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La région du Haut-Sassandra dans la distribution des produits vivriers

agricoles en Côte d’Ivoire


Prof. KOFFIE-BIKPO CÉLINE YOLANDE, Professeur Titulaire (bikpoceline@yahoo.fr)
KRA KOFFI SIMÉON, doctorant (krakoffisimeon@yahoo.fr)
Institut de Géographie Tropical, Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody / Abidjan / Côte d’Ivoire

RESUME le questionnaire et des entretiens avec les acteurs


intervenant dans la filière.
Située dans le centre-ouest ivoirien, la région du
Haut-Sassandra couvre une superficie de 15 205 km² Le traitement des informations recueillies permet
avec une population estimée à 1 534 100 habitants de tirer cette principale conclusion qui est que la
(INS, 2011). Elle abrite aussi la troisième grande ville région du Haut-Sassandra joue un triple rôle dans
du pays à savoir Daloa. De par son potentiel humain, la distribution vivrière en Côte d’Ivoire. Elle est non
la région participe à sa manière à la distribution seulement consommatrice, mais aussi fournisseur et
alimentaire de la nation. Le but de cette étude est relais. Cependant, comparativement aux quantités
d’évaluer les potentialités vivrières de la région du échangées, la région peut être considérée comme
Haut-Sassandra, de montrer son rôle dans la distri- une campagne nourricière pour le pays. Toutefois, les
bution vivrière et enfin d’identifier les problèmes liés animateurs sont confrontés à d’énormes difficultés,
à cette distribution. notamment les problèmes de transport.

Plusieurs techniques de recueil d’information ont Mots-clés : Côte d’Ivoire, Haut-Sassandra,


été combinées pour y parvenir. Ce sont entre autre la Produits vivriers, Commerce de vivriers, Approvi-
recherche documentaire, l’observation, l’enquête par sionnement alimentaire.

INTRODUCTION profitées qu’aux cultures d’exportation et en particulier


le binôme café-cacao. De ce fait, la région du Haut-
Située dans le centre ouest de la Côte d’Ivoire, la Sassandra est la deuxième zone de production du
région du Haut-Sassandra couvre une superficie de cacao et la première de café du pays (MINAGRI,
15 205 km². Elle est limitée comme suit : 2010). La région se présente comme le deuxième front
- Au nord, la région du Worodougou ; pionnier de production de ces cultures (Adou, 2012).
Le problème est que les produits de ces cultures ne
- A l’est, la région de la Marahoué ; sont pas consommés localement. Et pourtant, la région
- Au sud, les régions du Fromager et du Bas- abrite la ville de Daloa, chef-lieu de région et troisième
Sassandra ; ville du pays, qui dispose d’une importante population
urbaine qu’il faut nourrir. Face donc à ce paradoxe,
- A l’ouest, les régions des Montagnes et du
une préoccupation particulière fonde notre étude :
Moyen-Cavally (carte 1).
Quel est le rôle de la région du Haut-Sassandra dans
Cette région bénéficie de nombreux atouts non la distribution alimentaire du Pays ?
seulement pour la production des vivriers, mais
aussi pour sa commercialisation. De ce fait, elle est Le but de cette étude est d’évaluer les potentialités
appelée à jouer un grand rôle dans la distribution vivrières de la localité, de montrer le rôle de celles-ci
alimentaire du pays. Cependant, le véritable constat dans la distribution vivrière et enfin d’identifier les
est que ces nombreuses potentialités ne semblent problèmes liés à cette distribution.

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L’étude documentaire n’étant pas en mesure de
fournir toutes les informations indispensables à l’étude,
nous avons eu recours à des enquêtes de terrain.

1-2- L’ENQUÊTE DE TERRAIN

Nos enquêtes ont couvert la période allant du 6


août 2010 au 5 juillet 2011.
Elle a permis de compléter, de vérifier et surtout
d’actualiser les données, les informations et rensei-
gnements fournis par les documents écrits. L’enquête
a porté en grande partie sur les disponibilités alimen-
taires de la région. A ce niveau, les guides d’entretien
et le questionnaire ont été des outils nécessaires.
Pour bien mener le travail, la méthode adoptée a
essayé de combiner des enquêtes sur les différents lieux
de vente (marché, gare, magasin, bordure de route) et
auprès du plus large éventail possible d’intervenants,
afin de recouper les déclarations des uns et des autres,
dont les intérêts sont parfois divergents et de suivre les
produits à différents stades de leur commercialisation.

Carte 1 : Localisation de la zone d’étude Cela a nécessité le choix de populations cibles. Il
s’agit donc des autorités préfectorales, municipales
et des responsables des services (les directions
I- MATERIELS ET METHODE départementales de l’agriculture, agences locales
Pour mener cette étude, plusieurs techniques de de l’ANADER, antenne OCPV de Daloa) et les com-
recueil de données ont été combinées. Ce sont : merçants de produits vivriers (tableau 1 et 2).
Tableau 1 : Répartition des commerçants selon le
- la recherche documentaire ;
découpage administratif
- l’observation sur le terrain ;
Localité Effectif
- l’enquête par le questionnaire ;
Issia 80
- les guides d’entretien.
Iboguhé 40
1-1- L’ANALYSE DOCUMENTAIRE Total département Issia 120
Daloa 80
Plusieurs informations ont été recueillies dans des
documents et des rapports consultés aussi bien dans la Zoukougbeu 20
région du Haut-Sassandra qu’Abidjan. Les statistiques Bédiala 20
concernant la population ont été obtenues à l’Institut Total département Daloa 120
National de la Statistique. Les données concernant les
exploitations agricoles ont été fournies par les rapports Vavoua 80
des directions départementales de l’agriculture, de la Seitifla 20
direction régionale de l’agriculture et des antennes de Dania 20
l’ANADER de la région. Quant aux données relatives
Total département
à la commercialisation, elles proviennent de l’antenne 120
Vavoua
OCPV de Daloa. Les informations cartographiques
proviennent de l’agence locale de l’Institut National Total région 360
de la Statistique de Daloa. Source : Nos enquêtes, 2011.

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1- LES FACTEURS FAVORABLES AU
Tableau 2 : Répartition des commerçants selon le DÉVELOPPEMENT DE LA PRODUCTION
type de produits commercialisés VIVRIÈRE DANS LA RÉGION DU HAUT-
SASSANDRA
Spéculation Effectif
Les conditions naturelles favorables et la forte
Igname tardive 60
proportion de la population rurale sont autant de
Igname précoce 60 facteurs qui influencent la production vivrière de la
Riz local 60 région du Haut-Sassandra.
Banane plantain 60 1-1- LE MILIEU PHYSIQUE
Maïs 60
La région du Haut-Sassandra appartient au climat
Manioc 60 tropical humide avec une pluviométrie oscillant entre
Total 360 1200 et 1600 millimètres de hauteur de pluie par an.
Les précipitations sont reparties sur toute l’année
Source : Nos enquêtes, 2011.
avec un maximum aux mois de Juin et Juillet et un
360 commerçants ont été interrogés de façon aléa- minimum de Décembre à Mars. Zone humide par
toire dont 120 par département et 60 par produit. excellence, l’hygrométrie est importante avec une
température homogène moyenne annuelle de 26°
Les entretiens avec l’ensemble de ces respon- C (SODEXAM, 2010).
sables ont porté sur la production et la commerciali-
sation des produits vivriers. Cette approche nous a La région du Haut-Sassandra se caractérise par
permis donc d’identifier les zones de forte production, une flore très variée et présente deux types de vé-
la provenance et la destination des produits vivriers gétations bien distinctes. On peut distinguer :
présents dans la région. - La zone forestière qui occupe la majeure partie
Le cadre de notre enquête s’est limité aux pro- de la région. Elle se caractérise par une forêt semi-
duits végétaux notamment les 5 produits de grande décidue à Celtis SPP et Triplochiton scleroxylon
consommation à savoir la banane plantain, le maïs, (samba) ;
le riz, le manioc et l’igname (précoce et tardive). - La zone des savanes ou savane préforestière
Cette approche méthodologique, basée sur l’étude (Nord de Vavoua). La composition de ces savanes
documentaire et des enquêtes de terrain, nous a per- diffère en fonction de la nature du sol ou de l’action
mis d’avoir une vision assez globale des disponibilités de l’homme. Ainsi on trouve des savanes à rôniers
vivrières de la région d’une part et d’autre part, son sur les sols hydromorphes, des savanes herbeuses
poids dans la distribution vivrière du pays. post culturales ou des savanes alluviales sur les
bordures du fleuve Sassandra et enfin des savanes
Pour ce qui est de structure de l’exposé, nous arbustives.
rappellerons d’abord les facteurs favorables à la
production vivrière, avant d’aborder la distribution Mais l’occupation humaine qui est très forte dans
de ces produits vivriers dans la région. cette région, a très profondément modifié la végé-
tation naturelle. La forêt dense semi-décidue a fait
II- RESULTATS place à des zones de cultures pérennes et vivrières,
à des jachères.
La région du Haut-Sassandra a une production
Le modelé de la région est monotone et le paysage
agricole abondante et variée. Cela est la résultante
est constitué de pénéplaines qui sont de vastes surfaces
de plusieurs facteurs tant naturels qu’humains. Une
faiblement ondulées. Il semble que les formes actuelles
bonne partie de cette production vivrière est déversée
sont le résultat du stade ultime de la dégradation d’anciens
sur le marché.
glacis. Ces pénéplaines sont constituées d’interfluves

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dont les modelés élémentaires varient entre deux Ces conditions naturelles propices ont eu pour
grands pôles ; les interfluves à sommet convexe. De conséquence une forte implantation de population.
cette surface émergent de temps en temps des reliefs Cette population, qui est en majorité rurale, constitue
résiduels constitués d’inselbergs isolés (Ministère un atout indéniable pour la production agricole. De
d’Etat, Ministère de l’Agriculture et des Ressources ce fait, la région du Haut-Sassandra dispose d’une
Animales, 2000). production vivrière abondante et variée.
En résumé, le relief est constitué en grande partie 2- LA PRODUCTION VIVRIÈRE DE LA
de plateau comportant de nombreuses vallées. RÉGION DU HAUT-SASSANDRA
Le sol de la région du Haut-Sassandra est issu de
Le milieu naturel favorable conduit à une diversité
l’altération du vieux socle précambrien. La faiblesse
de production agricole. Ainsi donc, la presque tota-
de l’érosion du sol justifie la présence continue du
lité des produits vivriers cultivés en Côte d’Ivoire se
couvert végétal et rend le sol très profond en général
retrouvent dans la région. L’on en trouve sur place
avec le dépôt actif de l’humus organique. Il s’agit des
les féculents (igname, banane, manioc), les céréales
sols ferralitiques d’origine granitique moyennement
(riz, maïs, mil, …), les fruits et légumes. Au niveau
à faiblement dénaturés. A côté des sols ferralitiques,
donc des 5 produits de grande consommation à sa-
les classes de sols les plus représentées sont les
voir le maïs, l’igname, le riz, le manioc et la banane
sols peu évolués (d’apport alluvial, et/ou colluvial)
plantain, ils se retrouvent à divers niveau sur l’espace
et les sols hydromorphes. Les sols de composition
régional (tableau 3).
ferralitique présentent de bonnes aptitudes agricoles
et se prêtent à tous les types de cultures. Au plan hy- Tableau 3 : La région du Haut-Sassandra dans la
drographique, la région est sous l’influence du fleuve production vivrière en Côte d’Ivoire
Sassandra et de ses affluents (le Lobo et le Davo) et
Production
du lac du barrage de Buyo. En outre de nombreux Production
du Haut- Pourcent-
cours d’eaux à écoulement saisonnier tel que le Dé, nationale Rang
Sassandra age
en tonnes
le Bahoré, le Boty … arrosent la région donnant lieu en tonnes
à de nombreux bas-fonds cultivables. Igname
1 677 571 17 985 1,07 13
précoce
Ces conditions naturelles favorables ont eu pour
Igname
conséquence une forte implantation de population. 2 902 152 343 418 11,83 3
tardive
1-2- Le milieu humain Riz pluvial 508 065 31 889 6,28 6

La région du Haut-Sassandra dispose d’une


Riz irrigué 126 163 2 457 1,95 6
population nombreuse et en majorité rurale. Selon
le RGPH-1998, la population rurale de la région
Maïs 584 538 54 167 9,7 2
était de 798 190 habitants soit 74,46% de la popu-
lation régionale. En 2010, la population rurale est
Manioc 2 086 903 125 685 6,02 7
estimée à 1  099  800 habitants soit 71,69% de la
population régionale contre 57% au plan national Banane
1 581 909 365 653 23,11 2
(INS, 2011). plantain

Situé dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, la Source : Direction Régionale de l’Agriculture de


région du Haut-Sassandra bénéficie de conditions Daloa, 2010.
naturelles favorables pour un bon développement
agricole. Le climat est chaud et pluvieux. La végéta- Comme nous pouvons le constater sur le tableau,
tion est essentiellement constituée de forêt. Le relief la région du Haut-Sassandra occupe des rangs
est relativement plat et les sols fertiles. La région dis- honorables pour plusieurs productions vivrières.
pose aussi d’un réseau hydrographique dense. Tous Elle occupe le 2e rang national pour la production
ces facteurs naturels sont favorables à l’agriculture du maïs et de la banane plantain. Ainsi, pour une
en général et à l’agriculture vivrière en particulier. production nationale de maïs de 584 538 tonnes, la

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région a produit 54 167 tonnes soit une proportion
de 9,7%. Au niveau de la banane plantain, sur les
1 581 909 tonnes produits, la région a contribué à
hauteur de 365 653 tonnes soit 23,11%. Il n’y a que
l’igname précoce où la région produit à peine 1% de
la production nationale.
Toute cette production sert d’une part à l’autocon-
sommation et d’autre part à la commercialisation.

3- LA RÉGION DU HAUT-SASSANDRA DANS


LA DISTRIBUTION DES PRODUITS VIVRIERS

La région du Haut-Sassandra joue un triple rôle


dans la distribution des produits vivriers en Côte
d’Ivoire. Elle est non seulement consommatrice, mais
aussi fournisseur et relais.
Cette activité est le fait de plusieurs acteurs.
Ceux-ci sont confrontés à d’énormes difficultés dans
l’exercice de leur fonction.
Carte 2 : Les localités assurant la fourniture de la
3-1- Le rôle de la région du Haut- région du Haut-Sassandra en produits
Sassandra dans la distribution des vivriers
produits vivriers
3-1-2- Le rôle de fournisseur
3-1-1- Le rôle de consommateur La région du Haut-Sassandra ne fait pas que
La région du Haut-Sassandra joue un rôle de consommer les produits des autres régions de la
consommateur dans la chaîne de distribution des Côte d’Ivoire. Elle participe de façon massive à
produits vivriers. A ce niveau, en plus de l’autocon- l’approvisionnement du reste du pays en produits
sommation, elle a recours à une partie de la produc- vivriers (tableau 4).
tion des autres régions du pays. Selon l’OCPV local Tableau 4 : Tonnage par destinations
et les commerçants enquêtés, les localités du Nord
comme du Sud participent à l’approvisionnement Destinations Quantité en tonne Pourcentage
alimentaire du Haut-Sassandra. Ce sont principale- Abidjan 16 638 60,66
ment les régions des savanes en ce qui concerne Agnibilékrou 1 701 6,2
l’igname précoce. A ce niveau, les localités de Bouaké 781 2,85
Bouaké, Séguéla et Bondoukou sont les principales
Soubré 12 0,04
sources d’approvisionnement de la région. Les vil-
Daloa 1 601 5,84
les d’Abidjan et de San-Pedro contribuent de façon
massive à la satisfaction des besoins alimentaires de San-Pedro 337 1,23
la région. Leur action porte principalement sur le riz Tiébissou 333 1,21
importé. En effet, ces deux villes portuaires, reçoivent Yamoussoukro 1 688 6,15
des quantités importantes de riz en provenance de Autres 1 733 6,32
l’étranger et se chargent de la desserte des autres Sous-région 4 137 15,08
localités du pays (carte 2).
Total 27 428 100

Source : OCPV - Antenne de Daloa, 2010.

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Elle est donc perçue comme une campagne 3-1-3- Le rôle de relais
nourricière pour plusieurs régions du pays selon les
La région joue un rôle de relais dans la distribu-
flux captés par l’OCPV. Cette fourniture porte prin-
tion des produits vivriers. La région se présente donc
cipalement sur l’igname tardive, le riz local, le maïs
comme un premier réceptacle de certains produits,
et la banane plantain. Son influence s’étend, selon
notamment le riz et l’igname. Les villes des régions li-
l’OCPV et les commerçants enquêtés, à plusieurs
mitrophes s’y rendent pour leur approvisionnement.
les régions du pays (carte 3).
La région du Haut-Sassandra se présente comme
Ainsi, les localités comme Abidjan, Bouaké, Ya-
un important nœud dans la distribution des produits
moussoukro, San-Pedro reçoivent des quantités im-
vivriers en Côte d’Ivoire. Ces transactions sont le fait
portantes de produits vivriers en provenance de cette
de plusieurs acteurs.
région. Toutefois, la ville d’Abidjan se taille la part du
lion. Elle reçoit près de 60% des flux des produits en 3-2- Les acteurs de la distribution
provenance de la région. Cette situation privilégiée
de la ville d’Abidjan s’explique par plusieurs facteurs. Plusieurs acteurs participent à la distribution des
Ce sont entre autre, la taille de sa population, la produits vivriers dans la région. Ce sont d’une part les
concentration des activités économiques et le faible producteurs et d’autre part les commerçants. Ceux-ci
niveau de sa production vivrière. parcourent les différentes zones et mettent producteurs
et consommateurs en contact. Selon la quantité de pro-
duits manutentionnés, ces commerçants se répartissent
en grossiste et en détaillant. Dans la région du Haut-
Sassandra, les acteurs féminins sont très dynamiques
dans le processus de distribution. Elles se retrouvent
depuis les hameaux les plus reculés jusqu’aux centres
urbains de la région et participent aussi à la distribution
hors de la région. En effet, sur la population des dé-
taillants enquêtés, plus de 95% sont des femmes dont
96,77% de nationaux et 3,23% d’étrangers. Au niveau
des nationaux, les ethnies baoulé et gouro sont les plus
représentés avec respectivement 38,71 et 22,58% ; soit
61,29% des acteurs.
Cette activité qui implique plusieurs catégories
socioprofessionnelles et vitale pour les populations est
malheureusement confrontée à plusieurs problèmes.

3-3- Les problèmes


Le ravitaillement des marchés de la région du
Haut-Sassandra ; tout comme le transfert des produits
alimentaires hors de la région, est confronté à d’énor-
mes difficultés. Celles-ci partent depuis les zones de
production jusqu’aux consommateurs. Les problèmes
sont nombreux et diversifiés. Ce sont des problèmes
  Carte 3 : Les localités desservies en produits vi- techniques (conservation difficile des produits), des
vriers par la région du Haut-Sassandra problèmes opérationnels comme le manque de moyens
de mobilité, des problèmes financiers (difficultés d’accès
A part cette double fonction de consommatrice aux crédits, difficultés de recouvrement), des problèmes
et de fournisseur de produits vivriers, la région du organisationnels, … Cependant, les commerçants ont
Haut-Sassandra intervient à un troisième titre dans été unanimes à reconnaître que le véritable goulot
le processus de distribution. Il s’agit de la fonction d’étranglement à un approvisionnement régulier se
de relais ou de transit. situe au niveau du transport. En effet, plusieurs problè-

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mes sont inhérents au transport. Ce sont d’une part les C’est avec les troncs d’arbres que les paysans
difficultés d’obtention des véhicules, le coût élevé du ont constitué ce pont. Ce qui présente un réel danger
transport et les contrôles routiers excessifs et d’autre aussi bien pour le transport des marchandises que
part, l’état défectueux des routes. En effet, la région du des personnes.
Haut-Sassandra dispose d’un réseau routier dense. Le La région du Haut-Sassandra se présente comme
réseau routier de la région se chiffre à 4 909 km dont 1 un important nœud dans la distribution des produits
737 pour le département de Daloa, 1 785 pour Issia et vivriers en Côte d’Ivoire. La région se présente d’abord
1 387 pour Vavoua (Direction Régionale des Travaux comme une campagne nourricière, ensuite comme un
Publics de Daloa, 2011). Cependant, ce réseau routier réceptacle et enfin comme un centre relais. Ainsi donc,
est dominé à 86,82% par les pistes. Ces pistes sont dans le rayonnement de son marché dépasse les limites de
un état de dégradation très avancée (photo 1 et 2). la région. Cela est la résultante de conditions naturel-
les et humaines particulièrement favorables.
Toute cette transaction est menée par des acteurs
qui se répartissent en deux grands groupes à savoir
les hommes et les femmes. Si les femmes sont les
plus nombreuses en termes d’effectif, les hommes
sont les plus dynamiques en termes de quantité.
Cette activité qui participe à la vie socioécono-
mique de la région et de plusieurs personnes est
confrontée à plusieurs difficultés.
Au vu donc de ce qui précède, certains points no-
tamment les déficits et les voies de communications
feront l’objet d’une discussion.
Photo 1 : Vue de l’état de la route à Bédiala
Source : Cliché de l’auteur, 2011 III- DISCUSSIONS
Sur cette photo, nous nous apercevons de l’état Cette étape met à nu deux paradoxes dans la
défectueux de la route. D’abord, il s’agit d’une route région du Haut-Sassandra. Ce sont d’une part les
restreinte si bien que ce motocycliste est obligé de déficits de production du riz et de l’igname précoce
s’arrêter, d’attendre le passage de la bâchée avant qui constituent l’essentiel des flux rentrants et d’autre
de pouvoir continuer sa route. Ensuite, nous voyons part l’état défectueux des voies de communication.
bien l’état de la route qui présente de réels risques
d’embourbement de véhicules. 1- LES DÉFICITS EN RIZ ET EN IGNAME
PRÉCOCE
On est toujours surpris qu’une région comme le
Haut-Sassandra qui présente de nombreux atouts
naturels n’arrive pas elle-même à assurer l’ap-
provisionnement de sa population en produits de
consommation courante comme le riz et l’igname
précoce. Certes, la faible productivité, l’infrastruc-
ture déficiente et l’accès limité à la technologie sont
autant de contraintes structurelles qui freinent le
développement de la production vivrière. Mais, cela
ne saurait expliquer le faible niveau de production
de l’igname précoce et du riz dans la mesure où ce
sont dans les mêmes conditions que sont produites
Photo 2 : Un pont de fortune à Vavoua les autres spéculations dont la région occupe des
rangs honorables.
Source : Cliché de l’auteur, 2011

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La faiblesse de la production de l’igname précoce CONCLUSION
pourrait s’expliquer par les conditions du milieu na-
La région du Haut-Sassandra a une production
turel. En effet en Côte d’Ivoire, cette denrée est pro-
vivrière abondante et variée. Au niveau national, la
duite en grande quantité dans les zones de savanes
région du Haut-Sassandra occupe des rangs non
alors que cette végétation ne couvre qu’une petite
moins négligeables en ce qui concerne les grandes
superficie de la région. Mais, cet argument ne tient
productions vivrières du pays. Elle arrive en deuxiè-
pas pour la production rizicole. Le riz lui bénéficie des
me position pour le maïs et la banane plantain, en
conditions naturelles particulièrement propices. De
troisième position pour l’igname tardive, en sixième
plus, il constitue l’aliment de base de la population
position au niveau du riz, au septième rang pour le
autochtone. Aussi, le riz est le produit qui bénéficie
manioc et enfin en treizième position pour l’igname
le plus d’encadrement.
précoce. Toute cette production sert d’une part à
Plusieurs structures d’encadrement du monde ru- l’autoconsommation et d’autre part à la vente.
ral sont présentes dans la région du Haut-Sassandra.
La région du Haut-Sassandra se présente comme
Ce sont les structures comme la Direction Régionale
un important nœud dans la distribution des produits
de l’agriculture, les Directions Départementales de
vivriers en Côte d’Ivoire. La région se présente d’abord
l’agriculture, l’ANADER et l’OCPV.
comme une campagne nourricière, ensuite comme un
En plus des structures ci-dessus citées, le riz bé- réceptacle et enfin comme un centre relais.
néficie des actions du Projet d’Aménagements Hydro-
Cette étude montre le rôle prépondérant de la
Agricoles dans les régions du Haut-Sassandra et du
région du Haut-Sassandra dans la distribution des
Fromager (PAHAHSF) dont la zone d’étude couvre
vivriers en Côte d’Ivoire. Cependant malgré son
l’ex-région du Centre-ouest qui englobe les régions de
poids important dans le domaine agricole, la région
la Marahoué, du Fromager et du Haut-Sassandra.
du Haut-Sassandra est confrontée à un véritable
Cette situation serait la conséquence des nom- problème de voies de communication.
breux problèmes fonciers que connaît la région. En
effet, ces problèmes entraînent souvent des dégâts BIBLIOGRAPHIE
humains comme les affrontements ou des destruc- Adou D. L, 2012, L’économie de plantation et la dynamique
tions de cultures. La sous-préfecture de Zoukougbeu de peuplement dans la région du Haut-Sassandra,
totalise à elle seule 80 cas de problèmes fonciers Thèse unique de doctorat en géographie, Université
pour l’année 2010 (Direction départementale de Félix Houphouët-Boigny, Abidjan-Cocody, 286 p.
l’agriculture de Zoukougbeu, 2011). Aka D, Djogo A, 1987, Analyse de la politique agricole et
alimentaire de la Côte d’Ivoire, Abidjan, CIRES, 53 p.
2- L’ÉTAT DÉFECTUEUX DES ROUTES ANADER-Direction Régionale du Centre Ouest, Novembre
Malgré son poids agricole important, la région 2009, Les conditions de réussite d’une coopérative,
du Haut-Sassandra est confrontée à un véritable Rapport d’activités, Daloa, 30 p.
problème de voie de communication. Cette situa- ANADER-Zone Issia, Décembre 2010, Rapport annuel
tion qui est préjudiciable à la commercialisation des d’activité 2009, Rapport d’activités, Issia, 135 p.
vivriers est due à la faiblesse des politiques de dé- ANADER-Zone Vavoua, 2002, Rapport d’activités troisième
centralisation. La décentralisation est le transfert aux trimètre 2001, Rapport d’activités, Vavoua, 68p.
collectivités décentralisées, l’exercice de tout pouvoir Château J.P, Prefol B, 1972, La commercialisation des
de décision et d’exécution. Malheureusement, il a été produits vivriers : Etude économique, volume 1, Paris,
constaté que l’Etat transfère les compétences et non Sedes, 126 p.
les moyens. Pour que la décentralisation soit un atout, il Eponou T, 1985, Consommations alimentaires, disponibilité
faudrait qu’il y ait un véritable transfert des compétences en vivriers et problèmes du sous secteur des vivriers
et des ressources. Ceci permettra aux entités décen- en Côte d’Ivoire, Abidjan, CIRES, 65 p.
tralisées de développer les voies de communication INS, 2000, Recensement général de la population et de
en densifiant le maillage du réseau routier ; cela pour l’habitation 1998, Volume III, Données socio-démogra-
phiques et économiques des localités, Tome 1 : Résul-
garantir l’évacuation des produits agricoles.
tats définitifs par localités, Région du Haut-Sassandra,
Abidjan, INS, 33 p.

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Ministère d’Etat, Ministère de l’agriculture et des ressour- Ministère de la production animale et des ressources
ces animales, Novembre 2000, Etude de faisabilité halieutiques-Direction Régionale de Daloa, Décembre
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ha dans la région Centre-ouest, Rapport principal, tivités, Daloa, n. p.
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