien, automobile…). L’un des secteurs le plus émetteur de CO214.

Selon le commissariat général au développement durable, entre 1960 et 2005, la part des
transports dans le budget des ménages français est passée de 11% à 15% essentiellement à
cause de l’explosion du trafic aérien.

L’ère du pétrole bon marché a en effet duré pendant tout le XXème siècle ; la donne a
finalement commencé à changer dans les années 2000, et on voit aujourd’hui comment la
hausse du prix des carburants frappe les finances des ménages périurbains.

On peut conclure que le droit à la mobilité est en train d’être remis en cause pour une part
croissante de la population, par le triple effet des hausses des prix, de la pollution et de la
congestion.

Nous verrons dans la seconde partie comment la société civile fait pour remédier à ce triple
effet négatif.

Il existe un problème de relations entre transports et urbanisme lorsque les pays développés se
découvrent de plus en plus piégés par les choix du passé.

Energies fossiles bon marché et la motorisation généralisée ont entrainé un étalement urbain
qui à son tour a inscrit dans le béton une dépendance à l’automobile dans nos sociétés. Cet
étalement urbain qu’on essaie maintenant de réduire malgré que les dispositions de la loi
restent encore peu prescriptives15.

1.3 Production et progrès

13
Voir livre de Nicolas Haeringer : « Zéro fossile, désinvestir du charbon, du gaz et du pétrole pour sauver le
climat. »
14
Annexe 3
15
La loi SRU en 200 et le SCOT document de cadrage nés après l’adoption du Grenelle de l’environnement.

15
Les transports amènent le vaste sujet de la production, dorénavant mondialisée depuis
plusieurs décennies. L’humanité n’a jamais consommé autant qu’aujourd’hui. On considère
ainsi que la consommation de ressources naturelles est aujourd’hui supérieure de 50% à ce
qu’elle a été il y a trente ans. Pourquoi une telle augmentation ? La mondialisation en est
l’une des principales raisons due aux importations en provenance des pays émergents, où le
coût du travail est bas et celui des transports moindre. Puis, les progrès spectaculaires et sans
fin de la productivité ont amené à faire baisser les coûts de fabrication et donc a faire
diminuer les prix, la propension à consommer des ménages est donc plus forte.

Prenons un exemple qui lie intimement, dorénavant, transports et production : La fabrication


des Smartphones.

En se basant sur la carte en Annexe 4, on observe différentes étapes avant d’arriver à la


distribution de ces fameux téléphones.

Chaque étape se déroulant à l’autre bout du globe, chacune consommant alors énormément
d’énergie pour la création seulement d’une livraison de centaines de mobiles. L’étape
indispensable de l’extraction et de la transformation des matières premières est liée dans la
majorité des cas à des conflits politiques et militaires comme on peut le constater en
République Démocratique du Congo16. Sans compter les conditions dans lesquelles travaillent
les ouvriers miniers, qui ne sont pas payés convenablement et n’ont pas les outils adéquats.
Les firmes multinationales, les principaux clients de ces précieux minerais, prendront-elles les
mesures nécessaires afin de stopper cela ? En attendant ce retournement de situation, un
groupe de néerlandais désapprouvant ces manières de faire, a créé une entreprise fabriquant
des téléphones éco-responsables. Ce point sera détaillé en seconde partie.

Nous vivons une période de surproduction, et de surcroit 90% des ressources prélevées lors
de la production d’aliments, de machines, d’infrastructures sont gaspillées. Les pays
développés rejettent entre ¼ et ¾ des ressources naturelles qu’ils utilisent. Par exemple pour
produire un ordinateur portable nous avons besoin entre 8 et 14 tonnes de matière première
naturelle non renouvelable ! 17

16
Source : Migrations forcées Revues, numéro 36, décembre 2010 : « République Démocratique du Congo,
Passé, Présent, Avenir ? »
17
Le minerais de cuivre exploités est ainsi passée de 1,8 % (55 tonnes de minerai pour une tonne de métal)
dans les années 1930 à 0,8 % aujourd’hui (125 tonnes de minerai pour une tonne de métal).Source : Ministère
de l’écologie et du développement durable « Sommet mondial sur le développement durable 2002 »Rédaction
du dossier d’information pour Johannesburg tirées du livre Justice et paix-France, (2005), Notre mode de vie
est-il durable ? Nouvel horizon de la responsabilité, Editions KARTHALA

16
Cependant, les progrès dans le système productif ont aussi permis l’optimisation des procédés
réduisant la quantité des matières premières et d’énergie nécessaire. Malgré ce fait, il existe
un paradoxe, celui de l’augmentation du renouvellement des produits.

De plus en plus d’appareils sont conçus d’une manière qui les rend irréparables (avec des
pièces serties et non visées), ce procédé s’appelle l’obsolescence programmée. Ces objets
n’ont pas vocation à être réparés, ce qui permet aux constructeurs d’en réduire les coûts de
fabrication.

Finalement, malgré l’économie engendrée grâce à l’optimisation des procédés, cette


obsolescence crée un gâchis considérable de ressources.

Parallèlement, la recherche du profit et la pression de la concurrence peuvent aussi avoir des


effets bénéfiques car elles poussent conjointement les entreprises au renouvellement des
produits et à la quête du zéro défaut, de la qualité totale accompagnée souvent d’un bon
rapport qualité-prix. On peut prendre l’exemple des voitures ou encore des avions qui sont
plus fiables et sûrs que ceux d’hier.

Par ailleurs, la hausse de la production est aussi due à l’essor du marketing et de la


publicité, qui joue un rôle de plus en plus significatif dans la société moderne.

Les entreprises nous incitent régulièrement à renouveler nos achats, une grande partie des
innovations relevant plus du marketing que d’une réelle amélioration du service rendu18.La
publicité, quant à elle, manipule la population en passant d'une simple répétition mécanique
du message à une méthodologie élaborée de persuasion des masses.

L'un des principaux pionniers de cette "manufacture du consentement" s'appelle Edward


Bernays et n'est autre que le neveu de Sigmund Freud. Il décide d'utiliser les découvertes de la
psychanalyse pour parvenir à une définition de la publicité comme étant une "manipulation
consciente, intelligente des opinions et des habitudes" par des "chefs invisibles"19.

En l'absence de débat citoyen, le politique cède trop facilement aux pressions des annonceurs
et afficheurs, réclamant toujours moins d'entraves pour faire davantage de profits. Ainsi, la loi
du 12 juillet 2010 issue du Grenelle de l'environnement laisse place, selon le ministère lui-
même, à "un développement important de secteurs comme ceux du micro-affichage, des

18
Phénomène décrit par le sociologue britannique Mike Feastherstone d’ « esthétisation de la vie
quotidienne ».
19
The Century of the Self, 2002.

17
bâches, des dispositifs innovants, des publicités sur aéroports ou gares […], permettant
d'envisager une progression de 10 à 30 % des chiffres d'affaires des entreprises investissant
dans ces domaines d'activités". Cela ne va-t-il pas à l’encontre de la liberté de non réception ?
Il s'agit de garantir à chaque citoyen le droit de choisir où et quand il souhaite accéder à de
l'information publicitaire. Ceci pour lui permettre de se protéger de son influence ou
simplement de se reposer de la surcharge d'information. Pourquoi autant de financement est
octroyé dans la publicité ou l’armement ? Pourquoi il ne pourrait pas être utilisé à des fins
plus vitales telles que résoudre la faim dans le monde ou permettre l’accès aux soins ou à
l’éducation, qui sont des objectifs de développement durable ? Revoir nos priorités est
maintenant indispensable pour entreprendre le monde de demain.

Un point indispensable pour qu’une transition écologique et sociétale ait lieu est d’éduquer
dès le plus jeune âge au développement durable.

Pour qu’il y ait une réelle prise de conscience de la majorité de la population à ces enjeux, il
est primordial d’inculquer les valeurs qui permettront une protection de l’environnement,
d’être vigilant à ne pas gaspiller, les petits gestes simples et responsables font partie intégrante
du changement.

Mais encore faut-il les connaitre.

Malgré un manque d’informations à l’école sur le développement durable durant ces


dernières décennies, des mesures annoncées par la ministre de l’éducation, Najat Vallaud
Belkacem et par la ministre de l’environnement, Ségolène Royal, en février 2015, vont se
décliner de façon concrète à l’école pour la rentrée 201620.

Ces mesures permettront, notamment, d’intégrer dans tous les programmes scolaires et dans
toutes les disciplines, de la maternelle au baccalauréat, à l’occasion du renouvellement des
programmes en cours, un enseignement pratique interdisciplinaire "transition écologique et
développement durable".

Eduquer dans ces domaines, la génération de demain, est une clé essentielle pour qu’un
changement ait lieu. Un cas concret sera expliqué en seconde partie.

Dans notre pays, la stratégie nationale de transition écologique vers un développement


durable (SNTEDD) 2015-2020 stipule dans son introduction qu’en conjuguant l’innovation
20
Voir le communiqué de presse complet : http://www.education.gouv.fr/cid85990/mesures-sur-l-education-
a-l-environnement-et-au-developpement-durable-annoncees-par-segolene-royal-et-najat-vallaud-
belkacem.html

18
sociale et sociétale avec l’innovation technologique, il sera possible de mettre le progrès au
service d’une prospérité renouvelée, et d’un nouveau modèle de société reposant sur le
« mieux consommer » et le « mieux vivre ensemble ».

Des solutions existent pour produire mieux tout en détruisant le moins possible.

L’économie de fonctionnalité, l’écologie industrielle ou encore le recyclage sont des moyens


de progresser vers une transition.21

1.4 L’ère de la nouvelle technologie

La période dans laquelle nous vivons est aussi marquée par l’ère de la nouvelle technologie,
avec ses aspects positifs ou négatifs.

Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental de 2010 à


2015 constate que « les révolutions conjointes du numérique et de l’énergie vont
profondément bouleverser nos sociétés. Le seul numérique accélère le temps, réduit l’espace
et se montre capable « d’augmenter » l’homme comme de l’écraser ou le submerger. »

Nous allons donc rapidement analyser les méfaits et bienfaits à différents points de vue.

Du point de vue environnemental, il est évident que le numérique est néfaste, car cela
consomme de l’énergie et comme nous l’avons vu auparavant, utilise énormément de
ressources naturelles non renouvelables pour un moindre résultat.

Du point de vue social, il permet de créer des liens avec une multitude d’acteurs : entreprises,
ONG, instances internationales, gouvernements, universités, grand public, syndicat, presse…
accédant à la mise en commun d’informations, de se forger une culture commune tout en étant
à distance. Les sites des ministères, des Nations-Unies, des instances internationales (OCDE,
UE …) permettent d’avoir accès à des données chiffrées, documents de référence qui
développent la réflexion, la connaissance sur certains sujets. Néanmoins, il est nécessaire de
prendre du recul, pour vérifier la pertinence des informations, qui peuvent être faussées de
temps à autre.

D’un point de vue économique, basons-nous sur les propos de M. Dominic Barton, directeur
général de McKinsey : « les dix plus grandes entreprises d’Internet, comme Google,
Facebook ou Amazon ont créé à peine deux cent mille emplois. Mais gagné des centaines de
milliards de dollars de capitalisation boursière. »

21
Explication détaillée dans la II partie

19
Le numérique peut aussi creuser les inégalités et enrichir énormément, une petite partie de la
population. Tandis que la conversion écologique peut créer plusieurs centaines de milliers
d’emplois exigeant de nouvelles compétences.22 Cela permettra à ceux déjà dans l’emploi
d’avoir des formations dans les filières en transition écologique et permettra aussi de créer des
nouveaux emplois, sans impact sur l’environnement.

Un domaine important que nous n’avons pas encore abordé est la finance.

1.5 La finance

Eva Joly, député au parti Europe écologie les verts, est spécialiste de l’évasion fiscale et
revendique que l’on pourrait avoir un bénéfice énorme à récupérer les sommes enfouies dans
les paradis fiscaux. Effectivement, l’optimisation fiscale23, montants ainsi soustraits en toute
légalité à la collectivité approcheraient 1000 milliards d’euros, rien que pour l’UE. Soit dans
de nombreux pays, une perte de revenus supérieure à la charge de leur dette nationale. En
France, des économistes soulignent : « Même en récupérant que la moitié des sommes,
l’équilibre budgétaire serait rétabli sans sacrifier les retraites, les emplois publics ou les
investissements écologiques d’avenir »24. De plus en plus de règles telles que le secret
bancaire sont votées permettant d’avancer dans la lutte contre l’évasion fiscale, cependant,
l’application en reste encore floue.

Si on reste dans le domaine de la finance, pourquoi ne pas réduire voire même supprimer la
dette aux pays concernés ? Cela leur permettrait de consacrer leur budget à d’autres
versements qu’à leurs remboursements comme par exemple prendre des mesures en faveur de
l’environnement.

22
http://ademe.typepad.fr/files/evaluation-macroeconomique-visions.pdf et plus de détails dans la partie 2.1
23
Contrairement à la fraude, l’optimisation est légale même si sa légitimité ou son efficacité peut être
contestée. En effet, cette stratégie peut être juridiquement considérée comme illégale dans la mesure où elle
constitue un abus de droit (utiliser des mécanismes légaux pour échapper à l’impôt) mais le démontrer en
pratique reste difficile pour l’administration fiscale. Source : Ministère des finances et des comptes publics.
24
« Eradiquer les paradis fiscaux, rendrait la rigueur inutile », Libération, Paris, 30 avril 2013

20
1.6 L’écologie et agriculture respectueuse

Enfin, nous pouvons citer une critique faite sur le combat écologique par André Gorz 25 :
« La lutte écologique peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais
quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que
l’impasse écologique sera devenu inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré
les autres (…). Le pouvoir d’achat populaire sera comprimé et tout se passera comme si le
coût de la dépollution était prélevé sur les ressources dont disposent les gens pour acheter des
marchandises. ». Pour cet auteur, cela pourrait aussi avoir un effet négatif de « penser
écologie » sur la situation sociale si on commence à taxer la société civile. C’est d’ailleurs
déjà ce qui se passe avec « la taxe carbone » où on observe que la dépollution est devenue à
son tour un marché. Prenons un exemple à l’international, à Shenzen, en Chine, des
entreprises peu polluantes vendent à d’autres, beaucoup moins propres, le droit d’excéder leur
norme écologique alors même que l’air envahi de pollution tue déjà plus d’un million de
Chinois par an. Est-ce la solution ? Beaucoup la conteste avec des arguments justifiés.

Après cette réflexion vient s’en greffer une autre : Ne serait-t-il pas bénéfique de privilégier le
changement de mentalités sur celui des structures et des lois, de délaisser le terrain national et
de réinvestir à l’échelon local ou communautaire dans l’espoir d’y créer de futures réussites ?

C’est le pari des AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) qui lutte
pour qu’une agriculture respectueuse de la nature soit présente localement. La
mondialisation des échanges de productions agricoles est l’un de leurs combats. Transporter
les récoltes a un coût économique et environnemental et défavorise de nombreux
agriculteurs.

Ces associations, collectifs de producteurs agriculteurs ont compris que toute vie repose sur la
plante verte : la capacité des végétaux à transformer l’énergie solaire donne à l’agriculture une
position unique parce qu’elle produit des matières premières renouvelables dont les denrées
alimentaires, bioénergies, matières premières, industrielles, fibres végétales pour matériaux de
construction.

L’agriculture est une activité de base dans tous les pays du globe. Elle doit répondre au plus
fondamental des besoins : L’alimentation des populations, dans des conditions de sécurité et
de salubrité optimum, définies par les coutumes et les règles sanitaires. Elle a aussi pour

25
André Gorze, dans le Sauvage, Paris, avril 1974. Republié sous le titre « Leur écologie et la nôtre » Le monde
diplomatique, avril 2010

21
vocation d’assurer la préservation des ressources et des paysages dans les campagnes. De
plus, l’agriculture a une autre fonction essentielle à remplir : elle doit veiller au respect des
cycles écologiques pour une production durable. C’est ce qui a été énoncé lors du Sommet de
Rio, des recommandations qui figurent dans l’agenda 21.

Toutefois, les pesticides, qui sont encore massivement utilisés par les agriculteurs sont très
nocifs pour la santé des consommateurs et la fertilité des sols26. La production d’engrais de
synthèse est quant à elle, fortement consommatrice d’énergie et productrice de CO2. Il est
donc primordial d’apprendre à s’en passer.

L’élevage de ruminant émet aussi fortement des gaz responsables de l’effet de serre. Cette
fois-ci ce n’est pas le CO2 mais le méthane qui est 28 fois plus « réchauffant » que le dioxyde
de carbone et qui provient des flatulences des bovins (« fermentation entérique »), des
déjections animales et des rizières.27 Tout en sachant qu’une vache de 700 kilos peut manger
jusque 70 kg par jour, c'est-à-dire ingérer 40 kg de matière sèche. Cela représente plus de 25
tonnes par an. Une vache consomme également de 60 à 120 litres d'eau par jour. Ces quantités
sont disproportionnées par rapport à ce qu’elle représente en termes de consommation de
viande pour l’homme. Elle consomme plus qu’elle ne produit. Est-il raisonnable de manger
autant de viandes aujourd’hui ? Malgré une consommation qui augmente par rapport aux
générations passées, on observe une diminution par année de la consommation de viande en
France.28

L’agriculture intensive s’est généralisée, dans les pays développés, pour toujours obtenir plus
de profit, seulement cela créé une dégradation des sols qui est à l’origine d’une réduction de
la faculté de la Terre aujourd’hui. Nous perdons en qualité, ce que nous gagnons en quantité.

1.7 Gaspillage alimentaire

Nous perdons encore plus dû au gaspillage alimentaire. Chaque français jette entre 20 à 30
kilos de nourriture par an. Suite à la pression d’associations, de collectifs de citoyens pour en
finir avec le gâchis dans les supermarchés, le Sénat français a enfin définitivement adopté,
mercredi 3 février 2016, diverses mesures de lutte contre le gaspillage alimentaire, après
l’Assemblée nationale. Votée à l’unanimité, la nouvelle loi empêche notamment les grandes

26
Annexe 5
27
Article dans Reporterre, le journal de l’écologie, février 2015
28
Annexe 6

22
surfaces de jeter de la nourriture et de rendre leurs invendus impropres à la consommation.
Une nouvelle avancée vers une transition.

L’un des gigantesques enjeux du XXIème siècle est de nourrir sainement et économiquement
une population en constante expansion alors que les ressources en terre et en eau diminuent,
ainsi que les savoirs faire naturellement adaptés aux conditions et aux contraintes locales.

Pourtant, le système alimentaire moderne n’est pas viable écologiquement et socialement car
il ruine les sols comme nous avons pu le voir et met en difficulté la majorité des paysans. Ceci
condamne toutes perspectives de rétablissement de l’emploi et d’intégration sociale dans des
zones devenues durablement désertiques. Pourtant, l’agriculture est d’une grande signification
pour l’économie et l’emploi.

1.8 L’exode rural

Un rapport de l’organisation professionnelle agricole suédois précise que personne n’a rien à
gagner dans une nouvelle montée de l’exode rural, avec les problèmes sociaux et écologiques
qui en résulteraient. Il faut au contraire inverser la tendance et donner la priorité à un
développement économique des régions rurales, axé sur les petites entreprises, les
dynamiques créatives, la transformation de la ferme, la diversification, l’innovation et la
qualité. Donc des solutions existent telles que l’alimentation de proximité, poly activités
rurales, agriculture biologique combinant sagesse d’expérience et innovations créatrices,
productions fermières. Nous verrons des cas concrets illustrant ces notions dans la seconde
partie.

Pourtant en France, c’est toujours « une exploitation toutes les 20 minutes qui disparait. » On
comprend alors bien que des changements s’imposent dans nos politiques, dans nos projets,
dans nos comportements, mais surtout dans nos visions d’un progrès indéfini sur le modèle
actuel. En conséquence de quoi les agriculteurs pourraient connaitre de réelles difficultés à
subvenir à leurs besoins, comme nous avons pu le voir récemment avec le conflit entre les
producteurs de lait et « Lactalis », entreprise française agroalimentaire. Ce dernier voulant
baisser le prix du lait racheté aux agriculteurs pour une somme dérisoire. Une négociation a
eu lieu permettant une entente entre les deux parties.

23
Pour Philippe Desbrosses29, le véritable progrès à développer est celui de la « sagesse » ou
de « l’intelligence ».

Particulièrement lorsqu’on constate une absence de corrélation positive entre la progression


du PIB et celle du bien être individuel et collectif, on pourrait donc s’attendre à ce que des
décisions soient prises pour engager notre économie sur la voie de la transition écologique.

1.9 Croissance économique et réchauffement climatique

La croissance économique, telle que nous la connaissons est-elle un facteur du réchauffement


climatique ?

Le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a ainsi mis en


évidence, dans son rapport de 2007, le couplage entre la hausse de la consommation
d’énergie, celle des émissions de gaz à effet de serre (GES) et celle du PIB entre 1970 et
200430.Pour ce groupe d’experts, cela ne fait aucun doute : la croissance du PIB est à l’origine
du réchauffement climatique.

Il faudrait trouver une solution pour que respect de l’environnement et croissance puisse
cohabiter. Selon le Britannique Nicholas Stern, spécialiste du coût économique du
réchauffement climatique : « Il n’y a pas de contradiction entre la responsabilité climatique
et la croissance : les deux peuvent aller de pair.31 »

Autrement dit, il serait possible de réunir les conditions nécessaires à l’établissement d’une
croissance propre. Il suffirait pour cela de « découpler »32 , c’est-à-dire de faire plus avec
moins. Prenons un exemple : obtenir une diminution de l’intensité énergétique du PIB afin de
réduire ses impacts négatifs sur l’environnement sans qu’il cesse de croître.

Cependant, d’autres pensent différemment tels que Gaël Giraud, économiste en chef à l’AFD
qui explique : « On s’est fixé un objectif, ne pas aller au-delà d’une augmentation de la

29
Philipe Desbroses, Emmanuel Bailly, Thanh Nghiem (2007), Terres d’avenir pour un mode de vie durable,
Editions Alphée Jean Paul Bertrand
30
Annexe 7
31
Roger Guesnerie et Nicolas Stern, (2012), 2 économistes face aux enjeux climatiques, Editions Le Pommier
32
Le découplage peut être absolu ou relatif. Le découplage est absolu lorsque l’indicateur de pression
environnementale concerné est stable ou en diminution, tandis que la force motrice de l’économie
augmente. Le découplage est relatif lorsque le taux de croissance de la variable environnementale
concernée est positif, mais inférieur au taux de croissance de la variable économique. Source :
EUROSTAT

24
température de +2 °C à la fin de ce siècle. Certes, à moins d’une chance inouïe, il est déjà
trop tard pour l’atteindre, mais l’engagement sera opposable aux nations.33»

Néanmoins, les deux plus grands pollueurs de la planète (42% de la pollution mondiale pour
ces deux géants la Chine et les États-Unis ont ratifié l'accord de Paris sur le climat le 03
septembre 2016. Arriverons t’ils à tenir leurs engagements ? Nous le serons d’ici 2030.

Pour revenir au PIB, il ne regroupe pas toutes les mesures nécessaires à un calcul objectif34,
c’est pour cela que d’autres indicateurs ont été créés tels que l’indicateur du progrès véritable
(IPV) ou encore l’indice de santé sociale(ISS). Ces indicateurs ont de nombreuses variables
sociales et sanitaires incluant les effets négatifs induits par la croissance.

La stratégie des gouvernements de maximiser la liberté d’option économique, et donc de


laisser le marché « libre » entraîne paradoxalement un manque de libertés. Selon Dominique
Bourg : « l’extension du marché peut notamment nuire à une forme fondamentale de liberté
sur laquelle reposera, selon toute vraisemblance, l’aptitude future de nos sociétés à s’adapter
aux changements violents et rapides du milieu naturel et humain (…) » 35

Trop de liberté dans un domaine, entraine un manque de liberté dans l’autre. Preuve que le
système actuel ne fonctionne pas comme on l’aurait voulu.

Reste que la forme prise par la consommation aujourd’hui et la manipulation de nos désirs
organisée par le marketing et la publicité, prend une forme de plus en plus déconnectée de la
progression du bien-être et de la satisfaction des besoins individuels et collectifs.

Surtout lorsqu’on constate la progression des inégalités : une part croissante de l’activité n’est
pas destinée à satisfaire les besoins du plus grand nombre, mais à produire des biens et des
services de luxe pour servir le pouvoir d’achat démesurée des plus riches.

De plus, l’objectif de l’idéologie libérale dominante depuis trente ans est de transformer nos
économies plurielles en des économies purement capitalistes de marché. Elle a donc cherché à
privatiser les entreprises publiques, à développer la concurrence marchande dans des secteurs
tels que l’éducation, la santé etc. Bien heureusement, cette stratégie est loin d’avoir abouti !
Une économie qui a maintenant de plus en plus de poids est celle de l’économie sociale et

33
Source : Article de L’Observateur, N°2702 publié le 18/08/2016
34
Commission Stiglitz : Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès
social : http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/dossiers_web/stiglitz/doc-
commission/RAPPORT_francais.pdf
35
Tirées de : « Les nouveaux modes de vies durables », chapitre modes de vie et libertés, Dominique Bourg et
Christian Arnsperger

25
solidaire, qui représente environ 10% de l’emploi en France, dans laquelle le contrôle du
capital ne donne pas le pouvoir, et dont la finalité n’est pas le profit, nous amène à dire que
d’autres solutions existent.

1.10 Faible croissance et opportunités

Nous sommes entrés dans une période où la croissance est durablement faible ; cela peut être
une formidable opportunité pour rebâtir un nouveau contrat social autour d’une société du
partage C’est d’ailleurs déjà une réalité pour nombre de personnes qui ont créé des villes
durables tels que les éco-quartiers, ou encore « l’habitat coopératif ».

Un éco quartier étant un projet d’aménagement urbain qui respecte les principes du
développement durable tout en s’adaptant aux caractéristiques de son territoire. 36 L’habitat
coopératif, quant à lui est une propriété qui est partagée collectivement par le biais de la
coopérative qui possède l’immeuble. Les habitants détiennent quant à eux des parts sociales
de la coopérative. Une organisation sous forme d’économie sociale et solidaire qui offre des
avantages.

Ce sont des cas concrets tels que l’éco-quartier, l’habitat coopératif, le mobile éco responsable
ou encore des solutions pour élargir le champ des énergies renouvelables que nous allons
décrire dans une seconde partie.

36
Définition du ministère du logement et de l’habitat durable.

26
Partie II : Les solutions par domaines d’activités
Nous savons aujourd’hui que les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre sont : Les
transports, l’énergie, l’industrie, le bâtiment et l’agriculture.

Or toutes les études montrent que diminuer leurs émissions de CO² conduit à créer bien plus
d’emplois que de continuer à fonctionner comme aujourd’hui. Une étude de l’ADEME et de
l’OFCE conclut que la simple transition énergétique générera 330 000 créations d’emplois
d’ici à 2030 et 825 000 d’ici à 2050.37Alors imaginons avec une transition écologique. C’est
d’ailleurs ce qu’a étudié l’IAU (Institut d’aménagement et d’urbanisme) d’Ile de France, en
mai 2015 dans « Emplois et transition écologique, optimiser le potentiel d’emplois de la
transition écologique.38 ». Ils expliquent que cette transition pourraient : « créer entre 38 000
emplois à plus d’un million d’emplois créés à l’horizon 2020. »

Une approche en termes de développement durable oblige à sortir des visions binaires
(« pour » ou « contre »), pour inventer des solutions innovantes, alternatives.

Nous allons donc décrire ci-après, en suivant l’ordre des secteurs les plus grands
consommateurs d’énergie, les différentes initiatives entreprises en France afin qu’une
transition écologique ainsi que sociétale ait lieu.

2.1 Transports, mobilité, accessibilité :

La voiture est l’une des premières sources d’émissions de CO2.

Malgré des progrès réalisés par les constructeurs pour réduire nos émissions, on constate une
explosion du parc automobile partout dans le monde : plus d’un milliard, c’est dix fois plus
qu’il y a 50 ans.

Pour atténuer l’impact négatif des véhicules, dès 1980, des mesures ont été prises :

- l’aménagement de nouvelles zones piétonne comme on peut en voir à Dijon où une


grande partie du centre n’est accessible qu’a pied.
- la mise en place de péages urbains (à Londres ou Stockholm par exemple), de pistes
cyclables, de politiques de stationnements restrictives ou encore des journées sans
voiture.

37
http://ademe.typepad.fr/files/evaluation-macroeconomique-visions.pdf
38
http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/etude_iaurif_emploi_et_transition_ecologique.pdf

27
De plus, afin de pallier l’augmentation du nombre de voitures individuelles ainsi que les
émissions de CO2, de nombreux services ont été créés ces dernières années pour réinventer
nos modes de déplacement : transports à la demande, voitures à la carte, vélos en libre-
service, covoiturage, auto partage etc.

Ces solutions alternatives et interactives sont devenues une nécessité.

C’est à la Rochelle que des voitures électriques ont été utilisées ? pour la première fois en
France.

Dès 1999, après l’installation des vélos en libre-service, la ville de La Rochelle et son
agglomération mettent en circulation dès 1999 les voitures électriques de première génération.
Pendant dix ans, La Rochelle offre le seul service en France de voiture électriques en libre-
service.

Ce n’est quand fin 2011 que le réseau Autolib’ sera lancé à Paris. Ce réseau est un service
public d'auto-partage de voitures électriques en libre-service disponible dans l'agglomération
parisienne

La capitale française comptera à terme 3000 voitures propres, émettant moins de 120g de
CO2/km.

Ces voitures utilisent une autre source d’énergie que le pétrole : voiture électrique, voiture
hybride, voiture GPL (gaz de pétrole liquéfié), GNV (gaz naturel pour véhicules) ou roulant
aux biocarburants voire à l’hydrogène.

La solution n’est cependant pas d’arrêter totalement l’usage de la voiture.

Cela parait en effet difficilement envisageable et même non recommandable : l’industrie de


l’automobile, fournissant elle-même plus de 200 000 emplois en France. Sans compter de
plus, le nombre d’emplois liés à la voiture.

Cependant, nous pouvons réduire certains de nos déplacements ou inciter à utiliser d’autres
moyens de transports tels que les transports en commun ou le vélo, comme l’entreprend
l’Université Catholique de Lille avec son dispositif : « Laissez-vous transporter ».39

Des éco-comparateurs ont aussi fait leur apparition : il s’agit de logiciels qui évaluent les
empreintes écologiques de vos trajets. Il permet à tout un chacun de choisir ses itinéraires et
ses moyens de transports les plus économes et les moins polluants. 40
39
Voir explication du dispositif partie 3.2.1

28
La mobilité est bien plus qu’une question de moyens de transports.

Ce sont aussi des compétences psychomotrices (se repérer, s’orienter etc.), cognitives
(mémoriser un parcours, déchiffrer les panneaux de signalisation…) voire psychologiques
(ne pas craindre la foule, l’inconnu…) que l’on acquiert au fil de nos expériences de
déplacements.

Une action a été mise en place par la RATP à partir de 2003 à destination des personnes
rencontrant des difficultés à se déplacer pour de nombreuses raisons : des ateliers mobilités.
Cela consiste à faire découvrir dans une demi-journée tous les réseaux de transports ainsi que
son système de tarification afin d’apprendre à se repérer sur les plans.

Sur le plan social, il s’agit de faciliter l’accès à tous (personnes en situation de handicap,
âgées, à poussette etc.) aux bassins d’emplois comme aux lieux de loisirs : par une meilleure
accessibilité des lieux (gares, arrêts de bus, station de métro…).

La loi du 11 février 2005 rend obligatoire l’accessibilité dans les ERP (Etablissements
Recevant du Public).

Néanmoins, nous verrons à travers le cas d’Humanicité que son application reste encore
partielle.

Le transport durable ne concerne pas que le déplacement des personnes mais aussi celle des
marchandises.

Ainsi, lorsque l’on détermine que 1kg de pétrole permet de transporter 1t de marchandises
sur : 127km en bateau, 111km en train, 58km en camion et 28km en véhicule, on peut
conclure que le bateau reste le moins énergétivore, il est donc préférable de l’utiliser si le
trajet de marchandises de longue distance.

En revanche, ce sont les derniers kilomètres qui sont préjudiciables…

2.2 Nouvelles formes d’énergie :

Nous avons pu constater qu’il est possible de se déplacer avec des voitures qui consomment
une énergie moins polluante que le pétrole.

De surcroit, de nombreux ingénieurs, chercheurs ont réussi à trouver d’autres formes


d’énergies non seulement moins polluantes mais aussi renouvelables.
40
Comparateur Eco-déplacements de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie) par
exemple : http://quizz.ademe.fr/eco-deplacements/comparateur

29
Ces énergies ne proviennent pas de stocks, par définition limitées, mais de flux ou de
cycles : grâce au vent (éoliennes), à l’eau (hydraulique), à la chaleur (géothermie), à la
lumière (solaire photovoltaïque), aux marées (marémotrice) ou aux courants sous-marins
(hydrolienne).

L’énergie renouvelable peut aussi émaner de l’activité humaine grâce aux déchets agricoles
ou aux copeaux de bois comme la biomasse, procédé utilisé par DALKIA dans le quartier
Humanicité par exemple.

Ces différentes énergies renouvelables font partie des solutions de demain pour ne plus penser
« court-terme » avec des énergies fossiles non renouvelables et polluantes afin de voir à
« long terme » grâce à des énergies renouvelables, moins énergivores.

Nous allons décrire ici trois innovations permettant des changements dans le domaine
énergétique.

Tout d’abord, les smart grids ou réseaux intelligents qui sont des réseaux d’électricité qui,
grâce à des technologies informatiques, ajustent les flux d’électricité entre fournisseurs et
consommateurs. En France, onze pôles sont spécialisés dans le domaine de l’énergie et des
TIC41 qui ont créé dès 2012 l’Interpoles SmartGrids France, un dispositif de collaboration et
de concertation ayant pour objectif le développement et la valorisation de la filière Smart
Grids française. Cette technique permet la croissance des énergies renouvelables, leur
intégration dans les réseaux électriques, en rendant possible l’émergence de services
favorisant la maîtrise et l’optimisation de la consommation d’énergie, les SmartGrids
constituent un levier essentiel de la transition énergétique. Ils cristallisent aussi des enjeux
industriels. Ce système a consacré plus de 1,2 milliards d’euros dans plus de 200 projets
SmartGrids financés ou à venir.

Ensuite, « Watt-way »42, une route capable de capter l’énergie solaire et de produire de
l’électricité localement. Cette innovation brevetée est d’origine française, elle fut le résultat de
5 années de recherches par Colas et l’INES, Institut National de l’Energie Solaire. Ce projet
avait été annoncé lors de la COP 21, en décembre avant d’être confirmé en janvier 2016.
Une première dalle de route solaire, a été posée par la ministre de l’environnement, Ségolène
Royal, lundi 21 mars 2015, à Marseille. Ce projet reste encore aux prémices de ce qu’il
pourrait être car plusieurs étapes restent à venir dans l’élaboration du projet : mobilisation des

41
Technologie de l’information et de la communication
42
http://www.wattwaybycolas.com

30
acteurs privés avec l’appel à projet "Route du futur" du programme d’investissement d’avenir
avec remise des dossiers au printemps 2016 .L'Etat définira dans le même temps, le cadre
réglementaire de déploiement de ces capteurs au sol, la généralisation des expérimentations
ainsi que son industrialisation à partir de 2017 permettant son déploiement. La route solaire
entend couvrir 1 000km d'ici à 2021.

Toutefois, les énergies alternatives, en leur état actuel de développement, ne sont pas en
mesure de remplacer le pétrole. Elles présentent des inconvénients majeurs parmi lesquels se
trouvent en particulier leur faible densité, leur intermittence et la difficulté de pouvoir les
stocker. Actuellement les méthodes pour stocker l´électricité ne sont pas très efficaces.

Enfin, la troisième innovation, l’une des plus surprenantes : le pétrole artificiel.

Une équipe de chercheurs français et espagnols ont trouvé la formule miracle permettant de
recycler nos rejets de CO2. Elle repose sur la culture en usine de micro-algues qui ont besoin,
pour se développer, de lumière pour la photosynthèse et de gaz carbonique. Cette innovation
révolutionnaire est appelée « Blue Petroleum »43.

Nous n’expliquerons pas ici la méthode d’extraction, trop technique, mais plutôt les résultats
obtenus par celle-ci ainsi que ces bénéfices environnementaux. Ce « bio pétrole » a la même
capacité à brûler que le pétrole brut. Par conséquent, il pollue en dégageant du gaz
carbonique. Mais comme il est fabriqué à partir du CO2 récupéré de l’usine, il a au final
moins d’impact sur notre planète. Selon bio fuels system (BFS) : « Le procédé absorbe d’une
part 2.168,76 kg de CO2 d’origine industrielle, et d’autre part, il émet au total 1.230,91 kg de
CO2 en incluant les gaz de combustion émis par le véhicule. Par conséquent, 937,85 kg de
CO2 anthropique sont neutralisés définitivement et ne se disperseront plus dans
"atmosphère. »

Bernard A.J. Stroïazzo-Mougin, l’inventeur du cycle accéléré de conversion énergétique du


CO2 du « Blue Petroleum » a réussi à renverser la tendance en trouvant dans l’immense
problème que posent les émissions de CO2 une solution qu’est le pétrole artificiel. Cette idée
lui est venue à la suite d’une conférence d’Al Gore, homme d’affaires et politique américain
connu, notamment, pour ces nombreuses interventions sur le réchauffement climatique, ses
causes et ses solutions.

43
Site web : http://www.biopetroleo.com/france

31
Ainsi, grâce à ce genre d’information, cette transmission de connaissances sur l’état actuel de
notre planète, nous arriverons à prendre conscience des enjeux du changement à établir afin
d’arriver à une transition.

2.3 L’éducation au développement durable (EDD) :

Comme nous avons pu le voir dans la première partie, l’EDD va rentrer dans les programmes
scolaires de 2016.

Il est maintenant primordial d’informer dès le plus jeune âge à la problématique du


réchauffement climatique ainsi qu’aux actions, aux « bons gestes » qu’il est possible de
réaliser afin que cela soit ancré dans nos modes de vie.

J’ai ainsi eu l’occasion lors de mon stage, d’aller à la rencontre d’un collège avec un statut
particulier et novateur : celui d’éco-école.

Ce collège se nomme « Guy Mollet » et se situe à Lomme (59). Il cumule tous les labels en
matière d’éducation au développement durable : le label européen Eco-école44 ; le label E3D
(Etablissement en démarche de développement durable) de l’académie lilloise, et plus
récemment le label Agenda 21 du programme départemental d’actions de développement
durable pour le XXIème siècle.

Pour pouvoir obtenir ces labels, il faut répondre à plusieurs conditions comme de traiter
durant l’année, un des six thèmes suivants : l’alimentation, la biodiversité, les déchets, l’eau,
l’énergie, les solidarités.

De manière générale de plus que d’un sujet pendant l’année. On peut citer aussi
l’établissement d’un programme d’action environnementale.

Concrètement, comment cela se passe t-il au quotidien pour les élèves des établissements
labellisés en éco-école ?

Pour se faire, il faut un engagement de tout le personnel. Chacun des labels insiste sur le
fait que les projets doivent être collectifs, portés par l’ensemble du personnel. Alors, il est
nécessaire que tous les acteurs de ce collège soient impliqués : Des éco-délégués sont élus ou
se portent volontaires. Ils créent des affiches pour apprendre les bons gestes aux autres élèves,

44
http://www.eco-ecole.org

32
nettoient la cour de récréation et sont responsables d’un éco-code que tout l’établissement doit
respecter.

Concernant le personnel : la secrétaire, qui a gentiment répondu à mes questions, est la


coordinatrice de toutes les actions durant l’année. Les professeurs, quant à eux, en fonction de
la matière enseignée, consacrent une partie non négligeable à aborder les enjeux du
développement sous différentes formes, qu’elle soit théorique ou plus pratique. Prenons un
exemple : la professeure de latin a lancé un potager avec notamment des plantes du Moyen-
âge.

« Le changement passe par l’éducation » comme le déclare la directrice générale de l’Unesco,


Irina Bokova lors d’une journée consacrée à l’éducation au développement durable : »car
l’éducation apporte à la fois des compétences et des valeurs dont les jeunes ont besoin pour
réussir la révolution énergétique et climatique. »

Le changement passe aussi par nos actes, c’est justement la notion de consom’acteur qui
l’exprime en ayant une consommation responsable et engagée et qu’on utilise pour influencer
plus ou moins directement le monde dans lequel on vit. Il s’agit donc de nouveaux
comportements de consommation, où l’on choisit de consommer de façon citoyenne et non
plus seulement de manière consumériste. Le consom’acteur aura tendance à se tourner par
exemple vers les produits biologiques ou issus du commerce équitable, et pourra même
choisir de boycotter les marques dont il ne partage pas les valeurs.

Par conséquent, notre alimentation joue une place importante dans la transition.

2.4 Alimentation durable :

Comme nous l’avons vu dans la première partie, l’agriculture intensive dégrade les sols, va à
l’encontre du respect de l’animal, c’est pour ces raisons que l’agriculture biologique, la
permaculture ou encore les différentes coopératives d’agriculteurs locaux se développent.

André Voisin, célèbre agronome, connu pour son livre « Productivité de l’herbe » explique
que « Le lupin en France est l’une des plantes les plus riches en protéines de la planète pour
nourrir hommes et bêtes, capable en plus de fertiliser les sols, de lutter contre les insectes
parasites et d’agir comme un précédent cultural extraordinaire dans l’amélioration des sols
pauvres. » Lorsque le lupin est utilisé et que l’on produit grâce à des techniques de rotation
des cultures, avec une dynamique des herbages et une flore diversifiée des prairies on obtient
des performances de productions inégalables. Des producteurs utilisent dorénavant ces

33
techniques, étant conscient des risques encourus si l’on néglige la terre. C’est justement le cas
d’une organisation:« Le Jardin de Cocagne de la Haute Borne », dans la région Nord-pas-de
Calais. J’ai eu l’occasion de collaborer avec la responsable, Sandrine Forzy, du futur projet de
maraicher dans le quartier Humanicité. Ces Jardins, au nombre de 110 en France, respectent
les trois piliers indispensable du développement durable : en alliant, tout d’abord, production
de fruits et de légumes donc une activité économique avec un principe de distribution en
circuit court à des clients qui sont aussi des adhérents de l’association. Ensuite, ce réseau
emploie des personnes en situation de précarité, leur permettant de se réinsérer dans le monde
du travail. Ensuite, l’aspect environnemental, et non des moindre, est qu’il respecte le cahier
des charges de l’agriculture biologique.

Plus localement, une initiative qui a permis de faire d’une ville un verger est celle de Saint-
Quentin en Yvelines en banlieue parisienne.

Ce projet est né du mouvement ville en transition en 2009.

L’année suivante, le projet de faire planter des arbres fruitiers partout dans leur ville fut créé

Cette initiative a évolué vers un éventail d’actions de résilience locale, avec la perspective
d’apporter également des revenus : commande groupée d’arbres fruitiers bio, ateliers toute
l’année sur le choix des variétés, projet pédagogique à l’école et collaboration avec des
chantiers d’entreprises d’insertion ou encore projet de « récoltes solidaires » pour éviter le
gaspillage et faire du lien entre voisins.

Ces initiatives permettent de promouvoir une alimentation saine et durable qu’elles soient
faites localement ou nationalement.

Par ailleurs, une autre initiative interrogeant nos modes de production a été mise en place qui
vaut la peine d’être décrit ici : le Fairphone ou le téléphone éco-responsable.

2.5 Réinventer nos modes de production

Produire un téléphone portable tout en respectant les hommes et l’environnement relèverait-il


donc de l’utopie, voire de la mission impossible ? L’entreprise sociale néerlandaise
Fairphone a voulu relever le défi.

Tout d’abord, pour concevoir un « téléphone éthique », comme Fairphone le nomme, les
minerais utilisés ne financent pas les milices de RDC, l’assemblage se déroule dans des usines
chinoises où des inspections permettent de s’assurer de conditions de travail décentes et dont

34
les ouvriers bénéficient d’un fonds de prévoyance. Ensuite, la conception du téléphone permet
également de prolonger son cycle de vie et de réduire son impact environnemental en rendant
les pièces de rechange facilement accessibles et remplaçables par les utilisateurs. Enfin,
l’entreprise utilise autant que possible du plastique et du cuivre recyclés, grâce, notamment, à
la mise en place d’une filière de récupération de ses appareils en Europe et un programme de
recyclage des téléphones au Ghana.

De plus, l’entreprise ne compte pas sur des investisseurs mais sur les consommateurs,
sollicités en 2013 à travers une campagne de financement participatif sur Internet qui a permis
de lever près de 7 millions d’euros en quelques semaines. Le second modèle a lui aussi vu le
jour grâce à un système de précommande : les acquéreurs ont accepté de débourser 525 euros
pour un appareil qui n’était pas encore fabriqué et qui leur a été livré au bout de plusieurs
mois. Depuis le printemps 2013, elle a vendu soixante mille exemplaires de ce qu’elle
présente comme un « téléphone éthique ». A l’été 2015, elle a lancé le Fairphone 2, dont elle
espère écouler cent mille unités par an.

Tout comme cette entreprise sociale encourageant un autre type de production plus
écologiquement et socialement responsable, un courant de pensée politique va se créer à la
fin des années 60 partageant ces valeurs : l’écologie politique.

Henri Lefebvre45 et Herbert Marcuse46 auront une influence sur la naissance de ce courant. Ce
mouvement explique que les atteintes à l’environnement, la dégradation de la qualité de vie,
le travail aliénant et les dérives de la société de consommation sont intrinsèquement liés. Il
pointe du doigt une société en perte de sens, dont les individus se réfugient dans la
consommation au lieu de développer leur potentiel de créativité. Donc, ce courant politique
fait converger le nécessaire (défendre un environnement menacé par le productivisme) et le
souhaitable (consommer moins et autrement pour tendre vers des modes de vie qui privilégie
les relations sur les possessions.).

45
Universitaire français connu notamment pour son livre « la critique de la vie quotidienne »paru en 1947
46
Philosophe d’origine allemande qui a écrit, parmi d’autres livres : « L’homme unidimensionnel »publié en
1964

35
Un des précurseurs à avoir imaginé une solution pour réduire la pollution fut Arthur Cecil
Pigou, le père de l’économie du bien-être et de la notion d’ « externalité »47.Selon lui, il faut
donner un prix à l’externalité négative de la pollution.

D’une part, cela inciterait à réduire les émissions en mettant un prix sur la pollution ; de
l’autre, cela permettrait aux Etats de collecter de l’argent pour financer les énergies
renouvelables et préparer l’avenir plus durablement.

En France, la taxe carbone s’élève en 2015 à 14,50 euros la tonne et sera de 22 euros en 2016.
La loi de transition énergétique pour la croissance verte prévoit une trajectoire de taxe
croissante : 56 euros en 2020 et enfin 100 euros en 2030.

En avril 2016 à New York, six chefs d’État et de gouvernement, un maire et un gouverneur
d’État48, de concert avec les dirigeants du Groupe de la Banque mondiale, du Fonds monétaire
international (FMI) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques
(OCDE) se réunissent afin d’établir ensemble un objectif mondial pour la tarification du
carbone. Ils mettent le monde au défi d’accroître la tarification du carbone en vue de couvrir
25 % des émissions mondiales d’ici 2020 – soit le double du niveau actuel – et d’atteindre 50
% dans les dix années suivantes.

Cette taxe est une réelle évolution et une solution pour permettre de réduire le plus possible
les émissions de gaz à effet de serre en ramenant la nature à une catégorie économique afin
qu’on ne puise pas dans ses ressources indéfiniment.

D’autres solutions existent afin d’arriver à une transition écologique et sociétale.

Une forme alternative d’économie, en expansion ces dernières années : celle de l’économie
collaborative en est une. Elle regroupe différents types d’économie. Nous allons en expliquer
deux qui sont : l’économie circulaire et de fonctionnalité.

47
« Les économistes désignent par « externalité » ou « effet externe » le fait que l'activité de production ou de
consommation d'un agent affecte le bien-être d'un autre sans qu'aucun des deux reçoive ou paye une
compensation pour cet effet. » Source Universalis
48
Présents à la réunion : Premier ministre canadien, Justin Trudeau, de la présidente chilienne, Michelle
Bachelet, du Premier ministre éthiopien, HailemariamDessalegn, du président français, François Hollande, de la
chancelière allemande, Angela Merkel, et du président mexicain, Enrique PeñaNieto, président du Groupe de la
Banque mondiale, Jim Yong Kim, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, le gouverneur de la Californie,
Edmund G. Brown Jr., le maire de Rio de Janeiro, Eduardo Paes, et le secrétaire général de l’OCDE, Angel
Gurría.

36
2 .6 Redéfinir nos modèles économiques

La transition écologique « par le bas », qui s’opère par des innovations sociales ainsi conçues,
amène à redéfinir les modèles économiques dont nous dépendons.

L’économie collaborative, pour les fondateurs de « OuiShare49 »est un concept large et


protéiforme. Celle-ci est définie comme « un ensemble d’activités issu du Web et des
technologies réseaux P2P50 visant à produire de la valeur en commun et reposant sur de
nouvelles formes d'organisation du travail. Elle s'appuie sur une structure davantage
horizontale que verticale, la mutualisation des espaces, des outils, des biens (matériels ou
immatériels) et l'organisation de citoyens en réseaux ou en communautés. »51

On peut citer quelques exemples les plus connus et utilisés de notre époque : « blabla car » la
plateforme de covoiturage, « airbnb » plateforme de location et de réservation de logement de
particuliers ou encore « lecomptoirdudon.com »permettant de donner des biens que l’on aurait
jetés autrement. »

Notre mentalité d « échange »via internet a été travaillée par des sites pionniers tel qu’eBay
prouvant que des inconnus peuvent se faire confiance. Pour cela il faut que plusieurs critères
soient au rendez-vous : la sécurité avec le paiement sécurisé par exemple, la confiance, la
pollinisation et le déploiement de masses critiques indispensables à leur fonctionnement.

Les technologies mobiles ont placé l’échange et le partage de tout type d’actifs à une échelle
qui n’aurait jamais été envisageable auparavant.

Il existe l’économie circulaire devenue émergente à l’heure actuelle, qui invite à améliorer
l’efficience des ressources dans l’utilisation de celles-ci, en recyclant systématiquement les
déchets qui résultent du processus de production. Cette économie rompt avec la logique
linéaire c’est-à-dire : extraire-fabriquer-jeter. En effet, lorsque l’on produit de nouvelles
matières premières en recyclant les déchets, les eaux usées ou bien en utilisant la chaleur
perdue par les industries et les villes, on utilise bien moins d’énergie et on émet donc bien
moins de CO2 que lorsque l’on extrait des matières vierges de l’environnement.

C’est le défi qu’ont entrepris Jean Moreau et Baptiste Corval avec la création de la start-up
française « PHENIX » en 2014, permettant la gestion des invendus des entreprises (aliments,

49
ONG française à vocation internationale qui promeut l’économie collaborative.
50
« Peer To Peer » :pair à pair ou d’égal à égal.
51
Source : Alternatives Economiques

37
meubles…) pour réduire le gaspillage, les déchets et les émissions de CO252. Cette initiative a
été récompensée en 2015 par le trophée SUEZ du prix Happy city, qui gratifie des acteurs
engagés pour le « bien être citoyen ». Puis plus récemment, l’entreprise est devenue lauréate
pour le « prix des bonnes nouvelles des territoires 2016 »en tant qu’entrepreneur du futur en
faveur de l‘environnement. Leur message est de « contribuer à la transition progressive vers
un modèle d’économie circulaire, où les excédents des uns deviennent la matière première des
autres. »

Depuis 2014, Phénix compte aujourd’hui 25 collaborateurs répartis sur la quasi-totalité du


territoire et a permis la revalorisation de 2 000 tonnes d’invendus. Leur activité a ainsi une
triple utilité, à la fois sociale, environnementale et économique.

Enfin, l’économie de fonctionnalité se développe aussi de plus en plus. Elle propose de


miser sur la fourniture de services plutôt que de biens, afin de sortir de l’obsolescence
programmée et de maximiser l’utilité que l’on tire d’un produit tout au long de la durée de vie
de celui-ci.

Elle peut donc être définie comme étant une économie fondée sur le partage et la mise en
commun des ressources grâce à un mouvement de « dématérialisation. »

Prenons un exemple, dans la région de la Loire, « Global Application Exchange » (GAX) est un
projet porté par un consortium de plusieurs partenaires, experts techniques et spécialistes du
numérique. Il consiste en la mise en œuvre d'une solution opérationnelle de mutualisation de
logiciels « métiers » à destination des PME mécaniciennes de la Loire. C'est un exemple de
logiciel en tant que service, en proposant un abonnement à un logiciel plutôt que l'achat d'une
licence. Cela est rendu possible avec le réseau Très Haut Débit (THD) dont dispose le
département. GAX propose également de permettre la mise à disposition d'une plateforme
collaborative. D’autres secteurs peuvent être concernés tels que l’automobile, les
pneumatiques, les photocopieurs ou encore l’électroménager.

En somme, c’est la recherche de gains environnementaux et sociaux qui distingue l’économie


de la fonctionnalité de la « servicisation » ou en d’autres termes l’économie de services
classique.

52
http://www.wearephenix.com

38
De surcroît, le financement participatif fait partie de l’économie collaborative. Ce
financement appelé aussi « crowndfunding ». est une autre façon pour les entreprises, les
particuliers de récolter des fonds pour leurs projets. Dans la plupart des cas, c’est l’association
d’un grand nombre de personnes investissant un petit montant qui permettent aux porteurs de
projets de trouver les fonds demandés.

Cependant, un financement peut aussi se faire par des investisseurs tels que la ruche qui dit
oui, en France qui bénéficie du soutien de Kima Ventures qui est le fond d’investissement de
Xavier Niel, fondateur de free.

2.6 Finance responsable :

Depuis plusieurs années, on observe l’essor des Investissements socialement responsables


(ISR). La transition écologique et sociétale nécessite des financements importants et sur le
long terme. L’Investissement Socialement Responsable (ISR) représente un instrument
financier innovant pour favoriser cette transition. Il se définit comme étant un placement qui
vise à concilier la performance économique d’une organisation et son impact social et
environnemental.

Comment ce procédé se réalise ? En finançant des entreprises et des institutions qui


contribuent au développement durable. Il y a différentes formes d’ISR comme par exemple
les fonds socialement responsables ou de développement durable, les fonds d’exclusion ou
encore l’engagement actionnarial. L’année 2015 a connu une progression forte de 29% sur un
an. Une progression de 29 % sur un an. Le total des encours géré sous la bannière de l’ISR est
désormais de 746 milliards d’euros.53

Le marché est aujourd'hui dominé par les investisseurs institutionnels qui détiennent 90 % des
encours. 10 % sont constitués par l'épargne des Français qui choisissent l'ISR.

La place de l’épargne des français peut alors être transformée en ISR, c’est pour cela que pour
connaitre les banques investissant d’une manière responsable et durable, un rapport a été créé
en 2008 par l’association Les amis de la Terre afin d’orienter de la meilleure des manières les
citoyens pour choisir leur banque.54L’ISR et la Responsabilité Sociétale des entreprises (RSE)
sont des clés permettant d’intégrer la dimension de développement durable en société.

53
Annexe 7
54
https://issuu.com/amisdelaterre/docs/guidebanquesclimat_maj2015

39
2.7 Les exemples innovants de démarches locales :

Une autre clé permettant d’entrer dans une transition est la gestion urbaine d’un pays.

Si l’étymologie du mot « écologie » signifie « science de la maison, de l’habitat », les


changements doivent aussi passer par une restructuration de notre lieu de vie. Surtout
lorsqu’on compte depuis 2006, que plus de la moitié de l’humanité vit en ville. La question
urbaine est donc au cœur des enjeux écologiques.

Cela suppose d’agir sur le bâti et sur la structure même de la ville. Nous décrirons deux
nouvelles formes d’habitat durable en développement en France : l’éco-quartier «Debonne » à
Strasbourg et l’habitat coopératif « Village Vertical » à Villeurbanne. Néanmoins, il est
important de savoir que ce type d’environnement ne peut pas être reproduit partout,
notamment, en raison du coût de ce type de réalisation. C’est donc pour cela que l’on
exposera aussi d’autres solutions urbaines comme le mouvement des « villes en transition ».

Les éco-quartiers en France se développent : plus de 550 projets sont en cours et 300 000
logements sont en chantier55. Ces nouveaux quartiers utilisent des matériaux locaux et
naturels pour la construction (bois, paille chanvre) en vue de piéger plus de carbone qu’on en
émet. Les critères de l’éco-quartier afin d’être labellisés (décrit plus précisément dans la
troisième partie de ce mémoire, consacré au quartier Humanicité) ne sont pas seulement
techniques ou basés sur la construction, ils sont aussi et avant tout sociaux. C’est le cas de
« Debonne » à Strasbourg. Cet éco quartier a été récompensé en 2009 par le Grand prix
national EcoQuartier. Il regroupe différents types d’activités, de commerces, de structures
telles qu’une école, un complexe sportif ou encore un établissement pour personnes âgées. La
mixité y règne ainsi que le respect des critères environnementaux afin d’optimiser les
ressources. Ce projet a pu être facilité par la politique de la ville en termes de développement
durable.56

Par ailleurs, on voit apparaitre en France un nouveau type de logements : L’habitat


coopératif.

Par définition, une coopérative d'habitants est un espace de propriété collective à but non
lucratif, géré démocratiquement (un habitant = une voix). Collectivement, nous sommes
l'unique propriétaire de l'ensemble immobilier, et chaque ménage est locataire de son
logement. Les habitants sont donc au cœur de leur projet d'habitat. Cela empêche donc la
55
http://www.developpement-durable.gouv.fr/EcoQuartier,37480.html
56
http://www.grenoble.fr/152-les-grands-projets.htm

40
spéculation afin de donner davantage de pouvoir aux habitants. En France, la loi ALUR de
2014, mise en place par la ministre du logement de l’époque Cécile Duflot définit,
notamment, le principe « d’habitat coopératif ou appelé aussi participatif57 ».

C’est le cas du « Village Vertical » à Villeurbanne, dans la métropole de Lyon.

Ce projet est à taille humaine, il comprend 14 logements, dont neuf logements sociaux, et
quatre logements « très sociaux ». Des espaces collectifs sont implantés : terrasses, buanderie,
salle commune avec cuisine, jardin potager... La mutualisation d'espaces et de moyens permet
de vivre mieux à moindre coût. L'écologie rencontre le social dans sa conception grâce à :
l’isolation, le chauffage, les matériaux sains, panneaux solaires par exemple ; mais aussi dans
les modes de vie (gestion des déchets, limitation de la voiture en ville, achats groupés,
échanges de services entre voisins).Les habitants de ce « village » ont choisi de nombreuses
structures de l’ESS pour les accompagner dans leur vie quotidienne : la coopérative
ENERCOOP pour l’électricité 100% renouvelable et locale, la coopérative « La Miecyclette»
livre à vélo son pain bio au feu de bois et puis l'association « l'Arbralégumes » nous livre des
produits frais, bio et locaux.

Enfin les décisions de la vie collective sont prises en commun, démocratiquement, au sein des
assemblées et conseils de village, selon les principes coopératifs. Chacun des villageois est
signataire de la charte du village vertical.

Finalement, l’un des habitants fait un témoignage en corrélant plusieurs notions importantes :
« le vrai logement social est écologique, car l'écohabitat permet de réduire les charges. Le vrai
habitat écologique est collectif, pour mettre en œuvre des solutions collectives, et des
économies d'échelle. Il est aussi urbain : nous voulons éviter au maximum les pollutions liées
aux transports. »

Enfin ce type de logement et quartier n’est pas possible dans tous les cas de figure. C’est pour
cela que pour réduire l’impact environnemental du logement d’autres solutions existent.

Premièrement, l’isolation des logements permet de réduire la facture énergétique des


ménages de 80% soit plusieurs centaines d’euros par an. Prenons l’exemple que prend Pascal
Canfin, ancien homme politique, aujourd’hui directeur de WWF France : « Diminuer la
facture de chauffage de 200euros pour un ménage, c’est diminuer la demande en électricité
nucléaire, en gaz ou en fuel importés. Ces 200 euros dépensés aujourd’hui très peu créateurs

57
http://www.loi-alur.fr/habitat-participatif

41
d’emplois en France, soit parce qu’ils portent sur une technologie très capitalistique, faisant
appel à peu de travail par kilowattheure produit(le nucléaire), ou parce que l’énergie est
importée. Il est donc fort probable préférable ? Que cet argent économisé soit dépensé dans
des secteurs plus intensifs en emplois que le secteur énergétique. L’effet sur l’emploi sera
donc amplifié.58 » Il est donc plus qu’urgent de faire des rénovations en matière d’isolement
pour un bénéfice environnemental mais aussi monétaire.

Deuxièmement, si on part d’un autre constat dans les pays développés, notamment, la France,
que ce soit chez les particuliers ou dans l’industrie, l’énergie consommée de n’importe qu’elle
manière qu’elle soit, est faite de manière irraisonnée. En hiver, le chauffage marche de jour,
de nuits de week-ends, les ventilations ont le même volume de fonctionnement tous les jours
de l’année et 24h/24h, d’innombrables immeubles aussi hauts qu’ils soient laissent de jour
comme de nuit la lumière allumée. Peut-on accepter cette situation si on est conscient de la
façon dont l’énergie est produite ?

Donc, l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments représente donc un enjeu


crucial pour les années à venir. Les mesures pour isoler les 17 millions de logements qui, en
France, ne sont pas aux normes thermiques créeraient 120 000 emplois sur l’ensemble des
territoires pendant plus de vingt ans source ??. C’est d’ailleurs pour cela que dès 2030, la loi
grenelle I imposera la construction de bâtiments à énergie positive. Pour cela, il faut améliorer
la conception, l’isolation des bâtiments et intégrer des innovations techniques.
Avant d’atteindre cette date, un mouvement est déjà en place permettant, entre autre, ce genre
de mesures: « ville en transition »59.

Le programme est basé sur la réduction de la consommation d’énergies fossiles, la


performance énergétique ou encore la reconstruction d’une économie locale vigoureuse et
soutenable. Pour cela il faut rompre avec des politiques de développement fondées sur
l’étalement urbain, réduire les besoins en transports individualisés ou encore reconquérir la
maitrise collective du foncier dans les centres-villes en socialisant la rente foncière.60 Autant
de mesures qui permettraient des changements au niveau local. C’est d’ailleurs ce qu’essaie
de faire le « réseau transition »61.

58
Tirés de son livre : « Le contrat écologique pour l’Europe »(2009), éditions les petits matins
59
Mouvement d’origine britannique, initié par Rob Hopkins, http://www.transitionfrance.fr
60
http://www.semplaine.fr/files/uploads/UploadLire/fichier/fichier-963.pdf
61
http://www.reseautransition.be

42
En dernière analyse, prenons un exemple concret en France de ce que le groupe Transition a
pu et apporte encore aujourd’hui : Dans le département de Gironde, six groupes de transition
se sont créés. Ils ont réalisé des différentes initiatives telles que une AMAP (association pour
le maintien d’une agriculture paysanne), un SEL (système d’échanges locaux) , un jardin
partagé, une recyclerie ou encore une monnaie locale le « MIEL » (Monnaie d’intérêt
économique local) qui rassemble 300 adhérents dont 90 prestations de biens et de services.
D’autres actions sont en cours de réalisation telles que le financement solidaire, une ferme
pédagogique…

En se rassemblant, en réfléchissant ensemble, de superbes initiatives locales naissent. A


mesure que ces innovations se diffusent, elles engendrent une transformation des valeurs qui
animent celles et ceux qui y prennent part. Ceci permet de remédier non seulement aux causes
anthropiques de la crise des écosystèmes, la dégradation de la matière et sa désorganisation
croissante, à mesure des transformations qu’elle subit mais aussi des causes anthropologiques
liées à notre façon d’être ensemble et d’être en relation les uns avec les autres.

Les solutions qui se mettent en place localement peuvent apporter des transformations
d’ensemble et faire changer de cap : mettez bout à bout mille « révolutions tranquilles »,
comme les appelle Bénédicte Manier62, et on constatera que les sociétés auront été
transformées de manière radicale, et que la vie de chacun sera devenue plus riche.

Nous allons dans la dernière partie de ce mémoire, analyser et décrire deux « révolutions »
local en région Nord-Pas-de-Calais, le quartier Humanicité et l’Université Catholique de Lille.

62
Bénédicte Manier : « un million de révolutions tranquilles »(2012), édition Les liens qui libèrent

43
III) Application concrète : la région Hauts de France avec deux cas : le
quartier Humanicité et l’Université catholique de Lille
3.3 Le quartier Humanicité

3.3.1 Présentation du projet


Le quartier Humanicité s’est construit sous l’égide de Lille Métropole Commune Urbaine
(aujourd’hui appelé Métropole Européenne Lilloise (MEL), des communes de Capinghem,
Lomme et de l’Université Catholique de Lille.

Cet endroit rassemble une grande part des activités humaines c’est-à-dire l’habitat, les
entreprises, commerces et services, les activités sanitaires médico-sociales ainsi
qu’universitaires et culturelles.

C’est un projet innovant de vie et de ville qui a pour but de favoriser des valeurs telles que la
mixité sociale, la mutualisation et la solidarité ou encore la convivialité au sein des espaces
collectifs et piétonniers.

L’Université Catholique de Lille (UCL) a une volonté d’innover en matière de service à la


société et d’innovation sociale.

Elle possède à Lille un Groupement de Coopération Sanitaire qui se compose du Centre


Hospitalier Saint-Philibert et Saint-Vincent de Paul.

L’idée initiale était d’élargir l’hôpital existant à St Philibert, cependant après réflexion, un
constat est établi : une évolution du système de santé et de la société en général est nécessaire
afin de permettre de mieux comprendre les questions du vieillissement et du handicap.

Intégrant cette notion, l’idée de créer un quartier regroupant ces nouvelles questions fut
préférée à celle de l’élargissement de l’hôpital.

Après plusieurs années de réflexion et différentes études (voir chronologie de la vie du


quartier annexe 9) la première pierre est posée en 2009 créant le premier établissement
médico-social du quartier, qui sera suivi de l’installation de nombreux autres.

Ces établissements accueillent des publics en situation de handicap physique et/ou mental.

On peut donner quelques exemples de structures :

44
- « La vie devant soi » accueillant des personnes cérébro-lésées (AVC ou traumatisme
crânien),
- le centre Hélène Borel accueillant des personnes en situation de handicap physique ne
pouvant plus être autonomes,
- l’Accueil Marthe et Marie maison d’église permettant l’organisation d’activités
multiples et variées,
- l’EHPAD St François de Salles hébergeant des résidents âgés, notamment sourds de
naissance
- ou encore l’ABEJ accueillant des personnes anciennement sans-abris.
Il existe ainsi 14 structures dans la totalité.

Ce quartier a une particularité, il a été proposé aux acteurs, une démarche de « living lab63 ».
Cela fait de lui un lieu physique d’innovation. Les Ateliers Humanicité (ATH), où j’ai pu
effectuer mon stage est un acteur du quartier depuis 2013.Thérèse Lebrun, membre fondatrice
de ce quartier ainsi que présidente-recteur déléguée santé sociale de l’Institut Catholique de
Lille en donne une définition : « L’objectif des ateliers est de favoriser le vivre-ensemble du
quartier Humanicité, en lien avec l’ensemble des acteurs de ce quartier et dans une dimension
d’innovation forte, notamment sociale et sociétale. »

Ce lieu est un service de l’Université Catholique de Lille. C’est le « cœur de réacteur » du


Living lab qu’est le quartier c’est-à-dire le « lieu de déploiement, d’animation et d’action » d’
Humanicité.

Ces membres détectent les projets qui émanent du quartier, les explorent et les conduisent,
soit en coopération ou en délégation à des institutions de l’UCL (qui inclut les facultés,
écoles, instituts, centres de recherche, le secteur hospitalier et médicosocial).

Le living lab est aussi le nom de la démarche de recherche qu’a été mis en œuvre par les ATH
initiée en 2013. Cette initiative consiste à faire participer en interaction l’ensemble des acteurs
du quartier dans des projets collectifs aux thématiques variées.

Nous verrons dans la partie a), comment avec l’une de mes missions de stage, cette démarche
a pu s’organiser dans le quartier.

63
« Un living lab est une méthode de recherche en innovation ouverte qui vise le développement de nouveaux
produits et services. L’approche promeut un processus de co-création avec les usages finaux dans des
conditions réelles et s’appuie sur un écosystème de partenariats public-privé-citoyen. » Définition tirée dans le
« livre blanc des Living lab »(Mars 2014) ,Patrick Dubé)

45
Les ATH ont deux objectifs principaux : construire un système de développement
d’innovations sociales accompagnant le nouveau vivre-ensemble, et co-élaborer des réponses
innovantes aux questions soulevées par les acteurs et habitants d’Humanicité.

En lien avec les écoles et facultés de l’Université Catholique de Lille, les établissements
sanitaires et médico-sociaux, des entreprises et les collectivités locales, les Ateliers apportent
outils et méthodes afin de rendre le quartier le plus vivant et participatif possible, c’est-à-dire
propice à toutes formes d’innovations de produits, de services ou encore d’organisations.

Dans le concept de base, « Humanicité » fut créée sur quatre grands fondements64 :
Le premier concernant l’espace public en tant que lieu d’échange, de vie, de lien, de
sociabilité.
Le second permettant de se situer à l’échelle humaine c’est-à-dire à celle du piéton.
Le troisième est non des moindre : promouvoir l’accessibilité pour tous. Devant permettre de
concevoir un espace public approprié au vivre-ensemble.
Enfin, le dernier point, la mutualisation des équipements, des services ainsi que de la
logistique.
Si ces quatre grands points auraient été réellement rassemblés cela aurait pu être un rêve
existant mais cela ne l’est malheureusement pas dans la réalité.
A l’origine, UCL a réfléchi puis retenu quelques critères des éco-quartiers labélisés. Il y a
donc eu une intention de tendre vers cette dimension « écologique ».

Nous allons donc voir dans cette dernière partie comment l’Université catholique de Lille par
le biais du quartier Humanicité ou encore de son campus universitaire, participe à la
transition, quelles en sont ses limites et quelles pistes d’amélioration à apporter.

64
Source : Témoignage de Hubert Maes, urbaniste (Décembre 2014), tiré du Dossier « Humanicité, un nouveau
quartier de vie et de ville »

46
3.3.2 Un essai vers une transition sociétale plus qu’écologique : Perspectives de faire
« d’Humanicité » un éco-quartier
Un éco-quartier, ou quartier durable est un quartier urbain qui s'inscrit dans une perspective
de développement durable : ses rôles sont de réduire au maximum l'impact sur
l'environnement, favoriser le développement économique, la qualité de vie, la mixité sans
oublier l'intégration sociale.

Il s'agit de construire un quartier en prenant en considération un grand nombre de


problématiques sociales, économiques et environnementales dans l'urbanisme, la conception
et l'architecture de ce quartier.

L'objectif de l'éco quartier est également d'entrainer le reste de la ville dans une dynamique de
développement durable (inciter la population à une généralisation des bonnes pratiques).

C'est l'application des principes du développement durable à l'échelle d'un quartier.

Enumérons les points essentiels à respecter :

- la lutte contre l’étalement urbain,

- une meilleure gestion de l’eau et le recyclage des déchets,

- la construction de bâtiments économes en énergie,

- la réduction du trafic automobile,

- l'utilisation de matériaux locaux et écologiques pour la construction (éco conception, éco


construction, éco matériaux)

- le respect des critères de la HQE (Haute Qualité environnementale),

- la mise en place de systèmes de déplacements « propres » (transport en commun, vélos, à


pieds …) ainsi qu’un parking collectif qui favorise le covoiturage.

Ensuite, il existe aussi des critères se référant plus particulièrement au domaine du social,
partie intégrante du développement durable : partager une politique de mixité et d'intégration
sociale, développer la participation des citoyens à la vie du quartier ainsi qu’à la création
d'équipements, de commerces, d'infrastructures accessibles.

Nous allons analyser maintenant quels sont les critères qui sont présents et fonctionnent dans
le quartier puis nous verrons ceux qui sont absents ou ne fonctionnent pas.

47
Tout d’abord, il est important de souligner, avant de faire l’inventaire de ce qui va et de ce qui
ne va pas, que le quartier Humanicité, à l’origine avait pensé à la dimension écologique dans
la conception de ce quartier, mais n’en était pas sa volonté première, comme l’a souligné
Bruno Maillard, aménagement depuis la naissance de cet endroit.

Jean-Claude SAILLY, chef de projet, aussi depuis les prémices, explique que l’intention, au
début été présente, que des recherches ont été faites pour savoir comment avoir le label d’éco-
quartier, cependant un des critères ne rentraient pas dans les 20 objectifs à atteindre afin de
devenir un éco-quartier. Celui-ci concernait la densité du quartier.

Le premier point à apporter concernant les questions liées aux objectifs de développement
durable réalisés ou non dans le quartier est la présence du campus DALKIA, implanté en
périphérie d’Humanicité.

Ce campus est un centre de formation dans les métiers de l’énergie, de la propreté ainsi que de
l’eau. Il possède différentes techniques pour comprendre le fonctionnement d’énergies
renouvelables tels que la biomasse, la géothermie, les panneaux solaires ou encore
l’hydraulique. Il s’est construit à partir de mai 2009 et fut dépendait de « Veolia ».

L’hôpital St Philibert appartenant à l’UCL est fourni par le campus Dalkia grâce à sa
chaufferie biomasse utilisant des copeaux de bois.

Nous pouvons préciser que les copeaux sont achetés dans la région pour éviter une empreinte
écologique des déplacements de matières premières trop élevée. Concernant le chauffage
urbain du quartier il est produit, dans une grande majorité, à plus de 50% par des énergies
renouvelables par le biais du campus.

Un effort fut donc fait pour que l’énergie soit produite de manière respectueuse de
l’environnement, cependant elle ne concerne pas la totalité du quartier et la stratégie
énergétique n’est pas neutre car on consomme plus que ce qui est produit par DALKIA.

Le deuxième point à aborder concerne le traitement des eaux. La question s’est posée lors de
la construction du quartier. Des rencontres ont été effectuées avec une station d’épuration des
eaux : ORGANICA qui a une nouvelle manière de traiter l’eau : par les plantes. Pour pouvoir
l’implanter il faut négocier avec les Eaux du Nord, organisme en charge de la gestion de l’eau
dans la région, pour savoir s’il est possible ou non d’utiliser cette technique plus respectueuse
de l’environnement. Cette négociation ne porta pas ses fruits car cette technique à l’époque

48
c’est-à-dire en 2009, pour les représentants des Eaux du Nord ce n’est pas encore tout à fait au
point.

En conclusion, par rapport à la gestion de l’eau, la démarche fut entreprise mais non
consolidée.

Un éco-quartier devant avoir un traitement écologique des eaux usées, épuration, protection
des nappes phréatiques ou encore la récupération de l’eau de pluie pour une réutilisation dans
le quartier.

Le troisième point à aborder et non des moindres par rapport aux problèmes régissant le
quartier : les déchets.

Dalkia étant spécialiste sur ce sujet, un projet fut proposé avec une technique de collecte par
aspiration des déchets à heure régulière, le retrait des déchets n’ayant plus besoin de se faire.

Ce quartier est situé entre Capinghem et Lomme et ces villes ont un service mutualisé
ESTERA, de collecte des déchets commandés par la MEL (métropole européenne de Lille), le
même pour tous avec une taxe d’enlèvement des ordures. Ces acteurs définissent le niveau de
service de chaque zone. Humanicité appartient à la zone Nord ouest. Partout dans cette zone
ESTERA apporte le même service. Ou est-ce que l’urbanisme singulier de Humanicité doit
amener la MEL et ESTERA à apporter un traitement différent sur cette zone ?

Après consultation, cet organe ne sait pas faire une dérogation pour ce genre de demande,
donc le quartier aurait continué à payer la taxe alors qu’il n’y en avait plus le besoin.

L’idée fut donc abandonnée .La collecte des déchets ne correspond pas aux objectifs de
développement durable donc d’éco quartier car il n’y a pas de poubelle distincte de tri, pas de
compost ou de traitement thermique.

Certains autres problèmes liés aux déchets ressortent : dépôts sauvages d’ordures, les
poubelles qui gênent le passage des personnes à mobilité réduite sur les trottoirs…Ce dernier
point abordé ci-dessus concernant l’accessibilité dans le quartier est un sujet sensible.

49
3.1.3 L’accessibilité

Afin de mieux l’assimiler, commençons par l’origine du projet « Humanicité ».

Lorsque le quartier a été imaginé, l’ambition était qu’il soit sans voiture ou presque.
Cependant, le mode de vie des Français étant particulièrement lié à l’automobile, des
problèmes de mobilités sont rapidement apparus.

Le fait que la MEL ( Métropole Européenne de Lille) anciennement appelé la LMCU (Lille
Métropole Communauté Urbaine) n’ait pas tenu sa promesse de création de parking silo aux
abords du quartier, faute de budget, a créé de nombreuses tensions.

C’est pourquoi, l’ICL a souhaité réaliser un Plan de Déplacement d’Entreprises (« Ensemble


de mesures visant à optimiser les déplacements liés aux activités professionnelles en
favorisant l'usage des modes de transports alternatifs à la voiture individuelle »65).

Il fut mandaté pour la réalisation de celui-ci et 6 établissements du quartier l’ont financé, étant
touché particulièrement par ces soucis de déplacements.

Les PDE s’inscrivent dans le cadre de la loi LAURE (Loi sur l’Air et l’Utilisation Rationnelle
de l’Energie) de 1996, qui institue l’obligation pour les agglomérations de plus de 100 000
habitants, d’adopter un Plan de Déplacements Urbains. Par ailleurs, la loi SRU (Solidarité et
Renouvellement Urbain) inscrit le plan de déplacements d’entreprise dans le plan de
déplacements urbains et incite les entreprises à mettre en œuvre des plans de mobilité pour
favoriser les déplacements de leurs usagers.

Ces plans de déplacement ont un enjeu majeur qui est d’assurer un équilibre durable entre les
besoins de mobilité, la protection de l’environnement et de la santé, la préservation de la
qualité de vie, tout en tenant compte des contraintes financières.

Néanmoins, il est inscrit dans la loi qu’il faut établir un PDE mais ce n’est qu’une obligation
de moyens et non de résultats.

Une fois que l’étude est fournie, l’obligation s’arrête là et donc nombreux commanditaires de
ces plans n’entament que la première étape, celle d’établir des fiches actions.

On pourrait alors se demander pourquoi un tel agissement ?

65
Source ADEME

50
Un suivi et une mise en place demandent un investissement financier, parfois important
comme le souligne très bien Aurélie MONTIGNY chargée d’études à l’IDDR lors d’un
entretien ultérieur (institut du développement durable et responsable) qui fut notamment
responsable du bon déroulement du PDE Humanicité conçu par des étudiants.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour le quartier, dans le cahier des charges il a été demandé
une étude mais non un suivi et une mise en place des actions. Ce PDE a pris fin en mars 2014.

On peut alors constater au vu du mécontentement des finançeurs, des personnes à mobilité


réduite, des habitants ou des conducteurs, que peu d’action ont été réalisée.

On peut donc se poser cette question : Comment fait-on pour accueillir, dans les normes, les
personnes en situation de handicap dans un territoire donné ?

Lorsqu’on discute avec des personnes à mobilité réduite dans le quartier Humanicité on se
rend compte qu’ils ont de réelles difficultés à se déplacer et peinent jusqu’à chuter parfois.

Pourtant une loi, celle du 11 février 2005 stipule clairement que :

« Le principe d'accessibilité pour tous, quel que soit le handicap, est réaffirmé. Les critères
d'accessibilité et les délais de mise en conformité sont redéfinis. Ainsi les établissements
existants recevant du public et les transports collectifs ont dix ans pour se mettre en
conformité avec la loi. Celle-ci prévoit aussi la mise en accessibilité des communes et des
services de communication publique.66 »

On constate, malheureusement, que dix ans plus tard, le défi n'est toujours pas relevé.

Il y a eu certes des avancées qui sont d’ailleurs saluées en matière d’accueil, de compensation
ou de scolarisation, en France, mais il reste encore beaucoup à faire…

Avec 22 % d’handicapés sans emploi, l’accès au travail reste notamment la bête noire et
l’accessibilité en est une autre.

Près d’une personne handicapée sur deux (48 %) estime que son quotidien ne s’est pas
amélioré depuis 2005, selon une enquête IFOP.

Une étude dont l’intérêt principal était de comparer le sentiment des premiers intéressés avec
celui de la population dans son ensemble, mais aussi des élus (maires et conseillers généraux),
chargés de faire appliquer la loi sur le terrain. Où l’on s’aperçoit d’un décalage certain entre le
66
Legifrance.gouv.fr –bases de données- Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des
chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées)

51
vécu des personnes handicapées et l’appréciation des élus. « D’une manière générale, les élus
pensent que la loi est plutôt bien appliquée », relève Alain Rochon, président de l’Association
des paralysés de France (APF). Mais ils sont aussi 50 % à avouer ne pas connaître son
contenu. Ceci explique sans doute cela… »67.

Cette loi devait être un vrai souffle pour ces personnes, mais elle a été peu à peu oubliée,
victime comme on peut le constater par cette enquête mais aussi par d’autres actes qu’une
absence de volonté politique est réellement présente pour faire appliquer cette loi.

La sphère politique joue un rôle mais d’autres acteurs sont aussi concernés : les architectes qui
conçoivent les bâtiments tout en respectant les fameuses normes expliquées dans la loi.

Nous allons nous baser sur le propos de Nicolas Mérille, Conseiller national accessibilité à
l’Association des paralysés de France ainsi que sur le cas d’Humanicité pour essayer de
comprendre pourquoi ces dysfonctionnements et ensuite proposer des recommandations pour
tendre vers plus efficacité de cette loi.

Monsieur Mérille explique que : « la situation pour les constructions neuves s’est
considérablement améliorée depuis 2005 bien qu’il reste des problèmes de non-conformité et
que les travaux de voirie ont bien avancé, l’accessibilité des bâtiments existants et des
transports a très peu progressé. »68

Il en est de même pour les voiries, au regard de ce qui se passe dans le quartier Humanicité,
on constate une difficulté à mettre aux normes les bâtiments ou voiries empêchant une facilité
d’accès voire parfois une impossibilité.

Concernant les bâtiments, ils doivent être aux normes RT2012 (règlement technique datant de
2012), la loi d’accessibilité ainsi que dans le respect des objectifs de résultat étant assignés
aux promoteurs en termes de conception du bâti (économie d’énergie, éclairage,
consommation d’eau).

L’UCL n’étant qu’aménageur, ce sont les promoteurs employant des architectes qui sont les
maitres dans leur conception.

Des bureaux d’études sont là pour vérifier si tout est conforme, cependant, on se rend compte
après différents témoignages d’habitants que nombreux d’entre eux ne sont pas satisfaits car

67
Article de presse L’humanité : « Dix ans après, la loi handicap reste inaccessible » Alexandre FACHE, 11
février 2015
68
Tirées de l’article « 10 ans de loi, 10 ans de perdus » de Adrien Pouthier, de la revue le moniteur

52
non accessibles pour les PMR. Après quelques témoignages de personnes handicapées,
certains expriment leurs mécontentements en déménageant car les bâtiments « normalement
aux normes » ne le sont pas (portes trop lourdes, accès difficile à certaines pièces, une
salle de bain non adaptée pour PMR etc.)

D’autres, vont de manière plus douce exprimer verbalement leurs difficultés à circuler,
surtout, et il est important de le mentionner, à l’extérieur du quartier.

A l’intérieur même de celui-ci, une attention particulière est donnée à l’accessibilité, avec
notamment l’aide d’un bureau d’étude spécialisé HANDIGO qui a permis de délivrer un
travail d’amélioration de différentes parties du quartier en terme d’accessibilité.

Cependant de grandes difficultés surgissent pour les PMR à l’entrée du quartier ainsi que pour
rejoindre la zone commerciale.

Pourquoi alors les travaux de voirie ne sont-ils pas faits sachant qu’Humanicité abrite un
grand nombre de personnes en situation de handicap ?

Comme expliqué plus haut, l’UCL n’étant qu’aménageur du quartier, elle ne peut intervenir
seulement dans le territoire lui appartenant, ensuite c’est aussi à la MEL, et les représentants
des municipalités de Lomme et de Capinghem de collaborer ensemble afin d’entreprendre les
changements nécessaires à un « mieux vivre », faisant partie intégrante d’une transition
sociétale.

Les relations étant complexes entre ces différentes instances, en raison d’une part du projet
inachevé de relier Humanicité à Capinghem, ce qui entraine une rupture géographique de 800
mètres de terrain agricole non prévue dans le projet initial. 69
D’autre part, avec la MEL qui en tant qu’instance politique en restructuration depuis quelques
temps reprend tout juste le dossier Humanicité en main, l’ayant laissé tomber malgré plusieurs
courriers adressés en son nom concernant les changements dans le quartier.
Dû à une mauvaise communication entre différentes instances, des changements, inscrits
dans la loi pourtant se font attendre au détriment d’une partie de la population déjà fragilisée
par un handicap.

69
Voir article de La voix du Nord : « Humanicité dans l’impasse » en Annexe 10

53
Enfin, d’autres problèmes surviennent aussi dans ce quartier comme des problèmes de
voisinage (nuisances sonores, parties communes insalubres…) ou encore un sentiment
d’insécurité (vols, casse de voitures…).

C’est pour cette raison que « Citéo » organisme de médiation sociale est installé dans le
quartier à titre expérimental pour essayer de trouver des solutions pour régler ses différents
problèmes.

Cependant il est important de mentionner que ces incidents entravent la participation des
habitants dans la vie du quartier, sujet que nous aborderons dans la deuxième partie
concernant Humanicité.

Afin de résorber ou atténuer les différentes difficultés rencontrées pour qu’une transition
écologique ainsi que sociétale soit complète, il est judicieux de se baser sur certaines
préconisations d’Alain Chapuis, dirigeant de Chapuis Menuiseries dans la Loire, lui-même en
fauteuil roulant et président de la commission accessibilité de la FFB pour étayer nos
propos concernant les Etablissements Recevant du Public (ERP). Il est nécessaire de
développer l’attrait pour ces travaux spécifiques, renforcer les formations avec comme
objectif de proposer une chaîne complète aux ERP de 5e catégorie : diagnostic, devis,
réalisation des travaux par des entreprises Pros de l’accessibilité, réception et contrôle par un
bureau d’études.

Cependant ce bureau d’étude doit se mettre à la place de l’usager. Pour se faire, il doit inclure
les habitants ayant un handicap ou non aux contrôles des lieux. Habitants au sens large car les
constructeurs non pas forcément connaissance à la fin des travaux des personnes devant
résider dans les logements, il serait donc plus avisé d’améliorer la recherche d’informations
sur la personne concernée ainsi que la particularité de son handicap. Comment concevoir un
logement accueillant des personnes handicapées si l’on ne fait pas participer les personnes
concernées afin de rendre compte de ses réels besoins.

Handidactique, association œuvrant à la création et au soutien de projets pédagogiques visant


à l'amélioration de la qualité de vie des personnes en situation de handicap l’a bien compris, et
affirme que « tous les citoyens ont besoin » d'une « école qui encourage l'autonomie et ses
débouchés dans une société accompagnante ». Et plus globalement d'une société inclusive et
participative qui « permette à chaque personne handicapée, citoyen à part entière, de pouvoir
exercer ses droits : accès à l'école, à l'emploi, à la culture, à la santé ».

54
Selon elle, le choix de vie pour les personnes handicapées ne doit pas se résumer « à la
décision d'une commission spécialisée » et revendique « un choix évolutif qui doit être
respecté tout au long de la vie ». Et d'affirmer que d'autres pays « plus vertueux » ont une
longueur d'avance sur la reconnaissance de la différence par l'ensemble de la société (dans les
écoles, médias, administrations, entreprises…)70 Pourquoi ne pas s'en inspirer ?

De nombreux rapports donnent des perspectives concrètes pouvant améliorer la vie des
personnes en situation de handicap. Nous pouvons en citer trois : la saisine du CESE (Conseil
Economique, Social et Environnemental) pour une société accueillante et accompagnante, le
rapport Piveteau « Zéro sans solution » ainsi que le rapport Vachey-Jeannet sur la réforme de
la tarification.

Bien évidemment, la place des politiques est très importante pour faire évoluer concrètement
les choses, c’est d’ailleurs ce que réclament cette lettre ouverte : « il appartient aux politiques
de les mettre en œuvre, en ayant bien à l'esprit que travailler au bien-être des personnes en
situation de handicap, c'est travailler au bien-être de l'ensemble du corps social. »71

Enfin la dernière recommandation, sans doute la plus centrale, est la collaboration entre les
différents acteurs d’un projet quel qu’il soit, basé sur l’écoute réelle des besoins et des attentes
de celui-ci. Qu’une véritable communication soit présente, que les intérêts politiques de
chacun soient mis de côté. Dans le but de créer une réelle cohésion, et de mener à bien le
projet pour et avec les usagers.

3.1.4 Mixité et participation sociale dans le quartier

Les concepteurs d’Humanicité ont voulu éviter la constitution d’un « ghetto » médicosocial.

L’objectif recherché est au contraire, de réaliser un quartier de ville où sont présents


l’ensemble des acteurs de la société, y compris les personnes souffrantes ou porteuses de
handicap. Celles-ci bénéficiant de l’accompagnement et du soutien du personnel à disposition
ainsi que celles du quartier, ces dernières s’enrichissant du contact avec des personnes
fragilisées. La politique de mixité et d'intégration sociale étant l’un des critères à respecter
pour devenir un éco-quartier est mise en place avec succès.

De plus, le groupe « Mutualisation » a été créé, afin de réfléchir aux divers moyens
d’améliorer la liaison faite entre établissements et structures, que ce soit dans les domaines
70
http://www.handidactique.org/
71
Pascale Jacob, président d’Handidactique dans la lettre ouverte adressé au président de la république le 10
février 2015

55
logistiques, dans le partage de professionnels de santé ou d’engager des réflexions, des actions
sur la façon d’animer Humanicité. Ce groupe se réunissant une fois tous les deux mois permet
de se tenir au courant des projets du quartier, indispensable pour une bonne cohésion.

Les ateliers Humanicité (ATH) furent créés en 2013, partant des besoins et des attentes des
usagers afin de faire participer l’ensemble des acteurs du quartier dans des projets collectifs
aux thématiques variées.

Le forum ouvert

Ce fut le cas lors du forum ouvert du 15 juin 2015 organisée par Laura GRIVET,
anciennement chargée de développement de la participation sociale aux ATH.

Le forum ouvert est une démarche d’intelligence collective qui permet aux participants de
créer et gérer eux-mêmes un ordre du jour en réponse à la problématique soulevée par la
thématique du Forum Ouvert. Cet agenda co-construit et partagé donne ainsi lieu à divers
groupes de travail, en séances simultanées, ayant un thème commun ou une question
commune d’importance stratégique. Ces sous-parties des thèmes vont être discutées de façon
innovante, et orientée sur la recherche des solutions pour qu'il en résulte des projets concrets.
Cet outil innovant a été créé par Harrison Owen en 1985. Cela a été un succès en France il fut
utilisé de nombreuses fois notamment pour élaborer des réponses à des questions de politique
publique par des assemblées de citoyens en 2009 à Rennes autour du Plan Climat, en 2010 par
la communauté urbaine de Bordeaux sur la question de l'eau ou encore plus récemment le 28
juin 2016 à Paris sur l’évolution des éco-quartiers. 72

J’ai eu la chance de pouvoir, à l’arrivée de mon stage, participer à 3 jours de formation pour
devenir facilitateur de forum ouvert.

J’ai pu ainsi comprendre comment cela fonctionne, ce fut une expérience enrichissante, cela
permet de faire participer tous types de personnes à la résolution d’une question.

D’autres techniques d’animation d’intelligence collective existent telles que le « pro-action


café » ou encore le « fish-bowl » toutes basés sur un temps d’échange collectif ou en groupe
permettant ainsi une diversité de réponses à des questions posés.

Dans le quartier Humanicité la question du forum ouvert était : « Quelles initiatives mener
ensemble pour faire vivre notre quartier ?

72
http://www.logement.gouv.fr/invitation-forum-ouvert-des-ecoquartiers-mardi-28-juin-2016

56
Il y a eu 56 participants durant cette journée, 20 sujets traités ainsi que 6 plans d’actions
rédigés.

Des questionnaires de satisfaction ont été distribués à la fin, les résultats sont très positifs pour
la plupart d’entre eux. Un point important ressort, c’est l’envie d’agir des participants, l’envie
d’aller plus loin, de poursuivre le travail enclenché pendant la journée. Certains se projetant
déjà dans les actions. Une année plus tard, cette envie s’est confirmée car trois projets ont
abouti à la suite de cette journée : l’assemblée des habitants, le salon du livre et l’estaminet.

Le résultat d’un beau travail collectif d’habitants du quartier. Le but est que les personnes
ayant été force de proposition puissent porter le projet eux-mêmes, avec l’appui des ATH si
besoin au début pour lancer leur projet.

A la suite de cela, s’est créé le comité de suivi accompagné par Laura GRIVET, dont
l’objectif des premières réunions étaient de travailler avec différents acteurs du quartier à la
structuration de comment devait être gérer le comité.

Après plusieurs réunions de préparation, la trame de ce groupe fut élaborée. Il fut donc
convenu qu’une fois tous les deux mois, ce comité se réunirait pour analyser les différents
projets que l’on propose dans le quartier, de décider ensemble si ce projet doit être suivi et
ensuite d’apporter un accompagnement ainsi qu’un soutien financier si besoin est, pour la
création de celui-ci.

Les projets doivent obligatoirement bénéficier à l’un ou plusieurs acteurs du quartier


(habitants, établissements).

Le comité de suivi va se réunir début septembre pour décider du binôme de coordination pour
6 mois pour commencer à recevoir les propositions de projets, s'assurer que la philosophie du
comité est bien respectée, que le fil rouge ne se perde pas de vue. Cependant, ils n’ont pas
plus de pouvoir que les autres membres du comité.

57
3.1.5 L’événement « L’éveil des sens »

L’une de mes missions de stage était de co-créer avec les différents acteurs du quartier un
événement participatif.

Cet événement fait suite au Forum Ouvert de juin 2015 et a eu pour objectif de raviver l’effet
communautaire créé ce jour-là et de donner des outils (contacts, connaissances, démarches,
pratiques etc.) aux acteurs du quartier.

Pour réaliser ce projet, une analyse des besoins/ attentes des établissements est nécessaire en
premier lieu pour ensuite comprendre quel type d’intervenant correspond, afin de pouvoir
proposer un atelier participatif en adéquation avec la structure accueillante.

En effet, la notion de participation est centrale dans ce type d’événement et correspond aux
valeurs que les ateliers Humanicité ont envie de faire impulser dans le quartier.
Après l’analyse des besoins et des attentes des différents établissements, je leur propose de
participer à l’événement, la plupart d’entre eux ont acceptés cependant ceux qui ont manqué à
l’appel n’ont pas pu venir pour la seule et unique raison que la date ne leurs convenaient pas :
le samedi, certains établissements sont fermés ou en manque d’effectifs. Tous ont été
volontaires et ont montré une implication dans l’élaboration de cet événement, affichant le
potentiel que peut avoir le quartier à monter des projets.

Une fois l’accord donné par l’établissement, je reviens vers eux quelques temps après, dès
lors que la recherche des intervenants est faite, afin de leurs proposer une liste d’atelier, en se
basant sur leurs besoins et leurs attentes. Ensuite, une réunion de préparation de l’événement a
lieu permettant aux intervenants et aux référents des structures pour se rencontrer afin de co-
organiser le déroulement de leur atelier (les attentes de chaque partie, la durée, les besoins
physiques et matériels, le référent, échange de contact). Le but de cette rencontre étant que les
binômes puissent ensuite gérer ensemble, sans mon intermédiaire, l’organisation de leur
atelier durant l’événement.

Concernant la communication de l’événement, différents outils et méthodes furent utilisés. Il


y a eu deux présentations Power Point du projet au groupe « Mutualisation » afin d’informer
l’ensemble des acteurs du quartier de ces événements ainsi que de l’aide de certains,cela ne
porta pas ses fruits comme espérés. Une présentation fut aussi faite à l’assemblée des
habitants, cela a permis de recruter un intervenant habitant pour compléter l’atelier massage
car cette personne a une formation en massages ainsi que deux bénévoles. Ensuite, pour la
communication à l’ensemble des villes voisines au quartier, j’ai effectué plusieurs sessions

58
d’affichage dans les mairies, bibliothèques, écoles, magasins etc. Enfin, quelques jours avant
l’événement, différents médias, radios ont été contactés, deux annonces radio furent passées et
article publié dans le direct matin73.

Les établissements ont aussi le choix de proposer un atelier : ce fut le cas de la Fraternité
Œcuménique (L’un des premiers membres du quartier).

Etant donné leur dynamisme dans l’organisation de cet événement, je me dois de faire un
retour sur leurs fonctions dans le quartier.

Cette structure est composée de 5 sœurs, 2 de religion catholique et 3 de religion protestante.


La journée des sœurs est rythmée par la prière ouverte à tous, à la chapelle Marthe et Marie.

Elles assurent une présence à la Maison Médicale Jean XXIII, à l’accueil Marthe et Marie et à
l’ABEJ. Elles participent sur Humanicité à diverses initiatives qui ont pour but de favoriser la
mise en route du dynamisme du quartier.

L’une des sœurs , Leona, a proposé un atelier de fabrication de produits écologiques,


correspondant totalement au type d’atelier devant être mis en place pour faire tendre le
quartier à des valeurs de développement durable.

Des sujets tels que le handicap, le « bien manger » ainsi que le respect de l’environnement ont
été abordés à cette occasion, avec pour ambition de donner des clés et des idées pour
l’émergence de nouveaux projets citoyens dans le quartier.

Nous n’allons pas détailler tous les ateliers réalisés durant cette demi-journée (programme en
annexe 12) nous nous contenterons d’en décrire deux : la création d’un court-métrage avec
les résidents d’Hélène Borel, ainsi que le théâtre forum sur les problématiques du quartier.

L’un des moments qui m’a le plus touchée durant mon stage est le temps passé en compagnie
des personnes du quartier.

En discutant avec certains d’entre eux, ici des personnes handicapées, l’un des points qui
revenait souvent était le rapport qu’ils pouvaient avoir avec les personnes de l’extérieur. Le
regard porté sur ces personnes est parfois insistant voire mal-placé, ce qui peut accentuer leurs
malaise et voir pire leur état…

73
Annexe 11

59
Il m’est alors venue à l’idée de les mettre en scène, mon idée initiale était de créer une pièce
de théâtre avec une compagnie. Cependant des rencontres m’ont fait changer légèrement
d’avis lorsque j’ai discuté avec le collectif TALWEG par le biais du théâtre « octobre ».

Ce collectif est constitué de deux femmes Charlotte Mucklish et Fanny Derrier, une
comédienne et une cinéaste, qui toutes deux ont déjà travaillé à plusieurs reprises avec des
personnes handicapées.

Lorsque je leur parle du projet, elles sont tout de suite ravies et motivées. Elles ont un court
métrage en préparation, sur le thème de la marche avec des enfants de primaire d’une école
voisine de Lomme. Travailler en parallèle avec des personnes handicapées qui interprètent la
marche d’une différente manière fut source d’inspiration.

Commence alors, durant deux mois un enchainement de séances. Le but étant de faire
participer le plus possible les résidents dans la création de cette vidéo. Ils sont mis en scène,
pour les plus timides, ils ont le choix, ils peuvent être derrière la caméra ou tout simplement
rouler avec la caméra accrochée derrière leur fauteuil.

A la fin de cette collaboration, riche en émotions pour les deux parties, la diffusion eut lieu
durant l’événement, elle fut tout aussi émouvante que le travail en amont. Une vidéo
entrecoupée de leur témoignage audio et de leur réalisation vidéo, de leur marche dans le
quartier.

Des témoignages touchant qui ont permis aux spectateurs, une prise de conscience des
difficultés des personnes en situation de handicap en se basant sur le rendu des évaluations de
l’événement.74

Puis, le théâtre forum, initié par Citéo, organisme de médiation sociale agissant dans le
quartier avec l’appui de plusieurs acteurs pour construire cet atelier. Le théâtre forum est
utilisé dans l’éducation populaire qui se sert de la représentation théâtrale pour susciter la
recherche commune de solutions à un problème posé. Le principe se fonde sur la mise en
scène d’une situation avec une issue non satisfaisante, suivie de l’invitation du public pour
venir jouer sur scène des issues alternatives. Le spectateur devient ainsi acteur, il participe
avec la troupe à la recherche de solutions différentes au problème, et autrement que par la
confrontation d’idées. Cet atelier fut interprété en langues des signes pour permettre au public
sourds et malentendants de pouvoir participer au débat.

74
Voir annexe 12

60
Ce moment, fut apprécié par les participants et une prise de conscience a eu lieu de la part du
public, sur leur posture lors de conflits dans le quartier, une avancée pour trouver des
solutions à certains différents de voisinage ainsi que certaines problématiques régissant le
quartier (caddies, déchets…)

Enfin, une rapide explication de l’origine du nom « l’éveil des sens » pour l’événement. J’ai
choisi de l’appeler ainsi car « les sens » lorsqu’on les anime permettent de raviver certaines
émotions, souvenirs voire même créer, donner des envies, des idées pour d’autres. On peut
faire référence à la « madeleine de Proust » ou encore à la musique qui a une visée
thérapeutique usant de moyens mnémotechniques. J’ai choisi ce nom pour stimuler les
habitants de ce quartier, dans le but de leurs faire passer un moment convivial, tout en
abordant des sujets de société mais également de leur faire prendre conscience de ce qui aura
comme impact sur l’adaptation de leurs comportements dans le quartier et dans n’importe
quel environnement.

D’autres événements participatifs (les fenêtres qui parlent, fête des voisins, des étudiants d’if
santé) sont organisés dans le quartier permettant de créer un « vivre ensemble » et une
« cohésion sociale » éléments indispensables à une transition sociétale.

Néanmoins, nous pouvons aborder une difficulté concernant la participation sociale dans le
quartier pouvant s’étendre à plus grande échelle.

Humanicité possède 900 logements pouvant accueillir environ 2 200 personnes. Lorsqu’on
compare le nombre d’habitants avec le nombre de participants aux événements, on constate
une participation étrangement faible comparée à celle qu’on aurait pu attendre. Cela peut être
dû aux problèmes d’insécurité et de voisinage régissant le quartier. Certains, après discussion
ou intervention lors des assemblées des habitants, expliquent qu’ils n’ont pas envie de
s’impliquer dans la vie du quartier car d’autres préoccupations sont prioritaires (insécurité
dans le quartier due notamment aux vols ou casses, problèmes de voisinage ou de
stationnements etc) qui mériteraient d’être réglés avant de s’impliquer davantage dans le
quartier.

61
3.1.6 Futurs projets du quartier :

Un projet est né à l’assemblée des habitants, quelques réunions pour son commencement eu
lieu sans réel succès. J’ai voulu donc le suivre pour l’intégrer à l’événement, le S.E.L
(système d’échanges locaux). Le but est d’échanger des biens et des services sans échange
monétaire.

La directrice de l’ABEJ, Rolande RIBEAUCOURT aimerait tester cette pratique dans son
établissement pour personnes anciennement sans abris ayant des troubles psychiques.

Durant mon stage, j’ai donc organisé 2 réunions pour avancer sur ce projet, l’une avec la
directrice et l’autre avec les différents acteurs devant être impliqués de loin ou de prés dans
l’élaboration du S.E.L (deux résidents et deux référents salariés de l’ABEJ, une spécialiste, et
moi-même).

Après discussion et explication du projet, les personnes repartent motivées et une réunion de
préparation aura lieu en septembre pour débuter réellement ce projet.

Le S.E.L est un très bon moyen de redonner confiance à des personnes sorties du monde du
travail depuis plusieurs années. Il leurs permet de valoriser leurs compétence et savoir-faire,
même minime. Il permet aussi, bien entendu, de créer du lien social entre les individus,
élément indispensable au bien-être de notre société.

D’autres projets vont bientôt être mis en place dans le quartier : Des jardinières et potagers
partagés et une mission Zéro déchet. D’autres, de plus grandes envergures, la création d’un
maraicher par les jardins de Cocagne. Ce projet qui verra le jour dans à peu près deux ans,
permettra d’employer en réinsertion des habitants du quartier et de produire des fruits mais
aussi des légumes locaux sans l’utilisation de pesticides ou autres.

Ces différents futurs projets contribueront aux deux transitions, qu’elle soit écologique ou
sociétale.

62
3.2 L’Université Catholique de Lille (UCL) :

L’UCL est un établissement pluridisciplinaire fondé en 1875 qui est composé de six facultés,
de vingt grandes écoles, d'instituts, et d'un groupement hospitalier de 780 lits dont le principal
objectif est d’inscrire leurs actions au service de l'homme et de la société, afin de contribuer
aux évolutions économiques et sociales. C’est pour cette raison que le développement durable
occupe une place importante, notamment avec les secteurs « développement durable et
responsable » et « Handicaps, Dépendance et Citoyenneté ».

3.2.1 Une Université en route vers une transition énergétique, écologique,


économique et sociale
Depuis novembre 2013, l’UCL a décidé de s’engager résolument dans la Troisième
Révolution Industrielle et contribuer ainsi à l’indispensable transition énergétique, écologique,
économique et sociale de l’Université mais aussi de la région Nord-Pas de Calais.

En 2006, l’IDDR (Institut du développement durable et responsable) fut créé, initialement


pour élaborer le plan de déplacement de l’Université qui fut d’ailleurs, la première Université
à le mettre en place en France.

Le PDE de l’UCL a été établi en 2006, est contrairement à celui d’Humanicité, un suivi
annuel est présent dans le cahier des charges permettant ainsi de meilleurs résultats. Les
objectifs de ce PDE sont larges : Tout d’abord, il s’agit d’identifier et former le correspondant
PDE de chaque établissement. Ensuite de sensibiliser le personnel, les étudiants et visiteurs
aux modes alternatifs ainsi que d’inciter à se déplacer en vélo, favoriser la marche à pied et
encourager l’utilisation des transports en commun. Attribuer de façon équitable et raisonnée,
les parkings de l’Université. Diminuer le recours au véhicule personnel pour les déplacements
professionnels. Enfin, inciter au covoiturage.

Les résultats obtenus sont plutôt satisfaisants malgré des efforts encore à faire, notamment en
termes de relais dans l’implication de certains établissements.

Différents thèmes ont été abordés comme l’aménagement pour une meilleure accessibilité, la
communication et l’information, les stationnements vélos, les parkings, les transports en
commun ou encore l’auto-partage ont été traités. Il existe maintenant une mutualisation des
places de voitures avec d’autres services de l’UCL, une plateforme d’auto partage a été créé

63
permettant ainsi du covoiturage (malgré qu’il n’y ait que 50 inscrits pour l’instant) ou encore
la création d’arceaux.

Aurélie Montigny, chargée de développement à l’IDDR, explique à la suite d’un entretien


qu’à la suite du dynamisme enclenché par le PDE, l’IDDR et l’UCL lance le projet
CoPILOT : « Laissez-vous transporter », une démarche expérimentale de conseil
individualisé, testée pour la première fois dans une université française. 3 étapes pour la
réalisation de cette action : tout d’abord, un bilan mobilité personnalisé, ensuite le test d’un
nouveau mode de transport sur le trajet domicile travail durant deux semaines et enfin un
point sur l’expérience et avec les chargés de projet. Cette offre est disponible jusqu’au 30
septembre et permettra d’encourager les salariés à s’interroger sur leurs habitudes de mobilité.

Cet institut a, par la suite, permis la définition et la structuration d’une stratégie de l’ensemble
de l’Université en matière de développement durable. Il rassemble des enseignants-
chercheurs dans différentes disciplines : économistes, sociologues, environnementalistes,
écologues, juristes et d’autres en permettant le développement des formations initiales dans le
domaine (4000 étudiants concernés chaque année), la réalisation du bilan carbone d’une partie
des facultés et écoles ainsi que le soutien aux activités de recherche tout en s’impliquant dans
les réseaux et projets régionaux mais également nationaux.

D’autres actions ont été mises en place par l’IDDR, telles que l’action collective de formation
à l’éco-conception associant plusieurs établissements de l’Université. Sept établissements ont
été impliqués dans cette démarche et cela a concerné 190 étudiants. Aujourd’hui, ces
établissements continuent de former leurs étudiants à l’éco-conception et renforcent leurs
investissements dans cette thématique.

L’IDDR concernait, au départ, le campus, il y a maintenant une restructuration principalement


dans les facultés Catholique de Lille.

« Live Tree » est un programme qui s’inscrit dans le projet régional « Université Zéro
Carbone » qui concerne l’ensemble des Campus Universitaires du Nord-Pas-de-Calais.

Il s’agit de mettre en place une démarche globale concernant tous les aspects de la vie de
l’Université, et en lien avec son environnement ; les collectivités, les habitants du quartier
Vauban, les habitants du quartier Humanicité et les entreprises partenaires.

Les étudiants sont bien entendus appelés à contribuer aux expériences, aux chantiers, aux
progrès de la Troisième Révolution Industrielle. A travers ce projet, l’UCL à la volonté de

64
renforcer son rôle « d’éducation globale » des étudiants et de sa responsabilité sociétale
d’Université car ce sont ces jeunes qui contribueront à la diffusion progressive de savoir et de
compétences nécessaires pour rendre effective cette transition.

Live tree est un projet qui englobe aussi la conception de bâtiments démonstrateurs comme
par exemple le bâtiment de l’ISA ou encore le RIZOMM rue du Port, la maison de recherche
HEI ou encore l éco campus ICAM, tout cela se situant dans le campus Vauban à Lille.

Benoit BOUREL, vice-recteur en charge de la responsabilité sociétale d’Université et


directeur de l’Institut du développement durable et responsable explique, lors d’un entretien,
le projet en cours de reconstruction du bâtiment du RIZOMM, son ambition est qu’il soit
100% autosuffisant et qu’il puisse lorsqu’il est inoccupé d’être un vecteur d’énergie pour les
bâtiments autour.

Pour se faire ce bâtiment sera équipé d’une centrale photovoltaïque avec des systèmes
électriques bien défini, des détecteurs de mouvements pour que la consommation en énergie
soit la plus infime possible.

Une équipe de chercheurs supervise ce projet pour concevoir d’une manière la plus durable
possible ce bâtiment, qui sera aussi un démonstrateur sociotechnique. Tout a été pensé pour
qu’il soit le plus économe en énergie et accessible à tous. Le bâtiment du RIZOMM n’étant
pas en capacité d’accueillir les personnes handicapées à l’heure actuelle. Il y aura dans ce
nouvel établissement des salles modulables ainsi que des espaces assez grands pour faire
circuler une chaise roulante sans difficulté.

Les étudiants expérimentent certains points qui pourraient poser problème. L’un des plus
importants est celui sur les questionnements usagers qu’ils ont faits pour connaitre les
pratiques en termes d’énergie.

Ce tout nouveau bâtiment auto-suffisant sera prêt, si aucun retard n’est prévu, dès la rentrée
2018.

65
3.2.2 Le forum ouvert Live Tree 2016

Pour qu’il existe une réelle participation de tous les acteurs de l’Université, l’IDDR a réalisé
en partenariat avec les Ateliers Humanicité, un forum ouvert Live Tree qui eut lieu le 03 mars
2016 concernant la transition énergétique dans l’Université.

J’ai eu la chance de pouvoir participer à l’organisation de ce Forum en étant responsable de la


« salle des nouvelles », lieu où à la fin de chaque rencontre, le référent du groupe va taper sur
l’ordinateur le compte rendu des discussions ou des plans d’actions.

Ce fut une journée intéressante, où de nombreuses idées concernant la transition de


l’Université sont ressorties.

Certaines ont abouti ou sont en cours : la borne électrique pour recharger les voitures ainsi
que le projet d’un futur jardin potager à l’Université mené par l’ISA et d’autres étudiants
d’écoles voisines du campus ainsi que quelques associations étudiantes.

3.2.3 Les freins à l’engagement citoyen des étudiants

L’un des freins que l’on peut constater est la difficulté à mobiliser les étudiants de manière
pérenne ou non. Cela pour deux raisons :

La première étant qu’une bonne partie des étudiants restent dans l’Université pour une courte
période (Erasmus, changement de domaine, d’Université, écoles), contraignant ainsi
l’engagement que les étudiants peuvent y avoir.

La deuxième, l’un des points qui freine l’engagement est le manque de récompense finale.
Sachant cela, les professeurs, responsable pédagogique et autres ont mis en place un
module : « engagement associatif » permettant ainsi aux étudiants d’avoir une note à la suite
de leur mobilisation dans une des actions associatives de leurs choix.

Devrions-nous passer inévitablement par la récompense pour penser à un engagement citoyen


ou associatif des étudiants ? Comment faire pour qu’une mobilisation soit pleinement engagée
sans attente en retour ? Ou le simple fait que cela puisse être gratifiant et utile à l’intérêt
général.

J’ai moi-même vécu cette situation lors de la préparation de l’événement « l’éveil des sens »
où lorsqu’on va à leur rencontre, la motivation à l’air d’être présente mais n’y est plus

66
lorsqu’on rentre dans le concret. Cette absence de mobilisation, était, dans mon cas, due à
différents facteurs tels que l’indisponibilité, l’absence de réponse ou l’arrêt de l’activité de
l’association.

3.2.4 L’UCL, son référentiel plan vert et ses deux chaires environnementales

Nous pouvons aborder un point qui contribue à la transition écologique de l’Université donc
d’une certaine manière à la transition globale, qui est le référentiel Plan vert.
L’UCL a adhéré au réseau Campus Responsable initié par l’association Graines de
changement. L’IDDR est membre du comité développement durable piloté par la conférence
des présidents d’Université (CPU) en lien avec la conférence des Grandes Ecoles (CGE).

Ainsi, l’Université Catholique se met en conformité avec l’article 48 de la Loi Grenelle 1 qui
stipule que « les établissements d’enseignements supérieurs ont élaboré, pour la rentrée 2009,
un « Plan Vert » pour les campus.

Chaque établissement d’enseignement supérieur définit et met en œuvre sa propre stratégie de


développement durable. Les Universités et grandes écoles pourront solliciter une labellisation
sur le fondement de critères de développement durable. L’Université Catholique de Lille a
donc décidé de rejoindre les 30 Universités françaises pour tester ce référentiel « Plan Vert ».

A travers ce projet, l’UCL à la volonté de renforcer son rôle « d’éducation globale » des
étudiants et de sa responsabilité sociétale d’Université.

C’est d’ailleurs pour cette raison, qu’elle est engagée dans deux chaires ayant pour volonté le
respect de l’environnement : Chaire EHE (Energie, habitat et environnement) ainsi que la
chaire de transition écologique dans les entreprises et dans la société.

La première est initiée par le groupe HEI, ISA, ISEN qui ont comme rôle de formaliser les
activités « Energie, Habitat Environnement » Cette thématique s’inscrit dans les enjeux
combinés des villes intelligentes et durables et ceux de la transition énergétique. Cela induit
des applications très larges : l’efficacité énergétique des bâtiments, les bâtiments intelligents,
les smart grids75ou réseaux intelligents, la production, le stockage, la gestion durable et la
dépollution des sols, la qualité de l’habitat. Ces enjeux se pensent de façon globale en
empruntant aux principes de l’économie circulaire, de l’éco conception et de l’économie de la
fonctionnalité. L’objectif de cette chaire étant d’obtenir le soutien nécessaire pour développer
plus encore ces activités et d’initier de nouvelles actions avec les partenaires.

75
Décrit en seconde partie sur les solutions

67
La chaire de transition écologique dans les entreprises et dans la société. Une école du campus
l’ICAM (Institut Catholique des arts et métiers) souhaite s’associer à des entreprises et des
organisations dans le cadre de cette chaire.

Citons certains objectifs de ce partenariat ambitieux : accompagner la transition écologique


des entreprises et des organisations, articuler développement durable et justice sociale,
contribué au débat public. Cette chaire peut recouvrir différentes dimensions : gouvernance et
stratégie d’entreprise et sociétale, bilan énergétique, organisation du travail et ressources
humaines ou encore les aspects économiques d’une organisation.

3.2.5 Les projets étudiants en relation avec le « living lab » Humanicité

Il existe différents liens avec le quartier Humanicité et l’UCL. L’un des objectifs des ateliers
Humanicité est d’accompagner les projets étudiants au sein du quartier.

On peut citer trois exemples de projets pédagogiques qui ont eu lieu dans le quartier durant
mon stage.

Le premier projet est celui du géocaching76 : La FGES et l’Université Fontys des Sciences de
Breda (Pays-Bas) ont organisé un échange mettant en relation des étudiants, pour travailler
sur le prototypage d’un géocaching sur Humanicité. Les 16 et 17 mars, 40 étudiants de la
Licence Internationale d’Economie et de Gestion sont venus sur le quartier, avec 40 étudiants
hollandais. Durant deux jours, ils ont travaillé ensemble sur un prototype de géocaching. Les
étudiants ont exploré le quartier, analysé le contexte et les enjeux des différentes structures
pour proposer une façon ludique et innovante de découvrir Humanicité grâce à des
géocaches. J’ai eu l’opportunité, lors de ce projet, de faire partie du jury pour désigner le
meilleur projet étudiant en termes de compréhension du territoire Humanicité, de son
originalité et du concept géocaching choisit. Cette expérience sera normalement reconduite
l’année prochaine.

Le deuxième projet étudiant qui a eu lieu, depuis le début de l’année 2016, fut avec un groupe
d’étudiants de l’ISEN qui ont pu profiter d’Humanicité comme terrain d’expérimentation et

76
c’est un concept qui, grâce à la technique du géo positionnement par satellite, permet de rechercher ou
dissimuler un contenant appelé « cache » ou « géocache » dans divers endroits à travers le monde (ici en
l’occurrence le quartier Humanicité). Une géocache typique est constituée d’un petit contenant étanche et
résistant qui comprend un registre des visites et un ou plusieurs « trésors » (ou infos sur le lieu dans lequel les
personnes se trouvent). C’est donc un moyen de faire découvrir un lieu de façon ludique !

68
des Ateliers Humanicité comme accompagnateurs et lieu d’accueil. 7 élèves ingénieurs en
Master 1 ont travaillé sur un projet d’intégration de la robotique au cœur d’Humanicité. Ils ont
conçu le robot « Pluggi » et étudié l’utilité qu’il pourrait avoir dans un des parkings
souterrains du quartier, pouvant par exemple réduire l’insécurité en optant pour un robot
caméra surveillance.

Le troisième est la fête d’IF santé qui a un objectif pédagogique car il est un module
d’évaluation de fin d’année.
Pour se faire, des étudiants doivent s‘associer avec un établissement pour proposer un atelier
afin d’animer le quartier. Ce fut l’occasion durant cette demi-journée de faire le départ de
Jean Baptiste Gave, 27 ans, étant atteints de la myopathie de Duchenne, qui a fait le pari fou
de faire Lille-Montpellier en chaise roulante.77

Néanmoins, nous avons pu remarquer, l’équipe des ATH, que le deuxième ainsi que le
troisième projet manqué de recherche concernant les usagers pour lesquelles ils élaborent
leurs projets.

Ce manque crée ensuite la non faisabilité du projet ou une réalisation non approfondie
entrainant une déception par rapport aux ambitions initialement prévues.

Enfin, une équipe de chercheurs est impliqué sur plusieurs projets depuis maintenant plus de
deux ans dans le quartier Humanicité.

Cette équipe se nomme HADéPaS, elle réalise des travaux de recherche sur le handicap, le
vieillissement et la participation sociale d’un public large en mixité.

L’unité associe à ses travaux, les personnes en situation de handicap ou en perte d’autonomie
mais aussi de leurs entourages personnels, professionnels, sociale.

Elle collabore avec eux dans la définition de ses recherches.

Elle vise à produire des connaissances qui permettent aux personnes concernées de
s’émanciper et de développer leur pouvoir d’agir sur leurs conditions de vie, le plus loin
possible, dans la mesure de leurs capacités.

On peut par exemple citer la Recherche-action autour d’une radio réalisée par des personnes
anciennement sans-abris qui sont accompagnées par l’ABEJ ainsi que l’animation d’ateliers
participatifs auprès d’habitants d’Humanicité.

77
https://roue-libre.com

69
Hadépas a pu collaborer avec un large panel de structures telles que plusieurs associations
gestionnaires d’établissements dans le domaine du handicap et du vieillissement, le
groupement de coopération sanitaire du GHICL ou encore la Direction Régionale de la
Jeunesse et de la Cohésion Sociale Nord-Pas-de-Calais.

Les différents points abordés créent l’envie d’une déclinaison vers une transition écologique
et sociétale démontrant que l’une ne va pas sans l’autre…

70
Conclusion
Selon le Global Footprint, la totalité des ressources renouvelables en un an a été consommée
par l'humanité ce lundi 8 août 2016. La date de ce « jour du dépassement », établie au 9 août
l'année dernière, s'avance inexorablement depuis le début des années 1970. En d'autres
termes, toutes les ressources qui seront utilisées à partir de ce jour et jusqu'au 31 décembre, le
seront à crédit, selon le think tank.78 Il nous faudrait trois planètes pour continuer notre mode
de vie et plus encore pour que la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique puissent atteindre nos
niveaux de vie.

Ces arguments expliquent l’un des objectifs de ce mémoire qui est d’exprimer l’importance
d’une double transition, écologique et sociétale, ce qu’elles présupposent, impliquent et
comment celles-ci sont liées. Nous avons pu démontrer que dans tous les domaines
(énergétiques, urbanisme, transports, agriculture, nouvelles technologies etc.) la
préoccupation écologique s’affirme.

Réduire la pression sur les ressources signifie t’elle nécessairement de réduire notre bien être
individuel et collectif ? La vraie richesse n’est t’elle pas le produit de l’intelligence humaine,
de la connaissance ? Celle-ci pouvant s’accumuler sans fin. Attendrons- nous une gigantesque
catastrophe pour réagir79 ?

Afin de pouvoir résoudre la crise écologique, une volonté politique, citoyenne doit être
fondamentalement présente. Dans la seconde partie, qui est aussi le second objectif de ce
mémoire est de donner certaines « clés » de réussite à la transition. On a donc pu en esquisser
quelques unes, grâce à des solutions venant de la société civile, de personnalités politiques ou
encore de certaines institutions. Celles-ci permettraient d’établir les changements nécessaires
afin qu’un monde plus durable se créé. Il y a deux exemples qui contribuent à une transition
écologique et sociétale, émanant des expériences que j’ai pu vivre lors de mon stage, le
quartier Humanicité et l’Université Catholique de Lille, c’est pour cela que j’en ai consacré
ma troisième partie.

78
Définition de think thank : Cercle de réflexion émanant généralement d’institutions privées, et apte à
soumettre des propositions aux pouvoirs publics. Source : Larousse
http://www.footprintnetwork.org/fr
79
En référence à la pédagogie de la catastrophe établit dans ses prémices par Fairfield Osborn (1948), La
planète au pillage

71
Par ailleurs, ces deux dernières parties nous démontrent que nous ne sommes pas condamnés
à la guerre du tous contre tous, que l’on peut remplacer la compétition par la collaboration et
que cela et même nécessaire. Les solutions énoncées concernent de nombreux domaines allant
de la voiture électrique, au pétrole artificiel ou encore à des collectifs de citoyens engagés
dans la transition

Durant l’avancement de mon travail, une autre piste a interpellé ma réflexion, en lien avec ce
sujet de mémoire : celle des conséquences de l’ « évolution » de la société, qu’elles soient
négatives ou positives. Prenons un exemple : le domaine de la santé.

D’une part, nous avons vu se créer une trentaine de nouvelles maladies durant ce dernier quart
de siècle. Tout cela étant le résultat des transformations qu’a crée l’homme dans ce monde80.
En changeant rapidement et radicalement son environnement, l’homme s’est aussi affranchi
des pressions sélectives qui ont façonné notre organisme tel qu’il est aujourd’hui et en a créé
de nouvelles. La moindre sollicitation de notre système immunitaire pourrait être à l’origine
de son dérèglement et expliquer l’apparition des maladies auto-immunes ou allergiques.
L’accroissement de maladies comme le cancer pourrait être mis en corrélation avec des agents
infectieux responsables ou protecteurs.

D’autre part, les évolutions de la médecine ont permis une augmentation de l’espérance de
vie et notre niveau de confort s’est considérablement amélioré. Nous cohabitons donc avec
des contradictions. Comprendre ces différents paradoxes, pourquoi ils se créent et savoir
comment les déjouer peut-être une piste intéressante à approfondir.

En guise de conclusion, une citation d’Olivier de Schutter81 qui nous laisse plein d’espoir pour
l’avenir : « Dans une transition, c’est chaque étape qui importe, même la plus petite : chaque
microprojet a son importance dans ce qu’il peut attendre aux autres. Dans une partition
musicale, ce n’est pas seulement la dernière note qui compte : c’est chacune des notes qui
contribuent à l’harmonie de la partition. Alors écoutons. »

En effet, l’un des principaux atouts de la transition est qu’elle encourage la convergence, en
impliquant autant d’organisations locales que possible dans une démarche inclusive pour
définir et prendre en main ensemble notre avenir.

80

81
rapporteur spéciale des Nations Unies sur le droit de l’alimentation (2008-2014)

72
Il faut que les enjeux de demain, deviennent le sujet d’aujourd’hui afin de réconcilier le
nécessaire et le souhaitable.

Au terme de cette analyse, une question existentielle se pose alors à nous : Où réside
réellement le bonheur ? Une question à méditer…

73
Bibliographie :

Robin Degron, (juillet 2012), la France, bonne élève du développement durable ? Editions le
doc en poche

Phillipe Desbroses, Emmanuel Bailly, Thanh Nghiem (2007), Terres d’avenir pour un mode
de vie durable, Editions Alphée Jean Paul Bertrand

Attac, (2012), La nature n’a pas de prix, les méprises de l’économie verte, Editions les liens
qui libèrent

Sylvain Allemand, (2010), Pourquoi le développement durable ?, Editions Belin

Philippe FREMEAUX, Wojtek KALINOWSKI, Aurore LALUCQ, (2014), Transition


écologique mode d’emploi, éditions Petits matins/ Alternatives Economiques
Anne-Sophie Novel, Stéphanie Riot, (2012) Vive la co-révolution, Pour une société
collaborative, Editions Alternatives
Steven E. Soft (2010), Dépasser Copenhague, Apprendre à coopérer, Editions L’harmattan
Marcel Jollivet Postface de Bruno Villalba (2015), Pour une transition écologique citoyenne,
Editions Charles Léopold Mayer
Justice et paix-France,(2005), Notre mode de vie est-il durable ? Nouvel horizon de la
responsabilité, Editions KARTHALA
Jean-Paul Fitoussi, Eloi Laurent(2008), la nouvelle écologie politique, Editions du Seuil et la
république des idées
Sylvie Faucheux, Haitham Joumni,(2005) Economie et politique des changements
climatiques, Editions La découverte
Jared Diamond, Pierre Rahbi, André Velter et Sylvain Tesson (2011), Inventer le XXIème
siècle Editions Alternatives
Rob Hopkins, (octobre 2014), Ils changent le monde, Editions le Seuil
Pascal Canfin Préface de Daniel Cohn bendit (2009), Le contrat écologique pour l’Europe,
Editions Petits matins
Pierre Jacquemot,(), Dictionnaire sur le développement durable, Editions
Laurent et Isabelle Urban,(2015), Sauver les plantes pour sauver l’humanité, Editions Belin
Mihaela Nedelcu et François Hainard, (2006), Pour une écologie citoyenne , Risques
environnementaux, médiations et politique publiques, Editions L’harmattan
Dominique Bourg, Carine Dartiguepeyrou, Caroline Gervais et Olivier Perrin, (2016), Les
nouveaux modes de vies durables, s’engager autrement, Le bord de l’eau éditions

74
Roger Guesnerie et Nicolas Stern, (2012), 2 économistes face aux enjeux climatiques,
Editions Le Pommier
Didier Naud, (2008), Intelligence collaborative et développement durable, Editions DEMOS
Yann Arthus-Bertrand, Good Planet.org, (2009), 2 degrés de trop, Mieux comprendre les
enjeux de Copenhague, Editions de La Martinière
Bénédicte Manier (2012), Un million de révolutions tranquilles: 'travail, habitat, argent, santé,
eau... comment les citoyens changent le monde, Editions Les liens qui libèrent

Revues, séries, documentations

Dossier présentation du quartier Humanicité (Décembre 2014) « Un nouveau quartier de vie


et de ville. »

Dossier Live Tree de l’UCL (2014-2015), Pour une 3ème Révolution Industrielle

Marie Riet-Hucheloup, Yuriko Koike, Pierre Victoria, Valérie Masson-Delmotte (Novembre


2015), Veolia Planet, Climat Chaque solution compte

Rapport et études

« Turn Down the Heat, Why a 4°C Warmer World must be avoided » rapport de la banque
mondiale réalisé par le Postdam Institute for Climate impact research and climate analytics,
novembre 2012.

Résumé Contribution du Groupe de travail I au cinquième Rapport d'évaluation du GIEC,


CHANGEMENTS CLIMATIQUES 2013, Les éléments scientifiques

Résumé Contribution du Groupe de travail II au cinquième Rapport d'évaluation du GIEC,


CHANGEMENTS CLIMATIQUES 2014, Incidences, adaptation, et vulnérabilité

Rapport de synthèse Contribution du Groupe de travail III au cinquième Rapport d'évaluation


du GIEC, CHANGEMENTS CLIMATIQUES 2014, L'atténuation du changement climatique

Guy Debord (1971), La planète malade, les inventeurs d’incroyances

Le rapport STERN (octobre 2006), sur l’économie du changement climatique (octobre 2006)

Nicolas Hulot (novembre 2006), Pacte écologique catalysant la prise de conscience des
français

75
Documentaire

AL GORE, (2006) Une vérité qui dérange


Henri Poulain, Julien Goetz, Sylvain Lapoix (2015), 2 degrés avant la fin du monde
Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, (2009) Le syndrome du Titanic,
Cyril Dion, Mélanie Laurent (2015), DEMAIN, partout dans le monde des solutions existent

Web graphie

Article de presse dans : www.Reporterre.com , le journal de l’écologie de février 2015


https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01084564/document
http://encyclopedie-dd.org/encyclopedie/economie/croissance-verte-et-transition.html
https://controversciences.org/transition-rhone-alpes
http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2011/06/26/sur-la-transition-sociale-et-
ecologique-quelques-lectures/
http://travail-
emploi.gouv.fr/IMG/pdf/cese_rapport_2015_15_emploi_transition_ecologique.pdf
http://www.ademe.fr/actualites
http://www.ecoquartier-strasbourg.net/index.php/transition/quest-ce-quun-eco-
quartier/quelques-exemples/284-palmares-national-ecoquartier-2011.html
http://www.economie.gouv.fr/facileco/linvestissement-socialement-responsable

76
Annexe 1 : Tableau explicative des différentes évolutions de l’anthropocène, de 1950 à
nos jours

Source : igbp.net / Steffen et al., 2005, Global Change and the Earth System, Springer, pp
132-133

Design by Globaia.org

77
Annexe 2 :

Carte de l’Europe regroupant les différents réacteurs nucléaire : L’Europe, toujours


surnucléarisée »

78
Annexe 3 :

79
Annexe 4 :

Carte explicative des multiples circuits de la fabrication d’un téléphone portable à


travers le monde

Source : Apple et CCFD Terre solidaire

80
Annexe 5 :

Niveau de dégradation des sols dans le monde

Source : Monde diplomatique, 2014

81
Annexe 6 :

82
Annexe 7 :

Evolution de la croissance du PIB, des émissions de CO2, de la fourniture totale


d’énergie primaire, de l’intensité carbone et de la démographie de 1970 à 2004

Source : Contribution du groupe de travail III au quatrième rapport d’évaluation du GIEC sur
l’évolution du climat, résumé à l’intention des décideurs, mai 2007.

83
Annexe 8 : Graphique sur l’évolution des encours d’ISR durant ces trois dernières
années

84
Annexe 9 : Repères chronologiques du quartier Humanicité

85
Annexe 10 : Article : « Humanicité dans l’impasse »

86
Annexe 10.pdf Annexe 10 (2).pdf

87
Annexe 11 : Article dans le journal direct matin de l’événement : » L’éveil des sens »

88
Annexe 11 : Le programme de l’événement : « L’éveil des sens »

89
Annexe 12 : Rapport d’évaluation du 25 juin 2016 : « L’éveil des sens »

Annexe 13.docx

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