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Actes du Séminaire sur les terrassements dans les grands travaux ARAL, Sétif, 30-31 mai 1999

CLASSIFICATION FRANÇAISE DES SOLS FINS ET DES MATÉRIAUX


ROCHEUX ÉVOLUTIFS UTILISÉS EN CONSTRUCTION ROUTIÈRE

Mohamed KHEMISSA
Ingénieur de l'École nationale des travaux publics (Alger)
Docteur de l'École nationale des ponts et chaussées (Paris)
Enseignant au Centre universitaire Mohamed Boudiaf (M'Sila)

Résumé : On présente dans cette communication une synthèse des paramètres techniques, qui fixent les condi-
tions d’utilisation des sols fins et des matériaux rocheux évolutifs pour la réalisation des remblais et des couches
de forme du domaine routier, lesquels sont définis dans la dernière classification des sols et des matériaux ro-
cheux en usage en France depuis 1992.

Mots-clés : classification ; sol fin ; matériau rocheux évolutif ; remblai ; couche de forme ; GTR.

INTRODUCTION

La construction des remblais et des couches de forme du domaine routier requiert des volumes impor-
tants de matériaux (en moyenne 100000 m3/km dans le cas des autoroutes). De ce fait, pour réaliser un ouvrage
d’une certaine ampleur, il est presque toujours nécessaire d’utiliser des matériaux d’origines diverses, présentant
des caractéristiques de résistance et de déformabilité différentes. Cette hétérogénéité est la cause principale des
difficultés rencontrées lors de la réalisation de ces ouvrages, car chaque classe de matériaux est tributaire de
modalités de mise en œuvre qui lui sont propres et qui doivent être respectées sous peine de livrer un ouvrage
potentiellement déformable, voire instable à court ou long terme.
Il faut par ailleurs rappeler que le coût de la réalisation des remblais peut atteindre 20 à 30 % du coût
d’une autoroute et qu’en cas de manifestation d’instabilité les dispositions confortatives sont toujours très oné-
reuses, complexes à définir et jamais totalement garanties. Lorsque ces instabilités se produisent dans l’ouvrage
en service, il faut encore y ajouter les coûts de la reconstruction de la chaussée et de la perte de niveau de ser-
vice, qui peuvent s’avérer énormes dans certains cas. Enfin, il faut être conscient que les causes des désordres sur
un remblai sont à posteriori toujours difficiles à identifier objectivement, ce qui réduit d’autant les possibilités
d’en attribuer incontestablement la responsabilité à l’un ou l’autre des intervenants dans la réalisation.
Ces quelques généralités devaient être présentées pour démontrer, si besoin était, que l’ingénieur doit,
d’une part, apporter à la conception et à la réalisation des remblais et des couches de forme une attention toute
aussi grande que pour les autres ouvrages de génie civil et, d’autre part, définir avec précision les critères de
choix des matériaux à utiliser et les conditions de leur mise en œuvre.
Les différents systèmes de classification géotechniques des sols et des matériaux rocheux en usage à
travers le monde se sont montrés mal adaptés au cas des remblais et des couches de forme. Ceci a conduit
l’administration française des routes à établir une classification spécifique à ce type d’ouvrages, afin de fournir
aux projeteurs des règles et normes communes pour la conduite des études géotechniques, la rédaction des pièces
techniques des marchés de terrassements et sur les chantiers lors de la réalisation des travaux. Cette classifica-
tion, présentée sous forme d’un guide technique appelé abusivement GTR "Guide des Terrassements Routiers",
est utilisée officiellement en France depuis 1992. Ce guide technique synthétise l’expérience française acquise au
cours des quinze dernières années d’application des anciennes "Recommandations pour les Terrassements Rou-
tiers" (RTR). Il tient compte en particulier de l’évolution des techniques de réalisation, notamment de
l’élargissement des possibilités d’emploi des sols grâce aux méthodes et matériels de traitement, et, partant des
constatations répétées sur l’insuffisance de certaines des prescriptions précédentes en matière de compactage des
remblais et des couches de forme, préconise des dispositions plus sévères.
La présente communication a pour objet de définir les matériaux utilisés pour la réalisation des remblais
et des couches de forme, puis de décrire les paramètres retenus dans le GTR pour leur classification, notamment
les sols fins et les matériaux rocheux évolutifs.

MATÉRIAUX DE REMBLAIS ET DE COUCHES DE FORME

Les sols, les matériaux rocheux et les sous-produits industriels constituent les trois grandes familles de
matériaux utilisés pour la réalisation des remblais et des couches de forme. Le GTR propose de répartir ces maté-
riaux en six classes distinctes :

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- classe B : pour les sols sableux et graveleux avec fines,
- classe C : pour les sols comportant des fines avec des gros éléments,
- classe D : pour les sols insensibles à l’eau,
- classe F : pour les sols organiques et les sous-produits industriels,
- classe R : pour les matériaux rocheux évolutifs et non évolutifs.
La figure 1 donne le tableau synoptique de classification des matériaux selon leur nature.

Figure 1. Tableau synoptique de classification des matériaux selon leur nature (LCPC-SETRA, 1992).

Une description détaillée de l’ensemble de ces classes de matériaux et des conditions de leur utilisation
pour la réalisation des remblais et des couches de forme, ainsi que des modalités de leur régalage et leur compac-
tage, est donnée dans les fascicules I et II du GTR. Aussi, ne décrira-t-on ci-après que les paramètres techniques
de classification des sols fins et des matériaux rocheux évolutifs.

Les sols (classes A, B, C et D)

Les possibilités d’emploi d’un sol pour la réalisation des remblais et des couches de forme sont contrô-
lées essentiellement par la nature et l’état hydrique, qui constituent le support de base de la classification fran-
çaise des sols. Les caractéristiques, dites de nature, d’un sol sont celles qui ne varient pas ou très peu lorsqu’on le
manipule que ce soit à l’extraction, au transport, à la mise en place ou au compactage ; c’est le cas par exemple
pour la granularité d’une grave et l’argilosité d’un sol fin. Par contre, les caractéristiques d’état d’un sol sont
celles qui peuvent être modifiées par l’environnement dans lequel il se trouve ; c’est le cas en particulier pour
l’état hydrique.

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Les paramètres retenus pour caractériser la nature d’un sol sont la granularité (dimension maximale des
plus gros éléments contenus dans le sol Dmax, tamisât à 80 m, tamisât à 2 m) et l’argilosité (indice de plasticité
Ip, valeur au bleu de méthylène du sol VBS) et, pour caractériser son comportement mécanique, les coefficients
Los Angeles LA, micro-Deval en présence d’eau MDE et friabilité des sables FS. Pour caractériser l’état hy-
drique d’un sol, les paramètres retenus sont le rapport de la teneur en eau naturelle à la teneur en eau à
l’optimum Proctor normal wn/wOPN, l’indice de consistance IC et l’indice portant immédiat IPI.

Les matériaux rocheux (classe R)

On distingue dans cette catégorie les matériaux sains, qui se caractérisent par le fait que leur granularité
peut être considérée comme définitive une fois l’extraction réalisée, et les matériaux rocheux évolutifs. Le carac-
tère évolutif d’un matériau rocheux est caractérisé par le changement de structure sous l’effet des engins au cours
des travaux ou au cours de la vie de l’ouvrage. Comme matériaux rocheux non évolutifs, on peut citer le granite
et le basalte et, comme matériaux évolutifs, les marnes et la craie. Il faut toutefois être conscient qu’il existe le
plus souvent une transition continue entre matériaux sains et matériaux évolutifs.
La classification française des matériaux rocheux utilisés pour la réalisation des remblais et des couches
de forme s’appuie d’abord sur la nature pétrographique de la roche (roches sédimentaires, magmatiques ou mé-
tamorphiques), ensuite sur l’état de la roche et ses caractéristiques mécaniques (coefficients Los Angeles LA et
micro-Deval en présence d’eau MDE pour apprécier la tenue sous trafic ; coefficients de fragmentabilité FR et
dégradabilité DG pour apprécier le caractère évolutif, etc.).

Les matériaux particuliers : sols organiques et sous-produits industriels (classe F)

Les principaux matériaux particuliers utilisés en France pour la réalisation des remblais et des couches
de forme sont :
- les matériaux naturels renfermant des matières organiques ayant une teneur en eau supérieure à 3 % (terres
végétales, humus forestier, vases, tourbes, etc.) ;
- les cendres volantes silico-alumineuses de centrales thermiques, les schistes houillers, les schistes de mine de
potasse, le phosphogypse, les mâchefers d’incinération d’ordures ménagères, les matériaux de démolition, les
laitiers de hauts fourneaux et autres sous-produits industriels.
Ces matériaux particuliers peuvent, dans certains cas, se révéler intéressants du point de vue technique et éco-
nomique, à condition de ne pas nuire à l’environnement. Toutefois, les critères au travers desquels il convient
d’examiner chaque famille de matériaux entrant dans cette catégorie pour en déduire ses possibilités d’emploi en
remblai ou en couche de forme sont à la fois divers et spécifiques à la famille considérée.

CLASSIFICATION DES SOLS FINS

Est considéré comme sol fin, tout sol présentant une granularité caractérisée par un Dmax50 mm et un
tamisât à 80 m>35 %. Le GTR propose de répartir les sols fins en fonction de leur argilosité en quatre sous-
classes, dont une description est donnée ci-après.

Sous-classe A1 (VBS2,5 ou Ip12)

Dans cette sous-classe, on trouve les limons peu plastiques, les lœss, les silts alluvionnaires, les sables
fins peu pollués, les arènes peu plastiques, etc. Cette sous-classe correspond à des sols qui changent brutalement
de consistance pour de faibles variations de teneur en eau, en particulier lorsque la teneur en eau naturelle est
proche de la teneur en eau à l’optimum Proctor. Le temps de réaction aux variations de l’environnement hy-
drique et climatique et relativement court, mais la perméabilité pouvant varier dans de larges limites selon la
granularité, la plasticité et la compacité, le temps de réaction peut tout de même varier assez largement. Dans le
cas de ces sols fins peu plastiques, il est préférable d’identifier leur nature par la valeur au bleu de méthylène
VBS, compte tenu de l’imprécision attachée à la mesure de l’indice de plasticité Ip.

Sous-classe A2 (12<Ip25 ou 2,5<VBS6)

Dans cette sous-classe, on trouve les sables fins argileux, les limons, les argiles et marnes peu plas-
tiques, les arènes, etc. Le caractère moyen des sols de cette sous-classe fait qu’ils se prêtent à l’emploi de la plus
large gamme d’outils de terrassement (si la teneur en eau n’est pas trop élevée). Dès que l’indice de plasticité Ip
atteint des valeurs supérieures à 12, il constitue le critère d’identification le mieux adapté.

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Sous-classe A3 (25<Ip40 ou 6<VBS8)

Dans cette sous-classe, on trouve les argiles et argiles marneuses, les limons très plastiques, etc. Ces
sols ont une consistance qui varie de moyenne à dure, à teneur en eau moyenne ou faible, et sont collants ou
glissants, à l’état humide, d’où difficulté de mise en œuvre sur chantier (et de manipulation en laboratoire). Leur
perméabilité très réduite rend leurs variations de teneur en eau très lentes en place. Une augmentation de teneur
en eau assez importante est nécessaire pour changer notablement leur consistance.

Sous-classe A4 (Ip>40 ou VBS>8)

Dans cette sous-classe, on trouve les argiles et argiles marneuses très plastiques, etc. Ces sols sont très
cohérents et presque imperméables. S’ils changent de teneur en eau, c’est extrêmement lentement et avec
d’importants retraits ou gonflements. Leur emploi en remblai ou en couche de forme n’est normalement pas
envisagé car, à sec, ils sont très difficiles à compacter puisque leur consistance varie de dure à très dure et, hu-
mides, ils sont très collants, mais il peut éventuellement être décidé sur la base d’une étude spécifique s’appuyant
notamment sur des essais en vraie grandeur.

CLASSIFICATION DES MATÉRIAUX ROCHEUX ÉVOLUTIFS

Un matériau rocheux est considéré comme évolutif lorsque sa structure se modifie sous l’effet des solli-
citations appliquées par les engins au cours des travaux ou au cours de la vie de l’ouvrage sous l’action des con-
traintes mécaniques et des modifications d’état hydrique qu’il peut subir. Lors de leur mise en place, les maté-
riaux rentrant dans cette catégorie présentent un pourcentage des vides relativement élevé, de l’ordre de 30 à 50
% et, si la destruction de leur structure se poursuit, elle rend possible des réarrangements dans l’ouvrage condui-
sant au remplissage des vides et, par conséquent, à des tassements importants.
Pour caractériser ce genre de matériaux, le GTR propose deux paramètres :
- le coefficient de fragmentabilité FR, défini par le rapport des D10 d’un échantillon de granularité initiale donnée
mesurés avant et après lui avoir fait subir un pilonnage conventionnel à la dame Proctor normal (figure 2) ;
- le coefficient de dégradabilité DG, défini par le rapport des D10 d’un échantillon de granularité initiale donnée
mesurés avant et après l’avoir soumis à des cycles d’immersion-séchage conventionnels (figure 3).
L’interprétation de ces deux coefficients vise les possibilités d’emploi en remblai et en couche de forme de
l’ensemble des matériaux rocheux évolutifs, pour lesquels les coefficients Los Angeles et micro-Deval en pré-
sence d’eau manquent de sensibilité. Dans le cas des roches friables non argileuses (craies, calcaires tendres,
etc.), la fragmentabilité peut être évaluée à partir d’une mesure de la masse volumique sèche de la roche déshy-
dratée en place, qui est en étroite corrélation avec la résistance de la structure de cette dernière.
Comme matériaux rocheux évolutifs, le GTR propose les sous-classes présentées ci-après.

Sous-classe R13

Dans cette sous-classe, on trouve essentiellement la craie peu dense et très humide, caractérisée par une
densité sèche d1,5. Ce matériau continue à se fragmenter après mise en œuvre sous l’effet des contraintes mé-
caniques et du gel principalement.

Sous-classe R34

Dans cette sous-classe, on trouve les roches argileuses fragmentables caractérisées par un coefficient de
fragmentabilité FR>7 et un rapport de la teneur en eau naturelle à la teneur en eau à l’optimum Proctor normal
wn/wOPN compris entre 0,7 et 1,1. Ces matériaux sont constitués de minéraux argileux susceptibles d’être gon-
flants, qui se fragmentent à la mise en œuvre en libérant des fines plastiques et sensibles à l’eau. La destruction
de leur structure peut se poursuivre après la mise en œuvre sous l’action des contraintes mécaniques, de l’eau et
du gel. Cette évolution se produit d’autant plus que les matériaux ont été moins fragmentés à la mise en œuvre et
que la granularité obtenue à ce stade est homométrique.

Sous-classe R43

Cette sous-classe comprend les roches siliceuses fragmentables (FR>7). Leur évolution ultime s’arrête
aux grains élémentaires cimentés. Certaines d’entre-elles contiennent une fraction argileuse suffisante pour leur
conférer un comportement voisin des matériaux de la sous-classe R34.

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Figure 2. Principe de l’essai de fragmentabilité (LCPC-SETRA, 1992).


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Figure 3. Principe de l’essai de dégradabilité (LCPC-SETRA, 1992).

(1) Dans le cas des schistes sédimentaires, la fraction soumise à l’essai est 40/80 mm.

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Sous-classe R63

On trouve dans cette sous-classe les roches magmatiques et métamorphiques fragmentables ou altérées
(FR>7). Elles ont un comportement voisin de celui des matériaux des sous-classes R34 et R43.

CONCLUSION

Les matériaux utilisés pour la réalisation des remblais et des couches de forme sont mis en place par
couches successives. L’un des problèmes permanents de leur mise en œuvre est d’adapter l’épaisseur de couche
à leur nature, à leur état hydrique et aux performances de la classe du compacteur utilisé. Pour les sols fins, le
problème est relativement simple, car l’épaisseur de la couche peut être aisément réalisée à la demande, mais
pour les matériaux rocheux et blocailleux, celle-ci dépend de la dimension des plus gros éléments et de leur
évolution dans le temps.
Les conditions d’emploi en remblai et en couche de forme d’un sol fin ou d’un matériau rocheux évolu-
tif, ainsi que les modalités de compactage et de régalage de ces matériaux sont précisées dans le GTR. Le maté-
riau sélectionné doit être identifié de manière à connaître sa classe définie en nature et en état hydrique, ensuite
on détermine la classe du compacteur à utiliser. Ces deux renseignements permettent de trouver dans le GTR les
éléments opérationnels de son utilisation, à savoir s'il faut agir sur ses conditions d’extraction, sa granularité, sa
teneur en eau, son traitement et quelles sont les modalités de régalage et de compactage, en fonction des condi-
tions météorologiques au moment de sa mise en œuvre et de la hauteur de l’ouvrage à atteindre. Toutefois, une
bonne interprétation des paramètres techniques, qui fixent les conditions d’emploi d’un matériau quelconque en
remblai ou en couche de forme, fait beaucoup appel au bon sens de l’ingénieur, à son intuition et à son expé-
rience.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

LCPC, SETRA. – Réalisation des remblais et des couches de forme. LCPC, SETRA. – Réalisation des remblais et des couches de forme.
Fascicule I : principes généraux. Guide technique, 1992, 98 p. Fascicule II : annexes techniques. Guide technique, 1992, 102 p.

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