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Lettre de commande d’un client à son architecte

Je vois ma maison comme une image de moi-même, extérieurement simple et sans ostentation, rien qui puisse
arrêter le passant ; pas ordinaire pour autant.

L’accès à la maison n’est guère facile ; la maison est à la fois timide et accueillante aux visiteurs qu’elle oblige de
grimper le long d’un sentier boisé dont chaque tournant réserve une surprise et qui débouche – presque par
accident – sur la porte d’entrée.

L’intérieur est étonnamment vaste et spacieux, inondé de lumière qui vient parfois de fenêtres trop hautes pour
qu’on puisse voir au travers; d’autres fenêtres sont à hauteur d’yeux pour assurer une relation visuelle entre
l’intérieur et l’extérieur. Ces fenêtres sont des tableaux et les tableaux – quatre maîtres anciens, trois ancêtres et de
nombreux petits cadres – sont des fenêtres ouvrant sur la somme de cultures qui a produit ce lieu et ce moment.
L’espace intérieur se révèle, au-delà d’une complexité formelle apparente, simple et accueillant. Ce n’est pas une
galerie d’art, c’est ma maison et les œuvres d’art y ont conquis leur place non pas en vertu de leur mérite
artistique mais parce que j’y suis attaché. Les murs témoignent d’une boulimie culturelle très éclectique mais il est
impossible de disposer tous les livres dans cette pièce ; beaucoup sont néanmoins présents, d’autres sont invisibles
mais on les devine : tous les livres doivent être sur des étagères aisément accessibles. Deux enceintes stéréo sont
pendues au mur, peut-être même encastrées. Il y a aussi, sur un mur, en un point central, une grande cheminée,
peut-être avec un foyer légèrement surélevé du genre de celles où l’on peut s’asseoir sur un banc et se chauffer le
dos. Seuls les vieux tableaux de maître sont éclairés la nuit, ressortant sur les murs comme si leur valeur les faisait
rayonner.

Le mobilier est confortable. De grands sofas pour s’étaler, des fauteuils profonds dans lesquels il fait bon
s’enfoncer, des tables sur lesquelles on peut poser les pieds. Les principaux éléments de ce mobilier sont : mon
piano à queue, mon bureau à deux places, deux statues sculptées de soldats français du 19° siècle, mesurant
environ 1,50 m sur socle, une petite table ronde pour prendre les repas mais qui peut se transformer en table à jeux
ou à écrire. Je vois aussi un espace de réunion et de discussion autour de la cheminée centrale. La pièce, comme
son propriétaire, est allergique aux tâches fonctionnelles. La cuisine est donc aussi petite et compacte que
possible ; on ne peut s’y tenir assis, les placards y sont vitrés pour voir où sont les objets. Un petit renfoncement
sert de vestiaire et de décrottoir. Les invités disposent d’un sanitaire avec un petit lavabo, ce qui leur évite de
monopoliser ma salle de bains. Un grand espace de rangement est prévu quelque part. Tout ceci est invisible de la
pièce principale, entièrement consacrée au culte du beau et de l’agréable.

Cette pièce, aussi hospitalière soit-elle, est trop grande pour qu’on puisse y dormir ; la seconde pièce de la maison
est donc ma chambre, installée peut-être dans une loggia donnant sur l’espace principal ; tout y est petit, bas,
douillet et intime. Il y a deux lits jumeaux, une commode, un rangement intégré. La salle de bains est assez
luxueuse, il y a une baignoire/douche longue et profonde, avec robinets d’eau chaude et d’eau froide séparés et
une fenêtre. Dans la chambre, il y a une fenêtre qui me permet de regarder dehors en étant dans mon lit. Quelques
rayonnages de bibliothèque à l’étage supérieur.

Autres considérations : aussi peu d’entretien que possible : pour l’extérieur, uniquement le chemin à désherber et
à déblayer l’hiver. Je pourrais éventuellement disposer d’une grande quantité de carreaux hollandais bleus et
blancs qui, représentant tous des motifs différents, ornent actuellement une cheminée dans la vieille maison de ma
grand-mère. Pour la pièce du bas, j’ai un superbe tapis persan.

Le chemin devant la maison est dallé de belles pierres irrégulières et il y a quelque part une réserve pour le bois de
chauffage…

Extrait de la revue « Architecture d’Aujourd’hui » n°197 / 1978


Lettre de commande de M. Tucker à Robert Venturi, lui décrivant la maison telle qu’il la voit.
Épreuve d’expression
© ENSA-Nancy 2009

Dans cette épreuve, vous êtes invité(e) :

- à exclure tout forme de paraphrase ;


- à rédiger lisiblement ;
- à apporter une attention soutenue à l’orthographe et à la manière de rédiger ;
- à respecter strictement la consigne.

Consigne :

Lire la lettre de commande d’un client à son architecte (texte joint)

Suite à un événement plausible que vous préciserez, le client a retardé de plus d’une
année la finalisation de la commande… Il reprend contact avec l’architecte et formule
trois « rectifications» à son programme initial.

Rédigez ces « amendements » en 300 mots maximum


Rédigez votre réponse sur ces deux pages en
300 mots maximum (consigne impérative)

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